La guerre au temps de la “cancel culture”

Lors du déclenchement de l’invasion de l’Irak en 2003, j’étais en déplacement professionnel aux Etats-Unis. C’était une expérience effrayante. A la radio, à la télévision, dans les journaux, tout était bourrage de crâne. L’ordre de ne pas montrer les cadavres, et on ne les montrait pas. L’ordre de ne pas parler de « victimes civiles » mais de « dommages collatéraux », et tout le monde utilisait cette expression. L’ordre était de diaboliser la figure de Saddam Hussein, et on le voyait ciblé sur des affiches, des t-shirts, des émissions de télévision. L’ordre était de ne donner aucune information, juste des récits émouvants : des témoignages de soldats américains dans le rôle de libérateurs, des récits d’irakiens racontant les horreurs que leur faisait subir Saddam Hussein, des histoires de victoires épiques.

Mais de qui venaient ces « ordres » ? La démocratie américaine ne permet-elle à chacun de s’exprimer librement ? Oui, bien entendu. Mais comme disait Adlaï Stevenson, « une société libre est une société où il n’est pas dangereux d’être impopulaire ». Et à l’époque, ne pas suivre le courant était pour le moins périlleux. Car ceux qui n’étaient pas dans le camp du Bien étaient forcément dans le camp du Mal, et traités comme tels. La France avait voté contre l’intervention à l’ONU ? Les « french fries » étaient rebaptisées « liberty fries », les magasins et produits français ostensiblement boycottés, les français se faisaient interpeller et cracher dans la rue, et on croisait des gens qui portaient fièrement sur leur t-shirt une bombe surmontant la formule menaçante « today Baghdad, tomorrow Paris ».

Je pensais que cette hystérie était tout américaine. J’avais tort : la guerre en Ukraine a montré à quel point notre vieille Europe goûte aussi aux plaisirs équivoques de l’indignation morale à l’américaine. Vous trouvez ridicule de rebaptiser les « french fries » en « liberty fries » ? Et bien, que pensez-vous de l’annulation d’une conférence de l’écrivain Paolo Nori à l’université de Milan, au prétexte que le thème de la conférence était… Fédor Dostoïevski, écrivain certes Russe, mais dont la mort en 1881 l’empêche de prendre position dans le conflit en cours ? Et ce n’est pas un cas unique, loin de là. Le chef d’orchestre Valeri Gergiev, considéré comme l’un des plus grands maestros vivants, est sommé de signer des déclarations condamnant son pays, sous peine de se voir licencié ou interdit de scène. Et ce n’est pas une menace en l’air : Gergiev ayant refusé de se soumettre à ce qu’il faut bien appeler une procédure inquisitoriale, a été dûment licencié et ses concerts annulés. La soprano Anna Netrebko refuse de condamner la politique extérieure de son pays ? Elle est déprogrammée. Elle accepte finalement de signer un communiqué contenant la condamnation demandée, elle est reprogrammée. Un évènement organisé par l’industrie spatiale américaine et traditionnellement appelé « la nuit de Youri » en mémoire du cosmonaute Youri Gagarine s’est vue rebaptisée en « nuit de ce qui vient après ». Des expositions de tableaux issus de collections russes sont contestées, des festivals de cinéma russe annulés. La Cardiff Orchestra, au pays de Galles, annule un concert où elle devait jouer des œuvres de Tchaïkovski (1). Même chose à la philharmonie de Zagreb. Et on pourrait allonger la liste à l’infini.

Vous me direz qu’il a toujours été ainsi. C’est faux : alors qu’en 1940 Londres était sous les bombes, on y a continué à jouer Haendel ou Bach. Encore plus emblématique : l’indicatif des émissions « les Français parlent aux Français » sur la BBC reprenait les premiers accords de la 5ème symphonie d’un musicien allemand nommé Beethoven. Imagine-t-on aujourd’hui la résistance ukrainienne reprendre comme indicatif un air de Tchaïkovski ? On notera par ailleurs que rien de tel n’était arrivé en 2003, lorsque l’armée américaine s’est lancée à l’assaut de l’Irak. Les orchestres américains ont continué à jouer en Europe, les films américains à sortir en salle, les artistes américains à se produire dans le monde entier.

Tout ça pourrait être amusant si ce n’était pas aussi grave. Car on ne se vautre pas dans les joies de l’indignation morale impunément. L’indignation morale, qui est l’autre face de la « cancel culture » est l’illustration de la dégradation de notre vie démocratique. Car vivre en démocratie implique nécessairement accepter le fait que nos sociétés sont diverses, avec une multiplicité d’intérêts qui sont tantôt complémentaires, tantôt antagoniques, et qui donnent naissance à des cadres idéologiques, des opinions et des projets politiques qui peuvent être diamétralement opposés. La démocratie est censée permettre la coexistence pacifique ce ces différences.

Mais comme le signale Alain-Gérard Slama dans « Le siècle de monsieur Pétain » (2), une telle logique est particulièrement exigeante. Elle implique d’accepter la différence et le conflit comme faisant partie de la vie normale de nos sociétés, et fait de la politique comme une recherche permanente d’un équilibre toujours précaire.  Le débat démocratique est par essence une prise de risque, le risque que l’autre ait, au moins en partie, raison. Ou du moins, ses raisons.

Or, les gens détestent le risque. Au doute, ils préfèrent la certitude. Et c’est pourquoi les discours unanimistes, qui proposent une société « apaisée » autour d’idées partagées par tous – ce qui suppose l’élimination des hérétiques, qu’elle soit physique ou symbolique – séduit toujours autant. Cet unanimisme nous dispense de nous poser des questions – comment pourrions-nous nous tromper alors que tout le monde est d’accord avec nous ? – et nous rassure donc sur le fait que nous sommes du côté du Bien. C’est un cocon bien commode, une bulle où tout ce que nous lisons, ce que nous écoutons, confirme jour après jour que nous sommes dans le Vrai.

Une telle vision est, par nature, totalitaire. La diversité des projets reflétant une diversité irréductible d’intérêts, on ne peut atteindre le « consensus » en question que si l’on exclut – ou l’on réduit au silence – toute position dissidente, voire si l’on rend toute dissidence impensable (3). Et la « cancel culture » sert précisément à cela : en supprimant tout ce qui n’est pas conforme à une description du monde, elle construit un environnement idéologiquement aseptisé où rien ne vient « offenser » le consensus et donc planter le doute. Quand Von der Leyen justifie l’interdiction de RT par sa volonté d’empêcher « les mensonges d’affaiblir notre Union », on entend les échos des « mensonges qui nous ont fait tant de mal » dont parlait naguère par le Maréchal. Tous ces discours ont un point commun : la force est dans l’unanimité. Si Von der Leyen veut faire taire ces discours, ce n’est pas parce qu’ils sont « mensongers », mais parce que le mensonge en question « affaiblit notre Union ». Cela pose une question : si une « vérité » venait à « affaiblir notre Union », faudrait-il l’interdire aussi ? La réponse fournie par nos autorités européennes est évidente : ce qui « affaiblit notre Union » ne peut être une « vérité », et cela par définition. « Il n’y a pas de décision démocratique contre les traités européens », comme disait Juncker…

Cette recherche de l’unanimité nécessite qu’on abolisse la raison, qu’on ne s’adresse qu’à l’émotion. La raison est nécessairement diverse, parce que chacun a ses raisons. Mais l’émotion est unanime. Exposez une explication, et vous entendrez s’exprimer les accords et les désaccords.  Montrez une une femme en pleurs tenant dans ses bras son enfant mort, et vous susciterez une réaction unanime. C’est ce que tous les grands démagogues de l’histoire ont compris. Et c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui : regardez les informations télévisées, lisez les journaux. Sur l’Ukraine, vous ne trouverez guère d’analyses ou d’explications. Vous ne trouverez que des témoignages : ici, un grand gaillard avec l’uniforme ukrainien qui vous explique qu’il se battra jusqu’à la mort et que les projets de Poutine sont voués à l’échec ; là, deux adolescentes ukrainiennes qui vous expliquent comment elles diffusent les « vraies informations » sur les réseaux sociaux pour faire face à la propagande russe ; plus loin, un citoyen pleure sa famille installée à Marioupol et dont il n’a pas de nouvelles depuis plusieurs semaines.

Ces témoignages n’apportent en fait aucune information. Dans n’importe quelle guerre, on trouvera des mères pleurant leur enfant, des gaillards se promettant la victoire, des adolescents persuadés de sauver le monde. On aurait certainement pu trouver les mêmes témoignages en Irak après l’intervention américaine, en Serbie après les bombardements de l’OTAN… cela ne nous informe en rien sur le conflit en cours. Le seul effet de ces « informations », c’est de provoquer une réaction sentimentale et unanime, de noyer toute interrogation rationnelle derrière l’émotion.

Prenons un exemple précis, si vous le voulez bien, qui montre clairement combien cette forme « d’information » est, en absence de toute mise en perspective, manipulatrice. Dans son numéro daté du vendredi 16 mars, le journal « Le Monde » publie en « une », sous le titre « Guerre en Ukraine : le martyre de Marioupol » une photo sur quatre colonnes, présentant une femme assise sur un matelas dans ce qui pourrait être un couloir d’hôpital, avec un enfant endormi dans ses bras. La photo porte la légende suivante : « Une femme et son enfant, dans un hôpital de Marioupol, le 11 mars. Elle pleure la mort de son autre enfant dans les bombardements ».

Le lecteur sentimental ne peut que sentir les larmes aux yeux devant cette image de détresse ainsi expliquée. Mais le lecteur cynique et cartésien que je suis se pose immédiatement une question : comment le rédacteur a fait pour savoir que cette femme « pleure la mort de son autre enfant dans les bombardements » ? Sauf à lire dans les pensées de la femme en question, il est impossible d’affirmer qu’elle pleure pour cette raison plutôt qu’une autre, à moins qu’un journaliste présent ait été suffisamment insensible pour aborder cette femme dans sa détresse et lui demandé « vous pleurez pour quoi, exactement » ?

Cette photo et sa légende sont révélatrices d’une dérive manipulatrice parce qu’on utilise ici l’image pour lui faire dire ce qu’elle ne dit pas par elle-même (4). Le texte d’accompagnement exploite l’émotion suscité par la photo et la dirige dans un but précis. Un texte qui a toutes les chances, pour les raisons expliquées plus haut, d’être une invention du rédacteur à partir d’une rumeur plus ou moins vérifiée.

L’utilisation systématique du témoignage est en elle-même une forme de manipulation, parce que le témoignage que vous publiez a toujours comme contrepartie celui que vous ne publiez pas. Lorsque vous publiez une analyse, vous risquez toujours la contradiction. Mais lorsque vous publiez un témoignage, c’est sans risque. On ne peut pas contredire un témoin, puisque le témoin n’expose que son point de vue. Une analyse tendant à montrer que Poutine est fou peut être remise en cause, un paysan ukrainien qui affirme devant la caméra « je pense que Poutine est fou » exprime un fait incontestable : non pas que Poutine est fou, mais qu’il pense qu’il l’est. Or, vous trouverez des témoins pour dire tout et son contraire. En sélectionnant avec soin ceux que vous publiez et ceux que vous occultez, vous pouvez fabriquer une réalité virtuelle. Ainsi, par exemple, on nous a montré les funérailles à Lvov de soldats ukrainiens dans une église réservée à l’armée. Tout y était : les drapeaux ukrainiens, les familles en pleurs, les collègues des disparus affirmant leur foi dans la victoire. C’était émouvant.

Un Russe n’a-t-il pas des yeux ? Un Russe n’a-t-il pas, comme un Ukrainien, des mains, des organes, des dimensions, des sens, des affections, des passions ? N’est-il pas nourri de la même nourriture, blessé par les mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes remèdes, réchauffé et glacé par le même été et le même hiver ? Si vous le piquez, ne saigne-t-il pas ? Si vous le chatouillez, ne rit-il pas ? Si vous l’empoisonnez, ne meurt-il pas ? Et si vous lui faites du mal, ne se venge-t-il pas ? » (5). Bien sur que si. Les funérailles des soldats russes tombés pour leur patrie sont probablement tout aussi émouvantes que celles des soldats ukrainiens. Mais on ne le montrera pas, et pour une très bonne raison : la vision manichéenne du Bien contre le Mal ne tient que si l’on déshumanise l’ennemi. Dès lors qu’on lui reconnaît la capacité à penser, à aimer, à souffrir, l’ennemi redevient humain, et la vision manichéenne se fracture. La manière dont la figure de Poutine – un fou incapable d’aimer ou de souffrir – est construite est d’ailleurs assez révélatrice de cette volonté de deshumanisation indispensable au maintien de la fiction d’une lutte du Bien contre le Mal.

