La France psychotique

La langue française a fait son temps. Paraît qu’on n’arrête pas l’progrès
Que pour être vedette à présent, il vaut mieux chanter en anglais
Et moi et moi pauvre de moi, qui me tais depuis si longtemps
Faudrait qu’je fasse gaffe à tout ça, que je m’reconvertisse à temps
J’ai pris la méthode assimil, my tailor in the pocket
Pour avoir l’air comme les débiles, d’arriver du Massachusetts
Pour être encore en haut d’l’affiche, faudrait qu’je sussure en angliche
Si j’veux coller à mon époque, il me faut braire en amerloque

(Jean Ferrat)

Vous avez certainement vu la publicité pour « the fork », un site de réservation de restaurants. Une publicité ni pire ni meilleure qu’une autre, mais qui se termine par cette phrase remarquable : « ‘the fork’, anciennement ‘La fourchette’ ». Et depuis que j’ai entendu cette formule, un doute cruel me poursuit : que s’est-il passé pour que le site change de nom ? Pourquoi cette bonne vieille « fourchette » est devenu « fork », qui après tout n’est que la traduction anglaise du même mot ? N’est-il pas paradoxal que dans un domaine ou la primauté française est toujours reconnue, au point que les restaurants britanniques ou américains prennent souvent des noms français, un site qui vante les plaisirs de la table se sente obligé d’angliciser son nom ?

Cet exemple est loin d’être isolé. La banque en ligne de la Banque Postale s’appelle « my french bank ». Lorsque EDF lance son site permettant de trouver des artisans pour réaliser vos menus travaux, le site s’appelle « Izy » (déformation phonétique du mot « easy », qui signifie « facile »). Et pour ajouter l’insulte à l’injure, on ajoute à cette marque la précision « by EDF » (1). Et là encore, on se prend à rêver. Les publicitaires pensent vraiment qu’en prenant un nom à consonance anglish et en mettant « by » plutôt que « de » ou « par » ils attireront plus de clients ?

Ce phénomène donne un éclairage particulier sur l’état mental de notre société, et de nos classes intermédiaires en particulier. Les publicitaires, les cadres supérieurs des entreprises sont convaincus qu’on vend plus avec un slogan en amerloque qu’avec un joli nom français. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas vraiment d’une pénétration de la langue de Shakespeare ou plutôt de Columbo – que la plupart de ces gens ne dominent pas – mais d’un snobisme ridicule. Car ces emprunts à l’anglais sont souvent remplis d’erreurs, de fautes de traduction, de faux-amis. Le pompon est probablement détenu par une « European school of communication », dont les dirigeants ne semblent pas réaliser que le mot français « communication » se traduit en anglais « public relations », le mot « communication » étant plutôt réservé aux télécommunications…

La langue, c’est bien connu, c’est l’un des supports essentiels de l’identité. Chacun de nous a une langue maternelle, cette langue qui, quelque soient les avatars de notre vie, nous n’oublions jamais. Une langue dans laquelle nous avons appris à penser, qui a donné forme à nos processus intellectuels. C’est pourquoi les batailles linguistiques ne sont jamais banales. Le mépris – oui, c’est le mot juste – dans lequel nos classes dirigeantes tiennent le français, leur conviction qu’un restaurant ou un site de travaux deviennent plus attractifs dès lors qu’ils sont désignés par un nom anglicisé, leur idée que notre « nation » doit devenir une « néishon » nous parle donc de leur identité.

Un article paru dans « Le Monde » le 20 octobre 2021 sous le titre « L’Ikastola, l’école où l’on grandit en basque » donne un aperçu intéressant sur ces questions. L’article relate combien l’enseignement immersif en basque séduit… les nouveaux arrivants au Pays basque. Ainsi, on a un couple de parisiens arrivés à Bayonne par le hasard d’une mutation professionnelle qui déclare : « quand s’est posés la question de l’école, on a voulu que Manon, née à Bayonne, parle [le basque] aussi, qu’elle soit proche de sa culture ». Un autre couple, originaire elle de Normandie, lui des Pays de Loire, explique avoir inscrit ses enfants à l’Ikastola parce que « On avait envie de transmettre quelque chose de ce territoire à nos enfants, même si nos racines n’étaient pas là » (notons au passage que la fille de ce couple, elle, dit « préférer le français »…). L’auteur de l’article tire de tout ça une conclusion étrange : « un grand nombre de parents d’ikastola ont connu cette rupture générationnelle et tiennent à transmettre à leurs enfants l’héritage dont ils ont été dépossédés ».

Mais attendez une minute… de quel « héritage » ces parents auraient-ils été « dépossédés », puisque rien dans leurs origines ne les connecte au pays basque, qu’ils ne sont arrivés que « au hasard d’une mutation professionnelle » ? Comment peuvent-ils prétendre « transmettre » un patrimoine qui n’est pas le leur ? Cela veut dire quoi vouloir que son enfant « soit proche de sa culture » en apprenant une langue qui n’a absolument aucun rapport avec celle-ci au seul motif qu’elle serait « née à Bayonne » ?

On apprend le latin et le grec pour lire Homère ou César. On apprend l’anglais pour lire Shakespeare, l’Italien pour lire Dante, l’Allemand pour lire Goethe. Ces apprentissages ouvrent sur le monde, mais n’ont rien à voir avec l’identité. Personne n’apprend le grec, le latin, l’anglais, l’italien ou l’allemand pour être « proche de sa culture », pour « transmettre quelque chose du territoire ». Mais où sont le Dante basque, le Cervantes provençal, le Shakespeare breton ? Si l’on apprend les langues régionales, ce n’est pas pour s’ouvrir au monde mais au contraire pour se refermer sur un collectif qui délimite par la langue son « dedans » et son « dehors ». C’est une question purement identitaire. L’engouement de nos classes intermédiaires – car on ne trouve pas un seul ouvrier, un seul employé parmi les témoins de l’article en question – pour les langues régionales, que ce soit les Ikastolas au Pays basque, les Diwan en Bretagne ou les Calandretas en Provence, illustrent la difficulté des « gens de nulle part » à se constituer une identité, autrement dit, une réponse à la question lancinante que l’humanité se pose depuis des millénaires : « qui suis-je, d’où viens-je ». Dès lors que l’identité française est dévalorisée et méprisée – et il suffit d’entendre le discours martelé par les médias pour s’en convaincre – au point que « La fourchette » voit un intérêt à devenir « The Fork », il faut se trouver une identité de substitution. Les « identités régionales » n’offrent que des avantages. Car contrairement à l’identité française, ce sont des identités « victimaires », qui vous permettent de vous situer du côté des opprimés, et donc valorisées. Bien plus facile d’avoir les mains propres quand on n’a pas de mains.

Cette question identitaire traverse notre société. Car ce qui peut être dit de l’identité culturelle peut aussi être dit de l’identité sexuelle ou civile. Il fut un temps où le sexe était donné par la biologie, et le nom était transmis par vos parents. Ce n’est plus le cas : la catégorie des « non binaires » apparait de plus en plus dans les enquêtes et les formulaires, et fera certainement son apparition à un moment où un autre dans le droit. Déjà une circulaire de l’éducation nationale permet aux enfants qui se déclareraient d’un « genre » différent de leur sexe biologique d’être reconnus et de se faire appeler par un prénom correspond à leur « genre » et choisi librement par eux (2). De plus en plus vous avez le choix de votre nom – celui de votre mère, de votre père, d’une combinaison des deux. D’ailleurs, la CEDH a décidé que le nom d’une personne fait partie de la sphère personnelle (CEDH, 6 juillet 2017, Affaire A.P., Garçon et Nicot c. France), ce qui suppose qu’il puisse être changé par la volonté de la personne. Et certains vont plus loin. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon propose d’inscrire dans la Constitution – rien de moins ne saurait suffire – le « droit de choisir son genre ». Autrement dit, on est en train de renverser une idée née avec la Révolution, celle qui veut que notre statut public soit lié à des éléments objectifs, et non à nos croyances ou nos opinions. Pour la première fois depuis bien longtemps, on inscrirait dans nos documents non pas ce que les personnes sont objectivement, mais ce qu’elles pensent être.

Pourquoi tant de trouble avec les identités ? Parce que l’identité est l’angle mort de l’idéologie libérale-libertaire. Pour le dire très schématiquement, l’identité c’est ce qu’on ne choisit pas. C’est un héritage qui nous est imposé par le processus de transmission dans notre famille, dans notre pays, dans notre culture. Marx écrivait que « les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé ». Or, l’idéologie libérale-libertaire se refuse à admettre que quelque chose puisse échapper à la toute-puissance de l’individu. L’idée même que l’être humain soit le produit non pas de sa propre volonté, mais d’une histoire sur laquelle il n’a aucun contrôle hérisse les partisans de cette idéologie. Il faut donc en finir avec les identités et leur substituer des pseudo-identités qu’on peut se fabriquer à volonté.

