La fin de l’abondance

« Nous assistons à une grande bascule,
nous vivons la fin de l’abondance,
la fin de l’insouciance »
(Emmanuel Macron)

Comme vous, chers lecteurs, j’ai entendu ces derniers jours un certain nombre d’hommes politiques et de commentateurs – à gauche mais aussi à droite – appeler à un blocage des prix des carburants, dont la hausse, liée à la fermeture du détroit d’Ormuz et aux destructions qu’ont subi les installations d’extraction et de raffinage dans le Golfe persique, pèse lourdement sur les Français, qu’il s’agisse de particuliers remplissant le réservoir de leur voiture ou, plus grave, des activités industrielles pour lesquelles les hydrocarbures constituent la matière première.

Ces discours, je dois dire, me consternent. Non parce que je sois très soucieux de préserver les profits considérables que cette crise permet à Total et consorts de faire, mais parce qu’ils révèlent chez nos élites une incompréhension radicale d’une problématique économique de base, celle de la régulation.

La plupart de nos dirigeants ont de l’économie une vision magique. D’un côté, il y a des gens qui produisent par vocation. Celui-ci aime la campagne et son idéal est d’élever des chèvres, celui-là s’intéresse à l’informatique et aimerait développer des logiciels, un autre encore adore la mécanique et aimerait faire des voitures. Et de l’autre, il y a des gens qui ont des besoins, qui voudraient se procurer du pain, du fromage, des machines à laver. Et si on laisse les gens libres de suivre leurs inclinaisons, l’équilibre s’établira, magiquement.

Le problème est qu’il n’y a aucune raison pour que « naturellement » les quantités et qualités de biens et services mises à disposition du consommateur correspondent aux quantités et qualités qu’il demande. Pour que cela marche, il faut mettre en place des mécanismes qui font que les producteurs sont encouragés à produire ce dont les consommateurs ont besoin en quantité suffisante pour satisfaire leur demande. Pour essayer de réconcilier production et consommation, il faut des mécanismes capables d’équilibrer l’offre et la demande, avec, accessoirement, la capacité d’assurer une allocation correcte des biens produits. Ce sont ces mécanismes qui constituent le cœur de la « régulation » et, in fine, de la politique économique.

Il existe en pratique deux catégories de mécanismes de « régulation ». La première, qu’on peut appeler « administrative », consiste à confier à une autorité le pouvoir de décider pour un bien donné des quantités et qualités produites, de fixer le prix auquel le bien sera vendu, et de son allocation aux différents consommateurs. La seconde catégorie est celle qui confie la régulation non pas à un organisme doué de volonté, mais à un mécanisme de marché. Dans cette logique, la confrontation de l’offre et de la demande produit un indicateur, le prix. S’il y a trop d’offre par rapport à la demande, le prix baisse, ce qui encourage l’offreur à offrir moins, le demandeur à demander plus. Si la demande dépasse l’offre, le prix monte, ce qui encourage l’offreur à offrir plus, le demandeur à demander moins. Dans les deux cas, cela tend à ramener offre et demande à l’équilibre.

Alors quelle forme de régulation choisir ? La régulation de marché a un grave défaut : elle ne garantit pas une allocation optimale. En cas de pénurie, lorsque les prix augmentent, les biens iront à ceux qui auront le plus de moyens de les acheter, et non ceux qui en ont le plus besoin. Pour les biens essentiels, la logique de marché ne garantit pas que chacun puisse accéder au minimum indispensable. C’est d’ailleurs pourquoi, lorsqu’il y a une grave pénurie, les gouvernements ont recours à un moyen de régulation administrative, le rationnement. La régulation administrative, elle, permet d’assurer une répartition optimale et l’accès de tous aux biens essentiels. Mais alors, pourquoi ne pas avoir recours à la régulation administrative dans tous les domaines ? Parce que la régulation administrative, pour pouvoir bien fonctionner, est très coûteuse. Pour être efficace, il faut que l’organisme régulateur ait accès à une information complète et fiable, des leviers de décision et d’action rapides et efficaces, des moyens de contrôle pour réprimer la fraude. Et cela a un coût important, d’autant plus important qu’une activité économique est diverse et éclatée. S’il est facile de contrôler les centrales électriques, il est plus difficile d’exercer un contrôle efficace sur des dizaines de milliers de boulangeries ou de restaurants. C’est pourquoi, après quelques expériences malheureuses, il est admis que la régulation administrative est efficace à condition de la limiter dans l’espace – c’est-à-dire, à certains secteurs stratégiques – et/ou dans le temps – par exemple, lors d’une crise grave.

Alors, comment ce raisonnement s’applique à la situation actuelle sur le marché pétrolier ? Essayons de poser le problème. La fermeture du détroit et les dommages subis par les installations de production impliquent une baisse de la production totale disponible sur le marché qui va de 10% à plus de 30% selon les produits. Il s’ensuit un déséquilibre entre l’offre et la demande, cette dernière n’ayant, toutes choses égales par ailleurs, aucune raison de baisser. Mais toutes les choses ne demeurent pas égales par ailleurs : le déséquilibre entre offre et demande fait augmenter fortement le prix des hydrocarbures. Ce qui en retour devrait encourager certains pays producteurs à produire plus – mais les réserves de capacité sont relativement faibles – et surtout les consommateurs à consommer moins. En théorie donc les prix devraient augmenter jusqu’à ce que la réduction de la consommation, qui en est la conséquence, compense celle de la production (1).

Mais supposons maintenant que l’autorité administrative bloque les prix. Dans ces conditions, alors que la production de pétrole brut a baissé de 12% par rapport à l’équilibre de l’avant-fermeture, les consommateurs continueront à consommer autant. Pourquoi changeraient-ils leurs habitudes, puisque les prix restent bloqués ? Or, on peut voir aisément qu’une telle situation est intenable : si on produit 88 et qu’on consomme 100, une fois les stocks épuisés, il y aura pénurie de carburant. Une pénurie qui affectera les consommateurs aléatoirement, à moins que l’Etat ne décide de mettre en place un système de rationnement.

Le cas du transport aérien fournit un bon exemple de cette problématique. Si la quantité de kérosène disponible est réduite de 30%, il y aura 30% de moins d’avions qui voleront. C’est mécanique. Qui décidera quels avions voleront et lesquels resteront cloués au sol ? Si l’on laisse faire le marché, il est clair que les compagnies aériennes augmenteront les prix des billets et supprimeront les vols les moins rentables. Ce qui veut dire que les cadres supérieurs, qui peuvent payer le surcoût et qui prennent les lignes au meilleur remplissage, continueront à voyager. Par contre, les vols vers certains territoires d’outre-mer qui emportent des passagers modestes et en petite quantité mais qui sont un poumon économique indispensable, seront certainement supprimés. A moins que l’Etat intervienne pour réserver du carburant à ces derniers…

Ce que nos élites politiques ne semblent pas comprendre est que, dès lors que la production baisse, la consommation DOIT baisser. C’est là une réalité physique. Ce qui veut dire qu’il faudra dissuader les Français de prendre l’avion ou de remplir leur réservoir. Qu’on les dissuade en augmentant les prix ou en rationnant le carburant par décret, peu importe. L’idée qu’un blocage des prix permettrait à l’ensemble des Français de continuer à consommer comme si de rien n’était est tout simplement absurde. Et les mesures de régulation administrative ne peuvent que changer la distribution de la pénurie. On peut par exemple subventionner la consommation de certaines catégories, censées avoir un besoin plus pressant que les autres, ce qui leur permet de ne pas réduire leur consommation, mais cela implique que les autres consommateurs devront supporter une réduction plus forte de la leur, et donc une hausse de prix plus importante qu’elle n’aurait été si tout le monde devait participer à l’effort.

Bien entendu, le marché pétrolier étant un marché international, on pourrait imaginer que la France, qui peut payer – en s’endettant, mais c’est là une autre histoire – puisse continuer à consommer comme d’habitude, par exemple en détournant vers elle le pétrole disponible et en faisant reposer la réduction de consommation sur les pays pauvres. Mais on peut difficilement imaginer que les politiciens généreux qui demandent le blocage des prix aient en tête une option aussi égoïste… et dès lors qu’on renonce à ce type de solutions, les élites politico-médiatiques devraient prendre leurs responsabilités et expliquer au peuple qu’on ne peut pas faire apparaître du pétrole par magie, et qu’il faudra donc que certains, ceux qui en ont le moins besoin, se serrent la ceinture. Ce qu’aucun politicien ne dira aujourd’hui, et on peut le comprendre. Dans le climat de surenchère démagogique permanent inséparable de la société de communication, le peuple exige des politiciens qu’ils annoncent seulement des bonnes nouvelles. Personne n’applaudira aujourd’hui celui qui dirait « je n’ai à vous proposer que du sang, de la sueur et des larmes ».

La question de la régulation est d’ailleurs une difficulté théorique que les penseurs à gauche ont toujours préféré éviter. Ainsi, les communistes utopiques caractérisaient leur société idéale par l’adage « de chacun selon ses possibilités, à chacun ses besoins » sans jamais se demander par quelle magie les deux termes de l’équation allaient s’équilibrer. Que se passe-t-il si l’ensemble des « possibilités » n’équilibre pas l’ensemble des « besoins » ? Le refus de penser cette question a entraîné des conséquences dramatiques. Arrivés au pouvoir, ceux qui ont rompu avec le capitalisme s’y sont trouvés confrontés sans avoir les instruments théoriques pour y répondre. Certains, comme les guévaristes, ont poussé l’idéalisme jusqu’à croire à une « régulation spontanée » reposant sur les sens de la responsabilité de « l’homme nouveau » éduqué sous le socialisme. D’autres, plus pragmatiques, ont cherché à bâtir une régulation administrative intégrale, qui à l’usage s’est révélée trop coûteuse pour être efficace (2). Finalement, les expériences qui ont le mieux marché sont celles qu’on appelle des « capitalismes d’Etat », qui ont associé une régulation administrative des secteurs où la régulation par le marché est inefficiente, et une régulation par le marché pour les autres secteurs.

Penser en termes de régulation permettrait à la gauche d’éviter bien des bêtises. Un exemple classique est celui de notre système universitaire. Dans une université où chacun a le droit de choisir librement sa filière, la « production » de diplômés n’est régulée que par le hasard des choix individuels. On pourrait imaginer que les étudiants, lorsqu’ils choisissent leurs filières, prennent en compte les débouchés offerts par chacune d’entre elles. Mais cela supposerait, outre une capacité des individus de prévoir ce que seront les débouchés à l’horizon d’une dizaine d’années ou plus, que les individus laissent de côté d’autres facteurs de choix, facteurs qui sont faiblement corrélés avec les débouchés : effort à fournir pour décrocher le diplôme, critères géographiques, tradition familiale, effets de mode… De l’autre côté, les activités économiques, qui sont les « consommateurs » de ces diplômés, ont des besoins déterminés par leur activité. Y a-t-il une raison dans ces conditions pour que l’offre et la demande de diplômés soient en phase ? Absolument aucune. Il est donc logique qu’un grand nombre de diplômés n’arrivent pas à trouver un emploi dans la filière qu’ils ont suivie, ou correspondant à leur niveau de diplôme, puisqu’aucun mécanisme n’existe pour concilier offre et demande.

Cet état de fait est un problème pour les diplômés concernés, mais c’est aussi un énorme gâchis pour la collectivité, qui supporte des coûts de formation de personnes qui n’auront jamais la possibilité de mettre en œuvre les connaissances qu’elles auront acquises. Et pourtant, chaque fois qu’on parle de réguler ce secteur – autrement dit, d’instaurer un mode de sélection qui tienne compte des réalités de l’économie – c’est l’unanimité à gauche pour lever le bouclier. Et cela quels que soient les critères qui pourraient fonder une telle sélection (3). Parce que ce que l’idéologie libérale-libertaire dominante à gauche conteste, c’est l’idée même qu’une régulation soit légitime.

Ce n’est pas là un hasard. L’idée de régulation est une idée foncièrement matérialiste. Admettre que la régulation est nécessaire revient à admettre qu’il y a une contrainte matérielle qui s’impose à nous et qui est indépendante de notre volonté, autrement dit, que la satisfaction de nos désirs a des limites, et que pour accéder au royaume de la liberté il faut passer par celui de la nécessité. Les libéraux-libertaires ne veulent pas admettre qu’on ne peut pas avoir son gâteau et le manger, qu’on ne peut pas continuer à consommer autant d’hydrocarbures alors qu’on en produit moins, qu’on ne peut pas choisir librement ses études et exiger d’avoir ensuite un emploi correspondant à ce choix. L’idée de régulation traduit la finitude du monde, et le fait que cette finitude s’impose à nos désirs.

Eh bien, j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer : Macron avait raison lorsqu’il annonçait la fin de l’abondance, la fin de l’insouciance. Non pour pour les couches populaires, pour qui l’abondance et l’insouciance est finie depuis très longtemps. La phrase de Macron s’adressait, comme tout ce qu’il dit, aux classes intermédiaires. Et pour elles, c’est une nouveauté. En 1973, la baisse de production pétrolière avait atteint 9%, et cela avait provoqué une crise mondiale. Aujourd’hui, la baisse est de 12%. Et ceux qui s’imaginent qu’il s’agit d’un phénomène de court terme et qu’il suffirait de bloquer les prix et débloquer les stocks pour passer à travers les gouttes ont tort. A supposer même que le détroit soit ouvert dans les jours qui viennent, la production ne redeviendra normale avant plusieurs années. Un certain nombre d’infrastructures d’extraction, de raffinage et de transport ont été endommagées, et il faudra des années pour les remettre en état. Les puits existants dont on a arrêté l’extraction connaissent un phénomène de sédimentation, et il faudra là aussi du temps et de l’argent pour les remettre en production. Et cela ne se ressentira pas seulement dans les prix à la pompe ou dans celui des billets d’avion. Beaucoup d’activités économiques reposent sur les hydrocarbures : l’agriculture (à travers les engrais produits à partir d’ammoniac, dont la production est réduite de 40%), la chimie (avec les plastics en première ligne), l’électronique (avec la pénurie d’hélium, dont la production est réduite de 35%), la production d’électricité (qui dépend dans beaucoup de pays européens du gaz, et dont le prix détermine donc le prix de l’électricité) … et la liste est interminable.

Notre élite politico-médiatique ne s’en est pas encore aperçu, mais dans quelques semaines, dans quelques mois tout au plus, elle sera probablement appelée à gérer une crise aussi grave, sinon plus, que celle de 1973. Et pour gérer cette crise, il est indispensable d’arrêter de vivre dans le monde où il suffit de désirer pour avoir, et de comprendre que gouverner, c’est d’abord agir sous les contraintes du réel, et donc de réguler. Nos élites en sont-elles capables ? Ont-elles ce qu’il faut – dans le pantalon et dans la tête – pour montrer aux citoyens qu’elles savent où elles vont et qu’on peut leur faire confiance pour y aller ? Sont-elles capables de prendre les décisions difficiles et qui ne feront plaisir à personne, mais qui sont indispensables ? Ont-elles la capacité technique – ou du moins l’intelligence d’aller la chercher là où elle se trouve ? Et plus important, sont-elles capables de mettre de côté leurs petites querelles et leurs petits intérêts, et se penser en tant qu’élites du pays, avec les devoirs qu’une telle position implique ?

La réponse est non, bien entendu. On imagine mal les Attal, les Philippe, les Faure, les Mélenchon ou les Bardella avoir le mélange de vision et de pragmatisme des hommes du CNR. Comme à chaque fois dans notre histoire, les crises ont balayé les élites en place et permis la promotion d’hommes nouveaux. On dit que les crises révèlent les potentialités des grands hommes et des grands pays, et que ces potentialités existent toujours chez nous. Je prie pour que ce soit vrai.

Descartes

(1) A court terme, ce raisonnement n’est pas tout à fait juste. En effet, les compagnies pétrolières et les Etats disposent de réserves de pétrole qui permettent de compenser partiellement et pendant un certain temps la baisse de la production. La libération de ces stocks permet donc d’atténuer la hausse des prix et donc la baisse de la consommation.

(2) Il ne faut pas être trop sévère avec ces gens-là. Après tout, il leur a fallu reconstruire sur les cendres d’une guerre civile une « économie de guerre », dans un pays où la tradition libérale était inexistante, et sous la menace permanente d’une intervention militaire occidentale. Lénine a bien essayé une forme de régulation « mixte », associant planification et marché, avec la NEP. Si cet essai a permis d’améliorer partiellement la situation économique, elle s’est vite enlisée, notamment sous les abus des « nepman ». Dans une situation qui restait critique, le retour à une régulation administrative à partir des années 1930 et le succès des deux premiers plans quinquennaux ont rendu très difficile politiquement le retour vers une dose de régulation par le marché. Pour ceux qui voudraient une peinture humoristique de cette époque, voir « Le veau d’or » d’Ilya Ilf et Evgueni Pétrov, très bien traduit en français même si la version annotée souffre du parti pris anticommuniste du traducteur.

(3) On peut relever ici une contradiction amusante. Dès lors qu’il n’y a pas de sélection, et donc pas de régulation de la « production » de diplômés, la logique voudrait que l’enseignement universitaire se spécialise de moins en moins, produisant donc des diplômés polyvalents pouvant ensuite s’adapter à l’état du marché du travail. Or, c’est le mouvement inverse qu’on constate, avec la multiplication des diplômes de licence et de master de plus en plus spécialisés et couvrant des domaines de plus en plus étroits, censés permettre une meilleure « professionnalisation » des diplômés… autrement dit, les formations les plus sélectives produisent des généralistes qu’il est ensuite facile de caser dans l’emploi, alors que celles où il n’y a pas de sélection produisent des spécialistes dont l’emploi dépend du hasard…

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59 réponses à La fin de l’abondance

  1. Cording1 dit :

    La fin de l’abondance ? Elle nous a souvent été annoncée par le passé. Ce ne fut qu’un moment à passer et nous en sommes revenus à une situation quasi-normale ou nous sommes un peu ou beaucoup adaptés mais la donne fondamentale n’a pas vraiment changé. 
    Actuellement Jacques Sapir, d’après les informations dont il dispose, et il est plutôt bien informé, estime que selon les installations et les pays du Golfe persique concernés prendront entre 2 à 5 ans. 
    A chaque fois que nous avons eu une situation proche de celle-ci il a été constaté une baisse de la consommation du pétrole ou gaz le temps que nous adaptions ou que la situation redevienne à la quasi-normale. 
    Quant à nos hommes politiques ils en sont peu ou pas conscients tellement ils gouvernent à très court terme. D’autant plus que peu populaires ils n’ont pas envie d’annoncer de mauvaises nouvelles qui va aggraver la situation déjà mauvaise pour beaucoup si ce n’est la majorité des Français et surtout eux-mêmes.  La situation impose une régulation de l’économie à laquelle ils répugnent si fortement s’étant délestés de la plupart de leurs pouvoirs à des institutions bureaucratiques et technocratiques telle l’UE ou à des instances de régulation de secteurs économiques nombreuses dites indépendantes qu’ils ont démultiplié à volonté. 

    • Descartes dit :

      @ Cording1

      [La fin de l’abondance ? Elle nous a souvent été annoncée par le passé.]

      En fait, non. La plupart des gouvernements du passé ont présenté ce qui était une mutation structurelle comme un mauvais moment à passer. On parlait de « crise » (ce qui suppose un état temporaire), on voyait « la lumière au bout du tunnel »… Après le choc pétrolier de 1973 (en fait, le ralentissement de la croissance avait commencé à la fin des années 1960) on a mis deux décennies à admettre qu’il ne s’agissait pas d’une crise passagère, et que le retour au statu quo ante n’était pas possible. Ce n’est que dans les années 2000 qu’on a accepté le chômage de masse comme un état normal.

      [Ce ne fut qu’un moment à passer et nous en sommes revenus à une situation quasi-normale ou nous sommes un peu ou beaucoup adaptés mais la donne fondamentale n’a pas vraiment changé.]

      Vous trouvez ? A la fin des années 1960, on était à moins de 500.000 chômeurs. A votre avis, quand est-on « revenu à une situation quasi-normale » ? Le chômage de masse ou la désindustrialisation n’ont pas été « des mauvais moments à passer », mais des éléments d’une nouvelle étape dans l’évolution du capitalisme français…

      [Actuellement Jacques Sapir, d’après les informations dont il dispose, et il est plutôt bien informé, estime que selon les installations et les pays du Golfe persique concernés prendront entre 2 à 5 ans.]

      Oui. Mais pendant ces 2 à 5 ans, le système énergétique mondial aura évolué pour pouvoir se passer de ces productions, et lorsque ces installations reviendront sur le marché, ce ne sera plus le même marché. Les systèmes énergétiques ont une très grande inertie, et lors des crises précédentes on n’est jamais revenu à l’état antérieur. Pour ne donner qu’un exemple, avant 1974 le fuel assurait plus de la moitié de la production électrique française. On n’y est jamais revenus…

      [A chaque fois que nous avons eu une situation proche de celle-ci il a été constaté une baisse de la consommation du pétrole ou gaz le temps que nous adaptions ou que la situation redevienne à la quasi-normale.]

      Autrement dit, soit on revient à l’état antérieur, soit on n’y revient pas. Monsieur de La Palice n’aurait pas dit mieux…

  2. Bob dit :

    @ Descartes
     
    [On dit que les crises révèlent les potentialités des grands hommes et des grands pays, et que ces potentialités existent toujours chez nous. Je prie pour que ce soit vrai.]
     