Si ce discours fonctionne, c’est parce que notre société fragmentée a envie, désespérément envie, de communion. Divisée en groupes, lobbies et communautés prêtes en permanence à marquer leur différence pour affirmer leur statut victimaire, il reste peu choses pour nous réunir. Et ce lien nous manque. Si l’attaque terroriste contre Charlie Hebdo a fait sortir près de quatre millions de Français dans la rue, c’est en partie pour défendre les libertés. Mais c’est aussi parce qu’une occasion nous était donnée enfin d’être ensemble derrière un drapeau commun. Et nous avions à l’époque été surpris lorsque nous avons constaté que le consensus derrière ce drapeau était moins unanime que nous ne le pensions. Aujourd’hui, la guerre en Ukraine nous donne une nouvelle opportunité de nous donner l’illusion de l’unité.

Les crises pointent souvent avec cruauté les projecteurs sur nos faiblesses. On parle beaucoup de l’américanisation de nos sociétés, l’hystérie antirusse qui domine nos médias en illustre à la perfection les ravages. Dans son discours à l’ONU, Dominique de Villepin avait à juste titre parlé de ces « vieux pays », qui pouvaient se reposer sur les leçons d’une histoire millénaire pour ne pas céder au diktat de l’émotion et pour représenter la voix de l’intelligence. Ce n’est plus le cas. L’oubli volontaire de notre histoire nous a rajeunis au point de nous infantiliser.

Descartes

(1) La justification publiée par l’orchestre en question est d’ailleurs très drôle : d’une part, il paraît que l’un des musiciens de l’orchestre a de la famille en Ukraine, de l’autre, le programme incluait la « marche slave » et « l’ouverture 1812 », œuvres qui « célèbrent les prouesses militaires russes ». Avouez que c’est croquignolet…

(2) « Le siècle de monsieur Pétain », Perrin, 2005. Un livre que je vous recommande très chaleureusement.

(3) La référence ici est bien entendu le 1984 de George Orwell, et l’idée que la transformation du langage permet de rendre certaines idées inconcevables car inexprimables. On peut s’émouvoir devant les souffrances d’une victime, mais un « dommage collatéral » peut-il souffrir ?

(4) C’est d’ailleurs l’une des règles fondamentales du photojournalisme. Une bonne photo de presse ne porte jamais de légende (autre que le lieu et la date de prise du cliché) parce qu’elle doit se suffire à elle-même. Prenez la célèbre photo de Nick Hut présentant une fillette fuyant la destruction de son village au Vietnam en 1972. Vous imaginez cette photo légendée « Petite fille pleurant parce qu’elle est brulée au napalm lors des bombardements américains » ? Non, bien sûr que non. La photo est entrée dans l’histoire parce qu’elle dit tout sans besoin qu’on vous l’explique.

(5) Pour ceux qui ne l’auraient pas reconnu, Shakespeare, « Le marchand de venise », acte III, scène I, légèrement retouché pour coller à l’actualité…

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

50 réponses à La guerre au temps de la “cancel culture”

  1. Jean-Louis COUVERT dit :

    Et le corps d’un garçon échoué sur une plage.
    Et le “bon noir” qui grimpe le long d’un immeuble pour sauver de la chute un jeune garçon.
    Et ces pauvres envahisseurs migrants qui risquent de se noyer.
    Et j’en passe.
    Et Poutine n’est qu’un Satan.
    Et je suis fier de n’être pas dans le camp du bien !

  2. Bonjour Descartes,
     
    [Le seul effet de ces « informations », c’est de provoquer une réaction sentimentale et unanime, de noyer toute interrogation rationnelle derrière l’émotion.]
    C’est vrai, mais parfois en voulant trop en faire, on en arrive à laisser passer des choses insupportables. Moi aussi, je suis sensible aux témoignages des Ukrainiens: j’en ai regardé quelques-uns. Que des gens serrent leurs fusils contre eux en affirmant qu’ils gagneront cette guerre, j’ai presque envie de dire que c’est nécessaire. Qui a envie de se battre en se disant que ce qui l’attend, c’est la défaite et la disparition de son pays? Personne sans doute. Que les autorités ukrainiennes mettent en avant les pertes civiles pour dénoncer la “sauvagerie” russe, c’est de bonne guerre, puisque Poutine dénonce lui les “nazis” qui dirigent l’Ukraine. Je suis donc indulgent, parce que c’est de la propagande, et je pense qu’en temps de guerre, la propagande est d’une certaine façon une triste nécessité. Les déclarations martiales, les coups de menton, l’indignation devant la cruauté présumée de l’ennemi, la diabolisation de celui-ci, tout cela fait partie de la liturgie de la guerre moderne.
     
    Et puis est arrivé ce moment où une Ukrainienne de Kiev, âgée, en pleurs a eu ses mots: “Même les Allemands n’avaient pas détruit la ville, même les Allemands ne nous traitaient pas ainsi”. Et là, mon penchant philo-ukrainien en a pris un coup. Bien sûr, c’est la guerre, il y a des bombardements et des morts. Mais les bribes d’informations qui nous parviennent laissent à penser que les Russes font preuve d’une relative retenue. Je ne sais pas trop ce qui se passe à Kharkov, mais à Kiev, il semble que le centre-ville n’ait pas été rasée, les destructions affectant plutôt les zones périphériques. Odessa n’a toujours pas été attaquée, alors qu’une offensive était paraît-il “imminente” il y a une semaine… Rien ne permet de dire à l’heure actuelle que les Russes ont l’intention de détruire l’Ukraine ou d’exterminer les Ukrainiens. Quand on sait ce qu’a été la violence et la cruauté des Allemands sur le front de l’est, quand on sait le nombre d’Ukrainiens qui sont morts (parce que tous les Ukrainiens n’ont pas soutenu les bandéristes de l’UPA), c’est indécent de laisser passer un tel témoignage, ou au moins de refuser de le commenter en précisant que le propos, dicté par l’émotion, est excessif.
     
    L’autre problème, c’est la position de celui qui parle. Que les dirigeants ukrainiens accusent Poutine d’être fou et qu’ils dénoncent la barbarie russe, je peux l’entendre: leur territoire est envahi, leurs villes bombardées, et chaque jour des Ukrainiens meurent. Mais ce qui est acceptable pour les Ukrainiens l’est beaucoup moins chez nous: est-ce que la Russie nous bombarde? Est-ce que les troupes russes envahissent les pays occidentaux? Non. Et Macron a dans un de ses discours réaffirmé: “nous ne sommes pas en guerre contre la Russie”. Alors pourquoi ce déferlement de haine antirusse? Pourquoi traiter les Russes comme s’ils nous agressaient directement? Il y a des moments où je me demande si les Occidentaux ne diabolisent pas les Russes encore plus que ne le font les Ukrainiens eux-mêmes! Comme si tout le monde ou presque trouvait un plaisir malsain à communier dans la haine d’un même ennemi, un ennemi retrouvé pourrait-on dire parce qu’on en manquait un peu ces derniers temps. Et surtout, les vrais ennemis, comme les talibans afghans, on est infoutu de les vaincre et après les avoir attaqués, on rentre chez nous la queue entre les jambes… 

    • Descartes dit :

      @ nationaliste-ethniciste

      [Je suis donc indulgent, parce que c’est de la propagande, et je pense qu’en temps de guerre, la propagande est d’une certaine façon une triste nécessité. Les déclarations martiales, les coups de menton, l’indignation devant la cruauté présumée de l’ennemi, la diabolisation de celui-ci, tout cela fait partie de la liturgie de la guerre moderne.]

      Bien entendu. Que les Ukrainiens y aient recours, cela fait partie des horreurs de la guerre – dont la première victime est, dans les mots de Churchill qui en savait quelque chose, la vérité. Mais nous, nous ne sommes pas en guerre, ou alors il faut le dire. Ce qui est paradoxal dans cette situation, c’est que nos médias se comportent comme si nous étions en guerre avec la Russie. On se demande même si certains de nos commentateurs ne regrettent pas que ce ne soit pas le cas.

      [Comme si tout le monde ou presque trouvait un plaisir malsain à communier dans la haine d’un même ennemi, un ennemi retrouvé pourrait-on dire parce qu’on en manquait un peu ces derniers temps. Et surtout, les vrais ennemis, comme les talibans afghans, on est infoutu de les vaincre et après les avoir attaqués, on rentre chez nous la queue entre les jambes…]

      Je suis tout à fait d’accord avec vous. J’ai modifié l’article pour ajouter un paragraphe sur cette question d’ailleurs, que j’avais oublié à l’édition. Effectivement, je pense que cette hystérie tient en partie à ce besoin de communion que notre société fragmentée n’offre plus…

  3. Marcel Truffier dit :

    Tout à fait d’accord avec cette analyse. Mais j aurais aimé trouvé la même ouverture dans le débat pro et anti vax.

    • Descartes dit :

      @ Marcel Truffier

      [Mais j aurais aimé trouvé la même ouverture dans le débat pro et anti vax.]

      Je ne comprends pas votre commentaire. Sur ce blog, pro et anti vax ont pu s’exprimer sans difficulté. En quoi le débat a été moins “ouvert” ?

      • Pierre VOGLER dit :

        Je crois que Marcel Truffier fait référence à un billet de juillet/août 2021 où vous narriez vos vacances en Provence et fustigiez les manifestations anti-passe regroupant, selon vos mots, “les gens qui sont contre tout”.
        Dans ce contexte, est particulièrement savoureux  le paragraphe où vous affirmez que “(…) les gens détestent le risque. Au doute, ils préfèrent la certitude. Et c’est pourquoi les discours unanimistes, qui proposent une société « apaisée » autour d’idées partagées par tous – ce qui suppose l’élimination des hérétiques, qu’elle soit physique ou symbolique – séduit toujours autant. Cet unanimisme nous dispense de nous poser des questions – comment pourrions-nous nous tromper alors que tout le monde est d’accord avec nous ? – et nous rassure donc sur le fait que nous sommes du côté du Bien. C’est un cocon bien commode, une bulle où tout ce que nous lisons, ce que nous écoutons, confirme jour après jour que nous sommes dans le Vrai.”

        • Descartes dit :

          @ Pierre VOGLER

          [Je crois que Marcel Truffier fait référence à un billet de juillet/août 2021 où vous narriez vos vacances en Provence et fustigiez les manifestations anti-passe regroupant, selon vos mots, “les gens qui sont contre tout”.
          Dans ce contexte, est particulièrement savoureux le paragraphe où vous affirmez que “(…) les gens détestent le risque. Au doute, ils préfèrent la certitude. Et c’est pourquoi les discours unanimistes, qui proposent une société « apaisée » autour d’idées partagées par tous – ce qui suppose l’élimination des hérétiques, qu’elle soit physique ou symbolique – séduit toujours autant. Cet unanimisme nous dispense de nous poser des questions – comment pourrions-nous nous tromper alors que tout le monde est d’accord avec nous ? – et nous rassure donc sur le fait que nous sommes du côté du Bien. C’est un cocon bien commode, une bulle où tout ce que nous lisons, ce que nous écoutons, confirme jour après jour que nous sommes dans le Vrai.”]

          Je ne suis pas sûr d’interpréter correctement votre commentaire. Vous voulez dire que le discours « pro-vax » aurait reposé lui aussi sur une forme d’unanimisme, d’un manichéisme faisant du camp des antivax le « Mal » alors que celui des provax aurait été le « Bien » ? J’ai bien compris ?

