Meilleurs vœux, chers lecteurs !

Tradition oblige, le premier papier de l’année est consacré, comme tous les ans, au retour en arrière sur la dynamique de ce blog.

D’abord, en faisant les comptes je m’aperçois que j’ai été particulièrement prolifique cette année, avec 41 articles publiés en 2025 (38 en 2024, 28 en 2023). Un record d’autant plus notable qu’il ne s’agissait pas d’une année électorale, et que l’actualité particulièrement morose ne donnait pas vraiment envie de s’y mettre. Mais les faits sont là.

Et il n’y a pas que moi qui ai battu des records : vous, mes chers lecteurs, vous vous y êtes mis aussi. Avec 3019 commentaires on dépasse de loin les chiffres de ces dernières années : 2542 en 2024, 2175 en 2023. Si l’on prend le nombre de commentaires rapporté au nombre d’articles, on reste dans la bonne moyenne : 73 commentaires par article, contre 66 en 2024 et 78 en 2023. La santé de cet espace de débat et de discussion reste donc bonne, surtout si l’on compare à d’autres lieux qui se sont étiolés ou ont disparu ces dernières années. J’y vois le résultat de la discipline intellectuelle que nous nous sommes imposés – et dont je ne suis que le gardien – concernant la courtoisie des échanges et la tolérance des points de vue dès lors qu’ils sont rationnellement exprimés et élaborés. Ce blog ne va pas changer le monde, bien entendu, mais j’ose espérer qu’il reste pour ceux qui y participent – et pour ceux qui le lisent sans participer – un lieu de sociabilité autant qu’un lieu de réflexion.

Maintenant, quel regard peut-on jeter sur le monde à l’heure de faire nos vœux ? 2025 a été une année de clarification. Beaucoup d’illusions, complaisamment répétées par beaucoup de commentateurs, se sont dissipées. Celle d’un monde pacifié par le droit et le commerce était déjà bien malmenée par l’invasion de l’Irak et le bombardement de Belgrade, elle s’est brisée sur Gaza. La croyance en un « occident » unifié sous la houlette bienveillante des Américains a disparu devant les réalités de la guerre d’Ukraine et de la politique trumpienne. L’Union européenne, quant à elle, a montré son vrai visage, celui d’une Von der Leyen allant en Ecosse confirmer devant Trump la vassalisation de l’Europe, celle d’une Allemagne qui n’hésite pas à nous passer dessus pour protéger son industrie dans l’accord avec le Mercosur. Tout cela est douloureux, mais salutaire. Peguy disait « Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ». Pendant des années on a refusé de voir ce qu’on voyait, maintenant, nos yeux sont dessillés. La seule chose regrettable, c’est que les gazaouis ou les ukrainiens aient dû payer le prix de la guerre pour nous sortir de notre aveuglement.

La politique française ne donne pas beaucoup d’espoirs. L’effacement d’un exécutif sans majorité était censé, si l’on voulait croire les partisans du régime parlementaire, révivifier la démocratie en redonnant le pouvoir au Parlement. Le moins qu’on puisse dire est que l’expérience n’a pas été convainquant : l’indigence des débats, l’irresponsabilité des parlementaires, leur incapacité à définir collectivement en tant que corps une méthode de travail conduisant à un résultat positif ont montré au-delà de tout doute raisonnable que les instruments du « parlementarisme rationalisé » pensés en 1958 restent toujours aussi indispensables. Nos parlementaires en sont à demander instamment au premier ministre d’utiliser contre eux l’article 49.3 pour faire voter le budget, c’est dire…

Quant au président de la République, son comportement a compromis irrémédiablement sa fonction. Au point qu’on écoute son message du nouvel an non plus comme l’annonce des choses à venir, comme c’était le cas de ses prédécesseurs, mais dans l’esprit d’un psychiatre écoutant un malade et cherchant à déterminer s’il a finalement pris attache avec la réalité ou s’il délire toujours. Imperturbable dans son château, il nous annonce des lois qui ne dépendent plus de lui, des dépenses qu’il n’a plus le pouvoir d’engager, et il cherche à nous rassurer comme si on était des enfants en répétant « on va y arriver ». Il déclare fièrement qu’il ira jusqu’au bout de son mandat, comme si en restant il rendait un service signalé à la République, alors que sa présence ne fait que prolonger inutilement une situation de blocage, avec la complicité d’une classe politique terrifiée par ce qui pourrait venir après.

Cet après s’appelle aujourd’hui « Rassemblement national ». Et c’est un saut dans l’inconnu parce que personne ne sait exactement ce que le RN fera une fois arrivé au pouvoir. Personne, y compris les principaux intéressés. Car si on connait les marottes du RN, on sait aussi que quelques marottes ne font pas une politique. A l’opposé, on sait trop bien ce que feraient les autres s’ils étaient demain reconduits aux affaires, et on le sait parce qu’ils y sont tous passés depuis 1981 – tous y compris Mélenchon et ses amis – pour faire à peu près la même chose, c’est-à-dire, la politique du chien crevé au fil de l’eau. Et comme aucun d’entre eux – y compris Mélenchon et ses amis – n’a pour le moment fait un retour critique sur son action qui permette aux citoyens que nous sommes d’espérer que les leçons ont été apprises, rien de bien nouveau n’est donc à attendre d’eux.

C’est à ce choix que nous devrons faire face dans deux ans au plus tard, et peut-être avant. Je ne pense pas que le RN ait partie gagnée : il pourrait être battu, mais dans la configuration actuelle il le serait par une confédération hétéroclite de forces incapables de se mettre d’accord sur un projet politique. On ne referait alors que reconduire la situation de blocage, ce qui serait désastreux alors que le monde change autour de nous et que des décisions importantes doivent être prises rapidement.

Si un véritable projet devait surgir, porté par des gens qui rejettent autant la logique de l’extrême droite que celle des bienpensants, il devrait le faire très rapidement pour pouvoir se faire connaître et avoir des chances de l’emporter. Il est évident pour moi qu’un tel projet n’a de chances que s’il parle à tous, et d’abord aux couches populaires. Parce que c’est cet électorat qu’il s’agit de conquérir si l’on veut couper véritablement l’herbe sous le pied du RN.

C’est à cela que j’encourage mes lecteurs à travailler. Quelles sont les chances de réussir ? Je ne le sais pas. Le monde change autour de nous, et des choses qui paraissaient impossibles hier font partie de notre réalité aujourd’hui, d’autres que nous croyions solides ont disparu. Il faut donc penser sans rien s’interdire, et chercher à se donner les instruments intellectuels qui permettront, le jour venu, de profiter des opportunités qui se présenteront.

En attendant, permettez-moi, chers lecteurs, de vous souhaiter une année 2026 qui vous soit douce, paisible, belle et intéressante. Que le pain ne manque pas à votre table, que l’amour et la tendresse soient présents dans votre vie, que la santé du corps et la tranquillité de l’esprit vous accompagnent. Et que l’intelligence vienne taquiner vos certitudes.

Amicalement,

Descartes

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29 réponses à Meilleurs vœux, chers lecteurs !

  1. CVT dit :

    @Descartes,
    Bonne année 2026, cher camarade!!!
    Santé, prospérité et coeur bien accroché, parce que nous risquons tous d’en avoir besoin!
    A vrai dire, votre record de publications n’est pas du tout anodin, particulièrement en ce qui concerne la France, notre pays, car depuis 2024 et des élections législatives perdues dans les grandes largeurs, le Méprisant de la République (je me permets de reprendre votre formule) aurait dû déguerpir, n’ayant jamais eu de majorité à l’Assemblée Nationale durant son second mandat.
    Depuis cet échec cuisant de juillet 2024, chaque jour passé par le forcené enfermé à l’adresse du 55 Faubourg St Honoré dans le VIIIè arrondissement, équivaut à une forfaiture, entraînant ainsi une déréliction de la Vè République, ainsi que celle de la Nation.
     