    Vous n’êtes pas le seul.

  3. Tythan dit :

    Cher Descartes, 
     
    Vous attribuez à certaines voix de droite l’idée de bloquer les prix. A qui faites-vous référence ? Pour moi, seule LFI en avait parlé. 
     
    Sur le reste, si votre réflexion sur la fin de l’abondance est très intéressante bien qu’elle ne nous aide pas à sortir de notre profonde déprime, je trouve que vous faites l’erreur de ne pas parler, s’agissant du produit que vous prenez en exemple, de la très forte taxation du carburant, qui représente plus de la moitié du prix là où les produits que nous consommons ne sont frappés que de la TVA, qui est même à taux réduit pour les produits essentiels. J’aurais tendance à penser qu’avant de complètement changer l’organisation de notre société qui est structurellement construite autour de la voiture, on baisse les taxes, ne serait-ce que nous permettre de nous adapter.

    • Descartes dit :

      @ Tythan

      [Vous attribuez à certaines voix de droite l’idée de bloquer les prix. A qui faites-vous référence ? Pour moi, seule LFI en avait parlé.]

      Oh que non. A gauche, vous avez par exemple la proposition de loi déposée par les sénateurs communistes le 13 mars dernier « visant à bloquer les prix du gaz et des carburants et à encadrer les marges en période de crise », monument d’absurdité qui montre que ces sénateurs n’ont rien compris au problème. C’est le cas aussi à droite, ou Xavier Bertrand par exemple appelle à bloquer les marges des pétroliers. Chez le RN, on ne parle pas de « blocage », mais on propose de baisser les taxes pour faire baisser les prix, ce qui revient, du point de vue de la régulation, exactement au même – sauf que la différence de prix est supportée par l’Etat plutôt que par les distributeurs de carburants.

      S’il y a quelque chose qui unit notre classe politique, c’est le refus d’admettre que puisqu’il y a moins de carburant disponible, il faut mettre en place un mécanisme qui réduise la consommation. Que ce mécanisme soit le prix ou le rationnement, c’est une autre affaire.

      [Sur le reste, si votre réflexion sur la fin de l’abondance est très intéressante bien qu’elle ne nous aide pas à sortir de notre profonde déprime, je trouve que vous faites l’erreur de ne pas parler, s’agissant du produit que vous prenez en exemple, de la très forte taxation du carburant, qui représente plus de la moitié du prix là où les produits que nous consommons ne sont frappés que de la TVA, qui est même à taux réduit pour les produits essentiels. J’aurais tendance à penser qu’avant de complètement changer l’organisation de notre société qui est structurellement construite autour de la voiture, on baisse les taxes, ne serait-ce que nous permettre de nous adapter.]

      J’essaye de pas m’énerver… mais sans vouloir vous offenser, vous passez ici complètement à côté du problème. Imaginons une situation de pénurie, comme celle que nous connaissons maintenant. La demande est supérieure à l’offre, et le prix à la pompe (produit plus taxes) montera jusqu’à ce que la demande diminue suffisamment pour équilibrer l’offre. Si vous « réduisez les taxes », dans un premier temps vous aurez des prix plus faibles à la pompe… et donc plus de demande. Et comme cette demande ne peut être satisfaite, puisqu’on est en pénurie, les prix remonteront jusqu’à ce que la demande se réduise suffisamment pour équilibrer l’offre… autrement dit, jusqu’à atteindre le même niveau qu’aujourd’hui. La seule chose que vous aurez réussi à faire est de transférer la différence des poches de l’Etat dans les poches des pétroliers…

      Au risque de me répéter : dans une situation de pénurie, IL FAUT QUE LA CONSOMMATION DIMINUE POUR S’AJUSTER A LA PRODUCTION. L’idée qu’en jouant sur les prix – blocage, réduction des taxes, tout ce que vous voulez – on pourrait continuer à consommer à l’identique est une absurdité. La question qu’il faut se poser est celle de la distribution de la pénurie. Soit on laisse faire le marché, et les prix augmenteront jusqu’à atteindre l’équilibre, ce qui fait reposer la réduction de la consommation sur les plus pauvres, soit on rationne en réservant le combustible à ceux qui en ont le plus besoin.

      • Lhaa Francis dit :

             Régulation ? Vous avez dit régulation ? Comme c’est bizarre. Dans mon jeune temps de petit militant, en banlieue parisienne, soit juste après 68, nous avions un camarade qui se trouvait être le gendre de François Billoux, ministre communiste de la Santé à la Libération  (  septembre 44 à novembre 45  ). Du fait de la guerre,  (   la  ”  Grande Dérégulation  ”  ),  les maladies vénériennes avaient grimpé quasiment à la verticale. Billoux avait sollicité les labos de pharmacie pour produire des antibiotiques.  Devant leur peu d’enthousiasme,  (  rentabilité insuffisante  )  il a dû les menacer  de les nationaliser. Après, ça a mieux marché, comme disait Bourvil.

      • Tythan dit :

        Cher Descartes,
         
        Je me rends compte que je suis effectivement allé trop vite et que je vous ai contraint à vous répéter au lieu de faire avancer le débat.
         
        Quand vous dites, avec raison, qu’il faut que la consommation diminue pour s’ajuster à la production (modulo les stocks), vous avez tout à fait raison mais vous raisonnez à un niveau mondial alors que pour ma part je ne raisonnais qu’au niveau national pour chercher à amortir, pour le consommateur, l’impact de la hausse de prix (générale et due à la pénurie – de toute façon, quoi que la France fasse à court terme, les pétroliers vont recevoir dans leur poche plus qu’avant la crise du fait de la pénurie que la guerre a créé).
         
        Quand vous dites donc : “Les prix remonteront jusqu’à ce que la demande se réduise suffisamment pour équilibrer l’offre”, c’est vrai mais au niveau mondial. Or, sur le marché français, les prix sont à un niveau si élevé du fait des taxes que nous disposons d’une grande marge par rapport aux autres pays pour que la demande se réduise d’abord dans ces pays avant de nous retrouver face aux choix douloureux que vous nous indiquez.
         
        Ce que je dis vaut évidemment pour le court terme, sachant que, justement, sur le long terme, la France a fait des efforts colossaux pour se détacher le plus possible du pétrole, à travers le programme nucléaire bien sûr mais plus récemment également à travers les efforts pour l’électrification de notre parc automobile (sans doute d’ailleurs un peu trop rapides par rapport à l’état des techniques).
         
        Dès que la crise sera passée, il s’agira bien entendu de revenir aux niveaux de taxation antérieurs (ne serait-ce que pour nos finances publiques et pour redonner au pays la marge que la forte taxation nous donne par rapport aux autres pays). 

        • Descartes dit :

          @ Tythan

          [Quand vous dites, avec raison, qu’il faut que la consommation diminue pour s’ajuster à la production (modulo les stocks), vous avez tout à fait raison mais vous raisonnez à un niveau mondial alors que pour ma part je ne raisonnais qu’au niveau national pour chercher à amortir, pour le consommateur, l’impact de la hausse de prix]

          Mais ce raisonnement contient une erreur logique. Si le prix international monte, et que l’Etat atténue cette hausse en subventionnant le carburant – ou en réduisant les taxes, ce qui revient exactement au même – cela implique que le contribuable paye pour le consommateur. Or, cela est économiquement irrationnel : on ne donne au consommateur aucun signal pour qu’il essaye de réduire sa consommation, et on charge le contribuable alors que celui-ci n’a aucun lever pour agir…

          Vous me direz qu’on peut financer le dispositif par la dette. Ce n’est pas irrationnel, s’il s’agit d’une situation conjoncturelle : on peut s’endetter pour atténuer l’effet quand les prix du pétrole sont à la hausse, et payer la dette en remontant les taxes quand les prix sont à la baisse. Le problème est que cela nécessite de la part des gouvernements une discipline de fer – personne n’a envie de faire de la peine à ses électeurs en remontant les taxes. Mais surtout, je soutiens que la crise qui vient n’est pas « conjoncturelle », mais risque de devenir structurelle.

          Je persiste donc. On peut toujours faire le choix de repartir la contrainte entre les consommateurs, en aidant par exemple ceux qui ne peuvent pas se passer de carburant au détriment des autres. Mais baisser GLOBALEMENT le prix (autrement dit, subventionner ceux qui peuvent se passer du produit) est une absurdité.

          [(générale et due à la pénurie – de toute façon, quoi que la France fasse à court terme, les pétroliers vont recevoir dans leur poche plus qu’avant la crise du fait de la pénurie que la guerre a créé).]

          Après, on peut discuter la question de la taxation des pétroliers pour corriger les profits indus liés à la crise. Mais c’est là une autre question.

          [Quand vous dites donc : “Les prix remonteront jusqu’à ce que la demande se réduise suffisamment pour équilibrer l’offre”, c’est vrai mais au niveau mondial. Or, sur le marché français, les prix sont à un niveau si élevé du fait des taxes que nous disposons d’une grande marge par rapport aux autres pays pour que la demande se réduise d’abord dans ces pays avant de nous retrouver face aux choix douloureux que vous nous indiquez.]

          Nous avons une marge en termes de taxation, mais une marge budgétaire très faible voire nulle. Baisser les taxes sur l’essence ou le gazole implique donc de les augmenter sur le reste…

  4. Frank dit :

    Merci pour ce texte clair, net et précis. 
     
    La tragédie, c’est que l’on pourrait écrire le même si à peu prêt tous les grands sujets qui devraient préoccuper nos élites. La déconnexion est totale entre les contraintes du réel, qu’elles soient physiques ou sociologiques ou autres, et les politiques annoncées ou mises en œuvre. Et cette déconnexion ne se voit pas uniquement au sein des élites politiques. Elle est très présente également au sein des universités, par exemple, y compris dans les départements scientifiques, ce qui est, au moins pour moi, effarant. C’est un cancer metastasé en phase terminale.
     
    Vous mettez cet état de fait sur le dos de la «société de consommation.» C’est vrai, il y a forcément un lien. Avec ses nombreux corollaires : l’individu au centre de tout, l’horizontalité, la disparition de la notion de responsabilité, la dévaluation terrifiante de la valeur «vérité».
     
    Mais je me demande si toute société où le niveau de confort dépasse un certain seuil, dans laquelle la solidité des cadres (infrastructures, institutions, etc.) permet de faire à peu prêt n’importe quoi sans en subir des conséquences lourdes à court ou même à moyen terme, n’est pas condamnée à cette même maladie qui provient de la déconnexion au réel. On est peut-être obligé d’en passer par là. Une sorte de crise de la quarantaine pour nos sociétés «riches.»
     
    «Comme à chaque fois dans notre histoire, les crises ont balayé les élites en place et permis la promotion d’hommes nouveaux. On dit que les crises révèlent les potentialités des grands hommes et des grands pays, et que ces potentialités existent toujours chez nous. Je prie pour que ce soit vrai.»
     
    Que vous en soyez réduit à prier n’est pas très encourageant. De plus, il faudrait (faudra ?) une crise d’une ampleur épouvantable pour pouvoir ne serait-ce qu’espérer que vos prières se réalisent… Car ce beau monde a vraiment tout vérouillé sans résistance depuis 30 ans.

    • Descartes dit :

      @ Franck

      [La tragédie, c’est que l’on pourrait écrire le même si à peu prêt tous les grands sujets qui devraient préoccuper nos élites. La déconnexion est totale entre les contraintes du réel, qu’elles soient physiques ou sociologiques ou autres, et les politiques annoncées ou mises en œuvre.]

      Tout à fait. Le seul sujet qui semble préoccuper le monde politico-médiatique, ce sont les candidatures pour les élections présidentielles. L’affaire Faure-Vallaud est de ce point de vue révélatrice : on voit un courant du PS, celui conduit par Vallaud, se retirer des organes de direction du PS. Et qu’est ce qui motive ce retrait ? Une question de fond ? Un désaccord sur un point important du programme ? Une divergence sur la manière de faire face à la crise qui s’annonce ? Non, pas du tout. Ce qui entraîne ce geste grave, c’est un désaccord sur la tactique pour désigner le candidat présidentiel. Mélenchon or not Mélenchon, Bardella or not Bardella, voilà ce qui agite nos politiciens. Le pétrole, tout le monde s’en fout.

      La politique, qui était un engagement vital, est devenue un métier comme un autre, et les partis politiques sont des employeurs plutôt que des engagements. De la même manière qu’un DRH peut passer de Total à Engie si la paye est meilleure, une Chikirou peut vouloir être candidate pour LR puis passer à LFI si on lui offre mieux. Et ces gens-là raisonnent donc en fonction de leur carrière plus qu’en fonction d’une idéologie ou de l’avenir du pays. L’élection présidentielle intéresse le milieu politique parce que le résultat de cette élection fera et défera des carrières. La désindustrialisation ne change rien pour ces gens-là, et c’est pourquoi ils s’en foutent.

      [Et cette déconnexion ne se voit pas uniquement au sein des élites politiques. Elle est très présente également au sein des universités, par exemple, y compris dans les départements scientifiques, ce qui est, au moins pour moi, effarant.]

      Pourriez-vous élaborer ? Je ne vois pas très bien à quoi vous faites allusion.

      [Mais je me demande si toute société où le niveau de confort dépasse un certain seuil, dans laquelle la solidité des cadres (infrastructures, institutions, etc.) permet de faire à peu près n’importe quoi sans en subir des conséquences lourdes à court ou même à moyen terme, n’est pas condamnée à cette même maladie qui provient de la déconnexion au réel.]

      Il est clair que c’est le fait de devoir subir les conséquences de nos actes et de nos choix qui nous ramène au réel. Il est clair que les gouvernements qui, à la moindre erreur, devaient faire face à une attaque sur le Franc étaient obligés de tenir compte des réalités bien plus profondément que ceux qui sont isolés des conséquences des choix par toute une structure dont c’est précisément le but.

      De ce point de vue, la construction européenne est probablement le summum du raffinement. Les textes sont écrit de telle manière à entrer en vigueur pleinement avec un délai d’entre cinq et dix ans, et entre le moment où la décision entre en vigueur et le moment où ses conséquences se font sentir, il se passe dix ans et plus. La première directive ouvrant le marché de l’électricité à la concurrence est prise en 1996, le démantèlement des monopoles décidé au sommet de Barcelone en 2000, l’ouverture du capital d’EDF, qui en est la conséquence, a lieu en 2005, les conséquences désastreuses de ce choix commencent à se voir dans les années 2010. Ceux qui ont signé la directive de 1996 ou participé au sommet de Barcelone ont alors depuis très longtemps quitté le pouvoir…

      • Frank dit :

        [Et cette déconnexion ne se voit pas uniquement au sein des élites politiques. Elle est très présente également au sein des universités, par exemple, y compris dans les départements scientifiques, ce qui est, au moins pour moi, effarant.]

        “Pourriez-vous élaborer ? Je ne vois pas très bien à quoi vous faites allusion.”

        J’ai eu pendant assez longtemps la naïveté, et peut-être la vanité, de penser que les études scientifiques, qui sont censées apprendre à raisonner rigoureusement et à distinguer le vrai du faux, apportait une certaine protection intellectuelle. Je crois que c’est Poincaré qui disait que «le but de la Science est de poser une limite à l’erreur.»

        Mais j’ai pu observer que ce n’était absolument pas le cas. Beaucoup de scientifiques, dès qu’ils sortent de leur petite niche spécialisée, sont tout à fait capable de se vautrer dans la pensée magique. Et on ne peut pas vraiment compter sur eux, en général, en tout cas pas plus que sur d’autres catégories dans la population, pour lutter contre la déconnexion au réel qui caractérise notre monde occidental moderne.

        • Descartes dit :

          @ Frank

          [« J’ai eu pendant assez longtemps la naïveté, et peut-être la vanité, de penser que les études scientifiques, qui sont censées apprendre à raisonner rigoureusement et à distinguer le vrai du faux, apportait une certaine protection intellectuelle. Je crois que c’est Poincaré qui disait que « le but de la Science est de poser une limite à l’erreur.» » Mais j’ai pu observer que ce n’était absolument pas le cas. Beaucoup de scientifiques, dès qu’ils sortent de leur petite niche spécialisée, sont tout à fait capable de se vautrer dans la pensée magique. Et on ne peut pas vraiment compter sur eux, en général, en tout cas pas plus que sur d’autres catégories dans la population, pour lutter contre la déconnexion au réel qui caractérise notre monde occidental moderne.]

          Je pense qu’il faut là distinguer deux aspects. Il y a la problématique du vrai et du faux, et je pense que sur ce point vous êtes sans doute trop sévère. Ceux qui ont fait des études scientifiques ont certainement des instruments pour raisonner rigoureusement lorsqu’il s’agit d’analyser une situation, un problème concret, d’une manière dépassionnée.

          Et puis, il y a la dimension de la croyance, et tout particulièrement de ce qu’on a envie de croire. Un physicien qui sera un exemple de rigueur lorsqu’il s’agit d’interpréter un phénomène physique peut soutenir le Mélenchon qui déclare qu’on peut remplacer le nucléaire par la géothermie. C’est parce qu’il a envie de croire qu’il renonce volontairement à tout raisonnement rigoureux.

          Ce phénomène a toujours existé. On a bien eu des grands scientifiques qui sont restés des chrétiens passionnés, alors que de toute évidence la description biblique contredit la vision scientifique. C’est d’ailleurs pourquoi le fait d’être un éminent scientifique ne vous donne pas la moindre autorité dans un domaine qui ne relève pas du travail scientifique mais de la croyance.

          • Frank dit :

            Je suis d’accord avec vous, c’est exactement ce que je voulais dire. Cette envie de croire emporte tout chez beaucoup de gens, y compris chez ceux qui ont pourtant été le mieux formé à résister aux croyances en apprenant à les confronter au réel par la méthode scientifique.
            Ce qui est amusant, c’est que, personnellement, je fais exactement l’inverse. Dès qu’un enthousiasme exagéré pour une croyance ou une idée, au sens large, se fait sentir, je ressens un malaise et j’ai tendance à beaucoup me méfier. Pendant longtemps, j’ai pensé que c’était un réflexe «de scientifique», mais non.
            Il y a une autre dimension qu’il faudrait aborder sur ces sujets : celle du courage. Car il faut de nos jours beaucoup de courage, dans la plupart des contextes, pour voir et dire le vrai. Et le courage n’est pas chose courante.
             

            • Descartes dit :

              @ Frank

              [Je suis d’accord avec vous, c’est exactement ce que je voulais dire. Cette envie de croire emporte tout chez beaucoup de gens, y compris chez ceux qui ont pourtant été le mieux formé à résister aux croyances en apprenant à les confronter au réel par la méthode scientifique.]

              C’est ce qu’à mon avis il faut garder en tête. Et l’envie de croire est d’autant plus puissante que vous vivez dans un monde en mutation, aux catégories changeantes, où tout peut être remis en cause et rien n’est vécu comme permanent, comme stable, comme fiable. C’est à cela que j’attribue la crise dont vous faites état dans le monde scientifique, mais qui en fait existe dans la plupart des milieux professionnels. C’est que l’homme a besoin de sens. Nous ne pouvons pas nous résigner au fait que nous existons par le plus grand des hasards, et que noter passage sur terre n’a aucune signification. Pendant des siècles, la société a bâti des idéologies qui permettaient donner un sens à notre vie, et du coup « l’envie de croire » était canalisée, et on croyait tous à peu près les mêmes choses. Avec l’avance du capitalisme, ces « croyances officielles » ont volé en éclats, et chacun doit s’inventer son petit « sens » particulier. D’où cette angoisse qui finit par abolir toute rationalité. Pensez au succès des théories complotistes… à tous les niveaux.

              [Ce qui est amusant, c’est que, personnellement, je fais exactement l’inverse. Dès qu’un enthousiasme exagéré pour une croyance ou une idée, au sens large, se fait sentir, je ressens un malaise et j’ai tendance à beaucoup me méfier. Pendant longtemps, j’ai pensé que c’était un réflexe « de scientifique », mais non.]

              Je dirais que c’est un réflexe pessimiste. Mon grand-père, qui n’avait fait que les trois premières années de l’école primaire et qui était fondamentalement un autodidacte, m’a transmis ce même réflexe. Rien dans ce bas monde n’est assez bon pour justifier qu’on y adhère sans réserve. Et il faut donc se méfier lorsqu’une idée provoque ce type d’enthousiasme : cela veut dire que les gens qui la suivent n’ont pas tout compris. Par certains côtés, cette attitude rejoint le doute cartésien, mais il ne faut pas les confondre : le doute cartésien est un outil de recherche de la vérité, la méfiance de mon grand père un outil pour ne pas se laisser embarquer…

              [Il y a une autre dimension qu’il faudrait aborder sur ces sujets : celle du courage. Car il faut de nos jours beaucoup de courage, dans la plupart des contextes, pour voir et dire le vrai. Et le courage n’est pas chose courante.]

              Plus que du courage, c’est une question d’effort. Il y a certes un élément de lâcheté à éviter le conflit qu’entraine le fait de soutenir dans votre famille, dans votre milieu professionnel, des idées qui vont contre le courant. Mais surtout, ce conflit nécessite une dépense de temps, d’énergie. A la fin, la paresse, l’aquoibonisme finit par user même les plus coriaces. Si j’en crois mon expérience, ceux qui le font par devoir finissent épuisés, seuls ceux qui prennent du plaisir à donner des coups de pied dans les vaches sacrées, qui comme Cyrano collectionnent les ennemis, tiennent la distance.

