Comment la fête de l’Humanité est devenue la fête de Mélenchon

Il fut un temps où j’étais un fidèle de la Fête de l’Humanité. J’ai vendu des vignettes, j’ai monté des stands, j’ai travaillé dans l’organisation – service de la distribution électrique – et j’ai même fait le service d’ordre, ce qui, je peux en témoigner, est une expérience. Je crois n’avoir manqué pas une seule édition jusqu’à la fin des années 1990, même lorsque je travaillais à l’étranger. Et puis, un jour, j’ai cessé d’y aller. La « mutation » avait commencé, et avec elle le dévoiement de ce qu’était cette grande fête populaire. L’Humanité avait cessé d’être « l’organe central du parti communiste français » pour devenir un journal « de gauche », et cela s’est rapidement fait sentir. Finis les concerts de musique classique, finies les expositions de peinture qui ouvraient les yeux et les oreilles à des gens qui n’ont pas l’habitude de fréquenter les salles de concert ou les musées. Du point de vue de son contenu culturel, la Fête ne se distingue guère aujourd’hui de n’importe quel festival vaguement « de gauche ». Fini aussi ce mouvement de fraternité qui donnait à des militants habitués à se mouvoir en milieu hostile deux jours de répit, entourés d’une foule bienveillante qui respectait leur travail. La fête s’est « ouverte à toutes les sensibilités », ouvrant ainsi un espace aux différents coucous politiques, qui profitent de l’occasion pour vendre leur camelote, y compris lorsqu’elle consiste à attaquer les positions prises par le PCF.

La Fête de 2026 fait un pas de plus dans la mauvaise direction. Maintenant, à côté du meeting « officiel » du PCF, chaque organisation invitée à la possibilité d’organiser des « meetings alternatifs ». Et pas seulement cela. Voici les paragraphes d’introduction des articles consacrés par le journal aux différents meetings :

Pour Fabien Roussel, le titre est sobre : « Présidentielle 2027 : ce qu’il faut retenir du meeting de Fabien Roussel ». Et le texte ne l’est pas moins : « Devant la grande scène Angela Davis de la Fête de l’Humanité, des milliers de personnes, militants communistes et membres du peuple de la Fête, des drapeaux rouges, et de l’enthousiasme à revendre. Fusent même des « Roussel président ! ». Le début de l’allocution de Fabien Roussel, entouré des membres du Conseil national du PCF, n’était pourtant pas consacré à l’élection présidentielle de 2027, à laquelle il est candidat, mais aux urgences du moment. « Jamais les Français n’ont vécu un été ou entamé une rentrée, avec autant de douleurs, autant de peine, autant de difficultés. D’abord cet été avec 8 000 morts à cause de la canicule en France. 8 000 vies humaines », a déploré le secrétaire national du PCF…»

Pour Marine Tondelier, c’est encore plus factuel: « Présidentielle 2027 : Marine Tondelier prêche l’union à gauche et refuse d’« appuyer sur la détente ». Et voici le début du texte : « À Brétigny-sur-Orge, Marine Tondelier est venue porter un message : l’union. « Je souhaite que l’on se projette sur la prochaine Fête de l’Humanité. Il y a deux solutions. Elle peut être celle de la victoire où les ministres qui viennent sont félicités pour leurs cent premiers jours qui ont changé la vie des Français. C’est pour cela qu’on va se battre », a déclaré la secrétaire nationale des Écologistes au début de son meeting,… »

Pour François Ruffin, le texte est négatif : « Présidentielle 2027 : François Ruffin tacle le « plafond de béton » de Jean-Luc Mélenchon. ». Et l’introduction ne l’est pas moins : « L’ambiance est morose au stand de Debout ! à la Fête de l’Humanité. « Grave », précise Sophie Taillé-Polian en introduction du meeting de François Ruffin, samedi en début d’après-midi. Au sortir d’un été de catastrophes, le candidat « du travail » a tout de suite voulu embrayer sur ce « temps de faillite des élites » qui échouent à « protéger les gens ». »

Le ton est tout différent pour Jean-Luc Mélenchon : « Nous sommes prêts à gouverner » : à la Fête de l’Humanité, Jean-Luc Mélenchon galvanise ses troupes et se projette au pouvoir ». Et le texte à l’avenant : « Ils débordent du stand dans les travées de la Fête de l’Humanité. Ce samedi 12 septembre, ils sont venus nombreux pour écouter le discours de Jean-Luc Mélenchon, le candidat déjà déclaré à l’élection présidentielle pour le mouvement qu’il a fondé. Des jeunes, la plupart, brandissant des drapeaux insoumis ou affirmant leur appartenance à LFI en endossant le maillot de foot siglé d’un « Mélenchon 27 ». Les places sont chères et rares vu l’affluence. Une bonne partie du public, chauffé à blanc, devra se contenter de l’entendre via les haut-parleurs et le regarder sur l’écran (…) »

Maintenant, la devinette. Quel est le candidat que la rédaction de « l’Humanité » a choisi de soutenir ? Pas la peine d’avoir une grande culture journalistique pour comprendre de quel côté le cœur balance. Et ce ne devrait être une surprise pour personne. Le fait que le journal l’Humanité est devenu le refuge de ce qui reste des « mutants », que le journal cherche à saboter la ligne de « candidature indépendante » de Fabien Roussel, ce n’est un secret pour quiconque connaît un peu le marigot. Le pire, c’est que le journal ne vit que grâce à la mobilisation de militants qui ont voté pour une candidature indépendante, et qui demain feront, « l’Humanité » à la main, la campagne d’un candidat que le journal ne soutiendra que du bout des lèvres.

Je suis bien content de ne pas être allé à la Fête, parce que je suis persuadé que je me serais énervé. Que des gens se baladent dans une manifestation qui n’existe que par la mobilisation des militants communistes en exhibant leur t-shirt « Mélenchon 2027 », c’est inacceptable. La diversité des opinions ? Oui, mais dans le respect de chacun. Quand on va chez les gens, on ne leur crache pas à la gueule, et si on le fait, on se fait éconduire. Si je vais visiter Notre-Dame, je ne mets pas un t-shirt « fuck les curés ». Si je visite la Grande Mosquée, je ne porte pas une côte de porc en bandoulière. Il ne s’agit pas de mettre ses idées dans sa poche, mais de s’abstenir d’une provocation. A la Fête, il est parfaitement légitime de défendre la candidature de Mélenchon dans un débat, de chercher à convaincre dans un échange. Mais le fait de la porter sur un t-shirt ne changera les convictions de personne. Ce n’est qu’une provocation, une manière de montrer qu’on occupe le terrain, notamment devant les caméras. Un tel comportement n’aurait pas été toléré il y a quelques années, et le fait qu’elle le soit aujourd’hui ne fait que montrer le délitement du PCF.

En 2026, la Fête est en pratique devenue un évènement de promotion de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Cela s’annonce bien mal pour la campagne de Fabien Roussel, qui après avoir été soutenu par une majorité de militants au congrès d’abord, lors du vote de sa candidature ensuite, semble incapable de maintenir l’ordre dans son poulailler, de discipliner les anciens huistes et les sous-marins « insoumis » enkystés dans l’appareil. « Protégez-moi de mes amis, de mes ennemis je m’en charge » dit la sagesse populaire. Fabien Roussel et son équipe feraient bien d’y réfléchir.

Mais je me serais énervé je le pense à la Fête pour une raison bien plus fondamentale. Il faut écouter avec attention les discours des uns et des autres pour constater combien ils sont à côté de la plaque. Le débat public s’est dégradé au point qu’on peut prendre le micro pour dire n’importe quoi, et le public applaudit sans se poser la moindre question sur ce qui a été dit. Je ne parle pas de savoir si ce qui est dit est possible ou souhaitable, mais plus banalement si ce qui a été dit a un sens, si cela a une cohérence minimale.

Je dois d’ailleurs dire que, quelle que soit l’estime personnelle que j’ai pour Roussel, son discours était franchement d’une nullité affligeante. Il aurait été mauvais s’il venait d’un secrétaire national du PCF, il l’était plus encore venant d’un candidat à la présidence de la République. Je me demande ce qui lui a pris de jouer à fond la carte misérabiliste et populiste. Que Patrick Pouyanné gagne dix millions d’euros par an, c’est certainement scandaleux, mais ce n’est pas en lui enlevant son salaire qu’on changera quelque chose au sort des français. Et plus profondément, si l’on veut s’attaquer aux salaires démesurés, il faudrait peut-être commencer par un Killian Mbappé, dont les émoluments sont trois fois supérieurs à ceux de Pouyanné, pour un travail nettement moins utile. Pourquoi s’attaquer à l’un et pas à l’autre ? En quoi le fait de courir derrière un ballon pour le mettre dans un filet serait socialement plus utile que de diriger une entreprise qui emploie des dizaines de milliers de travailleurs et contribue à fournir un service essentiel ? Roussel propose de nationaliser Total. Pourquoi pas. Mais certainement pas en faisant le parallèle avec Renault, dont la nationalisation-sanction était liée à sa politique de collaboration avec l’occupant. On peut difficilement reprocher à Total pareille attitude, au contraire : quels que soient les griefs qu’on puisse faire à Total, c’est l’une des rares multinationales françaises qui ait fait preuve d’un certain patriotisme – intéressé certes, mais patriotisme enfin. Quant à son appel à faire repartir un mouvement du type « gilets jaunes », il est indigne d’un dirigeant communiste. D’une part, parce que faire la confusion entre « faire la révolution » et « occuper les lieux de pouvoir » revient à tourner le dos à toute vision matérialiste. Les véritables « lieux de pouvoir » sont les usines, les champs, les lieux où la valeur est produite. Occuper le siège de Total ou l’Elysée ne change rien de fondamental. Et d’autre part, parce que si l’on peut tirer une leçon du mouvement des « gilets jaunes », c’est que ce type de mouvement « expressif » peut certes ébranler les institutions, mais n’a pas de véritable débouché politique, parce que la transformation du « je ne suis pas content » à « il faudrait faire ça » n’est en rien évidente, et nécessite justement une idéologie capable de donner un sens au mécontentement, un sens qui aille plus loin du simple « révoltez-vous et on verra après ».

Bien sûr, les autres ne font pas mieux. Mélenchon et son appel à utiliser l’article 16 de la Constitution – vous savez, celui qui était pour « la gauche » la preuve que la Vème République n’était qu’une dictature déguisée – pour faire face à la crise écologique ou à la montée du prix des carburants, ce n’est pas mieux. Ce n’est pas d’ailleurs la première fois que Mélenchon joue ce gambit, qui consiste à citer un texte normatif en détournant le sens pour faire croire qu’il a bien étudié la question. Il avait déjà fait le coup avec l’article 411-6 du code pénal. Quant à Tondelier, on se demande si elle n’a pas poussé un peu trop sur certains champignons, dont la consommation est fortement déconseillée dans son état.

Ce règne du n’importe quoi, cette perte de contact avec le réel, est éminemment problématique. C’est triste à dire, mais à gauche, les dirigeants ne cherchent plus à élever les masses, à leur exposer un projet qui les conduise à dépasser le présent. Le discours n’a plus qu’un but, faire plaisir à l’audience, lui permettre de communier dans une sorte de bonheur de voir les méchants symboliquement punis et les gentils – dans lequel l’orateur inclut bien entendu son auditoire – tout aussi symboliquement récompensés. Les meetings sont devenus des moments de catharsis, des rassemblements où l’on rêve d’un monde idéal pour oublier le réel, un peu comme on rêvait de paradis à la messe. Ce n’est pas ça, la vraie politique. La vraie politique est mariée avec le mot “possible”.  

Descartes

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69 réponses à Comment la fête de l’Humanité est devenue la fête de Mélenchon

  1. COUVERT Jean-Louis dit :

    “et avec elle le dévoiement de ce qu’était cette grande fête populaire” cela vous surprend ? Je crains que le dévoiement ne soit une caractéristique de l’époque… Que ce soit en art (Notre Dame de Paris en comédie musicale ou le Vagin de la Reine) en festivité (la Fête de la Musique en Fête des casseurs) en sport (déclarations politiques de certains sportifs), en liberté d’expression (acceptée pour certains, mais pas pour d’autres), en éducation (culture “woke” à tous les étages), etc… Triste monde !

    • Descartes dit :

      @ COUVERT Jean-Louis

      [“et avec elle le dévoiement de ce qu’était cette grande fête populaire” cela vous surprend ? Je crains que le dévoiement ne soit une caractéristique de l’époque…]

      Je partage un peu votre sentiment. Je ne me souviens plus qui est l’auteur de la formule « les époques qui peuvent construisent, celles qui ne peuvent pas aménagent », mais je la trouve particulièrement pénétrante. Il nous a été donné de vivre une époque dont le dynamisme se manifeste dans la capacité de fabriquer massivement des objets chaque fois plus sophistiqués, mais dont la créativité dans le domaine artistique, intellectuel, institutionnel, est nulle ou presque. Le dynamisme chinois est incontestable, mais on ne voit pas à l’horizon un Kant, un Hegel, un Marx chinois. L’idéologie « woke » a beau dominer l’université, elle n’a pas produit des travaux théoriques qui changent notre conception du monde. Les physiciens ont mis en évidence récemment le boson de Higgs, mais la théorie qui prédisait son existence date des années 1960. Et on aurait du mal à trouver aujourd’hui dans notre beau pays un poète de la dimension d’un Aragon ou d’un Prévert…

      Et parce que nous ne sommes pas capables de créer, nous aménageons en détournant l’œuvre de nos ancêtres. On n’est pas capable d’écrire une œuvre de la dimension de « Carmen », alors on en change la fin pour en faire un happening féministe. Un peu comme les barbares ont réutilisé les édifices romains qu’ils n’étaient pas capables d’entretenir et encore moins de construire à neuf. Triste époque, comme vous dites…

  2. P2R dit :

    @ Descartes..
     
    Sans compter qu’à ce qu’on m’a dit, la foule a scandé “Roussel n’est pas un camarade” pendant le meeting de Mélenchon… La classe. Mais ça fait quelques années que c’est comme ça.
     
    Personnellement plus ça va plus je pense que je vais voter Retailleau. Le fait qu’il soit vendéen (un territoire où “produire” n’est pas un mot en l’air, avec une vrai culture de la petite et moyenne entreprise), attaché à la transmission et à la preservation de notre culture, le fait aussi que malgré tout, LR reste un parti qui a une emprise territoriale forte et un savoir faire exécutif, le fait qu’il ne se défile pas à l’idée de froisser les eurolâtres (cf sa proposition de révision constitutionnelle), me laisse à penser qu’il pencherais bien davantage du coté de la droite “souverainiste-productiviste” que du coté de celle de la mondialisation et des beaux quartiers…

    • Descartes dit :

      @ P2R

      [Sans compter qu’à ce qu’on m’a dit, la foule a scandé “Roussel n’est pas un camarade” pendant le meeting de Mélenchon… La classe. Mais ça fait quelques années que c’est comme ça.]

      Depuis que Robert Hue a fait de l’Humanité un journal « ouvert à tous », et du PCF un « parti outil » dont le but n’était plus de défendre une ligne, mais de permettre à chaque adhérent de faire avancer ses combats personnels, pour être précis.

      J’hésite à jeter la pierre à Roussel, parce qu’il fait un effort pour revenir aux fondamentaux, et qu’il travaille dans un réseau de contraintes absolument monstrueux, coincé entre un appareil terrorisé à l’idée de perdre ses positions et une fraction gauchiste héritée de la « mutation » qui n’entend pas céder la place. Je crains malheureusement que, pour ce qui concerne la tentative de Roussel et de son équipe, chez moi le pessimisme de la raison dépasse l’optimisme de la volonté.

      [Personnellement plus ça va plus je pense que je vais voter Retailleau. Le fait qu’il soit vendéen (un territoire où “produire” n’est pas un mot en l’air, avec une vrai culture de la petite et moyenne entreprise), attaché à la transmission et à la preservation de notre culture, le fait aussi que malgré tout, LR reste un parti qui a une emprise territoriale forte et un savoir faire exécutif, le fait qu’il ne se défile pas à l’idée de froisser les eurolâtres (cf sa proposition de révision constitutionnelle), me laisse à penser qu’il pencherais bien davantage du coté de la droite “souverainiste-productiviste” que du coté de celle de la mondialisation et des beaux quartiers…]

      A titre personnel, il n’est pas pire qu’un autre. Il tient un discours raisonnable, fait preuve d’une culture certaine. Il est clairement positionné sur le courant « souverainiste » de LR, comme vous l’indiquez. En matière culturelle c’est un conservateur, ce qui, compte tenu de ce que sont devenus les progressistes, n’est pas nécessairement un mal. Ce qui me gêne chez lui est son côté « petite France », sa vision néolibérale de l’économie. Mais là encore, il n’est pas le seul…

      • P2R dit :

        @ Descartes
         
        [Ce qui me gêne chez lui est son côté « petite France », sa vision néolibérale de l’économie. Mais là encore, il n’est pas le seul…]
         
        Je vois à peu près ce que vous voulez dire pour le coté “petite France”, mais sur la vision néolibérale, je mets un bémol. Il s’est par exemple clairement opposé au Mercosur, et à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Sa position sur la limitation de l’immigration de travail est aussi remarquable dans le panorama de droite, et le distingue par exemple d’un Edouard Philippe qui clame que nous ne pouvons pas nous passer d’une immigration de travail. D’ailleurs, l’existence d’une alternative libérale plus affirmée avec Lisnard est utile en ce qu’elle a poussé les LR à clarifier leur projet. Mine de rien les lignes se dessinent à droite, cet c’est plutôt positif pour le débat public. Quand tous les ex-juppéistes seront partis chez Philippe, que les ultralibéraux seront chez Lisnard et qu’on aura une ligne souverainiste incontestée à LR, au moins on aura une chance de commencer à revoir des débats d’idées où on fait autre chose que de noyer le poisson au nom d’une unité de façade à maintenir à tout prix.
         
        Bref, à suivre pour moi, d’autant qu’il y a une petite equipe autour de lui que je trouve assez intéressante (Aubert, Barouin, Bellamy entre autres).
         
         
         
         

        • Descartes dit :

          @ P2R

          [Je vois à peu près ce que vous voulez dire pour le coté “petite France”, mais sur la vision néolibérale, je mets un bémol. Il s’est par exemple clairement opposé au Mercosur, et à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE.]

          Oui, mais pour de mauvaises raisons – autrement dit, des raisons d’opportunité. Il le fait pour protéger ses électeurs de la concurrence, et non sur la base d’une doctrine claire. Mais je dois dire en sa faveur qu’il a appelé à voter « non » au TCE…

          [Bref, à suivre pour moi, d’autant qu’il y a une petite equipe autour de lui que je trouve assez intéressante (Aubert, Barouin, Bellamy entre autres).]

          Les gens qui l’entourent sont, il est vrai, ce qu’on trouve de mieux à LR. Et puis, quelqu’un qui est détesté par Wauquiez ne peut être tout à fait mauvais…

  3. Glarrious dit :

    [ Finie aussi ce mouvement de fraternité qui donnait à des militants habitués à se mouvoir en milieu hostile deux jours de répit, entourés d’une foule bienveillante qui respectait leur travail. La fête s’est « ouverte à toutes les sensibilités », ouvrant ainsi un espace aux différents coucous politiques, qui profitent de l’occasion pour vendre leur camelote, y compris lorsqu’elle consiste à attaquer les positions prises par le PCF.]
     
    Regardant cela d’un oeil extérieur je vous avoue que cette “fête” ressemble plus à un rassemblement de tous les marginaux du pays et déchets de la société (punk à chien, gauchiste, anar, bobo-écolo ou bourg en mal de sensation). J’avais même vu une vidéo où des groupuscules s’attaquaient à un stand !
    [Le pire, c’est que le journal ne vit que grâce à la mobilisation de militants qui ont voté pour une candidature indépendante, et qui demain feront, « l’Humanité » à la main, la campagne d’un candidat que le journal ne soutiendra que du bout des lèvres.]
     
    Là vous mentez ce torchon vit surtout des subventions du gouvernement directs et indirects avec 5,7 M euros. Sans ces deniers le journal ne vivrait pas. Comme une fille de joie ne vivrait pas sans sa clientèle. 
    [ Ce n’est pas d’ailleurs la première fois que Mélenchon joue ce gambit, qui consiste à citer un texte normatif en détournant le sens pour faire croire qu’il a bien étudié la question. Il avait déjà fait le coup avec l’article 411-6 du code pénal.]
     
    Dans quel contexte Mélenchon a invoqué l’article 411-6 du code pénal ?
     

    • Descartes dit :

      @ Glarrious

      [Regardant cela d’un œil extérieur je vous avoue que cette “fête” ressemble plus à un rassemblement de tous les marginaux du pays et déchets de la société (punk à chien, gauchiste, anar, bobo-écolo ou bourg en mal de sensation). J’avais même vu une vidéo où des groupuscules s’attaquaient à un stand !]

      Je suis d’accord. C’est Gosnat qui, parlant du PCF dans les années 1960, avait dit que « le PCF est un parti d’ordre, d’un ordre différent certes, mais un parti d’ordre ». Le PCF n’était pas à l’époque un espace anarchique, mais une contre-société avec ses contre-règles et ses contre-sanctions pour ceux qui ne les respectaient pas. A partir des années 1970 les attaques contre cette structure se sont multipliées dans le sillage de mai 1968. Pour les classes intermédiaires, qui ont massivement investi le Parti, tout cela était à jeter et le PCF se devait d’être un « espace de liberté » où chacun pourrait vivre son militantisme comme il l’entendait. La direction marchaisienne a cherché à endiguer ce mouvement avec de plus en plus de difficultés, et avec l’arrivée de Robert Hue et sa « mutation » toutes les digues ont sauté. On en est arrivé même à la conception du « Parti outil », un parti dont il suffisait de se proclamer membre pour l’être (la disposition est toujours dans l’article 3 des statuts : « Toute personne qui en exprime la volonté peut être adhérent·e du Parti communiste français ») et qui, loin de porter une ligne, permettait à chacun de « faire avancer ses propres projets ».

      Et dans un « espace de liberté » où chacun fait ce qu’il veut – puisqu’on s’interdit désormais de juger ou de sanctionner – toutes les dérives sont possibles. Y compris l’action violente de groupuscules qui prétendent avoir la vérité et l’imposer.

      [« Le pire, c’est que le journal ne vit que grâce à la mobilisation de militants qui ont voté pour une candidature indépendante, et qui demain feront, « l’Humanité » à la main, la campagne d’un candidat que le journal ne soutiendra que du bout des lèvres. » Là vous mentez (…)]

      Je ne vous permets pas. Que ce que je dis soit faux, c’est possible. Mais m’accuser de « mensonge » supposerait une volonté de tromper en tenant volontairement un discours que je sais faux. C’est là une accusation grave. Je vous demanderais donc d’indiquer sur quel élément vous fondez vous pour la proférer, ou bien de présenter formellement des excuses.

      [ce torchon vit surtout des subventions du gouvernement directs et indirects avec 5,7 M euros. Sans ces deniers le journal ne vivrait pas. Comme une fille de joie ne vivrait pas sans sa clientèle.]

      Vous êtes injuste. D’abord, la subvention versée à l’Humanité ne lui est pas versé intuitu personae, mais fait partie d’un dispositif légal destiné à maintenir une presse d’opinion, et qui bénéficie à tout journal ne pouvant pas compter sur des ressources publicitaires importantes. Dire que l’Humanité « vit des subventions du GOUVERNEMENT » est donc faux. Il s’agit de subventions versées par l’Etat dans le cadre d’une politique publique, et non d’un choix « gouvernemental ». Vous noterez que l’ensemble des journaux bénéficie d’aides de différentes natures. Ainsi, par exemple, la TVA sur les travaux d’impression de la presse quotidienne est de 10%, et celle sur la vente des journaux de 2,1%. C’est là une aide considérable… diriez-vous que Le Figaro ou le Journal du Dimanche « vivent des subventions du gouvernement » ?

      J’ajoute que le budget de l’Humanité est de 17 M€. Les subventions ne couvrent donc qu’un tiers de cette somme… d’où viennent les autres deux tiers, à votre avis ?
      [« Ce n’est pas d’ailleurs la première fois que Mélenchon joue ce gambit, qui consiste à citer un texte normatif en détournant le sens pour faire croire qu’il a bien étudié la question. Il avait déjà fait le coup avec l’article 411-6 du code pénal. » Dans quel contexte Mélenchon a invoqué l’article 411-6 du code pénal ?]

      Il prétendait je crois amener Macron aux tribunaux au motif qu’il aurait, en vendant Alstom, porté atteinte au potentiel de défense de la nation. C’était ridicule, mais entre les gens qui ne connaissent pas le droit ça donne l’impression qu’on est sérieux.

      • Glarrious dit :

        [ Je vous demanderais donc d’indiquer sur quel élément vous fondez vous pour la proférer, ou bien de présenter formellement des excuses.]
        Vous appuyez le fait que “le journal ne vit QUE grâce à la mobilisation de ses militants” ce qui est factuellement faux. Les journaux sont en crises économiques et ne survivent que grâce aux subventions du gouvernement, pas besoin d’avoir fait bac+7 en école de commerce pour connaître la situation économique des journaux. Le contribuable – dont moi qui me trouve être obliger à payer ces journalopes – est contraint de verser de l’argent à ces torchons à cause de la loi.
        D’ailleurs dans le cas de l’Humanité, selon vous les subventions représentent un tiers de leur budget. Ce qui loin d’être négligeable. Diriez-vous que l’Humanité serait en vie sans les subventions ? 
         
        [C’est là une aide considérable… diriez-vous que Le Figaro ou le Journal du Dimanche « vivent des subventions du gouvernement » ?]
        Tout à fait, je rajouterai que ces derniers sont des hypocrites. Ils critiquent les dépenses publiques mais cela ne les gênent pas de toucher ces dépenses.
         
        [Vous êtes injuste. D’abord, la subvention versée à l’Humanité ne lui est pas versé intuitu personae, mais fait partie d’un dispositif légal destiné à maintenir une presse d’opinion, et qui bénéficie à tout journal ne pouvant pas compter sur des ressources publicitaires importantes.]
        Pourriez-vous indiquer les éléments qui vous permet de dire que les subventions ne sont pas versées “intuitu personae” ? Je conseille de vous intéresser à l’affaire CNC & Ultia . Dans cette affaire ces parasites se gavent comme des porcs en s’accordant des subventions entre eux selon leurs opinions. Se passerait-il la même chose pour les journaux ? 
        [Il prétendait je crois amener Macron aux tribunaux au motif qu’il aurait, en vendant Alstom, porté atteinte au potentiel de défense de la nation. C’était ridicule, mais entre les gens qui ne connaissent pas le droit ça donne l’impression qu’on est sérieux.]
         
        Si un gouvernement patriote arriverait pour pouvoir et jugerait sur l’affaire Alsthom sur quels articles du code pénal devrait-il juger les traîtres ?

        • Descartes dit :

          @ Glarrious

          [« Je vous demanderais donc d’indiquer sur quel élément vous fondez vous pour la proférer, ou bien de présenter formellement des excuses. » Vous appuyez le fait que “le journal ne vit QUE grâce à la mobilisation de ses militants” ce qui est factuellement faux.]

          « Faux » peut-être. Mais je vous rappelle que vous m’aviez accusé de « mentir », autrement dit, de proférer une affirmation que je saurais fausse avec l’intention de tromper mon auditoire. Je constate que vous n’apportez aucun élément à l’appui d’une telle accusation, et vous ne présentez aucune excuse.

          Comme vous le savez, j’attache une grande importance à ce que les échanges sur ce blog, même lorsqu’ils sont passionnés, restent dans les limites de la courtoisie. J’estime que vous avez manqué à celle-ci en m’accusant de mensonge sans aucune base factuelle.

          Dans ces conditions, je ne vois pas l’intérêt de prolonger le dialogue. Je ne vois aucun intérêt dans l’échange de noms d’oiseau.

          • Glarrious dit :

            [« Faux » peut-être. Mais je vous rappelle que vous m’aviez accusé de « mentir », autrement dit, de proférer une affirmation que je saurais fausse avec l’intention de tromper mon auditoire. Je constate que vous n’apportez aucun élément à l’appui d’une telle accusation, et vous ne présentez aucune excuse.
            Comme vous le savez, j’attache une grande importance à ce que les échanges sur ce blog, même lorsqu’ils sont passionnés, restent dans les limites de la courtoisie. J’estime que vous avez manqué à celle-ci en m’accusant de mensonge sans aucune base factuelle.
            Dans ces conditions, je ne vois pas l’intérêt de prolonger le dialogue. Je ne vois aucun intérêt dans l’échange de noms d’oiseau..]
             
            Si je vous ai offensé sur le fait que vous avez cherché à mentir les lecteurs alors je vous présente mes excuses.
             
             

            • Descartes dit :

              @ Glarrious

              [Si je vous ai offensé sur le fait que vous avez cherché à mentir les lecteurs alors je vous présente mes excuses.]

              Excuses acceptées.

  4. Sami dit :

    La politique en général va très très mal. C’est comme ça, c’est un moment de l’Histoire… Les masses sont désorientées, et ne trouvent nulle part où s’accrocher, on l’a bien vu (et le verra-t-on encore en Octobre ?) avec le mouvement des GJ. Livrés à eux-mêmes, sans un parti d’avant garde, minés par les gauchistes black-machins, leur mouvement s’est lamentablement effondré. Il a tout de même montré quelque chose : la grande trouille du système dominant (incarné actuellement par Macron et ses troupes de prédateurs sortis d’on ne sait quelles sombres écoles du commerce…) qui sait que sa position n’est pas aussi solide que ça, et qui n’a pas hésité à frapper durement le mouvement. 
     
    Le PCF a quasiment complètement abandonné sa raison d’être politique (faut chercher loin, pour trouver ce qu’il a de communiste). Franchement, Roussel, c’est une sorte de sous Marine Lepen (et dans ces cas-là, les gens préfèrent toujours l’original). Déplorable… La nature a horreur du vide, et oui, à la fête de l’Huma, dans le vide idéologique créé, Mélenchon et ses troupes se sont engouffrés, c’est de bonne guerre,  en ces temps de chaos politique tous azimuts. 
     
    Qu’on le veuille ou non, même si ce mouvement (LFI) est miné par une sacrée bonne dose de n’importe quoi, la FI est la seule formation qui a encore des relents de gauche palpables. C’est un fait. Oh, ce n’est pas la FI qui induira le Grand soir, loin de là ! Mais il suffit de voir l’intense et incroyable hystérie qui saisit tous les média à la seule évocation des ces 3 lettres, “LFI”, pour comprendre que ce mouvement, malgré ses énormes défauts (on en a déjà parlé, je les connais bien), reste tout de même hyper inquiétant pour la Droite (Droite allant de Faure à Lepen, en passant par Hollande, Glucksmann, Retailleau et Gabriel Attal…). LFI est loin d’être un merveilleux mouvement de gauche, un tant soit peu idéal, mais c’est tout ce qu’il y a dans les rayons.
    Le PS… incarnation de la trahison de classe.
    Tondelier, qui ne rêve que de guerroyer contre les Russes, avec même pas un tout petit réflexe de conservation qui lui rappellerait que dans une confrontation OTAN-Russie, si cette dernière se sent existentiellement acculée et elle le serait à coup sûr, l’affaire se terminera immanquablement et tout simplement, en Fin du monde. Faut-il être abruti à ce point, pour entrevoir une guerre avec la Russie en espérant que cela restera un truc conventionnel ! La Russie qui a fort à faire avec une Ukraine soutenue par l’OTAN, qui rêverait d’aller occuper la Pologne, l’Allemagne et la France ! Faut arrêter la fumette (vous le dites) ! Et Tondelier en est là… Misère du corps politique Français… 
     
    Le fameux Centre, Centre extrême, comme on l’appelle… N’en parlons pas ! Deux ex Premiers Ministres de Macron qui ont allègrement participé au désastre actuel, et qui viennent pérorer toute honte bue, devant des citoyens qui n’en peuvent plus, par le biais de médias militants et acquis.
     