          Examinons cet argument. Prenons par exemple la visite du président de la République à Marseille, au cours de laquelle il s’est entretenu avec le professeur Raoult. Imaginez-vous le président de la République s’entretenant aujourd’hui avec les experts partisans de l’invasion russe de l’Ukraine et invoquant, comme il l’avait fait pour Raoult, la nécessité d’entendre toutes les opinions ? Imaginez-vous qu’on nomme un partisan de la politique russe aux conseils de politique extérieure du gouvernement, comme on a nommé Raoult au conseil scientifique ?

          Des personnalités connues pour leur proximité avec le gouvernement russe ont été mis en demeure de renier ces liens, et ceux qui ont refusé ont perdu leur travail. Raoult, malgré ses discours, est resté patron de son institut. De même, RT et Spoutnik ont été interdits de diffusion. Le documentaire « Hold-Up », tout comme une infinité d’autres documents complotistes, n’ont subi aucun acte de censure. Dois-je continuer la comparaison ?

          Les antivax ont crié à la persécution, mais il ne faut pas se laisser tromper par ces cris d’orfraie. Les antivax ont eu leur place – certains diront plus que leur place, grace au sensationnalisme qui corrode nos médias – dans le débat public. Ils n’ont pas été chassés de leurs postes ou privés de la possibilité de travailler en fonction de leurs opinions – tout au plus sanctionnés pour leurs actes. Leur parole n’a pas été censurée. Tout le contraire de ce qu’on peut observer dans l’affaire ukrainienne. Il me paraît donc faux de dire que dans l’affaire des vaccins on ait cherché une « communion dans l’unanimité », comme c’est le cas aujourd’hui.

  4. Zelda dit :

    Bonjour Descartes,
    Vous avez tout dit… mais que faire devant “la volaille” qui fait l’opinion, comme le chantait si bien Alain Souchon ? Nous sommes en plein dans dans la bétise crasse d’une classe politico-médiatique, experte en manipulation des opinions publiques grâce à nos gentils milliardaires qui possèdent 90% des medias mainstream et font l’opinion (ah ! non ! eux ne sont pas des oligarques proches de Poutine !…ce sont des amis et relations du Chef de l’Etat, ayant aidé à le faire élire, c’est différent !.  Quand on offre à un public amorphe, abreuvé de sous-culture U.S…. du Hanouna, des “Marseillais au Mexique” et de jeux TV plus idiots les uns que les autres… Désolée tout cela me rend amère et très en colère…
    Une devinette belge pose la question suivante : “savez-vous pourquoi le coq est le symbole de la France ? Ben parce que c’est le seul oiseau qui chante les 2 pattes dans la m….” et malheureusement le coq Français fait des émules dans d’autres pays d’Europe.

  5. Paul dit :

    Qu’est ce que ce post fait du bien à lire ! Il est tellement pesant de ne pouvoir s’exprimer actuellement. Je pense que vous posez le problème d’une façon très pertinente: notre société ne serait-elle plus capable de supporter le conflit et donc le débat ? 
    Le déni du conflit est pathogène, référons-nous à Georg Zimmel. Il rend impossible et toute parole, et donc toute résolution du conflit.
    Cet épisode, tout comme LES guerres menées contre l’Irak, montre bien la dictature du Bien contre le Mal, en s’aidant du primat de l’émotion (l’image étant utilisée en ce sens) sur la raison.
    Branchons-nous tous sur Netflix 24/24 pour être infantilisés à jamais !

  6. François dit :

    Bonjour Descartes
    [Mais comme disait Adlaï Stevenson, « une société libre est une société où il n’est pas dangereux d’être impopulaire ».]
    C’est à dire « n’est pas dangereux » ? C’est à dire « impopulaire » ?
    On apprend que le boulanger du quartier est un nazi convaincu, celui ci ne cherchant même pas à s’en cacher, en exhibant des symboles du troisième Reich. Sans même parler des implications pénales, il va de soi qu’il va vite devenir « impopulaire » auprès de sa clientèle et qu’il encourra le danger certain de perdre significativement ses clients, et ce même s’il fait d’excellents pains. Selon ladite définition d’Adlaï Stevenson, il va de soi qu’il ne vit pas dans une société libre. Mais quid de la liberté de la clientèle de dépenser son argent à sa discrétion ?
     
    Ceci dit, je partage avec vous l’exaspération concernant l’hystérie qui s’est emparée de l’Occident suite l’invasion de l’Ukraine par la Russie, parce-qu’il s’agit d’un concours de vertu n’ayant aucun impact significatif sur l’issue du conflit en cours, si ça n’est de distendre inutilement les liens avec la Russie. Qui plus est, Dieu sait à quel point j’ai horreur des tartuffes.
    Après, je n’affirmerais que cette hystérie collective soit inédite dans l’histoire de France. À commencer avec la Révolution française, qui elle aussi voulait à certains égards « cancel » l’héritage monarchique comme l’atteste les profanations des tombes de la basilique de Saint-Denis.
    Néanmoins, concernant la liberté d’expression, je pense qu’il vaut mieux être pro-russe en Occident, que pro-ukrainien en Russie. C’est que là-bas, les restrictions de libertés sont certes moins hystériques, mais bien plus redoutables.
    Bref, à part la fermeture extra-judiciaire de RT (j’y reviendrais juste après), tout cela me fait penser à une ménagère, qui en rage contre son mari, casse la vaisselle.
     
    [ Quand Von der Leyen justifie l’interdiction de RT par sa volonté d’empêcher « les mensonges d’affaiblir notre Union », on entend les échos des « mensonges qui nous ont fait tant de mal » dont parlait naguère par le Maréchal.]
    Les européistes ont ouvert une boîte de Pandore. À leur place, je me tâcherais très vite de la refermer, car rien n’exclue que leurs éventuels successeurs n’en n’auraient pas la volonté…

    • Descartes dit :

      @ François

      [On apprend que le boulanger du quartier est un nazi convaincu, celui ci ne cherchant même pas à s’en cacher, en exhibant des symboles du troisième Reich. Sans même parler des implications pénales, il va de soi qu’il va vite devenir « impopulaire » auprès de sa clientèle et qu’il encourra le danger certain de perdre significativement ses clients, et ce même s’il fait d’excellents pains. Selon ladite définition d’Adlaï Stevenson, il va de soi qu’il ne vit pas dans une société libre.]

      Dans une certaine société, votre boulanger risque de se faire frapper avec une barre de fer dans la rue, dans une autre il risquerait de perdre une partie de sa clientèle. A votre avis, laquelle des deux sociétés est plus « libre » ? Bien évidemment, dans celle ou le « danger » est le plus faible… Il ne faut pas prendre ici le terme « société libre » comme un absolu. Il y a des sociétés plus ou moins libres. Et Stevenson avait raison : une société est d’autant plus libre qu’il est moins dangereux d’être impopulaire. Une société parfaitement libre serait celle ou ce danger serait nul…

      [Mais quid de la liberté de la clientèle de dépenser son argent à sa discrétion ?]

      « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». Autrement dit, le fait de refuser d’acheter chez un commerçant en fonction de ses opinions politiques pourrait s’apparenter à une discrimination prohibée… je vous rappelle qu’un employeur ne peut refuser d’embaucher une personne sur ce fondement, pas plus qu’un commerçant refuser une vente.

      [Après, je n’affirmerais que cette hystérie collective soit inédite dans l’histoire de France. À commencer avec la Révolution française, qui elle aussi voulait à certains égards « cancel » l’héritage monarchique comme l’atteste les profanations des tombes de la basilique de Saint-Denis.]

      Là, vous réécrivez l’histoire. La Révolution n’a nullement voulu « cancer » l’héritage monarchique, au contraire : elle a maintenu le roi dans sa position de chef de l’Etat et visait au départ une monarchie constitutionnelle. C’est le roi qui a fait l’erreur fatale de trahir la Nation avec sa fuite vers l’armée des princes. La destruction des symboles monarchiques ne fut donc que la réaction à un acte de trahison, et non une volonté d’effacer un héritage…

      [Néanmoins, concernant la liberté d’expression, je pense qu’il vaut mieux être pro-russe en Occident, que pro-ukrainien en Russie. C’est que là-bas, les restrictions de libertés sont certes moins hystériques, mais bien plus redoutables.]

      Je ne sais pas. Est-ce que les artistes amis de Zelenski ont été interdits de scène pour avoir refusé de le renier ? J’en doute.

      • François dit :

        @Descartes
        [« La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». Autrement dit, le fait de refuser d’acheter chez un commerçant en fonction de ses opinions politiques pourrait s’apparenter à une discrimination prohibée… je vous rappelle qu’un employeur ne peut refuser d’embaucher une personne sur ce fondement, pas plus qu’un commerçant refuser une vente.]
        Certes. S’il y a heureusement en France des lois qui prohibent la discrimination à l’emploi en raison des opinions politiques, il n’y en a pas concernant le boycott d’entreprises en fonctions de leurs « valeurs » réelles ou supposées.
        Pour continuer le fameux article 4 de la DDHC : « (…) ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. » Somme toute c’est la société qui arbitrairement détermine quelles sont ces limites à la liberté. En France, on trouve ça choquant de discriminer à l’embauche en fonction des opinions politique. Dans les pays anglo-saxons, beaucoup moins.
         
        [La destruction des symboles monarchiques ne fut donc que la réaction à un acte de trahison, et non une volonté d’effacer un héritage…]
        Mais en l’occurrence cette réaction à un acte de trahison constituait à une volonté d’effacer un héritage. Car détruire les symboles monarchiques, j’appelle ça une volonté d’effacer un héritage, surtout quand c’est allé bien plus loin que de simplement déposer les fleurs de Lys des frontons des bâtiments publics.
        Tout comme après la chute du bloc socialiste, les pays de l’Europe de l’Est se sont empressés d’effacer l’héritage communiste en déboulonnant les statues de cette période.
         
        [Je ne sais pas. Est-ce que les artistes amis de Zelenski ont été interdits de scène pour avoir refusé de le renier ? J’en doute.]
        En effet, en Russie on n’exige pas des personnalités publiques de faire acte de contrition. En revanche s’il leur venait spontanément l’idée de donner leur opinion concernant le conflit en cours, opinion qui ne serait pas conforme au discours officiel, alors ils risqueraient bien plus cher qu’en Europe en disant qu’ils soutiennent l’invasion actuelle. Et c’est pour cela que je disais que la réaction liberticide en Occident est principalement hystérique, tandis qu’en Russie elle est redoutable.
        Je sais bien qu’en Occident, on adore noircir excessivement l’état de la Russie poutinienne. Mais bon, ça n’est pas pour autant que je vais croire que ce pays est un havre de liberté, en particulier d’expression. Risque t’on en France quinze ans de taule pour avoir « discrédité » les forces armées ukrainiennes ?

        • Descartes dit :

          @ François

          [Certes. S’il y a heureusement en France des lois qui prohibent la discrimination à l’emploi en raison des opinions politiques, il n’y en a pas concernant le boycott d’entreprises en fonctions de leurs « valeurs » réelles ou supposées.]

          En fait, si. La Cour de Cassation a jugé certains appels au boycott « illégaux » sur ce fondement. Mais je vous accorde volontiers le point : le choix du consommateur est considéré comme appartenant au domaine privé, et il est extrêmement difficile sans porter atteinte aux libertés publiques de rendre un tel boycott illégal.

          [Pour continuer le fameux article 4 de la DDHC : « (…) ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. » Somme toute c’est la société qui arbitrairement détermine quelles sont ces limites à la liberté.]

          Pas tout à fait, puisque seules les limitations « qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits » sont licites. Cela laisse bien entendu une marge d’appréciation au législateur, mais on ne peut pas dire qu’il ait le pouvoir d’imposer des limites « arbitrairement ».

          [En France, on trouve ça choquant de discriminer à l’embauche en fonction des opinions politique.]

          Pas si « choquant » que ça. Pendant toute la guerre froide, on a discriminé les communistes à l’embauche sans que cela ne soulève des protestations particulières. Voire l’affaire Barel…

          [« La destruction des symboles monarchiques ne fut donc que la réaction à un acte de trahison, et non une volonté d’effacer un héritage… » Mais en l’occurrence cette réaction à un acte de trahison constituait à une volonté d’effacer un héritage.]