  5. WENISCH dit :

    L’analyse est très convaincante. Mais j’ai peur que vos prières se soient pas entendues à court terme. Dites moi donc un peu à quel dieu vous vous confiez que j’en essaye un autre !Même le Covid  n’a pas permis de faire place nette. Certes, ceux qui tiennent les postes s’y accrochent mais  personne ne cherche vraiment à les en chasser. Peut-être que les qualités requises pour atteindre le pouvoir sont devenues trop différentes de celles nécessaires pour gouverner vraiment ? J’ai vu ces derniers jours que certains envisageaient la candidature de Polony. Elle publie dans un ouvrage intitulé la France, corps et âme ce qui semble être une déclaration d’amour dans un calendrier sans doute intéressé. Sa nouvelle revue l‘Audace, dont vous noterez la pertinences du sous-titre “penser, produire, construire” est fort intéressante. Je crois avoir lu ici que vous en appréciiez les analyses, ce qui ne serait pas étonnant. Mais une éditorialiste de talent ne fait pas automatiquement une candidate brillante pas plus qu’une politique de premier ordre.  

    • Descartes dit :

      @ WENISH

      [L’analyse est très convaincante. Mais j’ai peur que vos prières ne soient pas entendues à court terme.]

      Il est souvent très difficile à prédire ce genre d’événement. Une étincelle peut mettre le feu à la plaine de façon totalement inespérée. Et c’est particulièrement vrai en France, ou souvent le public passe de l’apathie à l’exaltation d’une manière explosive.

      [Même le Covid n’a pas permis de faire place nette.]

      Parce que, contrairement à une impression qui semble largement partagé, la crise COVID a été relativement bien gérée. Pas par les politiques, qui ont souvent couru comme des poulets sans tête, mais par l’appareil administratif. On a dit que « la France a tenu grâce aux préfets », et ce n’et pas tout à fait faux, mais aux préfets il faut ajouter les grands commis qui gèrent les services publics.

      Les politiciens ont tendance à rejeter les fautes sur l’appareil de l’Etat – cet « Etat profond » qu’on voue aux Gémonies en permanence – mais dans la réalité le fonctionnement est plutôt l’opposé : c’est l’appareil de l’Etat qui, par son efficacité, occulte l’incurie, l’incompétence et l’absence de sens de l’intérêt général des politiciens. Si EDF était dirigée effectivement par des politiciens plutôt que par des ingénieurs et des hauts fonctionnaires, on aurait des blackout tous les jours.

      Pour qu’une crise balaye les élites politiques et ouvre le champ à des nouvelles, il faut une crise qui dépasse la capacité de l’administration à gérer…

      [Certes, ceux qui tiennent les postes s’y accrochent mais personne ne cherche vraiment à les en chasser. Peut-être que les qualités requises pour atteindre le pouvoir sont devenues trop différentes de celles nécessaires pour gouverner vraiment ?]

      C’est une très bonne question. Et je pense que la réponse est positive : on connaît beaucoup de personnalités qui ont les qualités pour gouverner, mais aucune d’entre elles n’a la moindre chance d’être élue. Mais je pense qu’il en a toujours été un peu ainsi. Et on avait résolu la question d’une manière fort élégante, en séparant les questions de gouvernement, confiées à une élite administrative de « grands commis de l’Etat », et les questions de politique assumées par des politiciens. Ceux qui avaient la qualité pour penser et conduire des projets allaient vers la haute fonction publique, ceux qui avaient la qualité pour établir un lien avec les citoyens se faisaient élire. Et c’est le dialogue entre l’administratif et le politique qui assurait l’équilibre entre la rationalité technique, représenté par les uns, et les rapports de force sociaux qui font la volonté générale, représentée par les autres. Et le système fonctionnait très bien tant que chacun évitait de piétiner le domaine de l’autre.

      C’est cette séparation qui a été progressivement détruite. D’un côté, parce que les « grands commis de l’Etat » sont, dans les années 1980, aspirés par la politique. Alors que dans les promotions de l’ENA jusqu’aux années 1970 seule une toute petite minorité allait vers la politique, et encore, souvent dans des domaines qui relevaient de leur compétence, les gouvernements socialistes de l’après 1981 comptent un nombre d’énarques jamais vu auparavant, et dans des domaines où ils ne pouvaient pas revendiquer une quelconque compétence technique. A l’inverse, les ministres ont voulu « tenir » l’administration, multipliant à l’infini la taille des cabinets de manière de pouvoir « marquer à la culotte » chaque directeur d’administration, chaque préfet. Et du coup, l’étage qui aurait du faire de la politique s’est perdu dans la technique, et l’étage qui avait la compétence technique a cru bon de penser en politicien. Tout le monde y a perdu.

      [J’ai vu ces derniers jours que certains envisageaient la candidature de Polony. Elle publie dans un ouvrage intitulé la France, corps et âme ce qui semble être une déclaration d’amour dans un calendrier sans doute intéressé. Sa nouvelle revue l‘Audace, dont vous noterez la pertinence du sous-titre “penser, produire, construire” est fort intéressante. Je crois avoir lu ici que vous en appréciiez les analyses, ce qui ne serait pas étonnant. Mais une éditorialiste de talent ne fait pas automatiquement une candidate brillante pas plus qu’une politique de premier ordre.]

      Cela dépend de ce que vous appelez une « candidate brillante ». Si pour vous la fonction d’un candidat – et surtout d’un candidat minoritaire, qui a peu de chances d’être élu – est de porter un message et éveiller les consciences, je pense qu’elle ferait une excellente candidate. Elle a une vision de pays, elle a du courage, elle est capable de tenir une ligne, elle ne cherche pas à plaire. Par certains côtés, elle ferait un excellent ministre « à l’ancienne », c’est-à-dire, capable de laisser à son administration le travail technique et assumer le côté politique de la fonction. Mais je doute qu’elle ait l’expérience et les capacités tactiques d’un véritable politicien.

  6. bernard dit :

    Bonsoir 
    la proposition de LFI de nationaliser Total si je comprend bien ne changerais rien au prix des carburants ? sauf récupérer la plus value et le redistribuer a la population comme le regime vénézuélien  

    • Descartes dit :

      @ bernard

      [la proposition de LFI de nationaliser Total si je comprends bien ne changerais rien au prix des carburants ? sauf récupérer la plus-value et le redistribuer a la population comme le régime vénézuélien]

      Nationaliser Total n’aurait effectivement d’autre effet que de transférer à l’Etat les profits de la compagnie, mais serait sans effet sur le prix des carburants, dès lors que Total nationalisé agirait en tant qu’acteur du marché. La comparaison avec le « régime vénézuélien » me semble par contre trompeuse. Le problème du pétrole au Venezuela n’est pas tant que « la plus-value ait été distribuée à la population », mais qu’elle a été captée par un groupe social des classes intermédiaires, la « boliburguesia » (néologisme fait à partir des mots « bolivarien » et « bourgeoisie ») qui a pillé la compagnie nationale sans faire les investissements nécessaires pour maintenir la production. Mais la nationalisation n’est pas synonyme de mauvaise gestion : pendant plus d’un demi-siècle EDF a « redistribué la plus-value », tout en étant l’une des entreprises du secteur les plus efficientes… et à contrario, le privé n’est pas nécessairement synonyme de bonne gestion. Pensez à ENRON…

  7. ahbahoui dit :

    Le fait que le prix reflète exactement l’équilibre entre offre et demande suppose que la concurrence soit pure et parfaite. Qu’est-ce que vous pensez de l’argument mélenchoniste selon lequel les entreprises pétrolières profitent en réalité de leur situation de “monopole” (plutôt un oligopole en l’occurrence) pour imposer le maintien de leur marge et l’augmentation de leurs profits sur le dos des consommateurs ? https://melenchon.fr/2026/04/16/pourquoi-faut-il-bloquer-les-prix/ Autrement dit, est-ce que l’augmentation des prix vise vraiment à ajuster la demande à l’offre, ou est-ce qu’elle vise à ajuster les profits à la marge visée ?
    Et que pensez-vous du fait que TotalEnergies ait soi-même annoncé un plafonnement temporaire des prix à la pompe ? https://totalenergies.com/fr/actualites/communiques-presse/prix-carburants-totalenergies-prolonge-sa-politique-plafonnement
    Je précise que je n’ai aucune idée arrêtée sur le sujet, je cherche à comprendre et ce ne sont pas des questions rhétoriques.

    • Descartes dit :

      @ ahbahoui

      [Le fait que le prix reflète exactement l’équilibre entre offre et demande suppose que la concurrence soit pure et parfaite.]

      Cela dépend de ce que vous entendez par « le prix reflète exactement l’équilibre entre offre et demande ». Le prix reflète TOUJOURS l’équilibre entre offre et demande, et cela même dans un marché imparfait. Prenez le cas du marché des iPhone, marché très imparfait (puisque le fournisseur se trouve en situation de monopole). Si les clients ne désiraient pas acquérir un iPhone (autrement dit, si la demande diminuait) Apple aurait le choix entre vendre moins ou baisser ses prix.

      Dans un marché « pur et parfait », le prix d’équilibre est celui pour lequel les quantités échangées sont maximales. Dans un marché imparfait, ce n’est pas le cas. Mais cela ne veut pas dire que le prix ne reflète pas le rapport entre l’offre et la demande.

      [Qu’est-ce que vous pensez de l’argument mélenchoniste selon lequel les entreprises pétrolières profitent en réalité de leur situation de “monopole” (plutôt un oligopole en l’occurrence) pour imposer le maintien de leur marge et l’augmentation de leurs profits sur le dos des consommateurs ?]

      Je n’en suis pas vraiment convaincu. L’époque des oligopoles est largement révolue : le pétrole brut s’échange sur des marchés dans lesquels intervient un grand nombre d’acteurs : les « majors » bien sur (Exxon, Total, Shell etc.) mais aussi les compagnies nationales (ARAMCO…) et des acteurs indépendants de taille moyenne. Il y a une multiplicité de raffineurs et de stockeurs. Après, comme dans toute crise, la rareté réduit les quantités et augmente les prix et donc les marges. L’expérience montre que l’effet prix est plus fort que l’effet quantité, et donc que la rareté profite aux fournisseurs… cependant, je ne pense pas que le plafonnement soit le bon instrument pour y faire face, parce qu’il faut, dans un contexte de pénurie, avoir une corde de rappel pour réduire la consommation.

      [Autrement dit, est-ce que l’augmentation des prix vise vraiment à ajuster la demande à l’offre, ou est-ce qu’elle vise à ajuster les profits à la marge visée ?]

      La question n’est pas tant de savoir si l’augmentation de prix « vise » tel ou tel objectif, mais quels sont ses EFFETS. Si les prix restent constants, alors la consommation n’a aucune raison de diminuer. Or, il y a moins de production. Si la consommation reste au même point, alors à un certain moment les pompes seront vides, sauf à rationner.

      [Et que pensez-vous du fait que TotalEnergies ait soi-même annoncé un plafonnement temporaire des prix à la pompe ?]

      Vous noterez tout de même que le plafonnement annoncé par Total se trouve à un niveau relativement élevé, bien loin du prix à la pompe d’avant crise. La réaction de Total est assez logique : le pétrolier sait très loin que ses profits sont sous la loupe de l’opinion, et que la tentation de les taxer est forte. En plafonnant volontairement les prix, elle se donne un levier pour dissuader le gouvernement d’avoir recours à une taxation temporaire… dont on sait qu’elle risquerait de devenir permanente.

      • ahbahoui dit :

        “Dans un marché « pur et parfait », le prix d’équilibre est celui pour lequel les quantités échangées sont maximales. Dans un marché imparfait, ce n’est pas le cas. Mais cela ne veut pas dire que le prix ne reflète pas le rapport entre l’offre et la demande.”Oui, c’est ce que je voulais dire par équilibre entre offre et demande. Vous développez l’idée que le prix n’est qu’un mécanisme de régulation des quantités et que, dans le temps présent, la hausse des prix du carburant ne reflète rien d’autre qu’une baisse des quantités produites. Mais cela n’est exact que si l’on se trouve en présence d’un marché pur et parfait. Or, ce n’est pas vraiment le cas en l’occurrence, et c’est à partir de ce constat que certains pensent que le blocage des prix suffira. Même si je ne suis pas d’accord avec eux, il me semble que c’est un élément important du débat à prendre en compte.”L’époque des oligopoles est largement révolue : le pétrole brut s’échange sur des marchés dans lesquels intervient un grand nombre d’acteurs : les « majors » bien sur (Exxon, Total, Shell etc.) mais aussi les compagnies nationales (ARAMCO…) et des acteurs indépendants de taille moyenne. Il y a une multiplicité de raffineurs et de stockeurs.”
        Oui, mais je ne parle pas des étapes de l’extraction, du stockage, du transport ou du raffinage, je parle de l’étape de la distribution. On se situe bien plus proche d’une situation d’oligopole que d’une situation de marché pur et parfait. Il suffit pour s’en convaincre de voir les réactions affolées de Leclerc et compagnie face à la décision de plafonnement prise par TotalEnergies.
        Alors certes, je ne pense pas que les mélenchonistes fassent cette différence puisque tout ce qui leur importe est de mettre une cible sur Total… mais ce n’est pas vraiment important.
        “La question n’est pas tant de savoir si l’augmentation de prix « vise » tel ou tel objectif, mais quels sont ses EFFETS. Si les prix restent constants, alors la consommation n’a aucune raison de diminuer. Or, il y a moins de production. Si la consommation reste au même point, alors à un certain moment les pompes seront vides, sauf à rationner.”Bien sûr, mais ce qui compte c’est de savoir dans quelle proportion la hausse des prix pratiquée par les distributeurs reflète effectivement une baisse de la production. Autrement dit, s’il s’agit uniquement d’une régulation des quantités comme vous le soulignez, ce qui est toujours vrai dans un marché pur et parfait, ou s’il y a aussi une part d’abus visant à faire monter les profits pour préserver une marge, ce qui est possible puisque le marché est oligopolistique.C’est en fait assez simple à vérifier car le gouvernement a publié les marges brutes réalisées par les distributeurs : https://presse.economie.gouv.fr/carburants-le-gouvernement-agit-pour-le-maintien-des-marges-de-distribution-a-leur-niveau-davant-crise/De fait, la marge brute moyenne des distributeurs est inférieure à ce qu’elle était avant le blocage du détroit d’Ormuz. Or, en parallèle, leurs coûts d’approvisionnement ont augmenté vu comme les cours du pétrole ont flambé. On peut donc en déduire que la hausse des prix ne reflète pas une hausse des marges, mais simplement une répercussion partielle des surcoûts, les distributeurs allant jusqu’à rogner sur leurs marges… Chose intéressante, ceux qui ont le plus perdu de marge brute sont les majors, précisément ceux qui sont accusés d’en profiter le plus.Vous avez donc raison de dire que la hausse des prix à la pompe reflète aujourd’hui une baisse de la production, et que le blocage des prix n’aiderait à rien, et certainement pas à “prendre sur les marges des profiteurs de guerre”.”En plafonnant volontairement les prix, elle se donne un levier pour dissuader le gouvernement d’avoir recours à une taxation temporaire… dont on sait qu’elle risquerait de devenir permanente.”Si une taxation des “surprofits” réalisés par Total dans ses activités de distribution (qui perdent déjà en rentabilité) ou d’extraction (qui ne sont pas localisées en France) n’a pas de sens, celle des activités de raffinage en France (qui réalisent des profits records) se discute. Total accepte effectivement de perdre de l’argent en plafonnant ses prix, mais uniquement pour limiter le risque politique d’en perdre encore plus via une taxation. Indirectement, c’est une forme de subvention de l’Etat (imposée par Total) qui renonce à des rentrées fiscales en échange d’une limitation de la hausse des prix au bénéfice du consommateur. 

        • Descartes dit :

          @ ahbahoui

          [“Dans un marché « pur et parfait », le prix d’équilibre est celui pour lequel les quantités échangées sont maximales. Dans un marché imparfait, ce n’est pas le cas. Mais cela ne veut pas dire que le prix ne reflète pas le rapport entre l’offre et la demande.”Oui, c’est ce que je voulais dire par équilibre entre offre et demande. Vous développez l’idée que le prix n’est qu’un mécanisme de régulation des quantités et que, dans le temps présent, la hausse des prix du carburant ne reflète rien d’autre qu’une baisse des quantités produites. Mais cela n’est exact que si l’on se trouve en présence d’un marché pur et parfait. Or, ce n’est pas vraiment le cas en l’occurrence, et c’est à partir de ce constat que certains pensent que le blocage des prix suffira.]

          Il est clair que même dans un marché « imparfait », le prix régule les quantités. Et vous pouvez le constater empiriquement : lorsque le prix de l’essence monte, la consommation baisse. A court terme les gens essayent de voyager moins, à long terme ils changent de mode de transport. Et de même, vous pouvez constater empiriquement que les prix montent quand la production diminue (ou quand les prévisions sont à la baisse, parce que le marché anticipe) et baissent quand elle augmente. Pourquoi si, selon vous, les prix ne traduisent pas la production ?

          Encore une fois, TOUT marché aboutit à un prix qui reflète la confrontation entre l’offre et la demande. La différence entre un marché « pur et parfait » et un marché « imparfait » est que dans le premier cas le prix d’équilibre optimise les quantités échangées (autrement dit, c’est à ce prix que se trouve le maximum des quantités échangées, et donc des quantités produites et consommées), alors que dans un marché « imparfait » ce n’est pas le cas. C’est pourquoi, par exemple, le monde s’est couvert de PC à faible prix, alors que les ordinateurs Apple se vendent en petit nombre, mais avec des marges bien plus importantes pour le constructeur. Dans le premier cas, il s’agit d’une conception ouverte que tout le monde peut imiter, dans le second un système propriétaire…

          [Oui, mais je ne parle pas des étapes de l’extraction, du stockage, du transport ou du raffinage, je parle de l’étape de la distribution. On se situe bien plus proche d’une situation d’oligopole que d’une situation de marché pur et parfait. Il suffit pour s’en convaincre de voir les réactions affolées de Leclerc et compagnie face à la décision de plafonnement prise par TotalEnergies.]

          Vous faites erreur : la distribution est l’un des domaines les plus compétitifs. A côté des réseaux des producteurs (Total, Esso, Eni, etc.) vous trouvez les petits distributeurs indépendants, régionaux ou pas, les franchisés, la grande distribution (Auchan, Carrefour, Leclerc)… et le fait que Leclerc puisse être « affolé » par la décision du concurrent montre que la concurrence est effective. Le marché pétrolier n’est pas tout à fait « pur et parfait » (aucun marché réel ne l’est) mais s’en approche…

          [Bien sûr, mais ce qui compte c’est de savoir dans quelle proportion la hausse des prix pratiquée par les distributeurs reflète effectivement une baisse de la production. Autrement dit, s’il s’agit uniquement d’une régulation des quantités comme vous le soulignez, ce qui est toujours vrai dans un marché pur et parfait, ou s’il y a aussi une part d’abus visant à faire monter les profits pour préserver une marge, ce qui est possible puisque le marché est oligopolistique.]

          Poussons l’analyse : si le marché était « imparfait » au point qu’un oligopole est en mesure d’imposer une hausse de prix, pourquoi attendent-ils une crise pour le faire ? Qu’est ce qui leur empêche de vendre le carburant à 2 € le litre et se remplir les poches en temps normal ? La réponse est simple : aucun acteur sur le marché pétrolier n’a un pouvoir de marché suffisant pour jouer avec les prix suivant son bon plaisir.

          [C’est en fait assez simple à vérifier car le gouvernement a publié les marges brutes réalisées par les distributeurs : (…) De fait, la marge brute moyenne des distributeurs est inférieure à ce qu’elle était avant le blocage du détroit d’Ormuz. Or, en parallèle, leurs coûts d’approvisionnement ont augmenté vu comme les cours du pétrole ont flambé. On peut donc en déduire que la hausse des prix ne reflète pas une hausse des marges, mais simplement une répercussion partielle des surcoûts, les distributeurs allant jusqu’à rogner sur leurs marges…]

          Ce qui tendrait à prouver que le marché n’est pas si « imparfait » que ça, et que les prix se forment bien de manière à optimiser les quantités échangées, quitte à « rogner » les marges des producteurs.

          [Si une taxation des “surprofits” réalisés par Total dans ses activités de distribution (qui perdent déjà en rentabilité) ou d’extraction (qui ne sont pas localisées en France) n’a pas de sens, celle des activités de raffinage en France (qui réalisent des profits records) se discute. Total accepte effectivement de perdre de l’argent en plafonnant ses prix, mais uniquement pour limiter le risque politique d’en perdre encore plus via une taxation. Indirectement, c’est une forme de subvention de l’Etat (imposée par Total) qui renonce à des rentrées fiscales en échange d’une limitation de la hausse des prix au bénéfice du consommateur.]

          Exactement. Sauf que cette « subvention » profite autant à ceux qui peuvent payer leur carburant qu’à ceux qui ne le peuvent pas. Je pense donc qu’il serait préférable de laisser le prix libre, de prélever sur Total une part des profits « indus » permis par cette hausse des prix, et de retourner ce prélèvement aux citoyens en ciblant les catégories les plus sensibles.