    Sans vouloir être Madame Irma, avec une présidentielle que je vois venir dès cette année, vous risquez d’être très occupé, cher ami…

    • Descartes dit :

      @ CVT

      [Sans vouloir être Madame Irma, avec une présidentielle que je vois venir dès cette année, vous risquez d’être très occupé, cher ami…]

      A vrai dire, je voudrais un peu m’affranchir de la dictature de l’actualité pour conduire ce blog vers des réflexions plus programmatiques et de long terme… mais j’ai pu remarquer que les débats les plus riches concernent les questions d’actualité, et qu’il est difficile d’amorcer la discussion lorsqu’on ne la raccroche pas à ce qui se passe au Forum…

      Concernant une élection présidentielle anticipée… il est vrai qu’une des choses les plus importantes pour l’acteur de théâtre, c’est de réussir sa sortie. Notre président-acteur devrait le savoir. Cependant, je le crois trop immature, trop peu soucieux de sa marque dans l’histoire pour concevoir et exécuter une sortie dramatique, à la manière d’un De Gaulle.

      • CVT dit :

        @Descartes,

        [Cependant, je le crois trop immature, trop peu soucieux de sa marque dans l’histoire pour concevoir et exécuter une sortie dramatique, à la manière d’un De Gaulle.]

        Malheureusement, cela ne se passera pas en douceur. Si j’ai utilisé l’image du forcené de l’Elysée, c’est à dessein: le P’tit Cron, c’est vraiment Ubu Roi, champion des décisions absurdes et arbitraires depuis plus de huit ans, et grand adepte de la Pompe à Phynances, comme on a pu le remarquer dernièrement dans la très choquante affaire dite “des Pièces Jaunes”. Dans mon souvenir, Ubu a fini par être renversé et exilé, et je crois bien que c’est qui pend au nez de Foutriquet. De là à le voir s’enfuir comme le dernier roi des Français Louis-Philippe, déguisé en mamie dans un Paris insurgé de Février 1848, c’est peut-être exagéré, mais je pense qu’un évènement ultime  (bavure en Ukraine???) lui forcera la main. Il a désormais trop peu de soutiens ou de personnes à corrompre pour pouvoir se maintenir jusqu’à la fin de son mandat; ce qui augure de prises de décisions radicales et irréversibles dans les prochains mois, et ce pour nuire durablement aux Français et aux destinées de notre pays…

        • Descartes dit :

          @ CVT

          [Malheureusement, cela ne se passera pas en douceur. Si j’ai utilisé l’image du forcené de l’Elysée, c’est à dessein: le P’tit Cron, c’est vraiment Ubu Roi, champion des décisions absurdes et arbitraires depuis plus de huit ans, et grand adepte de la Pompe à Phynances, comme on a pu le remarquer dernièrement dans la très choquante affaire dite “des Pièces Jaunes”. Dans mon souvenir, Ubu a fini par être renversé et exilé, et je crois bien que c’est qui pend au nez de Foutriquet.]

          Je crains que vous ne péchiez par excès d’optimisme. Je pense que cela n’arrivera pas, pour deux raisons. La première est qu’il existe un corps social relativement important qui, en dépit de tout, continue à soutenir Macron, tout simplement parce que le macronisme correspond à ses intérêts. Et si ce corps social est relativement peu nombreux, il regroupe les gens qui ont le pouvoir économique. Pourquoi croyez-vous que le patronat et les milieux financiers, si prompts à dénoncer la « gabegie », n’aient jamais critiqué le président et ses politiques alors que le dérapage des finances publiques est sans précédent en temps de paix ? Pour une très simple raison : parce qu’ils sont les principaux bénéficiaires de la « gabegie » en question. Ubu peut-être, mais la Pompe à Phynances n’est pas perdue pour tout le monde.

          La seconde raison, c’est qu’aucune alternative crédible et susceptible de regrouper une large majorité de Français derrière elle n’apparaît à l’horizon. Le RN arrivera peut-être à gagner une élection, mais on voit bien que pour cela il lui faudra porter un message ambigu, « social-souverainiste » pour garder le vote des couches populaires, néolibéral pour séduire la droite traditionnelle. Un candidat de centre-gauche arrivera peut-être à battre le RN, mais pour cela il lui faudra lui aussi rester dans l’ambigüité. La société française est aujourd’hui trop fracturée pour qu’apparaisse une vague de fond comme celle de 1830.

          • Lhaa Francis dit :

            Bonnes fêtes, bonne année 2026 à tous, et bon courage.
            Il semble se confirmer que Trump ( je vous dis que ce mec est génial ) viendrait de faire enlever Maduro. Là, l’espèce humaine  est à la croisée des chemins : soit Trump fait enlever Macron, soir Macron fait enlever Poutine. Je trouve que tout ça fait un peu désordre.

  2. Ailany Luna dit :

    Cela nous rappelle avec force que les espaces de débat ne survivent pas par hasard, mais grâce à des efforts communs et au respect mutuel. Cet esprit est rare et précieux. Alors que nous réfléchissons aux grands changements politiques, la solidarité pratique est également importante sur le plan personnel. J’apprécie les outils quotidiens tels que [nom de site publicitaire effacé] qui aident les ménages à mieux gérer leur budget.

    • Descartes dit :

      @ Ailany Luna

      [Cela nous rappelle avec force que les espaces de débat ne survivent pas par hasard, mais grâce à des efforts communs et au respect mutuel. Cet esprit est rare et précieux. Alors que nous réfléchissons aux grands changements politiques, la solidarité pratique est également importante sur le plan personnel. J’apprécie les outils quotidiens tels que [nom de site publicitaire effacé] qui aident les ménages à mieux gérer leur budget.]

      Il faut quand même tirer son chapeau devant l’ingéniosité des publicitaires… et le remettre bien vite sur sa tête en pensant aux trésors de réflexion qui sont gâchés de cette manière. Ici, on commence par se raccrocher assez intelligemment au sujet de l’échange, pour finir par proposer un site qui en fait distribue des coupons de réduction pour faire vendre. La question que je me pose est la suivante: ce travail est-il fait par un acteur humain, on c’est encore une application de l’IA ?

  3. tmn dit :

    Bonjour,
    merci, meilleurs vœux à vous également, ainsi qu’à tous vos lecteurs et commentateurs. Une fois de plus merci pour votre blog !
     

  4. P2R dit :

    Cher Descartes, 
    je vous remercie pour vos vœux est vous adresse à la fois toute ma gratitude pour votre travail d’analyse et de pédagogie, et tous mes souhaits d’inspiration, de réussite, de santé et de bonheur pour l’année qui vient. 
    Comme vous, je souhaite, j’espère profondément qu’une proposition politique souverainiste mais surtout réaliste et éclairée se fasse jour dans le paysage politique en vue des élections presidentielles. Fusse-t’elle une candidature de témoignage, je ne pourrais plus remettre dans l’urne un bulletin pour ces partis fourre-tout qui dominent la scène. 
    De notre côté, simple lecteurs et parfois commentateurs (quand le temps de cerveau disponible nous le permet, tant la qualité de vos billets nous interdit de poster sans peser soigneusement  nos mots et nos idées), à nous de tenter de diffuser autour de nous, non pas la bonne parole, mais la bonne méthode, celle de l’analyse matérialiste dont vous démontrez ici article après article la force et là pertinence. Ce n’est pas chose aisée, mais je suis confiant. Le réel devient trop éloigné du discours dominant pour que l’illusion portée par « le cercle de la raison » conserve sa domination sur l’opinion. 
    2026 sera aussi l’année des municipales, et on sait que le Maire est par excellence le mandat du réel, de la responsabilité. Gageons que cette échéance saura nous porter collectivement dans le sens du réel, dans la distinction entre les vrais problèmes de notre société et les écrans de fumées et autres hommes de pailles derrière lesquels les politiciens nationaux se retranchent. 
    encore une fois, merci et tous les vœux !
     

    • Descartes dit :

      @ P2R

      [Comme vous, je souhaite, j’espère profondément qu’une proposition politique souverainiste mais surtout réaliste et éclairée se fasse jour dans le paysage politique en vue des élections présidentielles. Fusse-t-elle une candidature de témoignage, je ne pourrais plus remettre dans l’urne un bulletin pour ces partis fourre-tout qui dominent la scène.]

      Malheureusement, on en est là. Alors même qu’au niveau des couches populaires – et de l’électorat en général – se fait sentir une véritable déception vis-à-vis de l’idéologie libérale-libertaire et de la construction européenne, alors que cette déception s’accompagne d’une demande de retour à la nation et à une forme d’identité, les souverainistes peinent à se faire une place dans le discours public. Le problème est que le RN a capté ce mécontentement. Aujourd’hui, il est presque impossible de tenir un discours de cette nature tout en se distinguant de l’extrême droite.