          Pas vraiment. On décapita les statues des rois et on profana les tombes à Saint-Denis, mais ce genre d’actes relève plus d’une « punition symbolique » que de la volonté d’effacer un héritage. La preuve est qu’on a martelé les fleurs de lys, mais on n’a pas cherché à démolir Versailles ou les Invalides, ce qui aurait constitué – là oui – un effacement d’héritage. Par ailleurs, l’iconoclasme révolutionnaire fut de très courte durée.

          [Tout comme après la chute du bloc socialiste, les pays de l’Europe de l’Est se sont empressés d’effacer l’héritage communiste en déboulonnant les statues de cette période.]

          La comparaison est éclairante : là, on ne s’est pas contenté de « déboulonner les statues » ou de marteler les symboles du régime déchu : on a détruit des bâtiments entiers. Pensez au Palais de la République… mais surtout, dans les pays de l’Est il y a une volonté d’effacer cette période de l’histoire, en rattachant les régimes actuels à ceux d’avant 1945. On ne voit nullement cette tentation chez les révolutionnaires français.

          [Je sais bien qu’en Occident, on adore noircir excessivement l’état de la Russie poutinienne. Mais bon, ça n’est pas pour autant que je vais croire que ce pays est un havre de liberté, en particulier d’expression. Risque t’on en France quinze ans de taule pour avoir « discrédité » les forces armées ukrainiennes ?]

          Sur cette question, mon point de vue est pragmatique : lorsque les classes dominantes sont sûres de leur pouvoir et pensent que le rapport de forces leur est favorable, elles sont prêtes à tolérer toutes sortes d’expressions dissidentes. Lorsqu’elles se sentent menacées et craignent pour leur avenir, elles répriment sans complexes. Avant l’élection d’Allende, le Chili était appelé par certains “la Suisse des Amériques”. Il a suffi de l’élection d’un président de gauche pour que les classes dominantes se sentent menacées, et on a eu Pinochet. Les libertés dont jouit tel ou tel pays ne nous informe finalement que sur l’état psychologique des classes dominantes…

  7. Philippe dit :

    Bonjour DescartesLa manifestation la plus effrayante de l’état d’esprit que vous décrivez fut la demande exprimée par des enseignants du collège Alexandre Soljenitsyne d’Aizenay (Vendée) de débaptiser cet établissement car AS, mort en 2008 faut-il le rappeler, aurait été un proche de Poutine.( https://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/vendee/la-roche-sur-yon/guerre-en-ukraine-en-vendee-des-enseignants-d-aizenay-souhaitent-debaptiser-le-college-alexandre-soljenitsyne-juge-pro-poutine-2504819.html )
    Des enseignants !
    Et des familles confient leurs gamins à ces gens là !Et ne n’ai rien vu passer concernant une réaction de JM Blanquer 

    • Descartes dit :

      @ Philippe

      [La manifestation la plus effrayante de l’état d’esprit que vous décrivez fut la demande exprimée par des enseignants du collège Alexandre Soljenitsyne d’Aizenay (Vendée) de débaptiser cet établissement car AS, mort en 2008 faut-il le rappeler, aurait été un proche de Poutine.]

      Eh oui, Alexandre Soljenitsyne est un peu comme Ossama Ben Laden : tant qu’il a été utile à la propagande occidentale, on a oublié ses amitiés avec les dictateurs, ses discours mystiques et réactionnaires, son racisme et son antisémitisme (1), pour en faire un « combattant de la liberté ». Maintenant qu’il n’est plus utile, il peut être « cancellé » comme un vulgaire Colbert…

      (1) Pour ceux qui auraient oublié, il faut relire « Deux siècles ensemble » dont le deuxième tome est intitulé « juifs et russes pendant la période soviétique ». Voici un exemple de la prose soljenitsienne : “Mais alors pourquoi – malgré cette orientation anti-russe du pouvoir et la bigarrure plurinationale de ses bourreaux -pourquoi, en Ukraine, en Asie centrale, a fortiori dans les pays baltes, c’est précisément chez les Russes que le peuple voyait ses oppresseurs? Parce qu’ils étaient des étrangers. Un compatriote reste un compatriote, même si c’est votre bourreau. Un étranger, lui reste à jamais un étranger”. Et mêmes si tous ces ravages ne peuvent s’expliquer par des racines ou motifs nationaux, il n’en demeure pas moins qu’une question se pose à propos de la Russie des années 20. Celle-là même que bien des années plus tard, Leonardo Shapiro formula en ces termes: pourquoi “quiconque avait le malheur de tomber entre les mains de la Tchéka était-il presque sûr de se trouver face à un juge d’instruction juif, ou d’être fusillé sur son ordre”

      • marc.malesherbes dit :

        je ne vois pas ce que ce texte a d’antisémite. Explications ?
         
        nb: en disant “quiconque avait le malheur de tomber entre les mains de la Tchéka était-il presque sûr de se trouver face à un juge d’instruction juif” ne fait que rapporter la phrase d’un ” Leonardo Shapiro”, et encore il ne la formule qu’à l’appui de sa thèse ” Un compatriote reste un compatriote, même si c’est votre bourreau. Un étranger, lui reste à jamais un étranger”. AS ne  pretend pas que cette affirmation de Shapiro est exacte.
         
        Quand à la réalité du judéo bolchéviste, elle est bien attestée, une proportion significative de juifs faisant partie de la machine étatique bolchévique. Ils avaient été en partie massacrés sous le  tsarisme (les progrom) et bon nombre d’entre eux espéraient que cela en serait fini avec le bolchévisme.

        • Descartes dit :

          @ marc.malesherbes

          [je ne vois pas ce que ce texte a d’antisémite. Explications ?]

          Soljenitsyne cite le texte de Schapiro à l’appui de son argumentation, ce qui implique qu’il pense l’affirmation exacte. Comment pouvez-vous appuyer votre raisonnement sur une affirmation que vous considérez fausse ?

          [Quand à la réalité du judéo bolchéviste, elle est bien attestée, une proportion significative de juifs faisant partie de la machine étatique bolchévique.]

          Je ne vois ce que cela “atteste”. Il y a une proportion significative de juifs parmi les avocats ou les médecins, et personne ne parle de “judéo-droit” ou de “judéo-medecine”. Tout simplement parce qu’un avocat ou un médecin juif n’exercent pas le droit ou la médecine d’une façon très différente d’un avocat ou d’un médecin chrétiens. Pour qu’on puisse parler de “judéo-bolchevisme”, il ne suffit pas qu’il y ait une proportion significative de juifs dans la machine étatique bolchévique. Encore faut-il montrer que leur judaïsme est relevant. En quoi le fait que le juge soit juif dans la formule citée par Soljenitsyne a une importance ? Pourquoi le souligner ? C’est là que réside l’antisémitisme de ceux qui utilisent cette formule: dans l’idée qu’un juge juif se comporte d’abord en juif, et ensuite en juge.

          • Vincent dit :

            Encore faut-il montrer que leur judaïsme est relevant

             
            il me semble que vous commettez un anglicisme. “pertinent” aurait été plus adapté

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [il me semble que vous commettez un anglicisme. “pertinent” aurait été plus adapté]

              C’est un anglicisme, mais “pertinent” n’est pas le bon mot. Ce que j’ai voulu dire, c’est qu’il faut encore montrer que le fait qu’ils soient juifs a un rapport avec le sujet traité.

          • marc.malesherbes dit :

            @Descartes

            votre argumentation sur le caractère anti sémite de l’expression “judéo bolchévique est très convaincante, m’a éclairé, et je vous en remercie

  8. marc.malesherbes dit :

     “Macron a dans un de ses discours réaffirmé: “nous ne sommes pas en guerre contre la Russie

    Certes, Macron a fait cette déclaration, mais qu’en penser ?

    En ce qui me concerne il me semble que nous sommes clairement en hostilité économique contre la Russie (voir les sanctions diverses), et également en posture hostile en fournissant des armes aux Ukrainiens, et sans doute un peu plus (renseignements, formations aux armes, cyber aide …).
    De plus tout le discours politique de notre président est clairement hostile à l’invasion de l’ukraine par la Russie.

    La question est de savoir si cette hostilité justifie les positions partiales des médias dans leur ensemble, des actions visant à stigmatiser la Russie pour leur invasion ?

    Il faut voir que les sanctions économiques contre la Russie vont augmenter les conséquences négatives pour le niveau de vie de français. Il y en aurai eu même si nous n’avions rien fait, mais cela va les aggraver. Il faut donc justifier auprès de la population les sacrifices que cela va impliquer. Et à partir de là, cela permet de comprendre le déluge de la propagande.

    Dans notre pays, encore relativement libre, cela permet à ceux qui sont pour ces actions hostiles de les approuver avec la propagande qui va avec, sans en être dupes, et à ceux qui comme vous regrettent cette hostilité (c’est ce que je crois lire entre les lignes) de s’en indigner.

    nb: on peut discuter dans le détail de cette propagande hostile à la Russie. Pourrait-on faire mieux en étant aussi efficace ? Peut-être dans certains cas. Mais dans l’ensemble je la trouve très efficacement “anti-russe”, même si bien sûr, comme vous le décrivez très bien elle peut paraître affligeante pour un esprit ouvert.

    Mais, si j’ose un parallèle, c’est la même démarche de TOUS nos candidats à la présidentielles. Ils ont des orientations politique différentes, mais TOUS font par ci par là des déclarations totalement excessives, voire stupides, pour frapper les esprits en faisant appel à des sentiments pour “manipuler” les esprits. Et je n’ai pas vu un seul de leurs partisans s’en offusquer. C’est donc bien le signe que nous fonctionnons ainsi.

    Refuser cette manière de faire, pour la Russie en particulier, c’est comme de refuser que nous soyons des français, vivre dans un autre monde.

    • Descartes dit :

      @ marc.malesherbes

      [En ce qui me concerne il me semble que nous sommes clairement en hostilité économique contre la Russie (voir les sanctions diverses), et également en posture hostile en fournissant des armes aux Ukrainiens, et sans doute un peu plus (renseignements, formations aux armes, cyber aide …).
      De plus tout le discours politique de notre président est clairement hostile à l’invasion de l’ukraine par la Russie.]

      Certes. Mais le terme « guerre » a un sens, et il ne faudrait pas le galvauder. Nous sommes en conflit sur beaucoup de sujets avec beaucoup de pays. Quant aux armes, nous avons fourni à l’Argentine les missiles exocet utilisés contre les forces britanniques dans les Malouines. Concluez-vous que nous étions en guerre contre la Grande Bretagne ?

      Il y a une gradation dans les conflits. L’hostilité ce ne sont pas les sanctions, les sanctions ne sont pas la guerre. La France a été sanctionnée par les Américains après son refus de voter pour la guerre en Irak à l’ONU. Et nous n’étions pas en guerre pour autant.

      [La question est de savoir si cette hostilité justifie les positions partiales des médias dans leur ensemble, des actions visant à stigmatiser la Russie pour leur invasion ?]

      Je pense qu’il faut rechercher cette « justification » ailleurs. Dans des sociétés occidentales de plus en plus fragmentées, nous avons un besoin social de communier autour de quelques idées simples. Et quoi de plus simple que l’opposition entre le Bien et le Mal ? La Russie en général et la personnalité de Poutine en particulier permet d’incarner le Mal, et par opposition d’effacer les différences entre européens en nous situant tous dans le camp du Bien. Regardez comment par miracle Kaczinsky et Orban peuvent tout à coup embrasser Macron ou Scholz. Quant à l’Ukraine, qu’on qualifiait encore il y a quelque mois de kleptocratie dominée par des oligarques, c’est tout à coup devenu un état démocratique à l’occidentale…

      [Il faut voir que les sanctions économiques contre la Russie vont augmenter les conséquences négatives pour le niveau de vie de français. Il y en aurai eu même si nous n’avions rien fait, mais cela va les aggraver. Il faut donc justifier auprès de la population les sacrifices que cela va impliquer. Et à partir de là, cela permet de comprendre le déluge de la propagande.]

      Aussi. Vous allez voir que la Russie va servir de bouc émissaire à l’inflation et à l’austérité qui s’annonce…

      [Mais, si j’ose un parallèle, c’est la même démarche de TOUS nos candidats à la présidentielles. Ils ont des orientations politique différentes, mais TOUS font par ci par là des déclarations totalement excessives, voire stupides, pour frapper les esprits en faisant appel à des sentiments pour “manipuler” les esprits. Et je n’ai pas vu un seul de leurs partisans s’en offusquer. C’est donc bien le signe que nous fonctionnons ainsi.]

      Je ne le crois pas. Je pense plutôt que nos candidats ont compris que dans une société dominée par les médias et qui recherche ces moments de « communion », celui qui crache dans les burettes risque le bûcher. Dénoncer la dictature de l’émotion, refuser la simplification vous expose à être étrillé dans les médias et ne vous rapporte rien. On l’a vu sur l’Euro, on le voit encore sur l’Ukraine. Pourquoi voulez-vous que les candidats prennent ce risque ? Aujourd’hui, c’est la surenchère dans le sens du Bien qui rapporte des voix et des soutiens médiatiques. Alors, ils s’y vautrent tous…

      [Refuser cette manière de faire, pour la Russie en particulier, c’est comme de refuser que nous soyons des français, vivre dans un autre monde.]

      Franchement, je ne vois pas le rapport. Penser contre la meute, ça a toujours été risqué. Mais aujourd’hui, le risque est peut-être plus grand qu’il ne l’a jamais été depuis un demi-siècle. Ce n’est pas de “refuser que nous soyons des français” que de se lever contre la dictature d’une pensée unique.

  9. Geo dit :

    @Descartes
    “’autre problème, c’est la position de celui qui parle. Que les dirigeants ukrainiens accusent Poutine d’être fou et qu’ils dénoncent la barbarie russe, je peux l’entendre: leur territoire est envahi, leurs villes bombardées, et chaque jour des Ukrainiens meurent. Mais ce qui est acceptable pour les Ukrainiens l’est beaucoup moins chez nous: est-ce que la Russie nous bombarde? Est-ce que les troupes russes envahissent les pays occidentaux? Non. Et Macron a dans un de ses discours réaffirmé: “nous ne sommes pas en guerre contre la Russie”. Alors pourquoi ce déferlement de haine antirusse? Pourquoi traiter les Russes comme s’ils nous agressaient directement? Il y a des moments où je me demande si les Occidentaux ne diabolisent pas les Russes encore plus que ne le font les Ukrainiens eux-mêmes!”
    On peut soupçonner les occidentaux d’être “prêts à combattre Poutine jusqu’au dernier Ukrainien” et certains ne s’en privent pas; mais je ne le crois pas. Il y a que nous nous ressentons comme l’arrière des Ukrainiens, et que nos médias soutiennent le moral de l’arrière.
    Je ne prétends pas que c’est tout, mais cela compte. Un peu comme nombre d’Irlando-Américains ont financé l’IRA sans trop d’esprit de réflexion. Nous nous comportons en Ukraino-Américains.

    • Descartes dit :

      @ Geo

      [On peut soupçonner les occidentaux d’être “prêts à combattre Poutine jusqu’au dernier Ukrainien” et certains ne s’en privent pas; mais je ne le crois pas. Il y a que nous nous ressentons comme l’arrière des Ukrainiens, et que nos médias soutiennent le moral de l’arrière.]

      Je suis sceptique. Et la raison pour laquelle je suis sceptique, c’est parce que ce n’est pas la première fois qu’on a fait des guerres par procuration, poussant des gens à se battre pour ensuite les laisser se débrouiller. Souvenez-vous comment tous nos médias ont encouragé sans vergogne l’opposition syrienne à aller au clash avec Bachar El-Assad, en sachant parfaitement que personne n’était prêt à aller faire la guerre pour les soutenir.

      [Je ne prétends pas que c’est tout, mais cela compte. Un peu comme nombre d’Irlando-Américains ont financé l’IRA sans trop d’esprit de réflexion. Nous nous comportons en Ukraino-Américains.]

      L’exemple n’est pas pertinent. Les irlando-américains sont des descendants d’émigrants irlandais, nous ne sommes pas des descendants d’Ukrainiens, que je sache…

      • Vincent dit :

        Je suis sceptique. Et la raison pour laquelle je suis sceptique, c’est parce que ce n’est pas la première fois qu’on a fait des guerres par procuration, poussant des gens à se battre pour ensuite les laisser se débrouiller. Souvenez-vous comment tous nos médias ont encouragé sans vergogne l’opposition syrienne à aller au clash avec Bachar El-Assad, en sachant parfaitement que personne n’était prêt à aller faire la guerre pour les soutenir.
        Personnellement je pense plutôt aux kurdes. Combien y a-t-il eu de reportages sur les héroïques combattants patriotes kurdes…
        Soutenus de près par les USA, et d’un peu moins près par l’UE. Y compris un film de BHL, c’est dire s’ils ont eu du soutien, de l’émotion en occident.
         
        Puis un jour les américains sont partis, on en a parlé pendant une semaine, puis plus du tout.
        Ils ont été abandonnés en rase  campagne…
         

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Personnellement je pense plutôt aux kurdes.]

          Oui, c’est un très bon exemple!

        • BolchoKek dit :

          Faut dire qu’ils ont fini par s’allier à Assad et par se rapprocher des Russes – d’ailleurs soutien historique des mouvements Kurdes… L’imaginaire médiatique ne connait que le manichéisme, on ne peut donc pas être un “gentil” et s’allier aux “méchants”, ça ne peut exister dans une vision du monde manichéenne. Donc on fait comme si ça n’existait pas…

          • Descartes dit :

            @ BolchoKek

            [L’imaginaire médiatique ne connait que le manichéisme, on ne peut donc pas être un “gentil” et s’allier aux “méchants”, ça ne peut exister dans une vision du monde manichéenne. Donc on fait comme si ça n’existait pas…]

            Tout à fait. Il est hors d’introduire le moindre facteur de complexité dans une vision manichéenne dont le premier but est de tout simplifier. C’est d’ailleurs pourquoi notre système médiatique a autant de mal avec la situation du proche et moyen orient, où nos alliés du jour sont nos adversaires de demain et vice-versa…

  10. Le Gnôme dit :

    Je trouve que les ressorts de la propagande n’ont pas vraiment changés depuis un siècle. J’ai hérité de mon père les numéros de l’hebdomadaire l’Illustration parus entre août 1914 et mars 1919 qu’il avait fait relier par années. Vous remplacez Guillaume II par Poutine, vous évoquez la fourberie du soldat allemand par celle du soldat russe, vous vous indignez des exactions de la barbarie teutonne par celle de la soldatesque moscovite (ce qui ne veut pas dire qu’elles n’ont pas existé), vous évoquez les contre-offensives toujours victorieuses (les Russes à cinq étapes de Berlin titrait le Matin le 24 août 1914) et vous constatez que les ressorts de la propagande sont les mêmes, mis à part la différence de moyens techniques.
    Si je peux comprendre à l’extrême limite les motivations des revues de 1914 contre un pays  qui nous avait déclaré la guerre, et contre qui nos soldats mourraient par milliers, j’ai un peu de mal à saisir l’intérêt contre un pays avec lequel nous ne sommes pas en guerre. L’important serait d’avoir des analyses pertinentes sur les tenants, les aboutissants de ce conflit pour lequel nous désignons facilement l’ennemi alors que dans d’autres conflits nous sommes restés cois.
    Je ne dis pas que j’approuve la guerre de monsieur Poutine (et qui suis je pour le faire), mais j’invoque mon droit à être informé de façon honnête, et je constate que je ne le suis pas.

    • Descartes dit :

      @ Le gnôme

      [Je trouve que les ressorts de la propagande n’ont pas vraiment changé depuis un siècle. J’ai hérité de mon père les numéros de l’hebdomadaire l’Illustration parus entre août 1914 et mars 1919 qu’il avait fait relier par années. Vous remplacez Guillaume II par Poutine, vous évoquez la fourberie du soldat allemand par celle du soldat russe, vous vous indignez des exactions de la barbarie teutonne par celle de la soldatesque moscovite (ce qui ne veut pas dire qu’elles n’ont pas existé), vous évoquez les contre-offensives toujours victorieuses (les Russes à cinq étapes de Berlin titrait le Matin le 24 août 1914) et vous constatez que les ressorts de la propagande sont les mêmes, mis à part la différence de moyens techniques.]

      Oui, parce que les ressorts de la psyché humaine sont les mêmes. Ce qui nous fait pleurer, ce qui nous fait rire, ce qui nous fait avoir envie de nous battre ou au contraire de tout laisser tomber n’a guère changé depuis la guerre de Troie. C’est d’ailleurs pourquoi après plus de deux millénaires les motivations et les sentiments des personnages d’Homère nous restent compréhensibles. Et c’est pourquoi la propagande peut changer de médium en fonction des techniques disponibles, mais ses ressorts profonds restent les mêmes.

      [Si je peux comprendre à l’extrême limite les motivations des revues de 1914 contre un pays qui nous avait déclaré la guerre, et contre qui nos soldats mourraient par milliers, j’ai un peu de mal à saisir l’intérêt contre un pays avec lequel nous ne sommes pas en guerre.]

      Renversons le raisonnement : quelle conclusion faut-il tirer du fait que les médias européens se comportent comme si l’UE était en guerre avec la Russie ? N’est-ce pas là le signe qu’une certaine classe sociale souhaiterait une telle guerre, voire pense que cette guerre a déjà commencé – même si on la fait avec des moyens non-conventionnels ?

  11. Patriote Albert dit :

    Bonjour Descartes,
    Tout cela est vrai, mais d’un autre côté je ne sens pas l’opinion française très concernée par ce conflit, et si la propagande médiatique tourne à plein, je ne sais pas si les effets dans l’opinion sont si importants que cela. Je n’ai pas vu beaucoup de manifestations publiques et de rassemblements de soutien à l’Ukraine ou à l’OTAN… L’effet légitimiste sur la candidature d’Emmanuel Macron semble lui aussi s’estomper dans les sondages, à tel point que le deuxième tour pourrait ne pas être si inintéressant que cela!
    En revanche, la lecture du quotidien du soir m’est de plus en plus insupportable. C’est une avalanche quotidienne de positons biaisées et de témoignages larmoyants. Je me souviens qu’Emmanuel Todd, dans une très bonne vidéo de 2014, avait déjà bien mis en évidence l’hystérie antirusse du Monde: https://www.youtube.com/watch?v=qHbPtRWRH2c Et il paraît évident que les classes intermédiaires communient dans cette détestation partagée. Mais pour le “Français moyen”, je ne suis pas si convaincu.
     
    A part ça, je souhaitais vous soumettre, ainsi qu’aux lecteurs du blog, une réflexion. Il me semble que le clivage qui devient décisif dans cette période de lent affaissement national est le positionnement par rapport à l’État. La réflexion m’est venue en lisant des appels au “rassemblement des souverainistes” et j’essayais d’identifier pourquoi je ne pensais pas souhaitable de soutenir l’alliance NDA – Philippot. Je me suis dit que finalement ce qui me séparait d’eux c’était la vision du rôle de l’État, qui devait pouvoir imposer des mesures de salut public comme pendant la pandémie, alors que les deux personnages sus-cités avaient une position libertaire sur le sujet. Or, si l’on retient ce critère central du rôle de l’État, on peut globalement distinguer trois camps politiques:- le bloc élitaire macroniste, qui démolit l’État dans tous les domaines, malgré un certain pragmatisme qui peut le pousser par exemple à s’imposer sur le pass vaccinal- le bloc “de gauche”, qui souhaite un état interventionniste en économie mais faible sur le régalien, et sans se donner les moyens réels de son action- le bloc libéral-conservateur, avec la recomposition en cours autour de Zemmour, qui prône un État fort sur le régalien et faible dans le domaine économiqueEt le 4e bloc, qui serait une sorte “d’étatisme intégral”, qui souhaiterait le retour de l’État dans tous les domaines (sécuritaire, industriel, éducatif, migratoire…), avec la réactivation des leviers adéquats. Ce bloc est imparfaitement représenté par Marine Le Pen aujourd’hui, et je pense qu’il s’agit de le structurer et de le renforcer, car c’est véritablement cette question qui est au cœur des problématiques politiques françaises du moment, que ce soit sur la Corse, l’hôpital, l’énergie… Bref, si nous voulons faire revenir la France dans l’histoire, il faut faire revenir son État.
    Que pensez-vous de cette analyse?

