Gouverner, c’est prévoir

“Quand on peut prévenir c’est faiblesse d’attendre.”
Jean de Rotrou

On dit que les crises révèlent le meilleur et le pire chez les hommes, que ce soit individuellement ou collectivement. Les incendies dans la région bordelaise donnent une bonne illustration de ce principe. A côté de pompiers – militaires, professionnels, mais aussi volontaires – qui luttent sans mesurer leurs forces contre le feu, tout un réseau de solidarité s’organise. Il y a celui qui va porter des sandwichs et des boissons aux pompiers pour les aider à tenir, le paysan ou l’artisan qui fait la navette avec sa citerne mobile pour faciliter l’approvisionnement en eau ou participe aux coupes préventives. Il y a enfin ces bénévoles qui vont dans les gymnases et salles municipales assurer l’accueil et réconforter les évacués. Et bien entendu, on voit la puissance de nos institutions, capables de mobiliser des moyens considérables et de coordonner leur action. On ne peut d’ailleurs que constater l’efficacité du couple maire-préfet, et la légitimité dont l’un et l’autre disposent sur le terrain, résumée par le commentaire d’un édile, « on dit du mal du système centralisé, mais il a ses avantages à l’heure de mobiliser des moyens et coordonner les actions ». De quoi relativiser le discours de ceux qui, au nom d’une vision européenne, conchient à la fois la commune, trop petite, et l’Etat, trop jacobin.

Tout cela fait du bien. Je n’ai personnellement jamais douté des réserves morales et matérielles de notre pays, de ses institutions, de ses citoyens. Mais cela fait plaisir de constater que cet optimisme n’est pas purement méthodologique, qu’il est fondé sur une base factuelle. Lorsque les circonstances sont favorables, que les priorités sont claires, nos concitoyens sont capables de sortir du « et moi et moi et moi ». Même les médias, qui d’habitude préfèrent se concentrer sur tout ce qui ne va pas en agitant les peurs et en donnant la parole aux mécontents de toute espèce, adoptent un ton plus positif. Les journalistes ne cachent pas leur surprise de constater que dans notre pays tout n’est pas que négativité, peur et méfiance, que les Français savent être solidaires et les institutions efficaces. La haine de soi, pour une fois, semble remisée au placard. Gageons qu’elle ne tardera pas à en ressortir… et on voit déjà les premiers signes chez le « journal de référence » qui se lance dans la chasse aux « responsables ».

La surprise des journalistes devant cette constatation ne devrait pas nous surprendre. Il ne faut pas oublier que nos classes médiatiques ont été élevées et nourries dans l’idéologie néolibérale, qui s’impose dans les médias depuis quarante ans. Celle-ci nous présente soit un « homo economicus » qui n’agit qu’en fonction de son intérêt personnel, soit une « victime » qui ne fait que subir, se plaindre et chercher des coupables. Et dans cette logique, il est difficile sinon impossible d’expliquer ou même de concevoir le comportement des pompiers, des maires, des préfets, et plus largement de l’ensemble des citoyens bénévoles qui aident à combattre le feu. Quel avantage personnel en tirent-ils ? N’est-ce pas plus rentable de jouer le « passager clandestin » ?

Cornelius Castoriadis, dans un texte que j’ai beaucoup cité sur ce blog (1), posait bien le problème :

« Par exemple le juge intègre. Sans juge intègre, le capitalisme traditionnel tel qu’on le connaissait ou tel qu’on le connaît encore un peu ne peut pas fonctionner. Maintenant si le juge d’aujourd’hui a vraiment l’esprit d’aujourd’hui il téléphonera à 11 heures du soir aux deux parties dans le procès et il dira à chacun « combien ? ah, attendez une minute, je vous rappelle », et on rappelle le premier : « je regrette ce n’est pas assez, est-ce que vous pouvez dire mieux ? » c’est ça l’esprit du capitalisme.

De même pour les fonctionnaires. Les fonctionnaires doivent être intègres et ils doivent être compétents. Les ouvriers doivent être consciencieux, les éducateurs, des instituteurs jusqu’aux professeurs d’université doivent être dévoués. Pourquoi diable les instituteurs et les professeurs d’université devraient être dévoués ? où est la réponse dans le système ? pourquoi on va se faire chier avec les mômes d’autrui en essayant de les éduquer ou de leur nettoyer le nez alors qu’on peut simplement passer l’heure de la classe et toucher son salaire qui de toute façon est misérable ? »

En bonne logique libérale, les pompiers devraient profiter du fait que la demande dépasse l’offre pour demander une prime importante pour continuer à travailler. En bonne logique libérale, ceux qui apportent aux pompiers eau et nourriture devraient les facturer au prix fort – comme avait essayé de le faire un maire aux soldats qui traversaient sa commune après le débarquement de Provence en 1944 (2). En bonne logique libérale, les fonctionnaires de préfecture devraient en faire le minimum et attendre que cela se passe. Parce qu’en bonne logique libérale, il n’y a aucune raison de laisser passer une opportunité de faire une bonne affaire. Pourquoi faire un effort supplémentaire qui ne vous rapporte rien ? En bonne logique libérale, rien n’est gratuit, tout se vend et tout s’achète, à un prix qui dépend du rapport entre l’offre et la demande, et ce processus aboutit à une allocation optimale des biens et services disponibles. Et cette logique est tellement internalisée par nos étoiles médiatiques que le journaliste qui constate que les gens sont encore capables de solidarité et de dévouement gratuits a du mal à cacher sa surprise.