      [De notre côté, simple lecteurs et parfois commentateurs (…), à nous de tenter de diffuser autour de nous, non pas la bonne parole, mais la bonne méthode, celle de l’analyse matérialiste dont vous démontrez ici article après article la force et là pertinence. Ce n’est pas chose aisée, mais je suis confiant. Le réel devient trop éloigné du discours dominant pour que l’illusion portée par « le cercle de la raison » conserve sa domination sur l’opinion.]

      L’échec de « l’ancien » est patent. Personne aujourd’hui ou presque ne croit que la construction européenne nous conduit à un avenir radieux. Même les défenseurs les plus intéressés ont changé leur discours : hier l’Europe était notre avenir désirable, maintenant elle est devenue un pis-aller, la moins mauvaise parmi les mauvaises solutions. Le problème est que le « nouveau » n’apparait pas, entre autres choses parce que la couche sociale qui a le monopole de l’idéologie n’y a aucun intérêt.

      Dans cette situation, je vous rejoins, l’essentiel c’est la méthode. C’est par la méthode qu’on peut clairement distinguer les vessies des lanternes, qu’on peut s’orienter dans la forêt des intérêts…

      [2026 sera aussi l’année des municipales, et on sait que le Maire est par excellence le mandat du réel, de la responsabilité.]

      Du réel, oui. De la responsabilité… c’est déjà moins sûr. La plupart des maires explique que tout ce qui marche c’est grâce à lui, et tout ce qui ne marche pas c’est la faute de l’Etat. Il n’y a qu’à voir comment cela se passe à Marseille. Si des immeubles s’effondrent, si la ville est sale, si les écoles tombent en ruine, cela n’a rien à voir avec la corruption, le clientélisme, l’incurie de la classe politique marseillaise. Non, c’est à l’Etat d’allonger la sauce… tout en laissant les élus locaux libres de la dépenser comme ils l’entendent. Ce n’est pas tout à fait mon idée de « responsabilité ». Ce tropisme est peut-être moins fort dans les villages, ou le maire et son action sont connus de tous. Mais dans les villes c’est un véritable fléau.

      [Gageons que cette échéance saura nous porter collectivement dans le sens du réel, dans la distinction entre les vrais problèmes de notre société et les écrans de fumées et autres hommes de pailles derrière lesquels les politiciens nationaux se retranchent.]

      Je crains, malheureusement, que ce soit plutôt l’occasion d’assister à un festival de démagogie et aux « combinazione » locales qui feraient pâlir Machiavel d’envie. L’affaire de la « sextape » de Saint-Etienne donne une petite idée de ce que peut être la politique municipale… au fond bien plus sale que la politique nationale. Un député, un ministre qui aurait trempé dans une affaire pareille aurait du démissionner ipso facto.

  5. Tythan dit :

    Cher Descartes, chers lecteurs et commentateurs de ce blogue, après vous avoir remercié pour cette année riches en débats, je vous présente mes meilleurs voeux pour 2026.

  6. Halgand dit :

    Beaucoup d’illusions ont été dissipées en 2025, dites-vous. Entièrement d’accord avec l’énumération que vous en avez faite. Mais il en est une qui demeure alors qu’elle me parait essentielle: la politique française est dictée ailleurs que dans l’hémicycle de l’A.N. Or, tant que nous n’aurons pas collectivement pris la mesures de cette réalité, nous seront condamnés à ne nous préoccuper que des conséquences et de leurs acteurs de seconds rôles. Un seul homme a décrit cette réalité et le moyen de sortir du bourbier en créant son parti, il y a près de vingt ans (UPR). Comme ce qu’il dit n’est pas compatible avec les intérêts des oligarques qui possèdent ou influencent tous nos médias, il est invisibilisé, comme tous ceux qui le soutiennent. La deuxième phase est de nous saturer de sondages qui ne visent qu’à nous faire considérer qu’il n’y aurait d’autres personnalités politiques que celles qui saturent les plateaux de TV. Il faut se rendre à l’évidence, la démocratie n’est plus, en France, depuis que Mitterrand a confié notre monnaie et nos lois au lobby des patrons (ERT) via l’UE. Visionner à ce sujet “Au nom de l’Europe” sur YouTube. Alors, selon moi, 2026 ne pourraient être meilleure que 2025 que si l’on parvenait vraiment et collectivement à s’émanciper enfin du narratif pro-europériste qui nous ligote et pousse à la guerre et à la misère du plus grand nombre de nos concitoyens. 

    • Descartes dit :

      @ Halgand

      [Beaucoup d’illusions ont été dissipées en 2025, dites-vous. Entièrement d’accord avec l’énumération que vous en avez faite. Mais il en est une qui demeure alors qu’elle me parait essentielle : la politique française est dictée ailleurs que dans l’hémicycle de l’A.N.]

      Je pense que même celle-là a du plomb dans l’aile. De ce point de vue, la manière dont Bruxelles a snobé la France dans la négociation des accords avec le Mercosur a bien montré aux gens l’état de faiblesse de notre pays.

      [Un seul homme a décrit cette réalité et le moyen de sortir du bourbier en créant son parti, il y a près de vingt ans (UPR).]

      Vous exagérez. D’autres hommes ont « décrit cette réalité » avant lui – je pense à Jean-Pierre Chevènement ou Philippe Séguin – et les « moyens de sortir du bourbier » qu’il propose sont peu réalistes – je pense notamment à l’utilisation de l’article 50 du TFUE, qui montre à mon avis une vision par trop juridique de la question. Mais le problème d’Asselineau est moins ce qu’il propose que les moyens qu’il se donne pour le réaliser. L’art de la politique consiste en rassembler des gens malgré leurs différences, et non de rechercher une pureté qui vous condamne à l’état groupusculaire. Et c’est exactement ce qui arrive à Asselineau, pour qui garder le contrôle absolu de son mouvement semble être plus important que d’établir des ponts avec d’autres.

      [Comme ce qu’il dit n’est pas compatible avec les intérêts des oligarques qui possèdent ou influencent tous nos médias, il est invisibilisé, comme tous ceux qui le soutiennent.]

      Le complot des médias est un argument qui permet de justifier beaucoup de choses. Et c’est pourquoi il faut l’examiner avec un minimum de prudence. Si Asselineau ne passe pas plus souvent dans les médias, je pense que c’est surtout parce qu’il est imbuvable. D’autres personnalités tout aussi opposés aux intérêts des oligarques – je pense à Henri Guaino, par exemple – ont une présence médiatique, parce qu’ils ont un discours intelligent, attractif, qu’ils analysent ce qui se passe dans l’actualité à l’aune de leurs idées. Asselineau se contente de répéter des slogans. Franchement, j’ai commencé une ou deux fois à regarder ses vidéos… je me suis toujours endormi avant la fin.

      [La deuxième phase est de nous saturer de sondages qui ne visent qu’à nous faire considérer qu’il n’y aurait d’autres personnalités politiques que celles qui saturent les plateaux de TV. Il faut se rendre à l’évidence, la démocratie n’est plus, en France, depuis que Mitterrand a confié notre monnaie et nos lois au lobby des patrons (ERT) via l’UE.]

      Mais justement, depuis que la télévision est devenue un bizness, la présence médiatique est liée à votre capacité à faire de l’audience. Mélenchon a très bien compris cela, et s’est imposé sur les plateaux TV par sa capacité de choquer, et donc de faire du buzz. On peut le regretter, mais pleurnicher dessus ne nous avance à rien : le monde est tel qu’il est, est c’est dans ce cadre-là qu’il faut faire de la politique. La « démocratie » dont vous parlez n’a jamais existé : avant Mitterrand, les journaux appartenaient déjà au capital, les journalistes communistes étaient interdits d’antenne, et sous la IVème les préfets recevaient des directives pour faire lacérer les affiches des candidats communistes.

      [Alors, selon moi, 2026 ne pourraient être meilleure que 2025 que si l’on parvenait vraiment et collectivement à s’émanciper enfin du narratif pro-europériste qui nous ligote et pousse à la guerre et à la misère du plus grand nombre de nos concitoyens.]

