Tous mes voeux !

Mes chers lecteurs, pour la huitième fois j’ai l’opportunité de vous souhaiter du haut de cette tribune une très bonne et heureuse année, à vous et à tous ceux qui vous sont chers.

2017 n’aura pas été une grande année pour ce blog. C’est d’abord de ma faute : je n’ai pas réussi à maintenir un rythme de publication suffisamment soutenu, et contrairement à d’autres années je me suis dispersé sur des sujets secondaires, sans chercher à adhérer à un thème qui serve de colonne vertébrale à la réflexion. Je peux invoquer pour ma défense des contraintes professionnelles et personnelles qui ont été particulièrement lourdes cette année. Mais aussi une certaine fatigue, un certain découragement. 2017 a vu l’effondrement des partis politiques et leur remplacement par les « mouvements » issus de ce que j’ai appelé « l’égo-politique ». Pour moi, cette transformation qui remplace des institutions fondées sur la confrontation d’idées et l’élaboration politique par des rassemblements bâtis sur une logique sectaire d’adhésion à un « gourou » est très lourde de dangers. Elle s’accompagne d’ailleurs d’une désacralisation de la politique et de ses institutions qui ne peut à terme que se traduire par une désacralisation de la res publica. Or, ce sera un triste jour celui où l’on ne verra plus de différence entre le Conseil des Ministres et un conseil d’administration, entre l’Assemblée nationale et une AG universitaire. L’homme est un animal de symboles : comment le citoyen pourrait penser que le gouvernement de l’Etat est une affaire sérieuse et tragique si ceux-là mêmes qui en ont la charge ne le croient pas ?

Pourtant, malgré ces défaillances, la fréquentation de ce blog se maintient à des niveaux tout à fait honorables : quelque 250 visiteurs par jour, qui regardent deux pages en moyenne, avec des pics lors de la publication d’un papier qui vont de 500 à 1000 visites par jour. Je tiens à remercier ces lecteurs de leur fidèle attention, et je voudrais les encourager à commenter les articles. J’ai l’impression que certains commentateurs ont réduit leur participation au débat, et cela est pour moi un motif d’inquiétude. Mais peut-être que mon découragement face à l’évolution du pays est partagée ?

L’année qui vient sera une année de recomposition. Après le Big Bang de 2017, 2018 sera pour beaucoup l’heure de faire le bilan et préparer la suite. Il faudra chercher à mieux comprendre les phénomènes qui ont abouti à porter Macron à la présidence et Mélenchon à la tête de l’opposition, alors que le FN, qui semblait y échapper, est rattrapé par la crise qui frappe tous les partis politiques. Un travail peu engageant, mais absolument nécessaire si l’on veut voir plus clair.

Avec encore une fois tous mes vœux pour cette année qui commence. Vive la République… et vive la France. Ce n'est pas réservé aux présidents!

 

Descartes

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189 réponses à Tous mes voeux !

  1. Viala dit :

    C’est avec un très grand plaisir que je prends connaissance de votre billet et je vous retourne tous mes vœux de bonheur de santé pour vous vous et tous ceux que vous aimez.
    Comme vous, j’ai été découragé, mais c’est sur un plan local pour moi, Paris est tellement loin.
    Ma préférée n’a pas été élue à la tête de notre mairie de Bandol.
    C’était ma préférée mais était-ce la meilleure pour gérer le devenir de notre petite commune?
    On peut se poser la même question sur le plan national. Pour moi c’était Jean Luc Mélanchon et ceux qui l’entouraient qui portaient mon espoir de voir les choses changer.
    Très bonne et heureuse année
    Christian Viala de Bandol

    • Descartes dit :

      @ Viala

      [Comme vous, j’ai été découragé, mais c’est sur un plan local pour moi, Paris est tellement loin. Ma préférée n’a pas été élue à la tête de notre mairie de Bandol.]

      Ce qui me décourage, ce n’est pas tant la défaite électorale. Vous savez, si j’avais du me flinguer chaque fois que mon candidat preféré n’a pas été élu, je ne serais plus de ce monde depuis bien longtemps. Ce qui me décourage, c’est l’absence d’un véritable débat politique, ou les faits seraient examinés et les différentes options pourraient se confronter. Dans les partis politiques – ou ce qui en reste – le débat porte essentiellement sur qui sera Calife à la place du Calife, et ce qu’on pourrait promettre pour que les gens s’intéressent enfin à soi. Chez les « égo-politiciens », le débat a été remplacé par un discours proche du discours évangélique, prononcé par un gourou se promenant sur une estrade devant une foule en délire.

      Que voulez-vous : je viens d’une tradition politique où pour préparer un congrès on pouvait s’asseoir pendant des heures pour discuter s’il fallait ou non abolir le « centralisme démocratique » comme principe d’organisation et le remplacer par la « souveraineté de l’adhérent », s’il fallait toujours donner la primauté aux cellules d’entreprise ou au contraire s’organiser au niveau des communes, s’il fallait adopter la « force de frappe » ou conserver la « dictature du prolétariat ». Et on se foutait de savoir qui serait élu Calife.

      [On peut se poser la même question sur le plan national. Pour moi c’était Jean Luc Mélanchon et ceux qui l’entouraient qui portaient mon espoir de voir les choses changer.]

      Et bien, vous avez de la chance : vous n’aurez pas l’opportunité d’être horriblement déçu.

      [Très bonne et heureuse année. Christian Viala de Bandol]

      Tres bonne et heureuse année à vous aussi. Vous avez bien de la chance d’habiter Bandol !

  2. Jean-François dit :

    Bonne année cher René !

    Plus qu’un découragement, j’ai l’impression que ce qui pousse les commentateurs à réduire le participation au débat est un déroutement. Nous voyons les problèmes, mais nous ne voyons pas de solution réaliste.

    J’avais espéré, avant la présidentielle, qu’une alliance entre les divers courants un tant soit peu souverainistes puisse voir le jour au lendemain de l’élection. Mais entre Ruffin qui a rejoint Mélenchon, Dupont-Aignan qui s’est autopestiféré, le MRC qui semble chercher à s’allier à Hamon, Guaino qui semble s’être fait une raison au point de devenir chroniqueur, etc., cela semble vraiment mal parti.

    Je pense que le moment est venu pour vous de passer aux choses sérieuses, et de rédiger votre livre 😉

    • Descartes dit :

      @ Jean-François

      [Plus qu’un découragement, j’ai l’impression que ce qui pousse les commentateurs à réduire le participation au débat est un déroutement. Nous voyons les problèmes, mais nous ne voyons pas de solution réaliste.]

      Je ne suis pas aussi persuadé que vous. Je continue à penser « qu’un problème bien posé est à moitié résolu ». Je pense que la raison pour laquelle la solution ne nous paraît pas évidente, c’est parce que nous n’arrivons pas à bien poser les problèmes, et surtout à les hiérarchiser.

      [J’avais espéré, avant la présidentielle, qu’une alliance entre les divers courants un tant soit peu souverainistes puisse voir le jour au lendemain de l’élection. Mais entre Ruffin qui a rejoint Mélenchon, Dupont-Aignan qui s’est autopestiféré, le MRC qui semble chercher à s’allier à Hamon, Guaino qui semble s’être fait une raison au point de devenir chroniqueur, etc., cela semble vraiment mal parti.]

      Mais là encore, pour que l’unité soit possible il faut qu’on hiérarchise les questions. Si A refuse de faire front commun avec B pour défendre la souveraineté nationale au prétexte que A est contre le mariage homosexuel et que B est pour, on n’arrivera jamais à rien. Le malheur est aussi que – pour le moment – le souverainisme ne permet pas de gagner des élections et de distribuer des postes. Les jeunes attirés par la carrière politique vont donc voir ailleurs, chez les européistes qui ont l’argent et les postes. Qui pourrait les en blâmer ? Mais la conséquence est qu’on ne retrouve chez les souverainistes que les têtes dures au mauvais caractère…

      [Je pense que le moment est venu pour vous de passer aux choses sérieuses, et de rédiger votre livre ;-)]

      Si j’étais moins paresseux… et que j’avais moins de boulot, peut-être !

    • Jean-François dit :

      @ Descartes

      [Je ne suis pas aussi persuadé que vous. Je continue à penser « qu’un problème bien posé est à moitié résolu ». Je pense que la raison pour laquelle la solution ne nous paraît pas évidente, c’est parce que nous n’arrivons pas à bien poser les problèmes, et surtout à les hiérarchiser. ]

      Je ne sais pas, j’ai l’impression que le problème n’est pas très compliqué à poser.

      Le problème (principal, à mon avis) est la sur-représentation des intérêts d’une minorité de la population, au détriment de l’intérêt général. Pour le résoudre, dans un cadre démocratique, il faut que les mouvements politiques qui proposent des politiques qui correspondent davantage à l’intérêt général arrivent au pouvoir. Or, un des éléments qui à mon avis sont déterminants est la Souveraineté. Comme les seuls mouvements souverainistes actuels sont des groupuscules, il faudrait qu’ils s’allient. Le problème revient alors, comme vous le dites, à l’incapacité de ces mouvements de faire front commun. Ils en sont incapables, comme vous le dites aussi, parce que les seuls hommes politiques qui ne cèdent pas à privilégier leur carrière sur l’intérêt général sont des cas bien particuliers. Le problème me paraît ainsi bien posé, pourtant, je ne vois pas de moitié de solution 😉

      [Si j’étais moins paresseux… et que j’avais moins de boulot, peut-être !]

      On peut peut-être vous forcer à l’écrire en exploitant votre charte, qui vous contraint de répondre à toutes les questions que l’on vous pose 😉

      Commençons par l’introduction. Votre définition est une définition marxiste, où seul l’intérêt définit les relations entre les groupes sociaux. Pourquoi ce type de définition vous paraît plus intéressant que les autres ?

      Pour Marx, il y avait deux classes sociales : les capitalistes et les prolétaires. Les premiers ont suffisamment de capital pour acheter de la force de travail aux seconds et en tirer une plus-value, d’où le terme d’exploitation. Vous étendez cette définition en ajoutant les classes moyennes, que vous définissez comme l’ensemble des individus qui ont suffisamment de capital pour ne pas être exploités par les capitalistes, mais pas suffisamment pour exploiter les prolétaires. Ces classes sociales existaient-elles du temps de Marx ? Selon vous, comment ces classes sociales se sont-elles propagées ?

    • Descartes dit :

      @ Jean-François

      [Or, un des éléments qui à mon avis sont déterminants est la Souveraineté. Comme les seuls mouvements souverainistes actuels sont des groupuscules, il faudrait qu’ils s’allient. Le problème revient alors, comme vous le dites, à l’incapacité de ces mouvements de faire front commun. Ils en sont incapables, comme vous le dites aussi, parce que les seuls hommes politiques qui ne cèdent pas à privilégier leur carrière sur l’intérêt général sont des cas bien particuliers. Le problème me paraît ainsi bien posé, pourtant, je ne vois pas de moitié de solution ;-)]

      Moi si. Si on suit votre raisonnement, le système est stable et continuera à se reproduire aussi longtemps qu’une crise grave provoquée par des circonstances extérieures ne le perturbera. La « solution » est donc d’attendre cette crise.

      Eh oui : je vous ai dit qu’un problème bien posé était à moitié résolu. Pas que la solution était agréable…

      [Commençons par l’introduction. Votre définition est une définition marxiste, où seul l’intérêt définit les relations entre les groupes sociaux. Pourquoi ce type de définition vous paraît plus intéressant que les autres ?]

      Probablement parce que la description marxiste est celle qui pour le moment permet le mieux de rendre compte des transformations historiques… mais pour que cela devienne une vraie introduction, il faudrait retourner à la bibliographie pour montrer l’apport du matérialisme dialectique et du matérialisme historique. Et ça, c’est beaucoup de boulot !

      [Pour Marx, il y avait deux classes sociales : les capitalistes et les prolétaires.]

      C’est un peu réducteur. Pour Marx, dans la société capitaliste du milieu du XIXème siècle, la dynamique sociale est gouvernée par la lutte entre deux classes, la bourgeoisie et le prolétariat. Mais Marx ne restreint pas le nombre de classes qui peuvent exister par ailleurs, pas plus qu’il ne considère l’état qu’il décrit comme universel et intemporel.

      [Les premiers ont suffisamment de capital pour acheter de la force de travail aux seconds et en tirer une plus-value, d’où le terme d’exploitation. Vous étendez cette définition en ajoutant les classes moyennes, que vous définissez comme l’ensemble des individus qui ont suffisamment de capital pour ne pas être exploités par les capitalistes, mais pas suffisamment pour exploiter les prolétaires. Ces classes sociales existaient-elles du temps de Marx ? Selon vous, comment ces classes sociales se sont-elles propagées ?]

      En germe, elle existait certainement. Mais en nombre, elle représentait une toute petite fraction, sans véritable poids économique et donc politique. C’est une accumulation de capital matériel et immatériel à tous les niveaux de la société rendue possible par l’augmentation de la productivité et par les mécanismes de redistribution qui a produit une vaste « classe moyenne » capable de peser économique et politiquement. Et c’est la mondialisation des échanges qui a permis de créer une alliance de classe entre la bourgeoisie et les « classes moyennes »… mais là encore il faudrait faire le travail bibliographique, aller chercher dans les statistiques économiques pour réunir les éléments pour soutenir ce qui, jusqu’ici, n’est qu’une intuition appuyée sur ma propre culture politique…

  3. Bonne année,

    De mon expérience, l’arrivée des mouvements est non seulement la suite de la crise des partis, mais aussi une question d’efficacité pour affronter l’élection présidentielle. La nature personnalisée de cette élection centrale favorise les mouvements. Ils permettent à un présidentiable de se mettre sur orbite.

    Le FN quant à lui était un parti qui fonctionnait comme un mouvement du temps de Jean-Marie Le Pen. C’est sa normalisation en parti, avec sa fille, et la cristalisation d’un débat interne sur la ligne à tenir qui l’a fait explosé.

    Dernière remarque : le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon existe toujours… et ce dernier lui rend hommage de temps en temps… ce maintien devrait être analysé. Et LREM et LFI sont juridiquement des partis.

    • Descartes dit :

      @ Gautier Weinmann

      [De mon expérience, l’arrivée des mouvements est non seulement la suite de la crise des partis, mais aussi une question d’efficacité pour affronter l’élection présidentielle. La nature personnalisée de cette élection centrale favorise les mouvements. Ils permettent à un présidentiable de se mettre sur orbite.]

      Pourtant, entre 1965 et 2012, toutes les élections ont été gagnées par des rassemblements construits par des partis politiques, ayant à leur tête des hommes formés dans un parti politique et qui avaient consacré leur carrière à la chose publique. Si l’élection présidentielle au suffrage universel directe était déterminante dans l’apparition des « mouvements » égo-politiques, pourquoi a-t-il fallu un demi-siècle pour que le phénomène se manifeste ?

      L’élection présidentielle accentue les effets de l’effondrement des partis, mais je ne pense pas qu’elle en soit la cause. Je vous vais remarquer que la IVème République était un régime d’assemblée, et que cela n’a pas empêché là aussi l’effondrement des partis… et que si le PCF est en lambeaux, ce n’est pas à l’élection présidentielle qu’il le doit !

      [Le FN quant à lui était un parti qui fonctionnait comme un mouvement du temps de Jean-Marie Le Pen. C’est sa normalisation en parti, avec sa fille, et la cristalisation d’un débat interne sur la ligne à tenir qui l’a fait explosé.]

      Le FN n’a jamais fonctionné dans une logique égo-politique. Jean-Marie Le Pen était l’axe autour duquel tournait une galaxie de groupes, chacun défendant farouchement sa vision et refusant tout compromis. Si Jean-Marie Le Pen a réussi à durer dans le marigot qu’était l’extrême droite française, c’est parce qu’il n’a exercé d’autorité qu’en matière tactique et stratégique. Mais il s’est bien gardé de prendre des positions politiques sur des sujets délicats, comme la place de la religion catholique dans la République ou la Collaboration. L’aurait-il fait qu’il aurait fait éclater son mouvement. Parce que à l’extrême droite on n’hésitait pas à marquer une différence idéologique avec le chef, chose impossible chez Macron ou Melenchon.

      Marine Le Pen – avec le conseil de Filippot – a franchi cette ligne rouge : elle a essayé de donner non seulement une stratégie unique, mais une ligne politique unique à la galaxie FN. On a pu penser un instant que cela pouvait marcher…

      [Dernière remarque : le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon existe toujours… et ce dernier lui rend hommage de temps en temps… ce maintien devrait être analysé. Et LREM et LFI sont juridiquement des partis.]

      Ni LFI ni LREM ne sont « juridiquement des partis » tout simplement parce que la notion de « parti politique » n’existe pas dans notre droit. Les partis politiques sont des simples associations régies par la loi de 1901. Mais la question ici n’est pas de savoir si les partis existent toujours « juridiquement ». Il est clair que c’est le cas : le PS, LR, le FN, le PCF, le NPA, LO, le MRG, le MRC sont toujours avec nous. La question, c’est de savoir si ces entités juridiques sont encore capables d’avoir un rôle politique. Et de ce point de vue, le diagnostic est plus réservé, non seulement pour ces organisations, mais aussi pour LFI et LREM, qui ne sont que des clubs de supporters incapables d’élaborer la moindre idée politique, d’héberger le moindre débat.

  4. Richard dit :

    Descartes,
    Bonne année. Je suis pas nécessairement d’accord avec tout ce que vous pouvez écrire mais je suis toujours heureux de lire vos articles.

    • Descartes dit :

      @ Richard

      [Je suis pas nécessairement d’accord avec tout ce que vous pouvez écrire mais je suis toujours heureux de lire vos articles.]

      Le but n’est pas d’être d’accord, mais de confronter nos différences. N’hésitez pas à commenter, vous serez toujours le bienvenu.

  5. Dominique FILIPPI dit :

    Le moins qu’on puisse dire que question Gourou …..vous êtes un expert….les chevilles grosses comme les colonnes de Karnak….le successeur de Descartes et en plus en toute humilité….Je vous appelle à un dernier sursaut: celui qui vous fera gravir les marches de l’escaler du ridicule….Mettre dans le même sac Macron et Mélenchon est indigne d’un homme de gauche . Vous ne méritez que le mépris.

    • Descartes dit :

      @ Dominique FILIPPI

      [Le moins qu’on puisse dire que question Gourou …..vous êtes un expert….les chevilles grosses comme les colonnes de Karnak….le successeur de Descartes et en plus en toute humilité….Je vous appelle à un dernier sursaut: celui qui vous fera gravir les marches de l’escaler du ridicule….]

      En général, je mets ce genre d’attaques ad hominem directement à la poubelle, le but de ce blog étant d’échanger des arguments et non des noms d’oiseau. C’est la raison pour laquelle plusieurs de vos messages sont passés à la trappe sans autre forme de procès. Mais comme je suis empreint encore de l’esprit de pardon des offenses, je laisse passer pour cette fois, avec l’espoir que vous compreniez finalement pourquoi je suis amené à vous censurer.

      [Mettre dans le même sac Macron et Mélenchon est indigne d’un homme de gauche.]

      Et bien, dans ce cas, je ne suis pas un « homme de gauche ». Vous savez, cela fait très longtemps que ce genre de querelles d’étiquettes ont cessé de m’amuser. Quant à « mettre dans le même sac Macron et Mélenchon », je persiste et signe : il y a beaucoup de points communs dans la stratégie qu’ils ont choisie, dans la manière dont ils pilotent leurs « mouvements » respectifs, dans la vision messianique qu’ils ont de leur propre personnage.

      [Vous ne méritez que le mépris.]

      Et bien, méprisez-moi alors. Ce que j’ai du mal à comprendre, c’est que vous perdiez du temps à lire les œuvres d’un être aussi méprisable que moi et, pire encore, à les commenter. Si je ne mérite que le mépris, alors je ne mérite pas un commentaire, non ?

    • Dominique FILIPPI dit :

      Je n’étais pas revenu sur votre blog depuis des mois et je ne l’ai fait que parce qu’un mail robot m’y a invité croyez bien que voua ne m’y prendrez plus. Comme Onfray (tiens… il me compare à une célébrité ) vous apportez votre pierre à la guerre idéologique des puissants en faisant douter vos groupies de tout pour laisser au néolibéralisme le bénéfice du doute…Vous en rendez vous seulement compte…..

    • Descartes dit :

      @ Dominique FILIPPI

      [Je n’étais pas revenu sur votre blog depuis des mois et je ne l’ai fait que parce qu’un mail robot m’y a invité]

      Un « mail robot » ? Croyez bien que je ne paye aucun « robot » pour inviter les gens qui n’ont rien demandé sur mon blog. Il y a bien une liste de diffusion du blog, et un message est envoyé aux membres de cette liste lorsqu’un nouvel article apparaît. Votre nom apparaît effectivement dans cette liste, avec une date d’inscription au 29 janvier 2017. Alors de deux choses l’une : soit quelqu’un – qui connaît votre adresse mel – vous a inscrit, soit vous vous êtes inscrit vous-même. Dans les deux cas, vous pouvez difficilement m’adresser le reproche de « vous avoir invité ».

      Il va de soi que si vous souhaitez être effacé de la liste, il suffit de me le demander.

      [Comme Onfray (tiens… il me compare à une célébrité ) vous apportez votre pierre à la guerre idéologique des puissants en faisant douter vos groupies de tout pour laisser au néolibéralisme le bénéfice du doute…]

      « J’apporte ma pierre à la guerre idéologique des puissants » ? Mon dieu… si « les puissants » ont besoin des simples gens comme moi pour gagner la guerre idéologique, c’est qu’ils ne doivent pas être si « puissants » que ça…

      Je trouve intéressant que vous me reprochiez de « faire douter de tout ». C’est historiquement le reproche que la Foi a toujours adressé à la Raison. Pour l’Eglise catholique, le pouvoir dissolvant du doute justifiait la persécution de tous ceux qui remettaient en cause les « vérités premières » dont l’Eglise était, bien entendu, porteuse. Je trouve très drôle qu’aujourd’hui ce soit dans la gauche dite « radicale », à laquelle si j’ai bien compris vous estimez appartenir, qu’on remette sur un piédestal les certitudes de la foi et qu’on crache sur les « semeurs de doute »…

      La différence essentielle entre nous, c’est que pour vous seules les certitudes sont révolutionnaires, alors que pour moi seul le doute cartésien permet de changer le monde. Et si je le pense, c’est parce que j’ai fait l’expérience de la certitude. Le problème des certitudes, c’est précisément que parce qu’elles sont « certaines », elles n’admettent pas la réfutation par le réel. L’avantage du doute, c’est qu’il permet justement d’adapter la théorie à l’expérience.

      Ce sont les « certitudes » qui aident les puissants à gagner leur guerre, et non pas le doute. Un adversaire qui a des « certitudes » est bien plus facile à combattre. D’abord, parce qu’il est prévisible. Ensuite, parce qu’il est incapable de changer pour tenir compte des changements de contexte. Et enfin, parce qu’il est incapable d’apprendre de ses erreurs. Ce n’est pas pour rien qu’on dit que quelqu’un est « prisonnier de ses certitudes ». On n’a jamais dit que quelqu’un était « prisonnier de ses doutes ». Au contraire, le doute nous rend libres…

  6. Marencau dit :

    Bonjour cher Descartes,

    Il est vrai que ce blog est un peu moins actif ces derniers temps. Mais comme tu l’as souligné plusieurs fois, l’actualité n’est pas particulièrement réjouissante et propice au débat… et une bonne part des lecteurs de ce blog souffrent encore d’un stress post-traumatique de 2017. Le vernis du Macronisme triomphant ne présente pas (encore) de fissures sérieuse, à la manière du « Hollandisme » qui s’était décrédibilisé aussi vite qu’il n’était apparu. Une part des opposants espère pour la France qu’il va réussir quand même, sans y croire, mais n’ose pas trop s’exprimer de peur de passer pour ces « cyniques ». D’autres, réellement plus cyniques en l’occurrence, attendent patiemment que Macron se prennent les pieds dans le tapis (et le souhaitent) pour pouvoir dire « je le savais ». Et pendant ce temps le souverainisme reflue à l’arrière-plan et souffre de profondes guerres de chapelle… comment ne pas désespérer dans ces conditions ?

    Pour ma part, je continue de lire tous les articles et tous les commentaires. Je participe peu car écrire un commentaire un minimum qualitatif prend du temps et de l’énergie que je n’ai pas forcément, je le regrette. Mais le niveau des débats ici demeure excellent et c’est toujours un plaisir. N’arrêtez pas, persévérez. Ne serait-ce que pour une raison : vous avez de plus en plus de jeunes lecteurs, qui se manifestent parfois dans les commentaires. Ce sont des étudiants ou jeunes actifs qui ont vécu dans l’ère européenne et qui s’ouvrent à des idées et un état d’esprit qu’ils n’ont jamais côtoyées et qui les poussent à aller plus loin et parfois, cerise sur le gâteau, finissent par épouser une partie de ces idées. Pas à accepter tes propos sans réfléchir, non, mais je parle bien d’aller lire des livres d’histoire, de philosophie, d’économie… Je le sais car je faisais partie de ces jeunes peu de temps après l’ouverture de ce blog. Quelques années plus tard, une trentaine passée, une vie changée tant sur le plan professionnel que privé, je me rend compte à quel point ce blog a été un compagnon à travers tout ce temps : conseillant parfois des idées lecture, parfois se faisant lieu de débats qui paraîtraient insoupçonnables aux yeux d’un membre des « classes moyennes » qui lit Le Monde occasionnellement sur son smartphone.

    Pour tout cela, je te souhaite une excellente année 2018 ainsi qu’à tous les lecteurs et participants : vous faites aussi vivre ce blog et vous continuez de m’impressionner par la qualité de vos publications.

    Marencau

    • Descartes dit :

      @ Marencau

      [et une bonne part des lecteurs de ce blog souffrent encore d’un stress post-traumatique de 2017.]

      J’aime bien la formule…

      [Le vernis du Macronisme triomphant ne présente pas (encore) de fissures sérieuse, à la manière du « Hollandisme » qui s’était décrédibilisé aussi vite qu’il n’était apparu.]

      Macron bénéficie surtout d’une conjoncture économique porteuse, alors que Hollande est arrivé au creux du cycle. De plus, il faut reconnaître à Macron une intelligence politique que Hollande n’avait pas : il a bien compris que les français veulent un président « jupitérien », alors que Hollande s’était laissé porter par les fantasmes « participatifs » de la gauche bobo.

      N’arrêtez pas, persévérez. Ne serait-ce que pour une raison : vous avez de plus en plus de jeunes lecteurs, (…) Je le sais car je faisais partie de ces jeunes peu de temps après l’ouverture de ce blog. Quelques années plus tard, une trentaine passée, une vie changée tant sur le plan professionnel que privé, je me rends compte à quel point ce blog a été un compagnon à travers tout ce temps : (…)]

      Je vous remercie de vos encouragements, et je vous rassure : je n’ai pas l’intention d’arrêter, même si j’ai l’impression que la tâche se fait dure. Et si ce blog peut servir à ouvrir l’esprit de quelques jeunes – même s’ils ne sont pas nombreux, même s’ils ne sont pas en tout d’accord avec moi – je m’estimerai avoir apporté quelque chose. C’est un peu la revanche de quelqu’un comme moi qui aurait aimé être enseignant… et que la vie a amené à autre chose.

  7. Pour tout citoyen en mal de progrès et pour tout individu inspiré par le débat des idées, 2017 représente un sorte de traumatisme civique largement accentué par l’élection du calamiteux Macron dont la personnalité narcissique et son désir de se montrer à sa seconde maman se résume par un mot : puceau. Le pitoyable et péteux pitre Mélenchon n’est guère en position d’apporter la moindre compensation à cet effondrement de la chose publique, Marine Le Pen n’a pas pu se hisser au niveau que l’Histoire exigeait ni même faire illusion. En attendant que se découvre un nouveau Clémenceau, un nouveau De Gaulle, il semble impératif de construire le corpus d’idées fondateur d’une dynamique souverainiste et nationale pour le XXI siècle. Ce sont les intellectuels qui doivent, par eux-mêmes et hors des tentatives politiques de reconstruction, proposer l’avènement du monde post-libéral.

    • Descartes dit :

      @ Gérard Couvert

      [(…) par l’élection du calamiteux Macron dont la personnalité narcissique et son désir de se montrer à sa seconde maman se résume par un mot : puceau.]

      Je vais vous surprendre, mais si je trouve la personnalité de Macron assez pitoyable, il faut reconnaître qu’il sait organiser le travail, et que sur beaucoup de points il a pris des décisions courageuses. L’exemple du nucléaire est pour moi le plus éclatant, et j’attends impatiemment le dénouement de l’affaire de Notre-Dame-des-Landes.

      [En attendant que se découvre un nouveau Clémenceau, un nouveau De Gaulle, il semble impératif de construire le corpus d’idées fondateur d’une dynamique souverainiste et nationale pour le XXI siècle. Ce sont les intellectuels qui doivent, par eux-mêmes et hors des tentatives politiques de reconstruction, proposer l’avènement du monde post-libéral.]

      On peut toujours espérer…

    • Antoine dit :

      @Descartes

      > L’exemple du nucléaire est pour moi le plus éclatant, et j’attends impatiemment le dénouement de l’affaire de Notre-Dame-des-Landes.

      Quel dénouement escomptez-vous ? Je ne serais pas étonné qu’il décide l’abandon du projet… Le seul enjeu important est démocratique (donne-t-on raison aux élus locaux légitimés à la fois par leur mandat représentatif et un référendum consultatif, ou aux agités minoritaires de la ZAD pour qui la démocratie c’est quand on cède à toutes leurs exigences ?), or je n’ai pas l’impression que Macron tienne la démocratie en très haute considération.

    • Descartes dit :

      @ Antoine

      [« L’exemple du nucléaire est pour moi le plus éclatant, et j’attends impatiemment le dénouement de l’affaire de Notre-Dame-des-Landes ». Quel dénouement escomptez-vous ?]

      A vrai dire, je n’en sais rien. Je peux compter les points et lister les avantages et inconvénients de chaque alternative. Si la décision est de construire, le coût politique sera très important : démission probable de Hulot (s’il avale cette couleuvre, il deviendra inaudible), tollé général chez les bobo-écolo, nécessité d’évacuer la Zad. Mais si la décision est d’abandonner la construction, le coût est là aussi très important : il faudra dédommager le concessionnaire (entre 300 et 500 M€, une paille), ce sera le tollé parmi les élus locaux, on s’assoit sur le résultat du référendum, l’autorité de l’Etat en prendrait un coup avec des zadistes qui crieraient victoire…

      Après, il y a des solutions mixtes : on peut abandonner la construction et évacuer quand même la Zad pour montrer que l’Etat ne cède pas. Cela suppose d’assumer les risques d’une grande opération des forces de l’ordre, avec toujours la possibilité de mort d’homme. Si je crois les rumeurs que j’entends, c’est la solution privilégiée pour le moment. Mais rien n’est arrêté, tout peut changer…

      Et puis, il restera toujours la solution « hollandaise » : conclure qu’on n’a pas encore tous les éléments pour décider, qu’il faut encore faire des études pour être sûr du choix… et on peut comme ça faire durer l’affaire encore quelques années !

      [Je ne serais pas étonné qu’il décide l’abandon du projet… Le seul enjeu important est démocratique (donne-t-on raison aux élus locaux légitimés à la fois par leur mandat représentatif et un référendum consultatif, ou aux agités minoritaires de la ZAD pour qui la démocratie c’est quand on cède à toutes leurs exigences ?), or je n’ai pas l’impression que Macron tienne la démocratie en très haute considération.]

      Peut-être, mais il tient à rétablir l’autorité de l’Etat, qui sortirait assez mal en point si les zadistes devaient l’emporter sur toute la ligne. D’où la solution « mixte » que j’ai décrite plus haut. Par ailleurs, au-delà de la question démocratique, il faut trouver quelques centaines de millions pour dédommager le concessionnaire. Sans compter que cela fera un précédent pour des zadistes qui iraient probablement s’installer à Bure…

    • Antoine dit :

      @Descartes

      > Si la décision est de construire, le coût politique sera très important : démission probable de Hulot (s’il avale cette couleuvre, il deviendra inaudible), tollé général chez les bobo-écolo, nécessité d’évacuer la Zad. Mais si la décision est d’abandonner la construction, le coût est là aussi très important : il faudra dédommager le concessionnaire (entre 300 et 500 M€, une paille), ce sera le tollé parmi les élus locaux, on s’assoit sur le résultat du référendum, l’autorité de l’Etat en prendrait un coup avec des zadistes qui crieraient victoire…

      Oui… Mais les coûts ne sont pas assumés par la même personne. Le coût politique d’une confrontation violente dans la ZAD (au cas où le projet est confirmé) et d’une démission de Hulot est payé par Macron. Le coût économique d’un dédommagement du concessionnaire est payé par la société. Je ne crois pas que Macron soit vraiment dérangé de saigner un peu les finances publiques pour accéder à telle ou telle revendication… qu’il s’agisse de faire quelques cadeaux fiscaux aux détenteurs de capital mobilier ou de construire une infrastructure en doublon (projet CDG Express pour une desserte de Roissy déjà assurée par le RER B et la future ligne 17 du Grand Paris Express).

      (il faudra aussi dégager la ZAD en cas de non-construction, mais je pense que ce sera beaucoup moins difficile puisqu’il ne restera plus qu’une poignée d’extrémistes en porte-à-faux avec la population locale)

      Quant aux élus locaux, ils ne sont guère visibles au plan national, d’autant qu’ils ne recourent pas à la confrontation violente. Et on leur filera peut-être une friandise (le déblocage de tel ou tel autre projet) pour apaiser leur courroux.

      Je ne sais pas si Macron compte vraiment restaurer l’autorité de l’Etat. Vous avez raison que ce sera peut-être le paramètre déterminant.

      > Sans compter que cela fera un précédent pour des zadistes qui iraient probablement s’installer à Bure…

      Macron peut toujours refiler la patate chaude à son successeur… comme tous ses prédécesseurs avant lui.

    • Descartes dit :

      @ Antoine

      [Oui… Mais les coûts ne sont pas assumés par la même personne. Le coût politique d’une confrontation violente dans la ZAD (au cas où le projet est confirmé) et d’une démission de Hulot est payé par Macron. Le coût économique d’un dédommagement du concessionnaire est payé par la société.]

      Ce n’est que partiellement vrai. Les 500 M€ qu’on utilise pour dédommager Vinci, c’est 500 M€ de moins pour faire quelque chose de populaire pour acheter des voix. Dans un système de contrainte européen ou l’on ne peut accroitre le déficit, c’est un élément à prendre en compte…

      [Quant aux élus locaux, ils ne sont guère visibles au plan national, d’autant qu’ils ne recourent pas à la confrontation violente. Et on leur filera peut-être une friandise (le déblocage de tel ou tel autre projet) pour apaiser leur courroux.]

      Ils ne sont peut-être pas visibles, mais ils ont un pouvoir de nuisance non négligeable. Surtout pour un parti comme LREM qui cherche à gagner une implantation locale. Et leur fournir une « friandise » en sus des 500 M€ de Vinci… ça commence à faire cher.

      [Macron peut toujours refiler la patate chaude à son successeur… comme tous ses prédécesseurs avant lui.]

      Cela reste une issue possible. Mais je pense que pour Macron marquer la rupture avec l’impuissance de ses prédécesseurs est un élément essentiel dans sa construction d’image.

  8. Gallus dit :

    Bonjour Descartes,
    Tous mes vœux pour cette nouvelle année.
    Si je ne commente pas vos papiers, c’est tout simplement parce que je partage 90% de vos analyses, et qu’il me semble parfois nécessaire de ne pas commenter et parler à tout va, bien que notre société nous y encourage.
    Continuez à nous partager vos analyses, c’est toujours un plaisir de vous lire et d’en sortir grandit.
    Merci pour votre travail qui me motive grandement, dans ma vie personnelle, professionnelle et politique.
    Cordialement,
    Gallus

    • Descartes dit :

      @ Gallus

      [Merci pour votre travail qui me motive grandement, dans ma vie personnelle, professionnelle et politique.]

      Merci de vos encouragements, ça aide à continuer ! 😉

  9. luc dit :

    Meilleurs voeux pour 2018,à vous cher Descartes,principalement!
    Aussi,à tous les lecteurs du log.
    Vos inquiétudes vous honorent.Elles sont le signe,de la qualité de votre blog,animé avec brio,en plus de votre activité professionnelle.Félicitations,pour votre activité!
    Votre intérêt toujours pertinent,repère les sujets des articles avec pertinence.
    Votre blog est un bienfait,qui embellit la vie.MERCI!
    Et Macron,ce big bang,politique,a fait des voeux républicains,tant mieux.
    Aprés tout,il a en partie des ancêtres bigourdans,patrie de Foch et du dirigeant du comité de salut public,en 1793,Bertrand Barrère.
    Alors,oui Vive la République,vive la France,
    même celle de 2018,black,blanc,beur,non?

  10. Antoine dit :

    Bonjour Descartes,

    Tous mes vœux de meilleure année à vous également.

    > Or, ce sera un triste jour celui où l’on ne verra plus de différence entre le Conseil des Ministres et un conseil d’administration, entre l’Assemblée nationale et une AG universitaire.

    Je me demande si vous n’êtes pas indulgent… Quand une ministre des Transports convoque publiquement un dirigeant de la SNCF pour le tancer (comme si elle était une simple observatrice courroucée ou une représentante des « usagers en colère », et non l’autorité de tutelle), je me dis qu’il y a des baffes qui se perdent.

    > Il faudra chercher à mieux comprendre les phénomènes qui ont abouti à porter Macron à la présidence et Mélenchon à la tête de l’opposition, alors que le FN, qui semblait y échapper, est rattrapé par la crise qui frappe tous les partis politiques.

    La crise au FN n’est-elle pas une bonne vieille crise d’orientation idéologique comme savaient en enfanter les partis traditionnels ?

    > Vive la République… et vive la France. Ce n’est pas réservé aux présidents!

    Encore heureux 🙂

    • Descartes dit :

      @ Antoine

      [« Or, ce sera un triste jour celui où l’on ne verra plus de différence entre le Conseil des Ministres et un conseil d’administration, entre l’Assemblée nationale et une AG universitaire. » Je me demande si vous n’êtes pas indulgent…]

      Probablement. La transformation a déjà commencé. Un copain qui travaille à l’Assemblée Nationale m’a raconté la présentation du projet de loi « pour une société de confiance » devant la commission parlementaire chargée de l’animer. Au lieu d’une présentation article par article par le ministre Darmanin, les députés ont eu droit… à un extrait du film « Les dix travaux d’Astérix » ou un personnage doit se débrouiller entre les guichets pour trouver un formulaire. Et ce n’est pas le seul cas : d’autres amis mon raconté des situations similaires, ou un film remplace une explication et un débat rationnels. Maintenant, à l’Assemblée les ministres ne font plus de la politique, mais de la communication.

      [Quand une ministre des Transports convoque publiquement un dirigeant de la SNCF pour le tancer (comme si elle était une simple observatrice courroucée ou une représentante des « usagers en colère », et non l’autorité de tutelle), je me dis qu’il y a des baffes qui se perdent.]

      Effectivement. Surtout que dans l’affaire la SNCF n’a pas commis de faute. Après tout, si les gens se précipitent sur les trains sans réservation un jour de grands départs, ce n’est pas la faute à Pépy. Et la ministre le sait parfaitement. La convocation n’avait d’autre objectif que de calmer le bon peuple en lui fournissant un coupable, au lieu de lui expliquer qu’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre.

      [La crise au FN n’est-elle pas une bonne vieille crise d’orientation idéologique comme savaient en enfanter les partis traditionnels ?]

      Oui. C’est une bonne vieille scission…

  11. Gérard Jeannesson dit :

    Merci pour ces bons voeux . Bon courage et à bientôt de vous lire.

  12. Vincent dit :

    Tous mes vœux de même…
    J’avais moi aussi remarqué un net fléchissement du nombre d’articles, même si vous avez réussi à vous astreindre à un minimum d’un par mois…
    Je n’aurai pas de mot pour vous consoler, car ce serait faire insulte à votre production passée que de dire que la qualité a supplanté la quantité…
    En revanche, je ne peux que vous encourager à vous reprendre 😉

    > Mais aussi une certaine fatigue, un certain découragement.
    > 2017 a vu l’effondrement des partis politiques […]

    A la lecture de cette phrase, j’avais envie de répondre ce que vous avez écrit un peu plus bas :

    > L’année qui vient sera une année de recomposition.

    Cette époque n’en est que plus intéressante. Et le type de contribution que vous apportez au débat public sera sans doute d’autant plus intéressant que l’avenir reste à écrire, et n’est pas tracé !

    Je profite de cette phrase pour me permettre, même si je sais que vous serez en désaccord avec mon conseil, de rebondir :

    > Je tiens à remercier ces lecteurs de leur fidèle attention,
    > et je voudrais les encourager à commenter les articles.

    S’il est naturel que vous souhaitiez avoir davantage de commentaire, est ce qu’il faut que vous vous sentiez obligé de répondre aussi souvent et aussi systématiquement aux commentaires ? Cela a certes un coté intéressant, et on se prend au jeu, moi le premier. Mais vos réponses aux commentaires sont elles toujours aussi intéressantes que vos articles ? Je n’en suis pas certain…
    Et quand je vois la quantité de réponses que vous apportez, jour après jour, je ne peux m’empêcher de penser que cela pénalise votre rythme de publication de nouveaux articles…

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [S’il est naturel que vous souhaitiez avoir davantage de commentaire, est ce qu’il faut que vous vous sentiez obligé de répondre aussi souvent et aussi systématiquement aux commentaires ? Cela a certes un coté intéressant, et on se prend au jeu, moi le premier. Mais vos réponses aux commentaires sont elles toujours aussi intéressantes que vos articles ?]

      Ça, ce n’est pas à moi de juger… Mais personnellement je trouve que souvent les échanges sont aussi intéressants voire plus que l’article lui-même. Si je tiens ce blog, c’est surtout pour le plaisir de l’échange et du débat avec mes lecteurs. Et c’est souvent au cours de ces échanges que j’apprends des choses nouvelles ou que je suis poussé dans mes retranchements et obligé à reconsidérer certains de mes raisonnements. Cela ne m’intéresse pas de balancer mes opinions et de laisser d’autres s’écharper dessus…

  13. Gugus69 dit :

    Bonne année cher ami et camarade !
    Vous savez, je lis le blog presque chaque jour. Si j’interviens si peu, c’est que j’ai rarement grand-chose à ajouter à ce que je lis.
    Pour le reste, comme disais le grand amiral espagnol Blas de Lezo, “Une nation ne se perd pas parce qu’elle est attaquée, mais parce que ceux qui l’aiment ne la défendent pas”.
    J’ai apprécié votre commentaire sur la déferlante dithyrambique après le décès de Johnny Halliday. Et je ne résiste pas au plaisir de vous faire réécouter cette chanson de 1966…
    https://www.youtube.com/watch?v=L0tVWmlRWQY
    Continuez, cher ami et camarade : votre blog lutte contre la pensée unique mieux que tout autre.

  14. tmn dit :

    Bonjour,

    je vous souhaite également une bonne année à vous ainsi qu’à vos proches. Et de même à tous les lecteurs et contributeurs de ce blog.

    Pour ma part j’ai lu votre blog avec toujours autant de plaisir en 2017. Il a pour moi une place très particulière, j’y apprends beaucoup de choses, tant sur le fond que la manière d’argumenter, je lis, relis, surligne les passages les plus marquants… Bref c’est vraiment une belle réussite de mon point de vue. Donc : longue vie à lui ! Et merci à vous.

  15. Paul dit :

    Bonne année, mon cher camarade,

    Je dois faire mon mea culpa: en effet, je ne serai pas souvent intervenu sur ce blog, et pourtant je le lis régulièrement. Je pourrais invoquer toutes sortes de raisons, qui ne sont qu’objectives. Je pense surtout être moi-même dans le découragement, un sentiment d’exil dans ma propre patrie. Je ne me reconnais pas dans les débats qui envahissent la sphère médiatique, et je trouve que prendre la parole aujourd’hui expose, pas sur ton blog bien sûr, à l’exclusion. Je parle des lieux où avant l’on pouvait exposer ses divergences, et de là, établir un dialogue. Je passe à présent ma vie à me taire.
    Nous n’avons pas eu le même parcours politique, toi et moi, et pourtant nous nous rejoignons sur bien des enjeux fondamentaux. Là où tu étais au PCF, j’ai été au PCMLF, puis plus tard au Mouvement des Citoyens. Ne mets donc pas tous les gauchistes post-soixante-huitards sur le même plan, je t’en prie. Cependant, je me dois de reconnaitre que je ne retrouve personne, parmi mes anciens camarades, qui ne me traite de facho ou qcch dans le genre, quand je réfère à la notion de nation et de logiciel républicain. Je ne suis d’ailleurs plus invité aux joyeuses libations des anciens.
    Comment trouver du neuf ? Du projet républicain ?
    Mes amitiés,
    Paul

    • Descartes dit :

      @ Paul

      [Je pense surtout être moi-même dans le découragement, un sentiment d’exil dans ma propre patrie. Je ne me reconnais pas dans les débats qui envahissent la sphère médiatique, et je trouve que prendre la parole aujourd’hui expose, pas sur ton blog bien sûr, à l’exclusion. Je parle des lieux où avant l’on pouvait exposer ses divergences, et de là, établir un dialogue. Je passe à présent ma vie à me taire.]

      C’est ça qui est le plus triste aujourd’hui. Il ne reste pratiquement plus de lieu ou un débat rationnel et respectueux peut s’établir entre des gens qui pensent différemment. Finalement, on ne peut aujourd’hui parler que lorsqu’on est entouré de gens qui pensent comme soi. Et dans ce cas, à quoi parler peut bien servir ?

      [Nous n’avons pas eu le même parcours politique, toi et moi, et pourtant nous nous rejoignons sur bien des enjeux fondamentaux. Là où tu étais au PCF, j’ai été au PCMLF, puis plus tard au Mouvement des Citoyens. Ne mets donc pas tous les gauchistes post-soixante-huitards sur le même plan, je t’en prie.]

      Et pourquoi donc ? Pour moi, tous sont néfastes. Mais je suis prêt à pardonner à ceux qui ont reconnu leurs erreurs passées… 😉

      [Cependant, je me dois de reconnaitre que je ne retrouve personne, parmi mes anciens camarades, qui ne me traite de facho ou qcch dans le genre, quand je réfère à la notion de nation et de logiciel républicain. Je ne suis d’ailleurs plus invité aux joyeuses libations des anciens.]

      Qu’est-ce que je vous disais ?

      [Comment trouver du neuf ? Du projet républicain ?]

      Si je le savais… mais il faut continuer à chercher. Et surtout, transmettre aux jeunes. C’est là le devoir sacré de notre génération.

  16. CVT dit :

    @Descartes,

    meilleurs voeux et bonne année 2018, cher Descartes!
    C’est vrai, 2017 aura été une année éprouvante, surtout depuis que mon pire cauchemar s’est réalisé le 7 mai dernier, à savoir choisir entre Macron et MLP. Dès lors que le choix de B.Hamon comme candidat socialiste a été rendu officiel fin janvier dernier, le second tour Macron-Le Pen me paraissait scellé, avec une victoire de la fille de Jean-Marie à la clé… Je me suis trompé, et honnêtement, je ne sais pas si ce n’est pas pire que d’avoir une présidente FN cornaquée par son éminence grise F.Philippot. Nous avons désormais la politique du parti unique, celle du new-bloc bourgeois (pour parler un sabir chez à nos “élites”), composé de la conjuration des bobos (alias “classes moyennes” chers à l’auteur de ce blog) et des ultra-capitalistes mondialisés (souvent caricaturés en “illuminatis” et autres Bilderberg).
    Avec Napoléon le Micron, pour le moment, comme je l’ai déjà dit plus d’une fois, la France semblent naviguer à contre-courant des autres pays occidentaux, qui ont entamé formellement, en 2016, leur sortie de la période reagano-thatcherienne. Bien sûr, j’ai déjà dit à maintes reprises que le trop fameux et triste “Tournant de la rigueur” de mars 1983, a vu la France se libéraliser elle aussi à tout va, et l’Europe fut l’instrument par excellence de ce tour de passe-passe. En gros, ce tournant vient tout juste d’être assumé…le 7 mai 2017!!!
    Mais j’ai au moins deux raisons d’être optimiste pour 2018, même si à court terme, cela pourrait provoquer des secousses: l’Italie pourrait sortir de l’Euro-Zone dès cette année, car la question de la monnaie unique est au centre du scrutin italien, sachant que le vieux cheval de retour Silvio Berlusconi, même fourbu, en a fait un question d’honneur et de vengeance, et que la bande à Grillo du M5S a toujours surfé sur la vague anti-euro; à eux deux, ils représentent plus de la moitié des électeurs italiens…
    Deuxième raison d’être optimiste, la Nouvelle-Calédonie, qui restera française, ce qui garantira pour notre avenir économique une place de choix dans les échanges dans l’océan Pacifique, qui sera la nouvelle plaque tournante du commerce mondiale. Surtout, le jacobin et le chauvin qui sommeille en moi souhaite donner une bonne leçon aux autonomistes et autres séparatistes de tout poil qui vivent en métropole…

    • Descartes dit :

      @ CVT

      [C’est vrai, 2017 aura été une année éprouvante, surtout depuis que mon pire cauchemar s’est réalisé le 7 mai dernier, à savoir choisir entre Macron et MLP. Dès lors que le choix de B.Hamon comme candidat socialiste a été rendu officiel fin janvier dernier, le second tour Macron-Le Pen me paraissait scellé, avec une victoire de la fille de Jean-Marie à la clé… Je me suis trompé, et honnêtement, je ne sais pas si ce n’est pas pire que d’avoir une présidente FN cornaquée par son éminence grise F.Philippot.]

      Vous pensiez vraiment qu’en cas de duel Macron/Le Pen, cette dernière avait une chance de l’emporter ? Vraiment ? J’ai beaucoup de mal à croire qu’un observateur de la politique comme vous ait pu croire pareille chose. Non seulement Macron a derrière lui la quasi-totalité du « bloc dominant », c’est-à-dire de la bourgeoisie et des « classes moyennes », mais Marine Le Pen avait contre elle le fait de représenter une inconnue. N’oubliez pas que, selon la formule bien connue, les français aiment les révolutions mais détestent le changement.

      Non, MLP n’avait aucune chance, et on le savait dès le départ. Au mieux, elle aurait pu faire un jeu plus égal avec Macron et remporter de quoi former un groupe à l’Assemblée Nationale, victoire qui aurait permis à Philippot de balayer l’opposition interne à ses projets pour le FN. C’est cette opposition interne qui, dans les derniers jours de la campagne, a saboté la candidature FN pour se débarrasser de l’importun.

      Personnellement, je croyais plutôt à un second tour MLP/Fillon, en me disant qu’après cinq ans de socialisme « hollandais », la droite allait regrouper ses forces. Mais là encore, les divisions internes ont miné la candidature et permis au candidat le moins armé pour l’emporter de sortir des primaires, avec le résultat qu’on connait.

      [Nous avons désormais la politique du parti unique, celle du new-bloc bourgeois (pour parler un sabir chez à nos “élites”), composé de la conjuration des bobos (alias “classes moyennes” chers à l’auteur de ce blog) et des ultra-capitalistes mondialisés (souvent caricaturés en “illuminatis” et autres Bilderberg).]

