En revenant du meetingue

Hier soir, réunion publique du “Front de Gauche” dans mon quartier. Alors, je me suis dit, on va faire un peu son devoir de citoyen, et puis faut les encourager, les petits jeunes, et puis il y a rien à la télé… bref, malgré ma promesse cent fois renouvellée et cent fois brisée de ne plus mettre le pieds dans ce genre de réunion, je me suis dit, “allons-y”.

Le lieu: la salle des fêtes-gymnase d’une école. Une de ces bonnes vieilles écoles dont la troisième république a parsemé la capitale, avec des hautes fenêtres, des cours spacieuses plantées d’arbres. Dommage que les architectes scolaires persistent à faire des transformations qui ne respectent pas l’harmonie des lieux. Dans la salle, une table derrière laquelle prennent place les orateurs. Devant elle, une centaine de chaises d’enfant sont disposées pour accueillir l’auditoire.

Les orateurs: Raquel Garrido, la passionaria chaviste du PG, Jean-François Gau, vieu cheval de retour du PCF, un représentant de la bande a Piquet (désolé, pas retenu le nom). L’organisation a retenu des introductions d’une dizaine de minutes par chacun des orateurs, puis la parole est à la salle, pour finir par une conclusion des orateurs. Pas d’échange donc, pas de questions-réponses.

L’auditoire: D’un côté, une grosse majorité de militants PCF blanchis sous le harnois, de l’autre quelques jeunes du PG, du NPA (canal historique et canal dissident), des verts ou des alternatifs. Peu de non-encartés (pas un seul n’a pris la parole, d’ailleurs).

Question politique, ce fut très enrichissant: les participants sont tombés d’accord sur le fait que Sarkozy est très méchant, et que sa politique fait souffrir les pauvres et rigoler les capitalistes. Il n’a pas non plus fallu beaucoup de débats pour conclure que l’Union Européenne était libérale et antidémocratique. Et finalement, personne n’a contesté qu’il fallait donner plus d’argent aux universités, aux écoles, aux étudiants, aux travailleurs, aux mères de famille, à l’écologie et aux ratons-laveurs. Une petite différence s’est faite jour tout de même entre les “réalistes” qui proposent d’interdire les licenciements dans les entreprises qui ont des excédents d’exploitation, et les “révolutionnaires” qui souhaitaient l’interdiction de tous les licenciements. Personne n’a eu le mauvais goût de se demander d’ou allait sortir tout cet argent (“l’Allemagne paiera” a encore et toujours ses adeptes), ni comment faire dans les entreprises dont les cahiers de commande sont vides pour éviter les licenciements. Nous n’avons pas non plus échappé aux traditionnelles interventions de jeunes qui parlent des problèmes de la jeunesse, des femmes qui parlent du droit des femmes, des retraités qui parlent des droits des retraités, des étudiants qui parlent des droits des étudiants, et caétera. A ce jeu la, ce sont toujours les muets qui sont perdants.

Mais l’essentiel du débat a porté sur les alliances. Si tout le monde semble s’accomoder fort bien de l’échec des discussions avec le MRC (1) (ce qui à mon avis est une grave erreur, mais j’aborderai la question dans un autre papier), c’est “NPA or not NPA” qui semble la clé du débat. Politiquement correct oblige, le ton n’était ni à la critique ni à la condamnation, mais à la mélancolie. Jean -François Gau a fourni une imitation assez convaincante du style pleurnichard de Marie-George Buffet sur le style “nous nous aimons tellement, pourquoi ne pouvons nous pas vivre ensemble”, insinuant que la question des alliances avec le PS n’était pour le NPA qu’un “prétexte”, mais sans nous éclairer sur ce que ce prétexte pouvait éventuellement couvrir.

J’en suis sorti avec un profond sentiment de tristesse. Car rien n’est aussi triste que de constater que les leçons des désastres précédents n’ont pas été tirées. On resace le même antisarkozysme primaire, le même misérabilisme, les mêmes propositions irréalistes qui ont si bien servi à faire 1,9% aux présidentielles. Le peuple n’a pas besoin qu’on lui raconte que Sarkozy est méchant, ou que la misère est chaque jour plus présente. Il le sait par expérience directe et quotidienne. Ce que le peuple veut, c’est qu’on lui dise ce qu’on pourrait faire pour changer l’ordre des choses. Et ces propositions doivent être crédibles. Car on s’adresse à des gens qui sont bien plus intelligents que les militants de gauche ne le croient: des gens qui savent par exemple que “l’interdiction des licenciements” quand les carnets de commande sont vides est une absurdité.