  8. Emmanuel Florac dit :

    On se souviendra que pendant la guerre, en Angleterre, grâce au rationnement la situation des plus pauvres en matière d’alimentation s’était AMÉLIORÉE. En effet, le rationnement impliquait que tout un chacun recevait une allocation certes minimale, mais suffisante de pain, de viande, de laitages et de légumes…
    Le rationnement est, dans notre monde capitaliste libéral, systématiquement présenté comme la pire des horreurs; en réalité, pour beaucoup ce serait peut-être une bénédiction.

    • Descartes dit :

      @ Emmanuel Florac

      [On se souviendra que pendant la guerre, en Angleterre, grâce au rationnement la situation des plus pauvres en matière d’alimentation s’était AMÉLIORÉE. En effet, le rationnement impliquait que tout un chacun recevait une allocation certes minimale, mais suffisante de pain, de viande, de laitages et de légumes…]

      C’est un très bon exemple. Le mécanisme de marché est un mécanisme de régulation qui optimise un seul paramètre : la quantité de biens échangés. Pour le dire autrement, le prix d’équilibre dégagé par le marché correspond au prix qui maximise l’échange. Mais il n’optimise nullement la DISTRIBUTION ainsi échangés. Et dans le cas des biens de première nécessité, cela se traduit par le fait qu’il n’y a aucune garantie que chacun puisse accéder au minimum nécessaire. C’est d’ailleurs pourquoi en général la distribution de ces types est surveillée, et que l’autorité administrative intervient pour corriger les probèmes.

      [Le rationnement est, dans notre monde capitaliste libéral, systématiquement présenté comme la pire des horreurs ; en réalité, pour beaucoup ce serait peut-être une bénédiction.]

      Dès lors qu’on se trouve dans une situation de pénurie d’un bien estimé essentiel, le rationnement (sous des formes diverses) est pratiquement une nécessité si l’on veut préserver d’un côté l’ordre public – au sens large – et de l’autre éviter les profits indus.

  9. Gautier Weinmann dit :

    Une anecdote. Inscrit en deuxième année à la faculté d’économie, nous étions plus ou moins angoissés par notre avenir professionnel. Notre professeur de statistiques probabilistes, un enseignement des plus théoriques dont nous avions du mal à voir les applications, nous a tous bien “soulagé” : “Rassurez-vous ! La faculté ne sert pas à vous trouver un emploi, c’est pour faire de la recherche, de la théorie, et poursuivre dans la recherche, pour ceux qui iront jusqu’au bout !”. Nicolas Vanecloo avait lui, réussi son implantation sur le marché du travail, où tout du moins dans le système académique public. Nous pouvions goûter amèrement à son ironie, qui n’en était pas : l’état d’esprit profond des hiérarques, c’est que l’insertion professionnelle est le cadet de leurs soucis.

    • Descartes dit :

      @ Gautier Weinmann

      [Une anecdote. Inscrit en deuxième année à la faculté d’économie, nous étions plus ou moins angoissés par notre avenir professionnel. Notre professeur de statistiques probabilistes, un enseignement des plus théoriques dont nous avions du mal à voir les applications, nous a tous bien “soulagé” : “Rassurez-vous ! La faculté ne sert pas à vous trouver un emploi, c’est pour faire de la recherche, de la théorie, et poursuivre dans la recherche, pour ceux qui iront jusqu’au bout !”.]

      Et il avait raison. La raison d’être historique de l’Université, c’est de produire et de transmettre des connaissances, pas de trouver des emplois aux étudiants. On a largement dévoyé le système universitaire en imposant le mythe de la « professionnalisation », qui voudrait que l’Université « produise » des travailleurs immédiatement utilisables par le système productif. C’est oublier que « c’est en forgeant qu’on devient forgeron »…

      [Nous pouvions goûter amèrement à son ironie, qui n’en était pas : l’état d’esprit profond des hiérarques, c’est que l’insertion professionnelle est le cadet de leurs soucis.]

      ET ILS ONT BIEN RAISON. Chaque institution a sa fonction. Celle de l’Université, c’est l’expansion des connaissances et leur transmission. Le fait que ces connaissances soient ou non utiles à « l’insertion professionnelle » devrait être « le cadet de leurs soucis ». Autrement, pourquoi enseigner l’épigraphie égyptienne, la scolastique médiévale ou la théorie des cordes ? Du point de vue de « l’insertion professionnelle », on voit mal l’intérêt.

  10. gdat13 dit :

    Juste un petit bémol sur l’intervention de la régulation et ses conséquences.
     
    La régulation administrative ne donne pas que de bons résultats. Je me permets d’intervenir dans un domaine que je connais un peu. Début des années 1970, notre Haute Administration a convaincu le gouvernement qu’on formait trop de médecins, donc trop de prescription, donc trop de dépenses de santé, donc etc. On a donc créée une sélection à l’entrée avec un examen basé sur des données qui ne correspondent peut être pas exactement avec les qualités demandés à un médecin lambda : statistique, épidémiologie, physique, biologie, etc. Si vous avez (la chance) d’avoir un médecin référent, je suis sur que c’est sur ces qualités fondamentales que vous l’avez choisi (ou pas d’ailleurs, car on est plutôt dans l’imposition par la pénurie que dans le choix)
    Contrairement aux prévisions de la science économique (qui parait-il a été crée pour donner quelque vraisemblance à l’astrologie) la démographie est une science exacte qui permet même, ô miracle, de faire des projections sérieuses.
    Résultat n° 1 : les générations de médecins ont vieilli, sans que les dépenses de santé diminuent (au contraire), et depuis quelques années on parle, c’est à peine croyable, de déserts médicaux : quelle surprise inouïe, vous fermez le robinet et l’eau s’écoule à plus faible débit. Incroyable conséquence, Bossuet est toujours d’actualité, on manque de médecins et il faut des mois pour obtenir un rendez-vous.
    Résultat n°2 : un collègue dont le fils a toujours été fasciné par l’image du médecin de famille a raté à deux reprises (on a pas droit à trois) cet examen qualifiant et pas fait pour lui qui n’est pas un matheux. MAIS comme son père avait les possibilités, il est parti faire sa médecine à Barcelone (car les espagnols ne semblent pas avoir nos problèmes) et depuis dix ans il exerce son métier en France et très bien, je pense pouvoir l’affirmer. Liberté, égalité et tout ça.
    Résultat n°3 : nos hôpitaux de province (mais pas que) fonctionne en grande partie avec des algériens, tunisiens, marocains, roumains, etc D’une part, c’est personnel (et peut être xénophobe voire, horresco referens, raciste) je préférerais que ces postes soient occupés par de jeunes français passionnés par leur métier et d’autre part il me semble que l’on aide pas beaucoup ces pays étrangers qui ont financé les études et perdent les diplômés. En gros, je caricature bien sur, on aide financièrement des pays pour forment des médecins qui, au final, exercent chez nous. Pas belle la vie ?
    Alors la régulation administrative hein, cela ne m’emballe pas plus que ça. Ou on a pas prévu les conséquences inéluctables de ces décisions et cela peut a minima faire s’interroger sur les compétences des décideurs, ou c’était voulu mais je ne voudrai pas passer pour complotiste, un des péchés capitaux de notre époque avec bien sur le stigmatisme et la misogynie.
    Sans parler, ce qui veut dire que j’en parle, de la régulation du blé dans l’Union Soviétique dans les années 1920 qui a, entre autres, abouti à l’Holodomor en Ukraine (et pas que), autour de 3 à 5 millions de morts, une paille quoi. Donc la régulation…

    • Descartes dit :

      @ gdat13

      [La régulation administrative ne donne pas que de bons résultats.]

      Comme toute régulation, la régulation administrative peut être bien faite ou mal faite. La question dans mon article n’était pas tant d’analyser les cas particuliers, mais de regarder les avantages et inconvénients structurels des deux mécanismes de régulation. Le mécanisme de régulation administrative permet de prendre en compte des impératifs autres que la simple maximisation des échanges, ce que ne permet pas le marché. A l’inverse, son coût est beaucoup plus important. Après, si vous voulez des exemples de désastres issus de la régulation administrative mais aussi de la régulation de marché, les exemples ne manquent pas. Si la régulation administrative n’a pas très bien fonctionné dans l’URSS des années 1960, on ne peut pas dire que la régulation de marché ait très bien fonctionné dans les Etats-Unis de 1929…

      Par contre, l’exemple que vous donnez n’est pas très probant. La régulation du nombre de médecins et de leur installation n’est pas une régulation administrative, mais une régulation mixte qui mélange des dispositions administratives (obligation du diplôme de médecin, numérus clausus, réglementation des tarifs) et une régulation de marché (libre choix du médecin, liberté d’installation).

      [Je me permets d’intervenir dans un domaine que je connais un peu. Début des années 1970, notre Haute Administration a convaincu le gouvernement qu’on formait trop de médecins, donc trop de prescription, donc trop de dépenses de santé, donc etc.]

      Pourriez-vous citer une référence ? Je constate que chaque fois qu’une décision politique critiquable est prise, la faute revient à la « Haute Administration » (vos mayuscules). Qui sont les « hauts administrateurs » qui ont « convaincu le gouvernement » qu’on « formait trop de médecins » ? Je pense que vous avez une vision faussée de l’histoire. Ce n’est pas la « haute fonction publique » qui propose d’instaurer un numérus clausus, et certainement pas parce que « on aurait formé trop de médecins » – au contraire, la concurrence entre médecins permettait de faire baisser le prix de la consultation – mais les syndicats de médecins et tout particulièrement celui des enseignants en médecine. En effet, avec la loi Faure qui suit les évènements de 1968, la sélection disparaît à l’entrée de l’université. Conséquence : les étudiants en médecine passent de 35 000 en 1963, à 59 800 en 1967, ce qui d’une part sature les capacités de formation des hôpitaux universitaires, et d’autre part menace les médecins déjà installés d’une concurrence féroce. N’oubliez pas que dans les années 1960 les médecins sont surabondants et les patients rares, au point que pour s’installer un jeune médecin doit « acheter la patientèle » d’un médecin plus âgé partant à la retraite.

      [On a donc créé une sélection à l’entrée avec un examen basé sur des données qui ne correspondent peut-être pas exactement avec les qualités demandées à un médecin lambda : statistique, épidémiologie, physique, biologie, etc. Si vous avez (la chance) d’avoir un médecin référent, je suis sûr que c’est sur ces qualités fondamentales que vous l’avez choisi (ou pas d’ailleurs, car on est plutôt dans l’imposition par la pénurie que dans le choix)]

      Mais quelles sont les « qualités demandées à un médecin lambda » ? Oui, je suis très content que mon médecin ait reçu une formation scientifique de qualité, même s’il ne l’applique pas quotidiennement dans ses consultations. Parce qu’une telle formation lui donne une hauteur de vue qui lui permet de mieux comprendre ce qu’il fait, d’incorporer plus facilement les nouveaux développements de la médecine. Oui, je préfère avoir un médecin qui, lorsqu’il lit un scanner, sait assez de physique pour comprendre comment le scanner fonctionne – et donc quelles sont ses limites. Oui, je préfère avoir un médecin qui a fait de la biochimie, et qui comprend pourquoi tel ou tel médicament agit. Oui, je préfère avoir un médecin qui connait la statistique et l’épidémiologie, et qui sait donc, lorsqu’une épidémie se déclare, lire les données et se faire sa propre opinion. Dans certains pays, le médecin ne fait que suivre les recettes qu’il a appris à la faculté. Si la médecine française est – a été ? – si réputée, c’est parce que nos médecins vont un peu plus loin que cela.

      [Contrairement aux prévisions de la science économique (qui parait-il a été crée pour donner quelque vraisemblance à l’astrologie) la démographie est une science exacte qui permet même, ô miracle, de faire des projections sérieuses.]

      La démographie ici n’est que d’un piètre secours. Lorsque vous passez la semaine de travail de 39 à 35 heures, vous effacez d’un trait de plume 11% des heures-médecin disponibles. Et cela, la « démographie » ne vous permet pas de le prévoir. Et de la même manière, la démographie ne vous permet pas de prévoir la concentration des médecins sur les territoires et les spécialités plus « rentables » et le délaissement des autres… sans l’économie, difficile de faire des « prédictions » en prenant compte ces éléments.

      [Résultat n° 1 : les générations de médecins ont vieilli, sans que les dépenses de santé diminuent (au contraire), et depuis quelques années on parle, c’est à peine croyable, de déserts médicaux : quelle surprise inouïe, vous fermez le robinet et l’eau s’écoule à plus faible débit. Incroyable conséquence, Bossuet est toujours d’actualité, on manque de médecins et il faut des mois pour obtenir un rendez-vous.]

      Et bien, votre parallèle avec le « robinet » est discutable. En 1999, il y avait 196.000 médecins en activité, 216.000 en 2012, 227.000 en 2020, année de disparition du numérus clausus. Le robinet n’a donc pas été « fermé », et pourtant on n’a pas l’impression que la situation se soit améliorée ces trente dernières années. Le problème n’est pas tant qu’il n’y aurait pas assez de médecins, mais qu’ils sont mal distribués, que ce soit du point de vue des spécialités ou du point de vue géographique.

      Il y a aussi un problème de régulation de la demande : j’ai un ami médecin qui exerce dans la banlieue d’une ville moyenne, la moitié de ses consultations à domicile le week-end sont des tentatives à peine déguisées de lui arracher un arrêt de travail… sans compter le « nomadisme » médical qui fait que certains patient consultent deux ou trois médecins « pour avoir une deuxième opinion ». Il faut voir que dans notre système de médecine quasi-gratuite, rien ne vous dissuade de consulter, consulter, consulter… si je voulais, je pourrais voir mon médecin toutes les semaines sans payer un sou.

      [Résultat n°2 : un collègue dont le fils a toujours été fasciné par l’image du médecin de famille a raté à deux reprises (on a pas droit à trois) cet examen qualifiant et pas fait pour lui qui n’est pas un matheux.]

      Et alors ? Vous pensez qu’il faudrait dimensionner les examens en fonction des qualités des candidats, et non de ce qui est requis pour exercer un métier ? Si l’ami de votre collègue avait voulu être ingénieur, pensez-vous qu’on aurait du lui donner le diplôme même s’il « n’est pas matheux » ? Il faut être sérieux : la médecine, ce n’est pas de la magie. Le médecin, au même titre que l’ingénieur, est un SCIENTIFIQUE. Oui, il doit avoir des qualités humaines d’écoute, d’empathie et tout ce que vous voudrez. Mais sa pratique professionnelle est une pratique SCIENTIFIQUE. Exiger de lui un niveau raisonnable en chimie, en physique, en mathématiques, ce n’est pas absurde.

      [MAIS comme son père avait les possibilités, il est parti faire sa médecine à Barcelone (car les espagnols ne semblent pas avoir nos problèmes) et depuis dix ans il exerce son métier en France et très bien, je pense pouvoir l’affirmer. Liberté, égalité et tout ça.]

      Mais c’est très bien ! Les études de médecine coûtent très cher à la collectivité. Si nous pouvons faire former des médecins de qualité équivalente aux frais du contribuable espagnol, pourquoi pas ? Reste à se demander si, comme vous « pouvez l’affirmer », les médecins ainsi formés sont de la même qualité que ceux qui ont passé le concours chez nous, ou si l’on ne se prépare pas une médecine à deux vitesses, avec des médecins « scientifiques » pour ceux qui pourront se les payer, et des médecins qui ne font qu’appliquer des recettes pour les autres.

      [Résultat n°3 : nos hôpitaux de province (mais pas que) fonctionnent en grande partie avec des algériens, tunisiens, marocains, roumains, etc D’une part, c’est personnel (et peut être xénophobe voire, horresco referens, raciste) je préférerais que ces postes soient occupés par de jeunes français passionnés par leur métier et d’autre part il me semble que l’on aide pas beaucoup ces pays étrangers qui ont financé les études et perdent les diplômés.]

      Le problème, c’est que les jeunes médecins français « passionnés par leur métier » au point d’aller exercer comme généralistes ou pédiatres à Soissons ou Amiens – et je ne vous parle même pas de Hénin-Beaumont ou de Valenciennes – ne semblent pas être très nombreux. Alors que la chirurgie esthétique ou la dermatologie sont beaucoup plus rentables à Paris ou à Nice, et vous ne risquez pas d’être dérangé la nuit. Que voulez-vous, Marx avait vu juste : « La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque-là pour vénérables et qu’on considérait avec un saint respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des salariés à ses gages ». A mesure que le capitalisme avance, la « passion pour le métier » est remplacée par « la passion pour l’argent ». Et cela ne concerne pas seulement les médecins…

      [Alors la régulation administrative hein, cela ne m’emballe pas plus que ça.]

      Mais le problème ici, ce n’est justement pas la régulation administrative, mais la régulation par le marché. Ce n’est pas la régulation administrative qui fait que les médecins choisissent de s’installer à Paris ou dans la Côte d’Azur plutôt qu’en Picardie. Ce n’est pas la régulation administrative qui fait que les médecins choisissent la dermatologie plutôt que la pédiatrie. Ce n’est pas la régulation administrative qui fait que les patients peuvent consulter à tour de bras à propos et hors de propos. Ce n’est pas la régulation administrative qui multiplie les examens inutiles et les arrêts de travail abusifs. D’autres pays ont régulé ces aspects. En Grande Bretagne, le NHS était fondé sur une restriction considérable du libre choix du médecin et du « nomadisme médical ». Chez nous, on a laissé ça au marché.

      [Ou on a pas prévu les conséquences inéluctables de ces décisions et cela peut a minima faire s’interroger sur les compétences des décideurs, ou c’était voulu mais je ne voudrai pas passer pour complotiste,]

      La « compétence des décideurs » n’est pas le problème. Il ne faut pas oublier que les « décideurs » décident dans un système de contraintes. Vous avez beau être directeur d’administration ou même ministre, quand il s’agit d’affronter les syndicats de médecins ou la masse des patients, vous avez une marge de manœuvre étroite. Les médecins veulent la liberté d’installation et une limitation de la concurrence, les patients la liberté du choix du médecin et les soins gratuits. Et personne ne veut augmenter les cotisations. Ce système de contraintes ne permet pas une régulation correcte.

      [Sans parler, ce qui veut dire que j’en parle, de la régulation du blé dans l’Union Soviétique dans les années 1920 qui a, entre autres, abouti à l’Holodomor en Ukraine (et pas que), autour de 3 à 5 millions de morts, une paille quoi. Donc la régulation…]

      A comparer avec la crise de 1929, résultat d’une régulation par le marché, qui en a fait bien plus. Mais la nécrocomptabilité ne m’a jamais semblé une façon rationnelle d’examiner l’histoire. Dans le cas que vous citez, nous savons combien de morts a provoqué la décision des autorités de privilégier la survie des villes à celle des campagnes. Mais si on avait laissé le marché gérer la pénurie, y aurait-il eu moins de morts ? La question n’a pas de réponse simple. Le fait est qu’en situation de famine, pratiquement TOUS les gouvernements ont réagi par le rationnement. Je ne connais pas d’exemple de gouvernement qui ait laissé le marché libre d’allouer la famine.

      Vous avez critiqué le système de régulation administrative du nombre de médecins. Fort bien. Maintenant, j’ai envie de vous demander ce que vous mettriez à la place. Le libre accès aux études de médecine ? Vous voyez bien le résultat : les études étant très longues, les étudiants n’ont aucun moyen de prévoir les débouchés au moment où ils entreront dans le marché du travail. S’ils sont peu nombreux à choisir ces études – somme toute longues et exigeantes – vous aurez le même problème qu’aujourd’hui. S’ils sont trop nombreux, vous aurez une concurrence exacerbée qui conduira forcément à la multiplication des actes inutiles aux frais de la princesse – faut bien que tout le monde vive – ce qui, in fine, mettra en danger le système de protection sociale. Mais j’attends vos propositions…

      • Dell Conagher dit :

        [Le fait est qu’en situation de famine, pratiquement TOUS les gouvernements ont réagi par le rationnement. Je ne connais pas d’exemple de gouvernement qui ait laissé le marché libre d’allouer la famine.]
         
        Descartes, connaissez-vous la famine irlandaise de 1845 ? Là, les sages esprits libéraux ont laissés faire le marché, et la population irlandaise a diminué d’un quart, entre le million de morts de faim et l’émigration de masse qu’elle impulsa. En 1901, il ne restait plus en Irlande que la moitié de la population d’avant 1845. C’est quand même autre chose que les famines communistes !

        • Descartes dit :

          @ Dell Conagher

          [Descartes, connaissez-vous la famine irlandaise de 1845 ? Là, les sages esprits libéraux ont laissé faire le marché, et la population irlandaise a diminué d’un quart, entre le million de morts de faim et l’émigration de masse qu’elle impulsa. En 1901, il ne restait plus en Irlande que la moitié de la population d’avant 1845. C’est quand même autre chose que les famines communistes !]

          Tout à fait, c’est un excellent exemple. C’est d’ailleurs en pensant à la grande famine irlandaise que j’avais écrit « pratiquement tous les gouvernements » et non « tous ». Si j’ai donné l’exemple de la crise de 1929, c’est parce qu’elle a été analysée sous toutes les coutures, et parce que ces analyses ont montré sans ambiguïté l’incapacité structurelle des marchés à s’auto-réguler.