Notre président de la République est peut-être celui qui, par son comportement, traduit le mieux les contradictions de notre pays dans son rapport à l’idéologie néolibérale. On sait d’un côté que c’est un néolibéral passionné, un croyant dans la régulation par le marché. Les lois qu’il a fait lors de son passage au ministère de l’économie, puis comme président, le montrent d’une manière évidente, tout comme son dévouement affiché à l’Europe maastrichienne. Mais d’un autre côté, il n’aime rien autant que la posture du chef de guerre. Il nous a fait le coup plusieurs fois pendant son mandat, et on ne compte plus les guerres qu’il prétendait gagner : contre la dénatalité, contre le covid, contre les destructions à Notre Dame, et maintenant contre les incendies de forêt. Or, la guerre est précisément l’une des rares situations où même les libéraux impénitents admettent qu’il faut s’affranchir de la régulation du marché. La guerre, c’est le « quoi qu’il en coûte » : personne ne songerait, au milieu des opérations militaires, à acheter du matériel par appel d’offres compétitifs ou à s’interdire le rationnement sous prétexte de libre concurrence. A la guerre, l’Etat fait ce qu’il a à faire, même si pour cela il doit violer le droit sacré de propriété ou la liberté du commerce et de l’industrie, les deux fondements de l’idéologie libérale.

Macron est un libéral idéologique qui, dans sa pratique, se rêve en chef d’un système dirigiste échappant aux contraintes du marché. Et il n’est pas le seul : les néolibéraux heureux et fiers de l’être sont, dans notre pays, une espèce rare. Le seul exemple qui me vient en tête est celui d’Alain Madelin – et ça commence à dater. Nos néolibéraux sont souvent des néolibéraux honteux, des étatistes qui se sont reconvertis à regret parce qu’il faut bien suivre l’idéologie du moment. Ils voudraient être dirigistes, mais n’ont pas le courage d’aller contre le courant. Le Jospin qui détient le record des privatisations et qui signe l’ouverture à la concurrence des marchés de l’électricité et du gaz est le même qui regrette que « l’Etat ne puisse pas tout ».

Ce que la vague de solidarité autour de l’incendie du Bordelais montre, c’est que la vision néolibérale n’a finalement pas pénétré la société autant que pouvait le craindre Castoriadis, autant que certains, notamment à Bruxelles, le souhaiteraient. Et c’est particulièrement rassurant.

Mais si les incendies de ces jours-ci mettent en évidence des éléments dont nous pouvons être fiers, ceux-ci ne doivent occulter d’autres comportements dont nous aurions de bonnes raisons de nous préoccuper. Je laisse de côté des gestes individuels, comme ceux des criminels et autres marginaux qui profitent de l’évacuation pour voler dans les maisons abandonnées par leurs occupants. Je passe aussi sur les mesquineries collectives, souvent encouragées par des avocats sous-occupés, comme celle d’un village de Gironde estimant avoir été « abandonné » par l’Etat qui aurait détourné des moyens pour sauver les villas du cap Ferret et qui prétend lui faire un procès. Non, je veux parler de certains défauts inquiétants de préparation, que l’efficacité de notre organisation publique ne peut occulter.

Un de mes chefs avait une formule lapidaire qui vaut d’être citée : « avant l’incendie, les extincteurs paraissent toujours trop chers ». Je l’avais entendu le dire dans une situation particulière : on préparait l’ouverture du capital d’EDF, et pour que la mariée soit assez belle aux yeux des investisseurs prospectifs, il fallait réduire les dépenses. Mais sans que cela se voie trop, évidemment. On s’est donc attaqué au domaine où les effets immédiats des économies sont le moins visibles, celui de la maintenance des installations. Là où un équipement était révisé tous les six ans, on est passé à huit. Là où l’on faisait une maintenance préventive régulière, on a décidé de passer à une maintenance curative – autrement dit, d’attendre qu’il tombe en panne pour intervenir. Conséquence : en dix ans le coefficient de disponibilité moyen du parc nucléaire d’EDF est passé de 84% à un peu plus de 70%. Une perte de production qui a coûté à EDF, mais aussi à la société, bien plus cher que les économies réalisées.

Ce mécanisme pervers est à l’œuvre dans l’ensemble du service public. Souvenez-vous des débuts de la pandémie du COVID en 2020. Lorsqu’on est allés chercher les masques de la réserve stratégique, on a trouvé des entrepôts vides. Les stocks constitués en prévision d’une situation d’urgence avant 2012 avaient fondu et leur remplacement n’avait pas été décidé. Il fallait faire des économies, et on les a faites là où leurs effets sont moins visibles, c’est-à-dire, dans l’entretien des moyens de crise. Tant que l’incendie n’est pas là, on ne gagne pas des voix en achetant des extincteurs.