      Ce n’est pas tant une « politique du parti unique » qu’une politique du « parti inexistant » qui me gêne. Dans les systèmes de parti unique, l’unicité n’est en fait qu’une façade. Au lieu d’un affrontement entre partis, comme dans ce qu’on appelle les « démocraties libérales », on assiste à un affrontement de fractions à l’intérieur du parti unique. Le système Macron est le système de l’égo-politique. La confrontation ne se fait pas entre partis ou entre fractions, capables de mettre ensemble des ressources pour élaborer des alternatives. Elle se fait entre individus dans la « cour » du Chef, qui reste seul décisionnaire.

      [Avec Napoléon le Micron, pour le moment, comme je l’ai déjà dit plus d’une fois, la France semblent naviguer à contre-courant des autres pays occidentaux, qui ont entamé formellement, en 2016, leur sortie de la période reagano-thatcherienne.]

      Je ne suis pas aussi persuadé que vous. Je pense que Macron est un bouchon qui flotte, et les bouchons suivent toujours le courant. Pendant l’élection, il a suivi le courant libéral-européiste parce qu’il a perçu que c’est là ou se trouvaient les voix en déshérence, celles des social-liberaux du PS, celles des centristes mécontents d’être les parents pauvres de la campagne de Fillon. Maintenant qu’il est à l’Elysée, il semble au contraire suivre un courant plus « gaullien », plus pragmatique, qui l’éloigne des libéraux.

      [Deuxième raison d’être optimiste, la Nouvelle-Calédonie, qui restera française, ce qui garantira pour notre avenir économique une place de choix dans les échanges dans l’océan Pacifique, qui sera la nouvelle plaque tournante du commerce mondiale. Surtout, le jacobin et le chauvin qui sommeille en moi souhaite donner une bonne leçon aux autonomistes et autres séparatistes de tout poil qui vivent en métropole…]

      Pensez-vous que le référendum dira « non » à l’indépendance ?

    • CVT dit :

      @Descartes,
      [Vous pensiez vraiment qu’en cas de duel Macron/Le Pen, cette dernière avait une chance de l’emporter ? Vraiment ? J’ai beaucoup de mal à croire qu’un observateur de la politique comme vous ait pu croire pareille chose]
      A vrai dire, j’y croyais un peu, comme une victoire surprise à la façon de Trump lors de sa campagne victorieuse en 2016 dans la foulée du Brexit: peu de gens auraient misé sur ces deux événements il y a deux ans, le lendemain du Nouvel An. Pour ma part, j’étais assez fier d’avoir vu venir le Brexit et l’avènement de Trump, en restant toutefois assez réaliste: quiconque se présentait au second tour des Présidentielles face de Miss Le Pen de toute façon favori.

      [N’oubliez pas que, selon la formule bien connue, les français aiment les révolutions mais détestent le changement.]
      Vous faites un joli portrait de…Macron :-): révolution en apparence, mais continuité de l’européisme dans les faits. Et surtout, vous mettez le doigt sur l’aspect le plus déplaisant et exaspérant de la mentalité française, à savoir son immaturité, cette façon de vouloir systématiquement tout et son contraire qui avait jadis désespéré tant Mongénéral (“Les Français attendent tout de l’Etat, et pourtant ils le détestent. Ils ne sont pas adultes”). Cette immaturité, pour ne pas dire irresponsabilité, est le défaut que je tolère le plus mal chez un adulte…

      [Pensez-vous que le référendum dira « non » à l’indépendance ?]
      Je crois me rappeler qu’en 1988, les accords de Nouméa statuaient que la date du référendum d’autodétermination aurait lieu au plus tard en…2008!!! Il faut croire que les Calédoniens étaient vraiment pressés de prendre leur indépendance pour avoir repoussé la question dix ans plus tard…

    • Descartes dit :

      @ CVT

      [A vrai dire, j’y croyais un peu, comme une victoire surprise à la façon de Trump lors de sa campagne victorieuse en 2016 dans la foulée du Brexit: peu de gens auraient misé sur ces deux événements il y a deux ans, le lendemain du Nouvel An.]

      Sur le Brexit, j’étais persuadé dès le départ que le vote avait de grandes chances d’être positif. Je connais très bien la Grande Bretagne, j’y ai vécu plusieurs années, et je n’ai jamais trouvé chez les Britanniques cette mystique européenne qu’on trouve chez nous. Il est clair que pour eux rester ou partir est une question d’intérêt, et l’intérêt pointait clairement dans la bonne direction. Pour l’élection de Trump, j’y ai cru dès le départ à son investiture, notamment parce que ses adversaires à l’investiture républicaine étaient des véritables zombies. Quant à son élection… elle était vraisemblable dans un pays où le vote est hyperpolarisé.

      En France, les résultats électoraux montrent aujourd’hui une faible polarisation : on peut voter communiste au premier tour et FN au second, un électeur de Mélenchon peut reporter son vote sur Macron. Personne ne se sent obligé de voter « pour son camp » quelque soit le candidat. Une forte polarisation aurait assuré MLP des voix de la droite, et aurait privé Macron des voix de la « gauche radicale ». C’est cette absence de polarisation qui rendait l’élection de Marine Le Pen peu vraisemblable.

  17. Bonne année 2018 à vous, Descartes, et à tous les lecteurs et commentateurs de ce blog.

    Vous parlez de “découragement”, mais comment pourrait-il en être autrement? Avouez que l’époque est morose. Comme vous, j’ai tenu un blog, mais j’ai abandonné, car cela prend beaucoup de temps, pour quel impact? La plupart des gens ne jurent plus que par les vidéos, et je n’ai ni le temps ni l’envie de lancer une chaîne politique sur Youtube. Vous et moi sommes attachés au texte, mais nous sommes de plus en plus minoritaires. Nos contemporains lisent de moins en moins, et je ne vous parle pas des jeunes. Récemment, un intervenant extérieur demandait à mes élèves de 4ème leurs centres d’intérêt, plusieurs ont répondu “le portable”. Voilà, c’est la génération iphone…

    Lors de son allocution du 31 au soir, Macron a dit des choses fort intéressantes. Il a invité les Français à s’engager pour la nation. Il a déclaré que la cohésion nationale n’était pas seulement l’affaire du président, mais l’affaire de tous les citoyens. Il a rappelé que la nation nous éduque, nous soigne, s’occupe de nous dans nos vieux jours. Par conséquent, le président nous invite, chaque matin, à nous demander ce que nous pouvons faire pour la nation. Ce discours est très bien, mais en effet que faire? Je n’ai toujours pas très bien compris le projet de Macron pour la France. Par ailleurs, ces propos sur la nation sont étonnants dans la bouche de quelqu’un qui ne jure que par la réussite individuelle. Cela fait bien des années que je me demande effectivement que faire pour la nation, mais je n’ai pas de réponse. Et sous mes yeux impuissants, je vois la France se décomposer lentement mais sûrement. Talamoni peut faire ses discours en langue corse en toute quiétude, personne ou presque n’y trouve rien à redire. C’est un exemple parmi d’autres. Il arrive un moment où on se replie sur la sphère privée, la seule où l’on trouve quelque réconfort. Le monde tournera très bien sans nous.

    Je fais aussi partie des gens qui commentent moins. Je lis (presque) tout, articles et commentaires, et cela prend déjà du temps. Parfois en effet, je suis tenté d’intervenir mais la lassitude me gagne et je me dis: à quoi bon? Rédiger un commentaire construit prend du temps et si le débat avec vous et les autres contributeurs est toujours instructif, le fait est que cela ne change pas grand-chose. Au quotidien, je vois la société s’enfoncer dans le communautarisme, les institutions se déliter, il devient difficile de faire entendre une voix discordante. Alors, ici sur ce blog, nous sommes sans doute quelques uns à se dire qu’il faudrait que les choses changent, et que c’est bien malheureux que nos dirigeants ne pensent pas comme nous. Et une fois qu’on a dit ça?

    Il nous faudrait une organisation, un parti, mais cela demande un investissement tel qu’il n’est guère envisageable, ni pour vous Descartes, ni pour la plupart des lecteurs qui partagent l’essentiel de vos options. Je salue votre travail et votre persévérance, mais vous allez voir qu’on finit par tourner en rond, et qu’on se laisse aller à l’amertume. Même vous n’y échapperez pas…

    • Descartes dit :

      @ nationaliste-ethniciste

      [Vous parlez de “découragement”, mais comment pourrait-il en être autrement? Avouez que l’époque est morose.]

      C’est vrai. Et comme on ne vit qu’une fois, on ne peut que regretter que le sort nous ait fait naître dans une telle époque…

      [Vous et moi sommes attachés au texte, mais nous sommes de plus en plus minoritaires. Nos contemporains lisent de moins en moins, et je ne vous parle pas des jeunes. Récemment, un intervenant extérieur demandait à mes élèves de 4ème leurs centres d’intérêt, plusieurs ont répondu “le portable”. Voilà, c’est la génération iphone…]

      La lecture, l’attachement au texte, ne disparaîtra pas. Mais elle deviendra – comme elle l’était au XVIIIème siècle – le marqueur d’une élite. C’est déjà le cas dans une grande mesure. C’est malheureux à dire, mais j’y vois l’échec d’un grand rêve, celui de la culture pour tous que portait l’école républicaine.

      [Lors de son allocution du 31 au soir, Macron a dit des choses fort intéressantes. Il a invité les Français à s’engager pour la nation. Il a déclaré que la cohésion nationale n’était pas seulement l’affaire du président, mais l’affaire de tous les citoyens. Il a rappelé que la nation nous éduque, nous soigne, s’occupe de nous dans nos vieux jours. Par conséquent, le président nous invite, chaque matin, à nous demander ce que nous pouvons faire pour la nation. Ce discours est très bien, mais en effet que faire?]

      Pour moi, il est remarquable. Prononcé par un De Gaulle ou même un Sarkozy, un tel discours marquerait une intention. Prononcé par Macron, c’est plutôt un diagnostic. Car contrairement à un De Gaulle, Macron ne cherche pas à modifier les courants de l’histoire, mais à les suivre. Pendant la campagne électorale, il a perçu que les voix se trouvaient dans le « marais » centriste, chez les social-libéraux européistes, et son discours allait donc dans cette direction. Maintenant qu’il est à l’Elysée, il se rend compte que la nation veut autre chose, d’où la « présidence jupitérienne » et les invocations de la nation et le rappel des devoirs que nous avons envers elle. Je prends le discours de Macron un peu comme un thermomètre : plus qu’un projet, il indique l’état des demandes de la société.

      [Je n’ai toujours pas très bien compris le projet de Macron pour la France.]

      Pensez-vous qu’il en ait un – en dehors d’une vague volonté de nous rendre tous prospères et heureux ?

      [Par ailleurs, ces propos sur la nation sont étonnants dans la bouche de quelqu’un qui ne jure que par la réussite individuelle. Cela fait bien des années que je me demande effectivement que faire pour la nation, mais je n’ai pas de réponse.]

      Je pense que vous le faites tous les jours, lorsque vous allez devant votre classe. C’est peu, mais c’est beaucoup.

      [Et sous mes yeux impuissants, je vois la France se décomposer lentement mais sûrement. Talamoni peut faire ses discours en langue corse en toute quiétude, personne ou presque n’y trouve rien à redire. C’est un exemple parmi d’autres. Il arrive un moment où on se replie sur la sphère privée, la seule où l’on trouve quelque réconfort. Le monde tournera très bien sans nous.]

      Comme disait je ne sais plus qui, ceux qui ne font pas de politique sont punis par le fait de devoir subir la politique faite par d’autres. Je crois personnellement à la valeur du témoignage, même solitaire.

      [Rédiger un commentaire construit prend du temps et si le débat avec vous et les autres contributeurs est toujours instructif, le fait est que cela ne change pas grand-chose. Au quotidien, je vois la société s’enfoncer dans le communautarisme, les institutions se déliter, il devient difficile de faire entendre une voix discordante. Alors, ici sur ce blog, nous sommes sans doute quelques uns à se dire qu’il faudrait que les choses changent, et que c’est bien malheureux que nos dirigeants ne pensent pas comme nous. Et une fois qu’on a dit ça?]

      Et bien, une fois qu’on a dit ça, quelqu’un l’aura entendu. Et peut-être que ce quelqu’un, demain, saura le transmettre à quelqu’un d’autre, et ce quelqu’un d’autre deviendra un jour président de la République. On ne peut jamais savoir. Il faut faire son devoir, et espérer pour le mieux. Et j’estime que la transmission est LE devoir des progressistes.

      [Il nous faudrait une organisation, un parti, mais cela demande un investissement tel qu’il n’est guère envisageable, ni pour vous Descartes, ni pour la plupart des lecteurs qui partagent l’essentiel de vos options.]

      Ce n’est pas une question d’investissement, mais d’y croire. Je serais tout à fait prêt à m’investir cent pour cent dans un parti – je l’ai déjà fait à une époque – si j’y croyais vraiment. Le problème, c’est que je n’y crois plus. Non pas dans le projet que je portais à l’époque, et qui pour moi a gardé toute sa pertinence, mais dans le fait qu’un parti politique puisse porter ce projet aujourd’hui.

      [Je salue votre travail et votre persévérance, mais vous allez voir qu’on finit par tourner en rond, et qu’on se laisse aller à l’amertume. Même vous n’y échapperez pas…]

      Merci, mais je pense devoir faire mentir votre pronostic. Je ne suis pas du genre à me décourager, est surtout pas à me laisser aller à l’amertume.

    • Un Belge dit :

      @ Descartes

      [Prononcé par Macron, c’est plutôt un diagnostic. Car contrairement à un De Gaulle, Macron ne cherche pas à modifier les courants de l’histoire, mais à les suivre. Pendant la campagne électorale, il a perçu que les voix se trouvaient dans le « marais » centriste, chez les social-libéraux européistes, et son discours allait donc dans cette direction. Maintenant qu’il est à l’Elysée, il se rend compte que la nation veut autre chose, d’où la « présidence jupitérienne » et les invocations de la nation et le rappel des devoirs que nous avons envers elle. Je prends le discours de Macron un peu comme un thermomètre : plus qu’un projet, il indique l’état des demandes de la société. ]

      Je donnerais beaucoup pour savoir ce que Macron a en tête. J’ai du mal à l’imaginer en européiste “radical” par pur électoralisme et il parait sincère dans sa volonté d’une Europe quasi fédérale (horreur !), mais alors rien n’explique ces relents souveranistes (et contradictoires) occasionnels. Encore aujourd’hui, sur Twitter, il écrivait à 18h51
      “La France doit être une puissance forte et souveraine. C’est une des conditions pour relever les défis du XXIᵉ siècle.”
      et à 18h53, retour sur le blabla européen :
      “Changement de méthode en Europe : associer davantage nos peuples.
      C’est le but des consultations citoyennes : interroger nos peuples sur l’Europe qu’ils veulent avant les élections européennes.”

      Je n’arrive pas à me décider pour savoir si c’est du cynisme, une dissonance cognitive caricaturale, ou une totale absence d’idée sur ce qu’est une Etat souverain. Mais si on suit votre hypothèse (qu’il suit l’opinion), ca semblerait impliquer que le souverainisme est majoritaire. Ce qui est absurde

    • Descartes dit :

      @ Un Belge

      [Je donnerais beaucoup pour savoir ce que Macron a en tête.]

      Confidentiellement, je peux vous le dire : Macron n’a qu’une chose en tête : Macron.

      [J’ai du mal à l’imaginer en européiste “radical” par pur électoralisme et il parait sincère dans sa volonté d’une Europe quasi fédérale (horreur !), mais alors rien n’explique ces relents souveranistes (et contradictoires) occasionnels.]

      Macron est un homme de sa génération, la génération bisounours. La souveraineté, c’est froid, c’est dur, c’est dangereux, en un mot, c’est tragique. Alors que l’Europe, c’est la communion, le tous ensemble, c’est mou, c’est chaud, c’est sans danger. La Nation, la souveraineté font référence à la Loi du Père, l’Europe c’est le cocon maternel, chaud et protecteur, où vous pouvez vous laisser aller et quelqu’un d’autre s’occupe de vos problèmes.

      Macron ne veut qu’une chose : que tout le monde soit heureux comme des enfants. Et cette philosophie du bonheur enfantin, elle est du côté de l’Europe alors que la Nation et la souveraineté sont des questions adultes. Pas étonnant alors de retrouver Macron dans un discours européiste radical certes, mais terriblement naïf, chaque fois qu’il cherche à faire plaisir à son auditoire.

      Mais à côté de ça, Macron est un homme intelligent, qui ne perd jamais contact avec la réalité dans laquelle il vit. Au-delà des grandes envolées, je ne crois pas qu’il se fasse la moindre illusion sur l’UE telle qu’elle est, ou sur les chances de la réformer. D’où un discours et surtout une action qui contredit ce discours naïf sur l’Europe.

      [« C’est le but des consultations citoyennes : interroger nos peuples sur l’Europe qu’ils veulent avant les élections européennes. »]

      Cette « consultation citoyenne » annoncée dans le discours du nouvel an a encore des contours assez flous. Il faudra voir ce que cela donne en pratique.

      [Mais si on suit votre hypothèse (qu’il suit l’opinion), ca semblerait impliquer que le souverainisme est majoritaire. Ce qui est absurde]

      Pourquoi « absurde » ? Je suis intimement convaincu que le souverainisme est majoritaire, du moins si l’on assimile le souverainisme à la conviction que « La France doit être une puissance forte et souveraine. C’est une des conditions pour relever les défis du XXIᵉ siècle ». Ce n’est pas pour autant que cette « conviction » aura une traduction politique. Pour ne donner qu’un exemple, l’idée qu’il faudrait prendre plus aux plus riches pour aider les plus pauvres est largement majoritaire… et pourtant !

      Pour qu’une opinion majoritaire reçoive une traduction politique il faut plusieurs conditions. D’abord, qu’il y ait un projet crédible pour traduire le principe dans la réalité. Ensuite, que ce projet ne menace pas les intérêts des secteurs les plus puissants…

    • Un Belge dit :

      @Descartes

      [Confidentiellement, je peux vous le dire : Macron n’a qu’une chose en tête : Macron.]

      Certes, mais encore ? J’ai du mal à imaginer qu’il n’aie été candidat sans but précis en tête. Si c’était l’avidité qui l’obsédait, il serait resté dans le privé. Reste la gloire ou un vrai projet politique. Tout compte fait la recherche de gloire est crédible, mais j’ai quand meme l’impression qu’il a “une certaine idée de la France”, sans doute bien à lui, mais réelle.

      [Macron est un homme de sa génération, la génération bisounours. La souveraineté, c’est froid, c’est dur, c’est dangereux, en un mot, c’est tragique. Alors que l’Europe, c’est la communion, le tous ensemble, c’est mou, c’est chaud, c’est sans danger. La Nation, la souveraineté font référence à la Loi du Père, l’Europe c’est le cocon maternel, chaud et protecteur, où vous pouvez vous laisser aller et quelqu’un d’autre s’occupe de vos problèmes.

      Macron ne veut qu’une chose : que tout le monde soit heureux comme des enfants. Et cette philosophie du bonheur enfantin, elle est du côté de l’Europe alors que la Nation et la souveraineté sont des questions adultes. Pas étonnant alors de retrouver Macron dans un discours européiste radical certes, mais terriblement naïf, chaque fois qu’il cherche à faire plaisir à son auditoire.]

      Je n’y avais pas pensé. Ca me parait fort pertinent.

      [Pourquoi « absurde » ? Je suis intimement convaincu que le souverainisme est majoritaire, du moins si l’on assimile le souverainisme à la conviction que « La France doit être une puissance forte et souveraine. C’est une des conditions pour relever les défis du XXIᵉ siècle ». Ce n’est pas pour autant que cette « conviction » aura une traduction politique. Pour ne donner qu’un exemple, l’idée qu’il faudrait prendre plus aux plus riches pour aider les plus pauvres est largement majoritaire… et pourtant !

      Pour qu’une opinion majoritaire reçoive une traduction politique il faut plusieurs conditions. D’abord, qu’il y ait un projet crédible pour traduire le principe dans la réalité. Ensuite, que ce projet ne menace pas les intérêts des secteurs les plus puissants…]

      J’ai du mal à imaginer que beaucoup de gens fassent un lien entre l’UE, l’affaiblissement de l’Etat et la monotonie politique. Mais c’est peut-être parceque je vis dans un paradis girondin, où le surmoi national est très peu développé. Pour l’essentiel de mon entourage, la seule raison de vouloir la “force” de la Belgique, c’est par peur du séparatisme flamand, ou parcequ’on estime qu’avoir 7 gouvernements dans un pays de 11 millions d’habitants, ce n’est pas une très bonne façon de démontrer que décentraliser fait faire des économies à l’Etat.

      Avec tous ces éléments, une once de souverainisme ou de “belgicisme” est vue, au mieux comme une façon d’extorquer plus d’argent à la Flandre, au pire comme un conservatisme rétrograde.

      Du coup, imaginer une majorité souverainiste, c’est très dur pour moi ! (D’ailleurs depuis que je vous lis, et plusieurs autres bloggeurs eurosceptiques, je vis en totale dissonance cognitive avec la totalité de mon entourage, c’est assez perturbant)

    • Descartes dit :

      @ Un Belge

      [Certes, mais encore ? J’ai du mal à imaginer qu’il n’aie été candidat sans but précis en tête. Si c’était l’avidité qui l’obsédait, il serait resté dans le privé. Reste la gloire ou un vrai projet politique.]

      Non, je ne crois pas que le moteur psychologique de Macron soit l’amour de l’argent. Si c’était le cas, il serait resté dans la banque où il se serait certainement fait bien plus d’argent que dans la politique. Non, ce que la politique procure surtout, c’est la reconnaissance sociale. Vous pourriez gagner des milliards et cela ne vous donnera pas le statut social que vous donne le fait d’être président de la République.

      [Tout compte fait la recherche de gloire est crédible, mais j’ai quand meme l’impression qu’il a “une certaine idée de la France”, sans doute bien à lui, mais réelle.]

      Nous avons tous une « certaine idée ». Mais je ne pense pas que ce soit là son moteur. C’est une opinion personnelle, formée à partir de ce qu’on sait de son histoire…

      [J’ai du mal à imaginer que beaucoup de gens fassent un lien entre l’UE, l’affaiblissement de l’Etat et la monotonie politique. Mais c’est peut-être parceque je vis dans un paradis girondin, où le surmoi national est très peu développé.]

      J’imagine que cela dépend beaucoup des milieux. Pour ceux qui travaillent dans le service public, l’affaiblissement de l’Etat est une réalité perceptible quotidiennement. Pour les travailleurs industriels ou les paysans soumis à la concurrence de sous-traitants des pays européens à faible coût de main d’œuvre, aussi.

      [Pour l’essentiel de mon entourage, la seule raison de vouloir la “force” de la Belgique, c’est par peur du séparatisme flamand, ou parcequ’on estime qu’avoir 7 gouvernements dans un pays de 11 millions d’habitants, ce n’est pas une très bonne façon de démontrer que décentraliser fait faire des économies à l’Etat.]

      Je m’excuse, j’avais oublié que vous écriviez de Belgique. Or, la nation belge n’a pas du tout la même histoire que la nation française. La nation française est le résultat d’une longue construction politique autour de l’Etat. La nation belge s’est construite par la volonté des grandes puissances européennes comme état tampon. La question de la souveraineté ne se pose pas dans les mêmes termes.

    • CVT dit :

      @Un Belge,
      Après avoir passé un certain nombre d’années dans la capitale de votre pays, et contrairement à bien de mes compatriotes français, j’ai travaillé et fréquenté pas mal de Flamands, et honnêtement, alors qu’ils sont historiquement anti-Français (les Bruxellois aussi, mais c’est un autre débat…), j’avoue parfois comprend mieux leur point de vue que celui des Bruxellois et des Wallons.
      A vrai dire, le problème de la souveraineté en Belgique vient de ce qu’une nation en devenir, la Flandre, refuse d’assumer son rôle d’état, et demande au Royaume de Belgique de faire le sale boulot, sachant que ce dernier est pour le moment géré en indivision avec les Francophones… En clair, il n’y a PAS de nation belge, et ce constat, ce n’est pas seulement moi qui le fait, mais l’un de vos anciens premiers ministres, Jules d’Estrée, en…1912 déjà!!! Or sans nation, même avec le titre de royaume, il paraît difficile de parler de souveraineté…

    • Descartes dit :

      @ CVT

      [En clair, il n’y a PAS de nation belge, et ce constat, ce n’est pas seulement moi qui le fait, mais l’un de vos anciens premiers ministres, Jules d’Estrée, en…1912 déjà!!! Or sans nation, même avec le titre de royaume, il paraît difficile de parler de souveraineté…]

      C’est un peu ce que j’avais dit – en essayant d’être moins brutal avec nos lecteurs belges. Mais effectivement, la question de savoir s’il existe une « nation belge », c’est-à-dire une collectivité réunissant tous les citoyens belges dans une logique de solidarité inconditionnelle et impersonnelle, se pose. La réponse est probablement négative : l’histoire de la Belgique est l’histoire d’un Etat artificiel, le « Royaume uni des pays bas », construit par les grandes puissances au congrès de Vienne pour servir de tampon et réduire la France. Ce état, qui n’a ni unité linguistique, ni unité de la tradition juridique, ni unité religieuse se fracture dans les années 1830 sur des lignes là encore fixées par les rapports de force entre grandes puissances.

    • Un Belge dit :

      @CVT & Descartes

      Effectivement, la nation belge n’existe pas ou tres peu si on prend nation au sens (assez restrictif par rapport au langage courant mais sans doute plus pertinent) de solidarité inconditionnnelle etc. Cela dit, il y en a quand meme un embryon (qui risque sans doute de disparaitre à long terme) d’identité commune (notamment catholique) qui explique que la Belgique ait tenu jusqu’ici. (Apres tout, la Défense commune n’a jamais été remise en cause, meme par les indépendantistes flamands, et la guerre de 14 s’est déroulée de façon relativement harmonieuse)

      Cela dit, il est dur de trancher explicitement la question de la solidarité nationale. Si les transferts régionaux font toujours grincer des dents (Mais apres tout, c’est aussi le cas des Länder allemands, non ?), il n’y a jamais de distinctions pour les belges de l’étranger. (Quand il y a un attentat à l’étranger où des touristes belges meurent, on ne sait jamais de quelle région ils viennent)

      Mais de fait, il me semble que la nation flamande a un certain avenir. Quant à la Wallonie, Joker. Nous avons une certaine francophobie, mais elle relève presque plus du folklore que d’une réelle aversion. D’un autre côté, personne n’imagine une Wallonie indépendante, à part dans la mythique Europe des Régions.

    • Descartes dit :

      @ Un Belge

      [Effectivement, la nation belge n’existe pas ou très peu si on prend nation au sens (assez restrictif par rapport au langage courant mais sans doute plus pertinent) de solidarité inconditionnelle etc. Cela dit, il y en a quand même un embryon (qui risque sans doute de disparaitre à long terme) d’identité commune (notamment catholique) qui explique que la Belgique ait tenu jusqu’ici.]

      Je ne sais pas si on peut faire du catholicisme un élément de « l’identité » belge. L’identité est l’ensemble des caractères qui nous permettent de nous reconnaître comme des individus autonomes, différents des autres. En quoi le catholicisme belge est différent du catholicisme français, par exemple ? J’avoue qu’après avoir été récemment en Flandre et en Wallonie, j’ai du mal à penser quelque chose qui soit commune à tous les Belges et en même fois ne soit pas commune avec leurs voisins…

      [Cela dit, il est dur de trancher explicitement la question de la solidarité nationale. Si les transferts régionaux font toujours grincer des dents (Mais apres tout, c’est aussi le cas des Länder allemands, non ?),]

      Non. Lorsque l’Allemagne a été réunifiée, l’immense majorité des allemands de l’ouest, quel que soit leur Länder d’appartenance, ont considéré comme parfaitement normal de supporter un coût qu’on savait considérable. L’Allemagne n’a pas la même conception unitaire de l’Etat que la France, mais la solidarité inconditionnelle entre Allemands est assez évidente au cours de l’histoire récente pour qu’on puisse la constater.

      [il n’y a jamais de distinctions pour les belges de l’étranger. (Quand il y a un attentat à l’étranger où des touristes belges meurent, on ne sait jamais de quelle région ils viennent)]

      Mais comment se manifeste la solidarité envers eux ? Parce que tant qu’il ne s’agit pas de payer, tout le monde est bon, tout le monde est gentil…

    • CVT dit :

      @Un Belge,

      [ (Apres tout, la Défense commune n’a jamais été remise en cause, meme par les indépendantistes flamands, et la guerre de 14 s’est déroulée de façon relativement harmonieuse)]

      Pardon? L’une des pires (et des plus idiotes selon moi…) récriminations flamandes concerne justement la première guerre mondiale, et particulièrement le fait que des soldats flamands se soient faits trouer la peau parce qu’ils devaient suivre des ordres en….FRANÇAIS!
      En fait, j’ai fini par comprendre la situation belge quand un jour, il y a presque 10 ans de ça, j’ai écouté un certain Bart De Wever sur RTBF à la radio, dire qu’une nation belge aurait pu exister s’il n’y avait pas eu la première guerre mondiale. D’après lui, celle-ci avait ouvert des fractures irréductibles entre Wallons et Flamands; d’ailleurs, on ne peut pas dire que ça s’est arrangé pendant la Seconde Guerre Mondiale… Mais à vrai dire, voilà la véritable injustice dans cette histoire: par deux fois, l’envahisseur allemand a réveillé le pan-germanisme qui sommeillait chez les Flamands, et personne ne reproche quoi que ce soit à l’Allemagne… Oui, en bon Français connaissant (un peu…) l’histoire de votre pays, j’ai toujours trouvé injuste la francophobie qui règne par-ci, par-là dans votre pays, et notamment côté francophone: c’est bien aux Allemands auxquels vos compatriotes pourraient réclamer des comptes sur l’état de votre pays, et non aux Français qui ont quitté Waterloo et les Pays-Bas la queue basse, il y a maintenant plus de 200 ans…

      [d’identité commune (notamment catholique) qui explique que la Belgique ait tenu jusqu’ici]
      Encore une fois, je vais faire appel aux mannes de mes ex-collègues flamands et wallons qui m’ont fait une présentation assez éloquente du français en Belgique: jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le français était la langue des classes dominantes belges, fussent-elles flamandes, wallonnes ou bruxelloises. De même que l’anglais représente aujourd’hui la langue des maîtres, parler français était une opportunité de promotion sociale, y compris pour les flamands patoisants, à l’image de ce qu’il s’est passé en France sous la IIIè République. La grande différence entre nos deux pays, c’est que là où le système républicain était déjà relativement démocratique et méritocratique, ce n’était pas vraiment le cas pour la Belgique, qui demeurait une monarchie bourgeoise et inégalitaire. Or l’égalité, côté flamand, était portée par le mouvement flamand, d’expression néerlandaise. D’ailleurs, cette dernière s’est d’autant plus répandue que la Belgique est devenue démocratique, sachant que plus de 55% de la population belge est flamande…
      Tout ça pour dire que j’en déduis très modestement que la Belgique se défait justement parce que les Flamands refusent désormais de parler français, et c’est leur droit. En revanche, ils n’ont pas à faire payer des décennies d’ostracisme linguistique aux Wallons, qui, d’après moi, sont les vrais “cocus” (passez moi l’expression) de l’histoire belge: exploités dans les mines et dans les hauts-fourneaux pendant plus d’un siècle et demi, pour être abandonnés, jetés aux rebut et traités comme des parasites par les Nordistes alors que le secteur métallurgique a été laissé à l’abandon…

      [Quant à la Wallonie, Joker. Nous avons une certaine francophobie, mais elle relève presque plus du folklore que d’une réelle aversion. D’un autre côté, personne n’imagine une Wallonie indépendante, à part dans la mythique Europe des Régions.]
      J’ai constaté cette francophobie plutôt à Bruxelles qu’en Wallonie; cette dernière m’a l’air d’ailleurs bien plus francophile qu’attachée à la Couronne de Philippe. C’est bizarre, à chaque fois que j’allais en Wallonie, j’avais l’impression de rentrer en Province en France: c’est dire si l’atmosphère wallonne me semble familière…
      Pour en revenir à l’histoire, la francophobie belge nous a considérablement affaibli face aux deux invasions allemandes de 14 et 39… Donc, oui, j’ai tendance à la prendre au sérieux. Ce qui, au passage, me fait redouter une Wallonie indépendante : sa seule raison d’exister sera d’ennuyer les Français! Maintenant, en tant que fervent partisan de l’intangibilité des frontières, je souhaite à la Belgique de se maintenir en vie le plus longtemps possible, quand bien même j’ai de sérieux doutes sur sa possibilité de fêter son bicentenaire en 2031, travaillée qu’elle est par des forces centrifuges…

  18. Marcailloux dit :

    @ Descartes,

    Bonjour,

    Pour reprendre – imprudemment – un latin que je vous sais cher, je formulerai tout d’abord un vœu sincère à l’intention du blog, au moyen de deux locutions latines recomposées : Ad lucem multos annos : pour la lumière, pendant de nombreuses années. Le latin martèle, hélas, mieux les mots que la langue de Voltaire.

    Et pour vous Descartes, outre les congratulations et souhaits d’usage, un compliment admiratif, amical et empreint de gratitude pour ce que vous apportez et représentez dans mon existence et très probablement dans celle de nombreux lecteurs/commentateurs.

    Le partage de valeurs communes est, selon Aristote, le degré supérieur de l’amitié que je revendique bien modestement dans mon fréquent rôle de candide depuis maintenant plus de 7 ans. Votre vertu réside dans la compassion dont vous témoignez par vos réponses élaborées à chacun des commentaires quel qu’en soit l’originalité ou la profondeur.
    Je citerai volontiers ces fameux vers de V.Hugo qui décrivent fidèlement l’esprit de vos interventions :
    « Table toujours servie au paternel foyer
    Chacun en a sa part et tous l’ont tout entier »

    Il y a quelque chose de P. Bourdieu chez vous, par le solipsisme dont vous faites preuve dans votre thèse sur les classes moyennes. Sans être absolument convaincu par vos arguments, je vous souhaite sincèrement de trouver les formulations qui emporteront une adhésion étendue pour votre concept.

    Enfin, il me paraît juste d’adresser mes vœux et formuler des louanges aux commentateurs les plus fidèles, compagnons de réflexion et quelques trop rares fois d’échanges, qui par la qualité de leurs interventions donnent toujours à réfléchir, rendent très souvent humble devant leurs connaissances des sujets abordés. Relire des interventions anciennes de plusieurs mois, plusieurs années souvent, procure un plaisir encore accru par le recul sur l’événement.

    Merci à tous.

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [Et pour vous Descartes, outre les congratulations et souhaits d’usage, un compliment admiratif, amical et empreint de gratitude pour ce que vous apportez et représentez dans mon existence et très probablement dans celle de nombreux lecteurs/commentateurs.]

      Merci encore de vos encouragements. Et je ne perds pas espoir de vous faire partager ma thèse sur les “classes moyennes”…

  19. Trublion dit :

    Bonne années à vous et aux lecteurs.

    Un petit signe d’encouragement pour 2018, votre pensée progresse, même dans les milieux académiques.

    Deux universitaires Justin Tosi et Brandon Warmke ont travaillé sur le sujet
    http://www.slate.fr/story/146817/grandiloquence-morale

    En résumé voici quelques leçons sur les problèmes posés par la grandiloquence morale (que l’on nomme communément la bienpensance) :
    1) Elle représente une course vers la pureté morale qui est collectivement préjudiciable.
    2) Elle défigure le débat politique en contribuant à la polarisation des positions antagonistes et en dévalorisant le compromis.
    3) Elle sert d’outil de distinction entre des élites vertueuses et le reste de la populace, rompant ainsi l’égalité entre citoyens.
    4) Enfin, elle imprègne le milieu académique, ce qui, en raison de l’importance du débat de bonne foi et de l’esprit critique pour l’activité scientifique, est inquiétant.

    • Descartes dit :

      @ Trublion

      [Un petit signe d’encouragement pour 2018, votre pensée progresse, même dans les milieux académiques. Deux universitaires Justin Tosi et Brandon Warmke ont travaillé sur le sujet]

      En effet, l’article est délicieux. Merci du cadeau!

    • Antoine dit :

      @Trublion

      Merci de cet excellent article ! Cette notion (la « grandiloquence morale ») n’est-elle pas à mettre en parallèle avec la notion de « catholicisme zombie » inventée par Emmanuel Todd pour décrire la reconversion dans le champ politique des affects anciennement investis dans la pratique religieuse, suite à la déchristianisation massive des vieilles régions catholiques françaises ? Par exemple, il me semble que c’est à partir des années 70 que l’humanitarisme commence à parasiter le débat public en y introduisant des injonctions à la pureté morale (mais il est vrai que je ne suis pas assez vieux pour parler de mémoire à ce sujet).

      Il y a aussi, à mon avis, une influence de l’américanisme, le manichéisme (Good versus Evil) faisant partie intégrante de la façon de penser aux États-Unis.

  20. morel dit :

    Je crois que plusieurs lignes de force contribuent à la situation actuelle.
    Avant l’éclatement en politique, il y a eu celui en matière syndicale avec, quant au fond, un regroupement en deux tendances fondamentales.
    N’est-il pas logique que l’axe déterminant de l’adhésion à cette monstruosité politique qu’est l’UE et sa monnaie ait abouti aussi à une indifférenciation réelle des partis débouchant sur la fusion LREM ?
    les «maintenus» ou d’autres en sont-ils si éloignés ?
    N’est-il pas aussi, peut-être logique, que l’individualisme croissant connaisse son acmé avec un guide «pancrator», aspect paradoxalement rassurant compris ?
    Enfin, tout cela n’a t-il aucun rapport avec les combats perdus par la classe ouvrière (précision : sens générique pour ceux que le mot effraie) ?

    J’aurais bien des choses à ajouter mais est-on le mieux placé lorsqu’on n’a guère pu entraver le cours défavorable des choses ?
    Cette année, je passerai le témoin à ma remplaçante (une femme ! C’est la fédé qui va être contente ! En fait, pas tant que ça car le politically correct la défrise,,,) et me ferai oublier en retraite même si ce dernier état suscite mon appréhension.

    Sur ce que vous écrivez relativement à la tenue de ce blog, je suis très étonné, il est infiniment plus difficile de donner la «matière» au fil des jours que de commenter.

    Puisse, cette année nouvelle, vous être favorable à vous et vos proches.

    • Descartes dit :

      @ morel

      [N’est-il pas logique que l’axe déterminant de l’adhésion à cette monstruosité politique qu’est l’UE et sa monnaie ait abouti aussi à une indifférenciation réelle des partis débouchant sur la fusion LREM ?]

      Je pense que c’est le cas. Pour moi, la question de la nation et de la souveraineté sont aujourd’hui la question fondamentale qui structure les positionnements politiques. Et du coup, il n’est pas finalement si étonnant que tous ceux qui se situent sur l’axe « européen » se regroupent pour gouverner ensemble, montrant par là que tous les autres désaccords entre eux sont finalement secondaires.

      Je sais que certains – les marxistes orthodoxes en particulier – me reprocheront de considérer que ce qui structure le débat politique est la question de la souveraineté et de la nation, et non la lutte de classes. Pour lever toute ambiguïté, je ne renie nullement l’idée que c’est la lutte des classes qui structure le champ politique. Mais la lutte des classes ne prend pas toujours la même forme. Aujourd’hui, la question de la nation et de la souveraineté devient fondamentale parce que la lutte des classes se manifeste par une opposition sur cette question précise entre une classe ouvrière dont les conquêtes ne peuvent être défendues que dans une perspective nationale, et une bourgeoisie qui voit dans la mise en compétition globale un moyen de les reprendre.

      [Cette année, je passerai le témoin à ma remplaçante (une femme ! C’est la fédé qui va être contente ! En fait, pas tant que ça car le politically correct la défrise,,,) et me ferai oublier en retraite même si ce dernier état suscite mon appréhension.]

      Vous n’aurez donc que plus de temps pour commenter ! Et puis, un militant ne prend jamais sa retraite !

      [Sur ce que vous écrivez relativement à la tenue de ce blog, je suis très étonné, il est infiniment plus difficile de donner la «matière» au fil des jours que de commenter.]

      Je n’ai pas compris cette remarque…

      [Puisse, cette année nouvelle, vous être favorable à vous et vos proches.]

      Même chose pour vous, et que la retraite soit pour vous un nouveau départ !

    • morel dit :

      « Je n’ai pas compris cette remarque… »

      Lassitude ? Fatigue ? Je n’ai encore pas dû être bien clair.
      D’expérience, je sais qu’il est toujours plus usant de «tirer la charrette» si vous me passez l’expression et infiniment plus aisé de formuler critiques ou louanges voire de s’abstenir sur ce qui est déjà produit.

      Façon d’écrire que notre position est largement plus confortable que la vôtre d’où mon étonnement sur l’autocritique à laquelle vous vous livrez ; pour le travail que vous produisez, nous ne pouvons que vous remercier.

      Entièrement d’accord sur la question nationale, seul cadre de souveraineté forgé par l’histoire et qui contient les acquis sociaux et démocratiques et ce n’est pas opposé à une forme non abstraite et intelligente de solidarité internationale , les nations sont des entités possédant des caractères propres produits par l’histoire : l’Allemagne n’est pas la France qui n’est pas le Royaume-Uni….

      Sur le plan intellectuel, il est toujours possible qu’il y ait un jour un dépassement mais ce n’est assurément pas le cas aujourd’hui.
      Dans tous les cas de figure, l’idée même d’un gouvernement mondial a de quoi faire froid dans le dos.

      Je renouvelle mes vœux et permettez moi d’y associer les commentateurs de ce blog avec une attention particulière aux plus anciens.
      PS : mes excuses pour ce pancrator auquel il convient de substituer pantocrator.

    • Descartes dit :

      @ morel

      [Dans tous les cas de figure, l’idée même d’un gouvernement mondial a de quoi faire froid dans le dos.]

      En effet. C’est peut-être l’illustration la plus éclatante du fait que le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions. Les idéalistes du XIXème siècle et du début du XXème qui parlaient des « Etats-Unis d’Europe » et autres « gouvernements mondiaux » restaient au fond sur une vision coloniale : les peuples du monde ne pouvaient qu’adopter avec joie les progrès scientifiques, techniques, sociaux et politiques apportés par la modernité, ce qui ouvrait la voie à une convergence de toutes les civilisations vers une civilisation unique.

      Le problème, c’est que cette convergence n’a rien de naturel. Parce que nous sommes tous enfants d’une histoire, et cette histoire ne peut être abolie par la simple volonté puisqu’elle nous sert de cadre d’interprétation.

  21. Laurent dit :

    Une bonne année 2018.

    Puisse-t-elle être plus réjouissante que l’an passé.

    Pour revenir sur une conservation que l’on a déjà eu, Alain de Benoist admet avoir voté Mélenchon lors des dernières élections.
    https://www.buzzfeed.com/lesterfeder/the-man-who-gave-white-nationalism-a-new-life?utm_term=.oeBWK2eP6#.tbG7gGm1B
    La politique ne cessera de me surprendre.

  22. Pierre dit :

    Une bonne année à vous également.

    2018 va s’avérer une année probablement charnière à l’échelle de la nation, de l’europe voir du monde, et celà mérite notre enthousiasme d’observateurs de l’Histoire, plus que notre crainte ou notre dédain.

    En France, avec enfin (qui l’eut crû ?) un président qui ne chie pas dans son froc à l’heure des mots qui fâchent face à la bienpensance bobo-gauchiste, ce sera l’épreuve des actes. Nucléaire, éducation, immigration, réforme de l’audiovisuel, NDDL, etc, les sujets ne vont pas manquer. Et on peut prendre en grippe E.Macron pour le personnage qu’il est, pour la manière dont il est arrivé au pouvoir, mais il faut lui reconnaitre une intelligence politique hors norme.

    De plus les observateurs ne manqueront pas de noter une chose cruciale: peut-être que les déclarations de Macron de fin 2017 (concernant nombre de sujets qui fâchent les classes moyennes chères à notre hôte -immigration, sécurité, écologie, …) ne sont que des mots, mais ces mots coïncident avec un très net regain de popularité du président et du gouvernement… L’opinion est là pour avancer sur ces sujets, malgré la pression médiatique et de la gauche parisienne.

    En Europe, entre le Brexit, les tensions régionalistes, les tentations nationalistes à l’Est, et surtout face à une Allemagne tout à coup sans capitaine, la France a une voie royale pour reprendre les commandes de l’appareil. Saura t’on le faire, et pour aller où ? En tout cas tout est réuni pour voir du mouvement dans l’année qui vient. Il s’agira d’être opportunniste et pragmatique.

    A l’échelle mondiale, à coté des singeries de l’impayable duo de pitres nord-coréen/américain, dont je m’étonnerais fort qu’il aboutisse sur autre-chose qu’une nouvelle volée de sanctions insignifiantes pour faire dégonfler la baudruche, c’est toujours le jeu au Moyen Orient qui occupera la place centrale des tensions diplomatiques. Dans un contexte où on voit mal comment les positions de chaque protagoniste pourraient ne pas se durcir, bien malin qui pourra prévoir l’évolution des différents conflits arabes. On a beau tourner le problème dans tous les sens, Al Hassad, soutenu par la Russie, est le seul garant d’un statu-quo régional. Ce qui signerait un cuisant échec pour l’Arabie Saoudite, déjà en peine au Yemen. Les monarchies Sunnites l’accepteront-elles ? La seule autre voie sera de s’en prendre directement à l’adversaire Iranien, probablement sur le terrain de l’économie (avec l’aide des USA en abandonnant le traité sur le nucléaire civil) mais avec quels résultats, et surtout quelles conséquences ?

    J’attends aussi avec impatience la visite de Macron en Iran, prévue en février il me semble.

    Bref. beaucoup de choses, et quand même, quelques motifs d’espoir.

    • Descartes dit :

      @ Pierre

      [En France, avec enfin (qui l’eut crû ?) un président qui ne chie pas dans son froc à l’heure des mots qui fâchent face à la bienpensance bobo-gauchiste, ce sera l’épreuve des actes.]

      C’est en effet un des éléments les plus intéressants des débuts de la présidence Macron. Depuis trente ans, les présidents successifs avaient été de moins en moins maîtres et de plus en plus esclaves de « l’opinion publique », c’est-à-dire, des médias. Macron est peut-être le premier président qui – peut-être est-ce un phénomène de génération – sait se servir des médias et le fait sans vergogne mais qui n’a pas peur d’eux, et ne se laisse pas dicter sa communication par eux.

      [En Europe, entre le Brexit, les tensions régionalistes, les tentations nationalistes à l’Est, et surtout face à une Allemagne tout à coup sans capitaine, la France a une voie royale pour reprendre les commandes de l’appareil.]

      Sauf que l’UE est un appareil sans commandes…

      [J’attends aussi avec impatience la visite de Macron en Iran, prévue en février il me semble.]

      Ce sera effectivement un test. Il n’est pas aujourd’hui impossible que la France reprenne sa politique gaullienne d’équilibre entre les grandes puissances. Le problème c’est que Macron, à supposer même qu’il souhaite s’engager dans cette voie, n’aura pas la base domestique que la génération de la guerre avait construite : une économie dynamique et moderne, une base industrielle et technologique puissante, un système éducatif de première qualité. Nous surprendra-t-il là aussi ?

      Pour ceux qui pourraient penser que je me suis converti au macronisme, je tiens à mettre les choses au point. Non, Macron n’est pas ma tasse de thé. Je pense qu’il est l’incarnation même de l’opportunisme. Mais il faut lui reconnaître que le sien est un opportunisme rationnel, ce qui par rapport à son prédécesseur reste un progrès. Et puis, comme disait le cardinal de Retz, “on ne monte jamais aussi haut que lorsqu’on ne sait pas où l’on va”…

  23. Tythan dit :

    Cher Descartes,

    Je vous souhaite en retour mes meilleurs vœux pour cette année de recomposition! Comme d’autres commentateurs, je me permets de saisir cet espace pour vous remercier chaleureusement pour la qualité de votre blogue et des débats qui s’y tiennent. Je me permets également d’adresser un salut amical aux commentateurs que j’ai plaisir à lire (NE, Maranceau, CVT, Gérard, Bip, Marcailloux, Antoine, Jonathan, Bolchokek, stu, cdg, Tom, Gugus, et j’en oublie) : j’interviens peu, sauf pour des motifs politiques un peu futiles (vous l’avez peut-être compris, je suis militant au sein de Debout la France), tout simplement parce que sur à peu près tout, cher Descartes, vous formulez exactement ma pensée et que comme vous le dites, il n’y a pas lieu dans ce cas à débattre. Je ne vois pas l’intérêt non plus à écrire un commentaire de cette nature sous chacun de vos billets, vous risqueriez tous de vous lasser! Mais je me surprends à regarder presque chaque jour vos billets pour lire vos articles et les passionnants échanges qui s’ensuivent.

    Une petite suggestion peut-être, cher Descartes. Vous avez indubitablement un certain talent pour la vulgarisation à destination des profanes, et vous avez évidemment une vaste culture sur les questions communistes. Ici ou là, vous donnez quelques conseils de lecture. Vous serait-il possible, en plus des articles d’actualité que je lis avec plaisir, d’aller un peu au delà et de pondre un ou deux articles pour comprendre le communisme? Notamment des fiches de lecture?

    Je vous donne un exemple : j’ai lu avec intérêt le fameux livre coordonné par Stéphane Courtois, le Livre noir du communisme, que vous avez évoqué parfois. Vous serait-il possible de faire un article de synthèse pour démonter certains des raccourcis et partis pris que vous évoquez dans vos commentaires? Peu après avoir lu ce livre, j’avais recherché des réponses à cette critique sur le net, et je me rappelle n’avoir rien trouvé de satisfaisant pour une personne comme moi, profondément de droite et réfractaire a priori à l’idéologie communiste.

    • Descartes dit :

      @ Tythan

      [j’interviens peu, sauf pour des motifs politiques un peu futiles (vous l’avez peut-être compris, je suis militant au sein de Debout la France),]

      J’avoue que je ne vois pas le rapport entre la cause et la conséquence… 😉

      [Une petite suggestion peut-être, cher Descartes. Vous avez indubitablement un certain talent pour la vulgarisation à destination des profanes, et vous avez évidemment une vaste culture sur les questions communistes. Ici ou là, vous donnez quelques conseils de lecture. Vous serait-il possible, en plus des articles d’actualité que je lis avec plaisir, d’aller un peu au delà et de pondre un ou deux articles pour comprendre le communisme? Notamment des fiches de lecture?]

      Ah… vous me posez là un énorme défi. Rien n’est aussi difficile que de « vulgariser » pour d’autres ce qui vous paraît naturel. Rien n’est aussi difficile pour quelqu’un qui a baigné dans la culture communiste que d’expliquer ce que fut le communisme à quelqu’un qui n’a pas cette culture. Mais promis juré je vais essayer de pondre quelque chose…

  24. marc.malesherbes dit :

    mes meilleurs vœux et merci pour votre blog, et aussi pour les contributeurs et vos réponses qui permettent de mieux comprendre les débats politiques.

    un point que je ne comprends pas. Vous écrivez :
    “2017 a vu l’effondrement des partis politiques et leur remplacement par les « mouvements » issus de ce que j’ai appelé « l’égo-politique ». Pour moi, cette transformation qui remplace des institutions fondées sur la confrontation d’idées et l’élaboration politique par des rassemblements bâtis sur une logique sectaire d’adhésion à un « gourou » est très lourde de dangers”

    Pour le citoyen “ordinaire” qui n’est pas engagé dans un parti, je ne vois pas la différence. Le “gourou”, comme le “parti” présente un projet, une orientation, un programme, avec lequel on est plus ou moins d’accord. Savoir qui l’a élaboré n’est pas essentiel, si on n’est pas dans le “parti” le “mouvement”.
    L’autre question est de savoir si un parti présente une meilleure garantie de voir appliquer ses déclarations électorales qu’un “gourou”. Toute mon expérience me montre qu’en ce qui concerne les partis on peut avoir de grosses surprises, et, jusqu’à présent, c’est de loin Macron qui reste le plus proche de ce qu’il a proposé par rapport à tous ses prédécesseurs, pourtant issus de partis.
    Enfin, en ce qui me concerne je ne me désole pas de la victoire de Macron. Pour moi, il a présenté clairement sa ligne politique, à savoir l’adaptation de la France à la politique libérale de l’Europe, et sa dissolution dans l’Europe (le transfert accéléré de compétences), ce qu’on fait tous ses prédécesseurs en disant le contraire (plus ou moins). Même si cette orientation ne m’enchante pas, il a été clair, il a sa logique, et une majorité a voté pour cette orientation. C’était donc véritablement une élection politique, sur un projet politique. Par comparaison la position de Mélenchon sur l’Europe était beaucoup plus ambiguë, du type je suis pour et contre, comme tous les candidats classiques.
    Enfin jusqu’à présent, Macron (Blanquer) me paraît avoir une bonne orientation et prendre de bonnes mesures pour l’école (ex: le dédoublement des CP en zones difficiles). Et l’école c’est quand même important, et notre dérive par rapport aux autres pays comparables est franchement désolante.