    Le RN, normalement quasi assuré de gagner les prochaines élections (sauf grand retournement de situation, dont certains ont peut-être le secret…), le RN donc qui surfe sur un mécontentement généralisé en phase terminale, qui louvoie et qui ruse, à  tort ou à raison (voir sa position hyper ambiguë sur par exemple, le budget à voter, etc etc…), le RN donc qui va tout naturellement bénéficier de ce mécontentement (bravo, le PCF qui a laissé filer ses 20% d’électeurs vers l’extrême droite, à coup de trahisons et d’abandons), et qui, une fois au pouvoir, va assurément faire comprendre à un gros pourcentage de ses électeurs, à quel point ils se sont mis le doigt jusqu’au fond du slip (quand donc les masses comprendront-elles qu’il ne faut plus se “laisser trahir” ??? Grand mystère.)
     
    Et, et… et Retailleau ! j’avoue que j’en suis resté sur les fesses, à lire que vous lui trouviez un certain charme, un je ne sais quoi de subtimement intéressant… Ha la la… Le parti historique du Général est tombé très loin au fond du trou, et il creuse encore, à tel point que son chef actuel, c’est un sous politicien de sous préfecture, carrément d’extrême droite (à mon avis bien-dire que les Lepen), salement raciste (mais ça, tout le monde s’en fout maintenant, ça passe crème), pitre de foire, dont le discours sonne creux, etc etc. Ce qu’on appelle la “Droite républicaine”, est maintenant dirigée par des Wauquiez, des Retailleau et des Larcher… Le Général dont cette Droite est censé se prévaloir, doit se retourner comme une toupie dans sa tombe !
     
    Qu’est ce qu’on a encore dans les étagères ? Ah oui, le sombre et étrange Zemmour qui n’hésite pas à préférer que les anciens, les vieux, dans les EHPAD soient entourés par des robots plutôt que par des Arabes et des Noirs (il dit “musulmans”), qui dit ça à la télé, sans ne serait-ce qu’un tout petit mouvement nerveux ne fasse frémir les sourcils des journalistes présents… 
    etc etc…….
     
    Résumé de la situation : 
     
    LFI est bien loin de représenter le pire de ce sombre paysage même si truffée de défauts !!! 
     
    Le PCF et le PS ont intensément  trahi : le résultat est là. Hollande, Hue… que dire de telles engeances…
     
    Le RN aux portes du pouvoir, sous le regard attendri d’un système encore en place (patron, bourgeoisie, finances, Macron, etc) attendri et qui se frotte les mains : “tout, même le RN, plutôt qu’LFI).
     
    etc.
     
    J’en suis personnellement arrivé à penser que, devant un tel carnage politique, la “moins pire” des choses serait encore que le RN l’emporte. Au moins, avec lui, on a une vague chance que la confrontation avec les Russes s’éloigne. C’est toujours ça que les Prussiens n’auront pas, comme on dit ! Et puis, je me dis que le RN au pouvoir, ça sera aussi le réveil douloureux des masses encore trahies, qui finiront par comprendre que même leur vote protestataire est vain, avec le RN : ce dernier sera sans pitié, quant à la destruction du peu qui reste en matière de politique sociale globale. Le tout sur fond d’une Assemblée nationale sans majorité absolue, le tout sur fond de probables conflits sociaux majeurs… En espérant que de tout ce chaos, surgira enfin une Gauche digne de ce nom. Faudra ça, au moins, pour épurer les comptes !
     
    Et faudrait-il encore que “le système” ne nous sorte un joker par piqué des zanetons, comme cela a été fait en Roumanie par exemple.
     
     

    • Descartes dit :

      @ Sami

      [Les masses sont désorientées, et ne trouvent nulle part où s’accrocher, on l’a bien vu (et le verra-t-on encore en Octobre ?) avec le mouvement des GJ. Livrés à eux-mêmes, sans un parti d’avant garde, minés par les gauchistes black-machins, leur mouvement s’est lamentablement effondré.]

      Je ne parlerai pas « d’effondrement ». Simplement, on ne peut demander des pommes à un poirier. Le mouvement des GJ était un mouvement « expressif ». Il n’avait pas de revendication politique, il ne proposait pas un véritable projet, il exprimait à la fois une fatigue et une exigence. La fatigue devant un système politique qui apparaît à la fois sourd et impuissant, l’exigence que la politique s’occupe finalement des problèmes des gens. Mais un mouvement expressif, une fois qu’il s’est exprimé, n’a plus d’issue autre que l’épuisement. Il ne peut trouver un prolongement que s’il y a une organisation portant une idéologie qui permette de transformer l’expression en revendication. Et comme cette organisation n’existe pas, le mouvement s’est épuisé.

      [Il a tout de même montré quelque chose : la grande trouille du système dominant (incarné actuellement par Macron et ses troupes de prédateurs sortis d’on ne sait quelles sombres écoles du commerce…) qui sait que sa position n’est pas aussi solide que ça, et qui n’a pas hésité à frapper durement le mouvement.]

      Je confirme. La caste politique a vraiment eu peur. Et pas seulement celle qui est au gouvernement.

      [Le PCF a quasiment complètement abandonné sa raison d’être politique (faut chercher loin, pour trouver ce qu’il a de communiste). Franchement, Roussel, c’est une sorte de sous Marine Le Pen (et dans ces cas-là, les gens préfèrent toujours l’original).] Déplorable… La nature a horreur du vide, et oui, à la fête de l’Huma, dans le vide idéologique créé, Mélenchon et ses troupes se sont engouffrés, c’est de bonne guerre, en ces temps de chaos politique tous azimuts.]

      Je vous trouve bien sévère. Je suis plus positif sur les intentions de Roussel, même si je suis critique de ses actions. Roussel essaye de revenir aux fondamentaux. Oser affronter les courants gauchistes du PCF, essayer de revenir à une réflexion sur le réel en matière économique et sociale, revenir à un fonctionnement communiste dans le Parti, cela demande dans le contexte actuel beaucoup de courage. Est-ce que dans le rapport de forces tel qu’il est il peut se permettre de tenir un autre discours à la tribune ? Je suis mal placé pour en juger, n’ayant plus que des contacts sporadiques avec les dirigeants du PCF.

      Que le discours de Roussel se rapproche par certains points à celui de Marine Le Pen, ce n’est pas étonnant : Marine Le Pen a pu séduire l’électorat populaire laissé orphelin par le PCF en reprenant les drapeaux que ce dernier avait laissé tomber. Les relever aujourd’hui, c’est prendre le risque de l’amalgame. Ce n’est pas une raison pour y renoncer, au contraire. Mais il faut construire un discours pour expliquer le pourquoi de cette coïncidence, et c’est là où les choses se compliquent. Parce qu’il faut admettre devant les couches populaires qu’on les a laissé tomber…

      [Qu’on le veuille ou non, même si ce mouvement (LFI) est miné par une sacrée bonne dose de n’importe quoi, la FI est la seule formation qui a encore des relents de gauche palpables. C’est un fait.]

      Je me méfie de qui est présenté comme « fait » alors que ce n’est qu’une perception. Je ne sais pas ce que vous appelez « des relents de gauche palpables ». Au niveau du discours, on retrouve le discours « anti-riches » répété jusqu’à la nausée par les gauchistes. Mais j’ai envie de demander « et alors ? ». On entend ce discours dans la bouche des gauchistes depuis un demi-siècle, pour quel effet ? Dès que ces gauchistes sont arrivés aux affaires, ils ont viré leur cuti et voté « oui » à Maastricht – suivez mon regard.

      [Oh, ce n’est pas la FI qui induira le Grand soir, loin de là ! Mais il suffit de voir l’intense et incroyable hystérie qui saisit tous les médias à la seule évocation des ces 3 lettres, “LFI”, pour comprendre que ce mouvement, malgré ses énormes défauts (on en a déjà parlé, je les connais bien), reste tout de même hyper inquiétant pour la Droite (Droite allant de Faure à Lepen, en passant par Hollande, Glucksmann, Retailleau et Gabriel Attal…).]

      Vous savez, la peur qu’inspirent les trois lettres « LFI » n’est rien comparé à celle qu’inspire aux mêmes les deux lettres « RN ». Quelle conclusion tirez-vous ? Désolé, mais personnellement le fait qu’un mouvement fasse peur à la droite n’est pas pour moi un argument. Action Directe faisait peur à la droite, et il ne me viendrait pas à l’idée de les soutenir. Tout ce qui fait peur à la droite n’est pas forcément bon pour le pays.

      [LFI est loin d’être un merveilleux mouvement de gauche, un tant soit peu idéal, mais c’est tout ce qu’il y a dans les rayons.]

      Dans quel « rayon » ? Je vous avoue que j’ai beaucoup de mal à comprendre ce raisonnement. Je ne vote pas pour le « moins pire », et je ne vais certainement pas voter pour un gourou qui n’écoute personne, qui revendique le communautarisme, qui vomit la science, le nucléaire et l’industrie, qui monte dans le bateau des néoféministes et de toutes les idéologies « woke » tout en faisant de Mitterrand sa référence en politique, au motif qu’il serait « de gauche ». Je ne choisis pas mon vote en fonction de l’étiquette « de gauche » ou « de droite » du candidat.

      [Le PS… incarnation de la trahison de classe.]

      Et vous pensez pouvoir voter pour un homme qui fait de Mitterrand sa référence en politique ? Qui a fait campagne passionnément pour le traité de Maastricht ? Où s’arrête la « trahison de classe » ?

      [Le RN, normalement quasi assuré de gagner les prochaines élections (sauf grand retournement de situation, dont certains ont peut-être le secret…),]

      Voyez-vous, j’ai du mal à y croire. Marine Le Pen fera certainement la course en tête… mais je n’oublie jamais la formule gaullienne, « les Français aiment les révolutions mais détestent les changements ». Répondre à un sondeur c’est une chose, voter c’en est une autre, et placés devant l’urne beaucoup de Français qui détestent pourtant l’existant voteront pour le candidat du moindre risque, celui qui ne changera pas grande chose.

      [(…) le RN donc qui surfe sur un mécontentement généralisé en phase terminale, qui louvoie et qui ruse, à tort ou à raison (voir sa position hyper ambiguë sur par exemple, le budget à voter, etc etc…),]

      « On ne sort de l’ambigüité qu’à son détriment »…

      [le RN donc qui va tout naturellement bénéficier de ce mécontentement (bravo, le PCF qui a laissé filer ses 20% d’électeurs vers l’extrême droite, à coup de trahisons et d’abandons), et qui, une fois au pouvoir, va assurément faire comprendre à un gros pourcentage de ses électeurs, à quel point ils se sont mis le doigt jusqu’au fond du slip (quand donc les masses comprendront-elles qu’il ne faut plus se “laisser trahir” ??? Grand mystère.)]

      Vous voulez dire que le RN refera le coup que fit en son temps le maître en politique de Mélenchon ? Soyons sérieux. Si vous accordez le bénéfice du doute à un homme qui a participé avec enthousiasme à cette « trahison » – et qui ne l’a jamais reniée – pourquoi ne pas accorder le même bénéfice au RN ? Parce qu’il n’est pas « de gauche » ?

      [Et, et… et Retailleau ! j’avoue que j’en suis resté sur les fesses, à lire que vous lui trouviez un certain charme, un je ne sais quoi de subtilement intéressant…]

      Les qualités personnelles n’ont rien à voir avec le positionnement politique. Je ne partage idéologiquement pas grande chose avec Retailleau, mais je trouve qu’il s’exprime avec un certain charme, que c’est un homme cultivé, posé, capable de suivre un fil d’argumentation rationnel. Ce n’est pas un petit roquet comme Attal, né avec une cuiller d’or dans la bouche. Que voulez-vous. Un homme politique n’est pas seulement un discours politique, c’est aussi une personnalité. Et la personnalité dit beaucoup de la manière dont la personne affronterait une situation imprévue, une crise.

      [Ha la la… Le parti historique du Général est tombé très loin au fond du trou, et il creuse encore, à tel point que son chef actuel, c’est un sous politicien de sous préfecture, carrément d’extrême droite (à mon avis bien-dire que les Lepen), salement raciste (mais ça, tout le monde s’en fout maintenant, ça passe crème), pitre de foire, dont le discours sonne creux, etc etc.]

      Je suis curieux… sur quel élément factuel vous fondez-vous pour qualifier Retailleau de « salement raciste » ?

      [Qu’est ce qu’on a encore dans les étagères ? Ah oui, le sombre et étrange Zemmour (…)]

      Je note que vous oubliez quelques-uns des produits offerts dans les étagères. Roussel, par exemple. Ou Arthaud. Si les « relents de gauche » sont le guide de votre vote, ils sont certainement plus forts chez Arthaud que chez Mélenchon, non ?

      [Résumé de la situation : LFI est bien loin de représenter le pire de ce sombre paysage même si truffée de défauts !!! Le PCF et le PS ont intensément trahi : le résultat est là. Hollande, Hue… que dire de telles engeances…]

      Oui, enfin, Mélenchon a activement participé à la « trahison » du PS, du « tournant de la rigueur » à la ratification du traité de Maastricht. Pourquoi lui accordez-vous l’absolution sans confession ? Si ce n’est pas là une « trahison », je me demande ce que c’est. Est-ce que le fait de changer d’organisation vaut effacement du passé ?

      Je note aussi que vous effacez d’un revers de manche la candidature de Nathalie Arthaud. En quoi serait-elle moins digne de votre voix que Mélenchon ? Si la question est de choisir celui dont les « relents de gauche » sont les plus forts…

      [Et puis, je me dis que le RN au pouvoir, ça sera aussi le réveil douloureux des masses encore trahies, qui finiront par comprendre que même leur vote protestataire est vain, avec le RN : ce dernier sera sans pitié, quant à la destruction du peu qui reste en matière de politique sociale globale. Le tout sur fond d’une Assemblée nationale sans majorité absolue, le tout sur fond de probables conflits sociaux majeurs…]

      Si le RN arrive à la présidence sans majorité dans l’Assemblée, il sera difficile de montrer que le RN aura « trahi » les couches populaires, puisqu’il ne sera pas en mesure de mettre en œuvre sa politique. Au demeurant, je pense que le risque est limité : s’il se trouve une majorité pour amener Marine Le Pen au pouvoir, ce sera une majorité d’adhésion, et on voit mal ceux qui ont voté pour elle à la présidentielle voter contre les candidats qu’elle pourrait investir pour les législatives. Il n’y a pas de précédent d’un président élu pour son premier mandat qui n’ait pas eu une majorité solide.

      [En espérant que de tout ce chaos, surgira enfin une Gauche digne de ce nom. Faudra ça, au moins, pour épurer les comptes !]

      Pourquoi cette obsession avec « la gauche » ? C’est quoi pour vous une « gauche digne de ce nom » ?

      • Lhaa Francis dit :

             Le FN devenu RN est  ”  d’une certaine façon  ”  une création de l’imposteur que les classes moyennes nous ont poussé à l’Elysée en 81. Et donc, voter Le Pen serait  ”  d’une certaine façon  ”  répéter l’opération  ”  farce tranquille  ”  du 10 mai  ? Avec l’âme de l’arsouille qui se serait glissée dans le corps de Marine ? Ah mais oui mais non, la situation à changé sinon du tout au tout, du moins suffisamment pour qu’on puisse se demander si ce qui était une mauvaise affaire en 81 n’en serait pas une bonne en 2027 ?  Ouh là, faudrait peut-être pas qu’elle ait une trop forte majorité en 2027  ?  Je me demande si je n’ai pas été l’âne de Buridan dans une vie antérieure  ?  

        • Descartes dit :

          @ Lhaa Francis

          [Le FN devenu RN est ”d’une certaine façon” une création de l’imposteur que les classes moyennes nous ont poussé à l’Elysée en 81. Et donc, voter Le Pen serait ”d’une certaine façon” répéter l’opération ”farce tranquille” du 10 mai ?]

          Je ne comprends pas le raisonnement. D’abord, le FN de 1981 et le RN de 2026 sont deux choses très différentes, non seulement parce que les dirigeants ont changé, mais surtout parce que la sociologie de son électorat s’est modifiée. En 1981, le FN n’était en rien représentatif des couches populaires. C’était un parti petit bourgeois, un ramassis de groupuscules divers issus des nostalgiques de l’Algérie française ou de Vichy, des catholiques traditionnalistes, du nationalisme ethniciste, agrégé à des mouvements catégoriels comme le poujadisme. Aujourd’hui c’est un grand parti populaire, représentant une base sociologique large, et qui porte une colère sociale réelle.

          D’autre part, Mitterrand n’a pas « créé » en aucune façon le FN. Il a simplement braqué les projecteurs dessus, donnant une exposition médiatique à une organisation qui, jusque-là, était marginalisée. Et il l’a fait non parce qu’il envisageait d’amener Jean-Marie Le Pen au gouvernement, mais parce que sa figure grimaçante au 20 heures en faisait un repoussoir qui ramènerait une partie des électeurs de la gauche désabusée vers lui, et qui mordrait sur l’électorat le plus à droite gênant du même coup une candidature Chirac. La figure de Marine Le Pen aujourd’hui se pose dans un contexte totalement différent : on voit mal en quoi voter pour elle pourrait aider le candidat socialiste à se faire élire…

          • Lhaa Francis dit :

                 Ce n’est pas un raisonnement, c’est de la  ”  schadenfreude  “. Le dénommé  ”  Tonton  ”  a  contribué à créer un  ”  machin  ”  comme Mongénéral qualifiait l’ONU. Ce qui a permis à tout un tas de gens très intéressés de nous servir tout un  ”  théâtre antifachiste  ”  ( dixit Jospin   ) depuis plus de quarante ans. ” Et le  ”  machin  ”  est en train de revenir dans la physionomie des héritiers dudit Tonton. Parce que, dans la mouvance social-démocrate, y en a un sacré paquet qui y croient encore et sont tétanisés à l’idée que la Marine Nationale puisse être reçue  au concours de Premier Magistrat l’an prochain.                                                                                                              PS. Vous l’avez mieux dit que moi, si j’avais un peu secoué ma cosse.

            • Descartes dit :

              @ Lhaa Francis

              [Ce n’est pas un raisonnement, c’est de la ” schadenfreude “. Le dénommé ” Tonton ” a contribué à créer un ” machin ” comme Mongénéral qualifiait l’ONU. Ce qui a permis à tout un tas de gens très intéressés de nous servir tout un ” théâtre antifachiste ” ( dixit Jospin ) depuis plus de quarante ans. ” Et le ” machin ” est en train de revenir dans la physionomie des héritiers dudit Tonton. Parce que, dans la mouvance social-démocrate, y en a un sacré paquet qui y croient encore et sont tétanisés à l’idée que la Marine Nationale puisse être reçue au concours de Premier Magistrat l’an prochain. PS. Vous l’avez mieux dit que moi, si j’avais un peu secoué ma cosse.]

              Je pense qu’il ne faut pas donner à ce qui était pour Mitterrand un coup tactique plus de poids qu’il n’a eu effectivement. Il est vrai qu’après le tournant de la rigueur, et voyant l’effet sur le soutien des couches populaires au gouvernement socialiste, Mitterrand a recherché des moyens d’affaiblir la droite en prévision des élections législatives de 1986. Et un moyen de le faire était de faire monter le Front National, avec un double objectif : créer un épouvantail à gauche (habilement exploité par les socialistes à travers SOS Racisme, n’est-ce pas Jean Luc ?), et diviser la droite. C’est pourquoi les socialistes instaurent la proportionnelle pour l’élection de 1986, et donnent à Jean-Marie Le Pen un accès aux médias tout à fait disproportionné pour un groupuscule qui ne faisait qu’une fraction de pourcent aux élections nationales.

              Mais cette manœuvre n’était qu’une manœuvre tactique, et n’eut pas de lendemain. Le scrutin majoritaire est rétabli après 1986, et les médias se referment. Si le FN continue à monter, c’est la conséquence d’un autre double choix mitterrandien : celui de détruire le PCF et de prendre le « tournant de la rigueur ». Cela construit un électorat populaire à la fois déçu – et sévèrement puni – par les politiques socialistes, et qui n’a plus de représentation et d’encadrement politique. Même sans la manipulation de 1986, cette politique aurait produit les mêmes effets.

              Et il ne faut pas se tromper : si Marine Le Pen accède à l’Elysée en mai prochain, ce ne sera pas à cause d’on ne sait quelle défaillance des médias. Ce sera parce qu’une partie de plus en plus importante de l’électorat juge que les gouvernements du « cercle de la raison » non seulement ont failli à l’heure de prendre en compte leurs problèmes, mais ignorent jusqu’à son existence. Ce qui m’étonne toujours, c’est que cette simple analyse ne semble pas percuter. Lorsqu’on lit la presse dite « de gauche », lorsqu’on écoute France Inter – haut lieu du conformisme intellectuel bienpensant – on entend un discours qui se réduit à la condamnation morale des valeurs que le RN porte ou est censé porter, mais personne n’a l’air d’avoir la moindre curiosité de comprendre POURQUOI tout au coup notre peuple, qui après tout est le même qui a élu Hollande il y a quinze ans, penche résolument de ce côté-là. Pourquoi a-t-il changé d’avis ?

            • Bob dit :

              @ Decartes
               
              [personne n’a l’air d’avoir la moindre curiosité de comprendre POURQUOI tout au coup notre peuple, qui après tout est le même qui a élu Hollande il y a quinze ans, penche résolument de ce côté-là. Pourquoi a-t-il changé d’avis ?]
               
              Je pense que  ceux qui sont aux manettes depuis 20 ans savent très bien pourquoi le peuple français s’apprête, selon toute vraisemblance, a voté pour le RN l’année prochaine. Mais (se) poser la question ouvertement et y répondre les forcerait à admettre leur échec, dernière chose au monde qu’ils sont prêts à faire. Alors ils préfèrent ne pas se poser la question qui mettrait en lumière leur échec patent. C’est bien plus commode et facile de faire l’autruche, de tenir le discours de la peur (au choix : les fascistes du RN, l’extrême gauche, Poutine et l’ogre russe) et de continuer avec la rengaine des “valeurs”, de la “bête immonde”, du cordon sanitaire et autres balivernes. Sauf que cette fois, ça ne marchera peut-être pas.

            • Descartes dit :

              @ Bob

              [Je pense que ceux qui sont aux manettes depuis 20 ans savent très bien pourquoi le peuple français s’apprête, selon toute vraisemblance, a voté pour le RN l’année prochaine.]

              Ne croyez pas ça. Comme disait Peguy, « Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit ». L’être humain est très efficace lorsqu’il s’agit de ne pas voir ce qu’il voit. Les vrais cyniques, ceux qui « savent très bien » mais font comme s’ils ne le savaient pas sont finalement très rare. La plupart de nos hommes politiques, de nos commentateurs, de nos intellectuels vivent dans un monde virtuel où tout se passe conformément à leur idéologie, et très rares sont ceux qui ont la curiosité de déchirer le voile pour aller regarder le réel.

              Je peux vous assurer qu’à gauche il y a beaucoup de gens – y compris à très haut niveau – qui voient dans le vote d’extrême droite une sorte de manifestation du péché originel, et non la conséquence logique d’une expérience politique. Les gens votent à l’extrême droite parce qu’ils sont méchants, ou bien parce qu’ils n’ont pas vu la lumière, et non en réponse à une situation politique et économique concrète.

              [Mais (se) poser la question ouvertement et y répondre les forcerait à admettre leur échec, dernière chose au monde qu’ils sont prêts à faire. Alors ils préfèrent ne pas se poser la question qui mettrait en lumière leur échec patent.]

              Bien entendu, les mécanismes de négation du réel visent en général à éviter la souffrance psychologique, et dans le cas d’espèce, à absoudre de nos responsabilités. Nous sommes d’accord là-dessus. Là où je nuance, c’est dans le fait que ce mécanisme soit conscient. Je pense au contraire que c’est un mécanisme inconscient, qui se met en route sans que la personne concernée en soit consciente. Et plus la culpabilité est grande, plus la dissociation du réel est importante, jusqu’à une forme de schizophrénie. C’est pour cela que, par exemple, les débats de la « primaire de la gauche » (ainsi nommée par les dirigeants socialistes, qui persistent à croire qu’ils sont à eux seuls « la gauche », lapsus révélateur) semblent complètement déconnectés du réel. Et c’est vrai de beaucoup de discours politiques. Combien de fois, en entendant les princes qui nous gouvernent et leurs acolytes, on se demande si ces gens vivent dans le même monde que nous…

      • P2R dit :

        @ Descartes et Sami
         
        [Les masses sont désorientées, et ne trouvent nulle part où s’accrocher]
         
        Le coup des masses désorientées, autrement dit, dans le cerveau de nos “élites”, ne sachant plus que penser et susceptibles de céder à n’importe quelle “ingérence extérieure” ou même “intérieure” commence à me chauffer un peu les oreilles. Je crois que les “masses” sont beaucoup moins “désorientées” que ce qu’on dit, qu’elles ont parfaitement compris que si tout fout le camp , ce n’est pas la faute à pas de chance mais à la politique menée depuis 40 ans. Et je pense que c’est précisémement le fait que les masses (et ça vaut dans tout le monde occidental) soient de moins en moins “désorientées” et réclament de plus en plus clairement la tête des responsables de la situation et un retour du national en politique, qui provoque une vraie trouille chez nos dirigeants, trouille qui fait qu’on hésite de moins en moins en haut lieu à convoquer le spectre de la menace d’une mystérieuse guerre hybride, de tempêtes de sauterelles et de toutes sortes de calamités  pour tenter de se dédouaner de la crise à venir.
         
        [Je confirme. La caste politique a vraiment eu peur. Et pas seulement celle qui est au gouvernement.]
         
        Et je pense qu’elle recommence à avoir peur en voyant approcher la vague de la crise (la vraie) qui menace de déferler. D’où les réunions de crise avec les chefs de partis et les services de renseignement, dont certains paricipants sortent en évoquant le “vertige” qui les a saisi face à l’accumulation des menaces, de la Russie à l’Iran, du pétrole à la dette. Qu’on ne s’y trompe pas, le seul truc qui fasse vraiment peur au gouvernement, c’est la réaction du peuple face à la crise, pas la crise elle-même. Preuve en est, ni l’effondrement de l’école, ni la désindustrialisation, ni l’augmentation de la mortalité infantile, ni le recul de notre souveraineté n’ont jamais provoqué le moindre “vertige” chez nos élus…
         
        [Mais il suffit de voir l’intense et incroyable hystérie qui saisit tous les médias à la seule évocation des ces 3 lettres, “LFI”, pour comprendre que ce mouvement (…) reste tout de même hyper inquiétant pour la Droite // Vous savez, la peur qu’inspirent les trois lettres « LFI » n’est rien comparé à celle qu’inspire aux mêmes les deux lettres « RN ». ]
         
        Si je peux me permettre, les leçons des précédents scrutins devraient nous éclairer sur ce sujet: jusqu’à la droite du bloc central (en gros jusqu’à xavier Bertrand), quand l’alternative se pose entre RN ou LFI, c’est LFI sans hésiter. Par contre, sur l’aile droite de LR, je pense qu’on redoute beaucoup plus LFI que le RN. Cette opposion s’est vue également dans les votes au parlement européen, où un Bellamy a soutenu des positions beaucoup plus en phase avec le RN qu’avec le bloc dominant. Après, pour cotoyer d’assez près des milieux professionnels qui sont plutôt dans la mouvance LR souverainiste, ce qui fait peur chez LFI, c’est avant tout l’aventurisme économique inconsidéré. Les petits et moyens entrepreneurs considèrent que Le Pen sera très attentive à ne pas détruire la production, qui est le garant de l’emploi de ses électeurs, alors que LFI est totalement étranger à ces préoccupations de terrain, son électorat étant majoritairement fonctionnarisé.
         
         
        [quand donc les masses comprendront-elles qu’il ne faut plus se “laisser trahir” ??? Grand mystère.]
         
        Vosu savez, les “masses” sont assez grandes pour savoir ce qu’elles ont à faire, merci pour elles. Si elles décident de se “laisser trahir”, comme en 83, c’est qu’elles y trouvent un plus grand intérêt qu’à faire la révolution… Quant à vous, c’est sûr, vous ne vous laisserez plus jamais trahir, je suppose… Enfin, en votant LFI, vous n’avez qu’une seule chance de ne pas être trahi par Mélenchon, c’est qu’il soit battu. Dans ce cas, vous feriez mieux de voter pour Nathalie Artaud. C’est plus sûr.
         
        [Le parti historique du Général est tombé très loin au fond du trou, et il creuse encore, à tel point que son chef actuel, c’est un sous politicien de sous préfecture, carrément d’extrême droite]
         
        Vous savez, le Général lui-même n’était pas une tête de gondole de la politique française avant l’appel de 40.. Quand à sa vision de la Nation, de la citoyenneté, des droits et des devoirs qu’elle implique, de sa vision du rôle de l’état, et de son opinion sur les évolutions sociétales, si vous vouliez les replacer sur l’échiquier politique actuel, il n’est pas dit qu’elles soient très à gauche de Retailleau… Voir même..
         

        • Descartes dit :

          @ P2R

          [Le coup des masses désorientées, autrement dit, dans le cerveau de nos “élites”, ne sachant plus que penser et susceptibles de céder à n’importe quelle “ingérence extérieure” ou même “intérieure” commence à me chauffer un peu les oreilles. Je crois que les “masses” sont beaucoup moins “désorientées” que ce qu’on dit, qu’elles ont parfaitement compris que si tout fout le camp , ce n’est pas la faute à pas de chance mais à la politique menée depuis 40 ans.]

          Je pense qu’il y a deux dimensions différentes dans ce paragraphe. Les masses sont beaucoup moins désorientées qu’on le dit lorsqu’il s’agit de faire des constats, de « voir ce qu’on voit ». Oui, elles ont bien compris que « tout fout le camp », et que cela est liée à des choix – ou plutôt des non-choix – et des politiques mises en œuvre depuis une quarantaine d’années. Là où les masses sont désorientées, c’est lorsqu’il s’agit d’identifier les véritables responsables de ces politiques, et de transformer ces constats en actions. On sait ce qu’on ne veut pas, mais on distingue mal ce qu’on devrait faire et surtout pour aller où.

          J’ajoute que les élites ne sont pas mieux loties. Non seulement elles ne savent pas très bien où aller ni comment, mais elles se refusent à voir la réalité…

          [Et je pense que c’est précisément le fait que les masses (et ça vaut dans tout le monde occidental) soient de moins en moins “désorientées” et réclament de plus en plus clairement la tête des responsables de la situation et un retour du national en politique, qui provoque une vraie trouille chez nos dirigeants,]

          Vous noterez que ni Bolloré ni Arnault ni d’une manière générale les actionnaires des grandes entreprises ne semblent terrorisés. Les masses réclament la tête des dirigeants politiques, mais ne s’occupent guère celle des véritables « responsables » – et principaux bénéficiaires – des politiques néolibérales des quarante dernières années.