Aujourd’hui, la forêt française flambe, et 40% de la flotte française de Canadair reste clouée au sol du fait des difficultés de maintenance. On nous explique que ce sont des avions âgés, qui ne sont plus fabriqués, que les pièces de rechange sont difficiles à obtenir. Tout cela est parfaitement vrai, mais ne répond pas à la question. Vu que la production s’est arrêtée en 2015, on peut difficilement invoquer onze ans plus tard le prétexte de la force majeure. Pourquoi n’a-t-on rien fait ? Ou plutôt, pourquoi a-t-on fait des choses trop tard, attendu des années pour commander des remplacements qui seront livrés, avec un peu de chance, dans la prochaine décennie ? Réponse : parce qu’aller plus vite, cela aurait coûté de l’argent. Et qu’à l’heure de faire des économies, c’est ce genre de dépense « invisible » qu’on supprime en priorité.

Dans la société de communication dans laquelle nous vivons, la dépense publique n’est plus gouvernée par des critères rationnels d’utilité, mais par la visibilité. Il y a des crédits utilisés pour des actions inefficaces, inutiles, et quelquefois même nuisibles, qui sont intouchables parce que ces actions bénéficient d’un fort profil médiatique. Augmenter ces crédits vous permet de gagner les louanges dans les médias et le soutien des lobbies, et toute tentative de les réduire provoque un tir de barrage de gens qui détiennent un pouvoir de nuisance considérable. Alors, nos hommes politiques préfèrent, dans le secret des couloirs, assassiner les dépenses à faible visibilité – du moins en temps normal – qui sont souvent des dépenses d’entretien ou de préparation. Et on allume des cierges pour que la crise ne vienne pas. Avec à l’arrivée des effets qui peuvent être dramatiques.

Et à chaque fois, on crachera sur les hauts fonctionnaires qui auraient dû tout prévoir. Mais c’est injuste, parce que ces fonctionnaires sont mis devant un dilemme impossible. On exige d’eux qu’ils réduisent les dépenses et les personnels. Et en même temps, qu’ils financent les programmes à haute visibilité qui assurent la présence médiatique de leur ministre. Comment résoudre cette équation, si ce n’est en faisant pression sur les dépenses « invisibles », en priant très fort pour qu’elles le restent ? Le vol récent du musée du Louvre met à nu ce mécanisme : le directeur ne peut garder sa place qu’en présentant des projets médiatiquement vendables, mais pour les réaliser il lui faut sacrifier l’entretien des bâtiments et la sécurité des collections… dépenses médiatiquement invisibles jusqu’au jour où un touriste passe à travers un plafond ou des voleurs se font la belle avec les joyaux de la couronne. Et à ce moment-là, parce que les projecteurs sont sur l’affaire, on chassera le malheureux directeur et on en mettra un autre qui fera les réparations… sans moyens supplémentaires et sans que l’exigence d’opérations médiatiquement rentables disparaisse. Ce qui le conduit fatalement à déshabiller Pierre pour habiller Paul. Jusqu’à la prochaine crise, qui permettra de découvrir que c’est Pierre qui est maintenant nu. Avec cette pratique, chaque directeur hérite de son prédécesseur un certain nombre de grenades dégoupillées, qu’il passera – s’il y arrive – à son successeur. Grenades qui explosent périodiquement pour la plus grande joie des « y’a qu’a faut qu’on » qui pullulent dans les médias et dans les partis d’opposition à tout.

Le problème n’est pas tant la réduction de la dépense publique, mais la manière dont cette réduction est distribuée. Comme il ne faut mécontenter aucun lobby, et qu’il faut que le ministre ait quelque chose à annoncer une fois par semaine, tout est prioritaire. Et là où tout est prioritaire, rien ne l’est vraiment. Alors, lorsqu’il faut réduire la dépense de 5%, au lieu de faire des choix et d’annoncer ce qu’on fait et – et c’est là le plus difficile – ce qu’on ne fait pas, on passe le rabot sur tout le monde. Après plusieurs années de ce traitement, tous les services sont à l’os, sans que l’autorité politique ait arbitré – et donc pris ses responsabilités – jusqu’au jour où l’accident arrive. A force de vouloir faire autant avec moins de moyens, le service se dégrade, les délais s’allongent… et les Canadair restent au dépôt quand on en a le plus besoin.

Descartes

(1) « Le projet d’autonomie a-t-il un avenir ? », conférence prononcée à Porto Alegre en 1991
https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf_SocialismeSocieteAutonome_Castoriadis_.pdf

(2) Ce qui lui avait valu a posteriori ce commentaire désabusé de leur commandant : « je me suis battu pour la France, je ne me suis pas battu pour les Français ».

