Ce qu’on ne peut plus se payer

C’est peut-être une conséquence du « jeunisme » ambiant, du désenchantement de l’époque, ou peut-être tout simplement l’effet de l’âge qui avance impitoyablement. Enfin, je ne saurais dire la cause, mais je ne peux que constater le fait : dans les réunions amicales, lorsqu’on est sorti de table et qu’on s’installe confortablement devant un verre d’Armagnac pour bavarder jusque tard dans la nuit – « il faut l’obscurité pour parler des affaires obscures » aurait écrit Tolkien – on passe beaucoup moins de temps à refaire le monde qu’à se demander comment éviter qu’il se défasse. En évitant soigneusement – car personne n’a envie d’avouer son passéisme – de dire « c’était mieux avant » alors qu’en fait chacun le pense profondément.

On en était là samedi soir, à regretter cette époque où notre système éducatif – école primaire, lycée, université, grandes écoles – était envié de par le monde, quand un maillage étroit de services publics permettait à  chaque habitant d’avoir accès près de chez lui à un bureau de poste, à une école, à une mairie, à un médecin, à une gare de chemin de fer, quand l’Etat pouvait financer richement de grands projets scientifiques, technologiques, industriels : Concorde, le TGV, le programme nucléaire… sans pour autant négliger ses responsabilités régaliennes comme le maintien de l’ordre public à l’intérieur ou une diplomatie hardie à l’extérieur. Et le tout sans s’endetter. Nostalgie, nostalgie, pointée par la remarque d’un convive : « oui, nous avions un modèle extraordinaire mais que voulez-vous, nous ne pouvons plus nous le payer ». Remarque qui ouvre pour moi une question de taille : Pourquoi ne pouvons-nous « plus nous payer » cet ordre dont nous sommes si nostalgiques ? Où sont passés les moyens qui permettaient à la société d’offrir à chacun ce réseau de proximité, tout en préparant l’avenir par des investissements dans l’éducation, la science, la technologie ?

Pour commencer, cherchons du côté des ressources. On m’expliquera que la croissance n’est plus ce qu’elle était. Mais cet argument est fallacieux : à l’heure de payer hôpitaux et écoles, programmes de recherche et infrastructures, ce qui importe est la quantité de richesses produites, et non la VARIATION annuelle de cette quantité, de la même façon que votre pouvoir d’achat est lié au montant de votre salaire, et non au taux d’augmentation que vous pouvez toucher chaque année (1). Or, si notre croissance actuelle est de loin inférieure à celle de la France de 1960, son PIB est largement supérieur. En euros 2014, le PIB en 1960 était de 460 Md€, il était en 2018 de 2280 Md€, soit cinq fois supérieur. Même si le PIB est un indicateur critiquable, il ne reste pas moins que c’est un indicateur de la richesse produite. Alors, le mystère demeure : comment se fait-il qu’on ne puisse pas en 2018 se payer, l’école, l’université, les grands programmes, les services publics de 1960 ? Nous constatons donc que les ressources ne sont pas inférieures à ce qu’elles étaient il y a plus d’un demi-siècle, au contraire : elles sont largement supérieures. C’est donc du côté de l’emploi de ces richesses qu’il faut aller regarder.

Faut-il aller regarder du côté du partage des richesses ? C’est à quoi nous encourage par exemple la « gauche radicale » et une partie de la bienpensance. Mais les chiffres ne soutiennent pas cette argumentation. S’il est vrai que le partage de la valeur ajoutée a vu transférer 10% du PIB du travail vers le capital, ce transfert n’est pas suffisant pour expliquer qu’alors que le PIB a été multiplié par quatre l’action publique se soit paupérisée. C’est plutôt l’équilibre entre la richesse consacrée à l’action publique et celle réservée à la dépense privée qu’il faut regarder. D’abord, et contrairement à une croyance fermement enracinée, les ressources consacrées à l’action publique se sont réduites. Bien sûr, on nous bassine avec le discours de l’augmentation des prélèvements obligatoires. Il est vrai que ceux-ci étaient de l’ordre de 35% du PIB dans les années 1960 contre 45% aujourd’hui. Mais on oublie de prendre en compte deux sources de financement de l’action publique qui se sont depuis taries et qui ne sont pas comptées comme des prélèvements.

La première est l’inflation, matérialisée dans le budget de l’Etat par les « avances » de la Banque de France, vulgairement appelées « planche à billets ». En effet, au lieu de creuser une dette en empruntant auprès de prêteurs privés – et d’assumer donc la charge d’une dette qui nous coûte autour de 40 Md€ par an – l’Etat était financé sans intérêts par l’émission monétaire. Ce qui équivaut à un prélèvement « obligatoire » sur tous les détenteurs de monnaie par le jeu de l’inflation. Et ce prélèvement est très loin d’être négligeable : il faut compter entre 6 et 10% du PIB selon les années.

La seconde est le revenu tiré des entreprises publiques. Bien sûr, on a en tête les déficits de la SNCF. Mais on oublie un peu vite que la grande majorité des entreprises publiques étaient largement bénéficiaires. Il y avait là le résultat des nationalisations de 1936 et de 1945, mais aussi des sociétés créées de toutes pièces pendant les « trente glorieuses » : les banques et les compagnies d’assurance, EDF-GDF, la régie Renault, la SNECMA, l’Aérospatiale, ELF-Aquitaine… Une masse considérable de profits qui allaient enrichir le trésor public, et qui aujourd’hui tombent dans l’escarcelle du capital privé.

Mais même avec  une réduction de la part du PIB consacrée aux services publics, l’augmentation massive du PIB devrait permettre de « nous payer » les services publics de 1960. Pourquoi on n’y arrive pas ? Parce qu’il n’y a pas que les ressources qui ont changé : les moyens ne sont pas employés de la même manière (2).

D’abord, il faut aborder ce qu’on peut appeler les politiques de destruction volontaire de valeur. Prenons un petit exemple si vous le voulez bien : Lorsqu’il s’est agi à la fin des années 1960 d’imposer la ceinture de sécurité dans les voitures, les décideurs publics ont pris toutes les précautions pour éviter que le parc automobile ancien soit démonétisé : on a d’abord imposé aux fabricants de prévoir les ancrages dans les voitures fabriquées à partir de 1970, puis rendu obligatoire le port de la ceinture en 1973, mais seulement dans les véhicules qui en étaient équipées. Le parc ancien a continué à rouler jusqu’à son extinction naturelle par obsolescence. Aujourd’hui, lorsqu’il s’agit par exemple de lutter contre les particules fines, on impose des normes de pollution qui ne s’appliquent pas seulement aux voitures neuves, mais aussi au parc existant. Ainsi, par exemple, les véhicules répondant aux normes de pollution en vigueur au moment de leur fabrication mais non conformes aux normes actuelles sont interdits de circulation. Résultat: on met à la casse des véhicules pouvant encore rouler pendant de nombreuses années ce qui revient à détruire leur valeur résiduelle. La logique de la « prime à la casse » est un exemple encore plus scandaleux : dans ce cas, on utilise de l’argent public pour encourager les usagers à détruire la valeur contenue dans leurs véhicules. C’est un double gâchis.

Et on trouve cette logique de destruction de valeur dans beaucoup d’autres domaines de l’action publique : du plus sérieux, comme l’arrêt du surrégénérateur Superphénix et la centrale nucléaire de Fessenheim (des milliards d’euros de production perdue jetés à la poubelle) au plus banal, comme le changement permanent des logos et des noms des institutions publiques et privés, des milliards d’euros sont chaque année jetés en pure perte, pour satisfaire des besoins inexistants alors que par ailleurs des besoins criants existent. Pourquoi cette boulimie de destruction ? Parce que l’horizon du décideur public est devenu très court : construire est un processus long, alors que détruire est un processus rapide. Une école, une ligne de chemin de fer, un réacteur nucléaire prennent des années à se construire, alors qu’un trait de plume permet de les détruire. Si vous voulez des résultats rapides à montrer à l’opinion, la destruction est la seule voie possible. C’est pourquoi nous avons depuis pas mal de temps des gouvernements dont la fierté est d’avoir fermé telle installation, d’avoir réduit le nombre de tribunaux, de trésoreries ou de sous-préfectures, et bientôt d’avoir supprimé telle école d’administration… On pense ici à Nietzche : « j’existe, puisque je peux détruire ».

Ensuite, il faut signaler l’importance prise par la communication et l’apparence dans tous les ordres de l’action publique. Un service public peut se passer de service de recherche (3), mais il est impensable pour la plus petite institution publique de se passer d’un service de communication. Là où nos ancêtres se contentaient d’un écu d’armes souvent passé de génération en génération, aucune municipalité aujourd’hui ne peut résister à la tentation d’avoir son logo – payé à prix d’or à des cabinets qui vivent de ça – qu’on changera bien entendu lorsqu’un nouveau maire sera élu pour lui permettre de laisser sa marque. Des milliards sont là encore dépensés pour fabriquer des communiqués de presse que personne ne lit, pour imprimer des brochures à la gloire du ministre que personne ne consulte, pour faire distribuer des revues d’informations municipales avec le portrait du maire trois fois par page qui vont souvent à la poubelle direct, pour mettre en ligne des sites internet qui ne fournissent aucune information utile, et n’ont d’autre objet que d’exister. Et ne parlons même pas des métropoles qui font repeindre les bus à leurs couleurs – qui changent, là encore, chaque fois que l’équipe change – pour marquer leur territoire. Le problème n’est pas tant que les institutions mettent en valeur leurs réalisations : c’est que la « mise en valeur » a remplacé la réalisation. Il ne faut pas négliger les ressources employées dans le « faire savoir », ressources qui sont nécessairement soustraites au « faire ». Si vous regardez les organigrammes des ministères ou des services publics, vous verrez que partout on a réduit le personnel. Partout, sauf dans les services de communication. Et cela sans compter avec la pression sur les services opérationnels pour qu’ils mettent en œuvre leur propre communication…

Une autre dépense qui est rarement prise en compte est celle liée à l’explosion des coûts liés à la mise en concurrence des services publics. En effet, au-delà du débat sur l’efficacité du marché en tant que mécanisme de régulation, on oublie souvent le fait que le fonctionnement du marché a lui-même un coût. Pour permettre à l’offre et à la demande de se rencontrer, pour éviter qu’aucun participant ne manipule le marché ou abuse de sa position,  il faut des procédures, des règles, des institutions, des contrôleurs. Et ces coûts peuvent dans certains domaines être considérables, bien au-delà des avantages supposés de la régulation par le marché. Ainsi, par exemple, pour permettre la concurrence sur le marché de l’électricité, celui de la circulation ferroviaire ou celui des télécommunications, il a fallu monter tout un appareillage réglementaire permettant d’assurer un accès multiple à un réseau (le réseau électrique, le réseau ferroviaire, le réseau téléphonique) qui est structurellement unique. Il faut beaucoup de réglementation et de contrôles pour s’assurer que des trains de différents opérateurs privés roulent sur les mêmes voies sans se gêner et en assurant la neutralité vis-à-vis de la concurrence. Et cette réglementation, ce contrôle ont un coût, c’est-à-dire, nécessitent des moyens qu’il faut soustraire à d’autres activités.

In fine, le principal problème, celui dont tous les autres découlent plus ou moins est celui de la disparition même de la notion de choix dans le débat public. Chaque politique, chaque ONG, chaque star qui ouvre la bouche explique que « il faut » consacrer plus de moyens à sa cause. Il faut des moyens pour les femmes battues, pour la faim en Afrique, pour les autistes en France, pour le logement étudiant, pour la lutte contre le réchauffement climatique, pour le bio dans les cantines scolaires, pour le développement des énergies renouvelables, pour le tri des déchets. Mais sauf à supposer que ces investissements relancent la croissance – et on voit mal en quoi le bio dans les cantines par exemple ou les soins aux handicapés aurait cet effet – ou qu’il y ait des richesses inutilisées quelque part, ces moyens doivent bien être soustraits à d’autres activités. Il ne s’agit pas ici d’argent – car de l’argent, on peut toujours en imprimer – mais de richesses réelles, c’est-à-dire des biens matériels. Pour s’occuper des autistes, il faut des heures de travail de personnel qualifié. Pour trier des déchets, il faut des poubelles et des camions de ramassage. Et ces richesses, contrairement à l’argent, ne peuvent pas être fabriquées à la demande.

Or, personne ne remarque ce paradoxe. Tout le monde explique ce qu’il faudrait faire comme programme nouveau, personne ne détaille ce qu’on abandonne pour équilibrer la balance. En pratique, on fonctionne comme l’enfant qui devant la vitrine du magasin de jouets détaille à ses parents ce qu’il voudrait, sans se poser la question de la contrepartie. Monsieur le Maire veut du bio dans les cantines scolaires, mais pour payer la différence, qu’est-ce qu’on fait ? Augmenter le tarif ? Ce serait impopulaire. Alors on va décider qu’au lieu de réparer le toit de l’école tous les dix ans, on le fera tous les vingt ans. Et si ça fuit, ça se verra lors du prochain mandat municipal, et pas avant.

Cette logique conduit à empiler des règlementations et des dispositifs – c’est cela qui permet aux politiques d’exister – en faisant le choix implicite de laisser dépérir le reste. Et comme ce choix est implicite, il n’est jamais véritablement débattu et accepté par la population, et touche préférentiellement les secteurs invisibles, même lorsqu’ils sont essentiels pour l’avenir, comme la recherche. Et on ne le découvre en fait que lorsque ses effets se font sentir, et à ce moment-là il est souvent trop tard pour réagir.

La dégradation dans les domaines de la recherche, l’éducation, le système électrique, le réseau ferroviaire, les ouvrages d’art ne date pas d’hier. Depuis les années 1980, on vit sur le capital hérité des décennies précédentes, qu’on a mangé petit à petit quand on n’a pas pratiqué pour des raisons idéologiques ou d’affichage une destruction massive de valeur. C’est grâce à ce mécanisme que le libéralisme a pu d’ailleurs maintenir l’illusion d’une augmentation constante du niveau de vie par le biais de l’augmentation de la dépense privée, qui a touché d’ailleurs toutes les couches sociales. On s’aperçoit aujourd’hui que cette remontée de la dépense privée s’est faite à crédit : non seulement sur l’emprunt « nu » qui a fabriqué une dette qui atteint aujourd’hui presque 100% du PIB annuel, mais par la dégradation de nos infrastructures, dans lesquelles il faudrait investir massivement si nous voulons laisser à nos enfants un capital équivalent à celui légué par nos parents (4).

Et nous, citoyens nous devons poser inlassablement la question à chaque proposition nouvelle. Non pas la question de « où trouve-t-on l’argent ». Cette question est trompeuse, parce qu’elle nous place dans la logique de l’illusion financière. On peut toujours imposer « la finance », c’est-à-dire, l’échange de petits morceaux de papier avec des chiffres dessus. Mais pour rendre des services, il faut des biens et du temps de travail, pas de billets. La question n’est pas donc de savoir d’où vient l’argent, mais où trouver les bâtiments, les matériels, le personnel qualifié lorsqu’on propose un nouveau service. Et donc, à celui qui nous dit « il faut faire ceci ou cela », il faut demander « qu’est-ce que vous arrêtez à la place ». Si l’école de votre enfant veut enseigner – pardon, « sensibiliser » – au racisme, aux femmes battues, au tri des déchets, elle a deux options : ou bien elle augmente le temps d’enseignement, ou bien elle abandonne la transmission d’autres savoirs. C’est à nous d’exiger qu’on nous explique lesquels on abandonne et de rappeler que, comme disait un célèbre économiste, dans ce bas monde « il n’y a pas de diner gratuit ».  

(1) Qui est mieux loti, celui qui gagne 20.000 € par mois avec une augmentation de 1% par an, ou celui qui gagne 1.500 € par mois avec une augmentation de 3% par an ? C’est le montant du PIB, et non sa croissance, qui caractérise la richesse d’une nation. Une croissance forte, c’est la promesse d’une richesse future, et non la constatation d’une richesse présente.

(2) Il faut ici rappeler les dangers de l’illusion monétaire. L’action publique repose sur des ressources qu’on pourrait appeler « réelles » : force de travail des fonctionnaires, bâtiments, véhicules, équipements, etc. L’argent n’est qu’un moyen d’acheter ces ressources « réelles ». Le discours selon lequel « de l’argent il y en a » est donc trompeur : on peut toujours fabriquer de l’argent (que ce soit par l’émission monétaire par le phénomène des « bulles »). Mais une partie de cet argent n’existe virtuellement, il n’a aucune contrepartie en termes de biens réels. L’argent qui circule dans les marchés financiers est une fiction : si dans un moment de panique les opérateurs financiers cherchaient à convertir cet argent en biens réels, les prix s’envoleraient et cet argent perdrait toute sa valeur.

(3) On l’oublie aujourd’hui, mais la plupart des services publics de l’époque glorieuse avaient leur propre centre de recherche. Même l’ORTF avait le sien… qui développa la méthode d’animation qui permit de réaliser les Shadock…

(4) On pourrait ici ouvrir le débat sur la question de savoir si la dépense privée est préférable à la dépense publique. Les libéraux soutiennent – avec des arguments conséquents – que l’acteur privé connaît mieux ses propres besoins, et que l’a dépense privée s’ajuste donc mieux aux besoins de la population que la dépense publique, forcément décidée à travers d’un mécanisme de délégation. L’histoire a cependant montré que si ce raisonnement fonctionne dans certains domaines, il ne fonctionne pas empiriquement dans d’autres. C’est particulièrement vrai dans des domaines où l’interdépendance entre la dépense des uns et des autres est très forte : la santé, la défense, les services en réseau.