      • cdg dit :

        [En 1999, il y avait 196.000 médecins en activité, 216.000 en 2012, 227.000 en 2020, année de disparition du numérus clausus. Le robinet n’a donc pas été « fermé », et pourtant on n’a pas l’impression que la situation se soit améliorée ces trente dernières années. Le problème n’est pas tant qu’il n’y aurait pas assez de médecins, mais qu’ils sont mal distribués, que ce soit du point de vue des spécialités ou du point de vue géographique.]
        C est en effet une chose qu il faut bien mettre ne avant : le nombre de médecin ou le nombre de médecin par habitant est supérieur aujourd’hui a celui ces années 70/80
        Pourquoi avons nous des désert médicaux alors qu il n y en avait pas en 1980 ?
        C est pas tant a cause du vieillissement de la population ou du fait que les gens consultent plus car chochottes (ca joue a la marge) car désert médical = pas de médecin, pas que le médecin a plus de patients
        L allocation géographique ou les spécialistes : pourquoi l impact est il supérieur aujourd’hui qu en 1980 ? apres tout être médecin a Nice était plus agréable que dans la creuse en 1980
        La raison majeure n est jamais mise en avant car pas politiquement correcte : c est la féminisation du métier.
        Quant j étais enfant, le médecin passait le matin a 7h par ex quand j étais malade. Ca lui est arrive de ressortir de chez nous après 19 h. Le docteur était un homme dont la femme s occupait des enfants (et accessoirement je suppose du secrétariat du cabinet mais en 70-80 c était limité en paperasse). Aujourd’hui le médecin est une femme qui veut avoir ses mercredi et ne pas travailler le WE. Quant a l amplitude horaire, c est les horaires de bureaux. On passe donc de 12 h a 8 h par jour soit 50 % de moins. Pas difficile de comprendre qu avec un médecin a l ancienne il en faut 2 aujourd’hui on ait des problemes
         

        • Descartes dit :

          @ cdg

          [L’allocation géographique ou les spécialistes : pourquoi l’impact est-il supérieur aujourd’hui qu’en 1980 ? Après tout être médecin à Nice était plus agréable que dans la creuse en 1980]

          Pas nécessairement. D’abord, la mobilité dans les années 1960 était moindre, et les gens aspiraient bien plus à « vivre et travailler au pays ». Celui qui était né à Guéret, qui avait vécu toute son enfance, qui faisait ses études de médecine à Montpellier, aspirait souvent à revenir exercer dans sa « petite patrie », là où il avait ses réseaux familiaux et amicaux. A l’aube des années 1980, la question pour ceux qui faisaient leurs études à Paris de rentrer « chez eux » se posait encore. J’avais des camarades d’études qui faisaient ce choix alors que les carrières les plus prometteuses étaient à Paris.

          [La raison majeure n’est jamais mise en avant car pas politiquement correcte : c est la féminisation du métier. Quand j’étais enfant, le médecin passait le matin a 7h par ex quand j’étais malade. Ça lui est arrivé de ressortir de chez nous après 19 h. Le docteur était un homme dont la femme s occupait des enfants (et accessoirement je suppose du secrétariat du cabinet mais en 70-80 c était limité en paperasse). Aujourd’hui le médecin est une femme qui veut avoir ses mercredis et ne pas travailler le WE. Quant à l’amplitude horaire, c’est les horaires de bureaux. On passe donc de 12 h a 8 h par jour soit 50 % de moins. Pas difficile de comprendre qu avec un médecin a l’ancienne il en faut 2 aujourd’hui on ait des problèmes]

          Cela explique pourquoi avec le même nombre de médecins il est plus difficile d’obtenir des rendez-vous, mais pas la question des « déserts médicaux »… le fait que le médecin soit une femme qui veut avoir ses week-ends ne devrait pas trop jouer sur l’implantation géographique…

          Par ailleurs, si les médecins – et les gens en général – travaillent moins d’heures, cet effet est en principe contré par la hausse de la productivité. Les moyens de diagnostic et de soin dont dispose aujourd’hui un médecin n’ont rien à voir avec ceux dont disposait celui de votre enfance.

          • P2R dit :

            @ Cdg et Descartes 
             
            La féminisation a bon dos. homme ou femme, le temps de consultation a radicalement baissé, et le genre n’y est pas pour grand chose. Ce s’unît faut voir, c’est qu’il y a 50 ans, devenir médecin, comme devenir instituteur d’ailleurs, c’était presque rentrer dans les ordres. Vous saviez que vous rentriez dans une vie de dévotion à votre art, qu’il soit de soigner ou d’enseigner, et la société vous rendait ce que vous lui donniez sous la forme de respect et de reconnaissance. 
            Aujourd’hui que le capitalisme a ôté tout caractère sacré à toutes ces professions, caractère sacré qui justifiait qu’on leur consacrât sa vie, celui qui passe sa vie à consulter ou à passer dans son service a l’hôpital en dehors de ses heures de service, non seulement n’est plus respecté pour autant, mais se fait même coller une étiquette de déséquilibré. Je n’exagère pas. 
            Quant a la productivité, selon les domaines, elle a largement régressé, paradoxalement. Une dent qu’on vous aurait arrachée en 15 minutes il y a 50 ans vous est aujourd’hui traitée, dévitalisée, couronnée aux frais de la sécu. Bilan, le temps de traitement à pathologie égale a été largement décuplé. 
             

            • Descartes dit :

              @ P2R

              [Ce qu’il faut voir, c’est qu’il y a 50 ans, devenir médecin, comme devenir instituteur d’ailleurs, c’était presque rentrer dans les ordres. Vous saviez que vous rentriez dans une vie de dévotion à votre art, qu’il soit de soigner ou d’enseigner, et la société vous rendait ce que vous lui donniez sous la forme de respect et de reconnaissance. Aujourd’hui que le capitalisme a ôté tout caractère sacré à toutes ces professions, caractère sacré qui justifiait qu’on leur consacrât sa vie, celui qui passe sa vie à consulter ou à passer dans son service a l’hôpital en dehors de ses heures de service, non seulement n’est plus respecté pour autant, mais se fait même coller une étiquette de déséquilibré. Je n’exagère pas.]

              Non, vous n’exagérez pas. Je suis 100% d’accord avec vous. Vous noterez d’ailleurs que médecin, instituteur, ingénieur, haut fonctionnaire n’étaient pas il n’y a pas si longtemps des « métiers », mais des « professions ». Le mot n’est pas innocent : « professio », en latin, veut dire « déclaration publique, action de se donner comme ». Médecin, avocat, ingénieur, haut fonctionnaire ce n’était pas quelque chose qu’on FAISAIT, c’était quelque chose qu’on ETAIT. Et on ne l’était pas seulement au bureau, en salle d’opérations ou dans l’usine. On l’était aussi au café, au supermarché, dans sa salle de bains. La profession était inséparable de la personne.

              Aujourd’hui, comme l’avait si bien prédit Marx, le capitalisme a ôté à ces professions tout caractère sacré, et du coup elles sont devenues des simples activités alimentaires – et du même coup, elles ont été dépouillées du respect et la vénération qu’elles inspiraient et qui était la contrepartie – noblesse oblige – du dévouement que ce statut exigeait. Et je le répète, vous n’exagérez pas. Les institutions ont même incorporé cette logique lorsqu’elles parlent de « concilier la vie professionnelle et la vie personnelle », comme si les deux étaient séparables. Comme si je pouvais établir une cloison étanche entre mon bureau – où il m’est interdit de m’inquiéter parce que mes enfants sont malades – et mon chez-moi, où il me serait également interdit de m’inquiéter parce que quelque chose ne tourne pas rond dans mon hôpital ou mon chantier.

              Cette séparation a un effet relativement faible sur la productivité horaire, mais un effet dévastateur sur la productivité globale. Et en dehors des effets quantifiables, elle a des effets qui pour être difficiles à quantifier ne sont pas moins réels. Ainsi, comment donner une « valeur » à la sécurité que vous procure la conviction que vous pouvez compter sur des médecins, des avocats, des ingénieurs, des hauts fonctionnaires, des enseignants dévoués, qui ne comptent pas leurs heures et qui ne sont pas dans une logique de « donnant, donnant ».

              [Quant a la productivité, selon les domaines, elle a largement régressé, paradoxalement. Une dent qu’on vous aurait arrachée en 15 minutes il y a 50 ans vous est aujourd’hui traitée, dévitalisée, couronnée aux frais de la sécu. Bilan, le temps de traitement à pathologie égale a été largement décuplé.]

              Là, par contre, je ne suis pas d’accord. La productivité se compare pour un service équivalent. Or, il est clair que vous « arracher une dent » ou la « traiter, dévitaliser et couronner » ne procure pas vraiment le même service. Vous pouvez regretter qu’on soigne les malades plutôt que de les euthanasier (ce serait beaucoup moins long et moins cher), mais ce n’est pas là une question de « productivité ».

            • P2R dit :

              @ Descartes
               
              [Quant a la productivité, selon les domaines, elle a largement régressé, paradoxalement. // Là, par contre, je ne suis pas d’accord. La productivité se compare pour un service équivalent. ]
               
              J’ai en effet usé d’un raccourci, mais vous conviendrez de la chose suivante, je suppose: la plupart des maladies “consomment” davantage de soins qu’il y a 50 ans, que ce soit en terme de temps ou d’argent. En ce qui nous intéressait dans la discussion, je voulais mettre en évidence que l’augmentation du temps de soin par patient (à pathologie semblable), du moins dans certains domaines de la santé (les soins dentaires dans mon exemple) venait renforcer la pénurie de soignants, alors que vous sembliez dire que les gains de productivité pouvaient contrer cette dynamique. 

            • Descartes dit :

              @ P2R

              [« Quant a la productivité, selon les domaines, elle a largement régressé, paradoxalement. // Là, par contre, je ne suis pas d’accord. La productivité se compare pour un service équivalent. » J’ai en effet usé d’un raccourci, mais vous conviendrez de la chose suivante, je suppose: la plupart des maladies “consomment” davantage de soins qu’il y a 50 ans, que ce soit en terme de temps ou d’argent.]

              Absolument pas. Pensez à ce que « consommaient » les soins de maladies comme la variole, la tuberculose, la poliomyélite ou la trisomie 21, pour ne donner que quatre exemples. Aujourd’hui, du fait de la prévention ou du diagnostic précoce, la première a été éradiquée, les trois autres sont résiduelles. Même chose pour les soins dentaires : la fluoration, la généralisation du brossage évitent beaucoup de caries… en fait, si certaines pathologies « consomment » beaucoup plus de soins qu’autrefois, le nombre de pathologies qui nécessitent des soins complexes a radicalement diminué. Ce qui aujourd’hui est traité par une visite au médecin et une bonne dose d’antibiotiques autrefois pouvait nécessiter des soins longs, et aboutir à un handicap permanent.

              [En ce qui nous intéressait dans la discussion, je voulais mettre en évidence que l’augmentation du temps de soin par patient (à pathologie semblable), du moins dans certains domaines de la santé (les soins dentaires dans mon exemple) venait renforcer la pénurie de soignants, alors que vous sembliez dire que les gains de productivité pouvaient contrer cette dynamique.]

              Il n’y a pas que les gains de productivité. Je ne sais pas si le temps de soin moyen par patient augmente. Il est vrai que lorsqu’on est traité, les traitements sont souvent plus longs et complexes. Mais il est vrai aussi qu’on est traité moins souvent. A mon âge, mon grand père voyait son cardiologue deux fois par mois pour ajuster son traitement contre l’hypertension, en tenant compte de la saison, du climat, de son état de stress… Avec la même pathologie, je prends un petit comprimé une fois par jour depuis vingt ans… et il n’y a rien à ajuster. Et je peux prendre ma tension chez moi commodément avec un petit appareil qui coûte 30 €.

  11. P2R dit :

    Bonjour Descartes, et merci pour ce billet. 
     
    Je suis très déconcerté par le peu de gravité qui entoure le traitement médiatique de la situation actuelle, telle que vous la décrivez, mais au-delà même par le.. flegme ? ou plutôt l’inconscience de nos concitoyens, qui absorbent depuis deux mois un litre de gasoil à 2€20 sans broncher (ou si peu). Vu la fragilité de notre économie, j’aurais juré que de tels prix de l’énergie nous auraient mis sur le flanc en bien moins longtemps que ça..
     
    Sur la question de la pénurie, on en entends strictement pas parler, si ce n’est pour dire qu’elle n’existe pas. Même la bourse, dont on dit qu’elle est sensée être la mieux informée sur la réalité du monde, a un comportement erratique, flambant ou retombant au gré des déclarations de Trump.. Alimentant l’idée que tout ceci n’est qu’un jeu de chiffres qui ne recouvre aucune réalité matérielle, et donc qu’on peut “plafonner” sans peur, puisque tout ceci n’est que spéculations.. Parrallèlement, certes, on pioche dans les réserves stratégiques comme jamais…
     
    Selon vous la crise est donc devant nous ? quelles formes pourrait-elle donc prendre ?

    • Descartes dit :

      @ P2R

      [Je suis très déconcerté par le peu de gravité qui entoure le traitement médiatique de la situation actuelle, telle que vous la décrivez, mais au-delà même par le.. flegme ? ou plutôt l’inconscience de nos concitoyens, qui absorbent depuis deux mois un litre de gasoil à 2€20 sans broncher (ou si peu).]

      Je partage votre perplexité. Il faut dire que la « gravitas » a disparu pratiquement totalement de notre vie politique. L’époque où un homme politique marquait des points en s’adressant au pays les yeux dans les yeux pour annoncer « du sang, de la sueur et de larmes », celle où un président de la république prenait lui-même la parole pour annoncer au pays un plan de remise en ordre budgétaire, est décidément révolue. Aujourd’hui, celui qui porte de mauvaises nouvelles a toutes les chances d’être crucifié. Et du coup, le discours politique ne porte plus que de bonnes nouvelles.

      Pourquoi ce changement ? J’aurais tendance à dire que cela tient à l’idéologie individualiste devenue dominante. Hier, l’annonce des mauvaises nouvelles était toujours accompagnée d’un projet collectif qui, à terme, était censé triompher des difficultés. On demandait aux individus de se serrer la ceinture au nom d’un avenir collectif, et les gens l’acceptaient parce qu’ils se sentaient membres d’une collectivité solidaire. Aujourd’hui, demander à l’individu de faire un sacrifice pour la collectivité est devenu quasi impossible. C’est « moi, moi, moi » à tous les étages.

      Pour illustrer ce propos, je prendrai l’exemple du barrage de Serre-Ponçon sur lequel j’ai eu à travailler. Lorsqu’on regarde le dossier de débat public de l’époque, une chose frappe : l’argument pivot pour que l’ouvrage soit accepté était qu’il était nécessaire « pour la collectivité ». A partir de cet argument, les populations locales ont accepté de discuter les MODALITES d’exécution de l’ouvrage, de manière à minimiser l’impact sur les populations (par exemple, pour éviter qu’un village soit isolé par l’inondation de la route qui le liait au reste du monde, EDF a accepté de financer un pont qui traverse le lac artificiel) sans remettre en cause le PRINCIPE de sa construction. Imagine-t-on aujourd’hui un tel fonctionnement ? Il suffit de regarder la manière dont les « associations de riverains » se constituent pour s’opposer à toute infrastructure pour répondre à la question…

      La « gravité » implique de prendre les problèmes au sérieux. Et un problème n’est sérieux que s’il est collectif – parce que, individuellement, à long terme on est tous morts. C’est pourquoi la politique a cessé d’être « grave » alors que s’impose la vision du « care ». Le politicien n’est plus là pour résoudre les problèmes de la nation, mais pour soigner les bobos de chaque individu, de chaque catégorie.

      [Vu la fragilité de notre économie, j’aurais juré que de tels prix de l’énergie nous auraient mis sur le flanc en bien moins longtemps que ça…]

      Tant quel a dette va, tout va… l’économie française est sur le flanc, et il suffit de rappeler la litanie de faillites industrielles pour le voir, mais la mécanique de l’Euro, qui permet toujours d’emprunter, occulte les problèmes. Ce qui est ici plus préoccupant du point de vue des tenants de cette logique, c’est que l’économie allemande, qui est la clé de voute du système de l’Euro, donne des signes de faiblesse.

      [Sur la question de la pénurie, on n’entends strictement pas parler, si ce n’est pour dire qu’elle n’existe pas.]

      Mais dans les services de l’Etat, on s’y prépare… le problème est que le jour où on sera au pied du mur, l’élite politique se discréditera une fois de plus en faisant une tête à queue, comme elle l’a fait avec l’affaire des masques.

      [Même la bourse, dont on dit qu’elle est sensée être la mieux informée sur la réalité du monde, a un comportement erratique, flambant ou retombant au gré des déclarations de Trump…]

      Là, il se passe des choses étranges, qui étonnent même les analystes les plus fins, comme ceux de la revue britannique « The Economist » (qui, à ma grande surprise d’ailleurs, fait la même analyse que celle que j’ai développé sur ces colonnes). Le marché des « futures » (c’est-à-dire, l’achat de matières premières « à terme ») prévoit le Brent entre 80 et 90 $ le baril en octobre, alors que les analystes estiment qu’il faudrait pour absorber la baisse de la production un prix de l’ordre de 200 $. Le rédacteur de « The Economist » avoue d’ailleurs sa perplexité, notant qu’il a « des scrupules à contredire des gens qui parient leur argent »… alors soit les marchés savent des choses que nous ne savons pas (par exemple, que Trump fera ce qu’il faut pour finir le conflit rapidement à temps pour les élections de « midterm »), soit ils se trompent… et le reveil sera dur !

      [Parallèlement, certes, on pioche dans les réserves stratégiques comme jamais…]

      Oui, et c’est une mauvaise idée. Si on libère les stocks, il faut procéder au rationnement et réserver le combustible libéré aux activités essentielles. Ce que je dis ici peut paraître alarmiste, mais le risque est réel.

      [Selon vous la crise est donc devant nous ? quelles formes pourrait-elle donc prendre ?]

      La crise est certainement devant nous. Elle prendra la forme d’une compétition pour la ressource entre les pays développés et les pays du sud. Ayant une capacité d’achat plus grande – en partie grâce à l’emprunt – l’Europe attirera les flux quitte à payer cher, laissant une partie de l’Asie, l’Afrique ou l’Amérique latine dans une situation critique…

  12. Luc Laforets dit :

    J’ai bien ri quand j’ai lu votre billet avec lequel je suis bien entendu d’accord, puisqu’il décrit le système optimal pour réguler. Un système de forces conjuguées et opposées qui correspond précisément à la 4ᵉ Voie que vous vous êtes attaché à dévaloriser dans un autre échange autour de la Constitution l’instaurant.
    Un complément : toutefois, lorsque vous dites “admettre qu’il y a une contrainte matérielle qui s’impose à nous et qui est indépendante de notre volonté”, il est à propos à mon sens de mentionner la loi valeur-travail qui accoste le physique et le socio-économique. 
    A+

    • Descartes dit :

      @ Luc Laforets

      [J’ai bien ri quand j’ai lu votre billet avec lequel je suis bien entendu d’accord, puisqu’il décrit le système optimal pour réguler.]

      Puisqu’on en est aux confidences, moi j’ai pleuré en lisant ce commentaire, parce que je constate que vous ne lisez toujours pas avec attention ce que j’écris. Nulle part mon article ne décrit « le système optimal pour réguler ». Je dis exactement le contraire : IL N’Y A PAS DE SYSTEME OPTIMAL. A chaque fois, il s’agit de trouver en matière de régulation le bon compromis entre le niveau d’optimisation qu’on souhaite et les moyens qu’on est prêt à dépenser pour le faire fonctionner. Par ailleurs, la régulation de marché – qui est la plus économique – optimise les quantités produites et échangées, mais peine à prendre en compte d’autres paramètres (sociaux, environnementaux…).

      [Un système de forces conjuguées et opposées qui correspond précisément à la 4ᵉ Voie que vous vous êtes attaché à dévaloriser dans un autre échange autour de la Constitution l’instaurant.]

      Je ne vois pas très bien où mon article ferait mention d’un « système de forces conjuguées et opposées ». Vous essayez comme à chaque fois de tout attirer vers votre « 4ème voie » (que vous n’avez toujours pas défini avec précision).

      [Un complément : toutefois, lorsque vous dites “admettre qu’il y a une contrainte matérielle qui s’impose à nous et qui est indépendante de notre volonté”, il est à propos à mon sens de mentionner la loi valeur-travail qui accoste le physique et le socio-économique.]

      Je ne sais pas ce que vous appelez « loi valeur-travail ». La théorie de la valeur travail dit que le travail est la seule source de valeur, et que la valeur d’un bien se mesure au travail nécessaire pour le fabriquer (travail « socialement nécessaire » dans la version marxienne). Mais c’est là une construction théorique, qui n’introduit aucune « contrainte matérielle qui s’impose à nous ».