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9 réponses à Gouverner, c’est prévoir

  1. Cording1 dit :

    Il n’y a pas que pour la guerre que le “quoiqu’il en coûte est valable”. Ce fût vrai pour le sauvetage des banques privées de leurs errements et l’euro. Gageons qu’en cas de nouvelle crise financière il en sera de même. Une des raisons pour lesquelles je pense que l’argument “il n’y a pas d’argent” est spécieux. Tout est un choix politique et n’en déplaise aux libéraux, néo ou pas, quand le politique veut faire quelque chose il y a toujours de l’argent. 
    D’autre part l’argument de Jospin “l’état ne peut pas tout” a plutôt été prononcé face aux ouvriers de LU. 
    La situation actuelle du dévouement imprévu de nos concitoyens par la classe médiatique me fait penser à celle que décrit David Cayla dans un de ses premiers livres ” L’économie du réel face aux modèles trompeurs” où il décrit un comportement assez identique du citoyen soviétique face à l’économie du pays réelle à laquelle il est confronté quotidiennement.   
    Avec les feux de forêts, les grandes chaleurs où rien n’est prêt pour résoudre ces problèmes comme lors de la crise du Covid on peut se demander si la France n’est pas en voie de tiers-mondisation. Ce qui est le plus inquiétant c’est que les crises se multiplient et montrent, à chaque fois, l’impuissance des pouvoirs publics. 
    Il faut ajouter la montée de l’autoritarisme du pouvoir et de ses mesures liberticides dont l’arrêté d’expulsion de la journaliste Xenia Fedorova n’est que le signe le plus visible. Cf le cas de Xavier Moreau, du colonel suisse Jacques Baud, de TV Libertés privés de leurs moyens d’existence, notamment.  Cf la loi Houlié du 25 juillet 2024. Le verrouillage de toutes les institutions en cas d’alternance politique. 

    • Descartes dit :

      @ Cording1

      [Il n’y a pas que pour la guerre que le “quoiqu’il en coûte est valable”. Ce fût vrai pour le sauvetage des banques privées de leurs errements et l’euro.]

      C’est inexact, du moins en France : les avances en liquidités offertes aux banques pendant la crise financière de 2008 par Sarkozy ont finalement rapporté de l’argent à l’Etat. Par ailleurs, vous ne pouvez pas légalement arguer d’une crise financière pour porter atteinte aux règles de concurrence, ce que la guerre vous permet.

      [Gageons qu’en cas de nouvelle crise financière il en sera de même.]

      Je n’ai pas la boule de cristal, mais l’histoire vous donnerait probablement tort. Ainsi, par exemple, lors de la crise de 1929 la doctrine du gouvernement américain avait été « laisser faire, laisser passer ». On n’a secouru personne, et c’est l’une des explications du pourquoi la crise a été si profonde et durable – voir Keynes.

      [Une des raisons pour lesquelles je pense que l’argument “il n’y a pas d’argent” est spécieux.]

      Il ne faut pas confondre l’argent « réel » et l’argent « papier ». S’il s’agit d’équilibrer les comptes des banques ou de leur fournir de la liquidité, on peut toujours en fabriquer, parce que c’est une question de petits papiers avec des numéros dessus. Mais lorsqu’il s’agit d’argent « réel », c’est-à-dire d’argent qui sert à acheter des machines, des frigos, des voitures ou des hauts-fourneaux, la chose est différente. Parce ce ce n’est pas parce que vous doublez la somme d’argent disponible que le nombre de machines, de frigos, de voitures ou de hauts-fourneaux offert à la vente va doubler.

      Quand on vous dit « il n’y a pas d’argent », c’est de l’argent pour acheter des médicaments, des machines IRM, pour payer des médecins ou des professeurs qu’il s’agit. Et là, c’est de l’argent « réel ». Et ce qu’on peut reprocher à la formule « il n’y a pas d’argent », c’est moins d’être fausse que d’être incomplète. Il faudrait dire « il n’y a pas d’argent pour tout ». Autrement dit, il faut faire des choix.

      [Tout est un choix politique et n’en déplaise aux libéraux, néo ou pas, quand le politique veut faire quelque chose il y a toujours de l’argent.]

      Oui, mais cet argent, s’il s’agit d’argent « réel », doit être pris sur quelque chose d’autre… alors que de l’argent « papier », vous pouvez en produire autant que vous en voulez.

      [D’autre part l’argument de Jospin “l’état ne peut pas tout” a plutôt été prononcé face aux ouvriers de LU.]

      En fait, non. La phrase exacte est « il ne faut pas tout attendre de l’Etat et du gouvernement », et elle fut prononcée lors de l’annonce du plan social chez Michelin. Je vais corriger l’article en conséquence.

      [La situation actuelle du dévouement imprévu de nos concitoyens par la classe médiatique me fait penser à celle que décrit David Cayla dans un de ses premiers livres ” L’économie du réel face aux modèles trompeurs” où il décrit un comportement assez identique du citoyen soviétique face à l’économie du pays réelle à laquelle il est confronté quotidiennement.]

      Je n’ai pas compris la comparaison.

      [Avec les feux de forêts, les grandes chaleurs où rien n’est prêt pour résoudre ces problèmes comme lors de la crise du Covid on peut se demander si la France n’est pas en voie de tiers-mondisation.]

      Il ne faut pas exagérer. Beaucoup de choses sont « prêtes ». Les citoyens ont beau aider les pompiers, mais ces pompiers n’apparaissent pas par l’opération du saint esprit. Certains Canadair sont par terre, mais d’autres volent, et eux non plus ne viennent pas par magie. Si les ordres d’évacuation s’exécutent sans drame, c’est parce que les plans d’évacuation ont été préparés par les préfectures et testés lors d’exercices. Et je peux vous assurer qu’on est très, très loin de ce qui arrive dans un pays du tiers-monde dans une situation équivalente. Oui, on tend à négliger la préparation aux crises, à raboter les dispositifs parce que, en temps normal, non ne voit pas les effets. Mais on a encore de beaux restes.