Cette idéologie n’arrive pas par hasard. L’approfondissement du capitalisme repose sur la capacité de mettre tous les individus, tous les biens en situation de « concurrence libre et non faussée ». Et pour cela, il a fallu abattre les barrières qui « faussent » cette concurrence, et tout particulièrement ces « conditions données et héritées du passé ». Autrement dit, la société capitaliste idéale est faite d’individus tous identiques, même s’ils se croient tous singuliers, libres de toute détermination historique, consommant les mêmes produits et capables de fournir le même travail. Cela suppose d’effacer toute forme de filiation – nationale, familiale, culturelle – et toute forme de différentiation pour ne laisser subsister que l’illusion d’une identité, illusion nécessaire pour satisfaire le besoin humain de savoir d’où on vient, qui on est, et où on va. Alors, on consomme partout les mêmes produits avec les mêmes noms angliches, les mêmes séries à l’américaine, mais on se raconte que nos enfants sont « proches de leur culture » parce qu’ils apprennent à l’école la langue des bergers des Pyrénées, ou qu’ils sont en harmonie avec leur « genre » choisi parce qu’ils peuvent l’inscrire sur leur carte d’identité.

Mais les identités résistent. C’est ce qui explique pourquoi un Zemmour peut faire 16% des intentions de vote sans avoir à véritablement faire campagne, et surtout pourquoi Zemmour ne laisse personne indifférente, au point que ceux qui hier opposaient à ses outrances un silence méprisant se sentent obligés à réagir. Zemmour est « le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans coeur, de même qu’il est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Il est l’opium du peuple », et pardon pour la paraphrase. Le discours zemmourien est puissant parce que dans une société où les élites passent le temps à renier leurs origines, leur culture, leur histoire bref leur filiation, il la revendique et dans les termes les plus crus. Dans le chaos intellectuel provoqué par la surenchère des « pseudo-identités », il parle d’un monde organisé où les esprits étaient vaillants, les hommes étaient des vrais hommes, les femmes étaient des vraies femmes, et les petites créatures poilues d’Alpha Centauri étaient des vraies petites créatures poilues d’Alpha Centauri (3).

Une montre arrêtée donne l’heure exacte deux fois par jour. Zemmour, c’est une montre arrêtée. Depuis plus de dix ans il répète le même discours. Mais il y a dix ans, il passait pour un hurluberlu parce que l’opinion n’avait pas encore réalisé à quel point l’idéologie libérale-libertaire – qui est celle du capitalisme mondialisé – nous conduit à la psychose. Aujourd’hui, cela devient de plus en plus évident. Tiens, prenons la dernière amusette de nos classes intermédiaires, ce pronom « iel » fait de la contraction de « il » et « elle » censé représenter ceux qui, selon la formule consacrée, « ne se reconnaissent pas dans les identités binaires », et que le Robert a fait entrer dans son dictionnaire – du moins dans la version en ligne.

Cette affaire est d’abord un formidable coup de pub. Même en admettant que le dictionnaire n’est pas l’indication de ce qui est jugé correct par les académies mais le reflet des usages, l’inclusion du pronom en question est absurde, tant son usage est marginal et limité à certains cercles militants. Mais avec ce geste, le Robert a bénéficié d’une publicité gratuite, son nom étant répété une et autre fois dans toutes les émissions d’actualité, sans parler des débats enflammés sur les réseaux sociaux. Autrement dit, la pseudo-identité « trans » sert tout simplement à vendre du dictionnaire.

 Mais au-delà du fait, cette affaire a permis sur les plateaux des différents médias des échanges qui font douter sérieusement de la santé mentale de nos élites. Ainsi, par exemple, on a vu un militant « trans » expliquer sur une chaine de grande écoute et sous les applaudissements de la foule que l’apparition d’un pronom non binaire était un grand progrès, puisque le fait d’être appelé par un pronom dans lequel on ne se reconnaît pas constitue une « violence ». On peut se demander si parler de « violence » à propos de l’usage d’un pronom est raisonnable. Mais on voit mal comment l’usage du « iel » réglerait le problème.  Le pronom en question est un pronom de la troisième personne. Et personne ne peut donc être « appelé » par lui (4). Mais surtout, le pronom en question ne fait pas disparaître la distinction genrée tout simplement parce qu’en français il est obligatoire en général d’accorder l’adjectif ou le participe avec le sujet. Quelle différence entre « il est beau » et « iel est beau », puisque l’adjectif « beau » accordé avec le sujet nous indique son « genre » ? Faut-il écrire « iel est beau/belle » ? Ou bien « iel est beau et belle » ? Plus drôle encore : le petit Robert spécifie à propos de « iel », que le pronom a… une forme féminine (« ielle »). Ce qui revient à refaire le chemin à l’envers, puisque c’est déjà le cas en français : le masculin est indifférencié, le féminin marque la différence.

Comme pour la langue, il y a du snobisme dans les pseudo-identités sexuelles. On se souvient du personnage de Brétecher qui pleure parce qu’il ne peut inclure dans ses mémoires une expérience homosexuelle, n’ayant eu aucune. Aujourd’hui, on nous raconte avec gourmandise qu’un adolescent sur cinq dit ne pas se reconnaître dans la description « binaire ». L’explication de ce phénomène est simple : comme le disait un garçon anglais, « heterosexual is boring » (« l’héterosexualité, c’est l’ennui »). Le « non binaire », c’est être à la page, c’est « branché », c’est sortir du lot et attirer les projecteurs vers soi, sans parler de l’attention de ses parents et des institutions. Dans la société du spectacle, qui pourrait résister ? Dans une société de marché, l’identité est un bien de consommation comme n’importe quel autre. De la même façon qu’on choisit librement sa lessive ou son jean, il faut pouvoir choisir librement ses “racines”, son “genre”, son prénom et sa filiation, changer sa langue comme on composerait une pizza chez Pizza Hut.

Mais après tout, si cela les amuse de penser qu’ils sont « non binaires », qu’ils peuvent transmettre des racines qui ne sont pas les leurs, de parler un volapük qu’ils imaginent être de l’anglais, pourquoi s’en préoccuper ? Cela pourrait apparaître comme des gentilles petites lubies qui ne font de mal à personne. Et bien, ce n’est pas le cas. Parce que ces développements ont un point commun, ils prétendent nier le réel. Et ils nous conduisent tout droit à une forme de psychose. Une société dont les élites, c’est-à-dire ceux qui en sont le moteur intellectuel, perdent contact avec la réalité va vers de sérieuses difficultés.

On peut prétendre ne pas se reconnaître dans la description « binaire », mais la réalité est que l’homme est un mammifère à reproduction sexuée. Il y a des individus de notre espèce qui possèdent un pénis, et des individus qui possèdent un utérus. On peut refuser d’appeler les premiers « hommes » et les seconds « femmes », prétendre que chacun a le droit de se dire homme, femme ou refuser de choisir, le fait n’en demeure pas moins. Et notre appartenance à l’un ou l’autre de ces groupes est décidée bien avant notre naissance, et nous n’avons pas voix au chapitre. Et de la même manière, nous héritons une langue – et les processus mentaux qu’elle structure – qui existe depuis bien avant notre conception, et à travers laquelle nous accédons à un patrimoine local, national, universel qui existait bien avant nous – et continuera à exister quand nous ne serons plus.

Que des gens refusent de reconnaître la réalité, ce n’est pas nouveau. Il y a toujours eu des hommes persuadés d’être femmes, des êtres humains persuadés d’être des chiens, des blancs persuadés d’être noirs, des humbles paysans persuadés d’être Napoléon. Mais en général, ces personnes étaient regardées avec la commisération qu’on réserve aux malades. Ce qui est nouveau, c’est que l’idéologie dominante admet ces comportements, quand elle ne les encourage pas, et cela à tous âges. Or, dans la construction de la personnalité la capacité de l’environnement à indiquer des limites, à faire la distinction entre fantasme et réalité, est essentielle. En faisant croire aux gens que tous leurs désirs non seulement peuvent devenir réalité, mais que c’est là un droit que la société doit garantir (5), on forme des psychotiques.

Mais des psychotiques qui consomment. Et dans notre société de marché, n’est-ce pas là l’essentiel ?

Descartes

(1) Les exemples sont légion. Ainsi, par exemple, les superettes de Carrefour se voient rebaptisées « Carrefour city », le service SNCF adressé aux familles est appelé « SNCF Family ». La palme revient peut être à une étrange affiche placardée par la RATP dans le cadre de l’opération « on aime, on partage » pour faire la publicité d’une rencontre destinée à promouvoir les « industries créatives françaises » (sic !!!). Voici le texte complet de l’affiche : « WE ARE THE FRENCH TOUCH/Talk-Masterclass-Live/Mode, musique, cinema, jeux vidéo, édition, art et patrimoine, 2 jours pour construire le futur des Industries Créatives françaises. A suivre sur/wearethefrenchtouch.com ». Si les « industries créatives françaises » (une formule mal traduite de l’anglais) ne sont même pas capables de trouver des mots français pour « talk », « masterclass » et « live », elles ne doivent pas être si « créatives » que ça.

(2) Circulaire DGESCO du 29 septembre 2021 portant lignes directrices « Pour une meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire ». Je conseille la lecture de cet étrange document qu’on peut trouver ici : https://www.education.gouv.fr/bo/21/Hebdo36/MENE2128373C.htm

(3) “In those days spirits were brave, the stakes were high, men were real men, women were real women and small furry creatures from Alpha Centauri were real small furry creatures from Alpha Centauri.” (Douglas Adams, “The Hitchickers guide to the galaxy”)

(4) Vous noterez qu’en général les pronoms ne sont genrés que pour la troisième personne. La raison est simple : la première et la deuxième personne sont présentes dans l’échange, et il n’y a donc pas d’ambiguïté sur leur genre. Il n’y a que la troisième personne, censée être absente, pour laquelle cette précision est nécessaire.

(5) Incidemment, on ne peut que s’étonner, dans une société où l’on conteste sans cesse la légitimité des institutions, de constater combien les demandes de reconnaissance institutionnelle se multiplient. L’exigence de voir changé le sexe sur la carte d’identité est de ce point de vue caricaturale. Un peu comme si mon identité dépendait non de ce que je suis, mais du fait que cela soit reconnu par l’institution étatique. Et on pourrait aligner les exemples : le « mariage pour tous », ou l’on nous explique « qu’il ne faut interdire aux homosexuels de s’aimer », comme si l’amour avait besoin d’une reconnaissance de l’Etat pour exister, en est un autre.

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42 réponses à La France psychotique

  1. Richard dit :

    “Car ces emprunts à l’anglais sont souvent remplis d’erreurs, de fautes de traduction, de faux-amis”
    Anglophone habitant en France depuis quarante ans, j’ai beaucoup de mal avec les anglicismes, de plus souvent erronés. C’est même un peu pèquenaud, je trouve. Essayant de se muer dans quelque chose qu’on est pas.
    Concernant le problème du choix de genre, sans vouloir remettre en cause un éventuel mal-être pour certaines personnes, j’attends avec impatience le jour quand quelqu’un va constater que l’empereur est nu. Vous me direz sans doute que c’est déjà fait, commençant avec Monty Python dans La Vie de Brian.

    • Descartes dit :

      @ Richard

      [Anglophone habitant en France depuis quarante ans, j’ai beaucoup de mal avec les anglicismes, de plus souvent erronés. C’est même un peu pèquenaud, je trouve. Essayant de se muer dans quelque chose qu’on n’est pas.]

      Oui, c’est du snobisme pur.

      [Concernant le problème du choix de genre, sans vouloir remettre en cause un éventuel mal-être pour certaines personnes, j’attends avec impatience le jour quand quelqu’un va constater que l’empereur est nu. Vous me direz sans doute que c’est déjà fait, commençant avec Monty Python dans La Vie de Brian]

      Une séquence absolument magistrale… qu’on ne pourrait probablement plus tourner aujourd’hui !

  2. Gastaud dit :

    Cher René,
     
    je partage votre salutaire ironie. 
    je suis Georges Gastaud, moi aussi admirateur de René Descartes (constamment dénigré dans les milieux philo bien-pensants soit dit en passant, ce qui est un symptôme profondément réactionnaire) et président de l’Association CO.U.R.R.I.E.L.
    Connaissez-vous notre travail militant? Nous sommes une association plurielle de gauche qui combattons la langue unique du grand marché transatlantique en marche. Le 15 janvier, 400ème anniversaire de la naissance de Molière, nous manifesterons devant la Fontaine Molière de Paris contre la POLITIQUE linguistique délétère de la France et de l’Europe. 
    Sur le plan philosophique, je suis notamment l’auteur d’un livre en cinq tomes, Lumières communes (traité de philosophie générale à la lumière du matérialisme dialectique, Delga).
    Sur le plan politique, je me réclame principalement de Politzer et de ses lumineux écrits de 1939 contre le nazisme (cf mon livre de 2011, “Patriotisme et internationalisme”). 
    Ne devrions-nous pas engager un dialogue en direct (et non “alive”)? 
    Cordialement, Georges Gastaud 
     

    • Descartes dit :

      @ Gastaud

      [je suis Georges Gastaud, moi aussi admirateur de René Descartes (constamment dénigré dans les milieux philo bien-pensants soit dit en passant, ce qui est un symptôme profondément réactionnaire) et président de l’Association CO.U.R.R.I.E.L.
      Connaissez-vous notre travail militant ?]

      Celui de l’association, non. Mais je connais vos écrits que j’ai commencé à suivre du temps ou vous et moi nous battions contre la « mutation » huesque…

      [Ne devrions-nous pas engager un dialogue en direct (et non “alive”)?]

      Avec le plus grand plaisir.

  3. Charles X DURAND dit :

    Tout ça est bien gentil mais quand il s’agit d’établir une synergie des associations et des divers organismes qui se préoccupent peu ou prou de langue française pour que les choses changent, on constate qu’il ne se passe pas grand chose…
    Exemple ? Je viens de commencer à publier une série de vidéos sur la langue française et la francophonie sur le site québécois d’Impératif français et je constate que tous ces grands défenseurs de la langue française éparpillés aux quatre coins de l’hexagone n’en parlent absolument pas sur la “Toile” et en font encore moins la publicité ! Oubli ? Omission ? Tant que chacun regarde son propre nombril, les choses n’avanceront guère !
    Charles Xavier Durand

  4. Marencau dit :

    Bonjour Descartes,Sur la question du “genre”, je pensais initialement comme vous. Mais récemment, j’avoue avoir été intrigué de voir de plus en plus de scientifiques et de publications abondant dans le sens de la “bien pensance”. Je parle bien de recherche en biologie, pas de sociologie. Et si l’épidémie du COVID nous a bien enseigné quelque chose, c’est que lorsqu’on commence à rejeter la recherche ou un consensus scientifique sous prétexte d’un tas de raisons, la sortie de route intellectuelle n’est pas loin.Et j’avoue être plutôt troublé. En effet, nous définissons naturellement homme = pénis et XY, femme = vagin et XX. Mais si c’était plus que ça ? Qu’un homme ou une femme en réalité se définissent par un ensemble de caractéristiques biologiques qui vont plus loin ? Par exemple, un homme serait XY, aurait un pénis, mais aussi tel type d’activité cérébrale et hormonale caractéristique.Alors, que se passe-t-il si pour certains individus les caractéristiques sont croisées ? Par exemple une personne est XY mais a une activité cérébrale et certaines caractéristiques hormonales qui correspond au fonctionnement de l’immense majorité des XX ? La frontière est peut être plus floue que ce qu’on pensait ? J’avoue ne pas avoir d’avis tranché, mais voilà par exemple une publication qui explique que dès leur jeune âge, on détecte que les personnes trans ont une activité cérébrale qui correspond à celle du genre auquel ils s’identifient et pas celui auquels ils sont “assignés”:
     
     https://www.sciencedaily.com/releases/2018/05/180524112351.htm?s=09
    Tout ceci ne vient pas alimenter le débat stérile sur le “iel”, mais cela interroge tout de même sur certaines notions que nous considérons tous comme acquises…

    • Descartes dit :

      @ Marencau

      [Sur la question du “genre”, je pensais initialement comme vous. Mais récemment, j’avoue avoir été intrigué de voir de plus en plus de scientifiques et de publications abondant dans le sens de la “bien pensance”.]

      Peut-être parce que personne n’ose plus publier ce qui irait dans le sens inverse ?

      [Je parle bien de recherche en biologie, pas de sociologie. Et si l’épidémie du COVID nous a bien enseigné quelque chose, c’est que lorsqu’on commence à rejeter la recherche ou un consensus scientifique sous prétexte d’un tas de raisons, la sortie de route intellectuelle n’est pas loin.Et j’avoue être plutôt troublé. En effet, nous définissons naturellement homme = pénis et XY, femme = vagin et XX. Mais si c’était plus que ça ? Qu’un homme ou une femme en réalité se définissent par un ensemble de caractéristiques biologiques qui vont plus loin ? Par exemple, un homme serait XY, aurait un pénis, mais aussi tel type d’activité cérébrale et hormonale caractéristique. Alors, que se passe-t-il si pour certains individus les caractéristiques sont croisées ?]

      Je n’ai pas de problème de principe pour changer la définition de ce qu’on appelle « homme » et de ce qu’on appelle « femme ». Si vous voulez appeler « homme » ou « femme » l’individu humain qui a « un type d’activité cérébrale ou hormonale caractéristique », pourquoi pas. A condition que l’activité en question ait un caractère OBJECTIF, aucun problème. Mais vous noterez que dans ce cas, le problème reste le même : le fait d’être « homme » ou « femme » est indépendant des perceptions de l’individu concerné.

      Cela étant dit, pendant des siècles on a appelé « homme » l’individu qui a un pénis et une paire XY, et « femme » l’individu qui a un vagin et une paire XX. Si on découvre qu’on peut créer des catégories fondées sur l’activité cérébrale ou hormonale, alors autant inventer de nouveaux mots pour désigner ces catégories. Pourquoi reprendre les termes « homme » et « femme » avec une signification différente, si ce n’est pour jeter la confusion dans un but clairement idéologique ?

      [J’avoue ne pas avoir d’avis tranché, mais voilà par exemple une publication qui explique que dès leur jeune âge, on détecte que les personnes trans ont une activité cérébrale qui correspond à celle du genre auquel ils s’identifient et pas celui auquel ils sont “assignés”: (…)]

      Quand je verrai un papier scientifique publié dans une revue a compté de lecture, on en reparlera.

      [Tout ceci ne vient pas alimenter le débat stérile sur le “iel”, mais cela interroge tout de même sur certaines notions que nous considérons tous comme acquises…]

      Je ne vois pas de quelle « notion » vous voulez parler. Je ne peux pas conclure que les carottes sont jaunes simplement parce que je définis la carotte comme le fruit du citronnier. Si l’on définit un homme comme un individu humain porteur de pénis, et une femme comme un individu humain porteur de vagin, alors la « notion » est parfaitement claire.

    • maleyss dit :

      Les personnes dont vous parlez, à supposer qu’elles existent, ne sauraient constituer qu’une infime minorité, ce qui ne mérite pas que l’on bouleverse les représentations que la science, et avec elle le sens commun, ont édifiées. De plus, ce que vous décrivez ressortit indubitablement à la pathologie, et non à la physiologie.
      Mais après tout, je ne suis qu’un humble médecin de terrain, que sais-je de tout cela ?

  5. maleyss dit :

    Merci de confirmer ce que je proclame depuis lurette, à savoir que la “dysphorie de genre” dont on nous rebat les oreilles n’est rien d’autre qu’une psychose, laquelle se définit principalement par une dissociation entre la réalité et la perception que l’individu en a. Pour ce qui est de l’épouvantable invasion du Globish, l’angliciste que je suis ne peut que vous donner raison. Tiens, j’ai récemment vu un magasin de mon quartier proposer un “drive piéton”!!! On se demande ce que l’auteur d’une telle locution a dans le crâne ! De même, une chaîne de restauration rapide avait naguère trouvé fûté d’écrire “goût” à l’anglaise : “goo”. L’ennui, c’est que “goo” désigne en anglais une saleté visqueuse très peu appétissante !

    • Descartes dit :

      @ maleyss

      [Merci de confirmer ce que je proclame depuis lurette, à savoir que la “dysphorie de genre” dont on nous rebat les oreilles n’est rien d’autre qu’une psychose, laquelle se définit principalement par une dissociation entre la réalité et la perception que l’individu en a.]

      Pas tout à fait. Il n’y a pas de dissociation totale avec la réalité : le « trans » qui « se sent femme » ne croit pas pour autant avoir un vagin. Il y a des éléments d’une psychose, mais dire que ce n’est « rien d’autre qu’une psychose » c’est un peu exagéré.

      • maleyss dit :

        Le problème, c’est qu’un trans ne “se sent pas femme”, ce qui serait somme toute véniel, et doit même pouvoir arriver, de temps à autres, à des éléments parfaitement sains d’esprit. Non ! Le trans proclame urbi et orbi être une femme, ce qu’il n’est manifestement pas ! C’est pourquoi je serais tenté de poser le diagnostic de psychose. Vous connaissez la plaisante définition : le psychotique est celui qui croit dur comme fer que deux et deux font cinq, et en est fort satisfait ; le névrotique est celui qui sait que deux et deux font quatre, et en est désolé. Le trans proclame partout que deux et deux font cinq…

        • Descartes dit :

          @ maleyss

          [Le problème, c’est qu’un trans ne “se sent pas femme”, ce qui serait somme toute véniel, et doit même pouvoir arriver, de temps à autres, à des éléments parfaitement sains d’esprit. Non ! Le trans proclame urbi et orbi être une femme, ce qu’il n’est manifestement pas !]

          C’est un jeu sur les mots. Ce que font les postmodernes, c’est changer la définition des mots pour les faire rentrer dans leurs théories. Dans le cas d’espèce, comment définit-on une « femme » ? Pour vous et pour moi, c’est un individu humain pourvu d’organes sexuels féminins et portant la paire chromosomique XX. Mais pour un postmoderne, la femme est une « constructions sociale » et tout ceux qui se reconnaissent dans cette construction ont droit à l’appellation « femme ». Avec cette définition, le trans qui « se sent femme » le devient, puisque la féminité devient un caractère purement subjectif.

          C’est là la raison pourquoi l’idéologie postmoderne est aussi insidieuse : contrairement aux autres théories qui inventent des mots nouveaux pour désigner les concepts dont elles ont besoin, les postmodernes reprennent des catégories préexistantes et en changent la définition. Et du coup le débat avec les autres écoles de pensée devient impossible, puisque personne ne sait de quoi on parle.

          • P2R dit :

            Le drame dans tout ça, c’est que les personnes qui sont réellement atteinte de dysphorie de genre, et qui ne demandent rien d’autre que de changer de sexe et d’avoir la paix, se retrouvent assimilées à toute une faune qui s’est saisie de cet étendard de la trans-sexualité pour en faire un militantisme pur. Et les “vrais” trans sont les premiers à se plaindre de l’entrisme de ces hommes qui se disent trans, mais qui ne se sentent pas la nécessité de recourir à la chirurgie, à un traitement hormonal ni même au travestissement, voir qui portent des signes ostensibles de masculinité s’érigent en porte-paroles, ce qui est apparement à l’origine de vives tensions dans les milieux trans, où les seconds accusent les premiers d’intolérance, comme de bien entendu…
            Un cas intéressant et rassurant est celui de Walter/Wendy Carlos, compositrice avant-gardiste de musique electronique à qui l’on doit entre autre la B.O. d’Orange Mécanique. Sa dysphorie s’exerçait au départ uniquement dans le cercle privé (elle s’habillait naturellement en femme et se comportait comme telle chez elle, dans son studio…) et se “déguisait” en homme pour sortir. En 68 elle commence en toute discrétion sa transition qu’elle termine en 72, et ne la rends publique que quelques années plus tard… En 85, questionnée sur les conséquences de sa transition auprès du public, elle répond “The public turned out to be amazingly tolerant or, if you wish, indifferent… There had never been any need of this charade to have taken place”. En gros “personne n’a tiqué, je me suis montée la tête pour rien”.
            Comme quoi, quand on fait les choses dans l’intimité et sans en faire tout un foin… à bons entendeurs…
             

  6. xc dit :

    J’ai fait une recherche de l’arrêt de la CEDH que vous citez, je ne l’ai pas trouvé, mais je ne vois le concernant que des occurrences où il n’est question que de changement de sexe.
    Je n’ose imaginer ce que serait notre vie sociale si le nom était à la discrétion des individus.
    A propos des langues régionales, une petite anecdote: j’ai lu dans la presse papier il y a longtemps de cela le courrier d’une dame se plaignant d’être arrivée à un certain âge sans connaître “sa langue maternelle”…

    • Descartes dit :

      @ xc

      [J’ai fait une recherche de l’arrêt de la CEDH que vous citez, je ne l’ai pas trouvé, mais je ne vois le concernant que des occurrences où il n’est question que de changement de sexe.]

      Vous trouverez l’arrêt en question à l’adresse https://www.dalloz-actualite.fr/sites/dalloz-actualite.fr/files/resources/2017/04/affaire_a.p._gar-on_et_nicot_c._france.pdf

      Le considérant intéressant est le numéro 92 : « La Cour a souligné à de nombreuses reprises que la notion de « vie privée » est une notion large, non susceptible d’une définition exhaustive, qui recouvre non seulement l’intégrité physique et morale de l’individu, mais aussi parfois des aspects de l’identité physique et sociale de celui-ci. Des éléments tels que, par exemple, l’identité ou l’identification sexuelle, le nom, l’orientation sexuelle et la vie sexuelle relèvent de la sphère personnelle protégée par l’article 8 de la Convention »

      [Je n’ose imaginer ce que serait notre vie sociale si le nom était à la discrétion des individus.]

      Et pourtant, c’est ce que dit la CEDH… et pas qu’elle. Quand certains proposent de constitutionnaliser le droit à choisir son genre – et donc de modifier le prénom en conséquence – ils sont sur cette logique. L’état civil cesse d’être d’ordre public pour entrer dans la sphère privée.

      [A propos des langues régionales, une petite anecdote : j’ai lu dans la presse papier il y a longtemps de cela le courrier d’une dame se plaignant d’être arrivée à un certain âge sans connaître “sa langue maternelle”…]

      La confusion est à son comble.

  7. CVT dit :

    @Descartes,
    en parlant de snobisme, que pensez-vous du véganisme?
    Pour moi, c’est un phénomène aussi délétère, voire pire, pour notre culture que l’américanisation de la bouffe (McDo, KFC, etc…). En effet, s’attaquer à la viande, pour notre pays réputé pour ses viandes porcines et bovines, c’est ni plus ni moins que s’attaquer à notre identité, à savoir notre cuisine française: plus de fromage, plus de plats cuisinés, plus de pâtisseries…
    Sans compter qu’en plus d’être snobs, les “végans” (jadis végétaLiens…), sûrs de leur fait, sont particulièrement intolérants: ils veulent empêcher les “spécistes” de consommer de la viande par tous les moyens, et le pire, c’est qu’ils s’essaient d’imposer à tous leurs substituts de “viandes végétales” (bonjour l’oxymore), et veulent faire interdire légalement la consommation de VRAIE viande!
    Toute ressemblance avec des adeptes de la bouffe halal ne serait absolument pas fortuite😬😈…
    Oui, je tiens les végans pour aussi dangereux que les islamistes pour l’unité du pays! 

    • Descartes dit :

      @ CVT

      [en parlant de snobisme, que pensez-vous du véganisme?]

      Je ne pense pas que le véganisme soit un snobisme. On peut plutôt le rattacher à ces mouvements qui cherchent la pureté à travers la privation. Cela existe dans le monde chrétien depuis l’antiquité, mais on trouve la même chose dans l’hindouisme, par exemple.

      [Pour moi, c’est un phénomène aussi délétère, voire pire, pour notre culture que l’américanisation de la bouffe (McDo, KFC, etc…). En effet, s’attaquer à la viande, pour notre pays réputé pour ses viandes porcines et bovines, c’est ni plus ni moins que s’attaquer à notre identité, à savoir notre cuisine française: plus de fromage, plus de plats cuisinés, plus de pâtisseries…]

      Cela en laisse plus pour nous ! A votre place, je ne m’inquiéterais pas. Ces mouvements « puritains » ne fonctionnent qu’à condition d’être minoritaires. Quelle satisfaction peut-on tirer du fait d’être un « pur » si tous les autres le sont aussi ? Au contraire, il vous faut de nombreux pécheurs pour vous sentir supérieur à eux… Et un mouvement dont le but est d’être minoritaire ne présente aucun danger. Regardez les trotskystes…

      [Toute ressemblance avec des adeptes de la bouffe halal ne serait absolument pas fortuite😬😈…]

      Là, vous êtes de mauvaise foi. Les « adeptes de la bouffe halal » ne cherchent pas, que je sache, à imposer aux autres de ne pas consommer de la viande normale ou même du porc.

      • maleyss dit :

        [ Là, vous êtes de mauvaise foi. Les « adeptes de la bouffe halal » ne cherchent pas, que je sache, à imposer aux autres de ne pas consommer de la viande normale ou même du porc.]
        Hum… De nombreux commerçants, y compris dans ma bonne ville, ont reçu des menaces non dissimulées leur enjoignant de cesser de vendre l’animal impur, et je ne pense pas que ce soit une exception.

        • Descartes dit :

          @ maleyss

          [Hum… De nombreux commerçants, y compris dans ma bonne ville, ont reçu des menaces non dissimulées leur enjoignant de cesser de vendre l’animal impur, et je ne pense pas que ce soit une exception.]

          Oui, mais la logique est d’empêcher qu’on refile par inadvertance des produits impures aux bons musulmans. Rien dans les textes islamiques – pas plus que chez les juifs ou les chrétiens – n’invite à étendre les restrictions alimentaires aux non-croyants. Ce serait plutôt le contraire, puisque ces restrictions servent à délimiter la communauté des croyants vis à vis des incroyants.

      • Guy dit :

        [Cela en laisse plus pour nous ! A votre place, je ne m’inquiéterais pas. Ces mouvements « puritains » ne fonctionnent qu’à condition d’être minoritaires. Quelle satisfaction peut-on tirer du fait d’être un « pur » si tous les autres le sont aussi ?]
        Il me semble que vous oubliez un peu vite que certains “puritains” n’aiment rien tant qu’imposer leurs vues aux impurs. Ainsi le mouvement PETA a pour objectif affiché l’abolition de toute exploitation animale. En particulier ils visent à l’interdiction des abattoirs. Il y a d’ailleurs une certaine hypocrisie dans leur attitude. Lorsque des personnes leur disent qu’ils veulent “interdire aux gens de consommer de la viande”, leur réponse est : “non, pas du tout, nous voulons juste interdire l’élevage et les abattoirs” (et la chasse, bien entendu).

        • Descartes dit :

          @ Guy

          [Il me semble que vous oubliez un peu vite que certains “puritains” n’aiment rien tant qu’imposer leurs vues aux impurs.]

          Oui, mais c’est là leur paradoxe: ils aimeraient imposer leurs vues… tout en gardant une position minoritaire. Car en devenant majoritaires ils deviendraient les oppresseurs.

  8. Luc dit :

    Lorsqu’en mai et juin 1940,Pétain(alors Ambassadeur près de Franco qui informait la wehrmacht,réhabilité par Zemmour) et les cagoulards ont ouverts à Sedan et Givet ,le chemin aux 1000 chars de Gudurian et à ceux de Rommel,ils ont voulu installer Hitler plutôt que le front populaire.La débacle s’en est suivie et les panneaux en allemand ont proliféré en France.
    Déjà là,notre langue reculait.
    Aujourd’hui ,nous sommes de nouveau sous tutelle de l’UE et des anglos-saxons.
    Il est logique que notre langue recule.
    Elle recule d’autant plus qu’une société de la consommation s’est installée.
    L’anglais est la langue de cette société de consommation utilisée et comprise par les dizaines de millions de touristes qui viennent légalement dans notre pays plus ceux qui viennent clandestinement anglophones eux aussi.
    N’est il pas remarquable que notre langue survive malgrè ça ?
    Quant aux langues régionales elles sont les survivances du passé , l’écho des différents patrimoines immatériels qui ont constitué la France.
    Faire vivre ces langues locales n’est ce pas aussi faire vivre les cultures régionales françaises ?

    • Descartes dit :

      @ Luc

      [Lorsqu’en mai et juin 1940, Pétain (alors Ambassadeur près de Franco qui informait la Wehrmacht, réhabilité par Zemmour) et les cagoulards ont ouverts à Sedan et Givet ,le chemin aux 1000 chars de Gudurian et à ceux de Rommel,

      Révisez votre histoire. Pétain n’est plus ambassadeur en Espagne « en mai et juin 1940 », puisqu’il entre au gouvernement le 17 mai 1940 comme vice-président du Conseil. On voit mal d’ailleurs comment il aurait pu « ouvrir à Sedan et Givet le chemin aux 1000 chars de Guderian et à ceux de Rommel » en étant ambassadeur en Espagne.

      Par ailleurs, je ne vois pas quand Zemmour aurait « réhabilité » Pétain. Si ma mémoire ne me trompe pas, il s’est contenté de dire que Pétain avait sacrifié les juifs étrangers pour sauver des juifs français. Je ne vois pas que cela suffise à « réhabiliter » l’ex-maréchal. Pas plus que les fleurs que Mitterrand avait fait porter sur sa tombe à plusieurs occasions, en tout cas…

      [ils ont voulu installer Hitler plutôt que le front populaire.]

      Là encore, vous devriez relire l’histoire. En 1940, le Front populaire n’est plus qu’un souvenir. La droite française disait « plutôt Hitler que le Front populaire » en 1936.

      [Déjà là, notre langue reculait.]

      Là, franchement, vous inventez. L’occupation allemande ne s’est pas traduite par une pénétration de la langue de Goethe en France. Plutôt le contraire : les officiers postés en France avaient souvent une certaine admiration pour la culture française et ont cherché à parler français. Vous aurez du mal à trouver des publicités de l’époque incluant des mots allemands, des institutions françaises prenant des noms germaniques…

      [Quant aux langues régionales elles sont les survivances du passé, l’écho des différents patrimoines immatériels qui ont constitué la France.]

      Un écho très déformé. Comme cela a été expliqué, les langues dites « régionales » sont en fait des langues artificielles. Ce ne sont pas les langues que parlaient nos ancêtres, mais une idéalisation constituée à partir d’éléments disparates puisés dans différents dialectes.

      [Faire vivre ces langues locales n’est-ce pas aussi faire vivre les cultures régionales françaises ?]

      Non. D’abord, parce qu’il n’y a pas de « cultures régionales françaises ». Les « régions » telles que nous les voyons aujourd’hui n’avaient pas avant le XIXème siècle une unité culturelle. Il n’y avait pas de « culture bretonne », mais une « culture du Léon », une « culture de Nantes », etc. Au duché de Bretagne on parlait le breton celtique dans certains coins, le gallo romain dans d’autres, le français à la cour des ducs…

      • Luc dit :

        PETAIN N’A PAS SACRIFIE LES JUIFS ETRANGERS.Si beaucoup de juifs français sont sirtis indemnes des persécutions pétainistes c’est parce qu’ils ont été protégés par leurs connaissances ,françaises par leur situation.Les étrangers eux étaient plus fragiles et n’avaient pas de connaissances en France..
        Effectivement jusqu’au début Mai 1940 Pétain était très proche de Franco.Il l’est resté quand il est rentré au Gouvernement.Pétain renseignait via Franco les Nazis sur les plans militaires de Gamelin.Les arguments sont publics malgrè l’Omerta de plus de 80 ans sur cette trahison des Pétainistes et Cagoulards.Visitez le site du’forum des historiens en colère’.

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        La prise de connaissances de ces faits ne vous fait pas remettre en cause certaines illusions sur les cagoulards et pétainistes ?
         

        • Descartes dit :

          @ Luc

          [PETAIN N’A PAS SACRIFIE LES JUIFS ETRANGERS. Si beaucoup de juifs français sont sortis indemnes des persécutions pétainistes c’est parce qu’ils ont été protégés par leurs connaissances ,françaises par leur situation. Les étrangers eux étaient plus fragiles et n’avaient pas de connaissances en France…]

          Je ne sais pas ce que vous appelez « persécutions pétainistes ». Si le régime de Pétain a fait plusieurs lois discriminant les juifs au niveau de l’emploi ou de l’éducation (les différentes « lois portant statut des juifs ») il n’est guère allé au-delà. Pour ce qui concerne les concessions faites aux autorités allemandes, il est attesté que lors de la rencontre du 2 juillet 1942, René Bousquet propose, en échange de l’ajournement de la déportation des juifs « français », de prêter le concours de la police française pour rafler les juifs « étrangers ». L’accord sur ce point sera approuvé par Pierre Laval. Et ce n’est qu’un exemple de la manière dont le régime de Vichy, tout en les discriminant, à protégé les juifs français des allemands.

          L’Histoire, on le sait, n’est pas morale. Ce n’est pas « réhabiliter le régime de Vichy » que de montrer qu’il n’était pas non plus tout noir.

          [Effectivement jusqu’au début Mai 1940 Pétain était très proche de Franco. Il l’est resté quand il est rentré au Gouvernement. Pétain renseignait via Franco les Nazis sur les plans militaires de Gamelin.]

          Pourriez-vous offrir une référence quelconque soutenant cette accusation ? Je ne me souviens pas qu’on en ait parlé au procès du Maréchal, et pourtant on se demande pourquoi les procureurs de l’époque auraient caché une accusation aussi compromettante.

          [Les arguments sont publics malgrè l’Omerta de plus de 80 ans sur cette trahison des Pétainistes et Cagoulards. Visitez le site du ’forum des historiens en colère’.]

          Pourriez-vous proposer une référence plus sérieuse que ce site complotiste ? Ne trouvez-vous pas étrange qu’un forum ou sont censés intervenir des « historiens », fussent-ils « en colère », les papiers ne contiennent AUCUNE référence bibliographique ou documentaire ? Vous savez, avec des « il est établi que » ou « les documents prouvent que », on ne va pas très loin en Histoire…

          [La prise de connaissances de ces faits ne vous fait pas remettre en cause certaines illusions sur les cagoulards et pétainistes ?]

          Pardon, de quels « faits » parlez-vous ? Une affirmation non documentée ne constitue pas un « fait »…

      • maleyss dit :

        C’est assez vrai. Dieu sait que je suis attaché à l’occitan, que je tente de baragouiner (mot dérivé du breton!) de temps à autres, en souvenir de mes grands-parents qui l’utilisaient de préférence au français (qu’ils parlaient parfaitement, je vous rassure). Mais force est de constater que l'”occitan” officiel ne saurait être qu’une langue artificielle, bien des mots, bien des tournures, diffèrent nettement d’un pays à l’autre. Il n’en reste pas moins que, le jour où plus personne ne parlera ces “patois”, nous aurons vraiment perdu quelque chose.

        • Descartes dit :

          @ maleyss

          [C’est assez vrai. Dieu sait que je suis attaché à l’occitan, que je tente de baragouiner (mot dérivé du breton!) de temps à autres, en souvenir de mes grands-parents qui l’utilisaient de préférence au français]

          Il n’y a rien de censurable à être attaché à la langue de ses grands parents. Moi, j’aimerais bien parler ou au moins lire le Yddish de biélorussie (celui qu’on parlait chez mes grands parents paternels) ou celui d’Ukraine (celui qui parlaient mes grands parents maternels) et qui déjà n’étaient pas du tout les mêmes, au point qu’ils avaient du mal à se comprendre. Mais une chose est de dire « j’aimerais bien » et un autre en faire le support d’une identité. Il ne me viendrait pas à l’idée d’envoyer mes enfants dans une école « immersive » en Yddish au motif de leur « transmettre leurs racines ».

          Par ailleurs, il ne faut pas idéaliser ces racines. Le village breton ou occitan, tout comme le « shtetl » d’où viennent mes grands-parents, était un lieu de misère. L’idéaliser à travers l’invention d’une « culture ancestrale », c’est se raconter des histoires. Comme disait Dylan Thomas : « The land of my fathers ? My fathers can have it » (« La terre de mes ancêtres ? Mes ancêtres peuvent se la garder »)

          [Mais force est de constater que l’”occitan” officiel ne saurait être qu’une langue artificielle, bien des mots, bien des tournures, diffèrent nettement d’un pays à l’autre.]

          Bien entendu. C’est le cas aussi du Yddish « académique », qui a codifié une langue en reprenant des éléments de dizaines de « patois » différents. Ou de l’hébreu israélien, très différent de l’hébreu ancien.

          [Il n’en reste pas moins que, le jour où plus personne ne parlera ces “patois”, nous aurons vraiment perdu quelque chose.]

          Oui… mais quoi, exactement ? Le jour ou l’on a cessé d’utiliser des chandelles pour les remplacer par l’éclairage électrique, ou remplacé la cheminée par le radiateur, nous avons perdu quelque chose. Dans chaque changement, il y a une perte. Mais qu’est-ce qu’on perd ici ? Le jour ou personne ne lira le grec ancien, on ne pourra plus lire Homère ou Aristote. Si un jour on perdait l’anglais, le français ou l’espagnol, on perdrait Shakespeare, Dante ou Cervantes. Mais qu’est-ce qu’on perdrait si le breton ou le basque disparaissaient ?

  9. Variant des Sources dit :

    Je suis un cadre supérieur retraité de 67 ans piégé dans le corps d’un jeune homme de 25 ans.
    Pourrais-je enfin être reconnu selon ma véritable identité et, accessoirement, faire valoir mes droits à la retraite ? 😉

    • Descartes dit :

      @ Variant des Sources

      [Je suis un cadre supérieur retraité de 67 ans piégé dans le corps d’un jeune homme de 25 ans. Pourrais-je enfin être reconnu selon ma véritable identité et, accessoirement, faire valoir mes droits à la retraite ? 😉]

      Vous riez… mais des cas similaires se sont présentés. Ainsi, par exemple, lorsque le parlement argentin a voté une loi permettant le changement du “genre” sur les documents administratifs sur simple déclaration, on a vu un certain nombre d’hommes ayant entre 60 et 65 ans déclarer leur changement de “genre”, puis demander immédiatement à bénéficier de leur retraite. En effet, dans ce pays les hommes prennent leur retraite à 65 ans, alors que les femmes en bénéficient à partir de 60 ans…

  10. cdg dit :

    “nous héritons une langue – et les processus mentaux qu’elle structure”
    Je suis pas sur qu une langue ait une telle influence sur les mentalités. Comparez les mentalités d un francais, d un quebecois et d un habitant du mali … C est pareil avec l anglais il y a un gouffre entre un texan et un habitant de  Londres
     
    Pour les langues regionales, j avais lu que si les “classes intermediaires” en sont si friandes c est pas pour retrouver leurs “racines” mais c est parce ce qu elles leur permettre de se retrouver entre elles (aka sans racaille ni CSP – ). Apres que les enfants apprennent le basque ou a jouer de la cornemuse, c est secondaire. Mais evidement vous allez pas declarer aux journaliste : “j ai mit mon fils la car je veux pas qu il côtoie des arabes” 😉
    mon epoque, c etait le latin ou le grec qui servaient de filtre (eh oui, c etait pas pour lire homere ou cesar en VO)
    De toute facon il y a une formidable hypocrisie avec ces langues regionales: elles n etaient que parlées et différaient d un village a l autre (un peu comme le suisse allemand de nos jours). ce qui est appris est une espece de breton, basque … qui n a probablement jamais ete parlé ainsi par un seul locuteur qui avait le basque comme langue maternelle. Et le suisse allemand n est pas enseigné a l ecole (les suisses alemaniques apprenent a l ecole le hoch deutsch (l allemand standard qui est parlé dans le nord de la RFA))
    Pour le delire “non binaire” je dois reconnaitre que j ai eut de la chance de grandir à une epoque ou on se posait pas de question. on etait un garcon ou une fille et puis c est tout. Maintenant ca peut serieusement deraper car certains vont jusqu a faire donner des hormones à leurs enfants (qui a 10 ans sait ce qu il est et voudrait etre comme adulte ?)
    Dans les annees 70 on avait une norme heterosexuelle. maintenant on est passé dans l exces inverse: il devient cool de ne pas etre hetero, des series TV mettent en scene des LBGT …
    Sinon je crois pas que l approfondissement du capitalisme necessite la disparition des identités (qu elles soient locales ou nationale ou de genre). Au contraire. Vous pouvez faire des affaires en vendant des produits “du terroir” ou profiter du sentiment d appartenance de vos clients pour les faire payer plus (si renault vendait la meme voiture plus cher en france qu en italie c est pas pour rien). De nombreux site internet  utilisent la meme veine et essaient de batir des “communautés”
    Regardez les principales capitalisation du CAC40: c est LVMH, l oreal … le luxe qui est associé a la France. LVMH vendrait pas autant de sac ni aussi cher si le sac pourtant identique etait fait au vietnam
     

    • Descartes dit :

      @ cdg

      [“nous héritons une langue – et les processus mentaux qu’elle structure” Je ne suis pas sûr qu’une langue ait une telle influence sur les mentalités. Comparez les mentalités d’un français, d’un québécois et d’un habitant du mali … C’est pareil avec l’anglais il y a un gouffre entre un texan et un habitant de Londres]

      Je n’ai pas parlé de « mentalité », mais de « processus mentaux ». Ce n’est pas tout à fait la même chose. Le fait est que la langue est le support de la pensée. Un esquimau pourrait-il écrire « La critique de la raison pure » dans sa langue ? Probablement pas, parce que sa langue ne contient pas assez de catégories abstraites. Je pense comme Orwell : il n’y a pas de pensée subtile sans langue subtile. Et la structure de la langue structure aussi la pensée. Ce n’est pas par hasard s’il n’y a pas un Voltaire allemand.

      [Pour les langues régionales, j’avais lu que si les “classes intermédiaires” en sont si friandes ce n’est pas pour retrouver leurs “racines” mais c’est parce ce qu’elles leur permettre de se retrouver entre elles (aka sans racaille ni CSP – ).]

      Mais qu’est ce qui empêcherait les racailles de s’inscrire dans une Ikastola ou une Calandreta ? Probablement que ces écoles osent imposer une assimilation à la « culture basque » ou à la « culture provençale » là ou l’école publique n’ose pas imposer l’assimilation à la culture française… il y a donc une véritable « sélection par l’identité ». Et les classes intermédiaires du coup sont assurées non seulement de l’entre-soi, mais de l’alibi des « racines ».

      [à mon époque, c’était le latin ou le grec qui servaient de filtre (eh oui, c’était pas pour lire Homère ou César en VO)]

      Mais qu’est ce qui empêchait un immigré d’étudier le latin ou le grec ? J’aurais tendance à dire qu’un tel filtre est particulièrement « égalitaire », vu que les familles où l’on parle grec ou latin à table sont relativement rares. Non, je ne pense pas que ce fut juste un « filtre ».

      [De toute façon il y a une formidable hypocrisie avec ces langues régionales : elles n’étaient que parlées et différaient d’un village a l’autre (un peu comme le suisse allemand de nos jours). Ce qui est appris est une espèce de breton, basque … qui n’a probablement jamais été parlé ainsi par un seul locuteur qui avait le basque comme langue maternelle.]

      Vous avez tout à fait raison. Les « régionalismes » sont en fait une invention moderne, du XIXème siècle et du début du XXème. Ils sont souvent développés par les secteurs les plus réactionnaires comme instrument de résistance à la modernité. Et c’est pourquoi ils s’accompagnent souvent d’une idéalisation du passé. Le plus drôle, c’est que les militants régionalistes donnent aux « pays » anciens (la Provence du Roi Réné, la Bretagne de la duchesse Anne) une structure imaginaire qui est celle des états-nations de la fin du XIXème. En particulier, ils postulent une unité linguistique qui n’a jamais existé. On parlait français à la cour des ducs de Bretagne bien avant l’intégration du duché au royaume de France. Et les paysans y parlaient selon la « paroisse » des dialectes non seulement différents, mais de racines différentes (le gallo, qui est une langue romane, le breton qui est une langue celte…).

      Les « langues régionales » sont pour la plupart des langues normalisées, construites à partir de l’assemblage de différents dialectes par des intellectuels urbains à partir du milieu du XIXème siècle. Comme les symboles « nationaux » qui s’y rattachent : le drapeau basque, l’Ikurriña, date de 1894, le Gwen a Du, le drapeau breton, date des années 1920,

      [Pour le délire “non binaire” je dois reconnaitre que j’ai eu de la chance de grandir à une époque ou on ne se posait pas de question. On était un garçon ou une fille et puis c’est tout. Maintenant ça peut sérieusement déraper car certains vont jusqu’à faire donner des hormones à leurs enfants (qui a 10 ans sait ce qu’il est et voudrait être comme adulte ?)]

      Le plus curieux c’est qu’en même temps on fait des lois qui établissent qu’un mineur ne saurait librement consentir à un acte sexuel… comment pourrait-il alors consentir à un acte irréversible touchant son identité sexuelle ?

      [Dans les années 70 on avait une norme hétérosexuelle. Maintenant on est passé dans l’excès inverse : il devient cool de ne pas être hétéro, des séries TV mettent en scene des LBGT …]

      Je dirais plutôt que nous sommes passés dans une logique gouvernée par la différence. Peut importe ce qu’on est, à condition que ce soit « original ». Vous allez voir, dans quelques années, quand la majorité se dira « non binaire », la « mode » sera d’être hétérosexuel pratiquant…

      [Sinon je ne crois pas que l’approfondissement du capitalisme nécessite la disparition des identités (qu’elles soient locales ou nationale ou de genre). Au contraire. Vous pouvez faire des affaires en vendant des produits “du terroir” ou profiter du sentiment d’appartenance de vos clients pour les faire payer plus (si Renault vendait la même voiture plus cher en France qu’en Italie c’est pas pour rien).]

      Avec votre exemple, vous apportez de l’eau à mon moulin. L’approfondissement du capitalisme suppose de faire tomber toutes les barrières au commerce, à la « concurrence libre et non faussée ». Pour reprendre votre exemple, si le « sentiment d’appartenance » bénéficiait à Renault, c’était au détriment de Fiat. Le « sentiment d’appartenance » dont vous parlez fausse la concurrence. Si vous voulez une concurrence « libre et non faussée » entre Renault et Fiat sur le marché français, il vous faut faire disparaître ce « sentiment d’appartenance » dont vous parlez.

      Même chose pour les « produits du terroir ». Parce que, liés à un « terroir », ils ne sont vendables qu’à ceux qui connaissent et aiment le « terroir » en question. Et du coup, vous ne pouvez profiter de l’effet de taille pour réduire les coûts et augmenter les profits. Les produits les plus rentables sont ceux que vous pouvez vendre dans le monde entier, quelque soit la culture de vos clients, sans avoir à les adapter : McDonalds fait bien plus de profits que n’importe quel fabricant de Champagne ou de Foie Gras. Mais pour pouvoir vendre vos McDonalds, il vous faut une foule d’acheteurs qui aient le même goût, les mêmes habitudes alimentaires…

      [De nombreux site internet utilisent la même veine et essaient de bâtir des “communautés”
      Regardez les principales capitalisation du CAC40: c est LVMH, l oreal … le luxe qui est associé a la France.]

      Et alors ? Relisez mon texte : je n’ai pas dit que le capitalisme cherche à faire disparaître l’identité des produits. J’ai dit qu’il cherche à faire disparaître l’identité des consommateurs, ce qui n’est pas la même chose. LVMH vend ses sacs aux riches chinoises, aux riches saoudiennes, aux riches américaines, aux riches Sud-Africaines, aux riches Argentines. Et finalement, toutes ces riches sont elles si différentes entre elles ?

      • xc dit :

        “Mais qu’est ce qui empêcherait les racailles de s’inscrire dans une Ikastola ou une Calandreta ?” Ce serait inutile, elles pratiquent déjà un entre-soi poussé avec le verlan, le “javanais” ou l’argot.
        A propos du breton: si mes souvenirs de lecture sont encore bons, il y a quatre langues bretonnes “historiques”, avec locuteurs. Ce qui est présente comme LA langue bretonne (et enseignée par exemple par les écoles Diwan, y compris dans les pays de langue gallo), est une sorte de synthèse réalisée par le linguiste Roparz Hémon, condamné à la Libération à l’indignité nationale pour collaborationnisme.
        Pour terminer, le drapeau breton c’est Gwen ha du. Effectivement de conception récente, mais on s’en douterait vu son “air de famille” avec celui des USA.

        • Descartes dit :

          @ xc

          [“Mais qu’est ce qui empêcherait les racailles de s’inscrire dans une Ikastola ou une Calandreta ?” Ce serait inutile, elles pratiquent déjà un entre-soi poussé avec le verlan, le “javanais” ou l’argot.]

          Ce n’était pas la question. Si les écoles en « immersion régionale » étaient une forme pour les classes intermédiaires de pratiquer l’entre-soi pour réserver à leurs enfants la meilleure éducation, il ne serait pas difficile aux autres de pénétrer cet « entre soi »…

          [A propos du breton: si mes souvenirs de lecture sont encore bons, il y a quatre langues bretonnes “historiques”, avec locuteurs. Ce qui est présente comme LA langue bretonne (et enseignée par exemple par les écoles Diwan, y compris dans les pays de langue gallo), est une sorte de synthèse réalisée par le linguiste Roparz Hémon, condamné à la Libération à l’indignité nationale pour collaborationnisme.]

          Tout à fait. Autrement dit, la « bretonitude » des militants est en fait une construction artificielle. La Bretagne « ancestrale », la vraie, n’a en fait que peu de rapports avec cette « nation bretonne » fantasmée. Et la vie n’était pas vraiment facile, au point que quand la République s’est pointée en proposant « l’assimilation intérieure », les résistances ont été minimes. Les locuteurs bretons se sont mis au français et en deux générations ils ont pratiquement disparu.

          [Pour terminer, le drapeau breton c’est Gwen ha du. Effectivement de conception récente, mais on s’en douterait vu son “air de famille” avec celui des USA.]

          En fait, avec les « drapeaux à fenêtre » qui sont assez courants dans le monde anglosaxon. Je ne crois pas qu’il faille y voir une référence aux USA.

          • BolchoKek dit :

            @ Descartes
             
            [Je ne crois pas qu’il faille y voir une référence aux USA.]
             
            Il me semble que bien que n’étant pas une référence, la disposition particulière du drapeau US a été au moins une inspiration pour le “design”, disons.

            • Descartes dit :

              @ BolchoKek

              [Il me semble que bien que n’étant pas une référence, la disposition particulière du drapeau US a été au moins une inspiration pour le “design”, disons.]

              Je ne sais pas. Dans le monde anglosaxon, il y a beaucoup de drapeaux “à fenêtre” dont certains plus anciens que le drapeau américain (pensez aux drapeaux navals de la Grande Bretagne, par exemple). Plusieurs anciennes colonies anglaises ont ce type de drapeau (la Nouvelle-Zélande, l’Australie, la Malaisie…)

            • CVT dit :

              @Descartes,
              oui, Roparz Hémon était professeur d’anglais, à la base, donc pour son inspiration, il a bien pompé sur les Amerloques…
              Du temps de mes études à Nantes, un breton pur sucre m’en avait expliqué le sens: neuf hermines pour neuf pays bretons traditionnels, dont quatre gallos (bandes blanches) et cinq bretonnants (bandes noires).
              Sur ce sujet, on pourra se renseigner avec profit avec l’ouvrage d’une régionaliste bretonne repenti, “Le Monde comme si” de Françoise Morvan, qui décrit l’absurdité du régionalisme breton, qui tente d’imposer un breton “chimique” à des vieux locuteurs bretonnants.
              J’ai d’ailleurs signalé à maintes reprises ce livre très édifiant sur le phénomène régionaliste en France, il est vrai un peu passé en arrière-plan depuis les années 2010 avec l’apparition du “migrant” et de la montée de l’islam comme contre-société…

        • kranck dit :

          [il n’y a pas de pensée subtile sans langue subtile. Et la structure de la langue structure aussi la pensée. Ce n’est pas par hasard s’il n’y a pas un Voltaire allemand.]
          Bonjour Descartes,
          Pouvez-vous élaborer? Je ne suis pas germanophone et en conséquence je ne comprends pas du tout ce que vous sous-entendez ici.
          En vous remerciant.

          • Descartes dit :

            @ kranck

            [Pouvez-vous élaborer? Je ne suis pas germanophone et en conséquence je ne comprends pas du tout ce que vous sous-entendez ici.]

            Qu’il y a des formes de pensée qui sont liées à la structure d’une langue. Ce n’était nullement une remarque méprisante pour la pensée allemande. J’aurais pu tout aussi écrire qu’il n’y a pas de Hegel ou de Kant français.

  11. Demosthene dit :

    Bonjour,
    Pour abonder dans votre sens, j’ai retrouvé cet article https://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/11/08/97001-20181108FILWWW00121-pays-bas-un-homme-exige-que-son-age-legal-soit-rajeuni-de-20-ans.php dans lequel on nous informe qu’un néerlandais, avide lui aussi de contester une réalité qui lui déplaisait, avait entrepris de faire modifier par un Tribunal ad hoc sa date de naissance de 1949 à 1969….car le fait d’être quasi septuagénaire lui “ôtait des opportunités sur le marché (sic) de l’amour et de l’emploi”…la référence au “marché” est sans doute bien involontaire de la part du journaliste Figaresque, mais o combien révélatrice de cette réalité !!
    Quel regret que René Girard ne puisse plus écrire sur cette rivalité des égaux de plus en plus violente au fur et à mesure que les égaux deviennent identiques et que l’objet réel de cette rivalité a disparu (si tant est qu’il n’ai jamais existé…)… cela nous promet un avenir radieux !!!
     
     
     
     

  12. Gugus69 dit :

    Ben moi, ami et camarade, j’ai du mal à suivre !
    Par exemple, si un-e autre enfant-e de mes parent-e-s est de sexe indéterminé-e, iel-le est mamon frèroeur ou monma soeurère ?
    On ne sait plus…

  13. Gérard Jeannesson dit :

    Bonjour Descartes.
    Merci pour cet excellent article.

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