      « Il avait une idée. C’était une idée fixe. Et il se plaignait qu’elle n’avance pas ». En conditionnant tout à l’atteinte d’un seul objectif, on ne fait que décourager les gens, et ceux qui criaient « une seule solution, la révolution » sont restés groupusculaires. Il faut au contraire partir de la solution des petits problèmes, pour faire réfléchir à la manière dont ceux-ci s’articulent avec les grandes décisions. Comme disait mon secrétaire de cellule naguère, « il faut partir de ce que les gens ont dans la tête ». Si vous commencez à expliquer à Mme Michu, qui s’inquiète pour l’éducation de ses enfants, la sécurité dans son quartier et l’emploi de son mari que « 2026 ne pourraient être meilleure que 2025 que si l’on parvenait vraiment et collectivement à s’émanciper enfin du narratif pro-europériste », vous ne l’encouragez pas beaucoup à s’engager…

  7. Bob dit :

    @ Descartes et tous les lecteurs/commentateurs 
     
    Bonne et heureuse année 2026 !
     
    @ Descartes
     
    [on écoute son message du nouvel an non plus comme l’annonce des choses à venir, comme c’était le cas de ses prédécesseurs, mais dans l’esprit d’un psychiatre écoutant un malade]
     
    Pour ceux qui supportent encore de l’écouter (je suis, depuis le tout début, allergique à cet individu, question de caractère sans doute), je suis d’accord : c’est la pathologie qu’il faut convoquer.
     
    [si l’on veut couper véritablement l’herbe sous le pied du RN…. C’est à cela que j’encourage mes lecteurs à travailler.]
     
    Doit-on en conclure que vous êtes plutôt opposé à une victoire du RN à la prochaine élection présidentielle ?

    • Descartes dit :

      @ Bob

      [« si l’on veut couper véritablement l’herbe sous le pied du RN…. C’est à cela que j’encourage mes lecteurs à travailler. » Doit-on en conclure que vous êtes plutôt opposé à une victoire du RN à la prochaine élection présidentielle ?]

      Cela dépend de ce que vous appelez « opposé à une victoire du RN ». Il est clair que dans un monde idéal je voudrais la victoire d’un candidat souverainiste « républicain », attentif aux intérêts du monde du travail, attaché au développement industriel, scientifique et technique de notre pays, sensible à la préservation et à la transmission d’une identité française dynamique, partisan d’une gestion de la question migratoire par le biais du contrôle des flux et de l’assimilation.

      Le discours du RN rejoint un certain nombre de ces préoccupations, il s’y oppose à d’autres… sans qu’on puisse savoir ce qu’il ferait véritablement si demain il accédait au pouvoir. On ne peut donc pas dire que ce soit pour moi la solution idéale. Mais d’un autre côté, je ne suis pas de ceux qui considèrent que battre le RN par tous les moyens soit un objectif politique valable. Une victoire du RN poserait aux vrais progressistes des problèmes nouveaux, mais ne serait pas à mon avis la catastrophe apocalyptique que certains prédisent.

      Je voudrais, oui, que le RN soit battu. Mais qu’il soit battu par un projet alternatif qui aurait les caractéristiques que j’ai détaillé, et non par une alliance de la carpe et du lapin qui, une fois la victoire acquise, se placera dans la continuité de ce qui a été fait ces trente ou quarante dernières années. Si un tel projet ne se présente pas, la victoire d’un RN porté par un électorat populaire – dont il serait ensuite l’otage – serait peut-être un moindre mal.

      • Bob dit :

        @ Descartes
         
        [Cela dépend de ce que vous appelez « opposé à une victoire du RN »]
         
        Je voulais dire que vous verriez son succès d’un mauvais oeil. A vous lire, je comprends que vous le verriez d’un “demi” muavais oeil.
         
        [qu’il soit battu par un projet alternatif qui aurait les caractéristiques que j’ai détaillé]
         
        Je vous rejoins sur toutes vos “préoccupations”.
        Nous ne sommes pas dans un monde idéal, aucun parti ne peut présenter 100% des orientations que chacun d’entre nous souhaite. Dès lors, je vois mal pourquoi vous souhaitez la défaite du RN dans la mesure où son discours rejoint beaucoup de vos préoccupations, bien davantage que les autres discours.
        A environ 1 an et demi – au plus tard… – de l’échéance, ce “projet alternatif” n’existe pas. Le temps me semble bien trop court pour qu’un tel projet ait le temps de sortir de terre et de suffisamment sédimenter dans l’opinion pour convaincre une majorité et l’emporter.
         
        Sans vouloir être pessimiste en ce début d’année, je m’attriste de devoir perdre encore 1 an et attendre le départ de Macron pour que la France puisse se remettre en mouvement. Macron l’a d’ailleurs dit, il veut que 2026 soit utile ; l’année qui vient risque d’être bel et bien perdue. Pour me réconforter, je me dis que tout est relatif et que ce n’est pas si grave, Macron nous a déjà fait perdre 9 ans…   

        • Descartes dit :

          @ Bob

          [« Cela dépend de ce que vous appelez « opposé à une victoire du RN » » Je voulais dire que vous verriez son succès d’un mauvais oeil. A vous lire, je comprends que vous le verriez d’un “demi” mauvais œil.]

          Je ne le formulerais pas comme ça. Je ne peux pas dire que je déboucherais le Champagne – même pas une « demie » bouteille. Cela me désole qu’on soit dans une situation où un parti venu de l’extrême droite devienne le représentant des couches populaires, et une telle victoire ne sera donc pas pour moi un motif de joie, ou même de demie-joie. Mais d’un autre côté, je ne verrais pas dans une telle victoire une catastrophe apocalyptique, je ne songerais pas à émigrer ou à quitter la fonction publique pour autant. A catastrophe, si catastrophe il y a, a DEJA eu lieu. Elle a eu lieu lorsque les classes intermédiaires ont pris le pouvoir dans les partis politiques, à gauche comme à droite, et marginalisé l’électorat populaire. Tout le reste découle de cette catastrophe initiale.

          [Nous ne sommes pas dans un monde idéal, aucun parti ne peut présenter 100% des orientations que chacun d’entre nous souhaite. Dès lors, je vois mal pourquoi vous souhaitez la défaite du RN dans la mesure où son discours rejoint beaucoup de vos préoccupations, bien davantage que les autres discours.]

          A cela, deux réponses. La première, c’est que si le discours du RN « rejoint beaucoup de mes préoccupations » – et d’abord celle de voir les couches populaires politiquement représentées – il heurte frontalement certains principes et valeurs qui sont très importants pour moi. La seconde, c’est que quand bien même le DISCOURS du RN rejoint mes préoccupations, je ne suis pas persuadé que son ACTION ferait de même. Et les votes du RN pendant la discussion budgétaire ne m’ont pas vraiment rassuré sur ce point. Je trouve là un mélange entre la ligne « social-souverainiste » et des relents néolibéraux…

          Mais pour répondre complétement à votre interrogation, je « souhaite » la défaite du RN au même titre que je « souhaite » la défaite de LFI, la défaite du PS, la défaite des écologistes, la défaite des centristes, la défaite des macronistes, la défaite des LR. Je ne vois aucun parti – en dehors du PCF, pour des raisons qui sont moins politiques que sentimentales – dont je souhaite la victoire. Le problème, c’est qu’il faudra bien que l’un d’entre eux gouverne le pays. Et pour cela, je ne suis pas persuadé que le RN soit pire qu’un autre.

          [A environ 1 an et demi – au plus tard… – de l’échéance, ce “projet alternatif” n’existe pas. Le temps me semble bien trop court pour qu’un tel projet ait le temps de sortir de terre et de suffisamment sédimenter dans l’opinion pour convaincre une majorité et l’emporter.]

          On a vu des choses plus étranges… mais je vous accorde qu’on ne peut pas parier raisonnablement sur ce genre de miracle. C’est de toute façon le genre de projet qui ne peut surgir que d’une très grave crise, parce que aussi longtemps que la température de l’eau augmente lentement, la grenouille a toujours l’impression qu’elle réussira à s’adapter.

          [Sans vouloir être pessimiste en ce début d’année, je m’attriste de devoir perdre encore 1 an et attendre le départ de Macron pour que la France puisse se remettre en mouvement. Macron l’a d’ailleurs dit, il veut que 2026 soit utile ; l’année qui vient risque d’être bel et bien perdue.]

