Consommer sans produire ?

On avait constaté son décès et on l’avait enterré au début du millénaire, pour la plus grande joie des bourgeois et des classes intermédiaires, toujours attentives à leur cassette. Je veux parler, vous l’aurez compris, de l’inflation. Les prix étaient stables, et avec eux la valeur de l’argent mis de côté par ceux qui ont de quoi mettre de l’argent de côté. La création d’une banque centrale indépendante – indépendante de toute décision démocratique, s’entend – capable d’échapper aux pressions démagogiques des méchants politiciens et donc de pratiquer les « bonnes » politiques décidées par les techniciens était la garantie absolue que jamais plus elle ne sortirait de son cercueil. A cela s’ajoutait un contrôle de fer sur la politique budgétaire, garantissant une contraction de la dépense publique. Oui, l’inflation était morte, définitivement. Et peu importait finalement que ces politiques aient fait de la zone Euro l’une des zones où la croissance était la plus faible parmi les pays développés, que la zone ait oscillé au bord de la déflation, que les taux d’intérêt très faibles aient gonflé des bulles d’actifs, notamment immobiliers.

Mais on le sait par expérience : l’Union Européenne censée nous protéger est comme un parapluie qui vous encombre en permanence mais qui ne protégerait de la pluie que par beau temps. Dès que le ciel se couvre, on découvre qu’il ne sert pas à grande chose. L’inflation est ressuscitée, et contrairement à Jésus, point de « noli me tangere » : on peut la toucher chaque jour pour vérifier qu’elle est bien réelle. Il suffit d’aller au supermarché. Aujourd’hui, l’inflation dans la zone Euro est de 7,5% en glissement annuel, un chiffre tout à fait comparable à celui des « trente glorieuses », et rien n’indique qu’elle doive diminuer. Mais contrairement aux « trente glorieuses », on ne voit pas la croissance pointer le bout de son nez.

Que les politiques – mais aussi pas mal d’économistes – aient été surpris par le phénomène montre à quel point la posture de l’autruche est répandue parmi les princes qui nous gouvernent. Cette bouffée d’inflation était parfaitement prévisible depuis deux ans, et cela même sans la guerre en Ukraine, qui bien entendu n’a pas amélioré les choses. Voici pourquoi :

Le prix d’un bien est un équilibre entre l’offre et la demande. Dans une société de troc, le paysan qui voudrait échanger du lait contre de la bière doit négocier avec le brasseur : si le lait est rare et la bière abondante, le brasseur sera prêt à donner beaucoup de bière en échange d’un peu de lait. Mais nous ne sommes pas dans une société de troc : nous n’échangeons pas du blé contre du riz, du lait contre de la bière. Nous échangeons toutes les marchandises contre une marchandise particulière, la monnaie. Le taux de cet échange, la quantité de monnaie que nous devons donner en échange du bien est ce qu’on appelle vulgairement le prix exprimé dans la monnaie en question. Et le prix suit la règle universelle exprimée plus haut : si la monnaie est abondante et les biens rares, les prix montent. Si la monnaie est rare et les biens abondants, les prix baissent.

Maintenant, qu’est ce qui s’est passé ces deux dernières années ? Du fait de la pandémie, on a moins travaillé et donc moins produit. La pandémie a désorganisé les chaînes d’approvisionnement, et cela a aussi poussé la production vers le bas, d’autant plus que la mondialisation et le « juste à temps » a augmenté l’interdépendance au niveau international. Par ailleurs, une partie des forces productives a été détournée pour produire les biens nécessaires pour combattre la pandémie : masques, vaccins, etc. On pouvait donc anticiper une baisse au niveau de l’offre de biens et de services. Pour maintenir les prix, il aurait fallu donc de manière concomitante réduire la quantité de monnaie disponible.

Or, on a fait exactement l’inverse. Les politiques du genre « quoi qu’il en coute » ont tout fait pour maintenir l’ensemble des revenus, ceux du capital comme ceux du travail, comme si la pandémie n’avait pas eu lieu. Et quand je dis « l’ensemble », cela veut dire toutes les rémunérations, et pas seulement la moyenne. Je m’explique : on aurait pu faire le choix de maintenir les rémunérations des plus modestes en réduisant celles des plus riches – par exemple, par un impôt spécial calculé sur le revenu. Une telle décision aurait maintenu le pouvoir d’achat global constant. On a plutôt fait le choix de maintenir TOUS les revenus, en faisant tourner la planche à billets et donc en injectant de la monnaie fraîche dans le circuit. Cela a permis aux pauvres de survivre – objectif fort louable – et aux moins pauvres de thésauriser dans un contexte où les possibilités de dépense étaient limitées et l’incertitude poussait à l’épargne. C’est cette thésaurisation qui explique pourquoi l’inflation n’a pas démarré tout de suite. Mais tôt ou tard la monnaie thésaurisée revient dans le circuit économique. Et alors que la production n’a toujours pas repris son niveau d’avant crise, la quantité de monnaie disponible pour l’acheter s’est accrue. L’augmentation des prix est donc le résultat naturel de ce déséquilibre. Et la guerre d’Ukraine n’a rien arrangé, au contraire. Les sanctions ont encore plus désorganisé l’appareil productif, l’aide fournie à l’Ukraine représente un détournement de moyens de production qui, au lieu de proposer des biens aux particuliers, alimentent les opérations militaires.

Pour comprendre les problèmes, il faut regarder les choses au niveau macroéconomique avant d’aller vers la microéconomie. Il y a une illusion tenace parmi nos hommes politiques, celle de penser que distribuer de la monnaie revient à distribuer des biens. Distribuer de la monnaie, cela produit de la demande. Mais cette demande ne se traduit par une augmentation de la production que si l’appareil de production peut suivre, soit parce qu’il est en sous-emploi, soit parce que sont développement n’est pas entravé par la contrainte extérieure. Dans le contexte actuel, où la production est limitée par la pandémie et la guerre, distribuer de l’argent ne change en rien la quantité de biens disponibles. Cela ne fait que pousser les prix à la hausse.

La pandémie a réduit la production de biens et services, la guerre d’Ukraine aussi. Il y a donc moins de biens et services disponibles pour consommer, et cela doit se traduire tôt ou tard par une baisse globale de la consommation. La question est de savoir qui portera le fardeau. Les politiques qui nous expliquent que la pandémie ou la guerre ne coûteront rien à personne nous trompent : quelqu’un va devoir payer. Le débat n’est pas tant de savoir s’il faudra se serrer la ceinture, mais comment ce serrage de ceinture sera reparti entre les différentes couches de la société – et, étant donné l’ouverture internationale des marchés, entre les différents pays. C’est à cette aune qu’il faudra juger les différentes dispositifs – subventions, boucliers tarifaires, etc. – qui sont proposées.

Et c’est pourquoi il faut se méfier des politiques qui confondent le fait d’augmenter les revenus avec le fait de distribuer du pouvoir d’achat. Le revenu ne se transforme en pouvoir d’achat que dans la mesure où il y a quelque chose à acheter. Si vous augmentez le revenu, et que le nombre de voitures, de machines à laver, d’ordinateurs et de baguettes produites reste le même, alors cette augmentation n’aura aucun effet sur la capacité des gens à consommer. Tout ce qu’on verra, c’est que les prix s’ajusteront pour compenser le revenu distribué. Pour illustrer ce propos, imaginez une île ravitaillée par bateau une fois par semaine, et dont les cales sont remplies à chaque livraison. Si vous doublez, triplez, quadruplez les salaires, le niveau de consommation sera toujours le même: il dépend de la capacité du bateau.  

Le plus amusant, c’est qu’un certain nombre de politiques qui proclament leur volonté de sauvegarder le pouvoir d’achat sont les mêmes qui conchient la « civilisation productiviste », sans se rendre compte que le pouvoir d’achat dépend de la production, et non de la valeur faciale du salaire. Certains arrivent dans leur programme à défendre le retour à l’artisanat et la réduction du temps de travail sur une page, et à la page suivante exiger l’augmentation des salaires. Autrement dit, dans leur monde idéal on produit moins et on consomme plus. Curieux, n’est-ce pas ?

Descartes

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12 réponses à Consommer sans produire ?

  1. Frédéric Stratigopoulos dit :

    « Baisse tendancielle du taux de profit « sur la vente de la Marchandise/valeur  dans un monde de exploitation salariale /production/consommation ayant atteint ses limites sur le « marché global planétaire », le grand Kapital se voit acculé, forcément, une fois de plus… à la « Destruction de capital »…
    D’ou : lockdowns économiquement destructeurs de 2020+stratégies de sous-production agricole de 2021 (cf USA…)+ guerre mondiale larvée en 2022…
    Rien de nouveau sous le soleil du Système  Capitaliste …

    • Descartes dit :

      @ Frédéric Stratigopoulos

      [« Baisse tendancielle du taux de profit « sur la vente de la Marchandise/valeur dans un monde de exploitation salariale /production/consommation ayant atteint ses limites sur le « marché global planétaire », le grand Kapital se voit acculé, forcément, une fois de plus… à la « Destruction de capital »… D’ou : lockdowns économiquement destructeurs de 2020+stratégies de sous-production agricole de 2021 (cf USA…)+ guerre mondiale larvée en 2022…]

      Utiliser les outils marxistes d’analyse, c’est bien. Mais il ne faudrait pas tomber dans le travers de vouloir faire rentrer à tout prix les faits dans le corset théorique préétabli. Si les « lockdowns économiquement destructeurs » avaient eu pour but la destruction du capital, pourquoi mettre en œuvre le « quoi qu’il en coute », dont le but était de conserver le capital – y compris le capital obsolète et peu productif – en permettant à des entreprises qui seraient autrement mortes de survivre ? Même chose avec la « guerre mondiale larvée » : ou voyez-vous une « destruction de capital » là-dedans ?

      Je pense que votre analyse tient pour établi un point fort discutable : le fait que la logique capitaliste ait « atteint ses limites sur le marché global planétaire »…

      [Rien de nouveau sous le soleil du Système Capitaliste …]

      Au contraire : le capitalisme se renouvelle en permanence, et c’est pourquoi on ne peut pas se contenter de l’application mécanique d’un cadre théorique établi il y a deux siècles pour le comprendre… l’analyse marxiste est une guerre de mouvements, et non une guerre de positions!

  2. maleyss dit :

    A propos de “civilisation productiviste”, je voudrais bien avoir votre avis sur la récente “sortie” des diplomés d’AgroParisTech, qui, si j’ai bien compris, après des études en grande partie à eux offertes par la solidarité nationale, ne se sentent pas obligés par une quelconque dette, et se précipitent pour rejoindre les rangs des improductifs.

    • Descartes dit :

      @ maleyss

      [A propos de “civilisation productiviste”, je voudrais bien avoir votre avis sur la récente “sortie” des diplomés d’AgroParisTech, qui, si j’ai bien compris, après des études en grande partie à eux offertes par la solidarité nationale, ne se sentent pas obligés par une quelconque dette, et se précipitent pour rejoindre les rangs des improductifs.]

      Sur ce genre de choses, j’ai un avis plein d’indulgence. Comme disait G.B Shaw, « celui qui a vingt ans n’est pas révolutionnaire n’a pas de cœur », en ajoutant cependant que « celui qui a quarante ans est toujours révolutionnaire n’a pas de tête ».

      Je constate d’abord que ces jeunes sont bien plus pragmatiques que les générations précédentes : en 1968, on laissait tomber ses études pour aller vivre en communauté ou militer en usine. En 2022, on attend sagement d’avoir son diplôme pour se révolter. Car si ces étudiants expriment « leur désir et leur choix de rejoindre des luttes écologiques -et paysannes, de s’installer en collectif agricole ou encore d’habiter à Notre-Dame-des-Landes », ils ont suffisamment de bon sens pour prendre cette décision alors qu’on leur remet leur diplôme. Preuve que même dans leur colère militante ils n’ont pas perdu le nord… Après, nous verrons combien de temps ils mettront à devenir notaires, pour reprendre la formule de Jouhandeau. Regardez ce que sont devenus les July, les Cohn-Bendit…

      Après… je trouve que leur réaction reflète bien l’idéologie dominante, celle d’un individu à qui tout est dû et qui ne doit rien à personne. Ils illustrent ce cancer qui ronge notre tissu social, celui des droits sans contrepartie. Il n’y a effectivement aucune réflexion chez ces jeunes ingénieurs – mais aussi chez les étudiants en général – sur le fait de savoir qui a payé leur formation, et quelle est la contrepartie que la société a le droit d’exiger d’eux. Et c’est dommage, parce qu’une génération qui pense de cette façon ne peut devenir adulte.

  3. François dit :

    Bonsoir Descartes,
    Et l’euthanasie des rentiers dans tout cela ?
     