      [Ce qui est le plus inquiétant c’est que les crises se multiplient et montrent, à chaque fois, l’impuissance des pouvoirs publics.]

      Là encore, vous exagérez. Les pouvoirs publics arrivent à faire beaucoup de choses. Si les évacués trouvent un couchage, de la nourriture, s’ils partent de chez eux sur des routes sûres, c’est pas par magie, mais parce que « les pouvoirs publics » organisent tout ça. Idem pour le travail des pompiers, dont l’action n’a rien de négligeable.

      [Il faut ajouter la montée de l’autoritarisme du pouvoir et de ses mesures liberticides dont l’arrêté d’expulsion de la journaliste Xenia Fedorova n’est que le signe le plus visible. Cf le cas de Xavier Moreau, du colonel suisse Jacques Baud, de TV Libertés privés de leurs moyens d’existence, notamment. Cf la loi Houlié du 25 juillet 2024. Le verrouillage de toutes les institutions en cas d’alternance politique.]

      On peut écrire beaucoup de choses sur l’expulsion de Xenia Fedorova, mais en faire une mesure « liberticide »… il ne faut pas exagérer. Je vous rappelle qu’il est interdit aux étrangers résidents en France de se mêler de politique. Le problème est moins qu’on ait expulsé Fedorova, qu’on n’ait pas expulsé d’autres personnages tout aussi étrangers qui n’hésitent pas à faire campagne chez nous.

      Quant à Jacques Baud et Xavier Moreau, ils n’ont jamais été « privés de leurs moyens d’existence ». Ils font l’objet de sanctions européennes qui consistent essentiellement dans des restrictions dans leurs déplacements et d’accès au système bancaire européen. Moreau a la citoyenneté russe, Baud la citoyenneté suisse, et les sanctions de cette nature sont sans effet dans ces pays.

      • Cording1 dit :

        Ces deux deniers n’ont plus les moyens de vivre en France, le premier s’il veut vivre en France, le second à Bruxelles et dans son pays. 
        Quant à Xenia Federova c’est une journaliste qui travaille depuis une décennie en France. Expulser un journaliste en dépit de l’article 11 des droits de l’homme est l’expression du centrisme autoritaire à la Poutine. Cf la loi Houlié du 25 juillet 2024. 
        L’action des pouvoirs publics ne fait que soigner les conséquences de leurs négligences coupables pour des raisons comptables plus onéreuses que si les problèmes avaient été anticipés. Gouverner c’est prévoir, comme vous le titres fort justement. 
        Les citoyens pallient tant bien que mal la défaillance des pouvoirs publics en soignant les effets non les causes. 
        La leçon de la crise de 1929 a été retenue cependant lors de la crise des subprimes en 2008 le pouvoir politique a laissé la banque Lehman Brothers faire faillite pour éviter, à tort ce que l’histoire a montré, et maintenant les banques sont “too big to fail” raison pour laquelle je pense que les pouvoirs publics iront forcément à leur secours “whatever it takes”. 
        Entre l’argent réel celui fiduciaire en papier le plus souvent destiné aux citoyens ordinaires et l’argent il est fabriqué mais pas celui réservé aux banques et investisseurs financiers en tous genre ce sont souvent des lignes de crédit qui leur sont accordés pour équilibrer leurs comptes. 
        Quant à Sarkozy il serait intéressant de savoir dans quelle mesure l’argent prêté aux  banques a été remboursé. Dans quelle proportion. 

        • Descartes dit :

          @ Cording1

          [Ces deux derniers n’ont plus les moyens de vivre en France, le premier s’il veut vivre en France, le second à Bruxelles et dans son pays.]

          D’où tirez-vous ça ? personne ne peut être empêché de vivre « dans son pays ». La question est de savoir quel est « leur » pays. Moreau est franco-russe et peut parfaitement vivre en Russie, qui est sa première nationalité. Beau est Suisse, et je ne sais pas qu’on lui ait refusé les moyens de vivre dans son pays.

          Personnellement, je suis contre la binationalité. Je le suis moi-même, du fait que le pays où je suis né ne reçoit pas la renonciation de nationalité. Mais dès lors que j’ai choisi volontairement la nationalité française, je m’engage à soutenir la position de la France dans les conflits entre les deux pays, quelque soit mon opinion personnelle. C’est une question de loyauté.

          [Quant à Xenia Federova c’est une journaliste qui travaille depuis une décennie en France. Expulser un journaliste en dépit de l’article 11 des droits de l’homme est l’expression du centrisme autoritaire à la Poutine.]

          Je ne vois pas le rapport avec l’article 11 de la déclaration, qui ne garantit nullement à un journaliste étranger le droit de résider sur le territoire français. Vous pouvez le vérifier en lisant l’article en question : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».