  13. Cocorico dit :

    Le principe de ” régulation spontanée” promu par les guavéristes n’est donc, dans les faits, qu’un mécanisme de régulation de marché qui ne dit pas son nom. Cela revient à penser que les plus aisés baissent naturellement leur consommation pour permettre l’augmentation de celle des autres et que tout ne serait finalement qu’une question d’éducation ( si j’ai bien compris ). Dans un certain sens, les révolutionnaires cubéains restent des sociaux-démocrates qui s’en tiennent au ” dialogue de classes ” et qui ignorent les rapports de force. Mais je trouve malgré tout cela un peu absurde car, de façon générale, qu’est ce qui permet de faire la différence entre les libéraux et les sociaux-démocrates. En France, ces derniers ont toujours représenté les classes intérmédiaires, notamment par le biais du parti socialiste. Mais au XXème, quelles étaient les réelles distinctions idéologique entre la S.F.I.O et le PCF et en quoi s’inscrivaient-elles dans des intérêts de classe ( même si je sais qu’il y’ avait, à l’époque, une convergence d’intêret ) ?
    Je vous avoue qu’il y’a toujours un certain flou qui régne dans mon esprit à propos du PCF de cette époque. Vous avez par exemple écrit ( dans un ancien commentaire) qu’il ne partageait pas la vision soviétique de la Révolution car la socialisation des moyens de production ne faisait pas parti de l’idéologie dominante, même parmi les couches populaires. Pourtant, dans l’un de vos billets, vous avez qualifié le pacte gaullo-communiste de compromis pour éviter une guerre civile. Mais que pouvaient alors demander de plus les communistes ? Ils avaient là un capitalisme d’Etat, similaire au plan de NEP de Lénine, alors qu’est-ce qu’il manquait ? Où est le ” compromis ” ?
     
    Pour en revenir au sujet initial. Je remarque que vous avez utilisé une citation de Macron pour illustrer votre propos et qu’il n’apparaît pas parmi les personnalités que vous listez à la fin de votre article. Doit-on en conclure qu’on peut lui faire confiance sur ce coup ?

    • Descartes dit :

      @ Cocorico

      [Le principe de ” régulation spontanée” promu par les guavéristes n’est donc, dans les faits, qu’un mécanisme de régulation de marché qui ne dit pas son nom. Cela revient à penser que les plus aisés baissent naturellement leur consommation pour permettre l’augmentation de celle des autres et que tout ne serait finalement qu’une question d’éducation ( si j’ai bien compris ).]

      Ce n’est donc pas un mécanisme de marché. L’idée du mécanisme de marché est que l’acheteur et le vendeur ne prennent en compte qu’un seul critère pour décider : leur intérêt. La logique guévariste implique qu’on peut éduquer les acteurs économiques à prendre en compte l’intérêt de l’autre – ou celui de la société – dans leur décision. C’est un point de vue purement idéaliste.

      [Dans un certain sens, les révolutionnaires cubains restent des sociaux-démocrates qui s’en tiennent au ” dialogue de classes ” et qui ignorent les rapports de force.]

      Non, justement. La logique guévariste se place dans la perspective d’une société sans classes, et postule que dans une telle société on peut faire en sorte que les individus renoncent « spontanément » à poursuivre leur intérêt matériel individuel ou familial pour agir en fonction de l’intérêt collectif. Comme je l’ai dit, c’est une vision purement idéaliste, dans laquelle les individus agissent en fonction d’idées, et non d’intérêts.

      [Mais je trouve malgré tout cela un peu absurde car, de façon générale, qu’est ce qui permet de faire la différence entre les libéraux et les sociaux-démocrates. En France, ces derniers ont toujours représenté les classes intermédiaires, notamment par le biais du parti socialiste. Mais au XXème, quelles étaient les réelles distinctions idéologiques entre la S.F.I.O et le PCF et en quoi s’inscrivaient-elles dans des intérêts de classe (même si je sais qu’il y’ avait, à l’époque, une convergence d’intérêts ) ?]

      L’expression « social-démocrate » est trompeur, parce que son utilisation en France est relativement récente à gauche. C’est plutôt à droite qu’on utilisait cette terminologie : le « centre des démocrates sociaux » ou l’éphèmère « parti social démocrate » étaient des organisations de centre droit proches du giscardisme. Les « socialistes » d’avant 1920 ne l’utilisaient guère pour se désigner eux-mêmes. Il faut se souvenir qu’avant 1920, il n’existe qu’un seul grand parti « ouvrier », la SFIO, dont le nom signifie « section française de l’internationale ouvrière ». Ce parti représente une part importante de la classe ouvrière, mais aussi des classes intermédiaires naissantes dont les intérêts à l’époque restent proches de ceux des couches populaires. Mais ce parti est traversé par des divisions entre groupes qui s’affrontent moins sur les buts (qui restent ceux d’une forme de communisme) que sur les moyens d’y parvenir. Certains pensent possible d’atteindre ce but par des réformes successives faites à partir de la mécanique de la « démocratie bourgeoise », et souhaitent participer aux élections, gérer des mairies, et pourquoi pas rentrer au gouvernement. D’autres considèrent la « démocratie bourgeoise » comme un simulacre, intégrant des mécanismes qui empêcheront la libération de la classe ouvrière, qui ne pourra mettre fin à l’exploitation que par une révolution. Il va de soi que ce débat porte aussi sur l’organisation du Parti lui-même : on n’a pas la même organisation dans un cas et dans l’autre.

      En 1920 que ce conflit atteint son point d’orgue sous l’effet de la révolution russe, la fondation de la IIIème internationale et les « conditions » posées par Lénine pour y rentrer. Alors que la SFIO garde le souvenir de l’échec de la IIème internationale en 1914 à mobiliser les prolétaires pour s’opposer par les voies démocratiques à la guerre ou d’empêcher les parlementaires socialistes d’intégrer les « unions sacrées », les succès des Bolchéviques ajoutent de la crédibilité à la voie révolutionnaire. Il en résultera la scission de la SFIO et la création du PCF. Mais il faut bien garder en tête que cette scission est liée à des considérations tactiques et d’organisation, et non à une divergence dans les groupes sociaux que chaque parti représente ou la société que l’un et l’autre veulent construire.

      C’est dans les années 1930 et surtout après 1945 que la perspective change. Avec la montée en puissance des classes intermédiaires, on passe d’un désaccord sur l’organisation ou la participation aux institutions « bourgeoises » à une véritable querelle sur le type de société qu’on veut construire. Alors que les communistes, fidèles à leur base populaire, continuent à vouloir un dépassement du capitalisme par une société sans classes, les socialistes de la SFIO n’en voient plus la nécessité, sans pour autant faire son « Bad Godesberg », ce congrès où les socio-démocrates allemands ont définitivement rompu avec le marxisme. La tradition française oblige les socialistes à conserver une attache « ouvriériste ». Ils prônent donc un accommodement avec le capitalisme à condition de lui apporter une dose de « social », proposition plus conforme aux aspirations d’une base sociologique qui change progressivement. C’est ce qui explique d’ailleurs que lors de la rupture que représente la guerre froide, on ait trouvé la SFIO du côté américain, alors que le PCF se plaçait plutôt du côté soviétique.

      Cette transformation progressive de la SFIO s’accélère après 1968. Avec la fondation du PS, c’est une équipe qui doit moins aux traditions « ouvriéristes » de la SFIO qu’au social-libéralisme de la gauche chrétienne qui prend le contrôle. Et c’est à ce moment-là que l’expression « social-démocrate », venue de la gauche allemande, est introduite en France, alors que jusqu’alors elle était plutôt utilisée comme une injure.

      [Je vous avoue qu’il y’a toujours un certain flou qui régne dans mon esprit à propos du PCF de cette époque. Vous avez par exemple écrit ( dans un ancien commentaire) qu’il ne partageait pas la vision soviétique de la Révolution car la socialisation des moyens de production ne faisait pas parti de l’idéologie dominante, même parmi les couches populaires.]

      Ce n’est pas ce que j’ai dit. La socialisation des moyens de production – ou pour être plus précis, « la propriété collective des grands moyens de production et d’échange », pour utiliser le terme canonique – était et est d’ailleurs toujours l’objectif du PCF. C’est sur la manière d’y parvenir que le PCF était en désaccord avec les soviétiques – et les a même affrontés, et cela déjà du temps de Staline, ce qui demandait un certain courage. Le PCF revendiquait le fait que, compte-tenu de la tradition politique française, la dualité parti-Etat ou la dictature du parti unique n’étaient pas à l’ordre du jour.

      [Pourtant, dans l’un de vos billets, vous avez qualifié le pacte gaullo-communiste de compromis pour éviter une guerre civile. Mais que pouvaient alors demander de plus les communistes ? Ils avaient là un capitalisme d’Etat, similaire au plan de NEP de Lénine, alors qu’est-ce qu’il manquait ? Où est le ” compromis ” ?]

      La NEP léniniste n’a jamais été pour son inventeur qu’un état temporaire, une manière de faire redémarrer l’économie dans un contexte difficile. Il n’impliquait pas une conversion des Bolchéviques au « capitalisme d’Etat ». Le « gaullo-communisme » impliquait certes un certain nombre de nationalisations, mais on était très loin de « la socialisation des grands moyens de production et d’échange ». Par rapport à leur projet, les communistes ont concédé le fait que des industries de grande taille restent dans des mains privées : Peugeot, Citroën, Dassault, Thomson-CSF, Jeumont-Schneider, Danone, etc. sont restés des bastions du Grand Kapital…

      [Pour en revenir au sujet initial. Je remarque que vous avez utilisé une citation de Macron pour illustrer votre propos et qu’il n’apparaît pas parmi les personnalités que vous listez à la fin de votre article. Doit-on en conclure qu’on peut lui faire confiance sur ce coup ?]

      Je pense qu’avec cette intuition, Macron exprime une forme de lucidité sur l’avenir de sa classe…

      • Lhaa Francis dit :

             Si l’avenir de la  ”  classe de Macron  ”  pouvait être les mines de sel du Larzac, ça ne me tirerait pas une larme. A défaut, les mines de sel de Sibérie…Parce que, les fusiller, pendre, ou gillotiner, trop  ”  trash  “. Et puis, ça en ferait des héros, ou des martyrs de la liberté, de la démocratie etc, etc… Les mettre au  ”  turbin  “, ils se suicideraient en rien de temps, et ça serait  ”  cool  “. Remarquez, un bon virus  anti  ”  classe de Macron  ” ?… Mais comme les labos sont entre les pattes de ses congénères…

  14. cdg dit :

    Vous demandez une regulation par l etat, ce qui veut dire en fait un rationnement. On fera plus moderne que des coupons comme en 1940 (une app sur le telephone ?) mais l idee est la meme.
    J avais lu un jour que les economies administrees detestaient l abondance et preferaient les penuries car les penuries permettaient aux fonctionnaires de distribuer les tickets de rationnements
    A l epoque j vais pris ca pour une boutade mais on y est presque avec vous
     
    Une regulation etatique demande que l etat sache quels sont les stocks, les flux et les consommations (deja pas evident meme si ca va etre difficile de cacher un tanker ou une citerne). C est ce que vous avez souligné quand vous dites que c est complique. Mais ceci n est que la phase la plus facile !
    Une fois que vous avez votre volume a distribuer commence le plus complique : allouer la ressource.
    Comment choisir si vous aller allouer le gas oil a un tracteur ou un camion ou un taxi. A priori le taxi serait le moins prioritaire mais vous allez creer une emeute a Paris si vous ne les abreuvez pas.
    C est pareil pour l aerien : doit on soutenir comme vous le proposez les vols vers les DOM-TOM pour aider le tourisme et les familles qui ont des membres en metropole ou doit on l utiliser pour importer les puces faites en extreme orient qui nous sont necessaire  ?
    Si l etat decide ou allouer la ressource, vous pouvez etre sur qu elle sera mal allouée. Mauvaise decisions a cause de l electoralisme et de l incompetance de nos dirigeants. Imaginez B Le Maire decider a qui allouer de l essence. il serait capable de confondre des litres et des m3 …
    PS:
    1) je pense comme vous qu il est stupide d utiliser les stocks strategiques pour que les gens puissent partir en WE ou vacances. On devraient les garder quitte a ce que l essence augmente ou que plus de vols soient supprimés.
    2) Un blocage des prix est une solution : comme personne ne travaille a perte, on aura des penuries et du marché noir ce qui fera chuter drastiquement la consommation. Pas vraiment l objectif initial mais tant que ca rapporte des voix c est bon
    3) pour la flambee de la bourse, j ai une explication partielle: la flambee concerne surtout les actions liees a l IA. C est un pari sur le fait que l IA soit une revolution comme l a ete internet. Et comme l IA est peu correlé au petrole ca passe. Le second point c est les taux d interet. Si vous avez de l argent, le placer dans des obligations (d etat ou d entreprise) rapporte quasiment rien (en suisse je crois que la banque centrale est deja a 0, en allemagne c est 2%). Si vous anticipez une baisse des taux comme le veut Trump (ou pour soutenir une economie au bord de la recession) il est logique d acheter des actions

    • Descartes dit :

      @ cdg

      [Vous demandez une régulation par l’état, ce qui veut dire en fait un rationnement. On fera plus moderne que des coupons comme en 1940 (une app sur le téléphone ?) mais l’idée est la même.]

      1940 n’est pas le seul exemple de rationnement dans notre histoire. Pensez à la « loi du maximum général », rationnant le pain, pendant la période révolutionnaire. Et souvenez-vous qu’on a rationné certaines denrées en France – le chocolat, par exemple – jusque dans les années 1950… Oui, l’idée est toujours la même : empêcher que l’accès à un bien ou service considéré comme essentiel soit réservée à ceux qui ont le plus de moyens. Un objectif que vous partagez, j’imagine…

      [J’avais lu un jour que les économies administrées détestaient l’abondance et préféraient les pénuries car les pénuries permettaient aux fonctionnaires de distribuer les tickets de rationnements]

      Et bien, il ne faut pas croire tout ce qu’on lit. Moi, j’avais lu que les capitalistes avaient pour objectif d’augmenter les salaires de leurs employés, parce que de cette manière ils pouvaient acheter leurs produits en plus grande quantité. Vous n’imaginez pas ma déception lorsque j’ai participé à ma première négociation salariale…

      [Une régulation étatique demande que l’état sache quels sont les stocks, les flux et les consommations (déjà pas évident même si ça va être difficile de cacher un tanker ou une citerne).]

      Cette condition est déjà largement remplie. N’oubliez pas que les carburants font l’objet d’un suivi très précis pour des raisons fiscales. Le marché des carburants est l’un de ceux pour lesquels l’Etat connaît parfaitement les flux, les stocks et les consommations.

      [Une fois que vous avez votre volume a distribuer commence le plus complique : allouer la ressource.
      Comment choisir si vous aller allouer le gasoil a un tracteur ou un camion ou un taxi. A priori le taxi serait le moins prioritaire mais vous allez créer une émeute a Paris si vous ne les abreuvez pas.]

      Eh oui. Vous avez le choix : ou bien vous laissez faire le marché, et alors ce seront ceux qui ont le plus d’argent qui emporteront le morceau, ou bien vous intervenez, et alors vous prenez des décisions et en assumez la responsabilité. Accessoirement, si décider de priver telle ou telle catégorie a un coût politique, décider de laisser faire le marché en a un aussi. Vous me direz que dans le premier cas vous mécontentez les classes dominantes, alors que dans le second vous mécontentez les couches populaires…

      [C’est pareil pour l’aérien : doit-on soutenir comme vous le proposez les vols vers les DOM-TOM pour aider le tourisme et les familles qui ont des membres en métropole ou doit on l’utiliser pour importer les puces faites en extrême orient qui nous sont nécessaires ?]

      Je note d’ailleurs que lorsque vous parlez des « puces qui nous sont nécessaires », vous n’explicitez pas qui est ce « nous ». Mais votre question est tout à fait valable et c’est au gouvernement, qui représente l’intérêt général, de prendre la décision et de l’assumer devant les Français. J’ajoute que les « vols envers les DOM TOM » ne sont pas une question de « tourisme et familles », c’est dans les soutes de ces avions que sont transportés les vaccins et les médicaments, par exemple…

      [Si l’état décide où allouer la ressource, vous pouvez être sur qu’elle sera mal allouée.]

      Je suis toujours fasciné par la capacité des libéraux à ignorer l’expérience. Le fait est que pratiquement TOUS les gouvernements qui se sont trouvés confrontés à une grave pénurie d’un bien essentiel ont eu recours au rationnement. Y compris les gouvernements « libéraux ». Et s’ils l’ont fait, c’est bien parce qu’ils étaient convaincus que dans certaines conditions l’Etat peux faire mieux que le marché, et que laisser faire ce dernier aurait abouti à une situation inacceptable. Si les libéraux répètent que l’Etat est incapable « bien allouer » les ressources (et dans ce contexte, « bien allouer » veut dire mieux que le marché, parce que la perfection n’est pas de ce monde) rares sont ceux qui ont mis ce dogme en pratique. Et ceux qui l’ont fait (pensez à la famine irlandaise ou à la crise de 1929) au nom de « l’autorégulation des marchés » se sont mordus les doigts.

      [Mauvaise décisions à cause de l’électoralisme et de l’incompétence de nos dirigeants. Imaginez B Le Maire décider a qui allouer de l’essence. Il serait capable de confondre des litres et des m3 …]

      Bruno Le Maire n’est pas saint de ma dévotion, et il ne ferait certainement pas les choix optimaux, moins par électoralisme que par incompétence. Mais sa distribution serait probablement moins mauvaise que celle issue du marché. Tiens, je vais vous poser une question pratique : pensez-vous qu’on a eu tort de rationner administrativement les masques et les vaccins pendant la pandémie ? Qu’il aurait fallu laisser faire les marchés ?

      [1) je pense comme vous qu il est stupide d’utiliser les stocks stratégiques pour que les gens puissent partir en WE ou vacances. On devrait les garder quitte à ce que l’essence augmente ou que plus de vols soient supprimés.]

      Faut être cohérent : vous vous opposez au rationnement sous toutes ses formes, si je comprends bien. Mais si vous laissez les prix monter librement, alors à un certain moment un certain nombre d’activités essentielles seront compromises. Prenons l’exemple des vols : à un certain moment, les vols vers les DOM-TOM ne seront plus rentables et seront supprimés. Ce qui suppose qu’il n’y aura plus dans les Antilles ou à la Réunion des médicaments et des vaccins. Que fait-on alors ? Si vous ne subventionnez pas le carburant pour ces vols, alors il faudrait soit facturer le transport de ces vaccins et médicaments à prix prohibitifs (et cela privera les malades les plus pauvres de soins) soit s’en passer…

      [2) Un blocage des prix est une solution : comme personne ne travaille a perte, on aura des pénuries et du marché noir ce qui fera chuter drastiquement la consommation. Pas vraiment l’objectif initial mais tant que ca rapporte des voix c est bon]

      Je suis d’accord.