    Remarque à part, admettons que demain un gouvernement volontariste et se donnant les moyens de ses ambitions arrive au pouvoir. Par la réindustrialisation, le pays n’est plus tributaire de nations étrangères pour les technologies de pointes, des régions actuellement dévastées connaissent un nouveau regain, et la dépendance aux chaînes d’approvisionnement mondiales est grandement atténuée. Voire même qu’avec une « transition énergétique » réussie, la France peut amplement se passer d’importations d’hydrocarbures.
    Mais après ? Dans quelle mesure, cette « croissance de rattrapage » permettrait d’augmenter le PIB de la France ? Le niveau de vie des couches les plus défavorisées se rapprocherait grandement de celui des Français moyens, mais dans quelle mesure ce dernier augmenterait ?
    Mais surtout, après la « croissance de rattrapage terminée », y aura t-il une « croissance de modernisation » comme la seconde partie des Trente Glorieuses ?
     
    J’ai développé tout ça, pour me demander où se trouvent les gisements significatifs de productivité dans nos sociétés modernes. Car l’on sait avec Robert Solow et son fameux paradoxe, que l’on voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de la productivité. Tout comme le prix du MWh de nucléaire n’est pas significativement plus bas que celui du charbon, impliquant donc que le premier n’a pas détrôné le second, comme le moteur à explosion a détrôné la traction animale. Et remplacer le moteur thermique ne fera pas augmenter le PIB.
    Au final, l’augmentation et les changements d’habitudes de vie ont été drastiquement plus importants entre 1922 et 1972, qu’entre 1972 et 2022. Mais surtout, les deux piliers sur lesquels reposent la physique contemporaine – relativité générale et physique quantique -, piliers sur lesquels s’appuient les innovations technologiques (et donc la productivité, et donc le niveau de richesse), sont centenaires.
     
    Pour rester dans le domaine du physiquement faisable, sera t-il un jour aussi aisé de se rendre sur la Lune, comme l’on effectue un vol long courrier ? Et le vol long courrier aussi économique qu’un billet de métro ?
    Et au final, admettons que le retrouve le niveau de prospérité générale que celui de la fin des Trente Glorieuses (plein emploi et services publiques de qualité), quels besoins supplémentaires d’un individu y aura t-il à satisfaire avec nos technologies actuelles ?

    • Descartes dit :

      @ François

      [Et l’euthanasie des rentiers dans tout cela ?]

      Ça, c’est la bonne nouvelle ! Vous noterez que dans mon papier, j’essaye d’expliquer le phénomène, mais je ne dis pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Juste pour la polémique, je dois dire qu’il est très amusant de constater que ceux qui affirment que l’inflation touche d’abord les couches populaires sont souvent des banquiers et autres élites dont on ne connaît pas habituellement une sollicitude particulière pour les plus modestes…

      Oui, l’inflation après les guerres mondiales a abouti à « l’euthanasie des rentiers », selon la formule de Keynes. Le rentier, ce bourgeois oisif qui vivait du revenu de ses emprunts et de sa propriété foncière et que l’on voit apparaître régulièrement dans les romans et les pièces de théâtre de la fin du XIXème et début du XXème siècle, voit ses revenus très sérieusement diminués par l’inflation. L’inflation aide en effet l’emprunteur et pénalise le prêteur, elle tend à pousser les taux réels vers le bas et privilégie donc l’investissement par rapport à la rente.

      [Mais après ? Dans quelle mesure, cette « croissance de rattrapage » permettrait d’augmenter le PIB de la France ? Le niveau de vie des couches les plus défavorisées se rapprocherait grandement de celui des Français moyens, mais dans quelle mesure ce dernier augmenterait ?]

      Il ne faut pas confondre « PIB » et « niveau de vie ». Cette équivalence pouvait avoir un sens dans une société de rareté, où le niveau de vie était lié à la généralisation de l’accès à un certain nombre de biens standardisés. Mais dans une société d’abondance comme la nôtre, cet indicateur est de moins en moins relevant. Nous sommes passé d’une société du quantitatif à une société du qualitatif. Or, le PIB ne prend en compte que la valeur des biens, pas leur qualité ou leur performance. Prenons par exemple un ordinateur : il y a quarante ans, les premiers PC étaient bien plus chers que celui qu’on peut acheter aujourd’hui, alors que le service qu’ils prêtaient était infiniment moins grand. Mais au niveau de la contribution au PIB, un PC d’il y a quarante ans contribuait plus qu’un PC d’aujourd’hui, puisqu’il fallait beaucoup plus d’heures de travail pour le fabriquer… Et puis, le calcul du PIB ne prend pas en compte la qualité des services publics : éducation, justice, police, administration… qui pourtant font beaucoup pour le « niveau de vie » !

      Si je me risquais au néologisme, je dirais qu’il faudrait parler de néo-productivisme, dans le sens où le but sera demain non pas de produire PLUS mais de produire MIEUX. Nous passons insensiblement d’une société où la priorité était d’offrir un logement à tout le monde à une société ou la priorité est d’offrir un BON logement à tout le monde. Or, ce glissement en qualité n’est pas pris en compte dans le calcul du PIB, qui est un calcul purement monétaire. Ainsi, par exemple, un ordinateur contribue moins au PIB qu’il ne le faisait il y a vingt ans – puisque son prix a diminué considérablement – alors que le service qu’il prête est infiniment plus important.

      [J’ai développé tout ça, pour me demander où se trouvent les gisements significatifs de productivité dans nos sociétés modernes.]

      Je pense que cette question doit être posée d’une façon plus large : il ne s’agit pas seulement de production « en masse » mais aussi « en qualité ». Demain, il ne s’agira pas seulement de fabriquer plus d’objets, mais des objets qui rendent plus de services.

      [Car l’on sait avec Robert Solow et son fameux paradoxe, que l’on voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de la productivité. Tout comme le prix du MWh de nucléaire n’est pas significativement plus bas que celui du charbon, impliquant donc que le premier n’a pas détrôné le second, comme le moteur à explosion a détrôné la traction animale. Et remplacer le moteur thermique ne fera pas augmenter le PIB.]

      Mais encore une fois, si le prix du nucléaire n’est pas significativement plus bas que le prix du charbon, c’est parce que ce prix ne tient pas compte d’un certain nombre d’externalités. Or, celles-ci deviennent de plus en plus importantes… et demain peut-être, par les jeux des certificats carbone, entreront dans le calcul du PIB. Je pense que le problème dans ce débat est qu’on fait du PIB le seul outil de mesure de la croissance…

      [Au final, l’augmentation et les changements d’habitudes de vie ont été drastiquement plus importants entre 1922 et 1972, qu’entre 1972 et 2022.]

      Je ne sais pas. Internet, l’ordinateur, le téléphone portable, la généralisation du transport aérien, sont tout de même des changements très importants…

      [Mais surtout, les deux piliers sur lesquels reposent la physique contemporaine – relativité générale et physique quantique -, piliers sur lesquels s’appuient les innovations technologiques (et donc la productivité, et donc le niveau de richesse), sont centenaires.]