    • Descartes dit :

      @ Patriote Albert

      [Tout cela est vrai, mais d’un autre côté je ne sens pas l’opinion française très concernée par ce conflit, et si la propagande médiatique tourne à plein, je ne sais pas si les effets dans l’opinion sont si importants que cela.]

      Probablement pas. En tout cas, on ne voit pas que cela provoque une véritable « communion populaire », comme cela pouvait être le cas aux Etats-Unis pour l’Irak…

      [Je me suis dit que finalement ce qui me séparait d’eux c’était la vision du rôle de l’État, qui devait pouvoir imposer des mesures de salut public comme pendant la pandémie, alors que les deux personnages sus-cités avaient une position libertaire sur le sujet.]

      Je pense que c’est moins le rapport à l’Etat en tant qu’institution, que le rapport à l’idée de « volonté générale ». La contradiction des « souverainistes libertariens » se trouve là : d’un côté, ils refusent l’idée d’une « volonté générale » qui primerait sur la volonté individuelle, de l’autre ils invoquent une « souveraineté nationale » qui repose précisément sur l’idée d’un intérêt général qui s’impose aux intérêts particuliers… La question du rôle de l’Etat revient dans l’affaire parce que l’Etat est perçu en France comme porteur de l’intérêt général.

      [Or, si l’on retient ce critère central du rôle de l’État, on peut globalement distinguer trois camps politiques:- le bloc élitaire macroniste, qui démolit l’État dans tous les domaines, malgré un certain pragmatisme qui peut le pousser par exemple à s’imposer sur le pass vaccinal- le bloc “de gauche”, qui souhaite un état interventionniste en économie mais faible sur le régalien, et sans se donner les moyens réels de son action- le bloc libéral-conservateur, avec la recomposition en cours autour de Zemmour, qui prône un État fort sur le régalien et faible dans le domaine économique Et le 4e bloc, qui serait une sorte “d’étatisme intégral”, qui souhaiterait le retour de l’État dans tous les domaines (sécuritaire, industriel, éducatif, migratoire…), avec la réactivation des leviers adéquats.]

      Cette classification ne me convainc pas, perce que je pense qu’elle repose sur des clichés qui ont été peut-être – j’ai bien dit peut-être – représentatifs à une époque, mais qui ne le sont plus du tout aujourd’hui. En fait, ni la gauche, ni la droite, ni le centrisme macroniste n’ont une véritable théorie de l’Etat, de ce qu’il doit faire ou pas faire. Tous revendiquent l’intervention de l’Etat quand ça les arrange, et tous la refusent quand ça ne les arrange pas. Ce n’est pas tant une question de domaine – « régalien » ou « économique » – qu’une question d’opportunité. La droite la plus « libérale-conservatrice » exigera que l’Etat intervienne dans le domaine économique pour faire baisser le prix des carburants, la gauche exigera plus de policiers et gendarmes pour poursuivre les agressions sexuelles. En fait, leurs positions sont pragmatiques – l’autre nom de la politique du chien crevé au fil de l’eau – et ne reflètent aucune analyse théorique, aucune position idéologique.

      • Patriote Albert dit :

        C’est vrai que ma distinction est essentiellement fondée sur les discours et les postures des uns et des autres, mais qu’au final, une fois au pouvoir, tous ont appliqué globalement les mêmes politiques. Le macronisme est un vrai opportunisme, et un député de la majorité se vantait d’ailleurs il y a quelques temps de l’avantage que cela avait pour LREM de n’avoir aucune colonne vertébrale idéologique, ce qui permettait d’aller toujours dans le sens du vent dominant…
        Il n’empêche, ne pensez-vous pas que la question de la place et du rôle de l’État est en train de devenir (si elle n’a jamais cessé de l’être) la question politique fondamentale qui détermine l’avenir de notre nation, et sur laquelle pourrait se reconstruire un clivage à la place de l’opposition poussiéreuse gauche – droite – extrême-droite? Clivage dont le camp des “étatistes” reste pour le moment à l’état d’esquisse, certes…

        • Descartes dit :

          @ Patriote Albert

          [C’est vrai que ma distinction est essentiellement fondée sur les discours et les postures des uns et des autres, mais qu’au final, une fois au pouvoir, tous ont appliqué globalement les mêmes politiques.]

          Oui. Même les communistes, et croyez que je le dis la honte au front, ont fait la même chose que les autres. Je n’ai toujours pas digéré le discours de Gayssot sur la privatisation d’Air France sous le gouvernement Jospin. Il n’a même pas eu le courage d’un Chevènement pour rendre son tablier.

          [Le macronisme est un vrai opportunisme,]

          Pensez-vous que si les vents soufflaient du côté souverainiste ou communiste Macron laisserait tomber l’Euro ou nationaliserait les banques ? Bien sur que non. Le macronisme – comme les socialistes mitterrandiens, n’oubliez jamais que c’est de là que vient Macron – adaptent leur langage aux circonstances, mais leurs POLITIQUES ont toujours été les mêmes. Peut-on alors parler « d’opportunisme » ?

          [et un député de la majorité se vantait d’ailleurs il y a quelques temps de l’avantage que cela avait pour LREM de n’avoir aucune colonne vertébrale idéologique, ce qui permettait d’aller toujours dans le sens du vent dominant…]

          Je pense que ce député se trompe : si le « vent dominant » était souverainiste ou communiste, LREM ne le suivrait pas. Il ne faut pas confondre le discours et les faits. LREM adapte sans complexe son discours au groupe qu’il veut séduire, mais ses politiques restent fermement ancrées dans les intérêts des « classes intermédiaires ».

          [Il n’empêche, ne pensez-vous pas que la question de la place et du rôle de l’État est en train de devenir (si elle n’a jamais cessé de l’être) la question politique fondamentale qui détermine l’avenir de notre nation, et sur laquelle pourrait se reconstruire un clivage à la place de l’opposition poussiéreuse gauche – droite – extrême-droite ? Clivage dont le camp des “étatistes” reste pour le moment à l’état d’esquisse, certes…]

          Comme je vous l’ai dit, je pense que la question de la place et le rôle de l’Etat se pose à partir d’une problématique plus générale, qui est celle de l’existence ou non d’un « intérêt général ». C’est à mon sens là que se trouve le vrai clivage. L’intérêt général existe-t-il ? Et si oui, à quel niveau (local, national, européen…) ? Ce n’est qu’une fois que vous avez répondu à ces questions que la question subsidiaire de savoir qui représente l’intérêt général se pose : l’Etat, la « société civile » ?

  12. Manfred Kahn dit :

    Cher Monsieur “Descartes”, vous m’attristez.
    Ce que Poutine fait en Ukraine, il l’a déjà fait en Tchétchénie. Il a réduit un pays en cendre pour en bâtir un en lego et mettre à sa tête un chef de gare avec une fausse barbe islamiste. Il l’a fait en Syrie ou malheureusement ses troupes étaient incapable de faire la différence entre les gens de Daesh et les rebelles qui luttaient contre le dictateur Assad. Il l’a fait au théâtre Doubrovka de Moscou où ses forces spéciales héroïques ont fait un travail vraiment spécial.
    Il adore les opérations spéciales, mais bon ! toute la presse occidentale lui cherche des poux dans la tête, et les mots meurtre avec préméditation ne sont qu’un effet de la cancel culture.
     

    • Descartes dit :

      @ Manfred Kahn

      [Cher Monsieur “Descartes”, vous m’attristez.]

      J’en suis désolé, croyez-moi.

      [Ce que Poutine fait en Ukraine, il l’a déjà fait en Tchétchénie. Il a réduit un pays en cendre pour en bâtir un en lego et mettre à sa tête un chef de gare avec une fausse barbe islamiste. Il l’a fait en Syrie ou malheureusement ses troupes étaient incapable de faire la différence entre les gens de Daesh et les rebelles qui luttaient contre le dictateur Assad. Il l’a fait au théâtre Doubrovka de Moscou où ses forces spéciales héroïques ont fait un travail vraiment spécial.]

      Certes, mais il n’est pas le seul. D’autres ont fait des choses qui ne sont pas très différentes. En Irak, par exemple. Là aussi on a réduit un pays en cendres, et on a mis à sa tête un chef de gare soumis aux ordres d’un proconsul américain. Curieusement, cela n’avait pas valu à l’époque à l’agresseur la condamnation de la communauté internationale ou des sanctions économiques. On n’avait pas vu dans la presse française fleurir les témoignages des irakiens bombardés, Saddam Hussein n’a pas parlé par vidéoconférence à l’Assemblée Nationale, la CPI ne s’était pas dépêchée sur place pour constater les « crimes de guerre »…

      Alors, vous devriez comprendre qu’on puisse s’interroger sur les raisons d’une telle différence. Une différence qui va très loin : on sait que les Américains ont utilisé à Guantanamo mais aussi sur le territoire européen dans le cadre des « extraordinary renditions » des techniques d’interrogatoire qui, si l’on suit les textes internationaux, doivent être qualifiés de « torture ». Sans que cela ait provoqué dans la communauté internationale la moindre réaction. Là encore, cela vaut la peine de se poser des questions, non ?

      [Il adore les opérations spéciales, mais bon ! toute la presse occidentale lui cherche des poux dans la tête, et les mots meurtre avec préméditation ne sont qu’un effet de la cancel culture.]

      Comme disait le sage, « la pire trahison, c’est de faire une bonne chose pour une mauvaise raison ». Quand on constate que ceux qui crient au « meurtre avec préméditation » en Ukraine tenaient un tout autre langage en Irak, on se dit que leurs motivations ne sont pas forcément la défense de la vérité et de la justice… Personnellement, je croirai à la justice internationale le jour où un officier américain sera jugé et condamné par la CPI.

      Cela étant dit, je ne vois pas très bien quel “meurtre avec préméditation” auraient commis Gergiev ou Netrebko qui pourrait justifier leur mise à l’index, qu’ont fait Dostoïevski ou Tchaïkovski pour justifier l’annulation des manifestations qui les concernent…

  13. CZ dit :

    Merci pour ce billet qui illustre bien, entre autres thèmes, les méfaits de la culture woke et ses dérivés.
    Corrigez-moi si ma mémoire me joue des tours, mais il me semble que vous considériez il y a quelques temps que le mouvement woke ne pourrait pas s’implanter en France, essentiellement parce que l’on ne trouverait personne pour sacrifier quoi que ce soit à la cause. Cette débauche de moraline simpliste sur fond de propagande de guerre ne constitue-t-il pas un contre-exemple à vos yeux ?
     

    • Descartes dit :

      @ CZ

      [Merci pour ce billet qui illustre bien, entre autres thèmes, les méfaits de la culture woke et ses dérivés.]

      Il ne faut pas tout mélanger. L’hystérie anti-russe à laquelle on assiste ces jours-ci n’a aucun rapport avec la culture « woke », même si les deux partagent le côté manichéiste et simplificateur. La culture « woke » se fonde sur l’idée qu’il existe des oppressions cachées dont seuls les « éveillés » ont conscience. Il n’y a rien de tel dans l’affaire ukrainienne. Ce serait plutôt tout le contraire : la folie de Poutine est une évidence qui ne se discute même pas.

      [Corrigez-moi si ma mémoire me joue des tours, mais il me semble que vous considériez il y a quelques temps que le mouvement woke ne pourrait pas s’implanter en France, essentiellement parce que l’on ne trouverait personne pour sacrifier quoi que ce soit à la cause.]

      Je ne me souviens pas d’avoir écrit ça, mais quoi qu’il en soit je ne pense pas qu’on puisse établir un lien entre l’hystérie médiatique sur l’Ukraine et l’idéologie « woke ».

      [Cette débauche de moraline simpliste sur fond de propagande de guerre ne constitue-t-il pas un contre-exemple à vos yeux ?]