          La décision d’autoriser ou non la résidence d’un étranger en France est un acte discrétionnaire. On peut critiquer politiquement la décision d’expulser Xenia Fedorova, mais on peut difficilement le contester du point de vue juridique. Personnellement, je pense qu’il faut appliquer strictement la règle qui interdit à un étranger de se mêler de politique en France, sans quoi nous risquons de voir importer en permanence tous les conflits du monde chez nous.

          [Cf la loi Houlié du 25 juillet 2024.]

          Là encore, je ne vois pas le rapport. La loi dite « Houlié » rend obligatoire, pour les personnes agissant sous le mandat ou contrôle d’intérêts étrangers et exerçant certaines activités, la déclaration à la haute autorité de la transparence de la vie publique et la communication à celle-ci d’un certain nombre d’informations. Mais elle ne restreint en rien la liberté d’expression garantie par l’article 11 de la Déclaration. Il faut arrêter les fantasmes : la loi Houlié est une loi de transparence, elle ne restreint aucune liberté publique. J’ajoute que cette loi, si elle était véritablement appliquée, permettrait de contrôler les agents d’influence américains, qui sont bien plus nombreux et bien plus dangereux que les russes…

          [L’action des pouvoirs publics ne fait que soigner les conséquences de leurs négligences coupables pour des raisons comptables plus onéreuses que si les problèmes avaient été anticipés.]

          Tout à fait. Mais faire reposer la faute sur les seuls pouvoirs publics, c’est manquer la moitié du problème. Dans une démocratie, l’action des pouvoirs publics reflète la volonté des citoyens. Si les politiciens préfèrent les annonces immédiates aux politiques de long terme, c’est parce que les électeurs récompensent les premières et pénalisent les secondes. Souvenez-vous de l’affaire Bachelot, qui en tant que ministre de la Santé avait pris la bonne décision en stockant des vaccins dont finalement on n’a pas eu besoin. Est-ce que le peuple a récompensé sa prévision ? Non. Elle fut traînée dans la boue par les oppositions, mollement défendue par la majorité, ridiculisé par la presse, qu’elle fut bienpensante ou contestataire. Elle avait commis la faute d’acheter des extincteurs alors qu’il n’y avait pas d’incendie.

          Je suis désolé d’insister, mais j’en ai un peu marre de la défausse permanente sur « les pouvoirs publics ». Si les citoyens étaient plus exigeants, plus attentifs, plus cohérents, alors les « pouvoirs publics » agiraient différemment. Pour le dire autrement, les citoyens ont pour une large part les pouvoirs publics qu’ils méritent. On ne peut pas à la fois voter pour la baisse des impôts et pleurnicher ensuite que les Canadair restent à terre.

          [Gouverner c’est prévoir, comme vous le titres fort justement.]

          Oui. Mais comment prévoir quand vous êtes mandaté par des gens qui ne valorisent pas la prévision, qui vous renvoient à vos chères études si vous achetez des extincteurs et que l’incendie n’arrive pas, comme ce fut le cas de Bachelot ?

          [Les citoyens pallient tant bien que mal la défaillance des pouvoirs publics en soignant les effets non les causes.]

          Non. Les citoyens pallient à leur propre défaillance. En temps de paix, ils refusent leurs voix et leur soutien à ceux qui cherchent à préparer le pays à la guerre. Et quand l’ennemi est là, on fait ce qu’on sait faire de mieux dans notre pays, qui est le système D. Et on râle sur l’imprévision des « autres ».

          [La leçon de la crise de 1929 a été retenue cependant lors de la crise des subprimes en 2008 le pouvoir politique a laissé la banque Lehman Brothers faire faillite pour éviter, à tort ce que l’histoire a montré, et maintenant les banques sont “too big to fail” raison pour laquelle je pense que les pouvoirs publics iront forcément à leur secours “whatever it takes”.]

          La leçon de la crise de 1929 s’est beaucoup dilué lorsque par la voie du néolibéralisme les analyses keynésiennes ont été contestées. Et c’est pourquoi les néolibéraux ont laisse Lehman Brothers faire faillite. Mais lorsqu’ils ont perçu les effets en chaîne que cela risquait de provoquer, ils ont assez rapidement revu leur copie et suivi les conseils du vieux Keynes et ont fait ce qu’il fallait pour empêcher une crise de liquidité. Et c’est un choix rationnel du point de vue de l’intérêt général : en 1929, il n’y a pas que les actionnaires et les banquiers qui ont souffert. Les classes laborieuses ont pris un véritable coût de massue. Le coût social d’une dépression est bien plus important que l’argent injecté pour maintenir le système financier à flot.

          C’est pourquoi il est si important de réguler les marchés financiers de manière à empêcher la formation de « bulles » (comme celle des « subprimes ») POUR EMPECHER que la crise survienne. Une fois qu’elle est là, le sauvetage des banques est la solution socialement la moins onéreuse pour tout le monde. Sarkozy a fait beaucoup de bêtises, mais dans cette affaire il a eu la bonne intuition. Honneur à qui honneur est dû.

          [Entre l’argent réel celui fiduciaire en papier le plus souvent destiné aux citoyens ordinaires et l’argent il est fabriqué mais pas celui réservé aux banques et investisseurs financiers en tous genre ce sont souvent des lignes de crédit qui leur sont accordés pour équilibrer leurs comptes.]