      Et alors ? Toute la croissance économique du XIXème siècle s’appuie sur une théorie énoncée par un certain Newton à la fin du XVIIème siècle…

      [Pour rester dans le domaine du physiquement faisable, sera t-il un jour aussi aisé de se rendre sur la Lune, comme l’on effectue un vol long courrier ? Et le vol long courrier aussi économique qu’un billet de métro ?]

      Je ne sais pas. Hier, l’avion était réservé aux riches, aujourd’hui, vous trouvez des vols long courrier pour le prix d’une course en taxi. Qui sait ce que le développement technologique permettra de faire demain ?

      [Et au final, admettons que le retrouve le niveau de prospérité générale que celui de la fin des Trente Glorieuses (plein emploi et services publiques de qualité), quels besoins supplémentaires d’un individu y aura t-il à satisfaire avec nos technologies actuelles ?]

      Mais… cela veut dire quoi « retrouver le niveau de prospérité générale de la fin des trente glorieuses » ? Notre « niveau de prospérité générale » est beaucoup plus important que celui du début des années 1970. Ce qui a changé, c’est la manière dont il est distribué…

    • François dit :

      [Il ne faut pas confondre « PIB » et « niveau de vie ».]
      C’est pour cela que l’on parle également de PIB à parité de pouvoir d’achat
      [Mais au niveau de la contribution au PIB, un PC d’il y a quarante ans contribuait plus qu’un PC d’aujourd’hui, puisqu’il fallait beaucoup plus d’heures de travail pour le fabriquer…]
      Je ne sais pas dans quelle mesure le temps d’assemblage d’un PC a baissé ces derniers temps. En revanche, la baisse des prix a pour cause significative la loi de Moore, qui indique qu’à prix constant, les performances d’un semi-conducteur doublent tous les 18 mois (ou inversement, à performances égales, le prix est divisé par deux).
      Cela fait plusieurs décennies que les robots bipèdes existent. Or ça n’est pas pour autant qu’ils ont rempli notre quotidien. Car si le prix du contrôle commande (électronique) a significativement baissé, celui des actionneurs (moteurs électriques) l’a été beaucoup moins, si bien que ces machines restent hors de prix pour un déploiement en masse.
       
      [Je pense que cette question doit être posée d’une façon plus large : il ne s’agit pas seulement de production « en masse » mais aussi « en qualité ». Demain, il ne s’agira pas seulement de fabriquer plus d’objets, mais des objets qui rendent plus de services.]
      Par « productivisme », je n’entends pas « produire en masse », mais utiliser le moins de quantité de travail possible pour produire un bien donné. Or ce que constate Robert Solow, c’est que l’informatisation n’a pas permit de baisser significativement cette quantité travail.
      Ça n’est pas pour rien que des méthodes comme le « lean management » sont apparues. Puisqu’il devient de plus en plus difficile d’obtenir des gains de productivité avec la technologie, il faut grappiller sur chaque gaspillage pour faire des économies.
       
      [Je pense que cette question doit être posée d’une façon plus large : il ne s’agit pas seulement de production « en masse » mais aussi « en qualité ». Demain, il ne s’agira pas seulement de fabriquer plus d’objets, mais des objets qui rendent plus de services.]
      Certes, mais avec des gains de productivités, on peut soit à qualité égale baisser le prix d’un produit, soit à prix égal augmenter la qualité du produit. Or on constate, que les automobiles sont certes de plus en plus qualitatives, mais que cette montée en qualité ne s’est pas faite à coûts constants, mais en les augmentant.
      [Mais encore une fois, si le prix du nucléaire n’est pas significativement plus bas que le prix du charbon, c’est parce que ce prix ne tient pas compte d’un certain nombre d’externalités.]
      Certes, mais on voit bien que le passage du charbon au nucléaire n’a rien d’aussi évident que fut celui de la traction animale au tracteur motorisé.
       
      [Je pense que le problème dans ce débat est qu’on fait du PIB le seul outil de mesure de la croissance…]
      Mais par quoi le remplacer ?
       
      [Je ne sais pas. Internet, l’ordinateur, le téléphone portable, la généralisation du transport aérien, sont tout de même des changements très importants…]
      Beaucoup moins importants que l’arrivée de l’électricité, l’eau courante, le chauffage et le réfrigérateur (voire même l’électroménager en général, car comme le disait le slogan « Moulinex libère la femme »). Ces apports technologiques ont radicalement modifié l’urbanisme, transformé la façon de travaillé (passage du travail manuel au travail de bureau)  ainsi que la division sexuée du travail, mais surtout ont définitivement comblé nos besoins naturels (se nourrir, ne pas avoir froid, etc).
      Ça change quoi fondamentalement de faire ses achats en ligne, au lieu de passer par un catalogue de vente par correspondance ? De passer par un service de vidéo à la demande plutôt qu’un vidéo club ? D’utiliser un GPS plutôt qu’une carte routière ? D’utiliser un téléphone portable plutôt qu’une cabine téléphonique ? Au final ces outils nous facilitent la vie, plus qu’ils apportent de nouvelles possibilités.
      Quant à l’avion, s’il a certes offert de nouvelles possibilités, il n’est pas devenu un moyen de locomotion usuel comme la voiture ou le train.
       
      [Je ne sais pas. Hier, l’avion était réservé aux riches, aujourd’hui, vous trouvez des vols long courrier pour le prix d’une course en taxi. Qui sait ce que le développement technologique permettra de faire demain ?]
      Je ne sais pas où vous trouvez des vols long-courrier au prix d’une course de taxi. Et s’ils existent, ils s’agit très probablement de tarifs bradés, plutôt que proches du prix de revient. Et les prochaines générations de soufflantes carénées promettent des réductions de carburant de l’ordre de 20%.
      Pour que l’avion devienne aussi économique qu’un trajet en métro, il faudrait que le prix du carburant baisse drastiquement (sachant qu’il y a des limites physiques à l’impulsion spécifique d’un turbo-réacteur).

      • Descartes dit :

        @ François

        [« Il ne faut pas confondre « PIB » et « niveau de vie ». » C’est pour cela que l’on parle également de PIB à parité de pouvoir d’achat]

        Mon point ne concernait pas la question monétaire. Ce que je voulais dire, c’est que le PIB n’est pas un bon indicateur des conditions de vie des habitants d’un pays. Il y a des pays – pensez aux pétromonarchies, par exemple – dont le PIB par habitant est très important, et où les conditions de vie ne sont guère enviables…

        [« Mais au niveau de la contribution au PIB, un PC d’il y a quarante ans contribuait plus qu’un PC d’aujourd’hui, puisqu’il fallait beaucoup plus d’heures de travail pour le fabriquer… » Je ne sais pas dans quelle mesure le temps d’assemblage d’un PC a baissé ces derniers temps. En revanche, la baisse des prix a pour cause significative la loi de Moore, qui indique qu’à prix constant, les performances d’un semi-conducteur doublent tous les 18 mois (ou inversement, à performances égales, le prix est divisé par deux).]