          [« Je confirme. La caste politique a vraiment eu peur. Et pas seulement celle qui est au gouvernement. » Et je pense qu’elle recommence à avoir peur en voyant approcher la vague de la crise (la vraie) qui menace de déferler. D’où les réunions de crise avec les chefs de partis et les services de renseignement, dont certains paricipants sortent en évoquant le “vertige” qui les a saisi face à l’accumulation des menaces, de la Russie à l’Iran, du pétrole à la dette. Qu’on ne s’y trompe pas, le seul truc qui fasse vraiment peur au gouvernement, c’est la réaction du peuple face à la crise, pas la crise elle-même. Preuve en est, ni l’effondrement de l’école, ni la désindustrialisation, ni l’augmentation de la mortalité infantile, ni le recul de notre souveraineté n’ont jamais provoqué le moindre “vertige” chez nos élus…]

          Tout à fait. Il est urgent de relire Orwell et son « 1984 ». Tout y est.

          [Si je peux me permettre, les leçons des précédents scrutins devraient nous éclairer sur ce sujet: jusqu’à la droite du bloc central (en gros jusqu’à xavier Bertrand), quand l’alternative se pose entre RN ou LFI, c’est LFI sans hésiter. Par contre, sur l’aile droite de LR, je pense qu’on redoute beaucoup plus LFI que le RN. Cette opposion s’est vue également dans les votes au parlement européen, où un Bellamy a soutenu des positions beaucoup plus en phase avec le RN qu’avec le bloc dominant. Après, pour côtoyer d’assez près des milieux professionnels qui sont plutôt dans la mouvance LR souverainiste, ce qui fait peur chez LFI, c’est avant tout l’aventurisme économique inconsidéré. Les petits et moyens entrepreneurs considèrent que Le Pen sera très attentive à ne pas détruire la production, qui est le garant de l’emploi de ses électeurs, alors que LFI est totalement étranger à ces préoccupations de terrain, son électorat étant majoritairement fonctionnarisé.]

          Je ne fréquente pas ces milieux, alors je vous crois sur parole. Mon sentiment est que les Français, mis devant l’urne, auront le réflexe paysan qui consiste à rechercher d’abord la sécurité et la prévisibilité. C’est pourquoi je ne crois pas, au fond, à une victoire du RN. Au pied du mur, ils risquent de préférer un Philippe qui ne fera que continuer la politique du chien crevé au fil de l’eau, plutôt qu’une Le Pen qui représente un saut dans l’inconnu – et je ne vous parle même pas de LFI.

          C’est pourquoi, à mon avis, la stratégie gagnante pour le RN est celle qui rassurera tout le monde. Il faut bien entendu proposer une rupture – les gens sont fatigués de l’existant – mais surtout pas la formuler en termes d’une révolution. La chose est plus compliquée pour LFI, parce qu’ils ne peuvent rassurer l’électorat situé à leur droite qu’en perdant des points sur leur gauche…

          [Quand à sa vision de la Nation, de la citoyenneté, des droits et des devoirs qu’elle implique, de sa vision du rôle de l’état, et de son opinion sur les évolutions sociétales, si vous vouliez les replacer sur l’échiquier politique actuel, il n’est pas dit qu’elles soient très à gauche de Retailleau… Voir même..]

          Ca se discute. En matière fiscale, par exemple, on peut difficilement trouver chez mongénéral la moindre trace de la fiscophobie obsessionnelle ou la détestation de la dépense publique qu’on trouve chez LR et depuis quelque temps chez le RN. Retailleau ne se place pas non plus dans la logique de l’Etat fort et interventionniste du gaullisme traditionnel – et chez le RN revenu du « social-souverainisme » de Philippot, c’est le grand flou.

          • Bob dit :

            @ Descartes
             
            [C’est pourquoi je ne crois pas, au fond, à une victoire du RN. Au pied du mur, ils risquent de préférer un Philippe qui ne fera que continuer la politique du chien crevé au fil de l’eau, plutôt qu’une Le Pen qui représente un saut dans l’inconnu.]
             
            Je ne suis pas de cet avis. Les Français ont peut-être l’aversion au risque mais de là à les voir voter pour un type qui a été pendant plusieurs années le 1er ministre de Macron – ce qui revient à dire “continuons cette politique” -, je n’y crois pas. Surtout quand on voit le niveau de détestation globale des résultats de 10 ans de Macron, qui sont indéniablement catastrophique.
             
            [surtout pas la formuler en termes d’une révolution]
             
            Si l’on vous suit, il est intéressant de voir la différence entre les peuples allemand et français. Les Allemands sont en train de plébisciter un parti quasi révolutionnaire par rapport au ventre mou qu’est la CDU, un parti qui prône l’arrêt du soutien à l’Ukraine, le rapprochement avec la Russie (soit le Grand Satan de nos médias à nous), la sortie de l’euro voire de l’UE (rien que ça !).
            En revanche, les élites se comportent de la même manière de part et d’autre du Rhin : désavouées, elles disent au peuple qui par le vote leur dit stop : “on continue dans la même direction, je continue les réformes nécessaires”. Ces mêmes élites qui viennent donner des leçons à la terre entière sur le respect de la démocratie – donc du pouvoir du peuple – n’ont honte de rien.

            • Descartes dit :

              @ Bob

              [Je ne suis pas de cet avis. Les Français ont peut-être l’aversion au risque mais de là à les voir voter pour un type qui a été pendant plusieurs années le 1er ministre de Macron – ce qui revient à dire “continuons cette politique” -, je n’y crois pas.]

              « Cosas vederes Sancho, que non crederes… » (« Tu verras des choses, Sancho, que tu n’arriveras pas à croire… » Cervantes, « Don Quichotte »).

              [Surtout quand on voit le niveau de détestation globale des résultats de 10 ans de Macron, qui sont indéniablement catastrophique.]

              J’entends, mais j’ai du mal à y croire. Vous me direz que je me suis régulièrement planté sur ce sujet, alors je vous donne mon sentiment pour ce qu’il vaut.

              [Si l’on vous suit, il est intéressant de voir la différence entre les peuples allemand et français. Les Allemands sont en train de plébisciter un parti quasi révolutionnaire par rapport au ventre mou qu’est la CDU, un parti qui prône l’arrêt du soutien à l’Ukraine, le rapprochement avec la Russie (soit le Grand Satan de nos médias à nous), la sortie de l’euro voire de l’UE (rien que ça !).]

              Regardez l’histoire. La politique allemande est infiniment plus violente que la politique française. On ne compte pas les milices armées – chaque parti avait la sienne – organisant périodiquement des tentatives de coup d’Etat (réussis ou ratés), et ne parlons même pas de l’assassinat de personnalités politiques. En France, après les massacres de la Commune, vous ne trouvez pas grande chose. Même la Résistance a été relativement timide, avec des débats interminables sur la légitimité de l’assassinat individuel. Et nos fous d’Action directe ne sont qu’une très pâle copie de la Fraction armée rouge.

              La formule « les Français adorent les révolutions mais détestent les changements » recouvre une réalité. En France, on est intellectuellement bien plus « radical » qu’ailleurs, mais à l’heure de passer à l’acte, il y a des puissants mécanismes d’aversion au risque qui imposent une plus grande retenue, notamment lorsqu’il s’agit de passer à la violence.

              [En revanche, les élites se comportent de la même manière de part et d’autre du Rhin : désavouées, elles disent au peuple qui par le vote leur dit stop : “on continue dans la même direction, je continue les réformes nécessaires”. Ces mêmes élites qui viennent donner des leçons à la terre entière sur le respect de la démocratie – donc du pouvoir du peuple – n’ont honte de rien.]

              Tout à fait. Il suffit de lire « Le Monde » pour s’en convaincre. Voici le « chapeau » de l’éditorial du 21 septembre 2026 abordant les résultats de l’AfD en Saxe-Anhalt : « Alors que l’AfD, le parti d’extrême droite allemand qui vient de réaliser une nouvelle percée électorale, dimanche, a pour projet d’affaiblir l’Union européenne, le chancelier Friedrich Merz doit veiller à ne pas jouer cavalier seul et à porter l’idée, avec la France, que l’Europe est plus forte unie qu’en jouant chaque pays chacun pour soi. » Autrement dit, il faut que Merz et Macron « portent l’idée » que leurs citoyens sont de plus en plus nombreux à rejeter… A votre avis, une telle persistance est de nature : a) à donner aux citoyens l’impression qu’ils sont écoutés et entendus ; b) à les encourager dans l’impression que leurs gouvernants ne tiennent aucun compte d’eux ?

            • Bob dit :

              @ Descartes
               
              [A votre avis, une telle persistance est de nature : a) à donner aux citoyens l’impression qu’ils sont écoutés et entendus ; b) à les encourager dans l’impression que leurs gouvernants ne tiennent aucun compte d’eux ?]
               
              Je dirais c) à les faire sortir dans la rue (et éventuellement tout casser) tant un tel mépris du résultat du vote est une provocation ouverte.

      • Bob dit :

        @ Descartes
         
        [Répondre à un sondeur c’est une chose, voter c’en est une autre, et placés devant l’urne beaucoup de Français qui détestent pourtant l’existant voteront pour le candidat du moindre risque, celui qui ne changera pas grande chose.]
         
        C’est vrai. Cela dit, les Allemands ont sans doute encore plus de raisons que nous d’avoir la main qui tremble une fois dans l’isoloir, eu égard au passé. ça n’a pas empêché les succès incontestables de l’AfD. Je ne vois pas pourquoi il en irait autrement en France.

        • Descartes dit :

          @ Bob

          [C’est vrai. Cela dit, les Allemands ont sans doute encore plus de raisons que nous d’avoir la main qui tremble une fois dans l’isoloir, eu égard au passé. ça n’a pas empêché les succès incontestables de l’AfD.]

          D’abord, les “succès incontestables” ne se manifestent pour le moment que dans des élections régionales. Il est vrai qu’en Allemagne les élections locales n’ont pas la même signification qu’en France, puisque les Länder sont des “quasi-états” dans un contexte fédéral. Mais tout de même, cela fait une différence lorsqu’il s’agit de confier à quelqu’un des fonctions régaliennes. Par ailleurs, si l’histoire a certainement un poids, il ne faut pas non plus l’exagérer. Les Allemands qui votent aujourd’hui n’ont pas connu le nazisme. Et leur expérience vitale n’a aucun rapport avec celle des générations qui ont pu voter pour les nazis en 1933. Assimiler le vote de 1933 et celui d’aujourd’hui n’a tout simplement pas de sens.

          [Je ne vois pas pourquoi il en irait autrement en France.]

          Je ne connais pas assez l’Allemagne pour répondre à cette question. Je ne sais pas si les Allemands aient les mêmes réflexes “paysans”, la même aversion au changement que les électeurs français.

          • Bob dit :

            @ Descartes
             
            [Assimiler le vote de 1933 et celui d’aujourd’hui n’a tout simplement pas de sens.]
             
            Je voulais dire que je suppose que la chape de plomb qui doit preser sur l’électeur allemand doit être encore plus forte en Allemagne qu’en France. Et que malgré cela, ils ont franchi le Rubicon.
            Et assimiler 2026 à 1933 est totalement absurde, je suis d’accord. Pourtant, attendez vous à voir la bienpensance sur France Inter and co nous la ressortir à l’envi dans les prochains mois.

            • Descartes dit :

              @ Bob

              [Je voulais dire que je suppose que la chape de plomb qui doit preser sur l’électeur allemand doit être encore plus forte en Allemagne qu’en France. Et que malgré cela, ils ont franchi le Rubicon.]

              Pensez-vous que l’oeuvre du gouvernement de Vichy pèse aujourd’hui beaucoup sur les choix de l’électeur français ? Pourquoi en irait-il autrement en Allemagne ? Vous savez, contrairement à une mythologie bien établie, on a fait en Allemagne la même chose que ce qu’on a fait en France: évacuer le problème. On a expliqué que le IIIème Reich a certes fait des choses horribles, mais que le IIIème Reich ce n’était pas l’Allemagne, que la Wehrmacht n’avait pas participé aux horreurs, que les nazis étaient une espèce d’extraterrestres arrivés de la planète Zorg pour asservir des Allemands innocents. Même chez nous on entend des expressions comme “l’occupation nazie” ou “les crimes nazis”, comme si cela n’engageait nullement l’Allemagne.

              Des généraux SS comme Lammerding, commandant de la division qui commit le massacre d’Oradour sur Glane et celui de Tulle, a été protégé par les autorités allemandes. Son extradition a été refusée plusieurs fois, malgré les demandes des tribunaux français. Il est mort entouré d’une nombreuse famille, et de voisins qui savaient parfaitement ce qu’il était et ce qu’il avait fait, et qui ont payé sa pension avec leurs impôts. Pensez-vous vraiment que ces gens-là hésiteraient à voter pour l’AfD parce que ce parti leur rappellerait un passé honni ?

              Et assimiler 2026 à 1933 est totalement absurde, je suis d’accord. Pourtant, attendez vous à voir la bienpensance sur France Inter and co nous la ressortir à l’envi dans les prochains mois.

      • Carloman dit :

        @ Descartes,
         
        [Je suis curieux… sur quel élément factuel vous fondez-vous pour qualifier Retailleau de « salement raciste » ?]
        Ben, d’après Wikipédia, Bruno Retailleau aurait déclaré que “l’immigration n’est pas une chance“. 
        On lit également que “Le 01 juillet 2026, Bruno Retailleau, candidat Les Républicains (LR) à la présidentielle, développe ses propositions sur l’immigration : suppression du droit du sol, restriction du regroupement familial seront des mesures majeures de sa politique migratoire.”
        [D
        D’ailleurs Mediapart ne s’y est pas trompé: “À la suite de sa nomination comme ministre de l’Intérieur, le discours de celui-ci reprend, selon Mediapart, « les mots et les thèses du Rassemblement national contre l’État de droit et l’immigration », et vise à « séduire l’extrême droite »”. Tout est dit…
         
        Je suis intrigué: l’homme de gauche que vous êtes – ou que vous fûtes – ignore-t-il la définition, je ne dirais pas abusive, disons plutôt souple et généreuse, du racisme que la gauche a développée? 

        • Descartes dit :

          @ Carloman

          [Je suis intrigué: l’homme de gauche que vous êtes – ou que vous fûtes – ignore-t-il la définition, je ne dirais pas abusive, disons plutôt souple et généreuse, du racisme que la gauche a développée ?]

          J’imagine que vous faites de l’ironie. Vous me connaissez trop pour penser que je pourrais accepter une telle définition. Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. L’utilisation du mot « racisme » à tout bout de champ est un procédé orwellien. C’est faire disparaître le mot précis qui désigne la discrimination fondée sur les caractères ethniques. Et du coup, le mot ayant disparu on ne peut plus penser la chose…

          • Carloman dit :

            @ Descartes,
             
            [J’imagine que vous faites de l’ironie.]
            Un peu, je l’admets.
             
            [Vous me connaissez trop pour penser que je pourrais accepter une telle définition.]
            Pardon mais la question n’est pas celle de votre « acceptation ». La question est qu’aujourd’hui la gauche a donné un contenu particulier au mot « racisme ». Vous demandiez à Sami des éléments sur le racisme présumé de Retailleau. Je vous ai fourni les éléments qui, aux yeux d’une majorité de gens de gauche, fondent des accusations de racisme. Que vous ne soyez pas d’accord est un autre problème.
             
            Avec tout le respect que je vous dois, vous ne pouvez pas faire comme si la définition que la gauche – surtout radicale – donne du racisme n’existait pas. J’entends que vous n’êtes pas d’accord avec cette définition, je crois même comprendre que vous l’avez ardemment combattue (et c’est tout à votre honneur)… Seulement, vous avez perdu. Vous savez très bien que les délires venus d’Outre-Atlantique contaminent aujourd’hui jusqu’aux sphères universitaires. Aujourd’hui, pour la gauche, le racisme est systémique, éternel (certains vont en chercher jusque chez les Grecs anciens…) et ne peut être que l’apanage des blancs, forcément dominants et oppresseurs. Et le fait qu’on ne soit pas d’accord n’a aucune espèce d’importance : la gauche pense majoritairement à partir de ce paradigme, et c’est à partir de lui qu’elle juge, qu’elle invective, qu’elle jette l’opprobre. Le pauvre Ruffin lui-même n’y échappe pas! Et je vous rappelle que le paradigme est à tel point vicelard que le fait, quand on est blanc, de se défendre d’être raciste… est devenu une preuve de racisme !
             
            [Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. L’utilisation du mot « racisme » à tout bout de champ est un procédé orwellien.]
            Peut-être. Mais encore une fois, c’est une nouvelle définition qui s’est imposée à gauche. Vous n’y pouvez rien.
             
            [C’est faire disparaître le mot précis qui désigne la discrimination fondée sur les caractères ethniques.]
            Pardon mais le racisme n’a qu’un rapport indirect avec les discriminations (qui d’ailleurs peuvent avoir bien d’autres causes). Le racisme est une conception de l’humanité, qui essentialise les groupes ethniques, leur attribuant par nature qualités et défauts.
             
            Tenez, je vous livre cet extrait :
            « Ce n’est point sans raison que le souvenir des guerres puniques est resté si populaire et si vif dans la mémoire des hommes. Cette lutte ne devait pas seulement décider du sort de deux villes ou de deux empires ; il s’agissait de savoir à laquelle des deux races, indo-germanique ou sémitique, appartiendrait la domination du monde. Rappelons-nous que la première de ces deux familles de peuples comprend, outre les Indiens et les Perses, les Grecs, les Romains et les Germains ; dans l’autre, se placent les Juifs et les Arabes, les Phéniciens et les Carthaginois. D’un côté le génie héroïque, celui de l’art et de la législation ; de l’autre l’esprit d’industrie, de navigation, de commerce. Ces deux races ennemies se sont partout rencontrées, partout attaquées. Dans la primitive histoire de la Perse et de la Chaldée, les héros combattent sans cesse leurs industrieux et perfides voisins. Ceux-ci sont artisans, forgerons, mineurs, enchanteurs. Ils aiment l’or, le sang, le plaisir. Ils élèvent des tours d’une ambition titanique, des jardins aériens, des palais magiques, que l’épée des guerriers dissipe et efface de la terre. La lutte se reproduit sur toutes les côtes de la Méditerranée entre les Phéniciens et les Grecs. Partout ceux-ci succèdent aux comptoirs, aux colonies de leurs rivaux dans l’Orient, comme feront les Romains dans l’Occident. Voyez aussi avec quelle fureur les Phéniciens attaquent la Grèce à Salamine sous les auspices de Xerxès, la même année où les Carthaginois, leurs frères, débarquent en Sicile l’armée prodigieuse que Gélon détruisit à Himera. Et plus tard, les Grecs, pour en finir, allèrent à leur tour attaquer chez eux leurs éternels ennemis. Alexandre fit contre Tyr bien plus que Salmanasar ou Nabuchodonosor. Il ne se contenta point de la détruire ; il prit soin qu’elle ne pût se relever jamais, en lui substituant Alexandrie et changeant pour toujours la route du commerce du monde. Restait la grande Carthage, et son empire bien autrement puissant que la Phénicie ; Rome l’anéantit. Il se vit alors une chose qu’on ne retrouve nulle part dans l’histoire, une civilisation tout entière passa d’un coup, comme une étoile qui tombe. Le périple d’Hannon, quelques médailles, une vingtaine de vers dans Plaute, voilà tout ce qui reste du monde carthaginois. Il fallut bien des siècles avant que la lutte des deux races pût recommencer, et que les arabes, cette formidable arrière-garde du monde sémitique, s’ébranlassent de leurs déserts. La lutte des races devint celle de deux religions. Heureusement ces hardis cavaliers rencontrèrent vers l’orient les inexpugnables murailles de Constantinople, vers l’occident la francisque de Charles Martel et l’épée du Cid. Les croisades furent les représailles naturelles de l’invasion arabe, et la dernière époque de cette grande lutte des deux familles principales du genre humain. »
             
            Voilà un texte marqué du racisme, du vrai. L’auteur, me direz-vous ? C’est un Français, le grand Jules Michelet en personne, le texte est extrait de son Histoire romaine rédigée dans les années 1830. Faut croire que les intellectuels français du XIX° siècle n’étaient pas si imperméables que ça à l’idée de race…
            Quand on sait que des écoles et des collèges portent le nom de Michelet ! Que fait Jean-Michel Aphatie ?
             
            Mais soyons juste : la gauche aujourd’hui a aussi une conception raciste de l’humanité. Comme quoi, ce concept de race exerce toujours une étonnante fascination. On a beau dire, on a beau faire, on ne s’en débarrasse pas.

            • Descartes dit :

              @ Carloman

              [« Vous me connaissez trop pour penser que je pourrais accepter une telle définition. » Pardon mais la question n’est pas celle de votre « acceptation ». La question est qu’aujourd’hui la gauche a donné un contenu particulier au mot « racisme ». Vous demandiez à Sami des éléments sur le racisme présumé de Retailleau. Je vous ai fourni les éléments qui, aux yeux d’une majorité de gens de gauche, fondent des accusations de racisme. Que vous ne soyez pas d’accord est un autre problème.]

              On n’est jamais obligé d’accepter le contenu que l’adversaire choisit de donner aux mots. La bataille politique et intellectuelle est aussi une bataille de concepts. Ce n’est pas parce que la gauche, dans une démarche qui rappelle « 1984 », a décidé de vider de sens le concept de « racisme » en faisant de ce mot un synonyme de « pas beau », que je suis obligé de suivre. Si l’on accepte de se couler dans les concepts de l’autre, on a perdu. Alors, un moyen d’entamer cette bataille, c’est de soulever, à chaque fois que le mot « racisme » est utilisé de manière impropre, la question. C’était mon objectif en interpelant Sami.

              « Et s’il ne reste qu’un, je serai celui-là », comme disait le poète…

              [Avec tout le respect que je vous dois, vous ne pouvez pas faire comme si la définition que la gauche – surtout radicale – donne du racisme n’existait pas.]

              Non, bien entendu. Mais entre « faire comme si elle n’existait pas » et se couler dans elle, il y a une marge d’alternatives.

              [J’entends que vous n’êtes pas d’accord avec cette définition, je crois même comprendre que vous l’avez ardemment combattue (et c’est tout à votre honneur)… Seulement, vous avez perdu.]

              Une bataille, certainement. Mais ce n’est pas parce que des dirigeants de rencontre, cédant à la panique, ont capitulé, qu’il faut faire de même. Vous savez, toute ma vie je me suis engagé dans des combats perdus, alors, un de plus…

              [Vous savez très bien que les délires venus d’Outre-Atlantique contaminent aujourd’hui jusqu’aux sphères universitaires. Aujourd’hui, pour la gauche, le racisme est systémique, éternel (certains vont en chercher jusque chez les Grecs anciens…) et ne peut être que l’apanage des blancs, forcément dominants et oppresseurs. Et le fait qu’on ne soit pas d’accord n’a aucune espèce d’importance : la gauche pense majoritairement à partir de ce paradigme, et c’est à partir de lui qu’elle juge, qu’elle invective, qu’elle jette l’opprobre. Le pauvre Ruffin lui-même n’y échappe pas! Et je vous rappelle que le paradigme est à tel point vicelard que le fait, quand on est blanc, de se défendre d’être raciste… est devenu une preuve de racisme !]

              Bien entendu, je sais tout ça. Mais je vous le répète : ce n’est pas parce que « toute la gauche » pense comme ça que je m’estime obligé de faire de même. Et penser différemment commence par la définition de ses propres mots et concepts. Adopter la « novlangue », c’est se mutiler soi-même. Et si cela doit me valoir des invectives, tant pis, cela fait partie du jeu. Comme disait Ibsen, « il ne faut pas mettre son meilleur costume quand on sort défendre la vérité et la justice ».

              Le « racisme » est en partie inscrit dans nos gènes. Nous avons une préférence spontanée pour celui qui nous ressemble. C’est là un trait dont on peut parfaitement comprendre le développement par la sélection naturelle, puisque nous rapprocher de ceux qui nous rassemblent assure la transmission des caractères du groupe. En ce sens, le racisme est bien un « universel », comme l’est l’attraction hétérosexuelle. C’est par la culture que les groupes humains modèrent cette préférence, qu’ils construisent des sociétés où la différence est admise dans certaines limites. Le problème, c’est que la gauche fait du racisme non pas une caractéristique anthropologique ou sociale, mais morale.

              [« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. L’utilisation du mot « racisme » à tout bout de champ est un procédé orwellien. » Peut-être. Mais encore une fois, c’est une nouvelle définition qui s’est imposée à gauche. Vous n’y pouvez rien.]

              Bien sur que j’y peux. D’abord, je peux continuer à penser avec mes mots et mes catégories. Et ensuite, je peux me battre pour les imposer dans le débat.

              [« C’est faire disparaître le mot précis qui désigne la discrimination fondée sur les caractères ethniques. » Pardon mais le racisme n’a qu’un rapport indirect avec les discriminations (qui d’ailleurs peuvent avoir bien d’autres causes). Le racisme est une conception de l’humanité, qui essentialise les groupes ethniques, leur attribuant par nature qualités et défauts.]

              J’ai été, vous avez raison, un peu vite en besogne. Je ferais une distinction entre le « racialisme » et le « racisme », en réservant le premier mot au concept que vous décrivez. Le « racisme » ne se contente d’une « conception », il implique le fait d’agir sur la base de cette conception.

              [Tenez, je vous livre cet extrait : (…) Voilà un texte marqué du racisme, du vrai. L’auteur, me direz-vous ? C’est un Français, le grand Jules Michelet en personne, le texte est extrait de son Histoire romaine rédigée dans les années 1830. Faut croire que les intellectuels français du XIX° siècle n’étaient pas si imperméables que ça à l’idée de race…]

              Texte passionnant à plusieurs titres. D’abord, on se dit que Samuel Huntington n’a en fait rien inventé. La tentation de trouver un « moteur » à l’histoire humaine qui permette de la résumer par un conflit entre deux groupes opposés est presque aussi ancienne que l’histoire… ce qui change, c’est l’origine qu’on attribue à ce conflit impossible à résoudre autrement que par l’affrontement. Chez Michelet, ce sont les caractères ethniques qui rendent le conflit inévitable, alors que chez Marx ce serait plutôt la contradiction d’intérêts économiques liés au mode de production, par exemple. Mais ce qui fait l’étrangeté du texte de Michelet est que s’il voit dans l’ethnicité la raison d’un conflit inévitable qui va de l’affrontement antique des Grecs contre les Phéniciens à celui plus récent des croisés contre les Arabes, il ne semble pas tirer une conséquence contemporaine. Son raisonnement devrait faire de Michelet un antisémite… ce qu’il n’est pas.

              [Quand on sait que des écoles et des collèges portent le nom de Michelet ! Que fait Jean-Michel Aphatie ?]

              Heureusement, les dragons de vertu ont peu d’appétence pour les classiques…

              [Mais soyons juste : la gauche aujourd’hui a aussi une conception raciste de l’humanité. Comme quoi, ce concept de race exerce toujours une étonnante fascination. On a beau dire, on a beau faire, on ne s’en débarrasse pas.]

              Je dirait « racialiste » plutôt que « raciste ». Mais curieusement, cette conception est le fruit d’une inversion. Il ne s’agit pas d’une préférence pour celui qui vous ressemble, mais une préférence pour celui qui ne vous ressemble pas. Elle tient à mon avis à la « haine de soi » plus qu’à un véritable « racialisme ».

            • P2R dit :

              @ Carloman
               
              (Faut croire que les intellectuels français du XIX° siècle n’étaient pas si imperméables que ça à l’idée de race…)
               
              Pardonnez si je dis une énormité, je suis très loin d’avoir votre culture historique, mais ne commettez-vous pas ici la même erreur que vous reprochez à Descartes, à savoir d’attribuer au mot “race” un sens qui diffère de celui qu’y mettait Jules Michelet ? Il me semble que le mot “race” englobait quelque chose qui allait bien au-delà de la question des gènes et de l’origine ethnique. D’ailleurs De Gaulle lui même parle de la “race française”, je crois, dans un sens qui sans aucun doute réfère non pas à une origine ethnique mais à un caractère, une culture, un tempérament.

            • Carloman dit :

              @ P2R
               
              [Pardonnez si je dis une énormité, je suis très loin d’avoir votre culture historique]
              Vous savez, il ne faut rien exagérer. Ma “culture historique” est à relativiser: c’est simplement mon domaine d’expertise parce que j’en ai besoin pour un usage professionnel. Ce qui est admirable à mon sens, c’est lorsqu’une personne dispose d’une solide culture dans un domaine déconnecté de son travail quotidien. Qu’un mécanicien connaisse sur le bout des doigts le fonctionnement d’un moteur thermique, c’est la moindre des choses.
               
              [mais ne commettez-vous pas ici la même erreur que vous reprochez à Descartes, à savoir d’attribuer au mot “race” un sens qui diffère de celui qu’y mettait Jules Michelet ? Il me semble que le mot “race” englobait quelque chose qui allait bien au-delà de la question des gènes et de l’origine ethnique.]
              D’abord, je pense que l’oeuvre de Michelet est un peu ancienne pour parler de “gènes”. Ensuite oui, le mot “race” a pu avoir un sens un peu plus complexe et subtil que la simple référence à l’origine biologique. En fait, certains courants – comme le nazisme – ont fini par ne privilégier dans la définition de la race que les aspects physiques (et encore, un juif grand blond aux yeux bleus restait un juif) au point de vouloir “regermaniser” des Polonais jugés “Aryens” d’aspect. Mais le mot race, à l’origine, était un peu moins “biologisé” si j’ose dire, et avait une acception assez proche du terme actuel d’ethnie. La race mélangeait alors l’idée de parenté avec l’existence de traits culturels communs.
               
              Sur le site de l’ATILF, on trouve cette définition qui me paraît assez bien résumer l’idée: 
              “Ensemble de personnes qui présentent des caractères communs dus à l’histoire, à une communauté, actuelle ou passée, de langue, de civilisation sans référence biologique dûment fondée.”
              https://www.cnrtl.fr/definition/race/nom
              Vous noterez le “sans référence biologique dûment fondée”, autrement dit la parenté peut être en partie ficitive. Voilà qui plaira à notre hôte.
               
              Maintenant, je ne pense pas faire de contre-sens sur la pensée de Michelet. Vous noterez que dans son texte, il n’y a pas de référence à des traits physiques spécifiques pour définir la race. En fait, Michelet utilise l’élément linguistique pour fonder la race: derrière les “Indo-germaniques” il faut comprendre les locuteurs de langues indo-européennes. Mais n’oublions pas qu’à cette époque, on avait tendance à penser que la langue était une composante de l’identité d’un peuple aussi immuable que ses traits physiques. On est revenu de cette vision… pour tomber aujourd’hui dans l’excès inverse, où des chercheurs considèrent que les langues circulent et s’étendent indépendamment de mouvements de migration ou d’invasion. Bon, là aussi, on commence à corriger le tir: les études génétiques tendent à montrer que la diffusion des langues indo-européennes, depuis la steppe russo-ukrainienne, a bien à voir avec des mouvements de population, pas toujours dénués de violence, même s’il ne faut pas imaginer des surhommes blonds aux yeux clairs arrivant sur des chars et soumettant les indigènes.
               
              Il n’en demeure pas moins que Michelet essentialise les Sémites et les Indo-germaniques. Aux seconds “le génie héroïque, celui de l’art et de la législation“, et aux premiers “l’esprit d’industrie, de navigation, de commerce“. Convenez avec moi que c’est ridicule: l’une des plus anciennes législations connues est due à Hammourabi, roi de Babylone d’origine amorrite, un peuple de langue… sémitique! Quant à la navigation, les Grecs “indo-germaniques” n’ont rien à envier aux Phéniciens sémites. De même, Christophe Colomb ou Magellan ne sont pas réputés sémites. 
               
              [D’ailleurs De Gaulle lui même parle de la “race française”, je crois, dans un sens qui sans aucun doute réfère non pas à une origine ethnique mais à un caractère, une culture, un tempérament.]
              Je ne connais pas assez la pensée gaullienne pour répondre. Tout ce que je sais, c’est que Peyrefitte attribue la citation suivante au général:
              “C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne.”
              Mais est-ce exact? Ou est-ce que Peyrefitte a extrapolé à partir d’éléments prononcés par de Gaulle? En tout cas, si la phrase a été effectivement prononcée, le général semble ici utiliser le mot “race” dans un sens biologique, pour le coup, faisant référence à l’apparence physique.

            • Descartes dit :

              @ Carloman

              [Sur le site de l’ATILF, on trouve cette définition qui me paraît assez bien résumer l’idée:
              “Ensemble de personnes qui présentent des caractères communs dus à l’histoire, à une communauté, actuelle ou passée, de langue, de civilisation sans référence biologique dûment fondée.” Vous noterez le “sans référence biologique dûment fondée”, autrement dit la parenté peut être en partie ficitive. Voilà qui plaira à notre hôte.]

              Je ne suis pas sûr que cela me « plaise ». Ainsi définie, on ne voit pas très bien ce qui différentie le concept de « race » de celui de « peuple ». Or, il est utile de maintenir la différence entre les deux concepts. Et la différence réside précisément cette « référence biologique ». Un étranger peut intégrer un « peuple » différent de celui dans lequel il est né, en adoptant une langue, une civilisation, une parenté fictive. Mais on ne peut intégrer une « race » dans laquelle on n’est pas né.

              Cela étant dit, je pense comme P2R que le sens du mot « race » a beaucoup changé, et que les auteurs comme Michelet (ou même le De Gaulle des années 1930-40) donnaient au terme un sens bien plus extensif, proche comme vous le dites de l’idée de « peuple », tout en essentialisant certains éléments culturels.

              [« D’ailleurs De Gaulle lui même parle de la “race française”, je crois, dans un sens qui sans aucun doute réfère non pas à une origine ethnique mais à un caractère, une culture, un tempérament. » Je ne connais pas assez la pensée gaullienne pour répondre. Tout ce que je sais, c’est que Peyrefitte attribue la citation suivante au général:
              “C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne.”]

              On notera qu’il s’agit d’une formule utilisée dans une conversation, et non un discours où un écrit, ou chaque mot est pesé. « Race blanche » ? C’est là vraiment une caractérisation très générale, qui fait plus référence à une apparence générale qu’autre chose : il y a des arabes « blancs »… Ce qui est notable dans la formule est que De Gaulle sépare l’apparence de la « culture » et de la « religion », deux éléments qu’il met en équivalence avec l’apparence physique.

              Je pense que cette formule doit être lue comme faisant référence à un héritage. La France cesserait d’être la France dès lors qu’un nombre trop considérable de ses habitants ne partagerait pas cet héritage à la fois d’un aspect, d’une culture, d’une tradition religieuse.

  5. pam dit :

    peut-etre que l’avis d’un participant de la fête, habitué qui plus est, peut être utile ?
    non, ce n’était pas la fête à Melenchon, ca ce n’est que le narratif médiatique qui fait partie de la bataille anticommuniste tout à fait classique. Les porteurs de teeshirt Melenchon étaient peu nombreux, évidement très visible, c’était le but, mais étaient loin de 1% des participants. Et comme d’habitude, ceux qui montent, organisent et font vivre la fête sont les communistes.Le “meeting” de Mélenchon dans son stand bénéficie de photos survalorisantes donnant l’impression que toute la fête y était, or ce n’était qu’un stand, grand comme des dizaines d’autres, et certes des allées pleines devant, mais sur un surface mesurable 5 fois plus petite que celle de la grande scène. L’évènement de la fête est la défaite des opposants internes à Roussel, qui fait suite à leur défaite au congrès et à l’élection interne. L’immense majorité de stands de fédération ou de parti avaient l’affiche de campagne de Roussel, et le meeting, 40 000 personnes sur la grande scène, une franc succès. Oui, il a choisi de ne pas faire un discours de campagne mais de mobilisation sur le pouvoir d’achat. On peut en discuter, mais je partage le souci de combattre dans la campagne elle-même la délégation de pouvoir qui a été au coeur de la défaite de la gauche historique issue du programme commun. C’est le sens de son choix de dire “ne pas attendre 2027, lutter tout de suite, à chaque occasion, journées syndicales, gilets jaunes, initiatives locales…”
    L’insulte traitant Roussel de LePen me rappelle la bataille contre Marchais traité de collabo. C’est le caniveau fascisant du débat public. Le 40°eme congrès du PCF a fait un pas en avant vers la reconstruction communiste et la sortie de la longue et lente agonie de la gauche dans laquelle le PCF s’était enlisé. A tous ceux qui ont une culture marxiste léniniste, c’est le moment, la crise du capitalisme est profonde, et contrairement à 1914, l’enjeu n’est pas une guerre impérialiste, mais la capacité du monde multipolaire à museler la violence atlantiste. La défaite des USA en Iran, tout comme son échec en Ukraine, sont éclairantes. Nous vivons bien l’époque des révolutions… Le PCF en reconstruction a besoin de toutes les forces communistes, car ce qui freine le développement des luttes, c’est le sentiment que personne n’est capable d’organiser la société autrement. Ce qui manque, c’est le socialisme et son parti. 
     
     

    • Descartes dit :

      @ pam

      [peut-etre que l’avis d’un participant de la fête, habitué qui plus est, peut être utile ?]

      Mais certainement, tous les avis sont ici les bienvenus.

      [non, ce n’était pas la fête à Melenchon, ca ce n’est que le narratif médiatique qui fait partie de la bataille anticommuniste tout à fait classique.]

      Si je crois le témoignage de quelques copains qui y vont encore, ce n’est pas exact. Mais cela n’a pas d’importance. La question a se poser est : pourquoi les a-t-invité ? Pourquoi donner une tribune à ceux qui ont comparé Roussel à Doriot et chantent « Roussel n’est pas un camarade » ? Pourquoi permettre aux médias de dérouler ce narratif médiatique ? Que je sache, les « insoumis » n’invitent jamais le PCF a ouvrir un stand dans leurs fêtes, ni leur permettent d’organiser des meetings particuliers.

      [Les porteurs de teeshirt Melenchon étaient peu nombreux, évidement très visible, c’était le but, mais étaient loin de 1% des participants.]

      Un seul, c’est déjà trop. Je répète : je ne comprends pas pourquoi on les a invités. Autrefois – et je suis bien placé pour le savoir – on n’aurait pas permis à quiconque de faire un pied de nez aux militants communistes. Pourquoi le tolère-t-on aujourd’hui ? Qu’est ce qu’on a à y gagner ?

      [Et comme d’habitude, ceux qui montent, organisent et font vivre la fête sont les communistes.]

      Moins qu’autrefois, la fête se professionnalise de plus en plus. Mais passons. C’est justement parce que ceux qui montent, organisent et font vivre la fête sont les militants communistes, que leur direction ne devrait pas tolérer qu’on les insulte chez eux.

      [Le “meeting” de Mélenchon dans son stand bénéficie de photos survalorisantes donnant l’impression que toute la fête y était,]

      C’est l’Humanité qui le dit, pourtant. Pensez-vous que le journal nous ment ?
      Je ne sais si toute la fête y était ou pas, mais je ne peux que constater que les photos et les articles publiés par l’Humanité donnent cette impression. Et encore une fois, pourquoi prendre ce risque ? Pourquoi le PCF donne une tribune, aussi petite soit-elle, à un personnage qui nous crache à la gueule ?

      [L’évènement de la fête est la défaite des opposants internes à Roussel, qui fait suite à leur défaite au congrès et à l’élection interne. L’immense majorité de stands de fédération ou de parti avaient l’affiche de campagne de Roussel, et le meeting, 40 000 personnes sur la grande scène, une franc succès.]

      J’aimerais le croire…

      [Oui, il a choisi de ne pas faire un discours de campagne mais de mobilisation sur le pouvoir d’achat.]

      Ce n’est pas le choix du sujet qui me choque, c’est le contenu. On peut aborder la question du pouvoir d’achat sérieusement. Faire croire qu’on va faire augmenter le pouvoir d’achat en occupant les préfectures, c’est se foutre du monde.

      [On peut en discuter, mais je partage le souci de combattre dans la campagne elle-même la délégation de pouvoir qui a été au coeur de la défaite de la gauche historique issue du programme commun.]

      Pitié, on ne va pas recommencer avec les vieilles lunes de la « délégation de pouvoir »… Regardons la réalité en face. D’abord, « la gauche historique issue du programme commun » a été défaite en 1974, non à cause d’une « délégation de pouvoir », mais parce que l’influence communiste était trop puissante et que cela faisait peur à l’électorat centriste. Elle gagnera les élections en 1981 parce que Mitterrand apparaissait assez fort par rapport au PCF pour pouvoir cantonner les communistes dans un rôle secondaire et faire la politique souhaitée par les classes intermédiaires. Et c’est exactement ce que Mitterrand a fait, tout en essayant de garder à bord les couches populaires… jusqu’au jour où, la situation économique aidant, il a fallu faire des choix. Et ce jour-là, Mitterrand a choisi.

      La « délégation de pouvoir » n’a joué aucun rôle là-dedans. Je sais que le dogme voudrait que si le peuple s’était engagé directement au lieu de faire confiance au gouvernement, l’issue aurait été différente. Mais c’est là un mythe. C’est une pure question de rapport de forces. Il n’y a qu’à regarder ce qui s’est passé dans l’ensemble des pays développés. TOUS les partis communistes, sans exception, ont vu leur influence s’évanouir, alors qu’ils ont fait des choix et venaient de cultures politiques très différentes. Pourquoi, à votre avis, personne n’a eu l’idée brillante d’en finir avec la « délégation de pouvoir » ?

      [C’est le sens de son choix de dire “ne pas attendre 2027, lutter tout de suite, à chaque occasion, journées syndicales, gilets jaunes, initiatives locales…”]

      Mais ce n’est pas ce qu’il a dit. Je l’ai entendu distinctement dire « occupez les lieux de pouvoir »… quel rapport avec les journées syndicales, avec les initiatives locales, avec les gilets jaunes ?

      [L’insulte traitant Roussel de LePen me rappelle la bataille contre Marchais traité de collabo. C’est le caniveau fascisant du débat public.]

      Tout à fait. Mais à l’époque, on n’invitait pas à la fête de l’Huma les gens qui traitaient Marchais de collabo. Et si l’un d’eux s’était risqué à venir, on lui aurait cassé la gueule ou tout au moins on l’aurait mis dehors.

      [Le 40°eme congrès du PCF a fait un pas en avant vers la reconstruction communiste et la sortie de la longue et lente agonie de la gauche dans laquelle le PCF s’était enlisé.]

      Je ne le conteste pas. Mais contrairement à la légende de Saint Denis, dans cette affaire il n’y a pas que le premier pas qui coûte. La reconstruction communiste passe aussi par le retour critique sur les dérives gauchistes. Et je crains que de ce point de vue le discours de Roussel n’aille pas dans la mauvaise direction. Et je pèse mes mots.

      [A tous ceux qui ont une culture marxiste léniniste, c’est le moment, la crise du capitalisme est profonde,]

      C’est ce que mon arrière grand-père racontait à mon père quand il était petit. J’ai entendu cela toute ma vie, et mon père avant moi. Faut croire que le capitalisme s’est habitué à vivre une crise profonde en permanence…

      [Nous vivons bien l’époque des révolutions…]

      C’est ce que Marchais disait dans les années 1980… moi je dirais plutôt que nous vivons le temps des contre-révolutions.

      [Le PCF en reconstruction a besoin de toutes les forces communistes, car ce qui freine le développement des luttes, c’est le sentiment que personne n’est capable d’organiser la société autrement.]

      Pardon, mais ce n’est pas là un « sentiment », c’est une réalité. Imaginez ce qui arriverait si demain Roussel était à l’Elysée et il y avait une majorité communiste à l’Assemblée… vous pensez vraiment que le PCF a aujourd’hui une idée claire sur la manière d’organiser la société ? La simple lecture des textes de congrès vous montre le contraire. Pour ne pas aller plus loin, relisez les statuts : vous trouverez une suite d’aberrations, de contradictions, de règles impossibles. Et si l’on n’est pas capable d’organiser le fonctionnement du Parti, pensez-vous qu’on serait capables d’organiser l’Etat ?

      Le PCF a abandonné depuis longtemps la réflexion sur le réel, parce qu’on refuse de faire des choix. Prenez la question de l’accès à l’université. Le PCF est-il prêt à instaurer une sélection à l’entrée des différentes carrières ? Et si la réponse est « non », comment réguler pour que le nombre d’étudiants formés corresponde aux besoins du pays ? Je n’ai pas trouvé de réponse à cette question dans les publications du Parti. Je n’ai trouvé aucun dirigeant capable de répondre à cette question. Et la raison est simple : c’est parce qu’on préfère caresser dans le sens du poil les jeunes plutôt que faire face aux réalités.

  6. bernard dit :

    Bonsoir 
    oui le discourt de Roussel n’etait pas structuré c’etait un catalogue de syndicaliste ça ressemble a du désespoir ,il semble courir aprés l’actualité pour meubler l’instant 

    • Descartes dit :

      @ bernard

      [oui le discourt de Roussel n’etait pas structuré c’etait un catalogue de syndicaliste ça ressemble a du désespoir ,il semble courir aprés l’actualité pour meubler l’instant]

      Je pense que Roussel est coincé entre deux contraintes. D’une part, réfonder un discours communiste, projet qui ne peut donner de résultats que dans le long terme; et d’autre part obtenir des résultats à court terme – sans quoi il risque d’être éjecté par l’appareil – ce qui l’oblige à jouer les démagogues.

  7. pam dit :

    “C’est l’Humanité qui le dit, pourtant. Pensez-vous que le journal nous ment ?”

    oui, le journal, tout du moins sa direction politique, mène malheureusement une bataille contre l’orientation du 38eme congrès, il faut se rappeler la une avec Mélenchon sur toute la page le lundi en pleine négociation non encore conclue de la NUPES… J’ai arrêté mon abonnement le lendemain.On retrouve la même orientation d’ailleurs dans la plupart des médias, autour de l’idée d’un holdup de Mélenchon, l’huma étant comme toujours tout à fait confirmer aux idées dominantes.Donc, il faut demander aux communistes qui étaient présents leur sentiment.  

    Le PCF est-il prêt à instaurer une sélection à l’entrée des différentes carrières ?

    exemple qui demande débat. Oui le PCF est encore marqué par quelques décennies de confusion avec la gauche et de peur de se démarquer. Cela laisse des traces, mais sur de nombreux sujets, et dernièrement sur le plus important de la guerre, Roussel détonne.Mais sur la sélection à l’entrée l’université, je ne crois pas que ce soit un bon exemple.D’abord parceque le lien entre le cursus universitaire et le premier métier est très lache… J’ai été enseignant dans une grande école, très sélective, et pourtant, j’ai vu de jeunes ingénieurs informatique se lancer dans la permaculture, ou la musique…
    Dans la version formation continue de cette école, on trouvait des étudiants diplomés en biologie, en sport qui tentait une reconversion vers un métier jugé (à l’époque, tout va très vite) porteur
    Et tout cela ne peut que s’accélérer avec les révolutions technologique en cours, qui vont redonner plus d’importance aux compétences culturelles, d’expression, de relations… alors qu’il devient presqu’inutile d’apprendre à coder (enfin, pour en faire un métier, le codage, au sens de la conception d’un calcul, est sans doute une compétence de base lire, écrire, compter, coder…)
    Donc, peut-on raisonnablement considérer que l’université peut définir le volume d’emploi à 5 ans dans tel ou tel secteur ? Ou ne faut-il pas au contraire considérer que les différentes filières, scientifiques, technologiques, littéraires, juridiques… doivent toutes former d’abord des gens capables d’apprendre, de penser, d’organiser, et que les passerelles et bifurcations doivent se multiplier pour permettre des parcours de réussite qui tiennent compte de l’évolution de chacun…
    On peut combiner des formations professionnalisantes aux différents niveaux avec des places limitées pour des raisons d’efficacité (et donc une entrée sélective), et des formations ouvertes sans sélection, à condition de donner les moyens nécessaires aux universités, et de multiplier les actions favorisant les flux vers les filières dont le potentiel est jugé essentiel au développement du pays (industrie notamment), parcequ’elles sont rendues attractives par les conditions d’études, si besoin, le présalariat d’une part des étudiants…Cela dit, ce point n’est discuté dans aucun texte du PCF à ma connaissance. Mais le chantier de la reconstruction du PCF est immense et Roussel a bien raison de dire que c’est une stratégie à 15 ans…

    • Descartes dit :

      @ pam

      [« C’est l’Humanité qui le dit, pourtant. Pensez-vous que le journal nous ment ? » oui, le journal, tout du moins sa direction politique, mène malheureusement une bataille contre l’orientation du 38eme congrès,]

      Alors il faut le dire clairement, et pas faire comme si tout allait bien, madame la marquise. Pourquoi Roussel appelle les communistes à soutenir acritiquement un journal qui fait campagne contre la politique du PCF ?

      [« Le PCF est-il prêt à instaurer une sélection à l’entrée des différentes carrières ? » exemple qui demande débat.]

      Mais pourquoi à votre avis ce débat n’a pas lieu ? Alors que la question se pose au moins depuis quarante ans, on n’est toujours pas près de l’entamer. Pourquoi ? Parce qu’entamer ce débat obligerait à trancher entre la réalité, qui impose ses contraintes, et l’illusion qu’on peut faire plaisir à tout le monde ou presque sans léser personne. Et qu’on préfère rester dans l’illusion. Il est plus facile aux jeunes communistes d’expliquer que chacun pourra faire ce qu’il veut sans frais, plutôt que d’expliquer que la réalité étant ce qu’elle est, les contraintes sont inévitables.

      [Oui le PCF est encore marqué par quelques décennies de confusion avec la gauche et de peur de se démarquer. Cela laisse des traces, mais sur de nombreux sujets, et dernièrement sur le plus important de la guerre, Roussel détonne. Mais sur la sélection à l’entrée l’université, je ne crois pas que ce soit un bon exemple. D’abord parce que le lien entre le cursus universitaire et le premier métier est très lache…]

      Ah bon ? C’est drôle, je ne connais guère des sociologues qui aient occupé un premier poste d’ingénieur, des historiens qui aient pris un premier poste de chirurgien. Mais admettons que vous ayez raison, et que la majorité des travailleurs poursuive une carrière dans un domaine sans rapport avec sa formation. Il resterait la question de l’efficacité du dispositif. Un ingénieur peut poursuivre une carrière de journaliste, mais est-ce qu’une telle logique utilise au mieux les ressources disponibles ?

      Il ne faut tout de même pas exagérer : ou bien on pense que la formation reçue n’a aucun rapport avec le métier qu’on peut faire après – et dans ce cas on voit mal pourquoi l’université offre des parcours différents, on pourrait parfaitement se contenter d’un tronc commun solide de culture générale ; ou bien on pense qu’une formation adaptée augmente l’efficacité économique des acteurs, et dans ce cas la question de l’adaptation de l’offre aux besoins se pose.

      [J’ai été enseignant dans une grande école, très sélective, et pourtant, j’ai vu de jeunes ingénieurs informatique se lancer dans la permaculture, ou la musique…]

      Oui. Est-ce un dispositif efficient, qui utilise les ressources investies par la nation au mieux ? Est-ce efficient d’investir dans la formation d’ingénieurs en informatique pour qu’ils se consacrent ensuite à la musique ? N’est-il plus rationnel de leur financer une formation au Conservatoire ?

      [Dans la version formation continue de cette école, on trouvait des étudiants diplômés en biologie, en sport qui tentait une reconversion vers un métier jugé (à l’époque, tout va très vite) porteur]

      Là encore, on peut s’interroger sur l’efficacité du dispositif. Former un prof de sport, cela coûte. Est-il raisonnable de financer une telle formation pour ensuite devoir financer un parcours de reconversion ?

      [Et tout cela ne peut que s’accélérer avec les révolutions technologique en cours, qui vont redonner plus d’importance aux compétences culturelles, d’expression, de relations… alors qu’il devient presqu’inutile d’apprendre à coder (enfin, pour en faire un métier, le codage, au sens de la conception d’un calcul, est sans doute une compétence de base lire, écrire, compter, coder…)]

      De grâce, évitons les lieux communs. On voit mal en quoi « les révolutions technologiques en cours » donneraient plus d’importance « aux compétences culturelles ». En quoi la recherche en bibliothèque nécessite moins de « compétences culturelles » que la recherche sur ChatGPT ? Expliquez-moi en quoi « les révolutions technologiques en cours » donneront plus de poids aux compétences d’expression ou de relation…

      Que l’enseignement – surtout universitaire – doive plus insister sur l’acquisition de méthodes, de structures, d’une culture organisée plutôt que sur des techniques, je suis d’accord. Mais cela n’a absolument rien à voir avec la question de la sélection.

      La sélection est indispensable pour deux raisons. La première, c’est qu’il faut bien un mécanisme qui régule l’offre de compétences pour l’adapter à la demande. Si chacun a le libre choix de sa formation, il ne faut pas s’étonner si à la sortie une bonne partie des diplômés ne trouve pas de travail correspondant à sa formation. Si chacun est libre de choisir le métier de chef d’orchestre, il n’y a aucune raison qu’à la sortie il y ait suffisamment d’orchestres à diriger. Or, former des chirurgiens qui n’opéreront jamais, cela a un coût très important. Est-ce rationnel de gâcher des ressources mais aussi des années d’études ?

      La deuxième raison, c’est que nous avons un système d’enseignement et de formation massifié. Et qu’il est difficile d’enseigner efficacement à une masse hétérogène. Un professeur de littérature dont un tiers de la classe ne sait lire correctement, un tiers lit moyennement, et un tiers lit parfaitement peut difficilement adapter son enseignement. Soit il enseigne pour les meilleurs, et les autres sont largués, soit il enseigne pour le dernier tiers et les autres gâchent leurs possibilités. La sélection échelonné permet d’assurer une certaine homogénéité dans les différentes enceintes.

      [Donc, peut-on raisonnablement considérer que l’université peut définir le volume d’emploi à 5 ans dans tel ou tel secteur ?]

      Avec une certaine approximation, oui. Il y aura des erreurs et des ajustements, comme dans toute prévision. Mais il est toujours plus économique de faire une prévision et ensuite la corriger à la marge, que de naviguer sans boussole. L’idée que parce qu’on ne peut faire une prévision exacte inutile de faire une prévision du tout me paraît néfaste.

      [Ou ne faut-il pas au contraire considérer que les différentes filières, scientifiques, technologiques, littéraires, juridiques… doivent toutes former d’abord des gens capables d’apprendre, de penser, d’organiser, et que les passerelles et bifurcations doivent se multiplier pour permettre des parcours de réussite qui tiennent compte de l’évolution de chacun…]

      Mais dans ce cas, pourquoi maintenir « des filières différentes » ? On n’a qu’à définir un tronc commun formant « des gens capables d’apprendre, de penser, d’organiser », et les laisser se débrouiller ensuite. Si l’on peut étudier de l’informatique et ensuite travailler dans la permaculture, si l’on peut étudier la biologie et ensuite faire de la musique, pourquoi persister à faire des filières différentes ?

      Reste la problématique de l’homogénéité. Dès lors que vous avez un système massifié, où l’enseignant doit adapter son niveau pour capter l’attention d’un groupe nombreux, vous avez besoin de garder à ce groupe un niveau homogène. Comment faites vous pour obtenir cette homogénéité autrement que par la sélection ?

      [On peut combiner des formations professionnalisantes aux différents niveaux avec des places limitées pour des raisons d’efficacité (et donc une entrée sélective), et des formations ouvertes sans sélection, à condition de donner les moyens nécessaires aux universités,]

      Pourriez-vous donner un exemple de ce que vous appelez une « formation professionnalisante », et un autre de ce que vous appelez « formation ouverte » ?

      [et de multiplier les actions favorisant les flux vers les filières dont le potentiel est jugé essentiel au développement du pays (industrie notamment), parce qu’elles sont rendues attractives par les conditions d’études, si besoin, le présalariat d’une part des étudiants…]

      Autrement dit, plutôt qu’une sélection par le mérite, vous proposeriez un mécanisme de marché. On rendrait plus attractives les formations auxquelles on voudrait orienter les étudiants, et on laisserait le marché réguler. J’ai bien compris ? Autrement dit, on donnerait aux apprentis sociologues ou historiens des amphis exigus et non chauffés ?

      [Cela dit, ce point n’est discuté dans aucun texte du PCF à ma connaissance.]

      Et vous ne vous demandez pas pourquoi ? Un sujet qui se pose au moins depuis quarante ans, qui provoque un psychodrame annuel, qui intéresse massivement les jeunes, et aucun texte du PCF ne l’aborde. N’est-ce pas étonnant ?

      [Mais le chantier de la reconstruction du PCF est immense et Roussel a bien raison de dire que c’est une stratégie à 15 ans…]

      Je ne demande pas que la reconstruction soit achevée en un jour. Mais c’est au début du chemin qu’on fait les choix les plus importants. Si l’on fait le choix de refuser le débat sur les sujets qui fâchent de peur de se laisser dépasser par les démagogues, on aura beaucoup de mal ensuite à revenir dessus. Toute reconstruction nécessite une rupture. Au 38ème congrès on a changé les équipes, c’est déjà bien. On a changé quelques orientations, c’est déjà mieux. Mais on n’a toujours pas rompu avec l’idéologie néfaste qui enferme le Parti dans une forme de « politiquement correct » qui condamne à répéter des slogans sans jamais rentrer dans le vif du débat, d’aborder le réel dans toute sa complexité.

      Un autre commentateur m’a encouragé à revenir au PCF, et d’une certaine façon dans votre commentaire fous faisiez un appel du pied dans ce sens. Je vais vous dire pourquoi, du moins pour le moment, je ne reviendrai pas. Je ne reviendrai pas parce que je sais que je n’aurais aucune liberté de débat. Nous pouvons sur ce blog discuter amicalement de la question de la sélection. Mais posez la question comme je la pose ici en interne, dans une réunion du Parti, et vous verrez ce qui vous arrive. Et ce qui est vrai pour un sujet finalement aussi inoffensif que la sélection à l’université l’est encore plus des sujets plus graves comme la sécurité, l’immigration, l’Europe, la défense, la nation. Le principal ennemi des communistes aujourd’hui, c’est le conformisme, c’est l’incapacité à exercer la saine discipline cartésienne du “doute systématique” contre le dogme. J’ai milité des années dans ce système, et j’estime avoir déjà donné.

      • Lafleur dit :

        @ Descartes
        [Nous pouvons sur ce blog discuter amicalement de la question de la sélection. Mais posez la question comme je la pose ici en interne, dans une réunion du Parti, et vous verrez ce qui vous arrive. Et ce qui est vrai pour un sujet finalement aussi inoffensif que la sélection à l’université l’est encore plus des sujets plus graves comme la sécurité, l’immigration, l’Europe, la défense, la nation. Le principal ennemi des communistes aujourd’hui, c’est le conformisme, c’est l’incapacité à exercer la saine discipline cartésienne du “doute systématique” contre le dogme. ]
        Le sujet n’est pas la sélection en soi. C’est l’orientation et le collège unique. C’est le tri social et la reproduction par héritage et le diplôme comme visa de classe supérieure.
        Je ne dirais pas du conformisme. Je dirais plutôt que cela entretient de la confusion. 
        Notre problématique politique est : comment sélectionner, dès lorsqu’une sélection est objectivement nécessaire, sans transformer les inégalités sociales en inégalités scolaires, puis les inégalités scolaires en hiérarchie sociale ?
         
        C’est à mon sens cette question que le PCF devrait affronter beaucoup plus frontalement.
        Le PCF est très claire contre la sélection généralisée par essence et contre Parcoursup. Mais il laisse effectivement davantage dans l’ombre la question de la différenciation des parcours et de la reconnaissance des aptitudes. Le PCF soutient que le problème est celui de la capacité d’accueil et de la planification des formations.
        Le PCF parle de « spécialiser sans hiérarchiser », ce qui est une bonne formule, mais qui ne constitue pas encore une théorie complète de l’orientation et peut être confuse.
        Il faut distinguer sélection et tri social. L’éducation nationale fait de plus en plus de tri social et ne sélectionne rien. Et Parcoursup n’a rien arrangé : au contraire. La sélection peut avoir une fonction rationnelle. La vraie question n’est donc pas : « sélection ou pas sélection ? » mais : « Qui sélectionne ? Sur quels critères ? À quel moment ? Avec quelles garanties ? Et que devient celui qui n’est pas retenu ? »
        Parce qu’une société socialiste aurait elle aussi besoin de former des chirurgiens, des ingénieurs, des chercheurs, des enseignants, des techniciens, des artistes, etc. Elle ne peut pas considérer que toutes les formations sont indifférenciées. Et surtout, nier les différences d’aptitudes, de goûts, de travail et de résultats n’est pas nécessairement égalitaire. Cela peut même produire une autre forme d’injustice : empêcher un jeune particulièrement doué pour les mathématiques, la mécanique, la musique, la médecine ou la recherche de développer pleinement ses capacités.
        Le PCF explique aujourd’hui que la prétendue méritocratie peut reproduire les inégalités sociales : origine familiale, maîtrise des codes scolaires, conditions de logement, ressources culturelles, accompagnement parental, établissements fréquentés, etc. Sur ce point, difficile de lui donner tort. Le travail accompli, les connaissances acquises, les compétences démontrées et la capacité à progresser restent des réalités objectives. La difficulté est donc de construire un système capable de mesurer cela sans mesurer principalement l’origine sociale.
        Il faudrait donc réfléchir de passer d’une sélection sociale des individus à une orientation des capacités, organisée par des décisions politiques en fonction à la fois des aspirations individuelles, des aptitudes acquises et des besoins collectifs. 
        Si nous sélectionnons très tôt, nous sélectionnons énormément l’environnement familial. À 11, 12 ou 13 ans, les performances scolaires sont encore très fortement dépendantes des conditions sociales et familiales. Donc la société devrait chercher à retarder autant que possible les orientations irréversibles, tout en développant très tôt les différents talents. Cela permet d’avoir une sélection par les capacités. 
        Pour cela, il faudrait donc une orientation active et progressive, avec des enseignants, des conseillers, des psychologues, des professionnels et une connaissance réelle des aptitudes de l’élève. Pas une orientation bureaucratique. Pas une orientation familiale. Pas une orientation par le marché. Et pas non plus une orientation automatique selon les notes. Sinon Macron serait une personne brillantissime !
        Ce qui manque davantage, à mon sens, c’est la théorie de l’articulation entre égalité et différenciation. En effet, l’égalité ne consiste pas à empêcher les différences de capacités de s’exprimer ; elle consiste à supprimer les rapports sociaux qui transforment ces différences en privilèges de classe.
        Enfin, Cuba est beaucoup plus proche d’une logique de sélection publique et planifiée, tandis que la Chine conserve un système très fortement fondé sur la compétition aux examens, même si elle multiplie les voies et les dispositifs de compensation. A Cuba, tout le monde doit pouvoir accéder à la formation supérieure, mais tout le monde n’est pas nécessairement destiné à la même formation, et certaines aptitudes particulières doivent être repérées et développées. C’est une différence fondamentale avec une logique de sélection française classique : l’examen ne sert pas seulement à éliminer ; il sert aussi à ordonner les possibilités d’accès. Et surtout, Cuba développe parallèlement des voies de reconnaissance des aptitudes. En 2025, le ministère chinois fixait explicitement comme principes de l’admission : compétition équitable, sélection impartiale, transparence, avec évaluation globale des élèves et admission selon les résultats et les critères publiés. La Chine ne considère pas que l’égalité implique de supprimer la sélection. Elle essaie plutôt d’avoir plusieurs mécanismes. Le modèle chinois ne repose pas sur une sélection permanente dès l’enfance, mais sur une éducation obligatoire relativement commune, le développement progressif des aptitudes, une différenciation graduelle des parcours et une sélection plus forte au moment de l’accès aux formations supérieures.
        Et à mon avis, c’est une excellente problématique pour le PCF. Elle permet même de réhabiliter une notion que le discours communiste utilise parfois avec gêne : l’excellence. Non pas l’excellence comme privilège d’une élite sociale, mais comme développement maximal des capacités humaines de chacun et répondre aux besoins. L’objectif devrait être de permettre à chacun de devenir le meilleur qu’il puisse devenir dans le domaine où ses capacités, son travail et ses aspirations peuvent le conduire. Cela permet de sortir de la conception bourgeoise du mérite sans tomber dans le nivellement.
         
         

        • Descartes dit :

          @ Lafleur

          [Le sujet n’est pas la sélection en soi.]

          Pardon, mais si, le sujet est bien la sélection en soi. Lisez les papiers de la JC ou de l’UEC, et vous trouverez un rejet de la sélection, de TOUTE sélection, et la revendication d’une liberté totale dans le choix de son orientation. Essayez à l’intérieur du Parti d’aller contre cette revendication, et vous aurez de la chance si vous évitez le goudron et les plumes.

          [C’est l’orientation et le collège unique. C’est le tri social et la reproduction par héritage et le diplôme comme visa de classe supérieure. (…) Notre problématique politique est : comment sélectionner, dès lorsqu’une sélection est objectivement nécessaire, sans transformer les inégalités sociales en inégalités scolaires, puis les inégalités scolaires en hiérarchie sociale ?]

          Si vous posez la question in abstracto, vous avez raison. Mais si vous vous souciez du concret, le problème est différent. Nous vivons dans une société structurellement inégalitaire, et tout mécanisme de reproduction sociale tend à reproduire cette inégalité. Et cette reproduction bénéficie d’un consensus très large, parce que chaque parent veut que son enfant hérite son statut social. Personne ou presque n’est prête à prendre le risque d’un système qui rebattrait les cartes à chaque génération. Soyez honnête : vous souhaitez que vos enfants conservent le rang social qui est le vôtre, voire montent un échelon de plus dans l’échelle. Accepteriez-vous de bon cœur un système qui mettrait votre enfant en concurrence avec les autres et que le meilleur gagne ? Bien sûr, tous vos amis communistes vous expliqueront qu’ils voudraient une école de l’égalité des chances… et tous utilisent leur argent et leurs relations pour donner à leurs enfants le meilleur départ possible dans la course ! Combien de fois j’ai entendu, après un éloge de l’école publique et de l’égalité de chances, un ami m’expliquer qu’il envoie ses enfants à l’école privée parce que, tu comprends, c’est important qu’ils aient un bon départ dans la vie…

          Imaginer que la sélection pourrait ne pas reproduire la hiérarchie sociale est un rêve. Ce qu’on peut demander à un système de sélection, c’est d’obliger l’élite à se légitimer par le savoir. Là où une sélection par l’argent ou les réseaux fabrique une élite ignorante, la sélection méritocratique oblige l’élite à se cultiver. Et accessoirement, la sélection méritocratique offre des opportunités – toujours limitées, bien entendu – à ceux qui, venant de milieux modestes, sont prêts à investir du temps, de l’effort, de la discipline.

          [C’est à mon sens cette question que le PCF devrait affronter beaucoup plus frontalement. Le PCF est très claire contre la sélection généralisée par essence et contre Parcoursup. Mais il laisse effectivement davantage dans l’ombre la question de la différenciation des parcours et de la reconnaissance des aptitudes. Le PCF soutient que le problème est celui de la capacité d’accueil et de la planification des formations.]

          Autrement dit, il glisse sur la pente des moyens infinis : quand les moyens sont illimités, on peut accueillir tout le monde, donner à chacun une place dans la formation de ses rêves, et tout le monde est content. Mais c’est là une manière d’éluder le véritable problème : on arrive au royaume de la liberté sans passer par le royaume de la nécessité.

          Le PCF dans cette affaire a une vision magique, dans laquelle la régulation se fait d’elle-même, où spontanément la production de diplômes et les nécessités de la société s’accorderont. Parce qu’à moyens illimités, on peut laisser les étudiants choisir et tout le monde trouvera ensuite un emploi conforme à ses désirs. On est dans un monde d’abondance infinie, alors pourquoi se priver ?

          Tout ça n’est pas sérieux. Nous vivons bien dans le royaume de la nécessité, autrement dit, un monde matériel où les biens doivent être produits et sont donc en quantité finie, et où il faut donc faire des choix. Et dans ce monde-là, tous les désirs ne sont pas satisfaits.

          [Le PCF parle de « spécialiser sans hiérarchiser », ce qui est une bonne formule, mais qui ne constitue pas encore une théorie complète de l’orientation et peut être confuse.]

          C’est une formule creuse, comme on en trouve de plus en plus dans la politique en général et au PCF en particulier. Les hiérarchies sont inévitables : on n’investit pas le même effort pour devenir chirurgien que pour devenir caissier de supermarché. Il y a donc là déjà une hiérarchie de l’effort. Et une telle hiérarchie ne peut pas ne pas se traduire dans la paye – sans quoi vous n’aurez pas assez de médecins, parce que le nombre d’étudiants qui se casseront le cul pour faire neuf ans d’étude pour gagner le même salaire qu’un caissier, je n’en connais pas beaucoup.

          La hiérarchisation est le fondement de toute constitution sociale. Faire de la politique, c’est établir une hiérarchie des priorités. L’éducation est fondée sur une hiérarchie entre celui qui sait et celui qui ne sait pas. Imaginer qu’on pourrait construire une société sans hiérarchies, c’est de la folie.

          [Il faut distinguer sélection et tri social. L’éducation nationale fait de plus en plus de tri social et ne sélectionne rien. Et Parcoursup n’a rien arrangé : au contraire.]

          Tout à fait. Mais il faut rendre à César ce qui lui appartient. On arrive à des aberrations comme Parcoursup précisément parce qu’on refuse la sélection méritocratique. Dès lors que les moyens d’accueil sont limités, et qu’on se refuse à les repartir en fonction du mérite scolaire, il faut bien trouver un autre critère de répartition. Alors on panache le livret scolaire, la lettre de motivation, les activités associatives, le genre et l’âge du capitaine.

          [La sélection peut avoir une fonction rationnelle. La vraie question n’est donc pas : « sélection ou pas sélection ? » mais : « Qui sélectionne ? Sur quels critères ? À quel moment ? Avec quelles garanties ? Et que devient celui qui n’est pas retenu ? »]

          Sauf que si à la question « sélection ou pas sélection » vous répondez « pas sélection », comme le fait le PCF, toutes les autres questions que vous citez, aussi pertinentes soient-elles, n’ont aucune chance d’être posées.

          [Parce qu’une société socialiste aurait elle aussi besoin de former des chirurgiens, des ingénieurs, des chercheurs, des enseignants, des techniciens, des artistes, etc.]

          Oui. Et une société socialiste aura, elle aussi, des moyens limités, et sera donc obligée de réguler de manière à former des chirurgiens, des ingénieurs, des chercheurs, des enseignants, des techniciens, des artistes, etc. en fonction des besoins. Et j’attends toujours qu’on m’explique comment, au lieu de poser comme principe « pas de sélection ».

          [Le PCF explique aujourd’hui que la prétendue méritocratie peut reproduire les inégalités sociales : origine familiale, maîtrise des codes scolaires, conditions de logement, ressources culturelles, accompagnement parental, établissements fréquentés, etc. Sur ce point, difficile de lui donner tort.]

          Si le PCF se contentait de cette constatation, cela ne me poserait pas de problèmes. Le problème est que le PCF va plus loin, et tire la conclusion qu’il faut en finir avec toute sélection. Et c’est là le problème. Parce que si la « prétendue méritocratie » (personnellement, je pense que le « prétendue » est abusif) n’efface pas les inégalités sociales, elle tend à les atténuer, en tout cas beaucoup plus que les autres méthodes de sélection. Sans compter qu’elle pousse aussi les élites à se légitimer par la compétence, ce qui est dans l’intérêt de la société toute entière.

          Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt. Si la JC ou l’UEC portent le drapeau « pas de sélection », c’est parce que c’est une manière commode de faire plaisir à tout le monde. Parce que dès lors qu’on admet le principe de sélection, on est obligé d’entrer dans le débat des critères de sélection, et ce débat vous oblige à prendre position et donc à vous aliéner une partie du public. « Pas de sélection » est le genre de position qui ne vous aliène personne…

          [Le travail accompli, les connaissances acquises, les compétences démontrées et la capacité à progresser restent des réalités objectives. La difficulté est donc de construire un système capable de mesurer cela sans mesurer principalement l’origine sociale.]

          Arrêtons les bêtises. Une épreuve de mathématiques mesure la capacité des élèves à résoudre des problèmes mathématiques. Que cette capacité soit plus facile à cultiver chez les enfants dont les parents ont le moyen eux-mêmes de transmettre dans le quotidien le goût de l’effort et du travail, et qui ont l’argent pour payer des cours de soutien et autres douceurs, c’est bien possible et même probable. Mais l’épreuve, elle, mesure une réalité objective, et non « principalement l’origine sociale ».

          Si la méritocratie reproduit les hiérarchies sociales existantes, ce n’est pas parce que les épreuves au mérite mesureraient « l’origine sociale ». Le fait est que ceux qui sont en haut ont plus de moyens d’accumuler du « mérite » (et encore, quand on voit la sur-représentation des enfants d’enseignants dans les formations supérieures, on peut se le demander). Mais ce « mérite » n’est pas « prétendu », il est réel. Et c’est l’avantage de la méritocratie : le fils du médecin a plus de chances d’être médecin que le fils de l’ouvrier. Mais dans un système méritocratique, il a des chances d’être un bon médecin, parce que pour conserver son rang il a fallu qu’il acquière du « mérite ». Si au lieu d’avoir l’internat par concours on achetait les places, on aurait des médecins beaucoup moins bons…

          [Il faudrait donc réfléchir de passer d’une sélection sociale des individus à une orientation des capacités, organisée par des décisions politiques en fonction à la fois des aspirations individuelles, des aptitudes acquises et des besoins collectifs.]

          Pourriez-vous préciser ? Aujourd’hui, on accède aux écoles d’ingénieur par concours comprenant des épreuves anonymes de mathématiques, de physique, de chimie, de français. Vous me dites que cette sélection est une sélection sociale, qu’il faudrait passer à une « orientation des capacités ». Comment cela se passerait en pratique ?

          [Si nous sélectionnons très tôt, nous sélectionnons énormément l’environnement familial. À 11, 12 ou 13 ans, les performances scolaires sont encore très fortement dépendantes des conditions sociales et familiales.]

          A quel âge, selon vous, les performances scolaires cessent d’être corrélées aux « conditions sociales et familiales » ? Désolé de vous décevoir, mais les performances dépendent « de vos conditions sociales et familiales » toute votre vie…

          [Donc la société devrait chercher à retarder autant que possible les orientations irréversibles, tout en développant très tôt les différents talents. Cela permet d’avoir une sélection par les capacités.]

          Je ne sais pas ce qu’est un « talent ». Pourriez-vous donner une définition précise ? On peut discuter longtemps sur la question de savoir quel est le meilleur moment pour sélectionner et sur quels critères. Mais sommes-nous d’accord qu’il faut une forme de sélection ? Autrement dit, sommes-nous d’accord sur le fait qu’il n’existe pas un droit au « libre choix de l’orientation » ? Parce que c’est là le point de départ qui structure tout le reste du débat.

          [Pour cela, il faudrait donc une orientation active et progressive, avec des enseignants, des conseillers, des psychologues, des professionnels et une connaissance réelle des aptitudes de l’élève.]

          Je note avec curiosité que pour vous l’effort, le travail, la volonté ne comptent pas. Seule pèse « l’aptitude ». Mais en quoi consiste précisément cette « aptitude » ?

          [Pas une orientation bureaucratique. Pas une orientation familiale. Pas une orientation par le marché. Et pas non plus une orientation automatique selon les notes.]

          Je vois bien tous ces « pas », mais je ne vois pas comment fonctionne votre « orientation active et progressive ». Sans vouloir vous offenser, je trouve que vous vous réfugiez un peu trop vite dans des réflexions théoriques ou générales, et vous évitez de vous pencher sur les formes pratiques d’une politique conforme à vos objectifs. Or, c’est souvent cela que se joue le réalisme d’un projet.

          [Sinon Macron serait une personne brillantissime !]

          Pas tant que ça, finalement. Je vous rappelle que Macron a raté piteusement le concours de l’école normale. Accessoirement, Macron EST une personne brillantissime. Ou vous croyez qu’on fait le parcours qu’il a fait par hasard ? Ce qui est en cause, ce ne sont pas ses performances intellectuelles.

          [Ce qui manque davantage, à mon sens, c’est la théorie de l’articulation entre égalité et différenciation. En effet, l’égalité ne consiste pas à empêcher les différences de capacités de s’exprimer ; elle consiste à supprimer les rapports sociaux qui transforment ces différences en privilèges de classe.]

          Faudrait savoir. Plus haut, vous m’avez parlé de « spécialiser sans hiérarchiser ». Mais si vous laissez « les différences de capacités » s’exprimer, vous aurez nécessairement une hiérarchie…

          On ne peut vouloir tout à la fois. Une société a besoin d’une régulation. Elle a besoin de mécanismes qui poussent les gens vers les fonctions qui sont nécessaires à l’équilibre social. Et cela implique nécessairement d’établir des hiérarchies. L’égalité ne peut être qu’une égalité d’opportunités, et non une égalité de résultat, parce que vous ne pouvez pas encourager la rigueur, l’effort, le don de soi si celui qui s’y astreint aboutit à la même situation que celui qui ne s’y astreint pas.

          [Enfin, Cuba est beaucoup plus proche d’une logique de sélection publique et planifiée,]

          Pourriez-vous détailler ? Comment se fait la sélection à l’entrée de l’université à Cuba ? Et quelle est la qualité des professionnels ainsi sélectionnés ?

          [tandis que la Chine conserve un système très fortement fondé sur la compétition aux examens, même si elle multiplie les voies et les dispositifs de compensation. A Cuba, tout le monde doit pouvoir accéder à la formation supérieure, mais tout le monde n’est pas nécessairement destiné à la même formation, et certaines aptitudes particulières doivent être repérées et développées.]

          Ca veut dire quoi « tout le monde doit pouvoir accéder à la formation supérieure » ? Aucune condition n’est posée ? N’importe qui peut s’inscrire à l’université et a une place réservée ?

          [C’est une différence fondamentale avec une logique de sélection française classique : l’examen ne sert pas seulement à éliminer ; il sert aussi à ordonner les possibilités d’accès.]

          Pourriez-vous expliciter ce commentaire ? Comment l’examen « ordonne les possibilités d’accès » ?

          [Et surtout, Cuba développe parallèlement des voies de reconnaissance des aptitudes.]

          En quoi consiste cette « reconnaissance » ?

          [En 2025, le ministère chinois fixait explicitement comme principes de l’admission : compétition équitable, sélection impartiale, transparence, avec évaluation globale des élèves et admission selon les résultats et les critères publiés. La Chine ne considère pas que l’égalité implique de supprimer la sélection. Elle essaie plutôt d’avoir plusieurs mécanismes. Le modèle chinois ne repose pas sur une sélection permanente dès l’enfance, mais sur une éducation obligatoire relativement commune, le développement progressif des aptitudes, une différenciation graduelle des parcours et une sélection plus forte au moment de l’accès aux formations supérieures.]

          Je vous l’ai déjà dit, on peut discuter longuement sur la manière de sélectionner, les critères, les étapes de la sélection. Mais la question essentielle demeure : faut-il ou non une sélection. Le PCF répond « non ». C’est là pour moi le problème.

          Après, on a toujours tendance à penser que l’herbe est plus verte de l’autre côté de la barrière. La sélection, au risque de me répéter, est une nécessité liée à la finitude des moyens. Moins on sélectionne, et moins on peut concentrer les moyens. Autrement dit, on peut permettre à tout le monde d’aller jusqu’au doctorat, mais cela suppose d’étaler les moyens et donc d’offrir à chaque étudiant un encadrement moindre. Ou bien on peut concentrer les moyens pour offrir aux étudiants un taux d’encadrement et des infrastructures de qualité, mais alors il faut en restreindre le nombre. La question est où on met le curseur.

          Le modèle chinois est assez proche du modèle français pré-1968 : un tronc commun « relativement commun » dans l’instruction primaire, une différentiation graduelle au niveau du « premier secondaire », et un couperet au niveau du bac, c’est-à-dire, à l’entrée au supérieur.

          [Et à mon avis, c’est une excellente problématique pour le PCF. Elle permet même de réhabiliter une notion que le discours communiste utilise parfois avec gêne : l’excellence.]

          Essayez cette phrase dans une réunion de cellule ou de section, ou mieux encore, dans un débat public, et vous verrez ce qui arrive…

          [Non pas l’excellence comme privilège d’une élite sociale, mais comme développement maximal des capacités humaines de chacun et répondre aux besoins. L’objectif devrait être de permettre à chacun de devenir le meilleur qu’il puisse devenir dans le domaine où ses capacités, son travail et ses aspirations peuvent le conduire.]

          L’ambigüité de ce propos réside dans le mot « permettre ». S’agit-il de « permettre » au sens de créer les conditions ? Ou d’obtenir un résultat ? Parce que la société peut donner aux individus la POSSIBILITE de « développer au maximum leurs capacités ». Mais pour que cette POSSIBILITE devienne REALITE, il faut tout de même que l’individu y mette du sien, qu’il fasse un effort, qu’il s’astreigne à une discipline, qu’il mette de côté certaines activités pour se consacrer à l’étude et au travail. Et certains individus n’en ont tout simplement pas envie. Faut-il les forcer ?

          C’est là tout le problème. Les enfants d’ingénieur sont certainement plus nombreux à Polytechnique que les enfants d’ouvrier. Mais ils n’y sont pas arrivés les mains dans les poches. Ils ont souvent beaucoup travaillé, beaucoup peiné. Ils ont passé des journées et des soirées sur les livres au lieu d’aller faire la fête. Souvent, parce que leur milieu social les pousse et les soutien, mais leur effort est incontestable. Alors, l’inégalité qui en résulte est-elle le résultat d’une « inégalité sociale » ou bien le résultat d’une différence de l’effort réel ?

  8. Cording1 dit :

    Tout ce que vous décrivez est fort juste, hélas. La seule question que cela m’inspire : est-ce la phase terminale du déclin du PCF ? Peut-il tomber plus bas ? Déjà qu’il n’est plus qu’un groupuscule que les médias ignorent…
    Tout cela est d’autant plus regrettable qu’un nouvel échec de JLM se profile à l’horizon pour avoir réussi à devenir l’homme politique le plus détesté à la place du RN. Etre battu, et largement, semble-t-il, par MLP. Toutefois la crise économique en cours va, peut-être, rebattre les cartes. 
    Quand je pense à Saint Denis où il a capitulé face au candidat de la FI Bally Bagayoko qui est une créature du PCF en 2001. Les militants locaux en sont fort dépités. Pour y retourner de temps en temps je constate que depuis l’élection dudit Bagayoko c’est “open-bar” pour tous les vendeurs à la sauvette sur la place de la gare  fort douteusement rebaptisée “Place des victimes du 17 octobre 1961”. Ils se sont démultipliés, les vendeurs de brochettes sont réapparus, mais bien d’autres genres, tout cela alors que la précédente municipalité avait bien réussi à juguler sinon mettre fin à cet état de choses. Bagayoko va plomber une ville déjà bien problématique. Il ne manquera plus que le remplacement de l’actuel député communiste LFI-compatible par un vrai LFI.  

    • Descartes dit :

      @ Cording1

      [Tout ce que vous décrivez est fort juste, hélas. La seule question que cela m’inspire : est-ce la phase terminale du déclin du PCF ? Peut-il tomber plus bas ? Déjà qu’il n’est plus qu’un groupuscule que les médias ignorent…]

      N’exagérons rien. Le déclin du PCF est un peu comme le déclin du Parti radical. S’il est peu présent dans le débat national, il reste relativement bien implanté au niveau local. Mais en devenant un parti « local », il lui arrive un peu la même chose qu’aux radicaux : il perd de son unité. Il n’y a plus UN parti communiste portant une ligne politique et une idéologie au niveau national, mais DES partis communistes locaux, dont la ligne dépend des contraintes locales, de la personnalité du « baron » du coin, de l’histoire locale…

      Parler de « phase terminale » serait annoncer une fin. Mais – là encore, l’exemple du parti radical vient à l’esprit – un parti peut survivre très longtemps à sa disparition au plan national…

      [Tout cela est d’autant plus regrettable qu’un nouvel échec de JLM se profile à l’horizon pour avoir réussi à devenir l’homme politique le plus détesté à la place du RN. Etre battu, et largement, semble-t-il, par MLP.]

      Je m’interroge. Est-ce que Mélenchon veut vraiment exercer le pouvoir ? Ou bien est-il dans une démarche parallèle à celle de Jean-Marie Le Pen, dont l’objectif était d’exercer une influence sur le débat national et de faire tourner sa petite entreprise ? Pour Mélenchon, l’enjeu est d’arriver au deuxième tour, ce qui ferait de lui le leader incontesté à gauche. Voudrait-il aller plus loin ? Je me le demande.

      [Quand je pense à Saint Denis où il a capitulé face au candidat de la FI Bally Bagayoko qui est une créature du PCF en 2001. Les militants locaux en sont fort dépités.]

      Oui, enfin, plus qu’une créature du PCF, Bagayoko est une créature du clan Braouezec. C’est une bonne illustration du processus de « localisation » du PCF. Pendant des années, Braouezec a fait et défait à Saint Denis, allant jusqu’à mettre des candidats contre les candidats choisis par la fédération PCF de Seine Saint Denis. C’est un peu grâce à lui que le PCF a perdu la direction du département.

      [Pour y retourner de temps en temps je constate que depuis l’élection dudit Bagayoko c’est “open-bar” pour tous les vendeurs à la sauvette sur la place de la gare fort douteusement rebaptisée “Place des victimes du 17 octobre 1961”.]

      Que voulez-vous, hier on rendait hommage aux héros, maintenant on rend hommage aux victimes…

      [Bagayoko va plomber une ville déjà bien problématique. Il ne manquera plus que le remplacement de l’actuel député communiste LFI-compatible par un vrai LFI.]

      Le député du coin est Eric Coquerel. Il ne reste que deux députés communistes en Seine Saint Denis : Stéphane Peu (acquis au mélenchonisme) et Soumya Bourouaha.

  9. Vincent dit :

    “Protégez-moi de mes ennemis, de mes amis je m’en charge”
     
    Sauf erreur, c’est l’inverse. Et d’ailleurs ça irait mieux dans le texte…

  10. Patrick Sechas dit :

     
    Pour vivre depuis les rangs du PCF l’immense dilemme d’être à la fois celui qui espère, croit en un avenir radieux et diffuse autour de lui ce qu’on attend d’un militant aussi convaincu, et en même temps le non moins puissant scepticisme quant à la capacité des humains de faire autre chose que de s’autoanéantir, de pourrir tout ce qu’ils touchent et de se contenter effectivement de réinventer sans fin ce qui existe déjà, je suis enclin à penser qu’il faut une sacrée capacité à assumer ses paradoxes pour rester communiste.
    Pourquoi d’ailleurs cette obstination ?
    La médiocrité de la gauche globale est incroyable, mais ce parti, le PCF, redevenu atypique avec Roussel et même si ses maladresses occasionnelles de communiquant sont agaçantes, aimante quelques uns d’entre nous pour une raison toute bête : quand on veut porter une proposition sérieuse à gauche, qui d’autre ?
    Fabien Roussel personnalise ce que nous sommes sur le terrain. Il cherche ses mots, parce qu’il a beau avoir raison sur le fond, savoir qu’en dehors d’une approche de classe de la vie il n’y a en politique que des gesticulations, il tente de s’adresser à des gens persuadés que la vie est une aventure isolée, une course contre les autres. Alors forcément c’est un peu casse cou, surtout quand en plus on trimballe l’image poussiéreuse d’un parti qui vient des couloirs du temps et que l’on propose un programme terriblement éloigné de ce à quoi croit dorénavant la plupart des gens.
    Vu de l’intérieur ce n’est pas facile, parce qu’avoir été un simple “parti de gauche”, même quelques années, ça laisse des traces, ça a occasionné certains dégâts.
    Là où grouillait jadis une capacité à former un bloc intelligent, un peu suiviste certes, mais juste assez pour ne pas faire n’importe quoi, juste assez pour être tout simplement efficace, il n’y a plus guère qu’un nombre réduit de gens plus ou moins contaminés par le discours ambiant, des personnalités attachantes pourtant, dévouées, attentives aux autres. Mais elles aussi imprégnées par le prêt à porter idéologique, au populisme entre autres, et rivées très souvent aux réseaux sociaux et aux chaînes d’info continue, comme tout le monde.
    Le virus a pris et le traitement va être long à faire effet. La disparition des formations internes par Hue a saccagé un capital très précieux.
    Mais ce parti est peut-être un des endroits dans lequel l’individualisme n’a pas totalement chassé l’intégration des autres dans les constructions mentales. Il y a une intelligence, une autonomie d’analyse parfois surprenante, une volonté de trouver un avenir et de résonner sur le temps long, en bons marxistes.
    Et puis il y a cette flamme encore rougeoyante, cette obstination à remonter toujours la pierre, même après s’être promis de lâcher l’affaire, de s’occuper de son petit espace vital et de se tenir coi, de céder à sa colère aussi et de laisser cette humanité se consumer sous les gaz à effet de serre sans même en avoir comprit le début d’un commencement d’explication.
    Mais ce sentiment de tâche innacomplie, ce besoin d’en découdre, la reviviscence d’un combat classe contre classe…
     
    En tout cas la tentative de relancer cette machine de l’histoire…quoi faire d’autre ?

    • Descartes dit :

      @ Patrick Sechas

      [je suis enclin à penser qu’il faut une sacrée capacité à assumer ses paradoxes pour rester communiste.]

      Comme le disait déjà Aragon, « je rend ma carte tous les soirs, je la reprends tous les matins »…

      [La médiocrité de la gauche globale est incroyable, mais ce parti, le PCF, redevenu atypique avec Roussel et même si ses maladresses occasionnelles de communiquant sont agaçantes, aimante quelques-uns d’entre nous pour une raison toute bête : quand on veut porter une proposition sérieuse à gauche, qui d’autre ?]

      Je ne peux que partager ce point de vue. Le PCF, avec ses immenses défauts, avec les maladresses de ses dirigeants, avec les petitesses de ses cadres intermédiaires et de ses « barons » locaux, reste ce que la gauche a produit de mieux. Et même s’il n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été, ce qu’il a été est si grand que même l’ombre reste impressionnante…

      [Fabien Roussel personnalise ce que nous sommes sur le terrain. Il cherche ses mots, parce qu’il a beau avoir raison sur le fond, savoir qu’en dehors d’une approche de classe de la vie il n’y a en politique que des gesticulations, il tente de s’adresser à des gens persuadés que la vie est une aventure isolée, une course contre les autres. Alors forcément c’est un peu casse-cou, surtout quand en plus on trimballe l’image poussiéreuse d’un parti qui vient des couloirs du temps et que l’on propose un programme terriblement éloigné de ce à quoi croit dorénavant la plupart des gens.]

      Malheureusement, non. Le programme que défend aujourd’hui le PCF n’est pas si « éloigné de ce à quoi croit dorénavant la plupart des gens ». Au contraire, si l’on peut reprocher quelque chose à ce programme, c’est son conformisme et sa sensibilité à l’effet de mode. Sur le féminisme, sur l’Euro ou l’UE, sur les salaires ou les retraites, sur l’immigration, sur la sécurité, qu’est-ce que le PCF propose qui le distingue de la bienpensance « de gauche » ? Il n’y a que sur le nucléaire – et d’une manière générale sur la question industrielle – que le PCF se distingue des autres.

      [Là où grouillait jadis une capacité à former un bloc intelligent, un peu suiviste certes, mais juste assez pour ne pas faire n’importe quoi, juste assez pour être tout simplement efficace, il n’y a plus guère qu’un nombre réduit de gens plus ou moins contaminés par le discours ambiant, des personnalités attachantes pourtant, dévouées, attentives aux autres. Mais elles aussi imprégnées par le prêt à porter idéologique, au populisme entre autres, et rivées très souvent aux réseaux sociaux et aux chaînes d’info continue, comme tout le monde.]

      Oui. Le crime le plus grave commis par les « mutants », ça été la destruction de l’appareil de formation du PCF, qui était d’une qualité reconnue y compris par ses adversaires les plus irréductibles. Le Parti était un « bloc intelligent » non parce que les adhérents d’hier étaient plus intelligents que ceux d’aujourd’hui, mais parce qu’ils étaient formés à une discipline non seulement organisationnelle, mais intellectuelle. La tâche prioritaire aujourd’hui devrait être la reconstruction de cet appareil.

      • Patrick Sechas dit :

        Malheureusement, non. Le programme que défend aujourd’hui le PCF n’est pas si « éloigné de ce à quoi croit dorénavant la plupart des gens ». Au contraire, si l’on peut reprocher quelque chose à ce programme, c’est son conformisme et sa sensibilité à l’effet de mode. Sur le féminisme, sur l’Euro ou l’UE, sur les salaires ou les retraites, sur l’immigration, sur la sécurité, qu’est-ce que le PCF propose qui le distingue de la bienpensance « de gauche » ? Il n’y a que sur le nucléaire – et d’une manière générale sur la question industrielle – que le PCF se distingue des autres.]
        Ce ne sont pas tant les thématiques qui fondent l’originalité ou le conformisme d’un programme, mais plutôt la source, physique, dans laquelle il est proposé de piocher. Car c’est d’un partage des richesses dont il est question dans le programme, pas des sempiternelles réclamations d’augmentation de salaire. Et de prise de contrôle des moyens de production et ce qui faisait belle lurette…
        Même si tout ça n’atteint pas la propagande pour 2027, parce que certains pensent que ce serait un repoussoir.
        Le PCF renoue avec une intention plus qu’une revendication, celle de prendre ce qui est à tous, en tout cas dans tout ce qui participe à l’utilisation des richesses crées, quels qu’en soient l’usage. Aucune autre gauche n’ose seulement cela en dehors des organisations trotskistes.
        Concernant la sécurité le parti communiste évite justement l’angélisme ambiant. Quand F.Roussel parle de “travailleurs de la sécurité” cela détonne à gauche où l’on préfère considérer qu’assurer la sécurité est une vilaine chose faite par de vilaines personnes.
         
        Je suis plus d’accord quand il s’agit de s’attaquer à la citadelle européenne. Il y a une sorte de désarroi qui s’installe. Nous n’allons pas jusqu’au bout, sans doute parce que les imbrications semblent tellement compliquées que ce débat à la place qu’avait l’environnement avant, le truc dont on parle en

        • Descartes dit :

          @ Patrick Sechas

          [Ce ne sont pas tant les thématiques qui fondent l’originalité ou le conformisme d’un programme, mais plutôt la source, physique, dans laquelle il est proposé de piocher. Car c’est d’un partage des richesses dont il est question dans le programme, pas des sempiternelles réclamations d’augmentation de salaire.]

          Mais justement, cette « source » n’apparaît nulle part. On dit que « les riches peuvent payer », mais on s’abstient prudemment de définir qui seraient ces « riches » à qui on fera rendre gorge. Le problème est que les ultra-riches sont, comme leur nom le dit, ultra-riches mais qu’ils sont aussi ultra-peu-nombreux. Ce qu’on peut prélever sur eux sera probablement insuffisant pour changer radicalement les choses. Il faudra donc prélever sur les classes intermédiaires… et c’est là que les problèmes commencent.

          [Et de prise de contrôle des moyens de production et ce qui faisait belle lurette…]

          Encore faudrait-il dire pour faire quoi…

          [Le PCF renoue avec une intention plus qu’une revendication, celle de prendre ce qui est à tous, en tout cas dans tout ce qui participe à l’utilisation des richesses crées, quels qu’en soient l’usage.]

          La question est de savoir comment on relie la réflexion à long terme et celle à court terme. Bien sûr, il faut défendre l’idée de socialisation des grands moyens de production et d’échange… mais si on ne lie pas cela avec un projet politique à mettre en œuvre ici et maintenant, on aura du mal à attirer les couches populaires. Or, que propose-t-on à ces dernières qui soit réaliste ?

          [Concernant la sécurité le parti communiste évite justement l’angélisme ambiant. Quand F.Roussel parle de “travailleurs de la sécurité” cela détonne à gauche où l’on préfère considérer qu’assurer la sécurité est une vilaine chose faite par de vilaines personnes.]

          Sur des sujets comme la sécurité et l’immigration, Roussel a eu le courage de se démarquer de la bienpensance, et cela lui a valu d’ailleurs des volées de bois vert de la part des dragons de vertu habituels. Il faut lui reconnaître cela.

          [Je suis plus d’accord quand il s’agit de s’attaquer à la citadelle européenne. Il y a une sorte de désarroi qui s’installe. Nous n’allons pas jusqu’au bout, sans doute parce que les imbrications semblent tellement compliquées que ce débat à la place qu’avait l’environnement avant, le truc dont on parle en]

          Votre texte semble être parvenu incomplet. Sur la question européenne, c’est le grand flottement au PCF, coincé entre sa base militante issue des classes intermédiaires, qui s’incline vers le fédéralisme au nom de l’internationalisme, et la tradition populaire du communisme, plutôt souverainiste.

          • Patrick Sechas dit :

             
            [Mais justement, cette « source » n’apparaît nulle part. On dit que « les riches peuvent payer », mais on s’abstient prudemment de définir qui seraient ces « riches » à qui on fera rendre gorge. Le problème est que les ultra-riches sont, comme leur nom le dit, ultra-riches mais qu’ils sont aussi ultra-peu-nombreux. Ce qu’on peut prélever sur eux sera probablement insuffisant pour changer radicalement les choses. Il faudra donc prélever sur les classes intermédiaires… et c’est là que les problèmes commencent]
            Il ne s’agit justement pas d’une simple ponction sur la fortune des ultras riches, ce qui serait une façon de noyer le poisson de la question essentielle qui est l’appropriation des moyens de production, et de plus, vous avez raison, cela serait un apport bien insuffisant. Ce genre de propositions c’est de la vengeance sociale et une gesticulation de plus et en aucun cas un programme qui assure une rupture systémique (même si au demeurant il ne faut pas s’en priver car après tout nous n’oublions pas que les ultras riches et même les riches tout court le sont soit en héritant, très majoritairement d’ailleurs, soit en exploitant leurs prochains, tout cela méritant une participation obligatoire à l’effort national).
            Il s’agit bien plutôt de confisquer la machine à faire de la plus value à partir du surtravail, à savoir le contrôle des entreprises, et c’est effectivement bien souhaitable.
            Nous ne sommes pas du tout dans une intention de “faire rendre gorge” à qui que ce soit, mais dans une proposition d’ébranlement de la classe dominée afin d’établir un nouveau paradigme de gouvernance de l’activité qui consiste à créer de la richesse : l’entreprise. Qui n’est aujourd’hui la cible d’aucun autre programme à gauche.
            [Encore faudrait-il dire pour faire quoi…]
            Pour faire quoi ? Une économie mise au service prioritairement des besoins essentiels, respectant l’environnement, au service de l’intérêt collectif et de la paix.
            Bien sûr tout ceci est très sommaire, mais il y a un véritable objectif qualitatif de démolition du capitalisme.
            Utopique ? Complétement.
            Mais proposer l’impossible c’est bien à ça que sert un parti communiste.
            [La question est de savoir comment on relie la réflexion à long terme et celle à court terme. Bien sûr, il faut défendre l’idée de socialisation des grands moyens de production et d’échange… mais si on ne lie pas cela avec un projet politique à mettre en œuvre ici et maintenant, on aura du mal à attirer les couches populaires. Or, que propose-t-on à ces dernières qui soit réaliste ?]
            C’est la effectivement que le problème réside.
            La crise dans laquelle nous sommes entraîne un désarroi qui génère de telles tensions, une telle envie d’en découdre, que toute proposition un peu trop alambiquée, dont on n’aperçoit pas un effet immédiat, palpable, est vouée à être ignorée.
            Et celui qui en est porteur un politicien comme les autres.
            Cette crise n’est d’ailleurs pas seulement nationale, le risque de guerre est de plus en plus envisageable, les limites physiques de nos approvisionnements en MP carbonés, la branche sur laquelle nous sommes assis, sont atteintes et tout ce que nous réserve la dégradation désormais exponentielle du réchauffement climatique et toutes les joyeusetés qui vont l’accompagner est accablante.
            Tout cela déferle de concert et difficile de faire entendre un message comme celui que nous tentons de diffuser, car oui c’est un message pour le long terme.
            Pour le court terme les jeux sont faits.
            Personne n’imagine autre chose qu’une déflagration sociale dont l’aboutissement politique émergera du brouillard que nous avons pour l’instant face à nous.
            En ce qui me concerne j’ai peu d’espoir que cela soit positif.
             
             
             
            Ce sera même sans doute terrible, mais ce sera de ça dont il faudra partir pour construire.

            • Descartes dit :

              @ Patrick Sechas

              [Il ne s’agit justement pas d’une simple ponction sur la fortune des ultras riches, ce qui serait une façon de noyer le poisson de la question essentielle qui est l’appropriation des moyens de production, et de plus, vous avez raison, cela serait un apport bien insuffisant.]

              Oui. Mais la question demeure : l’appropriation et la socialisation des moyens de production n’est pas un but en soi. Derrière, l’objectif est de permettre aux travailleurs de s’approprier l’ensemble de la valeur produite, sans subir un prélèvement de la part du capital. La question intéressante ici est de savoir quel serait pour la population le gain de niveau de vie, toute chose égale par ailleurs. Autrement dit, une fois que vous avez enlevé dans les revenus du capital la partie nécessaire au renouvellement du capital lui-même, quel est le reliquat ?

              Ici, la question de l’illusion monétaire est très importante. Parce que ce reliquat est en fait constitué de petits papiers avec des chiffres. Seule une petite partie de ces petits papiers sont transformés en biens et services. Et logiquement, il n’y a que cette partie qui serait disponible pour être partagée entre les travailleurs.

              Maintenant, la question qui tue : est-ce que ce partage aboutirait à une augmentation massive du niveau de vie ?

              [Il s’agit bien plutôt de confisquer la machine à faire de la plus value à partir du surtravail, à savoir le contrôle des entreprises, et c’est effectivement bien souhaitable.]

              Oui. Mais pour faire cela, il ne suffit pas de le vouloir. Il faut que les conditions objectives, pour utiliser le vocabulaire marxiste, soient réunies. Autrement dit, il faut que le capitalisme soit un obstacle à l’expansion des forces productives. Pensez-vous que ce soit le cas aujourd’hui ?

              C’est pourquoi un parti communiste ne peut pas faire l’économie d’une dose de gestion du capitalisme. Parce qu’en attendant que les conditions objectives du dépassement du capitalisme soient présentes, il faut bien que les prolétaires vivent…

              [« Encore faudrait-il dire pour faire quoi… » Pour faire quoi ? Une économie mise au service prioritairement des besoins essentiels, respectant l’environnement, au service de l’intérêt collectif et de la paix.]

              Et en termes concrets, cela veut dire quoi ?

              [Bien sûr tout ceci est très sommaire, mais il y a un véritable objectif qualitatif de démolition du capitalisme. Utopique ? Complétement. Mais proposer l’impossible c’est bien à ça que sert un parti communiste.]

              Non. Je me lève absolument contre cette idée. Un parti qui se contente de proposer l’impossible ne fait pas de la politique, il fait du théâtre. Un parti communiste ne doit proposer que des choses possibles. Certaines possibles TOUT DE SUITE, parce que comme je l’ai dit plus haut il faut bien que les prolétaires vivent le mieux possible en attendant le grand soir, et parce que c’est dans les combats du quotidien que se forgent les instruments qui permettent d’aller plus loin. D’autres possibles PLUS TARD, lorsqu’un certain nombre de conditions qu’on peut définir seront réunies. Mais construire des châteaux dans l’air, cela n’a rien de « communiste ». N’importe qui peut faire ça.

              [La crise dans laquelle nous sommes entraîne un désarroi qui génère de telles tensions, une telle envie d’en découdre, que toute proposition un peu trop alambiquée, dont on n’aperçoit pas un effet immédiat, palpable, est vouée à être ignorée.]

              Où voyez-vous une « envie d’un découdre » ? Le problème serait plutôt l’inverse, c’est-à-dire, la passivité et la résignation des gens. On a « envie d’en découdre » quand on pense que « découdre » peut changer quelque chose. Pensez-vous que ce soit là l’état d’esprit de nos concitoyens ?

              [Tout cela déferle de concert et difficile de faire entendre un message comme celui que nous tentons de diffuser, car oui c’est un message pour le long terme. Pour le court terme les jeux sont faits.]

              Si on part comme cela, autant fermer boutique. D’abord, il faut se poser la question : si le message qu’on « tente de diffuser » est si difficile à faire entendre, c’est que quelque chose ne fonctionne pas. Soyons marxistes : notre but n’est pas d’avoir raison, mais de changer le monde. Le message le plus vrai, le plus étayé, ne vaut rien s’il n’est pas entendu.

              Le message n’est pas entendu parce qu’il n’est en fait qu’une collection de griefs. Lorsqu’on passe du grief à la proposition, ce qui en sort n’est pas sérieux. On tempête sur les « violences sexistes et sexuelles », mais on n’est pas capable de proposer quelque chose qui ne soit pas l’institution d’un climat de suspicion où le tribunal de l’opinion condamne sur simple accusation. On voue Parcoursup aux gémonies, mais comme le montre l’échange avec Lafleur, le PCF est incapable d’articuler une conception réaliste de la sélection.

              Pour que le message soit entendu, il faut qu’il articule un projet attractif ici et maintenant, qui s’articule avec un projet global. Pensez-vous que le discours féministe du PCF décrit un monde attractif, où les rapports entre les hommes et les femmes soient plus harmoniques ? Pensez-vous que le discours sur la sélection articule où le travail et l’effort soient récompensés ?

              [Personne n’imagine autre chose qu’une déflagration sociale dont l’aboutissement politique émergera du brouillard que nous avons pour l’instant face à nous.]

              Qu’on puisse « craindre » la déflagration, c’est probable. Mais je doute qu’une majorité de nos concitoyens la souhaitent. Au contraire…

  11. Lafleur dit :

    @ Descartes
    [La « mutation » avait commencé, et avec elle le dévoiement de ce qu’était cette grande fête populaire.]
    Le constat d’une transformation est certainement pertinent, mais le terme de « dévoiement » pose problème. Il suppose qu’il existerait une essence intemporelle de la Fête qu’une période ultérieure aurait simplement trahie.  Nous devrions plutôt rechercher les contradictions qui ont produit cette transformation.
    La Fête de l’Humanité n’est pas une essence figée : elle est une construction historique du mouvement communiste, née en 1930, produite par une organisation, une classe, une culture politique et un rapport de forces déterminés. Sa transformation doit donc être rapportée à celle du PCF lui-même, pas qu’à 1994 et ses suites, mais à la désindustrialisation, à la transformation de la composition sociale du Parti, à l’affaiblissement de son implantation dans certaines fractions du monde ouvrier, à l’évolution de ses appareils idéologiques et culturels, à la professionnalisation politique et médiatique, mais aussi à la recomposition générale de la gauche française. Vous analysez d’ailleurs bien cette dite classe intermédiaire.
    Mais pourquoi le rapport de forces qui permettait autrefois au PCF de donner son sens politique à cet espace s’est-il transformé, d’où ma demande de bilan de la période 1976-1994 ?
    Comme, vous le savez, je considère que l’esprit révisionniste khrouchtchévien a débuté après 1964.  Comment la classe intermédiaire s’est elle fondée à partir de 1968 et du mythe de la classe moyenne ? Pourquoi des ouvriers qualifié du tertiaire ont ils constitué une telle classe autonome prétendument progressiste, du tout est permis, rien n’est possible, jouant donc le rôle de la petite bourgeoisie de Marx, alliée à la bourgeoisie atlantiste ;  dans une phase où sous couvert de démocratie, la contre-révolution triomphe ? Le gauchisme est un opportunisme de droite. Le PCF ne peut donc pas être leurs camarades.
    [La fête s’est « ouverte à toutes les sensibilités », ouvrant ainsi un espace aux différents coucous politiques, qui profitent de l’occasion pour vendre leur camelote, y compris lorsqu’elle consiste à attaquer les positions prises par le PCF.]
    Sur le fond, vous mettez ici le doigt sur une contradiction réelle. Mais le vocabulaire de la « camelote » et des « coucous » personnalise une contradiction qui est en réalité beaucoup plus profonde.
    Antonio Gramsci nous conduit à considérer la Fête de l’Humanité comme un espace de lutte pour l’hégémonie. La question n’est donc pas seulement de savoir quelles organisations y sont invitées. Il faut savoir qui est capable d’y produire une direction intellectuelle et politique et qui y concours contre le Parti.
    Evidemment, Fabien Gay y a collaboré ouvertement ; il suffit aussi de voir l’accord des municipales, ainsi que le résultat au Blanc-Mesnil dont il est secrétaire, et aussi les votes de la fédération de Seine-Saint-Denis contre Fabien Roussel. Il travaille à produire une direction populiste en œuvrant pour Jean-Luc Mélenchon.
    Son discours au 40ème Congrès assumait s’inscrire et louer l’orientation prise en 1994. 
    Si Mélenchon peut venir à la Fête avec plusieurs milliers de personnes, avec ses drapeaux et ses tee-shirts, ce n’est pas simplement parce que quelqu’un aurait été insuffisamment discipliné à l’entrée. C’est aussi parce qu’une force politique extérieure au PCF possède aujourd’hui une capacité d’attraction, avec l’aide des Robert Injey etc. et de mobilisation qu’elle cherche naturellement à convertir en influence idéologique.
    Autrement dit, ce que vous décrivez comme une intrusion doit être analysé comme une lutte pour l’hégémonie.
    [Je suis bien content de ne pas être allé à la Fête, parce que je suis persuadé que je me serais énervé.]
    Je n’y suis pas allé. Un anniversaire à Saumur. Aucune volonté de participer à une mascarade vu la direction de l’Humanité. Les discours sur le trajet retour m’ont suffit. Mais ne devrait on pas principalement nous demander si l’on va s’énerver devant une contradiction, mais ce qu’on est capable d’en faire politiquement?
    La présence de forces adverses ou concurrentes dans un espace populaire n’est pas en elle-même une défaite. Et pire, la véritable défaite serait de ne plus disposer des moyens politiques, idéologiques et organisationnels permettant de leur opposer une conception du monde cohérente et une stratégie de classe.
    [Que des gens se baladent dans une manifestation qui n’existe que par la mobilisation des militants communistes en exhibant leur t-shirt « Mélenchon 2027 », c’est inacceptable.]
    Je comprends parfaitement le sentiment qui conduit à cette formulation, mais je déplacerais le problème. Le tee-shirt est un symbole. Il révèle un rapport de forces, mais il ne constitue pas en lui-même la contradiction fondamentale. La question n’est pas : pourquoi ces gens portent-ils un tee-shirt Mélenchon ?
    Elle est : comment est-il devenu possible qu’un espace historiquement produit par le mouvement communiste, donc le mouvement ouvrier er révolutionnaire, soit devenu un espace dans lequel une autre force politique, réformiste, petite bourgeoise, populiste et démagogique, proposant juste de continuer le système via la BCE, puisse venir afficher aussi massivement sa propre capacité d’identification politique ?
    Et surtout : pourquoi cette présence devrait-elle être combattue principalement par l’interdiction ou la discipline, plutôt que par la capacité du communisme à produire une hégémonie politique supérieure ?
    [Un tel comportement n’aurait pas été tolérée il y a quelques années, et le fait qu’elle le soit aujourd’hui ne fait que montrer le délitement du PCF.]
    Oui, je suis bien d’accord. Vous écrivez parfaitement mon premier réflexe. Mais, là encore, il faut distinguer le symptôme de la cause. En effet, ce phénomène peut être considéré comme révélateur d’un affaiblissement de la capacité du PCF à imposer sa propre orientation dans un espace qu’il a historiquement construit.
    Mais le « délitement » n’est pas expliqué par le fait que des tee-shirts soient désormais tolérés. Il faut expliquer les conditions sociales et politiques qui rendent cette situation possible : toute organisation trotskiste ou toute organisation sociale-démocrate, ou anarchoïde peut être présente. Ce phénomène visible à la Fête doit être rapporté à la transformation de la conscience de classe, de la composition sociale du Parti, de ses formes d’organisation et de son rapport aux différentes fractions des classes populaires.
    Le festival et le show prime. Raison pour laquelle l’électoralisme de LFI règne. C’est la société du spectacle plus que la société de la culture et de l’apprentissage des processus et le partage des connaissances. 
    [En 2026, la Fête est en pratique devenue un évènement de promotion de la candidature de Jean-Luc Mélenchon.]
    La présence importante de Mélenchon et de ses soutiens ne suffit pas à démontrer que la Fête serait devenue « la fête de Mélenchon ». Il l’utilise. Mais, il ne faut pas être dupe et démontrer l’imposture.
    En revanche, elle montre quelque chose de plus intéressant : un espace historiquement structuré par le mouvement communiste est devenu un terrain de concurrence entre plusieurs forces politiques. Et cela pose au PCF une question stratégique : comment faire de la Fête non pas un espace fermé à toute contradiction, mais un espace populaire où le communisme soit capable d’exercer de nouveau une véritable hégémonie ? C’est une question gramscienne avant d’être une question disciplinaire.
    [Fabien Roussel et son équipe feraient bien d’y réfléchir.]
    Oui, mais réfléchir à quoi ?
    S’il s’agit de mieux contrôler les tee-shirts et de rappeler à l’ordre ceux qui ne respecteraient pas une orientation, cela ne suffira pas.
    S’il s’agit de reconstruire une organisation capable de faire vivre la décision collective, de la transformer en mandat militant, d’en assurer la mise en œuvre, d’en rendre compte, d’en organiser le contrôle et de corriger ce qui doit l’être, alors nous sommes au cœur d’une véritable problématique communiste.
    La décision récente de la Commission de résolution des conflits du 17 septembre 2026 prouve que la sanction existe. Cela montre d’ailleurs que le Parti possède bien des mécanismes disciplinaires pour ceux qui pense le Parti comme outil et sabote le collectif ;  en laissant à chaque instant exprimer leur gauchiste ou sociale-démocrate puérile. Le problème n’est donc pas simplement l’absence de sanctions. Il est bien de savoir comment articuler démocratie, responsabilité militante, contrôle collectif et unité d’action.
    [Il faut écouter avec attention les discours des uns et des autres pour constater combien ils sont à côté de la plaque. Le débat public s’est dégradé au point qu’on peut prendre le micro pour dire n’importe quoi, et le public applaudit sans se poser la moindre question sur ce qui a été dit.]
    Sur ce point, la critique est largement juste. Le communisme ne peut pas se satisfaire d’une politique réduite à la réaction émotionnelle, au slogan ou à la gratification immédiate de l’auditoire.
    Mais il faut ici aussi poser la question de la médiation.
    Pourquoi un public applaudit-il tel discours ? Quelles expériences sociales, quelles représentations, quelles frustrations et quelles aspirations rendent ce discours audible ?
    C’est là que la question de l’idéologie doit être articulée à celle de la classe. Le public n’applaudit pas « n’importe quoi » dans le vide. Il existe des déterminations sociales et idéologiques à la réception d’un discours.
    [Je dois d’ailleurs dire que, quelque soit l’estime personnelle que j’ai pour Roussel, son discours était franchement d’une nullité affligeante.]
    Vous pouvez critiquer le contenu d’un discours de Fabien Roussel sans tomber dans cette formule qui relève davantage du jugement que de l’analyse. D’autant que l’exercice est difficile, la critique aisée. Je pense préférable que la critique soit positive. Les discours affligeants étaient ceux de Tondelier et de Mélenchon. Avoir de l’exigence pour le PCF est une chose ; l’assimiler à la nullité affligeante est un relativisme qui nivelle par le bas. Fabien a tenu par ailleurs un meilleur discours politique même que Ruffin et que Faure. 
    Nous devons être exigeant. Des améliorations de forme existent. Des amélioration de fond aussi. Mais, il ne sert à rien de jeté le bébé avec l’eau du beau et d’avoir comme seule boussole le pessimisme de l’intelligence. 
    La question devrait être : quelles contradictions contient son discours ? Quelles classes ou fractions de classes cherche-t-il à mobiliser ? Quelle conception de la production, de l’État, du capital et de la transformation sociale sous-tend ses propositions ?
    C’est une critique autrement plus féconde que de savoir si le discours était « nul » ou pour le juger tel.
    [Que Patrick Pouyanné gagne dix millions d’euros par an, c’est certainement scandaleux, mais ce n’est pas en lui enlevant son salaire qu’on changera quelque chose au sort des français.]
    Ici, vous touchez à un point important : le marxisme ne se réduit effectivement pas à une dénonciation morale des très hauts revenus. Pour moi, il a fait du François Ruffin à ce moment : j’étais donc affligé. 
    Le problème fondamental n’est pas seulement qu’un individu gagne trop. Il est de comprendre les rapports sociaux qui permettent cette concentration de pouvoir économique et de revenus. La question marxiste est donc moins : « combien gagne Pouyanné ? » que : « quels rapports de propriété, de pouvoir et d’exploitation permettent à une direction capitaliste de disposer d’une telle capacité de décision sur le travail social ? »
    Mais cela ne signifie pas que la question des salaires soit secondaire.
    La politique salariale, la fiscalité et la redistribution peuvent être des terrains de lutte de classe. Elles deviennent simplement insuffisantes lorsqu’elles se substituent à la transformation des rapports de propriété et de pouvoir. 
    Fabien Roussel, dans son discours, n’a justement pas proposé de « lui enlever son salaire » comme mesure de transformation sociale. Il a articulé le salaire du PDG à la question des profits de Total, à la hausse du prix des carburants, à la nationalisation et à la réappropriation de l’outil de production
    [Et plus profondément, si l’on veut s’attaquer aux salaires démesurés, il faudrait peut-être commencer par un Killian Mbappé, dont les émoluments sont trois fois supérieurs à ceux de Pouyanné, pour un travail nettement moins utile.]
    C’est ici que votre raisonnement devient beaucoup plus discutable. J’entends votre irritation et votre logique. Mais, vous transformez une question de rapports sociaux en comparaison de l’utilité supposée de deux métiers. Or le matérialisme dialectique ne consiste pas à établir un classement moral entre le travail d’un dirigeant d’entreprise et celui d’un footballeur. La question est celle des rapports sociaux dans lesquels ces rémunérations sont produites et captées. Le cas de Mbappé relève notamment de l’économie capitaliste du spectacle sportif, des droits audiovisuels, de la publicité, du marché mondial du football et de la valorisation commerciale d’une force de travail très particulière. Le cas de Pouyanné relève de la direction d’un grand groupe capitaliste et des rapports de propriété et de pouvoir qui structurent celui-ci.
    Comparer les deux montants pour déterminer lequel serait « plus utile » ne nous rapproche donc pas de Marx : cela nous éloigne de l’analyse des rapports sociaux.
    [Roussel propose de nationaliser Total. Pourquoi pas. Mais certainement pas en faisant le parallèle avec Renault, dont la nationalisation-sanction était liée à sa politique de collaboration avec l’occupant.]
    La précision historique sur Renault est légitime : la nationalisation de 1945 est effectivement indissociable du contexte de la collaboration.
    Mais cela ne suffit pas à réfuter la pertinence contemporaine d’une nationalisation de Total. C’est le sujet principal. La sanction introduit de la morale. Je ne reviens pas ici sur nos discussions sur la sanction.
    L’expression employée par Fabien Roussel est surtout une formule politique. Oui, vous allez me dire : c’est le juriste qui parle. Mais, le droit français ne connaît pas une procédure ordinaire appelée « nationalisation-sanction » qui permettrait à l’État de prendre une entreprise parce qu’elle aurait commis une faute.
     Les nationalisations de 1945 et celles de 1982 ont été organisées par des lois spécifiques.
    Une nationalisation peut répondre à plusieurs logiques : sanction, intérêt stratégique, souveraineté énergétique, maîtrise d’une ressource, politique industrielle, planification ou transformation des rapports de propriété. Il faut donc distinguer les motifs historiques de la nationalisation de Renault en 1945 des motifs qui pourraient aujourd’hui être avancés pour une socialisation de l’énergie.
    Fabien Roussel a effectivement présenté cette nationalisation comme la conséquence d’une accumulation de comportements contraires à l’intérêt collectif. Pourquoi ? Car elle serait patriote, bien sûr que non.  
    C’est son rôle dans la distribution des carburants en France. En novembre 2025, l’Autorité de la concurrence a effectivement sanctionné TotalEnergies Marketing France et TotalEnergies SE, avec Rubis et EG Group, pour une entente concernant l’accès aux dépôts pétroliers en Corse. Le mécanisme est particulièrement intéressant pour ta question : les entreprises actionnaires de la société Dépôts Pétroliers de la Corse avaient réservé à leurs seuls actionnaires un dispositif d’approvisionnement. L’Autorité a considéré que cela pouvait évincer des concurrents non actionnaires, lesquels devaient acheter dans des conditions moins favorables auprès de leurs propres concurrents. TotalEnergies et sa filiale ont reçu 115,82 millions d’euros de sanction, sur un total de 187,49 millions. Le problème matériel est ici celui du contrôle d’une infrastructure stratégique et de son utilisation pour produire un avantage concurrentiel au détriment d’autres opérateurs. Et juridiquement, ce n’est pas une interprétation politique : l’Autorité a retenu une violation de l’article L.420-1 du Code de commerce et de l’article 101 du TFUE. Et je vous invite à voter Fabien Roussel car il est bien meilleur juridiquement que Mélenchon ! 
    Et que vous soyez pour ou contre, Fabien Roussel pose le sujet des CEE pour baisser en urgence le prix des carburants. Vous n’ignorez pas que malgré le patriotisme : Le Conseil d’État a rendu le 29 juillet 2026 une décision concernant TotalEnergies dans le domaine des certificats d’économies d’énergie. Le ministère avait prononcé des sanctions après avoir constaté, à la suite d’un contrôle, un taux de conformité nul dans l’échantillon contrôlé, avec des manquements répétés et suffisamment importants pour justifier l’annulation de certificats et la suspension de certaines demandes. TotalEnergies contestait notamment la proportionnalité de la sanction. Le Conseil d’État a rejeté son recours.
    Fabien Roussel rappelle que TotalEnergies exerce une fonction stratégique dans l’approvisionnement énergétique. Cette entreprise dispose d’un pouvoir économique considérable sur cette chaîne. Certaines pratiques de sa filiale ont déjà fait l’objet d’une sanction de l’Autorité de la concurrence, notamment concernant l’accès aux infrastructures pétrolières corses. D’autres manquements concernant une autre filiale ont également donné lieu à des sanctions administratives confirmées par le Conseil d’État. Dès lors, on peut poser politiquement la question de savoir si la seule logique consistant à infliger des amendes successives suffit lorsqu’il s’agit d’une entreprise considérée comme stratégique. Une proposition de nationalisation peut alors être défendue comme une transformation du régime de propriété, et non comme une simple punition du PDG. La notion de « nationalisation-sanction » peut devenir intelligible : non pas confisquer le salaire d’un dirigeant, mais transformer le rapport de propriété à la suite de comportements que le pouvoir public considère incompatibles avec l’intérêt collectif. Le passage de cette proposition politique de Fabien Roussel à une mesure juridiquement valide nécessiterait bien évidemment une construction législative spécifique, respectant des règles constitutionnelles de propriété et d’indemnisation.
    Et c’est nettement plus pertinent et solide que de continuer l’endettement proposé par LFI et Mélenchon !
    [On peut difficilement reprocher à Total pareille attitude, au contraire : quelque soient les griefs qu’on puisse faire à Total, c’est l’une des rares multinationales françaises qui ait fait preuve d’un certain patriotisme – intéressé certes, mais patriotisme enfin.]
    C’est probablement ici que l’analyse doit être le plus nettement rectifiée. Nous ne pouvons pas nous s’arrêter au caractère « français » ou pas d’un capital. La question fondamentale est : de quelle fraction de la classe capitaliste parle-t-on et quels sont ses intérêts ? Le capital monopoliste peut avoir des intérêts nationaux tout en étant engagé dans une stratégie internationale. Il peut défendre certaines capacités productives françaises tout en recherchant simultanément la rentabilité mondiale de ses capitaux. Pour ses investissements productifs à l’étranger, cette entreprise bénéficie de réduction d’impôts. 
    La question du patriotisme doit donc elle-même être matérialisée : patriotisme de qui, pour quels intérêts et dans quel rapport avec ceux du travail ?
    L’État français contribue au financement de certaines activités de TotalEnergies en France — particulièrement via le CIR (recherche), diverses aides pour la transition industrielle, les infrastructures, les dispositifs énergétiques — tandis que la propriété du groupe et la majeure partie de ses activités productives restent mondialisées et que les profits sont fiscalisés principalement dans les pays où ils sont produits.
    [Les véritables « lieux de pouvoir » sont les usines, les champs, les lieux où la valeur est produite. Occuper le siège de Total ou l’Elysée ne change rien de fondamental.]
    Il y a ici une intuition juste, mais formulée de manière trop économiciste à mon sens. Oui : la production est centrale pour comprendre le pouvoir de classe. Mais non : l’État ne peut pas être réduit à un simple décor extérieur au rapport de production. C’est précisément ce que permet de comprendre Nicos Poulantzas que vous connaissez : l’État capitaliste constitue une condensation matérielle de rapports de forces entre classes et fractions de classes. Il possède donc une autonomie relative et organise juridiquement, politiquement et institutionnellement des rapports de classe. L’usine et l’Élysée ne sont donc pas interchangeables, mais ils ne peuvent pas non plus être opposés comme si l’un était le « vrai » pouvoir et l’autre un simple théâtre.
    La question révolutionnaire est précisément celle de leur articulation.
    [Occuper le siège de Total ou l’Elysée ne change rien de fondamental.]
    Pris littéralement, c’est faux. Le marxisme-léninisme ne dit donc ni « tout se joue dans l’entreprise », ni « tout se joue dans l’État ». Il analyse leur articulation dialectique.
    Occuper symboliquement un lieu ne suffit évidemment pas à transformer les rapports de production. Mais conquérir démocratiquement le pouvoir d’État, modifier le droit de propriété, transformer la fiscalité, nationaliser, planifier, réorienter le crédit, modifier les règles du travail et donner de nouveaux pouvoirs aux travailleurs peuvent modifier profondément les rapports sociaux.
    [Et d’autre part, parce que si l’on peut tirer une leçon du mouvement des « gilets jaunes », c’est que ce type de mouvement « expressif » peut certes ébranler les institutions, mais n’a pas de véritable débouché politique, parce que la transformation du « je ne suis pas content » à « il faudrait faire ça » n’est en rien évidente, et nécessite justement une idéologie capable de donner un sens au mécontentement, un sens qui aille plus loin du simple « révoltez-vous et on verra après ».]
    C’est l’un des passages les plus intéressants de votre article. On retrouve ici une question centrale de Lénine : le mouvement spontané ne se transforme pas mécaniquement en conscience politique globale.
    Mais il faut ajouter une nuance dialectique : la spontanéité n’est pas l’absence de conscience et la conscience ne tombe pas du ciel sous la forme d’une idéologie apportée extérieurement aux masses. La conscience se construit dans l’expérience des luttes, dans leur confrontation avec leurs propres limites, dans l’organisation, dans le débat et dans la théorisation de cette expérience. La tâche du PCF  est donc de transformer l’expérience immédiate en compréhension globale et en capacité organisée d’agir.
    Sur ce point, votre critique du « révoltez-vous et on verra après » est juste.
    Mais elle devient pleinement marxiste lorsqu’on ajoute : « organisons, théorisons, décidons et agissons à partir de l’expérience concrète des luttes ».
    [Mélenchon et son appel à utiliser l’article 16 de la Constitution – vous savez, celui qui était pour « la gauche » la preuve que la Vème République n’était qu’une dictature déguisée – pour faire face à la crise écologique ou à la montée du prix des carburants, ce n’est pas mieux.]
    Oui, il évoque l’article 16 de la Constitution. Il renvoie aux calendres grecques une constituante. Il sera donc pendant 5 ans le président en charge du coup d’Etat permanent. Et je ne pense pas qu’il utilisera l’article 16 contre des généraux et des officiers félons et putschistes pro Algérie française, ni contre la BCE etc.
    Les travaillistes remportent les élections de mai 1929 avec 288 sièges, contre 260 aux conservateurs et 59 aux libéraux. MacDonald forme un gouvernement minoritaire dépendant du soutien libéral. Puis survient la crise mondiale. Et là, le choix économique de MacDonald et surtout de son chancelier Philip Snowden est déterminant. Ils restent attachés à une conception orthodoxe des finances publiques qu’ils consupaient avant.  : équilibre budgétaire, défense de la livre, prudence monétaire. C’est que son gouvernement reste enfermé dans les contraintes de l’ordre économique et financier existant. La crise s’aggrave considérablement. Le chômage dépasse 2,5 millions à la fin de 1930. En 1931, le gouvernement travailliste devient d’union nationale : et ce gouvernement issu du mouvement ouvrier utilise finalement l’appareil d’État existant pour faire accepter aux travailleurs par la force les conséquences de la crise du capitalisme.
    [Ce règne du n’importe quoi, cette perte de contact avec le réel, est éminemment problématique.]
    Oui, à condition de définir ce que nous entendons par « réel ». Pour le matérialisme dialectique, le réel n’est pas seulement ce qui est immédiatement observable ou ce qui paraît aujourd’hui possible. Le réel est une totalité contradictoire, en mouvement, dans laquelle existent des tendances, des possibilités objectives et des rapports de forces susceptibles d’être transformés.
    C’est ici que notre conception du matérialisme devrait se distinguer d’un simple réalisme politique.
    [Le discours n’a plus qu’un but, faire plaisir à l’audience, lui permettre de communier dans une sorte de bonheur de voir les méchants symboliquement punis et les gentils – dans lequel l’orateur inclut bien entendu son auditoire – tout aussi symboliquement récompensés.]
    Là encore, votre critique de la politique réduite au spectacle émotionnel mérite d’être retenue. Mais il ne faudrait pas opposer mécaniquement émotion populaire et politique. Une manifestation, une grève, une Fête de l’Humanité ou un meeting produisent nécessairement de l’émotion, de la fraternité, de l’identification collective et de l’espoir. La question serait ce que le Parti fait de cette émotion.
    Le problème n’est donc pas la catharsis en elle-même. Le problème est lorsque la catharsis devient une fin en soi et ne débouche ni sur la conscience, ni sur l’organisation, ni sur la décision, ni sur l’action.
    C’est précisément cette médiation qui manque à une grande partie de la politique contemporaine.
    [Les meetings sont devenus des moments de catharsis, des rassemblements ou l’on rêve d’un monde idéal pour oublier le réel, un peu comme on rêvait de paradis à la messe.]
    La comparaison est efficace mais elle devient excessive si elle conduit à opposer le rêve au réel. Le communisme n’a jamais consisté à accepter le monde tel qu’il est au nom du « possible ». Il consiste à identifier dans le réel les contradictions qui rendent possible sa transformation. Le problème n’est donc pas de rêver à un autre monde. Le problème est de savoir si ce désir d’un autre monde est relié à une compréhension scientifique des rapports sociaux et à une organisation capable de les transformer.
    [Ce n’est pas ça, la vraie politique. La vraie politique est mariée avec le mot “possible”.]
    C’est ici que je serais le plus en désaccord avec  vous.
    Le mot « possible » n’est pas faux. Mais il faut immédiatement demander : possible pour qui, dans quelles conditions, à quelle étape historique et par quel rapport de forces ? Le possible marxiste n’est pas le possible du gestionnaire. La bourgeoisie de 1848 pouvait expliquer que certaines revendications ouvrières étaient impossibles. La lutte de classe a précisément consisté à rendre possibles des transformations qui ne l’étaient pas encore. Le matérialisme dialectique ne consiste donc pas à opposer le rêve au possible. Il consiste à rechercher dans le réel les possibilités objectives de transformation et à construire les forces sociales capables de les réaliser. C’est pourquoi la véritable politique communiste pourrait plutôt être définie ainsi : connaître le réel, en découvrir les contradictions, identifier les possibilités objectives qu’il contient, organiser les forces sociales capables de les transformer et soumettre cette action au contrôle collectif.
    La question fondamentale est de savoir pourquoi le mouvement communiste, qui a été historiquement capable de créer un tel espace populaire, culturel et politique, n’est plus automatiquement capable d’en déterminer le contenu idéologique. C’est une question d’hégémonie au sens gramscien, de conscience de classe au sens léniniste et lukácsien, de matérialité de l’État et des rapports de pouvoir au sens de Poulantzas, et d’articulation entre théorie et pratique au sens de Politzer.
    Et c’est précisément pour cela que la réponse ne peut pas être seulement disciplinaire.
    La discipline est nécessaire lorsqu’un mandat collectif est violé : la décision récente de la Commission de résolution des conflits du 17 septembre 2026 le rappelle concrètement aux saboteurs perpétuels et refusant l’unité loyale d’action du Parti. Mais la discipline ne peut jamais se substituer à l’hégémonie idéologique.
    Un Parti communiste ne reconquiert pas son influence en demandant simplement aux autres de ne pas parler, y compris aux éléments gauchistes. Il la reconquiert lorsqu’il est capable de faire en sorte que les travailleurs, les employés, les techniciens, les ingénieurs, les agriculteurs, les artisans et l’ensemble des producteurs reconnaissent dans son analyse leurs propres intérêts historiques, comprennent les contradictions du système et trouvent dans son organisation les moyens collectifs de les transformer.
    Le problème est de savoir comment faire de nouveau de la Fête un terrain où le communisme de conquête adoptée par le Congrès du PCF exerce une hégémonie populaire et cela passe aussi par le discours de Fabien devant être qualitatif, concret sur le comment faire et explicite pour parler aux militants et à tout prolétaire.
    Et cela, aucune discipline administrative ne pourra le faire à la place de l’organisation, de la théorie, de l’implantation de classe et de la pratique militante.

    • Descartes dit :

      @ Lafleur

      [« La « mutation » avait commencé, et avec elle le dévoiement de ce qu’était cette grande fête populaire. » Le constat d’une transformation est certainement pertinent, mais le terme de « dévoiement » pose problème. Il suppose qu’il existerait une essence intemporelle de la Fête qu’une période ultérieure aurait simplement trahie.]

      Evoquer une « essence intemporelle » est peut-être un peu fort comme terminologie. Mais oui, la Fête a une identité : c’est la fête des communistes. C’est une fête organisée et tenue par les militants communistes dans le but de faire avancer leur combat collectif, en renforçant les liens fraternels qui permettent à l’organisation de fonctionner et en diffusant leur message. Dès lors qu’on prétend tenir ce cap tout en poursuivant de manière occulte d’autres objectifs, il faut bien parler de « dévoiement ».

      [Nous devrions plutôt rechercher les contradictions qui ont produit cette transformation.]

      Avant de chercher les contradictions qui ont produit cette transformation, il faut diagnostiquer la nature de la transformation en question. Et si j’utilise le mot « dévoiement », c’est bien parce que cette transformation est une transformation clandestine. On n’a jamais demandé l’avis des communistes sur le fait d’inviter ou non d’autres organisations politiques à avoir un stand, à organiser leurs propres meetings, à permettre l’expression de ceux qui par ailleurs injurient les dirigeants communistes. On l’a fait clandestinement, dans le dos des communistes.

      [La Fête de l’Humanité n’est pas une essence figée : elle est une construction historique du mouvement communiste, née en 1930, produite par une organisation, une classe, une culture politique et un rapport de forces déterminés. Sa transformation doit donc être rapportée à celle du PCF lui-même, pas qu’à 1994 et ses suites, mais à la désindustrialisation, à la transformation de la composition sociale du Parti, à l’affaiblissement de son implantation dans certaines fractions du monde ouvrier, à l’évolution de ses appareils idéologiques et culturels, à la professionnalisation politique et médiatique, mais aussi à la recomposition générale de la gauche française.]

      Certainement. Mais vous savez bien que les changements de structure ne se traduisent pas mécaniquement dans la superstructure. Que les éléments que vous citez aient créé une pression dans un certain sens, c’est une chose. Que des dirigeants aient individuellement pris la décision de céder en laissant Mélenchon faire campagne à la Fête, c’en est une autre.

      Les militants ne sont d’ailleurs pas dupes, et votent avec leurs pieds. L’un des premiers indicateurs du malaise dans le Parti après l’annonce de la « mutation » fut la perte de presque deux tiers des vignettes vendues pour la Fête dans les trois ou quatre années qui suivirent. La saignée fut telle qu’on cessa de publier le nombre de vignettes vendues… publication qui, à ma connaissance, n’a jamais repris. J’ai d’ailleurs demandé plusieurs fois par courrier à l’Humanité de me communiquer le nombre de vignettes vendues par année depuis 1997 (auparavant les chiffres étaient publics). Je n’ai jamais eu de réponse.

      [Antonio Gramsci nous conduit à considérer la Fête de l’Humanité comme un espace de lutte pour l’hégémonie.]

      Pardon, mais non. Le raisonnement gramscien est pertinent dans le contexte d’une société traversée par la lutte des classes. Mais la Fête n’est pas le miroir de la société. Les organisateurs ont la maîtrise de ceux qui y rentrent, et encore plus de ceux du choix de ceux qui ont accès aux tribunes. On n’est donc pas du tout dans le même contexte. Si Mélenchon parle à la Fête, ce n’est pas parce qu’il détient une quelconque hégémonie, mais parce que les organisateurs de la Fête l’ont invité. Mitterrand était largement plus « hégémonique » à gauche que Mélenchon, et il n’a jamais prononcé un discours ou tenu un meeting à la Fête, même lorsque son organisation était formellement l’allié du PCF.

      [La question n’est donc pas seulement de savoir quelles organisations y sont invitées.]

      Pas « seulement », mais c’est celle-là qui m’intéresse dans le cas d’espèce. Bien entendu, ce serait mieux si le PCF pouvait imposer le silence à Mélenchon par son hégémonie idéologique sur les masses, mais en attendant la question se pose de préserver un espace pour l’échange fraternel entre communistes.

      [Si Mélenchon peut venir à la Fête avec plusieurs milliers de personnes, avec ses drapeaux et ses tee-shirts, ce n’est pas simplement parce que quelqu’un aurait été insuffisamment discipliné à l’entrée. C’est aussi parce qu’une force politique extérieure au PCF possède aujourd’hui une capacité d’attraction, avec l’aide des Robert Injey etc. et de mobilisation qu’elle cherche naturellement à convertir en influence idéologique.]

      C’est surtout parce qu’on l’a invité.

      [Mais ne devrait-on pas principalement nous demander si l’on va s’énerver devant une contradiction, mais ce qu’on est capable d’en faire politiquement?]

      Pardon, mais je ne m’énerve pas « devant une contradiction ». Je m’énerve devant la passivité d’une direction qui semble incapable de se faire respecter.

      [La présence de forces adverses ou concurrentes dans un espace populaire n’est pas en elle-même une défaite. Et pire, la véritable défaite serait de ne plus disposer des moyens politiques, idéologiques et organisationnels permettant de leur opposer une conception du monde cohérente et une stratégie de classe.]

      Pardon, mais le premier moyen « organisationnel » est de les laisser à la porte. La Fête n’est pas un « espace populaire » ouvert à tous, où chacun fait ce qu’il veut, c’est l’espace des communistes.

      [« Que des gens se baladent dans une manifestation qui n’existe que par la mobilisation des militants communistes en exhibant leur t-shirt « Mélenchon 2027 », c’est inacceptable. » Je comprends parfaitement le sentiment qui conduit à cette formulation, mais je déplacerais le problème. Le tee-shirt est un symbole.]

      Reconduire son porteur à la porte serait tout aussi symbolique. Que ne l’a-t-on pas fait ? Et d’ailleurs, pourquoi inviter à votre table – parce que c’est NOTRE table – des personnages dont on sait qu’ils auront ce type de comportement ? Oui, les symboles sont importants. Et ces t-shirts exhibés à la Fête transmettent un message : les communistes ne sont même pas capables de préserver les rares territoires qui leur restent.

      [Il révèle un rapport de forces, mais il ne constitue pas en lui-même la contradiction fondamentale.]

      Et alors ? La politique ne se réduit pas à la recherche des « contradictions fondamentales »…

      [La question n’est pas : pourquoi ces gens portent-ils un tee-shirt Mélenchon ?]

      C’est une question dont on connaît parfaitement la réponse : parce que Mélenchon est le héraut d’une classe, et que « l’insoumission » permet d’évacuer la culpabilité de se trouver du côté des privilégiés tout en bénéficiant des avantages. Et alors ?

      [Elle est : comment est-il devenu possible qu’un espace historiquement produit par le mouvement communiste, donc le mouvement ouvrier er révolutionnaire, soit devenu un espace dans lequel une autre force politique, réformiste, petite bourgeoise, populiste et démagogique, proposant juste de continuer le système via la BCE, puisse venir afficher aussi massivement sa propre capacité d’identification politique ?]

      Là encore, la réponse est claire : parce qu’il y a dans le Parti une minorité bien enkystée dans l’appareil qui trouve que soutenir Mélenchon est bien plus affine à ses intérêts que de soutenir Roussel, et parce que la direction du Parti n’a pas la volonté, ou les moyens, ou les deux, d’imposer son autorité.

      [Et surtout : pourquoi cette présence devrait-elle être combattue principalement par l’interdiction ou la discipline, plutôt que par la capacité du communisme à produire une hégémonie politique supérieure ?]

      Parce que « l’hégémonie politique » ne s’acquiert pas par l’opération du Saint Esprit. Elle s’acquiert par l’utilisation d’une multitude de moyens, et parmi eux l’interdiction et la discipline – et d’autres encore beaucoup moins recommandables. Vous croyez vraiment qu’il suffit d’avoir raison pour être hégémonique ? Vous croyez vraiment que la bourgeoisie serait aujourd’hui « hégémonique » si elle n’avait pas eu recours « à l’interdiction et la discipline » quand c’était nécessaire ?

      [« Un tel comportement n’aurait pas été tolérée il y a quelques années, et le fait qu’elle le soit aujourd’hui ne fait que montrer le délitement du PCF. » Oui, je suis bien d’accord. Vous écrivez parfaitement mon premier réflexe. Mais, là encore, il faut distinguer le symptôme de la cause. En effet, ce phénomène peut être considéré comme révélateur d’un affaiblissement de la capacité du PCF à imposer sa propre orientation dans un espace qu’il a historiquement construit.]

      Pardon, mais il y a quelques années, le troublion n’aurait pas été réduit au silence par une quelconque « hégémonie ». Il aurait tout simplement été mis dehors manu militari, ou tout simplement pas invité. Alors, c’est quoi le « symptôme » ? Que des « insoumis » se promènent avec leur t-shirt à la fête ? Ou que Mélenchon ait été invité à tenir un stand ?

      [Mais le « délitement » n’est pas expliqué par le fait que des tee-shirts soient désormais tolérés. Il faut expliquer les conditions sociales et politiques qui rendent cette situation possible : toute organisation trotskiste ou toute organisation sociale-démocrate, ou anarchoïde peut être présente.]

      Aujourd’hui, oui. Hier, non. C’est là, votre « symptôme » ?
      [Ce phénomène visible à la Fête doit être rapporté à la transformation de la conscience de classe, de la composition sociale du Parti, de ses formes d’organisation et de son rapport aux différentes fractions des classes populaires.]

      Pourquoi pas. Mais ensuite, on fait quoi ? On continue à inviter LFI, ou on lui ferme la porte ? J’ai l’impression que pour vous le fait d’aller du particulier au général, de rapporter l’observable aux catégories générales d’analyse est un prétexte pour ne pas prendre des décisions ici et maintenant. Vous êtes demain secrétaire national du Parti, et vous apprenez que les organisateurs de la Fête comptent proposer à LFI de tenir un stand. Que faites-vous ? C’est cela la question que je pose.

      [« En 2026, la Fête est en pratique devenue un évènement de promotion de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. » La présence importante de Mélenchon et de ses soutiens ne suffit pas à démontrer que la Fête serait devenue « la fête de Mélenchon ». Il l’utilise. Mais, il ne faut pas être dupe et démontrer l’imposture.]

      La « démontrer » à qui ? Pour les médias – l’Humanité incluse – et donc pour le public, c’est Mélenchon qui est plébiscité par le public de la Fête. Vous pouvez toujours dire que ce n’est pas vrai, cela n’aura aucun effet.

      [En revanche, elle montre quelque chose de plus intéressant : un espace historiquement structuré par le mouvement communiste est devenu un terrain de concurrence entre plusieurs forces politiques.]

      Je ne pense pas que ce soit le cas. Il y a dans ce qui reste du « mouvement communiste » une fraction gauchiste qui veut faire de Mélenchon son champion, et qui ouvre cet « espace » à son candidat, et les instances légitimes du Parti qui n’ont pas les moyens – ou la volonté, ou les deux – pour s’y opposer. La question de « concurrence » ne se pose pas. Si Fabien Gay et sa coterie n’avait pas invité LFI à tenir stand, LFI n’aurait pas été là. Si « concurrence » il y a, c’est entre les différentes fractions à l’intérieur du PCF.

      [Et cela pose au PCF une question stratégique : comment faire de la Fête non pas un espace fermé à toute contradiction, mais un espace populaire où le communisme soit capable d’exercer de nouveau une véritable hégémonie ?]

      Pourquoi ? Je ne vois aucun intérêt de faire de la Fête un espace « ouvert à toute contradiction ». A la messe, on ne donne pas la parole aux anticléricaux. A l’académie des sciences, on ne donne pas la parole aux terraplanistes. Quel est l’intérêt de donner la parole aux « insoumis » à la Fête des communistes ?

      Au risque de me répéter, vous semblez croire que l’hégémonie s’acquiert par l’opération du Saint Esprit ou, pour être plus précis, par une sorte de magistère intellectuel. Ce n’est pas le cas. Si les classes dominantes ont l’hégémonie, c’est aussi parce qu’ils contrôlent les médias, l’éducation, et parce que loin « d’ouvrir » ces institutions à la contradiction, ils contrôlent attentivement qui a le droit de parler, et de quoi. Et vous prétendez que le mouvement communiste, au contraire, cherche l’hégémonie tout en ouvrant toutes grandes les portes de ses enceintes à toutes les contradictions ?

      [« Fabien Roussel et son équipe feraient bien d’y réfléchir. » Oui, mais réfléchir à quoi ?]

      Aux manières de mettre au pas ou de se débarrasser des cadres hérités de la « mutation » et qui sont devenus de véritables sous-marins.

      [S’il s’agit de mieux contrôler les tee-shirts et de rappeler à l’ordre ceux qui ne respecteraient pas une orientation, cela ne suffira pas.]

      Certainement. Mais les symboles sont importants. Essentiels même. Si une direction est perçue comme incapable de rappeler à l’ordre ceux qui sapent son travail, elle ne sera pas crédible à l’heure de mettre en œuvre des changements de fonds.

      [La décision récente de la Commission de résolution des conflits du 17 septembre 2026 prouve que la sanction existe.]

      Je n’ai pas trouvé trace de cette décision. Elle ne figure nulle part dans le site du PCF. Pourriez-vous donner une référence plus précise ? En attendant de connaître la teneur de la décision, j’ai du mal à répondre à votre commentaire.

      [« Je dois d’ailleurs dire que, quelque soit l’estime personnelle que j’ai pour Roussel, son discours était franchement d’une nullité affligeante. » Vous pouvez critiquer le contenu d’un discours de Fabien Roussel sans tomber dans cette formule qui relève davantage du jugement que de l’analyse.]

      Je pourrais vous répondre comme le fit Maurice Thorez que ce n’est pas là un jugement de valeur, mais la constatation d’un fait. Le discours était nul parce qu’il se contentait d’enfiler les lieux communs du discours tout fait qui est devenu une constante au Parti – un paragraphe pour les femmes, un paragraphe pour la Palestine, un paragraphe sur la paix – et que sur les points abordés plus profondément, on se contente d’appels démagogiques – celui à « occuper les lieux de pouvoir » ou le commentaire sur le salaire de Pouyanné sont de bons exemples. Et il était affligeant, parce qu’on attend autre chose d’un secrétaire national du PCF, surtout lorsqu’il parle à un auditoire acquis et peut donc se permettre d’exposer une analyse au lieu de répéter des slogans.

      [D’autant que l’exercice est difficile, la critique aisée.]

      Moi, je ne regarde que le résultat. Et le résultat est affligeant.

      [Je pense préférable que la critique soit positive.]

      Ca veut dire quoi « critique positive » ? « Constructive » à la rigueur, mais « positive » ? Non, si l’on veut que les choses changent, il faut commencer par constater que l’état présent est insatisfaisant. On ne peut proposer du nouveau qu’à partir de la constatation que l’existant est « affligeant ».

      [Les discours affligeants étaient ceux de Tondelier et de Mélenchon.]

      Oui, et alors ? Cela ne me console guère. Par ailleurs, on peut dire beaucoup de mal de Mélenchon, mais on ne peut lui dénier le fait que c’est un excellent orateur. Ses discours sont d’ailleurs pensés, construits, polis jusqu’à l’excès.

      [Fabien a tenu par ailleurs un meilleur discours politique même que Ruffin et que Faure.]

      Possible. Mais je ne peux me satisfaire de si peu. J’attends plus d’un secrétaire national du PCF.

      [Nous devons être exigeant. Des améliorations de forme existent. Des amélioration de fond aussi.]

      On ne peut pas « être exigeants » si l’on se contente du fait qu’on est meilleur que Ruffin, Tondelier ou Faure.

      [Mais, il ne sert à rien de jeté le bébé avec l’eau du beau et d’avoir comme seule boussole le pessimisme de l’intelligence.]

      Que voulez-vous, nous n’avons pas ni le même âge, ni la même expérience. Après quatre décennies de voir des échecs présentés comme des succès, des défaites déguisées en victoires, des idées absurdes louées comme des créations qui allaient changer le monde… je deviens très sélectif. Et j’ai une irrépressible envie d’appeler un chat un chat. Dire que le discours de Roussel était bon pour ne pas désespérer Billancourt est une attitude contre-productive, d’autant plus que Billancourt n’existe plus.

      [La question devrait être : quelles contradictions contient son discours ? Quelles classes ou fractions de classes cherche-t-il à mobiliser ? Quelle conception de la production, de l’État, du capital et de la transformation sociale sous-tend ses propositions ?]

      Non. La question n’est pas « quelles classes ou fractions de classe CHERCHE-T-IL à mobiliser », mais « quelles classes ou fraction de classe MOBILISE-T-IL ». Ce qui pose problème, ce ne sont pas les intentions de Roussel, mais la pertinence du discours choisi pour les traduire en acte. Son appel à « occuper les lieux de pouvoir » cherche peut-être à mobiliser les couches populaires, mais ne mobilisera personne. Et quand bien même il arriverait à mobiliser, cette mobilisation ne ferait guère avancer le schmilblick, tout au plus donnerait-elle un mouvement style « gilets jaunes », qui exprimerait un ras-le-bol sans pour autant avoir une traduction politique. Elle révèle par ailleurs une « conception de l’Etat, du capital et de la transformation sociale » absurde, comme si le pouvoir des classes dominantes allait souffrir de « l’occupation » de l’Elysee ou des préfectures.

      [Ici, vous touchez à un point important : le marxisme ne se réduit effectivement pas à une dénonciation morale des très hauts revenus. Pour moi, il a fait du François Ruffin à ce moment : j’étais donc affligé.]

      Et j’ai donc eu raison de qualifier son discours « d’affligeant ». Dont acte…

      [Le problème fondamental n’est pas seulement qu’un individu gagne trop. Il est de comprendre les rapports sociaux qui permettent cette concentration de pouvoir économique et de revenus. La question marxiste est donc moins : « combien gagne Pouyanné ? » que : « quels rapports de propriété, de pouvoir et d’exploitation permettent à une direction capitaliste de disposer d’une telle capacité de décision sur le travail social ? »]

      Je pense que c’est plus complexe que ça. Plus vous payez un dirigeant, et moins il est sensible à la corruption. Un dirigeant mal payé est un dirigeant potentiellement corruptible. Quand un homme peut prendre des décisions qui engagent la vie des hommes et le sort des institutions, il faut que sa rémunération – qu’elle soit monétaire ou symbolique – le mette à l’abri de la tentation. Il y a aussi un élément sacrificiel : l’organisation proclame l’importance qu’elle accorde à telle ou telle fonction en lui accordant un salaire considérable.

      [Mais cela ne signifie pas que la question des salaires soit secondaire.]

      Ca dépend des salaires de qui. La forme de la pyramide salariale est certainement une question politique. Le salaire d’un individu, non.

      [Fabien Roussel, dans son discours, n’a justement pas proposé de « lui enlever son salaire » comme mesure de transformation sociale. Il a articulé le salaire du PDG à la question des profits de Total, à la hausse du prix des carburants, à la nationalisation et à la réappropriation de l’outil de production.]

      Mais justement, cette « articulation » n’a aucun sens. Le salaire du PDG de Total n’a qu’un rapport lointain avec les autres questions que vous évoquez. Ce n’est pas le salaire du PDG qui fait monter les prix du carburant, et il n’a aucune incidence dans la nationalisation ou la réappropriation de l’outil de production. Pourquoi alors l’évoquer, sinon pour faire de la démagogie à deux sous ?

      [« Et plus profondément, si l’on veut s’attaquer aux salaires démesurés, il faudrait peut-être commencer par un Killian Mbappé, dont les émoluments sont trois fois supérieurs à ceux de Pouyanné, pour un travail nettement moins utile. » C’est ici que votre raisonnement devient beaucoup plus discutable. J’entends votre irritation et votre logique. Mais, vous transformez une question de rapports sociaux en comparaison de l’utilité supposée de deux métiers.]

      Mais… pas du tout. Je vous prends au mot : pourquoi « comprendre les rapports sociaux qui permettent cette concentration de pouvoir économique et de revenus » serait-il plus important dans le cas de Pouyanné que celui de Mbappé ? En quoi la concentration du revenu chez l’un serait moins intéressante que chez l’autre ? Or, il semblerait qu’à l’heure d’écrire son discours, Roussel s’intéresse à l’une et pas à l’autre. Pourquoi, à votre avis ? Je vous donne le mien en attendant : parce qu’on peut faire conspuer facilement par la foule le salaire de Pouyanné, mais que cette même foule rejetterait une attaque sur l’idole des stades. Autrement dit, parce que Pouyanné est une cible facile, et pas Mbappé. Un tel calcul pour moi est indigne d’un secrétaire national du PCF.

      [La question est celle des rapports sociaux dans lesquels ces rémunérations sont produites et captées. Le cas de Mbappé relève notamment de l’économie capitaliste du spectacle sportif, des droits audiovisuels, de la publicité, du marché mondial du football et de la valorisation commerciale d’une force de travail très particulière. Le cas de Pouyanné relève de la direction d’un grand groupe capitaliste et des rapports de propriété et de pouvoir qui structurent celui-ci.]

      Pas du tout. Mbappé vend « sa force de travail très particulière » sur le marché, et Pouyanné la sienne. Les « rapports sociaux » qui structurent le recrutement de l’un et de l’autre sont exactement les mêmes : des deux côtés, des actionnaires qui espèrent que s’attacher les talents très particuliers de l’un ou de l’autre leur permettront d’augmenter leurs profits. Franchement, je ne vois pas la différence…

      [Comparer les deux montants pour déterminer lequel serait « plus utile » ne nous rapproche donc pas de Marx : cela nous éloigne de l’analyse des rapports sociaux.]

      Mais le discours de Roussel n’était pas une analyse marxiste. Quand il fait conspuer le salaire de Pouyanné, il prend une position morale. Et il faut donc aussi l’apprécier sur ce plan. A mon sens, si l’on prend une position contre les « rémunérations excessives » – c’est-à-dire, sans rapport avec l’utilité sociale – il n’y a aucune raison de conspuer Pouyanné plutôt que Mbappé. Ce serait plutôt le contraire, puisque l’utilité sociale de l’un est infiniment plus grande que celle de l’autre.

      [« Roussel propose de nationaliser Total. Pourquoi pas. Mais certainement pas en faisant le parallèle avec Renault, dont la nationalisation-sanction était liée à sa politique de collaboration avec l’occupant. » La précision historique sur Renault est légitime : la nationalisation de 1945 est effectivement indissociable du contexte de la collaboration.]

      La précision en elle-même n’est ni « légitime » ni « illégitime », elle est factuelle. Mais elle n’est pas pertinente dans le contexte d’une comparaison avec la situation de Total. Nationaliser Total peut être une bonne ou une mauvaise idée, mais les arguments recevables pour ou contre n’ont aucun rapport avec ceux qui ont présidé à la nationalisation de Renault.

      [Mais cela ne suffit pas à réfuter la pertinence contemporaine d’une nationalisation de Total.]

      Ni à la réfuter, ni à la soutenir. Mais alors, pourquoi faire référence à Renault ?

      Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt. Si Roussel fait référence à Renault, c’est pour parer à une objection de taille. Dans le contexte de l’Etat de droit, nationaliser Total coûterait très, très cher. La capitalisation de l’entreprise est estimée aujourd’hui à 177 milliards, tout de même, qu’il faudrait verser aux actionnaires en échange de leurs intérêts dans l’entreprise. En invoquant le précédent de Renault, il cherche à faire croire qu’on pourrait se dispenser d’indemniser les actionnaires – comme on le fit lorsque Renault devint une régie nationale en 1945. Et c’est là un mensonge pur et simple. Les actionnaires de Renault avaient commis un crime, celui de l’intelligence avec l’ennemi. On peut difficilement reprocher la même chose à ceux de Total.

      [L’expression employée par Fabien Roussel est surtout une formule politique. Oui, vous allez me dire : c’est le juriste qui parle. Mais, le droit français ne connaît pas une procédure ordinaire appelée « nationalisation-sanction » qui permettrait à l’État de prendre une entreprise parce qu’elle aurait commis une faute.]

      Ca se discute. Le droit français prévoit la possibilité de confisquer l’instrument ayant servi à commettre un délit ou un crime. Dans la mesure où Renault avait mis son entreprise au service des allemands, sa confiscation était à ce titre envisageable. Mais il est clair que la décision prise en 1945 était avant tout politique, et que son caractère juridique reste contestable – entre autres choses parce que la confiscation a été décidée par le pouvoir législatif, et non par le juge. Mais même en admettant que Roussel ait parlé en politique et non en juriste, une « formule politique » ne peut pas s’autoriser à dire n’importe quoi. Cette « formule politique » a un but : persuader l’audience qu’on pourrait nationaliser Total d’un claquement de doigts, en se dispensant de payer 177 milliards d’argent public. Et c’est là procédé malhonnête.

      [Les nationalisations de 1945 et celles de 1982 ont été organisées par des lois spécifiques.
      Une nationalisation peut répondre à plusieurs logiques : sanction, intérêt stratégique, souveraineté énergétique, maîtrise d’une ressource, politique industrielle, planification ou transformation des rapports de propriété. Il faut donc distinguer les motifs historiques de la nationalisation de Renault en 1945 des motifs qui pourraient aujourd’hui être avancés pour une socialisation de l’énergie.]

      Ce ne sont pas les « motifs » qui sont ici en cause, mais les conséquences. La « nationalisation-sanction » de Renault avait dispensé l’Etat de payer la « juste et préalable indemnisation » prévue par les textes. Et si Roussel évoque cette question, c’est précisément pour cette raison.

      [Fabien Roussel a effectivement présenté cette nationalisation comme la conséquence d’une accumulation de comportements contraires à l’intérêt collectif.]

      Doit-on comprendre que pour le secrétaire national du PCF, des « comportements contraires à l’intérêt collectif » ouvrent la porte à une nationalisation-sanction (c’est-à-dire, sans indemnisation) ?
      C’est là une question fondamentale, parce que dans cette hypothèse presque toutes les entreprises privées seraient susceptibles de nationalisation.

      [C’est son rôle dans la distribution des carburants en France. En novembre 2025, l’Autorité de la concurrence a effectivement sanctionné TotalEnergies Marketing France et TotalEnergies SE, avec Rubis et EG Group, pour une entente concernant l’accès aux dépôts pétroliers en Corse. Le mécanisme est particulièrement intéressant pour ta question : les entreprises actionnaires de la société Dépôts Pétroliers de la Corse avaient réservé à leurs seuls actionnaires un dispositif d’approvisionnement. L’Autorité a considéré que cela pouvait évincer des concurrents non actionnaires, lesquels devaient acheter dans des conditions moins favorables auprès de leurs propres concurrents. TotalEnergies et sa filiale ont reçu 115,82 millions d’euros de sanction, sur un total de 187,49 millions. Le problème matériel est ici celui du contrôle d’une infrastructure stratégique et de son utilisation pour produire un avantage concurrentiel au détriment d’autres opérateurs. Et juridiquement, ce n’est pas une interprétation politique : l’Autorité a retenu une violation de l’article L.420-1 du Code de commerce et de l’article 101 du TFUE.]

      J’ignorais que vous étiez un défenseur acharné de la concurrence libre et non faussée… il y a là certes une atteinte à la concurrence, mais je ne vois pas le rapport avec le « patriotisme » des uns et des autres, ou bien en quoi cela justifierait une « nationalisation-sanction ». Par ailleurs, si je suis votre raisonnement, il faudrait nationaliser-sanctionner non seulement Total mais aussi Rubis et EG Group ? Si vous voyez là un motif suffisant pour l’un, on voit mal pourquoi les autres devraient échapper.

      [Et que vous soyez pour ou contre, Fabien Roussel pose le sujet des CEE pour baisser en urgence le prix des carburants.]

      Oui, tout comme le RN. Et les deux ont tort, parce que les deux proposent des mesures générales. Je vais faire un papier sur cette question, alors je vais pas aborder le sujet au fond ici, mais pour vous donner un début d’explication : la crise vient d’un choc externe, qui fait qu’il y a moins de pétrole disponible. Il faudra donc – à la gestion des stocks près – baisser la consommation, tout simplement parce qu’on ne peut consommer du pétrole qui n’existe pas. Or, dans une régulation par le marché (et à ma connaissance, aucun politicien, pas même Roussel, n’a proposé un autre type de régulation) la seule manière de faire diminuer la demande, c’est d’augmenter le prix. Autrement dit, si l’on réduit les taxes pour réduire le prix à la pompe, celui-ci ré-augmentera pour absorber la réduction jusqu’à ce que la réduction de la consommation soit suffisante pour équilibrer la production.

      Autrement dit, dès lors que la production baisse quelqu’un va devoir consommer moins. C’est fatal. Tout ce qu’on peut faire, c’est répartir intelligemment la baisse de consommation en prenant des mesures ciblées pour réduire le prix apparent pour certaines catégories – ce qui revient à pénaliser la consommation des autres.

      [Vous n’ignorez pas que malgré le patriotisme : Le Conseil d’État a rendu le 29 juillet 2026 une décision concernant TotalEnergies dans le domaine des certificats d’économies d’énergie. Le ministère avait prononcé des sanctions après avoir constaté, à la suite d’un contrôle, un taux de conformité nul dans l’échantillon contrôlé, avec des manquements répétés et suffisamment importants pour justifier l’annulation de certificats et la suspension de certaines demandes. TotalEnergies contestait notamment la proportionnalité de la sanction. Le Conseil d’État a rejeté son recours.]

      Je ne saisis pas le rapport. Le système des CEE est bâtard : les obligés (Total dans ce cas) sont obligés d’acheter des CEE dont ils n’ont pas vraiment les moyens de contrôler la régularité, et qui peuvent – des mois ou des années après avoir été achetés – être annulés. Mais si les certificats sont annulés, ce n’est pas parce que Total aurait commis une faute, mais parce que ceux qui les produisent – artisans réalisant des travaux, en général – n’ont pas réalisé correctement leur travail, ou pire, ont fraudé. Le « patriotisme » de Total n’est nullement engagé dans cette affaire.

      [Une proposition de nationalisation peut alors être défendue comme une transformation du régime de propriété, et non comme une simple punition du PDG. La notion de « nationalisation-sanction » peut devenir intelligible : non pas confisquer le salaire d’un dirigeant, mais transformer le rapport de propriété à la suite de comportements que le pouvoir public considère incompatibles avec l’intérêt collectif. Le passage de cette proposition politique de Fabien Roussel à une mesure juridiquement valide nécessiterait bien évidemment une construction législative spécifique, respectant des règles constitutionnelles de propriété et d’indemnisation.]

      Comme je l’ai dit plus haut, la nationalisation peut être justifiée pour plein de raisons. Ce qui me gêne dans le discours de Roussel n’est pas la proposition de nationaliser Total, mais de faire de cette nationalisation une « nationalisation-sanction » comparable à celle de Renault, autrement dit, sans indemnisation.

      [« On peut difficilement reprocher à Total pareille attitude, au contraire : quelque soient les griefs qu’on puisse faire à Total, c’est l’une des rares multinationales françaises qui ait fait preuve d’un certain patriotisme – intéressé certes, mais patriotisme enfin. » C’est probablement ici que l’analyse doit être le plus nettement rectifiée. Nous ne pouvons pas nous s’arrêter au caractère « français » ou pas d’un capital. La question fondamentale est : de quelle fraction de la classe capitaliste parle-t-on et quels sont ses intérêts ? Le capital monopoliste peut avoir des intérêts nationaux tout en étant engagé dans une stratégie internationale. Il peut défendre certaines capacités productives françaises tout en recherchant simultanément la rentabilité mondiale de ses capitaux. Pour ses investissements productifs à l’étranger, cette entreprise bénéficie de réduction d’impôts.]

      Il n’empêche que Total a fait le choix de garder des activités en France là où d’autres ont délocalisé, de payer certains impôts en France là où d’autres sont partis sous des cieux plus cléments, qu’elle recrute une grosse partie de ses cadres et dirigeants en France, qu’elle finance des activités d’enseignement, de recherche et développement en France. Que ce patriotisme soit intéressé – cela lui permet en particulier d’avoir le soutien de l’Etat français à l’international – est certain. Mais il faut à mon sens faire une distinction entre le capital industriel à base nationale et le capital financiarisé et globalisé. Le premier peut être un allié politique des classes populaires dans certaines circonstances, l’autre non.

      [« Les véritables « lieux de pouvoir » sont les usines, les champs, les lieux où la valeur est produite. Occuper le siège de Total ou l’Elysée ne change rien de fondamental. » Il y a ici une intuition juste, mais formulée de manière trop économiciste à mon sens. Oui : la production est centrale pour comprendre le pouvoir de classe. Mais non : l’État ne peut pas être réduit à un simple décor extérieur au rapport de production.]

      Je ne vois pas le rapport avec la question posée. Oui, « l’Etat ne peut pas être réduit à un simple décor extérieur au rapport de production ». Et alors ? En quoi le fait d’occuper une préfecture changerait le rapport de production ?

      [« Occuper le siège de Total ou l’Elysée ne change rien de fondamental. » Pris littéralement, c’est faux. Le marxisme-léninisme ne dit donc ni « tout se joue dans l’entreprise », ni « tout se joue dans l’État ». Il analyse leur articulation dialectique.]

      Ici vous faites une confusion entre « l’Etat » et « l’Elysée ». Ce n’est pas parce que vous occupez l’Elysée que vous occupez l’Etat, de la même manière que ce n’est pas parce que vous occupez le siège de Total que vous occupez l’entreprise.

      [Occuper symboliquement un lieu ne suffit évidemment pas à transformer les rapports de production. Mais conquérir démocratiquement le pouvoir d’État, modifier le droit de propriété, transformer la fiscalité, nationaliser, planifier, réorienter le crédit, modifier les règles du travail et donner de nouveaux pouvoirs aux travailleurs peuvent modifier profondément les rapports sociaux.]

      Sauf que Roussel, dans son discours, a parlé d’occuper les « lieux de pouvoir », l’Elysée et les préfectures. Il n’a rien dit de « conquérir démocratiquement le pouvoir d’Etat ».

      [Ce règne du n’importe quoi, cette perte de contact avec le réel, est éminemment problématique.]
      Oui, à condition de définir ce que nous entendons par « réel ». Pour le matérialisme dialectique, le réel n’est pas seulement ce qui est immédiatement observable ou ce qui paraît aujourd’hui possible. Le réel est une totalité contradictoire, en mouvement, dans laquelle existent des tendances, des possibilités objectives et des rapports de forces susceptibles d’être transformés.]

      Je vous propose ma définition : « le réel, c’est ce qui persiste quand on a cessé d’y croire ». Bon, d’accord, ce n’est pas de moi, mais je l’assume.

      [La comparaison est efficace mais elle devient excessive si elle conduit à opposer le rêve au réel. Le communisme n’a jamais consisté à accepter le monde tel qu’il est au nom du « possible ».]

      Je ne sais pas pour le « communisme » en général, mais pour les marxistes en particulier ce n’est pas tout à fait exact. Si les marxistes ne se résignent pas à ce que l’état actuel du monde soit immuable, ils font bien la distinction entre ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Tout le travail sur la compréhension des contradictions du mode de production visent précisément à définir des lois qui expliquent pourquoi certaines transformations sont possibles et d’autres ne le sont pas. L’idée que « tout est possible à condition de le vouloir », chère aux idéalistes, est la négation du marxisme.

      Oui, il faut opposer le « rêve » au « réel », ou pour être précis, opposer ce qui est réalisable et ce qui ne l’est pas. Il ne s’agit pas de se résigner à l’idée que rien ne peut changer, mais d’accepter que ce n’est pas parce qu’un changement est désirable qu’il devient possible.

      [« Ce n’est pas ça, la vraie politique. La vraie politique est mariée avec le mot “possible”. » C’est ici que je serais le plus en désaccord avec vous. Le mot « possible » n’est pas faux. Mais il faut immédiatement demander : possible pour qui, dans quelles conditions, à quelle étape historique et par quel rapport de forces ? Le possible marxiste n’est pas le possible du gestionnaire. La bourgeoisie de 1848 pouvait expliquer que certaines revendications ouvrières étaient impossibles. La lutte de classe a précisément consisté à rendre possibles des transformations qui ne l’étaient pas encore.]

      Le fait que la bourgeoisie explique qu’une transformation était impossible n’en fais pas une vérité. C’est la progression de la productivité qui a rendu « possibles » les revendications en question. Ce que les luttes ont fait est de les réaliser, autrement dit, de les rendre « réelles ». Il faut bien comprendre la différence.

      Il est clair que ce qui est « possible » dans un contexte donné ne l’est pas forcément dans un autre. Il est « possible » de soutenir la consommation tout en travaillant huit heures par jour en 1930, cela n’était probablement pas « possible » en 1830. C’est l’évolution de la productivité qui en fait la différence. Et ce n’est pas parce que quelque chose est « possible » que c’est réalisé : il faut pour cela souvent des luttes longues et soutenues. Par contre, il doit être clair que ce qui est impossible n’est jamais réalisé : toutes les luttes du monde, toutes les lois et décrets n’arriveront à faire que les choses tombent de bas en haut.

      [Le matérialisme dialectique ne consiste donc pas à opposer le rêve au possible.]

      Je ne pense pas que le matérialisme dialectique reconnaisse le « rêve » comme catégorie.

      [Il consiste à rechercher dans le réel les possibilités objectives de transformation et à construire les forces sociales capables de les réaliser.]

      Faut savoir. Si vous recherchez dans les réel « les possibilités de transformation », du même coup vous allez trouver logiquement « les impossibilités de transformation ».

      [La question fondamentale est de savoir pourquoi le mouvement communiste, qui a été historiquement capable de créer un tel espace populaire, culturel et politique, n’est plus automatiquement capable d’en déterminer le contenu idéologique.]

      Mais d’où tirez-vous cela ? Le « mouvement communiste » détermine toujours le contenu idéologique de la Fête. Seulement, il est divisé : une partie « détermine le contenu » en invitant les « insoumis » à faire leur meeting, à se promener avec leur t-shirt, à concentrer l’œil des caméras ; l’autre partie « détermine le contenu » avec un meeting de Roussel et les affiches qui portent sa candidature. Si vous voulez poser la question en termes gramsciens, ce qui se joue c’est l’hégémonie du groupe « mutationniste » ou du groupe « rousselien » sur l’espace communiste.

      [Et c’est précisément pour cela que la réponse ne peut pas être seulement disciplinaire.]

      Encore une fois, vous semblez penser que l’hégémonie est une question purement idéologique… pourquoi ne pas utiliser l’instrument disciplinaire pour l’instituer ?

      [Un Parti communiste ne reconquiert pas son influence en demandant simplement aux autres de ne pas parler, y compris aux éléments gauchistes.]

      Pourquoi ? Vous affirmez cela comme si c’était une vérité d’évidence, mais cela n’a absolument rien d’évident. Puisque vous vous déclarez gramscien, vous devriez relire Gramsci : nulle part il n’écrit que la conquête de l’hégémonie ne se fasse que par des moyens purement intellectuels. La discipline, la répression, le contrôle des moyens d’expression, c’est aussi un moyen de conquérir l’hégémonie.

      [Il la reconquiert lorsqu’il est capable de faire en sorte que les travailleurs, les employés, les techniciens, les ingénieurs, les agriculteurs, les artisans et l’ensemble des producteurs reconnaissent dans son analyse leurs propres intérêts historiques, comprennent les contradictions du système et trouvent dans son organisation les moyens collectifs de les transformer.]

      Oui, mais imaginer que cela se fera seulement par le discours, qu’en laissant tout le monde parler les travailleurs reconnaîtront spontanément leurs propres intérêts historiques, c’est croire au père Noël.

      J’ai du mal à croire que vous soyez aussi naïf. Est-ce que les “insoumis” invitent le PCF à avoir un stand dans leurs “amphis” et à organiser des meetings alternatifs ? Bien sur que non. Mélenchon est bien plus “gramscien” que vous: il a conquis l’hégémonie sur son espace, et il l’a conquise en excluant tous ceux qui tenaient un discours alternatif, en organisant une “meute” qui s’abat sur toute voix discordante. Et cela n’a pas l’air de si mal lui réussir.

  12. Didier Bous dit :

    Autrement dit, la gauche est épuisée. Rien, pas même la progression ultra-rapide du RN ne la réveille. Comme elle est composée de beaucoup de très diplômés, je trouve cela étonnant. Vous l’indiquez dans le texte, ce sont des gens qui psalmodient un discours simplet comme si la réalité n’existait pas. Et ils s’en éloignent de plus en plus au point de devenir dépassés alors que la situation générale devient de plus en plus grave et qu’ils semblent incapables de gagner les élections importantes. J’aimerais comprendre.   

    • Descartes dit :

      @ Didier Bous

      [Autrement dit, la gauche est épuisée. Rien, pas même la progression ultra-rapide du RN ne la réveille. Comme elle est composée de beaucoup de très diplômés, je trouve cela étonnant.]

      Pourquoi dites-vous que la gauche ne se réveille pas ? Je la trouve parfaitement réveillée. La gauche représente une partie des classes intermédiaires, et les classes intermédiaires ont intégré le bloc dominant. Pourquoi seraient-elles inquiètes ? Elles savent que même si le RN arrive au pouvoir, leurs intérêts sont verrouillés par l’Union européenne…

      [Vous l’indiquez dans le texte, ce sont des gens qui psalmodient un discours simplet comme si la réalité n’existait pas. Et ils s’en éloignent de plus en plus au point de devenir dépassés alors que la situation générale devient de plus en plus grave et qu’ils semblent incapables de gagner les élections importantes.]

      Pardon, mais ces gens-là gagnent les élections importantes. Cela ne vous aura pas échappé que Hollande a gagné la présidentielle en 2012, et que celui qui fut d’abord son secrétaire général adjoint à l’Elysée, puis son ministre, a gagné celles de 2017 et 2022. Et quelques soient les avatars électoraux, il y a toujours une majorité pour continuer la même politique…

  13. Claustaire dit :

    @Lafleur @ Descartes,
    Vos échanges sont aussi passionnants et instructifs qu’émouvants voire pathétiques par leur côté vintage (vu que je pense être votre aîné, j’espère pouvoir me permettre cette appréciation sur le passé, qui toujours passe moins vite que d’aucuns ne le pensent).
     
    Je vous en remercie autant que je m’en émeus, car, quels que soient nos différences ou nos divergences, nous nous pensons du même camp politique, celui qui ne cesse d’en appeler, ou au moins d’en espérer (fût-ce en en désespérant plus que souhaitable, pour ce qui me concerne) à plus de Liberté.s (et pas seulement à celle du renard dans le poulailler), d’égalité.s (non seulement en droit.s mais aussi en capacités existentielles) et de fraternité.
    Bien à vous, camarades citoyens !

  14. Claustaire dit :

    @Lafleur @ Descartes,
     
    Plus largement, comment pensez-vous que le pays pourra(it), l’an prochain, échapper au dilemme MLP / JLM sans se résigner, une fois de plus, à voter (davantage contre les deux précédents que) pour quelque candidat.e du centre – droite social-(néo)libéral, à défaut de pouvoir voter pour un.e candidat.e plus social-démocrate (certes toujours plus en promesses qu’en politique, hommage néanmoins que le vice rend à la vertu) ?
     
     

    • Descartes dit :

      @ Claustaire

      [Plus largement, comment pensez-vous que le pays pourra(it), l’an prochain, échapper au dilemme MLP / JLM sans se résigner, une fois de plus, à voter (davantage contre les deux précédents que) pour quelque candidat.e du centre – droite social-(néo)libéral, à défaut de pouvoir voter pour un.e candidat.e plus social-démocrate (certes toujours plus en promesses qu’en politique, hommage néanmoins que le vice rend à la vertu) ?]

      Franchement, je ne vois pas comment on pourrait échapper à cette situation. Depuis trente ans le « cercle de la raison » – droite libérale et gauche sociale-démocrate en passant par ce « centre » introuvable – s’est engagé dans une voie politique qui a abouti à l’affaiblissement du pays, sur tous les plans. La France s’est progressivement effacée non seulement de la scène militaire et politique, mais aussi de la scène économique, scientifique et même intellectuelle. Dans tous ces domaines, on produit de moins en moins et, ce qui est plus grave, de moindre qualité. Connaissez-vous un Aragon, un Prévert, un Camus, un Sartre, un Aron, un Bourdieu, un Joliot-Curie vivant aujourd’hui ? Moi, pas. Et cet effacement « par le haut » trouve son corollaire dans un effacement « par le bas », qui touche notre vie quotidienne : nos routes, nos hôpitaux, nos centrales électriques, nos écoles, nos lignes de chemin de fer tombent progressivement en ruine, faute d’investissements. Les emplois sont délocalisés, et ce mouvement qui touchait d’abord les « cols bleus » commence à se propager vers les « cols blancs ». La qualité de notre force de travail se dégrade en parallèle avec sa formation. Et la dette creusée religieusement par la droite comme par la gauche, mais aussi les pouvoirs de plus en plus importants délégués à Bruxelles ou dilués dans les collectivités locales réduit les marges de manœuvre pour rétablir la situation. Et je ne peux oublier les conséquences de tout cela sur le tissu social : effets de la précarité de l’emploi et de sa faible qualité sur l’image de soi et sur la stabilité de la famille, arrêt de la machine à assimiler poussant au morcellement de la société en communautés en compétition permanente…

      Ce bilan triste à pleurer qui constate sa faillite, le « cercle de la raison » le refuse. Il semble ne pas comprendre – ou plutôt ne veut pas comprendre – pourquoi il est de plus en plus massivement rejeté. Et du coup il n’est pas capable de proposer une alternative, ni même de la concevoir. Voter pour eux, c’est voter pour la continuité de cette politique. On peut avoir plus ou moins de sympathie personnelle pour Retailleau ou pour Attal, pour Glucksmann ou pour Philippe, mais on peut être sûr d’une chose : avec eux, rien ne changera – en dehors du langage. Aucun ne remettra en marche la machine à assimiler, aucun ne reprendra les manettes à Bruxelles, aucun n’appellera les Français – et tout particulièrement ceux du bloc dominant – à se serrer la ceinture pour financer les investissements massifs indispensables si l’on veut reconstruire le pays et reprendre notre place dans le monde. Le menu sera le même quel que soit le candidat du « cercle de la raison » élu : plus de pouvoir transféré à l’UE, plus de valeur ajoutée transférée au capital, déflation salariale, financement de la paix sociale par la dette, retrait des services publics. Et toujours le même discours mensonger, qui prétend « sauver notre système social » en le cassant, qui affirme défendre la place de la France dans le monde tout en confiant les clés de notre politique extérieure à Von der Leyen.

      Les seuls aujourd’hui dont le discours prend le parti de la rupture, ce sont JLM et MLP. Dès lors qu’on rejette la continuité, il n’y a que ça dans le menu. Bien entendu, il y a aussi des candidatures de témoignage, qui ont leur logique et sont indispensables à la démocratie parce qu’elles portent des messages qui peuvent influencer l’opinion. Mais à l’heure de choisir celui qui devra gouverner, ils n’ont pas de véritable crédibilité, et n’arriveront pas à la bâtir dans les quelques mois qui nous séparent de l’élection.
      Avant de parler de « dilemme JLM/MLP », il faut se poser le véritable dilemme, celui qui oppose une politique de continuité à une politique de rupture. C’est sur ce dilemme-là que l’élection va finalement se jouer. Le « cercle de la raison » va faire sa campagne, moins sur son bilan – même eux ne s’en réclament que du bout des doigts – que sur la peur que peut inspirer une rupture. Est-ce que ce sera suffisant ? On peut en douter. S’ils n’y arrivent pas, il faudra choisir ensuite entre deux projets de rupture…

      • Lhaa Francis dit :

             Je viens d’avoir un flash  :  quel rapport entre le  ”  bloc dominant  ”  et les classes moyennes ou intermédiaires, et l’aristocratie ouvrière de Lénine  ? Parce que ce sont tout de même des salariés qui ne sont pas payés pour se tourner les pouces, et éventuellement pour faire  ”  marner  ”  les autres.

        • Descartes dit :

          @ Lhaa Francis

          [Je viens d’avoir un flash : quel rapport entre le ” bloc dominant ” et les classes moyennes ou intermédiaires, et l’aristocratie ouvrière de Lénine ? Parce que ce sont tout de même des salariés qui ne sont pas payés pour se tourner les pouces, et éventuellement pour faire ” marner ” les autres.]

          “L’aristocratie ouvrière” dont parle Lénine est une sorte de proto-classe intermédiaire. Ce sont des ouvriers dont le capital immatériel – compétences rares – est important et donne un pouvoir de négociation considérable pour récupérer une part de la plusvalue. Engels en parle dans une lettre à Marx en utilisant le terme “prolétaire bourgeois”, qui à mon sens rejoint ma réflexion sur le “capital immatériel”, qui fait de ce secteur du prolétariat une forme de bourgeoisie.

      • optimiste? dit :

        [Les seuls aujourd’hui dont le discours prend le parti de la rupture, ce sont JLM et MLP. Dès lors qu’on rejette la continuité, il n’y a que ça dans le menu.]
        Oui, mais peut-on espérer une politique de rupture véritable, au delà des discours ? Pour JLM, vous expliquez régulièrement que, s’il était au pouvoir, il se conduirait comme son maître Mitterrand l’a fait en son temps. Quant à MLP, a-t-elle la carrure pour s’opposer véritablement au système en place ? Personnellement je n’y crois pas. Jordan Bardella, premier ministre ? Ce n’est pas sérieux…

        • Descartes dit :

          @ optimiste ?

          [Oui, mais peut-on espérer une politique de rupture véritable, au delà des discours ? Pour JLM, vous expliquez régulièrement que, s’il était au pouvoir, il se conduirait comme son maître Mitterrand l’a fait en son temps. Quant à MLP, a-t-elle la carrure pour s’opposer véritablement au système en place ?]

          J’ai du mal à répondre à votre question parce que ma boule de cristal est beaucoup plus précise lorsqu’il s’agit de Mélenchon que de MLP. Mélenchon vient de la gauche. Je connais le bonhomme, je connais les gens qui l’entourent, je connais les organisations qui le soutiennent, j’ai lu les livres qu’ils ont lu, fréquenté les lieux qu’ils ont fréquentés. Nous avons les mêmes amis, les mêmes lectures. Je peux donc faire une prédiction raisonnablement informée de ce que Mélenchon pourrait faire s’il arrivait au pouvoir. Pour Marine Le Pen, je suis beaucoup moins informé, et donc beaucoup plus prudent. Je peux lire ce qu’elle ou ses soutiens écrivent, mais je ne suis jamais sûr de bien décoder ce qui est écrit, parce que je n’ai ni le langage, ni les codes. Je ne connais pas les conseillers ou les idéologues qui l’entourent, je n’ai pas lu les mêmes livres, je n’ai pas les mêmes références…

          [Personnellement je n’y crois pas. Jordan Bardella, premier ministre ? Ce n’est pas sérieux…]

          Plus sérieux que Bayrou ou Attal, en tout cas…

  15. Olivier Rogers dit :

    Bonjour René, 
    À propos de cette prise de pouvoir des instances du pcf par les classes intermédiaires, et comme une triste confirmation de ce processus, j ai été, il y a quelques jours, assez stupéfait par la Une de l huma, entièrement consacrée à Catherine Ringer. J ai eu l impression que Libé avait migré à l huma…

    • Descartes dit :

      @ Olivier Rogers

      [À propos de cette prise de pouvoir des instances du pcf par les classes intermédiaires, et comme une triste confirmation de ce processus, j ai été, il y a quelques jours, assez stupéfait par la Une de l huma, entièrement consacrée à Catherine Ringer. J ai eu l impression que Libé avait migré à l huma…]

      A comparer avec le silence gardé par le journal lors de la mort de Marcel Boiteux…

      Tiens, je me suis amusé à faire un google sur ce grand homme. Je n’ai trouvé qu’un seul article, un éditorial de Fabien Gay dans lequel il attaque la théorie de la tarification au coût marginal, en écrivant que “ce mécanisme a été inventé par Marcel Boiteux, ancien PDG d’EDF, pour optimiser la rente de l’entreprise”. Ce qui montre tout simplement que Gay ne sait pas de quoi il parle. Comme Boiteux l’explique admirablement dans un article devenu célèbre, l’objectif n’est pas de “optimiser la rente de l’entreprise”, mais de faire supporter par les particuliers et les entreprises le poids de leur choix. Pour simplifier: supposons un industriel qui choisit de faire démarrer ses fours à l’heure de pointe. Par cette décision, il oblige EDF à faire démarrer un moyen de production qui sera plus cher que ceux déjà démarrés (puisqu’on démarre les moyens de production dans l’ordre de mérite économique décroissant). Alors que s’il décidait de démarrer son four en heure creuse, il n’imposerait pas cette contrainte. Et Boiteux se demande: comment tarifier l’électricité pour pousser les consommateurs à faire les choix qui réduisent le coût pour la collectivité ? Si on tarifie au coût moyen de production, aucun intérêt à faire le “bon choix”. Mais si l’on tarifie au coût marginal (c’est à dire, à celui du dernier moyen de production démarré), on répercute correctement sur l’industriel le coût de son choix, et on le pousse à démarrer là où le coût est le plus faible…

      Que Fabien Gay ait écrit pareille bêtise montre, à l’évidence, qu’il n’y connaît rien à la question. Quand le Parti était un parti ouvrier, les militants avaient une conscience aigüe de leurs limitations, et donc un grand respect pour les “sachants”. Avec l’arrivée des classes intermédiaires, plus diplômées sinon plus cultivées, est arrivée la vision gauchiste qui veut que n’importe qui puisse parler de n’importe quoi.

      • Lhaa Francis dit :

             C’est bien pour cela qu’un des ingénieurs qui avaient construit la tour Montparnasse affirmait que la plus belle vue de Paris était précisément de l’intérieur ou de la terrasse. De là au moins, on ne la voyait pas.

  16. jo nice dit :

    Je suis communiste et moi non plus je n’ai pas voulu mettre un pieds dans cette kermesse ridicule: si je veux me bourrer la gueule avec plein de gauchiste sur une base militaire, je vais en teknival c’est gratuit et la drogue aide à supporter les discours délirants des autres festivaliers. ( c’est vrai que plus j’y pense, plus les deux  évènements sont semblables^^) 
    En tout cas merci pour votre article qui exprime ,mieux que je ne saurais le faire ,parfaitement mon avis sur la question. Les assises du souverainisme avaient l’air autrement plus interessantes. 

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