Homard m’a tuer

Les récents déboires de François de Rugy et de son épouse – qui semble en fait avoir joué le rôle principal dans ce vaudeville – ont permis aux dragons de vertu divers et variés de s’en donner à cœur joie. Chez les populistes, on a entendu le classique « ils se gavent pendant que nous on trime ». Chez les journalistes de l’establishment, on a fait la leçon à ces indécrottables Français qui refusent toujours de se comporter comme des Suédois. Tout le monde y va de son petit couplet, et on peut s’attendre à ce que nos courageux politiques, au lieu de défendre leur statut, cèdent une fois de plus à l’appel de la rue et dictent une énième loi de « transparence » obligeant les politiques à publier sur internet le menu de chacun de leurs repas et la liste des convives.

Jacques Vergès disait que le pire salaud mérite le meilleur avocat, et prendre l’affaire. Et puisque les défenseurs de de Rugy ne se bousculent pas au portillon, il ne me reste donc qu’à prendre l’affaire moi-même. Oui, messieurs du jury, mon client a une seule excuse, mais elle est de taille : elle réside dans les exigences contradictoires que les Français ont envers les responsables publics, qu’ils soient politiques ou fonctionnaires. Et en ces temps de démagogie ou l’on s’apprête à offrir l’ENA en pâture à la foule, la question n’est pas secondaire.

Que demande-t-on à un politique ? D’abord, qu’il nous représente dignement au plan symbolique, ce qui suppose qu’il ait une vie privée – un terme qui ne doit plus faire illusion –  irréprochable que ce soit du point de vue sexuel, familial ou fiscal. Ensuite, il doit faire ce que nous voulons qu’il fasse, ce qui suppose qu’il nous écoute, nous consulte en permanence, qu’il laisse de côté ses convictions lorsqu’elles ne coïncident pas avec les nôtres. Il doit bien entendu laisser de côté tout intérêt privé et ne se dévouer qu’à l’intérêt général, être honnête et frugal dans la gestion de l’argent public. Il doit une disponibilité de tous les instants, vacances et 35 heures n’existent pas pour lui. Enfin, il doit être prêt à quitter son poste sans préavis ni indemnité au cas où son action ne conviendrait plus au souverain.

Très bien. Mais que leur offrons-nous en échange ?  Le pouvoir, la possibilité de faire avancer ses projets ? Ce pouvoir est aujourd’hui très limité par l’UE et la décentralisation, par la manie de la « consultation » permanente, par le pouvoir des lobbies, par le manque de moyens. Un gros salaire ? La comparaison du salaire d’un ministre ou même du président avec ceux payés aux hauts cadres du secteur privé a de quoi faire sourire. Le prestige, la reconnaissance publique ? C’est une plaisanterie… Il ne reste plus que les prébendes : la voiture avec chauffeur, l’appartement de fonction… et la possibilité d’inviter des gens à votre table aux frais de la princesse. Et même ça… pour quelques homards de plus, on vous fout par terre.

Les Français le comprennent d’ailleurs parfaitement. Ils n’ont jamais trouvé inapproprié que les ministres puissent inviter à leur table qui ils voulaient dès lors que c’étaient des vrais ministres exerçant un vrai pouvoir au nom du peuple et en prenant la responsabilité. Quand les ministres deviennent un croisement entre un guichetier et une aide-soignante, ça ne marche plus. Pourquoi payer des homards à un cadre dont la seule fonction est communiquer urbi et orbi en vantant des réalisations imaginaires ?

La politique est une passion, c’est sûr. Mais c’est une passion coûteuse en temps, et qui implique pas mal de sacrifices de toute nature et des risques professionnels qui sont loin d’être négligeables. Pour la même formation, le secteur privé offre des heures de travail moins longues, des rémunérations bien plus attractives, une protection absolue de leur sphère privée, une raisonnable sécurité de l’emploi et un véritable pouvoir. Pas étonnant que les meilleurs aillent dans le privé, alors que les couloirs de la politique sont peuplés de médiocres.

Les Français ont de ce point de vue des exigences contradictoires : ils ont cédé aux sirènes de l’Etat modeste et de la « transparence », ils ont voté la décentralisation et la construction européenne. Bref, ils ont accepté qu’on abaisse, qu’on réduise à l’impuissance le politique. Et l’abaissement du politique dans les faits ne peut que se traduire tôt ou tard par son abaissement symbolique. Dans cette logique, tous les partis –  et je dis bien tous sans exception –  ont été acteurs et complices. Par lâcheté, par opportunisme ou par conviction. Rares ont été les voies pour défendre les soi-disant « privilèges » des élus et des gouvernants. Avec des rares exceptions, ils ont tous cédé au « plus modeste que moi tu meurs », parce que c’est ce que l’opinion exigeait. Mais à côté, on exige toujours des responsables politiques les plus hautes qualités de compétence et de moralité. Vous avez dit « contradiction » (1) ?

Descartes

(1) Dans le même ordre d’idées, on crie en permanence au conflit d’intérêt tout en exigeant des politiciens ayant “l’expérience du secteur privé”. Een oubliant que ceux qui viennent du privé ont vocation à y revenir, et que la tentation d’utiliser leur passage au public pour préparer leur reclassement dans le privé est irrésistible….

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

73 réponses à Homard m’a tuer

  1. Richard dit :

    Il était impossible de ne pas le faire

  2. Le plus problématique c’est la confusion privé/public. Le poste de Président de l’Assemblée nationale permet largement de payer, sur ses émoluments, des dîners à des invités. Il ne devrait plus exister de budget de réception dans ces maisons de la République. De Gaulle payait ses timbres…

    Petite question : quand Macron était ministre des finances en 2016, il a invité qui et pour quel montant ?
    Christian Eckert, Secrétaire d’État au budget a dénoncé que Bercy avait été transformé en salon de réception par le couple Macron pour organiser leur marche vers le pouvoir.

    • Descartes dit :

      @ Gautier Weinmann

      [Le plus problématique c’est la confusion privé/public. Le poste de Président de l’Assemblée nationale permet largement de payer, sur ses émoluments, des dîners à des invités. Il ne devrait plus exister de budget de réception dans ces maisons de la République. De Gaulle payait ses timbres…]

      Mais pas ses réceptions ou ses diners officiels. Mongénéral avait une vision très stricte de la séparation entre la sphère privée et la sphère publique, et ne perdait pas une opportunité de la marquer, par exemple, en faisant installer par l’EDF un compteur pour son appartement à l’Elysée et en insistant pour régler la facture d’électricité, ou en payant les timbres de son courrier privé. Curieusement, ces petits gestes qui sont portés au pinacle aujourd’hui ne furnet guère reconnus par ses adversaires de son vivant…

      Mais je repose la même question : si le président de l’Assemblée ne peut inviter ses amis aux frais de la princesse, quel est l’intérêt de devenir président de l’Assemblée ? Autant chercher à devenir PDG d’une entreprise du CAC40, c’est beaucoup plus facile, on a beaucoup plus de pouvoir et la paye est bien meilleure. Et on peut inviter qui on veut sur les frais de représentation sans que personne n’ouvre sa gueule.

      • yoann dit :

        Il réglait des timbres avec les fonds spéciaux ou vraiment de sa poche ?

        Nul doute qu’on le saura jamais …

        • Descartes dit :

          @ yoann

          [Il réglait des timbres avec les fonds spéciaux ou vraiment de sa poche ? Nul doute qu’on le saura jamais…]

          Nous ne saurons jamais avec certitude, non. La nature même des “fonds réservés” fait que les dépenses auxquelles ils ont servi seront à jamais inconnues, puisque qu’aucun document n’est établi à ce propos, et que le témoignage des personnes est toujours soumis à caution. Mais la volonté – certains diront l’obsession – de mongénéral à séparer la sphère publique et la sphère privée et de préserver cette dernière de toute dépendance extérieure, sa méfiance envers les liens d’rgent sont tellement connues et attestées, qu’on peut raisonnablement tenir l’histoire des timbres pour vraie.

      • maleyss dit :

        Le problème, c’est que le baron de Rugy n’est rien d’autre qu’un politicard de la politicaille, qui n’a jamais fait oeuvre de ses dix doigts ; dans ces conditions, je vois très mal de quelles compétences il pourrait se prévaloir s’il lui venait l’idée de faire carrière dans le privé. Qui donc songerait à confier des responsabilités à un tel olibrius? C’est probablement pourquoi ce type d’individu a tendance à se goberger avec encore plus d’impudence. Les écologistes se sont toujours fait remarquer par leur propension à aller à la gamelle (je suppose que le dénommé Jadot devrait nous en fournir une illustration avant qu’il soit longtemps) ; on ignorait encore que ladite gamelle était si luxueusement garnie.

        • Descartes dit :

          @ maleyss

          [Le problème, c’est que le baron de Rugy n’est rien d’autre qu’un politicard de la politicaille, qui n’a jamais fait œuvre de ses dix doigts ; dans ces conditions, je vois très mal de quelles compétences il pourrait se prévaloir s’il lui venait l’idée de faire carrière dans le privé. Qui donc songerait à confier des responsabilités à un tel olibrius?]

          Méfiez-vous : le privé est plein de gens qui n’ont jamais rien fait de leurs dix doigts, et qui pourtant font de brillantes carrières. On les appelle « commerciaux », « publicitaires », « communicants »… dites-vous bien que si de Rugy a réussi à se vendre lui-même au point d’arriver sans talent particulier pour l’action aux plus hautes fonctions de l’Etat, il serait certainement parfaitement capable de négocier un contrat commercial ou de monter une stratégie de marketing ou de communication…

          Je pense que vous tombez ici dans le mythe selon lequel il faut plus de compétences pour faire une carrière dans le privé que dans la politique. C’est faux, bien entendu. Les compétences requises pour vendre un parfum ne sont pas si différentes de celles nécessaires pour vendre un candidat – et vous noterez que les publicitaires les plus connus sur la place de Paris ont souvent fait l’un et l’autre…

        • yoann dit :

          Selon moi c’est un problème qui peu concerné une partie de la gauche : si on est vraiment engagé et visible on risque d’être inemployable (comme certains délégué syndicaux). Donc le seul moyen de subvenir à des besoin c’est la politique. Voilà qui explique aussi les retraites parlementaires, qui sont des conquêtes ouvrière.

          A droite la vie est plus simple : avocat, cabinets de conseils, entreprises…

          • Descartes dit :

            @ yoann

            [Selon moi c’est un problème qui peu concerné une partie de la gauche : si on est vraiment engagé et visible on risque d’être inemployable (comme certains délégué syndicaux).]

            Franchement, pensez-vous vraiment que quelqu’un refuserait un emploi à Ian Brossat ou à Benoit Hamon au prétexte qu’ils sont “engagés et visibles” ? Oui, c’était vrai à une époque, quand “la gauche” était perçue comme voulant remettre en cause l’ordre établi. Mais ça fait bien longtemps que ce n’est plus le cas. Même d’éminents militants du NPA trouvent des emplois de très bon niveau dans les milieux de la publicité ou de la communication.

      • Koko dit :

        Vous pensez sérieusement que de Rugy aurait pu devenir facilement PDG d’une entreprise du CAC40 ?…….

        • Descartes dit :

          @ Koko

          [Vous pensez sérieusement que de Rugy aurait pu devenir facilement PDG d’une entreprise du CAC40 ?…]

          « Facilement », non. Mais on ne devient pas non plus « facilement » président de l’Assemblée nationale. Et puis, il y a à chaque instant 40 PDG d’entreprises du CAC40, alors qu’il n’y a qu’un seul président de l’Assemblée. Ce qui laisse penser que la sélection est plus rude pour ce dernier poste que pour les 40 premiers…

          On a connu des PDG d’entreprises du CAC40 qui n’étaient guère plus brillants ou compétents que De Rugy. Pensez à Jean-Marie Messier, par exemple, dont les erreurs et surtout l’incapacité à les corriger ont mené sa boite à sa perte. Il y a un mythe tenace qui veut qu’il faille plus de compétences pour accéder à de hautes fonctions dans les entreprises que dans la politique. C’est faux, bien entendu… et je m’étonne d’ailleurs toujours de voir ce genre de propos tenus par des libéraux. Car si l’on suit la théorie libérale, c’est la compétition qui permet la sélection des meilleurs. Et qui ira dire que la compétition est moins rude au sommet de l’Etat que dans une entreprise ?