      [3) pour la flambee de la bourse, j ai une explication partielle: la flambee concerne surtout les actions liees a l IA. C est un pari sur le fait que l IA soit une revolution comme l a ete internet. Et comme l IA est peu correlé au petrole ca passe. Le second point c est les taux d interet. Si vous avez de l argent, le placer dans des obligations (d etat ou d entreprise) rapporte quasiment rien (en suisse je crois que la banque centrale est deja a 0, en allemagne c est 2%). Si vous anticipez une baisse des taux comme le veut Trump (ou pour soutenir une economie au bord de la recession) il est logique d acheter des actions]

      Je suis mal votre raisonnement. Oui, la « bulle » de l’IA soutient en partie la flambée, mais si vous regardez avec attention vous verrez qu’il n’y a pas que ce type d’action qui flambe : les entreprises du secteur de l’énergie se portent aussi très bien. Par contre, je ne partage pas votre raisonnement sur les taux d’intérêt. Nous nous préparons à une vague inflationniste, et on sait que la réaction immédiate des banques centrales à l’inflation – et tout particulièrement de la BCE – c’est de faire monter les taux d’intérêt. Il n’y a donc pas de raison aujourd’hui d’anticiper une baisse des taux, au contraire…

      • cdg dit :

        [1940 n’est pas le seul exemple de rationnement dans notre histoire. Pensez à la « loi du maximum général », rationnant le pain, pendant la période révolutionnaire.]
        C est amusant que vous citez cette loi. Ca a été une catastrophe qui a genere des penuries (https://www.universalis.fr/encyclopedie/lois-du-maximum/)
         
        [ Et souvenez-vous qu’on a rationné certaines denrées en France – le chocolat, par exemple – jusque dans les années 1950… Oui, l’idée est toujours la même : empêcher que l’accès à un bien ou service considéré comme essentiel soit réservée à ceux qui ont le plus de moyens. ]
        Le chocolat comme bien essentiel … sérieusement 😉
        Le rationnement a généré un marché noir généralisé. Ca n a donc meme pas rempli votre objectif de justice sociale car si vous avez les moyens de payer, vous achetiez au marché noir. Et le rationnement ne signifie pas que vous avez acces au produit car vous avez vos bons de rationnement (exemple actuellement en Corée du nord ou cuba)  car le magasin peut être en rupture de stock (ou tout simplement car les employes du magasin on detourné une partie des produits pour les revendre en douce). En cas de marché noir, toute la chaine va subir des pertes en ligne car c est tentant de détourner de la marchandise. Et pour contrer ca vous allez devoir rajouter de la bureacratie et de la police qui va détourner des ressources
        [N’oubliez pas que les carburants font l’objet d’un suivi très précis pour des raisons fiscales. Le marché des carburants est l’un de ceux pour lesquels l’Etat connaît parfaitement les flux, les stocks et les consommations. ]
        Pour l instant. Imaginez qu on ait un rationnement. La tentation va être forte « d oublier » une citerne, de prendre quelques litres dans un reservoir et de refaire le niveau avec un liquide quelconque
        Quand j étais gamin, un voisin me racontait que dans l immédiat après guerre les pecheurs de son village s approvisionnait a la base militaire US en carburant. C était evidement illegal mais pas detecte (par exemple comment vous savez ce qui est du a l evaporation ?)
        [Vous avez le choix : ou bien vous laissez faire le marché, et alors ce seront ceux qui ont le plus d’argent qui emporteront le morceau]
        Pas exactement : c est ceux qui sont le plus prêt a payer. C est pas forcement les plus riches. B Arnault a les moyens de payer pour aller voir le concert de Celine Dion a Paris mais je doute qu il y aille.
        Apres on peut faire la distinction entre les produits essentiels (par ex la nourriture) et le reste. L essence ou celine dion font parti de l accessoire
        [Accessoirement, si décider de priver telle ou telle catégorie a un coût politique, décider de laisser faire le marché en a un aussi.]
        En étant cynique je dirai que si vous rationnez vous vous faites des ennemis. Si vous laissez faire le marché vous pouvez toujours plaider que vous n y etes pour rien et que le mechant c est l autre : le speculateur, le capitaliste, l accapareur, Trump …
        [ Vous me direz que dans le premier cas vous mécontentez les classes dominantes, alors que dans le second vous mécontentez les couches populaires…]
        Si les prix d un produit flambent je suis pas certain que meme ce que vous appelez les classes dominantes soient contentes
        [Je note d’ailleurs que lorsque vous parlez des « puces qui nous sont nécessaires », vous n’explicitez pas qui est ce « nous ». ]
        Le nous est general. Les puces sont utilisee partout : dans votre voiture, votre compteur EDF linky, dans un appareil de dialyse ou une TV …
        [J’ajoute que les « vols envers les DOM TOM » ne sont pas une question de « tourisme et familles », c’est dans les soutes de ces avions que sont transportés les vaccins et les médicaments, par exemple…]
        Si c est juste ca, c est quelques avions par an et une bonne partie pourrait être acheminee par bateau (par ex des USA pour les antilles, canada pour St Pierre et Miquelon)
        [Je suis toujours fasciné par la capacité des libéraux à ignorer l’expérience. Le fait est que pratiquement TOUS les gouvernements qui se sont trouvés confrontés à une grave pénurie d’un bien essentiel ont eu recours au rationnement.]
        Pratiquement tous les médecins qui se sont trouvés confrontés a une grâce maladie pratiquaient la saignee pour soigner les malades. C était recommandé par toutes les sommités de l époque. Et pourtant on sait maintenant que c est pas une bonne chose
        Si vous etes au gouvernement, l important c est pas de faire une chose efficace mais de faire quelque chose que vos électeurs considerent comme bonne pour eux. Que ca soit au final nocif n a aucune importance pour nos gouvernants
        [Et ceux qui l’ont fait (pensez à la famine irlandaise ou à la crise de 1929) au nom de « l’autorégulation des marchés » se sont mordus les doigts.]
        La famine irlandais, comme celle en ukraine en 1920, est surtout motive par des raisons politiques. Ca devait pas trop chagriner Londres que des irlandais aient le choix entre mourir de faim et quitter le pays, pas plus que Staline devait pleurer car les paysans ukrainiens mourraient
        [Bruno Le Maire n’est pas saint de ma dévotion, et il ne ferait certainement pas les choix optimaux, moins par électoralisme que par incompétence. Mais sa distribution serait probablement moins mauvaise que celle issue du marché.]
        Franchement ca reste a prouver. Ce type est une catastrophe qui est capable de confondre les litres et des m3. Vous me direz qu avec un dirigeant comme ca son entourage va pouvoir faire fortune au marché noir (un secteur demande X litres, vous obtenez de de BLM X m3. Vous donnez au secteur les litres demandez et vous gardez le reste !)
        [pensez-vous qu’on a eu tort de rationner administrativement les masques et les vaccins pendant la pandémie ? ]
        Pour les vaccins c était pas un probleme de pénurie car on a du forcer les gens a se faire vacciner en leur interdisant d aller au bistro si pas vacciné
        Pour les masques, je connais pas de pays assez similaire a la France qui n ont pas fait de rationnement pour comparer les mortalités. Mais si on regarde l Afrique ou il n y a eut ni confinement, ni rationnement ni meme hôpitaux capable de soigner les malades on constate qu il n y a pas eut de vague de décès. Mais la on est dans le domaine ou le rationnement peut se défendre : bien vital
         
        [Faut être cohérent : vous vous opposez au rationnement sous toutes ses formes, si je comprends bien. Mais si vous laissez les prix monter librement, alors à un certain moment un certain nombre d’activités essentielles seront compromises.]
        Je m oppose au rationnement sauf en cas d extreme necessite et pour des biens vitaux. Par ex je peux concevoir qu on rationne l eau ou la nourriture mais l essence n est pas un bien vital. L homme a vecu des millenaires sans essence
        [Prenons l’exemple des vols : à un certain moment, les vols vers les DOM-TOM ne seront plus rentables et seront supprimés. Ce qui suppose qu’il n’y aura plus dans les Antilles ou à la Réunion des médicaments et des vaccins. ]
        Comme je l ai ecrit au dessus ravitailler les DOM en médicaments nécessite quelques avions par an et une partie pourrait se faire par bateaux. Après tout c est ce qu on devait faire jusqu aux années 70
        {Si vous ne subventionnez pas le carburant pour ces vols, alors il faudrait soit facturer le transport de ces vaccins et médicaments à prix prohibitifs (]
        Vu que les médicaments sont payes par la secu, c est dans les 2 cas le contribuable qui paie. Mais payer plus cher les médicaments coutera moins cher que de subventionner X avions qui transporteront un peu de fret mais surtout des touristes
        [Je suis mal votre raisonnement. Oui, la « bulle » de l’IA soutient en partie la flambée, mais si vous regardez avec attention vous verrez qu’il n’y a pas que ce type d’action qui flambe : les entreprises du secteur de l’énergie se portent aussi très bien.]
        L energie est liee a l IA. Vous savez surement que l IA necessite énormément d energie pour alimenter les data center. Donc les entreprises comme Schneider Electric en bénéficient, ce qui fait monter leurs cours. Par contre vous avez clairement aussi un effet IA sur les entreprises victimes de l IA. Regardez le cours de Teleperformance (centre d appels) ou Cap gemini (leurs codeurs indiens vont être remplacé par claude code). Vous avez des chutes de cours d au moins 50 %
        [ Par contre, je ne partage pas votre raisonnement sur les taux d’intérêt. Nous nous préparons à une vague inflationniste, et on sait que la réaction immédiate des banques centrales à l’inflation ]
        C est tout le dilemme des banques centrales. L inflation augmente, ce qui implique une hausse des taux mais de l autre l activite economique faiblit ce qui necessiterait une baisse de ces taux. Sans compter les interferences politiques : Trump exige une baisse de la FED et a la BCE on est conscient que des pays comme la France ne peuvent encaisser une hausse des taux (on est déjà dans le rouge vif avec des taux faibles, avec des taux a 5 % la France devient insolvable a très court terme).

        • Descartes dit :

          @ cdg

          [« 1940 n’est pas le seul exemple de rationnement dans notre histoire. Pensez à la « loi du maximum général », rationnant le pain, pendant la période révolutionnaire. » C’est amusant que vous citez cette loi. Ca a été une catastrophe qui a généré des pénuries]

          Vous voulez dire qu’avant la « loi du maximum » tout le monde mangerait à sa faim, et que lorsqu’on a promulgué la loi les pénuries sont apparues ? A votre avis, s’il y avait du pain pour tout le monde, pourquoi alors a-t-on songé à faire cette loi ?

          L’article que vous citez est beaucoup moins définitif que vous. Il souligne que « L’abandon du maximum des prix (et des salaires) par les thermidoriens devait encore aggraver la disette et provoquer les insurrections populaires de Germinal et de Prairial ». Alors faudrait savoir : si la « loi du maximum » a provoqué la disette, comment son abandon aurait pu « l’aggraver » ?

          En fait, j’ai eu tort de parler de la « loi du maximum » à propos de rationnement. Parce que la « loi du maximum » n’institue pas le rationnement, mais plutôt le blocage des prix sans pour autant prévoir un rationnement. C’est-à-dire, exactement ce que je critique dans mon article.

          [« Et souvenez-vous qu’on a rationné certaines denrées en France – le chocolat, par exemple – jusque dans les années 1950… Oui, l’idée est toujours la même : empêcher que l’accès à un bien ou service considéré comme essentiel soit réservée à ceux qui ont le plus de moyens. » Le chocolat comme bien essentiel … sérieusement 😉]

          Je n’ai pas dit que le chocolat fut à mon avis essentiel, j’ai dit qu’il a été « considéré comme essentiel » à l’époque. Je n’ai pas retrouvé les arguments utilisés par ceux qui ont pris la décision de rationner des produits comme le chocolat ou le café, qui peuvent paraître secondaires, et qui pourtant ont été rationnés assez longtemps.

          [Le rationnement a généré un marché noir généralisé.]

          C’est vrai. De la même manière que l’interdiction de la vente libre des armes, des explosifs ou des drogues génère un marché noir. Pensez-vous qu’il faudrait autoriser leur vente libre et sans restrictions pour cette raison ?

          [Ca n’a donc même pas rempli votre objectif de justice sociale car si vous avez les moyens de payer,
          vous achetiez au marché noir.]

          L’objectif du rationnement n’est pas la « justice sociale », mais de permettre à chacun – y compris ceux qui ne peuvent payer les prix du marché – d’accéder à certaines denrées. Et de ce point de vue, le rationnement a bien rempli son office, malgré le marché noir. Vous savez, ce n’est pas parce qu’un dispositif n’est pas à 100% efficace qu’il faut le rejeter… Il y a bien des gens qui resquillent dans le TGV, et pourtant personne ne dit qu’il faudrait le rendre gratuit.

          [Et le rationnement ne signifie pas que vous avez accès au produit car vous avez vos bons de rationnement (exemple actuellement en Corée du nord ou cuba) car le magasin peut être en rupture de stock (ou tout simplement car les employés du magasin on détourné une partie des produits pour les revendre en douce).]

          Oui. Et alors ? Je vous le répète, ce n’est pas parce qu’un dispositif ne fonctionne pas à 100% qu’il faut le jeter. Il peut aussi arriver que, alors qu’on est en régulation de marché, mon supermarché préféré soit en rupture de stock du produit que j’aime. Est-ce une raison pour décréter que la régulation par le marché doit être supprimée ?

          [En cas de marché noir, toute la chaine va subir des pertes en ligne car c’est tentant de détourner de la marchandise. Et pour contrer ça vous allez devoir rajouter de la bureaucratie et de la police qui va détourner des ressources]

          Je n’ai pas dit le contraire. J’ai même abondé dans votre sens : toute régulation administrative a un coût. La question est d’examiner au cas par cas si les conséquences néfastes de la régulation par le marché, dans une situation donnée, est inférieur ou supérieur au coût de la régulation administrative qui permet de les atténuer ou les supprimer. Et je constate que dans l’immense majorité des cas de pénurie, la régulation administrative a été retenue. Les rares cas où elle ne l’a pas été ont abouti à des désastres – pensez à la famine irlandaise du XIXème siècle.

          [« N’oubliez pas que les carburants font l’objet d’un suivi très précis pour des raisons fiscales. Le marché des carburants est l’un de ceux pour lesquels l’Etat connaît parfaitement les flux, les stocks et les consommations. » Pour l’instant. Imaginez qu’on ait un rationnement. La tentation va être forte « d’oublier » une citerne, de prendre quelques litres dans un réservoir et de refaire le niveau avec un liquide quelconque]

          La « tentation » existe déjà, puisque « oublier une citerne » vous permet d’échapper à l’impôt. Et pourtant, les « oublis » sont marginaux. Cela tient à ce que les canaux d’approvisionnement sont peux nombreux, et donc faciles à contrôler.

          [Quand j’étais gamin, un voisin me racontait que dans l’immédiat après-guerre les pécheurs de son village s’approvisionnaient a la base militaire US en carburant. C’était évidement illégal mais pas détecté (par exemple comment vous savez ce qui est du à l’évaporation ?)]

          Méfiez-vous de ce genre d’histoires. Les américains connaissaient parfaitement ces « coulages », et les toléraient – voire les encourageaient – parce que cela leur permettait de compter avec la bienveillance des populations locales. Croyez-moi, c’est assez facile de contrôler les stocks de carburant… et contrairement à ce que vous croyez, le carburant est gardé en cuve fermée, et ne « s’évapore » donc pas.

          [« Vous avez le choix : ou bien vous laissez faire le marché, et alors ce seront ceux qui ont le plus d’argent qui emporteront le morceau » Pas exactement : c’est ceux qui sont le plus prêt à payer. Ce n’est pas forcément les plus riches.]

          Pas forcément, mais très souvent c’est le cas – notamment en situation de pénurie. Parce qu’il ne suffit pas d’être « prêt à payer », il faut avoir de quoi.

          [B Arnault a les moyens de payer pour aller voir le concert de Celine Dion a Paris mais je doute qu il y aille.]

          Je vous rappelle qu’on est en train de parler de biens jugés ESSENTIELS, et donc des biens pour lesquels tout le monde est demandeur. Il n’y a que pour ce genre de biens que le rationnement se justifie. Je doute que les billets de concert entrent dans cette catégorie.

          [« Accessoirement, si décider de priver telle ou telle catégorie a un coût politique, décider de laisser faire le marché en a un aussi. » En étant cynique je dirai que si vous rationnez vous vous faites des ennemis. Si vous laissez faire le marché vous pouvez toujours plaider que vous n’y êtes pour rien et que le méchant c’est l’autre : le spéculateur, le capitaliste, l accapareur, Trump …]

          Oui. Mais on vous retorquera alors que vous ne faites rien pour mettre en cabane le spéculateur, le capitaliste, l’accapareur… et vous êtes revenu au problème initial. Les émeutes de la faim ont emporté bien de gouvernements – y compris ceux qui ont plaidé qu’ils n’y étaient pour rien.

          [« Vous me direz que dans le premier cas vous mécontentez les classes dominantes, alors que dans le second vous mécontentez les couches populaires… » Si les prix d’un produit flambe je suis pas certain que même ce que vous appelez les classes dominantes soient contentes]

          Non, mais pour les couches populaires la flambée des prix constitue un risque vital, alors que pour les classes dominantes c’est tout au plus une gêne. C’est Keynes je crois qui notait que quand le prix du blé augmente de 30%, la consommation de pain baisse fortement. Quand le prix du caviar monte dans la même proportion, l’effet est insensible.

          Vous dites [« Je note d’ailleurs que lorsque vous parlez des « puces qui nous sont nécessaires », vous n’explicitez pas qui est ce « nous ». » Le nous est général. Les puces sont utilisées partout : dans votre voiture, votre compteur EDF linky, dans un appareil de dialyse ou une TV …]
          Et ensuite [« J’ajoute que les « vols envers les DOM TOM » ne sont pas une question de « tourisme et familles », c’est dans les soutes de ces avions que sont transportés les vaccins et les médicaments, par exemple… » Si c est juste ca, c est quelques avions par an et une bonne partie pourrait être acheminee par bateau (par ex des USA pour les antilles, canada pour St Pierre et Miquelon)]

          Faudrait savoir : les puces ne peuvent être transportées que par avion, mais les médicaments et vaccins peuvent l’être par bateau ? Compte tenu des dates de pérémption et des conditions de transport de certains vaccins et médicaments, j’aurais pensé l’inverse…

          Mais peu importe. La question est évidemment que dans chaque cas il faut évaluer quels sont les transports les plus « essentiels », et leur réserver le carburant. Et pour cela, on définit une grille de critères permettant de définir un indicateur. C’est complexe, mais ce n’est pas impossible.

          [« Je suis toujours fasciné par la capacité des libéraux à ignorer l’expérience. Le fait est que pratiquement TOUS les gouvernements qui se sont trouvés confrontés à une grave pénurie d’un bien essentiel ont eu recours au rationnement. » Pratiquement tous les médecins qui se sont trouvés confrontés a une grâce maladie pratiquaient la saignée pour soigner les malades. C’était recommandé par toutes les sommités de l’époque. Et pourtant on sait maintenant que ce n’est pas une bonne chose.]

          L’analogie est inopérante. D’une part, parce que la saignée était, parmi les méthodes disponibles à l’époque, l’une des plus efficaces. Et d’autre part, parce que vous parlez d’une époque où la médecine scientifique n’existait pas encore, ou l’on procédait d’une façon purement empirique. Moi, je vous parle de décisions prises déjà à l’époque moderne. Et franchement, je ne connais aucun économiste qui ait jamais critiqué la décision des puissances alliées pendant la guerre de 1940-45 d’avoir recours au rationnement. Même les libéraux les plus impénitents et les plus dogmatiques se sont à ma connaissance prudemment abstenus d’inviter les gouvernements à laisser faire les marchés. Mais vous avez peut-être une meilleure connaissance que moi du courant libéral : connaissez-vous un seul exemple sérieux d’économiste qui ait fait une critique du rationnement en période de guerre ?

          [Si vous êtes au gouvernement, l’important c’est pas de faire une chose efficace mais de faire quelque chose que vos électeurs considèrent comme bonne pour eux. Que ça soit au final nocif n’a aucune importance pour nos gouvernants]

          Je pense que vous avez une vision excessivement mécaniste de l’action publique. Dire que le seul moteur de l’action du politicien est la satisfaction de ses électeurs, c’est un peu comme dire que le seul moteur de l’action des dirigeants d’une entreprise est la satisfaction des actionnaires. Les choses sont beaucoup plus complexes. Si vous êtes au gouvernement, vous vous souciez certes d’être réélu, mais vous vous souciez aussi de votre place dans l’histoire, de l’image que vous pouvez donner à des gens dont vous respectez l’opinion…

          [La famine irlandaise, comme celle en ukraine en 1920, est surtout motive par des raisons politiques. Ca devait pas trop chagriner Londres que des irlandais aient le choix entre mourir de faim et quitter le pays, pas plus que Staline devait pleurer car les paysans ukrainiens mourraient]

          Sauf que, dans le cas irlandais, on a laissé faire le marché. La question ici n’est pas de savoir si Londres était chagriné ou pas par le résultat, ou si le choix de laisser faire le marché était motivé ou non par une question politique. Le fait est qu’on a laissé au marché réguler l’approvisionnement de nourriture, et que cela a abouti à une famine. Cela prouve, à minima, qu’en situation de pénurie le marché n’arrive pas à optimiser l’approvisionnement d’un bien essentiel en garantissant un minimum à tous.

          [« pensez-vous qu’on a eu tort de rationner administrativement les masques et les vaccins pendant la pandémie ? » Pour les vaccins c’était pas un problème de pénurie car on a dû forcer les gens à se faire vacciner en leur interdisant d’aller au bistro si pas vacciné]

          Votre mémoire vous trahit. Si vers la fin de la pandémie il a fallu forcer les gens à se vacciner, ce n’était pas le cas au début, quand le vaccin est apparu sur le marché. Au départ, il a fallu réserver les rares doses disponibles au personnel de santé, aux travailleurs des services essentiels, etc.

          [Pour les masques, je connais pas de pays assez similaire a la France qui n’ont pas fait de rationnement pour comparer les mortalités.]

          Je ne connais pas de pays qui n’ait pas rationné les masques au début de la pandémie.

          [« Faut être cohérent : vous vous opposez au rationnement sous toutes ses formes, si je comprends bien. Mais si vous laissez les prix monter librement, alors à un certain moment un certain nombre d’activités essentielles seront compromises. » Je m’oppose au rationnement sauf en cas d’extrême nécessité et pour des biens vitaux.]

          Je partage l’idée que le rationnement ne se justifie que pour les biens vitaux (je vous rappelle par ailleurs que cet échange a commencé dans une discussion sur les carburants qui, vous l’admettrez je pense, sont un bien vital). Mais je suis méfiant devant la question de « l’extrême nécessité ». Comment la définiriez-vous ?

          [Par ex je peux concevoir qu’on rationne l’eau ou la nourriture mais l’essence n’est pas un bien vital. L’homme a vécu des millénaires sans essence]

          Autrement dit, pour vous tous les biens dont « on a vécu des millénaires sans » sont a rayer de la liste des biens vitaux ? Ca ne laisse pas grande chose… ainsi par exemple pour vous les médicaments, les vaccins, les hôpitaux, les ambulances, les pompiers, l’électricité ne sont pas des « services vitaux » ?

          [« Prenons l’exemple des vols : à un certain moment, les vols vers les DOM-TOM ne seront plus rentables et seront supprimés. Ce qui suppose qu’il n’y aura plus dans les Antilles ou à la Réunion des médicaments et des vaccins. » Comme je l’ai écrit au-dessus ravitailler les DOM en médicaments nécessite quelques avions par an et une partie pourrait se faire par bateaux. Après tout c’est ce qu’on devait faire jusqu’aux années 70]

          Vous faites erreur : certains médicaments et vaccins n’ont une durée de vie que de quelques semaines, et doivent être réapprovisionnés régulièrement. D’autres ont des conditions de conservation qui rendent difficile le transport par bateau. Le transport de médicaments et vaccins par avion se faisait déjà du temps de l’aéropostale, c’est dire… Mais à supposer même que « quelques vols par an » suffisent, encore une fois il faut qu’ils aient lieu. Et qui fera voler ces avions, s’il n’est pas rentable de le faire ? Pas les entreprises privées… ou alors c’est des philanthropes.