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74 réponses à Ce qu’on ne peut plus se payer

  1. Axelzzz dit :

    Bonjour Descartes

    Je n’ai pas vérifié à la source mais votre papier me rappelle une statistiques croisée dans une débat à propos de la dégradation des performances en orthographe : dans les années 60 les enfants de cm2 avaient bénéficié d’autant d’heures de français qu’aujourd’hui en fin de collège.
    Ces heures n’ont pas disparu mais sont consacrées à d’autres apprentissages.

    Il s’agirait donc bien d’un choix, tel que vous le présentez.
    Un choix dont l’évaluation de la justesse paraît bien délicate : il faudrait parvenir à établir le coût collectif de cette moindre maîtrise du langage et à le comparer au bénéfice de l’acquisition des autres compétences (lesquelles, mesurées comment,?…) – ce qui vu de mon petit balcon semble aussi insaisissable que le brouillard d’hiver (on a besoin de bcp de travail de recherche pour réaliser ce genre de chose correctement à mon sens).

    Bien a vous

    • Descartes dit :

      @ Axelzzz

      [Je n’ai pas vérifié à la source mais votre papier me rappelle une statistiques croisée dans une débat à propos de la dégradation des performances en orthographe : dans les années 60 les enfants de cm2 avaient bénéficié d’autant d’heures de français qu’aujourd’hui en fin de collège. Ces heures n’ont pas disparu mais sont consacrées à d’autres apprentissages. Il s’agirait donc bien d’un choix, tel que vous le présentez.]

      Tout à fait. Mais ce « choix » n’est généralement discuté que du côté positif : on vous explique que les élèves vont pouvoir bénéficier de tel ou tel enseignement supplémentaire, sans jamais vous dire ce que vous acceptez comme suppression en échange. C’est pourquoi le débat n’a jamais lieu, et qu’on a l’impression en entendant le discours politique de lire un catalogue publicitaire.

      [Un choix dont l’évaluation de la justesse paraît bien délicate : il faudrait parvenir à établir le coût collectif de cette moindre maîtrise du langage et à le comparer au bénéfice de l’acquisition des autres compétences (lesquelles, mesurées comment,?…) – ce qui vu de mon petit balcon semble aussi insaisissable que le brouillard d’hiver (on a besoin de bcp de travail de recherche pour réaliser ce genre de chose correctement à mon sens).]

      Je ne dis pas que ce soit simple d’évaluer le rapport coût/avantage de telle ou telle mesure. Pour certaines, l’évaluation est évidente : la fermeture de Fessenheim n’apporte rien, et coutera grosso-modo 2 Md€. Le développement de l’éolien et du solaire n’apporte pas grande chose et nous coûte entre 5 et 7 Md€ par an. Dans des cas comme celui que vous signalez, c’est plus difficile d’évaluer. Mais déjà mettre le choix sur la table, montrer qu’on payera le fait de consacrer à d’autres apprentissages le temps qu’on consacrait à l’orthographe d’une moindre maîtrise de la langue, cela permettrait aux gens de prendre conscience du problème.

  2. Sami dit :

    Je souscris absolument. Et j’ajouterai que si l’UE (telle qu’elle est) n’est pas responsable de tout ce maelström (il y a un effet universel, l’air du temps, la civilisation globale telle qu’elle est hic et nunc…), elle a bien accéléré le mouvement.
    Tour cela ressemble furieusement à quelque chose qui court en tournoyant, de plus en plus vite, vers l’implosion, l’effondrement sur soi, telle une étoile qui se transforme en trou noir…
    Comment alors ne pas se dire, un peu honteusement (effectivement), que c’était mieux avant………

    • Descartes dit :

      @ Sami

      [Je souscris absolument. Et j’ajouterai que si l’UE (telle qu’elle est) n’est pas responsable de tout ce maelström (il y a un effet universel, l’air du temps, la civilisation globale telle qu’elle est hic et nunc…), elle a bien accéléré le mouvement.]

      Oui, ne serait-ce que parce que les institutions de l’UE ont servi comme instrument aux néo-libéraux pour imposer leurs vues à l’ensemble des nations européennes, avec la complicité plus ou moins active de leurs élites nationales. Mais dans ce domaine, l’UE n’est qu’un instrument, et non la cause principale. On voit d’ailleurs le même phénomène dans des pays non-européens.

      Mais la transformation tient surtout à la volonté des classes intermédiaires et de la bourgeoisie de ne plus payer pour les autres, ces autres dont ces couches sociales n’ont plus besoin. Pourquoi payer la police ou l’hôpital qui bénéficie à tous, alors qu’on peut se contenter de payer la clinique privée et les vigiles qui protègent votre résidence fermée ? L’idéologie libérale-libertaire a servi à justifier cette posture.

      [Comment alors ne pas se dire, un peu honteusement (effectivement), que c’était mieux avant…]

      Vous voyez bien mon (notre) dilemme…

  3. Richard dit :

    J’ai un fils autiste. Sa petite soeur (elle avait 12 ans) quand on lui explique l’avenir de son frère, combien ça coûte (surtout avec l’argent public) elle n’a rien trouvé de mieux que de dire “mais il ne sert à rien, pourquoi il faut dépenser tout cet argent ?”. Je n’ai pas aimé sa réaction mais je ne pouvais qu’admettre qu’il y avait un fond de vérité. C’est là ou j’ai expliqué que la marque d’une civilisation est la manière dont elle traite les plus faibles d’entre eux.
    Ceci dit je vois que l’argent que coûte mon fils à la collectivité n’est pas très bien dépensé. Si l’état me donnait directement l’ensemble des ressources dépensés pour lui je suis certain que je pourrais mettre en place ce qu’il faut jusqu’à la fin de ma vie et aussi jusqu’à la fin de sa vie. On aurait même probablement les moyens de prendre en charge une autre personne autiste !

    • Descartes dit :

      @ Richard

      [J’ai un fils autiste. Sa petite soeur (elle avait 12 ans) quand on lui explique l’avenir de son frère, combien ça coûte (surtout avec l’argent public) elle n’a rien trouvé de mieux que de dire “mais il ne sert à rien, pourquoi il faut dépenser tout cet argent ?”. Je n’ai pas aimé sa réaction mais je ne pouvais qu’admettre qu’il y avait un fond de vérité. C’est là où j’ai expliqué que la marque d’une civilisation est la manière dont elle traite les plus faibles d’entre eux.]

      Je suis d’accord avec cette réponse. Vous pourriez même lui parler de la théorie de la justice de John Rawls, qui veut qu’une décision soit juste lorsqu’elle est prise par une personne qui ne saurait pas de quel côté du conflit d’intérêts il pourrait se trouver. Pour celui qui n’est pas autiste, dépenser autant d’argent dans le traitement de l’autisme peut paraître du gâchis. Mais si nous étions autistes, nous penserions probablement différemment…

      Surtout, ne croyez pas que j’aie quelque chose contre les autistes, ou les handicapés en général. Je suis tout à fait favorable à ce que la société consacre une partie de la richesse produite à aider ceux qui se sont trouvés du mauvais côté du sort. Il reste à nous entendre sur l’étendue de l’effort que la société doit y consacrer, étant entendu que les moyens qu’on consacre à cet objectif devront être dégagés en sacrifiant un autre. Ce n’est pas un choix moral : rares sont les buts qui justifient un sacrifice illimité de la part de la société.

      [Ceci dit je vois que l’argent que coûte mon fils à la collectivité n’est pas très bien dépensé. Si l’état me donnait directement l’ensemble des ressources dépensés pour lui je suis certain que je pourrais mettre en place ce qu’il faut jusqu’à la fin de ma vie et aussi jusqu’à la fin de sa vie. On aurait même probablement les moyens de prendre en charge une autre personne autiste !]

      Vous abordez là un autre sujet : l’utilisation efficace des moyens publics… on pourrait écrire un livre là-dessus. Mais je ne suis pas persuadé qu’on puisse en général dire qu’en donnant les moyens aux agents privés on aurait une meilleure utilisation… même si cela peut être vrai dans un cas particulier.

      • Jopari dit :

        [Je suis d’accord avec cette réponse. Vous pourriez même lui parler de la théorie de la justice de John Rawls, qui veut qu’une décision soit juste lorsqu’elle est prise par une personne qui ne saurait pas de quel côté du conflit d’intérêts il pourrait se trouver. Pour celui qui n’est pas autiste, dépenser autant d’argent dans le traitement de l’autisme peut paraître du gâchis. Mais si nous étions autistes, nous penserions probablement différemment…]

        Un autre argument qui pourrait être plus parlant serait de dire qu’une personne valide ne le sera pas toujours (accident du travail, de la circulation, maladie).

        [Mais je ne suis pas persuadé qu’on puisse en général dire qu’en donnant les moyens aux agents privés on aurait une meilleure utilisation… même si cela peut être vrai dans un cas particulier.]

        Surtout qu’il faut compter avec les économies d’échelle et les couts incompressibles.

        Prenons, par exemple, les chèques-éducation: si on reversait, à chaque foyer, le cout moyen de la scolarité de leurs enfants scolarisés, à charge aux parents de choisir l’établissement de leur choix, chacune de ces écoles aura des couts fixes tels que le bâti (acheté ou loué) et les couts de certains enseignements nécessitant beaucoup de matériel (sciences expérimentales, EPS), tout cela étant bien mieux amorti si utilisé un grand nombre de fois pour faire baisser le cout unitaire; de plus, il faudrait contrôler ces établissements pour s’assurer qu’ils soient bien aux normes. Tout cela rend le versement de ces fonds directement aux établissements bien moins cher que ces chèques.

        Idem dans le cas des handicapés: il faudrait s’assurer que chacun de ces établissements soit correctement conçu et qu’il y ait du personnel qualifié, pour éviter les charlatans et autres aigrefins. Ce personnel qualifié ne se trouve pas facilement, ce qui nécessite des salaires élevés, et, de plus, on doit pouvoir lui donner un plein-temps. De plus, il y a du matériel spécialisé et cher, tel que bibliothèques en Braille ou matériel ergonomique, qu’il faut amortir le plus possible.

  4. Vincent dit :

    J’aime beaucoup cet article, qui aborde l’économie de la même manière que je l’aborde moi même : en faisant abstraction des considérations monétaires, la monnaie ne devant être qu’un outil pour permettre au reste de fonctionner.

    Je suis d’accord, une fois n’est pas coutume, avec tout ce que vous écrivez.

    Mais il me semble que vous êtes passé à côté de l’éléphant au milieu de la pièce : le chômage. La richesse est, grosso modo, égale à la quantité de travail fournie par les français. Le raisonnement qui consiste à dire : “si on veut faire cette chose, il faut renoncer à en faire une autre” est valable à nombre de travailleurs constants. Mais c’est loin d’être le cas.
    J’imagine qu’une politique intelligente permettrait de remettre d’aplomb nos infrastructures, etc. en faisant appel à notre armée de réserve : les chômeurs.

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [Mais il me semble que vous êtes passé à côté de l’éléphant au milieu de la pièce : le chômage. La richesse est, grosso modo, égale à la quantité de travail fournie par les français.]

      Pas tout à fait. Autrement, le PIB par habitant devrait être aujourd’hui inférieur à celui de 1960. Il ne faut pas oublier dans l’équation l’augmentation de la productivité…

      Je n’ai pas « oublié » le chômage. Mais je ne voulais pas compliquer le raisonnement. Le fait est qu’aujourd’hui la France est beaucoup plus « riche » globalement qu’elle n’était en 1960, et qu’on nous explique qu’on ne peut plus se payer des infrastructures et des services publics qu’on pouvait pourtant se payer en 1960. Comment expliquer cela ?

      Bien entendu, si EN PLUS nous pouvions mettre au travail les chômeurs, nous disposerions d’une richesse nationale ENCORE plus grande et l’écart serait ENCORE plus étonnant… mais même en supposant qu’on garde cinq millions de chômeurs, la question se pose.

      [Le raisonnement qui consiste à dire : “si on veut faire cette chose, il faut renoncer à en faire une autre” est valable à nombre de travailleurs constants. Mais c’est loin d’être le cas. J’imagine qu’une politique intelligente permettrait de remettre d’aplomb nos infrastructures, etc. en faisant appel à notre armée de réserve : les chômeurs.]

      Tout à fait. Mais nous devrions pouvoir le faire même sans cela. Si on pouvait payer en 1960, pourquoi ne le pourrions-nous pas aujourd’hui ? Mais à supposer même qu’on remette les chômeurs au travail, la question du choix se poserait toujours, car la ressource ainsi créée pourrait être consacré à beaucoup de choses différentes.

      • Vincent dit :

        [Tout à fait. Mais nous devrions pouvoir le faire même sans cela. Si on pouvait payer en 1960, pourquoi ne le pourrions-nous pas aujourd’hui ? Mais à supposer même qu’on remette les chômeurs au travail, la question du choix se poserait toujours, car la ressource ainsi créée pourrait être consacré à beaucoup de choses différentes. ]

        J’ai du mal à imaginer comment. Le coût de la santé a explosé. Mais personne n’accepterait de revenir dessus. Et je ne vois pas grand chose auquel la société puisse renoncer aisément.
        Schématiquement, il y a le peuple des gilets jaunes , les 80%, qui ont juste le nécessaire, et pas beaucoup plus. Sauf à considérer que partir une fois par an en vacances soit vraiment un luxe. Et ceux qui ont trop d’argent, soit une (petite, je pense) partie des 20% restants. Dont font notamment partie les célibataires et surtout les couples sans enfants, bien connus des publicitaires (TINK : Two Incomes No Kid). Ce sont à eux qu’on peut essayer de refourguer des choses superflues, les autres ont besoin de leur argent.
        Mais même si (et je ne vois pas comment) on réussissait à capter cet argent à ceux qui n’en ont pas besoin, cela ne serait pas d’un ordre de grandeur suffisant.

        Si on considère que les chômeurs d’aujourd’hui réussissent tout de même à vivre, avec les aides dont ils disposent. Si le fait pour eux de travailler augmentait de25% leur revenu disponible, cela signifie que, pour la collectivité, on peut les faire travailler pour un coût qui n’est que 20% de leur salaire net. Mettons 450€ par mois. Cela représente 27 milliards pour 5 millions de personnes qui travailleront.
        Soit à la grosse 20% d’augmentation du nombre de personnes au travail pour une ponction de moins de 1.5% du PIB. Même si la productivité de nouveaux travailleurs est trois fois moindre que celle des autres, cela reste très intéressant !
        Mes chiffres sont peut être trop approximatifs, mais je pense ne pas être loin de l’ordre de grandeur.

        Petite remarque supplémentaire :
        Les gains de productivité ont été considérables dans certains domaines… Mais pour des plombiers, couvreurs, ou infirmières, pas tellement. Si bien que certaines choses qui sont indispensables coûtent aussi cher qu’avant (en terme d’heures travaillées), avec une augmentation des besoins (on le devine facilement pour les infirmières. Mais pour les logements aussi, avec l’augmentation de la part de retraités d’une part, et l’augmentation des familles séparées ‘autre part, il faut plus de m2 qu’avant pour loger autant de monde.).

        Encore une petite remarque :
        Quand on parle d’argent gaspillé, je ne peux pas m’empêcher de penser à la richesse créée par les gens qui bossent dans les tours de la Défense (pour caricaturer).
        Certes, il y a certainement quelques ingénieurs, statisticiens, projeteurs, qui bossent sur des choses concrètes. Mais dans leur immense majorité, j’ai l’impression qu’il s’agit de boulots qui tournent en rond, et où la société fonctionnerait aussi bien s’ils n’existaient pas. Et comme par hasard, on y retrouve une quantité astronomique de salaires délirants…

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [J’ai du mal à imaginer comment. Le coût de la santé a explosé. Mais personne n’accepterait de revenir dessus.]

          Et pourquoi pas ? On pourrait atteindre les mêmes résultats en mettant l’accent sur la prévention plutôt que sur le traitement (par exemple, en revalorisant la médecine de prévention à l’école ou à l’entreprise). Le coût de la santé a explosé parce que le système de santé est financé à caisse ouverte, et que certains professionnels se sucrent là-dessus en poussant à la consommation.

          [Et je ne vois pas grand-chose auquel la société puisse renoncer aisément.]

          « Aisément », je ne sais pas. Mais en pratique on « renonce » à des choses tous les jours : cela fait trente ans qu’on « renonce » aux petites lignes de chemin de fer. On « renonce » à un hôpital de qualité. On « renonce » à l’électricité propre et pas chère. On « renonce » à une recherche préparant l’avenir. On « renonce » à une éducation de qualité. On « renonce » au plein emploi. Ces « renoncements » sont restés invisibles pendant longtemps, mais ils n’existent pas moins, et aujourd’hui ils commencent à se voir.

          Mon point, est qu’il faudrait un débat public à l’heure de savoir à quoi un « renonce ». Personnellement, je vois des « renoncements » moins douloureux que ceux auxquels nous souscrivons aujourd’hui implicitement. On pourrait par exemple « renoncer » à une publicité omniprésente, à une communication pléthorique qui s’immiscent dans tous les chapitres de notre vie. Et je ne trouve pas que ce soit très « douloureux » de renoncer à avoir deux cents chaines sur notre téléviseur, dont 199 sont absolument impossibles à regarder sans débrancher son cerveau préalablement. On pourrait franchement renoncer sans beaucoup de peine aux subventions aux éoliennes et aux panneaux solaires, à la prime à la casse et à la chaudière à un euro… Et je n’aborde même pas le chapitre des réglementations absurdes (accessibilité handicapés, sécurité ascenseurs, etc.) qui grèvent considérablement les coûts de construction.

          [Schématiquement, il y a le peuple des gilets jaunes, les 80%, qui ont juste le nécessaire, et pas beaucoup plus. Sauf à considérer que partir une fois par an en vacances soit vraiment un luxe.]

          Mais ces 80% « qui ont juste le nécessaire » paient aussi le superflu. Prenez par exemple cette publicité constante qui nous agresse quel que soit le média que vous regardez. Qui, à votre avis, paye ces panneaux qui fleurissent dans notre paysage, ces écrans animés qui vous agressent dans le métro, ces fenêtres qui s’ouvrent sur votre ordinateur, ces réclames qui interrompent nos programmes de télévision pour nous matraquer ? Et bien, ce sont les acheteurs de ces produits – parmi eux, les 80% « qui ont juste le nécessaire » qui le payent. Prenez par exemple le subventions aux énergies renouvelables : qui paye la CSPE pour financer éoliennes et panneaux solaires ? Et bien, ce sont les consommateurs d’électricité, et donc ces mêmes 80%…

          Il y a un double problème : d’un côté, la réduction des moyens du secteur public qui ont été transférés dans les poches privées. Il est clair que ce transfert a bénéficié essentiellement aux classes supérieures et intermédiaires, et beaucoup moins aux couches populaires. Ce n’est donc pas en réduisant la dépense de ces dernières qu’on peut résoudre le problème. Mais il y a un autre phénomène, qui est le fait que notre société consacre collectivement de plus en plus de moyens à des choses inutiles, et que ces moyens sont nécessairement soustraits à des fonctions utiles. Et dans beaucoup de cas – c’est par exemple le cas de la publicité – c’est le fonctionnement du marché qui pousse à la dépense.

          [Et ceux qui ont trop d’argent, soit une (petite, je pense) partie des 20% restants. Dont font notamment partie les célibataires et surtout les couples sans enfants, bien connus des publicitaires (TINK : Two Incomes No Kid). Ce sont à eux qu’on peut essayer de refourguer des choses superflues, les autres ont besoin de leur argent.]

          Cela dépend de ce que vous appelez « superflu ». Remplacer sa voiture tous les cinq ans, alors qu’un véhicule de nos jours peut rouler convenablement pendant dix ans au moins, est ce « indispensable » ? Posez-vous la question de savoir dans combien de cas on remplace des objets parfaitement fonctionnels pour « être à la mode » ou plus bêtement « pour avoir du neuf ». Et puis, avons-nous vraiment besoin d’avoir sur notre télé 200 chaînes dont les deux tiers transmettent des téléfilms sirupeux de noël ?

          [Mais même si (et je ne vois pas comment) on réussissait à capter cet argent à ceux qui n’en ont pas besoin, cela ne serait pas d’un ordre de grandeur suffisant.]

          Le moyen de capter cet argent est très simple : ça s’appelle l’impôt. Quant au montant, je pense que vous sous-estimez le coût du « superflu » dans notre société.

          [Si on considère que les chômeurs d’aujourd’hui réussissent tout de même à vivre, avec les aides dont ils disposent. Si le fait pour eux de travailler augmentait de25% leur revenu disponible, cela signifie que, pour la collectivité, on peut les faire travailler pour un coût qui n’est que 20% de leur salaire net. Mettons 450€ par mois. Cela représente 27 milliards pour 5 millions de personnes qui travailleront. Soit à la grosse 20% d’augmentation du nombre de personnes au travail pour une ponction de moins de 1.5% du PIB. Même si la productivité de nouveaux travailleurs est trois fois moindre que celle des autres, cela reste très intéressant !]

          Vous surestimez un peu le poids du chômage. Aujourd’hui, le taux de chômage chez nous est de l’ordre de 9%. Mettre les chômeurs au travail n’augmenterait que de 9% le nombre de personnes au travail, et non 20%. Par ailleurs, vous mettriez au travail la fraction la moins productive du salariat, ce qui rend l’équilibre du dispositif moins favorable que vous ne le pensez, d’autant plus qu’il faudrait trouver du capital – machines, matières premières – pour faire travailler ces chômeurs, ce qui rend la chose encore moins rentable.

          Le problème est l’effet de ce mécanisme sur la fixation du salaire. En effet, si je peux embaucher un travailleur pour 450 €, pourquoi irais-je embaucher un employé au SMIC ? Comme employeur, mon intérêt est de virer tout le monde et embaucher des chômeurs… qui seront partiellement payés par l’assurance chômage. Votre raisonnement préfigure en fait le « revenu d’existence » façon Hamon.

          [Petite remarque supplémentaire : Les gains de productivité ont été considérables dans certains domaines… Mais pour des plombiers, couvreurs, ou infirmières, pas tellement.]

          Je vois mal ce qui vous fait dire ça. Ce n’est pas la même chose de travailler comme couvreur avec des machines modernes (meuleuse, disqueuse, équipement à souder thermostatique) que de le faire avec le marteau et les ciseaux de ferblanterie. Même chose pour le plombier : les raccords standardisés, l’usage de matériaux nouveaux (PVC collé plutôt que métal soudé), les outillages portatifs… Et même chose les infirmières : pensez à l’époque où il fallait stériliser les matériels de chirurgie dans des autoclaves manuels qu’il fallait surveiller, alors que maintenant l’autoclave assure la bonne température automatiquement. Aavant, l’infirmière devait passer la nuit assise à côté du patient, scrutant son pouls et sa respiration. Aujourd’hui, une machine contrôle les rythmes vitaux et sonne une alarme lorsque ceux-ci sortent de la normale. Avec une seule infirmière vous avez le niveau de service que vous aviez hier avec dix…

          • Vincent dit :

            [Vous surestimez un peu le poids du chômage. Aujourd’hui, le taux de chômage chez nous est de l’ordre de 9%]

            Pour la catégorie A, oui. Mais si on les mélange toutes, c’est bien davantage. J’ai volontairement gonflé le chiffre pour fixer un peu les ordres de grandeur.

            [Le problème est l’effet de ce mécanisme sur la fixation du salaire. En effet, si je peux embaucher un travailleur pour 450 €, pourquoi irais-je embaucher un employé au SMIC ? Comme employeur, mon intérêt est de virer tout le monde et embaucher des chômeurs…]

            Je pense que vous n’avez pas bien compris mon point. Je suppose que les chômeurs toucheront en moyenne, en net, mettons 500€ de plus que ce qu’ils touchent au chômage. Si un chômeur touche, en allocations chômage, et autres allocations diverses auxquelles il n’aura plus droit une fois au travail, 800 € par mois, je suppose qu’il en touchera, en net, 1300. Et donc que son patron versera, entre les différentes charges et le salaire, de l’ordre de 1700 / 1800.

            Mais en faisant cela, cela permet de réduire de 800€ ce que verse la collectivité. Et permet d’augmenter de 500 € les cotisations sociales perçues par la collectivité. Soit 1300€ d’économies pour la collectivité.

            Si on le fait pour un individu, ça s’arrête là.

            Mais si on regarde au niveau macroéconomique, si ce mécanisme est multiplié par, mettons, 1 million :
            La collectivité (privé, public…) verse, charges comprises, 1.800 milliard de salaire chargé. Dont 0.5 en charges qui vont à la Sécu. Et Il y a 0.8 milliards d’économies de prestations qui ne sont plus à verser. Soit 1.3 milliards de delta positif pour la Sécu.

            On voit bien que, collectivement, la société a versé 1.8 milliards, mais en a récupéré 1.3. Le coût réel n’est que de 0.5 milliards.

            Naturellement, est il possible d’enclencher un tel mécanisme tout en réduisant la part de la dépense publique… C’est douteux.

            [Par ailleurs, vous mettriez au travail la fraction la moins productive du salariat, ce qui rend l’équilibre du dispositif moins favorable que vous ne le pensez]

            C’est vrai. C’est ce que je voulais dire en écrivant : “Même si la productivité de nouveaux travailleurs est trois fois moindre que celle des autres…

            Sinon, sur vos considérations relatives aux gaspillages nombreux qui existent… Cela me désespère également. Mais comment pourrait on agir ???

            – Plafonner le prix des cosmétiques (qui ne vendent au final que de la pub) ?
            – Limiter la proportion des ressources pouvant être fournies par la pub à des chaines de télé ? Ca revient à offrir à des oligarques le monopole de la possession de chaines de télé…
            – éviter de jeter son téléphone tous les 5 ans ? Quand le système d’exploitation ne peut pas être changé, et que les applications, l’une après l’autre, ne sont plus compatibles avec le système d’exploitation de votre tel (c’est exactement ma situation actuelle), comment fait on ? Faut il imposer le logiciel libre à tous les ordinateurs et téléphones vendus en France ?
            – Quand on doit jeter un réfrigérateur à cause d’un gond pété, car le réfrigérateur n’a pas été conçu pour être réparable…
            – Pour la voiture, quand des municipalités, comme Paris, s’apprêtent à interdire à la circulation les véhicules trop âgés… Comment fait on ?

            Il y a certaines questions, comme la dernière, pour lesquelles la réponse est simple : il suffit de demander aux politiques d’arrêter de déconner. Mais sur bien d’autres, c’est loin d’être aussi simple…

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [Pour la catégorie A, oui. Mais si on les mélange toutes, c’est bien davantage. J’ai volontairement gonflé le chiffre pour fixer un peu les ordres de grandeur.]

              Justement, vous le gonflez un peu trop. Si vous sortez de la catégorie A, votre raisonnement cesse d’être valable parce que vous entrez dans le cadre de gens qui ne sont pas prêts à travailler pour diverses raisons.

              [Je pense que vous n’avez pas bien compris mon point. Je suppose que les chômeurs toucheront en moyenne, en net, mettons 500€ de plus que ce qu’ils touchent au chômage. Si un chômeur touche, en allocations chômage, et autres allocations diverses auxquelles il n’aura plus droit une fois au travail, 800 € par mois, je suppose qu’il en touchera, en net, 1300. Et donc que son patron versera, entre les différentes charges et le salaire, de l’ordre de 1700 / 1800.]

              Oui, mais le patron ne semble pas prêt à verser à ces travailleurs-là de l’ordre de 1700/1800 €. Et s’il le fait pas, c’est tout simplement qu’il ne retrouve pas son compte, parce que ces travailleurs ne produiront pas une valeur qui permette de couvrir leur salaire et le capital investi pour les faire travailler. Votre raisonnement est juste sur le plan macroéconomique. Encore faut-il répartir les charges pour que ça tourne du point de vue microéconomique. Et on revient alors à un problème difficile : pour que ces travailleurs trouvent un emploi, il faut subventionner leur salaire…

              [Mais en faisant cela, cela permet de réduire de 800€ ce que verse la collectivité. Et permet d’augmenter de 500 € les cotisations sociales perçues par la collectivité. Soit 1300€ d’économies pour la collectivité.]

              Et si au lieu de leur payer 1700 € il les paye 17.000€, les cotisations sociales perçues par la collectivité sont multipliées par dix. Mais vous voyez-bien qu’il y a un problème : pourquoi l’employeur irait chercher ces travailleurs ?

              [Sinon, sur vos considérations relatives aux gaspillages nombreux qui existent… Cela me désespère également. Mais comment pourrait on agir ???]

              Très difficilement, surtout dans une logique « concurrentielle », puisque la publicité est en grande partie alimentée par la logique de concurrence. Lorsqu’EDF était un monopole public, pas besoin de faire de la publicité. Mais certaines mesures restent possibles :

              1) Limitation sévère de la publicité dans l’espace public (affichages, écrans publicitaires…).
              2) Financement d’Etat pour les média sans publicité – ce qui par effet de comparaison limiterait les recettes publicitaires des médias qui en ont.
              3) Imposition de la compatibilité montante aux nouveaux logiciels : les éditeurs sont tenus sauf impossibilité technique de maintenir la possibilité de faire tourner leur logiciel sur les versions anciennes des systèmes d’exploitation ayant moins de dix ans.

              [– Quand on doit jeter un réfrigérateur à cause d’un gond pété, car le réfrigérateur n’a pas été conçu pour être réparable…]

              Cette question est bien plus épineuse. Si beaucoup d’équipements ne sont pas réparables, c’est parce que le coût du neuf est tellement faible que les rendre « réparables » est une aberration économique. La question est d’incorporer dans le prix du neuf toutes les externalités. Si après cela le neuf reste compétitif… alors il vaut mieux ne pas réparer. Par contre, il faudrait étendre les durées de garantie, de façon à ce que le coût reflète la véritable durée de vie, encourageant les industriels à fabriquer des équipements durables.

              [– Pour la voiture, quand des municipalités, comme Paris, s’apprêtent à interdire à la circulation les véhicules trop âgés… Comment fait on ?]

              On oblige la collectivité prenant cette décision à indemniser ceux qui sont lésés par la mesure. De cette façon, on ferait apparaître le véritable coût de la décision.

          • Gugus69 dit :

            —Et pourquoi pas ? On pourrait atteindre les mêmes résultats en mettant l’accent sur la prévention plutôt que sur le traitement (par exemple, en revalorisant la médecine de prévention à l’école ou à l’entreprise). —

            Là, ami et camarade, c’est un peu plus compliqué que ça.
            Jean de Kervasdoué vous expliquerait que, PARCE QUE la prévention fait vivre les gens plus longtemps … Ils vont donc coûter plus cher. C’est une constante : plus la population vieillit, plus les dépenses de santé s’envolent. Une excellente politique de santé, comme celle qu’a connu la France depuis la Libération, fabrique des octogénaires et des nonagénaires, qui sont des gouffres financiers !
            On peut s’en désoler, mais on peut aussi l’assumer. La santé coûtera de plus en plus cher, et c’est normal.
            Ensuite, on peut se demander s’il est indispensable que la sécurité sociale prenne en charge les fécondations in vitro des couples de lesbiennes qui sont biologiquement parfaitement aptes à procréer “naturellement”.
            De ce point de vue, vous avez raison : il faut faire des choix.

            • Descartes dit :

              @ Gugus69

              [Là, ami et camarade, c’est un peu plus compliqué que ça. Jean de Kervasdoué vous expliquerait que, PARCE QUE la prévention fait vivre les gens plus longtemps … Ils vont donc coûter plus cher.]

              Je doute fort que Jean de Kervasdoué, pour qui j’ai le plus grand respect, me dise pareille chose. Le fait de vivre plus longtemps n’implique nullement qu’on « coûte plus cher ». Au contraire : lorsque l’espérance de vie était de 40 ans, on investissait pour élever et éduquer un enfant dont la période productive était avec de la chance de 25 ans. Aujourd’hui, avec une espérance de vie qui dépasse les 70 ans, on peut espérer qu’il reste productif pendant 45 ans et plus ! Cette augmentation de la rentabilité de l’investissement initial couvre très largement les coûts supplémentaires de santé. Vous noterez d’ailleurs que si le prolongement de la durée de vie augmentait les coûts, les sociétés s’appauvriraient au fur et à mesure que l’espérance de vie augmente. Or, c’est l’inverse qu’on observe.

              [C’est une constante : plus la population vieillit, plus les dépenses de santé s’envolent. Une excellente politique de santé, comme celle qu’a connu la France depuis la Libération, fabrique des octogénaires et des nonagénaires, qui sont des gouffres financiers !]

              Mais qui sont aussi productifs pendant une période beaucoup plus longue, rentabilisant ainsi beaucoup plus fortement l’investissement nécessaire pour les éduquer, les former et les maintenir en bonne santé. Au risque de me répéter : vieillissement et enrichissement vont de pair, et les sociétés très jeunes sont souvent… les plus pauvres.

              • Gugus69 dit :

                —Je doute fort que Jean de Kervasdoué, pour qui j’ai le plus grand respect, me dise pareille chose. Le fait de vivre plus longtemps n’implique nullement qu’on « coûte plus cher ». Au contraire : lorsque l’espérance de vie était de 40 ans, on investissait pour élever et éduquer un enfant dont la période productive était avec de la chance de 25 ans. Aujourd’hui, avec une espérance de vie qui dépasse les 70 ans, on peut espérer qu’il reste productif pendant 45 ans et plus ! Cette augmentation de la rentabilité de l’investissement initial couvre très largement les coûts supplémentaires de santé.—

                Personne ne dit le contraire, ni Jean de Kervasdoué ni moi ! Mais – vous le reconnaissez vous-même – l’augmentation de l’espérance de vie implique une augmentation importante des dépenses de santé. C’était mon seul point.
                Ce qu’explique clairement Jean de Kervasdoué, c’est qu’il est faux de prétendre qu’une politique de prévention efficace détermine une baisse des coûts de la politique de santé ; c’est même le contraire !
                De mémoire – mais sans certitude – , je crois qu’il développe cet argumentaire dans “Les prêcheurs de l’Apocalypse”.
                Pour le reste, je vous rejoins…

                • Descartes dit :

                  @ Gugus69

                  [Personne ne dit le contraire, ni Jean de Kervasdoué ni moi ! Mais – vous le reconnaissez vous-même – l’augmentation de l’espérance de vie implique une augmentation importante des dépenses de santé. C’était mon seul point.]

                  C’est une tautologie. Il est clair que soigner quelqu’un pendant 80 ans coutera plus cher que le soigner pendant 60. Mais d’un autre côté, une personne qui travaille pendant quarante ans produit plus qu’une personne qui travaille pendant trente ans. Jusqu’un certain point, les deux effets se compensent.

                  [Ce qu’explique clairement Jean de Kervasdoué, c’est qu’il est faux de prétendre qu’une politique de prévention efficace détermine une baisse des coûts de la politique de santé ; c’est même le contraire !]

                  Oui et non. Dans beaucoup de cas, la prévention réduit radicalement le coût de la santé: la vaccination contre la poliomyélite a un coût, mais soigner les personnes que la poliomyélite aura laissé handicapées à vie a un coût bien plus grand. Et même dans les cas ou la prévention augmente les dépenses de santé en prolongeant la vie des patients, elle les rends plus productifs et donc plus en mesure de payer ces dépenses. Pour le dire autrement, même lorsque la prévention ne réduit pas le coût de la santé, c’est une inversion rentable.

                  • Gugus69 dit :

                    —Pour le dire autrement, même lorsque la prévention ne réduit pas le coût de la santé, c’est une inversion rentable.—

                    Dit comme ça, ça me va. Nous pouvons tomber d’accord…

              • Un Belge dit :

                @ Descartes

                [Je doute fort que Jean de Kervasdoué, pour qui j’ai le plus grand respect, me dise pareille chose. Le fait de vivre plus longtemps n’implique nullement qu’on « coûte plus cher ». Au contraire : lorsque l’espérance de vie était de 40 ans, on investissait pour élever et éduquer un enfant dont la période productive était avec de la chance de 25 ans. Aujourd’hui, avec une espérance de vie qui dépasse les 70 ans, on peut espérer qu’il reste productif pendant 45 ans et plus ! Cette augmentation de la rentabilité de l’investissement initial couvre très largement les coûts supplémentaires de santé.]

                Lorsque l’espérance de vie était à 40 ans, ce n’était pas parceque le travailleur moyen mourait à 40 ans, mais à cause de la mortalité prématuré. L’essentiel des gens vivaient soit au-delà de 70 ans, soit mourait avant 15 ans. Une augmentation de l’espérance de vie a donc un effet assez marginal

                • Descartes dit :

                  @ Un Belge

                  [Lorsque l’espérance de vie était à 40 ans, ce n’était pas parce que le travailleur moyen mourait à 40 ans, mais à cause de la mortalité prématuré. L’essentiel des gens vivaient soit au-delà de 70 ans, soit mourait avant 15 ans. Une augmentation de l’espérance de vie a donc un effet assez marginal]

                  “L’essentiel” des gens ne vivait pas au delà de 70 ans. Ainsi, par exemple, vous pouvez consulter une étude (https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/18771/pop_et_soc_francais_380.fr.pdf) qui montre (graphique 1) que pour la population vivante à 20 ans la courbe des décès est assez plate, avec un barycentre autour de 50 ans. Une personne qui dépassait la vingtaine pouvait donc “espérer” vivre jusqu’à 50 ans, et non 70.

                  Mais à supposer même que votre vision soit exacte, il ne reste pas moins qu’avec une mortalité très forte avant 15 ans, on investissait pour faire naître, élever et éduquer des gens qui ne vivaient pas pour rentabiliser cet investissement. La prolongation de l’espérance de vie, que ce soit par le bas ou par le haut de la pyramide, permet avec le même investissement d’avoir des gens qui travaillent plus longtemps!

                  • BolchoKek dit :

                    @ Descartes

                    [Une personne qui dépassait la vingtaine pouvait donc “espérer” vivre jusqu’à 50 ans, et non 70. ]

                    Tu vas un peu vite en besogne. Comme le dit l’étude que tu cites toi-même :
                    “Un adulte sur deux approchait la soixantaine et une fraction importante la dépassait. Même s’ils étaient peu nombreux, il y avait des vieillards, dont le rôle social était important. ”
                    Un sur deux qui atteint la soixantaine, ce n’est pas négligeable, et une personne de vingt ans pouvait bien “espérer” atteindre la soixantaine. Une chance sur deux, c’est un espoir très raisonnable.
                    On note cependant que le pic des décès est vers 70 ans, ce qui est peu surprenant : même après avoir survécu à la dure vie d’antan, avec les épidémies, les disettes, les accidents, c’est l’âge vers lequel tout un tas de maladies (cancer, maladies cardio-vasculaires…) font des ravages.

                    • Descartes dit :

                      @ BolchoKek

                      [« Une personne qui dépassait la vingtaine pouvait donc “espérer” vivre jusqu’à 50 ans, et non 70. » Tu vas un peu vite en besogne. Comme le dit l’étude que tu cites toi-même : “Un adulte sur deux approchait la soixantaine et une fraction importante la dépassait. Même s’ils étaient peu nombreux, il y avait des vieillards, dont le rôle social était important. ”]

                      Si « un adulte sur deux approchait la soixantaine », cela implique que moins d’un individu sur deux l’atteignait (autrement on écrirait « un adulte sur deux dépassait la soixantaine »). En d’autres termes, on pouvait espérer atteindre la cinquantaine, et pas plus.

                      [Un sur deux qui atteint la soixantaine, ce n’est pas négligeable,]

                      Certes. Mais ce n’est pas ce que dit l’article. L’étude dit qu’un adulte sur deux APPROCHE la soixantaine, pas qu’il l’ATTEINT.

  5. Thierry Saladin dit :

    Bonjour,

    (…) S’il est vrai que le partage de la valeur ajouté a vu transférer 10% du PIB du capital vers le travail,(…)

    Ne serait-ce pas l’inverse que vous vouliez dire : S’il est vrai que le partage de la valeur ajoutée a vu transférer 10% du PIB du travail VERS le capital…?

    Bien cordialement.

    Thierry Saladin

    • Descartes dit :

      @ Thierry Saladin

      [Ne serait-ce pas l’inverse que vous vouliez dire : S’il est vrai que le partage de la valeur ajoutée a vu transférer 10% du PIB du travail VERS le capital…?]

      Content de constater qu’il y en a qui suivent… 😉
      Bien entendu, vous avez raison: il s’agit d’un transfert du travail vers le capital, et non l’inverse. J’ai corrigé le texte.

      Cordialement,

  6. Vincent dit :

    [D’abord, il faut aborder ce qu’on peut appeler les politiques de destruction volontaire de valeur.]

    On pourrait ajouter dedans les obsessions procédurales qui pèsent sur tout un chacun, que ce soit les diagnostics obligatoires pour la mise en location, les dossiers loi sur l’eau pour n’importe quelle installation industrielle, même minuscule, etc.

    [il faut signaler l’importance prise par la communication et l’apparence dans tous les ordres de l’action publique.]

    Je ne pense pas, de manière générale, qu’il faille faire trop de différence entre le privé et le public. De l’argent gaspillé par le public n’est pas non plus une bonne chose.
    Et il me semble qu’en matière de temps et d’énergie perdue en communication, le privé se défend bien (qu’il s’agisse de communication interne à tous les étages, de communication individuelle auprès de ses chefs et collègues pour faire savoir qu’on a travaillé, etc.)

    [Il faut des moyens pour les femmes battues, pour la faim en Afrique, pour les autistes en France, pour le logement étudiant, pour la lutte contre le réchauffement climatique, pour le bio dans les cantines scolaires, pour le développement des énergies renouvelables, pour le tri des déchets]

    Vous avez fait une bonne synthèse des sujets à la mode. Il en manque sans doute. Mais ce qui est assez rigolo, c’est que, sur tous ces sujets, il y a déjà beaucoup d’argent qui est mis. On met beaucoup plus sur la table pour les autistes que pour les schizophrènes. Mais le discours ambiant est qu’il faut davantage pour les autistes.
    Idem pour les ENR : on met beaucoup sur la table pour les éoliennes et le photovoltaïque (si mon souvenir est correct, c’est 20% des ENR en France, pour 90% des subventions). Mais dans le discours ambiant, c’est encore ces deux là qu’il faut subventionner…

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [On pourrait ajouter dedans les obsessions procédurales qui pèsent sur tout un chacun, que ce soit les diagnostics obligatoires pour la mise en location, les dossiers loi sur l’eau pour n’importe quelle installation industrielle, même minuscule, etc.]

      Tout à fait. Là encore, dès qu’il y a un incident tout le monde se précipite à exiger des réglementations plus sévères, des contrôles plus fréquents… et les hommes politiques cèdent pour faire plaisir aux gens ou plus banalement de peur de se faire crucifier par les ONG. Personne ne se demande bien entendu combien tout cela coûte, et si ce coût est raisonnable. Les contrôles sur les installations industrielles sont de ce point de vue caricatural : on empile des nouvelles règles, mais comme le nombre de fonctionnaires chargés du contrôle est à la baisse, cela ne fait qu’affaiblir le contrôle des réglementations existantes sans rien apporter de nouveau.

      [Je ne pense pas, de manière générale, qu’il faille faire trop de différence entre le privé et le public. De l’argent gaspillé par le public n’est pas non plus une bonne chose. Et il me semble qu’en matière de temps et d’énergie perdue en communication, le privé se défend bien (qu’il s’agisse de communication interne à tous les étages, de communication individuelle auprès de ses chefs et collègues pour faire savoir qu’on a travaillé, etc.)]

      Vous avez tout à fait raison. Je ne l’ai pas mis dans mon papier, mais j’y ai pensé : lorsqu’on raisonne en termes macroéconomiques, les moyens qu’on consacre à des activités qui ne satisfont aucun besoin sont nécessairement soustraits à la satisfaction des besoins. Et cela que les moyens en question soient publics ou privés. Les moyens qu’on consacre à la communication ou à la publicité dans le privé peuvent être rattachés aux coûts de fonctionnement du marché. Pour pouvoir survivre, il faut vendre plus que le concurrent, ce qui suppose de consacrer d’énormes moyens à la publicité et la communication. Ces moyens pourraient être utilement utilisés à améliorer les voitures… mais bien entendu, cela supposerait par exemple que l’Etat plafonne les dépenses publicitaires, parce que dans un marché les concurrents ne peuvent pas s’entendre par eux-mêmes pour le faire…

      [Vous avez fait une bonne synthèse des sujets à la mode. Il en manque sans doute. Mais ce qui est assez rigolo, c’est que, sur tous ces sujets, il y a déjà beaucoup d’argent qui est mis. On met beaucoup plus sur la table pour les autistes que pour les schizophrènes. Mais le discours ambiant est qu’il faut davantage pour les autistes.]

      Normal. Lorsque vous donnez beaucoup d’argent à une cause, quelle qu’elle soit, vous nourrissez des gens qui travaillent dans ce domaine, et qui constituent un lobby qui, à son tour, demande plus d’argent. Vous n’imaginez pas le nombre de gens qui vivent de l’autisme : psychologues, personnel d’accueil, institutions de prise en charge… des gens qui expliquent aux parents, souvent désespérés, qu’il faut plus d’argent, plus de moyens. Cela fait un lobby efficace. Par contre, la schizophrénie ne fait vivre qu’un très petit nombre de spécialistes, et du coup font beaucoup moins de bruit et obtiennent beaucoup moins d’argent…

      [Idem pour les ENR : on met beaucoup sur la table pour les éoliennes et le photovoltaïque (si mon souvenir est correct, c’est 20% des ENR en France, pour 90% des subventions). Mais dans le discours ambiant, c’est encore ces deux-là qu’il faut subventionner…]

      C’est bien pire : les ENR éolien et photovoltaïque représentent moins de 8% du total de la production électrique à eux deux : dans les 20% d’ENR, le 11% vient de l’hydraulique. Qui d’ailleurs n’est pas subventionné. En d’autres termes, on consacre la quasi-totalité des subventions à la production électrique à 8% de la production.

      Mais là encore, vous avez le même phénomène : les subventions font vivre du monde, et ce monde-là s’organise en lobby pour demander plus de subventions…

      • Vincent dit :

        [[Idem pour les ENR : on met beaucoup sur la table pour les éoliennes et le photovoltaïque (si mon souvenir est correct, c’est 20% des ENR en France, pour 90% des subventions).]]

        [C’est bien pire : les ENR éolien et photovoltaïque représentent moins de 8% du total de la production électrique à eux deux :]

        Je ne parlais pas d’électricité. Je parlais des énergies renouvelables, électriques ou non. Si on considère qu’il faut les subventionner, pourquoi pas. Mais, après vérification des chiffres, 89% des subventions aux énergies renouvelables vont à ces deux là, qui ne représentent que 11% de la totalité des énergies renouvelables en France. Et de plus, comme par hasard, les seules dont le développement ne réduit pas les émissions de CO2…

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Et de plus, comme par hasard, les seules dont le développement ne réduit pas les émissions de CO2…]

          Mais ce sont celles qui ont derrière elles un lobby puissant : le lobby antinucléaire. En effet, les autres énergies renouvelables (pour commencer, la biomasse qui est celle qui représente l’essentiel des renouvelables non électriques) ne sont pas présentables comme une alternative au nucléaire. Le photovoltaïque et l’éolien, si. Et c’est pourquoi les chevaliers de l’anti-nucléaire genre Greenpeace ou Sortir du Nucléaire en ont fait une croisade, et mettent une énorme pression sur les politiques publiques pour que les subventions aillent dans cette direction.

      • Yoann Kerbrat dit :

        [ on empile des nouvelles règles, mais comme le nombre de fonctionnaires chargés du contrôle est à la baisse, cela ne fait qu’affaiblir le contrôle des réglementations existantes sans rien apporter de nouveau]

        On dirait l’inspection du travail… En pratique cela veut dire qu’on a un droit du travail, mais qu’on peut ne pas le respecter si on ne crains pas les contrôles… Sans parler de ceux qui sont prévenus à l’avance des contrôles, afin de les rendre encore plus inoffensif.

        Je rappelle au passage la note pour novembre-décembre du ministère : contrôle uniquement des détachés. Les inspecteurs n’étaient pas très enjoués à l’idée de laisser carte blanche au patronat deux mois vis à vis des autres travailleurs…

        • Descartes dit :

          @ Yoann Kerbrat

          [On dirait l’inspection du travail… En pratique cela veut dire qu’on a un droit du travail, mais qu’on peut ne pas le respecter si on ne crains pas les contrôles… Sans parler de ceux qui sont prévenus à l’avance des contrôles, afin de les rendre encore plus inoffensif.]

          Non, je ne pensais pas à l’inspection du travail. D’autant plus que la réglementation du travail tend plutôt à se simplifier plutôt qu’à se compliquer. Je pensais plutôt au contrôle des installations classées, au contrôle sanitaire des aliments…

  7. Françoise dit :

    Houlala, il y avait quoi dans votre verre?
    Oser comparer le PIB nominal de 1960 et 2014, c’est hallucinant.

    • Descartes dit :

      @ Françoise

      [Houlala, il y avait quoi dans votre verre? Oser comparer le PIB nominal de 1960 et 2014, c’est hallucinant.]

      C’est plutôt de votre verre que vous devriez vous inquiéter. Lisez bien ce que j’ai écrit: “En euros 2014, le PIB en 1960 était de 460 Md€, il était en 2018 de 2280 Md€, soit cinq fois supérieur”. Puisque les deux sommes sont exprimées en “euros 2014”, il est clair qu’il s’agit du PIB en euros constants, et non pas une comparaison des valeurs NOMINALES. J’ajoute qu’un quadruplement du PIB en soixante ans correspond à un taux de croissance annuel moyen de 2,3%. Si la comparaison touchait les valeurs NOMINALES, le rapport serait bien plus important.

      Encore une fois, je ne peux que vous recommander une lecture attentive de ce que les autres écrivent avant d’intervenir avec votre courtoisie habituelle…

  8. Joblion dit :

    Vous pouvez aussi ajouter l’effet “Reine Rouge” bien décrit par Gaël Giraud
    https://youtu.be/n3LyVbGUFu4
    (le mécanisme n’est décrit que vers la fin)

    Je sais que vous n’aimez pas regarder les vidéos…. Je l’ai vu écrit dans une de vos
    réponses d’un précédant texte. Mais je n’ai pas de références de lecture à vous donner.

    Gaël Giraud est chef économiste de l’Agence Française de Développement
    et Père jésuite (mais classé à gauche).

    • Descartes dit :

      @ Joblion

      [Je sais que vous n’aimez pas regarder les vidéos…. Je l’ai vu écrit dans une de vos réponses d’un précédant texte. Mais je n’ai pas de références de lecture à vous donner.]

      “L’hypothèse de la Reine Rouge” est bien connue en biologie évolutive. J’imagine que c’est à cela que la vidéo fait référence.