          • Ian Brossage dit :

            @Descartes

            > Ce qui laisse penser que la sélection est plus rude pour ce dernier poste que pour les 40 premiers…

            Vous oubliez que la rudesse de la sélection dépend tout autant du nombre de candidats, de leur niveau, et donc aussi de la désirabilité du poste. Or, vous semblez tenir que les postes au sommet de l’État ne sont plus guère désirables, ce qui explique, selon vous, que les meilleurs partent dans le privé plutôt que dans le public (où l’on trouve à la place des minus genre Rugy). N’y a-t-il pas une contradiction ?

            Prenons un exemple : il y a 300 à 400 élèves par promotion de l’École Polytechnique, alors que des écoles de seconde catégorie accueillent quelques dizaines d’élèves par an. Diriez-vous que la sélection est « plus rude » à l’entrée de ces écoles de seconde catégorie ?

            • Descartes dit :

              @ Ian Brossage

              [Vous oubliez que la rudesse de la sélection dépend tout autant du nombre de candidats, de leur niveau, et donc aussi de la désirabilité du poste.]

              Bien entendu. Mon commentaire relevait de la plaisanterie… mais au-delà du raisonnement à l’emporte-pièce, je ne suis pas persuadé que le poste de PDG de Peugeot soit moins concurrentiel que celui de président de l’Assemblée nationale.

              [Or, vous semblez tenir que les postes au sommet de l’État ne sont plus guère désirables, ce qui explique, selon vous, que les meilleurs partent dans le privé plutôt que dans le public (où l’on trouve à la place des minus genre Rugy). N’y a-t-il pas une contradiction ?]

              En apparence seulement, et cela à cause de l’effet de décalage dans le temps. Lorsque ceux qui ont aujourd’hui l’âge de prétendre aux plus hautes positions de la République ont commencé leur carrière, les postes au sommet de l’Etat étaient encore désirables. Et on ne peut pas changer de carrière aussi simplement que ça. Parmi les gens qui ont la soixantaine, on trouve encore des gens de qualité, alors que lorsqu’on regarde les quadragénaires… Mais vous avez raison sur un point : Si cela continue encore quelques années, on arrivera à la situation ou le poste de PDG d’une banque sera plus désirable que celui de président de la République.

      • Vincent dit :

        > Autant chercher à devenir PDG d’une entreprise du CAC40, c’est
        > beaucoup plus facile, on a beaucoup plus de pouvoir et la paye
        > est bien meilleure.

        Pour le plus de pouvoir et une paye bien meilleure, certainement. Mais je ne suis pas du tout certain que ce soit plus facile. Il y a beaucoup plus de postulants potentiels (je veux dire, presque tous les jeunes diplômés qui rentrent dans les grands groupes et cabinets de conseil en stratégie), et beaucoup moins de places.

        Il faut tout de même reconnaître que pour la jeune génération des politiciens pur jus, la politique a toujours été un métier assez rémunérateur, loin de l’image de sacrifice que vous en donnez.
        On peut, comme assistant parlementaire, ou comme directeur de cabinet d’un maire, avoir avec un diplôme “modéré” (petite école de commerce, diplôme en communication, IEP…) une paye largement supérieure à ses camarades eux aussi tout juste sortis d’école, mais qui ont du aller chercher du boulot dans le privé…
        Et au bout d’une dizaine d’années, si on pense pouvoir décrocher un joli mandat (maire de grosse commune, parlementaire…), on a réussi son pari, sans avoir pris de grand risque ni sacrifié son salaire.
        Si on rate son pari on peut se reconvertir dans les nombreux cabinets de conseil en “influence”, qui achètent surtout des réseaux et une connaissance de l’intérieur du fonctionnement de la politique.

        Je pense ma description plus proche de la réalité s’agissant de partis comme le PS / les Verts / les centriste / l’UMP, notamment en région parisienne, où il y a le plus de postes à prendre. En résumé, un choix de carrière rémunérateur dès le début, sans grand risque à terme… Et on peut difficilement justifier que ceux qui auront pu avoir les postes les plus brillants à l’issu d’une telle carrière puissent bénéficier d’avantages hors du commun.

        > Et on peut inviter qui on veut sur les frais de représentation sans
        > que personne n’ouvre sa gueule.

        … Mais ça ne marche pas à tous les coups… Cf. le PDG de Renault-Nissan à Versailles…

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Pour le plus de pouvoir et une paye bien meilleure, certainement. Mais je ne suis pas du tout certain que ce soit plus facile. Il y a beaucoup plus de postulants potentiels (je veux dire, presque tous les jeunes diplômés qui rentrent dans les grands groupes et cabinets de conseil en stratégie), et beaucoup moins de places.]

          Vous exagérez. Je ne pense pas que tous les jeunes diplômés qui rentrent dans une grande entreprise ou un grand cabinet de conseil aient vraiment la volonté de devenir PDG d’une entreprise du CAC40, ou soient prêts à en payer le prix. Je me souviens encore de mes camarades en école d’ingénieur… la plupart avaient des ambitions bien plus modérées.

          [Il faut tout de même reconnaître que pour la jeune génération des politiciens pur jus, la politique a toujours été un métier assez rémunérateur, loin de l’image de sacrifice que vous en donnez.
          On peut, comme assistant parlementaire, ou comme directeur de cabinet d’un maire, avoir avec un diplôme “modéré” (petite école de commerce, diplôme en communication, IEP…) une paye largement supérieure à ses camarades eux aussi tout juste sortis d’école, mais qui ont du aller chercher du boulot dans le privé…]

          Je ne le crois pas. D’abord, contrairement à ce que vous pensez les postes d’assistant parlementaire ou de directeur de cabinet d’un maire sont mal payés, guère plus que des postes de même niveau dans le privé et pour des contraintes horaires et de disponibilité bien plus importantes. Ces postes n’ont en fait d’intérêt que parce qu’ils permettent de se faire un carnet d’adresses ouvrant éventuellement le chemin vers des postes plus « rentables ». C’est en cela que la politique devient attractive pour les étudiants médiocres mais disposant de qualités de « savoir être ».

          [Et au bout d’une dizaine d’années, si on pense pouvoir décrocher un joli mandat (maire de grosse commune, parlementaire…), on a réussi son pari, sans avoir pris de grand risque ni sacrifié son salaire. Si on rate son pari on peut se reconvertir dans les nombreux cabinets de conseil en “influence”, qui achètent surtout des réseaux et une connaissance de l’intérieur du fonctionnement de la politique.]

          Là encore, je pense que vous faites erreur. C’est effectivement un pari qui peut rapporter très gros si ça marche… mais qui peut se révéler désastreux s’il est perdu. Mais ne croyez pas que cela n’arrive qu’en politique. Dans le privé, il y a des fonctions (le marketing, la communication, le conseil) qui peuvent rapporter très gros si la chance est avec vous. Entre diriger le cabinet d’un maire et celui d’un patron, la différence peut être mince…

          [« Et on peut inviter qui on veut sur les frais de représentation sans que personne n’ouvre sa gueule. » … Mais ça ne marche pas à tous les coups… Cf. le PDG de Renault-Nissan à Versailles…]

          Cette affaire est sortie alors que Ghosn n’était plus le PDG de Renault. Aussi longtemps qu’il était en poste, personne n’a rien dit…

          • Vincent dit :

            > D’abord, contrairement à ce que vous pensez les postes
            > d’assistant parlementaire ou de directeur de cabinet d’un
            > maire sont mal payés, guère plus que des postes de même
            > niveau dans le privé et pour des contraintes horaires et de
            > disponibilité bien plus importantes.

            J’ai eu à voir plusieurs exemples. Ce que vous écrivez est souvent vrai, mais pour peu que le jeune en question réussisse à être introduit dans son poste par les bonnes personnes, il pourra avoir des rémunérations très attractives.
            Les rémunérations sont à la discrétion des élus dans les deux cas…

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [J’ai eu à voir plusieurs exemples. Ce que vous écrivez est souvent vrai, mais pour peu que le jeune en question réussisse à être introduit dans son poste par les bonnes personnes, il pourra avoir des rémunérations très attractives.]

              Mais là encore, quelle différence avec le privé ? Si vous êtes « introduit par les bonnes personnes », vous pouvez y gagner des salaires très confortables avec des compétences des plus limitées. Mais le fait d’être « introduit par les bonnes personnes » est réservé à une toute petite minorité. Dans la grande majorité des cas, assistants parlementaires ou collaborateurs directs des élus sont rémunérés à minima, et attirés dans ces postes moins par les salaires que par l’opportunité d’avoir le pied à l’étrier dans le monde politique et de se faire un carnet d’adresses.

              [Les rémunérations sont à la discrétion des élus dans les deux cas…]

              Avec des limites bien plus étroites que dans le privé…

              • Vincent dit :

                >> Les rémunérations sont à la discrétion des élus
                >> dans les deux cas…]

                > Avec des limites bien plus étroites que dans le privé…

                Dans le cas du piston absolu, comme un PGD du CAC 40 d’un coté, ou un député de l’autre, qui cherche une planque pour son filleul ou son neveu, oui, il vaut mieux être dans le privé.
                Mais je parlais non pas de personnes ayant de tels liens, mais simplement de jeunes qui, faisant de la politique dès l’age de 16 ans, ont réussi à s’attirer des sympathies de quelqu’un qui a une position influente dans le parti. Et cela peut suffire pour avoir une rémunération d’assistant ou de Dircab très raisonnable (dans les 3000 €/mois pour un jeune diplômé d’une petite école, c’est quand même très correct).

                • Descartes dit :

                  @ Vincent

                  [Dans le cas du piston absolu, comme un PGD du CAC 40 d’un coté, ou un député de l’autre, qui cherche une planque pour son filleul ou son neveu, oui, il vaut mieux être dans le privé.]

                  Dont acte…

                  [Mais je parlais non pas de personnes ayant de tels liens, mais simplement de jeunes qui, faisant de la politique dès l’âge de 16 ans, ont réussi à s’attirer des sympathies de quelqu’un qui a une position influente dans le parti. Et cela peut suffire pour avoir une rémunération d’assistant ou de Dircab très raisonnable (dans les 3000 €/mois pour un jeune diplômé d’une petite école, c’est quand même très correct).]

                  Franchement, cela ne correspond du tout à mon expérience. Les politiques que je connais sont plutôt radins. Pourquoi iraient-ils payer 3000 €/mois ce qu’ils peuvent avoir pour moins cher, simplement parce qu’ils son « sympathiques » ? De ce que je sais, les élus font plutôt trimer les assistants parlementaires ou les dircab pour des salaires bien plus misérables, en leur faisant miroiter un futur merveilleux. D’ailleurs, il y a pas mal d’affaires où des assistants parlementaires ont trainé leur parrain devant les prud’hommes…

  3. luc dit :

    OMAR m’a tué..:-) !
    Est ce que quelqu’un connait le dénouement de cette affaire?
    Pour Homard m’a tué ,Bravo cher Descartes,vous nous régalez par un très bon texte encore une fois , même si elle est sauvage , démesurée , injuste,que la vindicte populaire s’exerce !
    Quelle emporte , ce ci devant Ministre Macronien ,insipide mais corruptible,c’est le comble,donc qu’enfin une Union Populaire se construise dénonçant cette corruption d’un écologiste car…… le Vert est dans le fruit , depuis trop longtemps,non ?
    🙂

    • Descartes dit :

      @ luc

      [même si elle est sauvage, démesurée, injuste, que la vindicte populaire s’exerce !]

      Je ne suis pas un défenseur de la « vindicte populaire », surtout quand elle est « injuste ». Mais mon point est justement que dans notre pays la vindicte populaire est généralement assez juste. Si les homards de De Rugy scandalisent, c’est parce que De Rugy est une nullité qui ne sert à rien. Je ne doute pas que si à la place de cet ectoplasme on avait une personnalité forte qui fait correctement le boulot, personne ne serait venue lui reprocher un homard de plus ou de moins.

      • PenArBed dit :

        Descartes ,
        Plus haut en réponse à Koko vous écrivez : « Mais on ne devient pas non plus « facilement » président de l’Assemblée nationale. Et puis, il y a à chaque instant 40 PDG d’entreprises du CAC40, alors qu’il n’y a qu’un seul président de l’Assemblée. Ce qui laisse penser que la sélection est plus rude pour ce dernier poste que pour les 40 premiers… »
        Et ici vous qualifiez De Rugy de nullité et d’ectoplasme qui aurait donc réussi cette rude sélection !
        Au demeurant, je souscris à vos derniers qualificatifs
        Quant aux autres médiocres : vaste programme
        De Gaulle (Mémoires d’espoir) : ”Bref, quelques mois après la victoire, l’État était debout, l’unité rétablie, l’espérance ranimée, la France à sa place en Europe et dans l’univers.
        (…) Mais, celui-ci une fois assuré, toutes les prétentions, ambitions et surenchères d’antan se levaient sur notre peuple, comme si les malheurs inouïs qu’elles venaient de lui coûter se trouvaient aussitôt oubliés.
        Car les partis reparaissaient, autant vaut dire avec les mêmes noms, les mêmes illusions, les mêmes clientèles, que naguère.
        (…) Combien, dans ces conditions, l’époque est-elle propice aux prétentions centrifuges des féodalités d’à présent : les partis, l’argent, les syndicats, la presse, aux chimères de ceux qui voudraient remplacer notre action dans le monde par l’effacement international, au dénigrement corrosif de tant de milieux, affairistes, journalistiques, intellectuels, mondains, délivrés de leurs terreurs ! Bref, c’est en un temps de toutes parts sollicité par la médiocrité que je devrai agir pour la grandeur”.

        • Descartes dit :

          @ PenArBed

          [Et ici vous qualifiez De Rugy de nullité et d’ectoplasme qui aurait donc réussi cette rude sélection !]

          On ne peut être bon partout. Lorsque je qualifie de Rugy comme « nullité » ou « ectoplasme », je pense aux qualités qui à mon avis font un bon ministre : charisme, curiosité intellectuelle, capacité à bien s’entourer, à étudier les dossiers, à écouter les parties prenantes et les experts, à prendre des décisions en tenant compte de l’intérêt général et du temps long. De ce point de vue, c’est bien une « nullité ».

          Mais cela ne remet pas en cause d’autres compétences : la capacité à sentir d’où vient le vent, de savoir être au bon endroit au bon moment, de cultiver les réseaux, d’inspirer la confiance et de trahir au moment opportun, de savoir raccrocher ses wagons au puissant du jour… de ce point de vue, de Rugy est un formidable compétiteur dans la « rude sélection » du monde politique.

          Pour le dire autrement, le problème du système politique aujourd’hui n’est pas qu’il n’est pas assez sélectif à l’heure de porter quelqu’un à une haute magistrature. C’est qu’il sélectionne sur les mauvais critères. Les qualités requises pour être nommé ou élu à une haute fonction ne sont pas celles nécessaires pour l’exercer convenablement. C’est bien là le problème.

          [De Gaulle (Mémoires d’espoir) : (…)]

          Une grande voix d’outre-tombe nous parle du présent. Car ce conflit entre la « petite France » et la « grande France », il ne date pas d’hier. C’est une constante dans notre histoire.

          • Vincent dit :

            > le problème du système politique aujourd’hui n’est pas
            > qu’il n’est pas assez sélectif (…). C’est qu’il sélectionne
            > sur les mauvais critères. Les qualités requises pour être
            > nommé ou élu à une haute fonction ne sont pas celles
            > nécessaires pour l’exercer convenablement.

            Vous touchez au cœur du problème je pense. Mais cela appelle plusieurs questions :
            – en a-t-il toujours été ainsi ? Est ce que ça s’améliore ou est ce que ça s’empire ?
            Mon intuition est que, sauf à quelques grands moments de notre histoire, où tout une classe s’est fait balayer, il en avait toujours été ainsi. A quelques rares exceptions (Richelieu, Colbert, Vauban…) le conseil du Roi n’était pas choisi sur les bonnes compétences. Mais il y a eu des hauts et des bas. Les débuts de la 5ème République étaient plutôt un haut ; nous serions plutôt à un bas.

            – Pourquoi en est il ainsi ? Et question corollaire : comment pourrait il ne plus en être ainsi ? N’est ce pas un problème fondamental de la démocratie que, pour avoir du pouvoir, il faut être capable de brasser du vent et de se mettre en haut de l’affiche ? Et que pour pouvoir exercer le pouvoir, il faut être plutôt réfléchi, froid, et en retrait (comme un de Gaulle ou un Poutine) ?
            Mais en même temps, nous avions déjà ce problème quand le régime n’était pas démocratique… Qu’en conclure ?

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [« C’est qu’il sélectionne sur les mauvais critères. Les qualités requises pour être nommé ou élu à une haute fonction ne sont pas celles nécessaires pour l’exercer convenablement. » (…)
              – en a-t-il toujours été ainsi ? Est ce que ça s’améliore ou est ce que ça s’empire ?]

              Je pense que ça empire. Il y a à cela plusieurs raisons. La première, c’est que dans le temps la sélection des hommes politiques n’était pas seulement l’affaire des électeurs : elle était aussi celle des partis. Des partis qui formaient aussi leurs militants à l’exercice du pouvoir, leur imposant un long « cursus honorum » avant d’accéder aux responsabilités de premier plan. Mitterrand, lorsqu’il arrive au pouvoir alors que la gauche n’a pas été aux responsabilités pendant plus de vingt ans, aurait des excuses s’il avait choisi des hommes neufs. Il veille au contraire à s’entourer aux principaux postes régaliens de gens ayant eu une expérience ministérielle dans un grand exécutif local.

              Mais il y a aussi un changement dans les fonctions du ministre. Jusqu’en 1981, il y avait un rapport de confiance entre les politiques et leurs administrations. L’administration respectait l’autorité du ministre investi par le peuple et était loyale envers lui, et le ministre respectait la connaissance technique que lui apportait l’administration. Les ministres faisaient le travail politique, les administrations le travail technique, et chacun était à sa place. L’arrivée des socialistes en 1981 a changé les choses. Mitterrand et les siens avaient encore en tête l’expérience chilienne, et craignaient que la haute fonction publique bloque leurs initiatives. Le résultat fut une mise sous tutelle de l’administration par des cabinets pléthoriques mais surtout très politiques et la dévalorisation de la compétence technique dans les processus de décision, qui s’est traduit sur le long terme par un glissement de l’administration vers la politique, et une perte de compétence. On est aujourd’hui arrivé au bout du chemin, avec un président et des ministres qui demandent aux hauts-fonctionnaires de « s’investir dans la politique du gouvernement », bref, de faire de la politique…

              [Mon intuition est que, sauf à quelques grands moments de notre histoire, où tout une classe s’est fait balayer, il en avait toujours été ainsi. A quelques rares exceptions (Richelieu, Colbert, Vauban…) le conseil du Roi n’était pas choisi sur les bonnes compétences. Mais il y a eu des hauts et des bas. Les débuts de la 5ème République étaient plutôt un haut ; nous serions plutôt à un bas.]

              Tant qu’il y avait une administration puissante choisie sur des critères méritocratiques, le fait que les ministres ne fussent pas choisis pour leurs compétences à gouverner n’était pas trop grave, puisque l’administration apportait le supplément de compétences et mettait des limites aux dérives les plus nuisibles. C’est l’affaiblissement de l’administration qui rend le choix des ministres plus critique…

              [– Pourquoi en est il ainsi ? Et question corollaire : comment pourrait il ne plus en être ainsi ? N’est ce pas un problème fondamental de la démocratie que, pour avoir du pouvoir, il faut être capable de brasser du vent et de se mettre en haut de l’affiche ? Et que pour pouvoir exercer le pouvoir, il faut être plutôt réfléchi, froid, et en retrait (comme un de Gaulle ou un Poutine) ?]

              Je ne le crois pas. Je pense que comme disait Adlai Stevenson, « le pouvoir corrompt, l’impuissance corrompt absolument ». Tant que nos hommes politiques ont eu le vrai pouvoir et l’ont assumé devant l’opinion, les électeurs ont fait très attention au choix des hommes à qui ils confiaient les manettes de l’Etat. On imagine difficilement les électeurs choisir un Macron dans les années 1960 ou 1970, et ceux qui à l’époque avaient essayé les campagnes « à l’américaine » se sont cassés les dents. Ce n’est pas d’ailleurs un phénomène purement français : on imagine mal un Trump accéder au pouvoir à cette époque. C’est parce que l’opinion est persuadée que les choses se décident ailleurs (dans les marchés, dans les grandes entreprises, à Bruxelles) que la moitié de la population ne vote pas, et que l’autre moitié élit des guignols sur la base de critères qui n’ont rien à voir avec leur capacité à diriger l’Etat.

  4. VIO59 dit :

    “Les Français ont de ce point de vue des exigences contradictoires : ils ont cédé aux sirènes de l’Etat modeste et de la « transparence », ils ont voté la décentralisation et la construction européenne. ”

    Là, vous êtes injuste. Les français ont voté contre la régionalisation en 1969, puis contre le TCE, contre la suppression des départements en Corse, puis en Alsace. Le problème n’est pas que les français approuveraient la destruction de leur pays, mais que quand ils s’y opposent on ne tient aucun compte de leurs votes.

    • Descartes dit :

      @ VIO59

      [Là, vous êtes injuste. Les français ont voté contre la régionalisation en 1969, puis contre le TCE, contre la suppression des départements en Corse, puis en Alsace.]

      Oui et non. Le vote de 1969 fut d’abord un référendum pour ou contre De Gaulle. Les lois de décentralisation de 1983 comme celles qui ont suivi ont toujours reçu un appui de l’ensemble des organisations politiques. Et s’ils ont voté contre le TCE, ils avaient voté préalablement pour le traité de Maastricht, et donné des majorités régulièrement pro-européennes à l’Assemblée nationale et aux élections présidentielles.

  5. Démonstration impeccable et implacable ! Bravo. Sur ce, bonnes vacances à Descartes et aux lecteurs de ce blog irremplaçable ; pour ma part la Sicile,g comme chaque été, petit coin de terre où les années 60/70 font de la résistance.

  6. BJ dit :

    [Homard m’a tuer]

    Très fin !
    Homard ! ô désespoir ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

  7. Sami dit :

    Au final, vous n’avez pas tant défendu de Rugy que fustigé le grand et global échec de la classe politique (à raison d’ailleurs).
    Tout comme Vergès n’a pas défendu Barby mais a assuré (crânement) à ce dernier le principe inaliénable d’avoir été défendu (ne serait-ce que virtuellement) selon les normes d’une société de droit.
    De Rugy d’ailleurs n’a peut-être même pas à être défendu. C’est juste un cynique pathétique qui joue avec les nerfs des autres : en quelque sorte, il a au moins bien compris que la politique, d’art noble qu’elle devrait être, n’est devenue, au final, que petits jeux un peu cruels, un peu pathétiques, un peu surannés, un peu dérisoires, au regard des véritables enjeux qui désormais, passent au-dessus de toutes les têtes. Nos pauvres têtes…

    • Descartes dit :

      @ Sami

      [De Rugy d’ailleurs n’a peut-être même pas à être défendu. C’est juste un cynique pathétique qui joue avec les nerfs des autres :]

      Je ne défends pas De Rugy en tant que personne, je défends De Rugy en tant que ministre. C’est l’investiture qui me concerne, et pas l’homme. Pour le dire autrement, j’en ai marre du discours « populiste » des classes intermédiaires, qui voudrait des ministres qui fonctionnent à la Suédoise ; c’est-à-dire, comme des cadres d’entreprise avec la « transparence » en plus. Non, je veux que nos ministres vivent dans des palais en pierre de taille, qu’ils mangent des mets fins, qu’ils aient des voitures avec chauffeur. Mais je veux aussi qu’ils oublient leur carrière, leurs amis, leur famille s’il le faut pour se consacrent chaque minute de leur vie à l’exercice de leurs fonctions et à l’intérêt général. Pour les partisans du modèle suédois, la fonction politique est un métier, pour moi, c’est un sacerdoce.

      Lorsqu’un ministre démissionne du gouvernement pour pouvoir se présenter à une élection municipale, il se comporte comme un cadre supérieur qui quitte une entreprise pour pouvoir prétendre à un poste qui lui paraît plus juteux dans une autre. Mais la politique, la vraie, ne fonctionne pas dans cette logique. Etre ministre, cela implique avoir des DEVOIRS envers le peuple souverain qui vous a confié – indirectement – un mandat. Quand on vous a confié une telle responsabilité, vous ne pouvez pas démissionner sans manquer à vos devoirs. Vous devez rester en poste aussi longtemps qu’il ne vous est pas retiré. D’ailleurs, pendant très longtemps il a été d’usage qu’un ministre ne démissionnait pas, il « mettait sa démission à disposition » de l’autorité suprême, qui décidait ou non de l’accepter. Démissionner, c’est une forme de désertion. Mais que voit-on aujourd’hui ? Des hommes politiques qui se font élire ou nommer à des fonctions qu’ils n’hésitent pas à quitter dès qu’ils trouvent mieux – mieux pour eux, s’entend. Comme un chef de service commercial pourrait candidater à un poste de directeur du marketing…

      Ceux qui veulent un « Etat modeste » veulent en fait l’abaissement de l’Etat, sa transformation en une entreprise de services. François Hollande illustrait à merveille ce changement, lorsqu’il déplorait devant les auteurs de « Un président ne devrait pas dire ça… » le fait que le président de la République ne peut pas quitter son travail à 18 heures et rentrer dans sa famille comme n’importe quel cadre supérieur. C’est pourquoi je n’ai pas envie de me joindre au cœur des donneurs de leçons de modestie…

      • yoann dit :

        Moi j’entend des choses suivantes :

        – ils nous disent de nous serrer la ceinture mais ils s’en mettent plein la panse (rupture d’égalité, ne montre pas l’exemple).

        – les lobbys sont un problème donc il faut de la transparence (car ils servent leurs intérêts avant l’intérêt général).

        Je passe ma vie a contre courant quand j’explique a mes camarades jaunes que je suis contre la “fin des privilèges” de nos élus. Mais eux répondent avec les arguments que tu appelles populistes en opposition a la réalité : les élus ne servent pas l’intérêt général. La question c’est comment on peut les contraindres a le faire, sans les rendre impuissant. Toujours est-il que tant qu’ils ne le feront pas la réponse sera d’ordre populiste ou entreprise…

        • Descartes dit :

          @ yoann

          [Je passe ma vie à contre-courant quand j’explique a mes camarades jaunes que je suis contre la “fin des privilèges” de nos élus. Mais eux répondent avec les arguments que tu appelles populistes en opposition à la réalité : les élus ne servent pas l’intérêt général.]

          Cela illustre bien mon point : les avantages donnés à nos dirigeants sont des justes contreparties quand les dirigeants assument leurs fonctions et font leur boulot. Ils deviennent des privilèges insupportables quand le peuple a l’impression qu’il les paye en pure perte, sans rien recevoir en échange.

          [La question c’est comment on peut les contraindre à le faire, sans les rendre impuissant. Toujours est-il que tant qu’ils ne le feront pas la réponse sera d’ordre populiste ou entreprise…]

          Pour moi, la solution réside dans le retour au principe de responsabilité. Il faut empêcher la classe politique d’organiser sa propre impuissance et de diluer les responsabilités. Il faut permettre au décideur de faire des choses, et exiger qu’il en assume la responsabilité.

      • Sami dit :

        “Sacerdoce”, le mot qui convient.
        Merci pour votre réponse.

      • Vincent dit :

        > Mais je veux aussi qu’ils oublient leur carrière, leurs amis, leur
        > famille s’il le faut pour se consacrent chaque minute de leur vie
        > à l’exercice de leurs fonctions et à l’intérêt général.

        Ils ont quand même bien le droit de se faire quelques sorties en boite de nuit le Samedi soir, rassurez moi ? Même s’ils sont ministres de l’intérieur ?

        > Etre ministre, cela implique avoir des DEVOIRS envers le peuple
        > souverain qui vous a confié – indirectement – un mandat. Quand
        > on vous a confié une telle responsabilité, vous ne pouvez pas
        > démissionner sans manquer à vos devoirs. Vous devez rester en
        > poste aussi longtemps qu’il ne vous est pas retiré.

        Je pense comprendre ce que vous écrivez, mais sans doute cela est il mal formulé.
        Quand J.P. Chevènement, qui est connu comme le plus grand ministre démissionnaire, faisait la même chose, je suppose que vous ne le mettiez pas dans la même case d’un Colomb ou un Griveaux.
        Pourtant, tous les 3 cas, ils démissionnent sans y avoir été forcés.

        > D’ailleurs, pendant très longtemps il a été d’usage qu’un
        > ministre ne démissionnait pas, il « mettait sa démission à
        > disposition » de l’autorité suprême, qui décidait ou non
        > de l’accepter.

        Cela se passe toujours ainsi. Souvenez vous de Colomb qui avait présenté sa démission, qui lui avait été refusée. Et qui l’a représentée quelques semaines plus tard, après avoir sorti des petites phrases qui rendaient son maintien impossible.

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Ils ont quand même bien le droit de se faire quelques sorties en boite de nuit le Samedi soir, rassurez moi ? Même s’ils sont ministres de l’intérieur ?]

          Non, justement. La femme du César non seulement doit être irréprochable, elle doit aussi le paraître. Un ministre ne pose pas son costume lorsque la journée de travail se termine. Un ministre, même dans son temps libre, reste soumis aux devoirs de sa charge. Et l’un de ces devoirs, c’est de ne rien faire qui puisse porter atteinte à la dignité ou à la crédibilité de sa fonction.

          [« Etre ministre, cela implique avoir des DEVOIRS envers le peuple souverain qui vous a confié – indirectement – un mandat. Quand on vous a confié une telle responsabilité, vous ne pouvez pas démissionner sans manquer à vos devoirs. Vous devez rester en poste aussi longtemps qu’il ne vous est pas retiré. » Je pense comprendre ce que vous écrivez, mais sans doute cela est il mal formulé.
          Quand J.P. Chevènement, qui est connu comme le plus grand ministre démissionnaire, faisait la même chose, je suppose que vous ne le mettiez pas dans la même case d’un Colomb ou un Griveaux.
          Pourtant, tous les 3 cas, ils démissionnent sans y avoir été forcés.]

          Le cas de Chevènement est en effet différent : sa démission – que ce soit de son poste de ministre de la Défense ou de celui de ministre de l’Intérieur – avait pour origine un point de principe : le ministre qui considère que les instructions qu’il reçoit du Premier ministre ou du président ne correspondent pas au mandat du souverain DOIT présenter sa démission. C’est ce qu’a fait Chèvenement qui, si ma mémoire ne me trompe pas, a toujours remis son mandat à disposition, et n’est parti que lorsque sa démission a été acceptée. On se souvient d’ailleurs que lorsqu’il a estimé devoir quitter le ministère de la Défense en désaccord avec l’engagement de la France derrière les Etats-Unis dans la guerre du Golfe, il a accepté de garder sa démission secrète quelques semaines et de rester à son poste pour ne pas mettre le gouvernement auquel il appartenait en difficulté à un moment ou la France était en guerre. Je pense effectivement que son comportement a été exemplaire.

          Colomb et Griveaux se sont comportés comme des cadres d’entreprise : ils ont vu à l’horizon un poste plus juteux, ont déposé leur préavis sans – c’est flagrant dans le cas de Collomb – faire le moindre cas des besoins de la République. Et je ne parle même pas de la démission de Nicolas Hulot…

          [« D’ailleurs, pendant très longtemps il a été d’usage qu’un ministre ne démissionnait pas, il « mettait sa démission à disposition » de l’autorité suprême, qui décidait ou non de l’accepter. » Cela se passe toujours ainsi. Souvenez-vous de Colomb qui avait présenté sa démission, qui lui avait été refusée. Et qui l’a représentée quelques semaines plus tard, après avoir sorti des petites phrases qui rendaient son maintien impossible.]

          Justement. Dès lors que la démission avait été refusée, Collomb aurait dû se le tenir pour dit et rester à sa place.

          • Vincent dit :

            >> Ils ont quand même bien le droit de se faire
            >> quelques sorties en boite de nuit le Samedi
            >> soir, rassurez moi ?

            > Non, justement.

            Je pensais que vous auriez détecté de l’ironie dans la question 😉

            > Le cas de Chevènement est en effet différent (…)
            > Je pense effectivement que son comportement a été
            > exemplaire.

            Je ne vous le fais pas dire. Cela n’a même rien à voir.
            C’est l’archétype du ministre idéal, de ce point de vue là, qui fait passez sa conception de l’intérêt national au dessus de sa carrière de Ministre. Je ne savais pas qu’il avait tenu sa démission secrète, mais cela le fait encore remonter dans mon estime.
            Je profitais simplement de la formulation insuffisamment précise de cette phrase pour vous faire admettre qu’elle peut être interprétée dans un sens inverse de ce que vous pensez : “Quand on vous a confié une telle responsabilité, vous ne pouvez pas démissionner sans manquer à vos devoirs.”

            > Et je ne parle même pas de la démission de Nicolas Hulot…

            Vous devriez. Je sais que vous l’avez déjà fait. Mais sa démission me semble déjà plus noble que celle de Griveaux. Il avait l’impression de ne pas réussir à agir comme il l’aurait espéré au moment de sa nomination, et il en tire les conséquences. Peut être qu’il n’était pas digne de la fonction, mais au moins, il ne l’a pas salie en en démissionnant, comme Griveaux.

            Sur le cas de Colomb, il y a 3 interprétations possibles :
            1°) Il voyait des gens lorgner sur Lyon en profitant de son passage au Ministère, et il voulait y retourner pour ne pas leur laisser d’espace,
            2°) Il sentait que le management moderne à la Macron allait dans le mur, et en avait marre de devoir cautionner ça,
            3°) Les RG lui avaient fait remonter qu’un mouvement type gilets jaune allait sérieusement secouer, et il ne voulait pas avoir à gérer ça.
            Si la cause profonde de sa démission est le point n°2, il ne faut peut être pas trop lui jeter la pierre…

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [Je pensais que vous auriez détecté de l’ironie dans la question 😉]

              J’aurais pensé que vous auriez détecté l’ironie de la réponse…

              [Je profitais simplement de la formulation insuffisamment précise de cette phrase pour vous faire admettre qu’elle peut être interprétée dans un sens inverse de ce que vous pensez : “Quand on vous a confié une telle responsabilité, vous ne pouvez pas démissionner sans manquer à vos devoirs.”]

              Je l’admets volontiers. J’énonçais un cas général, mais il y a bien entendu des exceptions – par exemple, lorsque le gouvernement auquel vous appartenez fait une politique qui vous paraît trahir le mandat qu’il a reçu du souverain. Dans ce cas, la démission est pratiquement obligatoire, sauf à accepter d’être complice d’une forfaiture démocratique.

              [Vous devriez. Je sais que vous l’avez déjà fait. Mais sa démission me semble déjà plus noble que celle de Griveaux. Il avait l’impression de ne pas réussir à agir comme il l’aurait espéré au moment de sa nomination, et il en tire les conséquences.]

              Sa démission est bien plus noble que celle de Griveaux, mais elle est infantile. D’abord, parce qu’on ne démissionne pas en direct sur la radio. On discute d’abord avec le président de la République et avec le chef du gouvernement. Hulot explique qu’il ne l’a pas fait parce que Macron et Philippe « auraient réussi à me convaincre de rester ». C’est quand même un lourd aveu d’incapacité. Mais vous avez raison, reconnaître qu’on est incapable n’est pas déshonorant. Partir parce que la gamelle est meilleure ailleurs, si.

              [Sur le cas de Colomb, il y a 3 interprétations possibles :
              1°) Il voyait des gens lorgner sur Lyon en profitant de son passage au Ministère, et il voulait y retourner pour ne pas leur laisser d’espace,]

              Je pense que c’est là la bonne interprétation. J’ajouterais même une quatrième explication : les hommes politiques – surtout ceux qui n’ont eu que des responsabilités locales – fantasmes sur ce qu’est le boulot d’un ministre. Beaucoup veulent le poste parce que c’est une sorte de « bâton de maréchal », le symbole de la réussite d’une carrière politique, sans nécessairement avoir l’envie ou les compétences pour faire le boulot. Souvent, ils croient qu’il suffit au ministre de pointer du doigt et de dire « je le veux » pour que les choses se fassent, et n’ont qu’une conscience confuse de la complexité du système et de sa lourdeur. Et surtout, ils n’ont pas conscience du fait que chaque décision d’un ministre, chaque nomination fait, comme disait Louis XIV, « deux cents mécontents et un ingrat ». C’est pourquoi pour beaucoup de politiques le passage au gouvernement reste une expérience traumatique. Je pense que Collomb a cru qu’au ministère de l’Intérieur ce serait un peu comme à la mairie de Lyon en un peu plus gros. L’affaire Benalla en particulier lui a montré que c’était un peu plus compliqué que ça.

              • yoann dit :

                On est un peu coupable aussi. On pense souvent nous le peuple que le ministre a de grands pouvoirs. Alors qu’on devrait le savoir depuis 81 au minimum : sans rapport de force un ministre ne peut rien faire… Une institution est capable d’avancer en roue libre très longtemps sinon infiniment, et le gouvernail est lourd et peu efficace.

                A la fin on en vient a blâmer le ministre des que ça pète…

                Un livre que le conseillait le Monde Diplo de ce mois ci semble traiter un peu de ce sujet (en anglais) : The socialist challenge. Qui revient sur l’échec de Syriza entre autres, sur le besoin d’avoir des cadres former etc en cas de prise de pouvoir.

                • Descartes dit :

                  @ yoann

                  [On est un peu coupable aussi. On pense souvent nous le peuple que le ministre a de grands pouvoirs. Alors qu’on devrait le savoir depuis 81 au minimum : sans rapport de force un ministre ne peut rien faire…]

                  N’exagérons rien. Le rapport de forces est bien entendu déterminant, mais en 1981 les ministres avaient encore des pouvoirs importants pour peser dans le rapport de forces. Depuis lors, on a organisé l’impuissance du politique. Cela s’est fait en transférant de plus en plus de compétences et de politiques publiques à l’UE, aux collectivités locales, à toutes sortes d’autorités indépendantes, ou tout simplement au marché. Mais aussi en affaiblissant l’expertise des services de l’Etat, au point qu’aujourd’hui certains ont recours à des prestataires privés pour faire des expertises ou rédiger des textes législatifs ou règlementaires…

                  [Un livre que le conseillait le Monde Diplo de ce mois ci semble traiter un peu de ce sujet (en anglais) : The socialist challenge. Qui revient sur l’échec de Syriza entre autres, sur le besoin d’avoir des cadres former etc en cas de prise de pouvoir.]

                  Je ne connais pas le livre, mais j’ai toujours défendu sur ce blog le besoin absolu pour un parti qui prétend changer les choses d’avoir des experts et des cadres formés sur qui pouvoir compter. Un des problèmes des mouvements révolutionnaires a été de consacrer plus de temps à réfléchir à la prise du pouvoir qu’à son exercice.

  8. Simon dit :

    Cher Descartes,
    Ce que je trouve amusant, c’est qu’un homme publiquement sans honneur, manquant aussi bien à sa lignée qu’à sa parole (comme vous l’évoquiez ici : http://descartes.over-blog.fr/2017/06/gannelon-au-perchoir.html ), donc un homme sur qui chacun peut cracher (le crachat étant une atteinte à l’honneur), se retrouve plus ou moins lynché pour une pécadille. Je ne comprends pas le système de valeurs contemporain, où le manquement public à l’honneur est moins grave qu’un homard avec des proches sur deniers publics.
    J’ai la même impression que si un homme politique notoirement corrompu était lynché pour avoir roulé à 150 km/h ou avoir demandé à son chauffeur de le déposer à la maison de vacances.
    D’ailleurs, quitte à avoir des cuisiniers à l’Assemblée, autant qu’ils travaillent régulièrement et non seulement pour les réceptions officielles.
    Simon

    • Descartes dit :

      @ Simon

      [Ce que je trouve amusant, c’est qu’un homme publiquement sans honneur, manquant aussi bien à sa lignée qu’à sa parole (comme vous l’évoquiez ici : (…)), donc un homme sur qui chacun peut cracher (le crachat étant une atteinte à l’honneur), se retrouve plus ou moins lynché pour une peccadille.]

      C’est bien ça qui me gêne. Alors qu’il y a mille et une raisons de lyncher De Rugy – personnelles mais surtout politiques – on se retrouve à exiger sa démission pour un homard de trop. Comme disait je crois Bacon, « la pire trahison est de faire une bonne chose pour une mauvaise raison ». Et on peut suspecter que ceux qui veulent la peau de de Rugy la veulent pour de mauvaises raisons.

      [Je ne comprends pas le système de valeurs contemporain, où le manquement public à l’honneur est moins grave qu’un homard avec des proches sur deniers publics.]

      Et s’il n’y avait que le manquement à l’honneur… il y a surtout la nullité totale du personnage en matière politique, qui laisse partir à vau l’eau la politique énergétique, la politique des transports…

      • Jopari dit :

        [C’est bien ça qui me gêne. Alors qu’il y a mille et une raisons de lyncher De Rugy – personnelles mais surtout politiques – on se retrouve à exiger sa démission pour un homard de trop. Comme disait je crois Bacon, « la pire trahison est de faire une bonne chose pour une mauvaise raison ». Et on peut suspecter que ceux qui veulent la peau de de Rugy la veulent pour de mauvaises raisons.]

        La cour, sans avoir égard à tous les fatras qu’on vient d’écrire contre vous, et à toutes les sottises que vous avez écrites depuis deux cent cinquante ans, vous déclare innocents de tout ce que les parlements disent contre vous aujourd’hui, et vous déclare coupables de ce qu’ils ne disent pas; elle vous condamne à être lapidés avec les pierres de Port-Royal, sur le tombeau d’Arnauld

        [Et s’il n’y avait que le manquement à l’honneur… il y a surtout la nullité totale du personnage en matière politique, qui laisse partir à vau l’eau la politique énergétique, la politique des transports…]

        Malheureusement, je crains qu’il n’ait un remplaçant sur ce plan-là.

        • Descartes dit :

          @ Jopari

          La cour, sans avoir égard à tous les fatras qu’on vient d’écrire contre vous, et à toutes les sottises que vous avez écrites depuis deux cent cinquante ans, vous déclare innocents de tout ce que les parlements disent contre vous aujourd’hui, et vous déclare coupables de ce qu’ils ne disent pas; elle vous condamne à être lapidés avec les pierres de Port-Royal, sur le tombeau d’Arnauld »]

          Ah, ce bon monsieur de Voltaire…

      • Simon dit :

        Cher Descartes,
        de Rugy a démissionné, visiblement les homards sont des choses plus graves que l’incompétence et la trahison. Sur sa dernière casserole, elle illustre bien le personnage : envoyer son chauffeur à vide, pour ses déplacements personnels, en prenant lui-même le train, son chauffeur attendant à la gare d’arrivée. Pas de quoi fouetter un chat, mais je me demande s’il est sincère sur l’écologie, et se dit réellement”j’ai pris le train donc c’est mieux” (ou s’il se montre juste comme François Hollande). Sa sincérité serait touchante, et expliquerait sa gestion de la politique énergétique et de transport.
        Je ne vois pas qui bénéficie de sa chute, et donc qui a intrigué pour les révélations sur son compte. Sa remplaçante me semble intègre et travailleuse.

        • Descartes dit :

          @ Simon

          [Je ne vois pas qui bénéficie de sa chute, et donc qui a intrigué pour les révélations sur son compte.]

          C’est ça qui est le plus incompréhensible : de toute évidence Médiapart avait bien préparé son coup, en enquêtant et regroupant des informations sur une longue période pour ensuite pouvoir tirer en rafale et obtenir la démission du ministre. Mais pourquoi s’acharner contre lui ?

          Je ne trouve qu’une réponse : c’est une question de pouvoir. Plenel voulait prouver à l’opinion en général et au monde politique en particulier qu’il pouvait « se faire » un ministre pour faire peur aux autres. Et c’est pourquoi il a choisi le plus exposé, c’est-à-dire, celui qui jouait le plus sur les aspects symboliques et avait en même temps les appuis politiques les moins solides. Macron et Philippe auraient soutenu jusqu’au bout Pénicaud, Ferrand ou Castaner – et pourtant dieu sait qu’ils ont des casseroles. Ils n’ont fait que le service minimum pour de Rugy.

          [Sa remplaçante me semble intègre et travailleuse.]

          A ce qu’on me dit, c’est effectivement le cas. Elle a une formation d’ingénieur, c’est une grande travailleuse qui étudie ses dossiers et les connaît sur le bout des doigts, et ce n’est pas une adepte des paillettes et autres « coups de com’ ». Par contre, il semblerait qu’elle use les gens qui travaillent avec elle…

          • Ian Brossage dit :

            @Descartes

            > Je ne trouve qu’une réponse : c’est une question de pouvoir. Plenel voulait prouver à l’opinion en général et au monde politique en particulier qu’il pouvait « se faire » un ministre pour faire peur aux autres.

            Mais il l’avait déjà prouvé avec Cahuzac, qui était un bien plus gros morceau que Rugy, et qui fut soutenu bien plus longtemps à l’époque malgré des accusations beaucoup plus lourdes.

            D’ailleurs, il semble que le pouvoir de nuisance de Médiapart soit beaucoup plus faible sous Macron que sous Hollande. Je me demande pourquoi. Peut-être les réseaux traditionnels de Plénel et ses amis (gauche bien-pensante) sont-ils moins bien placés pour lui apporter des informations juteuses ?

            > Et c’est pourquoi il a choisi le plus exposé

            Je trouve que c’est un peu contradictoire. On ne montre pas vraiment un grand pouvoir en s’attaquant à une brebis égarée. Par contre, il fait plaisir à son lectoral écolo qui ne doit pas supporter le « traître » Rugy.

            > A ce qu’on me dit, c’est effectivement le cas. Elle a une formation d’ingénieur, c’est une grande travailleuse qui étudie ses dossiers et les connaît sur le bout des doigts

            Elle est de toute façon contrainte par les décisions budgétaires. Son obsession affichée pour les « trains du quotidien » ne donne pas grand’chose parce qu’il faudrait mettre des budgets conséquents en face.

            In fine, ce sera comme Blanquer : des déclarations volontaristes, un air de compétence certain, quelques changements pour dire qu’on a fait quelque chose, mais rien de vraiment différent dans les grandes lignes (si je puis dire ;-)).

            • Descartes dit :

              @ Ian Brossage

              [« Je ne trouve qu’une réponse : c’est une question de pouvoir. Plenel voulait prouver à l’opinion en général et au monde politique en particulier qu’il pouvait « se faire » un ministre pour faire peur aux autres. » Mais il l’avait déjà prouvé avec Cahuzac, qui était un bien plus gros morceau que Rugy, et qui fut soutenu bien plus longtemps à l’époque malgré des accusations beaucoup plus lourdes.]

              Ce n’est pas Médiapart qui s’est fait Cahuzac, c’est le fait qu’il avait commis effectivement une faute grave qui n’était pas sans rapport avec les fonctions qu’il exerçait. Oui, c’est Médiapart qui a mis à jour les faits, mais les faits avaient leur poids propre, suffisant en lui-même pour entrainer une démission indépendamment de Médiapart. Dans le cas de Rugy, les faits sont finalement assez banaux, et n’ont aucun rapport direct avec les fonctions exercées. Sans la campagne orchestrée par Médiapart, de Rugy s’en serait sorti avec un article méchant dans le « Canard » et pas grande chose d’autre. C’est pourquoi la démonstration de force de Médiapart est bien plus éclatante dans l’affaire de Rugy que dans l’affaire Cahuzac.

              Et vous apportez vous-même le meilleur argument en faveur de ma thèse. Pourquoi Cahuzac a été soutenu jusqu’au bout par sa majorité – et même une partie de l’opposition – alors que pour de Rugy tout le monde a gardé le silence ou cherché à l’accabler ? Parce qu’aujourd’hui tout le monde a peur de se faire épingler par Médiapart, ce qui était moins le cas en 2013.

              [D’ailleurs, il semble que le pouvoir de nuisance de Médiapart soit beaucoup plus faible sous Macron que sous Hollande. Je me demande pourquoi.]

              Vous trouvez ? Pour le moment, le média à Plenel a eu la peau de plusieurs ministres – sans parler de l’affaire Benalla. C’est bien mieux que sous la mandature Hollande. Et ne négligez pas les réseaux de Plenel dans la macronie : n’oubliez pas que le « nouveau monde » vient pour moitié d’anciens seconds couteaux du PS… et que certains ont des comptes à régler.

              [« Et c’est pourquoi il a choisi le plus exposé » Je trouve que c’est un peu contradictoire. On ne montre pas vraiment un grand pouvoir en s’attaquant à une brebis égarée.]

              Pas du tout : tout le monde sait que pour montrer votre force mieux vaut une petite bataille gagnée qu’une grosse bataille perdue. La première révèle vos possibilités, la seconde vos limites.

              [In fine, ce sera comme Blanquer : des déclarations volontaristes, un air de compétence certain, quelques changements pour dire qu’on a fait quelque chose, mais rien de vraiment différent dans les grandes lignes (si je puis dire ;-)).]

              C’est probable. La grande question est de savoir si on préfère des ministres intelligents et compétents aux ministres idiots et incompétents. Mais un ministre intelligent n’implique pas aujourd’hui une politique intelligente, étant donnée l’état d’impuissance du politique.

  9. Gugus69 dit :

    Cher ami et camarade, je crois qu’il ne faut pas sous-estimer l’impression désastreuse du “Faites ce que je dis… pas ce que je fais”. Même si vous avez raison sur le fond, les Français ressentent comme une injustice que ceux qui prônent une austérité chaque jour renforcée s’en exonèrent eux-mêmes.
    Et puis au-delà du homard (j’adore ça !…), il est aussi question d’une histoire d’appartement HLM, je crois ?

    • Descartes dit :

      @ Gugus69

      [Cher ami et camarade, je crois qu’il ne faut pas sous-estimer l’impression désastreuse du “Faites ce que je dis… pas ce que je fais”.]

      Je suis d’accord avec vous. Ceux qui construisent leur image en donnant des leçons de vertu à l’univers entiers devraient se souvenir du dicton chiraquien: “quand on grimper au cocotier, mieux vaut avoir le cul propre”. Les Français adorent voir chuter les donneurs de leçons…

      [Et puis au-delà du homard (j’adore ça !…), il est aussi question d’une histoire d’appartement HLM, je crois ?]

      Je suis plus indulgent sur l’affaire du homard – en bon voltairien, je suis attaché à l’hédonisme français – que l’affaire de l’appartement social (et non pas HLM).

      • Ian Brossage dit :

        @Descartes

        > Les Français adorent voir chuter les donneurs de leçons…

        On remarquera tout de même que les donneurs de leçons ultimes, ceux qui font chuter tous les autres, à savoir les journalistes, ne chutent jamais quelles que soient leur turpitudes…

        • Descartes dit :

          @ Ian Brossage

          [On remarquera tout de même que les donneurs de leçons ultimes, ceux qui font chuter tous les autres, à savoir les journalistes, ne chutent jamais quelles que soient leur turpitudes…]

          Tout à fait. On se souvient du vrai-faux entretien avec Fidel Castro “fabriqué” par Patrick Poivre d’Arvor. Un politique qui se serait prêté à une telle falsification aurait vu sa carrière vaciller. Poivre d’Arvor non seulement n’a pas vacillé, mais on continue à le présenter comme l’épitomé de la vertu journalistique. Et des exemples de ce genre, il y en a des tonnes…

        • Jordi dit :

          On en revient à l’ambiguïté malsaine entre pouvoir, influence et “accountability”. Désolé pour l’anglicisme, le mot français responsabilité est par trop galvaudé. L’accountability, c’est le fait de devoir rendre des comptes de l’efficacité et de l’opportunité de son action.

          Des chefs d’entreprise ont un peu de pouvoir (moins qu’on ne le croit) , mais beaucoup d’accountability. Une AG d’actionnaires ne se laisse pas endormir si facilement. Les hommes politiques ont assez peu de pouvoir (sauf le président), mais finalement assez peu d’accountability.

          Et on a à contrario une classe de parasites (IMHO journalistes et juges) avec énormément d’influence, peu de pouvoir direct mais une grand capacité à bloquer des décisions qui leur déplaisent, et aucune accountability. Ils ne sont responsables de rien, ne rendent aucun compte aux citoyens de l’opportunité de leurs actes ou d bon usage des pouvoirs qui leur sont conférés.

          Je pense que la décadence de la République se cache bien plus à ce niveau là que dans les assiettes de l’Assemblée Nationale, fut-ce t’elles accompagnées de vins prestigieux.

          • Jordi dit :

            L’absence de fonction d’édition, quelle dommage pour l’orthographe de mes commentaires. Je m’excuse de mon orthographe déplorable.

            “fussent-elles accompagnées de vins prestigieux” n’est pas la seule coquille, mais c’est la plus désolante.

            • Descartes dit :

              @ Jordi

              [L’absence de fonction d’édition, quelle dommage pour l’orthographe de mes commentaires. Je m’excuse de mon orthographe déplorable.]

              Je ne peux que vous conseiller d’écrire vos commentaires dans un traitement de texte, puis de faire un “copier-coller”…

          • Descartes dit :

            @ Jordi

            [Des chefs d’entreprise ont un peu de pouvoir (moins qu’on ne le croit) , mais beaucoup d’accountability. Une AG d’actionnaires ne se laisse pas endormir si facilement. Les hommes politiques ont assez peu de pouvoir (sauf le président), mais finalement assez peu d’accountability.]

            Je pense que vous avez une perception fausse. Une AG d’actionnaires peut être un mauvais moment à passer, mais l’expérience a montré que leur influence réelle sur les décisions est relativement faible, et dans certains cas (sociétés en commandite) nulle. D’ailleurs, seule une infime proportion des décisions prises dans une entreprise sont connues de l’AG.

            Quant aux hommes politiques, ils sont bien plus « accountables » que n’importe quel PDG : l’action de l’Etat est soumise à un audit permanent par les corps de contrôle, par la presse, par les ONG, par des citoyens, et tous ces gens ont le droit – inscrit dans la loi – de se faire communiquer n’importe quel document administratif (sauf ceux qui touchent la sécurité et la défense). Un droit que les actionnaires d’une entreprise privée n’ont pas.

            [Et on a à contrario une classe de parasites (IMHO journalistes et juges) avec énormément d’influence, peu de pouvoir direct mais une grand capacité à bloquer des décisions qui leur déplaisent, et aucune accountability. Ils ne sont responsables de rien, ne rendent aucun compte aux citoyens de l’opportunité de leurs actes ou d bon usage des pouvoirs qui leur sont conférés.]

            Tout à fait. La grande tare de la démocratie, c’est le pouvoir sans responsabilité. Mitterrand n’avait pas tort lorsqu’il disait (je cite de mémoire) « les juges ont détruit l’ancien régime, ils détruiront la République ». Le judiciaire, lorsqu’il devient un pouvoir, illustre parfaitement ce pouvoir sans responsabilité. Mais il existe aussi ailleurs : dans les partis, dans la presse, dans les ONG…

            Tout cela ne veut pas dire que les partis, les journaux, les ONG, les juges ne soient pas essentiels à la démocratie. Mais à leur place. Les juges doivent appliquer la loi conformément à la volonté du législateur, et pas la réécrire ou la réinventer. Les ONG ou les journaux doivent pouvoir accéder à des informations, mais pas forcément à toutes et leur avis ne doit être qu’un avis parmi d’autres.

  10. Barbey dit :

    Tout est dit sur le peu de choses qu´il y a à dire… Mais si les Français se contredisent, les politiques aussi. Combien sont néolibéraux et veulent que les marchés prennent les décisions -et les responsabilités- pour eux? Combien ne veulent pas prendre de décision qui à les reporter sur les générations après et aggraver les problèmes? Et ensuite, ils exigent le respect, les privilèges de leurs prédécesseurs?

    Je ne sais pas qui des politiques ou des Français se suivent; mais ils se sont bien trouvés et mérités.

    [Avec des rares exceptions, ils ont tous cédé au « plus modeste que moi tu meurs », parce que c’est ce que l’opinion exigeait]

    On ne peut pas toujours aller contre l´opinion, et ici quand on réclame des sacrifices aux Français, il est normal qu´on s en impose un minimum.
    Si un politique se déclare pour le rétablissement des chasses présidentielles et contre l´influence du lobby LGBT par exemple, croyez vous qu´on entendrait son message sur les autres points bien plus importants ?

    • Descartes dit :

      @ Barbey

      [Mais si les Français se contredisent, les politiques aussi. Combien sont néolibéraux et veulent que les marchés prennent les décisions -et les responsabilités- pour eux? Combien ne veulent pas prendre de décision quitte a les reporter sur les générations après et aggraver les problèmes? Et ensuite, ils exigent le respect, les privilèges de leurs prédécesseurs?]

      Depuis trente ans, le monde politique organise sa propre impuissance, puis explique aux Français qu’il ne peut rien faire pour eux. Sauf bien entendu, lorsqu’il s’agit de questions marginales dont nos classes intermédiaires sont si friandes. Comme par exemple les violences conjugales, devenues le sujet à la mode.

      [Je ne sais pas qui des politiques ou des Français se suivent; mais ils se sont bien trouvés et mérités.]

      Il y a une dialectique entre les deux.

      [« Avec des rares exceptions, ils ont tous cédé au « plus modeste que moi tu meurs », parce que c’est ce que l’opinion exigeait » On ne peut pas toujours aller contre l´opinion, et ici quand on réclame des sacrifices aux Français, il est normal qu´on s’en impose un minimum.]

      Ça, c’est le genre de raisonnement que tout le monde tient pour évident sans jamais se poser des questions. Pourtant, cela n’a rien d’évident. Pourquoi celui qui réclame des sacrifices devrait-il s’en imposer lui-même ? Est-ce que le pays serait mieux servi si le président de la République recevait ses invités ou allait voir ses homologues en haillons au motif qu’ayant imposé des sacrifices, il faudrait qu’il prenne sa part ? Je ne le pense pas.

      Pensez-vous que le médecin qui ampute son patient d’un bras devrait se couper lui-même le sien pour donner l’exemple ?

      [Si un politique se déclare pour le rétablissement des chasses présidentielles et contre l´influence du lobby LGBT par exemple, croyez-vous qu´on entendrait son message sur les autres points bien plus importants ?]

      Oui, je le crois. Je pense même que cela lui aiderait à se faire entendre, parce qu’il aurait la réputation de dire ce qu’il pense quel qu’en soit le coût. Il ne faut pas prendre les Français pour des imbéciles : ils savent parfaitement faire la différence entre celui qui dit ce qu’il pense, et celui qui cherche surtout à les caresser dans le sens du poil. Croire qu’on peut faire faire semblant sur les points secondaires pour pouvoir faire avancer les points importants est à mon avis un leurre. Une fois qu’on a commencé avec les concessions idéologiques, le reste suit.

      Attention, cela ne veut pas dire qu’on ne puisse pas faire des concessions ou des compromis à l’heure de mettre en œuvre des politiques. Mais on doit toujours laisser bien clair qu’il s’agit d’un compromis, et non d’un accord de fond. Qu’un communiste ait privatisé Air France, c’est grave, mais qu’il ait prétendu qu’il était d’accord avec cette privatisation, c’est désastreux.

      • Barbey dit :

        [Ça, c’est le genre de raisonnement que tout le monde tient pour évident sans jamais se poser des questions. Pourtant, cela n’a rien d’évident. Pourquoi celui qui réclame des sacrifices devrait-il s’en imposer lui-même ? Est-ce que le pays serait mieux servi si le président de la République recevait ses invités ou allait voir ses homologues en haillons au motif qu’ayant imposé des sacrifices, il faudrait qu’il prenne sa part ? Je ne le pense pas.]

        Parce qu´on ne fait pas aux autres, ce qu´on se refuse à soi même. Si les politiques n´ont que la communication, qu´il y reste ! On ne peut avoir les droits d´un ministre sans les devoirs.
        Si les ministres prenaient les problèmes à bras le corps, l´opinion ne serait pas aussi critique.

        [Pensez-vous que le médecin qui ampute son patient d’un bras devrait se couper lui-même le sien pour donner l’exemple ?]

        Je crois que votre exemple est mal choisi. Le médecin n´est pour rien dans la situation du patient et vient l´aider. Si le patient est amputé par la faute du médecin, il aura à répondre de ses actes devant un tribunal.
        Par la réciprocité, les Français attendent une “justice”. Si les politique ne peuvent/veulent résoudre les problèmes, qu´ils en partagent au moins les souffrances.

        [Oui, je le crois. Je pense même que cela lui aiderait à se faire entendre, parce qu’il aurait la réputation de dire ce qu’il pense quel qu’en soit le coût. Il ne faut pas prendre les Français pour des imbéciles]

        Qui est Cheminade ? Le mec qui veut aller voir les martiens.
        Qui est Asselineau ? Un mec d´extrême droite qui veut s´isoler. Notez que Asselineau se plie très fortement au politique correct pour passer dans les médias…
        Qui est Lassale ? Un berger perdu à Paris

        Les Français ne sont pas des imbéciles à condition qui s´informent. Et quand la politique n´intéresse pas, elle n´intéresse pas.

        [Croire qu’on peut faire faire semblant sur les points secondaires pour pouvoir faire avancer les points importants est à mon avis un leurre. Une fois qu’on a commencé avec les concessions idéologiques, le reste suit.]

        Je suis d´accord avec vous. Mais qui peut se permettre de dire que le glyphosate à des avantages ? Que être une femme n´est pas un handicap pour réussir ? Le politique se ferait détruire par les médias…

        [Qu’un communiste ait privatisé Air France, c’est grave, mais qu’il ait prétendu qu’il était d’accord avec cette privatisation, c’est désastreux.]

        Cela doit vous rappeler des souvenirs !

        • Descartes dit :

          @ Barbey

          [Parce qu´on ne fait pas aux autres, ce qu´on se refuse à soi-même.]

          Là encore, vous énoncez ce principe comme si c’était une vérité évidente. Mais ce n’est pas le cas : le monde est plein de situations dans lesquelles des gens imposent aux autres ce qu’ils refusent de faire eux-mêmes. On n’exige pas des gardiens de prison d’avoir fait un séjour en prison eux-mêmes, que je sache…

          [« Pensez-vous que le médecin qui ampute son patient d’un bras devrait se couper lui-même le sien pour donner l’exemple ? » Je crois que votre exemple est mal choisi. Le médecin n´est pour rien dans la situation du patient et vient l´aider.]

          Eh bien, c’est la même chose pour le ministre. Le Français, quand il a fini sa journée de travail, rentre chez lui et n’a plus de compte à rendre à personne. Le ministre, lui, est taillable et corvéable à merci. Si la situation le nécessite, il doit rentrer de vacances, ou sortir de chez lui en pleine nuit pour aller sur le terrain, à l’Assemblée, pour se déplacer à l’autre bout du monde. Un ministre n’a aucun droit, ni aux congés, ni aux week-ends, ni rien. Et s’il ne donne pas satisfaction, il peut être licencié sans préavis ni indemnité. Diriez-vous qu’ils sont « dans la même situation » ?

          [Si le patient est amputé par la faute du médecin, il aura à répondre de ses actes devant un tribunal.]

          Et si le ministre impose des sacrifices, il est jugé par le tribunal de l’opinion en permanence et sa majorité peut être renvoyée à la prochaine élection.

          [Par la réciprocité, les Français attendent une “justice”. Si les politique ne peuvent/veulent résoudre les problèmes, qu´ils en partagent au moins les souffrances.]

          Tant qu’a faire, je préfère des politiques qui résolvent les problèmes, quitte à leur payer un homard par ci par là, plutôt que des politiques qui se contentent de pratiquer les soins palliatifs en nous accompagnant dans notre malheur.

          [« Oui, je le crois. Je pense même que cela lui aiderait à se faire entendre, parce qu’il aurait la réputation de dire ce qu’il pense quel qu’en soit le coût. Il ne faut pas prendre les Français pour des imbéciles » Qui est Cheminade ? Le mec qui veut aller voir les martiens.]

          Cheminade est surtout un agent d’une sorte de « secte » américaine, dont le leader est Lyndon LaRouche. Mais je ne comprends pas très bien le sens de cet exemple. Etre entendu et être pris au sérieux ce n’est pas la même chose.

          [Mais qui peut se permettre de dire que le glyphosate à des avantages ? Que être une femme n´est pas un handicap pour réussir ?]

          Quelqu’un pour qui la vérité est plus importante que sa carrière, du moins à court terme. Mais de tels gens existent. Combien de dirigeants communistes auraient pu être ministres si seulement ils avaient accepté de mettre de l’eau dans leur vin ?

          [« Qu’un communiste ait privatisé Air France, c’est grave, mais qu’il ait prétendu qu’il était d’accord avec cette privatisation, c’est désastreux. » Cela doit vous rappeler des souvenirs !]

          C’est précisément parce que j’ai une très bonne mémoire que je cite cet exemple…

  11. Ian Brossage dit :

    Bonsoir,

    Rien à voir, mais une petite bonne nouvelle : le M5S serait sur le point d’abandonner son opposition au projet de TGV Lyon-Turin :
    https://www.bloomberg.com/news/articles/2019-07-15/italy-committing-to-tav-alpine-rail-link-as-five-star-caves-in

  12. Jordi dit :

    Excellent article, comme d’hab.

    Il y a un point sur lequel j’aimerais titiller l’ex-coco que vous êtes (avec une certaine malice).

    Le parti communiste revendique un rôle actif dans la Résistance. Il fut même un temps ou il se glorifiait de 100 000 fusillés. L’une des valeurs que j’ai toujours observé avec curiosité et souvent scepticisme chez la gauche ouvrière, c’est la haine de la délation. Je me souviens d’un brave téléfilm de propagande du Service Public où l’héroïne, proviseure engagée et sans anticommunisme ni primaire ni secondaire ni tertiaire, réprimandait ainsi un collégien ayant concouru à la manifestation de la vérité et à l’équité des examens et concours publics “S’il y a bien une engeance que je déteste encore plus que les tricheurs, ce sont les donneurs”.

    Et pourtant, MediaPart …

    Radio Corbeau, attendant des fax sur le thème “balance nous des casseroles sur tes ennemis politiques, si c’est des mecs qu’on peut pas piffrer on publie tout”. Une sorte de “Je Suis Partout” de gauche. C’est ça, la grandeur de la presse d’investigation ? Relayer les boules puantes de concurrents jaloux ? “Je Suis à Gauche”, c’est moitié moins grave qu’être partout ?

    Vous en ferez croire à personne que la charge de la bande à Plenel est animée par une souci d’économie des deniers publics, ou de vertu civique. Qu’a fait Rugy pour mérité un tel lynchage médiatique ? Il a dit du mal d’un islamiste ?

    Je peux comprendre le Gilet Jaune aux fins de mois difficiles qui constate que ses nouilles au beurre tiédissent pendant que le homard rugy. Mais des aristocrates sauce Plenel venant donner des leçons de morale et jouer les arbitres des élégances … Si le gastronome de Lassay doit aller à la Guillotine, qu’au moins il ait un peu de compagnie …

    • Descartes dit :

      @ Jordi

      [Il y a un point sur lequel j’aimerais titiller l’ex-coco que vous êtes (avec une certaine malice).]

      Je vous en prie, j’aime bien être titillé…

      [Le parti communiste revendique un rôle actif dans la Résistance. Il fut même un temps ou il se glorifiait de 100 000 fusillés.]

      Jamais. Le PCF à ma connaissance a revendiqué 75.000 fusillés, à la Libération, et pas plus.

      [Radio Corbeau, attendant des fax sur le thème “balance nous des casseroles sur tes ennemis politiques, si c’est des mecs qu’on peut pas piffrer on publie tout”. Une sorte de “Je Suis Partout” de gauche. C’est ça, la grandeur de la presse d’investigation ? Relayer les boules puantes de concurrents jaloux ? “Je Suis à Gauche”, c’est moitié moins grave qu’être partout ?]

      Il ne faut pas tout confondre. La question de la « délation » – qui a toujours été dénoncée par les organisations ouvrières – est une question intimement liée au combat de classe et à la solidarité de classe. Le rejet de la délation repose sur l’idée que les membres d’un groupe sont liés par une solidarité inconditionnelle qui leur interdit de faire d’une personne extérieure le juge d’une action d’un membre du groupe. Mais il y a un contrepoids à cette vision : c’est que le groupe fait sa police interne, et punit lui-même ceux qui portent atteinte par leurs agissements aux autres membres du groupe. Ainsi, il est inacceptable de dénoncer un camarade qui triche à l’examen – et ce faisant porte préjudice aux autres – mais il est parfaitement légitime de lui manifester son mépris, de l’isoler dans la cour, etc.

      Le problème du monde politique, c’est qu’il a perdu cet « esprit de corps ». Comme il ne fait plus sa police interne, il peut difficilement s’insurger lorsque l’extérieur se met à faire la police à leur place. Et du coup, tout le monde balance lorsque cela l’arrange, quitte à s’insurger lorsqu’il est lui-même balancé. C’est de là que vient le pouvoir des « corbeaux » style Médiapart : ils savent que le mis en cause ne peut espérer de solidarité entière de la part du monde politique, et l’opinion sent confusément que sans ces « lanceurs d’alerte », les abus ne seraient jamais sanctionnés.

      [Vous en ferez croire à personne que la charge de la bande à Plenel est animée par une souci d’économie des deniers publics, ou de vertu civique.]

      Bien sûr que non. Pour Plenel – trotskyste un jour, trotskyste toujours – c’est une question de pouvoir. Dégommer un ministre, c’est se faire craindre par les autres. Et être craint, c’est avoir du pouvoir. Ce qui me surprend toujours, c’est que le monde politique n’ait pas compris que ce chantage est rendu possible par le fait que les politiques, au lieu de faire front et de défendre celui qui est attaqué – quitte ensuite à faire la police entre eux – cherchent au contraire à profiter de l’aubaine pour dégommer l’adversaire.

      [Qu’a fait Rugy pour mérité un tel lynchage médiatique ? Il a dit du mal d’un islamiste ?]

      C’est la question que je me pose : pourquoi Médiapart a choisi de Rugy, et pourquoi maintenant ? J’avoue que je n’ai pas trouvé de réponse convaincante.

      • Ian Brossage dit :

        @Descartes

        > C’est la question que je me pose : pourquoi Médiapart a choisi de Rugy, et pourquoi maintenant ? J’avoue que je n’ai pas trouvé de réponse convaincante.

        Je ne pense pas qu’ils aient choisi. Ils ont récupéré l’info, et ils la publient. Ça fait gonfler les ventes…

        La question serait plutôt : qui a décidé de lâcher Rugy en pâture ? Mais là ça peut être n’importe qui, tellement le personnage suscite le mépris.

        • Descartes dit :

          @ Ian Brossage

          [« C’est la question que je me pose : pourquoi Médiapart a choisi de Rugy, et pourquoi maintenant ? J’avoue que je n’ai pas trouvé de réponse convaincante. » Je ne pense pas qu’ils aient choisi. Ils ont récupéré l’info, et ils la publient. Ça fait gonfler les ventes…]

          C’est une explication possible, mais elle ne me convainc pas. La manière dont Médiapart à monté sa campagne, distillant une révélation par jour, montre que le journal avait enquêté assez longuement et regroupé les informations – les actes concernés sont très étalés dans le temps – pour pouvoir monter une campagne. Et le fait que la démission du ministre ait arrêté les révélations tend à montrer que c’était là l’objectif poursuivi.

          [La question serait plutôt : qui a décidé de lâcher Rugy en pâture ? Mais là ça peut être n’importe qui, tellement le personnage suscite le mépris.]

          Le mépris ne suffit pas. Il faut de la haine pour monter une telle campagne. Ou alors l’intérêt…

          • Ian Brossage dit :

            @Descartes

            > Et le fait que la démission du ministre ait arrêté les révélations tend à montrer que c’était là l’objectif poursuivi.

            La démission du ministre vient seulement d’avoir lieu. Pourquoi dites-vous qu’elle a arrêté les révélations ?

            > Le mépris ne suffit pas. Il faut de la haine pour monter une telle campagne. Ou alors l’intérêt…

            L’intérêt de Médiapart me semble un mobile suffisant. Un scandale qui fait jaser, des révélations croustillantes (diffuser les photos de homards, de ce point de vue, c’est très bien joué) => des abonnés en plus.

            • Descartes dit :

              @ Ian Brossage

              [La démission du ministre vient seulement d’avoir lieu. Pourquoi dites-vous qu’elle a arrêté les révélations ?]

              Parce que chaque révélation était peu ou prou annoncée par un « buzz » la veille, et qu’hier aucune nouvelle révélation n’a été annoncée. Je peux me tromper, mais je suis prêt à parier que le tir en rafale s’arrêtera là. Ce qui tendrait à prouver que le but de la manœuvre n’était pas d’informer le public, mais d’obtenir la démission du ministre.

              [L’intérêt de Médiapart me semble un mobile suffisant. Un scandale qui fait jaser, des révélations croustillantes (diffuser les photos de homards, de ce point de vue, c’est très bien joué) => des abonnés en plus.]

              Peut-être… mais je ne suis pas totalement convaincu. Plenel est bien plus qu’un simple vendeur de papier.

  13. Vincent dit :

    Il y a quand même un truc à noter dans cette affaire ; si on regarde la chronologie :
    – Mercredi 10 juillet : les dîners de l’Hôtel de Lassay et le logement social
    – Jeudi 11 juillet : les travaux dans l’appartement et le logement près de Nantes
    – Vendredi 12 juillet : diner avec les lobbyistes ; impôts sur le revenu de 2015
    – Samedi 13 juillet : le bail de l’appartement nantais
    – Mardi 16 ou Mercredi 17 juillet : frais de mandat qui ont servi à payer des cotisations.

    Il s’agit bel et bien d’une exécution programmée, de manière à le maintenir à la une de l’actualité pendant 10 jours ; pendant le mois où l’actualité est peu féconde, et les français pas encore partis en vacances.

    L’an dernier, à la même période, c’était Benalla ; le rythme des révélations n’était pas aussi soutenu, donc il n’y a sans doute pas eu préméditation, alors qu’ici, c’est bien une campagne de presse organisée contre lui, avec des infos qui avaient été retenues, de manière à les sortir à la bonne période, une par une, pour le maintenir sous les feux de la rampe.

    Quel est l’intérêt pour Médiapart de faire ce genre de choses ? Le but d’un média est d’informer. Ils auraient logiquement du sortir leurs infos au fur et à mesure qu’ils les ont obtenues. En faisant cela, ils font réellement une action politique, et ça me met un peu mal à l’aise…

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [Quel est l’intérêt pour Médiapart de faire ce genre de choses ?]

      Comme je l’ai dit par ailleurs, l’intérêt de Plenel, c’est encore et toujours le pouvoir. Ce à quoi nous venons d’assister, c’est une démonstration de force de Médiapart. Comme disait Voltaire dans « Candide », « dans ce pays-ci il est bon de tuer de temps en temps un amiral pour encourager les autres ». La bande à Plenel a montré au monde politique qui est du côté du manche…

      Car c’est là pour moi la leçon la plus intéressante de cette histoire : elle montre la faiblesse de nos politiciens, toujours à la merci d’une campagne comme celle de Médiapart. Car il faut bien se rappeler qu’il n’y a pas de grand homme pour son valet de chambre, et que chacun de nous, politique ou pas, a ses petits secrets, ses petites turpitudes, ses petits gestes honteux.

      La source de cette faiblesse se trouve dans le manque de solidarité interne du monde politique, de l’absence quasi-totale aujourd’hui d’esprit de corps qui pourrait permettre au monde politique de faire bloc face à la curée. Car les princes qui nous gouvernent ont peur. Peur d’être eux-mêmes visés, peur d’être éclaboussés par le scandale. Les dragons de vertu font le lit des lobbies, car si Médiapart peut abattre un ministre, imaginez-vous ce que pourrait faire une grande entreprise…

      [Le but d’un média est d’informer.]

      Ah bon ? Vous croyez vraiment que les médias ont des buts aussi désintéressés ? Soyons sérieux : lorsque les magnats des médias décident de mettre de l’argent dans un média, ce n’est pas dans le noble but d’informer. Certains cherchent l’argent, d’autres le pouvoir. Médiapart se place dans cette deuxième catégorie.

      [En faisant cela, ils font réellement une action politique, et ça me met un peu mal à l’aise…]

      Bienvenu au monde réel…

      • Vincent dit :

        > Car il faut bien se rappeler qu’il n’y a pas de grand
        > homme pour son valet de chambre, et que chacun
        > de nous, politique ou pas, a ses petits secrets, ses
        > petites turpitudes, ses petits gestes honteux.

        Je crois que de Gaulle est l’exception qui confirme la règle. Quand on lit les témoignages de ses ordonnances, ils étaient eux aussi impressionnés par le personnage. Mais je pense qu’il se donnait un rôle qu’il conservait en toutes circonstances, y compris avec ses proches et même ses enfants…

        > Les dragons de vertu font le lit des lobbies, car si Médiapart
        > peut abattre un ministre, imaginez-vous ce que pourrait
        > faire une grande entreprise…

        Je vous suis sur tout votre commentaire, sauf cette phrase :
        1°) Vous semblez considérer que les lobbies puissants sont ceux des plus grandes entreprises. Mais je ne vous apprendrais rien en vous disant que face à chaque lobbie, il y a un lobbie opposé. Et ceux qui en sont réduits à devoir aller démarcher les députés pour leur expliquer leur point de vue sont justement les lobbies faibles, qui ne sont pas du côté du manche.
        Dans l’affaire du glyphosate, par exemple, quel est selon vous le lobby le plus puissant : celui des grandes entreprises productrices de pesticides, qui cherchent à expliquer quelles seraient les conséquences d’une interdiction afin de conserver une autorisation de leur produit ? Ou celui des fana-bio qui veulent son interdiction, et qui n’ont même pas besoin d’aller expliquer pourquoi, il leur suffit de dénoncer publiquement les députés qui ont refusé de voter leur loi ?

        2°) Je vois difficilement comment une grande entreprise pourrait avoir plus de pouvoir de chantage sur un ministre ou un député qu’un journal à qui les politiques viennent donner des infos dérangeante, en espérant que cela permettra de dégommer un rival. A priori, les mieux placés dans cette guerre de pouvoir sont bien ceux qui ont les infos, et pas ceux qui ont les sous ? Surtout qu’un des effets secondaires de cette chasse à la vertu est que les responsables politiques vont avoir peur d’accepter des cadeaux de grosses entreprises (sous quelque forme que ce soit), si bien que celles ci perdront leur moyen d’influence principal (l’argent).

        A moins que je ne passe totalement à coté de quelque chose…

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Je crois que de Gaulle est l’exception qui confirme la règle. Quand on lit les témoignages de ses ordonnances, ils étaient eux aussi impressionnés par le personnage. Mais je pense qu’il se donnait un rôle qu’il conservait en toutes circonstances, y compris avec ses proches et même ses enfants…]

          De Gaulle était fait du bois dont on fait les martyrs et les prophètes. Un homme totalement identifié avec son rôle, et qui se considérait comme étant en permanence sous l’œil de l’Histoire. On a du mal à imaginer ce que peut être la tête d’une personne qui à chacun de ses actes se demande comment celui-ci sera jugé. Mais de tels êtres sont rares… et il est vain d’imaginer un système politique qui ne peut fonctionner qu’avec un De Gaulle à sa tête.

          [Je vous suis sur tout votre commentaire, sauf cette phrase :
          1°) Vous semblez considérer que les lobbies puissants sont ceux des plus grandes entreprises. Mais je ne vous apprendrais rien en vous disant que face à chaque lobbie, il y a un lobbie opposé. Et ceux qui en sont réduits à devoir aller démarcher les députés pour leur expliquer leur point de vue sont justement les lobbies faibles, qui ne sont pas du côté du manche.]

          Ma formule était en effet mal choisie. Le terme « lobby » est ici impropre, il faudrait le remplacer par « pouvoir ». Il est clair que si la presse peut faire partir un ministre, les grandes entreprises avec des moyens bien plus considérables – dont le contrôle de la presse, d’ailleurs – peuvent faire bien plus…

          [2°) Je vois difficilement comment une grande entreprise pourrait avoir plus de pouvoir de chantage sur un ministre ou un député qu’un journal à qui les politiques viennent donner des infos dérangeante, en espérant que cela permettra de dégommer un rival.]

          D’abord, parce que les grandes entreprises contrôlent largement les médias, soit directement parce qu’ils en possèdent le capital, soit indirectement par le biais de la publicité. Ensuite, parce qu’un grand nombre de politiques publiques dépendent aujourd’hui du bon vouloir des entreprises, l’Etat ayant été progressivement privé des leviers d’action qu’étaient les entreprises publiques et d’autres instruments règlementaires. Pensez par exemple au mécénat dans le domaine de la culture, ou bien à la modération des prix de l’essence… Et enfin, parce que les ministres seront un jour des ex-ministres, et auront besoin d’une reconversion…

          [A priori, les mieux placés dans cette guerre de pouvoir sont bien ceux qui ont les infos, et pas ceux qui ont les sous ?]

          Quand vous avez les sous, vous avez des moyens de vous procurer les infos.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *