C’est l’histoire d’une guerre perdue. Rétrospectivement, on ne pouvait pas la gagner, parce que, comme disait un célèbre général américain, « j’ai vu l’ennemi, et c’était nous ». Ceux qui ont entamé ce combat l’ont fait contre la société toute entière, et on ne peut gagner une guerre dans ces conditions. D’autant plus qu’on a très vite oublié quel était le véritable objectif politique du combat. On a fini par combattre les symptômes, en oubliant les causes.
Non, je ne parle pas de l’Ukraine, mais d’une guerre qui se déroule sous nos yeux, celle qui oppose l’Etat constitué aux narcotrafiquants, et que l’assassinat de Mehdi Kessaci, frère cadet d’Amine Kessaci, ce militant écologiste bien connu à Marseille pour sa lutte contre le trafic de drogue, a porté à la « une » de nos médias et donc des préoccupations de nos ministres et même du président de la République. Une préoccupation qui, on peut tout de suite rassurer les trafiquants, sera sans aucun doute très temporaire. Dès que la lumière médiatique se déplacera, ce sera « business as usual ».
Notre défaite – et j’utilise la première personne du pluriel parce que cette défaite une défaite collective – se mesure non pas à la violence des trafiquants, à la corruption ou les menaces de plus en plus courantes sur des dockers, des douaniers, des policiers, des magistrats. Ce ne sont là que des effets collatéraux. La véritable défaite se mesure à la consommation croissante de stupéfiants de toutes sortes, qui s’inscrit d’ailleurs dans une multiplication massive des addictions. La consommation de cannabis s’est aujourd’hui banalisée, au point que dans certains quartiers ce produit est vendu et consommé ouvertement dans l’espace public, et que les consommateurs se déplacent vers les points de deal pour acheter leur dose sans se cacher. La consommation de cocaïne et des drogues de synthèse – 3m, extasy, métamphétamines – suit le même chemin. Aujourd’hui, près d’un adulte sur deux déclare (1) avoir consommé du cannabis au cours des sa vie, contre 10% il y a trente ans. 1,4 millions de Français consomment régulièrement (10 fois au cours du dernier mois) dont 900.000 quotidiennement, une population qui a doublé depuis entre 1993 et 2023. La cocaïne suit, avec un retard de quelque vingt ans, la même courbe. Aujourd’hui, ils sont 1,1 million à en consommer au moins une fois dans l’année.
C’est à mon sens ce qu’on oublie souvent. Les politiques de lutte contre le trafic de stupéfiants n’ont pas pour but – comme cela peut être par exemple le cas pour le trafic de cigarettes ou la contrefaçon – de protéger le commerce légal ou la ressource fiscale en s’attaquant aux circuits parallèles. Le but final du dispositif antidrogue est un objectif de santé publique. Il ne s’agit pas de combattre le trafic en tant que tel, mais de réduire autant que faire se peut la consommation du produit. C’est cet objectif qui légitime le combat contre un commerce qui, en dehors de la question sanitaire, n’aurait aucune raison de se trouver hors la loi. Or, et l’expérience de l’alcool ou de la cigarette le montre amplement, on ne combat pas la consommation en s’en prenant à l’offre. La prohibition a échoué aux Etats-Unis parce qu’elle s’attaquait essentiellement aux fournisseurs d’alcool. Elle fonctionne au contraire dans les pays musulmans, parce qu’elle touche essentiellement les consommateurs. A l’inverse, on a réussi à réduire considérablement la consommation de cigarettes en s’attaquant à la consommation, par le biais de la taxation punitive ou de l’interdiction de fumer dans un certain nombre de lieux publics.
Ce que j’énonce ici, c’est une évidence : s’il y a des gens qui vendent, c’est parce qu’il y a des gens qui achètent. Si un point de deal peut faire des chiffres d’affaires quotidien mesuré en dizaines de milliers d’euros, c’est parce que quelqu’un est prêt à apporter ces sommes en échange de son produit préféré. Et ces gens qui achètent, ce ne sont pas des extraterrestres venus de la planète Zorg, ce sont des gens comme vous et moi. La réalité, c’est que dans le système capitaliste, la demande crée l’offre. Dès lors qu’il y a un consommateur prêt à payer un prix suffisant pour rendre la chose profitable, le capital se déplacera et mobilisera du travail pour satisfaire cette demande. Et l’interdiction n’y changera rien. Le trafiquant prendra simplement en compte le risque pénal parmi les risques professionnels lorsqu’il fixera son prix. Il faut d’ailleurs observer que pour ce qui concerne le trafic de drogue le risque pénal n’est pas le plus important : finir en prison reste moins grave que d’être incinéré dans le coffre d’une voiture. Tant que la demande sera là, il est illusoire d’imaginer qu’on pourra éradiquer l’offre par la simple répression. Et pourtant, c’est bien ce qu’on essaye de faire : on cherche à combattre l’offre, alors que depuis trente ans on n’a pas cessé de réduire la contrainte qui pèse sur le consommateur.
C’est là que la défaite apparaît évidente : si le chœur des pleureuses regrette l’extension des trafics, personne ou presque n’est disposé à admettre qu’on poursuive ou qu’on pénalise la consommation de stupéfiants. Au contraire, le discours déculpabilisant est devenu dominant, quand on ne fait pas du consommateur une « victime ». Lorsqu’une voix officielle ose insinuer que le consommateur de stupéfiants a lui aussi une part de responsabilité dans l’extension du trafic, elle est vite renvoyée dans ses buts par la bienpensance. L’émouvante lettre écrite par Amine Kessaci après la mort de son frère s’en prend aux trafiquants, crache sur l’Etat… mais elle ne contient pas un seul mot concernant les consommateurs. La consommation de stupéfiants, autrefois délictuelle, est devenue sous le règne de Macron une simple contravention punie par une amende administrative. En cela, il suit un mouvement commencé dans les années 1970, et qui a abouti à banaliser la consommation. On se souvient du « hakik » dans les sketches de Coluche, des références dans les spectacles de Font et Val, ou bien de la chanson de Renaud « dans mon HLM », dans laquelle il parle de sa « copine Germaine » en ces termes enjoués :
Quand j′en ai marre d′ces braves gens
J’fais un saut au huitième
Pour construire un moment
Avec ma copine Germaine
Un monde rempli d′enfants
Et quand l’jour se lève
On s′quitte en y croyant
C’est vous dire si on rêve
Mais le refrain martèle un petit détail :
Putain c′qu’il est blême, mon HLM
Et la môme du huitième, le hasch, elle aime
Il ne semble pas que cette habitude de sa « copine Germaine », qui la conduisait probablement à fréquenter assidûment – quand on aime, on ne compte pas – son trafiquant local, ait été très gênante pour le Renaud de 1979. Et si on peut être « cool » en consommant du « hash », pourquoi s’insurger contre l’extasy, les métamphétamines, les solvants ou le gaz hilarant, et ceux qui en font commerce ?
Vous me direz que c’est là un phénomène mondial, qui n’est nullement limité à la France. Vous aurez raison. Mais il ne vous aura pas échappé que la mondialisation s’accompagne de la diffusion d’une idéologie dominante, elle aussi mondialisée. La question est donc autant de savoir pourquoi les individus dans nos sociétés modernes – qui, rappelons-le, assurent malgré les inégalités et les injustices un niveau de vie et une liberté de choix jamais égalée dans l’histoire humaine – éprouvent le besoin de s’asservir à des substances chimiques, et au-delà à toutes sortes d’addictions. Et surtout pourquoi l’idéologie dominante banalise ce besoin au point de dédouaner le consommateur de toute responsabilité des conséquences sociales de sa consommation. Il est d’ailleurs paradoxal – on n’est pas à une contradiction près – de constater qu’on n’hésite pas à culpabiliser le consommateur de viande au nom de l’environnement, ou de dénoncer la responsabilité du fumeur dans le tabagisme passif. Mais insinuez que le consommateur de stupéfiants a sa part de responsabilité dans la violence du trafic, et vous rencontrerez la plus grande incompréhension.
Pourquoi cette différence ? Pourquoi la responsabilité sociale est mise en jeu dans certaines pratiques et pas dans d’autres ? Parce que toutes les addictions n’ont pas le même statut social. Dans les années 1970, la jeunesse des « classes intermédiaires » a donné à la consommation de produits stupéfiants – et surtout au cannabis – un contenu idéologique positif, dont la chanson de Renaud citée ci-dessus témoigne. Là où le vin faisait « beauf » – une autre manière de dire « prolo » – le cannabis et autres produits faisaient « branché » et « cool ». Je me souviens encore des débats enflammés à l’intérieur du PCF entre les « anciens » de formation ouvrière, tenants d’une ligne intransigeante sur la drogue, et les « jeunes » venus dans la vague soixante-huitarde, pour qui le « pétard » était un élément identitaire. Les plus virulents étaient les militants des Jeunesses communistes dans les universités, et on peut les comprendre : ils devaient se faire les empêcheurs de se droguer en rond, dans un milieu universitaire où les étudiants mais aussi les enseignants banalisaient largement la consommation de stupéfiants. On l’a oublié maintenant, mais en février 1981 des échauffourées avaient éclaté à l’Université Paris VIII entre militants de l’UNEF-ID (dirigée à l’époque par Cambadélis, ancien trotskyste venu au Parti socialiste) et des militants de l’Union des Etudiants communistes. Que reprochaient les premiers aux seconds ? De distribuer un tract dans lequel on pouvait lire « Les étudiants communistes de Paris-VIII Saint-Denis tiennent à affirmer publiquement leur soutien à Robert Hue, maire de Montigny-lès-Cormeilles, dans sa lutte contre les trafiquants » ou bien « Nous avons décidé de combattre la drogue sur tous les terrains, de déclarer la guerre aux revendeurs qu’ils soient Hollandais, Marocains, ou Français ». Il faut dire que Vincennes était connue comme le « Rungis de la drogue » depuis la polémique qui avait éclaté en 1977 (2). Des personnalités intellectuelles comme Michel Foucault avaient d’ailleurs donné leur bénédiction. Voici ce qu’il déclarait au magazine américain « The advocate » en 1984 : « Je pense que les drogues doivent devenir un élément de notre culture. En tant que source de plaisir. Nous devons étudier les drogues. Nous devons essayer les drogues. Nous devons fabriquer de bonnes drogues – susceptibles de produire un plaisir très intense. Je pense que le puritanisme qui est de mise à l’égard de la drogue – un puritanisme qui implique que l’on est soit pour, soit contre – est une attitude erronée ». Jacques Derrida, dans un article célèbre de 1990 (« la rhétorique des drogues ») prend lui aussi une position très bienveillante envers la consommation de substances psychotropes. Trente ans plus tard, cette bienveillance a beaucoup progressé : un député peut se vanter d’avoir consommé et revendu des stupéfiants dans sa jeunesse sans craindre la réaction de ses électeurs ou la condamnation de son parti.
Nous vivons donc une sorte de schizophrénie. Notre société se scandalise de la violence qui accompagne le trafic de drogues tout en banalisant la consommation qui l’alimente. C’est une contradiction qui, à terme, est invivable. J’ai toujours été contre la légalisation des drogues, et cela pour des raisons autant sanitaires que symboliques (3). Mais je suis conscient que ces raisons deviennent de moins en moins significatives devant les dégâts que le trafic de stupéfiants est en train de faire.
Oui, la guerre est perdue. La consommation s’est banalisée et continue à progresser. Et chez ceux qui ne consomment pas, on regarde la pratique avec bienveillance, au point de refuser toute mise en cause des consommateurs. Inutile dans ces conditions de continuer le combat : on ne peut pas sauver les gens contre eux-mêmes. Il s’agit donc maintenant de conclure la paix dans les moins mauvais termes possibles. Y a-t-il encore une alternative à la légalisation – de facto ou de jure – non seulement du cannabis, mais aussi de la cocaïne et des drogues de synthèse, sans quoi on ne fera que déplacer le problème ? Si la réponse est négative, alors le monde de demain a beaucoup de chances d’être peuplé de zombies « stupéfiés » par des produits chimiques faisant défiler pendant des heures sur leur portable des vidéos imbéciles sur TikTok ou des énormités de toutes sortes sur X. La capacité à échapper aux addictions, à regarder le monde tel qu’il est et non à travers le prisme de la chimie ou des réseaux sociaux sera demain la véritable marque de l’élite…
Descartes
(1) Les statistiques de consommation de stupéfiants sont toutes basées sur des sondages et donc sur la déclaration effectuée par les personnes sondées. On peut donc logiquement s’attendre à ce que les chiffres minimisent le phénomène, les personnes interrogées ne se sentant pas à l’aise pour déclarer une activité qu’elles savent illégale ou socialement indésirable.
(2) On trouve dans les archives du « Monde » un article du 14 juin 1977 qui donne une idée assez intéressante de la mansuétude envers la drogue dans l’université de Paris VIII en particulier et chez l’establishment en général… (https://www.lemonde.fr/archives/article/1977/06/14/vincennes-apres-la-tempete_2866901_1819218.html)
(3) La première est la question sanitaire : l’Etat ne devrait pas donner sa bénédiction à la commercialisation d’un produit toxique. Il est d’ailleurs notable que ce soient les mêmes qui appellent à interdire l’utilisation de toutes sortes de produits chimiques au motif qu’ils sont dangereux qui sont à l’avant-garde des mouvements qui proposent la légalisation de substances dont on sait pertinemment qu’elles ont des effets délétères sur la santé humaine. La deuxième raison tient au métabolisme social. La jeunesse a besoin d’interdits, ne serait-ce que pour pouvoir se rebeller contre eux. Comme le disait Lacan, « là où tout est permis, rien n’est subversif ». Alors, si on autorise le cannabis et la cocaïne, la « rébellion » consistera à prendre de l’héroïne. Tant qu’à faire, autant garder quelques interdits qu’il ne soit pas trop dangereux de violer…
Pourquoi finalement ne pas légaliser ? On pourrait vendre chez le buraliste cannabis, cocaïne, heroine etc. de bonne qualité, sans tous les produits nocifs ajoutés par les trafiquants et en plus, une source de taxation ira dans la poche de l’état plutôt que celui des trafiquants. Les producteurs de Colombie et ailleurs pourrait vivre de cela sans être soumis aux lois des criminels etc. etc.Le problème de santé publique prendra pour l’exemple celui contre le tabac et les problèmes de santé associés à ces drogues seront financés par les taxes prises sur la consommation.Personellement, de ma vie je n’ai jamais consommé autre chose que du cannabis (et encore, très peu et il y a longtemps) mais j’ai toujours eu l’attitude qu’il fallait légaliser pour deux raisons. Ne pas laisser ce marché aux criminels et réduire les ressources de l’état nécessaire pour les combattre. En ce qui concerne la santé publique je me dis qu’un marché régulé et légale permet de mieux suivre les consommateurs pour résoudre les problèmes d’excès de consommation et les mauvais effets sur leur santé.
@ Richard
[Pourquoi finalement ne pas légaliser ? On pourrait vendre chez le buraliste cannabis, cocaïne, heroine etc. de bonne qualité, sans tous les produits nocifs ajoutés par les trafiquants et en plus, une source de taxation ira dans la poche de l’état plutôt que celui des trafiquants.]
Pardon, mais avant de vous répondre je voudrais éclaircir un point. Est-ce que pour vous le fait de réduire autant que faire se peu la consommation de stupéfiants doit être un objectif des politiques publiques ou pas ? Parce que vous voyez que votre proposition ne s’apprécie pas de la même manière selon la réponse que vous donnez à cette question. Seconde question : votre proposition s’étend à l’ensemble des préparations pharmaceutiques qui ne peuvent être délivrées que sous ordonnance ou pas ? Et si non, pourquoi ?
Maintenant, j’essaye de répondre à votre question. Je n’ai pas envie de vivre dans une civilisation de zombies. J’aime la liberté, et je la veux pour tout le monde. Or, on n’est pas libre quand on est dépendant. Et les politiques de légalisation se sont traduites partout et toujours par une augmentation de la consommation. Qui plus est, il n’est nullement démontré que la légalisation permette d’en finir avec la criminalité associée aux trafics. Après tout, la prostitution et les jeux sont des activités légales dans notre pays, et cela n’a pas empêché à la pègre de s’y intéresser.
[Le problème de santé publique prendra pour l’exemple celui contre le tabac et les problèmes de santé associés à ces drogues seront financés par les taxes prises sur la consommation.]
Sauf que les problèmes de santé publique sont bien plus graves avec les stupéfiants qu’avec le tabac. A ma connaissance, les accidents de circulation ou les crises violentes liées au tabac sont inexistante. On braque des gens pour se payer sa dose, rarement pour se payer sa cigarette. Si vous aviez à choisir, préfériez-vous vivre à côté d’un square ou l’on fume, ou d’un square où l’on consomme du crack ?
[En ce qui concerne la santé publique je me dis qu’un marché régulé et légale permet de mieux suivre les consommateurs pour résoudre les problèmes d’excès de consommation et les mauvais effets sur leur santé.]
C’est là que nous ne sommes pas d’accord. Pour moi, le problème vient de la CONSOMMATION, pour vous, de l’EXCES DE CONSOMMATION.
“Pardon, mais avant de vous répondre je voudrais éclaircir un point. Est-ce que pour vous le fait de réduire autant que faire se peu la consommation de stupéfiants doit être un objectif des politiques publiques ou pas ?”
Oui, absolument
“Parce que vous voyez que votre proposition ne s’apprécie pas de la même manière selon la réponse que vous donnez à cette question. Seconde question : votre proposition s’étend à l’ensemble des préparations pharmaceutiques qui ne peuvent être délivrées que sous ordonnance ou pas ? Et si non, pourquoi ?”
Je parle seulement des drogues qui font l’objet des trafics décrits dans votre article tels que cocaïne, héroine etc. Il y a un trafic conséquent dans les medicaments ? Comparé au cocaïne par exemple ?
“C’est là que nous ne sommes pas d’accord. Pour moi, le problème vient de la CONSOMMATION, pour vous, de l’EXCES DE CONSOMMATION.”
Oui. Si vous êtes contre la légalisation vous êtes contre la consommation tout court. En vérité, moi aussi. Mais puisqu’on perd la guerre contre les trafiquants une manière de reprendre le contrôle serait de légaliser ces stupéfiants et en même temps de contrôler le marché. Vous avez parlé de la prohibition aux Etats-Unis et la criminalité associé. Mon opinion est que nous avons un problème semblable avec les trafiquants de drogue. En fait c’est quoi le plus grand danger ? C’est le pouvoir des trafiquants ou c’est le fléau des drogués dans la rue et la santé public ? Je soutiens que si on peut casser les trafiquants on peut ensuite mieux nous occuper de la santé des toxicomanes. Et pour moi la seule manière de les casser est de légaliser leurs produits pour ensuite contrôler le marché.
@ Richard Haycraft
[« Seconde question : votre proposition s’étend à l’ensemble des préparations pharmaceutiques qui ne peuvent être délivrées que sous ordonnance ou pas ? Et si non, pourquoi ? » Je parle seulement des drogues qui font l’objet des trafics décrits dans votre article tels que cocaïne, héroine etc. Il y a un trafic conséquent dans les médicaments ? Comparé à la cocaïne par exemple ?]
Oui, il y a des trafics de médicaments. Mais ma question cherchait surtout à aborder une question de principe. Si ces médicaments ne sont délivrés que sous ordonnance, c’est parce qu’il s’agit de substances potentiellement dangereuses. On dépense donc de l’argent – parce que le système d’émission et de contrôle des ordonnances a un coût – pour empêcher le public d’y avoir accès sans contrôle. Maintenant, vous proposez de laisser l’accès libre à des substances dangereuses – les stupéfiants. Si cela vous paraît admissible, pourquoi faudrait-il maintenir un système de contrôle pour les médicaments ? Autant les mettre en vente libre, eux aussi, et économiser le coût du contrôle.
Vous voyez où je veux en venir. Si vous faites la distinction entre stupéfiants et médicaments, ce n’est pas pour une question de principe, mais sur un critère purement pragmatique. Les premiers font l’objet de trafics, donc il faut légaliser, les seconds non, il faut donc contrôler. Ce qui suppose que s’il y avait demain trafic de médicaments, il faudrait là aussi légaliser ? Faut-il étendre ce raisonnement aux armes ? aux explosifs ? aux jouets dangereux ? aux véhicules accidentés ?
[« C’est là que nous ne sommes pas d’accord. Pour moi, le problème vient de la CONSOMMATION, pour vous, de l’EXCES DE CONSOMMATION. » Oui. Si vous êtes contre la légalisation vous êtes contre la consommation tout court. En vérité, moi aussi.]
Dont acte.
[Mais puisqu’on perd la guerre contre les trafiquants une manière de reprendre le contrôle serait de légaliser ces stupéfiants et en même temps de contrôler le marché. Vous avez parlé de la prohibition aux Etats-Unis et la criminalité associée. Mon opinion est que nous avons un problème semblable avec les trafiquants de drogue. En fait c’est quoi le plus grand danger ? C’est le pouvoir des trafiquants ou c’est le fléau des drogués dans la rue et la santé public ?]
Mais est-ce là la véritable alternative ? Il faudrait d’abord démontrer que la légalisation aboutirait à briser le pouvoir des trafiquants. Mais est-ce vraiment le cas ? Les expériences de légalisation sont pour le moment très ambiguës sur ce sujet. En légalisant, vous risquez de vous retrouver avec les drogués dans la rue ET les mafieux dans les réseaux. Le cas de la prostitution est un bon exemple. Je vous rappelle que dans notre pays la prostitution est légale, et cela depuis très longtemps. Est-ce que cela a empêché les réseaux criminels de s’y intéresser ?
[Je soutiens que si on peut casser les trafiquants on peut ensuite mieux nous occuper de la santé des toxicomanes. Et pour moi la seule manière de les casser est de légaliser leurs produits pour ensuite contrôler le marché.]
Mais comment allez-vous « contrôler le marché » ? J’ai l’impression que pour vous il suffirait de légaliser le trafic pour que les dealers deviennent des gentils commerçants qui permettront aux inspecteurs de la DCCRF de débarquer dans leurs points de deal et vérifier la marchandise…
@ Descartes
[Je vous rappelle que dans notre pays la prostitution est légale].
Le “consommateur” est pénalement punissable me semble-t-il.
Semi-légale ?
@ Bob
[Le “consommateur” est pénalement punissable me semble-t-il. Semi-légale ?]
Le consommateur est réprimé, mais du côté de l’offre elle est parfaitement légale…
@ Descartes
Comme vous, je serais spontanément opposé à la légalisation, mais je suis tenté de revoir ma position devant l’étendue du problème social et sanitaire que représentent le traffic d’une part et la consommation d’autre part.
Comment obtenir l’appui de la société en faveur de mesures fermes et efficaces ? Je ne vois qu’un seul chemin, et il passe par une légalisation du cannabis associé à deux choses: une politique EXTREMEMENT répressive du traffic illégal (réseaux + acheteurs) d’une part, et une fois qu’on a asséché autant que faire se peut les réseaux mafieux (et que le commerce est passé très majoritairement dans le cadre reglementé), une politique sanitaire calquée sur celle du tabac, en plus forte: augmentation des tarifs, voire mise en place d’une interdiction générationnelle.
Vous me direz que ça ne concerne que le cannabis, mais je pense qu’heureusement, la cocaine et les drogues de synthèse n’ont pas (encore) cette image “cool” qu’a le pétard. Le joint, c’est Bob Marley. La coke, c’est le trader new yorkais ou scarface. Je pense qu’on peut “acheter” auprèsde la société une politique répressive en lachant le cannabis.
Reste que la consommation de drogues est un symptôme, et qu’en s’attaquant à elle, on ne traite bien évidemment pas la cause, qui est aussi simple à énoncer que difficile à résoudre: face à l’effacement de la possibilité du Paradis avec la mort de la religion, puis du paradis terrestre avec la mort de la politique, ne restent plus que les paradis artificiels… De là à penser que la promotion de la drogue ne soit un projet politique réfléchi, il n’y a qu’un pas… Bienvenue dans “Le Meilleur Des Mondes” (la citation de Foucault est incroyable). Pour l’anecdote, après les attentats du 13 novembre, j’avais dit à un copain, sur le ton de la blague sinistre, que ces événements signaient l’échec de la politique “Pétard-Porno-Playstation”… La blague n’en était peut-être pas une..
Vous voulez sortir les gens de la drogue ? Donnez-leur un horizon, une raison de se lever le matin. C’est aussi simple que ça. Notre monde est en manque d’idéal. LE seul que je voie à notre portée s’appelle, pompeusement, la France: quel défi plus exaltant, plus palpitant que de redevenir la France, ce pays si singulier qui s’est dissout dans le mondialisme ? C’est mon coté bisounours.
Enfin, tout ceci, ça reste du blablabla. Faudrait une volonté politique, et des sous pour la mettre en oeuvre, on a ni l’un ni l’autre. alors bon, le plus probable c’est que rien ne se passe…
@ P2R
[Comme vous, je serais spontanément opposé à la légalisation, mais je suis tenté de revoir ma position devant l’étendue du problème social et sanitaire que représentent le trafic d’une part et la consommation d’autre part.]
C’est ma position. Et il est sain de réviser de temps en temps ses positions, quitte à les maintenir après analyse. Malheureusement, c’est un domaine où il n’y a que de mauvaises solutions.
[Comment obtenir l’appui de la société en faveur de mesures fermes et efficaces ? Je ne vois qu’un seul chemin, et il passe par une légalisation du cannabis associé à deux choses: une politique EXTREMEMENT répressive du trafic illégal (réseaux + acheteurs) d’une part, et une fois qu’on a asséché autant que faire se peut les réseaux mafieux (et que le commerce est passé très majoritairement dans le cadre reglementé), une politique sanitaire calquée sur celle du tabac, en plus forte: augmentation des tarifs, voire mise en place d’une interdiction générationnelle.]
Malheureusement, je crains que vous n’ayez jamais le soutien de la société pour poursuivre une politique « EXTREMENENT répressive » des trafics illégaux tout en augmentant les tarifs et mettant en place des interdictions d’âge. Comment voulez-vous que les consommateurs vous soutiennent alors que le circuit parallèle leur permet de se fournir à moindre coût ? Pourquoi croyez-vous que le trafic et la contrefaçon de cigarettes est florissant ?
Par ailleurs, vous ne pouvez pas « calquer la politique sanitaire » vis-à-vis des stupéfiants sur le tabac. Parce que les conséquences ne sont pas du tout les mêmes. L’usage de stupéfiants provoque des accidents du travail et de la route, l’addiction aux stupéfiants conduit à des actes violents pour se procurer sa « dose ». Rien de tel pour le tabac. Si vous voulez comparer à quelque chose, c’est plutôt à l’alcool qu’il faut comparer. Mais la comparaison est difficile, parce que l’alcool fait partie de notre culture depuis deux mille ans, et que notre société a développé des usages, des traditions et des règles pour le contrôler.
[Vous me direz que ça ne concerne que le cannabis, mais je pense qu’heureusement, la cocaine et les drogues de synthèse n’ont pas (encore) cette image “cool” qu’a le pétard. Le joint, c’est Bob Marley. La coke, c’est le trader new yorkais ou scarface. Je pense qu’on peut “acheter” auprès de la société une politique répressive en lâchant le cannabis.]
Méfiez-vous, les choses ont beaucoup évolué et les nouvelles générations n’ont pas tout à fait ces références. La « coke », c’est le carburant des rappeurs, et l’extasy le complément nécessaire des fêtes techno. Bob Marley, c’est un peu le moyen-âge…
[Reste que la consommation de drogues est un symptôme, et qu’en s’attaquant à elle, on ne traite bien évidemment pas la cause, qui est aussi simple à énoncer que difficile à résoudre: face à l’effacement de la possibilité du Paradis avec la mort de la religion, puis du paradis terrestre avec la mort de la politique, ne restent plus que les paradis artificiels… De là à penser que la promotion de la drogue ne soit un projet politique réfléchi, il n’y a qu’un pas…]
Réfléchi, non. Cela supposerait une forme de « complot ». Mais qu’elle fasse partie du métabolisme du système, que l’idéologie dominante encourage les « paradis artificiels » parce que cela fait partie de l’intérêt des classes dominantes, ou plus simplement qu’elle ne les combatte pas parce que ce n’est pas intéressant pour elles, c’est déjà plus probable. Il faut noter que les idéologies prohibitionnistes viennent généralement du bas de la société, et non du haut. J’ai lu récemment un papier qui analyse la montée de l’idéologie prohibitionniste aux Etats-Unis au début du XXème siècle. L’auteur montre que si cette idéologie est devenue majoritaire, c’est d’abord parce qu’elle était portée massivement par les femmes des couches populaires, et qu’elle répondait aux dégâts que l’alcool faisait chez la masse d’immigrants pauvres. Non seulement c’était une source de violence et d’accidents, mais aussi une source de dilapidation de l’argent du ménage.
[Bienvenue dans “Le Meilleur Des Mondes” (la citation de Foucault est incroyable).]
Au contraire, elle est parfaitement logique. Elle résume l’idéologie de son époque, celle du « jouir sans entraves ». Foucault met en exergue le principe de plaisir, et conchie une société qui persiste en ramener les gens au principe de réalité…
[Pour l’anecdote, après les attentats du 13 novembre, j’avais dit à un copain, sur le ton de la blague sinistre, que ces événements signaient l’échec de la politique “Pétard-Porno-Playstation”… La blague n’en était peut-être pas une…]
Probablement pas. Quand la société n’offre aucune transcendance, ne donne aucun sens à la vie, les gens vont les chercher ailleurs, et ils la trouvent quelquefois chez des personnes dérangées et/ou malintentionnées. Le communisme était peut-être un rêve impossible, mais l’institution qu’était le parti communiste a évité a bien de jeunes de faire des grosses bêtises… et je peux en témoigner.
[Vous voulez sortir les gens de la drogue ? Donnez-leur un horizon, une raison de se lever le matin. C’est aussi simple que ça. Notre monde est en manque d’idéal. Le seul que je voie à notre portée s’appelle, pompeusement, la France: quel défi plus exaltant, plus palpitant que de redevenir la France, ce pays si singulier qui s’est dissout dans le mondialisme ? C’est mon coté bisounours.]
Tout à fait bisounours, en effet. L’idéal, cela ne se fabrique pas en claquant des doigts. Je partage avec vous cette idée qu’on ne peut donner du « sens » à notre vie qu’en nous rattachant à une collectivité qui ait le pouvoir de nous survivre, et par laquelle nous-même nous survivons. Autrement, à quoi bon sacrifier notre plaisir personnel lors de notre passage sur terre ? Seulement, nous vivons dans une système où le mode de production – et donc l’idéologie dominante – vont a contre-courant de cette survivance collective. Un système qui nous persuade que la vie est courte, et que nous devons profiter de ce temps pour jouir au maximum, et après nous le déluge. Comment, dans ces conditions, définir un projet collectif ?
Le grand paradoxe, c’est qu’il y a une minorité prête à abandonner son confort pour aller construire quelque chose de grand. Pensez à tous ces gens qui sont sortis de leur cités mais aussi de leur village pour aller construire un état islamique en Syrie. Qu’auraient-ils pu faire si au lieu d’être pris en main par des prédicateurs d’un autre âge ils avaient pu trouver dans nos institutions un projet de construction national ? Mais ne vous faites pas d’illusion, il s’agit là d’une population tout à fait minoritaire…
@Descartes
Merci pour ce papier ! Je pense que cette attitude à rejeter la responsabilité du problème sur tout sauf le consommateur se retrouve aussi au niveau des citoyens. Combien de fois ai-je entendu des personnes avec un discours similaire sur le symbolisme ringard de la République, de la Nation, ensuite pleurer sur la lente mort de notre pays? Le tout sans, en tant que citoyen d’une démocratie, en accepter les responsabilités ! Ce sont toujours les dirigeants, jamais ceux qui votent pour eux qui trinquent. J’ai tendance à penser que dès lors que le souverain n’endosse plus sa part de responsabilité, alors il échoue, et son régime avec.
Vous parlez également dans votre échange avec @Richard de dépendance et d’excès de consommation. Je dois dire que le problème du téléphone et des écrans et probablement aussi catastrophique d’un pont de vue de la société et de la politique. En voilà une autre, d’addiction, qui n’est jamais remise en question et dont aucun consomateur ne souhaiterait se voir priver, moi le premier !
Pour en finir sur la guerre, prévoyez-vous un billet sur l’intervention du chef d’état major des Armées? J’ai tendance à penser qu’il n’avait pas à dire ce qu’il a dit, qu’il n’était pas dans son rôle, mais mon manque d’expèrience joue contre moi. Avez-vous pu voir par le passé d’autres CEMA porter de tels discours?
Merci encore pour tout, je vous souhaite de continuer à tenir ce blog !!
@ magpoul
[Merci pour ce papier ! Je pense que cette attitude à rejeter la responsabilité du problème sur tout sauf le consommateur se retrouve aussi au niveau des citoyens. Combien de fois ai-je entendu des personnes avec un discours similaire sur le symbolisme ringard de la République, de la Nation, ensuite pleurer sur la lente mort de notre pays ? Le tout sans, en tant que citoyen d’une démocratie, en accepter les responsabilités !]
Tout à fait. Le citoyen-acteur a été remplacé par le citoyen-victime. On ne décide plus de notre avenir, on le subit. Ce n’est pas par hasard si le culte des « grands hommes », c’est-à-dire des personnalités qui ont changé l’histoire, disparaît au profit du culte des victimes, c’est-à-dire, de ceux qui ont subi impuissants les avanies de leur temps. Pourquoi tout ça ? Parce que l’avantage de la victime est d’être irresponsable. Ses malheurs ne sont pas de son fait, mais de celui de forces extérieures sur lesquelles il n’a aucun contrôle.
C’est le grand paradoxe de notre société. Toutes le institutions, toutes les structures qui enserraient l’homme, qui lui disaient ce qu’il fallait faire et ce qu’il ne fallait pas faire se sont écroulées sous les coups de boutoir de la société de consommation. Ni la famille, ni l’église, ni le parti, ni l’Etat ne sont légitimes pour nous dicter notre conduite. Jamais dans l’histoire humaine l’individu n’a été aussi libre de ses choix. Mais qui dit liberté, dit responsabilité. Puisque nous sommes totalement libres de choisir, nous sommes aussi totalement responsables de nos choix. Difficile donc d’attribuer nos échecs à quelqu’un d’autre. C’est pour répondre à cette tension qu’on a fabriqué cet individu-victime, à la fois libre de ses choix mais irresponsable quant aux conséquences…
[Vous parlez également dans votre échange avec @Richard de dépendance et d’excès de consommation. Je dois dire que le problème du téléphone et des écrans et probablement aussi catastrophique d’un pont de vue de la société et de la politique. En voilà une autre, d’addiction, qui n’est jamais remise en question et dont aucun consommateur ne souhaiterait se voir priver, moi le premier !]
Vous trouvez sur l’addiction aux écrans un débat très similaire à celui sur les stupéfiants. Le coupable, c’est le fournisseur, jamais le consommateur. On parle d’interdire ou restreindre TikTok ou Shein, mais personne ne semble s’interroger sur la responsabilité des personnes qui regardent ces sites. Et lorsqu’on parle d’interdire le portable à l’école, c’est tout de suite la levée de boucliers.
[Pour en finir sur la guerre, prévoyez-vous un billet sur l’intervention du chef d’état major des Armées ? J’ai tendance à penser qu’il n’avait pas à dire ce qu’il a dit, qu’il n’était pas dans son rôle, mais mon manque d’expérience joue contre moi. Avez-vous pu voir par le passé d’autres CEMA porter de tels discours ?]
Je ferai un papier sur la question, alors je ne voudrais pas déflorer le sujet. Je pense que le CEMA était parfaitement dans son rôle en rappelant que la guerre n’est pas une partie de plaisir, et qu’il ne faut pas s’y engager à la légère. D’autres l’ont fait avant lui, sans que cela provoque de réactions particulières. Ce qui est intéressant dans cette affaire, c’est la réaction du monde politico-médiatique…
[Merci encore pour tout, je vous souhaite de continuer à tenir ce blog !!]
Tout le plaisir est pour moi!
@ Descartes
[Vous trouvez sur l’addiction aux écran]
Et l’addiction à vos billets, on en parle ? 😉
Content de voir que votre “mise en retrait” aura été de très courte durée.
@ Bob
[Et l’addiction à vos billets, on en parle ?]
Si je découvre qu’ils sont addictif, je vais être tenté de les rendre payants…
@ Descartes
[Si je découvre qu’ils sont addictif, je vais être tenté de les rendre payants…]
Considérez les plutôt comme un Bien public (les “Commons”) qui doivent échapper au marché.
@ Descartes
S’attaquer -réellement – aux consommateurs devrait permettre de gagner cette guerre-là.
Je crois que l’Arabie Saoudite est très stricte à ce sujet, c’est tout de suite une ou plusieurs années de prison pour la consommation de drogue (dure ou douce), voire une main coupée (ai-je entendu dure). Et le trafic de drogue est réduit à néant dans ce beau pays.
@ Bob
Oula, méfiez-vous, l’Iran est également très répressif, avec pendaison pour les dealers, hors trafic et consommation ne diminuent pas le moins du monde… en même temps, quand on voit l’état de leur société…
@ Valentin
[l’Iran est également très répressif (…) trafic et consommation ne diminuent pas le moins du monde]
C’est intéressant, cela veut dire que les mêmes politiques répressives ne donnent pas du tout des résultats similaires. J’avoue ne pas y voir d’explications.
@ Bob
[C’est intéressant, cela veut dire que les mêmes politiques répressives ne donnent pas du tout des résultats similaires. J’avoue ne pas y voir d’explications.]
Pourtant, cela me semble assez clair. L’Etat n’est pas extérieur à la société, et ses politiques sont d’autant plus efficaces qu’elles retrouvent un consensus chez les citoyens. La société saoudienne est bien plus “monolithique” que la société iranienne, qui elle est beaucoup plus écartelée entre un arrière pays conservateur et une élite urbaine moderne avec des classes intermédiaires relativement nombreuses.
L’Iran (tout comme le Pakistan) est inondée d’héroïne produite en Afghanistan (jusqu’à récemment 1er producteur mondial), vendue sur place à un prix dérisoire dans le but de perpétuellement faire vivre et revivre le trafic qui va permettre à cette drogue de se frayer un chemin vers les grands ports du pays, pour ensuite être exportée vers les (plus) lucratifs marchés européens. L’importance des saisies et la sévérité de la répression échouent à interrompre durablement le flot de marchandises et modérer la gravité du problème sanitaire local. Toutefois l’Afghanistan produit actuellement sur les stocks d’opium des grands propriétaires terriens, la production d’opium elle-même semblant s’être effondrée suite à l’interdiction de la culture du pavot par les talibans. L’Iran n’a peut-être pas déjà perdu sa guerre.
@Descartes
Je dois avouer que je ne comprends pas du tout en quoi le fait de dépendre de forces extèrieures est un avantage. Quel est le calcul de ceux qui préfèrent cela à la liberté et la responsabilité? Est-ce de la peur? De la paresse?
C’est ça qui est fabuleux. Je ne pense pas me tromper en disant que du consomateur au fournisseur, c’est le fournisseur qui arrive en dernier, car il ne va pas proposer un produit sans une demande. La responsabilité du consomateur devrait être même encore plus grande que celle du fournisseur, car cette demande provient d’une pulsion qu’il a laissée partir hors de son controle.
Alors je suis patient !
@ magpoul
[Je dois avouer que je ne comprends pas du tout en quoi le fait de dépendre de forces extèrieures est un avantage. Quel est le calcul de ceux qui préfèrent cela à la liberté et la responsabilité ? Est-ce de la peur ? De la paresse ?]
On parle ici de représentations, non de réalités. L’intérêt de se représenter comme dépendant de forces extérieures vous procure un « avantage » psychologique, celui de ne pas avoir à affronter la responsabilité pour les conséquences de vos choix. Pour ne donner qu’un exemple : j’ai connu plein de gens de ma génération dont les parents ont en fait choisi le métier pour eux. Ils ont été médecins parce que leurs parents l’étaient, ingénieurs parce que leurs parents en voulaient un dans la famille. Et ces gens avaient le confort de rejeter leurs échecs professionnels sur leurs parents, en s’imaginant que « si seulement » on leur avait laissé, ils seraient devenus des grands artistes. Maintenant, imaginons qu’ils aient pu choisir en toute liberté. S’ils avaient échoué comme artistes, ils n’auraient pu s’en prendre qu’à eux-mêmes.
Quand quelqu’un choisit pour vous, vous pouvez le rendre responsable de vos malheurs. Et c’est du point de vue psychologique une position fort confortable, qui a fait d’ailleurs le succès de la psychanalyse, pratique qui, pour être schématique, consiste à rejeter sur vos parents la faute de tous vos problèmes. Mais si vous êtes libre de choisir, alors vous devez assumer vous-même la responsabilité des conséquences…
[C’est ça qui est fabuleux. Je ne pense pas me tromper en disant que du consomateur au fournisseur, c’est le fournisseur qui arrive en dernier, car il ne va pas proposer un produit sans une demande. La responsabilité du consomateur devrait être même encore plus grande que celle du fournisseur, car cette demande provient d’une pulsion qu’il a laissée partir hors de son controle.]
Exactement. Dans un système de marché, « le client est roi ». C’est donc sa demande qui fabrique une offre, et non l’inverse.
Cher Descartes,
Je partage l’ensemble de votre argumentation sur le sujet.
Je suis en cela souvent en opposition frontale avec la doxa dans les dîners en ville.
Souvent nos arguments (je partage les votres sur cette question) font mouche. Il y en a pourtant un auquel j’avoue avoir le plus grand mal à répondre : “Et le pinard !?”.
Il est difficile de faire comprendre pourquoi on ne pourrait pas fumer un joint sans être inquiété mais en s’achetant des litres d’alccol en toute légalité chez l’épicier du coin.
Il me semble que la dépendance au produit est très comparable (donc la perte de liberté pour le consommateur) voire exécerbée dans le cas de l’alccool selon certaines études.Bien à vous,
@ Denis W.
[Souvent nos arguments (je partage les votres sur cette question) font mouche. Il y en a pourtant un auquel j’avoue avoir le plus grand mal à répondre : “Et le pinard !?”. Il est difficile de faire comprendre pourquoi on ne pourrait pas fumer un joint sans être inquiété mais en s’achetant des litres d’alcool en toute légalité chez l’épicier du coin. Il me semble que la dépendance au produit est très comparable (donc la perte de liberté pour le consommateur) voire exacerbée dans le cas de l’alcool selon certaines études.]
Il y a plusieurs réponses à cette objection. On peut évoquer des éléments de fait concernant l’addiction : D’abord, il faut noter que l’immense majorité des consommateurs d’alcool ne sont nullement dépendants de celui-ci. Personnellement, je bois du vin quand je fais un bon repas, je bois un verre – ok, deux – de Champagne pour le nouvel an, je bois une bière de temps en temps au café avec des copains. Mais cela ne me manque pas quotidiennement. Ensuite, les effets de manque ne sont pas les mêmes. Il est rare de voir un alcoolique attaquer une petite vieille dans la rue pour pouvoir se payer son verre de blanc dans le bistrot du coin.
Mais pour moi l’argument le plus fort est que l’alcool est intimement intégré à notre sociabilité, et cela depuis plus de deux millénaires. C’est pourquoi notre société a intégré des mécanismes pour réguler, contrôler et traiter les effets de l’alcool. Il y a des sociétés – je pense par exemple à la Bolivie – ou la feuille de coca à mâcher joue un rôle similaire. L’alcool chez nous, comme la feuille de coca chez eux, a un rôle de socialisation, là où les autres stupéfiants tendent au contraire à isoler les individus.
@ Descartes
[Mais pour moi l’argument le plus fort est que l’alcool est intimement intégré à notre sociabilité, et cela depuis plus de deux millénaires. C’est pourquoi notre société a intégré des mécanismes pour réguler, contrôler et traiter les effets de l’alcool. Il y a des sociétés – je pense par exemple à la Bolivie – ou la feuille de coca à mâcher joue un rôle similaire. L’alcool chez nous, comme la feuille de coca chez eux, a un rôle de socialisation, là où les autres stupéfiants tendent au contraire à isoler les individus.]
Je ne suis pas sûr de la pertinence de cet argument. Les drogues de synthèses type ecxtasy ou MDMA se prennent essentiellement en groupe lors d’événement festifs. La culture du “joint” est aussi attaché à une certaine sociabilité (“fait tourner !”). En d’autres termes l’usage social et/ou festif de ces drogues est comparable à l’alcool. leur usage chronique et domestique aussi… avec des effets addictifs bien moindre que ceux de l’alcool (le sevrage alcoolique est potentiellement mortel).
@ P2R
[Je ne suis pas sûr de la pertinence de cet argument. Les drogues de synthèses type ecxtasy ou MDMA se prennent essentiellement en groupe lors d’événement festifs. La culture du “joint” est aussi attaché à une certaine sociabilité (“fait tourner !”).]
Je ne sais pas s’il existe des études à ce sujet. On peut d’ailleurs se demander jusqu’à quel point les évènements « festifs » – je pense ici aux « rave party » et autres « fêtes techno » peuvent être rattachés à une véritable « sociabilité ». Ces évènements regroupent des gens, mais leur logique même est que chacun soit dans sa « bulle », isolé des autres par une musique mise à un tel volume qu’elle empêche tout échange.
Je me souviens d’avoir lu quelque part que la consommation de produits stupéfiants tend au contraire à recentrer les individus sur eux-mêmes, à les isoler dans une « bulle ». Et les – rares, heureusement, et certainement pas représentatives – expériences que j’ai pu voir dans mon entourage ou dans ma vie professionnelle me conduisent à la même conclusion.
[En d’autres termes l’usage social et/ou festif de ces drogues est comparable à l’alcool.]
Oui et non. Comme je l’ai souligné, l’usage festif de l’alcool fait partie de notre civilisation depuis plusieurs millénaires. Nous avons donc développé des mécanismes de contrôle social pour atténuer les effets négatifs. Pour ne prendre qu’un exemple, chacun de nous sait détecter une personne alcoolisée, on sait anticiper ses réactions, on a un vocabulaire pour la gérer. Seriez-vous capable de détecter si votre interlocuteur est sous l’effet de la cocaïne ou du MDMA ?
[avec des effets addictifs bien moindre que ceux de l’alcool (le sevrage alcoolique est potentiellement mortel).]
Le sevrage alcoolique n’est « potentiellement mortel » que dans de très, très rares cas. Il faut en passer par le delirium tremens pour en arriver là. Je m’intéresse plutôt à la masse des consommateurs. Je ne suis pas persuadé que les « effets addictifs » soient moins forts dans le cas des stupéfiants que dans le cas de l’alcool. Le contraire me paraît assez clair pour des produits tels que l’héroïne ou le crack. Pour les autres, on voit des études fort contradictoires… peut-être parce qu’il n’y a pas de critère unifié pour mesurer la dépendance.
@ Descartes
[On peut d’ailleurs se demander jusqu’à quel point les évènements « festifs » – je pense ici aux « rave party » et autres « fêtes techno » peuvent être rattachés à une véritable « sociabilité ». ]
il y a indubitablement un phénomène “social” dans le microcosme techno/rave, le sentiment d’appartenance à une communauté ou tout le monde se connait, où on se fait passer par des voies secrètes els coordonnées de la prochaine rave, etc. Cependant la nature même de l’événement est associale: difficile d’avoir des interactions sociales face à des enceintes qui crachent en continu un barrage sonore.
Le paradoxe, c’est que MDMA, cocaine et ecstasy sont des drogues qui vont désinhiber, rendre plus facile le fait d’aller vers l’autre, mais qui vont d’un autre coté rendre purement factice les relations sociales qui découlent de cette désinhibition: deux personnes droguées à la MDMA pourront se tomber dans les bras l’un de l’autre sans même se connaitre, deux personnes sous cocaïne pourront discuter (“parler” serait un mot plus adapté) des heures durant, mais le lendemain, qu’en restera-t’il ? Rien ou peu s’en faut.
On peut se demander si ce type de drogues, davantage que de créer une bulle, n’ont pas pour but de pallier à un manque par un erzatz de socialbilisation, éphémère, superficiel et même souvent illusoire.
[ la consommation de produits stupéfiants tend au contraire à recentrer les individus sur eux-mêmes, à les isoler dans une « bulle ». Et les – rares, heureusement, et certainement pas représentatives – expériences que j’ai pu voir dans mon entourage ou dans ma vie professionnelle me conduisent à la même conclusion.]
C’est tellement plus simple d’avoir une “sociabilité” chimique que d’entretenir une vrai conversation avec quelqu’un qui va demander à ce que vous l’écoutiez vraiment, que vous vous intéressiez à lui… On peut rapporcher, sous cet aspect, la prise de drogue de la consommation de porno: un erzatz accessible qui coupe de la “vraie” vie.
[Oui et non. Comme je l’ai souligné, l’usage festif de l’alcool fait partie de notre civilisation depuis plusieurs millénaires. Nous avons donc développé des mécanismes de contrôle social pour atténuer les effets négatifs.]
C’est très juste. Et de plus, il y a une stigmatisation sociale du “pochetron”, ou de celui qui s’ennivre seul. C’est à dire que l’usage social de l’alcool est parfaitement toléré, mais son usage solitaire et quotidien est très mal perçu. C’est cette différence qui crée à mon sens une barrière dans le mode d econsommation, barrière qui n’existe pas ou peu concernant la drogue.
[ Seriez-vous capable de détecter si votre interlocuteur est sous l’effet de la cocaïne ou du MDMA ?]
Avec une marge d’erreur, oui. Surtout la cocaïne, qui rends ses adeptes particulièrement inssuportables pour une personnes “sobre”.
[Je ne suis pas persuadé que les « effets addictifs » soient moins forts dans le cas des stupéfiants que dans le cas de l’alcool. Le contraire me paraît assez clair pour des produits tels que l’héroïne ou le crack. Pour les autres, on voit des études fort contradictoires… peut-être parce qu’il n’y a pas de critère unifié pour mesurer la dépendance]
Ce serait en effet intéressant d’avoir un comparatif sur des stats d’auto-estimation de la dépendance pour les différents types de drogue et pour l’alcool. il y aurait certes un biais de sous-estimation de la dépendance, mais il devrait être du même ordre pour l’alcool que pour les drogues.
Après, je vais vous dire le fond de ma pensée: qu’un adulte responsable et vacciné décide de se ravager les neurones à plus ou moins grande échelle, que ce soit avec l’alcool ou le hash, en grossissant le trait, je dirais que ça le regarde et que la société ne se doit d’intervenir que pour limiter les dégâts sur les tiers. Le vrai problème c’est l’intoxication de la jeunesse. Et là, on a aussi un “tabou social” concernant l’alcoolisme chez les jeunes (rappelez vous, lorsque des “prémix” alcoolisés et facile à boire étaient arrivés sur le marché, toute la presse s’en était fait cho pendant plusieurs semaines, et le “binge-drinking” était devenu un problème de santé public majeur pour nos politiques), tabou que l’on ne retrouve pas pour la consommation de stupéfiants, qui, pour les parents soixante-huitards, reste liée à l’image d’épinal du baba cool, de la jeunesse rebelle, qui ouve ses “portes de la perception”…
Je laisse de coté la problématique des drogues dures type héroïne et assimilées. Là c’est autre chose. Là où les drogues type cocaïne, ecstasy sont des palliatifs qui permettent de “faire semblant” (faire semblant d’être en forme, faire semblant d’être amoureux, etc), l’héroïne est une drogue qui donne un sens à la vie de l’héroïnomane, faute d’alternative à la hauteur. La prochaine dose, c’est ce qui vous pousse à vous lever le matin, à essayer de trouver du fric par tous les moyens, à sacrifier ce que vous avez de plus cher. Ce n’est pas pour rien que l’héro se développe à vitesse grand V dans l’est de la France et dans les villes saccagées par la désindustrialisation, où une partie de la population n’a plus aucune perspective. Dans ces cas là, au moins, l’héroïne donne une raison de vivre… Cette thématique est brillamment abordée dans la série “The Wire”, (une des meilleures de tous les temps), où l’un des protagonistes, s’adressant à un camé en quête de rédemption, lui dit: “Getting clean’s the easy part. Now comes life.” Tout est dit.
@ P2R
[On peut se demander si ce type de drogues, davantage que de créer une bulle, n’ont pas pour but de pallier à un manque par un erzatz de socialbilisation, éphémère, superficiel et même souvent illusoire.]
C’était mon propos. La drogue « festive » fabrique des relations « sociales » entre des gens qui ne sont pas tout à fait eux-mêmes. Dans ces conditions, peut-on parler de « sociabilisation » ?
[C’est très juste. Et de plus, il y a une stigmatisation sociale du “pochetron”, ou de celui qui s’ennivre seul. C’est à dire que l’usage social de l’alcool est parfaitement toléré, mais son usage solitaire et quotidien est très mal perçu.]
Exactement. Et c’est là un mode de contrôle puissant. Je vais vous raconter mon histoire personnelle. Quand je suis arrivé dans ce pays, à l’adolescence, je venais d’un pays où les jeunes ne buvaient tout simplement pas. Et la première chose qui m’avait impressionné, c’est la manière dont les jeunes en France buvaient, le rôle que l’alcool jouait dans la sociabilité. Et mes copains (j’ai eu des copains qui ont beaucoup fait pour m’éduquer « à la française ») m’ont appris à boire. Et j’ai bu pas mal pendant ma jeunesse. Mais de toute ma vie, pas une seule fois, j’ai bu seul une goutte d’alcool. C’est quelque chose qui m’est resté de ce qu’on m’a appris : boire, c’est quelque chose qu’on fait en groupe.
[« Seriez-vous capable de détecter si votre interlocuteur est sous l’effet de la cocaïne ou du MDMA ? » Avec une marge d’erreur, oui. Surtout la cocaïne, qui rends ses adeptes particulièrement insupportables pour une personnes “sobre”.]
Vous savez, j’ai connu des gens « insupportables » et qui n’ont jamais pris une once de produits… Il y a des symptômes reconnaissables – la dilatation pupillaire, par exemple – mais nous sommes culturellement beaucoup moins familiers avec ces signes, et avec les réactions d’une personne droguée…
[Ce serait en effet intéressant d’avoir un comparatif sur des stats d’auto-estimation de la dépendance pour les différents types de drogue et pour l’alcool. il y aurait certes un biais de sous-estimation de la dépendance, mais il devrait être du même ordre pour l’alcool que pour les drogues.]
Pas sûr : vous trouvez parmi les consommateurs beaucoup de « militants » de la dépénalisation, qui vous tiennent le discours selon lequel « il n’y a pas de dépendance »… je crains que pour avoir le cœur net il ne faille passer par des critères objectifs – quand bien même ils seraient imparfaits – comme la variation du rythme cardiaque, par exemple.
[Après, je vais vous dire le fond de ma pensée: qu’un adulte responsable et vacciné décide de se ravager les neurones à plus ou moins grande échelle, que ce soit avec l’alcool ou le hash, en grossissant le trait, je dirais que ça le regarde et que la société ne se doit d’intervenir que pour limiter les dégâts sur les tiers.]
Ce principe serait tenable dans une société où les risques ne sont pas mutualisés. Mais c’est de moins en moins le cas dans les sociétés modernes. La collectivité paye cher écoles, collèges, lycées et universités pour former vos neurones, et à partir de là vous pouvez difficilement réclamer le droit d’en faire ce que vous voulez avec elles. Et puis, si vous les ravagez un peu trop, la collectivité payera l’hôpital ou l’hospice pour vous accueillir, ainsi que vous allocations handicap, et là encore cela donne un certain droit de regard à la collectivité. Peut-être pourrait-on vous laisser « ravager vos neurones » à condition que vous souscriviez une assurance couvrant ces risques ? Je peux anticiper qu’elle serait prohibitive…
[Le vrai problème c’est l’intoxication de la jeunesse. Et là, on a aussi un “tabou social” concernant l’alcoolisme chez les jeunes (rappelez-vous, lorsque des “prémix” alcoolisés et facile à boire étaient arrivés sur le marché, toute la presse s’en était fait cho pendant plusieurs semaines, et le “binge-drinking” était devenu un problème de santé publique majeur pour nos politiques), tabou que l’on ne retrouve pas pour la consommation de stupéfiants, qui, pour les parents soixante-huitards, reste liée à l’image d’Epinal du baba cool, de la jeunesse rebelle, qui ouvre ses “portes de la perception”…]
J’aurais tendance à dire que les parents dont vous parlez c’est fini. Aujourd’hui, cette classe d’âge est déjà grand-parent et dans beaucoup de cas arrière grands parents. La génération des parents d’adolescents d’aujourd’hui sont plutôt leurs enfants, quand ce n’est pas leurs petits-enfants. Et ils sont souvent terrifiés à l’idée que leur adolescent puisse se droguer. Cela étant dit, ils sont souvent d’une grande ambigüité sur la question. Ils peuvent être pour la dépénalisation EN GENERAL tout en tremblant à l’idée que leurs propres enfants puissent en profiter…
[Je laisse de coté la problématique des drogues dures type héroïne et assimilées. Là c’est autre chose. Là où les drogues type cocaïne, ecstasy (…)]
Vous me permettrez une petite digression. Je note que vous ne classez pas la cocaïne parmi les « drogues dures ». Au-delà de la discussion de fond sur les effets de cette substance, je ne peux que constater que c’est de plus en plus le cas, alors qu’il y a quelques années on la classait systématiquement dans cette catégorie. Faut-il voir là-dedans une forme de banalisation ?
[(…) sont des palliatifs qui permettent de “faire semblant” (faire semblant d’être en forme, faire semblant d’être amoureux, etc), l’héroïne est une drogue qui donne un sens à la vie de l’héroïnomane, faute d’alternative à la hauteur. La prochaine dose, c’est ce qui vous pousse à vous lever le matin, à essayer de trouver du fric par tous les moyens, à sacrifier ce que vous avez de plus cher. Ce n’est pas pour rien que l’héro se développe à vitesse grand V dans l’est de la France et dans les villes saccagées par la désindustrialisation, où une partie de la population n’a plus aucune perspective. Dans ces cas là, au moins, l’héroïne donne une raison de vivre… Cette thématique est brillamment abordée dans la série “The Wire”, (une des meilleures de tous les temps), où l’un des protagonistes, s’adressant à un camé en quête de rédemption, lui dit: “Getting clean’s the easy part. Now comes life.” Tout est dit.]
Je ne connais pas la série, mais si elle est « l’une des meilleurs de tous les temps », je ferai l’effort de la regarder. Je partage en partie votre diagnostic. L’un des problèmes de notre société, c’est qu’elle donne de moins en moins du « sens » à la vie, de moins en moins de « raisons de se lever le matin ». Nous sommes une société trop riche pour que les gens – en dehors des couches les plus précaires de la société – soient poussés par une nécessité pressante, et notre société ne propose guère de projets exaltants qui justifient tous les sacrifices nécessaires pour les voir aboutir. Bien entendu, il reste des scientifiques passionnés par leur recherche, des sportifs passionnés par la recherche de la performance, des fonctionnaires passionnés par le service public, des entrepreneurs passionnés par la recherche de l’argent. Mais ce sont là des minorités privilégiées. Pour la grande masse, on ne propose pas grande chose à part consommer, consommer, consommer.
De ce point de vue, je suis toujours aussi fasciné par l’histoire des européens qui se sont engagés dans les files de Daesh, et tout particulièrement par ces jeunes français, élevés souvent dans des familles catholiques, qui se sont convertis à l’Islam et partis en Syrie. Des gens qui ont abandonné une vie relativement confortable et sûre, leurs amis, leurs perspectives, pour aller dans un désert construire un projet politique improbable. Et il ne s’agit pas de deux ou trois aventuriers fous, mais de plusieurs centaines de personnes. Je ne peux m’empêcher de penser à cette énergie, qui n’attend qu’à être employée pour le bien, et qui se dissipe faute d’un projet collectif…
@ Descartes
[Mais de toute ma vie, pas une seule fois, j’ai bu seul une goutte d’alcool. C’est quelque chose qui m’est resté de ce qu’on m’a appris : boire, c’est quelque chose qu’on fait en groupe.]
Vous êtes un saint, je ne peux pas en dire autant. Surtout quand je cuisine, je suis incapable de rester devant les fourneaux sans un verre de blanc. Mais les Saints sont l’exception. Je ne crois pas que votre culture de l’alcool social puisse aujourd’hui être considéré comme une norme de la consommation d’alcool…
[Ce principe serait tenable dans une société où les risques ne sont pas mutualisés. Mais c’est de moins en moins le cas dans les sociétés modernes. La collectivité paye cher écoles, collèges, lycées et universités pour former vos neurones, et à partir de là vous pouvez difficilement réclamer le droit d’en faire ce que vous voulez avec elles.]
On pourrait aussi voir les choses sous un angle un peu cynique: si la société n’est pas en mesure de vous proposer un horizon qui vaille d’être vécu sobre et lucide, la moindre des choses est qu’elle ne vous empêche pas de vous évader d’un quotidien sordide par la prise de psychotropes. Notez que ce principe est largement acté par la prescription massive d’antidépresseurs dans notre pays. Ce n’est pas une position que je défends, mais je peux la comprendre.
[Vous me permettrez une petite digression. Je note que vous ne classez pas la cocaïne parmi les « drogues dures ». Au-delà de la discussion de fond sur les effets de cette substance, je ne peux que constater que c’est de plus en plus le cas, alors qu’il y a quelques années on la classait systématiquement dans cette catégorie. Faut-il voir là-dedans une forme de banalisation ?]
Peut-être. ou à une méconnaissance de la cocaine à une époque où cette drogue était encore peu diffusée. Loin de moi l’idée de dire que la cocaïne est une drogue anodine, mais on ne peut définitivement pas la mettre dans le même sac que l’héroïne, le crack, le Fentanyl ou la methamphétamine, que ce soit pour une question de dépendance, de risque d’overdose, ou de puissance. La cocaïne, la MDMA, l’ecstasy, le cannabis sont des drogues qui altèrent les sens et la psyché à un degré plus ou moins fort (et, selon moi, de manière beaucoup moins plaisante et efficace qu’un Chablis premier cru), alors que l’héroïne provoque un flash comparable à l’orgasme. Quand au LSD et aux champignons, c’est encore autre chose.
[Je ne connais pas la série, mais si elle est « l’une des meilleurs de tous les temps », je ferai l’effort de la regarder.]
C’est une série qui a déçu pas mal de gens qui pensaient y trouver les ingrédients d’une série policière, et qui sont tombés sur un travail quasi-documentaire sur la ville de Baltimore dans les années 90. Il faut deux ou trois épisodes pour entrer dedans. Il y a 5 saisons, chacun proposant un point de vue différent (dans l’ordre, la police, les dockers, la mairie, l’école, les médias). Pas de courses poursuites, mais de la paperasserie, des heures de planque, des embrouilles administratives, des querelles de services en veux-tu en voilà. Pas de gentils et de méchants, que des gens qui “ont leurs raisons”.
A regarder en VO impérativement, la VF est un véritable sabotage.
[De ce point de vue, je suis toujours aussi fasciné par l’histoire des européens qui se sont engagés dans les files de Daesh, et tout particulièrement par ces jeunes français, élevés souvent dans des familles catholiques, qui se sont convertis à l’Islam et partis en Syrie.]
Certain (j’en connais un) sont aussi allés combattre avec les kurdes contre Daesh. Le manque d’horizon n’explique pas tout. Mais je vous rejoins. je suis sûr que beaucoup de nos concitoyens sont en réalité dans l’attente d’une opportunnité de prendre leur destin en main. Ce qui finira par rendre la situation politique très inflammable si aucune option institutionnelle ne se dessine à moyen terme…
Tiens, en aparté, je me suis dernièrement infligé les 3h d’interview de Natacha Polony sur Thinkerview (sur un long trajet en voiture, ça occupe). Je dis infligé à cause de l’abominable interviewer de cette chaine, mais c’est la seule où l’on peut entendre des invités développer à leur guise ou presque leur vision du monde. Et bien, je me demande si ce n’est pas elle, la personnalité qui pourrait réveiller un peu le bloc souverainiste social en 2027… A la question, elle ne ferme pas totalement la porte d’ailleurs.
@ P2R
[Vous êtes un saint, je ne peux pas en dire autant. Surtout quand je cuisine, je suis incapable de rester devant les fourneaux sans un verre de blanc. Mais les Saints sont l’exception. Je ne crois pas que votre culture de l’alcool social puisse aujourd’hui être considéré comme une norme de la consommation d’alcool…]
Oh, je ne prétends pas être un saint… je voulais dire tout juste que moi, qui venait d’un pays où la culture de l’alcool est très peu répandue, et qui l’ai acquise ici, je n’ai finalement acquis que la culture de l’alcool « collectif », mais pas celle de l’alcool « individuel »…
[« Ce principe serait tenable dans une société où les risques ne sont pas mutualisés. Mais c’est de moins en moins le cas dans les sociétés modernes. La collectivité paye cher écoles, collèges, lycées et universités pour former vos neurones, et à partir de là vous pouvez difficilement réclamer le droit d’en faire ce que vous voulez avec elles. » On pourrait aussi voir les choses sous un angle un peu cynique: si la société n’est pas en mesure de vous proposer un horizon qui vaille d’être vécu sobre et lucide, la moindre des choses est qu’elle ne vous empêche pas de vous évader d’un quotidien sordide par la prise de psychotropes. Notez que ce principe est largement acté par la prescription massive d’antidépresseurs dans notre pays. Ce n’est pas une position que je défends, mais je peux la comprendre.]
Question d’économie. Lorsque les classes dominantes n’ont plus besoin des gens, et qu’il est moins cher de les tenir tranquilles au moyen de psychotropes plutôt que de leur donner un horizon qui vaille la peine d’être vécu…
[Peut-être. Ou à une méconnaissance de la cocaïne à une époque où cette drogue était encore peu diffusée. Loin de moi l’idée de dire que la cocaïne est une drogue anodine, mais on ne peut définitivement pas la mettre dans le même sac que l’héroïne, le crack, le Fentanyl ou la methamphétamine, que ce soit pour une question de dépendance, de risque d’overdose, ou de puissance. La cocaïne, la MDMA, l’ecstasy, le cannabis sont des drogues qui altèrent les sens et la psyché à un degré plus ou moins fort (et, selon moi, de manière beaucoup moins plaisante et efficace qu’un Chablis premier cru), alors que l’héroïne provoque un flash comparable à l’orgasme. Quand au LSD et aux champignons, c’est encore autre chose.]
Je pense que vous sous-estimez les effets addictifs de la cocaïne, mais n’étant pas un expert, je ne peux que vous donner mon opinion.
[Je ne connais pas la série, mais si elle est « l’une des meilleurs de tous les temps », je ferai l’effort de la regarder.]
[Certain (j’en connais un) sont aussi allés combattre avec les kurdes contre Daesh. Le manque d’horizon n’explique pas tout. Mais je vous rejoins. je suis sûr que beaucoup de nos concitoyens sont en réalité dans l’attente d’une opportunité de prendre leur destin en main. Ce qui finira par rendre la situation politique très inflammable si aucune option institutionnelle ne se dessine à moyen terme…]
Espérons que cette pression obligera le politique à bouger. Dans le même ordre, je me souviens d’un ami juif qui voulait me convaincre de faire mon aliyah. Son discours était très habile, il reposait sur l’idée qu’il était stimulant d’aller dans un pays où tout était à construire, alors qu’en France tout était déjà construit…
[Et bien, je me demande si ce n’est pas elle, la personnalité qui pourrait réveiller un peu le bloc souverainiste social en 2027… A la question, elle ne ferme pas totalement la porte d’ailleurs.]
C’est quelqu’un d’intelligent, de cultivé, et qui réfléchit. J’aurais plaisir à faire campagne pour elle, si elle se présentait.
Totalement d’accord avec vous pour dire qu’on ne devrait pas accepter cette incohérence entre tolérance de consommation et pénalisation de vente. Non seulement pour les raisons que vous dites, mais aussi parce que c’est injuste envers les vendeurs de les mettre en prison alors que la consommation de ce qu’ils vendent est courante et tolérée par les autorités.
Il faut donc impérieusement mettre fin à cette incohérence. Mais comment ? En pénalisant, d’une certaine façon, la consommation des drogues dures. Mais les consommateurs de drogues dures, comme l’héro, sont des malheureux qui se détruisent, comme le dit d’ailleurs une autre chanson de Renaud (“La blanche”). Donc j’opterais plutôt pour une pénalisation gentille et paternaliste de la consommation de drogues dures, comme une obligation d’aller en cure. Par contre, pour les drogues douces, il me semble que la meilleure façon de mettre fin à l’incohérence que vous dénoncez serait plutôt de légaliser leur consommation et leur vente, d’une manière très encadrée, avec de grosses taxes. Par exemple, un seul “joint” vendu légalement couterait dans les 5 ou 10 euros à cause des taxes. Beaucoup de consommateurs se contenteraient de consommer ainsi légalement, et les vendeurs illégaux auraient beaucoup moins d’acheteurs. De plus, ils seraient pénalisés comme des fraudeurs qui vendent sans taxe un produit légal, et non comme des trafiquants de drogues illégales. Ainsi, on met fin au scandale de cette incohérence, et on réduit le trafic de drogues en réduisant la quantité de clients des trafiquants.
@ samuel
[Totalement d’accord avec vous pour dire qu’on ne devrait pas accepter cette incohérence entre tolérance de consommation et pénalisation de vente. Non seulement pour les raisons que vous dites, mais aussi parce que c’est injuste envers les vendeurs de les mettre en prison alors que la consommation de ce qu’ils vendent est courante et tolérée par les autorités.]
Je n’irais pas jusque-là. Même s’il me semble nécessaire de souligner la responsabilité du consommateur, cette responsabilité n’est pas équivalente à celle du trafiquant.
[Il faut donc impérieusement mettre fin à cette incohérence. Mais comment ? En pénalisant, d’une certaine façon, la consommation des drogues dures. Mais les consommateurs de drogues dures, comme l’héro, sont des malheureux qui se détruisent, comme le dit d’ailleurs une autre chanson de Renaud (“La blanche”). Donc j’opterais plutôt pour une pénalisation gentille et paternaliste de la consommation de drogues dures, comme une obligation d’aller en cure.]
C’est ce qui se fait déjà. Et cela ne semble pas être efficace.
[Par contre, pour les drogues douces, il me semble que la meilleure façon de mettre fin à l’incohérence que vous dénoncez serait plutôt de légaliser leur consommation et leur vente, d’une manière très encadrée, avec de grosses taxes. Par exemple, un seul “joint” vendu légalement couterait dans les 5 ou 10 euros à cause des taxes.]
Autrement dit, vous auriez toujours des trafiquants pour permettre aux consommateurs de se fournir sans payer la taxe. On le voit bien sur les cigarettes : les réseaux criminels ont bien compris qu’au-delà d’une certaine taxation, les consommateurs sont prêts à s’adresser au trafiquant plutôt que de payer la taxe. Votre solution ne change en fait rien à l’existant.
[Beaucoup de consommateurs se contenteraient de consommer ainsi légalement, et les vendeurs illégaux auraient beaucoup moins d’acheteurs.]
Est-ce que cela ferait baisser la consommation ? Parce que, je vous le rappelle, c’est là l’objectif.
Bonjour Descartes,
Un grand merci pour ce blog, et la qualité des articles. Et merci également aux commenteurs réguliers qui enrichissent le débat, et se confrontent aux idées développées dans les papiers.
Je réagis pour prendre (un peu) la défense du chanteur énervant. J’ai beaucoup aimé Renaud, et même si je me suis bien éloigné des idées que ses textes véhiculent, j’ai toujours une tendresse pour l’homme et ses chansons.
Et deux chansons ont fait écho à votre texte, moins connues que “Mon HLM”, mais que j’ai toujours trouvé belles.
On y retrouve ce que vous dîtes sur le cannabis, mais au contraire une dénonciation des drogues dures (cocaïne notamment).
Je pense que dans son esprit, et pour beaucoup, le cannabis n’est pas une drogue.
Et ça reste avec le prisme de votre critique, à savoir de ne pas criminaliser le consommateur, qui est une ” victime”
Mais si Renaud défendait le côté “cool” du “hash” dans ses chansons, on ne peut pas en dire autant des autres drogues.
Extraits choisis:
La blanche, 1981
“Et ben ma gueule te v’la tout seul
T’as l’regard triste comme c’lui d’un épagneul
T’es vachement speed mais t’as plus rien dans l’bide
T’as qu’la poudre aux yeux et les yeux bien livides
Y’a vraiment plus qu’une seule chose qui t’branche
C’est la blanche”
Petite conne, 1986
“Tu fréquentais un monde
d’imbéciles mondains
Où cette poudre immonde
se consomme au matin,
Où le fric autorise
à se croire à l’abri
Et de la cour d’assises
et de notre mépris
Que ton triste univers
nous inspirait, malins
en sirotant nos bières
ou en fumant nos joints…”
Et voilà ce qu’il disait à propos de ces deux chansons (OK, 1986) :
“Pour « p’tite conne», on m’a dit « méfie-toi, c’est un remake ! ». C’est un cheval de bataille que j’enfourche souvent contre la dope. Deux chansons en dix ans, ce n’est pas trop. Il y a des mecs de mon âge qui crèvent de la drogue, d’autres qui s’enrichissent sur leur mort. C’est lamentable de voir une gonzesse de vingt-cinq berges, belle, comédienne à succès, mourir ainsi ; elle avait tout pour elle. C’est délicat car la raison de la mort de Pascale Ogier n’est pas claire, on n’est pas certain que ce soit une overdose mais c’est lié à cela. Un mec est venu me voir en me parlant d’elle, je savait qu’elle aimait mes chansons, ça m’a touché, mais je ne la connaissait pas. Je souhaite que cette chanson fasse prendre conscience à certains qu’il faut arrêter la dope.”
Concernant les consommateurs, à quel moment sont-ils libres, et donc “criminalisables”, je veux dire à vous écouter, que la pression sociale devrait s’exercer sur eux pour les pousser à arrêter, les montrer du doigt, les pénaliser… Et à quel moment sont-ils drogués médicalement et dépendants. Et à quoi bon les criminaliser à ce moment puisqu’ils ne sont plus libres? Pour l’exemple sur le reste de la population?
[Il est d’ailleurs paradoxal – on n’est pas à une contradiction près – de constater qu’on n’hésite pas à culpabiliser le consommateur de viande au nom de l’environnement, ou de dénoncer la responsabilité du fumeur dans le tabagisme passif. Mais insinuez que le consommateur de stupéfiants a sa part de responsabilité dans la violence du trafic, et vous rencontrerez la plus grande incompréhension.]
Je note l’argument.
Mais j’imagine déjà la réponse: si le cannabis était légal, il n’y aurait pas de trafic. Donc pas de violence.
Donc la responsabilité de la violence revient à l’État qui interdit les drogues. CQFD.
Et finalement, vous arrivez à la même conclusion, non ? There is no alternative à la légalisation.
Ou peut-être avez-vous une alternative crédible dans le rapport de force actuel?
Dernière chose, peut-on être convaincu qu’une légalisation serait suffisante pour diminuer le pouvoir et la violence des trafiquants?
Toute l’économie parallèle liée au trafic asséchée, n’y a-t-il pas un risque d’augmentation significative des violences, dans une logique de pression sur les finances et de “rien à perdre”?
Un seul pays a-t-il légalisé les drogues et réussi à faire disparaître les réseaux et la violence?
Une solution “salvadorienne” pourrait-elle être une alternative ?
@ alimodon
[Je réagis pour prendre (un peu) la défense du chanteur énervant. J’ai beaucoup aimé Renaud, et même si je me suis bien éloigné des idées que ses textes véhiculent, j’ai toujours une tendresse pour l’homme et ses chansons.]
Personnellement, j’ai beaucoup aimé certaines de ses chansons. Mais le personnage est détestable et s’il a un intérêt, c’est parce qu’on retrouve dans ses chansons presque à l’état pur l’idéologie d’une époque, celle des classes intermédiaires triomphantes affichant leur mépris pour tout ce qui ressemble à un « prolo », tout en prétendant parler en leur nom. Réécoutez « hexagone », par exemple. Ou bien « ou c’est qu’j’ai mis mon flingue ». Voici un petit extrait :
Moi, j’crache dedans, et j’crie bien haut
Qu’le bleu marine me fait gerber
Qu’j’aime pas l’travail, la justice et l’armée
C’est pas demain qu’on m’verra marcher
Avec les connards qui vont aux urnes
Choisir c’lui qui les fera crever
Moi, ces jours-là, j’reste dans ma turne
Rien à foutre de la lutte d’crasses
Tous les systèmes sont dégueulasses!
J’peux pas encaisser les drapeaux
Quoi qu’le noir soit le plus beau
La Marseillaise, même en reggae
Ça m’a toujours fait dégueuler
[Et deux chansons ont fait écho à votre texte, moins connues que “Mon HLM”, mais que j’ai toujours trouvé belles. On y retrouve ce que vous dîtes sur le cannabis, mais au contraire une dénonciation des drogues dures (cocaïne notamment).]
Les dates ne sont pas innocentes. « Mon HLM » date de la fin des années 1970, celles que vous citez du milieu des années 1980. Il s’est passé pas mal de choses entre ces deux dates, dans notre beau pays, et beaucoup d’illusions se sont fracassées. Le « chanteur énervant » qui « n’avait rien à faire de la lutte des crasses » et conspuait « les connards qui vont aux urnes » dans les années 1970 appelait désespérément « Tonton » à se représenter en 1988.
[Concernant les consommateurs, à quel moment sont-ils libres, et donc “criminalisables”, je veux dire à vous écouter, que la pression sociale devrait s’exercer sur eux pour les pousser à arrêter, les montrer du doigt, les pénaliser… Et à quel moment sont-ils drogués médicalement et dépendants. Et à quoi bon les criminaliser à ce moment puisqu’ils ne sont plus libres ? Pour l’exemple sur le reste de la population ?]
Non, la pression sociale ne devrait pas « les pousser à arrêter », elle devrait « les pousser à ne pas commencer ». Je crois qu’il ne faut pas confondre deux choses : il y a beaucoup de façons de « rendre responsable le consommateur », et la criminalisation n’est qu’un aspect de la question. J’aimerais voir plus souvent dans nos télés des gens expliquer que lorsque vous achetez votre dose, vous alimentez un système criminel. J’aimerais que Kessaci, au lieu de s’attaquer à l’Etat, nous dise que si son grand frère est mort, c’est parce que des gens achètent. Et qu’il n’y aurait pas de point de deal s’il n’y avait pas de clients.
Et puis, la justice a aussi une fonction exemplaire. On condamne aussi pour décourager les autres, si je peux me permettre le jeu de mots.
[Je note l’argument. Mais j’imagine déjà la réponse: si le cannabis était légal, il n’y aurait pas de trafic. Donc pas de violence.]
C’est vrai. Et si l’on légalisait le meurtre, il n’y aurait plus de tueurs à gages, mais des professionnels qui exécuteraient leurs contrats avec bien moins de dommages collatéraux. C’est quand qu’on constitue la Guilde des assasins, façon Terry Pratchett ? Je dois dire que la dystopie pratchienne s’invite de plus en plus dans la réalité. Comme le dit le Patricien d’Ankh-Morpork, puisqu’il faut bien qu’il y ait du crime, autant que ce soit du crime organisé.
[Et finalement, vous arrivez à la même conclusion, non ? There is no alternative à la légalisation.
Ou peut-être avez-vous une alternative crédible dans le rapport de force actuel ?]
Pardon, mais il y a une alternative : continuer comme jusqu’à maintenant. C’est d’ailleurs ce qu’on fera, très probablement.
[Dernière chose, peut-on être convaincu qu’une légalisation serait suffisante pour diminuer le pouvoir et la violence des trafiquants ? Toute l’économie parallèle liée au trafic asséché, n’y a-t-il pas un risque d’augmentation significative des violences, dans une logique de pression sur les finances et de “rien à perdre” ?]
Sans aller dans cette voie, il ne me semble même pas évident que la légalisation assécherait « l’économie parallèle ». La prostitution ou les jeux sont légaux dans notre pays depuis bien longtemps, et cela n’a pas empêché les réseaux criminels de se développer dans ces domaines. Par ailleurs, la légalisation provoquerait probablement une baisse massive du prix des stupéfiants, et donc une aggravation considérable du problème sanitaire…
[Un seul pays a-t-il légalisé les drogues et réussi à faire disparaître les réseaux et la violence?]
Aucun, à ma connaissance.
[Une solution “salvadorienne” pourrait-elle être une alternative ?]
Plus le pouvoir des réseaux criminels se développera, et plus la tentation d’une solution « extrême » se fera jour.
@ Descartes,
[Mais le personnage est détestable et s’il a un intérêt, c’est parce qu’on retrouve dans ses chansons presque à l’état pur l’idéologie d’une époque,]
Pas faux… Mais honneur à qui honneur est dû: tout cela a commencé avant, notamment avec le grand Georges, l’ami Brassens. L’homme qui décrit dans une chanson le viol d’un juge qui a condamné un homme à mort (sans voir que la peine de mort est une question institutionnelle, et non liée à la volonté individuelle d’un magistrat), qui se délecte dans une autre de voir des mégères tabasser les gendarmes, qui vilipende les “braves gens”, qui se vante de faire un croche-pied au “cul-terreux” qui court après un voleur, et qui affirme qu’il ne fait pas de mal en laissant courir les voleurs de pomme. Remplacez “voleur de pomme” par “dealer”…
Mais Brassens a l’avantage d’être mort avant que les résultats de son idéologie libertaire délétère se fassent complètement sentir. Renaud, lui, est toujours là – une force de la nature soit dit en passant, vue la quantité d’alcool qu’il a dû ingurgiter – et peut contempler le champ de ruines qu’il a contribué à créer.
@ Carloman
[« Mais le personnage est détestable et s’il a un intérêt, c’est parce qu’on retrouve dans ses chansons presque à l’état pur l’idéologie d’une époque, » Pas faux… Mais honneur à qui honneur est dû: tout cela a commencé avant, notamment avec le grand Georges, l’ami Brassens.]
Je pense que vous commettez ici le péché mortel – du moins pour un historien – d’anachronisme. On retrouve effectivement dans les textes de Brassens un fort côté anarchiste, un mépris et un rejet des institutions. Mais il ne chante pas au même moment. Brassens assume une position de marginal dans une société dans laquelle les institutions sont fortes et puissantes. Renaud, lui, chante dans une société où les institutions sont affaiblies et contestées de toute part. D’ailleurs, leurs postures sont très différentes. Brassens est dans une logique purement individualiste : il veut vivre en accord avec ses principes, mais ne prétend nullement les imposer aux autres. Il revendique en fait la possibilité « de suivre une autre route » que les « braves gens », mais se méfie de ceux qui voudraient « mourir pour des idées », et encore plus de ceux qui pour la même raison veulent en tuer d’autres !
Par ailleurs, on trouve chez Brassens à la fois un rejet des institutions et un profond amour pour la culture française. Ses poèmes sont bourrés de références à la culture classique, il utilise un vocabulaire riche et cultivé, et il a mis en musique plusieurs poèmes d’auteurs classiques (Aragon, Hugo…). Il a beau rire des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part », il n’a pas moins rédigé une « prière pour être enterré dans la plage de Sète », sa ville natale… Rien de tel chez Renaud, qui ne montre pas la moindre tendresse pour quiconque n’est pas de sa « tribu »…
[Mais Brassens a l’avantage d’être mort avant que les résultats de son idéologie libertaire délétère se fassent complètement sentir.]
Je pense que Brassens était très conscient des limites de son idéologie, et j’en veux pour preuve qu’il n’est pas monté sur le cheval de mai 68, mais s’est tenu prudemment éloigné. Sa position était d’ailleurs très claire : « Bande à part, sacrebleu, c’est ma règle et j’y tiens ! » (Le Pluriel). Et on peut au moins lui reconnaître une certaine cohérence : il ne s’est jamais compromis avec aucun pouvoir… contrairement à Renaud.
[Renaud, lui, est toujours là – une force de la nature soit dit en passant, vue la quantité d’alcool qu’il a dû ingurgiter – et peut contempler le champ de ruines qu’il a contribué à créer.]
Vous savez ce qu’on dit : quand les dieux veulent nous punir, ils réalisent nos rêves…
@ Descartes
[Brassens est dans une logique purement individualiste : il veut vivre en accord avec ses principes, mais ne prétend nullement les imposer aux autres.]
Mmmh. Je suis moins catégorique que vous. La chanson “Les deux oncles” en particulier est plutôt pas mal dans le genre “donneuse de leçons”. Et je m’étonne toujours que quelqu’un d’aussi cultivé que Brassens ignore à ce point l’existance de la logique tragique…
@ P2R
[Mmmh. Je suis moins catégorique que vous. La chanson “Les deux oncles” en particulier est plutôt pas mal dans le genre “donneuse de leçons”.]
“Donneuse de leçons”, sans doute. Mais je ne dirais pas que c’est une chanson militante. Brassens le mécréant tire gentiment l’oreille de ses deux oncles qui ont eu le tort de croire en quelque chose. Mais il y a dans la chanson plus de pitié pour leur supposé aveuglement que du mépris, contrairement aux chansons de Renaud.
[Et je m’étonne toujours que quelqu’un d’aussi cultivé que Brassens ignore à ce point l’existance de la logique tragique…]
Pourtant, Brassens met en musique “il n’y a pas d’amour heureux”, poème tragique s’il en est. Brassens n’est pas un chanteur politique, et n’a aucune prétention dans ce domaine. Ce qui l’intéresse, ce sont surtout les sentiments: la haine, l’amour, l’amitié. Même dans la chanson que vous citez, la faute des deux oncles est d’avoir “aimé” ceux de tel ou tel camp, d’avoir haï “quelque vague ennemi” au lieu de le transformer en “ami”. En ce sens, il est très différent de Renaud qui, lui, a une prétention politique.
@ Descartes,
[Je pense que vous commettez ici le péché mortel – du moins pour un historien – d’anachronisme.]
« Péché mortel d’anachronisme » ? Diantre ! Comme vous y allez, cher ami. Mais voyons la suite.
[On retrouve effectivement dans les textes de Brassens un fort côté anarchiste, un mépris et un rejet des institutions. Mais il ne chante pas au même moment. Brassens assume une position de marginal dans une société dans laquelle les institutions sont fortes et puissantes.]
Mais on ne peut pas regarder seulement le moment où Brassens chante. Il faut quand même regarder le monde dans lequel Brassens a été formé, si j’ose dire, le monde dans lequel a commencé à s’éveiller en lui le goût de la poésie. J’ai sous les yeux la notice Wikipédia qui lui est consacrée. Je lis que Georges Brassens est né en 1921. Il avait donc presque 19 ans en juin 1940, lorsque son pays, la France, a été écrasée en quelques semaines, lorsque les institutions se sont effondrées, lorsque la population, hagarde et désemparée, a été jetée sur les routes. Et ne me dites pas que dans son Languedoc natal, il a vu tout cela de loin : il était à Paris, chez une tante, aux premières loges. S’il y a bien une chose que les gens de la génération de Brassens ont pu éprouvé dans leur chair, c’est à quel point « les institutions fortes et puissantes » sont une chose fragile…
Qu’un jeune homme qui a connu l’Occupation, les privations, le STO n’ait pas compris cela, avouez que c’est étonnant.
[Brassens est dans une logique purement individualiste : il veut vivre en accord avec ses principes, mais ne prétend nullement les imposer aux autres.]
Je ne vois pas en quoi l’individualisme « chimiquement pur » serait particulièrement sympathique. Si laisser courir les voleurs de pomme ne fait de mal à personne (et emmerde un peu les braves gens), on ne fait pas de mal non plus à laisser les jeunes fumer un petit joint de temps en temps, non ?
A la limite, ce que vous dites serait entendable si Brassens s’était contenté de chantonner seul sous sa douche. Mais Brassens a fait carrière, il a partagé ses textes, il les a chantés devant un public. On ne peut pas faire comme s’il n’avait pas fait la promotion de sa vision des choses.
[Il revendique en fait la possibilité « de suivre une autre route » que les « braves gens »]
Pour moi, il revendique surtout de suivre une route qui déplaît aux « braves gens »… Brassens, c’est le paradoxe de l’anticonformiste dans toute sa splendeur : il se targue d’être anticonformiste… mais pour l’être, encore faut-il que les autres soient conformistes, soit pour le vilipender, soit pour admirer son originalité. Mais si tout le monde « suit une autre route », alors tout le monde devient anticonformiste, et dans ce cas quelqu’un comme Brassens cesse d’être un marginal. D’ailleurs, il est aujourd’hui au panthéon des artistes appréciés chez les gens de gauche cultivés. Renaud l’adore…
[Par ailleurs, on trouve chez Brassens à la fois un rejet des institutions et un profond amour pour la culture française.]
Si j’étais taquin, je ferais remarquer que les deux ont un lien…
[Je pense que Brassens était très conscient des limites de son idéologie, et j’en veux pour preuve qu’il n’est pas monté sur le cheval de mai 68, mais s’est tenu prudemment éloigné.]
Peut-être aussi comme un Frankenstein soudain effrayé par sa propre créature… Contrairement à vous, je pense que les soixante-huitards sont quand même un peu les enfants de Georges Brassens, même si on peut toujours arguer qu’ils n’ont pas bien compris le maître.
Je pense surtout que vous êtes très indulgent parce qu’au fond vous aimez Brassens – et on peut le comprendre – et c’était à n’en pas douter un orfèvre de la langue, doté d’un immense talent (même si à titre personnel, je n’ai jamais accroché). Mais avoir du talent, c’est une responsabilité. Oui, vous avez raison, il ne s’est jamais compromis avec aucun pouvoir, aucun parti. On peut y voir de la cohérence comme vous dites. On peut aussi y voir une forme de dédain aristocratique vis-à-vis des « braves gens ».
@ Carloman
[« Péché mortel d’anachronisme » ? Diantre ! Comme vous y allez, cher ami.]
Je vous rassure, il y a bien longtemps que plus personne ne meurt d’avoir commis un « péché mortel »…
[« On retrouve effectivement dans les textes de Brassens un fort côté anarchiste, un mépris et un rejet des institutions. Mais il ne chante pas au même moment. Brassens assume une position de marginal dans une société dans laquelle les institutions sont fortes et puissantes. » Mais on ne peut pas regarder seulement le moment où Brassens chante. Il faut quand même regarder le monde dans lequel Brassens a été formé, si j’ose dire, le monde dans lequel a commencé à s’éveiller en lui le goût de la poésie. (…) S’il y a bien une chose que les gens de la génération de Brassens ont pu éprouver dans leur chair, c’est à quel point « les institutions fortes et puissantes » sont une chose fragile…]
Votre remarque est franchement très intéressante. Mais elle mérite d’être nuancée. Si les institutions POLITIQUES se sont effondrées en 1940, on ne peut pas pour autant généraliser à l’ensemble des institutions. Des institutions qui sont à la base de la société comme la famille, la filiation ou la langue n’ont guère été touchées. L’école et l’université ont certes été affectées, mais ont continué à fonctionner presque normalement. Préfectures et tribunaux de même.
Et puis, même pour les institutions plus politiques, l’expérience de cette génération est ambigüe. Elle a expérimenté la défaite de 1940 et l’effondrement des institutions républicaines, mais elle a aussi éprouvé la Libération et la résurrection presque à l’identique de ces mêmes institutions.
[« Brassens est dans une logique purement individualiste : il veut vivre en accord avec ses principes, mais ne prétend nullement les imposer aux autres. » Je ne vois pas en quoi l’individualisme « chimiquement pur » serait particulièrement sympathique. Si laisser courir les voleurs de pomme ne fait de mal à personne (et emmerde un peu les braves gens), on ne fait pas de mal non plus à laisser les jeunes fumer un petit joint de temps en temps, non ?]
Certainement. Je ne dis pas que l’individualisme de Brassens me soit « sympathique », tout ce que j’ai dit est que sa posture est fondamentalement différente de celle d’un Renaud, et qu’on peut donc difficilement dire que l’un soit l’héritier de l’autre.
Personnellement, ce n’est pas ce côté-là que j’aime chez Brassens. « Le Gorille » m’exaspère, et je ne l’écoute jamais. Quant à « la mauvaise réputation », la moralité de la chanson est beaucoup plus ambigüe que vous ne le dites. A la fin de la chanson, celui qui « laisse courir les voleurs de pommes » finit pendu, et loin d’en faire une tragédie le chanteur considère que c’est là une fin « logique »… Mais lorsque j’écoute Brassens, c’est plutôt pour ses chansons comme « a une passante »…
[« Il revendique en fait la possibilité « de suivre une autre route » que les « braves gens » » Pour moi, il revendique surtout de suivre une route qui déplaît aux « braves gens »… Brassens, c’est le paradoxe de l’anticonformiste dans toute sa splendeur : il se targue d’être anticonformiste… mais pour l’être, encore faut-il que les autres soient conformistes, soit pour le vilipender, soit pour admirer son originalité. Mais si tout le monde « suit une autre route », alors tout le monde devient anticonformiste, et dans ce cas quelqu’un comme Brassens cesse d’être un marginal.]
Tout à fait. C’est le paradoxe de tous les anarchistes. Mais Brassens assume parfaitement cette contradiction. Il n’en veut pas aux « braves gens » d’être comme ils sont, et accepte finalement de très bonne grâce d’être pendu à la fin de la chanson. A l’inverse d’un Renaud, qui les déteste et les méprise ouvertement.
[D’ailleurs, il est aujourd’hui au panthéon des artistes appréciés chez les gens de gauche cultivés. Renaud l’adore…]
Mais à tort, à mon avis. S’il faut chercher une filiation à Renaud, c’est Prévert plutôt que Brassens.
[« Par ailleurs, on trouve chez Brassens à la fois un rejet des institutions et un profond amour pour la culture française. » Si j’étais taquin, je ferais remarquer que les deux ont un lien…]
Je ne nie pas la contradiction… n’oubliez pas que je suis un maître es-dialectique !
[Je pense surtout que vous êtes très indulgent parce qu’au fond vous aimez Brassens – et on peut le comprendre – et c’était à n’en pas douter un orfèvre de la langue, doté d’un immense talent (même si à titre personnel, je n’ai jamais accroché). Mais avoir du talent, c’est une responsabilité. Oui, vous avez raison, il ne s’est jamais compromis avec aucun pouvoir, aucun parti. On peut y voir de la cohérence comme vous dites. On peut aussi y voir une forme de dédain aristocratique vis-à-vis des « braves gens ».]
Je ne crois pas, justement. S’il est vrai que beaucoup d’anarchistes assument une position aristocratique, ce n’est pas le cas de Brassens qui ne revendique nullement une supériorité, simplement une différence. Quand il parle de « laisser courir les voleurs de pommes », il se justifie par le fait de « ne faire de tort à personne », et non de leur faire un bien. Sa revendication est de « suivre une autre route » que les « braves gens », il ne dit pas qu’elle est meilleure, il dit que c’est la sienne.
C’est tout le contraire d’un Renaud, qui manifeste constamment son mépris pour tout ce qui ne correspond à son “camp”.
Pardon d’intervenir dans votre débat, mais même si Brassens dit parfois des “conneries” sur la politique, et si ses meilleures chansons sont celles où il ne s’aventure pas trop sur le terrain politique, cela reste excusable et inoffensif, car cela peut s’expliquer par le côté misanthrope de Brassens, qui se combine d’ailleurs avec un amour chez lui de ce que l’humanité peut être de plus beau.
Brassens à la fois aime et n’aime pas l’humanité. Par exemple la Chanson pour l’Auvergnat, c’est une chanson qui parlera à des précaires, à des pauvres, à des marginaux, qui s’en sont pris “plein la gueule”. Leur expérience de la vie, c’est que parfois “les gens” ne sont vraiment pas sympas, ce sont “des croquantes et des croquants” envers toi. Si ce qu’on appelle l’humanité, c’est la plupart des hommes, on peut devenir misanthrope en disant qu’elle est pas toujours très belle à voir, l’humanité. Mais c’est justement dans le contexte d’une société où beaucoup de gens s’en prennent plein la gueule, à cause d’un certain nombre “de cons” (pour reprendre un mot d’une autre chanson de Brassens), que les gestes d’hmanité, comme ceux de l’Auvergnat, prennent toute leur valeur, et qu’on peut ainsi profondément aimer ce que l’humanité peut être de mieux, quand elle se réalise sous la forme de gens qui font de tels gestes.
Mais bref, Brassens s’en est probablement pris plein la gueule dans la vie, il a été confronté à la méchanceté de certains hommes, et c’est ce qui l’a rendu un peu misanthrope, et c’est cela qui rend à la fois excusable et inoffensives les “conneries” qu’il dit sur la politique.
@ samuel
[Pardon d’intervenir dans votre débat, mais même si Brassens dit parfois des “conneries” sur la politique, et si ses meilleures chansons sont celles où il ne s’aventure pas trop sur le terrain politique, cela reste excusable et inoffensif, car cela peut s’expliquer par le côté misanthrope de Brassens, qui se combine d’ailleurs avec un amour chez lui de ce que l’humanité peut être de plus beau.]
Paradoxalement, les plus belles chansons de Brassens à mon avis… sont celles qu’il n’a pas écrites, mais qui sont une mise en musique d’autres poètes. Je pense à « les passantes » (pour moi sa plus belle chanson) sur un poème d’Antoine Pol, ou bien « il n’y a pas d’amour heureux » sur un poème d’Aragon. Après, il a écrit beaucoup de chansons sympathiques, qui chantent l’amitié, l’amour, la tolérance… mais quand on en fait une lecture politique, c’est souvent désolant.
[Brassens à la fois aime et n’aime pas l’humanité. Par exemple la Chanson pour l’Auvergnat, c’est une chanson qui parlera à des précaires, à des pauvres, à des marginaux, qui s’en sont pris “plein la gueule”.]
Ce n’est pas un très bon exemple, parce que c’est une chanson qui s’aventure bien dans le domaine politique. Souvenez-vous d’un des derniers couplets : « Elle est à toi cette chanson/Toi l’étranger qui, sans façon/D’un air malheureux m’as souri/Lorsque les gendarmes m’ont pris ». Chez lui, les institutions ont toujours tort et l’individu a toujours raison. Il va de soi que si les « gendarmes » arrêtent quelqu’un, c’est forcément un innocent, et « les gens bien intentionnés » ont tort de se réjouir de « le voir amener »…
[Leur expérience de la vie, c’est que parfois “les gens” ne sont vraiment pas sympas, ce sont “des croquantes et des croquants” envers toi.]
Attendez, on n’est pas « croquant » « envers » quelqu’un. « Croquant » ne définit pas une attitude, mais une position sociale. Le mot apparaît dans le Rouergue en 1593-95 pour désigner les paysans révoltés contre la rapacité des seigneurs locaux. Révolte qui, accessoirement, montre combien le pouvoir central a joué en France le rôle de protecteur des populations contre la noblesse provinciale : les « croquants » finiront par rejoindre le camp royaliste. Au XVIIIème siècle, le mot désigne un paysan pauvre. Brassens ici oppose les paysans pauvres qui se réjouissent de « voir amener » par les gendarmes…
[Si ce qu’on appelle l’humanité, c’est la plupart des hommes, on peut devenir misanthrope en disant qu’elle est pas toujours très belle à voir, l’humanité.]
Pardon, mais Brassens n’a rien d’un misanthrope. Dans l’ensemble de son œuvre – et il pratique ce qu’il prêche dans sa vie personnelle – il fera l’éloge de l’amitié et de l’amour. Non, Brassens ne critique pas l’humanité tant qu’elle est constituée d’individus, il critique les INSTITUTIONS, c’est-à-dire l’humanité organisée collectivement.
[Mais c’est justement dans le contexte d’une société où beaucoup de gens s’en prennent plein la gueule, à cause d’un certain nombre “de cons” (pour reprendre un mot d’une autre chanson de Brassens), que les gestes d’humanité, comme ceux de l’Auvergnat, prennent toute leur valeur, et qu’on peut ainsi profondément aimer ce que l’humanité peut être de mieux, quand elle se réalise sous la forme de gens qui font de tels gestes.]
Je ne suis pas d’accord. Les « gestes d’humanité » individuels n’auront jamais fait autant pour « ceux qui s’en prennent plein la gueule » que n’a fait la Sécurité sociale. Moi j’aime l’humanité autant pour les « petit gestes » que peut faire l’Auvergnat que par sa capacité à créer des institutions comme le droit du travail ou la Sécurité sociale. Et ce qui me gêne chez Brassens, c’est qu’il ne voit « l’humanité » que dans les « petits gestes », et pas dans les autres.
[Mais bref, Brassens s’en est probablement pris plein la gueule dans la vie, il a été confronté à la méchanceté de certains hommes, et c’est ce qui l’a rendu un peu misanthrope, et c’est cela qui rend à la fois excusable et inoffensives les “conneries” qu’il dit sur la politique.]
Un Jean Ferrat a certainement pris plus dans la gueule que Brassens (il est touché par les mesures antisémites de Vichy, son père est déporté à Auschwitz d’où il ne reviendra pas, lui-même est caché par des militants communistes, il devra quitter l’enseignement au collège pour nourrir sa famille). Et sa vision des institutions est pourtant toute autre. L’explication par le fait qu’il aurait “pris plein la gueule” ne me convainc donc pas. Il faut d’ailleurs noter que Brassens, contrairement à Ferrat, a commencé par faire prendre “plein la gueule” aux autres: sa prime jeunesse est marqué par une tentation pour la délinquance, qui lui vaudra d’ailleurs une condamnation.
Il faut cesser de stigmatiser les distributeurs de produits euphorisants. Ce sont des hommes d’affaire ambitieux qui mériteraient gratitude plutot que du dénigrement systématique. Par ailleurs, le marché de la drogue ne pouvant être en croissance maximale, il fut plus opportun pour ces multinationales d’investir dans d’autres industries, par exemple l’agriculture italienne ou andalouse, le BTP. Ce sont des pourvoyeurs d’emploi, qui investissent dans les régions.
Ils utilisent au passage les mêmes canaux que les hommes politiques, les services secrets pour faire transiter ces sommes (Sarko, contra iran, …).
Pour l’instant, les organisations les plus dangereuses pour les personnes normales, ce sont les États qui viennent avec leurs hordes de semeurs de trouble voler dans les poches, forcer à se faire piquer, éborgner, empecher le commerce, menacer, tuer. Ce sont eux contre qui il faut faire la guerre. Ils sont la violence la plus brutale et organisé qui soit.
@ Giap
[Il faut cesser de stigmatiser les distributeurs de produits euphorisants.]
Vous pensez à Hanouna ?
[Pour l’instant, les organisations les plus dangereuses pour les personnes normales, ce sont les États qui viennent avec leurs hordes de semeurs de trouble voler dans les poches, forcer à se faire piquer, éborgner, empecher le commerce, menacer, tuer. Ce sont eux contre qui il faut faire la guerre. Ils sont la violence la plus brutale et organisé qui soit.]
Là encore, il faut responsabiliser le consommateur. Quand on vous agresse, n’appelez plus la police. Quand votre père a un infarctus, n’appelez pas le SAMU. Quand votre maison est en feu, n’appelez pas les pompiers…
Je me souviens d’une discussion que nous avions eue il y a quelques années sur ce sujet. Vous étiez sur une ligne intransigeante, et je défendais la légalisation (pas dépénalisation) des variétés de cannabis à forte teneur en CBD, du fait qu’elles ne provoquaient pas d’effets psychiatrique sérieux, et qu’on pouvait espérer, avec cette légalisation, faire baisser la consommation des autres drogues.
Cette légalisation est intervenue ; il existe des commerces légaux qui en vendent. Et cela a confirmé mon point sur l’absence de conséquences délétères de cette autorisation. En revanche, l’effet que j’espérais sur la consommation des autres drogues n’a pas eu lieu ; c’est le moins que l’on puisse dire.
Je me suis fait récemment une réflexion qui rejoint largement la votre :
La consommation de drogue est massive.
Les tribunaux sont surchargés.
Les prisons sont plus que surchargés, si bien que même des délits ou crimes graves ne sont plus sanctionnés comme ils devraient l’être.
Partant de ces constats, il est inutile de mettre des peines de prisons pour les consommateurs, ou même de vouloir les déférer devant un tribunal correctionnel : il s’agit d’un vœu pieux qui ne surviendra pas, donc autant ne pas l’inscrire dans la Loi.
Si on veut lutter contre le trafic de drogue, il faut assécher les financements. Dans le milieu de la drogue, il y a, très schématiquement :- les dealers et associés, qui sont souvent aussi consommateurs,- les marginaux camés, qui négocient avec les dealers des doses en échange de ce qu’ils peuvent,- les étudiants, qui achètent avec l’argent de leurs parents, de leurs bourses, ou de leurs jobs étudiants,- des actifs, parfois cadres / CSP+, souvent pas très jeunes, qui ont l’impression de rester jeunes dans leur tête en faisant cela.
De ces 4 catégories, seules les deux dernières injectent réellement de l’argent dans le système. Ce sont celles là qu’il faut dissuader de consommer, sans engorger les prisons ou tribunaux.
On pourrait imaginer, outre des amendes (souhaitables, et si possible élevées) des sanctions administratives / disciplinaires. Par exemple :
– Interdiction de passer un examen universitaire dans les 12 mois après un contrôle positif à une drogue (n’importe laquelle), et réalisation de tests au hasard dans les lycées et universités (le bac, en fin de 1ère ou de Terminale, est un examen universitaire).
– Obligation pour les entreprises de prévoir dans leur règlement interne des sanctions dissuasives contre l’usage de la drogue. Plus la possibilité de réaliser des tests inopinés et aléatoires, à l’initiative de l’employeur ou de la police, sur le lieu de travail.- Mise à pied automatique et obligatoire pendant une semaine (employeur informé par la police) en cas de consommation de drogue constatée hors du lieu de travail (une semaine pour le temps que la drogue s’évacue). Plus possibilité de sanction disciplinaire pour les conséquence de l’absence.
– Mise en GAV de n’importe quelle personne qui se fait livrer de la drogue, avec possibilité d’utiliser les trafiquants pour “piéger” les consommateurs (le jour où des pères de famille bourgeois se retrouveront sortis de chez eux par la Police pour partir en GAV, ça dissuadera).
– Possibilité offerte aux employeurs de prévoir un licenciement pour faute grave pour avoir consommé de la drogue moins d’une semaine avant un jour où le salarié n’était pas prévu d’être en congés.
– 5 ans d’interdiction d’exercer dans certains secteurs en cas de consommation de drogue (secteurs susceptibles d’influencer : école, médias, industries culturelles…)
Je ne suis pas, comme vous, expert en droit administratif, mais je ne pense pas que de telles mesures soient impossibles à prendre. Et elles pourraient permettre un premier pas vers une lutte contre ce fléau, sans aller vers des mesures à la Bukele.
Mais je pense qu’il ne faut pas se leurrer. Même si la consommation de drogue régressait, les réseaux criminels trouveraient des moyens (racket, prostitution, etc.) de continuer leur lucratives affaires.
@ Vincent
[Partant de ces constats, il est inutile de mettre des peines de prisons pour les consommateurs, ou même de vouloir les déférer devant un tribunal correctionnel : il s’agit d’un vœu pieux qui ne surviendra pas, donc autant ne pas l’inscrire dans la Loi.]
Pardon, mais je ne vois pas le rapport entre vos constats et « l’inutilité » que vous affirmez. Ce n’est pas parce que les prisons sont pleines ou que les tribunaux sont surchargés que mettre en prison les consommateurs est « inutile ». Cela étant dit, rendre « responsables » les consommateurs pour la violence des trafiquants est une chose, les mettre en prison c’en est une autre. Dans certains cas, la pression sociale peut être bien plus efficace que la prison…
[Si on veut lutter contre le trafic de drogue, il faut assécher les financements.]
Tout à fait. Mais comment assécher les financements alors qu’il y a une masse de consommateurs prêts à donner leur argent aux trafiquants ?
[De ces 4 catégories, seules les deux dernières injectent réellement de l’argent dans le système. Ce sont celles là qu’il faut dissuader de consommer, sans engorger les prisons ou tribunaux.
On pourrait imaginer, outre des amendes (souhaitables, et si possible élevées) des sanctions administratives / disciplinaires. Par exemple : (…)]
Au-delà du détail des sanctions que vous proposez et de leur compatibilité avec les libertés publiques et surtout avec la protection de la sphère privée, se pose la question de la volonté. Vous imaginez les autorités scolaires ou universitaires, ou pire encore les entreprises prenant ce type de mesures ? J’ajoute que pour certains métiers sensibles, ces restrictions existent déjà. Elles sont relativement inefficaces. Au risque de me répéter, il est très difficile de limiter par des mesures répressives des comportements que l’idéologie dominante ne condamne pas.
@ Descartes
[Dès que la lumière médiatique se déplacera, ce sera « business as usual ».]
Oui. C’est le lot de notre société de communication.
Qui se souvient – c’était il y a peu de temps – des opérations “places nettes XXL” ? Il faut croire que celle qui a eu lieu à Marseille n’a pas été très efficace…
Bonjour
Jean Luc Melenchon dans son discourt pour les municipales , parle des nouveaux français qui vont faire la nouvelle france , il veut peut etre y aglomérer aussi le trafic qui sevit dans les cités
@ bernard
[Jean Luc Melenchon dans son discourt pour les municipales, parle des nouveaux français qui vont faire la nouvelle france, il veut peut etre y aglomérer aussi le trafic qui sevit dans les cités]
Le trafic fait peut-être partie de cette “nouvelle France” dynamique qu’il appelle de ses voeux… qui sait ?
Plus sérieusement, Mélenchon utilise ici la technique bien connue de tous les démagogues: tenir un discours qui divise le monde en deux blocs opposés, en s’assurant que son audience du jour est du “bon” côté de la barrière. Il fait le coup avec le “1% vs. 99%”, qui a l’avantage de placer 99% des électeurs du bon côté. Ici, c’est la “nouvelle France” contre “l’ancienne”…
Il ne faut pas se leurrer : on en est arrivé peu à peu, sous le regard passif (si ce n’est un brin complaisant ?..) de l’Etat, à une situation de quasi guerre. Les gars d’en face sont armés, décidés, sans pitié, prêts à tout. On a créé peu à peu ce qu’on appelle les “Quartiers”, les quasi ghettos que l’on sait, livrés à eux-mêmes, et on s’étonne que les habitants des ces ghettos se transforment, pour certains, en véritables fauves déshumanisés… (essayez de chercher un logement décent dans un endroit hors les “quartiers”, si on s’appelle “bencouscous”… Bon courage !). On ne peut combattre de tels individus avec des pincettes, du bla bla, des précautions “pseudo humanistes”, etc. La loi ? La loi n’est pas imposée par des Martiens. Elle est créée par des députés, des politiques… Elle est évolutive, changeante, adaptable. Bref, tout ça pour dire que la guerre (c’est une quasi guerre), on la fait à fond, ou on reste dans son coin à se lamenter. Et comme dans une guerre classique on ne tolère aucune accointance avec l’ennemi, dans cette narco-guerre, il faut non pas fusiller les “clients” (restons raisonnables !!!), mais les punir à coup d’amendes terrifiantes. Taper sans pitié dans le porte-monnaie, et prison dans les cas durs.
On nous raconte à longueur de journée que la technologie militaire est devenue incroyablement redoutable, et on reste démunis devant quelques gangsters primitifs, aussi méchants soient-ils… Y a un problème, là. Le fameux Général CEMA, qui prône un investissement géant pour se préparer à guerroyer avec la Russie, puisqu’il a décidé de sortir du cadre de la “Grande muette”, devrait aussi essayer de convaincre les citoyens, qu’en attendant Godot … euh … Poutine, il y a là, de suite, en direct live, un super ennemi total, qui est prêt à transformer la société française en champs de ruines, s’il le faut.
Le cannabis, la cocaïne, l’héroïne, etc., et n’en doutons pas, le fentanyl ne devrait plus trop tarder ! En face, ils tirent à vue, sans états d’âme. Et pendant ce temps, on débat et on se tâte encore à propos des smartphones dans les prisons ! On croit rêver !
Ok, ce n’est pas très humaniste, tout ça, la répression dure et sans pitié. Mais il y a des situations où le choix est drastique : “c’est lui ou c’est moi”. On en est là, que ça plaise ou non.
Bon, je me calme un peu 😀 … Bien sûr, une répression hyper dure, n’empêche absolument pas des mesures sociales, préventives, pédagogiques, de santé publique, etc. C’est évident.
Et le problème est international : l’UE et les USA qui ont infligé à la Russie des sanctions dantesques, seraient incapables d’en faire autant contre la petite Colombie, par exemple ? M’est avis qu’un champs de pavot, de feuilles de coca, ou de je ne sais quoi, ça devrait pouvoir se détruire les doigts dans le nez, par les Rafales et autres F35 ! Sérieusement, il y a aussi bien à l’intérieur qu’à l’international, une sacrée super dose d’hypocrisie.
Alors ? Alors, au-delà de mon coup de gueule vociférant, je suis malheureusement très pessimiste.
Et comment ne pas l’être… Le corps politique actuel, tous partis confondus, est déplorable, on le sait. Il n’y a aucune raison qu’il se montre soudain efficace devant ce problème hymalayesque, alors que pour tout le reste de la gestion du pays, il est complètement à la ramasse…J’ai bien conscience que mon propos est violent et peut-être simpliste, mais parfois, il ne sert à rien de trop “philosopher”, quand l’existentiel est en jeu…
@ Sami
[Il ne faut pas se leurrer : on en est arrivé peu à peu, sous le regard passif (si ce n’est un brin complaisant ?..) de l’Etat, à une situation de quasi guerre.]
Pourquoi s’en prendre à l’Etat ? A ma connaissance, l’Etat n’a fait ici que suivre le consensus social, ce qui après tout est sa fonction. Le « regard passif » n’est pas celui de l’Etat, mais celui de la société, qui a laissé la drogue gangrener les cités populaires – tant que cela ne concernait pas les classes intermédiaires, pas d’inquiétude à avoir. Vous souvenez-vous ce qui est arrivé lorsqu’un certain Robert Hue, à l’époque maire PCF de Montigny les Cormeilles, s’est avisé de se battre contre le trafic de drogue dans sa commune ? Ce fut la curée médiatique, tout était bon pour lui taper dessus. De la droite aux trotskystes, ce fut haro sur le baudet. J’aimerais bien pouvoir poser quelques questions aux acteurs de cette époque, pour voir comment, rétrospectivement, ils analysent leur « bienveillance » pour les trafiquants de l’époque…
[Les gars d’en face sont armés, décidés, sans pitié, prêts à tout. On a créé peu à peu ce qu’on appelle les “Quartiers”, les quasi ghettos que l’on sait, livrés à eux-mêmes, et on s’étonne que les habitants des ces ghettos se transforment, pour certains, en véritables fauves déshumanisés…]
Encore des « victimes » ? Décidément… et bien, cela vous surprendra peut-être, mais tous les habitants des cités ne se consacrent pas au trafic de drogue. Beaucoup d’entre eux travaillent honnêtement, et souvent dans les travaux les plus durs, les moins bien payés. J’ai beaucoup milité dans ma vie pour qu’on améliore la vie dans ces quartiers. J’y ai milité, j’ai animé des associations, j’ai fait du porte à porte et animé les combats pour empêcher les services publics de partir ou pour en faire venir ceux qui manquaient. Mais ce n’est pas les aider que d’entretenir l’idée que ce sont les conditions de vie qui « transforment les habitants en fauves deshumanisés ».
[On ne peut combattre de tels individus avec des pincettes, du bla bla, des précautions “pseudo humanistes”, etc. La loi ? La loi n’est pas imposée par des Martiens. Elle est créée par des députés, des politiques… Elle est évolutive, changeante, adaptable. Bref, tout ça pour dire que la guerre (c’est une quasi guerre), on la fait à fond, ou on reste dans son coin à se lamenter. Et comme dans une guerre classique on ne tolère aucune accointance avec l’ennemi, dans cette narco-guerre, il faut non pas fusiller les “clients” (restons raisonnables !!!), mais les punir à coup d’amendes terrifiantes. Taper sans pitié dans le porte-monnaie, et prison dans les cas durs.]
Admettons. Mais pour cela, il vous faut un consensus social. On ne gagne pas des guerres lorsqu’on n’a pas la population derrière soi. Or, notre malheur vient en partie du fait que dans cette guerre une partie de la population finance l’ennemi, et une autre beaucoup plus nombreuse est pleine de bienveillance avec la première. Dans ces conditions, difficile d’entamer le combat.
Bonjour Descartes
[(…) menaces de plus en plus courantes sur des dockers]
Je vous rassure, les dockers n’ont pas besoin des narcotrafiquants pour se comporter en mafieux.
Plus fondamentalement je tenais à souligner la prouesse de cet article consistant à pas parler du nez au milieu de la figure.
@ François
[Je vous rassure, les dockers n’ont pas besoin des narcotrafiquants pour se comporter en mafieux.]
Le mépris de classe a encore de beaux jours devant eux… quand je vois comment se comportent les employeurs dans le secteur, je me dis que les dockers sont des doux agneaux…
[Plus fondamentalement je tenais à souligner la prouesse de cet article consistant à pas parler du nez au milieu de la figure.]
Merci. Les gens qui parlent de ce qui se voit bien, ça ne manque pas. Plus rares sont ceux qui prennent le visage en entier…
@Descartes
[Le mépris de classe a encore de beaux jours devant lui…]
Vous considérez que je suis un bourgeois arrogant, ainsi soit-il, mais force est de constater que comme moi, vous ne niez pas que les dockers ont un comportement de mafieux. Dont acte. Bon, je vous l’accorde, les patrons sont effectivement odieux au point que les dockers ne savent pas pourquoi ils sont parfois en grève. La bonne nouvelle, c’est que je suis en faveur de l’automatisation des terminaux portuaires, comme ça les méchant patrons ne seront plus odieux avec les gentils dockers, qui sont malgré eux au comportement mafieux.[Merci. Les gens qui parlent de ce qui se voit bien, ça ne manque pas. Plus rares sont ceux qui prennent le visage en entier…]On peut discuter pendant des heures des travers des Hobbits. Mais en attendant, les malheurs que traversent la Comté viennent du Mordor qui s’y déverse.
@ François
[Vous considérez que je suis un bourgeois arrogant, ainsi soit-il,]
Je ne me permettrais pas de hasarder une opinion sur ce que vous êtes, je me content de regarder ce que vous dites. Et ce que vous dites est empreint de mépris de classe. Curieusement, quand un grand patron utilise à son profit son pouvoir de marché, y compris avec des méthodes que la morale – et la loi – réprouvent, on le reconnaît comme un grand homme, un pilier de la société. Mais si des ouvriers se hasardent à faire de même, ce sont des « mafieux ». Un Tapie mérite les éloges publics de deux présidents de la République, pas les dockers.
[mais force est de constater que comme moi, vous ne niez pas que les dockers ont un comportement de mafieux. Dont acte.]
Je n’ai pas dû être très clair. Oui, je conteste vigoureusement que les dockers, en tant que corporation, aient « un comportement mafieux ». Et j’attends avec une grande impatiente vos exemples.
[Bon, je vous l’accorde, les patrons sont effectivement odieux au point que les dockers ne savent pas pourquoi ils sont parfois en grève.]
Auriez-vous un exemple précis ?
[La bonne nouvelle, c’est que je suis en faveur de l’automatisation des terminaux portuaires, comme ça les méchant patrons ne seront plus odieux avec les gentils dockers, qui sont malgré eux au comportement mafieux.]
Non, ils seront odieux avec les gentils techniciens qui feront la maintenance des dispositifs automatiques. Que voulez-vous, le rêve du capitalisme sans prolétaires n’est pas près de se réaliser. Et c’est heureux pour le capitaliste : imaginez un monde où toute la production serait automatisée, et où les patrons n’auraient plus à payer le moindre salaire. Qui pourrait acheter les produits qui sortiraient des usines ?
[On peut discuter pendant des heures des travers des Hobbits. Mais en attendant, les malheurs que traversent la Comté viennent du Mordor qui s’y déverse.]
Pas tout à fait. Lorsqu’après avoir fini leur quête les Hobbits rentrent dans la Comté, ils trouvent leur pays saccagé… par des hobbits ! Le Mordor n’est rien lorsqu’il n’a pas de complices sur place…
@Descartes
[Un Tapie mérite les éloges publics de deux présidents de la République, pas les dockers.]
Qui a dit que Tapie a tout mon respect ?
[Je n’ai pas dû être très clair. Oui, je conteste vigoureusement que les dockers, en tant que corporation, aient « un comportement mafieux ». Et j’attends avec une grande impatiente vos exemples.]
Empêcher, sous consigne du syndicat, les agents de l’État d’effectuer leur mission régalienne d’inspection de l’opération chargement d’une marchandise pourtant particulièrement sensible ?
Ou retrouver mystérieusement une passerelle d’embarquement au fond du port, pile le jour où un paquebot appartenant à un armateur qui a décidé d’arrêter la desserte dudit port pour ses porte-conteneurs, vient faire escale ?
Ou si l’on remonte du temps où les porte-conteneurs n’existaient pas, les caisses de spiritueux qui sont malheureusement fracassées parce-que le capitaine avait refusé que l’on vienne taper dedans ?
[Auriez-vous un exemple précis ?]
Peut-être que je connais un capitaine qui a cherché à comprendre pourquoi il s’est retrouvé à devoir patienter au terminal pétrolier de Lavera pour pouvoir décharger sa cargaison, et que c’est la seule réponse qu’il a eu.
Une question : pensez vous qu’un dirigeant syndicaliste est nécessairement plus désintéressé qu’un patron ?
[Non, ils seront odieux avec les gentils techniciens qui feront la maintenance des dispositifs automatiques. Que voulez-vous, le rêve du capitalisme sans prolétaires n’est pas près de se réaliser.]
Pourtant en Chine on a de plus en plus ce qu’on appelle les « dark factories », c’est à dire des usines complètement automatisées et suffisamment fiables au point qu’il n’y a plus besoin d’y avoir d’éclairage. Tout comme les premières générations de robots humanoïdes sont en train d’être commercialisées.
[Pas tout à fait. Lorsqu’après avoir fini leur quête les Hobbits rentrent dans la Comté, ils trouvent leur pays saccagé… par des hobbits ! Le Mordor n’est rien lorsqu’il n’a pas de complices sur place…]
Si vous voulez. Mais en effet ce pays est affaibli par une maladie immunodéprimante, favorisant l’arrivée de tout un tas de maladies opportunistes.
@ François
[« Un Tapie mérite les éloges publics de deux présidents de la République, pas les dockers. » Qui a dit que Tapie a tout mon respect ?]
Personne. Je note simplement que jamais dans ce blog je ne vous ai lu critiquer les patrons voyous, mais que lorsqu’il s’agit des dockers, le mot « mafieux » vous vient vite à la plume…
[« Je n’ai pas dû être très clair. Oui, je conteste vigoureusement que les dockers, en tant que corporation, aient « un comportement mafieux ». Et j’attends avec une grande impatiente vos exemples. » Empêcher, sous consigne du syndicat, les agents de l’État d’effectuer leur mission régalienne d’inspection de l’opération chargement d’une marchandise pourtant particulièrement sensible ?]
Avez-vous une référence précise à me communiquer ? Par ailleurs, je vous ferais remarquer que l’obstruction par des patrons aux « missions régaliennes d’inspection », notamment celles des inspecteurs du travail, sont monnaie courante. Dans certains cas, cette « obstruction » est allé jusqu’aux coups et blessures et même à l’homicide (le double meurtre de Sylvie Trémouille et Daniel Buffière, le 2 septembre 2004 à Saussignac). Parleriez-vous de « comportement mafieux » ?
J’insiste, le mot « mafieux » a un sens, et on ne peut pas le banaliser en l’utilisant pour décrire n’importe quel comportement illégal. Sans quoi vous finissez par voir des « mafieux » partout.
[Ou si l’on remonte du temps où les porte-conteneurs n’existaient pas, les caisses de spiritueux qui sont malheureusement fracassées parce-que le capitaine avait refusé que l’on vienne taper dedans ?]
Là encore, peut-on avoir une référence ?
[« Auriez-vous un exemple précis ? » Peut-être que je connais un capitaine qui a cherché à comprendre pourquoi il s’est retrouvé à devoir patienter au terminal pétrolier de Lavera pour pouvoir décharger sa cargaison, et que c’est la seule réponse qu’il a eu.]
A qui a-t-il posé la question, et qui lui a fourni la réponse ?
[Une question : pensez-vous qu’un dirigeant syndicaliste est nécessairement plus désintéressé qu’un patron ?]
A titre individuel, certainement. Vous savez, si on laisse de côté les syndicats « maison » inféodés aux patrons, s’engager dans le mouvement syndical est rarement un bon choix de carrière. C’est la garantie de manquer les promotions, d’être affecté aux postes les moins intéressants, de faire partie de la première charrette lorsqu’on licencie, et dans des cas extrêmes de voir ses pneus crevés, sa voiture incendiée, sa famille menacée, ou pire. Je ne connais pas de syndicaliste qui se soit grassement enrichi pendant son mandat, alors que je connais l’exemple de plusieurs patrons pour qui c’est le cas.
Maintenant, du point de vue collectif, le dirigeant syndical est là pour « défendre les intérêts matériels et moraux » de ses mandants. Il est donc normal et logique qu’il soit guidé par cet intérêt, et qu’il le fasse valoir chaque fois que c’est possible.
[Pourtant en Chine on a de plus en plus ce qu’on appelle les « dark factories », c’est à dire des usines complètement automatisées et suffisamment fiables au point qu’il n’y a plus besoin d’y avoir d’éclairage. Tout comme les premières générations de robots humanoïdes sont en train d’être commercialisées.]
C’est la mort du capitalisme. Un monde d’usines sans travailleurs est un monde qui ne paye pas de salaires. D’où les gens tireront-ils les moyens d’acheter les produits d’une telle usine ? Et comment les usines continueront à tourner s’il n’y a personne pour acheter ce qu’elles produisent ?
Il faut relire Marx : seul le travail humain produit de la valeur. Pas de travailleurs, pas de valeur produite. Et s’il n’y a pas de valeur produite, le capitaliste ne peut pas prélever son écot. Peut-être que c’est par cette voie là que le communisme verra le jour…
Mais les dockers travaillent pour gagner leur pain, pas par charité. Si un trafiquant propose 50 000 euros à un docker pour qu’il ferme les yeux sur 10 sacs de coke, évidemment que le docker va accepter . De quel droit pourrions-nous exiger l’inverse; quand E. Macron vend des dizaines d’entreprises françaises pour toucher 15 ou 20 millions de rétro commission ? Le docker, au moins, laisse seulement passer dix sacs en échange d’un apport pour son appartement ou sa maison (ou celle de ses enfants).
@ Dark Schwab
[Mais les dockers travaillent pour gagner leur pain, pas par charité. Si un trafiquant propose 50 000 euros à un docker pour qu’il ferme les yeux sur 10 sacs de coke, évidemment que le docker va accepter. De quel droit pourrions-nous exiger l’inverse ;]
J’ignore quel est votre emploi, mais j’imagine que vous aussi vous travaillez pour gagner votre vie, et pas par charité. Si quelqu’un vous offrait 50.000€ pour manquer aux devoirs de votre emploi, le feriez-vous ? Dans ce cas, je plains votre employeur…
Mais au-delà de l’éthique personnelle, vous rejoignez ici l’analyse de Cornelius Castoriadis qu’on a moultes fois citée dans ce blog. Pour ceux qui ne l’auraient pas en tête, Castoriadis souligne que le capitalisme repose sur des structures anthropologiques (l’enseignant dévoué, le fonctionnaire honnête, le juge probe) qui viennent d’un mode de pensée pré-capitaliste et que le capitalisme ne peut reproduire. Parce que – l’exemple est de Castoriadis – le « juge capitaliste » demandera à chaque partie combien elle est prête à payer, et donnera raison à celui qui payera le plus, tout comme votre docker acceptera la meilleure offre pour « fermer les yeux ».
C’est là une des grandes contradictions du capitalisme. D’un côté, on fait du marché le seul mécanisme légitime de régulation, ce qui suppose que l’ensemble des activités humaines soit « marchandise », d’un autre on prétend que les hommes refusent de se vendre au nom d’un mandat éthique…
Hasard du calendrier, la sonnerie de mon lycée cette semaine c’est Dolce Camara de Booba. Quelques paroles pour ceux qui n’ont pas la chance de connaître:
Le shit, c’est du filtré, la coke, c’est du beurreJ’arrive plus à m’projeter, j’vois que le M-U-RSa mère, il est D-U-RJ’vais m’poser dans l’maki (sale, okay)Enterrer sous terre tous mes cellulairesPiscine à débordement (okay)Pizza aux fruits de mer
J’aide les miens, ceux qui ont un crochet, fuck mon prochainAvant d’prendre l’uppercutTout l’monde a un projet, et puis tout s’éteintPour combattre l’empire, il m’faut R2-D2France rime avec chance, j’crois en aucun des deuxElle veut mon WhatsApp, mon numéro de chambreJ’ai la main dans ses cheveux, je tire, elle se cambreJ’finis sur son dos, précis comme Rondo
Riche comme un Bongo, bang-bangOn les aime fraiches, bien michto, qui savent accueillir comme DemdemPlus on étouffe, plus c’est la ville, plus on est d’fous, plus c’est l’asileÀ peine fini d’forniquer, j’me rhabille, les larmes sont halal, le sourire est kabyle.
Les mêmes qui autorisent cela au nom de “la participation bienvenue des élèves à la vie de l’établissement” LUTTENT DE TOUTES LEUR FORCE contre le trafic devant (pour ne pas dire dans) le lycée. Les rappeurs, pour ne pas dire le narcotrafic, sont entrés dans ce qui fût un jour le temple du savoir.
@ Antoine
[Les mêmes qui autorisent cela au nom de “la participation bienvenue des élèves à la vie de l’établissement” LUTTENT DE TOUTES LEUR FORCE contre le trafic devant (pour ne pas dire dans) le lycée. Les rappeurs, pour ne pas dire le narcotrafic, sont entrés dans ce qui fût un jour le temple du savoir.]
Très bonne illustration de l’ambigüité qui préside la “lutte contre les drogues”…
Je pense que la répression fonctionne, que ce soit la répression contre les vendeurs et contre les consommateurs; et c’est tout à fait exact de souligner l’absurde disymmétrie entre la peine incomparablement plus sévère qui tombe sur le vendeur par rapport à celle qui tombe sur le consommateur.
Plusieurs pays ont tenté la répression; et globalement les résultats sont bien meilleurs que sans répression. La drogue est un véritable fléau aux US, mais ce serait probablement bien pire sans leur flics des stups armés jusqu’aux dents, la drogue est un fléau aux Philippines et ils ont adopté des mesures très dures contre les trafiquants et consommateurs, et on a également l’exemple de Singapour. C’est donc certain qu’on ne pourra pas purger ce probleme de santé publique sans une répression féroce. C’est la première regle de la vie en société : la violence résout 99% des problèmes, et 99% des problèmes ont un prénom et une C.N.I.
Malheureusement, le problème de la drogue ne sera jamais résolu tant que des clercs “de gauche” auront de l’influence dans les médias. Pour les clercs de gauche, il est légitime de déployer l’armée, les helicoptères, les sous-marins pour traquer les “milliards de milliards d’évasion fiscale”; à croire que la force militaire doit exclusivement être tournée contre le peuple (ou le peuple riche, ou le peuple de droite qui proteste un peu trop) et jamais contre les ennemis. C’est malheureusement une vérité qu’ils nous va falloir admettre : on ne résout le problème de la mafia qu’avec un pouvoir césariste, jamais avec la démocratie de gauche.
Mais il serait injuste de rejeter la totalité de la faute sur l’action malfaisante des clercs de gauche. Il y a des facteurs scientifiques et économiques qui entrent dans ce problème. Les procédés de fabrications et de purification se sont considérablement développés; amenant à une chute brutale du prix de ces substances. Il y a plus d’acheteurs, mais parce qu’ils ont plus d’opportunités pour acheter ces produits. Le prix du produit est ce qu’il est, tout illégal qu’il soit, et je pense que l’explosion de la consommation vient probablement de là. Je crois qu’on peut obtenir un join de canna pour le prix d’un cappuccino (autour de Toulouse où je réside en tout cas).
La responsabilisation, l’appel à un sursaut pour l’amélioration de la santé publique et donc de la qualité génétique et physique des habitants du pays, ne pourra jamais se faire avec des clercs de gauche dans les médias. Ou plutôt, elle serait possible si nos clercs avaient 36 mois de service militaire et si, pour pavaner dans les médias, trois séances de musculation et gymnastique par semaine étaient obligatoires. Globalement on développe moins d’idées délirantes à la Louis Boyard si on est en bonne forme physique, une constatation empirique qu’on devrait appliquer aux personnes en charges d’administrations publiques qui passeraient sur les ondes. Ce problème de lutte contre la dope se résoudra en faisant des appels à la morale collective et avec une répression musclée, cela amène donc à définir un bien objectif qui est la santé du peuple, et un ennemi physique à abattre (ou enfermer, ou déplacer) qui sont les dealers.
Bien entendu, la plupart des dealers gagnent très peu et appartiennent aux classes les plus défavorisées de notre société; et c’est malheureux de frapper aussi durement ces populations-là; mais gouverner c’est arbitrer et on ne peut pas arbitrer seulement des choix qui sont indolores pour tous. Et puis, on a toujours la possibilité de gérer le cas des dealers un par un pour que cela ne soit pas trop dur pour eux et leurs familles – ils ne sont pas si nombreux et finalement à quoi servirait un ministère de lutte contre la dope sinon à frapper dur les lieux d’échange et accompagner individuellement les petits trafiquants pour ne pas qu’ils replongent ?
@ Dark Schwab
[Je pense que la répression fonctionne, que ce soit la répression contre les vendeurs et contre les consommateurs ; et c’est tout à fait exact de souligner l’absurde dissymétrie entre la peine incomparablement plus sévère qui tombe sur le vendeur par rapport à celle qui tombe sur le consommateur.]
Au risque de me répéter, lorsque je soulignait la dissymétrie qui existe entre le traitement réservé au vendeur et à l’acheteur, je ne pensais pas seulement à la politique pénale. Je pense que la manière dont la société réagit est bien plus significative. Alors que le trafiquant rencontre une condamnation unanime, le consommateur est l’objet d’une bienveillance quasi-universelle, celle que notre société réserve aux « victimes ».
[Malheureusement, le problème de la drogue ne sera jamais résolu tant que des clercs “de gauche” auront de l’influence dans les médias.]
Je ne sais pas si les catégories « gauche » et « droite » sont pertinentes dans cette analyse. N’oubliez pas qu’une partie de la « gauche » – je pense essentiellement au PCF et ses organisations affines – ont été extrêmement durs dans leurs positions contre les drogues, alors qu’une partie de la droite libérale était nettement moins sévère.
[Pour les clercs de gauche, il est légitime de déployer l’armée, les hélicoptères, les sous-marins pour traquer les “milliards de milliards d’évasion fiscale”;]
Vous caricaturez. Et la caricature ne renforce pas une argumentation.
[C’est malheureusement une vérité qu’ils nous va falloir admettre : on ne résout le problème de la mafia qu’avec un pouvoir césariste, jamais avec la démocratie de gauche.]
Je n’aurai pas la cruauté de vous signaler combien les liens entre la droite et la mafia ont pu être forts. Ce fut le cas en Italie, où la démocratie chrétienne s’est maintenue au pouvoir pendant toute la guerre froide grâce à des accords avec la mafia. Et je ne vous parle pas d’un certain nombre de grands « barons » de la côte d’azur, dont un certain Maurice Arreckx… La « démocratie de droite » ne semble pas plus efficace à l’heure de combattre les mafias que la « démocratie de gauche ».
[Mais il serait injuste de rejeter la totalité de la faute sur l’action malfaisante des clercs de gauche.]
Encore heureux…
[Il y a des facteurs scientifiques et économiques qui entrent dans ce problème. Les procédés de fabrications et de purification se sont considérablement développés ; amenant à une chute brutale du prix de ces substances. Il y a plus d’acheteurs, mais parce qu’ils ont plus d’opportunités pour acheter ces produits.]
Oui, enfin, ce n’est pas parce que vous avez plus d’opportunités d’acheter que vous achetez plus. Encore une fois, vous raisonnez comme si l’offre créait la demande, alors que c’est exactement l’inverse. S’il n’y avait pas d’acheteurs, il n’y aurait pas de vendeurs.
[Le prix du produit est ce qu’il est, tout illégal qu’il soit, et je pense que l’explosion de la consommation vient probablement de là.]
Si l’on suit votre raisonnement, la légalisation ne peut qu’entraîner une augmentation de la consommation, puisqu’elle pousse les prix à la baisse…
[La responsabilisation, l’appel à un sursaut pour l’amélioration de la santé publique et donc de la qualité génétique et physique des habitants du pays, ne pourra jamais se faire avec des clercs de gauche dans les médias.]
Ni avec les clercs de droite, apparemment. Alors, que proposez-vous ?
[Ou plutôt, elle serait possible si nos clercs avaient 36 mois de service militaire et si, pour pavaner dans les médias, trois séances de musculation et gymnastique par semaine étaient obligatoires. Globalement on développe moins d’idées délirantes à la Louis Boyard si on est en bonne forme physique, une constatation empirique qu’on devrait appliquer aux personnes en charges d’administrations publiques qui passeraient sur les ondes.]
Ah bon ? On serait moins « délirant » quand on est en bonne forme physique ? Vous savez, il y a longtemps qu’on a abandonné l’idée qu’on pensait avec ses muscles… et vous n’aurez pas de mal à trouver une brochette de culturistes qui sortent les insanités les plus incroyables.
[Ce problème de lutte contre la dope se résoudra en faisant des appels à la morale collective et avec une répression musclée, cela amène donc à définir un bien objectif qui est la santé du peuple, et un ennemi physique à abattre (ou enfermer, ou déplacer) qui sont les dealers.]
Appel a la morale collective ? Je vous trouve bien optimiste… et d’abord, c’est quoi cette « morale collective » ?
[Bien entendu, la plupart des dealers gagnent très peu et appartiennent aux classes les plus défavorisées de notre société; et c’est malheureux de frapper aussi durement ces populations-là; mais gouverner c’est arbitrer et on ne peut pas arbitrer seulement des choix qui sont indolores pour tous.]
Je vous propose une solution : on tape sur les pauvres en réprimant le deal, et on tape sur les riches en les obligeant à mieux rémunérer les pauvres. Comme ça, tout le monde contribue. Mais on connait la devise Shadock, « pour avoir la paix, il faut taper toujours sur les mêmes ».
L auteur a raison quand il explique que s il y a une demande, une offre se mettra en place. C est pas lie au capitalisme comme ecrit ici, l ex URSS avait des problemes de drogues et de marché noir. C est inerant a la nature humaine
Est ce qu on peut eradiquer ou du moins limiter la demande ?
C est loin d etre evident. A ma connaissance la seule politique qui ait marché est celle de Mao avec l opium (dealer -> mort, consommateur -> 20 ans de goulag et vu les conditions de detention c etait quasiment aussi la mort). A l inverse l Iran est ultra repressif (vous pouvez etre pendu) mais ca ne resoud rien au contraire. On a des cas de parents qui droguent leurs enfants pour que ceux ci deviennent accro et ne les denoncent pas
Peut etre que la politique de Mao a reussi car les drogués sont juste mort de faim lors du grand bond en avant …
Un autre point a considerer c est pourquoi les gens se droguent. Les USA ont un gros probleme avec les opioides (fentanyl) mais c est marginal chez nous. Pourquoi l americain consomme plus de drogue que le francais ? Pourquoi un francais consomme plus de cannabis qu un hollandais (https://atlasocio.com/classements/sante/cannabis/classement-etats-par-consommation-cannabis-prevalence-vie-europe.php) ?
PS: ” La capacité à échapper aux addictions, à regarder le monde tel qu’il est et non à travers le prisme de la chimie ou des réseaux sociaux sera demain la véritable marque de l’élite…”
A mon avis l elite consomme autant si c est pas plus que le bas de la societe. C est evidement difficile a prouver mais on a des indices (etude de l eau des egouts a cannes notre une hausse des rejets de stupefiant durant le festival, le directeur de l INA pris en train de se faire livrer …). De toute facon une consommation reguliere de stupefiant coute cher.
@ cdg
[L’auteur a raison quand il explique que s’il y a une demande, une offre se mettra en place. Ce n’est pas lie au capitalisme comme écrit ici, l’ex URSS avait des problèmes de drogues et de marché noir. C’est inhérent à la nature humaine]
Ah, la nature humaine… Mais dans votre précipitation à défendre le capitalisme, vous donnez un exemple inopérant. Le marché noir n’est pas une offre supplémentaire. C’est un détournement d’une offre existante depuis les circuits « légaux » de distribution vers des circuits « illégaux ». Le marché noir – par exemple, celui des kolkhoziens qui vendaient leurs produits sur le marché « parallèle » plutôt que de le confier au marché officiel ne générait aucune « offre » supplémentaire, il augmentait l’offre disponible sur le marché « parallèle » tout en réduisant l’offre sur le marché « officiel ». Difficile de voir dans cet exemple une « offre » qui se met en place à partir de la « demande »…
Le capitalisme, parce qu’il est fondé sur une logique de marché, fait que la demande fait apparaître une offre effective. Ce n’était pas le cas dans le système soviétique, où des demandes très fortes pouvaient rester insatisfaites pendant de très longues périodes sans qu’une offre se mette en place… C’est d’ailleurs la grande force du capitalisme ! Et vous voudriez l’attribuer à la « nature humaine » ?
Accessoirement, j’aimerais savoir sur quel élément vous vous appuyez pour dire que « l’URSS avait un problème de drogues ». A moins que vous ne mettiez l’alcool parmi les « drogues », je ne vois pas de quoi vous parlez…
[« Est ce qu’on peut éradiquer ou du moins limiter la demande ?]
[C’est loin d’être évident. A ma connaissance la seule politique qui ait marché est celle de Mao avec l’opium (dealer -> mort, consommateur -> 20 ans de goulag (…)]
Pourtant, cette demande n’existait pratiquement pas disons à la fin du XIXème siècle. Comment l’expliquez-vous ?
[Un autre point a considérer c’est pourquoi les gens se droguent. Les USA ont un gros probleme avec les opioïdes (fentanyl) mais c’est marginal chez nous. Pourquoi l’américain consomme plus de drogue que le français ? Pourquoi un français consomme plus de cannabis qu’un hollandais ?]
Vous avez une réponse à proposer ?
[PS: ” La capacité à échapper aux addictions, à regarder le monde tel qu’il est et non à travers le prisme de la chimie ou des réseaux sociaux sera demain la véritable marque de l’élite…” A mon avis l’élite consomme autant si ce n’est pas plus que le bas de la société.]
J’ai dit « demain », je n’ai pas dit « aujourd’hui »…
Au demeurant, je ne suis pas convaincu qu’on consomme plus « en haut » que « en bas ». Il est vrai que dans le monde des médias ou dans les milieux culturels on consomme pas mal, peut-être plus – et plus dur – que dans les cités populaires. Mais je ne suis pas persuadé qu’on puisse étendre ce raisonnement à l’ensemble des « élites ». J’imagine mal Bernard Arnault fumant un joint ou se faisant un rail…
[Le marché noir – par exemple, celui des kolkhoziens qui vendaient leurs produits sur le marché « parallèle » plutôt que de le confier au marché officiel ne générait aucune « offre » supplémentaire, il augmentait l’offre disponible sur le marché « parallèle » tout en réduisant l’offre sur le marché « officiel ».]
Bien sur que si. Si votre kolkhozien sait qu il va pouvoir revendre (ou troquer car dans une economie de penurie l argent liquide ne sert a rien) une partie de la production, il va faire en sorte que cette partie soit plus nombreuse (parce qu il pourra directement en profiter). C est pour ca que les jardins prive des kolkhoziens assuraient un % de la production sans rapport avec leur surface (https://www.wikiwand.com/fr/articles/Agriculture_de_l%27URSS)
[Accessoirement, j’aimerais savoir sur quel élément vous vous appuyez pour dire que « l’URSS avait un problème de drogues ». ]
https://www.lesoir.be/art/m/la-drogue-en-urss-l-autre-opium-du-peuple_t-19900710-Z02W9F.html
https://www.persee.fr/doc/slovo_0183-6080_1991_num_12_1_1013
c est pas parce que le probleme a longtemps été nié et presenté comme une tare capitaliste qu il n existait pas. L afghanistan pour l URSS a joue le role du Vietnam pour les USA
[Pourtant, cette demande n’existait pratiquement pas disons à la fin du XIXème siècle. Comment l’expliquez-vous ? ]
Parce que le produit etait inconnu et non disponible en chine ! C est comme dire que les réseaux sociaux n etaient pas un probleme en France en 1990
{[Pourquoi un français consomme plus de cannabis qu’un hollandais ?]
Vous avez une réponse à proposer ?}
J avoue que non. Mais la reponse a cette question serait déterminante. S il n y a plus de demande, l offre disparait
[J’ai dit « demain », je n’ai pas dit « aujourd’hui »…]
Pourquoi demain serait il different d aujourd hui ?
Les gens ne seront pas fondamentalement different et la drogue est en quasi vente libre donc demain n a pas de raison d être sensiblement different d aujourd hui
[J’imagine mal Bernard Arnault fumant un joint ou se faisant un rail…]
Vu l age de B Arnault (76 ans) c est sur que la coke c est pas de sa generation. Mais ses enfants ? surtout les 2 qui frequentent pas mal de people US
@ cdg
[« Le marché noir – par exemple, celui des kolkhoziens qui vendaient leurs produits sur le marché « parallèle » plutôt que de le confier au marché officiel ne générait aucune « offre » supplémentaire, il augmentait l’offre disponible sur le marché « parallèle » tout en réduisant l’offre sur le marché « officiel ». » Bien sûr que si. Si votre kolkhozien sait qu’il va pouvoir revendre (ou troquer car dans une économie de pénurie l’argent liquide ne sert à rien) une partie de la production, il va faire en sorte que cette partie soit plus nombreuse (parce qu’il pourra directement en profiter).]
C’est bien ce que je dis : il va « faire en sorte que cette partie soit plus nombreuse », et cela au détriment de son travail dans la parcelle commune, qui du coup sera moins productive. Vous ne créez donc pas une offre supplémentaire, vous déplacez simplement la production d’un compartiment à l’autre. Dans un système capitaliste, au contraire, le surplus de demande non satisfaite aurait conduit un capitaliste à se procurer plus de terre, à faire travailler plus de paysans… et donc à créer de l’offre complémentaire. C’est ça, la force du capitalisme…
[« Accessoirement, j’aimerais savoir sur quel élément vous vous appuyez pour dire que « l’URSS avait un problème de drogues ». (références)]
L’article du « soir » est réservé aux abonnés, alors il m’est difficile de vous répondre. Celui de « slovo » est une enquête sociologique menée dans une population de toxicomanes, mais ne donne aucun élément pour savoir quel pourcentage ces toxicomanes représentent par rapport à la population en général.
Je vous mets en garde contre toute une littérature de propagande publiée dans les années 1980 et tendant à montrer qu’on retrouvait dans le « bloc socialiste » les mêmes problématiques que dans les pays occidentaux. Les affirmations du genre « L’Afghanistan pour l’URSS a joué le rôle du Vietnam pour les USA » est un bon exemple de ce type de propagande. C’est une comparaison absurde : les soviétiques n’ont jamais stationné plus de 100.000 soldats en Afghanistan, alors que les américains au Vietnam étaient six fois plus nombreux. La présence soviétique en Afghanistan a duré neuf ans, alors que les Américains ont été aux commandes au Vietnam vingt ans.
[« Pourtant, cette demande n’existait pratiquement pas disons à la fin du XIXème siècle. Comment l’expliquez-vous ? » Parce que le produit etait inconnu et non disponible en chine !]
Je ne vous parle pas en chine, je vous parle chez nous !
[« J’ai dit « demain », je n’ai pas dit « aujourd’hui »… » Pourquoi demain serait il different d aujourd hui ? Les gens ne seront pas fondamentalement différents et la drogue est en quasi vente libre donc demain n’a pas de raison d’être sensiblement différent d’aujourd’hui]
Si je suis ce raisonnement, aujourd’hui n’aurait aucune raison d’être très différent d’hier, et vous voyez bien que ce n’est pas le cas ! Si j’ai dit « demain », c’est parce qu’il y a quelque chose qui change : l’extension de la consommation. Et avec l’extension, la multiplication des individus intellectuellement détériorés – au sens large du terme. Aujourd’hui, les recruteurs ne regardent pas encore ces questions, mais demain il deviendra peut-être indispensable pour les recruteur de demander aux candidats de joindre à leur CV un examen toxicologique avant de leur confier des responsabilités. Et cela ira dans le sens que j’ai indiqué…
[« J’imagine mal Bernard Arnault fumant un joint ou se faisant un rail… » Vu l’âge de B Arnault (76 ans) c’est sûr que la coke c’est pas de sa génération.]
Et pourquoi ça ? S’il a 76 ans aujourd’hui, c’est qu’il avait 20 ans en 1968 et 40 ans en 1988.
[Mais ses enfants ? surtout les 2 qui fréquentent pas mal de people US]
Mais ses enfants, ce sont des héritiers…
Merci pour ces réflexions. Sont-elles en partie inspirées par l’article “Narcotrafic, un ennemi commode” de Laurent Bonelli, publié dans le numéro de novembre du Diplo ?”Ces mesures comme le « narco-récit » qui les accompagne laissent curieusement de côté la consommation des stupéfiants. Son ampleur implique pourtant de reconnaître que pour nombre d’usagers, la drogue constitue quelque chose d’agréable, de récréatif, et qu’elle offre un additif à leur existence. Dire cela n’implique pas de cautionner le recours aux stupéfiants, mais le nier ou l’ignorer sont profondément hypocrites. L’alcool et le tabac relèvent de la même logique, et ce ne sont pas les politiques répressives qui ont pu réduire leur place dans la vie quotidienne.”
@ NG
[Merci pour ces réflexions. Sont-elles en partie inspirées par l’article “Narcotrafic, un ennemi commode” de Laurent Bonelli, publié dans le numéro de novembre du Diplo ?]
Certainement pas. Je ne supporte pas la lecture du Diplo.
[”Ces mesures comme le « narco-récit » qui les accompagne laissent curieusement de côté la consommation des stupéfiants. Son ampleur implique pourtant de reconnaître que pour nombre d’usagers, la drogue constitue quelque chose d’agréable, de récréatif, et qu’elle offre un additif à leur existence. Dire cela n’implique pas de cautionner le recours aux stupéfiants, mais le nier ou l’ignorer sont profondément hypocrites. L’alcool et le tabac relèvent de la même logique, et ce ne sont pas les politiques répressives qui ont pu réduire leur place dans la vie quotidienne.”]
Vous voyez bien que Bonnelli et moi sommes dans des logiques opposées. Ma position est justement que « l’alcool et le tabac » NE RELEVENT PAS de la même logique que les drogues. Par ailleurs, c’est bien des « politiques répressives » qui, entre autres choses, ont permis de contrôler les ravages de l’alcool. Bonnelli semble ignorer que la vente d’alcool est interdite aux mineurs, que l’alcool ne peut être vendu pour être consommé sur place que dans les établissements disposant d’une licence – licences qui d’ailleurs sont en nombre très limité, que l’ivresse publique est un délit…
Bonnelli et moi nous parlons des consommateurs. Mais pas du tout dans les mêmes termes. Lui en parle pour banaliser la consommation : pour lui, c’est une consommation comme une autre, guidée par la recherche du plaisir, de la récréation, d’un « additif à l’existence ». Bref, une consommation tout à fait comparable à celle du chocolat, d’un parfum, d’un beau vêtement. Nulle part il n’évoque le fait que cette consommation non seulement dégrade le consommateur social et intellectuellement, mais qu’en plus elle alimente des processus criminels.