        En quarante ans, on est passé d’un assemblage manuel à un assemblage automatique, sans compter les progrès dans l’intégration. Quand j’ai acheté mon premier Apple II, il coûtait un mois et demi de mon salaire d’ingénieur débutant. Aujourd’hui, un ordinateur mille fois plus puissant ne couterait qu’un quart d’un SMIC… Accessoirement, la baisse de prix ne peut être une conséquence de la loi de Moore, puisque la loi de Moore est une loi empirique déduite de l’observation de la baisse des prix… sans compter sur le fait que la réalité tend, depuis déjà quelques années, à s’écarter des prédictions de la loi de Moore.

        [Cela fait plusieurs décennies que les robots bipèdes existent. Or ça n’est pas pour autant qu’ils ont rempli notre quotidien. Car si le prix du contrôle commande (électronique) a significativement baissé, celui des actionneurs (moteurs électriques) l’a été beaucoup moins, si bien que ces machines restent hors de prix pour un déploiement en masse.]

        Et surtout, qu’ils n’ont pas beaucoup d’intérêt. Même si on vous offrait un gratuitement, qu’est ce que vous en feriez ?

        [Par « productivisme », je n’entends pas « produire en masse », mais utiliser le moins de quantité de travail possible pour produire un bien donné.]

        Je pense que c’est une vision très réductrice. Le productivisme s’identifie à l’idée que l’augmentation de la qualité de la vie est liée à la capacité humaine à disposer – et donc à produire – des biens et des services en qualité et/ou quantité croissante. Il s’oppose aux idéologies qui tournent autour de concepts comme la sobriété ou la décroissance, et qui postulent qu’on peut améliorer la qualité de la vie tout en diminuant la quantité/qualité de biens et services disponibles.

        Le « productivisme » ne fait donc pas référence à l’efficacité des processus productifs, même si on peut supposer que pour augmenter la quantité/qualité de biens et services disponibles pour le consommateur il est impératif de réduire leur coût, et donc la quantité de travail nécessaire à leur production…

        [Or ce que constate Robert Solow, c’est que l’informatisation n’a pas permis de baisser significativement cette quantité travail.]

        Oui et non. D’abord, le commentaire de Solow date de l’époque où l’ordinateur était présent comme outil d’automatisation, mais pas encore de communication. Il me semble incontestable que le mariage de l’ordinateur et du réseau a eu des effets importants sur la productivité. Mais surtout, l’ordinateur a créé des produits nouveaux, qui ont remplacé des produits anciens avec un gain de productivité important.

        [Ça n’est pas pour rien que des méthodes comme le « lean management » sont apparues. Puisqu’il devient de plus en plus difficile d’obtenir des gains de productivité avec la technologie, il faut grappiller sur chaque gaspillage pour faire des économies.]

        Pardon, mais cela n’a rien de nouveau. Taylor aussi cherchait les gains de production dans l’organisation du travail plutôt que dans la technologie, et cela à une époque ou pourtant la technologie faisait des bonds. Les deux mouvements sont toujours allés de pair.

        [Certes, mais avec des gains de productivités, on peut soit à qualité égale baisser le prix d’un produit, soit à prix égal augmenter la qualité du produit. Or on constate, que les automobiles sont certes de plus en plus qualitatives, mais que cette montée en qualité ne s’est pas faite à coûts constants, mais en les augmentant.]

        Vous avez des chiffres ? Je n’ai pas l’impression que le coût des voitures ait beaucoup augmenté – alors que leur qualité a fait un bond considérable. Quand je regarde le prix auquel j’ai acheté mes voitures successives, je vois une baisse plutôt qu’une hausse…

        [« Je pense que le problème dans ce débat est qu’on fait du PIB le seul outil de mesure de la croissance… » Mais par quoi le remplacer ?]

        C’est tout le problème. On peut définir des indicateurs plus pertinents, mais ils sont difficiles à généraliser – parce que la vision de la qualité de vie est très liée à la culture de chacun – et on ne dispose pas nécessairement facilement des données pour les calculer. C’est pourquoi le PIB est toujours utilisé.

        [« Je ne sais pas. Internet, l’ordinateur, le téléphone portable, la généralisation du transport aérien, sont tout de même des changements très importants… » Beaucoup moins importants que l’arrivée de l’électricité, l’eau courante, le chauffage et le réfrigérateur (voire même l’électroménager en général, car comme le disait le slogan « Moulinex libère la femme »). Ces apports technologiques ont radicalement modifié l’urbanisme, transformé la façon de travaillé (passage du travail manuel au travail de bureau) ainsi que la division sexuée du travail, mais surtout ont définitivement comblé nos besoins naturels (se nourrir, ne pas avoir froid, etc).]

        Faut pas pousser. Vous me parlez des changements intervenus dans la période 1920-70, et vous me sortez le chauffage, l’eau courante et l’électricité ?. Le « chauffage » arrive bien avant cette période. On se chauffait de façon fort élaborée déjà chez les Romains, et si vous faites allusion au chauffage central à eau, on le trouve déjà dans les châteaux (le Palais d’Eté de Pierre le Grand, construit au début du XVIIIème siècle à Saint Pétersbourg en est doté) et commence il se généralise dans les appartements privés construits à partir du milieu du XIXème siècle (tous les bâtiments haussmanniens en sont pourvus, par exemple). Même chose pour l’électricité : la lampe électrique est inventée en 1880, et en 1920 l’éclairage électrique est déjà bien avancé. Voici ce qu’écrivait Georges Dary dans « A travers l’Electricité » (1906) : « Maintenant commence à se réaliser, pour certains quartiers, le progrès qui semblait un conte de fée il y a quinze ans à peine. Des stations centrales répandent dans Paris l’électricité à flots ; remplaçant avantageusement les tuyaux, les conduites de gaz, des fils parcourent les rues et font circuler de toutes parts le courant que chacun peut introduire chez soi ; il n’y a plus qu’à faire un geste pour que nos appartements s’illuminent instantanément ici, là, à notre volonté. Tous ces avantages, on le pense bien, ne sont pas restés le privilège de Paris ; bien au contraire, avant que notre capitale eût rappelé l’électricité exilée des ses murs, une foule de villes, en France ou à l’étranger, de villages ignorés dans les montagnes, avaient su utiliser leurs cours d’eau pour se donner le luxe d’un éclairage que la Ville-Lumière même n’avait pu s’offrir. Aujourd’hui toutes les villes, grandes ou petites, étincellent et rivalisent de clarté. »

        Je pense que l’idée d’une « accélération de l’histoire » est une idée reçue. Je ne pense pas par exemple que les changements de la société entre 1920 et 1970 soient beaucoup plus importants que ceux intervenus entre 1870 et 1920, par exemple.

        [Ça change quoi fondamentalement de faire ses achats en ligne, au lieu de passer par un catalogue de vente par correspondance ?]

        Tout. Le catalogue de vente par correspondance avait une validité de six mois, ce qui revenait à congeler les prix pendant cette durée. Avec l’achat en ligne, les prix suivent en temps réel l’état du marché. Avec les catalogues, il était difficile de comparer les prix, alors qu’avec les sites en ligne, les comparateurs instantanés sont disponibles. Avec le catalogue, si vous vouliez poser une question sur le produit il vous fallait attendre la réponse une semaine. Maintenant, vous l’avez dans la journée. Avec le catalogue, vous ne saviez pas si le produit que vous commandiez était en stock ou épuisé, aujourd’hui vous le savez avant de passer commande. Le client est donc bien plus informé et donc mieux à même de jouer sur les prix.

        [De passer par un service de vidéo à la demande plutôt qu’un vidéo club ?]

        Là encore, tout : quand vous étiez dans un vidéo-club, vous étiez tributaire du choix du gestionnaire, parce que sauf à avoir un espace très important, le stock de vidéos qu’il pouvait offrir était très limité. Vous étiez aussi tributaire des choix des autres adhérents, puisqu’il fallait attendre qu’ils rendent leur cassette ou DVD pour pouvoir l’emprunter. Avec le VoD, tous les adhérents peuvent voir le même film en même temps si cela leur chante, et vous avez accès à des catalogues absolument énormes, où vous pouvez trouver pratiquement tout ce qui a été mis sur film depuis les débuts de l’industrie.

        [D’utiliser un GPS plutôt qu’une carte routière ? D’utiliser un téléphone portable plutôt qu’une cabine téléphonique ? Au final ces outils nous facilitent la vie, plus qu’ils apportent de nouvelles possibilités.]

        Avec une balise GPS, je peux connaître à tout moment la position d’un transport critique et vérifier qu’il n’est pas volé ou détourné. Vous pouvez même géolocaliser vos enfants… Comment faites-vous la même chose avec une carte routière ? Quand vous tombez en panne au milieu de nulle part, vous êtes bien content de ne pas avoir à marcher dans la neige et le froid plusieurs kilomètres pour trouver une cabine téléphonique… Je suis méfiant comme vous du discours qui prétend que les nouvelles technologies changent le monde, mais de là a considérer qu’elles ne font que « faciliter la vie »… vous citiez vous-même la formule « Moulinex libère la femme » !

        [Quant à l’avion, s’il a certes offert de nouvelles possibilités, il n’est pas devenu un moyen de locomotion usuel comme la voiture ou le train.]

        On ne peut comparer ce qui n’est pas comparable. L’avion n’est pas adapté à des courts trajets, et les trajets « usuels », pour l’immense majorité des français, ne dépassent quelques dizaines de kilomètres. L’avion, pas plus que le TGV, ne peuvent donc pas être des moyens de locomotion « usuels ». Maintenant, si vous prenez les gens qui font « usuellement » des déplacements qui dépassent les 500 km, on peut dire que l’avion est devenu le plus usuel des moyens de locomotion. Connaissez-vous beaucoup de gens qui pour un déplacement de plus de 1000 km prennent le vélo, la voiture, le bateau ou même le train ?

        [« Je ne sais pas. Hier, l’avion était réservé aux riches, aujourd’hui, vous trouvez des vols long courrier pour le prix d’une course en taxi. Qui sait ce que le développement technologique permettra de faire demain ? » Je ne sais pas où vous trouvez des vols long-courrier au prix d’une course de taxi.]

        Une course en taxi à Pekin vous coutera certainement plus cher qu’un billet d’avion… 😉
        Plus sérieusement, vous trouvez maintenant des billets d’avion qui sont moins chers que le taxi vers l’aéroport. Ainsi, j’ai trouvé du premier coup, sur un site bien connu un aller-retour Paris-Athènes (départ le 22/11, retour le 29/11) à 118 €. L’aller-retour en taxi Paris-Roissy coute plus cher : 120 €…

        [Pour que l’avion devienne aussi économique qu’un trajet en métro, il faudrait que le prix du carburant baisse drastiquement (sachant qu’il y a des limites physiques à l’impulsion spécifique d’un turbo-réacteur).]

        Ou que l’on trouve une nouvelle technologie. On n’a pas inventé l’ampoule électrique en cherchant à rendre la lampe à huile plus économique…

  4. cdg dit :

     
    Je sais que vous n aimez pas l UE mais il ne faut pas la charger de tous les péchés du monde. L inflation est aussi forte en GB (hors zone euro) ou aux USA (carrement hors UE)
    Vous vous trompez aussi sur la date du debut du probleme. C est pas il y a 2 ans mais quand on a commencé a inonder le marché avec de l argent qui ne correspondait a rien (aka 2008)
    Au debut on a eut une inflation des actifs (actions et immobilier en particulier) puis ca c est evidement propagé a toute l economie (le corona n en a pas ete la raison profonde. Simplement en reduisant la concurrence asiatique, elle a permit l augmentation des prix. Mais cette augmentation aurait eut lieu tot ou tard : vous pouvez pas eternellement créer de la monnaie qui ne correspond a rien sans qu il y ait un effet)
     
    Est ce que ca aurait ete different avec une banque centrale infeodée au pouvoir politique comme vous le souhaitez ?
    A mon avis ca aurait ete pire. En 2008, Sarkozy etait au pouvoir. C est un president qui trouvait que les francais etaient pas assez endetté et qui voulait introduire le credit hypothecaire a l americaine (basé sur la valeur du bien et non sur les revenus). La crise des subprimes a eut raison de son idee a temps 🙂
    Mais, si Sarkozy aurait eut la main sur la banque de france, il n aurait pas hesité a faire encore pire que la BCE en baissant de facon plus aggressive les taux. On aurait donc eut plus de monnaie, ce qui a court terme etait positif pour lui (l effet secondaire de l augmentation du prix des actions et surtout de l immobilier etant pour lui positive car populaire dans son electorat). A terme on aurait eut plus d inflation et probablement plus rapidement que maintenant car la France aurait du devaluer (inflation importee).
    On peut d ailleurs noter que si la BCE a pratiqué des taux negatifs, c est en grande partie a cause de la France, au grand dam de la RFA. Et c est Lagarde/Macron qui freinent actuellement pour que la BCE arrete sa politique ultra accommodante
     