Ce qui est triste dans ces réunions, c’est que personne jamais ne se pose des questions: Nos idées sont bonnes, et donc il est évident qu’elles seront suivies, semblent penser ces militants. La réalité prouve pourtant que seule une infime minorité nous suit. Ne faudrait-il pas alors se demander qu’est ce qui cloche là-dedans ? Pourquoi des idées aussi claires, aussi cohérentes, aussi réalistes sont ignorées ? Il doit bien y avoir une raison… et ce n’est pas les médias qui sont en cause. La guerre froide conduite par les médias pendant trente ans n’ont pas empêché le PCF de faire des scores à deux chiffres. Alors ?

Descartes

(1) Rupture qui d’ailleurs est entourée d’un certain flou. Dans son intervention, Raquel Garrido a affirmé que la cause de la rupture était la position du MRC de refuser la régularisation de tous les “sans-papiers”. Mais si l’on croit Jean-François Gau, la rupture aurait pour cause le fait que le MRC “considère la Nation comme la seule enceinte ou s’exerce l’action politique”.

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6 réponses à En revenant du meetingue

  1. Trubli dit :

    Bonjour,

    je découvre votre site.

    En effet il faut des propositions crédibles sanq que cela tourne à la résignation pure et simple à la socialiste.

    Que pensez-vous de celles de Nikonoff dans son dernier livre ou de celles de Lordon dans “La crise de trop ” ?

    • Descartes dit :

      Que pensez-vous de celles de Nikonoff dans son dernier livre ou de celles de Lordon dans “La crise de trop ” ?

      Nikonoff est maintenant sur une ligne intelligente… dommage que son dernier livre contredise son avant-dernier! Pour ce qui concerne Lordon, je n’ai pas vraiment vu beaucoup de propositions
      concrètes dans son livre. Tant qu’on ne discute pas chiffres…

  2. Trubli dit :

    N’ayant pas lu l’avant dernier de Nikonoff, puis-je savoir en quoi il est contredit par le dernier ? Et que reprochez-vous au dernier ?

     

    • Descartes dit :

      Nikonoff a une tendance très prononcée à se mettre en vedette et à choisir des idées en fonction de ses intérêts politiques. On oublie maintenant qu’il fut l’un des “bébés Hue” du temps de la
      mutation du PCF, qu’il fur un président d’ATTAC fort dictatorial, qu’il fut réélu dans un scrutin entaché de fraude – même si, bien entendu, il n’était pas au courant. Je serais curieux de savoir
      comment il a été élu à la présidence du MPEP…

  3. Trubli dit :

    Ce que vous dites est intéressant. En effet je découvre le personnage.

    Mais au delà du cas de Nikonoff, j’ai l’impression que c’est le cas de tous les autres groupuscules républicains.

    Cheminade – Solidarité et Progrès – apparemment c’est une secte

    Chevènement – MRC – seule figure de proue

    Asselineau – UPR – c’est le parti d’un homme

    Dupont-Aignan – DLR – c’est le parti d’un homme un peu esseulé.

    Marine le Pen – FN – je ne pourrai jamais voter pour elle tant que le parti ne sépare pas de sa frange xénéphobe.

    Mélenchon – PG – le bonhomme a des airs dictatoriaux. Je n’aime pas ses grandes envolées.

    Cette division des républicains n’incite pas à l’optimisme. Il faudrait déjà qu’entre républicains de gauche et de droite un dialogue s’instaure.

    • Descartes dit :

      Je vous trouve bien peu consistant dans l’usage du mot “républicain”. Chèvenement, Asselineau et Dupont-Aignan sont certainement des “républicains”. Mais il faut vraiment torturer le mot au delà du
      raisonnable pour y accommoder la vision d’une Marine Le Pen ou d’un Mélenchon. Quant à Cheminade… Il est vrai par contre que les “républicains” sont aujourd’hui divisés et isolés. Ce n’est pas
      tout à fait surprenant, car contrairement aux gauchistes dont l’objectif est de se regrouper entre eux pour rester “purs”, le but des “républicains” est d’exercer effectivement le pouvoir
      politique, ce qui suppose d’entraîner les autres. Il est plus naturel donc pour un républicain de participer dans la vie interne d’un parti politique “généraliste” en cherchant à infléchir sa ligne
      que de constituer lui même un parti. La plupart des figures “républicaines” (P. Séguin, C. Pasqua, JP Chèvenement) ont d’ailleurs fait tout leur parcours politique dans un parti “généraliste”, et
      n’ont fondé leur propre mouvement en fin de parcours, lorsqu’il leur est devenu impossible de rester sans se renier. L’idée d’un grand parti “républicain” est pour moi condamnée à l’échec parce que
      être “républicain” c’est adhérer à un certain nombre de principes et à une certaine analyse de la société, mais ne constitue pas un programme de gouvernement. C’est d’ailleurs pourquoi on peut être
      “républicain” de droite ou de gauche.

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