          Surtout pour éviter la crise de confiance. L’argent « financier », celui qui n’a pas vocation à être transformé en biens ou services tangibles, n’existe que parce que les gens croient que cette transformation est possible.

          [Quant à Sarkozy il serait intéressant de savoir dans quelle mesure l’argent prêté aux banques a été remboursé. Dans quelle proportion.]

          La Cour des comptes a fait un très intéressant rapport sur la question, qui montre que les banques ont bien rendu l’argent, et avec des intérêts… Il faut comprendre que cet argent n’a pas été donné pour couvrir des déficits, mais pour rétablir la confiance. Imaginez la situation suivante : votre banque détient 1Md€ de dépôts, sur ce milliard elle prête 800 M€ à trois ans et garde en réserve 200 M€. En temps normal, comme tous les déposants ne retirent pas leur argent en même temps, la banque a de quoi fournir de l’argent à n’importe quel client qui se présente au guichet pour retirer ses économies. Mais imaginez maintenant qu’il y a une situation de panique, que les clients doutent de la solidité de leur banque, et se précipitent aux guichets pour retirer leur argent. La banque ne pourra pas faire face, puisqu’elle ne peut récupérer les 800 M€ qu’elle a prêtés. Maintenant, si l’Etat proclame qu’il prête à la banque les 800 M€ qui lui manquent, les épargnants retireront peut-être leur argent, mais rassurés par le fait que la banque continue à les rembourser sur demande remettront rapidement l’argent à la banque, et celle-ci pourra rembourser le prêt. L’Etat n’aura rien perdu, et la banque non plus.

          Il y a donc une différence entre un prêt qui sert à combler un trou, et un prêt qui ne sert qu’à garantir la « liquidité », c’est-à-dire, la capacité en trésorerie. Dans le premier cas, l’argent est perdu. Dans le second, l’argent revient une fois la crise passée.

  2. Claustaire dit :

    Merci pour ce témoignage (qui tout en vous flattant “de nous” vous permet en outre de taper une fois de plus sur l’UE et le PS, qui tous deux mériteraient pourtant sans doute plus de pitié que de hargne, mais passons, on a bien le droit de pisser sur des tombes).
     
    Dans le prolongement de votre post précédent et en rapport aussi avec ce que vous rappelez ci-dessous :
    Je crois savoir que vous êtes abonné au Monde.fr et avez donc accès à cet article : 
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/04/deja-107-milliards-d-euros-de-deficit-pour-l-etat-en-six-mois_6738216_823448.html?search-type=classic&ise_click_rank=1
     
    Je serais intéressé par tout commentaire que vous inspirerait “l’impuissance” gouvernementale constatée, du moins évoquée.
     
    A se demander si Poutine (le pauvre homme encore obligé de lutter contre le nazisme en Europe, permettant à celle-ci, malgré les dettes de ses divers pays, de trouver soudain des milliards pour des budgets militaires) n’est pas un des pivots du vaste complot capitalo-militaro-industriel dont se gorgeront bien des capitalistes, néolibéraux et spéculateurs de chez nous… C’est bien vous qui rappeliez qu’à la guerre, on ne compte pas ses dettes (c’est l’ennemi qui le fait)…
     
     

    • Descartes dit :

      @ Claustaire

      [Merci pour ce témoignage (qui tout en vous flattant “de nous” vous permet en outre de taper une fois de plus sur l’UE et le PS, qui tous deux mériteraient pourtant sans doute plus de pitié que de hargne, mais passons, on a bien le droit de pisser sur des tombes).]

      Je n’ai pas compris ce que vous voulez dire avec ce « qui tout en vous flattant « de nous » ». Pouvez-vous être plus explicite ?

      Je ne vois pas très bien où, dans cet article, j’aurais tapé particulièrement sur l’UE ou le PS. Mais l’aurais-je fait que je ne m’excuserais pas. L’un et l’autre méritent cela, et bien plus. On doit à ce couple – car l’un porte l’autre comme la nuée porte l’orage – la destruction d’une bonne partie des choses qui m’avaient ébloui lors de mon arrivée en France et qui ne sont aujourd’hui, hélas, que des souvenirs – et encore, pour ceux dont la mémoire n’est pas perturbée par le discours bienpensant.

      Par contre, je suis ravi de vous voir écrire que l’UE est dans sa tombe, puisqu’on peut pisser dessus. Puissiez-vous dire vrai…

      [Dans le prolongement de votre post précédent et en rapport aussi avec ce que vous rappelez ci-dessous : Je crois savoir que vous êtes abonné au Monde.fr et avez donc accès à cet article : (…) Je serais intéressé par tout commentaire que vous inspirerait “l’impuissance” gouvernementale constatée, du moins évoquée.]

      Que voulez-vous que je vous dise ? La réduction du déficit ne peut être un objectif en soi. Personne n’acceptera de sacrifier son niveau de vie au nom des critères de Maastricht ou équivalent. Pour être politiquement réalisable, la réduction du déficit doit être un outil, un élément d’un plan pour construire l’avenir du pays. Au risque de me répéter, je vous conseille de lire l’exposé qui fit De Gaulle lorsqu’il présente au pays le plan Rueff. Il explique qu’il faut se serrer la ceinture, mais que cela est nécessaire pour construire un pays plus fort, plus moderne, pour préserver notre place dans le monde. Et il montre que les dépenses sont priorisées en fonction de cet objectif.