    Pour le reste vous avez raison, augmenter les salaires ne reglera en rien le probleme du pouvoir d achat vu que ca ne fera que pousser les prix a la hausse (voire dans une economie ouverte plombera encore plus la production francaise). Mais je vois mal un politicien aller expliquer avant les elections qu il va falloir se serrer la ceinture. Et si l un d entre eux avait cette idee, il finirait a 2 % des voix. C est ainsi qu on voit Macron promettre d augmenter de 4 % les retraites (rien a voir avec le fait que les retraités votent en masse pour lui) et que la seule mesure hypothetique d economie ne produira aucun effet avant 10 ans (passer l age de la retraite a 65 ans ne produira pas d effet significatif avant longtemps puisqu on exempte tous les retraités actuels ainsi que ceux proche de l age de la retraite)
     
    Une fois les elections passées, il va bien falloir affronter la réalité et le reveil va etre douloureux car une bonne partie de la population n a pas conscience de la situation : augmentation d impots, recession et un krach immobilier sont assez probable
     
     
    PS : «l’aide fournie à l’Ukraine représente un détournement de moyens de production qui, au lieu de proposer des biens aux particuliers, alimentent les opérations militaires» ca doit jouer de facon marginale en France. Nous livrons des armes sophistiquees qui ne sont pas fabriqués par les memes personnes/usines que ce que consomment les particuliers

    • Descartes dit :

      @ cdg

      [Je sais que vous n’aimez pas l’UE mais il ne faut pas la charger de tous les péchés du monde. L’inflation est aussi forte en GB (hors zone euro) ou aux USA (carrément hors UE).]

      Mais… où voyez-vous que je « charge » l’UE du péché de l’inflation ? Je ne charge nullement l’UE de ce péché-là. Mon reproche est très différent : c’est celui de mensonge. Quand on avait fait l’Euro, on nous avait promis que l’inflation ne reviendrait jamais, que grâce au système mis en place par Maastricht l’Euro serait aussi stable et aussi fort que l’était le mark. Ni la Banque d’Angleterre, ni la Réserve Fédérale américaine n’ont jamais fait une telle promesse, et d’ailleurs n’ont pas dans leurs statuts un mandat impératif en termes d’inflation, contrairement à la BCE.

      Le plus drôle dans l’affaire est que si on avait appliqué strictement les règles de Maastricht, on n’aurait pas eu cette vague d’inflation. A la place, on aurait eu une dépression comme celle de 1929. Mais bon, on ne peut pas tout avoir…

      [Vous vous trompez aussi sur la date du début du problème. Ce n’est pas il y a 2 ans mais quand on a commencé à inonder le marché avec de l’argent qui ne correspondait a rien (aka 2008). Au début on a eu une inflation des actifs (actions et immobilier en particulier) puis ça c’est évidement propagé à toute l’économie (le corona n’en a pas été la raison profonde. Simplement en réduisant la concurrence asiatique, elle a permis l’augmentation des prix. Mais cette augmentation aurait eu lieu tôt ou tard : vous pouvez pas éternellement créer de la monnaie qui ne correspond a rien sans qu’ il y ait un effet)]

      Votre explication est un peu courte. Comment expliquez-vous que l’argent injecté massivement depuis 2008 n’ait pas provoqué une augmentation des prix significatives que plus de dix ans après ? La réponse me semble triviale : depuis 2008 on a inondé d’argent le système financier. Et cela se traduit par une augmentation des revenus des classes sociales les plus riches, dont tous les besoins ordinaires sont déjà satisfaits. Cet argent s’est retrouvé donc dans les circuits d’investissement, provoquant une inflation des actifs, et dans celui du luxe, mais pas dans celui de la consommation courante. Keynes avait déjà remarqué cet effet : donner de l’argent aux pauvres soutient la consommation, donner de l’argent aux riches non.

      Le problème commence bien il y a deux ans, parce qu’avec le « quoi qu’il en coute », on ne s’est pas contenté de maintenir le revenu des riches, on a maintenu le revenu de tout le monde, et cela alors que les biens disponibles allaient en diminuant du fait du COVID.

      [Est-ce que ça aurait été différent avec une banque centrale inféodée au pouvoir politique comme vous le souhaitez ?]

      Non, pas vraiment, parce que dans cette affaire la BCE s’est bien comportée comme si elle était « inféodée au politique », en faisant tourner la planche à billets pour racheter la dette des états. La crise COVID montre combien l’idée maastrichtienne d’une banque centrale « apolitique » pilotée par des techniciens est une illusion : lorsque la crise arrive, la banque centrale est OBLIGEE de faire de la politique. Personne n’aurait compris que la BCE plonge l’économie européenne dans la dépression au motif qu’il faut maintenir l’objectif du 2% d’inflation.

      Ce qui aurait été différent, oui, c’est qu’avec une banque centrale inféodée au politique – ce qui implique une banque centrale nationale, parce qu’il n’existe pas de « politique » européen, en l’absence d’un « demos » pour lui donner une légitimité – on n’aurait pas eu des politiques d’inflation faible qui privilégient la rente sur la production. Et du coup, nous aurions un outil industriel plus performant et plus capable donc à faire face à la demande.

      [A mon avis ça aurait été pire. En 2008, Sarkozy était au pouvoir. C’est un président qui trouvait que les français n’etaient pas assez endetté et qui voulait introduire le crédit hypothécaire à l’américaine (basé sur la valeur du bien et non sur les revenus). La crise des subprimes a eu raison de son idée a temps 🙂]

      Là, je ne vous suis pas. D’abord, le diagnostic de Sarkozy était juste : en France nous avons une situation où les citoyens préfèrent que l’Etat s’endette pour eux. Là où les Américains empruntent pour payer leur assurance santé, les français ont la sécurité sociale qui couvre son déficit par l’emprunt. Là où les Américains s’endettent pour acheter leur maison, les Français bénéficient de crédits bonifiés – et c’est l’Etat qui s’endette pour les bonifier. Bien entendu, ce système a sa logique : l’Etat s’endette à un taux bien meilleur que les citoyens, et il est donc plus efficient de lui laisser la charge de la dette… mais cela ne marche qu’à condition que les subventions soient bien reparties, et que les citoyens gardent une conscience que la dette de l’Etat est leur dette, et pas quelque chose d’extérieur…

      [Mais, si Sarkozy avait eu la main sur la banque de France, il n’aurait pas hésité à faire encore pire que la BCE en baissant de façon plus agressive les taux. On aurait donc eu plus de monnaie, ce qui a court terme était positif pour lui (l’effet secondaire de l’augmentation du prix des actions et surtout de l’immobilier étant pour lui positive car populaire dans son électorat). A terme on aurait eu plus d’inflation et probablement plus rapidement que maintenant car la France aurait du dévaluer (inflation importée).]

      Tout à fait. Et comme on aurait dévalué, les produits français seraient devenus plus compétitifs sur les marchés intérieur et extérieur, réduisant les importations et stimulant les exportations et le développement industriel local. Avec des taux faibles, la rente perd de son intérêt alors que l’investissement productif devient plus rentable… en fait, tout ce qui a bien fonctionné pendant les « trente glorieuses ».

      [On peut d’ailleurs noter que si la BCE a pratiqué des taux négatifs, c’est en grande partie à cause de la France, au grand dam de la RFA. Et c’est Lagarde/Macron qui freinent actuellement pour que la BCE arrête sa politique ultra accommodante]

      Je crois que vous avez mal compris mon propos. Encore une fois, je ne reproche pas à la BCE sa politique keynésienne. Ce que je lui reproche, c’est de nous avoir promis que l’approche néolibérale pouvait marcher. Pour le dire autrement : les maastrichiens vont nous expliquer que c’est le système bâti à Maastricht qui nous a sauvé, alors que c’est l’inverse, que c’est précisément parce qu’on a violé les règles de Maastricht qu’on ne s’en sort pas trop mal.

      [Pour le reste vous avez raison, augmenter les salaires ne règlera en rien le problème du pouvoir d’achat vu que ça ne fera que pousser les prix à la hausse (voire dans une économie ouverte plombera encore plus la production française).]

      C’est gentil de me donner raison, mais pas de me faire dire ce que je n’ai pas dit. Je n’ai jamais dit qu’augmenter les salaires ne réglera en rien le problème du pouvoir d’achat « vu que ça ne fera que pousser les prix à la hausse ». Si vous augmentez les salaires et que dans le même mouvement vous faites baisser les profits distribués aux actionnaires, vous ne changez en rien la compétitivité du produit final. De même, si vous distribuez plus de pouvoir d’achat et d’un autre côté vous faites les investissements productifs nécessaires pour faire face à la demande, les prix n’ont aucune raison de monter. Encore une fois, la hausse des prix reflète une inadéquation entre l’offre et la demande. Pour faire baisser les prix, on n’est pas obligé de jouer que sur la demande…

      [Mais je vois mal un politicien aller expliquer avant les élections qu’il va falloir se serrer la ceinture.]

      Ça dépend QUI devra se serrer la ceinture. La droite n’a aucun problème pour expliquer que les fonctionnaires et les ouvriers devront se serrer la ceinture, la gauche n’est guère gênée d’expliquer que les affreux capitalistes vont devoir se serrer la ceinture. Les seules que personne n’ose affronter, dont personne n’expliquera jamais qu’il leur faudra se serrer la ceinture, ce sont les classes intermédiaires.

      [Une fois les élections passées, il va bien falloir affronter la réalité et le réveil va être douloureux car une bonne partie de la population n’a pas conscience de la situation : augmentation d’impôts, récession et un krach immobilier sont assez probable]

      Je suis moins pessimiste que vous. L’inflation pose pas mal de problèmes, mais en résout pas mal aussi. Bien gérée, elle fonctionne comme un impôt – elle transfère de la richesse de la poche de ceux qui ont de l’argent vers l’Etat – même si pour profiter a fond de ce mécanisme l’Etat doit avoir le contrôle du crédit. Et puis l’inflation transfère l’argent de la rente vers la production, ce qui rend les récessions bien plus improbables. La plupart des récessions sont arrivés en période d’inflation faible.

      Le « krach » immobilier, et plus largement le « krach » des actifs reste une possibilité, et il est d’autant plus dangereux politiquement qu’il touchera de front les classes intermédiaires…

  5. Luc dit :

    Merci cher Descartes pour ce texte clair et précis.
    Une fois de plus votre Blog enjolive nos vies de part la maitrise de ces énoncés et de la responsabilité associé à une liberté d’expression inusitée ailleurs pour les commentateurs. Comme vous le savez,je suis un écologiste partisan de l’énergie nucléaire civile à cause du Zéro Carbone de ces émissions.Or un certain doute me prend quand je lis cette appréciation apparemment péjorative,sous votre plume:”les mêmes qui conchient la « civilisation productiviste »..
    Pensez vous que les personnes opposées à la civilisation actuelle basée sur la production et consommation à outrance d’Hydrocarbures soient à mépriser ?
    Parmi elles se trouvent Fabien Roussel qui a toutes les chances d’être battu au 1er tour par des candidats moins décarboné que lui , ceci expliquant cela ?

    • Descartes dit :

      @ Luc

      [Or un certain doute me prend quand je lis cette appréciation apparemment péjorative, sous votre plume :”les mêmes qui conchient la « civilisation productiviste »… Pensez vous que les personnes opposées à la civilisation actuelle basée sur la production et consommation à outrance d’Hydrocarbures soient à mépriser ?]

      Pardon, mais il faut revenir au paragraphe complet : « Le plus amusant, c’est qu’un certain nombre de politiques qui proclament leur volonté de sauvegarder le pouvoir d’achat sont les mêmes qui conchient la « civilisation productiviste », sans se rendre compte que le pouvoir d’achat dépend de la production, et non de la valeur faciale du salaire. »

      Vous noterez que mon point était de souligner la contradiction qui existe chez ceux qui appellent à « sauvegarder le pouvoir d’achat » tout en oubliant que si le « pouvoir d’achat » a un sens, c’est parce qu’il y a des biens à « acheter », et que ces biens doivent nécessairement être produits avant de pouvoir être achetés. C’est tout de même cocasse de voir des partisans avoués de la décroissance promettre des « augmentations du pouvoir d’achat », non ? Si on diminue globalement la production de biens et services, alors le pouvoir d’achat ne peut que diminuer globalement : si l’on produit moins de machines à laver, de voyages en train, de voitures, alors on consommera nécessairement moins de machines à laver, de voyages en train, de voitures…

      Les personnes qui, comme vous dites, sont « opposées à la civilisation actuelle basée sur la production et consommation à outrance d’hydrocarbures », proposent quoi exactement à la place ? Si elles proposent de baisser la production tout en maintenant la consommation, alors elles méritent, sinon le mépris, au moins d’être dénoncées comme vivant dans une illusion.

      [Parmi elles se trouvent Fabien Roussel qui a toutes les chances d’être battu au 1er tour par des candidats moins décarboné que lui, ceci expliquant cela ?]

      Je ne sais pas de quoi vous parlez. C’est quoi, un « candidat décarboné » ?

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