          Ce que Macron veut n’a guère de prise sur le réel aujourd’hui, pas plus qu’hier d’ailleurs, parce que Macron vénère l’idée mais méprise l’exécution. Or, la politique, comme la guerre, est un art tout d’exécution. Et si les « macron boys » foisonnaient d’idées de toutes sortes, l’exécution a souvent été minable. L’exemple le plus emblématique est celui de la réforme des retraites. Une idée excellente – celle de la retraite par points – a été gâchée par l’incapacité de l’exécutif d’aller au bout de son idée, d’en préciser clairement la mise en œuvre.

          Macron a bénéficié en 2017 d’une élection triomphale, il disposait d’une majorité massive et docile à l’Assemblée, d’un Sénat qui n’était pas foncièrement hostile. Il avait institutionnellement la possibilité de faire toutes sortes de choses, de démarrer des programmes, de réformer des institutions. Et lorsque l’on regarde rétrospectivement, on peut constater que finalement il n’a pas fait grand-chose. Son œuvre est surtout négative : suppression de l’ENA, extinction des grands corps de la fonction publique, fermeture de Fessenheim… Je pense que cette situation révèle une faiblesse intrinsèque de notre président : Macron est d’abord un acteur. Ce qui l’intéresse, c’est le verbe plutôt que l’action. S’il se donne l’image d’un président qui agit, la réalité est à l’opposé. Ce qui l’excite, c’est l’idée. La mise en œuvre l’ennuie. Et comme on est dans la logique égo-politique, les faiblesses de l’homme deviennent les faiblesses de son mouvement.

          • Bob dit :

            @ Descartes
             
            [Son œuvre est surtout négative : suppression de l’ENA, extinction des grands corps de la fonction publique, fermeture de Fessenheim…]
             
            Tout à fait. Macron laissera la trace de quelqu’un qui n’a rien construit mais qui a beaucoup cassé.

          • Lhaa Francis dit :

                 Les classes intermédiaires ont pris le pouvoir dans les partis politiques et marginalisé l’électorat populaire ? Le congrès d’Epinay a été le 18 brumaire des NOUVELLES  classes moyennes qui ont  ”  poussé mémé ( la vieille SFIO qui était dans les choux ) dans les bégonias  ” . Et le 10 mai 81 ( ou plutôt le 26 avril 81 )  ”  découle de cette catastrophe initiale ” ?  Ce qui avait l’air d’être le Sacre de ( l’Empereur ) a été en réalité le bal des faux culs ( les classes intermédiaires ) qui ont fini cocus.

            • Descartes dit :

              @ Lhaa Francis

              [Les classes intermédiaires ont pris le pouvoir dans les partis politiques et marginalisé l’électorat populaire ? Le congrès d’Epinay a été le 18 brumaire des NOUVELLES classes moyennes qui ont ” poussé mémé ( la vieille SFIO qui était dans les choux ) dans les bégonias ” . Et le 10 mai 81 ( ou plutôt le 26 avril 81 ) ” découle de cette catastrophe initiale ” ?]

              Le processus ne commence pas avec le congrès d’Epinay, et ne concerne pas que le Parti socialiste. En fait, le processus s’amorce avec la fin de la croissance de rattrapage des « trente glorieuses », à la fin des années 1960. C’est-à-dire, au moment où les classes intermédiaires comprennent que l’expansion rapide des années de l’après-guerre est finie, et avec elle la possibilité d’améliorer le niveau de vie des couches populaires en même temps que celui des classes intermédiaires. Désormais, il s’agit de répartir un gâteau dont la taille n’augmente plus, ou alors très lentement. Les classes intermédiaires ne peuvent donc plus s’enrichir sans appauvrir les couches populaires, et cela suppose de les marginaliser politiquement, et de prendre la direction des affaires.

              Le congrès d’Epinay marque en effet la marginalisation des cadres « ouvriers » du PS par une nouvelle génération de cadres venus des classes intermédiaires. Mais au PCF aussi l’après-1968 marque l’entrée de nouveaux militants venus des classes intermédiaires et qui ne tarderont pas à contester « l’ouvriérisme » d’une direction fermement tenue par les cadres venus des couches populaires. Ce sont eux qui prendront progressivement le pouvoir, faisant pression sur un Marchais dont l’obsession était l’unité du Parti, puis s’installeront une fois Marchais parti. A cela s’ajoute le poids pris à gauche par les écologistes, parti qui n’a jamais recruté ailleurs que chez les classes moyennes…

              [Ce qui avait l’air d’être le Sacre de ( l’Empereur ) a été en réalité le bal des faux culs ( les classes intermédiaires ) qui ont fini cocus.]

              Je ne vois pas en quoi les classes intermédiaires auraient « fini cocus ». Au contraire, elles ont façonné le pays en fonction de leurs intérêts…

  8. Claustaire dit :

    Merci pour ces voeux, que je vous retourne volontiers,
    vous souhaitant santé physique, mentale et morale, et surtout politique (où je vous sens toujours un peu en déprime, certes fort légitimement, mais avec, visiblement, l’énergie nécessaire pour tenter de remonter une pente que vous prenez, à mon avis, hélas en descendant, tant votre souverainisme est plus de repli que d’expansion).
     
    Si je vous lis souvent (et commente rarement), ce n’est pas pour la satisfaction d’échanges réellement dialogiques (ceux où des logiques différentes ou complémentaires peuvent s’enrichir, ceux où l’on accepte et apprend à penser contre soi) mais plutôt pour vérifier la cohérence d’analyses ou plutôt de positions politiques où des gens qui se pensent de gauche et d’autres qui se savent de droite peuvent se reconnaître.
     
    La preuve de cette cohérence, c’est que le plus souvent, quel que soit le sujet abordé, on peut savoir quel réquisitoire vous construirez et à quelles conclusions vous aboutirez. Et donc le plaisir que l’on peut avoir de vous lire, c’est un peu celui de ne pas risquer d’être surpris à le faire, ni bonne ni mauvaise. Ainsi, votre blog serait un lieu où l’on doit viendrait surtout pour le plaisir de s’entendre parler. Plaisir que je vous souhaite durable ainsi qu’à vos nombreux fidèles.

    • Descartes dit :

      @ Claustaire

      [vous souhaitant santé physique, mentale et morale, et surtout politique (où je vous sens toujours un peu en déprime, certes fort légitimement, mais avec, visiblement, l’énergie nécessaire pour tenter de remonter une pente que vous prenez, à mon avis, hélas en descendant, tant votre souverainisme est plus de repli que d’expansion).]

      Je ne suis pas sûr de comprendre ce que vous entendez par là. Quel serait se « souverainisme d’expansion » qui s’opposerait au « souverainisme de repli » ?

      Sur la base de nos derniers échanges, je me demande si vous ne reprenez pas ici votre idée de « souverainisme européen », supposé constituer une « expansion » par rapport à un « souverainisme national » associé au repli. Le problème, c’est que vous n’allez pas jusqu’au bout du raisonnement. La souveraineté, rappelons-le, « réside essentiellement dans la nation ». Ce n’est pas là un simple slogan, mais une conclusion logique : seule une collectivité dont les membres sont liés par une forme de solidarité inconditionnelle et impersonnelle – et c’est là ce qui définit la nation – peuvent disposer collectivement du pouvoir souverain. L’accorder à une collectivité dont les membres ne sont pas liés par cette solidarité serait extraordinairement dangereux.

      Pour illustrer ce propos, imaginez une association où les décisions se prennent à la majorité. Dans une telle association, qu’est ce qui empêche un groupe majoritaire de prendre la vie et les biens du groupe minoritaire ? Rien, si ce n’est que les associations sont soumises à une loi extérieure, qui met des limites à ce que les dirigeants d’une association, même majoritaires, peuvent faire ou ne pas faire. Mais imaginons qu’une telle association soit « souveraine ». Dans ce cas, aucune loi extérieure ne met des limites à son action. Qu’est ce qui empêche alors la majorité d’imposer sa loi à la minorité ?