      Non, pour la raison expliquée plus haut. Accessoirement, je note que cette propagande n’est pas particulièrement efficace : l’opinion publique semble avoir la tête ailleurs. Aucun parti politique, aucun syndicat n’a organisé de grande manifestation de solidarité avec l’Ukraine…

      • CZ dit :

         
        [ <<Merci pour ce billet qui illustre bien, entre autres thèmes, les méfaits de la culture woke et ses dérivés.>>
        Il ne faut pas tout mélanger. L’hystérie anti-russe à laquelle on assiste ces jours-ci n’a aucun rapport avec la culture « woke », même si les deux partagent le côté manichéiste et simplificateur. La culture « woke » se fonde sur l’idée qu’il existe des oppressions cachées dont seuls les « éveillés » ont conscience. Il n’y a rien de tel dans l’affaire ukrainienne. Ce serait plutôt tout le contraire : la folie de Poutine est une évidence qui ne se discute même pas.]
        J’associais la cancel culture à un dérivé de l’idéologie woke. Ces deux mouvances me semblent aller de pair en France, comme aux USA :
        https://www.francetvinfo.fr/culture/livres/jk-rowling/video-qu-est-ce-que-la-cancel-culture-qui-fait-souvent-polemique-sur-les-reseaux-sociaux_4644741.html
         
        [ <<Corrigez-moi si ma mémoire me joue des tours, mais il me semble que vous considériez il y a quelques temps que le mouvement woke ne pourrait pas s’implanter en France, essentiellement parce que l’on ne trouverait personne pour sacrifier quoi que ce soit à la cause.>>
        Je ne me souviens pas d’avoir écrit ça]
        J’ai retrouvé l’intervention à laquelle je faisais référence :
        “https://descartes-blog.fr/2021/11/01/tous-les-chemins-menent-a-zemmour/#comment-77538”
        << Le (woke) répond au besoin des classes dominantes de remplir le vide idéologique avec quelque chose. Mais personne ne voit dans le woke un projet crédible, ni est prêt à lui sacrifier quoi que ce soit.>>
         
        [ […] je ne pense pas qu’on puisse établir un lien entre l’hystérie médiatique sur l’Ukraine et l’idéologie « woke ».]
        Je pense pour ma part que c’est la progression récente dans les esprits du mouvement woke et de la cancel culture qui lui est associée qui a justement permis que les produits, œuvres et artistes russes soient aussi facilement “cancellés”, et que cet effacement soit aussi facilement accepté par tout le monde, sans spécialement de protestation.
        On a quand même interdit de diffusion deux chaînes d’information sans que personne ne moufte, ce n’est pas rien tout de même. A mon sens, cela indique quelque chose sur le niveau d’acceptation de la cancel culture par chez nous aujourd’hui et la progression générale de la culture “progressiste” venu d’outre-Atlantique.
        Ainsi que vous l’avez d’ailleurs relevé vous-même, cela ne s’était pas produit dans de précédentes situations de crise.
        [Accessoirement, je note que cette propagande n’est pas particulièrement efficace : l’opinion publique semble avoir la tête ailleurs. Aucun parti politique, aucun syndicat n’a organisé de grande manifestation de solidarité avec l’Ukraine…]
        Côté syndical, cela commence :
        https://www.unsa.org/Un-convoi-intersyndical-pour-l-Ukraine-appel-unitaire-des-organisations.html
        Mais je vous rejoins sur l’opinion publique. Pour ce que j’en constate, après les premiers jours où les gens ne parlaient que de l’invasion, ils semblent de plus en plus se désintéresser du sujet. Il sera intéressant de voir l’impact des sanctions et contre-sanctions sur cette même opinion publique lorsqu’elles se feront vraiment sentir.

        • Descartes dit :

          @ CZ

          [J’associais la cancel culture à un dérivé de l’idéologie woke. Ces deux mouvances me semblent aller de pair en France, comme aux USA :]

          Je ne partage pas le diagnostic du lien que vous proposez. La « cancel culture » est certainement largement pratiquée par les adhérents à la vision « woke », mais ils sont loin d’être les seuls. Pensez à la frénésie avec laquelle on a cherché, après la chute du Mur, à effacer dans un certain nombre de pays toute trace des régimes socialistes…

          [« « Le (woke) répond au besoin des classes dominantes de remplir le vide idéologique avec quelque chose. Mais personne ne voit dans le woke un projet crédible, ni est prêt à lui sacrifier quoi que ce soit » »]

          Ce n’est pas là tout à fait ce que vous me faisiez dire. Je ne me suis pas prononcé sur le fait de savoir si « le mouvement woke pourrait s’implanter en France ». Je me suis contenté de dire que personne ne voit dans ce mouvement un projet de société crédible, auquel on serait prêt à sacrifier quelque chose.

          [Je pense pour ma part que c’est la progression récente dans les esprits du mouvement woke et de la cancel culture qui lui est associée qui a justement permis que les produits, œuvres et artistes russes soient aussi facilement “cancellés”, et que cet effacement soit aussi facilement accepté par tout le monde, sans spécialement de protestation.]

          Je ne vous suis pas pour le woke, mais je vous accorde volontiers que la pratique assidue, particulièrement par nos médias, de la « cancel culture » ces dernières années permet qu’aujourd’hui on la pratique à grande échelle…

          [On a quand même interdit de diffusion deux chaînes d’information sans que personne ne moufte, ce n’est pas rien tout de même. A mon sens, cela indique quelque chose sur le niveau d’acceptation de la cancel culture par chez nous aujourd’hui et la progression générale de la culture “progressiste” venu d’outre-Atlantique.]

          Je ne fais pas le même diagnostic que vous. Je pense que ce qui anesthésie notre société, au point d’accepter une censure qui autrefois aurait provoqué un tollé, c’est le besoin de « communion » des individus dans une société qui est de plus en plus fragmentée. Alors que nous ne partageons plus avec ceux qui nous entourent une sociabilité commune, un cadre de référence, des rituels, comment passer à côté d’une opportunité de se sentir « en communion » avec le reste de la société dans la détestation commune d’un « méchant » ? C’est à mon avis cela qui explique pourquoi nous acceptons – nous applaudissons même – qu’on réduise au silence toute voix dissidente.

          [Ainsi que vous l’avez d’ailleurs relevé vous-même, cela ne s’était pas produit dans de précédentes situations de crise.]

          Tout à fait. Mais ce n’est pas la « cancel culture » qui est en jeu. C’est surtout parce que lors des précédentes situations de crise nous étions une société unie par un cadre social, politique, religieux qui nous était commun. Nous n’avions pas aussi peur des dissidences parce que nous étions convaincus que ce qui nous unissait était bien plus fort que ce qui nous séparait. On ne peut plus en être sur aujourd’hui.

          • @ Descartes,
             
            [C’est à mon avis cela qui explique pourquoi nous acceptons – nous applaudissons même – qu’on réduise au silence toute voix dissidente.]
            Mais personne, en y réfléchissant un peu, n’arrive à la conclusion logique que la voix dissidente, demain, pourrait être la sienne… Et comment les gens qui ont accepté qu’on censure les autres pourront se défendre quand on voudra les censurer eux?
             
            Personnellement, je ne regardais pas Sputnik et très rarement il m’arrivait de visionner un programme de Russia Today. Ce n’étaient pas mes médias privilégiés. Seulement je n’ai toujours pas compris sur quelles bases légales ces médias avaient été interdits. Où sont les infractions commises? De quelle nature sont-elles?
             
            Par principe, je n’aime pas qu’on crache dans la soupe, et je me méfie de ceux qui ne trouvent que des vices à l’Occident. Mais, en tant qu’Occidental, je commence à être inquiet de l’image que les pays occidentaux donnent d’eux-mêmes.

            • Descartes dit :

              @ nationaliste-ethniciste

              [« C’est à mon avis cela qui explique pourquoi nous acceptons – nous applaudissons même – qu’on réduise au silence toute voix dissidente. » Mais personne, en y réfléchissant un peu, n’arrive à la conclusion logique que la voix dissidente, demain, pourrait être la sienne…]

              Non, bien sûr. Parce que dans notre système libéral, on ne censure que les méchants, c’est bien connu. Comment pourrait-on me censurer moi, puisque je suis par définition dans le camp du Bien ? De ce point de vue, le système est très intelligent : contrairement aux totalitarismes frustres du XXème siècle, il vous donne toujours le choix de vous placer dans le camp du Bien. Les aventures de madame Netrebko, privée de récital au motif qu’elle soutenait Poutine, elle a récupéré ses contrats dès lors qu’elle accepte de signer une rétractation, de « communier » avec le camp du Bien.

              Vous avez exactement le même fonctionnement que dans les églises : lorsqu’on chasse l’immoral ou l’hérétique, le bon chrétien ne pense jamais que demain l’hérétique ou l’immoral pourrait être lui-même, que la collectivité pourrait se retourner contre lui. L’église vous offre la chaleur de la communauté en échange de votre soumission.

              [Et comment les gens qui ont accepté qu’on censure les autres pourront se défendre quand on voudra les censurer eux?]

              Ils ne pourront pas. Et ils seront probablement les premiers surpris le jour où les autres leur cracheront dessus au motif qu’ils sont dans le camp du Mal.

              [Personnellement, je ne regardais pas Sputnik et très rarement il m’arrivait de visionner un programme de Russia Today. Ce n’étaient pas mes médias privilégiés. Seulement je n’ai toujours pas compris sur quelles bases légales ces médias avaient été interdits. Où sont les infractions commises ? De quelle nature sont-elles ?]

              En fait, aucune infraction n’est invoquée. L’interdiction est prise sur la base des textes permettant à l’Union européenne de sanctionner un état étranger, qui elle-même repose sur une interprétation très extensive de l’article 29 du TFUE. Il ne s’agit pas d’une mesure judiciaire, mais d’une mesure administrative.

              [Par principe, je n’aime pas qu’on crache dans la soupe, et je me méfie de ceux qui ne trouvent que des vices à l’Occident. Mais, en tant qu’Occidental, je commence à être inquiet de l’image que les pays occidentaux donnent d’eux-mêmes.]

              Oh, je vous rassure. Personne ne croit depuis fort longtemps au récit « occidental » d’une société « ouverte » laissant s’exprimer tous les points de vue. Les gens – y compris chez nous – sont parfaitement conscients que cette liberté n’est accordé que lorsqu’elle ne présente aucun danger pour les couches dominantes.

  14. Manfred Kahn dit :

    Monsieur Descartes,
    [ D’autres ont fait des choses qui ne sont pas très différentes… cela n’avait pas valu à l’époque à l’agresseur la condamnation de la communauté internationale… ]
    Ce que vous dites n’est pas faux mais hors de propos.
    Il ne sert à rien de dresser le cou comme un cygne en énonçant des principes lorsque l’autre vous tord le cou au nom de ces principes. Il n’y a pas de Justice et de Vérité qui tiennent dans l’histoire, il y a seulement un devoir moral devant le sens que l’on donne à l’histoire. Vous aurez beau faire, argumenter savamment, vous ne sortirez pas de vos contradictions. Être obligé de défendre un dictateur mafieux qui pose des bombes dans sa propre cité, au nom d’un équilibre de traitement est une posture malheureuse. Cela rappelle les gens qui regardaient le doigt d’Hitler en 1936 quand celui-ci montrait la lune.
    La vérité est nue et la justice aveugle (et le quidam enivré du pouvoir des Dieux) parce que nous vivons une époque où la politique est devenue la fille incestueuse de l’économie et du monde du renseignement. Et là, Poutine est roi.
    S’il vous plait, laissez Tchaïkovski et Dostoïevski en dehors de cette affaire (c’est montrer les morts à la télé). Le destin du monde eut été changé s’ils avaient, à leur époque, émigrés en Amérique.

    • Descartes dit :

      @ Manfred Kahn

      [« D’autres ont fait des choses qui ne sont pas très différentes… cela n’avait pas valu à l’époque à l’agresseur la condamnation de la communauté internationale… » Ce que vous dites n’est pas faux mais hors de propos.]

      Cela dépend quel est votre « propos ». Si la question est de condamner, alors évidement cela n’a aucun intérêt de se demander pourquoi des actes similaires dans le passé ne l’ont pas été. Cela étant dit, je ne vois pas très bien l’intérêt : a part nous congratuler en criant ensemble « c’est insupportable », je ne vois pas très bien ce que notre condamnation pourrait changer. Par contre, si le but est de comprendre le réel, alors il me semble essentiel de s’interroger sur ce qui fait qu’aujourd’hui condamne ce qu’on approuvait hier.