    • Descartes dit :

      @ marc.malesherbes

      [Pour le citoyen “ordinaire” qui n’est pas engagé dans un parti, je ne vois pas la différence. Le “gourou”, comme le “parti” présente un projet, une orientation, un programme, avec lequel on est plus ou moins d’accord. Savoir qui l’a élaboré n’est pas essentiel, si on n’est pas dans le “parti” le “mouvement”.]

      C’est là le nœud de la question. Le parti politique est une institution qui met en œuvre dans le champ politique ce qui est habituel dans tous les autres champs de l’action humaine, à savoir, la division du travail. Parce qu’il est plus rationnel de laisser faire les choses par ceux qui ont l’expertise et l’intérêt plutôt que de tout faire soi-même, on confie notre santé au médecin, notre défense à l’avocat… et on confie le sort de la cité au militant politique.

      Mais cet acte de délégation ne dessaisit pas le citoyen de ses fonctions. Le parti politique – au sens traditionnel du terme – est d’abord un regroupement de militants qui présente des candidats pour les fonctions électives. Et les militants sont à l’écoute intime des citoyens, qui sont leurs voisins, leurs camarades de bureau ou d’atelier. Et ce sont eux qui définissent le programme, qui sélectionnent les candidats. C’est donc par l’intermédiaire du militant que les citoyens participent à la sélection des candidats, sélection qui donne un sens à l’élection au suffrage universel en proposant au citoyen des alternatives qui lui donnent envie de voter.

      Dans la logique du « mouvement » telle que les égo-politiciens la conçoivent, les militants n’existent plus. Le « gourou » élabore le programme et désigne les candidats en vase clos, en fonction de ses intérêts, de ses lubies, de ce qu’il sait ou ne sait pas sur la société française. Le citoyen est prié de lui faire confiance, sans avoir aucun lien avec lui pour lui transmettre ses demandes, ses désirs, ses inquiétudes. Il n’y a donc aucune raison pour que les candidats et leur programme correspondent à autre chose qu’aux sondages…

      [L’autre question est de savoir si un parti présente une meilleure garantie de voir appliquer ses déclarations électorales qu’un “gourou”. Toute mon expérience me montre qu’en ce qui concerne les partis on peut avoir de grosses surprises, et, jusqu’à présent, c’est de loin Macron qui reste le plus proche de ce qu’il a proposé par rapport à tous ses prédécesseurs, pourtant issus de partis.]

      Je serais plus nuancé. Si l’on veut comparer, il faut aller chercher les exemples avant les années 1990. En effet, si les candidats des années 2000 sont toujours issus formellement de partis politiques, ces partis ne sont plus que des coquilles vides, des écuries électorales que le corps militant a largement déserté – pour citer un apparatchik socialiste, il ne reste que deux types de militants : ceux qui sont élus, et ceux qui voudraient l’être. Et je vous accorde volontiers qu’entre le « gourou » et l’écurie électorale, la différence est mince.

      Maintenant, revenons à la comparaison. Prenez par exemple Giscard : laquelle parmi ses promesses électorales l’accuseriez-vous de ne pas avoir tenue ? Ou même Mitterrand : ses six premiers mois ne souffrent pas de la comparaison avec ceux de Macron, en termes de tenue des promesses de campagne…

      Un véritable parti politique offre bien plus de garanties en terme de tenue des promesses qu’un « gourou » ne peut le faire. Un « gourou », lorsqu’il trahit son programme, doit répondre devant les électeurs, qui ne peuvent le sanctionner qu’au bout de plusieurs années. Un dirigeant issu d’un parti doit répondre non seulement devant les électeurs, mais devant les militants – dont beaucoup sont élus – qui ont un pouvoir de nuisance autrement plus important.

      [Enfin, en ce qui me concerne je ne me désole pas de la victoire de Macron. Pour moi, il a présenté clairement sa ligne politique, à savoir l’adaptation de la France à la politique libérale de l’Europe, et sa dissolution dans l’Europe (le transfert accéléré de compétences), ce qu’on fait tous ses prédécesseurs en disant le contraire (plus ou moins). Même si cette orientation ne m’enchante pas, il a été clair, il a sa logique, et une majorité a voté pour cette orientation.]

      Je trouve que vous allez un peu vite. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’un peu moins de 20% des inscrits a voté pour cette orientation. C’est le résultat de Macron au premier tour. Le reste, on ne sait pas. On peut soutenir qu’au deuxième tour une majorité a voté pour les orientations proposées par Macron, mais on peut tout aussi valablement soutenir qu’une majorité a voté pour ne pas avoir Marine Le Pen à l’Elysée. L’élection d’un président ne vaut pas blanc seing sur son programme.

      [Enfin jusqu’à présent, Macron (Blanquer) me paraît avoir une bonne orientation et prendre de bonnes mesures pour l’école (ex: le dédoublement des CP en zones difficiles). Et l’école c’est quand même important, et notre dérive par rapport aux autres pays comparables est franchement désolante.]

      Sur beaucoup de points et pas des moindres – l’éducation, l’énergie, la politique étrangère – Macron est nettement meilleur de mon point de vue que ses prédécesseurs. Il faut dire qu’on partait de loin…

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes

      Bonjour,

      Vous défendez l’intérêt des partis. Soit, il n’y a rien à redire sur le principe.
      Cependant, lorsque l’on constate, comme vous le faites, qu’il ne sont pratiquement plus composés que d’élus ou de candidat à une élection, j’y ajouterais, et ce ne sont pas les moindres, les bénéficiaires de prébendes et ceux qui aspire à le devenir, il ne reste pas grand monde pour représenter le citoyen lambda.
      Et tous ces gens intéressés, à un titre ou un autre, présentent-ils la compétence requise pour un médecin, un ingénieur, un avocat, un juge, etc . . . Le paiement d’une carte d’adhésion ne leur confère aucune compétence ou qualification particulière. Ce qu’ils disent ne vaut pas mieux que ce que disent des sondages, voire les réseaux sociaux.
      Le gap actuel est que les citoyens aspirent à se faire une opinion par eux mêmes, avec les moyens dont ils disposent, et que devant l’avalanche d’informations contradictoires il leur est très difficile d’y voir clair.
      Le paysage politique a changé en quelques années et les sondages, quoi qu’on en pense, me paraissent plus fidèles à ce que pense le peuple, que l’interprétation souvent tendancieuse et intéressé que les membres d’un parti, sous l’influence éventuelle de gourous de quartiers, peut exprimer.
      On peut toujours reprocher à un sondage le montage de ses questions, l’organisation du dépouillement des réponses. Peut-on le faire pour 50 sondages ? C’est plus difficile. Si la méthode est mauvaise, il est possible de les contester sur des bases factuelles.
      Et, à part de rares initiés, quand les partis expriment-ils sur la place publique le détail des débats internes ? ils nous offrent des synthèses, résultat d’une rédaction subjective qui passe pour démocratique et qui n’est très souvent que le reflet de quelques dirigeants.
      Les citoyens en ont bien conscience et c’est pourquoi ils délaissent les partis. La situation actuelle satisfait peu ou prou la moitié des citoyens. C’est déja pas mal. Dans leur sagesse et suite aux échecs successifs des différents gouvernement, ils accordent un crédit relatif à E. Macron. On verra bien quels résultats ils obtiendra dans les mois ou les années qui viennent.
      Ce que ne comprennent toujours pas – ou font semblant de ne pas comprendre – les dirigeants de partis, c’est que les Français sont vaccinés contre ces dénonciateurs acharnés des prétendues incompétences de ceux qui ont le volant entre les mains alors queux même, en situation, ne font pas mieux. L’aptitude à dénoncer ne vaut pas aptitude à gouverner.
      Si les Français en sont maintenant convaincus, c’est déja là un progrès.

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [Le paiement d’une carte d’adhésion ne leur confère aucune compétence ou qualification particulière. Ce qu’ils disent ne vaut pas mieux que ce que disent des sondages, voire les réseaux sociaux.]

      Je ne suis pas d’accord. Un militant ne se contente pas de « payer une carte d’adhésion ». Il participe à des réunions, il rédige et distribue des tracts, il lit des documents et des livres. Il siège dans des instances, il participe à des sessions de formation. Il fait les marchés et le porte-à-porte. Un militant développe une réflexion politique personnelle, et a une connaissance de ce que pensent les gens. C’est pourquoi ce qu’il dit vaut bien mieux que les sondages ou les réseaux sociaux…

      [Le gap actuel est que les citoyens aspirent à se faire une opinion par eux mêmes,]

      Vous croyez ? Je ne vois pas très ben cette « aspiration » chez nos concitoyens. Pourquoi chercher à se faire une opinion, alors qu’on vous offre tant d’opinions toutes faites ?

      [Le paysage politique a changé en quelques années et les sondages, quoi qu’on en pense, me paraissent plus fidèles à ce que pense le peuple, que l’interprétation souvent tendancieuse et intéressé que les membres d’un parti, sous l’influence éventuelle de gourous de quartiers, peut exprimer.]

      Donc, si l’on suit votre raisonnement, un gouvernement véritablement démocratique doit suivre les sondages, et non le vote de l’Assemblée nationale, qui ne reflète finalement que « l’interprétation souvent tendancieuse » des partis ?

      Les sondages ne représentent – et ne peuvent pas représenter – ce que les gens pensent. Tout au plus ils représentent ce que les gens DISENT penser. Posez la question « fraudez-vous vos impôts ? » et vous verrez la différence…

      [On peut toujours reprocher à un sondage le montage de ses questions, l’organisation du dépouillement des réponses. Peut-on le faire pour 50 sondages ? C’est plus difficile.]

      Indépendamment du montage des questions ou l’organisation du dépouillement, les sondages ont un biais fondamental, c’est celui que j’ai décrit plus haut. Le sondage recueille ce que les gens disent, et non ce que les gens pensent. Or, il y a beaucoup de pensées que nous n’aimons pas formuler.

      [Et, à part de rares initiés, quand les partis expriment-ils sur la place publique le détail des débats internes ? ils nous offrent des synthèses, résultat d’une rédaction subjective qui passe pour démocratique et qui n’est très souvent que le reflet de quelques dirigeants.]

      Normal. Votre médecin ne vous dit que le dixième que ce qui est contenu dans les comptes rendus d’examen que vous lui amenez. Et pourtant, vous lui faites confiance pour vous soigner. L’avocat ne vous dit que le dixième des subtilités de votre cas, et pourtant vous lui faites confiance pour vous défendre. Même chose pour le militant politique. C’est la logique même de la division du travail. Si vous avez envie de connaître le détail des débats internes, vous pouvez toujours adhérer et y participer.

      [Les citoyens en ont bien conscience et c’est pourquoi ils délaissent les partis.]

      Mais alors, comment expliquez-vous que pendant deux siècles les citoyens se soient exprimés à travers les partis ? Parce que les travers que vous leur reprochez aujourd’hui ne sont pas nouveaux. Je dirais même plus : l’opacité des débats internes était bien plus grande il y a un siècle. Et pourtant, les citoyens ne trouvaient pas cela inacceptable…

      Je persiste. Ce qui a changé – et qui explique pourquoi les partis, qui étaient les acteurs essentiels du débat politique, sont aujourd’hui en crise – c’est la disparition du militant. C’est lui qui servait de lien entre l’élu et le peuple, c’est lui qui était d’une certaine manière « l’expert » en qui le citoyen délègue le soin de faire le travail de débat et de réflexion politique. Sans militants, les partis deviennent des coquilles vides.

      [La situation actuelle satisfait peu ou prou la moitié des citoyens.]

      Ca, on n’en sait rien. Tout au plus, on peut dire qu’à peu près cinquante pour cent SE DECLARENT satisfaits. Ce n’est pas tout à fait la même chose…

      [C’est déja pas mal. Dans leur sagesse et suite aux échecs successifs des différents gouvernements, ils accordent un crédit relatif à E. Macron. On verra bien quels résultats il obtiendra dans les mois ou les années qui viennent.]

      On verra… souvenez-vous que, comme disait quelqu’un, le peuple français est essentiellement régicide…

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes,

      Bonsoir,

      [[Le gap actuel est que les citoyens aspirent à se faire une opinion par eux mêmes,
      Vous croyez ? Je ne vois pas très ben cette « aspiration » chez nos concitoyens. Pourquoi chercher à se faire une opinion, alors qu’on vous offre tant d’opinions toutes faites ?]]

      Je ne fais que reprendre votre argumentation antérieure : la politique se réduit à un vaste marché de consommateurs ?
      . Corrigez-moi si je trahis sinon les mots du moins l’esprit de ce que vous avez écrit.
      Donc s ‘il y a consommateurs, il y a producteur d’informations, et vis versa. Avec le développement des médias et des réseaux sociaux, il y a pléthore. C’est en effet un vaste marché où l’on trouve de tout.
      S’il n’y avait aucune audience sur ces médias, croyez vous qu’ils subsisteraient longtemps ? Bien sûr que non.
      Ce qui vous déstabilise dans votre approche, c’est la grande mutation de la demande. Elle devient désordonnée, anarchique, irrationnelle même, et cela n’est pas compatible avec vos « gènes ». C’est pourtant la réalité et la qualité de votre dialectique n’y fera rein.

      [Donc, si l’on suit votre raisonnement, un gouvernement véritablement démocratique doit suivre les sondages, et non le vote de l’Assemblée nationale, qui ne reflète finalement que « l’interprétation souvent tendancieuse » des partis ?]

      Je n’ai pas dit cela, mais des sondages bien réalisés – et c’est à un gouvernement, qui en a les moyens, de s’en assurer – nous en apprendrons probablement autant que des députés ou autres qui n’ont ni les moyens, ni la compétence, ni l’intérêt ,quelquefois, de transmettre la réalité des opinions.
      Pensez vous que ce que disent les gens à leur député correspond à ce qu’ils pensent vraiment ? Vous peut-être parce que vous êtes de taille à défendre votre point de vue et argumenter de façon très au dessus de la moyenne. Pas le citoyen lambda.
      Un témoignage de qui que ce soit n’est pas scientifique. Un sondage bien réalisé se base sur des méthodes quasiment scientifiques. Auriez-vous changé de casaque et opté pour Nostradamus au détriment de R .Descartes ?

      [Le sondage recueille ce que les gens disent, et non ce que les gens pensent. Or, il y a beaucoup de pensées que nous n’aimons pas formuler.]
      Sans doute, mais il existe des méthodes de recoupement des réponses qui permettent de décoder, ce que ne savent, en principe, pas faire des députés, par exemple.

      [  Votre médecin ne vous dit que le dixième que ce qui est contenu dans les comptes rendus d’examen . . . . . . .
       et pourtant vous lui faites confiance pour vous défendre. Même chose pour le militant politique]

      L’un a dû faire la preuve de sa compétence devant ses pairs. L’autre, compte tenu de la désaffection des partis ne se voit pas exiger les mêmes contraintes et de loin. Vous parcourrez bien plus que moi les blogs et autres communications sur le web. N’avez vous pas remarqué le degré de sottise, d’ignorance et de mauvaise foi de pas mal d’interlocuteurs qui se déclarent militants, ceci dans tous les partis. Vous argumentez pour des militants communistes des années 50. Et encore je suis sûr qu’à l’époque il était possible d’y trouver des imbéciles ou des malhonnêtes.

      [ Et pourtant, les citoyens ne trouvaient pas cela inacceptable…]

      Il faut croire que maintenant, malgré tous les avatars liés à la médiatisation débordante, ils ont enfin reçu la lumière et agissent en conséquence. Il est bien connu que pour conserver du pouvoir, il est nécessaire de maintenir ses sujets dans l’ignorance.
      L’information, même chaotique, sujette à caution a un peu le mérite d’ouvrir des yeux. Autrefois, comme vous dites, les pires turpitudes se produisaient sous le nez de la population et elle n’y voyait que du feu. Ce n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui. Qui va s’en plaindre ?

      [ On verra… souvenez-vous que, comme disait quelqu’un, le peuple français est essentiellement régicide…]

      En effet, on verra. Cependant, avec ce qui vient de se passer en 2017, je ne peux que constater, sans débordement particulier d’optimisme, que les conditions politiques qui ont fait l’objet de tant d’inefficacité et de tant de critiques, ont nettement changées. Si cela aboutit à un réel progrès pour le plus grand nombre et réduit les inégalités, tant mieux. Sinon ce n’aura été qu’une étape vers un progrès futur. C’est la loi de l’évolution qui s’applique là aussi.

    • morel dit :

      @ Marcailloux

      Je vous prie de bien vouloir m’excuser de m’introduire dans ce débat dans lequel je me sens quelque peu concerné.

      « les bénéficiaires de prébendes et ceux qui aspirent à le devenir, il ne reste pas grand monde pour représenter le citoyen lambda. »

      Je ne suis pas (faute d’avoir trouvé « chaussure à mon pied ») militant politique mais syndical, S’il n’y pas et n’a jamais eu de « confrérie de militants », permettez que j’en défende le principe hors le spectacle donné par des organisations à bout de souffle où les ambitions politiques ont fait place aux ambitions personnelles faute de vrai projet d’agir sur l’existant.

      Ce type d’accusation que vous formulez, je l’ai entendu dès le début de ma « carrière » syndicale dès le premier jour de détachement (oh, pas ouvertement mais…). Imaginez vous que ces journées
      peuvent êtres bien plus longues et compliquées que celles de travail et connaissent parfois des prolongations au-delà mais bien plus riches. Quant aux prébendes, désolé l’avancement n’a pas suivi …

      Il est tout aussi loisible au « citoyen lambda » de fouiller les textes ça ne manque pas, de la réglementation au code du travail aux communiqués de la boîte, les textes des CE, voire parfois aux bilans et articles de presse…forts utiles aussi pour exercer un droit de critique rationnel.

      « Le paiement d’une carte d’adhésion ne leur confère aucune compétence ou qualification particulière. Ce qu’ils disent ne vaut pas mieux que ce que disent des sondages, voire les réseaux sociaux »

      Soyez alors logique et appelez de vos vœux un gouvernement des sondages ou des réseaux sociaux, ça coûtera moins cher à la République (mais pourra t-on l’appeler ainsi?)
      Ne peut-on pas plutôt penser que l’acte d’adhésion est un signe volontaire de marquer une communauté d’idée, un engagement qui mène parfois plus loin ?
      Vous pouvez m’objecter la communauté de recherche de prébendes mais mais n’est-ce pas ce qui a conduit à l’éclatement des partis institutionnels ?

      « Le gap actuel est que les citoyens aspirent à se faire une opinion par eux mêmes »

      Et en cela, ils auraient tout à fait raison mais ils auraient tort de ne pas au moins écouter ceux qui, militants (désolé) ont sérieusement fouillé la question,

      « Le paysage politique a changé en quelques années et les sondages, quoi qu’on en pense, me paraissent plus fidèles à ce que pense le peuple, »

      Il y aurait bien à dire sur les sondages qui peuvent refléter le sentiment d’un instant qui comme chacun sait n’est qu’un instant. Par ailleurs des travaux ont prouvé que le simple fait d’énoncer telle opinion est majoritaire ne fait qu’accroître cette majorité,
      Enfin peut-on mettre un signe égal entre opinion et conviction établie ?

      « Et, à part de rares initiés, quand les partis expriment-ils sur la place publique le détail des débats internes ? ils nous offrent des synthèses, résultat d’une rédaction subjective qui passe pour démocratique et qui n’est très souvent que le reflet de quelques dirigeants. »

      N’exagérons pas, la plupart des débats sont souvent connus.
      Pour ma part, je trouve anormal de porter au-delà de la connaissance de nos adhérents nos débats internes, chacun pouvant adhérer.

      « Les citoyens en ont bien conscience et c’est pourquoi ils délaissent les partis. La situation actuelle satisfait peu ou prou la moitié des citoyens. C’est déjà pas mal. Dans leur sagesse et suite aux échecs successifs des différents gouvernement, ils accordent un crédit relatif à E. Macron. On verra bien quels résultats ils obtiendra dans les mois ou les années qui viennent. »

      Cela tient peut-être aussi de la faiblesse des oppositions y compris considérées comme les plus extrêmes, voyez FN et FI.
      Par ailleurs, Macron a su se révéler un redoutable opportuniste sur les sujets sociétaux et j’avoue humblement qu’il m’a pris a contre pied (écart entre ses paroles repentantes en Algérie pendant la campagne puis après) mais il y a une réelle attente sur les sujets « économiques » ; pour l’instant, il bénéficie d’une reprise amorcée antérieurement (fin du cycle de régression engendré par 2008) mais la question reste entière du chômage en liaison avec les cadeaux aux « entreprises ».

      « Ce que ne comprennent toujours pas – ou font semblant de ne pas comprendre – les dirigeants de partis, c’est que les Français sont vaccinés contre ces dénonciateurs acharnés des prétendues incompétences de ceux qui ont le volant entre les mains alors queux même, en situation, ne font pas mieux. L’aptitude à dénoncer ne vaut pas aptitude à gouverner. »

      Bien entendu, il n’y a rien de pire que la dénonciation à plus forte raison lorsqu’on ne propose pas d’orientation bien différente.

      Cela ne m’empêche pas de vous souhaiter sincèrement une bonne année 2018.

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [« Vous croyez ? Je ne vois pas très ben cette « aspiration » chez nos concitoyens. Pourquoi chercher à se faire une opinion, alors qu’on vous offre tant d’opinions toutes faites ? » Je ne fais que reprendre votre argumentation antérieure : la politique se réduit à un vaste marché de consommateurs ?]

      Je ne comprends pas très bien votre point. Je ne vois pas où j’aurais soutenu pareille chose. Il ne faudrait pas confondre « la politique » avec « les média ». Ce n’est pas tout à fait la même chose, même si on cherche à nous faire croire le contraire.

      Les gens, dans leur immense majorité, n’ont aucune « aspiration à se faire leur propre opinion », ce qui suppose un processus rationnel, une volonté de chercher l’information et de l’analyser. Les gens adoptent une opinion, en général en choisissant parmi les opinions disponibles toutes faites dans leur entourage familial, professionnel, scolaire. Il faut un grand optimisme pour croire qu’il y a une « aspiration » générale à « se faire » une opinion originale et différente.

      [S’il n’y avait aucune audience sur ces médias, croyez vous qu’ils subsisteraient longtemps ? Bien sûr que non.]

      Exactement. Et c’est pourquoi les média consacrent un effort considérable pour savoir l’opinion des gens, et produisent ensuite des émissions qui confirment ces opinions. En ce sens, les média ne précèdent pas les gens, ils ne cherchent pas à changer leurs opinions. Ils ne font que les confirmer.

      [Ce qui vous déstabilise dans votre approche, c’est la grande mutation de la demande. Elle devient désordonnée, anarchique, irrationnelle même, et cela n’est pas compatible avec vos « gènes ». C’est pourtant la réalité et la qualité de votre dialectique n’y fera rein.]

      Je ne comprends pas ce commentaire. Je ne trouve pas que la demande soit « désordonnée, anarchique » et encore moins « irrationnelle ». Au contraire, je trouve la demande d’un conformisme et d’une uniformité extraordinaire, qui se traduit d’ailleurs dans l’homogénéité du discours des médias.

      [Je n’ai pas dit cela, mais des sondages bien réalisés – et c’est à un gouvernement, qui en a les moyens, de s’en assurer – nous en apprendrons probablement autant que des députés ou autres qui n’ont ni les moyens, ni la compétence, ni l’intérêt, quelquefois, de transmettre la réalité des opinions.]

      J’ai l’impression qu’il y a une erreur majeure dans votre raisonnement. Les députés et les élus en général NE SONT PAS LA POUR TRANSMETTRE LES OPINIONS DE LEURS ELECTEURS. Ce ne sont pas des porte-voix, mais des délégataires. Je n’élis pas un député parce qu’il pense comme moi, mais parce que je lui fais confiance pour penser à ma place. C’est pourquoi en France on a toujours interdit le mandat impératif. L’élu est choisi parce qu’il bénéficie de la confiance de ses concitoyens pour trouver une solution aux problèmes qui lui seront posés, et non parce qu’il portera la solution pensée par ses électeurs.

      J’ai dit que les militants faisaient le lien entre le citoyen et l’élu. Pas qu’ils étaient une simple courroie de transmission. Le travail militant permet à l’élu de connaître non seulement l’opinion de ses électeurs, mais aussi leurs angoisses, leurs problèmes, leurs situations réelles. Je me souviens du temps ou, militant communiste, je faisais du porte-à-porte régulièrement dans ma cité. Je connaissais sur le bout des doigts la situation de chacun, qui était au chômage, qui avait un enfant en prison, l’état des appartements de l’ensemble HLM, la vétusté de l’école… et je pouvais faire remonter ces problèmes au conseiller municipal communiste que je croisais en réunion de cellule une fois par quinzaine, ou au député communiste que je voyais à la fédération une fois tous les deux mois. Et ce travail-là, aucun sondage ne le fera, parce qu’aucun sondeur ne prendra le temps d’aller visiter l’appartement bouffé par l’humidité.

      [Pensez vous que ce que disent les gens à leur député correspond à ce qu’ils pensent vraiment ? Vous peut-être parce que vous êtes de taille à défendre votre point de vue et argumenter de façon très au dessus de la moyenne. Pas le citoyen lambda.]

      Justement. C’est à cela que sert le militant : à faire le lien entre les gens qui ne sont pas de taille à défendre leur point de vue, et le député.

      [Un témoignage de qui que ce soit n’est pas scientifique. Un sondage bien réalisé se base sur des méthodes quasiment scientifiques. Auriez-vous changé de casaque et opté pour Nostradamus au détriment de R .Descartes ?]

      Je serais curieux de connaître une méthode « quasiment scientifique » qui permette de savoir ce que les gens pensent…

      [« Le sondage recueille ce que les gens disent, et non ce que les gens pensent. Or, il y a beaucoup de pensées que nous n’aimons pas formuler ». Sans doute, mais il existe des méthodes de recoupement des réponses qui permettent de décoder,]

      Peut-être, mais pour le moment il n’existe aucun moyen de savoir si ce décodage a un quelconque rapport avec la réalité. C’est tout le problème du sondage : il repose sur ce que le sondé DIT et non sur ce que le sondé PENSE. Et comme il n’existe aucun moyen de savoir ce que les gens pensent, vous n’avez aucun moyen de valider votre « méthode de recoupement ». Si un sondage permettait de savoir ce que les gens pensent, il n’y aurait plus besoin de psychanalyse…

      [L’un a dû faire la preuve de sa compétence devant ses pairs.]

      L’autre aussi. Pourquoi croyez-vous que Macron a pu compter sur le soutien d’un grand nombre de politiques ?

      [N’avez vous pas remarqué le degré de sottise, d’ignorance et de mauvaise foi de pas mal d’interlocuteurs qui se déclarent militants, ceci dans tous les partis. Vous argumentez pour des militants communistes des années 50. Et encore je suis sûr qu’à l’époque il était possible d’y trouver des imbéciles ou des malhonnêtes.]

      Certainement. Mais pas plus que chez les médecins, les avocats, les boulangers, les curés ou n’importe quelle autre activité. Ce qui ne vous empêche pas d’aller vous faire soigner à l’hôpital, vous faire défendre au tribunal, acheter votre pain à la boulangerie ou faire baptiser vos enfants.

      [Il faut croire que maintenant, malgré tous les avatars liés à la médiatisation débordante, ils ont enfin reçu la lumière et agissent en conséquence. Il est bien connu que pour conserver du pouvoir, il est nécessaire de maintenir ses sujets dans l’ignorance. L’information, même chaotique, sujette à caution a un peu le mérite d’ouvrir des yeux. Autrefois, comme vous dites, les pires turpitudes se produisaient sous le nez de la population et elle n’y voyait que du feu. Ce n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui. Qui va s’en plaindre ?]

      Il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles, et le Canard Enchainé n’est pas né d’hier. Les gens ne savent rien aujourd’hui qu’ils ne sussent hier ou avant-hier. Vous croyez vraiment que dans les années 1930 ou 1960 les gens croyaient que leurs hommes politiques étaient des parangons de vertu et d’honnêteté ? Vraiment ?

      L’information continue n’a en rien « ouvert les yeux », tout simplement parce qu’ils étaient bien ouverts. Ce qu’on nous explique aujourd’hui, nous le savions déjà. Tout au plus, elle a contribué à une surenchère puritaine dont le but est de plus en plus apparent : affaiblir l’image de ceux qui s’occupent de la chose publique pour mieux préparer sa « privatisation ».

      [Cependant, avec ce qui vient de se passer en 2017, je ne peux que constater, sans débordement particulier d’optimisme, que les conditions politiques qui ont fait l’objet de tant d’inefficacité et de tant de critiques, ont nettement changées. Si cela aboutit à un réel progrès pour le plus grand nombre et réduit les inégalités, tant mieux. Sinon ce n’aura été qu’une étape vers un progrès futur. C’est la loi de l’évolution qui s’applique là aussi.]

      Allemagne, 1936…

    • Descartes dit :

      @ morel

      [Ce type d’accusation que vous formulez, je l’ai entendu dès le début de ma « carrière » syndicale dès le premier jour de détachement (oh, pas ouvertement mais…). Imaginez vous que ces journées peuvent êtres bien plus longues et compliquées que celles de travail et connaissent parfois des prolongations au-delà mais bien plus riches. Quant aux prébendes, désolé l’avancement n’a pas suivi…]

      Sans vouloir mettre des mots dans sa bouche, je pense que notre ami Marcailloux parlait des « prébendes » en pensant aux élus, et non aux simples militants. Cela étant dit, celui qui s’engagerait dans une carrière politique pour chercher des « prébendes » ferait un très mauvais calcul. Il faut en effet un très gros investissement en termes de temps, de travail et de disponibilité, avec un résultat final très aléatoire. Car pour un militant qui décroche la timbale (un siège de maire, de sénateur, de député) il y en a cent qui doivent se contenter d’un siège de conseiller municipal ou départemental – chichement rémunéré, quand ce n’est pas bénévole. Un « parti d’élus » n’est pas nécessairement un « parti de prébendiers ».

      Quant aux militants syndicaux… en France, on n’en voit pas beaucoup qui roulent en Porsche, mais on retrouve beaucoup à Pole Emploi. Plus que le militant politique, le militant syndical prend de véritables risques, sur sa carrière très souvent, sur son intégrité physique parfois, compte tenu de la violence des rapports sociaux dans beaucoup d’entreprises. Les rares « prébendes » qui leur sont accordés ne compensent pas, loi de là, les risques encourus. Je parle bien entendu des militants syndicaux combatifs. Pas des syndicats qui ne servent qu’à négocier le poids des chaînes quand le patron décide de rétablir l’esclavage, si vous voyez ce que je veux dire…

    • morel dit :

      @ Descartes

      Ma réaction n’a aucun caractère personnel. Si j’ai évoqué l’attitude assez désespérante de certains collègues qui voient dans un détachement un privilège, c’est précisément pour que Marcailloux puisse prendre de la distance dans sa considération du militant auquel on pourrait avantageusement substituer sondages et réseaux sociaux et qui pourrait camoufler des profiteurs.
      Par ailleurs, ma philosophie, passé les premiers temps où ça faisait mal, a toujours été : qui s’expose, s’expose à… il faut passer outre.

      Permettez tout de même que je m’étonne que nombre de nos concitoyens n’aient que louanges pour le « bénévolat » souvent caritatif (je ne développerai pas ce point) et beaucoup d’exigences et de critiques envers ceux qui donnent leur temps et leur énergie dans des fonctions plus institutionnalisées : militants politiques et syndicaux, conseillers municipaux et maires de petites communes…

    • morel dit :

      Il est aussi assez étrange d’entendre des plaintes d’affaissement de l’esprit civique et d’ironiser ou critiquer l’esprit militant.
      Valoriser l’entrepreneur et dévaloriser l’entreprenant, c’est l’époque.
      Je serais curieux de savoir quelles grandes choses peuvent être accomplies sans ce souffle ;pas le cas à l’heure actuelle et pour cause…

      Au risque de paraître prétentieux, je préfère tenter d’agir que d’être l’objet de soumission aux courants dominants (sondages, réseaux sociaux compris) au risque de la déception aussi…

    • Descartes dit :

      @ morel

      [Ma réaction n’a aucun caractère personnel.]

      Cela allait pour moi de soi. On se connaît assez pour que l’idée ne m’ait pas effleuré l’esprit.

      [Si j’ai évoqué l’attitude assez désespérante de certains collègues qui voient dans un détachement un privilège, c’est précisément pour que Marcailloux puisse prendre de la distance dans sa considération du militant auquel on pourrait avantageusement substituer sondages et réseaux sociaux et qui pourrait camoufler des profiteurs.]

      J’ai l’impression que vous faites référence au syndicalisme dans la fonction publique. Il est vrai qu’il y a une différence fondamentale entre le syndicalisme dans le privé et le syndicalisme dans la fonction publique. Dans le privé, le militant syndical prend des risques considérables, sur son emploi, sur sa carrière, mais aussi sur son intégrité physique dans les cas les plus extrêmes. Alors, difficile de considérer que les heures de délégation, les protections supplémentaires et autres « prébendes » constituent un « privilège ».

      Le cas de la fonction publique est un peu différent. Les fonctionnaires disposent déjà d’un ensemble de règles qui protègent efficacement leur emploi et leur carrière, dispositif dont le but premier est de mettre les fonctionnaires à l’abri des pressions politiques et d’assurer donc leur neutralité. On peut comprendre dans ces conditions que la balance entre les risques pris et les avantages qu’on tire d’une activité syndicale puissent paraître moins équilibrés…

      [Permettez tout de même que je m’étonne que nombre de nos concitoyens n’aient que louanges pour le « bénévolat » souvent caritatif (je ne développerai pas ce point) et beaucoup d’exigences et de critiques envers ceux qui donnent leur temps et leur énergie dans des fonctions plus institutionnalisées : militants politiques et syndicaux, conseillers municipaux et maires de petites communes…]

      Je pense que c’est l’héritage empoisonné de l’idéologie soixante-huitarde. Dans cette logique, dont nous ne sommes toujours pas sortis cinquante ans plus tard, une institution, quelle qu’elle soit, fait partie des « mécanismes répressifs de l’Etat » et à ce titre est un instrument d’oppression. Le militant politique et syndical, l’élu même de terrain ne sont que des pions, complices – volontaires ou involontaires – de la grande conspiration bourgeoise contre le peuple. La Verité se trouve du côté des organisations extra-institutionnelles, c’est-à-dire, des ONG, des « mouvements » et autres structures sans hiérachie.

    • Descartes dit :

      @ morel

      [Il est aussi assez étrange d’entendre des plaintes d’affaissement de l’esprit civique et d’ironiser ou critiquer l’esprit militant. Valoriser l’entrepreneur et dévaloriser l’entreprenant, c’est l’époque. Je serais curieux de savoir quelles grandes choses peuvent être accomplies sans ce souffle ;pas le cas à l’heure actuelle et pour cause…]

      Je crois que c’est De Gaulle qui, dans une conversation privée, avait dit en 1967 à l’un de ses confidents d’un ton désabusé « il n’y a plus rien de difficile à réussir ». L’époque des grands défis, des grands choix était passée, et la France allait s’enfoncer tranquillement dans le contentement petit-bourgeois du « ça me suffit ». L’idée que bien gouverner était synonyme d’une exigence de dépassement permanent allait laisser la place à l’idée que bien gouverner est l’équivalent de bien administrer le pays, en bon père de famille.

      Il y a quelques années, un ami sioniste était venu chez moi pour essayer de me convaincre d’émigrer vers Israel. Je n’ai pas du tout été sensible à ses arguments sur le fait qu’une telle émigration me permettrait de « vivre en juif parmi les juifs » ou bien qu’elle me mettrait en sécurité face à « l’antisémitisme des français ». Le seul argument qui a fait vibrer chez moi une corde était le suivant : « Israel est un pays neuf, ou tout est à construire, alors qu’en France tout est déjà fait ». C’est cet esprit pionnier qui résume le « souffle » dont vous parlez je pense.

      Quand Macron dit de penser chaque jour à ce qu’on peut faire pour son pays, il frappe cette même corde. J’ignore s’il est sincère quand il dit cela, ou s’il se contente de copier une formule de Kennedy, dont il admire tant la figure. Mais le fait est là : sans une transcendance, sans une référence à un but qui nous dépasse, l’homme redevient un animal comme les autres, soucieux seulement du gîte et du couvert. Et la question politique fondamentale est à mon sens comment refonder cette transcendance.

    • Marcailloux dit :

      @ morel

      Bonjour et merci pour vos vœux que je vous présente à mon tour.

      [Je vous prie de bien vouloir m’excuser de m’introduire dans ce débat dans lequel je me sens quelque peu concerné.]

      À quel titre pourrais-je me sentir offusqué de votre intrusion dans le débat, qui, par nature, sur un blog libre d ‘accès, est public ? Je vous remercie plutôt, et très sincèrement de vous intéresser à l’opinion que j’exprime, et de vous donner la peine d’y répondre avec toute l’honnêteté intellectuelle que vous montrez.
      Si je devais formuler un seul souhait pour cette nouvelle année, concernant ce blog, c’est un développement des échanges multilatéraux entre les commentateurs, dans la mesure où ceux ci s’exprime dans le respect des opinions d’autrui et en y mettant les formes de la courtoisie, ce qui est votre cas.

      [Je ne suis pas (faute d’avoir trouvé « chaussure à mon pied ») militant politique mais syndical, . . . . . . . ]

      Mon propos s’adressait tout particulièrement à un nombre non négligeable d’agents des collectivités locales que j’ai eu l’occasion de connaître, et qui, pour être embauchés se découvrait soudainement une vocation de militant politique. Vous évoquez votre propre cas et je ne doute pas de sa véracité, j’en ai connu un grand nombre quand j’étais professionnellement amené à côtoyer les autorités locales dans une préfecture de province et à présider le CE dans le groupe industriel qui m’employait. Comme dans la société en général, j’y ai rencontré des purs et des moins purs. Les motivations que j’ai alors eu l’occasion de supputer n’étaient pas toutes aussi louable que la votre et que les efforts à fournir pour avoir la capacité d’argumenter n’étaient que le fait de quelques uns.
      Et puis, lorsqu’il s’agit de protester du procès – ce terme ne correspond d’ailleurs pas à l’intention de mes propos – qui serait fait à une catégorie socio-professionnelle, les protestataires présentent toujours les cas indiscutables qui contredisent la mise en cause. A ce titre, je suis toujours étonné que l’on nous montre un enseignant dans une classe difficile de zone d’éducation prioritaire pour nous faire la démonstration des difficultés du corps enseignant.

      [ Quant aux prébendes, désolé l’avancement n’a pas suivi …]

      Je présume, mais n’est ce, peut-être, pure imagination, que vous étiez dans la fonction publique. C’est un domaine que je connais assez peu dans ses relations représentatives. Cependant, trois année comme chargé de mission dans le cadre du Ministère du Travail m’ont permis de constater que la notion d’efficience n’était pas le premier souci de l’ensemble des titulaires.

      [Soyez alors logique et appelez de vos vœux un gouvernement des sondages ou des réseaux sociaux, ça coûtera moins cher à la République (mais pourra t-on l’appeler ainsi?)]

      Je n’ai pas dit cela et ne le souhaite non plus. Simplement, partant d’une confiance de principe envers une science honnête et éclairée – c’est à dire d’une certaine méfiance réflexible – je considère qu’il y a dans la pratique des sondages une technologie susceptible de s’affranchir au moins partiellement des vérités subjectives des uns et des autres. Maintenant, lorsque l’on organise un sondage pour ne faire que confirmer ou renforcer telle ou telle observation, on a affaire, en effet à une fumisterie, in enfumage pour être courtois.

      [Vous pouvez m’objecter la communauté de recherche de prébendes mais mais n’est-ce pas ce qui a conduit à l’éclatement des partis institutionnels ?]

      Bien sûr que non, pour la simple raison que l’homme, suivant sa nature, cherchera à obtenir et conserver un avantage individuel, sous forme de prébende ou autre, et qu’à partir du moment où tout s’égalise, il ne trouve plus d’intérêt à ce qui n’est pas distinctif dans ce qu’il vise ou qu’il a obtenu. La communauté, dans ce cas, égalise et annihile la distinction.

      [ Et en cela, ils auraient tout à fait raison mais ils auraient tort de ne pas au moins écouter ceux qui, militants (désolé) ont sérieusement fouillé la question,]

      Mais j’espère qu’ils le font et c’est bien ainsi, à condition que ce soit justifié par un réel travail sur les sujets de discussion et non pas l’annonage de slogans édictés par des leaders éloignés. L’autorité ne se décrète pas, elle s’acquiert.

      [ N’exagérons pas, la plupart des débats sont souvent connus. Pour ma part, je trouve anormal de porter au-delà de la connaissance de nos adhérents nos débats internes, chacun pouvant adhérer.]

      Si débat il y a dans les partis, cela semble porter sur le sexe des anges si l’on observe ce qu’il en sort comme propositions, idées nouvelles, projets potentiels. Je pense peut-être à tort que les discussions se traduisent par un « cause toujours, tu m’intéresses » de la part des leaders locaux, qui vivent probablement la même chose à l’échelon supérieur, et ainsi de suite.

      [Cela tient peut-être aussi de la faiblesse des oppositions y compris considérées comme les plus extrêmes, voyez FN et FI. ]

      C’est bien ce que je disais plus haut. Des partis il ne sort rien. Voilà pourquoi les militants ne souhaitent probablement pas étaler ce néant. Néanmoins, le public n’est pas dupe et c’est pourquoi ils délaissent les partis qui ne font pas le boulot qui est le leur. L’idée que je m’en fais est qu’au lieu d’élaborer des projets novateurs, avec la recherche et la réflexion que cela implique, les militants sont plus employés à construire et entretenir des écuries électorales.

      [ Macron a su se révéler un redoutable opportuniste sur les sujets sociétaux . . . . . ]

      Pas que sociétaux. Il ne casse pas trois pattes à un canard, mais c’est bien connu, au royaume des aveugles le borgne – sans allusion ironique – est roi. Si l’on veut être objectif, E.Macron démontre de réelles qualités de manœuvre par calme plat. C’est déjà pas mal. On verra en cas de coup de tabac. Sa politique du « et ceci et cela » est appréciée comme relativement prudente et modérée par rapport à ses adversaires qui ont, en plus, fait la démonstration de leur inconsistance.
      Finalement, il nous a été proposé de choisir entre la peste, le cancer, la grippe, Alzheimer et le choléra.

      [Bien entendu, il n’y a rien de pire que la dénonciation à plus forte raison lorsqu’on ne propose pas d’orientation bien différente.]

      C’est ce dont les Français ne veulent probablement plus, sans vraiment savoir ce qu’ils veulent. Et depuis des années, les batailles de chiffonniers occupent les médias, amusent de moins en moins les citoyens qui dérivent qui à l’extrême droite, qui à l’extrême gauche au fur et à mesure du rejet qu’ils éprouvent pour les partis de gouvernement.
      Malgré les cris d’orfraies du personnel politique, le sort qui leur est réservé ne doit pas être si désagréable lorsque l’on observe avec quel pugnacité la plupart d’entre eux se cramponnent à la carrière souvent jusqu’à des âges très avancés.
      Quelques uns pratiquent sans doute un vrai sacerdoce. Sont-ils la majorité ? J’en doute.

    • morel dit :

      « J’ai l’impression que vous faites référence au syndicalisme dans la fonction publique. »
      « On peut comprendre dans ces conditions que la balance entre les risques pris et les avantages qu’on tire d’une activité syndicale puissent paraître moins équilibrés… »

      Oui, je bénéficie tout à fait des garanties que vous mentionnez dans mon statut personnel et ma situation est infiniment plus confortable que des collègues ou camarades ressortant d’un statut plus privé. J’en suis conscient. Cela permet de venir en aide à nos camarades bien moins lotis : présence avec tracts et affiches devant les magasins ouvrant le dimanche par ex (les grincheux diront qu’on n’a rien à faire là mais gros risques pour les salariés du magasin ou de la zone commerciale, on l’a vu avec certains gérants très agressifs, parfois des clients…).

      Au fond le fameux statut me semble une bonne garantie pour tout le monde s’il est simplement appliqué : il n’a jamais autorisé, sauf cas grave justifié, à désobéir aux consignes de notre hiérarchie ( par ex des profs appliquant l’écriture « inclusive » doivent être rappelés à l’ordre ; un « syndicat » pratiquant des réunions de « racisés » devrait tomber sous le coup de la loi ; bizarre, beaucoup d’exemple dans l’enseignement…). Il oblige à la neutralité et garantit l’expression des droits salariés.
      Pour moi, un cadre juridique pour le salarié plus équilibré que l’on veut bien le dire.

      Dans un autre échange, vous aviez invoqué des amortisseurs sociaux (effet de contre-cycle).
      Mon père, ouvrier du bâtiment, me parlait d’une époque où l’on passait d’une boîte à l’autre pour un meilleur salaire, témoignant d’une époque où le rapport capital/travail était différent et même si les salaires et conditions n’étaient pas à l’idéal, l’impact sur le salarié…
      Depuis, chômage, précarité s’étendant la classe ouvrière a perdu de sa puissance sur tout les plans y compris politique.
      La classe salariale, malgré ses différences est liée dans un sort commun et le premier objectif serait de retrouver le chemin du plein emploi.
      Mes excuses pour ce « credo ».

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [Malgré les cris d’orfraies du personnel politique, le sort qui leur est réservé ne doit pas être si désagréable lorsque l’on observe avec quel pugnacité la plupart d’entre eux se cramponnent à la carrière souvent jusqu’à des âges très avancés.]

      Un raisonnement éminemment dangereux. Pensez aux « illétrées » de chez Doux, ou aux éboueurs qui font grève pour défendre leurs emplois. Diriez-vous que « le sort qui leur réservé ne doit pas être si désagréable » puisqu’ils se cramponnent à leurs emplois ?

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes

      [Un raisonnement éminemment dangereux. Pensez aux « illétrées » de chez Doux, ou aux éboueurs qui font grève pour défendre leurs emplois. Diriez-vous que « le sort qui leur réservé ne doit pas être si désagréable » puisqu’ils se cramponnent à leurs emplois ?]

      Bravo ! ! ! si vous aviez fait du judo de compétition, vous seriez champion olympique.
      L’emploi, c’est comme une bouée de sauvetage pour certain et comme un yacht pour d’autres. Vous cherchez, dans votre réponse, à me faire amalgamer ces deux situations.

    • morel dit :

      « À quel titre pourrais-je me sentir offusqué de votre intrusion dans le débat »

      Quant deux personnes se font face en un dialogue, il est de bonne courtoisie de s’y introduire par une demande polie de préférence à l’imposition. Votre réponse participe du même esprit.

      « Mon propos s’adressait tout particulièrement à un nombre non négligeable d’agents des collectivités locales que j’ai eu l’occasion de connaître, et qui, pour être embauchés se découvrait soudainement une vocation de militant politique. » 

      La fonction publique territoriale est un point faible. Le recrutement clientéliste peut s’y réaliser sous deux formes : les contractuels et le choix d’un titulaire : il faut savoir que lorsqu’on est admis à un concours de la FPT, il faut ensuite trouver un poste à pourvoir en se soumettant à des entretiens auprès de la collectivité afférente qui décide souverainement :
      « Votre inscription ne vaut pas recrutement dans une collectivité territoriale : en vertu du principe de “libre administration”, les employeurs territoriaux (les maires et les présidents) sont en effet libres de leur choix. Par conséquent, vous pouvez faire acte de candidature auprès des collectivités sur l’ensemble du territoire national »
      in : http://www.cdg61.fr/loadDoc.php?id=2400
      Ainsi, le recrutement peut être discrétionnaire contrairement à la fonction publique de l’état.
      J’ajouterai qu’il ne s’agit pas que des petites catégories, la multiplication de cadres contractuels dès la naissance des régions dans ses services a valu rappel à l’ordre par la cour des comptes si ma mémoire est exacte.
      C’est pour moi, la non-application d’un vrai statut de FP qui même à cet état de fait.

      « Comme dans la société en général, j’y ai rencontré des purs et des moins purs. »

      Laissez, si vous le voulez bien, la « pureté » à un autre monde et contentons nous de ceux qui s’efforcent d’effectuer le boulot chacun avec ses points forts et faibles.

      « Et puis, lorsqu’il s’agit de protester du procès – ce terme ne correspond d’ailleurs pas à l’intention de mes propos – qui serait fait à une catégorie socio-professionnelle, les protestataires présentent toujours les cas indiscutables qui contredisent la mise en cause. »

      Bien entendu mais ce cas « indiscutable » ne peut non plus aboutir à soupçon pour tous les autres, c’est un peu le revers de vouloir trop montrer « l’exemplarité ».
      Je crois que, comme vous, qu’il faut rejeter le « tous pourris », « dégagisme », pour faire de l’analyse.

      « Je présume, mais n’est ce, peut-être, pure imagination, que vous étiez dans la fonction publique. C’est un domaine que je connais assez peu dans ses relations représentatives. Cependant, trois année comme chargé de mission dans le cadre du Ministère du Travail m’ont permis de constater que la notion d’efficience n’était pas le premier souci de l’ensemble des titulaires. »

      Mon statut personnel est fonction publique. Pourriez-vous préciser ce qui vous a conduit à ce jugement sans détails personnels ? Exerciez-vous au ministère ou à l’une de ses délégations ?

      « je considère qu’il y a dans la pratique des sondages une technologie susceptible de s’affranchir au moins partiellement des vérités subjectives des uns et des autres. »

      Ma critique portait sur les sondages d’opinion, notion qui elle même me paraît très fugace même s’il peut y en avoir une « photographie » à l’instant « T ».
      Dernièrement un sondage énonçait que les Français croyaient majoritairement aux théories complotistes mais cela vient d’être contesté.

      « C’est bien ce que je disais plus haut. Des partis il ne sort rien. Voilà pourquoi les militants ne souhaitent probablement pas étaler ce néant. Néanmoins, le public n’est pas dupe et c’est pourquoi ils délaissent les partis qui ne font pas le boulot qui est le leur. L’idée que je m’en fais est qu’au lieu d’élaborer des projets novateurs, avec la recherche et la réflexion que cela implique, les militants sont plus employés à construire et entretenir des écuries électorales. »

      Soyons clairs, la situation des partis et parfois des syndicats, c’est qu’il n’y a plus ce souffle « militant » et il n’y a plus ce souffle parce qu’il n’y a pas de projet mobilisateur qui s’empare du nombre et cette mobilisation du nombre est plombée par les expériences des décennies précédentes : de l’espoir soulevé par l’union de la gauche à l’espérance d’alternance, le chômage n’a cessé de croître, les riches sont devenus plus riches, la classe salariale a connu tant de recul par vagues toujours plus élevées (les ordonnances Macron ne sont par ex qu’une aggravation de la loi El Khomri).