      La réponse est « la solidarité inconditionnelle ». Si les membres de l’association sont solidaires, alors ils se donneront des règles limitant le pouvoir de la majorité, précisément parce que la solidarité implique que chacun peut être demain dans la position de l’autre. Mais dans une association où cette solidarité n’existe pas, il n’y a pas de limitation possible autre qu’extérieure. Et c’est pourquoi il est dangereux d’accorder le pouvoir souverain à une collectivité autre que la nation.

      Parler de « souveraineté européenne » exige donc de parler de « nation européenne ». Et donc d’une solidarité inconditionnelle et impersonnelle entre européens. Or, cette solidarité n’existe de toute évidence pas. La crise grecque l’a montré dans une situation paroxystique, mais on peut trouver autant d’exemples qu’on veut.

      Le « souverainisme d’expansion » est une chimère. On ne peut faire de la « souveraineté » qu’à partir des nations. La question n’est pas « souveraineté nationale vs. souveraineté européene », mais « souveraineté nationale vs. aristocratie supranationale ».

      [Si je vous lis souvent (et commente rarement), ce n’est pas pour la satisfaction d’échanges réellement dialogiques (ceux où des logiques différentes ou complémentaires peuvent s’enrichir, ceux où l’on accepte et apprend à penser contre soi) mais plutôt pour vérifier la cohérence d’analyses ou plutôt de positions politiques où des gens qui se pensent de gauche et d’autres qui se savent de droite peuvent se reconnaître. (…)Et donc le plaisir que l’on peut avoir de vous lire, c’est un peu celui de ne pas risquer d’être surpris à le faire, ni bonne ni mauvaise. Ainsi, votre blog serait un lieu où l’on doit viendrait surtout pour le plaisir de s’entendre parler.]

      Ne prenez pas votre cas pour une généralité. Si VOUS venez ici non pas dans une démarche dialogique mais pour « vérifier une cohérence », c’est VOTRE choix. Ce n’est pas nécessairement celui de beaucoup de commentateurs, qui font valoir leur point de vue fort différent du mien. C’est dans ce dialogue qu’apparaît la véritable démarche « dialogique ». Vous prenez peut-être plaisir à vous entendre parler, mais projeter cette position sur l’ensemble des gens qui viennent sur ce blog me paraît pour le moins abusif.

  9. Sami dit :

    Une bonne année, meilleurs vœux, et longue vie à ce blog.
    L’actualité, c’est normal, concerne plus directement les gens, et on le voit bien au nombre des interventions à ce propos, mais je pense que vous avez trouvé un bon compromis, entre les sujets “généraux”, et l’actualité immédiate. Un peu de tout, et vogue la galère ! Cela dit, nous vivons tout de même un moment historique, un énorme tsunami, une convulsion majeure, qui concerne tout et tout le monde. Notre monde est en train de changer en “direct live”, sous nos yeux, avec bien entendu l’effet d’accélération du au phénomène des réseaux sociaux (quoi qu’on en pense),  la vitesse de propagation de l’information, l’information elle-même, pour le pire et le meilleur, l’apparition d’artefacts totalement hors normes (Trump au niveau mondial !!! et même Macron pour France !..), etc. etc. Tout s’emballe, et il est difficile de passer à côté de ces changements majeurs qui concernent carrément la civilisation humaine à tous les étages (oui, je pense que la civilisation devient de plus en plus un phénomène mondial uniforme…). Il y a une énorme redistribution des cartes, impossible de ne pas avoir les yeux rivés sur ce grand “game” (restons jeunes ! 😀 ) en cours… Mais bon, de temps en temps un sujet plus général, plus en “profondeur”, c’est très bien et même nécessaire, pour regarder les choses d’un peu plus loin, souffler un peu et rétablir les choses dans leur perspective historique, tout ça… 
    Bref, continuez comme ça, perso ça me convient parfaitement. Et surtout, maintenir la bonne tenue des débats (c’est si rare !), quelles que soient les idées exprimées, tant que la cordialité et le respect sont de mise. On n’apprend et on ne progresse que dans l’échange et l’enrichissement intellectuel (et ça manque douloureusement, par les temps qui courent).
    Bon vent pour cette nouvelle année, qui s’annonce totalement palpitante, même si les brumes du désespoirs nous assaillent de partout ! 😀 

    • Descartes dit :

      @ Sami

      [Cela dit, nous vivons tout de même un moment historique, un énorme tsunami, une convulsion majeure, qui concerne tout et tout le monde. Notre monde est en train de changer en “direct live”, sous nos yeux, avec bien entendu l’effet d’accélération du au phénomène des réseaux sociaux (quoi qu’on en pense), la vitesse de propagation de l’information, l’information elle-même, pour le pire et le meilleur, l’apparition d’artefacts totalement hors normes (Trump au niveau mondial !!! et même Macron pour France !..), etc. etc.]

      Je nuancerais ce propos. Non, notre monde n’est pas « en train de changer ». Il a DEJA changé. Et les convulsions que nous pouvons observer sont la traduction à retardement de ce changement. Un peu comme la Révolution française fut la traduction institutionnelle de la prise du pouvoir préalable par la bourgeoisie. Le système issu de la victoire alliée de 1945 a disparu au début des années 1990, avec l’effacement de l’URSS. Mais notre classe politique a continué à vivre avec les mêmes catégories, un peu comme l’aristocratie sous Louis XVI essayait de ressusciter la « grandeur » louisquatorzienne.

      Ce que les Etats-Unis font maintenant, ils auraient pu le faire dès les années 1990. Ils en avaient la puissance, et personne n’aurait pu se mettre en travers de leur chemin. Mais les élites américaines, formées pendant la guerre froide et l’équilibre de la terreur, pensaient encore dans le cadre d’un monde disparu. Aujourd’hui, avec Trump, ces complexes ont disparu. Il n’y a rien pour contrebalancer la puissance américaine. Alors, pourquoi se gêner ?

      [Bref, continuez comme ça, perso ça me convient parfaitement. Et surtout, maintenir la bonne tenue des débats (c’est si rare !), quelles que soient les idées exprimées, tant que la cordialité et le respect sont de mise. On n’apprend et on ne progresse que dans l’échange et l’enrichissement intellectuel (et ça manque douloureusement, par les temps qui courent).]

      Merci. C’est exactement là mon objectif pour continuer ce blog.

  10. Claustaire dit :

    [“Le « souverainisme d’expansion » est une chimère. On ne peut faire de la « souveraineté » qu’à partir des nations. La question n’est pas « souveraineté nationale vs. souveraineté européenne », mais « souveraineté nationale vs. aristocratie supranationale ».”] , estimez-vous.
     
    Pourquoi ce qui fonctionne, d’ailleurs assez mal, question souveraineté nationale fonctionnerait-il moins mal à un autre niveau ? La même “aristocratie supranationale” (l’Internationale du Fric) qui selon vous nous menacerait particulièrement de l’étranger n’est-elle pas déjà tout autant au pouvoir en France même ? Et n’y a-t-il pas quelque logique à penser que par leur union quasi constitutionnelle des pays alliés (dont les peuples outre leurs cartes d’identité nationale bénéficient aussi d’un passeport européen) pourront plus efficacement lutter unis que divisés contre l’emprise du Fric international ou d’autres néo-impérialismes trumpiens ou poutiniens ? D’ailleurs si vous rappelez à juste titre l’erreur, la faute commise à l’encontre de la Grèce surendettée par l’UE, c’est bien que vous avez intégré la notion e la nécessité de solidarité financière inter-européenne, laquelle, ces dernières années, nous a plus d’une fois sortis de diverses ornières financières.
     
    On sait que la Nation française est née (avec le temps puis adhésion) par expansions successives du royaume de France, à partir de “nations” ou féodalités diverses.
     
    On voit très bien comment la CECA, puis la CEE devenue UE a peu à peu été rejointe par des nations diverses (dont cela a davantage été le choix que ne le fut jadis le rattachement -parfois par conquête-  à la Nation française de Comté, Duchés ou autres Provinces).
     
    La notion de “solidarité inconditionnelle” (non entre concitoyens ici, mais cette fois entre peuples et nations) est bien ce qui structure les associations défensives comme naguère l’OTAN (jusqu’à Trump, le chien fou dans un jeu de quilles mondiales) et aujourd’hui l’UE. Solidarité inconditionnelle entre Européens dont l’affirmation est peut-être ce qui met encore, pour le moment,  certains pays des marches orientales ou septentrionales de l’UE à l’abri d’agressions impérialistes diverses (des USA sur le Danemark via le Groenland, ou de la Russie Éternelle sur son prétendu ex-empire russophone).
     
    Cette solidarité inconditionnelle entre pays de l’UE repose bien entendu, faut-il le rappeler, sur le respect des contrats la constituant et contraignant tout pays ayant intégré cette Association (une association / Gesellschaft est toujours contractuelle à la différence d’une communauté / Gemeinschaft qui peut reposer sur des identifications préalables moins politiques qu’identitaires ou ethno-historiques). Mais il n’est pas impossible qu’une association (contractuelle) finisse par faire communauté (de vécu ou de destin) avec le temps. Ce qui est d’ailleurs arrivé à l’espace géo-historique européen grâce à l’Empire romain, puis aux empires romains d’occident et d’orient à mesure que s’y répandait le monothéisme chrétien, puis, plus tard, lorsque l’Europe historique s’est peu à peu au cours des siècles unie en résistance à l’Islam, et encore au cours de ce dernier siècle en résistance à l’impérialisme soviétique, avant de devoir, dorénavant, renforcer son union face au néoimpérialisme MAGA.
     
    Pour ma part, Lorrain de naissance et d’enfance, Alsacien par choix professionnel, Français un peu multilingue, ayant beaucoup voyagé dans les pays européens voisins, je suis, tant par l’histoire de notre continent que par mon propre vécu très conscient sensiblement, politiquement et culturellement de l’existence d’une identité européenne et d’un destin européen à assumer, vivre, préserver et renforcer.

    A mon avis, les principaux reproches que l’on peut faire à l’UE ou déceptions qu’elle peut inspirer  viennent d’un manque d’UE et non d’un excès d’UE. Ce qui ne m’empêche pas d’être conscient qu’il n’est pas facile de structurer politiquement cette unité en la préservant à la fois d’une possible dictature de la majorité dont mon pays pourrait être menacé et d’une inconsistance globale ménageant trop chaque pays et interdisant toute dynamique unitaire qui en ferait la force. Mais c’est un peu le problème que nous avons au sein même de chacun de nos pays : comment, pour ma part, envisager sereinement de vivre dans une France dont la majorité politique reviendrait à des partis autoritaires prônant un ethno-nationalisme xénophobe et agressif ? Seul le respect d’une Constitution garante des droits des minorités et des libertés fondamentales propres à une démocratie peut encourager ou maintenir la solidarité inconditionnelle entre concitoyens. C’est cette Constitution qui manque encore symboliquement à l’UE (merci aux nonistes de 2005, dont pourtant je fus, dans ma volonté de dénoncer sa dérive néolibérale), même si, dans les faits, bien des règlement de base constituent déjà ces EUE ( Etats Unis d’Europe) qui restent moins à dénoncer qu’à faire vivre ensemble, inconditionnellement.
     

    • Descartes dit :

      @ Claustaire

      [Pourquoi ce qui fonctionne, d’ailleurs assez mal, question souveraineté nationale fonctionnerait-il moins mal à un autre niveau ?]

      J’ai l’impression que vous avez mal formulé votre question. J’imagine que vous avez voulu écrire « Pourquoi ce qui fonctionne, d’ailleurs assez mal, question souveraineté nationale fonctionnerait-il moins BIEN à un autre niveau ? » Parce qu’autrement, vous apportez de l’eau à mon moulin.

      Je ne vois pas très bien de quoi vous parlez. La « souveraineté nationale » n’a pas si mal marché. C’est plutôt tout le contraire. C’est dans ce contexte que la France s’est construite, qu’elle s’est couverte d’infrastructures et de monuments que le monde nous envie, qu’elle s’est dotée d’institutions fortes, qu’elle a développé les arts et les sciences. Et c’est quand on a commencé à céder les instruments de la souveraineté, qu’on a renoncé à l’exercer pleinement, que les choses se sont gâtées…

      [La même “aristocratie supranationale” (l’Internationale du Fric) qui selon vous nous menacerait particulièrement de l’étranger n’est-elle pas déjà tout autant au pouvoir en France même ?]

      Pas au même point. En France, cette « aristocratie » voit son pouvoir limité par des institutions puissantes, dont le résultat du suffrage universel. Au niveau européen, elle peut tout à fait s’en dispenser.

      [Et n’y a-t-il pas quelque logique à penser que par leur union quasi constitutionnelle des pays alliés (dont les peuples outre leurs cartes d’identité nationale bénéficient aussi d’un passeport européen) (…)]

      Objection, votre honneur. Les citoyens des pays de l’UE ne bénéficient pas d’un « passeport européen ». Ils bénéficient d’un passeport NATIONAL qui porte la mention « Union européenne ». Et ce n’est pas du tout la même chose. Parce que s’il vous arrive une bricole à Kuala Lumpur ou à Buenos Aires, ce n’est pas le « consul européen » qui prendra soin de vous, ce n’est pas la Commission européenne qui fera pression pour vous arranger le coup, ce n’est pas Kaja Kallas qui ira négocier votre libération. C’est le consul représentant la NATION qui a émis vote passeport qui ira vous voir, c’est le gouvernement de la NATION en question qui fera les démarches. La mention « Union européenne » qui frappe les passeports est une simple publicité, elle n’entraine aucune conséquence pratique. La plus haute juridiction administrative de notre pays l’a d’ailleurs reconnu, en rejetant le recours contre la mention en question que le requérant assimilait à une privation de nationalité, interdite par les traités internationaux. Le Conseil d’Etat avait conclu que la mention en question était de nul effet sur l’état des personnes, et qu’elle était purement symbolique.

      [(…) pourront plus efficacement lutter unis que divisés contre l’emprise du Fric international ou d’autres néo-impérialismes trumpiens ou poutiniens ?]

      Non, on ne peut pas le penser. Parce que pour « lutter unis », il faudrait qu’ils se sentent liés par une solidarité inconditionnelle. Et ce n’est clairement pas le cas.

      [D’ailleurs si vous rappelez à juste titre l’erreur, la faute commise à l’encontre de la Grèce surendettée par l’UE, c’est bien que vous avez intégré la notion e la nécessité de solidarité financière inter-européenne, laquelle, ces dernières années, nous a plus d’une fois sortis de diverses ornières financières.]

      Pardon, mais je n’ai jamais parlé de « faute commise à l’encontre de la Grèce ». Pour qu’il y ait « faute », il aurait fallu qu’il y ait une obligation. Or, personne n’est dans l’affaire « obligé » à rien. Les Allemands ont défendu les intérêts de l’Allemagne, et c’est leur droit. C’est cela, la logique européenne. Alors, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. La question n’est pas de savoir si la solidarité financière est NECESSAIRE, mais si elle est POSSIBLE. Et non, ce n’est pas la « solidarité financière » qui nous a sorti de la moindre « ornière ».

      [On sait que la Nation française est née (avec le temps puis adhésion) par expansions successives du royaume de France, à partir de “nations” ou féodalités diverses.]

      Non. Le TERRITOIRE français est né de l’accrétion progressive de territoires autour du royaume de France. Mais la NATION est née par un processus bien plus complexe d’unification linguistique et culturelle, d’uniformisation des institutions, de guerres gagnées ou perdues ensemble, d’unification des élites culturelles et scientifiques autour du centre qu’était Paris. L’expansion ne suffit pas à faire une nation.

      [On voit très bien comment la CECA, puis la CEE devenue UE a peu à peu été rejointe par des nations diverses (dont cela a davantage été le choix que ne le fut jadis le rattachement -parfois par conquête- à la Nation française de Comté, Duchés ou autres Provinces).]

      L’ONU aussi, et je ne la vois pas devenir une nation.

      [La notion de “solidarité inconditionnelle” (non entre concitoyens ici, mais cette fois entre peuples et nations) est bien ce qui structure les associations défensives comme naguère l’OTAN (jusqu’à Trump, le chien fou dans un jeu de quilles mondiales) et aujourd’hui l’UE.]

      Je ne vois pas où est la « solidarité inconditionnelle » là-dedans. Le traité de l’Atlantique nord n’en fait pas mention, pour ne donner qu’un exemple. Contrairement à ce que les gens croient, le texte n’oblige nullement un état signataire à prêter assistance à un état attaqué. Je vous rappelle le texte, fort alambiqué, de l’article 5 du traité :

      « Les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et en conséquence elles conviennent que, si une telle attaque se produit, chacune d’elles, dans l’exercice du droit de légitime défense, individuelle ou collective, reconnu par l’article 51 de la Charte des Nations Unies, assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire, y compris l’emploi de la force armée, pour rétablir et assurer la sécurité dans la région de l’Atlantique Nord. »

      Lisez bien : le seul engagement pris est de prendre « telle action qu’elle jugera nécessaire » en soutien du pays attaqué. Pas très contraignant, vous ne trouvez pas ? Quand aux traités européens, l’idée d’une « solidarité inconditionnelle » ne figure même pas.

      Mais surtout, vous oubliez que la nation se construit autour de CITOYENS, et non de COMMUNAUTES. Quand bien même les traites européens instaureraient une « solidarité inconditionnelle » entre les Etats, cela n’impliquerait nullement une solidarité inconditionnelle entre les citoyens de ces Etats.

      [Solidarité inconditionnelle entre Européens dont l’affirmation est peut-être ce qui met encore, pour le moment, certains pays des marches orientales ou septentrionales de l’UE à l’abri d’agressions impérialistes diverses (des USA sur le Danemark via le Groenland, ou de la Russie Éternelle sur son prétendu ex-empire russophone).]

      Ah bon ? Vous croyez vraiment que si es USA n’annexent pas le Groenland, c’est parce qu’ils ont peur de la « solidarité inconditionnelle » entre Européens ? Je peux vous assurer qu’aucun pays européen ne lèvera le petit doigt pour défendre le Groenland danois. On n’a même pas osé riposter aux droits de douane imposés par Donald Trump avec des mesures de rétorsion économique. Vous imaginez des troupes européennes affrontant les Américains au Groenland ?

      [Cette solidarité inconditionnelle entre pays de l’UE repose bien entendu, faut-il le rappeler, sur le respect des contrats la constituant]

      Alors, elle n’est pas « inconditionnelle », puisqu’elle est « conditionnée » au respect d’on ne sait quel « contrat ». CQFD.

      Imaginons que demain il y ait un tremblement de terre en Corse. Il va de soi que la France enverrait les secours, qu’elle mettrait des fonds à disposition pour la reconstruction. Et qu’avant de les envoyer, elle ne regarderait pas si les Corses ont « respecté le contrat » ou s’ils ont bien voté. A l’inverse, les fonds européens sont si peu « inconditionnels » qu’on utilise la menace de les couper dès qu’un gouvernement qui n’a pas l’heur de plaire à Bruxelles est élu.

      [Mais il n’est pas impossible qu’une association (contractuelle) finisse par faire communauté (de vécu ou de destin) avec le temps.]

      Non, ce n’est pas impossible. Dans mille ans, il y aura peut-être une « nation européenne ». Mais hic et nunc, elle n’existe pas et n’existera pas dans un avenir prévisible. Agir comme si elle était là est donc peu rationnel.

      [Ce qui est d’ailleurs arrivé à l’espace géo-historique européen grâce à l’Empire romain, puis aux empires romains d’occident et d’orient à mesure que s’y répandait le monothéisme chrétien, puis, plus tard, lorsque l’Europe historique s’est peu à peu au cours des siècles unie en résistance à l’Islam, et encore au cours de ce dernier siècle en résistance à l’impérialisme soviétique, avant de devoir, dorénavant, renforcer son union face au néoimpérialisme MAGA.]

      Parler de « nation » dans le contexte de l’empire romain ou de l’Europe carolingienne est commettre le péché impardonnable d’anachronisme. Quant à « l’impérialisme soviétique » en Europe, c’est un fantasme. Après 1945, l’URSS s’est strictement tenue à la sphère d’influence qui lui avait été accordée à Yalta, et rien ne permet d’imaginer que les gouvernements soviétiques successifs aient envisagé la moindre expansion vers l’Ouest.

      [Pour ma part, Lorrain de naissance et d’enfance, Alsacien par choix professionnel, Français un peu multilingue, ayant beaucoup voyagé dans les pays européens voisins, je suis, tant par l’histoire de notre continent que par mon propre vécu très conscient sensiblement, politiquement et culturellement de l’existence d’une identité européenne et d’un destin européen à assumer, vivre, préserver et renforcer.]

      Ah bon ? Pourriez-vous décrire en quoi consiste cette « identité européenne » qui serait partagé par le paysan finlandais et l’intellectuel grec, par le Rom de Roumanie et l’ouvrier écossais ?

      [A mon avis, les principaux reproches que l’on peut faire à l’UE ou déceptions qu’elle peut inspirer viennent d’un manque d’UE et non d’un excès d’UE.]

      Pourriez vous illustrer ce lieu commun par quelques exemples ? Tiens, pouvez-vous citer une seule problématique ou « plus d’UE » aurait évité des « déceptions » ?

      [Ce qui ne m’empêche pas d’être conscient qu’il n’est pas facile de structurer politiquement cette unité en la préservant à la fois d’une possible dictature de la majorité dont mon pays pourrait être menacé et d’une inconsistance globale ménageant trop chaque pays et interdisant toute dynamique unitaire qui en ferait la force. Mais c’est un peu le problème que nous avons au sein même de chacun de nos pays : comment, pour ma part, envisager sereinement de vivre dans une France dont la majorité politique reviendrait à des partis autoritaires prônant un ethno-nationalisme xénophobe et agressif ? Seul le respect d’une Constitution garante des droits des minorités et des libertés fondamentales propres à une démocratie peut encourager ou maintenir la solidarité inconditionnelle entre concitoyens.]

      Vous mettez la charrue avant les bœufs. C’est parce qu’il existe une solidarité inconditionnelle qu’on arrive à faire ensemble – malgré nos différences – une constitution respectée par tous. C’est la solidarité inconditionnelle qui rend la décision à la majorité acceptable, parce qu’on sait que du fait même de cette solidarité on ne risque pas de voir la majorité abuser de son pouvoir sur la minorité. C’est cela que vous ne voulez pas comprendre : ce n’est pas parce que l’UE n’a pas de constitution que la solidarité inconditionnelle est impossible, c’est au contraire parce que la solidarité inconditionnelle n’est pas là qu’une Constitution est impossible.

      C’est pourquoi le problème que nous avons au niveau européen n’est pas le même que celui que nous avons dans chaque pays. Et vous le voyez bien : dans chaque pays européen, on s’accommode parfaitement de décisions à la majorité. Et quand la majorité donne le pouvoir à des partis de telle ou telle orientation, la minorité ne part pas s’installer ailleurs, parce que la « solidarité inconditionnelle » la protège des excès éventuels. Au niveau européen, la décision à la majorité aboutit au contraire au désastre, et on va le voir très rapidement avec l’accord avec le Mercosur. Un bon exemple qui montre l’inexistence d’une « solidarité inconditionnelle ». Les pays « nordiques » vont sacrifier allègrement l’agriculture française, et puis c’est tout.

  11. nissath2015 dit :

    [ Et vous le voyez bien : dans chaque pays européen, on s’accommode parfaitement de décisions à la majorité. ]
     
    Malgré l’annulation des élections en Roumanie et le viol du référendum de 2005. Vous maintenez les propos ?

    • Descartes dit :

      @ nissath2015

      [Malgré l’annulation des élections en Roumanie et le viol du référendum de 2005. Vous maintenez les propos ?]

      Tout à fait. Mais je n’ai peut-être pas été assez précis sur le “on”. Quand je dis que “on s’accommode des décisions à la majorité”, je pensais aux peuples et non aux élites dirigeantes. Si les élites roumaines ont – avec le soutien de Bruxelles – “rectifié” le résultat des élections, si les élites françaises se sont liguées pour contourner le résultat du référendum de 2005, ce n’est certainement pas en réponse à une demande populaire…

  12. Merci pour ce bilan lucide et exigeant, qui rappelle combien ce blog demeure un espace précieux de débat courtois et réfléchi.Meilleurs vœux pour 2026, avec l’espoir que cette clarté du regard continue d’alimenter échanges, esprit critique et fidélité des lecteurs.

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