          [Vu que les médicaments sont payes par la secu, c est dans les 2 cas le contribuable qui paie. Mais payer plus cher les médicaments coutera moins cher que de subventionner X avions qui transporteront un peu de fret mais surtout des touristes]

          Mais même si c’est payé par la sécu, il s’agit d’une forme de « subvention au carburant »…

          [« Je suis mal votre raisonnement. Oui, la « bulle » de l’IA soutient en partie la flambée, mais si vous regardez avec attention vous verrez qu’il n’y a pas que ce type d’action qui flambe : les entreprises du secteur de l’énergie se portent aussi très bien. » L’énergie est liée a l’IA. Vous savez surement que l’IA nécessite énormément d’énergie pour alimenter les data center.]

          D’électricité, pour être précis. Mais ce ne sont pas les entreprises de production d’électricité qui voient leur prix flamber, mais celles liées au monde pétrolier. On voit mal la connexion avec l’IA.

          [« Par contre, je ne partage pas votre raisonnement sur les taux d’intérêt. Nous nous préparons à une vague inflationniste, et on sait que la réaction immédiate des banques centrales à l’inflation » C’est tout le dilemme des banques centrales. L’inflation augmente, ce qui implique une hausse des taux mais de l’autre l’activité économique faiblit ce qui nécessiterait une baisse de ces taux.]

          C’est peut-être un « dilemme » pour la Réserve fédérale, qui a un mandat double, à la fois concernant l’inflation et l’activité. Mais pour la BCE, c’est clair : son mandat ne concerne que l’inflation (merci les boches). On peut donc anticiper une hausse des taux… probablement modérée, parce que l’inflation en question est essentiellement importée et non le résultat d’un excès de monnaie, mais hausse tout de même.

    • Descartes dit :

      @ cdg

      [il semble qu on a pas besoin de regulation administrative : -30% sur le volume de carburant]

      Oui, pendant les dix premiers jours du conflit. C’est le phénomène bien connu du “destockage”. Mais à partir d’un certain moment, il faut bien reconstituer les stocks. En moyenne, la réduction de la consommation depuis le début du conflit est de l’ordre de 10%.

  15. Jordi dit :

    Cette histoire me fait penser à une citation de Astérix, dans laquelle au depart d’une bagarre Générale le poissonnier Ordralfabétix invectivait : “Le mer ? Mes poissons ? Quel rapport entre la mer et mes poissons ?”.
     
    Nous vivons das une société de consommation très tertiarisée, dnas laquelle la production n’est qu’un vague sujet de commentaire dans un flux d’actualités et d’infotainment. La nourriture apparaît spontanément dans les supermarchés, parfois son prix augmente, mais l’argent apparaît magiquement dans les états par l’alchimie du Mozart de la finance et de la dette.
     
    Le hic, c’est que la fluidité financière, la commodité de l’euro permettent aux problémes de ne pas être résolus, aux boomers d’avoir le niveau de vie de leurs voisins Suisses (pendant que nos jeunes vivent comme des grecs, et que Nicolas paie). Macron est le candidat de la continuité, il a été élu pour faire perdurer ce système quel qu’en soit le prix future, et ça fait 9 ans qu’il y arrive plutôt bien.
     
    Je suis bien plus que vous partisan du marché, mais la hausse des carburants pose un problème particulier dans le sens où elle frappe principalement les français des zones rurales et périurbaines, ainsi que les entreprises. Soit des catégories sociales déjà fragilisées par les choix politiques actuels.  Si l’on prend le problème son seul aspect financnier (ce que le marché est très apte à faire lorsque les pénuries ne sont pas des ruptures d’approvisionnement, juste des pénuries), il est inacceptable d’avoir un gouvernement qui trouve des milliards pour Zelensky et des matraques pour les gilets jaunes.
     
    Bien sur, l’électrification automobile est un élément de réponse (les voitures électriques sont déjà très intéressantes pour ceux qui font beaucoup de kilomètres sans séloigner à plus de deux heures de leur domicile, et la hausse du prix de l’essence devrait accélérer l’électrification d’une part de la flotte). Et pourtant, il sera bien difficile de faire jaillir du pétrole depuis la tribune d’un député (fut-il européen) ou depuis un thread Instagram.
     
    Un seul point me parait contestable dans votre article : vous considérez comme allant de soi la capacité de la France à surenchérir sur des pays du sud moins fortunés. Je pense que sous l’effet de la désindustrialisation et de la dette, note pouvoir d’achat national relatif a bien baissé depuis l’époque de Ruffin au Congo, et que automobilistes de Bangkok, Tanger, Bucarest ou Mumbai sont autant à même de financer leurs ambitions routières que nos compatriotes ruraux.

    • Descartes dit :

      @ Jordi

      [Nous vivons dans une société de consommation très tertiarisée, dnas laquelle la production n’est qu’un vague sujet de commentaire dans un flux d’actualités et d’infotainment. La nourriture apparaît spontanément dans les supermarchés, parfois son prix augmente, mais l’argent apparaît magiquement dans les états par l’alchimie du Mozart de la finance et de la dette.]

      Tout à fait d’accord. Le lien entre production et consommation est devenu quasi invisible, et il faut dire que nos institutions, à commencer par l’école, a contribué largement à cette invisibilisation. Il suffit d’ailleurs de regarder les médias : des séries montrant des avocats, des policiers, on en trouve treize à la douzaine. Des films ou l’on sauve le monde le flingue ou la mitraillette à la main sont dans tous les cinémas. Mais la figure du constructeur, du producteur, de l’ingénieur ? Elle n’apparait guère, ou alors dans le rôle du méchant, qui va saccager la nature pour construire une route ou une usine. On peut les voir à la rigueur dans des documentaires – d’ailleurs fort bien faits – sur une chaîne marginale de la TNT. Dans les écoles, on amène les enfants visiter la ferme bio, pas une centrale électrique ou un haut fourneau.

      Comme vous dites, la plupart des gens pensent que les denrées arrivent magiquement sur les rayons du supermarché, que la même magie met l’électricité dans les prises, l’eau dans les tuyaux et les trains sur les voies. La complexité du système qui permet à chacun de bénéficier de tous ces biens et services n’intéresse pas le grand public… et on ne le découvre en fait qu’en situation de crise, quand le système s’enraye. Regardez par exemple ce qui s’est passé pendant le COVID : on vous parle des « travailleurs de première ligne » en pensant aux employés des supermarchés et aux boulangeries… mais est-ce que quelqu’un pense aux travailleurs qui produisaient les denrées ? Des travailleurs des centrales électriques, qui pendant toute la crise ont continué à travailler ?

      [Le hic, c’est que la fluidité financière, la commodité de l’euro permettent aux problèmes de ne pas être résolus, aux boomers d’avoir le niveau de vie de leurs voisins Suisses (pendant que nos jeunes vivent comme des grecs, et que Nicolas paie). Macron est le candidat de la continuité, il a été élu pour faire perdurer ce système quel qu’en soit le prix futur, et ça fait 9 ans qu’il y arrive plutôt bien.]

      Je ne sais pas qui est « Nicolas ». Pour le moment, ceux qui « paient » ce sont les prêteurs. Je n’aime pas ce discours qui prétend opposer les retraités aux jeunes, et qui à mon avis occulte les véritables responsabilités. Il faut à mon sens bien poser le problème : la vieillesse est l’horizon commun de l’ensemble de la population, alors que la jeunesse est une expérience réservée à une petite partie de nos concitoyens. Nous serons tous vieux un jour – plus proche ou plus lointain – alors que la plupart d’entre nous n’avons que peu de chances, hélas !, de redevenir jeunes. C’est pour cette raison qu’une politique dans laquelle vous progressez – en termes de carrière, de salaire, de qualité de vie – avec l’âge sera plébiscitée – y compris par les jeunes – alors qu’une politique qui concentrerait les moyens sur les jeunes risque d’avoir peu de succès. Les jeunes, dans leur grande majorité, comprennent assez vite que la jeunesse n’est pas éternelle…

      Savoir que les vieux seront bien traités n’est pas seulement un soulagement pour les vieux – ou ceux qui approchent de la vieillesse. C’est un soulagement pour tous, parce que nous seront TOUS vieux un jour. Rien n’est plus désespérant qu’une société dans laquelle vous savez que, passé un certain âge, tout se retournera contre vous.

      Maintenant sur l’Euro : oui, le Franc fournissait un « signal » sur l’état de l’économie, qui permettait – et obligeait – le monde politique à prendre en compte les réalités. Grâce à l’Euro et à la logique bruxelloise, on peut largement s’en désintéresser sans que cela se traduise par des conséquences immédiates. La preuve : depuis 2024 il n’y a pas de véritable politique économique, et ça n’a l’air de préoccuper personne. Bien sur, les conséquences des décisions prises – ou non-prises – se feront sentir d’ici dix ou quinze ans, et alors tout le monde pleurera des larmes de crocodile et écrira des rapports sur les opportunités manquées (Letta et Draghi auront une longue lignée de successeurs).

      [Je suis bien plus que vous partisan du marché, mais la hausse des carburants pose un problème particulier dans le sens où elle frappe principalement les français des zones rurales et périurbaines, ainsi que les entreprises. Soit des catégories sociales déjà fragilisées par les choix politiques actuels.]

      Faut savoir ce qu’on veut. On peut laisser le marché réguler – et dans ce cas les biens iront à ceux qui ont les moyens de les acheter – ou bien faire appel à une intervention administrative pour préserver telle ou telle catégorie. On ne peut pas avoir les deux. J’ajoute qu’en situation de pénurie, si vous canalisez administrativement les biens vers une catégorie, cela ne peut se faire qu’au détriment d’une autre. Quels sont les catégories que vous suggérez priver de pétrole ?

      [Si l’on prend le problème son seul aspect financier (ce que le marché est très apte à faire lorsque les pénuries ne sont pas des ruptures d’approvisionnement, juste des pénuries), il est inacceptable d’avoir un gouvernement qui trouve des milliards pour Zelensky et des matraques pour les gilets jaunes.]

      Je doute qu’en privant les gilets jaunes de matraques on économise beaucoup sur l’aspect financier… quant aux milliards pour Zelenski, je suis bien entendu d’accord avec vous : nous n’avons rien à gagner dans l’affaire, et c’est donc de l’argent jeté par les fenêtres. Vous noterez quand même que ce n’est pas beaucoup d’argent : quelques vieux équipements (valorisés au prix du neuf), des emprunts garantis par les avoirs russes…

      [Bien sur, l’électrification automobile est un élément de réponse (les voitures électriques sont déjà très intéressantes pour ceux qui font beaucoup de kilomètres sans s’éloigner à plus de deux heures de leur domicile, et la hausse du prix de l’essence devrait accélérer l’électrification d’une part de la flotte).]

      Ne croyez pas ça. Je vous rappelle que, par la grâce du marché, le prix de l’électricité est donné par le coût marginal de production de l’installation la plus chère démarrée, et que sur le marché européen cela veut dire en général du gaz. La crise pétrolière se répercute immédiatement sur le prix de l’essence, mais à terme elle s’imposera aussi sur l’électricité… d’autant plus qu’en l’absence de décisions sur le renouvellement du parc, nous amorçons la sortie du nucléaire.

      [Un seul point me parait contestable dans votre article : vous considérez comme allant de soi la capacité de la France à surenchérir sur des pays du sud moins fortunés. Je pense que sous l’effet de la désindustrialisation et de la dette, note pouvoir d’achat national relatif a bien baissé depuis l’époque de Ruffin au Congo, et que automobilistes de Bangkok, Tanger, Bucarest ou Mumbai sont autant à même de financer leurs ambitions routières que nos compatriotes ruraux.]

      Ce n’est pas ce qu’on observe empiriquement. L’UE réussit pour le moment à capter une part importante du flux pétrolier, et ce sont les pays d’Asie et d’Afrique qui expérimentent les pénuries les plus importantes. Il faut quand même garder en tête que même si la France et l’UE s’appauvrissent relativement, elles restent beaucoup, beaucoup plus riches que le reste du monde.

  16. Glarrious dit :

    [ On peut relever ici une contradiction amusante. Dès lors qu’il n’y a pas de sélection, et donc pas de régulation de la « production » de diplômés, la logique voudrait que l’enseignement universitaire se spécialise de moins en moins, produisant donc des diplômés polyvalents pouvant ensuite s’adapter à l’état du marché du travail. Or, c’est le mouvement inverse qu’on constate, avec la multiplication des diplômes de licence et de master de plus en plus spécialisés et couvrant des domaines de plus en plus étroits, censés permettre une meilleure « professionnalisation » des diplômés… autrement dit, les formations les plus sélectives produisent des généralistes qu’il est ensuite facile de caser dans l’emploi, alors que celles où il n’y a pas de sélection produisent des spécialistes dont l’emploi dépend du hasard…]
     
    Je me suis fait la même remarque sur ce phénomène. Comment expliqué ce paradoxe ?
     
    [ Lénine a bien essayé une forme de régulation « mixte », associant planification et marché, avec la NEP. Si cet essai a permis d’améliorer partiellement la situation économique, elle s’est vite enlisée, notamment sous les abus des « nepman ». Dans une situation qui restait critique, le retour à une régulation administrative à partir des années 1930 et le succès des deux premiers plans quinquennaux ont rendu très difficile politiquement le retour vers une dose de régulation par le marché. ]
     
    Quels types d’abus parlez-vous au sujet “des nepman” ? Comment expliqué les succès des deux plans quinquennaux ? 
     

    • Descartes dit :

      @ Glarrious

      [« Or, c’est le mouvement inverse qu’on constate, avec la multiplication des diplômes de licence et de master de plus en plus spécialisés et couvrant des domaines de plus en plus étroits, censés permettre une meilleure « professionnalisation » des diplômés… autrement dit, les formations les plus sélectives produisent des généralistes qu’il est ensuite facile de caser dans l’emploi, alors que celles où il n’y a pas de sélection produisent des spécialistes dont l’emploi dépend du hasard… » Je me suis fait la même remarque sur ce phénomène. Comment expliqué ce paradoxe ?]

      Je n’ai pas de bonne explication « matérialiste ». Le mieux que je peux vous proposer, c’est l’idée que cette « professionnalisation » des études permet au patronat de transférer les coûts au secteur public. Par ce moyen, l’employeur récupère – du moins en théorie – des travailleurs « prêts à l’emploi », sachant que les coûts de reconversion éventuelle ou du chômage seront supportés par la collectivité. Mais je pense qu’il y a aussi une fausse perception de la spécialisation comme une forme de sécurité face à la concurrence, le sentiment que « ce que je sais faire, personne d’autre ne sait le faire ». Il y a beaucoup de gens que le fait d’avoir leur « niche » rassure…

      On peut se demander si cette réaction ne traduit pas un côté « défensif » de nos sociétés. La spécialisation s’apparente à une forme de fortification, alors que le généraliste, par sa capacité d’adaptation, est plutôt formé pour un combat de mouvement…

      [Quels types d’abus parlez-vous au sujet “des nepman” ?]

      L’accaparement à des fins spéculatifs, particulièrement rentable dans une économie de pénurie. La corruption pour s’approprier les biens publics. On a vu une sorte de réédition de ces maux avec le retour au capitalisme des anciennes républiques soviétiques… les « oligarques » d’aujourd’hui sont en partie une réédition des « nepmen » d’hier…

      [Comment expliqué les succès des deux plans quinquennaux ?]

      D’abord il faut reconnaître le génie de ceux qui les ont fait : ils ont choisi les bonnes priorités (infrastructures, électricité, industrie lourde) au lieu de céder bêtement aux appels à consacrer tous les moyens à l’amélioration de la consommation. Ensuite, à une volonté politique de fer de la part de l’autorité politique et à l’efficacité de l’appareil du Parti, qui a permis de faire de la question industrielle une cause nationale et de faire accepter les sacrifices considérables qui étaient nécessaires au succès.

      • cdg dit :

        vous parlez de succes pour un plan quinquenal qui a generé une famine et des millions de mort !
        on parle pas la de priorite a l industrie mais d affamer sciement des gens car ils sont pas dans la bonne case (habitant des villes = bon-> a ravitailler, paysans= mauvais -> a affamer)

        • Descartes dit :

          @ cdg

          [vous parlez de succes pour un plan quinquenal qui a generé une famine et des millions de mort !]

          Pourriez-vous développer ? En quoi le plan quinquennal aurait “généré une famine et des millions de morts” ?

          Dans l’état où la guerre civile et l’intervention étrangère avaient laissé l’économie ainsi que le blocus imposé par les puissances occidentales, la famine était pratiquement inévitable, puisque la production de nourriture ne suffisait pas à nourrir tout le monde. Le pouvoir soviétique avait le choix de laisser mourir de faim les villes, ou de laisser mourir de faim les campagnes. Il a choisi les villes. Et s’il avait fait le choix inverse, vous seriez en train d’écrire que c’est la faute du plan quinquennal si les habitants des villes ont péri…

          Curieusement, tous ceux qui chérissent la mémoire de l’Holomodor évitent soigneusement de parler du contexte, et notamment de la responsabilité des puissances occidentales qui ont alimenté la guerre civile. Curieux, n’est ce pas ?

  17. Glarrious dit :

    Cette crise pétrolière ne serait-elle pas une occasion de relance la production pétrolière en France notamment en Guyane et reconstruire des raffineries ? Etant donnée que la France ne comble pas ses besoins.

    • Descartes dit :

      @ Glarrious

      [Cette crise pétrolière ne serait-elle pas une occasion de relance la production pétrolière en France notamment en Guyane et reconstruire des raffineries ? Etant donnée que la France ne comble pas ses besoins.]

      Ce serait certainement une bonne occasion pour rompre avec l’idéologie faussement écologique qui voudrait qu’il soit plus écologique d’acheter du pétrole produit ailleurs plutôt que de le produire chez nous (parce que la campagne des vingt dernières années pour en finir avec l’exploitation pétrolière en France au motif qu’il faut « sortir des hydrocarbures » aboutit de fait à ça). Quant à reconstruire des raffineries… je vois mal dans une économie ouverte qui viendrait investir pour construire une raffinerie en France alors qu’il y a tant de pays où la main d’œuvre est moins chère et la réglementation sociale et environnementale beaucoup plus accommodante. Imaginer qu’on puisse relancer une activité industrielle quelconque chez nous sans une forme de protectionnisme est une vue de l’esprit. Sauf bien entendu si les rêves du patronat de liquider le code du travail se réalisent, of course.

  18. P2R dit :

    @ Descartes
     
    Les semaines passent, le détroit est toujours quasi-clos, et l’apocalypse se fait attendre…
    Peut-être une explication dans cet article, concernant le rôle de la Chine qui débloquerait ses gigantesques stocks stratégiques (estimés à 1,4 miliards de barils) et soulagerait ainsi le marché de 4 millions de barils/jour qu’elle n’importe plus, comparativement à la situation avant crise.
     
    La Chine se présenterait à nouveau (après son gigantesque plan de relance à la suite de la crise financière de 2008) comme grande puissance stabilisatrice de l’ordre mondial, dans une opposition de style de plus en plus marquante avec la stratégie américaine…
     
    https://www.lefigaro.fr/vox/bertille-bayart-la-chine-sauve-l-economie-mondiale-pour-la-seconde-fois-20260610

    • Descartes dit :

      @ P2R

      [Les semaines passent, le détroit est toujours quasi-clos, et l’apocalypse se fait attendre… Peut-être une explication dans cet article, concernant le rôle de la Chine qui débloquerait ses gigantesques stocks stratégiques (estimés à 1,4 miliards de barils) et soulagerait ainsi le marché de 4 millions de barils/jour qu’elle n’importe plus, comparativement à la situation avant crise.]

      Pour le moment, ce sont effectivement les réserves stratégiques qui amortissent le choc. Celles de la Chine, bien entendu, mais aussi celles de l’OCDE, qui représentent au minimum trois mois de consommation. Compte tenu du fait que le détroit d’Ormuz voit passer entre 20% et 30% de la production mondiale d’hydrocarbures, un calcul de coin de table montre qu’on peut « tenir » entre dix et quinze mois. En fait c’est plus compliqué que ça, parce qu’il n’y a pas que le pétrole. Il faut faire le compte pour les différents produits raffinés, et sur le gaz. Pour ce qui concerne les premiers, c’est surtout le kérosène qui risque de manquer à partir de cet été, alors que les réserves d’essence et de gasoil – et les capacités pour les raffiner – donnent des marges plus larges. Le gaz est un véritable problème parce que 60% des approvisionnements passent par le détroit, que la consommation est fortement saisonnière, et qu’elle repose sur des capacités de stockage qu’il faut remplir durant l’été en prévision de l’hiver suivant.

      [La Chine se présenterait à nouveau (après son gigantesque plan de relance à la suite de la crise financière de 2008) comme grande puissance stabilisatrice de l’ordre mondial, dans une opposition de style de plus en plus marquante avec la stratégie américaine…]

      En effet. Alors que les Etats-Unis jouent la stratégie du fou – a moins qu’ils soient vraiment fous – en se montrant imprévisibles, la Chine a choisi au contraire la stratégie opposée. Les fondamentaux de sa politique économique sont publiquement déclinés, et ne changent que très lentement. Cela rassure banquiers et investisseurs. Or, en matière économique, la confiance est un bien en soi. La stabilité est aussi un élément de la puissance.

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