    • Descartes dit :

      @ morel

      [Oui, je bénéficie tout à fait des garanties que vous mentionnez dans mon statut personnel et ma situation est infiniment plus confortable que des collègues ou camarades ressortant d’un statut plus privé. J’en suis conscient.]

      Ce n’était pas une critique, mais un simple commentaire concernant l’image que peut avoir un citoyen lambda quant au rapport risque/avantages de l’engagement syndical. Il est évident que ce rapport est extrêmement défavorable dans le privé ou dans le secteur public industriel. C’est moins évident pour ce qui concerne les fonctionnaires. D’où la question récurrente de la légitimité des avantages dont bénéficient les syndicalistes de la fonction publique. Et le fait que certains – notamment dans l’Education nationale – abusent largement n’aide pas.

      [Au fond le fameux statut me semble une bonne garantie pour tout le monde s’il est simplement appliqué : il n’a jamais autorisé, sauf cas grave justifié, à désobéir aux consignes de notre hiérarchie ( par ex des profs appliquant l’écriture « inclusive » doivent être rappelés à l’ordre ;]

      Malheureusement, beaucoup de fonctionnaires de l’Education nationale – et ce sont eux les plus visibles pour beaucoup de nos concitoyens – ont un peu oublié que l’obéissance hiérarchique et l’obligation de mettre en œuvre loyalement les décisions des gens que les français ont porté par leur vote à la tête des institutions sont la contrepartie de ce statut. Il y eut l’épisode de « l’écriture inclusive », mais aussi celui des « désobéissant » refusant de mettre en œuvre les évaluations prescrites par le ministère.

      [Il oblige à la neutralité et garantit l’expression des droits salariés. Pour moi, un cadre juridique pour le salarié plus équilibré que l’on veut bien le dire.]

      Dans la lettre et dans l’esprit, oui. Dans la pratique, c’est autre chose. On ne sanctionne pas assez souvent et assez sévèrement les manquements, et cela déséquilibre l’ensemble du système.

      [Dans un autre échange, vous aviez invoqué des amortisseurs sociaux (effet de contre-cycle).]

      Soyons plus précis : je n’ai pas parlé de « amortisseur social », mais plutôt du rôle de « stabilisateur automatique » – la formule est de Keynes- que joue la dépense sociale vis-à-vis du cycle économique. En effet, la dépense sociale, au contraire de la dépense privée, tend à augmenter en période de vaches maigres et à diminuer en période de vaches grasses. Elle joue donc un rôle contre-cyclique de maintien de la demande en période de récession.

      [Mon père, ouvrier du bâtiment, me parlait d’une époque où l’on passait d’une boîte à l’autre pour un meilleur salaire, témoignant d’une époque où le rapport capital/travail était différent et même si les salaires et conditions n’étaient pas à l’idéal, l’impact sur le salarié…]

      Mais paradoxalement, nous avons de cette période l’image contraire, celle d’une époque où les travailleurs étaient au contraire fidèles à leur employeur et cherchaient à faire toute leur carrière dans la même entreprise… en fait, les deux visions ne sont pas contradictoires : parce que les travailleurs pouvaient quitter leur entreprise pour aller chercher ailleurs un meilleur salaire avec un bon espoir de le trouver, les employeurs cherchaient à fidéliser leur main d’œuvre en proposant des salaires attractifs, des prestations sociales d’entreprise (logement, scolarité, etc.).
      [Depuis, chômage, précarité s’étendant la classe ouvrière a perdu de sa puissance sur tout les plans y compris politique. La classe salariale, malgré ses différences est liée dans un sort commun et le premier objectif serait de retrouver le chemin du plein emploi.]

      Vous passez un peu vite de « la classe ouvrière » à « la classe salariale »…

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [Bravo ! ! ! si vous aviez fait du judo de compétition, vous seriez champion olympique.]

      Et bien, j’ai fait beaucoup de judo, et je n’était pas mauvais… et la règle est la même que pour le débat d’idées : beaucoup de travail et respect de l’adversaire ! 😉

      [L’emploi, c’est comme une bouée de sauvetage pour certain et comme un yacht pour d’autres. Vous cherchez, dans votre réponse, à me faire amalgamer ces deux situations.]

      Pas du tout. Ce que je cherche à vous faire comprendre, c’est que le fait que quelqu’un « s’accroche à sa situation » n’implique nullement qu’il « n’est pas malheureux ». Tout au plus qu’il anticipe le fait qu’il serait encore plus malheureux s’il venait à perdre sa situation…

      C’est le cas du politique : même si c’est un travail de chien – demandez à un maire de commune moyenne ce que cela représente – il serait difficile pour un élu de retrouver le même statut social dans un autre métier. C’est pour cela que beaucoup « s’accrochent » comme vous dites. Pour d’autres, et ils sont plus nombreux qu’on ne le pense, le service public est une véritable passion.

    • Descartes dit :

      @ Morel

      [La fonction publique territoriale est un point faible. Le recrutement clientéliste peut s’y réaliser sous deux formes : les contractuels et le choix d’un titulaire : il faut savoir que lorsqu’on est admis à un concours de la FPT, il faut ensuite trouver un poste à pourvoir en se soumettant à des entretiens auprès de la collectivité afférente qui décide souverainement :]

      Beaucoup de gens croient que tous les fonctionnaires se ressemblent, mais en fait il y a des différences capitales entre la fonction publique de l’Etat et la fonction publique territoriale. Dans l’Etat, les fonctionnaires sont recrutés par concours – des exceptions existent pour les corps les moins qualifiés – et la réussite au concours leur donne droit à un poste et ils ne peuvent pas être licenciés, sauf pour faute. Leur avancement en grade se fait ensuite à l’ancienneté. Les possibilités de pression sont donc relativement faibles : si un fonctionnaire qui plait à son chef ou son ministre peut être promu un peu plus vite, recevoir des primes exceptionnelles ou être nommé à un poste particulièrement intéressant, celui qui déplaît ne peut être rétrogradé, ne peut perdre ses primes, et ne peut être licencié.

      Ce n’est pas du tout la même chose dans la fonction publique territoriale : le candidat qui réussit un concours se trouve placé sur une liste d’aptitude. Pour être nommé sur un poste, il dépend du bon vouloir du maire, du président du conseil départemental ou régional. A défaut d’être nommé au bout de deux ans, il perd le bénéfice du concours. Et si son poste est supprimé, le fonctionnaire territorial est reversé au « Centre national de la fonction publique territoriale ». Il doit trouver alors un maire, un président de conseil départemental ou régional qui veuille bien le renommer, sans quoi au bout de deux ans il est licencié. Alors que le fonctionnaire d’Etat dont le poste est supprimé doit être reclassé dans le même corps et au même grade.

      On voit donc que le fonctionnaire territorial est soumis au pouvoir discrétionnaire de son employeur – même s’il est mieux protégé que le salarié du privé – alors que le fonctionnaire d’Etat en est largement protégé.

      [Soyons clairs, la situation des partis et parfois des syndicats, c’est qu’il n’y a plus ce souffle « militant » et il n’y a plus ce souffle parce qu’il n’y a pas de projet mobilisateur qui s’empare du nombre et cette mobilisation du nombre est plombée par les expériences des décennies précédentes : de l’espoir soulevé par l’union de la gauche à l’espérance d’alternance,]

      Oui et non. Il y a aussi l’incapacité de proposer un projet qui aille au-delà du « bonheur petit-bourgeois ». Reconstruire un pays, gagner une guerre, doter le pays d’une sécurité sociale ou de la bombe atomique, créer les congés payés sont des projets exaltants qui ouvrent sur une galaxie de débats politiques, éthiques, juridiques, sociaux. Passer l’âge de la retraite de 62 à 60 ans ou les 39 heures par semaine à 35, c’est un pur ajustement technique.

    • morel dit :

      @ Descartes

      « Vous passez un peu vite de « la classe ouvrière » à « la classe salariale »… »

      De ma scolarité j’ai retenu qu’il fallait éviter autant que faire se peut les répétitions.
      Même si les termes ne sont pas totalement équivalents, ce qui précédait ne laisse place à aucun doute.

    • morel dit :

      Je ne vous suivrais pas lorsque vous affirmez : « Passer l’âge de la retraite de 62 à 60 ans ou les 39 heures par semaine à 35, c’est un pur ajustement technique. »
      A cette aulne là, les 10 % repris sur les revenus du travail par le capital, le chômage « incompressible », l’accumulation croissante de richesses à un pôle et l’inverse à l’autre pourraient être aussi considérés comme ajustements « techniques ».

    • Marcailloux dit :

      @ morel

      Bonjour,

      [Quant deux personnes se font face en un dialogue, il est de bonne courtoisie de s’y introduire par une demande polie de préférence à l’imposition. Votre réponse participe du même esprit.]
      Il n’est pas question, pour moi, de déplorer la courtoisie, bien au contraire. Cependant, lorsqu’un commentaire est diffusé sur un blog, dont l’objectif est le dialogue public, je ne conçois pas que systématiquement on doive s’excuser de s’introduire dans ce débat. Lorsque j’ai quelque chose à dire à notre hôte, qui ne concerne que lui et moi, je le fais au moyen du contact personnel accessible par les fonctions disponibles sur ce blog. Pour ce qui est des commentaires que je poste, j’invite implicitement mes collègues lecteurs à intervenir s’ils l’estiment souhaitable. Ce doit être, logiquement, le cas de tous. Et j’estime que c’est moi qui leur suis redevable de l’intérêt qu’ils portent à mon opinion.
      Petite remarque subsidiaire : en rappelant à qui vous vous adressez (par exemple @ zoro), vous facilitez grandement le repérage des réponses et éliminez aussi le risque de manquer un commentaire. Nous ne pouvons que nous féliciter du nombre et de la qualité des contributions sur ce blog, en comparaison de ce qui se passe sur la plupart des autres blogs. Néanmoins, des commentaires intervenants quelquefois des semaines après ce qui les occasionnent, obligent parfois à une relecture fastidieuse de ce que l’on a déjà lu auparavant.

      [Ainsi, le recrutement peut être discrétionnaire contrairement à la fonction publique de l’état.
      J’ajouterai qu’il ne s’agit pas que des petites catégories, la multiplication de cadres contractuels dès la naissance des régions dans ses services a valu rappel à l’ordre par la cour des comptes si ma mémoire est exacte.
      C’est pour moi, la non-application d’un vrai statut de FP qui même à cet état de fait.]

      Je ne vous le fais pas dire. Et à quels contacts les citoyens sont exposés dans le quotidien ? Généralement par les employés municipaux ou départementaux dont on connaît les engagements et dont on peut, logiquement, rapprocher la cause et l’effet.
      Je ne peux affirmer que ce soit une majorité des cas, mais la fréquence apparente de ces situations crée l’opinion.

      [Mon statut personnel est fonction publique. Pourriez-vous préciser ce qui vous a conduit à ce jugement sans détails personnels ? Exerciez-vous au ministère ou à l’une de ses délégations ?]

      J’ai vécu cette expérience il y a plus de 20 ans. Je n’ai pas le sentiment que les us et coutumes aient vraiment changés depuis, mais peut-être suis-je dans l’erreur pour la période présente.
      Chargé de mission ne dépendant que des Préfets (départementaux et régional) et des Directeurs du Travail, d’une région que je ne citerai pas, ma mission était indépendante de celle des Inspecteurs et Contrôleurs du Travail.
      Cependant, devant des problèmes récurrents de traitement des dossiers et actions des DDT de la région, et s’appuyant sur mon expérience passée, dans le privé, en matière d’audit d’organisation, il avait été envisagé de procéder à un pré audit des fonctions individuelles d’un certain nombre de collaborateurs. C’était un aparté ponctuel de quelques semaines d’exploration du fonctionnement des services.
      Il s’agissait, en fait de répondre aux questions : qui fait quoi et comment est-ce fait ?
      Devant la montée de boucliers de Inspecteurs et des Contrôleurs, le projet a immédiatement été abandonné.
      Les problèmes ont perduré et je ne sais si, depuis, il y a eu un progrès.
      Je pourrais, mais là n’est pas le lieu, vous expliquer des situations que j’ai vécu dans ce cadre, où l’utilisation de l’argent public n’a pas été, et de loin, au niveau d’efficience que les citoyens peuvent attendre.
      C’est pourquoi, depuis cette époque, je reste très partagé entre mon souhait de voir un État fort et ma déploration de voir un État dispendieux, sans que des résultats tangibles soient enregistrés.

      [Laissez, si vous le voulez bien, la « pureté » à un autre monde et contentons nous de ceux qui s’efforcent d’effectuer le boulot chacun avec ses points forts et faibles]

       Définition de « pureté » par le CNRTL, domaine de la morale : « Transparence d’un être qui est sans compromission ; droiture, intégrité ».
      Je ne vois vraiment pas pour quelle raison, nous devrions écarter ce terme dans notre discussion. Une de mes obsessions est l’usage précis des mots pour éviter d’en subir les maux. Ce que je déplore, et je profite de l’occasion que vous m’offrez sans que vous fussiez visé par ce propos, c’est la distorsion consciente ou inconsciente qui est pratiquée trop souvent par un emploi inadéquat des termes à notre disposition. Cela contribue très largement aux dialogues de sourds auxquels on assiste souvent.

      [Soyons clairs, la situation des partis et parfois des syndicats, c’est qu’il n’y a plus ce souffle « militant » et il n’y a plus ce souffle parce qu’il n’y a pas de projet mobilisateur qui s’empare du nombre et cette mobilisation du nombre est plombée par les expériences des décennies précédentes : de l’espoir soulevé par l’union de la gauche à l’espérance d’alternance, le chômage n’a cessé de croître, les riches sont devenus plus riches, la classe salariale a connu tant de recul par vagues toujours plus élevées (les ordonnances Macron ne sont par ex qu’une aggravation de la loi El Khomri).]

      Ce qui fait, à mon avis, la désaffection générale des partis et des syndicats, auprès des citoyens, est le produit d’une contradiction qu’aucune des institutions représentatives n’est arrivée, actuellement, à surmonter.
      D’un coté, vous avez une grande majorité de Français qui s’estiment, malgré de nombreux points d’insatisfaction, pas vraiment mécontents de leur sort, eu égard particulièrement à ce qu’ils connaissent de leurs homologues étrangers.
      D’un autre coté, une grande majorité de Français qui estiment que notre pays, malgré des atouts considérables, est engagé inéluctablement dans une phase, une longue période de déclin caractérisé par le chômage de masse irréductible, le danger islamisé, le recul éducatif, les menaces sur la santé publique, les « affaires » touchant de près ou de loin les élites, etc . . . .
      Face à cela, que nous proposent ceux dont c’est la fonction ? A peu près rien, sinon le jeu des chaises musicales.
      En tout cas pas de vision à moyen et long terme, pas d’objectifs larges et discernables par nos concitoyens, pas de ferveur pour un type de société qui pourrait fédérer les énergies et les espérances.
      E.Macron secoue un peu le cocotier et les Français l’observent, perplexes et relativement neutres en attendant de constater s’il y a des résultats, sans se faire beaucoup d’illusions. Quelques uns y puisent un renouveau de confiance, mais il ne s’agit pas d’une déferlante. Le reste, c’est à dire l’immense majorité est prête à tourner casaque au premier obstacle important rencontré.
      C’est cette schizophrénie qu’il s’agit de surmonter et chacun a bien conscience qu’aucun des partis qui nous proposent des programmes superficiels, cosmétiques ou spécieux, n’est en mesure de changer quoi que ce soit d’essentiel et de plus ils (les citoyens) ne sont pas vraiment demandeurs d’un réel changement.

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes

      Bonjour,

      [Oui et non. Il y a aussi l’incapacité de proposer un projet qui aille au-delà du « bonheur petit-bourgeois ». Reconstruire un pays, gagner une guerre, doter le pays d’une sécurité sociale ou de la bombe atomique, créer les congés payés sont des projets exaltants qui ouvrent sur une galaxie de débats politiques, éthiques, juridiques, sociaux. Passer l’âge de la retraite de 62 à 60 ans ou les 39 heures par semaine à 35, c’est un pur ajustement technique.]

      Tout à fait. Je prends connaissance de votre réponse avant celle que j’ai rédigé à Morel et je constate avec plaisir que nous partageons la même vision du rôle des partis. Un fois n’est pas coutume, mais n’est pas pour autant l’exception.

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes

      [Ce que je cherche à vous faire comprendre, c’est que le fait que quelqu’un « s’accroche à sa situation » n’implique nullement qu’il « n’est pas malheureux ». Tout au plus qu’il anticipe le fait qu’il serait encore plus malheureux s’il venait à perdre sa situation…]

      Vous abordez là une notion qui dépasse très largement le cadre de notre échange.
      C’est quoi “être heureux ou malheureux dans son activité professionnelle” ? L’être humain a ceci de particulier que sa relation au bonheur est très relative ainsi que très floue.
      Les plus aisés sont souvent les plus angoissés, ceux qui se posent le plus de problèmes, dans la vie courante comme dans le travail. Les plus démunis présentent très souvent une sérénité naturelle que beaucoup leur envieraient.
      Peut-être que vous n’avez pas connu ce genre de situation, mais l’angoisse de perdre son emploi, aborder une période faite d’inconnu, de risques, de difficultés éventuelles est bien souvent plus pénible à vivre que lorsque la personne se trouve réellement dans cette situation.
      C’est le sentiment d’impuissance qui mine.
      C’est le “conatus” de Spinoza qui alors prend le relai et rend la liberté à l’homme en question.
      Nos société ont crée une masse de sujets dépendants d’elles à un degré et dans des proportions excessives. Ils sont devenus prisonniers de leur propre confort.
      Le recours à la toute puissance d’un État qui n’en peu mais est, peu à peu, devenu inopérant. Seuls, malheureusement, des situations ou des évènements apocalyptiques sont susceptibles d’inverser cet état de fait.
      Alors, dès lors, que peuvent faire des régimes aussi faibles et démocratiques comme les nôtres en dehors de palabrer et entretenir des querelles byzantines ?

    • morel dit :

      « [Oui et non. Il y a aussi l’incapacité de proposer un projet qui aille au-delà du « bonheur petit-bourgeois ». Reconstruire un pays, gagner une guerre, doter le pays d’une sécurité sociale ou de la bombe atomique, créer les congés payés sont des projets exaltants qui ouvrent sur une galaxie de débats politiques, éthiques, juridiques, sociaux. »

      Sans vouloir revenir sur ce que j’ai exprimé sur la phrase finale de votre commentaire qui ne figure pas ici, je vous prie de bien vouloir me donner des précisions sur ce que vous nommez « bonheur petit-bourgeois ».
      A ce point où nous sommes arrivés, j’avoue très humblement qu’une mise en échec de la énième « réforme » des retraites me ferait le plus grand plaisir et bien d’autres choses identiques que certains pourraient estimer relevant du « bonheur petit-bourgeois » et indépendamment de ma situation dans un proche avenir, je serai prêt à y prendre part,
      Les conquêtes sociales, mais indiquez moi si je me méprends, renforcent la classe laborieuse.

    • morel dit :

      @ Marc Malesherbes

      « Enfin jusqu’à présent, Macron (Blanquer) me paraît avoir une bonne orientation et prendre de bonnes mesures pour l’école »

      Il y des mesures intéressantes dans ce que programme M.Blanquer mais une amie instit me souffle qu’une mesure fait l’objet d’une continuité renforcée : la question de la semaine de 4 jours ou 4 jours 1/2 en primaire fait l’objet d’une circulaire précisant que le maire décide souverainement après consultation des conseils d’école.
      La République girondine dont a fait officiellement état M.Philippe au sujet de la Corse. ..

    • Descartes dit :

      @ morel

      [Même si les termes ne sont pas totalement équivalents, ce qui précédait ne laisse place à aucun doute.]

      Dans votre esprit, peut-être, mais pour le lecteur attentif que je suis cela laissait place à un doute. Car tous les salariés ne sont pas nécessairement des “prolétaires”. Un PDG est aujourd’hui le plus souvent un salarié. Votre remarque sur les “classes salariées” visait-elle à les inclure ?

    • Descartes dit :

      @ morel

      [« Je ne vous suivrais pas lorsque vous affirmez : « Passer l’âge de la retraite de 62 à 60 ans ou les 39 heures par semaine à 35, c’est un pur ajustement technique. » » A cette aune là, les 10 % repris sur les revenus du travail par le capital, le chômage « incompressible », l’accumulation croissante de richesses à un pôle et l’inverse à l’autre pourraient être aussi considérés comme ajustements « techniques ».]

      Tout à fait. Ce qui n’implique dans mon esprit aucun jugement de valeur sur l’importance de ces problématiques. Mais vous m’accorderez qu’il est plus difficile de faire sortir les gens dans la rue d’organiser une grève générale ou de gagner une élection sur « les 10% repris sur les revenus du travail par le capital » que sur la création de la sécurité sociale ou des congés payés.

      Peut-être la formule « ajustements techniques » n’est pas très heureuse. « Changement quantitatif » serait peut-être plus exact, pour l’opposer aux « changements qualitatifs ». Les premiers changent la position des curseurs, les seconds changent le choix des curseurs lui-même.

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [Vous abordez là une notion qui dépasse très largement le cadre de notre échange. C’est quoi “être heureux ou malheureux dans son activité professionnelle” ? L’être humain a ceci de particulier que sa relation au bonheur est très relative ainsi que très floue.]

      Je vous rappelle que c’est vous qui avez introduit cette notion en écrivant que le fait que les politiques s’accrochaient à leur poste était le signe « qu’ils n’étaient pas si malheureux ». C’est donc à vous de préciser à quelle idée de « bonheur » vous faisiez référence…

      [Les plus aisés sont souvent les plus angoissés, ceux qui se posent le plus de problèmes, dans la vie courante comme dans le travail. Les plus démunis présentent très souvent une sérénité naturelle que beaucoup leur envieraient.]

      Pas au point de quitter leur « aisance » pour prendre les postes des « plus démunis »… De grâce, évitons ce genre de lieu commun. La « sérénité naturelle » de celui qui n’a rien et n’espère rien n’a rien d’enviable. Non, les pauvres ne sont pas moins angoissés ou plus sereins que les riches. Le patron qui angoisse pour le sort de son entreprise existe certainement, mais son angoisse est de retomber dans l’état d’ouvrier, état dans lequel ses ouvriers sont déjà.

      [Peut-être que vous n’avez pas connu ce genre de situation, mais l’angoisse de perdre son emploi, aborder une période faite d’inconnu, de risques, de difficultés éventuelles est bien souvent plus pénible à vivre que lorsque la personne se trouve réellement dans cette situation.]

      J’ai eu cette expérience. Et non, je ne suis pas d’accord avec vous : l’angoisse de devenir SDF et celle d’être SDF sont différentes, mais je ne dirais pas que l’une est plus difficile à vivre que l’autre…

      [Nos société ont crée une masse de sujets dépendants d’elles à un degré et dans des proportions excessives. Ils sont devenus prisonniers de leur propre confort. Le recours à la toute puissance d’un État qui n’en peu mais est, peu à peu, devenu inopérant. Seuls, malheureusement, des situations ou des évènements apocalyptiques sont susceptibles d’inverser cet état de fait.]

      Admettons. Mais faut-il désirer – voir provoquer – ces « évènements apocalyptiques » qui selon vous sont les sels à pouvoir nous sortir de cette « prison du confort » et révéler notre vrai potentiel ? That is the question…

      [Alors, dès lors, que peuvent faire des régimes aussi faibles et démocratiques comme les nôtres en dehors de palabrer et entretenir des querelles byzantines ?]

      Qu’est ce qui vous fait penser que notre « régime » serait « faible » ?

    • Descartes dit :

      @ morel

      [Sans vouloir revenir sur ce que j’ai exprimé sur la phrase finale de votre commentaire qui ne figure pas ici, je vous prie de bien vouloir me donner des précisions sur ce que vous nommez « bonheur petit-bourgeois ».]

      Je veux bien admettre que l’expression n’est pas très heureuse, mais j’avoue que je n’ai pas trouvé mieux. Ce que je veux dire par « bonheur petit-bourgeois », c’est le bonheur qui nous est procuré par les plaisirs domestiques : une belle maison, de bonnes choses à manger, la vie familiale, le plaisir que procurent les œuvres d’art, les livres, les belles choses, les amitiés, l’amour partagé…

      Loin de moi l’idée de critiquer ce « bonheur ». Au contraire, je pense que c’est une aspiration universelle de l’humanité, parce que c’est là que se trouvent les éléments de ce qu’on pourrait appeler une vie agréable. Une part de chacun d’entre nous désire ce « bonheur ». Mais il y a un autre type de bonheur, à la fois plus exaltant, plus noir et plus tragique. C’est le bonheur qu’on gagne à travers d’une conquête, une découverte, une victoire collective – même si cela implique un contact avec la souffrance et quelquefois même avec la mort.

      Ce que je pense, c’est que la recherche de ce « bonheur tragique » qui nous rend humain. Le bonheur petit bourgeois est à la portée de la plupart des primates. Seul l’homme est capable d’apprécier le « bonheur tragique ».

      [Les conquêtes sociales, mais indiquez-moi si je me méprends, renforcent la classe laborieuse.]

      Je ne comprends pas très bien la question. « Renforcent » dans quel sens ? La classe ouvrière n’est pas devenue « plus forte » avec l’établissement de la journée de 8 heures. C’est au contraire parce qu’elle était forte qu’elle a pu imposer cette conquête…

    • Descartes dit :

      @ morel

      [Il y des mesures intéressantes dans ce que programme M.Blanquer mais une amie instit me souffle qu’une mesure fait l’objet d’une continuité renforcée : la question de la semaine de 4 jours ou 4 jours 1/2 en primaire fait l’objet d’une circulaire précisant que le maire décide souverainement après consultation des conseils d’école. La République girondine dont a fait officiellement état M.Philippe au sujet de la Corse…]

      La politique est l’art du possible. Dans la mesure où l’on a délégué aux communes une partie de l’organisation du temps scolaire, il semble très difficile revenir à une situation uniforme par décret. Je pense qu’i faut juger l’action de Blanquer – et des politiques en général – par rapport aux possibilités réelles d’action. Un ministre de l’Education agit à l’intérieur d’un contexte, avec des rapports de force avec les différents acteurs. Lui reprocher de ne pas résoudre magiquement les problèmes ne me semble pas sérieux.

    • morel dit :

      @ Marcailloux

      « Petite remarque subsidiaire : en rappelant à qui vous vous adressez (par exemple @ zoro), vous facilitez grandement le repérage des réponses et éliminez aussi le risque de manquer un commentaire. »

      Bonne pratique que je ne mets pas toujours en œuvre, pressé par le temps.

      « Et à quels contacts les citoyens sont exposés dans le quotidien ? Généralement par les employés municipaux ou départementaux dont on connaît les engagements et dont on peut, logiquement, rapprocher la cause et l’effet. »

      Le recrutement discrétionnaire est un problème. Par ailleurs, chacun doit garder le droit de manifester ses opinions y compris politiques dans les limites de ce qui est permis : un fonctionnaire en exercice doit manifester une stricte neutralité, rendre le service au public sans qu’il puisse être soupçonné de partialité ; dans sa vie privée, cet impératif n’a plus lieu d’être.

      Concernant votre expérience « DDT », il m’est difficile de m’en faire une opinion.
      Tout au plus, m’interroger pourquoi ces services ont eu recours à vous alors qu’ils possèdent un corps d’inspecteurs généraux dont ce devrait être la tâche et il est possible qu’à ce titre, il l’aient ressenti comme une menace d’autant que d’une « mission (était) indépendante de celle des Inspecteurs et Contrôleurs du Travail. » vous passez à « à un pré audit des fonctions individuelles d’un certain nombre de collaborateurs ». Généralement, on peut imaginer la prise de connaissance par les intéressés par une communication de la lettre de mission, si cela n’a pas été fait, c’est pire.
      Pas une prise de position quant au fond de l’affaire.

      « Définition de « pureté » par le CNRTL, domaine de la morale : « Transparence d’un être qui est sans compromission ; droiture, intégrité ».

      Merci de m’avoir permis la connaissance de cet organisme. J’ai trouvé de mon côté ceci :
      « C. − Domaine mor.
      1. Transparence d’un être qui est sans compromission; droiture, intégrité. Pureté parfaite, céleste. Vierge (…), Vase d’élection, étoile matinale, Miroir de pureté, Vous qui priez pour nous (Dumas père, Don Juan, 1836, ii, 1, p. 49).La pureté ne s’exprime ni par des actes, ni par des paroles. Elle ne relève pas d’un code. C’est la matière dont une âme est faite (Cocteau,Bacchus, 1952, ii, 4, p. 112):
      5. La pureté est absolument invulnérable en tant que pureté, en ce sens que nulle violence ne la rend moins pure. Mais elle est éminemment vulnérable en ce sens que toute atteinte du mal la fait souffrir, que tout péché qui la touche devient en elle souffrance. S. Weil,Pesanteur, 1943, p. 79. »
      in : http://www.cnrtl.fr/definition/pureté

      Avouez que cela fait froid dans le dos.

      Enfin, relativement aux partis et syndicats, il me semble que votre position a évolué du rejet presque principiel ou du moins exprimé ainsi, à la nuance de ces partis actuels en relation avec le public.

      @ Descartes

      « Un PDG est aujourd’hui le plus souvent un salarié. Votre remarque sur les “classes salariées” visait-elle à les inclure ? »

      Je veux bien admettre que l’expression n’est pas très heureuse, mais j’avoue que je n’ai pas trouvé mieux.

      « Je ne comprends pas très bien la question. « Renforcent » dans quel sens ? La classe ouvrière n’est pas devenue « plus forte » avec l’établissement de la journée de 8 heures. C’est au contraire parce qu’elle était forte qu’elle a pu imposer cette conquête… »

      Rien de bien mystérieux, toute victoire renforce. Les conquêtes ouvrières sont autant de points d’appui.

      « La politique est l’art du possible. Dans la mesure où l’on a délégué aux communes une partie de l’organisation du temps scolaire, il semble très difficile revenir à une situation uniforme par décret. Je pense qu’il faut juger l’action de Blanquer – et des politiques en général – par rapport aux possibilités réelles d’action. Un ministre de l’Education agit à l’intérieur d’un contexte, avec des rapports de force avec les différents acteurs. Lui reprocher de ne pas résoudre magiquement les problèmes ne me semble pas sérieux. »

      L’art du possible, ce peut-être aussi l’abrogation d’une loi très récente, qui a été plus que contestée et continue à ouvrir la boîte de pandore des horaires scolaires entre les intérêts personnels des parents d’élèves, ceux des enseignants voire ceux des conseils municipaux, le tout bien sûr au nom de « l’intérêt de l’enfant ».
      Mais il faudrait un autre ministre que celui d’un gouvernement Philippe qui proclame son attachement à la Gironde.

    • Descartes dit :

      @ morel

      [Le recrutement discrétionnaire est un problème. Par ailleurs, chacun doit garder le droit de manifester ses opinions y compris politiques dans les limites de ce qui est permis : un fonctionnaire en exercice doit manifester une stricte neutralité, rendre le service au public sans qu’il puisse être soupçonné de partialité ; dans sa vie privée, cet impératif n’a plus lieu d’être.]

      Pas tout à fait. Un fonctionnaire est tenu à la plus stricte neutralité dans l’exercice de ses fonctions, mais il est aussi astreint y compris dans sa vie privée à un comportement qui ne soit pas susceptible de discréditer sa fonction ou de jeter un doute sur sa manière de l’exercer. C’est pourquoi la notion de « devoir de réserve » est prétorienne, et dépend des circonstances de chaque cas d’espèce. Ainsi, il serait légitime pour une guichetière d’être porte-parole d’un parti politique, alors que cela serait inacceptable pour un préfet ou un juge.

      Le fonctionnaire – et cela est d’autant plus vrai qu’on monte dans la hiérarchie – n’est pas un employé comme les autres. Pour un salarié, le lien de subordination n’existe que pendant la durée du travail prévue par la loi ou les conventions. Le travailleur ordinaire est parfaitement libre de faire ce que bon lui semble en dehors de ce temps. Ce n’est pas le cas du fonctionnaire.

      [L’art du possible, ce peut-être aussi l’abrogation d’une loi très récente, qui a été plus que contestée et continue à ouvrir la boîte de pandore des horaires scolaires entre les intérêts personnels des parents d’élèves, ceux des enseignants voire ceux des conseils municipaux, le tout bien sûr au nom de « l’intérêt de l’enfant ».]

      Le propre de la boite de Pandore est précisément qu’une fois ouverte il ne sert plus à rien de la refermer. La loi a beau être « très récente », elle a obligé les collectivités locales à modifier les organisations, embaucher des personnels, modifier des bâtiments. Revenir en arrière d’autorité pose donc des problèmes réels. Même pour un gouvernement jacobin.

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes

      Bonjour,

      [Je vous rappelle que c’est vous qui avez introduit cette notion en écrivant que le fait que les politiques s’accrochaient à leur poste était le signe « qu’ils n’étaient pas si malheureux ». C’est donc à vous de préciser à quelle idée de « bonheur » vous faisiez référence…]
      Le terme de « bonheur » est pour moi trop difficile à définir pour que je l’emploie. Quand j’écris « qu’ils ne sont pas si malheureux », c’est du langage parlé – cela n’a pas échappé à votre sagacité – et j’aurais pu écrire « qu’ils ne sont pas à plaindre ». Pour ce qui est de l’intérêt que bien des parlementaires ont pour leur fonction, vous avez sans doute remarqué que de très nombreux d’entre eux dépassent très largement l’âge de la retraite habituellement observée chez leurs compatriotes.
      N’est-ce pas là un signe si ce n’est une preuve ?

      [Pas au point de quitter leur « aisance » pour prendre les postes des « plus démunis »… De grâce, évitons ce genre de lieu commun. La « sérénité naturelle » de celui qui n’a rien et n’espère rien n’a rien d’enviable. Non, les pauvres ne sont pas moins angoissés ou plus sereins que les riches.]
      Un lieu commun n’est pas pour autant une contrevérité ; même s’il est banal. Où ai-je écrit que les pauvres étaient moins angoissés que les riches ? Ce que je constate souvent, dans les faits et les mots exprimés, c’est que cela arrive souvent, ce qui implique que ça n’est pas toujours. Il me semble que J. de la Fontaine, fin observateur de la nature humaine, l’avait bien décrit dans sa fable « le savetier et le financier ». La rhétorique a des limites !

      [J’ai eu cette expérience. Et non, je ne suis pas d’accord avec vous : l’angoisse de devenir SDF et celle d’être SDF sont différentes, mais je ne dirais pas que l’une est plus difficile à vivre que l’autre…]
      Là encore, vous poussez l’exemple à l’extrême en exposant le cas limite du SDF.
      Dans mon propos, je mettais en parallèle une angoisse existentielle de celui qui ne sait pas ou craint pour son avenir et une inquiétude matérielle pour régler les problèmes quotidiens de celui qui est plongé dans l’adversité. C’est un peu comme la crainte de l’eau ou un tas d’autres situations, par exemple ce que ressentent des gens qui angoissent à l’idée, fondée ou non, d’avoir un cancer, et qui, quand ce drame est confirmé voient leur angoisse relayée par une inquiétude des difficultés à résoudre, des examens à subir, etc, bien plus terre à terre que leur angoisse précédente et celle de la mort hypothétique est très souvent repoussée à une échéance ultérieure.

      [Admettons. Mais faut-il désirer – voir provoquer – ces « évènements apocalyptiques » qui selon vous sont les sels à pouvoir nous sortir de cette « prison du confort » et révéler notre vrai potentiel ? That is the question…]

      Certainement pas. J’ai quelque fois, et depuis très longtemps entendu le genre de parole comme quoi « une bonne guerre règlerait bien des problèmes ». Absurdité criminelle et imbécile de ceux qui sont amputés de la mémoire.
      Cependant pourquoi certains dirigeants organisent-ils ou entretiennent-ils des situations dramatiques à seule fin de fédérer le peuple derrière leur personne. Les cas dans le monde ne manquent pas. Trump en est le cas le plus caricatural.
      Souvenez vous des grandes manifestations d’unité nationale lors des évènements graves qui se produisent. Il est à craindre que la tentation de mobiliser à son avantage les foules crédules n’engendre des idées malsaines pour le pays.

      [Qu’est ce qui vous fait penser que notre « régime » serait « faible » ?]
      Le spectacle de toutes les reculades successives de nos dirigeants depuis de Gaulle, leurs coups de menton, leurs rodomontades, leurs indignations qui sont restées à peu près lette morte pour des raisons électoralistes, que vous dénoncez d’ailleurs régulièrement, ou de simples raisons de manque de courage.
      Nous allons bien voir ce qu’il va advenir de l’affaire de NDDL. Le gouvernement est en train de nous endormir pour la probable raison qu’il ont une frousse bleue de voir un mort ou plus comme à Sivens. Un mort, regrettable certes, par un accident malencontreux, est capable de traumatiser le gouvernement d’un pays comme la France avec un passé au cours duquel des décisions politiques ont entrainées des millions de morts, qui eux n’avaient rien fait ni exigé au travers d’actes violents.
      Je n’ai pas le moindre avis sur la pertinence de NDDL. Mais si le gouvernement recule, s’en est fait d’une multitude de projets qui ne pourrons se réaliser qu’avec le consentement d’une infime minorité agissante par une forme de terrorisme.
      Les terrorismes se nourrissent de la frousse des terrorisés. On va bien voir.

    • Marcailloux dit :

      @ morel

      Bonjour,
      [Pas une prise de position quant au fond de l’affaire.]
      Il s’agit là d’une anecdote. Ce n’était pas ma mission officielle, mais simplement une réflexion en comité de direction, auquel je participais épisodiquement, dans le but d’améliorer localement la qualité des services.
      Mais votre réaction évoquant l’intervention du corps des inspecteurs généraux pour des dysfonctionnements locaux qui habituellement, dans le privé, sont résolus par la hiérarchie de proximité. Et je retrouve là, dans vos paroles – n’y voyez pas une critique mais un constat – une source probable de l’efficience discutée de nos services publics. On n’utilise pas une masse de terrassier pour enfoncer une punaise.

      [Merci de m’avoir permis la connaissance de cet organisme. (( le CNRTL)) J’ai trouvé de mon côté ceci : . . . . . . . ]
      C’est une mine d’or ! Essayez d’explorer la fonction proxémie, et là, ça devient ludique 
      Si vous revenez à cette page du CNRTL, vous constaterez que ce qui vous fait froid dans le dos est en italique, c’est à dire l’usage qu’en ont fait certains auteurs. Libre à eux d’échafauder les interprétations romanesques qui leurs conviennent.
      La seule définition « officielle » à retenir est celle de votre première phrase : « Transparence d’un être qui est sans compromission ; droiture, intégrité ». Point barre comme disent certains.

      [Enfin, relativement aux partis et syndicats, il me semble que votre position a évolué du rejet presque principiel ou du moins exprimé ainsi, à la nuance de ces partis actuels en relation avec le public.]
      Vis à vis des syndicats, je ne m’exprime pas ou très peu. Je déplore simplement leur manque de représentativité ainsi qu’un manque de reconnaissance, probablement liés à certaines de leurs carences. Si ça ne tenait qu’à moi, je leur accorderais un certain pouvoir de véto dans les conseils d’administration des entreprises assortit tout de même d’une responsabilité partielle dans les conséquences de leurs prises de position. Mais là, c’est tout un chantier de réflexion qui est à mettre en œuvre.
      Pour les partis, pouvez vous m’en citer un dans lequel un esprit jaloux de son intégrité, détaché autant que faire se peux de tout dogmatisme, serait tenté d’adhérer ?
      Les partis, c’est un peu comme la religion, il faut y croire. Mais pour y croire, il faut actuellement faire abstraction de tout esprit rationnel, cartésien, éthique même quelquefois.

    • morel dit :

      « Pas tout à fait. Un fonctionnaire est tenu à la plus stricte neutralité dans l’exercice de ses fonctions, mais il est aussi astreint y compris dans sa vie privée à un comportement qui ne soit pas susceptible de discréditer sa fonction ou de jeter un doute sur sa manière de l’exercer. C’est pourquoi la notion de « devoir de réserve » est prétorienne, et dépend des circonstances de chaque cas d’espèce. Ainsi, il serait légitime pour une guichetière d’être porte-parole d’un parti politique, alors que cela serait inacceptable pour un préfet ou un juge. »

      Dans mon échange avec Marcailloux, il était question de territoriaux dont j’ai cru comprendre – peut-être à tort – qu’il ne s’agissait pas du type de catégorie évoquée à la fin de votre phrase,
      Si l’on veut être précis, le statut comporte multiples obligations : exercice exclusif de la fonction (pas de second « métier »),discrétion et respect du secret professionnels, devoir d’obéissance sauf cas d’ordre « manifestement illégal et contraire à l’intérêt public, devoir de moralité même hors service public (pas porter atteinte (alcoolisme…) à la dignité de la fonction, probité et neutralité.
      N’y figure pas expressément l’abstention de manifester son opinion politique mais le le Conseil d’Etat a jugé de manière constante que l’obligation de réserve est particulièrement forte pour les titulaires de hautes fonctions administratives en tant qu’ils sont directement concernés par l’exécution de la politique gouvernementale.

      Une remarque en passant : beaucoup de nos contemporains remarquent tel agent communal un peu trop ardent dans l’expression de ses convictions mais peu souvent une expression plus raffinée de personnages plus puissants : des rapports concluant à l’inévitable « mise en concurrence » de tel service public, à des propositions de « respiration » par « ouverture du capital » par ex et même si les politiques ont le dernier mot, certains rapports m’ont fait sérieusement pensé à un engagement pas si « neutre ».
      Sur le même plan, le statut de prof des universités et de directeur de l’IHP n’empêchait pas M. Villani de militer pour la candidature Hidalgo à la mairie de Paris au point d’être président de son comité de soutien, de s’opposer au brexit publiquement, puis de soutenir la candidature Macron.
      http://www.rtl.fr/actu/politique/cedric-villani-est-l-invite-de-rtl-vendredi-10-mars-7787607046

      Exiger plus des « petits » ?

      je reviens sur réponse plus haut :

      « On peut se le demander. L’hypothèse est séduisante, mais j’ai du mal à me persuader que le « dégagisme » soit aussi puissant qu’on veut bien le dire. Si la volonté de « sortir les sortants » était si puissante que ça, on devrait voir les citoyens se précipiter vers les isoloirs pour dégager les élus au pouvoir. Or, ce qu’on observe est au contraire un niveau d’abstention très important. »

      Je ne raisonne pas en termes de « dégagisme » notion que je trouve inepte d’ailleurs s’il s’agissait de celà, on n’aurait pas assisté aux rituels passages de témoins entre PS et UMP/LR. mais en termes de « changement mais pas trop n’en faut ».
      Ce que vous écrivez sur le désenchantement est vrai mais je ne crois pas que ce soit contradictoire avec ce que j’écris. Le fait est que l’abstention ne touche pas les mêmes couches sociales, les plus populaires n’ont plus de représentation, ce n’est pas le cas pour d’autres.

      « Le point d’inflexion serait plutôt 1968 que 1983… »

      Je crois que 68 marque le point de départ d’une certaine expression petite bourgeoise mais les graphiques que j’ai pu consulter marquent plutôt 83 en début de retournement du partage des revenus capital/travail. Je rechercherais dès que possible.

      Je reste convaincu, un peu comme lorsque Jospin avait demandé aux conseils d’établissements de se dém,,,der avec le voile, le maintien de la boîte de pandore n’est pas le meilleur parti pour la sérénité de l’institution.

      Beaucoup à faire devant moi cette semaine, veuillez m’excuser, ainsi que Marcailloux si je ne répond pas immédiatement,

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [Le terme de « bonheur » est pour moi trop difficile à définir pour que je l’emploie. Quand j’écris « qu’ils ne sont pas si malheureux », c’est du langage parlé – cela n’a pas échappé à votre sagacité – et j’aurais pu écrire « qu’ils ne sont pas à plaindre ».]

      Vous avez mal compris mon commentaire. La difficulté n’est pas dans l’expression utilisée, mais dans votre raisonnement. Reprenez mon commentaire en remplaçant « ils ne sont pas si malheureux » par « ils ne sont pas à plaindre » et vous verrez que le problème demeure : si le fait que les gens « s’accrochent à une situation » indique que « ils ne sont pas à plaindre », alors cela est aussi vrai des ouvrières de chez Doux ou des éboueurs en grève contre la suppression de leurs postes que des politiques qui s’accrochent à leur siège.

      [Pour ce qui est de l’intérêt que bien des parlementaires ont pour leur fonction, vous avez sans doute remarqué que de très nombreux d’entre eux dépassent très largement l’âge de la retraite habituellement observée chez leurs compatriotes. N’est-ce pas là un signe si ce n’est une preuve ?]

      Le phénomène n’est pas plus fréquent chez les politiques que chez les professions de niveau équivalent. Vous trouverez sans peine des avocats, des médecins, des ingénieurs, des artistes qui dépassent eux aussi et de très loin l’âge de la retraite moyen.

      [Un lieu commun n’est pas pour autant une contrevérité ;]

      Pas « pour autant », mais le fait qu’un lieu commun est une « vérité » qu’on ne passe jamais au crible du doute fait qu’il tend à le devenir.

      [même s’il est banal. Où ai-je écrit que les pauvres étaient moins angoissés que les riches ? Ce que je constate souvent, dans les faits et les mots exprimés, c’est que cela arrive souvent, ce qui implique que ça n’est pas toujours. Il me semble que J. de la Fontaine, fin observateur de la nature humaine, l’avait bien décrit dans sa fable « le savetier et le financier ». La rhétorique a des limites !]

      Je crains que J. de la Fontaine, tout observateur de la nature humaine qu’il fut, ait été lui aussi porteur d’une certaine idéologie. Le discours « l’argent ne fait pas le bonheur », ou encore « heureux les pauvres, car le royaume des cieux leur appartient » ne date pas d’aujourd’hui. Et de tout temps a servi comme instrument idéologique pour chercher à convaincre les pauvres de se satisfaire de leur condition en leur présentant les affres de l’angoisse auxquels les riches sont soumis. C’est pourquoi votre discours me plonge dans le plus profond scepticisme. Comme disait mon grand-père, cynique parmi les cyniques, « l’argent ne fait pas le bonheur… de ceux qui n’en ont pas ». Et si vous trouvez un riche que la richesse angoisse, vous pouvez toujours lui conseiller de me la donner. Je lui céderai en échange avec plaisir ma sérénité de pauvre…

      [Dans mon propos, je mettais en parallèle une angoisse existentielle de celui qui ne sait pas ou craint pour son avenir et une inquiétude matérielle pour régler les problèmes quotidiens de celui qui est plongé dans l’adversité.]

      J’ai bien compris, mais cela ne me convainc pas : l’angoisse de risquer la prison est certainement plus facile à vivre que celle d’y être… sans quoi tous les accusés plaideraient coupable.
      [Certainement pas. J’ai quelque fois, et depuis très longtemps entendu le genre de parole comme quoi « une bonne guerre règlerait bien des problèmes ». Absurdité criminelle et imbécile de ceux qui sont amputés de la mémoire.]

      Pourtant, à relire votre commentaire on est conduit à cette conclusion. Vous nous peignez enfermés dans une « prison de confort » dont seul un « évènement apocalyptique » pourrait nous libérer… n’est-ce pas là exprimer le désir qu’un tel évènement se produise, dans la conviction qu’il « résoudrait bien des problèmes » ?

      [Cependant pourquoi certains dirigeants organisent-ils ou entretiennent-ils des situations dramatiques à seule fin de fédérer le peuple derrière leur personne. Les cas dans le monde ne manquent pas. Trump en est le cas le plus caricatural.]

      Si vous m’aviez dit G W Bush, j’aurais été d’accord. Mais il est difficile de dire que Trump cherche à « fédérer ». Au contraire, sa logique est plutôt celle de cliver la société américaine. Trump a suffisamment de péchés réels pour qu’on lui en invente encore d’imaginaires…

      [« Qu’est ce qui vous fait penser que notre « régime » serait « faible » ? » Le spectacle de toutes les reculades successives de nos dirigeants depuis de Gaulle,]

      Je crois qu’il ne faut pas confondre la faiblesse du « régime » avec la faiblesse de tel ou tel gouvernement. Nous avons en France, avec la constitution de 1958, un régime fort. Nos institutions reposent sur un vaste consensus. C’est d’ailleurs la force de ces institutions qui a permis à des dirigeants faibles comme Hollande de gouverner sans tomber dans la paralysie qui caractérise les régimes faibles…

      [Nous allons bien voir ce qu’il va advenir de l’affaire de NDDL. Le gouvernement est en train de nous endormir pour la probable raison qu’il ont une frousse bleue de voir un mort ou plus comme à Sivens.]

      Bien entendu, c’est le point d’achoppement du dossier. Ce qui d’ailleurs dit pas mal de choses sur l’état de notre Etat : une décision importante d’aménagement du territoire et de politique publique se prend non pas sur la force des arguments sociaux, économiques, environnementaux, mais sur la question de savoir si l’on est prêt ou non à prendre le risque de déloger 300 squatters violents.

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [Mais votre réaction évoquant l’intervention du corps des inspecteurs généraux pour des dysfonctionnements locaux qui habituellement, dans le privé, sont résolus par la hiérarchie de proximité. Et je retrouve là, dans vos paroles – n’y voyez pas une critique mais un constat – une source probable de l’efficience discutée de nos services publics. On n’utilise pas une masse de terrassier pour enfoncer une punaise.]

      Je ne suis pas d’accord. Si dans le privé les différends peuvent être « résolus par la hiérarchie de proximité », c’est parce que dans le privé le seul critère qui vaille pour juger les actions humaines est la rentabilité. La hiérarchie dans une entreprise n’est gardienne d’aucune éthique, d’aucun principe. Si une action rapporte, elle est bonne, si elle ne rapporte pas, elle est mauvaise. Le service public ne fonctionne pas comme ça. Le fonctionnaire n’est pas seulement censé obtenir des résultats, il est censé les obtenir dans le respect de certains principes. C’est pourquoi le fait que les situations conflictuelles soient examinées par une autorité qui n’est pas soumise à la logique de performance – ce qui est le cas de la hiérarchie – est une nécessité.

      [Les partis, c’est un peu comme la religion, il faut y croire. Mais pour y croire, il faut actuellement faire abstraction de tout esprit rationnel, cartésien, éthique même quelquefois.]

      Certainement pas. Il faut juste admettre que la croyance et la rationalité ne fonctionnent pas sur le même plan. Une idée peut en même temps être fausse et nécessaire… je ne vous refait pas ma théorie des fictions nécessaires.

    • Descartes dit :

      @ morel

      [Dans mon échange avec Marcailloux, il était question de territoriaux dont j’ai cru comprendre – peut-être à tort – qu’il ne s’agissait pas du type de catégorie évoquée à la fin de votre phrase,]

      C’est discutable. Un policier municipal peut-il être porte-parole d’un parti politique ? Un directeur général des services d’une commune peut-il se livrer à des activités de spéculation foncière ? La question se pose. Même si les fonctionnaires territoriaux sont moins proches des fonctions dites « régaliennes », ils ne sont pas tous exempts du principe qui veut que « la femme du César doit non seulement être irréprochable, mais elle doit aussi le paraître ».

      [Une remarque en passant : beaucoup de nos contemporains remarquent tel agent communal un peu trop ardent dans l’expression de ses convictions mais peu souvent une expression plus raffinée de personnages plus puissants : des rapports concluant à l’inévitable « mise en concurrence » de tel service public, à des propositions de « respiration » par « ouverture du capital » par ex et même si les politiques ont le dernier mot, certains rapports m’ont fait sérieusement pensé à un engagement pas si « neutre ».]

      Je crois que vous confondez la neutralité dans l’analyse et la neutralité dans l’action. Il serait illusoire d’imaginer qu’un fonctionnaire pourrait faire preuve de neutralité dans l’analyse. Quand nous examinons une situation, nous ne pouvons pas faire abstraction du cadre idéologique qui nous sert de référence. Et les fonctionnaires qui rédigent des rapports ou conseillent un décideur ne peuvent donc que travailler dans ce cadre. Mais dans une fonction publique recruté au mérite – et non par intervention politique – les fonctionnaires auront des opinions diverses, ce qui permet au décideur, pour peu qu’il prenne la peine d’écouter les uns et les autres, de disposer de conseils variés. Ensuite, c’est à lui de choisir.

      Par contre, il est exigé des fonctionnaires une neutralité absolue dans l’action. Une fois une que la décision est prise par l’autorité politique, le fonctionnaire est tenu de l’appliquer loyalement, et celui qui ferait preuve de partialité dans son application commettrait une faute. C’est cette neutralité qui doit être insoupçonnable, et tout acte qui pourrait la discréditer doit être sévèrement puni.

      En d’autres termes, le problème n’est pas tant ce que le fonctionnaire PENSE, mais ce que le fonctionnaire FAIT. Et s’il a tout le droit d’exprimer ses opinions politiques, religieuses ou de toute nature, il doit le faire d’une manière qui ne laisse pas penser que dans son action il pourrait être influencé par elles.

      [Sur le même plan, le statut de prof des universités et de directeur de l’IHP n’empêchait pas M. Villani de militer pour la candidature Hidalgo à la mairie de Paris au point d’être président de son comité de soutien, de s’opposer au brexit publiquement, puis de soutenir la candidature Macron.]

      Cela est permissible parce que son militantisme ne jette pas le moindre doute sur sa manière d’enseigner les mathématiques ou d’évaluer ses élèves. Il faut toujours regarder le rapport entre l’expression politique et les fonctions exercées. Dans ses fonctions de professeur, Villani n’a aucun moyen de faire échouer le Brexit ou de faire élire Hidalgo. Si au lieu d’être professeur de mathématiques Villani avait été préfet de Paris, la question n’aurait pas du tout été la même, parce qu’on aurait pu le suspecter d’utiliser sa fonction pour privilégier son candidat.

      [Ce que vous écrivez sur le désenchantement est vrai mais je ne crois pas que ce soit contradictoire avec ce que j’écris. Le fait est que l’abstention ne touche pas les mêmes couches sociales, les plus populaires n’ont plus de représentation, ce n’est pas le cas pour d’autres.]

      Tout à fait. Les couches populaires ne sont pas « dégagistes » parce qu’elles comprennent très bien que dégager les vieux cons ne fera qu’ouvrir la voie à des jeunes cons qui, de leur point de vue, ne changeront pas grand chose. De ce point de vue, je pense que la vision resumée par la formule « qu’ils s’en aient tous », ce que Mélenchon appelle le « dégagisme », reste l’apanage d’une couche sociale minoritaire et intellectuellement adolescente, qui voit la politique comme un jeu de massacre où la satisfaction de voir celui qu’on abhorre mordre la poussière est plus importante que de voir qui vient à la place. L’essentiel des couches populaires ne semble pas penser que cela vaut la peine de se déplacer dans les isoloirs pour « dégager » qui que ce soit.

      [Je crois que 68 marque le point de départ d’une certaine expression petite bourgeoise mais les graphiques que j’ai pu consulter marquent plutôt 83 en début de retournement du partage des revenus capital/travail. Je rechercherais dès que possible.]

      Du point de vue statistique, vous avez en grande partie raison : si je ma mémoire ne me trompe pas, le point haut de la répartition de la valeur ajoutée entre capital et travail au bénéfice de ce dernier se trouve quelque part en 1981. Mais cette courbe est trompeuse en termes économiques. A partir du début des années 1970, cette répartition se fait au détriment de l’investissement. Ou pour le dire autrement, pendant une décennie capital et travail se sont partagés les réserves accumulées pendant les années de la reconstruction. Une telle logique ne pouvait pas être durable, et cela a débouché dans les années 1980 à l’effondrement de l’industrie française.

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes,

      Bonjour,

      [Je ne suis pas d’accord. Si dans le privé les différends peuvent être « résolus par la hiérarchie de proximité », c’est parce que dans le privé le seul critère qui vaille pour juger les actions humaines est la rentabilité.]

      D’abord il n’était pas question de « différends » mais plutôt de dysfonctionnements constatés et déploré par la hiérarchie (Préfet et Directeur du travail). L’enjeu était la qualité du service rendu et incidemment le volume d’activité employée, donc par conséquent le coût pour la collectivité. Mais on sait bien qu’en France, le consentement à l’impôt est sans limite.

      [La hiérarchie dans une entreprise n’est gardienne d’aucune éthique, d’aucun principe. Si une action rapporte, elle est bonne, si elle ne rapporte pas, elle est mauvaise.]

      Un tel propos s’auto-discrédite.
      Vous voyez l’entreprise comme un ramassis de gangsters sans foi ni d’autres lois que celles du profit immédiat et maximum. Certes, l’objectif de toute entreprise est de réaliser des profits qui lui permettent, pour beaucoup, de simplement subsister. Mais toutes les actions ne sont pas systématiquement comptabilisées comme vous le prétendez. Une liberté de jugement et d’action est accordée aux responsables, avec, bien entendu une obligation de résultat positif.
      Seul l’État peut pendant des décennies se maintenir dans un déficit endémique que les contribuables devront un jour ou l’autre rembourser.
      Mais peut-être que la fonction publique ne doit pas s’abaisser, malgré les observations continuelles de la Cour des Comptes, à gérer « en bon père de famille » les comptes de la nation.
      Prenez l’exemple de l’Éducation nationale, plus elle nous coûte, moins les résultats sont satisfaisants. C’est sans doute normal selon vous. Elle manque de moyens ou de méthode ?
      Voilà probablement pourquoi, entre autres raisons, de plus en plus de fortunes et de talents vont se loger ailleurs et investissent dans d’autres pays.

      [C’est pourquoi le fait que les situations conflictuelles soient examinées par une autorité qui n’est pas soumise à la logique de performance – ce qui est le cas de la hiérarchie – est une nécessité.]

      C’est à peu près ce que je disais, la moindre question d’efficacité devient dans beaucoup de cas une situation conflictuelle.
      On hésite à faire appel à l’autorité supérieure (pas de vagues) qui, dans les cas extrêmes temporise afin de ne pas alerter le ministère, qui, l’étant éventuellement, craint la réaction intempestive du ministre ou de ses conseillers.
      Résultat, silence dans les rangs, on coule et on ferme sa gueule !

      Si mes propos vous paraissent un peu musclés, est-on si loin que ça de la réalité ?

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [D’abord il n’était pas question de « différends » mais plutôt de dysfonctionnements constatés et déploré par la hiérarchie (Préfet et Directeur du travail).]

      Oui, mais c’est quoi un « dysfonctionnement » dans le privé ? Le seul « dysfonctionnement » que connaît le privé, c’est le fait qu’un service ne gagne pas assez d’argent. Les violations de l’éthique, de l’honnêteté, de la loi ne sont des « dysfonctionnements » que s’ils risquent de couter à la boite plus cher qu’ils ne rapportent. Avec un mandat aussi simple, il est facile de confier à la hiérarchie intermédiaire le règlement des dysfonctionnements. Ce n’est pas la même chose dans la fonction publique, ou les standards d’éthique et de respect de la loi font partie du mandat.

      [L’enjeu était la qualité du service rendu et incidemment le volume d’activité employée, donc par conséquent le coût pour la collectivité.]

      Admettons. Le problème est que contrairement à ce qui arrive dans le privé, ou le fait ou non de gagner de l’argent est l’aune à laquelle le travail est évalué, n’a pas d’équivalent dans le service public. Comment mesurer la « qualité du service rendu » d’un militaire ou d’un inspecteur du travail, par exemple ?

      [« La hiérarchie dans une entreprise n’est gardienne d’aucune éthique, d’aucun principe. Si une action rapporte, elle est bonne, si elle ne rapporte pas, elle est mauvaise. » Un tel propos s’auto-discrédite.]

      Dans mon expérience, on se discrédite surtout en avançant ce genre d’affirmation qui, sans apporter le moindre argument, prétend dévaloriser le discours de l’autre…

      [Vous voyez l’entreprise comme un ramassis de gangsters sans foi ni d’autres lois que celles du profit immédiat et maximum.]

      Pas particulièrement. Je le vois comme un collectif créé par un investisseur qui ne demande qu’une chose, que son capital rapporte. Cet investisseur peut même être une multitude anonyme. Dans ces conditions, on voit bien avec quel critère les dirigeants de l’entreprise seront notés : leur capacité à faire gagner de l’argent à l’investisseur. Dans ces conditions, si le fait de violer les lois divines et humaines peut rapporter plus que cela ne risque de couter, la violation en question sera chaudement encouragée.

      [Certes, l’objectif de toute entreprise est de réaliser des profits qui lui permettent, pour beaucoup, de simplement subsister.]

      Vraiment ? Combien d’entreprises du CAC40 connaissez-vous qui soient dans cette situation ?

      [Mais toutes les actions ne sont pas systématiquement comptabilisées comme vous le prétendez.]

      Et bien, je vous mets au défi de me signaler une entreprise dont les dirigeants aient été sanctionnés alors qu’ils faisaient gagner de l’argent à l’entreprise pour avoir commis une faute morale ou éthique sans conséquence sur les profits.

      [Une liberté de jugement et d’action est accordée aux responsables, avec, bien entendu une obligation de résultat positif.]

      De résultat financier, s’entend.

      [Seul l’État peut pendant des décennies se maintenir dans un déficit endémique que les contribuables devront un jour ou l’autre rembourser.]

      Bien sûr. Et en retour, l’Etat est obligé de rendre service à tous les citoyens, et pas seulement à ceux qui peuvent payer comme c’est le cas dans une entreprise privée…

      [Mais peut-être que la fonction publique ne doit pas s’abaisser, malgré les observations continuelles de la Cour des Comptes, à gérer « en bon père de famille » les comptes de la nation.]

      Cela dépend ce que vous appelez « gérer en bon père de famille ».

      [Prenez l’exemple de l’Éducation nationale, plus elle nous coûte, moins les résultats sont satisfaisants. C’est sans doute normal selon vous. Elle manque de moyens ou de méthode ?]

      Surtout, elle manque de ce qui fait le succès de l’entreprise privée : la capacité de sélectionner ses clients. Si l’école pouvait n’accueillir que les enfants dont les parents payent l’impôt sur le revenu, par exemple, le niveau serait certainement bien plus satisfaisant.

      [Voilà probablement pourquoi, entre autres raisons, de plus en plus de fortunes et de talents vont se loger ailleurs et investissent dans d’autres pays.]

      Eh oui, c’est probablement parce que leur Etat est très bien géré que le Liechtenstein, les Bahamas et les Iles Vierges accueillent tant de fortunes nomades…

      Soyons sérieux. L’Etat doit rendre service à tous les citoyens, même à ceux qui n’auraient pas les moyens de payer ce service. Et ce sont les plus fortunés qui doivent payer pour eux. Que les plus fortunés n’aient pas envie de payer et préfèrent exercer leurs talents et investir leur argent là où personne ne leur demandera de payer pour les pauvres, c’est parfaitement compréhensible, et cela n’a rien à voir avec l’efficacité de l’Etat. Au contraire : quand on voit les entrepreneurs fermer des usines en France pour en ouvrir en Roumanie, en Bulgarie ou au Bangladesh, ce n’est certainement pas parce que l’Etat dans ces pays-là est plus efficient…

      [C’est à peu près ce que je disais, la moindre question d’efficacité devient dans beaucoup de cas une situation conflictuelle.]

      Non. C’est que les critères d’efficacité ne sont pas les mêmes que dans une entreprise privée. Comment évaluez-vous « l’efficacité » d’un militaire ou d’un juge ?

      [On hésite à faire appel à l’autorité supérieure (pas de vagues) qui, dans les cas extrêmes temporise afin de ne pas alerter le ministère, qui, l’étant éventuellement, craint la réaction intempestive du ministre ou de ses conseillers.]

      Encore heureux ! Si l’avenir de notre fonction publique était dans les mains de ces gens-là, il y a longtemps qu’ils l’auraient privatisée…

      [Résultat, silence dans les rangs, on coule et on ferme sa gueule ! Si mes propos vous paraissent un peu musclés, est-on si loin que ça de la réalité ?]

      Ils me semblent surtout d’une grande injustice. Vous croyez vraiment que dans les entreprises privées ce n’est pas « silence dans les rangs » ? Que la haute hiérarchie est bienveillante et que le management intermédiaire ose lui remonter les problèmes sans crainte ? Je trouve que vous idéalisez un peu trop le privé…

    • morel dit :

      @ Marcailloux

      « Mais votre réaction évoquant l’intervention du corps des inspecteurs généraux pour des dysfonctionnements locaux qui habituellement, dans le privé, sont résolus par la hiérarchie de proximité. Et je retrouve là, dans vos paroles – n’y voyez pas une critique mais un constat – une source probable de l’efficience discutée de nos services publics. On n’utilise pas une masse de terrassier pour enfoncer une punaise. »

      Vous avez de la réflexion, de la culture, de la courtoisie mais je suis toujours très étonné lorsqu’on aborde avec vous la question de l’emploi public en général, de la fonction publique en particulier de vos réactions.
      Concernant les personnes ni le public, ni le privé à le monopole des « bosseurs » ou des « flemmards ».
      Une personne de ma connaissance exultait lorsque fut institué le jour de carence pour arrêt maladie dans la fonction publique. Après lui avoir demandé en quoi cela pouvait être profitable aux salariés du privé, je lui rappelais que son entreprise couvrait les 3 jours de carence, ce qui n’était pas le cas du public.
      Je n’aime pas rentrer dans ces comparatifs qui me semblent ressortir d’un esprit ridicule de compétition entre salariés mais lorsqu’on m’oblige à rétablir l’équilibre :
      – 2 annuités par enfant pour privé, public 1
      – complémentaire santé : prise en charge par l’entreprise à 50 ou 60 %, pas le cas du fonctionnaire
      – bénéfice des prestations d’un comité d’entreprise, pas fonctionnaire
      – 13è mois, idem
      – intéressement, participation, idem
      Faut-il continuer ?
      Et pourtant, je ne parlerais jamais de «privilégiés ».

      Revenons à votre propos. Pouvez-vous, une seconde, imaginer, par les temps qui courent depuis longtemps, la résonance d’une annonce d’audit dans une entreprise quelque soit son statut ?
      Pour ce qui nous concerne, d’un audit par un cabinet privé dans le secteur public alors qu’il existe un corps dédié à cette tâche, ce qui ne coûterait pas un sou à cette administration et s’effectuerait dans le respect des règles « déontologiques ».
      Je peux me tromper, mais j’ai tendance à assimiler cette intervention tarifée extérieure à « une masse de terrassier » dans ce cas.

      « Pour les partis, pouvez vous m’en citer un dans lequel un esprit jaloux de son intégrité, détaché autant que faire se peux de tout dogmatisme, serait tenté d’adhérer ?
      Les partis, c’est un peu comme la religion, il faut y croire. Mais pour y croire, il faut actuellement faire abstraction de tout esprit rationnel, cartésien, éthique même quelquefois. »

      Pour les partis, peut-on tirer des conclusions définitives à partir de ce moment de l’histoire ?
      J’ai l’impression que ce moment « d’éclatement » ne pourra durer, que les « mouvements » montreront leur impasse mais quand ?

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes,

      Bonjour,

      [Je trouve que vous idéalisez un peu trop le privé…]

      C’est curieux, je me fais la même réflexion à votre égard vis à vis du public.
      Néanmoins, je ne réagis pas en fonction d’un dogme ou d’un concept universel. Le privé n’est pas constitué des seules entreprises du CAC 40 qui ne représentent pas beaucoup plus de 5% des emplois en France.
      Les dirigeants, entrepreneurs, actionnaires ou associés ne sont pas tous, et de loin, des suceurs de sang. Les mêmes proportions d’exploiteurs, sous une forme ou un autre, se retrouvent plus que probablement dans les divers secteurs de l’activité du pays. Et en ce qui concerne l’éthique, permettez moi d’insérer un doute cartésien dans vos affirmations.
      Une abondante littérature dénonce les abus de position, les petits et grands arrangements dont bénéficient certains membre de la fonction publique et qui sont régulièrement dénoncés.
      Je n’ai aucun à priori contre le public, et j’ai la conviction que nous, Français, bénéficions d’une multitude de services que beaucoup nous envient. Raison de plus pour en gérer les moyens avec encore plus de rigueur.

    • Marcailloux dit :

      @ Morel,

      Bonjour,

      [ . . . je suis toujours très étonné lorsqu’on aborde avec vous la question de l’emploi public en général, de la fonction publique en particulier de vos réactions. 
      Concernant les personnes ni le public, ni le privé à le monopole des « bosseurs » ou des « flemmards ». ]

      En effet, sur ce blog qui, globalement, fait l’apologie de la fonction publique, ma tendance est à la tempérance des qualificatifs dithyrambiques que j’y lis. Je n’ai aucun avis définitif sur cette question qui ne peut, de toute façon, faire l’objet d’une analyse exhaustive sans sombrer dans l’outrance.

      La courte expérience, en fin de carrière, qui fût la mienne, m’a tout de même permis de constater un écart de mentalité assez net entre le public le privé.
      Je m’abstiens de juger de la pertinence de l’une ou de l’autre. C’est leur différence que je constate.

      Je m’insurge d’autre part quand, au nom d’un marxisme originel, il est décrété mécaniquement que tout employeur du privé est un exploiteur, avec, bien entendu, la connotation que cela implique.

      Nous sommes parfaitement d’accord lorsque vous dites que «ni le public, ni le privé à le monopole des « bosseurs » ou des « flemmards » ». Nous avons probablement les mêmes proportions ici et là.
      Mais là où j’émets une objection qui me semble de taille, c’est en ce qui concerne les sanctions. Sanctions pris dans son sens large, à savoir : « Peine ou récompense prévue pour assurer l’observation d’une loi, l’exécution d’une mesure réglementaire, d’un contrat. » (Cnrtl.)
      Or, dans la fonction publique, l’observance ou non des conditions optima de l’exercice d’une fonction est beaucoup moins « sanctionnée » que dans le privé, sans doute pour des raisons différentes inhérentes à l’un des secteurs ou à celles de l’autre.

      Oui, dans le privé, cela se mesure par un coût. Et ce coût a une influence sur le produit du travail collectif des salariés de l’entreprise. Le surcoût résultant d’une action inefficiente se mesure immédiatement sur le compte de résultat de l’entreprise. Il n’en va pas de même pour le secteur public, qui, à l’inverse du secteur privé, peut accumuler les déficits sans vraiment se sentir dans l’obligation de réviser certaines de ses pratiques dispendieuses. La question de l’efficience ne se pose pas du tout dans les mêmes termes.
      Et ceci a une incidence dans les comportements et les mentalités de la hiérarchie et de l’ensemble des personnels.
      Le fonctionnaire qui, constatant que l’emploi qu’il occupe, présente des incohérences ou des éléments néfastes à la bonne marche du service, n’aura pas d’incitation à faire remonter l’information qui de toute façon aurait toutes les chances de se perdre au fond d’un tiroir. Pas question, bien sûr, d’espérer une reconnaissance monétaire ou promotionnelle de ses initiatives. D’où, la conclusion logique d’une grande probabilité de perte en qualité et de gain en motivation, à quelques exceptions près.
      Et cela n’a rien à voir avec les qualités intrinsèques de tel ou tel fonctionnaire.
      C’est d’ailleurs à peu près la même chose dans le cas de défaillances liées à l’exercice des fonctions. Combien faut-il d’années de mauvais services pour qu’un fonctionnaire soit limogé ? Et combien le sont par an ? Je n’imagine pas que les salariés du privé soient très nettement moins consciencieux que ceux du public. Il est bien connu que la peur du gendarme est la première des préventions. Sans gendarmes, la porte est toujours ouverte à toutes les dérives.
      Et pour ce qui est de l’éthique, il y a quelquefois fort à dire. Je connais un peu l’exemple des directeurs d’établissement à l’E.N. qui abritent un GRETA. Ils y emploient des vacataires taillables et corvéables à merci, sous payés et les produits en excédent d’exploitation ont souvent des destinations pas très charitables. La règle qui veut que chacun agisse en fonction de ses intérêts personnels voit là un très bon exemple de triste réalité.
      Assez éloigné de la fonction publique en général, je ne peux citer d’autres exemples précis.
      Simplement, ces jours ci sort dans les kiosques un ouvrage d’enquête qui informe que 600 hauts fonctionnaires gagnent plus que le Président de la république. Beaucoup de ceux ci font des aller retour public-privé et que sur toute une carrière, la rémunération globale qu’ils reçoivent est probablement supérieure à ce qu’ils auraient touché s’ils avaient fait toute leur carrière dans le privé, avec les aléas que cela comporte.
      Les places de direction dans le CAC 40 ne sont pas innombrables et ne représentent qu’une faible partie des salariés en France. Les faire passer pour la généralité et s’en servir régulièrement d’exemple ne correspond pas à la réalité.
      J’entendais ces jours ci une interview ancienne de F. Hollande qui expliquait qu’au Conseil d’État, certains conseillers étaient rarement dans leur institution mais par contre facturaient des prestations diverses qui leur permettaient de doubler leur salaire.
      Il nous est toujours montré l’exemple d’enseignants payés avec une fronde et devant faire face à une trentaine de furieux pour nous faire accroire qu’ils sont représentatifs de la fonction publique. Permettez moi d’en douter.
      Le citoyen lambda est en droit de se poser des questions sur l’utilisation de ses impôts !

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [« Je trouve que vous idéalisez un peu trop le privé… » C’est curieux, je me fais la même réflexion à votre égard vis à vis du public.]

      Vous êtes injuste : dans mon commentaire, je ne me contentais pas de dire que « vous idéalisiez trop le privé ». J’avais expliqué pourquoi : parce que vous sembliez penser que, contrairement au public, dans le privé « « la haute hiérarchie est bienveillante et que le management intermédiaire ose lui remonter les problèmes sans crainte ». Ici, vous m’accusez du contraire… mais vous n’expliquez pas pourquoi. En quoi j’idéaliserais le public ?

      [Néanmoins, je ne réagis pas en fonction d’un dogme ou d’un concept universel. Le privé n’est pas constitué des seules entreprises du CAC 40 qui ne représentent pas beaucoup plus de 5% des emplois en France.]

      Vous avez raison : dans les grandes entreprises, il y a souvent des contre-pouvoirs à la toute-puissance du patron. C’est dans les moyennes et petites entreprises qu’on trouve les vrais patrons-tyrans…

      [Les dirigeants, entrepreneurs, actionnaires ou associés ne sont pas tous, et de loin, des suceurs de sang.]

      Les actionnaires, les associés, bref, les propriétaires du capital sont par définition des « suceurs de sang », puisque leur rémunération est un prélèvement sur le travail des autres. Certains sucent méchamment, d’autres paternellement, mais tous sucent. Les dirigeants, les entrepreneurs… c’set une autre histoire.

      [Une abondante littérature dénonce les abus de position, les petits et grands arrangements dont bénéficient certains membres de la fonction publique et qui sont régulièrement dénoncés.]

      Certes. Et une abondante littérature dénonce les abus de position, les grands et petits arrangements dont bénéficient certains membres des entreprises privées, et qui sont régulièrement dénoncés. Contrairement à vous, je n’idéalise pas la fonction publique, je me contente de constater que chez les autres ce n’est pas mieux. Et je dirais même que c’est pire : je connais pas mal de personnalités du privé qui ont gagné des millions et même des milliards avec les moyens les plus malhonnêtes. Je vous mets au défi de m’indiquer un seul haut fonctionnaire qui ait quitté la fonction publique avec un milliard derrière lui.

      [Je n’ai aucun à priori contre le public, et j’ai la conviction que nous, Français, bénéficions d’une multitude de services que beaucoup nous envient. Raison de plus pour en gérer les moyens avec encore plus de rigueur.]

      Je suis tout à fait d’accord. Là où je ne vous suis plus, c’est quand vous m’expliquez que pour « gérer les moyens avec encore plus de rigueur » il faudrait prendre graine sur le privé. Parce que c’est faux. Le privé n’est pas géré plus rigoureusement que le public.

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [La courte expérience, en fin de carrière, qui fût la mienne, m’a tout de même permis de constater un écart de mentalité assez net entre le public le privé.]

      Et j’ajouterais : bénie soit cette différence !

      [Je m’insurge d’autre part quand, au nom d’un marxisme originel, il est décrété mécaniquement que tout employeur du privé est un exploiteur, avec, bien entendu, la connotation que cela implique.]

      Vous noterez que cette « connotation », c’est vous qui la mettez, et non Marx. Marx donne une définition de l’exploitation qui est purement factuelle et n’a aucun contenu moral. Comment le pourrait-il d’ailleurs puisqu’il considère que le mode de production fondé sur l’exploitation est une étape nécessaire du développement humain ?

      Mais le fait ne demeure pas moins que tout employeur du privé empoche une partie de la valeur produite par le travailleur. Et ce faisant, il est un « exploiteur », sans que cela ait la moindre « connotation »…

      [Nous sommes parfaitement d’accord lorsque vous dites que «ni le public, ni le privé à le monopole des « bosseurs » ou des « flemmards » ». Nous avons probablement les mêmes proportions ici et là.]

      Je pense que vous simplifiez un peu trop. Le problème est que les critères qui font de vous un « flemmard » dans le public ne sont pas tout à fait les mêmes que ceux qui font de vous un « flemmard » dans le privé. Ainsi, par exemple, l’actionnaire qui empoche son dividende sans verser une goutte de sueur n’est jamais qualifié de « flemmard ». Etonnant, non ?

      [Or, dans la fonction publique, l’observance ou non des conditions optima de l’exercice d’une fonction est beaucoup moins « sanctionné » que dans le privé, sans doute pour des raisons différentes inhérentes à l’un des secteurs ou à celles de l’autre.]

      Mais qu’appelez-vous « conditions optima de l’exercice d’une fonction » ? Encore une fois, vous comparez les apparences sans vous poser cette question. Il y a des manquements qui sont beaucoup plus sévèrement sanctionnés dans la fonction publique que dans le privé. Prenez le cas de Pierre Rosenberg, conservateur au Louvre, qui en falsifiant une expertise a permis au musée d’acheter à vil prix une œuvre authentique de Poussin. Dans une entreprise privée, il aurait été récompensé.

      [Oui, dans le privé, cela se mesure par un coût. Et ce coût a une influence sur le produit du travail collectif des salariés de l’entreprise. Le surcoût résultant d’une action inefficiente se mesure immédiatement sur le compte de résultat de l’entreprise. Il n’en va pas de même pour le secteur public, qui, à l’inverse du secteur privé, peut accumuler les déficits sans vraiment se sentir dans l’obligation de réviser certaines de ses pratiques dispendieuses. La question de l’efficience ne se pose pas du tout dans les mêmes termes.]

      Certes. Mais la question de l’honnêteté ne se pose pas non plus dans les mêmes termes. Un trader qui fait gagner beaucoup d’argent à son employeur peut se permettre bien des entorses à la loi. Ce n’est pas tout à fait le cas dans la fonction publique… Comme je vous l’ai dit plus haut, entre le public et le privé la nature du service est différente, et par conséquence les critères d’efficacité sont différents.

      [Le fonctionnaire qui, constatant que l’emploi qu’il occupe, présente des incohérences ou des éléments néfastes à la bonne marche du service, n’aura pas d’incitation à faire remonter l’information qui de toute façon aurait toutes les chances de se perdre au fond d’un tiroir. Pas question, bien sûr, d’espérer une reconnaissance monétaire ou promotionnelle de ses initiatives. D’où, la conclusion logique d’une grande probabilité de perte en qualité et de gain en motivation, à quelques exceptions près.]

      Croyez-moi, j’ai été agent public pendant l’essentiel de ma carrière, et je peux vous assurer que mes collègues ne se sont jamais gênés pour faire remonter les « incohérences ou éléments néfastes à la bonne marche du service », avec une liberté – et une hargne – que je n’ai jamais perçu lors de mes contacts avec le privé. Et si ces protestations se perdent souvent au fond d’un tiroir, c’est aussi le cas dans les structures privées. Combien de directeurs dans le privé permettent à leurs subordonnés de remettre en cause leurs décisions ou leurs méthodes ?

      Quant à la « reconnaissance », il n’y a pas que l’argent et les promotions dans la vie. Ceux qui s’engagent dans le service public savent qu’ils n’ont aucune chance de s’enrichir. Par contre, ils sont très sensibles au jugement de leurs pairs, et ce jugement a une influence réelle dans les nominations à des postes intéressants ou prestigieux.

      Je vous le répète : je ne vois pas qu’il y ait plus de « motivation » dans les structures privées que dans le public. Pour vous parler de ce que je connais, lors de la tempête de 1999 – et aussi lors du passage du cyclone Irma à St-Martin – EDF a bénéficié d’un flot de volontaires actifs mais aussi inactifs pour travailler dans des conditions difficiles et même dangereuses sans pour autant recevoir la moindre récompense financière. Combien d’entreprises privés connaissez-vous dont le personne ait démontré une telle motivation ?

      [C’est d’ailleurs à peu près la même chose dans le cas de défaillances liées à l’exercice des fonctions. Combien faut-il d’années de mauvais services pour qu’un fonctionnaire soit limogé ?]

      Cela dépend ce que vous appelez « mauvais services ». S’il s’agit de FAUTES, alors je peux vous assurer qu’une seule faute grave suffit. Je vous conseille à titre d’exemple de vous intéresser aux révocations prononcées par les formations disciplinaires de la Police nationale. Mais surtout, vous idéalisez le privé si vous croyez que c’est très différent. Un trader qui viole les règles au vu et au su de sa hiérarchie mais qui fait gagner beaucoup d’argent à la banque peut continuer pendant des longues années sans que personne ne lui fasse une remarque.

      A celui qui me dira que dans le privé on vire les incapables, je conseillerais d’essayer le service commercial de mon fournisseur internet…

      [Et combien le sont par an ? Je n’imagine pas que les salariés du privé soient très nettement moins consciencieux que ceux du public. Il est bien connu que la peur du gendarme est la première des préventions. Sans gendarmes, la porte est toujours ouverte à toutes les dérives.]

      Parce que vous croyez que dans le public il n’y a pas de « gendarmes » ?

      [Et pour ce qui est de l’éthique, il y a quelquefois fort à dire. Je connais un peu l’exemple des directeurs d’établissement à l’E.N. qui abritent un GRETA. Ils y emploient des vacataires taillables et corvéables à merci, sous payés et les produits en excédent d’exploitation ont souvent des destinations pas très charitables.]

      En d’autres termes, vous leur reprochez de se comporter comme s’ils étaient dans le privé ? Parce que finalement ces « vacataires taillables et corvéables a merci » sont dans l’exacte situation des agents du privé. Pourquoi critiquer ces directeurs, qui finalement permettent au secteur public de bénéficier de « l’efficacité » du privé ?

      [La règle qui veut que chacun agisse en fonction de ses intérêts personnels voit là un très bon exemple de triste réalité.]

      Sauf que vous oubliez que cet « intérêt » peut être de plusieurs natures. On peut chercher l’argent, l’avancement, mais aussi la nomination à un poste prestigieux ou l’approbation de ses pairs. Le privé motive ses personnes de la première façon – je laisse de côté la peur du licenciement – et le public plutôt la seconde.

      [Assez éloigné de la fonction publique en général, je ne peux citer d’autres exemples précis.
      Simplement, ces jours ci sort dans les kiosques un ouvrage d’enquête qui informe que 600 hauts fonctionnaires gagnent plus que le Président de la république.]

      Et alors ? Pourquoi serait-il scandaleux que certains fonctionnaires aux compétences signalées gagnent plus que le chef de l’Etat ? Des milliers de patrons gagnent plus que le Président, et personne ne semble trouver cela anormal. Et aucun livre ne les dénonce…

      [Beaucoup de ceux-ci font des aller-retour public-privé et que sur toute une carrière, la rémunération globale qu’ils reçoivent est probablement supérieure à ce qu’ils auraient touché s’ils avaient fait toute leur carrière dans le privé, avec les aléas que cela comporte.]

      Personnellement, je suis contre le pantouflage. Je pense que cette possibilité d’aller-retour entre le public et le privé porte très gravement atteinte à l’intégrité de la fonction publique. Mais il faut aussi savoir ce qu’on veut. Si on permet à des personnes venues du privé d’occuper des postes importants dans l’appareil d’Etat, on ne peut reprocher aux personnes que leur carrière destinait à ces postes d’aller chercher leur promotion ailleurs.

      [Les places de direction dans le CAC 40 ne sont pas innombrables et ne représentent qu’une faible partie des salariés en France. Les faire passer pour la généralité et s’en servir régulièrement d’exemple ne correspond pas à la réalité.]

      Les postes dans la fonction publique ou l’on gagne plus que le président de la République sont à peu près aussi peu nombreux… et pourtant vous ne vous gênez pas !

      [J’entendais ces jours ci une interview ancienne de F. Hollande qui expliquait qu’au Conseil d’État, certains conseillers étaient rarement dans leur institution mais par contre facturaient des prestations diverses qui leur permettaient de doubler leur salaire.]

      Faudrait pas trop croire les légendes urbaines. Surtout quand elles sont colportées par un corps qui est en concurrence avec celui qui est critiqué… si Hollande avait dénoncé les « ménages » des conseillers à la Cour des Comptes – corps dont il est issu – il aurait été plus crédible.

      [Il nous est toujours montré l’exemple d’enseignants payés avec une fronde et devant faire face à une trentaine de furieux pour nous faire accroire qu’ils sont représentatifs de la fonction publique.]

      Je vous rappelle que les enseignants représentent plus de la moitié des fonctionnaires d’Etat… alors je ne sais s’ils sont « représentatifs », mais ils sont assez nombreux. Par ailleurs, les hauts fonctionnaires qui peuvent se permettre le luxe de pantoufler ou de faire des « ménages » sont très peu nombreux. Les conseillers d’Etat sont 200, les membres de la Cour des Compte à peu près autant. L’immense majorité des fonctionnaires a des salaires largement inférieurs à ceux du privé.

      [Le citoyen lambda est en droit de se poser des questions sur l’utilisation de ses impôts !]

      Tout à fait. Et ces questions méritent une réponse sérieuse, pas un discours poujadiste.

    • morel dit :

      @ Marcailloux

      Toutes mes excuses dans le retard apporté pour ma réponse. Peu de temps en ce moment.

      « En effet, sur ce blog qui, globalement, fait l’apologie de la fonction publique, ma tendance est à la tempérance des qualificatifs dithyrambiques que j’y lis. »

      Je ne crois pas qu’on puisse parler d’apologie de la FP, défense certainement, ce qui me tient à cœur dès lors qu’on en attaque le principe car comme dit précédemment par Descartes, le privé choisit ses clients, la FP ne choisit pas ses usagers.
      Car qui est présent y compris dans les « territoires » les plus difficiles (école, police, poste…) ?
      Le moins d’État concomitant à la glorification de « l’entreprise », de la « prise de risque » (au point de pousser au misérable métier d’auto-entrepreneur -voyez les revenus des intéressés -, défausse du patron réel sur ses dépendants) mène y compris à des situations très difficiles pour les services publics. L’actualité nous rappelle que les moyens mis à la disposition des prisons sont loin d’être à la hauteur (surpeuplement, matelas à terre, rats… ). Dans ma ville, il faut avoir vu les locaux attribués aux policiers qui auraient plus que besoin d’être au moins rafraîchis, le rectorat exigu qui avait condamné des pièces par sécurité, la vieille « cité administrative »…
      Je vous épargne la situation des EHPAD et de leurs personnels qui va bientôt faire l’actualité.
      Les banques elles, flambent neuves…et peu d’entreprises offrent de pareils locaux de travail.
      Pas de dithyrambe mais une réalité qui connaît aussi des contrastes : tel service public à force d’attente a des locaux neufs mais forts excentrés pour les usagers.

      « La courte expérience, en fin de carrière, qui fût la mienne, m’a tout de même permis de constater un écart de mentalité assez net entre le public le privé. »

      La notion de service public et sa défense vit chez nombre de fonctionnaires et pas qu’au sommet.

      « Or, dans la fonction publique, l’observance ou non des conditions optima de l’exercice d’une fonction est beaucoup moins « sanctionnée » que dans le privé, sans doute pour des raisons différentes inhérentes à l’un des secteurs ou à celles de l’autre.

      L’optimal de l’un ne saurait être celui de l’autre. J’ai vu des agents se « rebeller » contre leur N+1 lorsqu’au nom d’une logique de « rentabilité », ils étaient accusés de « passer trop de temps » à expliquer à des publics en difficulté. Dans le privé, ça se passe d’autant mieux que la personne présente un vrai potentiel d’achat.

      « Il n’en va pas de même pour le secteur public, qui, à l’inverse du secteur privé, peut accumuler les déficits sans vraiment se sentir dans l’obligation de réviser certaines de ses pratiques dispendieuses. »

      Le 1er déficit c’est l’État. Il y aurait beaucoup de choses à en dire mais, une simple constatation : la montée des fortunes privées n’est-elle pas couplée avec ce déficit ?
      Maintenant, s’il s’agit de gérer au mieux c-a-d dans le respect des normes du service public, nous serons d’accord mais ne faudrait-il pas aussi revoir l’ensemble de la fiscalité avec une attention particulière sur les cadeaux consentis aux « entreprises » (souvent assortis par le Medef de mirifiques promesses d’emplois bien évanescentes) ?

      « Et ceci a une incidence dans les comportements et les mentalités de la hiérarchie et de l’ensemble des personnels.
      Le fonctionnaire qui, constatant que l’emploi qu’il occupe, présente des incohérences ou des éléments néfastes à la bonne marche du service, n’aura pas d’incitation à faire remonter l’information qui de toute façon aurait toutes les chances de se perdre au fond d’un tiroir. »

      Vous n’imaginez pas à quel point on nous bassine de techniques managériales du privé venues souvent des US.
      A une autre époque, les problèmes se résolvaient plus simplement en en parlant.
      Maintenant, j’ai pu constater que les organisations (dans le privé comme dans le public) sont de plus en plus verticales.

      « C’est d’ailleurs à peu près la même chose dans le cas de défaillances liées à l’exercice des fonctions. Combien faut-il d’années de mauvais services pour qu’un fonctionnaire soit limogé ? Et combien le sont par an ? Je n’imagine pas que les salariés du privé soient très nettement moins consciencieux que ceux du public. Il est bien connu que la peur du gendarme est la première des préventions. Sans gendarmes, la porte est toujours ouverte à toutes les dérives. »

      Dans la FP, l’initiative de convocation d’une commission de discipline revient à l’autorité qui a le pouvoir disciplinaire (niveau différent selon l’administration, le grade ). L’affaire est instruite par elle dans le respect des droits de la défense.
      Siègent à parité membres et l’administration et élus syndicaux mais il faut surtout savoir que la commission n’émet qu’un AVIS que le détenteur de l’autorité administrative n’est PAS tenu de suivre.
      En bien des années de mandat à différents titres, j’avoue n’avoir connu que 4 procédures, non pas à cause d’un laxisme mais faute d’éléments sérieux. Une seule révocation pour faute lourde.
      Les fantasmes sur « les fonctionnaires » ne résistent pas devant les faits réels.

    • Descartes dit :

      @ morel

      [« En effet, sur ce blog qui, globalement, fait l’apologie de la fonction publique, ma tendance est à la tempérance des qualificatifs dithyrambiques que j’y lis. » Je ne crois pas qu’on puisse parler d’apologie de la FP, défense certainement, ce qui me tient à cœur dès lors qu’on en attaque le principe car comme dit précédemment par Descartes, le privé choisit ses clients, la FP ne choisit pas ses usagers.]

      Il faut clarifier ce qu’on appelle la « fonction publique ». S’agit-il de l’organisation effective du personnel de l’Etat (corps, structure hiérarchique, etc.) ? Des personnels qui assurent son fonctionnement ? Ou plus largement du concept d’un ensemble de « fonctions » dont le but est le service du public et non le profit ?

      Si c’est le troisième sens qui est pris, je n’hésiterais pas à faire une apologie. Je trouve en effet admirable, presque miraculeux, que des gens soient prêts à servir leurs concitoyens, en prenant quelquefois des risques considérables, et cela pour une paye inférieure très souvent à celle que leurs talents pourraient obtenir dans le secteur privé.

      Par contre, si c’est le premier sens qui est retenu, je ne ferais certainement pas une « apologie ». Je pense que l’organisation de l’Etat comme toute organisation humaine perfectible, et que la notre est loin d’être optimale. Cela étant dit, je ne crois pas que l’amélioration passe par la reprise des méthodes du privé, qui d’ailleurs n’est pas à ce que j’ai pu observer beaucoup mieux organisé ou plus efficient.

      Ce n’est pas une « apologie » que de constater que le service public opère à l’intérieur de contraintes qui ne sont pas celles du privé, et que son organisation doit tenir compte de ces contraintes. Pour ne donner qu’un exemple : un opérateur privé peut acheter ses intrants à qui il veut. Il n’est pas obligé de prendre le moins cher ou le mieux disant. Il peut, si cela lui chante, préférer acheter plus cher au cousin de sa femme que chez un de ses concurrents. L’Etat est tenu, lui, à la neutralité. D’où des procédures d’appel d’offre complexes, qui prennent du temps et coûtent de l’argent. Mais dans ces conditions, est-il raisonnable de railler « l’inefficacité » relative de l’Etat dans son processus d’achat ? Qui serait prêt à lever la contrainte, et à donner au fonctionnaire acheteur les mêmes libertés qu’au patron acheteur ?

      De même, comme vous le signalez, le service public n’a pas le droit de choisir ses usagers. C’est là une énorme contrainte. On pourrait augmenter notablement l’efficacité économique si le service public se concentrait sur les usagers « rentables »… mais pourrait-on parler dans ce cas de « service public » ?

      [« Il n’en va pas de même pour le secteur public, qui, à l’inverse du secteur privé, peut accumuler les déficits sans vraiment se sentir dans l’obligation de réviser certaines de ses pratiques dispendieuses. » Le 1er déficit c’est l’État. Il y aurait beaucoup de choses à en dire mais, une simple constatation : la montée des fortunes privées n’est-elle pas couplée avec ce déficit ?]

      Excellente remarque ! Le déficit de l’Etat n’est pas une donnée mais un choix. Il suffirait de fixer la TVA deux points plus haut et le déficit serait effacé. Car là encore il faut comprendre que les contraintes de l’Etat ne sont pas celles du secteur privé. Que fait une entreprise qui se trouve en « déficit » ? D’abord elle supprime les produits et les branches « non rentables », c’est-à-dire toutes les activités qui ne font pas rentrer de l’argent… Pensez-vous qu’il faudrait que l’Etat fasse de même ?

  25. luc dit :

    @cvt
    L’express cette semaine consacre son numéro à une apologie de la révolution culturelle,de mai 1968.
    Or la prégnance quasi totale de l’idéologie de mai 1968,semble sous estimée,ici.
    Ne pensez vous pas ,au vu de ses voeux,que Macron peut se révèler être un excellent nouveau Pompidou,mariant modernisme et républicanisme?
    Puisquà n’en pas douter l’UE actuelle et sa monnaie,disparaitront un jour car l’Allemagne,le décidera tôt ou tard,la défaite de MLP,n’est elle pas un mal pour un bien?

    • CVT dit :

      @Luc,
      vous tombez très mal avec moi, je déteste Pompidou :-): son libéralisme échevelé, son refus maniaque du conflit, qui explique en grande partie son rôle dans les évènements dit de “Mai 68” (relisez l’ouvrage de Peyrefitte “C’était De Gaulle”) font de lui le précurseur des présidents de la République actuelle en matière de renoncement à la Grandeur de notre pays, dans une lignée qui va de Giscard à Macron…
      Quant à la chute de l’UE, contrairement à celle de l’ex-bloc de l’Est de la Guerre Froide, je l’attends encore: elle prendra bien plus de temps qu’on le pense, parce que le personnel politique qui gèrera l’alternance n’est pas encore prêt.
      Pour finir, concernant Miss Le Pen, elle a perdu toute crédibilité en laissant les mains libres aux barons du FN (cf R.Ménard le trotskiste défroqué, ou encore l’amuseur public Gilbert Collard) partisans de “l’Europe Blanche et Chrétienne”, pro-Euro et bêtement racistes, saboter les années de travail de Florian Philippot, qui est le seul dans l’échiquier politique français à poser la question qui fâche, à savoir notre subordination à l’euro, monnaie voulue par les Allemands, et endossée par les Français (ou du moins leurs élites…), qui montrent là leur vanité et leur peu de sens pratique.

    • Descartes dit :

      @ CVT

      [vous tombez très mal avec moi, je déteste Pompidou :-): son libéralisme échevelé, son refus maniaque du conflit, qui explique en grande partie son rôle dans les évènements dit de “Mai 68” (relisez l’ouvrage de Peyrefitte “C’était De Gaulle”) font de lui le précurseur des présidents de la République actuelle en matière de renoncement à la Grandeur de notre pays, dans une lignée qui va de Giscard à Macron…]

      Vous êtes un peu sévère. Pompidou était un homme de son temps (ce que De Gaulle, par contraste, n’a jamais été). Et l’époque était à la mollesse, au renoncement. Après les efforts demandés par la reconstruction et la reconquête d’une place de grande puissance, une nouvelle génération apparaissait qui ne songeait qu’à consommer et s’amuser. En 1968, Pompidou comprend vite qu’on ne peut aller au conflit, que la société ne l’acceptera pas. Qu’aurait-il fallu faire ? Faire, faire tirer sur les étudiants – les rejetons des classes moyennes – à balles réelles ? Même De Gaulle avait compris que ce n’était pas – plus – possible.

      Pompidou n’est certainement pas un « grand » président, parce qu’un « grand » cherche à changer l’histoire, et non pas à suivre son cours. Mais « en même temps », comme dirait un autre président, les « grands » hommes apparaissent lorsque les circonstances s’y prêtent. La médiocrité des aspirations de la « génération 68 » rendait pratiquement impossible toute politique de « grandeur »… comme on a pu le constater par la suite.

      [Quant à la chute de l’UE, contrairement à celle de l’ex-bloc de l’Est de la Guerre Froide, je l’attends encore: elle prendra bien plus de temps qu’on le pense, parce que le personnel politique qui gèrera l’alternance n’est pas encore prêt.]

      Et surtout, parce que la « mollesse » des institutions européennes permet une adaptation élastique à toutes les circonstances. Lorsque les vents contraires soufflent, on n’hésite pas à s’asseoir sur les traités, alors qu’en d’autres circonstances on sera inflexible dans leur application. Cette flexibilité – et le souci de sauver les apparences de la part d’une classe politique qui a beaucoup investi dans l’image européenne – fait que si l’UE devait disparaître, ce sera par une lente dissolution/dilution, et non par un effondrement.

      [Pour finir, concernant Miss Le Pen, elle a perdu toute crédibilité en laissant les mains libres aux barons du FN (cf R.Ménard le trotskiste défroqué, ou encore l’amuseur public Gilbert Collard) partisans de “l’Europe Blanche et Chrétienne”, pro-Euro et bêtement racistes, saboter les années de travail de Florian Philippot,]

      Le juge sera, comme d’habitude, l’électeur. Le demi-échec (largement amplifié par la boite de résonance médiatique, qui a réussi à faire oublier que le résultat du FN dans les différentes élections de 2017 sont les meilleurs de son histoire) de Marine Le Pen a permis aux « barons » du FN d’avoir la peau de Philippot. Mais d’autres élections se profilent à l’horizon, et on peut se demander que deviendront ces « barons » si ces élections montrent un effondrement de l’électorat frontiste, notamment dans les bastions conquis dans le nord en s’appuyant sur la ligne social-souverainiste de Philippot.

  26. 3 B dit :

    Très bonne année à vous! Et merci de tenir ce blog. Peu commente mais beaucoup vous lise avec attention.

    2018, année de la recomposition? Je crois que l’heure n’est pas encore venue. Voyez vous une personne qui puisse rassembler?

    Pour 2018, je me concentrerai sur les technologies et leurs implications sur le plan politique. Macron a apparemment des vues occidentalisées sur le modèle chinois ou iranien.

    • Descartes dit :

      @ 3 B

      [2018, année de la recomposition? Je crois que l’heure n’est pas encore venue. Voyez vous une personne qui puisse rassembler?]

      Non, mais la recomposition ne se fera pas forcément autour d’un leader charismatique… et puis ce sont les situations qui font les hommes.

    • Viala Christian dit :

      Bonsoir,
      tout d’abord acceptez tous mes vœux de bien être pour cette année 2018, je ne vous souhaite à vous et à tous ceux que vous aimez, que de belles choses.
      Vous dites accepter, avoir un large panel de lecteurs sur votre blog que je trouve très intéressant, acceptez vous aussi ma personne, 18 ans en 68, terminale technique pour tout bagage, 8 ans d’armée et après dans l’électronique d’aviation et marine.
      J’ai été très déçu moi aussi par les élections nationales, j’avais voté pour quelqu’un qui ne voulait pas se soumettre.
      Quand vous dites être sceptique quand à la relève des députés qui ont remplacé les anciens, il y en a quelques uns que j’apprécie, comme François Ruffin, entre autre.
      Passez une excellente année.

      PS: J’ai été très déçu également du résultat des élections dans ma petite commune de Bandol.
      Du coup je me suis expatrié au Beausset…

    • Descartes dit :

      @ Viala Christian

      [Vous dites accepter, avoir un large panel de lecteurs sur votre blog que je trouve très intéressant, acceptez-vous aussi ma personne, 18 ans en 68, terminale technique pour tout bagage, 8 ans d’armée et après dans l’électronique d’aviation et marine.]

      Bien entendu. Ici toutes les idées sont acceptables, à condition d’être exprimées avec courtoisie et dans le respect des autres intervenants, et sans contrevenir aux lois en vigueur.

      [J’ai été très déçu moi aussi par les élections nationales, j’avais voté pour quelqu’un qui ne voulait pas se soumettre.]

      Mais qui voulait soumettre les autres ? Oui, je crois connaître le personnage. Vous noterez quand même que son « insoumission » est fort récente. Après des années de soutien inconditionnel à Mitterrand, « tournant de la rigueur » et traité de Maastricht inclus, après avoir été ministre de Jospin, après avoir fait la campagne de Ségolène Royal, il a tout à coup décidé qu’il n’avait plus envie de « se soumettre ». Vous me direz qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, mais on aimerait savoir ce que « l’insoumis » d’aujourd’hui pense du « soumis » d’hier…

      [Quand vous dites être sceptique quant à la relève des députés qui ont remplacé les anciens, il y en a quelques-uns que j’apprécie, comme François Ruffin, entre autre.]

      Je peux l’apprécier en tant que personne. Mais je me dois de constater que comme député il n’apporte pas grande chose. J’attends d’un député qu’il fasse un peu plus que de monter à la tribune avec un maillot de football.

  27. Marcailloux dit :

    @Descartes

    Bonsoir,
    Maintenant que nous avons échangé des amabilités, il est temps de passer au plat de résistance

    [2017 n’aura pas été une grande année pour ce blog. C’est d’abord de ma faute : je n’ai pas réussi à maintenir un rythme de publication suffisamment soutenu, et contrairement à d’autres années je me suis dispersé sur des sujets secondaires, sans chercher à adhérer à un thème qui serve de colonne vertébrale à la réflexion.]

    Ne vous flagellez pas. Votre blog est aussi un peu le notre, lecteurs et commentateurs, même si au regard des caractères ou mots édités vous avez sans doute la primauté. Et que je sache, vous ne refusez jamais des digressions, des hors sujets, des retours sur thèmes anciens. C’est aussi à nous de faire vivre un blog et là aussi, il n’est pas équitable de se comporter en simple consommateur.

    [Mais aussi une certaine fatigue, un certain découragement. 2017 a vu l’effondrement des partis politiques et leur remplacement par les « mouvements » . . . . . . .Or, ce sera un triste jour celui où l’on ne verra plus de différence ntre le Conseil des Ministres et un conseil d’administration, entre l’Assemblée nationale et une AG universitaire]

    Vous connaissez sans doute mieux que la plupart d’entre nous le principe de Schumpeter sur la destruction créatrice.
    Si nous considérons que les partis politiques en France ne remplissaient plus leur rôle est depuis longtemps. Si l’on considère que l’état du pays, à de nombreux égards, a tendance à se dégrader malgré, tout de même, de nombreux domaines florissants. Si l’on considère que nos dirigeants successifs ne sont pas à la hauteur des enjeux et dangers à venir, eh bien il faut se réjouir de cette destruction dont on peut espérer, et pourquoi pas accompagner d’une évolution créatrice chère à Bergson. L’homme est ce qu’il est devenu à la suite des mêmes processus. Pourquoi les organisations humaines y échapperaient ?
    N’est-ce pas faire preuve d’un conservatisme frileux que de s’en alarmer ?
    Quand vous assimilez le Conseil des Ministres à un conseil d’administration, vous biaisez le message. Moi je veux bien l’assimiler à un comité de direction d’une grande entreprise qui a pour nom France.
    Et les actionnaires de cette « entreprise » sont les Français. A eux de décider de la répartition des dividendes.
    Un bon dosage de « politiques »et d’experts me paraît à priori judicieux dans le principe. Les ministres politiques ne sont pas là pour préparer le champ des futures élections.

    Pourtant, malgré ces défaillances, la fréquentation de ce blog se maintient à des niveaux tout à fait honorables : quelque 250 visiteurs par jour, qui regardent deux pages en moyenne, avec des pics lors de la publication d’un papier qui vont de 500 à 1000 visites par jour.

    Pouvez vous préciser le distinguo que vous faites entre 250 visiteurs par jours et 500 à 1000 visites par jour. ?

    [J’ai l’impression que certains commentateurs ont réduit leur participation au débat, et cela est pour moi un motif d’inquiétude. Mais peut-être que mon découragement face à l’évolution du pays est partagée ?]

    Peut-être que votre découragement n’est que passagèrement contagieux ! ! !

    [L’année qui vient sera une année de recomposition. Après le Big Bang de 2017, 2018 sera pour beaucoup l’heure de faire le bilan et préparer la suite. Il faudra chercher à mieux comprendre les phénomènes qui ont abouti à porter Macron à la présidence et Mélenchon à la tête de l’opposition, alors que le FN, qui semblait y échapper, est rattrapé par la crise qui frappe tous les partis politiques. Un travail peu engageant, mais absolument nécessaire si l’on veut voir plus clair.]

    Faut-il faire du neuf avec des débris ? Les quatre partis ou mouvements de l’opposition ne savent plus où ils habitent. Pourquoi devrions-nous leur fournir des béquilles pour rejoindre et les aider à reconstruire leur tour d’ivoire ? Dépouillés des prestiges de leurs fonctions dévaluées par leur incurie, ils montrent à quel point ile auraient été indignes de la fonction à laquelle ils prétendaient. En ce sens, E.Macron leur a montré, nous a montré ce que peut produire un peu d’audace. Je ne présume en rien de ses effets à terme. J’imagine que s’il échoue, il n’hésitera pas une seconde à se barrer. Grosse différence avec les autres. En tout cas, il a ringardisé les pépères et mémères de la politique. Et c’est ce qui me porte à ne pas désespérer du pays.

    • Descartes dit :

      @ marcailloux

      [Ne vous flagellez pas. Votre blog est aussi un peu le notre, lecteurs et commentateurs, même si au regard des caractères ou mots édités vous avez sans doute la primauté. Et que je sache, vous ne refusez jamais des digressions, des hors sujets, des retours sur thèmes anciens. C’est aussi à nous de faire vivre un blog et là aussi, il n’est pas équitable de se comporter en simple consommateur.]

      Je ne me « flagelle » pas. Je constate simplement que l’année passée n’a pas été faste pour ce blog, c’est tout. Ce n’est pas dramatique non plus. Mais je suis d’accord avec vous sur l’importance de la participation des commentateurs : mon but est de recréer le Salon des Lumières, et l’intérêt du Salon réside dans la qualité des gens qui s’y retrouvent. Cependant, une observation expérimentale montre que la participation des commentateurs dépend fortement de la fréquence de publication des papiers. C’est une publication fréquente qui permet d’être bien référencé, et donc d’attirer des lecteurs qui deviendront des nouveaux commentateurs…

      [Vous connaissez sans doute mieux que la plupart d’entre nous le principe de Schumpeter sur la destruction créatrice.]

      Peut-être, mais je vous invite à relire le bouquin de Guaino, qui contient une réflexion très pertinente sur cette question. Ceux qui invoquent la « destruction créatrice » de Schumpeter omettent en général d’aborder la question du coût de cette « destruction », tout comme ils omettent de se demander qui porte ce coût. La « destruction créatrice » qui permet à l’investisseur de fermer des usines en Lorraine pour les ouvrir à Mumbai est certainement très profitable à l’investisseur, elle est profitable pour les travailleurs indiens, elle l’est moins aux travailleurs lorrains. Ensuite, je vous fais remarquer que toutes les destructions ne sont pas nécessairement « créatrices »…

      [Si nous considérons que les partis politiques en France ne remplissaient plus leur rôle est depuis longtemps. Si l’on considère que l’état du pays, à de nombreux égards, a tendance à se dégrader malgré, tout de même, de nombreux domaines florissants. Si l’on considère que nos dirigeants successifs ne sont pas à la hauteur des enjeux et dangers à venir, eh bien il faut se réjouir de cette destruction dont on peut espérer, et pourquoi pas accompagner d’une évolution créatrice chère à Bergson.]

      Pour se réjouir, attendons de voir ou est la « création » qui sort de tout ça. Pour le moment, on ne voit que la destruction.

      [N’est-ce pas faire preuve d’un conservatisme frileux que de s’en alarmer ?]

      Non, je ne crois pas. On peut s’alarmer, sans tomber dans un « conservatisme frileux », de la destruction d’institutions que rien ne semble venir remplacer. Je crains autant le conservatisme frileux que l’optimisme béat qui pense que tout changement est bon en soi, que toute destruction est « créatrice ». Je crains malheureusement que ce que nous voyons ne soit que l’aboutissement de la destruction institutionnelle commencée à la fin des années 1960, destruction qui, force est de le constater, n’a rien « créé » de positif un demi-siècle plus tard.

      [Quand vous assimilez le Conseil des Ministres à un conseil d’administration, vous biaisez le message. Moi je veux bien l’assimiler à un comité de direction d’une grande entreprise qui a pour nom France.
      Et les actionnaires de cette « entreprise » sont les Français. A eux de décider de la répartition des dividendes.]

      Ce n’est pas moi qui assimile le Conseil des Ministres à un conseil d’administration. Je me contente de dire que triste sera le jour où cette assimilation deviendra un fait. Parce que, contrairement à ce que vous proposez, un Etat n’est pas une entreprise, et les citoyens ne sont pas des actionnaires. Jusqu’à nouvel ordre, aucune entreprise n’a le droit d’emprisonner ses actionnaires ou de les envoyer mourir dans des tranchées. Il y a une dimension tragique dans le fonctionnement de l’Etat qui n’existe pas dans le fonctionnement de l’entreprise. Et c’est pourquoi il est indispensable de rappeler à tous – et surtout à ceux qui y siègent – que le Conseil des Ministres ne doit pas être un conseil d’administration.

      [Un bon dosage de « politiques »et d’experts me paraît à priori judicieux dans le principe. Les ministres politiques ne sont pas là pour préparer le champ des futures élections.]

      Si l’on remplace les ministres politiques qui préparent les futures élections par des ministres venant du privé et qui préparent leur prochaine nomination comme PDG, on n’aura pas gagné grande chose, et on aura perdu beaucoup. Un bon dosage de politiques et « d’experts », pourquoi pas. Mais tous les « experts » ne se valent pas, et ceux qui ont consacré leur vie au service public n’ont pas tout à fait la même mentalité que ceux qui l’ont consacré à gagner de l’argent.

      [« Pourtant, malgré ces défaillances, la fréquentation de ce blog se maintient à des niveaux tout à fait honorables : quelque 250 visiteurs par jour, qui regardent deux pages en moyenne, avec des pics lors de la publication d’un papier qui vont de 500 à 1000 visites par jour ». Pouvez vous préciser le distinguo que vous faites entre 250 visiteurs par jours et 500 à 1000 visites par jour. ?]

      Les 250 visiteurs par jour, c’est une moyenne. Lors de la publication d’un nouveau papier, il y a un pic de fréquentation de 500 à 1000 visiteurs par jour, selon le contexte et la teneur du papier. Le pic dure entre deux et quatre jours, et la fréquentation revient ensuite au rythme de croisière de 250 par jour.

      [Faut-il faire du neuf avec des débris ? Les quatre partis ou mouvements de l’opposition ne savent plus où ils habitent. Pourquoi devrions-nous leur fournir des béquilles pour rejoindre et les aider à reconstruire leur tour d’ivoire ?]

      La tentation de la « table rase » a toujours conduit aux pires désastres. Le problème, c’est que les gens qui connaissent l’histoire, qui ont la formation politique et administrative nécessaire au « métier » de politique sont dans les « débris ». Imaginez-vous que vous deviez chasser tous les médecins, les avocats ou les ingénieurs de ce pays de leurs postes et recommencer à zéro. Comment vous prendriez vous pour trouver des gens compétents pour ces postes ? Et qui les formerait, si vous faites « table rase » de ce qui existe aujourd’hui ?

      Regardez les troupes du macronisme : la nouveauté n’est qu’apparente. A tous les postes vraiment important, on trouve des « débris » venus des partis politiques. Les gens vraiment « neufs » ne se trouvent qu’aux postes secondaires, et c’est eux d’ailleurs qui montrent la plus grande incapacité à remplir les fonctions – il n’y a qu’à voir comment fonctionne l’Assemblée nationale, devenu une sorte d’AG universitaire ou tout le monde dit n’importe quoi mais vote ce que lui dit son gourou.

      La politique, dans une société aussi complexe que la nôtre ou la division du travail a été poussée à des raffinements incroyables, est un métier qui s’apprend. On ne s’improvise pas député pas plus qu’on ne s’improvise avocat ou boulanger. Pour pouvoir bien gouverner, il faut d’abord savoir gouverner, ce qui suppose connaître un minimum le droit, le fonctionnement des institutions, les différents facteurs de pouvoir. Et ces choses s’apprennent.

      [En ce sens, E.Macron leur a montré, nous a montré ce que peut produire un peu d’audace.]

      Pour le moment, E. Macron n’a pas produit grande chose. Tout au plus une réforme du Code du Travail où l’on ne trouve que des idées vieilles de quatre-vingt ans.

      [J’imagine que s’il échoue, il n’hésitera pas une seconde à se barrer.]

      Vous avez beaucoup d’imagination… trop, à mon avis.

      [En tout cas, il a ringardisé les pépères et mémères de la politique. Et c’est ce qui me porte à ne pas désespérer du pays.]

      Franchement, quand je vois qui a remplacé les « pépères et mémères de la politique » sur les bancs de l’Assemblée nationale, je ne vois pas de raison de partager votre optimisme.

  28. marc.malesherbes dit :

    Bonjour Descartes,

    en vous remerciant de votre réponse à ma question, il est un point que je n’arrive pas à éclaircir.

    Vous écrivez: “L’élection d’un président ne vaut pas blanc seing sur son programme.”

    Je vois bien que des électeurs ont voté Macron au deuxième tour moins pour son programme, que pour ne pas avoir MlP élue. Cependant ce faisant, ils ont préféré son orientation, son programme à ceux de MlP. D’un point de vue démocratique, je ne vois pas qu’on puisse remettre en cause ce choix.
    De plus ce choix a été confirmé par les législatives suivantes: si les électeurs avaient majoritairement préféré le programme de … Mélenchon, ou … Fillon ou MlP …, rien ne les empêchaient de voter pour leurs candidats. Dans ce cas, il me semble donc que la majorité qui s’est exprimée a clairement validé le choix et les orientations “Macron”.

    L’argument opposé dit que seule une minorité de citoyens a voté “pour” Macron, beaucoup s’abstenant. D’un point de vue théorique on peut dire que les abstentionnistes ont “délégué” leur choix aux votants, approuvant donc la majorité Macron. D’un point de vue pratique, les sondages montrent que les abstentionnistes voteraient “à peu près” comme les exprimés, avec des écarts certes, mais pas si importants qu’ils auraient remis en cause le résultat de l’élection si ils avaient voté.
    De plus les élus de l’assemblée nationale sont là pour mettre des limites à l’arbitraire éventuel du Président. On peut certes penser qu’ils sont tous “hypnotisés” par le gourou, mais pas plus pas moins que ceux liés à un parti (le cas Mitterrand est emblématique; des députés hypnotisés ou vassalisés par celui-ci au point d’accepter de faire volte face à 180d° avec le tournant de 83; et des exemples passés il y en a à la pelle).

    nb: reste l’argument qu’un programme est une somme de propositions, pas toujours cohérentes, et qu’on peut approuver certaines, mais pas toutes. C’est la limite de notre démocratie actuelle, et la seule bonne réponse est la réponse Suisse: beaucoup de référendum sur beaucoup de sujets. C’est de loin la meilleure solution à mes yeux. On a encore des progrès à faire.

    • Descartes dit :

      @ marc.malesherbes

      [Je vois bien que des électeurs ont voté Macron au deuxième tour moins pour son programme, que pour ne pas avoir MlP élue. Cependant ce faisant, ils ont préféré son orientation, son programme à ceux de MlP. D’un point de vue démocratique, je ne vois pas qu’on puisse remettre en cause ce choix.]

      Le système démocratique est fondé sur le fait que les citoyens élisent des PERSONNES et non des PROGRAMMES. L’élection est un acte de DELEGATION, et non de mandatement. C’est d’ailleurs pourquoi les constitutions successives ont toujours interdit ou du moins évité toute idée de mandat impératif. Vous votez une personne parce que vous avez confiance en elle. Cette personne peut conquérir votre confiance en vous exposant son programme, mais in fine c’est la PERSONNE que vous élisez.

      [Dans ce cas, il me semble donc que la majorité qui s’est exprimée a clairement validé le choix et les orientations “Macron”.]

      Pas forcément. Vous pouvez parfaitement préférer le programme de X mais voter Y parce que la personnalité de X ne vous inspire pas confiance.

      [De plus les élus de l’assemblée nationale sont là pour mettre des limites à l’arbitraire éventuel du Président. On peut certes penser qu’ils sont tous “hypnotisés” par le gourou, mais pas plus pas moins que ceux liés à un parti (le cas Mitterrand est emblématique; des députés hypnotisés ou vassalisés par celui-ci au point d’accepter de faire volte face à 180° avec le tournant de 83; et des exemples passés il y en a à la pelle).]

      Je pense que vous faites erreur. Les militants liés à un parti, qui ont derrière eux des années de formation, de débats, de lectures, et qui en plus sont interpellés quotidiennement par leurs voisins, leurs amis, leurs collègues, sont bien moins « hypnotisés » que peuvent l’être les « nouveaux convertis » qui suivent un gourou. Et si l’on trouve pas mal d’exemples de volte-face dans notre histoire, ces « tournants » étaient bien plus couteux politiquement du temps ou l’homme politique devait des comptes à un corps militant puissant, et les politiques réfléchissaient à deux fois avant de défier leur base. Le « tournant de la rigueur » a valu à Mitterrand une désaffection militante qui a conduit à la défaite de 1986, et dont le PS ne s’est jamais totalement remis.

      [nb: reste l’argument qu’un programme est une somme de propositions, pas toujours cohérentes, et qu’on peut approuver certaines, mais pas toutes. C’est la limite de notre démocratie actuelle, et la seule bonne réponse est la réponse Suisse:]

      Je suis très réservé. Un programme est certes une somme de propositions, mais une somme censé être cohérente. On ne peut pas voter pour l’augmentation de la dépense publique et ensuite refuser les augmentations d’impôts…

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes
      Bonjour,
      [Le système démocratique est fondé sur le fait que les citoyens élisent des PERSONNES et non des PROGRAMMES]
      Je serais plus nuancé que vous car tout d’abord, tous les électeurs, et de loin, ne font pas le distinguo.
      Mais, où il y a dissonance, c’est bien plus au second tour des élections à deux tours. Lorsque vous examinez le cas du FN, il y a au second tour un “sursaut républicain” qui rejette bien plus le programme du FN que la personne de MLP.
      Si votre assertion est exacte, elle n’est pas pour autant systématiquement vérifiée donc vraie.

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [« Le système démocratique est fondé sur le fait que les citoyens élisent des PERSONNES et non des PROGRAMMES » Je serais plus nuancé que vous car tout d’abord, tous les électeurs, et de loin, ne font pas le distinguo.]

      Je pense au contraire que les électeurs font parfaitement le distinguo. Combien de fois dans ma vie militante j’ai entendu « untel a un bon programme, mais je n’aime pas sa gueule/je ne lui fais pas confiance/il est trop clivant » ? En fait, on voit bien qu’on vote la personne et non le programme : on a vu plusieurs fois triompher des séducteurs aux programmes indigents, contradictoires, vagues. On n’a jamais vu une personnalité qui heurtait l’opinion se faire élire grâce à son programme. C’est donc bien la personnalité, et non le programme qui prime.

      [Mais, où il y a dissonance, c’est bien plus au second tour des élections à deux tours. Lorsque vous examinez le cas du FN, il y a au second tour un “sursaut républicain” qui rejette bien plus le programme du FN que la personne de MLP.]

      Je pense que c’est exactement le contraire. Si le « programme de MLP » avait été porté par une personnalité jugée plus digne de confiance – mettons un Séguin, par exemple – il aurait probablement eu beaucoup plus de voix.

  29. Alexandre dit :

    Bonjour à Descartes et aux habitués de ce site que j’ai découvert il y 2 ans environ et que je suis depuis avec assiduité et grand intérêt.

    N’ayant pour l’instant rien trouvé de suffisamment intéressant à dire pour participer au débat, je suis resté « silencieux ».
    Mais, face au découragement que ressent Descartes, je tiens aujourd’hui à sortir de ce silence pour lui adresser mes remerciements : depuis 2 ans, son blog est pour moi un puissant stimulant intellectuel.
    J’y trouve la satisfaction intense de lire, sur certains sujets, des prises de position « hors pensée dominante » qui me font un bien fou : que ce soit parce que je suis d’accord à 100% (c’est tellement bon de se sentir moins seul) ou au contraire parce qu’elles me dérangent de prime abord et que je suis alors obligé de ré-examiner mes certitudes et opinions, pour certaines bien ancrées depuis longtemps (« privilège » de l’âge). Par le pas de côté qu’elle m’impose pour voir un sujet sous un angle légèrement différent, cette remise en cause est fertile. D’autant qu’elle est encore enrichie par les échanges qui suivent la publication de chaque note et qui sont souvent passionnants.

    Donc, merci et longue vie à ce blog. Et bien sûr excellente année 2018 à Descartes et à ses interlocuteurs/contradicteurs (pour autant qu’ils soient constructifs et de bonne foi, ce qui est le cas de la plupart d’entre eux).

    • Descartes dit :

      @ Alexandre

      [N’ayant pour l’instant rien trouvé de suffisamment intéressant à dire pour participer au débat, je suis resté « silencieux ».]

      Lancez-vous ! Vous verrez qu’une fois que vous aurez commencé à écrire, il vous viendra plein d’idées « suffisamment intéressantes ». Ne vous laissez pas intimider, ici ce n’est pas une tribune universitaire, c’est un salon de débat…

      [Mais, face au découragement que ressent Descartes, je tiens aujourd’hui à sortir de ce silence pour lui adresser mes remerciements : depuis 2 ans, son blog est pour moi un puissant stimulant intellectuel.]

      Merci beaucoup de cet encouragement, vous avez résume en une phrase l’objectif de ce blog : être un stimulant intellectuel. Peu importe qu’on ne soit pas d’accord, si on s’écoute.

  30. luc dit :

    Dans une de vos réponses,vous semblez indiquer que la situation actuelle,vous rappelle ,l’Allemagne de 1936.
    Rappelons qu’Hitler,à cette époque remilitarise la rhénanie.La France,a,au moins protesté auprès de la SN,pas la GB.
    Hitler bénéficia de l’inavouable silence de la GB.Celle ci pronera la non intervention,pourtant prévue par les traités,en Espagne,contre le putch de Franco,de façon tout aussi louche.
    Pourquoi en 1936,la GB,préférait elle,Hitler,et Franco?
    Selon vous qu’est ce qui en 2018,peut faire penser à 1936?

    • Descartes dit :

      @ luc

      [Dans une de vos réponses, vous semblez indiquer que la situation actuelle vous rappelle l’Allemagne de 1936.]

      Non, pas du tout. La situation actuelle n’a rien à voir avec celle de l’Allemagne en 1936. Mon commentaire pointait non pas une similarité de situation, mais une similarité de raisonnement : quand notre ami Marcailloux écrit à propos de Macron « Si cela aboutit à un réel progrès pour le plus grand nombre et réduit les inégalités, tant mieux. Sinon ce n’aura été qu’une étape vers un progrès futur. C’est la loi de l’évolution qui s’applique là aussi », cela me fait penser au raisonnement qui avaient pas mal d’Allemands en 1936, à savoir, que « l’ordre ancien » ayant échoué, il fallait essayer le « nouveau » avec optimisme, et que « la sélection naturelle » jouerait…

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes

      Bonjour,
      [ . . . cela me fait penser au raisonnement qui avaient pas mal d’Allemands en 1936, à savoir, que « l’ordre ancien » ayant échoué, il fallait essayer le « nouveau » avec optimisme, et que « la sélection naturelle » jouerait…]

      Il me semble sans être un spécialiste de la révolution soviétique que le raisonnement a été un peu le même, plus brutalement certes, en 1917. Si Hitler n’avait pas été élu démocratiquement, pensez-vous qu’il serait retourné à ses pinceaux ?

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [ « …cela me fait penser au raisonnement qui avaient pas mal d’Allemands en 1936, à savoir, que « l’ordre ancien » ayant échoué, il fallait essayer le « nouveau » avec optimisme, et que « la sélection naturelle » jouerait… ». Il me semble sans être un spécialiste de la révolution soviétique que le raisonnement a été un peu le même, plus brutalement certes, en 1917.]

      Je sais bien que la mode est de faire l’équivalence « nazisme=communisme » mais il ne faudrait tout de même pas exagérer. L’idéologie nazi faisait très explicitement référence à la « survie des plus forts » dans une perspective de darwinisme social appliquée aux peuples et aux nations entières. Au point que quelques semaines avant son suicide Hitler estimait que la défaite de l’Allemagne montrait que le peuple allemand n’était pas « digne de survivre ».

      A ma connaissance, on ne retrouve dans la « révolution soviétique », ni en 1917 ni plus tard ce type de raisonnement. La « sélection naturelle » n’a jamais été un principe invoqué par le communisme soviétique.

      [Si Hitler n’avait pas été élu démocratiquement, pensez-vous qu’il serait retourné à ses pinceaux ?]

      Aurait-il eu le choix ?

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes

      Bonsoir,

      [ L’idéologie nazi faisait très explicitement référence à la « survie des plus forts » dans une perspective de darwinisme social appliquée aux peuples et aux nations entières.]
      D’abord je ne fais pas d’équivalence entre le nazisme et le communisme . Un rapprochement entre Staline et Hitler me paraitrait moins incongru.
      Cependant, notre échange portait sur le fait d’essayer le nouveau avec optimisme car l’ordre ancien avait échoué? situation qui peut présenter quelques similitudes avec ce que nous vivons en France, toutes choses étant égales par ailleurs.

      [Aurait-il eu le choix ?]

      Les Allemands lui auraient probablement laissé le choix et il aurait continué jusqu’au succès ses manoeuvres subversives, car tel était l’esprit revanchard de l’époque. Ce qui leur manquait dans leur existentiel c’était le désastre à domicile, les villes écrasées, l’apocalypse.

  31. steve caron dit :

    Bonjour Descartes,
    Je viens de découvrir ce jour votre site (vaut mieux tard que jamais). Vous venez de faire de moi un lecteur assidu tant votre analyse de la politique actuelle est pertinente. Merci, bonne continuation, je ne tarderai pas à contribuer aux échanges d’idées que vous nous proposez. Bonne année à vous et votre famille.
    Sincèrement.
    Steve Caron

  32. BJ dit :

    [Si Hitler n’avait pas été élu démocratiquement, pensez-vous qu’il serait retourné à ses pinceaux ?]

    Hitler n’a jamais élu
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Adolf_Hitler#Destruction_de_la_d%C3%A9mocratie_(1933-1934)

    • Descartes dit :

      @ BJ

      [Hitler n’a jamais élu]

      Vous faites erreur. Hitler a été élu député au Reichstag aux élections législatives de novembre 1932, condition sine qua non pour être nommé ensuite chancelier. Par contre, il n’a pas été “élu” chancelier et n’aurait pas pu l’être, puisque selon la constitution de Weimar en vigueur à l’époque le chancelier était nommé par le Président de la république, tout comme notre premier ministre aujourd’hui.

    • BJ dit :

      [ Vous faites erreur. ]

      Ah ?
      Si ma réponse à Marcailloux avait été seulement “Hitler n’a jamais élu”, sans doute.
      Mais observez qu’elle était suivi d’un lien. Lien que vous résumez d’ailleurs dans votre réponse.

      J’ai réagi à la phrase de Marcailloux parce que j’ai constaté, dans différentes discussions que j’ai eu sur le sujet, que l’idée qu’Hitler aurait été porté au pouvoir par une majorité d’Allemands lors d’une élection est très répandue. Et que mes interlocuteurs étaient très surpris en apprenant comment il y était vraiment parvenu.

  33. malesherbes dit :

    vous écrivez:
    “on voit bien qu’on vote la personne et non le programme : on a vu plusieurs fois triompher des séducteurs aux programmes indigents, contradictoires, vagues. On n’a jamais vu une personnalité qui heurtait l’opinion se faire élire grâce à son programme. C’est donc bien la personnalité, et non le programme qui prime.”

    cette assertion me trouble profondément. Je dirai que le programme intervient en premier, la personnalité en second. Sans connaître le détail du programme des candidats principaux, chacun se fait une idée des orientations probable du candidat, de ses choix probables. Et c’est principalement pour cela qu’il vote, sauf si le candidat est manifestement “plombé” par tel ou tel défaut bien visible.

    Le cas Fillon me paraît bien typique. Pour ses électeurs “potentiels” il était perçu comme portant bien les valeurs de droite, mais tellement plombé par les “affaires” qu’une partie, mais une partie seulement, s’est abstenue où est allée vers Macron.
    À l’inverse, JL Mélenchon, au grand talent oratoire, n’a pu devancer MLP. À mon avis car de nombreux électeurs percevaient des orientations, un programme (il en avait un) trop à gauche, qui les inquiétaient.

    En résumé, un candidat porte des orientations que l’électorat perçoit, et c’est pour cela qu’il vote. On ne peut dire que Philipot ou M le Pen étaient des candidats particulièrement charismatique (juste “normaux”). Ceux qui ont voté pour eux l’on fait parce que leurs orientations (programme) perçu leur convenait.

    La conséquence, c’est que je suis démocrate, et que si vous analysez avec recul vos prises de positions (relisez vos articles de blog comme s’ils avaient été écrit par un autre), vous seriez plutôt pour un gouvernement aristocratique, des “experts”.

    nb: quand je parle d’orientation programme, je veux dire ce que l’électeur pense que le candidat fera une fois élu. Ainsi, très peu d’électeurs d’Hollande croyaient qu’il disait vrai en disant “mon ennemi, c’est la finance”. La grande majorité pensait que c’était une figure de style, et que les socialistes et la finance cela allait toujours bien ensemble, mais ils espéraient que ce serait mieux que Sarkosy, pourtant autrement charismatique que Hollande (si je donne 20 à Sarkosy, 10 pour Hollande).

    • Descartes dit :

      @ malesherbes

      [cette assertion me trouble profondément. Je dirai que le programme intervient en premier, la personnalité en second. Sans connaître le détail du programme des candidats principaux, chacun se fait une idée des orientations probable du candidat, de ses choix probables.]

      Oui. Qui peuvent éventuellement n’avoir aucun rapport avec son programme. D’ailleurs, avant chaque élection une majorité déclare ne pas croire dans l’intention des candidats – y compris celui qu’ils favorisent – de mettre en œuvre leur programme. Ce qui montre bien que ce n’est pas le programme qui compte. Je vous donne un autre élément : certains candidats ont trahi systématiquement leur programme, et cela ne leur a pas empêché d’être réélus une ou plusieurs fois. Comment expliquez-vous qu’alors que le programme est pour vous ce qui « intervient en premier » les électeurs tiennent si peu rigueur à leurs élus de l’avoir jeté aux orties ?

      [À l’inverse, JL Mélenchon, au grand talent oratoire, n’a pu devancer MLP. À mon avis car de nombreux électeurs percevaient des orientations, un programme (il en avait un) trop à gauche, qui les inquiétaient.]

      Je ne crois pas qu’on trouverait beaucoup de gens en France pour croire que Mélenchon mettrait en œuvre le dixième de son programme. Les gens qui n’ont pas voté Mélenchon pouvaient craindre no pas qu’il applique son programme, mais qu’il soit incapable de gouverner.

      [La conséquence, c’est que je suis démocrate, et que si vous analysez avec recul vos prises de positions (relisez vos articles de blog comme s’ils avaient été écrit par un autre), vous seriez plutôt pour un gouvernement aristocratique, des “experts”.]

      Certainement pas. Ma position est de séparer technique et politique. Mon idéal n’est pas le gouvernement des experts, mais un gouvernement de politiques qui écoutent les experts, ce qui n’est pas du tout la même chose. C’est curieux d’ailleurs que vous m’attribuiez le souhait d’un gouvernement d’experts, alors que je passe mon temps au contraire à affirmer la primauté du politique dans les fonctions gouvernementales.

      Je suis un démocrate, mais pour moi la démocratie implique des médiateurs entre le citoyen et le gouvernant. Et cette fonction de médiation est remplie par le militant politique, élu ou pas.

      [nb: quand je parle d’orientation programme, je veux dire ce que l’électeur pense que le candidat fera une fois élu.]

      En d’autres termes, un même candidat peut avoir des millions de « orientations programme », dans la mesure ou chaque électeur peut avoir une idée différente de ce que le candidat fera une fois élu. J’ai bien compris ? Mais dans ce cas, vous avouerez que votre « orientation programme » ressemble drôlement à la personnalité du candidat. Car de quel autre élément dispose l’électeur pour s’imaginer ce que le candidat ferait une fois élu ?

      [Ainsi, très peu d’électeurs d’Hollande croyaient qu’il disait vrai en disant “mon ennemi, c’est la finance”. La grande majorité pensait que c’était une figure de style,]

      Comment le savez-vous ? Si je me fonde sur les personnes que je connais, je n’arrive pas du tout à cette conclusion.

    • Vincent dit :

      > Comment expliquez-vous qu’alors que le programme est pour vous ce qui
      > « intervient en premier » les électeurs tiennent si peu rigueur à leurs élus
      > de l’avoir jeté aux orties ?

      Je vais tenter une ébauche de réponse : une actualité chasse l’autre, et les électeurs ont une mémoire de poisson rouge…
      Sarkozy a été élu sur sa promesse d’un état ferme et qui remette sérieusement de l’ordre dans les banlieues, dans les rues, et dans la politique migratoire… Alors même qu’il était ministre de l’intérieur sortant !

      Et il n’a pour ainsi dire rien fait dans ce domaine, si ce n’est réduire les effectifs de la police.

      Et, lui, en tant qu’individu, les français ne pouvaient pas l’encadrer.

      Pourtant, il a failli être réélu sur… sa promesse d’un état ferme et qui remette sérieusement de l’ordre dans les banlieues, dans les rues, et dans la politique migratoire.

      Parfois, je crois qu’il faut donner actes aux inconnus de cette magnifique phrase : “Ils ne faut pas prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu’ils le sont”…

      Vincent

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes

      [ Comment expliquez-vous qu’alors que le programme est pour vous ce qui « intervient en premier » les électeurs tiennent si peu rigueur à leurs élus de l’avoir jeté aux orties ?]

      Voilà un sujet oh combien intéressant à développer.

      [ Les gens qui n’ont pas voté Mélenchon pouvaient craindre no pas qu’il applique son programme, mais qu’il soit incapable de gouverner.]
      Comment, en dehors de sondages, s’ils sont bien construits et mis en oeuvre, pouvez-vous savoir ce que les gens pouvaient craindre de l’aptitude de Mélanchon ?

      [ C’est curieux d’ailleurs que vous m’attribuiez le souhait d’un gouvernement d’experts, alors que je passe mon temps au contraire à affirmer la primauté du politique dans les fonctions gouvernementales.]
      Exact, on ne peut décemment vous en faire le reproche. Mais l’aptitude à recueillir et choisir entre les avis souvent divergents des experts constitue en soi une expertise. Expertise éclairée qui nécessite une connaissance approfondie des sujets traités. Sinon, c’est la prééminence des beaux parleurs, des compromissions ,voire des corruptions qui feront la décision. Comment sortir de ce dilemme ?

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [Je vais tenter une ébauche de réponse : une actualité chasse l’autre, et les électeurs ont une mémoire de poisson rouge…]

      Avant chaque élection les adversaires d’un homme politique se font un devoir de rappeler les volte-face, les promesses non tenues. Ces rappels devraient suppléer toute défaillance dans la mémoire des électeurs. Ce n’est donc pas un problème de mémoire. C’est tout simplement que les électeurs n’élisent pas sur la foi d’un programme, mais sur la confiance qu’ils accordent à une personne. Le programme n’est qu’une déclaration d’intentions, qui cherche à donner une idée de ce que le candidat aimerait faire. Mais cela ne vaut pas engagement, et les électeurs le comprennent très bien.

      [Et, lui, en tant qu’individu, les français ne pouvaient pas l’encadrer.]

      « Les français » ? De quels « français » parlez-vous ? Comment savez-vous que « les français » ne pouvaient pas l’encadrer ?

      [Parfois, je crois qu’il faut donner actes aux inconnus de cette magnifique phrase : “Ils ne faut pas prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu’ils le sont”…]

      Je ne comprends pas. Les gens avaient le choix de voter Sarkozy ou de voter Holande. Quel est dans ce contexte le vote des gens « intelligents » ?

    • morel dit :

      Avec votre permission, une opinion en passant :

      Il me semble qu’on peut estimer qu’un des éléments importants qui motive majoritairement nos concitoyens est de sortir les sortants. On pourra m’objecter que ce ne fut pas le cas avec Mitterrand et Chirac mais ce serait oublier les cohabitations qui partagent chacune des deux élections.
      Vouloir en quelque sorte « l’alternance » mais sans prendre de « risques » et sans que cela change trop. Ceci, plus qu’une « mémoire de poisson rouge ».
      Pour la dernière fois, Fillon déconsidéré, ce type d’alternance ne pouvait être que Macron.

      Pour l’instant, on en est là ce qui n’empêche pas l’accentuation du retournement du cours, sorte de « révolution de velours » à laquelle nous assistons depuis 1983. La bourgeoisie ne manque pas de souffle.

    • Vincent dit :

      > Avant chaque élection les adversaires d’un homme politique se font
      > un devoir de rappeler les volte-face, les promesses non tenues.
      > Ces rappels devraient suppléer toute défaillance dans la mémoire
      > des électeurs. Ce n’est donc pas un problème de mémoire.

      Un point pour vous…

      Mais qui serait à modérer par le fait que toutes les mesures, quelles qu’elles soient, sont présentées de manière hyper technique, de manière à noyer le poisson, pour afficher qu’on a créé 60000 postes, alors qu’en fait c’est des postes qui auraient été créés de toute manière, et qu’on a juste modifié une ligne budgétaire, etc.

      Ce qui fait que les accusations s’embrouillent dans un magma technique incompréhensible, bien souvent…

      > Comment savez-vous que « les français » ne pouvaient pas l’encadrer ?

      Les sondages étaient assez clairs à l’époque, sur le fait qu’il était un des candidats potentiels pour lesquels les francais avaient globalement le moins d’estime. Mais qu’il a réussi à occuper un positionnement politique intelligent. Je vous conseille d’ailleurs, même si je n’ai pas la prétention que ce témoignage soit objectif, le livre de Buisson, qui évoque cette période (mais pas que, au demeurant, il est assez bien pour qui aime se faire titiller l’esprit).

      > Je ne comprends pas. Les gens avaient le choix de voter Sarkozy
      > ou de voter Holande. Quel est dans ce contexte le vote des gens
      > « intelligents » ?

      Posée comme cela, la question est effectivement délicate. Je me souviens être moi même resté indécis jusqu’au bout entre un vote blanc et un vote exprimé.
      J’évoquais les électeurs du 1er tour…

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [« Les gens qui n’ont pas voté Mélenchon pouvaient craindre no pas qu’il applique son programme, mais qu’il soit incapable de gouverner. » Comment, en dehors de sondages, s’ils sont bien construits et mis en oeuvre, pouvez-vous savoir ce que les gens pouvaient craindre de l’aptitude de Mélanchon ?]

      Je ne peux pas, et c’est bien là le problème. Je n’ai pas dit que les gens « craignaient l’aptitude de Mélenchon », j’ai dit que c’est une possibilité, et qu’on ne peut donc pas conclure comme vous le faites qu’ils ne l’aient pas voté seulement parce que son programme était « trop radical ».

      [« C’est curieux d’ailleurs que vous m’attribuiez le souhait d’un gouvernement d’experts, alors que je passe mon temps au contraire à affirmer la primauté du politique dans les fonctions gouvernementales. » Exact, on ne peut décemment vous en faire le reproche. Mais l’aptitude à recueillir et choisir entre les avis souvent divergents des experts constitue en soi une expertise.]

      Je ne dirais pas que c’est une « expertise », au sens qu’elle ne repose pas sur une méthode et sur le contrôle des pairs, qui sont à mon avis les éléments qui caractérisent le travail de l’expert. Il y a dans le choix entre les avis d’expert – qui revient en pratique à choisir entre les experts – une part d’intuition, d’expérience, de prise en compte d’éléments qui n’appartiennent pas strictement au champ de l’expertise. Je dirais plutôt qu’il s’agit d’une compétence.

      [Expertise éclairée qui nécessite une connaissance approfondie des sujets traités. Sinon, c’est la prééminence des beaux parleurs, des compromissions, voire des corruptions qui feront la décision. Comment sortir de ce dilemme ?]

      Faut éviter d’y entrer… Non, le choix ne nécessite pas « une connaissance approfondie des sujets traités ». Autrement, le politique devrait devenir lui-même un expert. Non, le travail du politique est de choisir ses experts. Pour cela, moins qu’une connaissance approfondie du sujet, il doit avoir une connaissance approfondie des hommes, des rapports de force et d’intérêt entre eux. Le politique est un « expert » des hommes, pas des choses.

    • Descartes dit :

      @ morel

      [Il me semble qu’on peut estimer qu’un des éléments importants qui motive majoritairement nos concitoyens est de sortir les sortants.]

      On peut se le demander. L’hypothèse est séduisante, mais j’ai du mal à me persuader que le « dégagisme » soit aussi puissant qu’on veut bien le dire. Si la volonté de « sortir les sortants » était si puissante que ça, on devrait voir les citoyens se précipiter vers les isoloirs pour dégager les élus au pouvoir. Or, ce qu’on observe est au contraire un niveau d’abstention très important.

      J’ai tendance plutôt à dire que ce qui caractérise le comportement de nos concitoyens aujourd’hui est le désenchantement par rapport au politique. Pour le plus grand nombre, celui-ci se traduit dans l’abstention et le désintérêt. Pour les autres, c’est la tentation de voter pour des figures atypiques ou improbables.

      [Pour l’instant, on en est là ce qui n’empêche pas l’accentuation du retournement du cours, sorte de « révolution de velours » à laquelle nous assistons depuis 1983. La bourgeoisie ne manque pas de souffle.]

      Le point d’inflexion serait plutôt 1968 que 1983…

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [« Comment savez-vous que « les français » ne pouvaient pas l’encadrer ? » Les sondages étaient assez clairs à l’époque, sur le fait qu’il était un des candidats potentiels pour lesquels les francais avaient globalement le moins d’estime.]

      Mais encore une fois, il faut se méfier des catégories. Dire qu’une majorité de français ne pouvait pas encadrer Sarkozy est probablement exact. Mais dire « les Français ne pouvaient pas l’encadrer » est sans aucun doute faux. Il serait difficile de trouver un sujet sur lequel « les Français » soient unanimes. Ce que je voulais souligner, c’est le danger de penser en termes de « les Français aiment untel » ou « les Français détestent untel ».

      [Posée comme cela, la question est effectivement délicate. Je me souviens être moi-même resté indécis jusqu’au bout entre un vote blanc et un vote exprimé. J’évoquais les électeurs du 1er tour…]

      Même au premier tour, le choix était cornélien…

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes

      Bonsoir,

      [Le politique est un « expert » des hommes, pas des choses.]

      Spécialiste des ressources humaines, j’ai le sentiment d’être devenu “politique” car je vous ai choisi comme expert :-)))

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [Spécialiste des ressources humaines, j’ai le sentiment d’être devenu “politique” car je vous ai choisi comme expert :-)))]

      Eh bien… vous m’indiquerez l’adresse à laquelle je dois envoyer la facture…

  34. malesherbes dit :

    je reviens sur la question “personnalité/programme”, car vous m’avez mal lu (ou je me suis mal exprimé).

    Ce qui me paraît premier, c’est ce que l’électeur juge “probable” que le candidat fera s’il est élu, pour ceux qui votent en faveur de candidats ayant une chance d’être élu, ou pour les idées qu’il défend, si c’est un candidat qui a très peu de chance d’être élu.
    Ainsi donc la personnalité du candidat n’intervient qu’en deuxième facteur. Il peut arriver qu’un candidat pour lequel vous voudriez voter soit tellement “plombé” par ses insuffisances manifestes que vous vous absteniez, où soyez obliger de vous rabattre sur un deuxième choix, de vous abstenir. Et il en faut vraiment beaucoup pour vous détourner de vos préférences. Ainsi Fillon a fini par souffrir de ses casseroles, mais jamais Sarkozy, alors qu’il en avait pas mal. Et ils avaient pas mal de “bons cathos” dans leur électorat. (1)
    C’est en ce sens que pour moi la personnalité est seconde.

    Ainsi donc l’électorat n’accorde qu’une confiance limitée au programme stricto sensu, car ce qui l’intéresse, et c’est normal, ce n’est pas ce que le candidat déclare, mais ce qu’il sera susceptible de faire.

    Prenons ceux qui sont attachés à l’école, comme moi, et pour lesquels c’est un point de vote important. J’avais constaté sans surprise, que sous Hollande l’école avait continué à se dégrader, dégradation bien commencé sous les gouvernements précédents. Le seul qui paraissait raisonnable sur ce sujet était Macron (Fillon catastrophique, comme il l’avait montré lorsqu’il était ministre’ de l’éducation). Je n’avais aucune assurance qu’il ferait mieux que ses prédécesseurs, mais c’était le seul qui avait une petite chance de le faire. Alors j’ai voté pour lui aux législatives (ce qui n’a servi à rien, l’UMP est passé largement en tête dans ma circonscription). J’attend de voir ce qui sera fait sur le quinquennat, mais je ne suis pas déçu par le début.

    (1) autre exemple: pour un démocrate les comportements personnels de JLM sont franchement inquiétants, ainsi que ses préférences affichées pour les populistes d’Amérique du Sud. Néammoins ces attitudes personnelles (sa “personnalité”) n’empêchent nullement de nombreux intellectuels et autres de le soutenir, car ils pensent que sa personnalité est seconde et que seules comptent ses “bonnes déclarations” démocratiques, d’autant qu’il est dans le cas des candidats n’ayant aucune chance d’être élu en 2017, même si il était arrivé au deuxième tour.

    • Descartes dit :

      @ malesherbes

      [Ce qui me paraît premier, c’est ce que l’électeur juge “probable” que le candidat fera s’il est élu, pour ceux qui votent en faveur de candidats ayant une chance d’être élu, ou pour les idées qu’il défend, si c’est un candidat qui a très peu de chance d’être élu. Ainsi donc la personnalité du candidat n’intervient qu’en deuxième facteur.]

      Oui. C’est la différence entre une candidature à gouverner et une candidature de témoignage. On ne vote pas de la même manière lorsqu’on sait que son candidat va gouverner que lorsqu’on vote pour manifester une opinion. Cependant, même dans le cas des candidatures de témoignage, la personnalité pèse lourd. Pensez-vous que Coquerel ou Corbière auraient fait le même nombre de voix que Mélenchon ? Pourtant, les « idées » défendues sont les mêmes… Quant aux candidatures à gouverner… c’est encore plus net : la confiance que vous pouvez ou pas avoir dans le fait que le candidat fera ou pas telle ou telle chose est liée intimement à sa personnalité, et non à son programme.

      Vous persistez à dire que la personnalité n’est que seconde, mais cette pétition de principe ne correspond pas aux faits. Je pense que le cas Mélenchon – mais aussi celui de Macron – le prouve. Il fut un temps, maintenant lointain, où une partie importante de l’électorat votait un parti quel que soit le candidat qu’il puisse présenter. Ce n’est plus du tout le cas.

      [Prenons ceux qui sont attachés à l’école, comme moi, et pour lesquels c’est un point de vote important. J’avais constaté sans surprise, que sous Hollande l’école avait continué à se dégrader, dégradation bien commencé sous les gouvernements précédents. Le seul qui paraissait raisonnable sur ce sujet était Macron (Fillon catastrophique, comme il l’avait montré lorsqu’il était ministre’ de l’éducation).]

      Vous noterez que cet exemple apporte de l’eau à mon moulin. Lorsque vous dites « le seul qui paraissait raisonnable sur ce sujet était Macron », vous parlez bien de la PERSONNE, et non du programme. Parce que si vous relisez les programmes, tous promettaient mondes et merveilles pour l’école. Pourquoi avez-vous fait confiance sur ce point à Macron plutôt qu’à Mélenchon, Le Pen ou Hamon, si ce n’est à cause de sa personnalité ?

      [J’attend de voir ce qui sera fait sur le quinquennat, mais je ne suis pas déçu par le début.]

      Je ne peux pas dire que je sois déçu parce que je n’attendais pas grande chose. Pour le moment, les seules mesures concrètes vont dans le sens des revendications du MEDEF (réforme du Code du travail), des écolo-bobos (interdiction de la recherche minière d’hydrocarbures). Pour le reste, on a des déclarations plutôt positives – celles de Blanquer, celles sur ne nucléaire – mais sans plus. Et s’il faut reconnaître à Macron le fait d’avoir rétabli un certain décorum et une certaine autorité à une fonction présidentielle particulièrement malmenée par son prédécesseur, on peut s’inquiéter que cela soit accompagné d’emprunts symboliques aux Etats-Unis, comme l’habitude de signer les lois et les décrets en public devant les caméras.

      [(1) autre exemple: pour un démocrate les comportements personnels de JLM sont franchement inquiétants, ainsi que ses préférences affichées pour les populistes d’Amérique du Sud. Néammoins ces attitudes personnelles (sa “personnalité”) n’empêchent nullement de nombreux intellectuels et autres de le soutenir,]

      Je ne comprends pas cet exemple. Les « intellectuels et autres » qui soutiennent Mélenchon ne le font pas MALGRE ses penchants, mais A CAUSE de ceux-ci. Pourquoi croyez-vous que Mélenchon renforce son côté « ogre » chaque fois qu’il est en difficulté ? Il ne faut pas se laisser intoxiquer par le discours des médias bienpensants sur le genre « si seulement Mélenchon était moins populiste, plus calme, il aurait plus de voix ».

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes

      [. . . on peut s’inquiéter que cela soit accompagné d’emprunts symboliques aux Etats-Unis, comme l’habitude de signer les lois et les décrets en public devant les caméras.]
      C’est en effet un détail symbolique intéressant. Il peut servir de test pour Macron pour savoir quelle est la réactivité des Français par rapport à ce type de cérémonie, donc à ce type de communication.
      La prochaine fois, soit il grossira à l’échelle 10 sa signature, soit il renoncera à ce spectacle digne de la foire au trône.
      Je gage, s’il est aussi fin qu’on le prétend, qu’il oubliera cet épisode grotesque. Sinon . . . . . .

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [C’est en effet un détail symbolique intéressant. Il peut servir de test pour Macron pour savoir quelle est la réactivité des Français par rapport à ce type de cérémonie, donc à ce type de communication.]

      Ce qui est drôle dans ce symbole est qu’il est adopté par un président qui se veut résolument « moderne », alors qu’il s’agit d’une pratique essentiellement archaïque. En effet, la signature publique les actes juridiques est une pratique qui date du moyen-âge. On voyait à l’époque se multiplier des fausses chartes, des fausses capitulaires, des faux édits. Pour éviter les doutes, il est devenu de pratique courante de faire signer en public et après lecture à haute voix les textes juridiques les plus importants, la présence du souverain « in corpore » devant de nombreux témoins assurant l’authenticité de l’acte. Cette pratique disparaît lorsque l’imprimerie et les communications permettent la diffusion d’un « journal officiel » qui permet sans peine d’authentifier un acte juridique pris par le souverain sans qu’on ait besoin d’avoir des témoins de sa signature. Elle ne subsiste symboliquement que pour les textes les plus importants : ainsi, par exemple la Constitution est toujours scellée publiquement à l’aide d’un sceau conservé dans le bureau du Ministre de la Justice, qui conserve l’appellation ancienne de « garde des sceaux ».

      C’est amusant de constater combien pour nos « élites » tout ce qui vient des Etats-Unis est censé être moderne… alors que le système juridico-politique américain est l’un des plus archaïques de la planète, fondé sur un équilibre des pouvoirs établi à la fin du XVIIIème siècle, dans une logique de suffrage censitaire, et jamais vraiment révisé…

      [Je gage, s’il est aussi fin qu’on le prétend, qu’il oubliera cet épisode grotesque.]

      Comme toute nouveauté, elle finira par s’user. Or, ce qui fait pour Macron l’intérêt de la pratique, c’est précisément sa nouveauté, qui lui permet de se démarquer de ses prédécesseurs. Je suis prêt à parier que dans quelques mois on n’en parlera plus…

  35. NIRGAL dit :

    Meilleurs voeux !
    Je ne suis intervenu qu’une ou 2 fois sur votre blog par contre la lecture de votre site est devenue pour moi une activité régulière quasi quotidienne. J’y trouve un puissant stimulant qui me sort de mon confort intellectuel et stimule ma curiosité. Je suis issu d’un milieu populaire et je suis aujourd’hui un parfait représentant de la classe moyenne ( je travaille dans l’informatique ). Je me sens un peu à l’étroit dans mon cercle professionnel, je suis entouré de gens qui pensent tous à peu près la même chose ou ne pense pas beaucoup :-). Tout va en en effet très bien matériellement parlant, l’inflation des salaires et l’embourgeoisement vont bon train alors pourquoi s’en faire ?
    Ce décalage entre le montant des salaires et la plus de value de ce travail (l’informatique) m’interroge depuis déjà quelques années. A vrai dire ça me choque un peu, parfois ça atteint des sommets assez indécents ! En particulier en ce qui concerne les indépendants qu’il n’est pas rare de voir gagner 4 à 5 fois le SMIC ! Il parait que ce serait la loi de l’offre et de la demande et que l’on paierait encore trop d’impôts !
    La grogne sociale ou le vote front national restent des énigmes dans ce milieu quand le sujet est évoqué, en fait très rarement. Les gens sentent bien tout de même que l’explication du seul racisme est un peu courte mais il y a d’autres inquiétudes il faut par exemple sauver la planète, à chaque classe ses soucis !
    Je vous encourage vivement à persévérer, c’est avec grand plaisir que je vous suivrai encore cette année ainsi que toute cette petite communauté gravitant autour de ce blog. Je vous souhaite à tous une très bonne année ainsi qu’à vos proches.

    • Descartes dit :

      @ NIRGAL

      [Je vous encourage vivement à persévérer, c’est avec grand plaisir que je vous suivrai encore cette année ainsi que toute cette petite communauté gravitant autour de ce blog. Je vous souhaite à tous une très bonne année ainsi qu’à vos proches.]

      Merci de vos encouragements, et n’hésitez pas à participer !

  36. marc.malesherbes dit :

    je n’essaie pas d’avoir “raison”, simplement de m’expliquer.

    Vous dites:
    “Lorsque vous dites « le seul qui paraissait raisonnable sur ce sujet était Macron », vous parlez bien de la PERSONNE, et non du programme.”
    Ce n’est pas du tout ce que j’ai voulu dire (il est vraiment difficile de s’exprimer clairement). Si je ne faisait pas confiance à Hamon, à Fillon pour l’école, ce n’est pas à cause de leur personnalité, mais parce que je les ai vu à l’oeuvre, que j’ai vu les soutiens qu’ils avaient sur le sujet, j’ai vu leurs partis à l’oeuvre sur le sujet etc … En ce qui concerne Macron c’était un choix très risqué car je n’avais pas beaucoup d’éléments sur son entourage et son passé était inexistant en la matière. Simplement sa volonté européenne allait de pair avec ce pari. L’europe c’est la compétition à tous les niveaux, et donc également dans l’éducation. C’était, comme je l’ai dit un pari peu assuré, par défaut, mais non en fonction de sa personne (je ne l’ai jamais lu et écouté !)

    “J’attends de voir ce qui sera fait sur le quinquennat, mais je ne suis pas déçu par le début”
    “Pour le moment, les seules mesures concrètes vont dans le sens des revendications du MEDEF …”

    je ne parlais que de l’école qui était le sujet de mon intervention. Blanquer a fait pour l’instant deux choses importantes, qui me satisfont pleinement: le dédoublement des CP (une vraie mesure sociale) et laisser la liberté sur la semaine de 4j (éviter le gâchis dans certaines communes rurales). Plus quelques mesures moins importantes, mais heureuses: la possibilité d’avoir des classes bilangues, la possibilité de réintroduire le latin (juste pour permettre de rétablir de “bonnes” classes compétitives. Enfin une bonne mesure de sélection qui ne dit pas son nom … mais “chut”) (j’ai découvert qu’à Versailles il existait, malgré Hollande, encore quelques filières sélectives, mais encore “chut”)

    • Descartes dit :

      @ marc.malesherbes

      [je n’essaie pas d’avoir “raison”, simplement de m’expliquer.]

      Je ne l’ai jamais mis en doute. Ici c’est un lieu d’échange, le fait de savoir qui a « raison » et qui a « tort » est secondaire.

      [Ce n’est pas du tout ce que j’ai voulu dire (il est vraiment difficile de s’exprimer clairement). Si je ne faisait pas confiance à Hamon, à Fillon pour l’école, ce n’est pas à cause de leur personnalité, mais parce que je les ai vu à l’oeuvre, que j’ai vu les soutiens qu’ils avaient sur le sujet, j’ai vu leurs partis à l’oeuvre sur le sujet etc …]

      En d’autres termes, vous ne faisiez pas confiance aux PERSONNES que sont Hamon, Fillon, etc., et non pas à leurs PROGRAMMES. Vous ne me ditez pas « je ne faisais pas confiance aux programmes de Hamon, Fillon, etc. ». Vous me dites « je ne faisais pas confiance à Hamon, Fillon, etc. ». C’était là bien mon point : on élit des PERSONNES en qui on a confiance, et non des PROGRAMMES.

      Je pense que vous mettez dans le mot « personnalité » une restriction trop importante. J’ai l’impression que pour vous la « personnalité » se limite à son comportement privé, à sa façon de sourire ou de serrer la main. Mais la manière dont un homme politique tient ou trahit ses engagements tient aussi à sa « personnalité ».

      [« Pour le moment, les seules mesures concrètes vont dans le sens des revendications du MEDEF … » je ne parlais que de l’école qui était le sujet de mon intervention.]

      Pour le moment, Blanquer a ouvert beaucoup de chantiers mais les mesures « concrètes » ne sont pas légion. Le dédoublement des CP est une excellente chose, mais pour le moment il n’est que très partiel – notamment du fait des contraintes liées aux bâtiments. Quant à la « liberté sur la semaine de 4 jours », ce n’est qu’une concession pragmatique à une réalité qui était déjà chaotique.

      Mais je vous concède qu’il ne faut pas demander l’impossible. On ne peut en six mois changer « concrètement » le fonctionnement de l’Education nationale. Et les chantiers ouverts l’ont été sous de bons auspices, compte tenu des contraintes.

  37. Luc dit :

    Jean Sallem,nous a quitté.
    Fils d’Henry Alleg,il était professeur à la sorbonne,spécialiste du matérialisme antique:Epicure,Lucrèce.
    A côté,il était un lecteur systématique des oeuvres de Lénine,lues et relues complètement,plusieurs fois.
    6 thèses résumaient la pensée de Lénine,selon J.Sallem:
    -La révolution est une guerre,et la politique est liée à l’art de la gjerre.
    -Une révolution politique est un changement dans l’ordre relatif des classes d’une slciété.
    -Le parti révolutionnaire d’avant garde doit four le le meilleur mot d’ordre à chaque étape des batailles politiques.Il doit aussi élaborer la meilleure date pour l’insurrection militaire.
    -En attendant,les révolutionnaires ne doivent pas renoncer à la lutte en faveur des réformes favorables aux masses.
    -Les pays dominés sont les pays où les futures révolutions auront lieu.
    Au vu de cette synthèse,la part du Léninisme,dans l’hégémonie qui fut la sienne,au milieu du 20ième siècle,a t elle permis selon vous cher Descartes ,l’élaboration de vls théories où la notion de Nation,et classes moyennes,prédominent?
    Un joker (vous avez toute ma sympathie,tant mes questions semblent ‘hénaurmes’…) est possible,avec une autre question éventuelle,êtes vous favorable à la sortie de Lénine hors de son mausolée?

    • Descartes dit :

      @ Luc

      [Jean Sallem nous a quitté. Fils d’Henry Alleg,il était professeur à la sorbonne,spécialiste du matérialisme antique: Epicure, Lucrèce.]

      Ah… encore un homme de l’époque ou les militants progressistes avaient aussi une culture philosophique et littéraire et admiraient ceux qui l’avaient…

      6 thèses résumaient la pensée de Lénine,selon J.Sallem:
      -La révolution est une guerre,et la politique est liée à l’art de la gjerre.
      -Une révolution politique est un changement dans l’ordre relatif des classes d’une slciété.
      -Le parti révolutionnaire d’avant garde doit four le le meilleur mot d’ordre à chaque étape des batailles politiques.Il doit aussi élaborer la meilleure date pour l’insurrection militaire.
      -En attendant,les révolutionnaires ne doivent pas renoncer à la lutte en faveur des réformes favorables aux masses.
      -Les pays dominés sont les pays où les futures révolutions auront lieu.

      [Au vu de cette synthèse, la part du Léninisme, dans l’hégémonie qui fut la sienne, au milieu du 20ième siècle, a t elle permis selon vous cher Descartes l’élaboration de vos théories où la notion de Nation et classes moyennes prédominent?]

      En toute modestie, je pense reprendre deux piliers de la pensée léniniste. Le premier, c’est qu’il faut toujours penser à partir des situations concrètes, et non des théories toutes faites. Les six thèses dont parle Sallem ne sont pas les « six commandements du léninisme ». Ils n’ont pas pensés comme des règles universelles régissant toute situation, mais comme une réponse concrète à une problématique concrète, celle de la prise de pouvoir dans un pays donné qui se trouvait dans une situation particulière. Lénine aurait je pense été le premier à applaudir le fait que ses continuateurs cherchent comme il l’a fait lui-même à appliquer l’analyse marxiste à leur situations concrètes au lieu d’appliquer ses préceptes comme s’il s’agissait d’un dogme.

      La révolution reste une guerre, et la politique reste liée à l’art de la guerre. Seulement, il ne vous aura pas échappé que l’art de la guerre lui-même a beaucoup évolué depuis l’époque de Lénine… La question qu’il faut se poser, c’est de savoir si le terme « révolution » peut avoir en France aujourd’hui le même sens qu’il avait en Russie en 1917…

      [Un joker (vous avez toute ma sympathie, tant mes questions semblent ‘hénaurmes’…) est possible avec une autre question éventuelle êtes vous favorable à la sortie de Lénine hors de son mausolée?]

      Ni favorable, ni défavorable. Je dirais que ce n’est pas mon problème, mais celui des Russes. Chaque peuple, chaque nation a besoin de symboles. Et chaque peuple, chaque nation les construit d’une manière qui lui est propre. Certains peuples ont besoin de reliques au sens le plus primitif du terme, et exhibent le corps embaumé (ou le crâne, ou le cœur) de leurs grands hommes. Il ne faudrait pas oublier que les trésors de nos églises sont pleins de reliquaires conservant des morceaux des saints. Est-ce que quelqu’un fait campagne pour les y faire sortir ? Pas à ma connaissance. Et bien, la même chose vaut pour Lénine. C’est une relique, et il faut pas en faire plus que ça.

      Maintenant, la sortie de Lénine de son mausolée ou sa conservation restent des actes politiques. Si on décidait de le sortir, cela apparaîtrait comme la décision d’effacer un pan de l’histoire du pays – un peu comme la destruction systématique des bâtiments et des monuments construits par la RDA. Je doute qu’un tel message soit la volonté des autorités russes, qui montrent plutôt un désir d’assumer l’histoire de leur pays comme une totalité, avec ses lumières et ses ombres. Ce qui, soit dit en passant, reste une attitude nettement plus saine que celle des allemands.

  38. Guilhem dit :

    Merci pour votre blog que je connais depuis 5 ans maintenant et qui reste pour moi une source de réflexion “alternative” et vivifiante sur notre monde à travers les échanges toujours courtois que vous proposez ici. J’espère donc le voir continuer encore de longues années.
    Je me permets juste une remarque : dans l’en-tête de la page d’accueil, vous indiquez que les échanges porteront, entre autres, sur la poésie. Les autres thèmes ont été beaucoup abordés mais celui-ci pas assez à mon goût…
    Très belle année à vous!

    • Descartes dit :

      @ Guilhem

      [Je me permets juste une remarque : dans l’en-tête de la page d’accueil, vous indiquez que les échanges porteront, entre autres, sur la poésie. Les autres thèmes ont été beaucoup abordés mais celui-ci pas assez à mon goût…]

      Au début de ce blog, je mettais des poèmes de temps en temps. Mais vu le peu d’enthousiasme des lecteurs…

  39. marc.malesherbes dit :

    “Je pense que vous mettez dans le mot « personnalité » une restriction trop importante. J’ai l’impression que pour vous la « personnalité » se limite à son comportement privé, à sa façon de sourire ou de serrer la main. Mais la manière dont un homme politique tient ou trahit ses engagements tient aussi à sa « personnalité »”.

    Comme souvent on s’aperçoit que souvent la discussion vient de ce que chacun ne met pas le même sens derrière les mots qu’il emploie. En ce qui me concerne je cherche à être au plus prés du sens usuel, sinon je précise le sens que je donne au mot que j’emploie.

    Effectivement si vous dites que ” tenir ou trahir ses engagements tient aussi à la « personnalité »” cela montre que nous ne voyons pas l’homme politique, les décisions politiques de la même manière.

    Pour moi, la politique que va mener un homme politique, s’il est élu, dépend de multiples facteurs politique qui ne doivent rien à sa personnalité supposée (dont je n’ai rien à faire, sauf cas extrêmes; il peut être coureur, grossier, autoritaire, pulisallime, malhonnête etc …) Pour moi la politique qu’il mènera est due essentiellement aux événements, aux rapports de forces politiques qui seront construits au moment de son élection et après.

    Prenons un exemple concret: le cas de Hollande lors de son élection 2012. Certains ont cru à tort sa phrase “mon ennemi est la finance” et à sa supposée orientation “sociale”. Mais pour moi toute mon analyse du parti socialiste, et de Hollande était que c’était un libéral européiste (comme JLM l’avait justement remarqué dans un de ses livres, rappelant les écrits de Hollande). C’était non seulement sa position personnelle, mais celle de tous ses soutiens. Je ne voyais donc pas qu’il puisse mener une autre politique … et cela n’a pas manqué. Y compris en politique extérieure ou il a été dans la grande tradition socialiste, et d’une grande partie de l’élite nationale qui le soutenait, de suivisme par rapport aux USA, à Israël. Comme tous les socialistes, il a encore fait plus la guerre que Chirac et Sarkosy ! Ma seule surprise est qu’il a mis du temps (environ un an et demi / deux ans) à franchement assumer son libéralisme.

    Je vais m’avancer sur ce quinquennat.
    Pour moi Macron est un clône de Hollande, social européiste. Mais le rapport de force politique est différent: Macron a clairement annoncé la couleur et su rassembler autour de lui des soutiens importants et en phase avec cette orientation. Il pourra donc aller beaucoup plus loin dans cette direction. Ce qui veut dire qu’il alignera un peu plus la société française sur le moins disant européen (Hollande aurait bien voulu le faire, mais le soutien de son parti, le PS était trop faible). En contrepartie, ayant l’appui des forces productives, il sera beaucoup plus efficace pour améliorer leur conditions de travail, et donc on peut espérer qu’indirectement il développera plus les forces productives, faisant baisser le chômage, au prix de un peu plus plus de travailleurs “pauvres” ou à la limite, une baisse des services publics. A voir si les + vont compenser les – et entraîner une amélioration globale des conditions de vie. Ce sera en tous cas certainement mieux que sous Hollande, même si ce n’est pas parfait.

    • Descartes dit :

      @ marc.malesherbes

      [Pour moi, la politique que va mener un homme politique, s’il est élu, dépend de multiples facteurs politique qui ne doivent rien à sa personnalité supposée (dont je n’ai rien à faire, sauf cas extrêmes; il peut être coureur, grossier, autoritaire, pusillanime, malhonnête etc …) Pour moi la politique qu’il mènera est due essentiellement aux événements, aux rapports de forces politiques qui seront construits au moment de son élection et après.]

      Mais si tel était le cas, peu importe la personne du gouvernant, puisque sa politique est « due essentiellement » à des paramètres qui lui sont totalement extérieurs. Pourtant, il vous faut bien admettre que lorsque De Gaulle remplace Felix Gaillard, la politique change alors que la société n’avait pas changé. Comment expliquer cela ?

      Il faut faire une différence entre le niveau macro et le niveau micro. En termes macro, le cours de l’histoire est gouvernée par les rapports de force entre classes, et la personnalité des hommes importe peu. Mais à l’échelle micro – qui est celle que nous percevons – la personnalité des hommes est essentielle. Parce que selon que l’homme politique soit « coureur, grossier, autoritaire, pusillanime et malhonnête » ou au contraire poli, sans autorité, courageux et honnête il ne réagira pas de la même manière aux évènements, aux rapports de force. Si De Gaulle était mort sous une balle allemande en 1940 la micro-histoire aurait été très différente. Il y aurait peut-être eu une « France Libre », mais avec une autre personnalité à sa tête, et cela aurait tout changé.

      [Prenons un exemple concret: le cas de Hollande lors de son élection 2012. Certains ont cru à tort sa phrase “mon ennemi est la finance” et à sa supposée orientation “sociale”. Mais pour moi toute mon analyse du parti socialiste, et de Hollande était que c’était un libéral européiste (comme JLM l’avait justement remarqué dans un de ses livres, rappelant les écrits de Hollande). C’était non seulement sa position personnelle, mais celle de tous ses soutiens.]

      Certes. Mais les « soutiens » de De Gaulle tout comme lui-même en 1958 étaient « Algérie française », et vous connaissez la suite. Qu’est-ce qui vous conduit à la conclusion que Hollande ne changerait pas d’avis et n’oserait jamais trahir ses soutiens, sinon une considération sur sa personnalité ?

      [Pour moi Macron est un clône de Hollande, social européiste.]

      Je ne partage pas ce diagnostic. Oui, Macron tout comme Hollande sont des sociaux-européistes, mais pas tout à fait de la même façon. Hollande est un mystique de l’Europe dans la lignée de Mitterrand, alors que Macron est un pragmatique. Hollande était européiste par conviction, Macron est européiste par intérêt. Et cela change beaucoup de choses : Hollande ne voyait pas vraiment le besoin de changer l’Europe, si ce n’est pour la rendre plus acceptable aux gens. Macron veut vraiment une « autre Europe ».

      Par ailleurs, il y a une véritable différence dans le fonctionnement mental de l’un et de l’autre. Hollande était l’homme de la synthèse, fermement convaincu qu’on peut en toute circonstance marier la chèvre et le chou et qu’il ne faut jamais trancher. Macron tranche. Ce n’est pas une question de rapport de force : sur NDDL, Hollande et Macron étaient placés devant exactement le même rapport de forces.

      [Mais le rapport de force politique est différent: Macron a clairement annoncé la couleur et su rassembler autour de lui des soutiens importants et en phase avec cette orientation. Il pourra donc aller beaucoup plus loin dans cette direction.]

      C’est très discutable. Les généraux « Algérie française » ont mis De Gaulle au pouvoir avec l’espoir que lui pourrait aller « plus loin dans cette direction » que la IVème République mourante. Mitterrand avait « clairement annoncé la couleur » en 1981 et « rassemblé des soutiens importants en phase avec cette orientation ». Ce qui ne l’a pas empêché d’accomplir le « tournant » de 1983 et de gouverner ensuite pendant dix ans dans la direction opposée. Je pense que vous avez une vision statique de la politique. Le rapport de force lors de l’élection n’a jamais été une assurance quant aux politiques faites par les gouvernements élus.

      [Ce qui veut dire qu’il alignera un peu plus la société française sur le moins disant européen (Hollande aurait bien voulu le faire, mais le soutien de son parti, le PS était trop faible).]

      Pourriez-vous m’indiquer un exemple de mesure « alignant la société française sur le moins disant européen » que Hollande aurait bien voulu adopter mais où il ait été empêché par la faiblesse du PS ?

      Ce n’est pas le rapport de force électoral qui préside à leur élection qui a entravé l’européisme de Hollande ou libère celui de Macron. Les politiques européistes se développent parce qu’elles ont le soutien intéressé du « bloc dominant », c’est-à-dire de la bourgeoisie et des « classes moyennes ». Si J. Chirac n’avait pas appelé un référendum – encore un exemple ou la « personnalité » du gouvernant a été un paramètre fondamental – l’Europe aurait aujourd’hui peut-être une Constitution.

  40. djimou@msn.com dit :

    Bonjour,
    le gouvernement Philippe renonce à Notre Dame des Landes.
    Ce n’est pas une surprise car le rapport remis précédemment visait à enterrer le projet et parce que Macron a toujours été un lâche.
    Autre preuve de sa lâcheté c’est son premier ministre qui doit assurer la communication,

    Je ne jugerai pas l’affaire sur le fond qui ne m’intéresse pas et pour lequel je n’ai aucune compétence.
    Sur la forme c’est une défaite de l’état de droit, car au lieu de faire respecter l’état de droit (179 décisions de justice, un référendum, consultation publique) le gouvernement préfère céder face à 40 000 fanatiques.

  41. Apache dit :

    Bonjour, bonne année et bonne santé
    Mon mutisme tient au fait que je suis actuellement dans un très mauvais moment sur le plan personnel, et donc je ne tiens pas à apporter ma touche d’aigreur aux débats; de plus au vu de la qualité des intervenants ici j’estime que mon rôle est plus d’apprendre et que je n’ai pas, du fait de ma jeunesse, grand chose a apporter pour l’instant.
    Je souhaite cependant vous encourager, vos billets et les échanges ici sont de petites lueurs d’intelligence qui illuminent mes journées moroses.
    Avez-vous pris connaissance de la décision du gouvernement concernant NDDL ? Pour ma part j’ai été surpris, je ne pensais pas que le gouvernement y renoncerait. Étant moi-même opposé a ce projet, la nouvelle me laisse étrangement un goût amer. J’espère cependant que le gouvernement évacuera la ZAD.

    • Descartes dit :

      @ Apache

      [Mon mutisme tient au fait que je suis actuellement dans un très mauvais moment sur le plan personnel, et donc je ne tiens pas à apporter ma touche d’aigreur aux débats; de plus au vu de la qualité des intervenants ici j’estime que mon rôle est plus d’apprendre et que je n’ai pas, du fait de ma jeunesse, grand chose a apporter pour l’instant.]

      Je suis vraiment désolé d’apprendre que ça ne va pas fort sur le plan personnel. Quant à ce que vous avez à apporter, « du fait de votre jeunesse » vous pouvez nous apporter une vue différente, une fraîcheur et une connexion au monde actuel qui manque sérieusement aux vieux croûtons que nous sommes devenus. Alors n’hésitez pas !

      [Avez-vous pris connaissance de la décision du gouvernement concernant NDDL ? Pour ma part j’ai été surpris, je ne pensais pas que le gouvernement y renoncerait.]

      Je vais faire un papier sur ce sujet, alors je ne vais pas trop m’étendre ici. Mais j’aurais tendance à dire que c’est une décision de continuité : cela fait presque vingt ans qu’on abandonne les uns après les autres tous les grands projets ou presque. Les seuls projets qui arrivent à se faire sont ceux qui sont basés dans un site existant et lointain (l’EPR est un bon exemple). Pire : de plus en plus les gouvernements tirent leur gloire non pas de leur capacité à construire, mais de leur capacité à détruire. Jospin se fit une médaille avec la fermeture de Superphénix, Hollande et maintenant Macron font de même avec la fermeture de Fessenheim.

      La seule chose qui a rendu la décision imprévisible ici, c’est le fait qu’on pouvait penser qu’avec Macron les choses allaient changer. Et on réalise que finalement tout continue comme avant, avec juste une couche de vernis de couleur différente. Et cela n’a rien d’étonnant : les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ce gouvernement, comme le gouvernement précédent, a la trouille. La trouille d’un nouveau Oussekine ou d’un nouveau Sivens. Les zadistes, eux, sont prêts à prendre le risque. C’est un cas typique qu’on enseigne dans toutes les écoles militaires : la victoire va non pas à l’armée la plus nombreuse, mais à celle qui est prête à combattre.

      [Étant moi-même opposé a ce projet, la nouvelle me laisse étrangement un goût amer.]

      Vous devriez vous demander pourquoi ce « goût amer », alors que les faits vous ont donné raison… j’aimerais bien entendre votre analyse.

      [J’espère cependant que le gouvernement évacuera la ZAD.]

      La question m’indiffère. A partir du moment ou le cheval s’est échappé, peut importe que l’écurie soit ouverte ou fermée. Les « zadistes » ont gagné. Ils ont réussi à imposer par la violence leur solution. Le reste… est silence.

    • Apache dit :

      “Vous devriez vous demander pourquoi ce « goût amer », alors que les faits vous ont donné raison… j’aimerais bien entendre votre analyse.”

      Pour commencer, j’étais contre le projet car il était très néfaste du point de vue de l’environnement, la flore sur le site détruit ne présente pas grand-intérêt, mais du point de vue de la faune c’est une autre histoire, il y avait une forte présence d’espèces animales protégées, notamment des amphibiens, et certaines chauves-souris ont été contactées (c’est a dire entendues par oreille humaine ou récepteur sonique, mais pas forcément observées). Je peux essayer de retrouver mes notes sur les compte-rendus d’étude d’impact si cela vous intéresse, si vous voulez davantage d’éléments. Viens aussi la question d’imperméabiliser des terres agricoles, nous manquons de terres cultivables, et je ne pense pas qu’on puisse impunément continuer a saboter notre agriculture, je continue a rêver d’un grand plan pour relancer l’agriculture, mais pour cela il faut des terres.

      Je précise que j’habite dans le 44, et je concède que Nantes-Atlantique, à défaut d’un nouvel aéroport, aurait grand-besoin de moult parkings supplémentaires. A titre personnel je n’étais pas convaincu de la pertinence économique du projet, mais je laisse parler ceux qui en savent plus que moi sur ce sujet.

      Si la nouvelle m’a laissé un goût amer, c’est:
      -d’une part parce que je trouve que cette affaire à été très mal menée, je n’ai pas vu de grand débat posé et réfléchi sur le département ,entre les beaufs qui répètent bêtement que ça va créer de l’emploi, et les écolo-bobos qui sont bêtement contre tout les “grand projets inutiles”, le peu de débat qu’il y a eu a été dénué d’intérêt.
      -d’autre part, il y a eu un vote, même si le périmètre n’était pas des plus pertinents, même si il y a eu beaucoup d’abstention, un vote est un vote et on se doit d’accepter les résultats

      “La question m’indiffère. A partir du moment ou le cheval s’est échappé, peut importe que l’écurie soit ouverte ou fermée. Les « zadistes » ont gagné. Ils ont réussi à imposer par la violence leur solution. Le reste… est silence.”

      Encore une fois le gouvernement cède aux fumeurs de shit et aux écolo-bobos, c’est une fois de plus la preuve de la peur des dirigeants face aux minorités agissantes. J’espère bien que la ZAD sera évacuée, et si possible même dans la violence, mais on peut toujours rêver. J’ai été étudiant a Nantes, et je peux vous dire que la vie dans cette ville est véritablement polluée par tous ces militants zadistes et antifa, et le syndicat sud solidaire aussi tant qu’on y est, qui venaient interrompre nos cours pour nous parler de la “solidarité avec la palestine”, donc si cette clique peut se faire un peu tabasser, je ne dis pas non, mais c’est ma méchanceté qui parle 🙂

      Mon amertume tient donc au fait que le gouvernement a mis fin au projet, mais pas pour de bonnes raisons

    • Guguss69 dit :

      Bonjour ami et camarade,
      Je ne suis pas certain que les zadistes aient gagné à NDDL. J’ai plutôt l’impression que ces gauchistes post-modernes sont les idiots utiles des oligarchies euro-atlantistes.
      Selon moi, le pouvoir n’avait pas du tout l’intention de laisser s’engager tant de bons milliards dans cette opération dont il n’a rien à faire. Seuls les élus locaux confrontés aux revendications majoritaires des habitants portaient véritablement le projet de nouvel aéroport. Pas l’État !
      Je vous fiche mon billet que si le patronat avait poussé très fort derrière, l’aéroport se serait construit. Maintenant, seul Vinci va mettre tout son poids dans la balance pour obtenir les compensations qui suivront le renoncement, et notamment sur le chantier à ouvrir pour l’extension de l’aéroport de Nantes.
      Les zadistes servent de prétexte pour bafouer un référendum de plus en Europe. La France insoumise se félicite d’une décision qui épouse ses choix, et s’assoit du coup sur ledit référendum avec une tranquillité toute mélenchonienne.
      Cela permet au leader minimo de continuer sa drague de EELV. À ce point-là, ce n’est plus de la drague, c’est du harcèlement ! #balancetondémago
      L’aménagement du territoire, aujourd’hui, n’est plus qu’une accumulation de dépenses considérées comme superflues…

    • Descartes dit :

      @ Apache

      [Mon amertume tient donc au fait que le gouvernement a mis fin au projet, mais pas pour de bonnes raisons]

      Merci de votre explication, je comprends mieux votre position.

    • Descartes dit :

      @ Gugus69

      [Je ne suis pas certain que les zadistes aient gagné à NDDL. J’ai plutôt l’impression que ces gauchistes post-modernes sont les idiots utiles des oligarchies euro-atlantistes.]

      Je ne pense pas qu’ils soient si idiots que ça. Je pense surtout qu’ils partagent les mêmes intérêts.

      [Selon moi, le pouvoir n’avait pas du tout l’intention de laisser s’engager tant de bons milliards dans cette opération dont il n’a rien à faire. Seuls les élus locaux confrontés aux revendications majoritaires des habitants portaient véritablement le projet de nouvel aéroport. Pas l’État ! Je vous fiche mon billet que si le patronat avait poussé très fort derrière, l’aéroport se serait construit.]

      Il ne faudrait tout de même pas trop exagérer la paranoïa du complot. Que le gouvernement ait finalement cané devant les opposants n’implique nullement qu’il ne « portait » pas le projet. Pour ce qui concerne les administrations, vous aurez du mal à me montrer une seule décision qui montrerait que l’Etat ne portait pas le projet. Et pour ce qui concerne les gouvernements successifs, s’ils n’avaient pas eu envie que le projet se fasse, ils ont eu largement les opportunités de l’arrêter.

    • Guguss69 dit :

      [Il ne faudrait tout de même pas trop exagérer la paranoïa du complot. Que le gouvernement ait finalement cané devant les opposants n’implique nullement qu’il ne « portait » pas le projet. Pour ce qui concerne les administrations, vous aurez du mal à me montrer une seule décision qui montrerait que l’Etat ne portait pas le projet. Et pour ce qui concerne les gouvernements successifs, s’ils n’avaient pas eu envie que le projet se fasse, ils ont eu largement les opportunités de l’arrêter.]
      C’est un peu plus compliqué que ça : il n’est pas question de complot, mais d’opportunité politique. La population était majoritairement pour l’aéroport, et les élus locaux aussi, et pas des moindres. Pensez à Jean-Marc Ayrault. Or tous ces élus étaient des barons des gouvernements en place. Difficile pour les gouvernements d’abandonner le projet dans ces conditions.
      Ne voyez-vous pas que ce n’est plus le cas avec la République en Marche ?
      Un des nouveaux députés macronistes du coin est un militant anti aéroport !
      On peut aussi penser qu’il fallait lâcher du lest à Hulot qui avait avalé pas mal de couleuvres… Il avait d’ailleurs choisi pour piloter l’arbitrage sur NDDL des “arbitres” peu favorables au projet, c’est un euphémisme ! C’est un peu comme si le gouvernement demandait à Michèle Rivasi d’arbitrer sur la fermeture de Fessenheim… Pour un gouvernement qui portait le projet, …

    • Descartes dit :

      @ Gugus69

      [C’est un peu plus compliqué que ça : il n’est pas question de complot, mais d’opportunité politique. La population était majoritairement pour l’aéroport, et les élus locaux aussi, et pas des moindres. Pensez à Jean-Marc Ayrault. Or tous ces élus étaient des barons des gouvernements en place. Difficile pour les gouvernements d’abandonner le projet dans ces conditions.]

      Vous exagérez en disant que « tous » les élus qui ont soutenu l’aéroport étaient des « barons des gouvernements en place ». Ainsi, par exemple, les élus communistes des différentes collectivités ont soutenu le projet, alors que leur parti n’a jamais pendant cette période été au gouvernement. Par ailleurs, le problème est le même pour LREM : ce parti s’est fixé des objectifs ambitieux d’implantation locale aux prochaines élections…

      [On peut aussi penser qu’il fallait lâcher du lest à Hulot qui avait avalé pas mal de couleuvres…]

      Hulot, fort prudemment, avait déclaré qu’il était contre à titre personnel, mais qu’il fallait tenir compte des décisions prises démocratiquement par les collectivités et le résultat du référendum. Il s’était ainsi placé dans une position qui lui permettait de rester quel que soit la décision finale.

      Je pense – pas seulement par déduction, mais pour avoir discuté avec des amis qui sont au cabinet de Philippe – que ce qui a fait pencher la balance c’est bien la trouille de voir les manifestations dégénérer, avec éventuellement des morts et des blessés.

  42. marc.malesherbes dit :

    @ Descartes (19/01/2018 10:0)
    merci de votre patience et vos réponses argumentées bien convaincantes, entre autre:
    “Il faut faire une différence entre le niveau macro et le niveau micro. En termes macro, le cours de l’histoire est gouvernée par les rapports de force entre classes, et la personnalité des hommes importe peu. Mais à l’échelle micro – qui est celle que nous percevons – la personnalité des hommes est essentielle. Parce que selon que l’homme politique soit « coureur, grossier, autoritaire, pusillanime et malhonnête » ou au contraire poli, sans autorité, courageux et honnête il ne réagira pas de la même manière aux événements, aux rapports de force. Si De Gaulle était mort sous une balle allemande en 1940 la micro-histoire aurait été très différente. Il y aurait peut-être eu une « France Libre », mais avec une autre personnalité à sa tête, et cela aurait tout changé.”

  43. Chrémès dit :

    Cher Descartes,
    Tout d’abord bonne année et bonne réussite à vous et à vos proches.

    J’avoue regretter ne pas pouvoir régulièrement commenter, que voulez-vous études obligent, je n’ai que le temps d’apprécier l’intelligence de vos papiers et la constance de nombreux commenta-teurs. Si vous le permettez, je m’en vais de ce pas effectuer un bric-à-brac de questions et de re-marques qui me taraudent l’esprit sans avoir eu le temps de les exprimer jusqu’alors.

    Contrairement à d’autres, j’avoue ne pas désespérer de la situation actuelle, loin de là. Probable-ment parce que j’ai, dernièrement, croisé différents serviteurs de l’Etat à divers degrés de la hiérar-chie. A chaque fois que j’ai été impressionné par leur sérieux et leur dévouement à la défense de la France et de ses valeurs. Il est bien dommage de ne plus mettre en avant ces héros : militaires, poli-ciers ou administrateurs qui, très souvent, accomplissent un travail remarquable.

    En comparaison, la nullité des classes moyennes, dont je fais pleinement parti sociologiquement (mais non idéologiquement, tout du moins je le crois) est particulièrement navrante. Je côtoie, au jour le jour, leur « élite » et c’est profondément déroutant de voir l’importance qu’ils accordent à leur petite personne. Il m’arrive bien plus souvent de croiser des élèves venant de la fac ou de Sciences Po, désireux d’exercer dans le cinéma ou dans des ONG , plutôt que d’en voir briguant quelques grandes administrations ou entreprises qui se chargent véritablement de préparer des jours meilleurs. J’en viens à me demander comment cette classe parvient véritablement à se main-tenir en place au vu de son manque total de résilience face à l’adversité (le terrible risque de redou-blement ou l’examen que l’on rate puisque l’on n’a pas daigné réviser par exemple).
    De même, j’ai le désagréable sentiment que les premiers de classes se détournent et plaquent de plus en plus souvent de leurs études scientifiques pour se réfugier dans de véritables zones de con-fort professionnelle comme la restauration. J’ai bien peur, mais j’espère me tromper, qu’au vu la technologisation croissante du monde nous allons manquer de techniciens et d’ingénieurs pour faire tourner toutes ces machines.
    A ce propos, petite question. Disposons-nous toujours du savoir-faire nécessaire à démonter rapi-dement et sûrement une centrale nucléaire ? Dans le cas contraire, ne vaudrait-il pas mieux entrete-nir ces compétences sur une centrale qui certes fonctionne bien mais qui est cible de critiques, comme Fessenheim, plutôt que de devoir les démonter en urgence quand nos centrales auront dé-passé leur espérance de vie ? Est-il vrai que la durée de vie initial des centrales était d’une quaran-taine d’années ? Quid de leur durée de vie suite aux travaux de renforcements et de protections ef-fectuées ces dernières années ?

    Sur l’affaire Linky, j’avais trouvé ce papier, qui, il me semble permettait de déblayer efficacement les affabulations de ses détracteurs : https://www.cpchardware.com/linky-retour-sur-les-arguments-des-antis/

    Je continue mon petit bonhomme de chemin en abordant maintenant les questions de terrorisme. Je suis actuellement en train de lire « Le Combat vous a été prescrit » de Romain Caillet et Pierre Pu-chot et j’ai la terrible impression de lire un mauvais roman dans lequel personne ne semble avoir préparé quoi que ce soit pour limiter un fléau. Le livre, très bon au demeurant, défend la thèse selon laquelle le phénomène djihadiste fonctionne en France au gré des retours des combattants, qui, à leur tour, embrigade une nouvelle génération, se multipliant à chaque fois. Cela ne peut que laisser craindre le pire avec les retours en France et en Europe. Bien sûr, je me dis que si l’Algérie a survécu au GIA, il n’y a pas de raisons pour que la France s’effondre. Toutefois dans l’intérêts de nos conci-toyens, j’avoue avoir un peu de mal à accepter les retours au pays et les peines de seulement 10 ou 20 ans derrière les barreaux. De l’autre côté, laisser aux pays arabes le soin de les emprisonner leur donne un moyen de pression sur la France et les infrastructures de détention sont moins sûres en-core qu’ici. De fait, que pensez-vous qu’il faille faire avec ces revenants ? A ma grande honte, j’avoue que les propositions d’un nouveau Cayenne, un Guantanamo français ou une adaptation du droit français pour les enfermer plus longtemps, ne me laissent pas de marbre. Terrible époque, mais l’espoir demeure. J’ai dernièrement longuement parlé à un musulman très pratiquant et en charge d’une mosquée et il m’expliquait qu’il jugeait très positif la pente gallicane que prenait l’Islam de France suite aux actions de M. Sarkozy alors ministre de l’Intérieur.

    Un peu moins morbide bien que préoccupant sinon, j’ai trouvé passionnant votre analyse matéria-liste et historique de l’évolution de la place des femmes dans la société. Est-ce là votre œuvre ou vous êtes-vous inspiré d’un autre intellectuel. Si oui, lequel ?

    Enfin, en termes de petites recommandations, j’avoue avoir beaucoup aimé vos « Discours de la méthode ». Ce n’est probablement qu’un désir unique et quelque peu égoïste, mais si vous pouviez décrire le fonctionnement du vénérable PCF : l’éducation populaire pour préparer les ouvriers à de-venir cadres du parti, le fonctionnement d’une cellule, la hiérarchie interne et l’organisation et les buts d’un Congrès, cela rendrait très heureux l’une de vos jeunes ouailles.

    Bonne soirée,

    Chrémès

    PS : En bonus, un peu de Descartes dans le texte 🙂
    https://www.monde-diplomatique.fr/2017/10/REEVES/57961

    • Descartes dit :

      @ Chrémès

      [Tout d’abord bonne année et bonne réussite à vous et à vos proches.]

      Merci beaucoup, ravi de vous voir de retour parmi nous.

      [Contrairement à d’autres, j’avoue ne pas désespérer de la situation actuelle, loin de là. Probablement parce que j’ai, dernièrement, croisé différents serviteurs de l’Etat à divers degrés de la hiérarchie. A chaque fois que j’ai été impressionné par leur sérieux et leur dévouement à la défense de la France et de ses valeurs. Il est bien dommage de ne plus mettre en avant ces héros : militaires, poli-ciers ou administrateurs qui, très souvent, accomplissent un travail remarquable.]

      Tout à fait d’accord. Ce sont les héros, et les héros très discrets, ce qui reste rarissime dans un monde où seul ce qui est médiatisé existe. J’en croise tous les jours, et ils me rappellent les mots que le préfet joué par Dussolier dans le téléfilm « La Dette » à l’attention de son stagiaire ENA : « il y a deux types de héros : ceux qui partent conquérir des terres lointaines, et ceux qui restent pour garder la maison. Nous, nous sommes ceux qui gardent la maison ». Incidente : ce téléfilm, absolument exceptionnel, est introuvable sur la toile ou en DVD. Peut-être un des lecteurs de ce blog aurait-il un enregistrement ?

      [En comparaison, la nullité des classes moyennes (…) J’en viens à me demander comment cette classe parvient véritablement à se maintenir en place au vu de son manque total de résilience face à l’adversité (le terrible risque de redoublement ou l’examen que l’on rate puisque l’on n’a pas daigné réviser par exemple).]

      Il ne faut pas se laisser tromper. Les « classes moyennes » sont pleurnichardes, elles crient avant d’avoir mal, et utilisent largement cette technique pour se mettre dans le rôle de la victime. Mais elles sont terriblement résilientes lorsqu’il s’agit de défendre leurs intérêts. Ils sont peut-être traumatisées par l’examen qu’on rate, mais elles ont saboté efficacement toute tentative de réintroduire la notion de mérite dans la sélection universitaire.

      [De même, j’ai le désagréable sentiment que les premiers de classes se détournent et plaquent de plus en plus souvent de leurs études scientifiques pour se réfugier dans de véritables zones de confort professionnel comme la restauration. J’ai bien peur, mais j’espère me tromper, qu’au vu la technologisation croissante du monde nous allons manquer de techniciens et d’ingénieurs pour faire tourner toutes ces machines.]

      Le risque n’est pas de manquer de techniciens et d’ingénieurs pour UTILISER les machines : avec les progrès de l’informatique, un singe est aujourd’hui fort capable d’utiliser un téléphone portable, comme le montre un exemple célèbre. Le problème, c’est que nous n’aurons plus de techniciens et d’ingénieurs pour CONCEVOIR et FABRIQUER les machines en question. Le risque n’est pas de ne pas pouvoir utiliser des machines, mais de devenir dépendants de ceux qui les conçoivent et fabriquent.

      Je partage votre crainte. On voit beaucoup de jeunes ingénieurs délaisser l’industrie ou la recherche pour « créer leur entreprise » dont l’activité est la gestion d’un site de commande de pizzas par Internet ou de cagnotte pour financer les sorties entre copains. L’important n’est pas la valeur de l’activité, mais découvrir une « niche » inoccupée et se l’approprier, faire beaucoup d’argent vite, puis fuir avant que les imitateurs arrivent et réduisent à zéro les marges bénéficiaires. Dans beaucoup de cas c’est même pire : ces « entreprises » ne font jamais de bénéfices. Ils lèvent du capital et le distribuent sous forme de salaires, et continuent leur activité aussi longtemps qu’ils trouvent des capitaux qui s’y investissent, ce qui rappelle furieusement la pyramide de Ponzi. C’est comme ça d’ailleurs que Facebook ou Uber fonctionnent… une belle « bulle » dont l’explosion arrivera tôt ou tard…

      Je connais pas mal de jeunes ingénieurs. Il m’arrive même de leur faire cours. Et je suis effaré de la vision qu’on leur offre de leur métier et d’une manière générale de leur rôle dans la société.

      [A ce propos, petite question. Disposons-nous toujours du savoir-faire nécessaire à démonter rapidement et sûrement une centrale nucléaire ? Dans le cas contraire, ne vaudrait-il pas mieux entretenir ces compétences sur une centrale qui certes fonctionne bien mais qui est cible de critiques, comme Fessenheim, plutôt que de devoir les démonter en urgence quand nos centrales auront dépassé leur espérance de vie ?]

      Le problème ne se pose pas comme ça. Oui, nous avons le savoir-faire pour démonter un réacteur, et l’exemple de Chooz A le monter amplement. Mais un tel montage ne sera pas « rapide », tout simplement parce qu’il n’y a aucune raison de se presser. Plus le temps passe, plus la radioactivité résiduelle diminue, et moins le personnel qui travaille au démantèlement prend de risque. Dans ces conditions, pourquoi se presser ?

      [Est-il vrai que la durée de vie initiale des centrales était d’une quarantaine d’années ? Quid de leur durée de vie suite aux travaux de renforcements et de protections effectuées ces dernières années ?]

      Les travaux de renforcement et de protection effectués ces dernières années augmentent le niveau de sûreté, mais ne changent pas radicalement la question de la durée de vie, qui est limitée par le seul composant qu’on ne sache pas – encore ? – remplacer : la cuve.

      Le chiffre de 40 ans n’est pas une « durée de vie initiale », mais un paramètre de conception. Lors de leur construction, on a demandé au fournisseur de démontrer par le calcul que les cuves avaient une espérance de vie d’au moins quarante ans. Mais cette demande introduit une durée de vie MINIMALE, et non pas MAXIMALE. Aujourd’hui, avec des moyens de mesure et de contrôle beaucoup plus précis, et avec une expérience opérationnelle de trente ans, on observe que les cuves vieillissent plus lentement que prévu. Les américains ont déjà franchi le pas, en autorisant certaines centrales à fonctionner 60 ans, et on envisage maintenant de prolonger certaines jusqu’à 80 ans.

      [Sur l’affaire Linky, j’avais trouvé ce papier, qui, il me semble permettait de déblayer efficacement les affabulations de ses détracteurs : (…)]

      Bon article !

      [Toutefois dans l’intérêt de nos concitoyens, j’avoue avoir un peu de mal à accepter les retours au pays et les peines de seulement 10 ou 20 ans derrière les barreaux.]

      Le problème est complexe. La question est finalement : ces gens, qui ont donné leur allégeance à un mouvement qui a déclaré la guerre à la France peuvent-ils être réintégrés à la société française sans représenter un risque pour leurs concitoyens ? Le problème s’est posé avec d’autres terroristes, ceux d’action directe pour ne donner qu’un exemple. Ces gens-là pouvaient-ils être libérés au bout d’une peine plus ou moins longue ? La réponse a été en général négative, et les quatre d’Action Directe sont morts en prison, ou ont été libérés sous contrôle judiciaire pour raison de santé.

      Personnellement, je ne crois pas qu’on puisse traiter un crime politique comme on traite un crime de droit commun. L’auteur d’un crime de droit commun fait un calcul rationnel, entre l’avantage qu’il tire du délit et la peine qu’il risque. L’auteur d’un crime politique – et encore plus s’il adhère à une idéologie du martyre – ne fait pas ce calcul. La peine « ordinaire » n’est donc pas dissuasive. Il faut trouver autre chose.

      Il y a plusieurs options. La première est de se débarrasser du problème, et c’est celle que je mettrais personnellement en œuvre en premier. Nous devrions permettre par la loi à un juge de constater qu’une personne ayant manifesté par des paroles et des actes de manière répétée, publique et non équivoque sa détestation de la France et du statut de citoyen français et sa volonté de ne plus en bénéficier devrait être considéré comme ayant renoncé à la nationalité française. Un tel texte serait parfaitement conforme aux conventions internationales : celles-ci interdisent à un Etat de créer des apatrides par déchéance de la nationalité. Mais il ne s’agit pas ici de déchoir qui que ce soit de sa nationalité française, mais de constater qu’il y a renoncé de sa pleine volonté. Une fois la renonciation constatée, rien ne nous obligerait à permettre son retour sur le territoire.

      Une autre option serait effectivement de créer un lieu de déportation, ou ces gens pourraient être isolés définitivement de la société. Ce serait une sorte de « communautarisme surveillé »…

      [Terrible époque, mais l’espoir demeure. J’ai dernièrement longuement parlé à un musulman très pratiquant et en charge d’une mosquée et il m’expliquait qu’il jugeait très positif la pente gallicane que prenait l’Islam de France suite aux actions de M. Sarkozy alors ministre de l’Intérieur.]

      Je crains que votre optimisme soit un peu excessif. Sarkozy – comme Chevènement avant lui – avaient une position qu’on pourrait qualifier de « napoléonienne » : organiser les religions pour pouvoir les contrôler. Mais ce qui a marché avec l’église catholique en 1801 et avec le consistoire juif en 1808 ne marchera pas forcément avec l’Islam en 2018. Dans le cas du catholicisme, on discutait avec une institution hiérarchisée qui comprenait ce que la séparation du civil et du religieux veut dire. Les juifs, eux aussi, étaient habitués à l’idée de séparation puisqu’ils avaient toujours vécu comme une religion minoritaire. Le problème de l’Islam, c’est que cette idée de séparation est tout simplement inconcevable culturellement. Le « gallicanisme » dont vous parlez ne suffira pas…

      [Un peu moins morbide bien que préoccupant sinon, j’ai trouvé passionnant votre analyse matéria-liste et historique de l’évolution de la place des femmes dans la société. Est-ce là votre œuvre ou vous êtes-vous inspiré d’un autre intellectuel. Si oui, lequel ?]

      Non, c’est mon œuvre ! Mais bien entendu, je suis toujours influencé par mes lectures. Cela étant dit, je ne saurais vous dire chez qui j’ai piqué telle ou telle idée…

      [Enfin, en termes de petites recommandations, j’avoue avoir beaucoup aimé vos « Discours de la méthode ». Ce n’est probablement qu’un désir unique et quelque peu égoïste, mais si vous pouviez décrire le fonctionnement du vénérable PCF : l’éducation populaire pour préparer les ouvriers à de-venir cadres du parti, le fonctionnement d’une cellule, la hiérarchie interne et l’organisation et les buts d’un Congrès, cela rendrait très heureux l’une de vos jeunes ouailles.]

      Ok, ok, je vais essayer…

      [PS : En bonus, un peu de Descartes dans le texte :)]

      Eh oui… et moi je l’avais écrit avant !!! Vous noterez que finalement l’auteur arrive à une proportion de « classes moyennes supérieures » (ce que j’appelle moi « classes moyennes » tout court) autour de 25%, assez proche de ma propre estimation…

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes,

      Bonsoir,

      [Mais il ne s’agit pas ici de déchoir qui que ce soit de sa nationalité française, mais de constater qu’il y a renoncé de sa pleine volonté.]

      Je serais étonné qu’en terme de droit international, un pays, avec quelque bonnes raisons que ce soit, puisse “constater”
      un renoncement qui n’a rien de formel. Et pourquoi pensez-vous qu’ils renonceraient à un hypothétique mais non négligeable espoir de rapatriement ( le terme est, j’en conviens, mal adapté), car outre la vie qu’ils conservent, c’est la possibilité d’une tribune lors du procès qu’ils obéreraient en cas de renoncement à la nationalité française.
      Le martyre anonyme est un martyre inutile à la cause. C’est la règle qu’ils observent.

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [Je serais étonné qu’en termes de droit international, un pays, avec quelque bonnes raisons que ce soit, puisse “constater” un renoncement qui n’a rien de formel.]

      Je ne vois pas pourquoi. Aucun instrument international ne l’interdit. Et le droit admet parfaitement que la loi puisse substituer à une expression formelle de la volonté un faisceau d’éléments non équivoques et répétés.

      [Et pourquoi pensez-vous qu’ils renonceraient à un hypothétique mais non négligeable espoir de rapatriement (le terme est, j’en conviens, mal adapté), car outre la vie qu’ils conservent, c’est la possibilité d’une tribune lors du procès qu’ils obéreraient en cas de renoncement à la nationalité française.]

      J’ai l’impression qu’on ne s’est pas compris sur les faits qui constitueraient un « renoncement ». Prenons une personne qui se serait engagé dans une organisation qui a déclaré la guerre à la France. Que cette personne soit apparue plusieurs fois dans des enregistrements destinés à être rendus publics pour proclamer sa haine de notre pays et sa volonté de le combattre. Que cette personne ait brûlé publiquement son passeport et sa carte d’identité. Je ne vois rien de choquant à ce qu’un juge constate, sur la base de ces éléments, que la personne a bien exprimé sa volonté non équivoque de renoncer à la citoyenneté française.

      Que des mois ou des années plus tard, les fortunes de la guerre changeant, la personne en question découvre tout à coup l’intérêt qu’elle pourrait avoir à bénéficier de la protection que donne le statut de citoyen français, c’est parfaitement compréhensible. Mais devons-nous pour autant tenir pour nulle et non avenue l’expression non équivoque de sa volonté quelques mois ou années auparavant ?

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes,

      Bonjour,

      [ [Je serais étonné qu’en termes de droit international, un pays, avec quelque bonnes raisons que ce soit, puisse “constater” un renoncement qui n’a rien de formel.]
      Je ne vois pas pourquoi. Aucun instrument international ne l’interdit. Et le droit admet parfaitement que la loi puisse substituer à une expression formelle de la volonté un faisceau d’éléments non équivoques et répétés.]

      Si je m’en tiens à l’article de Wikipédia reproduit ci dessous, il semble que dans la pratique ce ne serait pas aussi évident si la France s’y aventurait.
      D’autre part, la création d’un “Guantanamo” provoquerait des débats enflammés de la part des droit de l’hommistes. Les délais de justice en France et ceux en Syrie n’étant pas du même ordre, la résolution spontanée du problème a des chances d’advenir dans les mois qui viennent à moins que les cas considérés ne servent de monnaie d’échange pour quelques tractations occultes.

      “”Des textes internationaux tentent de supprimer les cas d’apatridie. La déclaration universelle des droits de l’homme dispose dans son article 15 que « tout individu a droit à une nationalité »3. La convention de New York du 30 août 1961, entrée en vigueur le 13 décembre 1975, interdit aux États signataires de créer des apatrides. La convention européenne sur la nationalité de 1997 prévoit dans son article 4 que « chaque individu a droit à une nationalité » et que « l’apatridie doit être évitée ». “”

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [Si je m’en tiens à l’article de Wikipédia reproduit ci-dessous, il semble que dans la pratique ce ne serait pas aussi évident si la France s’y aventurait.]

      Je ne vois pas très bien pourquoi. Il faut bien comprendre le sens des textes internationaux comme la convention de New York ou la convention européenne sur la nationalité. Ces conventions créent des obligations aux états. Pas aux individus. Elles précisent que « tout individu a droit à une nationalité », pas que tout individu a le devoir d’en avoir une. Les conventions interdisent aux états de créer des apatrides, mais n’interdisent pas aux individus de se rendre apatrides eux-mêmes s’ils le souhaitent.

      Imaginons le cas d’un citoyen français qui enverrait à l’administration une lettre formelle renonçant à la citoyenneté française. Que doit faire l’Etat ? Tenir pour nulle et non avenue sa déclaration au prétexte qu’elle fait de lui un apatride ? Exiger de lui un certificat établissant qu’il possède une deuxième nationalité ? Ce serait violer la Convention universelle des droits de l’homme qui, dans son article 15, proclame le droit de chacun de « changer de nationalité ».

      Eh bien, la procédure que je propose consiste simplement à dire qu’en l’absence d’une lettre formelle, un certain nombre d’indices répétés et non équivoques de sa volonté peuvent faire l’affaire, sous le contrôle du juge. C’est tout. J’ajoute que la procédure existe déjà dans notre droit positif, même si elle est tombée en désuétude : l’article 23-8 du code civil prévoit le « retrait » de la nationalité à un français « occupe un emploi dans une armée, un service public étranger ou encore, une organisation internationale ou lui apporte son concours » et qui n’y renonce pas malgré une injonction du gouvernement français.

      [D’autre part, la création d’un “Guantanamo” provoquerait des débats enflammés de la part des droit de l’hommistes.]

      Personnellement, je suis contre un « Guantanamo », c’est-à-dire une zone de non-droit ou les gens sont soumis au pouvoir arbitraire de l’exécutif sans que le juge ait son mot à dire. Guantanamo c’est illustration de l’archaïsme de la logique juridique anglo-saxonne : elle aboutit – selon la formule du personnage de Graham Greene, à diviser la population en deux groupes, les « torturables » et les « non-torturables ». Les uns ont droit à la protection juridique la plus minutieuse : ils ne peuvent être arrêtés sans être accusés devant un juge, leur propriété, leurs conversations et leur courrier sont inviolables, ils ne peuvent être enfermés si ce n’est par la condamnation d’un juge suivant une loi antérieure aux faits, etc. Les seconds n’ont le droit à rien : ils peuvent être arrêtés arbitrairement, enfermés sans limite de durée en vertu de lois postérieures aux faits ou sur simple décision d’une autorité.

      Si l’on créait en France une prison spéciale ou une zone de relégation pour les « jihadistes », cela ne peut être qu’en vertu de la loi, et la décision de les y envoyer ne peut être prise que par le juge. Autrement, nous porterions atteinte au principe même d’universalité qui est la colonne vertébrale de notre droit.

    • Chrémès dit :

      Cher Descartes

      [Incidente : ce téléfilm, absolument exceptionnel, est introuvable sur la toile ou en DVD. Peut-être un des lecteurs de ce blog aurait-il un enregistrement ?]
      Il me semble, mais je peux me tromper, qu’il est possible de le commander sur ce site, que je ne connais pas au demeurant : http://cineteve.com/fiction/la-dette/
      Cliquez sur « Ouvrir », puis « commander le DVD ».

      [Je connais pas mal de jeunes ingénieurs. Il m’arrive même de leur faire cours. Et je suis effaré de la vision qu’on leur offre de leur métier et d’une manière générale de leur rôle dans la société.]

      J’ai moi-même la chance d’en connaître et j’avoue ne pas comprendre pourquoi, une fois en école, on cherche à faire d’eux des « managers » plutôt que des « techniciens ». Probablement parce que l’enseignement qu’ils reçoivent en prépa est d’un tel niveau d’exigence que cela attire les recruteurs, mais tout de même, ça n’a rien à voir avec les cours de MPSI ou de PTSI. Faudrait-il alors revoir le format des prépas scientifiques ou c’est l’aval qui qui est fautif ?

      [Mais un tel montage ne sera pas « rapide », tout simplement parce qu’il n’y a aucune raison de se presser. Plus le temps passe, plus la radioactivité résiduelle diminue, et moins le personnel qui travaille au démantèlement prend de risque. Dans ces conditions, pourquoi se presser ?]

      Et dans le cas où un effondrement économique, causé par de trop grandes difficultés à extraire du pétrole, limiterait les outils disponibles avec de graves troubles sociaux en prime, cela serait-il toujours possible ? Je reprends ici un scénario analogue à celui que propose Pablo Servigne dans « Comment tout peut s’effondrer ». Je sais, j’en reviens à mon dada, la décroissance, mais j’en profite car votre ouverture d’esprit vous fait hon-neur. J’avoue avoir un peu de mal avec la vision libérale selon laquelle, dès qu’il y a augmentation du coût d’un facteur de production, les entrepreneurs seront à même d’innover pour nous maintenir vers toujours plus de croissance.

      [Le problème est complexe […]
      Une autre option serait effectivement de créer un lieu de déportation, ou ces gens pour-raient être isolés définitivement de la société. Ce serait une sorte de « communautarisme surveillé »…]

      MERCI, comme toujours c’est très éclairant

      [Non, c’est mon œuvre ! Mais bien entendu, je suis toujours influencé par mes lectures. Cela étant dit, je ne saurais vous dire chez qui j’ai piqué telle ou telle idée…]

      A ce propos, dans le cadre de la redéfinition du rapport homme/femme ou dans l’éducation post-Trente Glorieuses, vous parlez à plusieurs reprises de votre dépit qu’il n’y ait pas eu de grand débat politique pour décider de ces questions. J’avoue ne pas comprendre comment un tel débat pourrait avoir lieu, il me semble qu’il s’agir de questions tellement structurantes dans nos sociétés que je ne vois pas comment aborder directement la question. Il me semble que seul un mouvement de fond puisse suffire à changer les choses.

      Au sujet du gaullo-communisme, vous annonciez avoir lu cette thèse dans les mémoires de dirigeants du PCF, bien que vous fussiez incapable de vous souvenir de qui en question en avait parlé. Après recherches, s’agirait-il de Waldeck Rochet ? https://www.humanite.fr/politique/guy-konopnicki-de-gaulle-et-les-communistes-une-certaine-idee-de-la-france-504478

      Dernière question sur le PCF, j’ai entraperçu il y a peu, les théories gramsciennes sur le rôle de la culture pour empêcher le « Grand Soir ». Il me semble toutefois que cette vision n’a que peu été adopté par le PCF. Est-ce vrai ? Est-ce que ce concept à une validité à vos yeux ?

      Bien cordialement,
      Chrémès

    • Descartes dit :

      @ Chrémès

      [Il me semble, mais je peux me tromper, qu’il est possible de le commander sur ce site, que je ne connais pas au demeurant : (…) Cliquez sur « Ouvrir », puis « commander le DVD ».]

      Je ne crois pas : ce téléfilm n’a jamais été édité en DVD. Mais ne vous en faites pas, j’ai réussi finalement à en trouver une copie sur la toile. Il ne me reste plus à retrouver un autre film que je cherche depuis très longtemps : le « vive la crise »…

      [J’ai moi-même la chance d’en connaître et j’avoue ne pas comprendre pourquoi, une fois en école, on cherche à faire d’eux des « managers » plutôt que des « techniciens ». Probablement parce que l’enseignement qu’ils reçoivent en prépa est d’un tel niveau d’exigence que cela attire les recruteurs, mais tout de même, ça n’a rien à voir avec les cours de MPSI ou de PTSI. Faudrait-il alors revoir le format des prépas scientifiques ou c’est l’aval qui qui est fautif ?]

      Le fait est qu’on gagne bien mieux sa vie comme « manager » que comme « technicien ». Avec la désindustrialisation, les métiers « techniques » sont d’ailleurs totalement dévalués. Puisqu’on achète les technologies et les objets chez les autres, pourquoi former des gens qui savent comment les produire ? La formation scientifique de nos ingénieurs devient de plus un plus un mode de sélection plus qu’une véritable formation professionnelle.

      [Et dans le cas où un effondrement économique, causé par de trop grandes difficultés à extraire du pétrole, limiterait les outils disponibles avec de graves troubles sociaux en prime, cela serait-il toujours possible ?]

      Dans cette hypothèse, le risque radioactif sera le cadet de nous soucis et de ceux de nos successeurs.

      [Je sais, j’en reviens à mon dada, la décroissance, mais j’en profite car votre ouverture d’esprit vous fait honneur. J’avoue avoir un peu de mal avec la vision libérale selon laquelle, dès qu’il y a augmentation du coût d’un facteur de production, les entrepreneurs seront à même d’innover pour nous maintenir vers toujours plus de croissance.]

      Pourtant, il faut avoir que cette « vision » – qui n’a rien de « libérale » – est soutenue par une base empirique impressionnante. Le fait est que le génie humain a été capable de résoudre un nombre impressionnant de problèmes qui se sont posés à l’humanité. Nous avons appris à guérir des maladies qui décimaient les populations, nous avons asséché des marais pleins de moustiques et de maladies et nous les avons transformés en terres fertiles.

      [Au sujet du gaullo-communisme, vous annonciez avoir lu cette thèse dans les mémoires de dirigeants du PCF, bien que vous fussiez incapable de vous souvenir de qui en question en avait parlé. Après recherches, s’agirait-il de Waldeck Rochet ? (…)]

      C’est bien possible. Je doute qu’un dirigeant communiste ait utilisé cette expression avant la mort de De Gaulle.

      [Dernière question sur le PCF, j’ai entraperçu il y a peu, les théories gramsciennes sur le rôle de la culture pour empêcher le « Grand Soir ». Il me semble toutefois que cette vision n’a que peu été adopté par le PCF. Est-ce vrai ? Est-ce que ce concept à une validité à vos yeux ?]

      Je ne vois pas très bien de quoi vous voulez parler. Pouvez-vous préciser la question ?

    • Chrémès dit :

      @Descartes
      [Pourtant, il faut avoir que cette « vision » – qui n’a rien de « libérale » – est soutenue par une base empirique impressionnante. Le fait est que le génie humain a été capable de résoudre un nombre impressionnant de problèmes qui se sont posés à l’humanité. Nous avons appris à guérir des maladies qui décimaient les populations, nous avons asséché des marais pleins de moustiques et de maladies et nous les avons transformés en terres fertiles.]
      Ah mais je n’en disconviens pas. N’allez pas croire que je suis de ceux qui creusent un bunker dans leur jardin ou, à l’autre-extrême, qui se lamentent des « souffrances » animales. J’ai, au contraire, tout à fait foi dans le génie humain et surtout dans ses capacités d’adaptation. Seulement vous conviendrez que les dangers qui nous guettent sont d’une ampleur assez inédite déjà à cause de l’étendue géographique puis des pertes potentielles, que ce soit d’un point de vue démographique ou civilisationnel. Non, ce qui m’anime c’est bien plutôt de savoir comment limiter la casse.
      Quand je dis parle de « vision libérale », j’entends par là que cette vision me semble par trop espérer l’arrivée d’un entrepreneur innovateur au sens schumpetérien, qui en deux-trois mouvements parvient à trouver une alternative énergétique à celles fossiles. Mais je peux tout à fait me tromper sur ce point comme sur tant d’autres.

      [Je ne vois pas très bien de quoi vous voulez parler. Pouvez-vous préciser la question ?]
      Il me semble que les principes tels ceux d’hégémonie culturelle sont particulièrement repris par le côté gauchiste de l’échiquier politique, qui a la désagréable habitude -tout du moins de mon point de vu- de tirer à boulet rouge sur tout ce qui peut s’apparenter à une culture légitime ou de masse qui proviendrait du « système » pour de suite la disqualifier. Au contraire, je n’ai pas l’impression que le PCF entretenait ce genre de réflexion. Par conséquent, je voulais savoir si ce dernier accordait du crédit à cette théorie et ce que vous, vous en pensiez.

      Bonne soirée,

      Chrémès

    • Descartes dit :

      @ Chrémès

      [J’ai, au contraire, tout à fait foi dans le génie humain et surtout dans ses capacités d’adaptation. Seulement vous conviendrez que les dangers qui nous guettent sont d’une ampleur assez inédite déjà à cause de l’étendue géographique puis des pertes potentielles, que ce soit d’un point de vue démographique ou civilisationnel.]

      Certes. Mais si les dangers qui nous guettent sont d’une ampleur inédite, les moyens dont nous disposons pour y faire face sont eux aussi sans rapport avec ceux du passé…

      [Il me semble que les principes tels ceux d’hégémonie culturelle sont particulièrement repris par le côté gauchiste de l’échiquier politique, qui a la désagréable habitude -tout du moins de mon point de vu- de tirer à boulet rouge sur tout ce qui peut s’apparenter à une culture légitime ou de masse qui proviendrait du « système » pour de suite la disqualifier. Au contraire, je n’ai pas l’impression que le PCF entretenait ce genre de réflexion.]

      L’idée de « hégémonie culturelle » a été créée par Gramsci pour essayer d’expliquer une contradiction de la théorie marxiste. Selon Marx, le changement de la structure – c’est-à-dire du mode de production – se traduit par un changement de la superstructure – c’est-à-dire des valeurs, des idées, des idéologies – d’une société donnée. C’est pourquoi le développement d’une classe ouvrière puissante aurait du modifier profondément l’idéologie dominante. Or, ce ne fut pas le cas : Gramsci constate la classe ouvrière reste – surtout en Italie – profondément attachée à l’Eglise catholique et aux « valeurs bourgeoises ». Il postule donc que c’est la manifestation d’une « l’hégémonie culturelle » de la bourgeoisie, qui a réussi à « naturaliser » ses valeurs, ses principes, son idéologie. Le combat révolutionnaire ne peut faire l’économie d’un combat culturel visant à créer un système de valeurs, de références, une idéologie qui dispute à ceux de la bourgeoisie leur caractère « naturel ».

      Le PCF, contrairement à ce que vous pensez, a adopté très fortement ce type de réflexion, tout en faisant une interprétation dialectique : le combat culturel n’est pas un préalable au combat politique ou syndical, mais il leur est dialectiquement lié. D’où l’importance accordée par le PCF à la culture : pensez aux investissements culturels des municipalités communistes, aux organisations d’éducation populaire liées au Parti, à l’importance accordée à l’édition tant littéraire que discographique. On l’oublie maintenant, mais le PCF avait non seulement une éditoriale (les Editions Sociales, Messidor) mais aussi un label discographique (« Le chant du Monde »).

      Le problème de la vision gramscienne, c’est qu’on peut l’interpréter de beaucoup de façons. Les gauchistes en font une interprétation mécaniste : le combat pour l’hégémonie culturelle cesse d’être une facette de la lutte pour en devenir un préalable, voire pou résumer en lui même LA lutte. On s’imagine qu’on peut « combattre les idées de Le Pen » sans combattre en même temps le processus économique qui fait que les idées de Le Pen trouvent un écho.

      Personnellement, je reste proche de la vision classique du PCF. Le combat politique est multidimensionnel, et la dimension culturelle est d’une grande importance. On ne peut combattre le capitalisme que si l’on est capable de construire une « contre-culture », proposant un cadre de pensée, de sociabilité, de transmission différent de celui que le capitalisme présente comme étant « naturel » et existant « de tout temps ». Le PCF a été puissant quand il était porteur d’une « contre-culture ». Il s’est affaibli en rejoignant la bienpensance des « classes moyennes ».

    • Chrémès dit :

      @ Descartes

      Merci beaucoup pour vos réponses.

      Bonne continuation !

  44. François dit :

    Bonsoir Descartes et mes meilleurs vœux pour cette année 2018.

    Je vous prie de bien vouloir m’excuser pour ces, vœux tardifs, mais étant donné la multitude de choses dont j’ai à vous parler, j’ai été découragé d’écrire un long commentaire, même si il faut l’avouer ma paresse en est en partie responsable de l’absence de commentaires.

    Je vais prêcher pour ma paroisse, j’écris ce commentaire, car en particulier à la suite d’un conseil national auquel j’ai assisté aujourd’hui j’ai émis un vœu pour cette année 2018, à savoir que vous rejoignez, au moins de façon informelle le parti Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan. Je sais que quelques unes de ses décisions médiatiques peuvent, à juste titre vous rebuter, mais il y en a une qui peut justifier votre ralliement, c’est que Nicolas Dupont-Aignan ne cherche absolument pas à faire de l’égo-politique. Il est quasiment seul à parler dans les médias, mais il cherche à ce que d’autres personnes de sont mouvement puissent s’y exprimer. Mais surtout, et c’est le point qui doit le plus vous séduire, il cherche à tout prix à institutionnaliser son parti. Pour ne prendre qu’un exemple, il a été décidé de créer des sections professionnelles, en priorité dans les métiers confrontés à l’insécurité, afin d’avoir un état des lieux précis de la situation actuelle, afin d’effectuer les décisions nécessaires à la constitution d’un programme cohérent.

    Vous considérez que Debout la France et Nicolas Dupont-Aignan sont loin d’êtres parfaits, mais excusez moi de l’expression, ce n’est pas en restant dans votre tour d’ivoire que les choses vont changer. Nicolas Dupont Aignan, même si je considère que c’est quelqu’un intelligent, soucieux sincèrement du Bien Public avec une démarche cartésienne, est loin d’être omniscient et peut donc se tromper. Le travail intellectuel que vous fournissez sur ce blog, de très grande qualité et si j’en crois d’après les quelques brides que vous en donnez, votre expérience professionnelle et politique sont précieux, et peuvent bien aider ce parti à se développer et palier à ses défauts. Vous savez qu’il n’y a rien de plus difficile que de bâtir des institutions

    Compte tenu de l’atomisation actuel de l’opposition à Macron, il y a une opportunité historique, même mince pour que Nicolas Dupont-Aignan prenne l’ascendant. Si je considère sa progression est bien trop lente, il n’en reste pas moins qu’elle est régulière. Ce que je vais dire est pompeux, mais en particulier depuis aujourd’hui, j’ai l’impression toutes proportions gardées d’appartenir d’une
    certaine façon à la France Libre.

    Bien que membre avec de faibles responsabilités, je connais quelques personnes membre du bureau national, qui sont susceptibles de vous rapprocher de Nicolas Dupont-Aignan. Proposez au moins vos talents quitte à vous éloigner de DLF, si vous jugez qu’un mauvais usage en serait fait.

    En espérant que vous répondez positivement à ma requête
    François

    • Descartes dit :

      @ François

      [Je vais prêcher pour ma paroisse, j’écris ce commentaire, car en particulier à la suite d’un conseil national auquel j’ai assisté aujourd’hui j’ai émis un vœu pour cette année 2018, à savoir que vous rejoignez, au moins de façon informelle le parti Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan.]

      Je ne sais pas ce que cela veut dire « rejoindre de façon informelle ». En toute honnêteté, je n’ai jamais refusé la discussion avec personne, et moins que tout avec les gens qui tournent autour de NDA. Lorsqu’on m’a invité à des réunions, je suis toujours venu. J’apprécie le travail qu’il fait, et je me souviens même d’avoir voté au moins une fois pour lui à un premier tour de la présidentielle. Mais je vous avoue que le positionnement de NDA sur beaucoup de questions rend très difficile pour moi d’imaginer « rejoindre » son mouvement.

      Le problème, c’est qu’à côté d’une vision « souverainiste » de la France qui ne manque pas de hauteur, on trouve dans le discours de DLF une veine poujadiste et réactionnaire qui est insupportable. Prenez par exemple la mesure 19 du chapitre « économie-travail » du programme : « Nommer un dirigeant de PME au poste de ministre de l’Economie ! » (le « ! » figure dans le texte). Et ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres, les chapitres « bien-être animal » ou celui intitulé « zoom sur la politique à l’égard des automobilistes » en sont des véritables florilèges. Vous vous imaginez, vous, De Gaule parlant des droits des automobilistes ou proposant la création de « pet-sitters » (en anglais dans le texte) ?

      Ce n’est pas la personne de NDA qui est en cause. Mais il a choisi – pour des raisons qu’on peut comprendre, du moins pour certaines – de se situer dans une niche. Celle qui a fait les beaux jours de Poujade et les siens : les petits commerçants, les petits artisans, les petits patrons, réunis par la conviction d’être les laissés pour compte de la société et avides de revanche sociale. Je lis son programme et je ne vois pas une ligne sur une amélioration de la condition ouvrière ou sur la fonction publique. Normal : aborder ces sujets, c’est donner de l’urticaire aux catégories en question.

      Le succès de la « ligne Philippot » au FN venait justement de sa capacité à abandonner une vision purement poujadiste et droitière pour reprendre des thèmes qui lui ont permis de dépasser cet électorat « droitier » et poujadiste et élargir ses soutiens dans les couches ouvrières et populaires. Sous son impulsion, le FN a parlé aux fonctionnaires de la restauration de l’Etat, aux ouvriers d’une réindustrialisassions du pays qui ne se ferait pas seulement au bénéfice des patrons. DLF n’a pas su franchir ce pas. Vous me direz qu’au FN les « poujadistes » ont fini par avoir la peau de Philippot et les siens, et vous aurez raison. Mais il suffit de contempler les résultats… et je crains que NDA n’ait finalement joué contre Philippot entre les deux tours, notamment avec son idée de « monnaie commune »…

      [Je sais que quelques unes de ses décisions médiatiques peuvent, à juste titre vous rebuter, mais il y en a une qui peut justifier votre ralliement, c’est que Nicolas Dupont-Aignan ne cherche absolument pas à faire de l’égo-politique. Il est quasiment seul à parler dans les médias, mais il cherche à ce que d’autres personnes de sont mouvement puissent s’y exprimer. Mais surtout, et c’est le point qui doit le plus vous séduire, il cherche à tout prix à institutionnaliser son parti.]

      Comme je l’ai expliqué plus haut, mon problème avec DLF en général et NDA en particulier ne tient pas du tout à son expression médiatique, et encore moins au fait qu’il ferait de l’égo-politique. J’aurais même tendance à dire, si je crois ce que m’ont dit certaines personnes qui le connaissent bien, qu’il aimerait bien au contraire pouvoir partager le poids de la direction de son mouvement, et que sa solitude est bien plus imposée par la difficulté de trouver de bons cadres que voulue par une logique « égo-politique ». Ce qui me gêne chez DLF, c’est un positionnement politique de plus en plus poujadiste et « droitier », qui rend à mon sens plus difficile un rassemblement du camp souverainiste.

      [Vous considérez que Debout la France et Nicolas Dupont-Aignan sont loin d’êtres parfaits, mais excusez-moi de l’expression, ce n’est pas en restant dans votre tour d’ivoire que les choses vont changer.]

      Vous y allez fort… j’ai passé trente ans de ma vie à coller des affiches et faire les marchés. Maintenant, place aux jeunes ! Je ne pense pas que le temps consacré à ce blog soit moins contributif au changement des choses que celui que je pourrais passer à distribuer des tracts.

      [Nicolas Dupont Aignan, même si je considère que c’est quelqu’un intelligent, soucieux sincèrement du Bien Public avec une démarche cartésienne, est loin d’être omniscient et peut donc se tromper. Le travail intellectuel que vous fournissez sur ce blog, de très grande qualité et si j’en crois d’après les quelques brides que vous en donnez, votre expérience professionnelle et politique sont précieux, et peuvent bien aider ce parti à se développer et palier à ses défauts. Vous savez qu’il n’y a rien de plus difficile que de bâtir des institutions.]

      Certes. Mais je ne suis pas persuadé que je serais très bien accueilli par les militants de DLF. Je ne suis pas – je n’ai jamais été – un homme politique et je n’ai jamais tout à fait dominé l’art de dire aux gens ce qu’ils veulent entendre. Et ce que j’ai à dire sur l’Etat, sur la fonction publique, sur les « classes moyennes », sur le sort qu’on fait à la classe ouvrière ne correspond pas, et de loin, à ce que DLF dit. Comme je vous l’ai dit, je n’ai jamais refusé une invitation à discuter, mais je ne me sens pas attiré par un engagement dans un mouvement qui est sociologiquement si loin de moi.

      [Compte tenu de l’atomisation actuel de l’opposition à Macron, il y a une opportunité historique, même mince pour que Nicolas Dupont-Aignan prenne l’ascendant. Si je considère sa progression est bien trop lente, il n’en reste pas moins qu’elle est régulière. Ce que je vais dire est pompeux, mais en particulier depuis aujourd’hui, j’ai l’impression toutes proportions gardées d’appartenir d’une
      certaine façon à la France Libre.]

      Pourquoi pas. Mais il faut réfléchir en termes de sociologie électorale. DLF recrute dans une « niche » et ne crée aucune passerelle avec les autres électorats, et notamment avec l’électorat populaire qui reste pour moi la clé de l’équation. Le méli-mélo de l’entre-deux-tours est à mon avis symptomatique de ce problème : sur un point fondamental, celui de l’Euro, DLF a finalement joué contre le camp populaire pour ne pas faire peur aux « classes moyennes ».

      [Bien que membre avec de faibles responsabilités, je connais quelques personnes membre du bureau national, qui sont susceptibles de vous rapprocher de Nicolas Dupont-Aignan. Proposez au moins vos talents quitte à vous éloigner de DLF, si vous jugez qu’un mauvais usage en serait fait.]

      Comme je vous l’ai dit, je n’ai jamais refusé de discuter avec personne.

    • François dit :

      @ Descartes
      [Je ne sais pas ce que cela veut dire « rejoindre de façon informelle ».]
      Par façon informelle, j’entendais que vous pouviez mettre votre expertise au service de NDA, sans pour autant adhérer à DLF. Lors du dernier CN, il a notamment été suggéré de créer un «conseil d’expert» (philosophie, économistes,…). Peut-être pourriez vous en faire partie.

      [Le problème, c’est qu’à côté d’une vision « souverainiste » de la France qui ne manque pas de hauteur, on trouve dans le discours de DLF une veine poujadiste et réactionnaire qui est insupportable.]
      Je comprends mieux vos réticences, et en tant que marxiste, c’est effectivement difficile pour vous dans ces conditions de rejoindre DLF.

      [Prenez par exemple la mesure 19 du chapitre « économie-travail » du programme : « Nommer un dirigeant de PME au poste de ministre de l’Economie ! » (le « ! » figure dans le texte).]
      C’est effectivement, point qui étaye votre position.

      [Vous vous imaginez, vous, De Gaule parlant des droits des automobilistes ou proposant la création de « pet-sitters » (en anglais dans le texte) ?]
      Dans l’absolu non. La cause animale, ne mérite peut être pas d’être autant mise en avant, mais c’est une cause chère à NDA. Concernant l’automobile, je serais moins affirmatif que vous : en raison de la métropolisation, et les décisions des maires de grandes villes, les voies de circulations arrivent à saturation, ce qui se traduit par un une perte de temps pour les automobilistes, qu’ils soient chef d’entreprise ou ouvrier. Je ne pense pas cette perte de temps (liée également à l’expulsion des couches populaires des centres urbains) soit une préoccupation subsidiaire. L’abaissement de la limitation est peut-être justifiée en matière de sécurité routière. Enfin, quand j’observe l’emplacement de certains radars automatiques, je ne peux parfois m’empêcher de penser qu’ils sont là plus pour donner des rentrées pécuniaires supplémentaires à l’état, que dans un but de sécurité routière.

      [(…) DLF n’a pas su franchir ce pas. (…)]
      Je ne saurais pas dire si ce pas n’a pas été franchi de façon consciente ou non, mais à la différence de Philippot qui vient de la gauche chevènementiste, NDA a commencé au RPR, qui je crois avait une vision bien plus organique de la société.
      Enfin je tiens toutefois à relativiser votre jugement. Si cela ne figure pas explicitement, dans son programme, mais la cause des couches populaires et de la fonction publique n’est pas étrangère à NDA. Il s’est opposé aux dernières lois travail, a soutenu le personnel pénitentiaire, les forces de l’ordre ou le personnel des maisons de retraites. Son programme a proposé la défiscalisation des heures supplémentaires (le travailler plus pour gagner plus, auquel si je ne me trompe pas vous avez une certaine sympathie), sans oublier contre les travailleurs détachés et une volonté de réindustrialiser la France, qui ne peuvent faire que du bien aux ouvriers. La future réforme de la fonction publique a été évoquée lors du CN, pour s’en inquiéter. Enfin, sa campagne contre la privatisation des barrages prouve l’attachement de NDA au service public de l’électricité, ce qui est loin d’être une préoccupation première des poujadistes.

      [Mais il suffit de contempler les résultats… et je crains que NDA n’ait finalement joué contre Philippot entre les deux tours, notamment avec son idée de « monnaie commune »…]
      Ce que je dis est de la pure spéculation, mais peut-être a t-il fait cela pour faire éclater le FN.

      [Vous y allez fort… j’ai passé trente ans de ma vie à coller des affiches et faire les marchés. Maintenant, place aux jeunes ! Je ne pense pas que le temps consacré à ce blog soit moins contributif au changement des choses que celui que je pourrais passer à distribuer des tracts.]
      J’ai été désobligeant à votre égard et je vous prie de bien vouloir m’en excuser. Après des décennies de militantisme, vous méritez effectivement votre retraite

      [Certes. Mais je ne suis pas persuadé que je serais très bien accueilli par les militants de DLF. Je ne suis pas – je n’ai jamais été – un homme politique et je n’ai jamais tout à fait dominé l’art de dire aux gens ce qu’ils veulent entendre.]
      Que DLF ne soit pas un parti aux fondements marxistes relève de l’évidence. Pour y avoir côtoyé quelqu’un aux tendances libertariennes (parti entre temps il me semble), il y a effectivement quelques anticommunistes. Pour côtoyer régulièrement des poujadistes, je trouve qu’ils ne sont pas particulièrement représentés à DLF. Je dirais que DLF. Enfin des sympathies envers les communistes sont exprimées. Je me souviens d’un militant qui a raconté avoir écrit au comité central du PCF, car il trouvait scandaleux qu’il participe au gouvernement Jospin compte tenu de son passé de trotskyste. De plus, un bras droit de NDA n’hésite pas à rendre hommage à des résistants communistes quand ils décèdent et a une vision extensive du «bourgeois».

      [ Le méli-mélo de l’entre-deux-tours est à mon avis symptomatique de ce problème : sur un point fondamental, celui de l’Euro, DLF a finalement joué contre le camp populaire pour ne pas faire peur aux « classes moyennes ».]
      NDA et son état-major, bien qu’étant conscients que la sortie de l’euro est inévitable et indispensable ont considéré que la sortie de l’euro effraie une majorité de Français qu’ils ne disposent pas de la force de frappe intellectuelle et médiatique pour les faire changer d’opinion et qu’ils préfèrent s’engager sur des terrains où ils sont bien plus à l’aise. Mais là où Mélenchon parle de «dissuasion», là où Tsipras, a fait preuve d’impréparation, la sortie de l’euro reste un but à organiser. Je crains que le renoncement temporaire à ce point soit la condition sine qua non pour une accéder au pouvoir.
      NDA a par contre pris un gros risque, en appelant à voter MLP au second tour, ce faisant il a envoyé un message clair aux couches populaires, en leur disant que leur souffrance est écoutée et que ce n’est pas quelqu’un qui cherche à garder ses mains blanches.

      [Comme je vous l’ai dit, je n’ai jamais refusé de discuter avec personne.]
      À la lecture de votre commentaire, effectivement, je me suis trop engagé en souhaitant votre adhésion à DLF. Je pense en revanche qu’une réunion avec NDA pourrait être intéressante.

      PS : il semblerait que votre article sur Éric Verhaeghe ait été dépublié.

    • Descartes dit :

      @ François

      [Par façon informelle, j’entendais que vous pouviez mettre votre expertise au service de NDA, sans pour autant adhérer à DLF. Lors du dernier CN, il a notamment été suggéré de créer un «conseil d’expert» (philosophie, économistes,…). Peut-être pourriez vous en faire partie.]

      Avec plaisir. Comme je vous l’ai dit, je n’ai jamais refusé une invitation au débat.

      [La cause animale, ne mérite peut être pas d’être autant mise en avant, mais c’est une cause chère à NDA.]

      Oui, justement. Un homme d’Etat est aussi quelqu’un qui sait établir une hiérarchie entre les problèmes, et qui fait la différence entre ce qui est important pour lui à titre personnel et ce qui est important pour la Nation. Mettre la cause animale et la souveraineté nationale sur le même plan n’est pas le signe d’un homme d’Etat.

      [Enfin, quand j’observe l’emplacement de certains radars automatiques, je ne peux parfois m’empêcher de penser qu’ils sont là plus pour donner des rentrées pécuniaires supplémentaires à l’état, que dans un but de sécurité routière.]

      Je regrette infiniment, mais l’idée que les radars constituent une « rentrée supplémentaire » et que l’Etat s’enrichirait en mettant des radars partout est une légende. La gestion des amendes (installation et entretien des radars, traitement des procès-verbaux, envoi des titres de perception et éventuelles relances, traitement du contentieux, traitement des pertes de points) est relativement couteuse, et ce n’est pas une amende qui en moyenne fait 90 € (quand elle est payée…) qui compense tout ça. On peut discuter de l’utilité de certains radars du point de vue de la sécurité routière, mais je peux vous assurer que les amendes ne rapportent pas ce qu’elles coutent.

      [Je ne saurais pas dire si ce pas n’a pas été franchi de façon consciente ou non, mais à la différence de Philippot qui vient de la gauche chevènementiste, NDA a commencé au RPR, qui je crois avait une vision bien plus organique de la société.]

      Je ne comprends pas cette remarque. Le RPR n’était pas particulièrement libéral que je sache, et on y trouvait de nombreux gaullistes classiques empreints du sens de l’Etat et d’une vision positive du service public.

      [Enfin je tiens toutefois à relativiser votre jugement. Si cela ne figure pas explicitement, dans son programme, mais la cause des couches populaires et de la fonction publique n’est pas étrangère à NDA.]

      Mais alors, pourquoi cela ne figure pas sur son programme, à votre avis ?

      [Ce que je dis est de la pure spéculation, mais peut-être a t-il fait cela pour faire éclater le FN.]

      Si c’est le cas, c’est encore pire. Alors que les « social-souverainistes » étaient en train de prendre le pouvoir au FN, la logique de celui qui chercherait à rétablir la souveraineté nationale eut voulu qu’on cherche à les renforcer, plutôt que de provoquer un éclatement dans lequel – on le voit bien avec « Les Patriotes » – ils seraient marginalisés.

      [Que DLF ne soit pas un parti aux fondements marxistes relève de l’évidence.]

      Ce n’est pas cela qui me gêne, comme je l’ai expliqué plus haut…

      [NDA et son état-major, bien qu’étant conscients que la sortie de l’euro est inévitable et indispensable ont considéré que la sortie de l’euro effraie une majorité de Français qu’ils ne disposent pas de la force de frappe intellectuelle et médiatique pour les faire changer d’opinion et qu’ils préfèrent s’engager sur des terrains où ils sont bien plus à l’aise.]

      Peut-être. Mais cela constitue une énorme faiblesse. Un leader politique est toujours prisonnier de sa base sociologique. Si NDA se fait élire par une base que la sortie de l’euro effraye et qu’on ne peut faire changer d’avis, alors il ne pourra pas sortir de l’euro même s’il arrivait à se faire élire. Autant le savoir dès le départ.

      [Mais là où Mélenchon parle de «dissuasion», là où Tsipras, a fait preuve d’impréparation, la sortie de l’euro reste un but à organiser. Je crains que le renoncement temporaire à ce point soit la condition sine qua non pour une accéder au pouvoir.]

      Admettons. Mais à quoi bon accéder au pouvoir si ce n’est pas pour faire ce qu’on estime indispensable et nécessaire ? Si on n’a pas été capables de convaincre ses propres électeurs qu’il faut sortir de l’Euro avant l’élection, quelle est la probabilité d’arriver à les en convaincre après ?

      [À la lecture de votre commentaire, effectivement, je me suis trop engagé en souhaitant votre adhésion à DLF. Je pense en revanche qu’une réunion avec NDA pourrait être intéressante.]

      Comme je vous l’ai dit, je n’ai jamais refusé une invitation.

      [PS : il semblerait que votre article sur Éric Verhaeghe ait été dépublié.]

      Oui, et à mon insu. J’ai demandé à l’administrateur de l’hébergeur les raisons de cette censure. Il m’a expliqué en résumé que l’article avait été signalé comme « diffamatoire » et que dans ce cas « dans leur intérêt et dans le mien » l’article a été « modéré » – « censuré » est un si vilain mot…

      Je ne sais pas ce qui est plus choquant : qu’on puisse vous censurer sur simple dénonciation, ou que l’hébergeur n’aie pas le minimum de décence de vous communiquer les griefs qui vous sont reprochés. Une régime ou les gens se taisent « pour ne pas avoir d’ennuis » à un nom, et ce n’est pas un nom très joli. J’avoue que cet incident m’a donné très envie d’explorer d’autres solutions d’hébergement.

    • François dit :

      @ Descartes
      [Avec plaisir. Comme je vous l’ai dit, je n’ai jamais refusé une invitation au débat.]
      Je viens d’en discuter jeudi dernier en réunion départementale et la personne membre du bureau national semble être intéressée par ma proposition. Je vais préparer un message vous présentant qui sera transmis à NDA, que je vous enverrai en message privé pour que vous le relisiez. Serait-il également possible de me fournir des éléments de votre carrière politique et professionnelle (dans la mesure du maintien de votre anonymat bien entendu) ?

      [Mettre la cause animale et la souveraineté nationale sur le même plan n’est pas le signe d’un homme d’Etat.]
      Ceci dit, sur le site internet, la cause animale est le dernier onglet, quand au programme en version PDF, elle n’a même pas de chapitre dédié (seulement une sous-section dans le chapitre environnement et énergie). La cause animale dans le programme de DLF, ne se résume pas seulement aux animaux de compagnie. De plus, dans l’absolu, la cause animale ne mérite t-elle pas d’être abordée au même titre que la protection de l’environnement ?

      [Je regrette infiniment, mais l’idée que les radars constituent une « rentrée supplémentaire » et que l’Etat s’enrichirait en mettant des radars partout est une légende. (…)]
      Je vous crois, disons dans ce cas qu’il y a des radars qui permettent de mieux supporter les coûts de fonctionnement de l’ensemble du dispositif.

      [Je ne comprends pas cette remarque. Le RPR n’était pas particulièrement libéral que je sache, et on y trouvait de nombreux gaullistes classiques empreints du sens de l’Etat et d’une vision positive du service public.]
      Je ne voulais pas dire libéral. Le RPF, premier parti gaulliste voulait «dépasser» la lutte des classes dans un programme de salut public, l’ouvrier et le petit patron travaillant main dans la main, notamment à travers la «troisième voie». Je crois que la vision de la petite entreprise chez les gaullistes était bien plus idyllique que celle que l’on pouvait trouver au PCF. Enfin, cette vision n’est pas antagoniste avec le sens de l’État, sens que NDA a toujours gardé (campagne contre la privatisation des barrages pour ne prendre que cet exemple).

      [Mais alors, pourquoi cela ne figure pas sur son programme, à votre avis ?]
      Je me suis mal exprimé, quand on regarde les onglets de son programme sur le site internet, s’il n’y a aucun onglet destiné pour la fonction publique et les couches populaires en général, il n’y en a pas non plus pour les les PME/TPE et les artisans. Les mesures en faveur des PME (baisse de charges par exemple, avec contreparties dans biens des cas toutefois) tout comme celles en faveur des couches populaires (lutte contre les travailleurs détachés par exemple) se trouvent dans l’onglet économie travail, tandis que la revalorisation du traitement des enseignants se trouve dans l’onglet éducation, les propositions pour la fonction publique étant éclaté dans ses domaines respectifs. D’ailleurs, en lisant les mesures concernant la fonction publique, j’y vois surtout une vision volontariste pour cette dernière.

      Je vous trouve injuste envers NDA en pensant qu’il serait captif d’un électorat de «classes moyennes souverainistes», et que de ce fait son programme souffrirait d’une dérive poujadiste. Je reconnais que son programme contient des mesures qui ne vous réjouissent pas, mais dire que son programme se résume à nourrir exclusivement une clientèle poujadiste me semble faux. Je me permet de citer quelque unes de ses mesures, qui semblent à mon avis révèlent un haute vision du Bien Public :
      – Renforcer la place de l’État dans les grands groupes de défense afin d’améliorer la compétitivité de notre industrie et d’orienter les grandes dépenses stratégiques.
      – Créer un Commissariat aux Filières d’Avenir (et redéployer les moyens existants dispersés) chargé de définir les filières à développer en priorité avec les dépenses publiques et d’évaluer l’implication de l’État nécessaire pour relever les enjeux de demain dans ces secteurs : j’y vois un volonté de recréer un Commissariat au Plan
      – Créer une nouvelle DATAR et lui donner les outils politiques et matériels à la hauteur de l’importance de sa mission : cette proposition marque clairement une politique d’aménagement du territoire sous un prisme jacobin qui n’est pas l’apanage des poujadistes.
      – Soumettre les établissements privés hors contrat à des inspections régulières pour vérifier la conformité des enseignements et des pratiques avec les principes de la République et pour éviter toute dérive potentiellement sectaire : je vois difficilement comment un poujadiste pourrait restreindre la liberté d’enseignement.
      – Introduire dans les disciplines scientifiques un enseignement d’histoire des sciences et des techniques qui permettra aux élèves de mieux comprendre les découvertes et de s’approprier une culture scientifique, en valorisant l’activité rationnelle.

      [Si c’est le cas, c’est encore pire. Alors que les « social-souverainistes » étaient en train de prendre le pouvoir au FN]
      Je pense que Phillipot n’avait d’importance seulement par la volonté du Prince, et si j’en crois certains retours était seul et détesté par le reste du parti. Est-il besoin de rappeler qu’il n’est arrivé que quatrième lors du XVème congrès du FN, en 2014, derrière Marion Maréchal Le Pen qui elle est arrivée première ? Je crains que si la base électorale du FN s’est popularisée, sa base militante est toujours restée la même. Enfin après réflexions, je ne pense pas que l’idée de «monnaie commune» a été lancée dans un but de déstabiliser Philippot, étant donné qu’elle figurait bien avant déjà dans le programme de NDA.

      [Peut-être. Mais cela constitue une énorme faiblesse. Un leader politique est toujours prisonnier de sa base sociologique. Si NDA se fait élire par une base que la sortie de l’euro effraye et qu’on ne peut faire changer d’avis, alors il ne pourra pas sortir de l’euro même s’il arrivait à se faire élire. Autant le savoir dès le départ.]
      Le noyau dur de l’électorat de NDA reste attaché à la sortie de l’Euro, tout du moins à la création d’une monnaie commune, qui elle est toujours à l’ordre du jour et figurait déjà dans le programme de DLR. De Gaulle est revenu au pouvoir avec le soutient des pieds-noirs et ça ne l’a pas empêché de donner l’indépendance à l’Algérie.
      Une opinion publique, à travailler, ça prend du temps. Je crains que la rhétorique des européistes ne l’emporte encore majoritairement sur la raison des Français. Peut-être qu’accéder aux responsabilités permet démontrer clairement l’incompatibilité de l’euro avec des politiques volontaristes et permettrait de mieux faire évoluer l’opinion des Français. De plus, ne vaut-il pas mieux un gouvernement conscient de la menace d’un éclatement de la zone euro et près à y faire face qu’un gouvernement complètement impréparé ? Je pense que jouer les Cassandre a ses limites.

      [(…) Une régime ou les gens se taisent « pour ne pas avoir d’ennuis » à un nom, et ce n’est pas un nom très joli. (…)]
      Étant donné qu’à ma connaissance, c’est votre seul article a avoir été censuré, je pense que votre opinion du personnage ne s’est guère améliorée…
      Vous êtes hélas loin d’être le premier à être victime de la censure, Jacques Sapir étant dans désormais interdit de publier sur son carnet (le plus lus de son hébergeur, ce qui ne manque pas d’ironie). Il convient également de noter la volonté du gouvernement de restreindre la liberté d’expression à travers la lutte contre les «fake news», dont nous savons tous qu’elle est mue par une sincère volonté de donner au citoyen un meilleur accès à l’information de qualité plutôt que de masquer sa politique. Bientôt, on vous traitera de complotiste parce que vous nierez l’existence d’un complot russe visant à fausser les élections. Heureusement, dans notre pays l’accès aux archives est pour le moment toujours libre. Les soixante-huitards qui se mettent à censurer, ça me rappelle furieusement «la Ferme des Animaux»…

    • Descartes dit :

      @ François

      [Je viens d’en discuter jeudi dernier en réunion départementale et la personne membre du bureau national semble être intéressée par ma proposition. Je vais préparer un message vous présentant qui sera transmis à NDA, que je vous enverrai en message privé pour que vous le relisiez. Serait-il également possible de me fournir des éléments de votre carrière politique et professionnelle (dans la mesure du maintien de votre anonymat bien entendu) ?]

      Quelques éléments, oui. Mais pas de détails.

      [De plus, dans l’absolu, la cause animale ne mérite t-elle pas d’être abordée au même titre que la protection de l’environnement ?]

      Cela dépend. Dans une logique humaniste, la protection de l’environnement est en fait une protection de l’homme : nous protégeons l’environnement parce qu’il est nécessaire à notre survie ou à notre agrément, et non parce qu’il aurait des « droits » particuliers. Nous décidons que le dauphin doit être protégé parce qu’il est inoffensif et joli à regarder, et que le rat doit être exterminé parce qu’il nous menace et nous déplait. La « cause animale » fait de l’animal un sujet de droits, et c’est là la négation même de l’humanisme. Si on se bat pour la « cause animale », alors pourquoi la « cause » du dauphin serait-elle plus légitime que la « cause » du rat ?

      [D’ailleurs, en lisant les mesures concernant la fonction publique, j’y vois surtout une vision volontariste pour cette dernière.]

      Franchement, je ne vois aucune mesure concernant la « fonction publique » dans son ensemble. Je ne trouve même pas une formulation claire du rôle que pour NDA la fonction publique et l’Etat en général devraient jouer.

      [Je vous trouve injuste envers NDA en pensant qu’il serait captif d’un électorat de «classes moyennes souverainistes», et que de ce fait son programme souffrirait d’une dérive poujadiste. Je reconnais que son programme contient des mesures qui ne vous réjouissent pas, mais dire que son programme se résume à nourrir exclusivement une clientèle poujadiste me semble faux.]

      Ce n’est pas tout à fait ce que j’ai dit. Quand je dis que NDA est captif d’un certain électorat, la question concerne non pas ce que NDA met dans son programme, mais ce qu’il ferait une fois élu. Il est souvent plus facile pour un homme politique de trahir son programme que de trahir son électorat.

      [Je me permet de citer quelque unes de ses mesures, qui semblent à mon avis révèlent un haute vision du Bien Public : (…)]

      Je n’ai jamais dénié à NDA cette vertu. J’ai même voté pour lui au moins une fois. Mais – car il y a un mais – je trouve dans son programme beaucoup de mesures nettement poujadistes, qui semblent contredire celles que vous citez. Et ma question est : s’il devait être élu, lesquelles trahirait-il ? Je crains que, du fait de son électorat, il aurait du mal à maintenir une orientation « gaullienne ».

      [Enfin après réflexions, je ne pense pas que l’idée de «monnaie commune» a été lancée dans un but de déstabiliser Philippot, étant donné qu’elle figurait bien avant déjà dans le programme de NDA.]

      Peut-être. Mais en faire le prix de son désistement pour MLP ne pouvait que fragiliser Philippot, dont la position intransigeante sur l’Euro était connue. In fine, ce reniement a conduit MLP au désastre, désastre relatif mais désastre tout de même.

      [Le noyau dur de l’électorat de NDA reste attaché à la sortie de l’Euro, tout du moins à la création d’une monnaie commune,]

      On ne peut être à la fois attaché « à la sortie de l’Euro » et à la « monnaie commune » telle que NDA la conçoit. La « monnaie commune » de NDA consiste à garder l’Euro mais le déguiser en « nationalisant » l’unité monétaire. Au lieu de parler en euros on parlera en francs, mais à un taux de change fixe. Quelle est la différence ?

      [De Gaulle est revenu au pouvoir avec le soutient des pieds-noirs et ça ne l’a pas empêché de donner l’indépendance à l’Algérie.]

      Non. De Gaulle est arrivé au pouvoir porté par un électorat métropolitain excédé par l’impuissance de la IVème République et craintive d’un coup d’Etat militaire. Et c’est pour cela qu’il a pu se permettre le luxe de « trahir » ses promesses envers les pieds-noirs.

      [De plus, ne vaut-il pas mieux un gouvernement conscient de la menace d’un éclatement de la zone euro et près à y faire face qu’un gouvernement complètement impréparé ? Je pense que jouer les Cassandre a ses limites.]

      Si vous voulez me convaincre que NDA serait préférable à Macron, je vous le concède volontiers. Je vous l’ai dit, j’ai voté déjà au moins une fois pour lui. Mais j’ai du mal à croire à sa capacité à nous extraire véritablement de l’euro…

      [Étant donné qu’à ma connaissance, c’est votre seul article a avoir été censuré, je pense que votre opinion du personnage ne s’est guère améliorée…]

      Non, en effet.

      [Vous êtes hélas loin d’être le premier à être victime de la censure, Jacques Sapir étant dans désormais interdit de publier sur son carnet (le plus lus de son hébergeur, ce qui ne manque pas d’ironie).]

      J’ignorais ce détail…

      [Il convient également de noter la volonté du gouvernement de restreindre la liberté d’expression à travers la lutte contre les «fake news», dont nous savons tous qu’elle est mue par une sincère volonté de donner au citoyen un meilleur accès à l’information de qualité plutôt que de masquer sa politique.]

      Elle est surtout la preuve de l’inculture abyssale du personnel politique de LREM. Il et très noble de vouloir supprimer de nos médias tout ce qui est faux. Seulement, cela suppose de trouver une règle qui permette de distinguer le vrai du faux. Une règle que l’humanité cherche depuis des millénaires sans avoir trouvé pour le moment de réponse satisfaisante…

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