      Je ne suis pas persuadé qu’il soit pertinent de projeter cet effet sur l’économie, sauf à se placer dans une logique de darwinisme social…

  9. DR92 dit :

    Bonjour Descartes,

    Quelques remarques :
    1/ La productivité actuelle est plutôt en berne en occident, succédant à des années de forte croissance.
    2/ Le principe de précaution et le juridisme s’est emparé de la société : il y a un écosystème qui vit très bien des normes : les hautes autorités, les avocats, cabinets de conseil, ONG, associations J’étais responsable des études d’environnement dans les années 2000 pour la construction de la Centrale du Carnet, et nous devions identifier le mille feuille de normes qui s’imposait à nous, certaines même dont la portée juridique n’était pas établie (plan Natura 2000…) Quel beens, et tout ça pour finir pas un abandon. Pour investir en France il faut être motivé ! Or à mon sens ces normes ne créent aucune valeur puisqu’on à faire à des fonctions support, et détournent au contraire les investissements de l’ingénierie.
    3/ Peu d’ingénieurs veulent aller en production, mais vont plutôt dans la Finance -> donc à Paris . Or à Paris un parisien est plus proche d’un new yorkais que de n’importe quel provincial. Il y a une solidarité des villes mondiales qui s’est créée qui ont accouché du même citoyen, bio travaillant dans le tertiaire supérieur. Et qui n’estime rien devoir à personne ni à son pays.
    4/ Dans les dépenses des entreprises, je pense que le poste Informatique a explosé : et là aussi au profit de fonctions supports. Regardez les couts d’un projet SAP.
    5/ Regardez à qui les médias donnent la parole : ce ne sont que lanceurs d’alerte souvent alarmistes et presque toujours incompétent dans leurs domaines. A ce propos il faut écouter le dialogue entre G. Erneer et JM. Jancovici sur France Culture. https://www.youtube.com/watch?v=lBox1k1bFxs
    6 / Les ingénieurs sont peu présents dans les sphères de décideurs publics, et quand ils sont présents ils se vicient rapidement de part les calculs politiques.
    7 / Je pense qu’il y a un arrière plan intellectuel de nos décideurs (qui ne sont pas scientifiques, donc maitrisent mal les grandeurs) qui est un fatras de tendances perçues comme inéluctables : le fait que dans dans la mondialisation, la France va faire du Paretto et se consacrer à ce qu’elle sait faire (luxe, voyages, bateau et sous marin, construction, éventuellement nucléaire …), le fait que la France est perçue comme trop petite pour peser, l’immigration inéluctable et la violence qui ira avec, le réchauffement climatique le fait d’être lié par des normes en tout genre qu’on sait mortifères mais qu’on n’arrive pas à dénoncer.

    En clair, tout n’est que renoncement, c’est pour vous citer “la politique du chien crevé au fil de l’eau”…
    Il est difficile d’être positif.

    DR

    Sinon nous avions eu un échange au décès de Jacques Chirac, à qui je reprochais pour ma part d’être un fake complet. Satisfaction pour moi, les ouvrages post mortem portant sur lui ne se vendent pas du tout.

    • Descartes dit :

      @ DR92

      [1/ La productivité actuelle est plutôt en berne en occident, succédant à des années de forte croissance.]

      Il ne faut pas confondre une variable et sa variation. La productivité n’est pas « en berne » : elle continue à augmenter. C’est le rythme de cette augmentation qui a ralenti. Même chose pour le PIB : le fait que la croissance ait ralenti n’implique pas que le PIB diminue.

      [2/ Le principe de précaution et le juridisme s’est emparé de la société : il y a un écosystème qui vit très bien des normes : les hautes autorités, les avocats, cabinets de conseil, ONG, associations.]

      Je ne sais pas de quelles « hautes autorités » vous parlez. Si les politiques ont la fâcheuse tendance à utiliser la législation pour exister, fabriquant en permanence des usines à gaz normatives à l’interprétation hasardeuse et dont le service rendu à l’intérêt public est douteux, la haute fonction publique aujourd’hui subit plus qu’elle n’impulse cette inflation normative. Il est clair, par contre, que la norme est utilisée par le politique, les ONG et les associations pour exister politiquement, et que les avocats et autres cabinets de conseil en sont les principaux bénéficiaires.

      [J’étais responsable des études d’environnement dans les années 2000 pour la construction de la Centrale du Carnet, et nous devions identifier le mille-feuille de normes qui s’imposait à nous, certaines même dont la portée juridique n’était pas établie (plan Natura 2000…) Quel bintz, et tout ça pour finir pas un abandon. Pour investir en France il faut être motivé ! Or à mon sens ces normes ne créent aucune valeur puisqu’on à faire à des fonctions support, et détournent au contraire les investissements de l’ingénierie.]

      Tout à fait d’accord. Le problème est que la normative est utilisée comme moyen de communication plutôt que comme moyen d’organiser la société. C’est un moyen pour les ministres, les députés ou les ONG de montrer à quoi ils tiennent, en quoi ils croient. Quitte à créer l’insécurité juridique, ouvrir la porte à des contentieux à répétition, à imposer des règles dont le coût est sans proportion avec l’avantage que la société en tire. Et effectivement, cela décourage l’investissement, car non seulement il vous faut satisfaire à cette réglementation foisonnante, mais il vous faut attendre que tous les contentieux soit « purgés ». Car il y aura toujours une association pour trainer l’autorisation dont vous bénéficiez devant le tribunal administratif, et aucune banque ne vous financera tant que l’affaire n’est pas jugée. Et entre le premier recours, l’appel, la cassation devant le Conseil d’Etat suivie éventuellement d’une nouvelle autorisation qui sera elle-même contestée… vous en avez pour dix ans. Et je ne parle même pas de certains contentieux comme ceux relatifs à la loi sur l’eau, qui permettent des recours jusqu’à six mois APRES le démarrage de l’installation… ce qui suppose que votre autorisation à exploiter peut-être annulée alors que l’investissement a déjà été fait.

      Pompidou avait raison : « il faut arrêter d’emmerder les Français ».

      [3/ Peu d’ingénieurs veulent aller en production, mais vont plutôt dans la Finance -> donc à Paris. Or à Paris un parisien est plus proche d’un new yorkais que de n’importe quel provincial. Il y a une solidarité des villes mondiales qui s’est créée qui ont accouché du même citoyen, bio travaillant dans le tertiaire supérieur. Et qui n’estime rien devoir à personne ni à son pays.]

      J’ignore où vous travaillez, mais étant moi-même parisien, je ne partage nullement votre diagnostic. Il y a un esprit parisien qui n’a rien à voir avec celui de Londres ou de New York. Le « citoyen bio » dont vous parlez est en fait une couche relativement peu nombreuse de gens travaillant dans les domaines fortement internationalisés (luxe, finance…). Je ne crois pas que le fait d’être « parisien » y change quelque chose.

      Par contre, il y a clairement un discours dominant individualiste du « je ne dois rien à personne » qui est en fait l’autre face de la médaille victimiste et anti-institutionnelle. Puisque nous sommes tous victimes d’institutions qui nous veulent du mal (l’école, l’Etat…) nous ne leur devons rien. L’individu se constitue de lui-même et contre toute collectivité. La tragédie est que les seuls à offrir un discours alternatif sont les fondamentalistes religieux…

      [4/ Dans les dépenses des entreprises, je pense que le poste Informatique a explosé : et là aussi au profit de fonctions supports. Regardez les couts d’un projet SAP.]

      Vrai. Mais ces dépenses sont censées être des investissements, dont on doit trouver la contrepartie dans une augmentation de la productivité. On ne peut donc pas les considérer comme une diminution de la richesse globale disponible.

      [5/ Regardez à qui les médias donnent la parole : ce ne sont que lanceurs d’alerte souvent alarmistes et presque toujours incompétent dans leurs domaines.] 6 / Les ingénieurs sont peu présents dans les sphères de décideurs publics, et quand ils sont présents ils se vicient rapidement de par les calculs politiques.]

      On trouve là les conséquences de l’irrationalisme soixante-huitard : le « ressenti » s’impose aux faits, aux savoirs, aux recherches. Avec l’avantage considérable que, contrairement à la connaissance des faits, le « ressenti » ne nécessite aucun travail, aucune discipline particulière. Si la communication a pris une telle place dans notre société, c’est précisément parce que les opinions subjectives ont aujourd’hui plus de poids que les faits objectifs. Le débat sur l’homéopathie est un exemple presque caricatural : alors que TOUS les essais en double aveugle montrent que les médicaments homéopathiques n’ont aucun effet, vous trouverez des gens éduqués qui vous soutiendront que dans leur cas particulier, l’homéopathie les a guéris de telle ou telle maladie…

      Quant à la présence d’ingénieurs dans la décision publique… le propre de l’ingénieur, c’est qu’il est formé pour résoudre les problèmes qui existent, et non pour traiter des problèmes qui n’existent pas, quand bien même ils seraient « ressentis ». C’est pourquoi ils sont particulièrement mal armés pour évoluer dans un monde dominé par le « ressenti ». Que peut dire un ingénieur à un ministre qui veut fermer une centrale nucléaire non pas parce qu’elle est dangereuse, mais parce que ses électeurs ont le sentiment qu’elle l’est, à part « vous avez tort » ?

      [7 / Je pense qu’il y a un arrière-plan intellectuel de nos décideurs (qui ne sont pas scientifiques, donc maitrisent mal les grandeurs) qui est un fatras de tendances perçues comme inéluctables (…) En clair, tout n’est que renoncement, c’est pour vous citer “la politique du chien crevé au fil de l’eau”…]

      Et pas seulement de nos décideurs. Mais il faut noter que cet arrière-plan est par certains côtés une constante de notre histoire. Pour revenir sur une idée qui m’est chère, il y a toujours eu dans notre histoire une tension entre une « grande France » à vocation mondiale, curieuse, agressive, entreprenante, et une « petite France » renfermée sur ses petites affaires, ne pensant qu’à s’enrichir et jouir de son petit bonheur quitte à laisser à d’autres les affaires du monde. La « grande France », c’est la plaisanterie de De Gaulle s’adressant à un officier qui pointait une question stratégique sur la carte de France, et à qui mongénéral avait conseillé de « regarder ça dans une mappemonde ». La « petite France » est celle qui se demande si cela vaut la peine de sortir de chez soi et « mourir pour Dantzig ».

      Les excès de la « grande France » ont souvent conduit à des désastres. Mais la domination de la « petite France » a conduit toujours à des capitulations douloureuses et in fine bien plus désastreuses. Or, nous sommes dominés aujourd’hui par la « petite France », chacun s’occupant de son jardin et se demandant s’il est vraiment nécessaire d’intervenir au Mali alors qu’il manque de l’argent pour suivre les femmes battues en France.

      Tenez, je vais vous surprendre : autant j’ai été fier lorsque quatre millions de Français sont descendu dans la rue après le massacre à Charlie Hebdo, autant j’ai froid dans le dos quand je pense que pour mobiliser les gens aujourd’hui il n’y a pas d’autre sujet que les retraites. Lorsqu’il s’est agi de défendre la propriété publique de l’électricité ou des chemins de fer, les crédits de la recherche, l’hôpital public… personne ne bouge. N’y a-t-il pas de meilleurs sujets pour se mobiliser que notre fin de vie ?

      [Sinon nous avions eu un échange au décès de Jacques Chirac, à qui je reprochais pour ma part d’être un fake complet. Satisfaction pour moi, les ouvrages post mortem portant sur lui ne se vendent pas du tout.]

      Oui, tout à fait. J’y vois une confirmation de mon hypothèse : les gens qui pleuraient Chirac pleuraient à travers lui un monde disparu. Mais Chirac en tant que personne n’intéresse pas grand monde.

      • François dit :

        @Descartes

        [(…) Les excès de la « grande France » ont souvent conduit à des désastres. Mais la domination de la « petite France » a conduit toujours à des capitulations douloureuses et in fine bien plus désastreuses. Or, nous sommes dominés aujourd’hui par la « petite France » (…)]

        Si seulement la discussion aujourd’hui était de savoir si l’on veut une « grande France » ou une « petite France ». Non, aujourd’hui la discussion est de savoir si la France doit être autre chose que le contenant d’un infâme magma multiculturel aux valeurs dégénérées. À ce propos, le récent débat entre Alain Finkielkraut et Maboula Soumahoro est hautement révélateur… Si seulement cette « intellectuelle » (guillemets plus que de rigueur) ne représentait qu’elle même, mais les Français ont largement élu président un candidat qui expliquait que la culture française ça n’existe pas, ou qui veut transformer leur pays en « start-up nation ». Ceci dit il est vrai que c’était soit ça, soit le nazisme couplé à une terrible dépression économique.
        Mépriser les maurassiens et leur « petite France » est un luxe que je ne peux plus me permettre.

        [Tenez, je vais vous surprendre : autant j’ai été fier lorsque quatre millions de Français sont descendu dans la rue après le massacre à Charlie Hebdo (…)]

        A posteriori, je dois pour une fois remercier ma procrastination de m’avoir rendu indisponible pour la manifestation du 11 janvier (je me suis toutefois rendu à la minute de silence organisée le soir même du 7 janvier dans ma commune d’alors et je ne regrette pas ce geste). Entre temps, la liberté d’expression en France s’est bien dégradée, comme en attestent les harcèlements juridiques ou physiques de personnes ayant des opinions hétérodoxes, sans que le gouvernement ne prenne des contre-mesures, ou bien même se rende coupable de restrictions à cette liberté en votant une loi contre les « fake-news ». Cette manifestation n’aura donc servi strictement à rien.
        Enfin parmi toutes ces personnes qui ont manifesté, combien se seraient rendu à cette manifestation si ça avait été la rédaction de Valeurs Actuelles qui avait été plombée ?

        • Descartes dit :

          @ François

          [Si seulement la discussion aujourd’hui était de savoir si l’on veut une « grande France » ou une « petite France ». Non, aujourd’hui la discussion est de savoir si la France doit être autre chose que le contenant d’un infâme magma multiculturel aux valeurs dégénérées. À ce propos, le récent débat entre Alain Finkielkraut et Maboula Soumahoro est hautement révélateur… ]

          Ce débat reproduit le débat entre la « grande » et la « petite » France. Du côté de la « grande France » vous trouvez les universalistes, ceux qui, dans la plaisanterie de De Gaulle, regardent les problèmes sur une mappemonde. De l’autre, celui de la « petite France », ceux qui se concentrent sur des micro-questions concernant leurs petits intérêts, leur petite communauté, leur petit genre.

          [Mépriser les maurassiens et leur « petite France » est un luxe que je ne peux plus me permettre.]

          La question est moins de les mépriser que de les comprendre. Personnellement, je ne méprise pas la « petite France ». La grandeur de notre pays tient aussi à la tension entre ces deux pôles, et si l’un d’eux avait manqué la France n’occuperait pas la place qu’elle occupe. Cela étant dit, reste convaincu qu’aujourd’hui c’est la « petite France » qui est aux commandes. Macron est pour moi le type même du « petit Français » qui ne s’assume pas comme tel.

          [Tenez, je vais vous surprendre : autant j’ai été fier lorsque quatre millions de Français sont descendu dans la rue après le massacre à Charlie Hebdo (…)]

          [A posteriori, je dois pour une fois remercier ma procrastination de m’avoir rendu indisponible pour la manifestation du 11 janvier (…). Cette manifestation n’aura donc servi strictement à rien.]

          Je ne pense pas que cette manifestation devait « servir à quelque chose ». C’était une expression collective d’attachement à des valeurs, pas une manifestation revendicative.

          [Enfin parmi toutes ces personnes qui ont manifesté, combien se seraient rendu à cette manifestation si ça avait été la rédaction de Valeurs Actuelles qui avait été plombée ?]

          Je pense que si Valeurs Actuelles avait publié les caricatures de Mahomet et avait été massacrée en conséquence, il y aurait eu la même réaction. Seulement voilà, Valeurs Actuelles ne l’a pas fait, alors on ne peut pas savoir…

      • Richard dit :

        [[4/ Dans les dépenses des entreprises, je pense que le poste Informatique a explosé : et là aussi au profit de fonctions supports. Regardez les couts d’un projet SAP.]

        Vrai. Mais ces dépenses sont censées être des investissements, dont on doit trouver la contrepartie dans une augmentation de la productivité. On ne peut donc pas les considérer comme une diminution de la richesse globale disponible.]]

        Je suis partiellement d’accord avec DR92 quand il s’agit de la dépense sur un projet informatique tel que le NHS Britannique a entrepris et abandonné ou le logiciel de paie des armées complètement boiteux il y a quelques années. Néanmoins c’est bien un investissement (pour rejoindre Descartes) réussi quand vous avez une société comme Bouygues (quand elle ne faisait que du BTP) qui a vu l’informatique comme un investissement et a pu rendre ses chantiers beaucoup plus rentable (car plus efficaces dans leur gestion) en faisant de Bouygues une réussite remarquable par rapport à ses concurrents (en attendant bien sur que les concurrents l’imitent).

        • Descartes dit :

          @ Richard

          [Je suis partiellement d’accord avec DR92 quand il s’agit de la dépense sur un projet informatique tel que le NHS Britannique a entrepris et abandonné ou le logiciel de paie des armées complètement boiteux il y a quelques années.]

          On peut regretter effectivement que tant de projets informatiques soient mal conçus, mal réalisés et se révèlent donc de mauvais investissements. Mais cela est vrai pour n’importe quel autre investissement. La différence est que pour construire des routes l’Etat avait le corps des Ponts et Chaussées, et pour construire les centrales nucléaires le corps des Mines, alors que pour le suivi des grands projets informatiques il n’y a pas de corps technique adapté. La clairvoyance de Napoléon n’est pas arrivée jusque là, et ses successeurs n’ont pas pris le relais !

          • Ian Brossage dit :

            @Descartes

            > La différence est que pour construire des routes l’Etat avait le corps des Ponts et Chaussées, et pour construire les centrales nucléaires le corps des Mines, alors que pour le suivi des grands projets informatiques il n’y a pas de corps technique adapté.

            Il y aurait bien le corps des Télécoms… (ou ce qu’il en reste ?).

            • Descartes dit :

              @ Ian Brossage

              [Il y aurait bien le corps des Télécoms… (ou ce qu’il en reste ?).]

              Le corps des Télécoms n’est pas dans son esprit un corps destiné aux projets informatiques. Et d’ailleurs il n’existe même plus (il a été intégré au corps des Mines).

      • Jopari dit :

        [Les excès de la « grande France » ont souvent conduit à des désastres. Mais la domination de la « petite France » a conduit toujours à des capitulations douloureuses et in fine bien plus désastreuses. Or, nous sommes dominés aujourd’hui par la « petite France », chacun s’occupant de son jardin et se demandant s’il est vraiment nécessaire d’intervenir au Mali alors qu’il manque de l’argent pour suivre les femmes battues en France. ]

        Surtout que, aujourd’hui encore plus qu’il y à un siècle, où l’assassinat d’un archiduc fut le déclencheur d’une guerre mondiale généralisée, les deux aspects de la France sont liés: la “petite France” pourrait se demander, par exemple, pourquoi se préoccuper des accords de Vienne mais, en cas de crise généralisé dans cette région, l’approvisionnement en énergie pourrait en être affecté.

  10. NG dit :

    En contre-point à votre paragraphe introductif on pourrait avancer comme hypothèse explicative que ce qui a profondément changé depuis 1960 c’est la pyramide des âges de la France.

    Des vieux qui sont plus nombreux et qui ont pour caractéristique de voter davantage que toutes les autres composantes de la société… Ont-ils seulement un projet pour l’avenir ?

    • Descartes dit :

      @ NG

      [Des vieux qui sont plus nombreux et qui ont pour caractéristique de voter davantage que toutes les autres composantes de la société… Ont-ils seulement un projet pour l’avenir ?]

      L’effet explicatif de la pyramide des âges est toujours ambigu. Le gaullisme retourné au pouvoir en 1958 reposait surtout sur les “vieux”… et pourtant des “projets d’avenir” émaillent la décennie de pouvoir gaullien. A l’inverse, nous avons aujourd’hui un président de quarante ans entouré de conseillers et de ministres particulièrement jeunes. Est-ce qu’on voit pointer une promesse d’avenir là dedans ?

      • NG dit :

        Non en effet mais cette génération de happy few accepte avec plaisir et intérêt le grand jeu de la mondialisation et de l’intégration-désintégration européenne. Et elle s’appuie, électoralement, sur une importante proportion de papy-boomers qui n’y trouve rien à redire (carrière terminée + patrimoine foncier constitué).

        • Ian Brossage dit :

          @NG

          > Et elle s’appuie, électoralement, sur une importante proportion de papy-boomers qui n’y trouve rien à redire (carrière terminée + patrimoine foncier constitué).

          Je ne sais pas trop à quoi vous faites allusion. Mais si vous regardez les résultats de la présidentielle de 2017, notamment ceux de Macron et Le Pen, on y voit beaucoup plus un vote de classes (sociales) qu’une segmentation en classes d’âge…

  11. Vincent dit :

    [L’effet explicatif de la pyramide des âges est toujours ambigu. Le gaullisme retourné au pouvoir en 1958 reposait surtout sur les “vieux”…]

    Les vieux de 1958 avaient connu la guerre de 14-18 et celle de 40. C’est à dire l’éducation d’avant 1914, très patriotique, et la double confrontation à ce que peut être le tragique de notre histoire.
    Les vieux de maintenant ont connu Mai 1968, et son mouvement d’individualisme.

    Cela fait sans doute la différence. Il y a une génération, la génération babyboom grosso modo, qui est, , individualiste et au pouvoir.

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [Cela fait sans doute la différence. Il y a une génération, la génération babyboom grosso modo, qui est, individualiste et au pouvoir.]

      Tout à fait. « Le temps ne fait rien à l’affaire », comme disait Brassens. Ce n’est pas l’âge, mais l’expérience vitale des électeurs et des politiques qui compte. La génération qui a fait les deux guerres pensait probablement plus à l’avenir du pays à 80 ans que la génération des babuboomers à quarante. C’était là mon point.

      • Jordi dit :

        Un point que moi -même (et une grande partie de vos lecteurs) partagent pleinement.

        De Gaulle, Marchais, Pasqua, Chaban et autres (même Mitran) sont des hommes qui ont connu des périodes tragiques, et ont émergé. Je crains que les périodes douces que nous ont légué au prix du sang nos glorieux aînés ne favorisent une sorte de crépuscule décadent, dans lequel émergent des courtisans communicants bien plus que les chefs capables forgés à la dure flamme du tragique.

        • Descartes dit :

          @ Jordi

          [De Gaulle, Marchais, Pasqua, Chaban et autres (même Mitran) sont des hommes qui ont connu des périodes tragiques, et ont émergé. Je crains que les périodes douces que nous ont légué au prix du sang nos glorieux aînés ne favorisent une sorte de crépuscule décadent, dans lequel émergent des courtisans communicants bien plus que les chefs capables forgés à la dure flamme du tragique.]

          Tout à fait d’accord. La perte du sens du tragique explique dans une bonne mesure l’égotisme et l’incapacité de nos dirigeants.

  12. cording dit :

    Si l’on avait attendu moins longtemps le caractère obligatoire de la ceinture de sécurité dans les automobiles il y aurait eu plus rapidement moins de morts.

    • Descartes dit :

      @ cording

      [Si l’on avait attendu moins longtemps le caractère obligatoire de la ceinture de sécurité dans les automobiles il y aurait eu plus rapidement moins de morts.]

      Possiblement. Mais la société a jugé que l’accélération dans la réduction du nombre de morts ne valait pas le prix de mettre l’ensemble du parc automobile à la casse. C’est là le type de “choix” auquel je faisais référence. Je ne dis pas qu’il faille choisir une chose plutôt que l’autre, mais qu’il faut être conscient qu’on ne peut pas avoir ET l’un ET l’autre. Si nous préférons développer éoliennes et panneaux solaires plutôt que d’avoir un hôpital de qualité, c’est un choix valable. Mais on ne peut pas pousser l’un et ensuite pleurer sur l’autre. Ou plutôt si, on peut, mais c’est une attitude infantile.

      • cording dit :

        Plutôt que de mettre à la casse prématurément les automobiles non dotées d’une ceinture de sécurité on aurait pu, me semble-t-il, obliger les constructeurs à modifier les sièges voire les changer simplement et non toute l’automobile.
        Bien sûr c’est un choix, dans ma première observation, mais le coût économique pour la collectivité des morts et des blessées n’a pas été pris en compte.

        • Descartes dit :

          @ cording

          [Plutôt que de mettre à la casse prématurément les automobiles non dotées d’une ceinture de sécurité on aurait pu, me semble-t-il, obliger les constructeurs à modifier les sièges voire les changer simplement et non toute l’automobile.]

          C’est loin d’être évident. La conception des points d’attache des ceintures – qui n’est le plus souvent pas sur les sièges, mais sur la structure du véhicule – fait partie de la conception du véhicule. Il n’est pas trivial d’adapter un véhicule déjà conçu et fabriqué.

          [Bien sûr c’est un choix, dans ma première observation, mais le coût économique pour la collectivité des morts et des blessées n’a pas été pris en compte.]

          Qu’est ce qui vous fait penser ça ?

    • xc dit :

      A l’époque où le bouclage de la ceinture est devenu obligatoire, on pouvait trouver dans les quotidiens des courriers de lecteurs (il n’y avait pas encore Internet) protestant contre l’atteinte à la liberté individuelle que cela constituait, ou pas convaincus de la sécurité que cela apportait, ou que c’était contre-productif (en cas de chute dans l’eau, ou que l’éjection était préférable …), et autres arguties pour ne pas l’utiliser alors même qu’elle était installée.
      Il a fallu répéter campagne sur campagne, avec images de “crash-tests” avec mannequins, de gendarmes verbalisant, pour que l’utilisation la ceinture se généralise peu près.
      Alors, si les gens y avaient mis un peu de bonne volonté plus tôt, il y aurait eu rapidement moins de morts. Pourtant, cela ne coûtait qu’un “clic”.

  13. marc.malesherbes dit :

    (correction d’une coquille)

    “En évitant soigneusement – car personne n’a envie d’avouer son passéisme – de dire « c’était mieux avant » alors qu’en fait chacun le pense profondément.”
    pour qui a comme moi un certain âge, les progrès de la société sont époustouflants. Certes, il y a des aspects moins plaisants, et chacun, si il se fixe sur ces aspects moins plaisants, peut être déçu. En tout cas, moi qui ai connu les années 60, je ne souhaiterai surtout pas les voir revenir. Reste la question de savoir si nous pourrons poursuivre ces progrès.
    Je ne peux que faire un tableau a grand traits: d’abord pour le plus grand nombre l’augmentation considérable de tout ce qui concerne la vie personnelle à savoir de la durée de vie, l’égalité homme-femme, la santé, l’alimentation, l’habillement, l’éducation, les vacances, les déplacements, l’internet, le smartphone …
    Certes il y a quelques aspects négatifs, le revers de la médaille, principalemet le chômage, les petits boulots mal payés, l’insécurité de l’emploi mais aussi la massification (on est rarement seul), les quartiers “musulmans” (mais on n’est pas obligé d’y aller) et j’en oublie sans doute.
    La question principale est de savoir si cela peut durer (en France), ne serait-ce qu’au niveau actuel. Je suis moins optimiste en partie en raison des arguments que vous avancez. Principalement je crains qu’au niveau mondial nous ne puissions faire face au dégats du réchauffement climatique, mais il est possible qu’en France sur la façade ouest, cela ne soit pas catastrophique. Reste les désordres qui nous viendront principalement pour nous de l’Afrique. Si nous voulons garder notre niveau de vie, il nous faudra mettre des barrières sérieuses à une immigration encore plus massive qu’aujourd’hui. Nous payons déjà la Turquie et les pays de l’afrique du nord pour nous servir de barrière (comme les Anglais nous paient pour les protéger).
    En dehors de cette question, il y a notre capacité “être compétitif” vis à vis des pays tiers. Notre bilan n’est guère encourageant, comme le souligne nombre des exemples que vous avancez. Si on se référe à la tendance sur la longue période, on a l’impression qu’après notre défaite cuisante de 1940, nos dirigeants ont essayé de redresser le pays, jusqu’à la fin du Gaullisme (Pompidou). Puis est venu le temps de Giscard, le début du renoncement, qui depuis n’a pas cessé.
    Trouverons nous un nouvel élan ? je le souhaite, mais je n’en voie pas la trace. J’imagine que la France va continuer à se rétrécir, ce qu’elle a commencé avec les défaites de Louis XV face à l’Angleterre, et que l’Allemagne va consolider son ascension entamée avec la Prusse du même Louis XV. (certes il y a eu pour les deux pays des hauts et des bas, mais depuis Louis XV, la tendance est claire).
    En langage direct, cela veut dire que notre niveau vie risque bien de commencer à baisser “dans l’absolu”, ce qui n’est pas encore le cas pour le plus grand nombre.

    • Descartes dit :

      @ marc.malesherbes

      [“En évitant soigneusement – car personne n’a envie d’avouer son passéisme – de dire « c’était mieux avant » alors qu’en fait chacun le pense profondément.” pour qui a comme moi un certain âge, les progrès de la société sont époustouflants. Certes, il y a des aspects moins plaisants, et chacun, s’il se fixe sur ces aspects moins plaisants, peut être déçu. En tout cas, moi qui ai connu les années 60, je ne souhaiterai surtout pas les voir revenir.]

      Je n’ai pas dit le contraire. J’ai dit que « chacun pense profondément » que c’était mieux avant, je n’ai pas dit que cette « pensée » soit justifiée par les faits. Cela étant dit, j’apporterais quand même quelques nuances à votre propos. Oui, sur le plan matériel, technologique, scientifique, les progrès ont été époustouflants : nous vivons plus longtemps, en meilleure santé. Grâce à la toile nous avons un accès à des ressources pour nous cultiver impensable il y a à peine un demi-siècle. Pour un prix dérisoire, nous pouvons voyager au bout du monde – et revenir en bon état.

      Mais ce progrès objectif ne s’accompagne pas d’un progrès subjectif, du moins sur les quarante dernières années – je suis trop jeune pour avoir une mémoire fiable plus ancienne. Nous vivons aujourd’hui dans une société de défiance, plus dure, plus cruelle et en même temps plus superficielle. La bienveillance, la tendresse, le mérite sont des valeurs en perdition. A la question de savoir s’il valait mieux avoir 20 ans en 1970 ou en 2020, je n’ai vraiment pas de réponse.

      [La question principale est de savoir si cela peut durer (en France), ne serait-ce qu’au niveau actuel. Je suis moins optimiste en partie en raison des arguments que vous avancez. Principalement je crains qu’au niveau mondial nous ne puissions faire face au dégats du réchauffement climatique, mais il est possible qu’en France sur la façade ouest, cela ne soit pas catastrophique.]

      Sur ce point, je suis beaucoup moins pessimiste que vous. J’ai une confiance absolue dans l’être humain pour résoudre les problèmes qui se posent à lui.

      [En dehors de cette question, il y a notre capacité “être compétitif” vis à vis des pays tiers. Notre bilan n’est guère encourageant, comme le souligne nombre des exemples que vous avancez. Si on se référe à la tendance sur la longue période, on a l’impression qu’après notre défaite cuisante de 1940, nos dirigeants ont essayé de redresser le pays, jusqu’à la fin du Gaullisme (Pompidou). Puis est venu le temps de Giscard, le début du renoncement, qui depuis n’a pas cessé.]

      Je ne comprends pas ce que la « compétitivité » vient faire là-dedans. La question de gagner une compétition ne se pose que si on y participe. Or, rien, absolument rien, ne nous oblige à participer à la course au moins-disant. La question fondamentale est celle de la production : sommes-nous capables de produire suffisamment pour couvrir nos besoins ? La réponse est évidement oui. Nous sommes même capables de produire pour couvrir le superflu. Après, se pose la question de la répartition de la richesse produite. Mais la « compétitivité » n’intervient pas là dedans.

      [Trouverons nous un nouvel élan ? je le souhaite, mais je n’en voie pas la trace. J’imagine que la France va continuer à se rétrécir, ce qu’elle a commencé avec les défaites de Louis XV face à l’Angleterre, et que l’Allemagne va consolider son ascension entamée avec la Prusse du même Louis XV. (certes il y a eu pour les deux pays des hauts et des bas, mais depuis Louis XV, la tendance est claire).]

      Je pense que vous faites une lecture à rebours. Non, la tendance n’est pas aussi « claire » que vous la faites. Ainsi par exemple l’expansion coloniale française entre 1830 et 1914 va clairement dans le sens opposé. Il faut éviter de fabriquer une cohérence à postériori de l’histoire en regroupant des faits épars. Les mouvements de l’histoire sont des mouvements pendulaires beaucoup plus que des « tendances » plus ou moins claires. La « tendance » chinoise est celle d’une décadence commencée au XVIème siècle et qui s’est poursuivi « clairement » jusqu’aux années 1950. Si l’on suit votre raisonnement, on doit considérer que l’expansion chinoise aujourd’hui est un feu de paille…

      Il n’y a aucune raison structurelle qui détermine une trajectoire descendante pour notre pays et une trajectoire ascendante pour la Prusse. Imaginer une « tendance » à long terme qui n’a aucun support structurel me paraît un exercice futile.

      [En langage direct, cela veut dire que notre niveau vie risque bien de commencer à baisser “dans l’absolu”, ce qui n’est pas encore le cas pour le plus grand nombre.]

      Mais pourquoi devrait-il baisser alors que la richesse disponible augmente toujours ? Anticipez-vous une baisse du PIB à l’avenir ?
      C’était un peu cela le débat que je souhaitais poser dans mon article. Pourquoi, alors que la richesse produite dans notre pays augmente toujours, devrions nous nous résigner à une baisse dans notre niveau de vie ? La seule explication, c’est qu’une partie de cette richesse est utilisée non pas pour augmenter le niveau de vie, mais dans des dépenses inutiles.

      • RC dit :

        [Mais pourquoi devrait-il baisser alors que la richesse disponible augmente toujours ? Anticipez-vous une baisse du PIB à l’avenir ?]
        Quel crédit apportez-vous aux propos de Jancovici lorsqu’il dit qu’il nous faut choisir entre le PIB et le CO2, que la fête du pétrole est terminée et que donc la croissance du PIB est finie ?

        • Descartes dit :

          @ RC

          [Quel crédit apportez-vous aux propos de Jancovici lorsqu’il dit qu’il nous faut choisir entre le PIB et le CO2, que la fête du pétrole est terminée et que donc la croissance du PIB est finie ?]

          Je ne peux que faire un certain nombre de constatations:

          1) Cela fait des décennies qu’on prédit le “peak oil”, le “peak croissance” et autres “peaks” du même style. Pour le moment, TOUTES ces prédictions sans exception se sont révélées fausses. Sans exception. Ceux qui ont parié sur les limites de l’activité humaine ont toujours été surpris par l’ingéniosité humaine pour tourner ces limites.

          2) Je pense que Jancovici fait ici une erreur en attribuant au PIB un caractère purement matériel. Si dans un monde fini la production de biens matériels ne peut dépasser certaines limites, il y a dans la production de richesses une part d’immatériel qui, lui, n’est pas limité. La quantité d’ordinateurs que nous pouvons fabriquer est limitée, mais l’intelligence que nous pouvons mettre dans un ordinateur n’a pas de limite.

          3) Et finalement, à supposer même que Jancovici ait raison dans le long terme… vous savez qu’à long terme, nous sommes tous morts. Donc…

      • marc.malesherbes dit :

        quelques points qui me paraissent importants:

        “A la question de savoir s’il valait mieux avoir 20 ans en 1970 ou en 2020, je n’ai vraiment pas de réponse. ”
        tout dépend de l’idée que l’on se fait de l’avenir …
        Mais pour moi, le début des années 70 (avant le hausse du prix du pétrole) était certainement plus enthousiasmant pour la grande majorité de la jeunesse: pas de problème d’emploi, un avenir qui s’annonçait tous les jours meilleur.
        On peut voir 1968 comme l’apogée de cette espérance: libération des carcans de la société, un avenir prodigue de toutes les utopies, une classe ouvrière offensive pour obtenir de nouveaux avantages …

        “Il n’y a aucune raison structurelle qui détermine une trajectoire descendante pour notre pays et une trajectoire ascendante pour la Prusse. Imaginer une « tendance » à long terme qui n’a aucun support structurel me paraît un exercice futile.”

        Objection reçue, mais je reste persuadé qu’il y a une tendance structurelle dans “l’esprit des peuples”. La France est resté un pays d’une “noblesse” qui s’est désintéressée de la production (c’était “déchoir”) mais s’est beaucoup intéressé aux arts, aux lettres, aux femmes, distractions de la noblesse, alors que les anglo saxon se sont toujours investis dans les différentes formes d’activité.
        Il y aurait énormément à dire sur ce sujet.
        Jusqu’à Louis XV nous avons vécu pour la construction d’un état fort centralisé, dont la puissance était fondée sur l’armée du nombre. Nous étions le pays le plus peuplé d’Europe. Et nous avons étoffé cette puissance des arts, lettres et sciences des puissants. Et même si on se compare en nombre, nos réalisations en sciences n’étaient pas plus remarquables que celle des Italiens, anglais, germaniques …
        En comparaison de la Prusse depuis Louis XV, ce que nous avons su faire, c’est la “petite guerre” pour nous bâtir un empire colonial. Ce qui n’était pas un grand mérite. Et nous avons perdu les “grandes” guerres, faute d’une organisation technique à la hauteur (la victoire de 1914, une victoire à la Pyrrhus, un suicide démographique; les pertes allemandes étaient incomparablement plus faibles, malgré leurs deux fronts et leur défaite finale).
        En matière industrielle, nous n’avons pu rivaliser avec la GB puis la Prusse. Même chose en matière scientifique, même si nous avons réalisé encore de belles avancées. Nous avons mieux résisté en “arts et lettres”, le point fort de la noblesse.
        Existe-t-il une culture des peuples ? je le crois.
        Une anecdote: dans ma vie professionnelle, j’avais honte de nous par rapport à nos interlocuteurs allemands: nos chefs, pour marquer leur supériorité, se faisaient un devoir d’être en retard. Depuis cela a changé … mais avec combien d’années de retard … Je remarque que cela reste encore vrai dans les réunions publiques .. symbole de notre état d’esprit.

        “Principalement je crains qu’au niveau mondial nous ne puissions faire face au dégâts du réchauffement climatique …”
        “Sur ce point, je suis beaucoup moins pessimiste que vous. J’ai une confiance absolue dans l’être humain pour résoudre les problèmes qui se posent à lui.”

        Certes l’humanité ne disparaîtra pas, mais quel sera le prix ?
        Nous avons résolu nos problèmes dans le passé, mais de manière parfois fort douloureuse.
        L’écroulement du monde romain nous a plongé dans la longue nuit du moyen age. La peste a fait disparaître une bonne partie de notre population, Les Tasmaniens ont disparus, les Indiens ont largement péris. Nous avons recréé l’esclavage au XVIIIème. Les deux guerres mondiales ont fait des millions de morts etc …

        “il y a notre capacité “être compétitif” vis à vis des pays tiers.”
        “Je ne comprends pas ce que la « compétitivité » vient faire là-dedans.”
        “Pourquoi, alors que la richesse produite dans notre pays augmente toujours, devrions nous nous résigner à une baisse dans notre niveau de vie ? ”

        Tout pays échange avec ses voisins. Si il achète durablement plus qu’il ne vend (en solde net, y compris les invisibles), il a un problème de dettes. On peut vendre les “bijoux de famille”, mais cela non plus ne peut durer.
        Or nous ne sommes pas très bons pour élaborer des produits et services attractifs plus attractifs en qualité, prix, désirabilité que ceux des autres pays. C’est la “compétitivité”.
        Si vous allez dans un supermarché, vous verrez qu’en non alimentaire, la grande majorité des produits provient de l’étranger. En matière de service, la progression de l’étranger reste aussi constante, ne serait-ce que les services offerts par les GAFA.
        Le problème est tellement important que dés que notre pouvoir d’achat global s’améliore, cela se traduit par une aggravation de notre déficit commercial (au sens large).
        Pour pouvoir améliorer durablement notre niveau de vie, il faut donc non seulement réduire nos dépenses inutiles (ce que nous ne savons pas faire suffisamment), mais en plus créer des produits attractifs (ce que nous ne savons pas faire non plus, en moyenne).
        On peut penser introduire des barrières aux importations, ce que fait en partie la dévaluation. Mais encore faut-il que nous en profitions pour recréer des produits compétitifs. Sinon, c’est le cycle de l’appauvrissement (voir l’Argentine, le Venezuela ..)

        • Descartes dit :

          @ marc.malesherbes

          [“A la question de savoir s’il valait mieux avoir 20 ans en 1970 ou en 2020, je n’ai vraiment pas de réponse. ” tout dépend de l’idée que l’on se fait de l’avenir …]

          Oui, mais pas seulement. Il y a aussi les conditions objectives du présent. Quand bénéficie d’un environnement de vie agréable, d’une école de qualité qui vous transmet de véritables connaissances et qui tient un discours optimiste, vous avez plus de facilité à vous faire une idée plaisante de l’avenir que lorsque votre environnement est marqué par le communautarisme, que vous allez dans une école qui vous explique que vous êtes destiné au chômage…

          [Objection reçue, mais je reste persuadé qu’il y a une tendance structurelle dans “l’esprit des peuples”. La France est resté un pays d’une “noblesse” qui s’est désintéressée de la production (c’était “déchoir”) mais s’est beaucoup intéressé aux arts, aux lettres, aux femmes, distractions de la noblesse, alors que les anglo saxon se sont toujours investis dans les différentes formes d’activité.
          Il y aurait énormément à dire sur ce sujet.]

          Peut-être. Mais vous noterez que tout en s’intéressant aux arts, aux lettres et aux femmes, la France a dominé la politique européenne jusqu’au milieu du XIXème siècle.

          [Jusqu’à Louis XV nous avons vécu pour la construction d’un état fort centralisé, dont la puissance était fondée sur l’armée du nombre. Nous étions le pays le plus peuplé d’Europe. Et nous avons étoffé cette puissance des arts, lettres et sciences des puissants. Et même si on se compare en nombre, nos réalisations en sciences n’étaient pas plus remarquables que celle des Italiens, anglais, germaniques …]

          Là encore, je pense que vous êtes frappé de cette maladie française qui consiste à imaginer que l’herbe est toujours plus verte de l’autre côté de la barrière.

          [Nous avons résolu nos problèmes dans le passé, mais de manière parfois fort douloureuse.]

          Parfois oui, parfois non.

          [L’écroulement du monde romain nous a plongé dans la longue nuit du moyen age.]

          On sait aujourd’hui que le monde romain ne s’est pas « écroulé » autant que l’historiographie classique l’a prétendu, et que le moyen âge n’était pas aussi obscur qu’on le croyait.

          [Tout pays échange avec ses voisins. S’il achète durablement plus qu’il ne vend (en solde net, y compris les invisibles), il a un problème de dettes. On peut vendre les “bijoux de famille”, mais cela non plus ne peut durer. Or nous ne sommes pas très bons pour élaborer des produits et services attractifs plus attractifs en qualité, prix, désirabilité que ceux des autres pays. C’est la “compétitivité”.]

          Le problème n’est pas tant la qualité ou la désirabilité, c’est le prix. Et le prix, cela dépend aussi des règles fiscales et des rapports monétaires. Je ne vois aucune raison structurelle qui empêcherait les français de fabriquer des voitures aussi « désirables » et aussi chères que les Allemands. Le problème, c’est que l’Euro est géré au profit de l’économie allemande.

          [Si vous allez dans un supermarché, vous verrez qu’en non alimentaire, la grande majorité des produits provient de l’étranger. En matière de service, la progression de l’étranger reste aussi constante, ne serait-ce que les services offerts par les GAFA.]

          Si vous entriez dans un supermarché il y a trente ans, c’était l’inverse. Alors, il faut se demander : qu’est ce qui a changé ?

          [Le problème est tellement important que dés que notre pouvoir d’achat global s’améliore, cela se traduit par une aggravation de notre déficit commercial (au sens large). Pour pouvoir améliorer durablement notre niveau de vie, il faut donc non seulement réduire nos dépenses inutiles (ce que nous ne savons pas faire suffisamment), mais en plus créer des produits attractifs (ce que nous ne savons pas faire non plus, en moyenne).]

          Mais comment se fait-il que nous savions le faire il y a trente ans ? Pourquoi nos téléviseurs, nos magnétoscopes, nos voitures, nos machines-outil étaient à l’époque « désirables » et ne le sont plus aujourd’hui ?

      • cdg dit :

        On est en effet pas forcé d etre competitif. Mais dans ce cas, il faut logiquement en tirer les consequences: fermeture totale des frontieres et vie en autarcie. Sinon comment allez vous vendre une renault 100 si la VW equivalente est vendue 75 ?
        Bon vous me direz que si on vie en autarcie, il n y aura pas de petrole et donc pas besoin de voiture 😉

        Pour le niveau de vie, il faut prendre le PIB mais aussi le nombre d habitants. Si votre PIB augment de 10 % mais que vous avez +20 % d habitants, vous allez en effet avoir une baisse du niveau de vie des habitants

        “c’est qu’une partie de cette richesse est utilisée non pas pour augmenter le niveau de vie, mais dans des dépenses inutiles”
        La ou ca devient compliqué c est de definir quelles sont les depenses inutiles. Car pour avoir un impact significatif, il s agit de sabrer des dizaines voire des centaines de milliards. Supprimer le poste d ambassadeur des poles de Segolene ou mettre a la diete Jack Lang (pour prendre des exemples recents), c est des economies qui n ont aucun impact sensible.
        Supprimer les journaux a la gloire du maire que personne ne lit ? impact economique faible et pourquoi le contribuable electeur ne le demande pas ? Rappelons que la France elit des elus a la moralite douteuse (Balkany) ou notoirement incompetant (Gaudin)
        Supprimer le remboursement de l homeopathie ou des cures ? toujours pas fait il me semble. Alors imaginez que vous proposez des choses moins consensuelles (ex plus de greffes aux fumeurs (fumer ca cree des complications), plus de protheses de hanches/genoux aux gens qui ont alzhaimer, pas de tritherapie (tres cher !) aux malade du sida qui se droguent …)

        • Descartes dit :

          @ cdg

          [On est en effet pas forcé d’être compétitif. Mais dans ce cas, il faut logiquement en tirer les conséquences: fermeture totale des frontières et vie en autarcie. Sinon comment allez vous vendre une Renault 100 si la VW équivalente est vendue 75 ?]

          Par exemple, en dévaluant la monnaie de telle manière que la Renault exprimée en monnaie étrangère vaille 70 ?

          [Pour le niveau de vie, il faut prendre le PIB mais aussi le nombre d habitants. Si votre PIB augment de 10 % mais que vous avez +20 % d habitants, vous allez en effet avoir une baisse du niveau de vie des habitants]

          Tout à fait. Entre 1960 et aujourd’hui, le PIB a été multiplié par 4, alors que la population s’est accrue d’à peine 30%.

          [Là où ça devient compliqué c’est de définir quelles sont les dépenses inutiles.]

          Bien entendu. C’est pourquoi mon point n’était de proposer qu’on arrête telle ou telle dépense, mais qu’on propose au citoyen de faire des choix étant entendu qu’on ne peut pas tout avoir. Si les gens préfèrent dépenser de l’argent à remplacer le nucléaire par le solaire et l’éolien plutôt qu’à avoir des hôpitaux de qualité, c’est leur droit. Mais on ne peut pas tout avoir. C’est au citoyen d’évaluer si une dépense est plus « utile » qu’une autre.

          [Car pour avoir un impact significatif, il s agit de sabrer des dizaines voire des centaines de milliards.]

          La politique de développement du solaire et de l’éolien a déjà engagé plus d’une centaine de milliards d’euros. Imaginez ce qu’on aurait pu faire avec cet argent sans pour autant dégrader le moins du monde la fourniture d’électricité…

          [Supprimer les journaux a la gloire du maire que personne ne lit ? impact économique faible et pourquoi le contribuable électeur ne le demande pas ?]

          Parce que le contribuable électeur ne réalise pas que ce journal consomme les ressources qu’on pourrait consacrer à des usages plus utiles. C’est bien un des problèmes de notre culture politique. On raisonne toujours en termes de savoir si telle ou telle initiative est « bonne » ou « mauvaise », sans jamais penser en termes de priorités.

          [Supprimer le remboursement de l’homéopathie ou des cures ? toujours pas fait il me semble.]

          C’est en bonne voie, à ce qu’on me dit.

          [Alors imaginez que vous proposez des choses moins consensuelles (ex plus de greffes aux fumeurs (fumer ca cree des complications), plus de protheses de hanches/genoux aux gens qui ont alzhaimer, pas de tritherapie (tres cher !) aux malade du sida qui se droguent …)]

          Encore une fois, c’est au citoyen de choisir. Mais pour qu’il puisse choisir, il faut lui expliquer qu’il peut avoir fromage ou dessert, mais pas les deux.

          • cdg dit :

            je suis pas sur que devaluer est la solution. Saviez vous qu a une certaine epoque 1 FF = 1 deutsch mark (https://ordrespontane.blogspot.com/2013/05/le-franc-de-1945-1998-le-serpent-et-le.html). Au final on a ete a 1 DM = 3.3 FF . Qui avait l industrie la plus puissante, c est pas la France avec ses devaluations constantes mais la RFA …
            Devaluer c est soigner les symptomes mais pas le mal. Avec une monnaie qui se revaluait regulierement les allemands ont reussit a batir une industrie forte. Avec une monnaie regulierement devaluee, ni la France ni l italie y sont arrivé. ET je parle pas des grecs ou des espagnols …

            Par ex, vous pouvez investir dans vos usines (robotiser, reflechir sur la methode de production (kaban par ex)), vous pouvez investir dans votre bureau d etude (par ex grace a matra renault avait reussit a produire un type de vehicule innovant : l espace). Si vous comptez gagner uniquement sur le prix, vous allez jamais y arriver

            “Mais pour qu’il puisse choisir, il faut lui expliquer qu’il peut avoir fromage ou dessert, mais pas les deux”
            Mais comment faire ? vous aurez toujours un démagogue qui va expliquer que si il pourra faire les 2. Que ca soit en faisant payer les riches (version Melanchon), en sortant de l euro (version Le Pen periode Filippot). Je donne ici evidement les 2 extremes. Mais la demagogie n est pas leur apanage. Je suis sur que le prochain candidat du PS aux presidentielles n hesitera pas a faire pareil, tout comme chirac n a pas hesité quand il a fallut “niquer le traitre couille molle”

            • Descartes dit :

              @ cdg

              [je suis pas sûr que dévaluer est la solution.]

              Je ne dis pas que dévaluer « soit la solution ». Mais cela fait partie de la solution.

              [Saviez vous qu a une certaine epoque 1 FF = 1 deutsch mark]

              Et alors ?

              [Au final on a ete a 1 DM = 3.3 FF. Qui avait l’industrie la plus puissante, c’est pas la France avec ses dévaluations constantes mais la RFA …]

              Non. La période pendant laquelle le Franc s’est régulièrement dévalué correspond à une époque où la puissance industrielle des deux pays était équivalente – avec un petit avantage pour la France dans les industries de pointe. C’est la France et non l’Allemagne qui a construit le Concorde, qui a développé le premier micro-ordinateur (le Micral), qui a développé une industrie nucléaire de premier plan. L’effondrement industriel de la France coïncide avec l’adoption d’une politique de monnaie forte et de parité fixe avec le Mark. Une coïncidence, à votre avis ?

              [Dévaluer c’est soigner les symptômes mais pas le mal. Avec une monnaie qui se réévaluait régulièrement les allemands ont réussi a bâtir une industrie forte. Avec une monnaie régulièrement dévaluée, ni la France ni l’Italie y sont arrivé.]

              Vous faites erreur, comme je l’ai expliqué plus haut. La France a bâti une industrie nucléaire, une industrie électronique, une industrie aéronautique puissante dans un contexte de dévaluation permanente. Parce que dévaluer ne soigne pas seulement les symptômes, mais bien le mal. Et le mal est la rente, l’accaparement de la valeur ajoutée par le capital. L’inflation, comme le signalait intelligemment Keynes, c’est l’euthanasie des rentiers. Or, dès lors qu’on accepte une inflation raisonnable, on est obligé de dévaluer la monnaie par rapport aux pays qui font le choix de privilégier la rente. Et c’est exactement le choix de l’Allemagne.

              On a oublié aujourd’hui que quand la France et les autres pays européens dévaluaient régulièrement, l’Allemagne était « l’homme malade de l’Europe », et son économie était en grande difficulté. Précisément parce que l’inflation permettait aux autres pays de pratiquer des politiques budgétaires expansives. Du jour ou ces pays ont accepté de s’aligner avec la politique allemande, l’Allemagne est devenue riche et les autres se sont appauvris.

              Bien entendu, la dévaluation n’est pas une condition suffisante pour maintenir une industrie puissante. Mais elle donne les marges de manœuvre qui permettent de financer l’expansion industrielle. Encore faut-il en avoir la volonté, et consacrer les moyens qu’il faut à l’investissement dans la recherche et la production industrielle…

              [“Mais pour qu’il puisse choisir, il faut lui expliquer qu’il peut avoir fromage ou dessert, mais pas les deux” Mais comment faire ? vous aurez toujours un démagogue qui va expliquer que si il pourra faire les 2.]

              Oui, d’un côté vous aurez les démagogues qui vous expliquent que ce n’est pas la peine de choisir puisqu’on peut faire les deux, de l’autre les néolibéraux qui vont vous expliquer qu’il n’y a pas de choix possible puisqu’il n’y a pas d’alternative. Cela fait très longtemps qu’on ne trouve pas un politicien pour offrir un véritable choix.

              Guaino et Philippot sont parmi les rares hommes politiques qui aient posé la question en termes de choix. Tous deux ont bien dit que quitter l’Euro n’était pas la solution de facilité, mais que rester avait aussi un coût. Tous les autres ou presque nous bassinent avec « on n’a pas le choix » ou « on peut tout faire à la fois ».

  14. Luc dit :

    Macron semble tabler sur la syndicatophobie massive qui a saisi la société hexagonale.
    L’attentisme gouvernemental vise à détacher la RATP du reste du mouvement.
    Pourrir la situation est elle la meilleure solution pour que Macron sorte vainqueur de ce conflit sur les retraites ?
    D’ores et déjà l’intoxication médiatique se déverse sur les consciences.
    Mais de ce caphärnaum social , l’avantage qu’en tirera Macron n’est il pas
    d’apparaître comme étant le pacificateur , le président raisonnable ?
    Bien évidemment , les blacks Bloks seront certainement tolérés puisqu’à eux tout seuls,ils dénaturent et discréditent les mouvements sociaux.
    La syndicatophobie massive que les blacks Bloks inspirent, n’explique elle
    pas que ces blacks Bloks soient tolérée donc manipulé par le gouvernement ?

    • Descartes dit :

      @ Luc

      [Macron semble tabler sur la syndicatophobie massive qui a saisi la société hexagonale.]

      C’est même pire. Macron – suivi en cela par l’ensemble de la bienpensance libérale-libertaire – joue à transformer les travailleurs sous statut bénéficiaires des régimes spéciaux en « privilégiés ». Il suffit de lire les journaux « de référence » pour s’en apercevoir (et les commentaires des lecteurs sous les articles, c’est encore pire : rien de plus glaçant que la haine de classe du CSP+ lecteur de « Le Monde »).

      Il y a cent ans, tout le monde savait que fonctionnaire, agents des postes ou instituteur était de bons boulots, offrant des salaires décents, des avantages (sécurité de l’emploi, retraite, logement de fonction). Et comment réagissaient les paysans qui étaient en ce temps-là majoritaires dans la population ? Pas en réclamant la fin des soi-disant « privilèges » de ces catégories. Au contraire, ils poussaient leurs enfants à les rejoindre !

      Ni la SNCF, ni l’EDF, ni la fonction publique ne sont des aristocraties héréditaires ou des loges maçonniques. On y entre par concours et par mérite. Si le régime des cheminots, des électriciens ou des fonctionnaires est si avantageux, comment expliquer que les salariés du privé ne se précipitent pas pour y être recrutés ?

      [Pourrir la situation est-elle la meilleure solution pour que Macron sorte vainqueur de ce conflit sur les retraites ?]

      Personne ne le sait. Je pense qu’il ne faut pas céder au complotisme et considérer que Macron est un génie qui prévoit tout et contrôle tout. Macron subit autant les événements qu’il ne les organise. La réalité est que la préparation de cette réforme est plutôt chaotique, et que Macron n’a pas réussi à mettre sur la table une réforme claire, bien définie, qui permette à chacun de comprendre comment le système fonctionnera demain. Le fait est que le gouvernement navigue à vue, que des désaccords très importants se font jour en son sein. Cette incertitude n’est pas pour rien dans le succès de la mobilisation. Quant à savoir comment le gouvernement sort du conflit…

      [D’ores et déjà l’intoxication médiatique se déverse sur les consciences. Mais de ce capharnaüm social, l’avantage qu’en tirera Macron n’est-il pas d’apparaître comme étant le pacificateur, le président raisonnable ?]

      Pour apparaître comme pacificateur, encore faut-il qu’il se montre capable de pacifier… Pour le moment, il apparaît plutôt comme un pompier pyromane.

      [La syndicatophobie massive que les blacks Bloks inspirent, n’explique-t-elle pas que ces blacks Bloks soient tolérés donc manipulés par le gouvernement ?]

      Je ne partage pas cette vision complotiste selon laquelle les « black blocs » seraient « tolérés par le gouvernement ». Chaque fois que le gouvernement se montre incapable de maintenir l’ordre, il perd des points dans l’opinion. Les « blacks blocs » sont aussi dangereux pour lui que pour les syndicats.

      • Manchego dit :

        Très bonne analyse (à mon sens un des meilleurs billets de Descartes).
        En Euros constants, le PIB per capita a été multiplié par un coefficient supérieur à 4 depuis 1960, et on serait capable de produire encore d’avantage de richesses avec une autre logique moins mondialisée (on a “une armée de réserve” avec le nombre de chômeurs, et l’automatisation peut encore générer des gains de productivité….).
        Sur le plan des ressources, il n’y a donc aucune raison de dire “on ne peut plus se payer les mêmes services”, mais ce qui me semble évident c’est que l’individualisme a pris le pas sur le collectif. Ceux qui ont de l’argent ne veulent plus payer pour le collectif; Par exemple, avec les 5 milliards de l’ISF (ristourne Macron) on doit pouvoir soulager l’hôpital public qui en a bien besoin…
        Autrefois, les régimes spéciaux de retraite ce n’était pas un motif de division, c’était l’objectif à atteindre pour tout le monde, une sorte de “schéma directeur” (d’ailleurs, le passage à 60 ans en 1981 s’inscrivait dans cette logique).
        Aujourd’hui, certains se réjouissent de la suppression des régimes spéciaux, ils ne se rendent pas compte qu’eux aussi ils vont prendre des coups si Macron réussit à mettre en place un nouveau système harmonisé par le bas, ils me font penser à celui qui disait en substance (j’ai oublié son nom, c’était un pasteur Allemand il me semble) : “Je n’ai rien dis et je me suis réjouis lorsqu’ils ont pris les juifs, les tziganes et les communistes, mais lorsqu’ils sont venus me chercher moi, il n’y avait plus personne pour protester”.

        • Descartes dit :

          @ Manchego

          [Autrefois, les régimes spéciaux de retraite ce n’était pas un motif de division, c’était l’objectif à atteindre pour tout le monde, une sorte de “schéma directeur” (d’ailleurs, le passage à 60 ans en 1981 s’inscrivait dans cette logique).]

          Tout à fait. Jusqu’aux années 1980, les gens poussaient leurs enfants à devenir fonctionnaires ou agents de la SNCF ou EDF, plutôt que de cracher sur les soi-disant « privilèges » de ces corporations. Le postier, l’électricien, le cheminot étaient des métiers considérés comme très utiles, et personne ne trouvait anormal qu’étant utiles et imposant des contraintes particulières ils fussent bien rémunérés. C’était avant que le « et moi et moi et moi » devienne la règle, que chacun regarde dans l’assiette du voisin et lui souhaite de voir sa portion diminuer.

          [Aujourd’hui, certains se réjouissent de la suppression des régimes spéciaux, ils ne se rendent pas compte qu’eux aussi ils vont prendre des coups si Macron réussit à mettre en place un nouveau système harmonisé par le bas, ils me font penser à celui qui disait en substance (j’ai oublié son nom, c’était un pasteur Allemand il me semble) : “Je n’ai rien dis et je me suis réjouis lorsqu’ils ont pris les juifs, les tziganes et les communistes, mais lorsqu’ils sont venus me chercher moi, il n’y avait plus personne pour protester”.]

          Il s’agit du pasteur Martin Niemöller (d’autres sources attribuent le texte à Bertold Brecht). Et vous avez parfaitement raison: nous sommes devenus un pays mesquin, ou chacun est prêt à perdre une couille pourvu que son voisin en perde deux, comme dans la blague bien connue…

      • Jordi dit :

        Il y a cent ans, les instituteurs ne fonctionnaient pas comme une mafia parasite se payant sur la bête via l’impôt, il étaient rémunérés (certes correctement) pour la valeur de leur travail. Que vous le vouliez ou non, les RATPistes et autres cheminots sont vus (à mon avis à juste titre) comme une caste de rentiers parasites. La solution républicaine est-elle la guillotine ? Le principal problème des régimes spéciaux, c’est que ce sont des salaires différés 40 ans plus tard. Les retraités de la RATP actuels ont été embauchés sous Mitterand. 30 ans plus tard, si on leur sucre leur retraite, il suffit de leur envoyer chialer entre Jarnac et Solutré, les forces de l’esprit Mitterandien payeront la différence entre les promesses de tonton et le budget de la Nation tel que voté par les représentants du peuple élus au parlement.

        Sur les black blocks, je pense que vous êtes naïf. Lorsque les black blocks arrangent le gouvernement en pourrissant les manifs, la consigne de les laisser faire est clairement impulsée. Un gouvernement qui a crevé les yeux d’une vingtaine de manifestants et déployé des blindés face aux gilets jaunes pourrait parfaitement mater les blacks blocks sous les applaudissements goguenards du public, quitte à employer la manière forte. Les black blocks sont tolérés, parce qu’ils ne nuisent pas aux causes chéries des CSP+, et tendent à faire baisser le capital sympathie des mouvements qui contestent la primauté de vos “classes intermédiaires”. Comparez le traitement des black blocks avec celui des militants de Génération Identitaire.

        Les syndicats ne sont pas une menace pour le gouvernement, leur leaders ayant largement montré que quelques beaux cadeaux (envers leurs adhérents, la corruption individuelle n’est pas un standard) suffisent à les acheter.

        • Descartes dit :

          @ Jordi

          [Il y a cent ans, les instituteurs ne fonctionnaient pas comme une mafia parasite se payant sur la bête via l’impôt, ils étaient rémunérés (certes correctement) pour la valeur de leur travail.]

          Décidez-vous. Il y a cent ans, les instituteurs étaient bien plus grassement « payés sur la bête ». Non seulement ils bénéficiaient d’un salaire bien plus intéressant en termes relatifs qu’aujourd’hui, mais de prébendes qui ont aujourd’hui disparu : ils étaient payés pendant leur formation, ils avaient des logements de fonction… Alors si vous voulez en faire une « mafia parasite » aujourd’hui, on ne voit pas en quoi ils ne l’étaient pas hier.

          [Que vous le vouliez ou non, les RATPistes et autres cheminots sont vus (à mon avis à juste titre) comme une caste de rentiers parasites.]

          J’aimerais bien que vous m’expliquiez alors pourquoi, si leur sort est si enviable, les jeunes et moins jeunes ne font pas la queue pour y rentrer. Pourquoi l’ambition de tout jeune aujourd’hui n’est pas de devenir agent RATP ou cheminot. Un ami qui a fait toute sa carrière dans la production à EDF me disait il n’y a pas longtemps qu’on a du mal à trouver des candidats pour couvrir les emplois. Pourquoi ? Parce que les jeunes n’ont pas envie de se taper des astreintes, le travail en 3×8 et le service du week-end, et tout cela pour un salaire qui, même s’il est décent, n’a rien d’extraordinaire. Et vous pouvez toujours leur parler du comité d’entreprise – « le plus riche de France », nous dit-on – ou la retraite à 55 ans, les jeunes vous rient à la gueule.

          Eh oui, on oublie un peu trop souvent que métros, trains, centrales électriques, commissariats de police, hôpitaux tournent la nuit et le week-end. Et que les salaires des agents qui les font fonctionner sont loin d’être mirobolants. Alors des « rentiers parasites » ? Allez… c’est d’autant plus ridicule dans une société où l’on considère qu’un trader mérite des bonus annuels qui se comptent en centaines de milliers d’euros et qu’un PDG qui a coulé sa boite peut partir avec un parachute doré et une retraite chapeau copieuse. N’est-ce pas là les véritables « rentiers parasites » ?

          [La solution républicaine est-elle la guillotine ?]

          Je vous rassure, si on commence à guillotiner les « rentiers parasites », les cheminots et les électriciens arriveront bien loin dans la queue.

          [Le principal problème des régimes spéciaux, c’est que ce sont des salaires différés 40 ans plus tard. Les retraités de la RATP actuels ont été embauchés sous Mitterand.]

          Pas tous. Beaucoup ont été embauchés sous Chirac ou Sarkozy…

          [Sur les black blocks, je pense que vous êtes naïf. Lorsque les black blocks arrangent le gouvernement en pourrissant les manifs, la consigne de les laisser faire est clairement impulsée.]

          Si elle est « clairement impulsée », vous n’aurez pas de difficulté à m’indiquer une référence de cette « impulsion ».

          [Un gouvernement qui a crevé les yeux d’une vingtaine de manifestants et déployé des blindés face aux gilets jaunes pourrait parfaitement mater les blacks blocks sous les applaudissements goguenards du public, quitte à employer la manière forte.]

          En faisant quoi, par exemple ?

  15. cdg dit :

    Tres bon article et que meme quelqu un de plutot liberal comme moi ne peut qu approuver. Ca change des incantations du genre : il faut faire payer les riches ou sa variante sur la fraude fiscale.

    Un point qui n est pas pris en compte ici est le vieillissement de la population. Contrairement a un commentateur je ne parle pas de son impact electoral, mais de son impact economique. En 1960, on partait a la retraite a 65 ans (et en touchant une retraite faible) et on mourrait au mieux 10 ans plus tard (75 ans etait deja un age avancé pour l epoque). Aujourd hui les gens partent avec des retraites bien plus elevée aux alentour de 60 ans et vont vivre au moins 20-25 ans en ne produisant RIEN mais en coutant cher en soins medicaux . Forcement comme vous l ecrivez il faut bien que ca soit payé par quelqu un, car contrairement a ce que vous ecriviez dans un commentaire, l allongement de la duree de vie s est pas accompagné d un allongement de la carriere productive (au contraire. en 1960 un homme commencait a 15 ans a travailler et finissait a 65 -> 55 ans de travail. Nos boomers ont commence vers 18 ans et sont parti a 55-60 ->37 ans. Les jeunes actuellement commencent a 23 ans et auront du mal a faire plus de 40 ans )

    Pour l ecole, le probleme n est pas financier. Vous pourrez tripler les budgets que ca ne changera rien sans un changement de mentalité. Si vous avez un forte reussite des eleve d origine asiatique (ou des enfants de profs), c est que ceux ci sont suivit par leurs parents qui les font travailler au lieu de les mettre devant la TV !
    Mais remettre a l honneur le travail ou la responsabilité individuelle est un programme reactionnaire , donc pas pres d arriver

    PS: j ai pas trouve le nombre de retraite en 1960 mais sur https://www.insee.fr/fr/statistiques/2569360?sommaire=2587886 vous avez 1975 : 4 millons de retraités. 13 millions en 2015. On a triplé le nombre (et si on prend en compte le montant des pensions et le cout des soins, c est encore plus)

    • Descartes dit :

      @ cdg

      [Très bon article et que même quelqu’un de plutôt libéral comme moi ne peut qu’approuver. Ça change des incantations du genre : il faut faire payer les riches ou sa variante sur la fraude fiscale.]

      L’un n’empêche pas l’autre. Je pense aussi qu’il faut faire payer les riches ! Et faire la chasse à la fraude fiscale est là aussi une noble cause… mais ce n’est pas nécessairement la solution à tous les problèmes.

      [Aujourd’hui les gens partent avec des retraites bien plus élevée aux alentours de 60 ans et vont vivre au moins 20-25 ans en ne produisant RIEN mais en coutant cher en soins médicaux. Forcement comme vous l’écrivez il faut bien que ça soit payé par quelqu’un, car contrairement à ce que vous écriviez dans un commentaire, l’allongement de la durée de vie s’est pas accompagné d’un allongement de la carrière productive (au contraire. en 1960 un homme commençait a 15 ans à travailler et finissait a 65 -> 55 ans de travail. Nos boomers ont commencé vers 18 ans et son partis a 55-60 ->37 ans. Les jeunes actuellement commencent a 23 ans et auront du mal à faire plus de 40 ans)]

      Ce n’est pas tout à fait vrai. En 1960, deux ouvriers sur trois n’atteignait pas l’âge de la retraite, et s’arrêtait donc de travailler bien avant les 65 ans. L’un des arguments pour soutenir la retraite à soixante ans était d’ailleurs justement de permettre à plus de gens de bénéficier d’une retraite. Par ailleurs, ce n’est pas seulement la longueur de la carrière productive qui importe, mais aussi sa qualité. Un homme de 50 ans est aujourd’hui beaucoup plus productif que ne l’était un homme de cinquante ans il y a un demi-siècle.

      [Pour l’école, le problème n’est pas financier. Vous pourrez tripler les budgets que ça ne changera rien sans un changement de mentalité. Si vous avez un forte réussite des élèves d’origine asiatique (ou des enfants de profs), c’est que ceux-ci sont suivit par leurs parents qui les font travailler au lieu de les mettre devant la TV !]

      C’est vrai. Mais l’école ne peut se contenter de faire réussir ceux qui sont poussés par leurs parents. La grandeur de l’école républicaine, c’est de détecter des talents et de leur apporter la possibilité de réussir quand bien même leurs parents ne pourraient ou ne sauraient comment les pousser. Et pour cela, il faut un minimum de moyens. Mais je suis d’accord avec vous sur le fait que les moyens ne suffiront pas : sans un changement d’orientation et de projet, l’argent qu’on mettrait dans l’éducation n’aurait aucun effet.

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