      L’impuissance gouvernementale ne vient pas de ce que le gouvernement n’aurait pas de moyens de réduire le déficit, mais qu’il n’a pas de projet attractif pour rendre ces moyens acceptables par la population. C’est en grande partie la faute à Macron, qui devant un vote de censure des Français a préféré rester au pouvoir quitte à trainer la patte pendant trois ans au lieu de rendre son mandat. Mais c’est aussi la faute à une classe politique incapable d’articuler une vision. C’est quoi leur vision de la « France désendettée », et en quoi est elle préférable à la « France endettée » ?

      [A se demander si Poutine (le pauvre homme encore obligé de lutter contre le nazisme en Europe, permettant à celle-ci, malgré les dettes de ses divers pays, de trouver soudain des milliards pour des budgets militaires) n’est pas un des pivots du vaste complot capitalo-militaro-industriel dont se gorgeront bien des capitalistes, néolibéraux et spéculateurs de chez nous… C’est bien vous qui rappeliez qu’à la guerre, on ne compte pas ses dettes (c’est l’ennemi qui le fait)…]

      Je doute que Poutine soit le pivot d’un quelconque complot. Mais il est clair que seules quelques voies minoritaires osent suggérer que l’on pourrait faire des économies substantielles en arrêtant le soutien à l’Ukraine. Et qu’il est ainsi parce que le discours bienpensant à convaincu une bonne partie de l’opinion que nous étions en guerre avec la Russie, ou du moins que cela risque d’être le cas dans pas longtemps…

  3. Lafleur dit :

    « Quand on peut prévenir, c’est faiblesse d’attendre » : la maxime de Jean de Rotrou résume parfaitement l’enjeu. Gouverner, ce n’est pas seulement gérer l’urgence, c’est préparer les crises avant qu’elles ne surviennent. Votre article montre très bien que le véritable danger n’est pas le marché en lui-même, mais son rôle à l’aune du capitalisme financier (néolibéral) aves ses critères de gestion uniquement dominés par la privatisation des actifs et monopoles publics, la rentabilité immédiate et la visibilité médiatique.
    Maintenance, prévention, stocks stratégiques, recherche : ces investissements paraissent toujours trop coûteux… jusqu’au jour où leur absence révèle leur valeur.
    Cela fait écho à votre papier relativement récent sur les inondations et l’entretien des ouvrages de l’AA. 
    L’État conserve un rôle irremplaçable de porter le temps long, de  protéger les capacités stratégiques de la Nation et nécessite d’arbitrer selon l’intérêt général plutôt que selon le rendement financier à court terme.

  4. Claustaire dit :

    Quand je vous voyais vous flatter de “nous“, vous réjouir de ce que nous (et nos services publics) étions encore capable de faire, c’était, bien sûr, pour des passages comme : 
    [Tout cela fait du bien. Je n’ai personnellement jamais douté des réserves morales et matérielles de notre pays, de ses institutions, de ses citoyens. Mais cela fait plaisir de constater que cet optimisme n’est pas purement méthodologique, qu’il est fondé sur une base factuelle. Lorsque les circonstances sont favorables, que les priorités sont claires, nos concitoyens sont capables de sortir du « et moi et moi et moi ».]
     
    On se sent tout près de se lever pour chanter la Marseillaise. Alors que notre hypothétique UE ne dispose toujours pas de paroles (officielles) pour son hymne, me semble-t-il. Et elle pourra donc mourir (ou ne pas naître) sans avoir pu se chanter quelque “arma virumque”…
     
    Question UE et “tombe” des sociaux-démocrates qui la rêvent, on pourrait donc parler de cénotaphe
    De profundis…

    • Descartes dit :

      @ Claustaire

      [Quand je vous voyais vous flatter de “nous“, vous réjouir de ce que nous (et nos services publics) étions encore capable de faire, c’était, bien sûr, pour des passages comme : (…) On se sent tout près de se lever pour chanter la Marseillaise.]

      Et pourquoi se priver ? Non, mon commentaire ne cherche pas la flatterie et encore moins de l’auto-flatterie. Je prends plaisir à constater que, contrairement au discours ambient, nous Français nous avons collectivement les bases de solidarité, d’engagement, d’intelligence, d’héritage institutionnel pour étonner le monde. Pourquoi bouder son plaisir ?

      [Alors que notre hypothétique UE (…)]

      Si seulement l’UE était « hypothétique »… malheureusement, elle est bien réelle !

      [(…) ne dispose toujours pas de paroles (officielles) pour son hymne, me semble-t-il. Et elle pourra donc mourir (ou ne pas naître) sans avoir pu se chanter quelque “arma virumque”…]

      Il est vrai que « la concurrence libre et non faussée » ou « la libre circulation des marchandises et des capitaux » sont difficiles à mettre en musique… mais surtout, qui pourrait avoir envie de chanter un tel hymne ? C’est comme le drapeau européen : il ne viendrait à personne l’idée de risquer sa vie pour défendre ce qu’il représente…

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