      [Il ne sert à rien de dresser le cou comme un cygne en énonçant des principes lorsque l’autre vous tord le cou au nom de ces principes.]

      Je n’ai pas très bien compris cette remarque. Quand ais-je dit le contraire ? Mon point était précisément que les grands principes ne sont invoqués que pour justifier des intérêts.

      [Il n’y a pas de Justice et de Vérité qui tiennent dans l’histoire, il y a seulement un devoir moral devant le sens que l’on donne à l’histoire.]

      Là encore, je ne comprends pas ce que vous voulez dire.

      [Être obligé de défendre un dictateur mafieux qui pose des bombes dans sa propre cité, au nom d’un équilibre de traitement est une posture malheureuse.]

      Certainement. Mais à qui vous adressez-vous ? Pouvez-vous me citer un de mes textes, un seul, ou j’ai « défendu un dictateur mafieux » ? Relisez mes papiers, vous ne trouverez rien de tel. Pas plus que vous ne trouverez une quelconque invocation d’un quelconque « équilibre de traitement ». Je m’interroge simplement sur le fait que ce qui paraissait parfaitement acceptable lorsque c’était fait au pays de Bush devient criminel lorsque c’est fait par Poutine. Que vous voyiez dans cette interrogation une « défense » de Poutine est assez révélateur, à mon avis…

      [Cela rappelle les gens qui regardaient le doigt d’Hitler en 1936 quand celui-ci montrait la lune.]

      Le point Goodwin est donc atteint. J’aimerais bien savoir ce que Hitler vient faire dans cette galère.

      [La vérité est nue et la justice aveugle (et le quidam enivré du pouvoir des Dieux) parce que nous vivons une époque où la politique est devenue la fille incestueuse de l’économie et du monde du renseignement. Et là, Poutine est roi.]

      Admettons. Et la conclusion est ?

      [S’il vous plait, laissez Tchaïkovski et Dostoïevski en dehors de cette affaire (c’est montrer les morts à la télé).]

      Ce n’est pas moi qui ai banni les conférences sur Dostoïevsi et les œuvres de Tchaikovski… encore une fois, vous vous trompez de cible. C’est à ceux qui ont émis ces fatwas qu’il faudrait adresser votre message.

      [Le destin du monde eut été changé s’ils avaient, à leur époque, émigrés en Amérique.]

      Ah bon ? Expliquez moi ça…

  15. cherrytree dit :

    @Descartes
     
    Tranche de vie.
    De mon petit coin paisible, loin des quartiers sensibles et des grandes villes, où j’emprunte les transports en commun, ne conduisant pas. Mon autobus est un lieu convivial, où l’on passe agréablement le temps du trajet en faisant connaissance, ou en échangeant des considérations sur le mode aimable. Le trajet se paie par carte d’abonnement (gratuite pour les personnes en situation de précarité), ou en achetant un ticket auprès du chauffeur. Hier, parmi les passagers, montent deux jeunes filles. Qui vont s’asseoir sagement, sans payer. Le chauffeur leur demande de s’acquitter de la somme, bien modeste. Visiblement, les deux jeunes filles ne comprennent pas. Avant d’expliquer avec difficulté qu’elles sont Ukrainiennes.  Le chauffeur ne l’entend pas de cette oreille, et dans un anglais approximatif une passagère tente de leur expliquer qu’elles doivent acheter un ticket. Elles n’ont, apparemment, pas un sou sur elles. À mon tour, je leur demande si elles ont un papier, un titre quelconque, qui atteste de leur statut de réfugiées, et qui justifie la gratuité du transport.  Elles ont bien un précieux document téléchargé sur leur téléphone, ce qui normalement devrait suffire ? Eh bien non. Le chauffeur finit par les laisser s’asseoir en grommelant (il est pourtant charmant d’habitude), et la gentille passagère tente de lui dire qu’il faut se montrer compréhensif. Et là, l’aimable chauffeur fait remarquer que les deux jeunes personnes n’ont pas un sou sur elles, mais quand même chacune un smartphone qui coûte à peu près la moitié d’un SMIC. Grand silence gêné, quelques murmures discrètement approbateurs.
    Si je raconte cette anecdote, c’est qu’elle s’est produite entre des gens courtois, et plutôt sympas.
    Chacun en tirera la conclusion qui lui plaira, soit ce sont d’épouvantables Dupont- Lajoie, soit ils ont  raison. En effet aucun des passagers n’est bien riche (sinon ils auraient une auto pour se rendre à la ville voisine), et il n’y a aucune raison qu’ils financent, eux, la gratuité pour les autres.
     
    Morale de l’histoire ? Eh bien comme quoi, une fois passé le grand élan solidaire, et l’argent magique pré-électoral, les gagne-petit se retrouvent devant leurs difficultés. Les smicards et autres privés d’emploi (mon département figure en tête de peloton des départements plus pauvres de la France métropolitaine), et les autres réfugiés à qui on ne déroule pas précisément le tapis rouge, pourraient bien, quand ils resteront sous des toiles de tente, ou quand ils auront à choisir entre se chauffer ou se nourrir, grossir le nombre des mécontents. Et j’abonde dans votre sens, lorsque vous remarquez qu’aucun parti politique ou syndicat n’a appelé à une grande manifestation de solidarité avec l’Ukraine, ni pour soutenir les réfugiés Ukrainiens. Ils ont bien trop peur de mécontenter les mécontents, qui sont leur électorat potentiel.
    Au fait, les deux jeunes filles, qui ne parlent pas un mot français, lâchées dans la nature sans un titre de transport ou un petit guide de conversation minimale pour se faire comprendre et éventuellement guider, ont eu de la chance. Elles sont ravissantes, propres sur elles, blondes aux yeux bleus. Je n’ose pas penser à ce qui leur serait arrivé si ce n’eût pas été le cas. Je crois qu’elles seraient restées à l’arrêt du car.
     

  16. cherrytree dit :

    @Descartes
    Permettez-moi d’être redondante, mais voici.
    Aujourd’hui, sur BFMW, entendu à 13h30. “À quoi sert l’argent que nous envoyons en Ukraine ?” (sic) 
    Voilà, nous y sommes. Quand l’humanitaire doit se justifier, c’est qu’il n’est pas sûr que tout le monde suive. Ce serait pour des raisons politiques, passe encore. Mais pour des raisons économiques ? 
    Descartes, je ne soutiens aucun de ces questionnements.
    C’est une évidence.
    Cependant, je vais rappeler une autre tranche de vie.
    En 1982, étudiante fauchée issue d’une famille de prolos plus pauvre que les pauvres, j’étais boursière. Je vivais chez mes parents, pour aider à payer tout, j’étais salariéen à mi-temps, j’édais à élever le petit frère, je n’avais pas un instant de repos. Cependant je ne redoublais pas, c’eût été la fin de la bourse. Or, il advient qu’en 2ème année, je ne perçus rien de la fameuse bourse pendant deux trimestres. Inquiète, je m’enquis. Voici ce qui me fut répondu : il y a la guerre au Mali, les étudiants africains sont prioritaires. Vous, vous habitez chez vos parents. Oui, oui,Tel quel. J’habitais dans leur HLM pourri, dans un quartier qui craignait.
    Sauf que, sans cette maudite bourse, mes études s’arrêtaient là, car je payais ma part du loyer. Et j’aurais dû travailler à plein temps pour payer ma part.
    Heureusement, j’avais des professeurs compatissants qui croyaient en moi, et qui me notaient, bien que je fusse parfois absente. Je n’en ai jamais voulu aux étudiants africains, qui étaient, eux, logés gratuitement. Je suis communiste, quand même !…
    Aujourd’hui, si on commence à demander des comptes à la solidarité, c’est que la situation est vraiment limite.
    Et ce n’est pas être grand devin que de pronostiquer, en cas de crise majeure, un mouvement de rejet, y compris pour les Ukrainiens, car, euh, comment il disant, l’autre, “ma cousine est plus proche que ma voisine”
    Débat ouvert.
     

    • Descartes dit :

      @ cherrytree

      [Permettez-moi d’être redondante, mais voici. Aujourd’hui, sur BFMW, entendu à 13h30. “À quoi sert l’argent que nous envoyons en Ukraine ?” (sic) Voilà, nous y sommes. Quand l’humanitaire doit se justifier, c’est qu’il n’est pas sûr que tout le monde suive. Ce serait pour des raisons politiques, passe encore. Mais pour des raisons économiques ?]

      Je pense qu’on va avoir des surprises. Vous aurez noté que pendant des mois on nous expliquait que l’Ukraine était une kleptocratie mise en coupe réglée par des oligarques et autres chef de bande mafieuse. Que la corruption et la désorganisation était endémique dans l’Etat ukrainien mais aussi dans les entreprises et à tous les niveaux. Or, depuis que les russes sont entrés en Ukraine, ce pays est devenu ne sorte de Suisse orientale, dotée d’un Etat organisé et efficace, d’élites honnêtes et dévouées à leur pays.

      Difficile de ne pas voir dans cette transformation rapide un effet médiatique. Aujourd’hui, les Ukrainiens sont devenus les gentils, et tout leur est donc pardonné. Mais la réalité reprend tôt ou tard ses droits, et je suis prêt à parier qu’une fois la guerre finie on découvrira que les fusils mitrailleurs envoyées par la générosité occidentale se retrouveront dans les circuits criminels – souvenez-vous de la Yougoslavie – et que des missiles feront leur route vers la Syrie ou l’Irak. Et je ne vous parle même pas du détournement des dons et de l’aide humanitaire…

      Oui, je sais, je suis un affreux cynique. Mais je n’ai jamais oublié les mots de mon grand-père: “penser le mal de son voisin est certainement un péché, mais rarement une erreur”.

  17. ns notre beau pays dit :

    Un intervenant ayant posté dernièrement sous le nom de Patrick que j’utilisais, je me vois obligé de changer mon nom. Ceci dit
    Depuis deux ans, à chaque fois qu’un de nos concitoyens se fait “blesser au cou” (égorger n’étant vraiment pas bisounours pour nos chers journalistes) que ce soit un chef d’entreprise, un prêtre ou autre, qu’il se fasse aussi poignarder ou trucider à la kalach  par un partisan de cette belle religion d’amour et de paix, j’entends comme vous tous sans doute cette déchirante mélopée de : “pas d’amalgame”. 
    Il ne semble pas que ladite injonction si humaniste et pondérée soit encore valable actuellement du moins quand il s’agit des russes.
    On apprend ainsi (sur RT hein, car dans notre beau pays, nos media ont des délicatesses de dentellières) que Ravil Islyamov (21 ans) et Galiya Zharova  (31 ans et même pas russe car  Kazakhs) ont été éliminés du concours de violon Jean Sibelius à Helsinki au motif que les musiciens russes pourraient constituer une menace pour “l’environnement neutre et pacifique” du concours.
    Pas d’amalgame donc pour les sportifs, les artistes et comble de la bêtise crasse, les écrivains disparus il y a quelques années (Soljenitsyne) voire siècles (Dostoïevski,…)

    • Descartes dit :

      @ ns notre beau pays

      [Un intervenant ayant posté dernièrement sous le nom de Patrick que j’utilisais, je me vois obligé de changer mon nom. Ceci dit]

      Je me demande si je ne vais pas devoir créer un système de pseudos enregistrés…

      [On apprend ainsi (sur RT hein, car dans notre beau pays, nos media ont des délicatesses de dentellières) que Ravil Islyamov (21 ans) et Galiya Zharova (31 ans et même pas russe car Kazakhs) ont été éliminés du concours de violon Jean Sibelius à Helsinki au motif que les musiciens russes pourraient constituer une menace pour “l’environnement neutre et pacifique” du concours.]

      La « génération de verre » a encore frappé… ça rappelle tous ces gens qui sont réduits au silence dans les enceintes universitaires anglosaxonnes au prétexte que leurs idées non conformes à la pensée unique « créent un environnement hostile »…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *