« Ultima ratio regum » (Devise frappée sur les canons de Louis XIV)
L’année 2026 démarre en fanfare. Deux jours après qu’on ait entendu le bruit des explosions des bouchons de Champagne, les Vénézuéliens ont été réveillés par des bruits d’explosion bien différents. Dans une opération préparée depuis longue date, la « plus grande démocratie du monde » procédait en effet à des bombardements ciblés sur des infrastructures civiles et militaires d’un pays paisible, ainsi qu’au débarquement d’un commando qui procédait à l’enlèvement du chef de l’Etat et de sa femme.
Une « opération spéciale » qui viole de manière flagrante le droit international, et même au-delà, certains principes fondamentaux des rapports internationaux établis depuis le XVIIIème siècle, tels que l’immunité souveraine. Ce n’est pas vraiment nouveau : les interventions militaires américaines en Amérique latine depuis l’énoncé de la doctrine Monroe se comptent sur les doigts des deux mains, et on ne parle là que des interventions ouvertes, auxquelles il faut ajouter les interventions occultes destinées à affaiblir ou renverser les gouvernements qui déplaisaient à Washington. Et si les Etats-Unis avaient négligé ces trente dernières années leur « cour arrière », ce n’est clairement plus le cas, notamment parce que l’influence économique de la Chine dans la région se renforce de jour en jour.
Mais ce qui est relativement nouveau, c’est qu’on ne cherche même plus à sauver les apparences, à préserver une légalité ne serait-ce que dans les formes, à occulter les visées impérialistes. Et cela n’a pas commencé avec Trump. Les Etats-Unis – suivis servilement par l’ensemble de l’OTAN – n’ont pas hésité, à la fin des années 1990, à rectifier par la force les frontières de la Serbie, en violant le principe de souveraineté des Etats et d’intangibilité des frontières, deux principes qui ont été les piliers des rapports internationaux depuis 1945. Une « opération spéciale » qui contribua à ouvrir la boite de Pandore dont bien des malheurs qui nous affectent aujourd’hui se sont échappés. L’invasion de l’Irak n’était pas non plus dépourvue de visées pétrolières et géopolitiques, mais ses concepteurs ont au moins pris le soin de déguiser ces ambitions derrière un discours justificatif, mensonger certes, mais qui rejoignait la « plausible deniability » chère à Kissinger.
L’ordre international établi après 1945 était fondé sur un ensemble de règles que tous les acteurs s’engageaient à respecter. Bien sûr, les rapports de force ont toujours été présents, et il serait ridicule d’imaginer qu’ils auraient disparu en 1945. Mais suivant un raisonnement hobbesien, les grandes puissances avaient compris l’intérêt de sortir de « la guerre de tous contre tous » et d’établir certaines limites. Cela passait par une forme d’autolimitation qui certes réduisait leurs marges de manœuvre, mais leur évitait d’avoir à gérer un monde imprévisible. Bien sûr, il y avait toujours la tentation de contourner les règles, mais ce contournement ne pouvait être que discret et limité, parce qu’une violation ouverte aurait mis en danger l’architecture complète du système, ce à quoi personne n’avait intérêt. C’est cela qu’à mon sens les néoconservateurs américains – dont le trumpisme est l’héritier sans en être le continuateur – emportés par le hubris qui a suivi la chute du Pacte de Varsovie n’ont pas compris. L’autolimitation empêchait certes les Etats-Unis de faire ce qu’ils voulaient, mais sans cette autolimitation le monde est devenu beaucoup plus instable, et cette instabilité a un coût important. Jouer le gendarme du monde dans un monde où tous les acteurs respectent globalement certaines règles est beaucoup plus facile que gendarmer un monde où tout est permis.
Maduro est un dictateur imbécile ? Très probablement. Etait-il illégitime en tant que chef de l’Etat ? Cela se discute. Mais accepter que le gouvernement américain soit le juge de la légitimité des régimes politiques de n’importe quel Etat nous conduit vers une pente très glissante. Et plus encore si l’on admet que les troupes américaines puissent renverser n’importe quel gouvernement et proclamer non seulement qu’ils prennent le contrôle du pays, mais aussi celui de ses ressources. Or, c’est cela exactement la position que l’Union européenne valide. Voici par exemple ce que celle qu’on appelle « ministre des affaires étrangères » de l’UE, Kaja Kallas, a à dire sur « l’opération spéciale » américaine :
« L’Union européenne a plusieurs fois déclaré que M. Maduro manque de légitimité et a défendu une transition pacifique. En toutes circonstances, les principes du droit international de la charte des Nations Unis doivent être respectés. Nous appelons à la retenue ».
Dans le genre invertébré, difficile de faire mieux. Rappeler qu’on doit respecter la loi sans en tirer la moindre conséquence pratique est totalement inutile, et rappeler dans ce contexte que, aux yeux de l’Union européenne, Maduro était « illégitime » apparaît comme une justification post facto de l’opération américaine. Il est vrai que Kaja Kallas a de qui tenir. La plupart des dirigeants européens se sont contentés de communiqués alambiqués du même acabit, quand ils n’ont pas soutenu explicitement l’intervention américaine, comme c’est le cas de Giorgia Meloni ou de Viktor Orban. Seule l’Espagne – qui a des intérêts dans une Amérique latine hispanophone qui voit avec inquiétude ces développements – a tenu un langage qu’on peut appeler « ferme ». On ne peut que le constater : quand Poutine agresse l’Ukraine, les dirigeants européens parlent le langage des principes. Quand Trump agresse le Venezuela, les mêmes parlent le langage de la Realpolitik. De ce point de vue, notre président a fait encore très fort. Voici sa réaction – sur les réseaux sociaux, cela va de soi, aucun communiqué officiel n’apparaît sur le site de l’Elysée :
« Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir. En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple.
La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le Président Edmundo González Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition.
La France est pleinement mobilisée et vigilante, notamment pour assurer la sécurité de ses ressortissants en ces heures d’incertitude. »
Exit donc le droit international, le principe de souveraineté des états et autres antiquités dignes du musée – sauf bien entendu lorsqu’il s’agit de l’Ukraine, parce que dans ce cas il faut y mettre des milliards pour les défendre. Quant au peuple vénézuélien, il « ne peut que se réjouir » de voir les « marines » le débarrasser d’un dictateur. Peut-être même qu’il devrait leur être reconnaissant, et manifester cette reconnaissance en leur cédant leur pétrole… le communiqué ne le dit pas, mais on peut l’imaginer.
La réaction de Gabriel Attal, dont on sait qu’il aspire à être calife à la place du calife, est de ce point de vue encore plus « trumpienne ». Le texte complet vaut le détour :
« L’intervention décidée par le Président Trump au Venezuela commande avant tout lucidité et pragmatisme de notre part.
Comme lors des réactions à l’opération américaine en Iran de juin dernier, il y a une forme d’hypocrisie derrière les atermoiements à réagir, les déclarations de façade et les condamnations sans effet. Nicolas Maduro est un dictateur qui a opprimé son peuple et ruiné son pays, contre les aspirations des Vénézuéliens à vivre libres.
Alors je le dis sans ambages : je ne regrette pas son départ. Ce qui importe le plus pour les jours et les mois à venir, c’est que ce soit la liberté du peuple vénézuélien qui prime, et non les intérêts économiques et pétroliers des États-Unis. La France, l’Europe, doivent s’en assurer.
Regardons cliniquement les choses : ces événements sont surtout un signe supplémentaire que le monde est désormais régi par la force.
Dans ce monde dangereux et violent, les Européens ont évidemment des valeurs à défendre. Mais ils le font aujourd’hui en spectateurs impuissants du délitement de toute forme de règle, et trop souvent en défenseurs béats d’institutions désormais totalement dépassées.
Se contenter d’être les derniers à défendre et respecter la Charte des Nations unies, ou encore les règles de l’OMC quand il s’agit du commerce international, c’est sans doute être cohérents avec notre Histoire et fidèles à notre doctrine. Mais c’est surtout être complètement effacés. À ces responsables européens et français pétris de bonnes intentions, je le dis clairement : hélas, nous n’avons plus les moyens de ces indignations. Le monde, les grandes puissances, ne nous attendent pas, ni à Washington, ni même à Pékin.
Cela peut et doit changer. Pour cela, même les démocraties doivent retrouver la voie de la force si elles veulent continuer d’espérer que le droit prévale de nouveau. Et pour la France, la force c’est notre capacité militaire à renforcer plus que jamais, notre refus de nous laisser effacer, et c’est l’Europe, seule à même d’hisser notre continent à la hauteur des défis qui viennent. »
On le saura donc maintenant : quand l’Europe parle à propos de l’Ukraine de « souveraineté et intégrité des Etats », elle se fait le « défenseur béat d’institutions désormais totalement dépassées ». Il s’agit « d’indignations » dont « nous n’avons plus les moyens ». L’heure est donc à la force sans limite. Ce n’est pas tout à fait le discours que Attal et les siens ont tenu lorsqu’ils étaient au pouvoir, et notamment au sujet de l’Ukraine. Il n’y a pas si longtemps, ils se pâmaient tous devant la construction européenne, exemple éclatant de « la paix par le droit », et conchiaient l’affreux Poutine qui avait « violé le droit international » et qui devait être traduit devant la CPI. Une intervention américaine aura suffi pour convaincre Attal qu’il faisait fausse route…
Quant à la gauche, ses réactions sont à la fois prévisibles et peu crédibles. Prévisibles, parce que la lutte contre l’impérialisme américain fait partie du patrimoine commun de la gauche au moins depuis la guerre du Vietnam. Peu crédibles parce qu’on sait que la gauche brandit les grands principes quand elle est dans l’opposition, et qu’elle s’assoit dessus quand elle est au pouvoir. Il n’est pas inutile de rappeler que les armées françaises ont participé au bombardement de la Serbie par l’OTAN. A l’époque, Lionel Jospin était premier ministre, et gouvernait avec une majorité de « gauche plurielle » comprenant socialistes, écologistes et communistes. Personne, à ma connaissance, n’a jugé bon de démissionner pour marquer son opposition à ce qui était une violation flagrante du droit international. Tout le monde a accepté béatement la formule prononcée par Lionel Jospin devant l’Assemblée nationale : « C’est avec la détermination de faire respecter le droit, la volonté de rétablir la paix, l’objectif de revenir à une solution politique négociée, que nous avons engagé les forces armées françaises aux côtés de nos alliés ». Comme sans le monde dystopique de « 1984», « la guerre c’est la paix ».
Mais surtout, ces communiqués n’ont guère de vertu pédagogique, parce qu’ils se placent toujours sur le plan du principe sacré, sans jamais faire le lien avec le monde réel en expliquant pourquoi ces principes sont importants. De ce point de vue, la réaction de Marine Le Pen – toujours sur les réseaux sociaux – est remarquable et établit un contraste cruel avec les autres :
« Il existait mille raisons de condamner le régime de Nicolas Maduro : communiste, oligarchique et autoritaire, il faisait peser sur son peuple, depuis de trop longues années, une chape de plomb qui a plongé des millions de Vénézuéliens dans la misère – quand il ne les contraignait pas à l’exil.
Mais il existe une raison fondamentale pour s’opposer au changement de régime que les États-Unis viennent de provoquer au Venezuela. La souveraineté des États n’est jamais négociable, quelle que soit leur taille, quelle que soit leur puissance, quel que soit leur continent. Elle est inviolable et sacrée.
Renoncer à ce principe aujourd’hui pour le Venezuela, pour n’importe quel État, reviendrait à accepter demain notre propre servitude. Ce serait donc un péril mortel, alors que le 21e siècle est déjà le théâtre de bouleversements géopolitiques majeurs qui font planer sur l’humanité le risque permanent de la guerre et du chaos.
Il ne nous reste plus qu’à espérer, face à cette situation, que la parole soit rendue au plus tôt au peuple vénézuélien. C’est à lui que doit revenir le pouvoir de définir, souverainement et librement, le futur qu’il souhaite se donner en tant que Nation. »
Voilà le genre de déclaration qu’on aimerait voir sous la plume de notre président. D’abord, parce que c’est une déclaration qui établit une claire séparation entre le cas particulier et la règle générale. Que nous dit ce texte ? Qu’on peut penser beaucoup de mal de Maduro et de son régime, mais que là n’est pas la question. La question est qu’accepter son renversement revient à établir un précédent qui demain peut nous revenir en pleine gueule et remettre en cause notre propre souveraineté. On ne peut donc pas se réjouir bêtement de voir Maduro renversé (1). C’est là un discours dans lequel n’importe quel Français, de droite, de gauche ou du centre, pragmatique ou idéaliste, admirateur ou critique du chavisme, peut se reconnaître. C’est donc un discours RASSEMBLEUR, là où d’autres ne parlent qu’à leur propre électorat. Ce tour de force est d’autant plus remarquable que le tropisme naturel de l’extrême droite serait plutôt de se réjouir du renversement d’un adversaire idéologique – les réactions de Meloni ou d’Orban sont de ce point de vue révélatrices. Une fois encore, Marine Le Pen prend à contrepied le mythe d’une extrême droite qui aurait le culte de la force et le mépris des principes. Elle cloue aussi le bec à ceux qui nous répètent que l’extrême droite européenne est inféodée au trumpisme.
Et maintenant ? Nicolas Maduro ira probablement croupir dans une geôle américaine sous des accusations plus ou moins fantaisistes, condamné en vertu du droit que les Américains se sont unilatéralement attribué de rendre leur droit extraterritorial. Et personne n’aura le mauvais goût de noter qu’il s’agit au sens le plus rigoureux du terme d’un prisonnier politique. Ou bien il mourra mystérieusement pendant son procès, au cas où il aurait des révélations gênantes à faire, cela s’est déjà vu aux Etats-Unis. Mais contrairement à ce que s’imaginent les dirigeants américains – et certains européens – élevés à doses massives de séries américaines, un régime politique ne se résume pas à un méchant dictateur, dont la disparition suffirait à faire régner la paix et la concorde. Maduro fait partie d’un système. Il est lui-même l’héritier d’un dirigeant emporté, lui, par la maladie, et cette disparition n’a pas changé la nature du régime. Si Trump s’imagine que, Maduro disparu, les vénézuéliens vont mettre au pouvoir par acclamation Corina Machado, si Macron pense qu’ils vont exiger que le pouvoir soit donné à Gonzalez Urrutia, ils se fourrent le doigt dans l’œil. Robespierre le notait déjà : « Personne n’aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c’est de les repousser comme des ennemis ». Aucun peuple n’aime se voir imposer des dirigeants arrivés dans les fourgons d’une armée étrangère, et d’autant moins que cette armée proclame son intention de prendre le contrôle des principales ressources minérales du pays. Il y a des vénézuéliens de droite, et des vénézuéliens de gauche, mais la plupart d’entre eux sont attachés à la souveraineté de leur pays, et on voit mal un dirigeant vénézuélien, quelle que soit son orientation politique, accepter que le pétrole de son pays soit la légitime propriété des Américains, à qui il faudrait le « rendre ».
La vision trumpienne pousse jusqu’à l’absurde la croyance américaine qu’on peut faire le bonheur des peuples malgré eux ou tout simplement sans eux – et en piquant leur pétrole au passage. Déjà en Irak l’intervention américaine a installé un régime proconsulaire sans se soucier de la volonté des Irakiens. A Gaza, Trump impose un « plan de paix » qui ignore les Palestiniens. Et au Venezuela, il va de soi que les Etats-Unis contrôleront le pays, comme si les natifs n’existaient pas, et menacent maintenant les dirigeants cubains ou colombiens et – last but not least – l’intégrité territoriale d’un allié, le Danemark. Si les Etats-Unis mettent leurs menaces à exécution au Groenland, cela va mettre l’Union européenne et l’OTAN dans une situation impossible. C’est pourquoi on peut prévoir que les dirigeants européens – courage, fuyons – condamneront publiquement les exigences américaines mais feront discrètement pression sur le gouvernement danois pour qu’il cède volontairement le territoire plutôt que d’aller à l’affrontement. L’Union européenne a le courage d’affronter les tigres, à condition que ce soient des tigres de papier. On peut cracher à la gueule de Poutine – tant qu’il y a des Ukrainiens prêts à se battre sur le terrain – mais on se gardera bien de se fâcher avec Trump. On l’a déjà vu lorsque Von der Leyen est allée à Canossa sur un golf écossais pour accepter les conditions imposées par l’empereur d’Occident. Et on continuera à expliquer au bon peuple – qui y croit de moins en moins – que la principale menace se trouve à l’est…
Descartes
(1) On notera aussi que ce texte, contrairement aux réactions du parti socialiste, par exemple, ne fait aucune référence aux réactions du président de la République ou d’autres dirigeants de la majorité. C’est le b-a-ba de la communication politique : en mentionnant ses adversaires, on se met à la traine. Exposer sa position, c’est montrer qu’on est capable de penser par soi-même. Centrer son discours sur la critique de l’autre, c’est montrer qu’on ne pense que par opposition à l’autre, qu’on est aliéné à lui.
Je ne suis pas d’accord avec vous sur l’usage de force. Si d’autres Etats refusent de respecter le droit international au nom de quoi devrait-on continuer à respecter le dit-droit.
Prenons un cas concret, l’immigration. Lorsque la France tente d’expulser un clandestin, un étranger et que le pays du ressortissant refuse de le récupérer. Comment faites-vous pour vous faire respecter ?
@ nissath2015
D’abord, vous vous êtes choisi un pseudo qui est déjà utilisé par quelqu’un d’autre. Je l’ai donc changé pour éviter toute confusion.
[Je ne suis pas d’accord avec vous sur l’usage de force. Si d’autres Etats refusent de respecter le droit international au nom de quoi devrait-on continuer à respecter le dit-droit.]
Au nom de rien. Mais il faut être cohérent. On ne peut pousser des grands cris sur la « violation du droit international » par la Russie en Ukraine et ensuite applaudir lorsque les Etats-Unis font la même chose au Venezuela sans perdre en crédibilité. Et ces derniers temps le « deux poids, deux mesures » est tellement flagrant que ça finit par se voir.
Au demeurant, je vois mal en quoi le Venezuela de Maduro aurait « refusé de respecter le droit international ».
[Prenons un cas concret, l’immigration. Lorsque la France tente d’expulser un clandestin, un étranger et que le pays du ressortissant refuse de le récupérer. Comment faites-vous pour vous faire respecter ?]
En prenant des sanctions économiques contre ces Etats – par exemple, en interdisant les transferts d’argent. En dénonçant les traités qui nous lient à ces états et qui octroient des statuts préférentiels à leurs ressortissants. Le problème est que pour cela il vous faudra affronter le patronat, qui est le principal bénéficiaire de cette main d’œuvre bon marché et docile. Ne vous trompez pas : en matière d’immigration, le problème tient plutôt au droit national et européen qu’au droit international…
@Descartes
Au sujet du deux poids, deux mesures je suis d’accord avec vous.
[Au demeurant, je vois mal en quoi le Venezuela de Maduro aurait « refusé de respecter le droit international »]
En fait ma phrase était en lien sur l’immigration et je pensais à des pays africains comme l’algérie. Mais sur votre point je pense au narcotrafic. Le refus du Venezuela de Maduro de livrer des narcobandits, réfugiés dans le pays, au USA.
[En prenant des sanctions économiques contre ces Etats – par exemple, en interdisant les transferts d’argent. En dénonçant les traités qui nous lient à ces états et qui octroient des statuts préférentiels à leurs ressortissants.]
Sur ce point vous vous attaquez au flux dont je vous rejoins mais quid du stock ? Vous pensez que les sanctions économiques seulement peuvent pousser les pays à récupérer les ressortissants ? La démonstration ou l’usage de la force ne fait pas partie de la panoplies pour faire pression ?
[Le problème est que pour cela il vous faudra affronter le patronat, qui est le principal bénéficiaire de cette main d’œuvre bon marché et docile. Ne vous trompez pas : en matière d’immigration, le problème tient plutôt au droit national et européen qu’au droit international…]
Je vous suis assidument mais j’imagine qu’il faut aussi affronter les classes intermédiaires. Admettons qu’un segment du patronat ou des classes intermédiaires tendent à rejoindre les intérêts des classes populaires (Je précise c’est une réflexion qui reposent sur rien de concret) et balayent les droits national et européenne immigrationniste. Il n’y a rien, selon vous, au niveau international, qui empêcherait de mettre en place une politique migratoire restrictive ?
@ nissath2025
[« Au demeurant, je vois mal en quoi le Venezuela de Maduro aurait « refusé de respecter le droit international » » En fait ma phrase était en lien sur l’immigration et je pensais à des pays africains comme l’algérie. Mais sur votre point je pense au narcotrafic. Le refus du Venezuela de Maduro de livrer des narcobandits, réfugiés dans le pays, aux USA.]
Il n’existe aucune disposition du droit international qui oblige un pays à livrer des personnes à un autre pays sur simple demande. Ce serait d’ailleurs une règle extraordinairement dangereuse : imaginez que l’Algérie nous demande de « livrer » Boualem Samsal…
[« En prenant des sanctions économiques contre ces Etats – par exemple, en interdisant les transferts d’argent. En dénonçant les traités qui nous lient à ces états et qui octroient des statuts préférentiels à leurs ressortissants. » Sur ce point vous vous attaquez au flux dont je vous rejoins mais quid du stock ? Vous pensez que les sanctions économiques seulement peuvent pousser les pays à récupérer les ressortissants ?]
Oui, je le pense. Rien que la menace d’arrêter les transferts d’argent serait très dissuasive. N’oubliez pas que dans beaucoup de pays africains les rentrées de devises liées aux envois des expatriés constituent une ressource essentielle.
[La démonstration ou l’usage de la force ne fait pas partie de la panoplie pour faire pression ?]
Vous voulez dire l’usage de la force militaire ? Je ne pense pas. Non pour une raison de principe, mais pour une raison pragmatique : comme je l’ai expliqué dans mon papier, nous avons tout intérêt à vivre dans un monde régi par des règles, et en particulier par le principe de souveraineté des Etats.
[Je vous suis assidument mais j’imagine qu’il faut aussi affronter les classes intermédiaires. Admettons qu’un segment du patronat ou des classes intermédiaires tendent à rejoindre les intérêts des classes populaires (Je précise c’est une réflexion qui ne reposent sur rien de concret) et balayent les droits national et européenne immigrationniste. Il n’y a rien, selon vous, au niveau international, qui empêcherait de mettre en place une politique migratoire restrictive ?]
Franchement, je ne vois pas. Il y a des pays qui ont des politiques migratoires très restrictives (pensez à la Suisse, par exemple) sans pour autant se voir reprocher de violer le droit international.
Je pense que vous avez tous les deux raison.
Le problème du droit international est qu’il contient des “grands principes” assez flous et vagues dans leur interprétation. Avec une interprétation maximaliste, effectivement, le contrôle de l’immigration est impossible…
Le problème n’est donc pas tant du côté du droit international, que de celui qui s’en fait l’interprète : CEDH, Conseil d’Etat, Conseil Constitutionnel, etc.
Et effectivement, l’interprète, à chaque fois, appartient aux juridictions nationales ou européennes.
Par exemple :- principe de non‑refoulement
==> La France ne peut pas renvoyer quelqu’un vers un pays où sa vie ou sa liberté serait menacée. Selon une interprétation restrictive, c’est uniquement les personnes qui sont nommément visées par le régime et condamnées à mort. Mais on peut avoir une interprétation maximaliste, selon laquelle il suffit de venir d’un pays instable, dangereux, ou dictatorial pour être inexpulsable car le simple fait de vivre dans le pays fait naitre un risque pour la liberté ou pour la vie.
– Interdiction de la détention arbitraire
==> A partir de quand la détention d’un clandestin est elle “arbitraire” ?
– Respect de la vie privée et familiale
==> Le droit à la vie familiale doit il s’exercer en France ? La France peut elle décider que ce doit peut s’exercer, mais ailleurs que chez elle ?
– Droit à l’asile
==> Est ce que cela ne concerne que les personnes nommément désignées comme ennemies d’un régime qu’elles cherchent à fuir ? Ou sinon, n’importe quelle personne venant d’un pays musulman qui est soit une femme (ciblée en tant que femme), soit homosexuelle, soit qui dit ne pas croire en Dien (et est donc un apostat) rentre dans le droit d’asile…
– Interdiction de la torture et traitement inhumain ou dégradant
==> On peut considérer que ça signifie que la France n’a pas le droit d’infliger ces traitements. Mais à l’autre extrême, on peut considérer que la vie au Mali est en soit une torture compte tenu de la pauvreté extrême et de l’insécurité, et que qu’il est donc illégal d’envoyer quelqu’un au Mali
– Principe de l’intérêt supérieur de l’enfant
==> Doit on considérer qu’il est par définition dans l’intérêt de l’enfant d’être scolarisé en France si les écoles fonctionnent mal dans son pays d’origine ?
etc.
@ Vincent
[Le problème du droit international est qu’il contient des “grands principes” assez flous et vagues dans leur interprétation. Avec une interprétation maximaliste, effectivement, le contrôle de l’immigration est impossible…]
Ce n’est pas tout à fait vrai. Si le droit international contient souvent des « grands principes assez flous », il contient aussi des règles claires. Ainsi, par exemple, l’interdiction de créer des apatrides par déchéance de nationalité, pour ne donner qu’un exemple.
[Le problème n’est donc pas tant du côté du droit international, que de celui qui s’en fait l’interprète : CEDH, Conseil d’Etat, Conseil Constitutionnel, etc. Et effectivement, l’interprète, à chaque fois, appartient aux juridictions nationales ou européennes.]
Je vous rappelle que ni le Conseil d’Etat, ni le Conseil constitutionnel ne sont interprètes du droit international.
Je vous rappelle aussi que la liberté d’interprétation est d’autant plus grande que le législateur laisse du flou. Et qu’en matière d’immigration, le législateur laisse souvent un flou artistique pour ne pas avoir à assumer ses responsabilités.
[En fait ma phrase était en lien sur l’immigration et je pensais à des pays africains comme l’algérie. Mais sur votre point je pense au narcotrafic. Le refus du Venezuela de Maduro de livrer des narcobandits, réfugiés dans le pays, au USA.]
==> La France refuse d’envoyer ses ressortissants aux USA pour y être jugés.
Si ce motif justifie l’attaque du Venezuela, il justifie également l’attaque de la France…
@ Descartes
[on ne cherche même plus à sauver les apparences, à préserver une légalité ne serait-ce que dans les formes]
C’est exactement la remarque que je me suis faite après la déclaration de… Macron. Même si de fait cela ne change rien, pas la moindre condamnation, ni même réserve, de l’agression américaine. J’ai eu honte pour mon pays en la lisant.
La tiédeur des réactions des dirigeants européens – comme celle de Kallas ou de Von der Layen – prouve, s’il en était encore besoin, que ce sont des nains, des clowns tout juste bons à plastronner devant les faibles. On s’y attendait, et on n’a pas été déçus pour le coup.
“Invertébré” qualifie également très bien le message d’Attal qui nous fait un retournement de veste magistral, on est proche de l’écoeurement. Si jeune, si veule.
La réaction de M. Le Pen, vous avez raison, lui fait honneur.
[Si les Etats-Unis mettent leurs menaces à exécution au Groenland, cela va mettre l’Union européenne et l’OTAN dans une situation impossible]
Un membre de l’OTAN qui en attaque un autre, y a-t-il un précédent ?
La voie est ouverte pour la Chine à Taiwan.
Pour ceux que l’aspect juridique intéresse, je me permets de mettre en lien cette analyse :
https://raphaelmaurel.com/blog/2026/a-propos-de-lagression-armee-contre-le-venezuela-du-3-janvier-2026.html
@ Bob
[C’est exactement la remarque que je me suis faite après la déclaration de… Macron. Même si de fait cela ne change rien, pas la moindre condamnation, ni même réserve, de l’agression américaine. J’ai eu honte pour mon pays en la lisant.]
On voit là encore l’immaturité de notre président. Il oublie régulièrement que quand on est président de la République on ne parle plus jamais en son nom propre, mais qu’on exprime la position de la France. Qu’à titre privé il puisse se réjouir du renversement de Maduro, c’est son problème. Mais la doctrine que la France défend depuis des décennies – et que le ministre des affaires étrangères a d’ailleurs réaffirmé – est le rejet de l’usage de la force comme moyen de régler les différends internationaux.
[La tiédeur des réactions des dirigeants européens – comme celle de Kallas ou de Von der Layen – prouve, s’il en était encore besoin, que ce sont des nains, des clowns tout juste bons à plastronner devant les faibles. On s’y attendait, et on n’a pas été déçus pour le coup.]
Et on n’a encore rien vu. Quand les troupes américaines mettront leurs bottes au Groenland, la petitesse de ces nains apparaîtra dans toute son étendue. C’est d’ailleurs ce qui les terrifie, au point que les pressions ont commencé sur le Danemark pour qu’il trouve un arrangement, quitte à sacrifier sa souveraineté sur le territoire, pour éviter d’arriver à un conflit ouvert. Les commentateurs qui voient des Munich partout – surtout quand il s’agit de la Russie – vont pouvoir s’en donner à cœur joie…
[“Invertébré” qualifie également très bien le message d’Attal qui nous fait un retournement de veste magistral, on est proche de l’écoeurement. Si jeune, si veule.]
On revient toujours au même problème : celui d’une génération qui a été éduquée dans un monde qui a perdu le sens du tragique, et qui ne réalise pas donc l’étendue des responsabilités qui sont attachées à l’exercice du pouvoir. Vous noterez d’ailleurs que personne ne s’inquiète du bilan en vies humaines de l’intervention américaine. La question ne sera pas posée…
[La réaction de M. Le Pen, vous avez raison, lui fait honneur.]
Oui, et c’est triste de constater qu’il n’y a finalement qu’au RN qu’on est aujourd’hui capable de publier une telle analyse. Ceux qui font profession de vouloir « battre le RN » devraient y réfléchir sérieusement.
[« Si les Etats-Unis mettent leurs menaces à exécution au Groenland, cela va mettre l’Union européenne et l’OTAN dans une situation impossible » Un membre de l’OTAN qui en attaque un autre, y a-t-il un précédent ?]
Oui : l’affrontement greco-turc, qui connut son paroxysme à propos de Chypre, mais qui a donné lieu à des escarmouches régulières. Mais c’est là une situation particulière, dans laquelle les deux pays règlent des contentieux qui sont très anciens et antérieurs à l’adhésion de l’un et de l’autre pays à l’OTAN. Le cas où un membre de l’OTAN attaque un autre pour des raisons de pur intérêt, sans qu’il y ait le moindre contentieux préalable ne s’est jamais présenté.
En fait, comme souvent, les crises ne provoquent pas les changements, mais sont le symptôme qui met en évidence un changement qui a déjà eu lieu. Pendant la guerre froide, l’OTAN était une sorte de directoire du monde occidental, certes mené par les Américains, mais dans lequel les puissances occidentales (France, Grande Bretagne, Allemagne) avaient encore leur mot à dire, puisque les Américains avaient besoin d’elles pour contrôler l’Europe, qui était encore un enjeu vital. Avec la chute de l’URSS et la montée en puissance de la Chine, le centre des préoccupations stratégiques américaines s’est déplacé, et l’OTAN a cessé d’intéresser les Américains. Les Européens, par paresse intellectuelle autant que par peur de l’inconnu, ont continué à maintenir la fiction d’une alliance entre égaux, fondée sur des intérêts et des valeurs partagées, alors qu’ils avaient de moins en moins de poids dans les décisions prises au sein de l’Alliance, que l’entrée massive de nouveaux membres rendait le système beaucoup moins homogène.
Ce n’est que maintenant que certains commencent à réaliser que les traités ne sont que des coquilles vides dès lors que les signataires n’ont pas la volonté de les appliquer. La lecture de l’article 5 du traité de l’Atlantique nord montre d’ailleurs combien l’obligation du soutien militaire des pays membres de l’OTAN si l’un d’eux était attaqué, prévu par le traité, est ambigu. Mais tant que l’intérêt stratégique des Etats-Unis commandait de tenir en respect le Pacte de Varsovie, on pouvait compter sur les troupes américaines pour défendre l’intégrité territoriale des états européens. Maintenant que l’intérêt des Américains est ailleurs, ils n’ont plus aucune raison de ménager leurs alliés ou d’assurer leur protection.
[La voie est ouverte pour la Chine à Taiwan.]
Pas évident. Taiwan est pour les Américains une base stratégique importante, beaucoup plus importante si l’on va par là que la Pologne, les pays Baltes ou l’Ukraine…
[Pour ceux que l’aspect juridique intéresse, je me permets de mettre en lien cette analyse : (…)]
Très bon article. A recommander.
Pour rappel, même si vous ne l’avez pas écrit, il n’y a pas de bases militaires américaines à Taïwan. Je ne pense pas que votre phrase retraduise bien la réalité géostratégique.
Le problème est que la façade orientale de Taïwan permettrait à la Chine, si elle s’en emparait, d’avoir une base navale donnant directement sur l’océan Pacifique, alors qu’aujourd’hui, elle est totalement coincée dans la 1ère ligne d’îles.
https://www.nippon.com/fr/ncommon/contents/in-depth/86670/86670.jpg
C’est assez notable, la Russie, comme la Chine, les deux grands rivaux des USA, ont pour particularité d’avoir de grosses difficultés stratégiques dans leurs accès aux océans. La prise de Taïwan par la Chine permettrait de résoudre très largement ce problème, puisque la seconde ligne d’îles est nettement plus pénétrable que la 1ère.
Je crois que c’est là que réside un des gros enjeux stratégiques autour de Taïwan.
L’autre étant économique, avec des industries stratégiques basées à Taïwan.
@ Vincent
[Pour rappel, même si vous ne l’avez pas écrit, il n’y a pas de bases militaires américaines à Taïwan. Je ne pense pas que votre phrase retraduise bien la réalité géostratégique.]
Les américains ont maintenu des bases militaires à Taiwan jusqu’en 1979. Elles ont été démantelées dans le cadre de la politique d’amélioration des relations sino-américaines initiée par le président Nixon. Par contre, les exercices communs continuent à être organisés, et je ne doute pas que les préparations ont été faites pour accueillir éventuellement des troupes américaines si nécessaire.
[C’est assez notable, la Russie, comme la Chine, les deux grands rivaux des USA, ont pour particularité d’avoir de grosses difficultés stratégiques dans leurs accès aux océans. La prise de Taïwan par la Chine permettrait de résoudre très largement ce problème, puisque la seconde ligne d’îles est nettement plus pénétrable que la 1ère.]
Je crois que cette « particularité » n’est pas le fruit du hasard. Le fait que la Russie comme la Chine soient des puissances continentales avec des accès limités aux mers ouvertes implique aussi qu’elles sont relativement protégées des attaques venues par la mer, et donc des puissances navales comme la Grande Bretagne ou les Etats-Unis. Si la Chine ou la Russie avaient des accès maritimes, elles n’auraient probablement pas réussi à accéder au statut de puissance capable de rivaliser avec les Américains.
[Je crois que c’est là que réside un des gros enjeux stratégiques autour de Taïwan. L’autre étant économique, avec des industries stratégiques basées à Taïwan.]
Certainement. C’était bien mon point : si l’intervention américaine au Venezuela affaiblit le discours sur la protection de la souveraineté de Taiwan, cela n’implique nullement que les Etats-Unis entendent laisser la Chine occuper l’île.
Hier Medvedev a proposé d’enlever le ” néo nazi Merz “, et ce matin les Allemands ” marchent au plafond “. Quelle époque épique.
Bonjour Descartes
Tout d’abord, bonne année et surtout bonne santé à vous !
En ce qui concerne votre billet, on peut dire que 2026 commence sur les chapeaux de roue. J’étais curieux d’avoir votre avis sur la question. En parcourant votre blog, j’ai pu constater que vous étiez un ancien du PCF, et qu’il est donc tout à fait logique que vous condamniez un acte d’agression impérialiste. Mais j’ai vu que, d’un autre côté, vous étiez un fervent défenseur du pragmatisme et du realpolitik. Dans cette perspective là, peut-on reprocher à Trump d’avoir lancé l’attaque ? En théorie, n’a-t-il pas agi dans les intérêts de son pays ? Je dis bien en théorie, car comme vous l’avez écrit, les chavistes sont encore aux commandes, et le simple enlèvement de Maduro n’y a rien changé. A propos de ce dernier, je ne vois pas vraiment en quoi on peut le qualifier de dictateur. De ce que je sais, il a été élu par les urnes.
La réaction de Macron et Attal, il est vrai, est parfaitement inappropriée. Là où les États-Unis, ayant la meilleure armée du monde, peuvent un peu tout se permettre, il n’est absolument pas dans notre intérêt de les encourager dans cette voix là. La France, elle, a besoin que l’on respecte le droit international, et ne devrait pas applaudir quand d’autres le méprisent ouvertement pour s’approprier ce qu’ils veulent. Dites-vous tout de même que j’entends et lis beaucoup de chose assez inquiétantes ces derniers temps. Sachez que certains de nos concitoyens réclament carrément que Trump vienne faire la même chose dans notre pays. Je pense ( du moins j’espère ) que c’est simplement “pour rire”.
Par contre, pour le message de Le Pen, je serais plus sceptique que vous à son égard. Dans la liste des reproches qu’elle attribue à Maduro, on retrouve le simple fait d’être communiste. Pour un paragraphe que vous qualifiez de “rassembleur” cela me laisse un peu perplexe.
@ Cocorico
[En ce qui concerne votre billet, on peut dire que 2026 commence sur les chapeaux de roue. J’étais curieux d’avoir votre avis sur la question. En parcourant votre blog, j’ai pu constater que vous étiez un ancien du PCF, et qu’il est donc tout à fait logique que vous condamniez un acte d’agression impérialiste. Mais j’ai vu que, d’un autre côté, vous étiez un fervent défenseur du pragmatisme et du realpolitik. Dans cette perspective-là, peut-on reprocher à Trump d’avoir lancé l’attaque ? En théorie, n’a-t-il pas agi dans les intérêts de son pays ?]
Oui, je suis plutôt proche de l’école « réaliste » en matière de rapports internationaux. Et dans cette logique, il est parfaitement logique que Trump défende les intérêts du pays dont il a la charge, et il ne me viendrait pas à l’idée de lui « reprocher ». Vous ne trouverez pas dans mon article le moindre « reproche » adressé à Trump sur cette base.
Ce que je pourrais remarquer par contre, c’est qu’en défendant les intérêts de court terme de son pays, il sacrifie les intérêts à long terme. Car il faut bien comprendre que la stabilité, la prévisibilité des rapports internationaux, le respect de la souveraineté des états, la renonciation à l’usage de la force ne sont pas seulement des principes moraux, ils ont une valeur économique. Le désordre, l’instabilité, l’imprévisibilité ont un coût. Si les Etats ont accepté aussi longtemps d’autolimiter leur puissance, ce n’est pas par grandeur d’âme, mais parce qu’ils ont compris – les destructions de guerre aidant – que ces coûts pouvaient être très importants.
Si mon article formule des reproches, ce n’est pas tant à Trump qu’ils s’adressent, mais aux leaders français et européens qui, eux, se montrent incapables de défendre les intérêts de leurs pays…
[Je dis bien en théorie, car comme vous l’avez écrit, les chavistes sont encore aux commandes, et le simple enlèvement de Maduro n’y a rien changé. A propos de ce dernier, je ne vois pas vraiment en quoi on peut le qualifier de dictateur. De ce que je sais, il a été élu par les urnes.]
Des urnes qui, selon des sources tout à fait crédibles, ont été largement bourrées. Il faut à ce propos rappeler que le pouvoir chaviste a toujours refusé de publier les procès-verbaux des différents bureaux de vote, sans motiver rationnellement ce refus. Cela étant dit, ce ne serait pas la première fois qu’un dirigeant mal élu – ou pas élu du tout – serait reconnu par la communauté internationale en général, et par le gouvernement des Etats-Unis en particulier, comme étant légitime.
[La réaction de Macron et Attal, il est vrai, est parfaitement inappropriée. Là où les États-Unis, ayant la meilleure armée du monde, peuvent un peu tout se permettre, il n’est absolument pas dans notre intérêt de les encourager dans cette voie-là. La France, elle, a besoin que l’on respecte le droit international, et ne devrait pas applaudir quand d’autres le méprisent ouvertement pour s’approprier ce qu’ils veulent.]
Tout à fait. Et si pour des raisons diplomatiques – je peux comprendre qu’on n’ait pas envie d’exciter la bête – on souhaite éviter de jeter de l’huile sur le feu, on peut toujours garder un silence prudent. Mais publier un communiqué pour dire au peuple vénézuélien de se « réjouir », c’est indigne.
[Dites-vous tout de même que j’entends et lis beaucoup de chose assez inquiétantes ces derniers temps. Sachez que certains de nos concitoyens réclament carrément que Trump vienne faire la même chose dans notre pays. Je pense (du moins j’espère) que c’est simplement “pour rire”.]
Je pense que c’est de l’ironie. Je n’imagine pas un dirigeant politique – ni même un citoyen – français, quelque soit son parti, envisager sérieusement une telle hypothèse, et encore moins l’envisager publiquement.
[Par contre, pour le message de Le Pen, je serais plus sceptique que vous à son égard. Dans la liste des reproches qu’elle attribue à Maduro, on retrouve le simple fait d’être communiste. Pour un paragraphe que vous qualifiez de “rassembleur” cela me laisse un peu perplexe.]
Regardez comment la réaction de Marine Le Pen est construite. Bien entendu, la dirigeante du RN est positionnée politiquement, et dans ce contexte on comprendrait mal qu’elle fasse l’éloge de Maduro. Elle dit donc clairement ce qu’elle a à reprocher à Maduro. Mais au paragraphe suivant elle soutient qu’il faut condamner l’action américaine, et cela QUELQUE SOIT l’opinion qu’on puisse avoir sur Maduro. C’est en ce sens que son communiqué est « rassembleur ». Qu’on partage ou non les « reproches » que madame Le Pen formule a l’encontre de Maduro – et elle admet implicitement qu’on puisse ne pas les partager – on peut parfaitement partager son raisonnement.
Le « rassemblement » ne consiste pas à mettre ensemble des gens qui pensent la même chose, mais d’arriver à mettre ensemble des gens qui pensent différemment. Ici, Marine Le Pen nous dit que ceux qui rejettent Maduro et ceux qui l’apprécient peuvent se mettre ensemble pour condamner l’intervention américaine. C’est là une position qui cherche à dépasser le clivage entre les « anti-Maduro » (dont elle en est elle-même) et les « pro-maduro » dans une position commune. C’est là une position clairement rassembleuse…
C’est là quelque chose d’intéressant parce que ce type de discours rejoint la vision politique qui fut celle des gaullistes et des communistes, et prend le contrepied de la communication moderne, qui prétend que pour exister médiatiquement il faut au contraire jouer sur les clivages sociaux ou communautaires, à la manière d’un Macron ou d’un Mélenchon…
Trump a envoyé des soldats chercher Maduro et sa demie-mondaine. Je salue le courage de ces militaires américains.
Les Vénézuéliens ont fêté la chute du Dictateur et son exil.
Mais le Droit International a tendance à trouver insignifiant, négligeable et même incongru ce genre de réaction.
@ vamonos
[Trump a envoyé des soldats chercher Maduro et sa demie-mondaine.]
Pardon, mais qu’est ce qui vous permet de qualifier la femme de Maduro de « demi-mondaine » ? Je vous rappelle qu’une « demi-mondaine » est une maitresse entretenue par un homme fortuné marié par ailleurs, autrement dit, pour utiliser une formule consacrée « une prostituée de luxe ayant un seul client ». Maduro est divorcé de sa première femme, Adriana Guerra Angulo depuis 1984. Il vit maritalement avec Cilia Flores depuis 2004 et est marié avec elle depuis 2013. Par ailleurs, on peut difficilement dire que Cilia Flores, avocate et ancienne procureur général, soit « entretenue ».
Je n’ai jamais compris ce besoin en politique de dégrader ses adversaires politiques avec ce type d’insinuations. On peut critiquer POLITIQUEMENT Maduro sans pour autant tomber dans ce type d’allusions sordides et, qui plus est, inexactes…
[Je salue le courage de ces militaires américains.]
Où est le « courage » ? Les risques pris étaient minimes, compte tenu du rapport de forces. On peut admirer l’efficacité et le sens de l’organisation des Américains, mais cette action peut difficilement être considérée comme particulièrement « courageuse »…
[Les Vénézuéliens ont fêté la chute du Dictateur et son exil.]
« DES Vénézuéliens… » certainement. « LES Vénézuéliens », c’est déjà moins évident. Là encore, méfiez-vous de cette tendance à penser que tout le monde partage vos joies. Ce n’est pas le cas. Et ce genre de confusion peut coûter très cher. Souvenez-vous des Américains qui sont rentrés en Irak en pensant que « LES Iraquiens fêteraient la chute du dictateur ». Ils ont vite déchanté…
[Mais le Droit International a tendance à trouver insignifiant, négligeable et même incongru ce genre de réaction.]
Et à juste titre. Ce n’est pas parce que la foule demande qu’on brule les sorcières que le droit doit le permettre…
Ainsi Macron, une fois de plus, aura manqué une occasion de se taire (ou d’être à la hauteur de sa fonction) et aura tendu à qui voudra le saisir un bâton pour se faire battre, ce que, en toute logique voire routine, vous n’aurez pas manqué de faire. 🙂
Comme vous n’aurez pas manqué d’en profiter pour dire tout le bien que vous pensez de la déclaration de Le Pen, qui, comme bien d’autres responsables politiques (de tous bords, notamment de gauche) ne fait pourtant que s’inscrire dans le minimum consensuel qu’impose la légalité internationale.
Dommage que vous n’ayez pas profité de ce même exorbitant abus de pouvoir militaire du nationalisme MAGArthyste US pour comprendre qu’en face l’UE devrait d’autant plus urgemment se doter une cohérence politique et militaire pour tenter dorénavant de protéger son propre espace de telles menaces de prédations et autres chantages.
Ce n’est pas une Europe fragilisée et redivisée en Nations existentiellement souverainistes et concurrentes (et d’autant affaiblies) qui peut être la réponse à de tels penchants néoimpérialistes dont nous menacent, d’est en ouest, des puissances diverses.
@ Claustaire
[Comme vous n’aurez pas manqué d’en profiter pour dire tout le bien que vous pensez de la déclaration de Le Pen, qui, comme bien d’autres responsables politiques (de tous bords, notamment de gauche) ne fait pourtant que s’inscrire dans le minimum consensuel qu’impose la légalité internationale.]
Pardon, mais vous oubliez deux éléments dans la déclaration de Marine Le Pen. Le premier, c’est qu’il précise clairement que l’enjeu de cette affaire n’est pas le régime de Maduro, mais le principe de souveraineté des états. Et qu’il serait peu avisé d’accepter l’intervention américaine au motif qu’elle aboutit au renversement d’un personnage honni. Le second, c’est qu’il y a dans ce texte une véritable pédagogie. MLP ne se contente pas de dire « il faut respecter le principe de souveraineté des états », mais explique pourquoi : parce qu’accepter qu’il soit remis en cause au Venezuela c’est accepter qu’il soit demain remis en cause chez nous.
Je vous mets au défi de retrouver ces éléments dans les réactions des « responsables politiques de tous bords, notamment de gauche ». Personnellement, je les ai tous lu et je n’ai rien vu. J’avais pensé, lorsque j’ai rédigé mon papier, à publier les différentes réactions sans mettre les noms de leurs auteurs, et de laisser mes lecteurs choisir celle qui leur paraissait la plus digne d’un président de la République en aveugle. Mais à l’époque de Google, ce genre d’exercice est futile…
[Dommage que vous n’ayez pas profité de ce même exorbitant abus de pouvoir militaire du nationalisme MAGArthyste US pour comprendre qu’en face l’UE devrait d’autant plus urgemment se doter une cohérence politique et militaire pour tenter dorénavant de protéger son propre espace de telles menaces de prédations et autres chantages.]
Je ne vois pas l’intérêt de demander l’impossible, à part pour se faire plaisir. On peut toujours dire que l’UE « devrait » faire telle ou telle chose. Mais la véritable question n’est pas ce qu’elle « devrait », mais ce qu’elle « pourrait » faire. Et pour les raisons que je vous ai expliqué – et dont j’attends toujours de vous une critique qui ne soit pas la simple répétition d’un article de foi – l’Union européenne ne peut pas se doter d’une « cohérence politique et militaire », et encore moins des moyens qui seraient nécessaires pour « protéger son propre espace ». Elle ne le peut parce que pour faire cela elle a besoin d’un mandat que seule une nation peut donner, qu’il n’existe pas de « nation européenne » et qu’il n’en existera pas dans un avenir prévisible. On peut toujours rêver d’autre chose, mais on ne fait pas de politique avec des rêves, on fait de la politique avec les réalités.
[Ce n’est pas une Europe fragilisée et redivisée en Nations existentiellement souverainistes et concurrentes (et d’autant affaiblies) qui peut être la réponse à de tels penchants néoimpérialistes dont nous menacent, d’est en ouest, des puissances diverses.]
Pardon, mais l’Union européenne s’est construite précisément en mettant en concurrence les nations. C’est la « concurrence libre et non faussée » et la protection des intérêts du consommateur qui sont au cœur de la construction européenne, et non pas la solidarité. Il faut arrêter de faire comme si l’Europe fantasmée avait une quelconque réalité. Je ne sais ce que « existentiellement souverainiste » veut dire, mais ce que je sais est que les nations sont « essentiellement souveraines », autrement dit, que l’idée même de souveraineté est inséparable de l’idée de nation. Et c’est pourquoi l’idée de « souveraineté européenne » n’a pas de sens.
Si vous voulez continuer à vous amuser en rêvant d’une Europe impossible, c’est votre affaire. Mais dans le monde dangereux dans lequel nous vivons, cela peut être fatal. Parce qu’en attendant que cette Europe impossible vienne vous protéger des menaces, vous renoncez à mettre en œuvre les leviers réels dont on dispose pour nous protéger. Au nom de cette Europe censée nous protéger, nous avons abdiqué notre monnaie, notre politique industrielle, notre politique commerciale, notre diplomatie. Et qu’avons-nous obtenu ? La désindustrialisation, le démantèlement de nos services publics, l’appauvrissement de l’Etat, la disparition sur la scène internationale.
Très bon article, comme d’habitude, mais, contrairement à d’habitude, j’ai quelques points de désaccord / nuances.
1°) Sur le cœur du message, en résumant : n’était pas un enfant de cœur, mais en validant l’intervention américaine, on enterre le droit international, qui stabilise pourtant la Planète.
C’est indubitablement vrai. Et, comme vous, je considère que le communiqué de MLP est un modèle du genre, qui pourrait presque me faire croire qu’elle est capable d’assumer les plus hautes fonctions.
Mais, très franchement, comme disait mon grand père : “il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir”. Celui qui ne veut absolument pas voir la réalité ne verra pas plus aujourd’hui qu’il n’a vu par le passé, que les USA / réseaux atlantistes mènent une pure politique impérialiste, avec une pratique permanente du 2 poids 2 mesures !
Et seuls ceux qui ne veulent pas voir ont pu ne pas le voir par le passé. En ce sens, ça n’est qu’une pelleté de terre supplémentaire sur le cercueil du droit international, rien de plus…
Quelques exemples de ce 2 poids 2 mesures depuis les années 90 :
Dans certains cas, on peut s’asseoir totalement sur la souveraineté des Etats, et les démembrer, occuper, etc. :
– Serbie (1999) : bombardement du pays (sans mandat de l’ONU) en soutien à la sécession du Kosovo, qui faisait pourtant partie intégrante de la Serbie
– Tchétchénie (1994–1996 et surtout à partir de 1999) : Une affaire intérieure à la Russie, avec une rébellion interne a été largement soutenue (y compris armée) par l’occident, la Russie étant présentée comme un agresseur colonial sur son propre territoire.
– Syrie : acceptation durable de zones sous contrôle militaire turc, américain ou kurde, sans accord du gouvernement syrien.
– Irak : invasion de 2003, puis mise en place d’un Kurdistan irakien quasi-étatique, disposant de ses propres forces armées et d’une politique étrangère autonome.
– Yémen : tolérance de l’intervention militaire saoudienne malgré les violations évidentes de souveraineté.
– Soudan / Soudan du Sud : soutien à la sécession sans réelle stabilisation des frontières ni des institutions.
– Libye (2011) : intervention militaire pour renverser un régime.
– Tibet : soutien politique, culturel et symbolique aux mouvements tibétains contestant l’autorité de Pékin, alors qu’il s’agit d’une simple région chinoise
– Taïwan : politique d’armement et de soutien militaire actif, en contradiction avec le principe d’« une seule Chine » pourtant officiellement accepté.
– Et je ne parlerai pas de Palestine.
Dans d’autres, la souveraineté est érigée en principe sacré :
– Ukraine : défense constante de la souveraineté ukrainienne sur la Crimée et les régions de l’Est depuis 2014, rejet total des référendums locaux.
– Moldavie : reconnaissance pleine et entière de la souveraineté moldave sur la Transnistrie, malgré l’existence de facto d’un territoire séparatiste soutenu par la Russie.
– Géorgie : soutien à l’intégrité territoriale géorgienne face aux sécessions de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, considérées comme illégales.
– États baltes : défense du caractère intangible de leurs frontières, y compris dans les régions à forte population russophone, toute revendication séparatiste y étant jugée inacceptable. Et sans condamnation des politiques discriminatoires vis à vis des “non-citoyens” privés de nationalité du fait de leur culture russe.
– Le plus flagrant étant le Kosovo (post-2008) : défense de la souveraineté du Kosovo sur l’ensemble de son territoire, y compris les zones à majorité serbe opposées à Pristina, et souhaitant leur rattachement à la Serbie… alors même que le Kosovo ne devrait pas exister en vertu de ce même principe !
Quoi de neuf aujourd’hui ? Le Venezuela vient s’ajouter dans la première liste, c’est à peu près tout. Certes, les formes ont été un peu moins soignées que par le passé, si bien que les justifications paraissent encore plus bancales.
C’est que vous pointez en écrivant qu’ “on ne cherche même plus à sauver les apparences, à préserver une légalité ne serait-ce que dans les formes, à occulter les visées impérialistes”.
En réalité, il y a quelques formes : accusation de guerre contre les USA sous forme de trafic de drogue… Mais je ne vois aucune rupture, de ce point de vue, avec ce qui se pratiquait par le passé.
Ou plutôt, si. Il y a une rupture : au lieu de renverser tout le régime, et de plonger le pays dans la guerre civile, il se contente de changer une personne sans toucher au régime. Au contraire des politiques catastrophiques menées par le passé en Irak, en Syrie, ou en Libye, par exemple. De ce point de vue, c’est plutôt un bon point pour Trump.
2°) “La vision trumpienne pousse jusqu’à l’absurde la croyance américaine qu’on peut faire le bonheur des peuples malgré eux ou tout simplement sans eux”
Je pense que vous vous trompez, et que Trump n’en a rien à faire de faire le bonheur des peuples.
Il y a des raffineries dans le Sud des USA qui sont faites pour craquer du fuel lourd, qui ont coûté une fortune, et qui n’ont rien à se mettre sous la dent. De plus, Trump souhaite, pour satisfaire le pouvoir d’achat de son électorat, faire baisser le prix du pétrole, mais les puits américains sont déjà à leur maximum et n’arrivent pas à donner plus. Récupérer le pétrole vénézuélien est un moyen de régler les deux problèmes d’un seul coup. Tout en tapant le trafic de drogue, ce qui est aussi une bonne chose pour les USA. Je pense qu’il ne faut pas chercher là dessous de motivation morale chez Trump.
3°) Sur la question du Groenland
“Si les Etats-Unis mettent leurs menaces à exécution au Groenland, cela va mettre l’Union européenne et l’OTAN dans une situation impossible. C’est pourquoi on peut prévoir que les dirigeants européens – courage, fuyons – condamneront publiquement les exigences américaines mais feront discrètement pression sur le gouvernement danois pour qu’il cède volontairement le territoire plutôt que d’aller à l’affrontement.”
Je ne pense pas que les USA mettront quelque menace que ce soit à exécution au Groenland : le Groenland sera cédé par des moyens politiques, en essayant de préserver au maximum les formes.
Je penche pour un référendum d’autodétermination dans le cadre d’un processus de décolonisation, faisant du Groenland un Etat indépendant. Qui, après son indépendance, pourra signer un traité d’association avec les USA sur le modèle de Porto Rico.
L’UE n’a aucun moyen ni aucune raison de s’y opposer (pour rappel, le Groenland ne fait pas partie de l’UE), surtout que tout se fera, d’un point de vue juridique, d’une manière irréprochable.
Et surtout, l’UE n’aura pas besoin d’exercer la moindre pression sur le Danemark pour céder quoi que ce soit, puisque le Danemark lui même n’a aucune volonté de s’opposer de quelque manière que ce soit à la volonté américaine.
On ne peut pas défendre le Danemark si lui même ne veut pas se défendre. S’ils voulaient, eux même, faire front, ils pourraient par exemple :- Renvoyer aux USA les antennes CIA présentes au Danemark – Annuler les commandes de F35 – Voire signifier aux USA la fin du bail sur Thulé.Mais ils n’envisagent rien de tout cela…
@ Vincent
[1°) Sur le cœur du message, en résumant : n’était pas un enfant de cœur, mais en validant l’intervention américaine, on enterre le droit international, qui stabilise pourtant la Planète.
C’est indubitablement vrai. Et, comme vous, je considère que le communiqué de MLP est un modèle du genre, qui pourrait presque me faire croire qu’elle est capable d’assumer les plus hautes fonctions.]
Je pense que c’est un peu le but… Mais plus sérieusement, ce qui m’attriste dans l’affaire c’est de constater que personne d’autre n’a cherché à faire un communiqué intelligent, pédagogique, qui ait une certaine hauteur de vues.
[Mais, très franchement, comme disait mon grand père : “il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir”. Celui qui ne veut absolument pas voir la réalité ne verra pas plus aujourd’hui qu’il n’a vu par le passé, que les USA / réseaux atlantistes mènent une pure politique impérialiste, avec une pratique permanente du 2 poids 2 mesures ! Et seuls ceux qui ne veulent pas voir ont pu ne pas le voir par le passé. En ce sens, ça n’est qu’une pelleté de terre supplémentaire sur le cercueil du droit international, rien de plus…]
J’avais trouvé très amusante la formule renversant l’adage attribué à Saint Thomas d’Aquin : « je vois ce que je crois ». Le besoin de croire est la force la plus puissante connue de l’homme, et c’est une force qui peut changer la réalité. La droite non-gaulliste et la gauche non-communiste – encore une convergence entre gaullistes et communistes – avait besoin de se convaincre que les Etats-Unis étaient une puissance bienveillante, prête a partager la direction des affaires du monde avec cet ensemble vaguement défini comme « les démocraties ». Et elle s’est convaincu tant et si bien qu’elle est incapable de penser en dehors de ce cadre.
[C’est que vous pointez en écrivant qu’ “on ne cherche même plus à sauver les apparences, à préserver une légalité ne serait-ce que dans les formes, à occulter les visées impérialistes”.
En réalité, il y a quelques formes : accusation de guerre contre les USA sous forme de trafic de drogue… Mais je ne vois aucune rupture, de ce point de vue, avec ce qui se pratiquait par le passé.]
Pensez par exemple à la déclaration cynique de Trump sur la prise de contrôle du pétrole vénézuélien. Je ne connais pas de précédent dans lequel on ait avoué avec une telle franchise le but économique d’une opération militaire. Je ne sais pas s’il y a là une « rupture », mais il y a certainement une évolution importante.
[Ou plutôt, si. Il y a une rupture : au lieu de renverser tout le régime, et de plonger le pays dans la guerre civile, il se contente de changer une personne sans toucher au régime. Au contraire des politiques catastrophiques menées par le passé en Irak, en Syrie, ou en Libye, par exemple. De ce point de vue, c’est plutôt un bon point pour Trump.]
Là, par contre, il n’y a pas vraiment d’évolution. En Amérique Latine, les interventions américaines ont rarement abouti à « renverser tout le régime et plonger le pays dans la guerre civile ». En général, elles ont abouti au renversement des gouvernements et leur remplacement par des gens plus affines aux intérêts de Washington…
[2°) “La vision trumpienne pousse jusqu’à l’absurde la croyance américaine qu’on peut faire le bonheur des peuples malgré eux ou tout simplement sans eux” Je pense que vous vous trompez, et que Trump n’en a rien à faire de faire le bonheur des peuples.]
Je ne sais pas. Dans ses interventions, Trump fait souvent référence au fait que ses interventions enrichiront les gens et donc les rendront heureux (pour lui, l’argent fait de toute évidence le bonheur). Mais difficile à dire s’il y croit lui-même.
[Je ne pense pas que les USA mettront quelque menace que ce soit à exécution au Groenland : le Groenland sera cédé par des moyens politiques, en essayant de préserver au maximum les formes.
Je penche pour un référendum d’autodétermination dans le cadre d’un processus de décolonisation, faisant du Groenland un Etat indépendant. Qui, après son indépendance, pourra signer un traité d’association avec les USA sur le modèle de Porto Rico.]
On peut difficilement faire du Groenland un état indépendant sans l’accord de ses habitants. Or, si j’en crois les dernières enquêtes d’opinion, ni l’indépendance, ni le rattachement aux Etats-Unis ne recueillent une majorité.
[Et surtout, l’UE n’aura pas besoin d’exercer la moindre pression sur le Danemark pour céder quoi que ce soit, puisque le Danemark lui même n’a aucune volonté de s’opposer de quelque manière que ce soit à la volonté américaine.]
Là, je suis moins définitif que vous. Pour le moment, la première ministre danoise a déclaré de manière répétée et formelle que le détachement du Groenland par la force seraitserait pour elle inacceptable.
[On ne peut pas défendre le Danemark si lui même ne veut pas se défendre. S’ils voulaient, eux même, faire front, ils pourraient par exemple :- Renvoyer aux USA les antennes CIA présentes au Danemark – Annuler les commandes de F35 – Voire signifier aux USA la fin du bail sur Thulé.Mais ils n’envisagent rien de tout cela…]
Je ne sais pas. D’où tirez-vous que ces mesures ne sont pas envisagées ?
Bonjour,
Merci pour ce papier et meilleurs vœux pour 2026! D’autant que vu comment les choses commencent, elles risquent de continuer à secouer à la fois en France et dans le monde. Cela rend d’autant plus intéressante la perspective, développée dans votre post précédent de se consacrer à des débats et réflexions d’ordre plus programmatiques.
Comme vous, je suis assez frappé par la dignité et la qualité de la réponse de Marine Le Pen (rejet du communisme et des “rouges” mis à part, mais on ne se refait pas…). Effectivement, elle a fait des progrès depuis son débat d’entre deux-tours de 2017, mais je ne sais pas si on peut en attendre autant de Jordan Bardella (et des autres cadres RN). Cela contraste d’autant plus fortement avec la médiocrité des autres. Qu’attend l’UE pour imposer un train de sanctions qui ruinera l’économie américaine et boycotter la coupe de Monde de foot (qui va se dérouler dans une chaude ambiance si Trump se met en tête de bombarder le Mexique ou la Colombie…). Je plaisante, bien évidemment…
Je suis aussi très frappé par l’indigence des réactions médiatiques face à cet événement: autrefois, on faisait mine de s’interroger sur la pertinence du “narratif” et des justifications américaines en cas de violation flagrante du droit international; maintenant que le POTUS ne se donne même plus cette peine, il faut inventer ou imaginer des raisons à sa place et se demander si le Venezuela ne serait pas mieux géré par les US… Trump déclare que c’est le pétrole qui l’intéresse, il se fout de la démocratie et des droits de l”homme, mais comme Maduro était un dictateur et qu’il vendait son pétrole au Chinois, on pourrait presque le comprendre…
Cela me conduit à faire un peu de prospective: 1/ est-ce qu’il ne faut pas prendre très au sérieux Trump et interpréter son geste comme quelque chose qui annonce la mort prochaine de l’OTAN et l’abandon de l’Europe à son sort – vu qu’elle ne lui sert plus à rien; en mettant la main au passage sur le le Groenland ou parce qu’il va passer à l’action dans cette zone (il a dit dans une vingtaine de jours) ? En gros, l’Asie aux Chinois, l’Europe aux Russes et l’Amérique aux Américains, un retour à la politique des zones d’influence ou quelque chose comme ça. 2/ est-ce que le prochain point de fixation en Ukraine ne va pas être la question d’Odessa? Les Européens ne voulant pas lâcher et pensant contrôler l’escalade et affaiblir la Russie et les Russes voulant sécuriser leur accès à la Mer Noire et à la Méditerranée parce qu’ils savent qu’ils ne peuvent faire confiance ni aux Européens, ni aux Américains? Ce qui voudrait dire que ça arrangerait peut-être tout le monde que la guerre continue (sauf les Ukrainiens et les Russes évidemment); 3/ et enfin, quid de la question de l’Iran? Est-ce que Trump sera assez sûr de lui pour tenter une opération de “regime change” et recommencer à attaquer l’Iran? et comment réagiraient les Russes et les Chinois dans ce cas-là? Ou alors juste mettre le b… et déclencher une guerre civile et un morcellement du pays?
Autre élément qui à ma connaissance n’a pas beaucoup été souligné: Trump a crié victoire, mais son opération militaire ressemblait beaucoup à une mise en scène, avec triomphe romain et humiliation du vaincu à l’appui. Pour l’instant, les US se sont bien gardés d’envoyer des troupes au sol et sans envahir le pays, comment le contrôler efficacement? J’ai souvent l’impression que certains commentateurs pro-Trump qui essayent de voir une logique dans son action oublient que c’est avant tout un homme de télévision. Il fait comme s’il avait gagné, il dit qu’il a gagné, mais le Venezuela n’est pas un pion sur un plateau, c’est un gros morceau et il ne suffit pas de faire tomber le dictateur pour diriger le pays ou mettre la main sur son pétrole… Jusqu’à il y a peu, on nous vantait l’homme de pays, le “deal-maker”, mais j’ai bien l’impression que les agressions militaires vont avoir tendance à se multiplier et cela risque de faire fortement tanguer la base “MAGA” et donc d’aboutir à une baisse ou à un effritement de sa popularité. D’autre par, est-ce que montrer ses muscles et faire n’importe quoi ne va pas finir par le faire détester dans toute l’Amérique latine – et dans le reste du monde?
Il me semble que l’arrière-plan de toute cette sinistre comédie, c’est avant tout la rivalité avec la Chine: empêcher la Chine de prendre pied trop nettement en Amérique du Sud et l’obliger à continuer à acheter du pétrole et des dollars américains. Faire aussi un pied de nez aux Russes au passage en déglinguant un autre de ses alliés et en étranglant un peu plus Cuba (privé du pétrole vénézuélien)?
Qu’en pensez-vous et comment pensez-vous que la France devrait se positionner? Il me semble qu’il faut au minimum se préparer à une désagrégation de l’OTAN (Groenland) et de l’Europe. L’attitude de Macron était un peu étrange parce que ça donne l’impression que Trump le “tient”: il s’aligne sur sa position, mais on ne voit pas quel bénéfice il en tire.
Que seraient la place et les atouts de la France dans un monde qui est en train de se redéfinir en grandes zones d’influences continentales? Pourquoi le débat sur le souverainisme et la discussion sur les échecs de l’UE est-il si absent des médias et du monde politique français? C’est un peu comme si on se disait qu’on vit un cauchemar – nous autres les Européens, représentants éminents de la raison et de la civilisation – mais que si on se frotte les yeux suffisamment fort, on va se réveiller et tout va redevenir comme avant.
@ FH
[Comme vous, je suis assez frappé par la dignité et la qualité de la réponse de Marine Le Pen (rejet du communisme et des “rouges” mis à part, mais on ne se refait pas…).]
Je voudrais faire ici un aparté. La conversion de Marine Le Pen et d’une partie du RN au social-souverainisme n’implique nullement qu’ils soient devenus marxistes. Marine Le Pen est anticommuniste et conservatrice et elle le restera. La question qu’un souverainiste de gauche devrait se poser aujourd’hui est de savoir si on peut travailler ensemble sur la base d’une plateforme social-souverainiste, comme naguère les communistes ont travaillé avec l’anticommuniste et conservateur qu’était De Gaulle.
[Effectivement, elle a fait des progrès depuis son débat d’entre-deux tours de 2017, mais je ne sais pas si on peut en attendre autant de Jordan Bardella (et des autres cadres RN).]
Je ne sais pas. Je ne suis même pas convaincu que la réaction de Marine Le Pen soit de sa plume. L’expérience a montré que MLP est parfaitement consciente de ses limitations et n’hésite pas à se faire assister et conseiller. Je ne serais pas étonné d’apprendre que le texte est de la plume de quelqu’un de son cabinet. Et attention, cela n’a rien de péjoratif : l’art d’un dirigeant c’est surtout de savoir s’entourer.
[Cela contraste d’autant plus fortement avec la médiocrité des autres. Qu’attend l’UE pour imposer un train de sanctions qui ruinera l’économie américaine et boycotter la coupe de Monde de foot (qui va se dérouler dans une chaude ambiance si Trump se met en tête de bombarder le Mexique ou la Colombie…). Je plaisante, bien évidemment…]
C’est une triste plaisanterie. L’obsession de l’Union européenne avec la « concurrence libre et non faussée » et avec la « protection des intérêts du consommateur » a abouti à un résultat parfaitement logique : notre dépendance dans tous les domaines. Pouvons-nous nous passer de Google ? Non. De Microsoft ? Non plus. D’Intel ? Pas davantage. Du pétrole américain (ou contrôlé par les Américains) ? Non plus.
La France est une puissance moyenne – et l’Europe même pas ça. Et cela veut dire qu’elle ne peut préserver son indépendance qu’en se cherchant des alliés. Si les Américains ne sont plus des alliés respectueux et fiables, alors cherchons à établir des accords avec la Russie ou la Chine qui nous permettraient demain de nous affranchir des contraintes que nous imposent les Etats-Unis. Il n’y a aucune raison – et l’expérience récente le montre bien – que la Chine nous maltraite plus que ne nous maltraitent les Américains.
[Cela me conduit à faire un peu de prospective: 1/ est-ce qu’il ne faut pas prendre très au sérieux Trump et interpréter son geste comme quelque chose qui annonce la mort prochaine de l’OTAN et l’abandon de l’Europe à son sort – vu qu’elle ne lui sert plus à rien;]
J’insiste : l’OTAN en tant qu’alliance est DEJA morte. Bien sûr, il faut du temps pour que les changements structurels soient reportés sur les institutions. Mais le fait est là : l’Europe a cessé d’être pour les Américains une priorité, et du coup la fiabilité du « parapluie » américain est devenue contestable. Personne n’imagine que les Américains déclencheraient le feu nucléaire pour sauver les pays Baltes. Et cela modifie profondément l’équilibre au sein de l’Alliance : pourquoi accepter la vassalisation à un seigneur qui ne vous assure même pas sa protection ?
[En gros, l’Asie aux Chinois, l’Europe aux Russes et l’Amérique aux Américains, un retour à la politique des zones d’influence ou quelque chose comme ça.]
Je ne suis pas convaincu. Trump ne semble pas tenté par un retour à l’isolationnisme, malgré ses discours de campagne électorale. Il me semble donc osé d’imaginer qu’il voudrait céder l’Asie aux Chinois. Je pense plutôt que les Etats-Unis prétendent à l’empire mondial, et que cela suppose de mettre des limites aux ambitions de la seule puissance en mesure de contester leur primauté, la Chine. Et si Trump est sympa avec Poutine, c’est surtout pour éviter que l’axe Moscou-Pékin se renforce trop.
[2/ est-ce que le prochain point de fixation en Ukraine ne va pas être la question d’Odessa? Les Européens ne voulant pas lâcher et pensant contrôler l’escalade et affaiblir la Russie et les Russes voulant sécuriser leur accès à la Mer Noire et à la Méditerranée parce qu’ils savent qu’ils ne peuvent faire confiance ni aux Européens, ni aux Américains ? Ce qui voudrait dire que ça arrangerait peut-être tout le monde que la guerre continue (sauf les Ukrainiens et les Russes évidemment);]
Les Européens sont prêts à prolonger le conflit en se battant jusqu’au dernier Ukrainien, avec l’espoir que les fortunes de la guerre changent et que le résultat permette de signer une paix qui n’apparaisse pas comme une défaite. Les Américains n’ont cure du résultat, mais ne veulent pas que la Russie soit poussée trop fort dans les bras de la Chine. Si les Russes continuent d’avancer lentement mais sûrement, la question d’Odessa finira par se poser.
[3/ et enfin, quid de la question de l’Iran? Est-ce que Trump sera assez sûr de lui pour tenter une opération de “regime change” et recommencer à attaquer l’Iran? et comment réagiraient les Russes et les Chinois dans ce cas-là? Ou alors juste mettre le b… et déclencher une guerre civile et un morcellement du pays ?]
J’ai l’impression que les leçons de l’Irak ont été tirées. Affaiblir l’Iran oui, mais aller jusqu’au « regime change », c’est le risque de déstabiliser la région et de créer un autre état failli. Je doute que les Américains s’engagent dans une telle aventure.
[Autre élément qui à ma connaissance n’a pas beaucoup été souligné: Trump a crié victoire, mais son opération militaire ressemblait beaucoup à une mise en scène, avec triomphe romain et humiliation du vaincu à l’appui. Pour l’instant, les US se sont bien gardés d’envoyer des troupes au sol et sans envahir le pays, comment le contrôler efficacement ? J’ai souvent l’impression que certains commentateurs pro-Trump qui essayent de voir une logique dans son action oublient que c’est avant tout un homme de télévision.]
Je pense que votre analyse est juste. Trump est un homme de télévision, et cette intervention est en grande partie une mise en scène. Elle joue sur la croyance américaine, largement alimentée par Hollywood hier et par Netflix maintenant, que la politique est une question d’hommes, et qu’il suffit d’enlever le dictateur – ou de faire pression personnellement sur lui – pour que le régime change. Mais les choses sont beaucoup plus compliquées que cela. Les dictateurs n’exercent le pouvoir qu’aussi longtemps que le peuple les tolère et que la structure qui est autour d’eux les soutient. Imaginer que Delcy Rodriguez va privatiser le pétrole parce qu’elle aura peur de se faire kidnapper, c’est à mon avis un doux rêve.
[Jusqu’à il y a peu, on nous vantait l’homme de pays, le “deal-maker”, mais j’ai bien l’impression que les agressions militaires vont avoir tendance à se multiplier et cela risque de faire fortement tanguer la base “MAGA” et donc d’aboutir à une baisse ou à un effritement de sa popularité.]
C’est discutable. Les élections aux Etats-Unis se jouent essentiellement sur les questions intérieures, et notamment sur l’économie. Si l’économie va bien, si l’inflation est faible et l’emploi abondant, alors Trump gardera le soutien de sa base, quelques soient ses aventures sur la scène internationale. Et si l’économie va mal, il sera contesté quelque soient les « muscles » qu’il peut montrer à l’étranger.
[D’autre part, est-ce que montrer ses muscles et faire n’importe quoi ne va pas finir par le faire détester dans toute l’Amérique latine – et dans le reste du monde?]
Plus qu’il ne l’est déjà ? J’en doute… et de toute manière, on va mal en quoi cette « détestation » pourrait à court terme être coûteuse pour lui. A long terme, c’est déjà plus discutable, parce que le désordre international a un coût, que le capital américain a besoin de stabilité pour faire des affaires. Mais je doute que Trump soit très focalisé sur le long terme.
[Il me semble que l’arrière-plan de toute cette sinistre comédie, c’est avant tout la rivalité avec la Chine: empêcher la Chine de prendre pied trop nettement en Amérique du Sud et l’obliger à continuer à acheter du pétrole et des dollars américains. Faire aussi un pied de nez aux Russes au passage en déglinguant un autre de ses alliés et en étranglant un peu plus Cuba (privé du pétrole vénézuélien)?]
Tout à fait. Il faut être très ingénu pour imaginer que tout cela est fait pour poursuivre les narcotrafiquants.
[Qu’en pensez-vous et comment pensez-vous que la France devrait se positionner ?]
Personnellement, j’aurais tendance à dire qu’il faudrait adopter un positionnement gaullien, c’est-à-dire, sortir d’une logique de blocs et chercher à se faire des alliés partout dans le monde. Cela veut dire d’ouvrir un dialogue pragmatique – autrement dit, fondé sur la recherche d’intérêts communs, et non sur des principes abstraits – avec la Chine, avec la Russie, avec les autres puissances régionales (Brésil, Afrique du Sud, Nigéria, Australie) et plus largement avec tous ceux qui veulent discuter avec nous. Et bien entendu, affirmer une politique étrangère indépendante des choix de l’Union européenne ou de l’OTAN.
[Il me semble qu’il faut au minimum se préparer à une désagrégation de l’OTAN (Groenland) et de l’Europe. L’attitude de Macron était un peu étrange parce que ça donne l’impression que Trump le “tient”: il s’aligne sur sa position, mais on ne voit pas quel bénéfice il en tire.]
Il faut bien commencer à préparer des scénarios, y compris celui d’une désagrégation de l’OTAN ou d’une paralysie de l’UE. Comme disait je crois Eisenhower, « les plans ne servent à rien, mais le travail de planification est indispensable ». Ce qu’il voulait dire, c’est que les choses ne se déroulent jamais comme prévu dans les plans, mais que le travail qu’on fait pour les élaborer permet de faire des analyses qui serviront ensuite à faire face à l’imprévu. Il faudrait donc nous doter d’un véritable instrument de prospective et de planification, qui ne s’interdirait rien. Quant à Macron, sa posture est en effet étrange. On peut lui reconnaître le fait d’avoir été parmi les premiers à avoir l’intuition que l’OTAN était morte (« en état de mort cérébrale », pour reprendre ses termes) sans pour autant en tirer la moindre conclusion pratique. Aujourd’hui, on a l’impression qu’il partage cette peur panique qui conduit les dirigeants européens à flatter l’occupant de la Maison Blanche en espérant que cela l’évitera de faire des dégâts dans les deux ans qui lui restent.
[Que seraient la place et les atouts de la France dans un monde qui est en train de se redéfinir en grandes zones d’influences continentales ?]
Je reprends une formule que je trouve excellente : « En France on n’a pas de pétrole, mais on a des idées ». Nous ne pouvons préserver notre place qu’en nous donnant les moyens d’avoir « des idées », non pas des idées abstraites mais des idées qui aboutissent à des projets qui nous mettent à la pointe du développement économique, technologique, scientifique, social. Voilà notre seul, notre véritable atout.
Après, nous sommes territorialement un petit pays avec peu de ressources naturelles. Les eurolâtres ont raison sur un point : on ne peut garder notre place en étant tous seuls. Il nous faut donc coopérer avec d’autres. Mais pas dans une logique d’intégration, comme le suggèrent les eurolâtres. On sait que cette solution ne marche pas, et ne peut pas marcher. Non, il nous faut travailler avec les autres dans une logique de coopération, dans des accords qui matérialisent des intérêts mutuels.
[Pourquoi le débat sur le souverainisme et la discussion sur les échecs de l’UE est-il si absent des médias et du monde politique français ?]
Parce que le monde politique et les médias français répondent aux intérêts du « bloc dominant », que la souveraineté a un coût, et que ce coût serait supporté d’abord par le « bloc dominant ». Vous me direz que les transformations du monde risquent de mettre ce « bloc dominant » – ou du moins une partie de celui-ci – en difficulté. Et je pense que c’est effectivement un risque. Mais il faut du temps pour que cette idée pénètre les barrières idéologiques dressées ces quarante dernières années, pour que ces classes admettent l’échec.
[C’est un peu comme si on se disait qu’on vit un cauchemar – nous autres les Européens, représentants éminents de la raison et de la civilisation – mais que si on se frotte les yeux suffisamment fort, on va se réveiller et tout va redevenir comme avant.]
Ce serait bien, non ? Malheureusement, ce n’est pas comme cela que le monde fonctionne…
Un papier très intéréssant, comme souvent. Vous vous félicitez dans votre bilan de fin d’année du flux de billets et discussions créé en2025 par votre activité, et je pense que cette méthode qui consiste à réfléchir sur un sujet d’actualité en y puisant une réflexion large (plutôt que de discuter sur 3 billets consécutifs de savoir qui de Pimpolain ou Calibricot va devenir ministre à la proposition du budget du deuxième gouvenrement de Barbidouille).
J’avoue ne pas partager complètement votre lecture de ces évènements, et préférer m’en tenir à l’opportune citation par laquelle vous préfacez ce billet.
Le roi Louis XIV revendiquait lui même que les canons faisaient partie de la trousse à outils, quand bien même cet outil couteux et aux effets secondaires déplaisants ne devait être utilisé que quand les autres méthodes avait échoué. La prétention européiste à un droit démiurge hors-sol, déconnecté de tout rapport avec la force, la réalité où la démocratie est-elle réellement une situation d’avenir ? Le droit international a toujours été un équilibre mêlant rapport de forces et accords pour minimiser cet évènement destructeur qu’est le recours effectif à la force. Il me semble que ici, il était venu l’heure de sortir la boite à gifles, ce qui fut fait avec une efficacité foudroyante.
Quand à vos accusations de colonialisme, elles sont ici hors-sujet. Washington rappellle ses lignes rouges (pas d’alliances avec la Chine ou l’Iran sur le continent américain, pas d’expropriation sans contrepartie des compagnies US, pas de vente de pétrole sans dollar). Ici point de Nation Building ou de Hamid Karzaï, on remplace Maduro par sa première ministre (désormais dument avertie que la Delta Force peut lui rendre visite au palais de MiraFlores). Pas exactement un proconsul, mais juste un retour à la politique US des années 20 (que ce soit 1920 ou 1820). Les US ont dégagé leur ennemi Maduro, mais n’entendent pas dicter la politique du Venezuela tant que celle-ci respecte leurs lignes rouges. Pas de “gendarme du monde”, pas de “règles universelles”, juste une Amérique qui nettoie son arrière cour et rapelle que exproprier ses majors pétrolières vous expose à des conséquences.
L’opération militaire spéciale US me paraît cohérente dans ses objectifs, exercée en dernier recours, et avec une précision militaire dont seuls les américains sont actuellement capables. Communiquer sur la capacité militaire US était d’ailleurs un de objectifs principaux de l’opération, je suis sur que le message a été reçu à Bruxelles, Téhéran ou Pékin. Quand aux danois, il devraient s’inspirer de Napoléon (dont le patriotisme ou la volonté de puissance sont peu sujets à caution) , qui a vendu la Louisiane à l’oncle Sam en sachant qu’il ne pourrait de toute façons pas la défendre. Le monde à changé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les nations européennes peuvent certes imposer des chargeurs USB universels ou des bouchons de plastiques attachés aux bouteilles chez Lidl, mais l’évolution des rapports de force ne leur permet plus de parler à Trump en égaux. Il est bon pour la paix mondiale et l’intérêt de la France que ce qui devrait être une évidence soit ainsi publiquement et visiblement clarifié, si possible sans trop de casse. L’Europe actuelle fait penser au Saint-Empire Romain Germanique de 1800, à qui son nom prestigieux faisait oublier qu’il ne s’agissait désormais plus que d’une coalition de trois évêchés allemands. Le puissance, ca se se forge (et ca se respecte).
@ Jordi
[J’avoue ne pas partager complètement votre lecture de ces évènements, et préférer m’en tenir à l’opportune citation par laquelle vous préfacez ce billet.]
Une citation très riche, contrairement à ce qu’une lecture simpliste peut suggérer…
[Le roi Louis XIV revendiquait lui-même que les canons faisaient partie de la trousse à outils, quand bien même cet outil couteux et aux effets secondaires déplaisants ne devait être utilisé que quand les autres méthodes avait échoué.]
Vous avez fait la bonne lecture. Contrairement à beaucoup de gens qui y voient une logique militariste, la devise en question insiste sur le fait que le canon est le DERNIER recours des rois, autrement dit, celui qu’on utilise quand tous les autres ont échoué et qu’on se trouve acculé à agir. Est-ce le cas dans l’affaire vénézuélienne ? Je ne le pense pas un instant. Ni Chavez ni Maduro ne sont saints de ma dévotion, et j’ai eu l’occasion de l’écrire ici plusieurs fois. Mais le régime de Maduro pouvait difficilement être considéré comme une menace vitale pour les Etats-Unis.
[La prétention européiste à un droit démiurge hors-sol, déconnecté de tout rapport avec la force, la réalité où la démocratie est-elle réellement une situation d’avenir ? Le droit international a toujours été un équilibre mêlant rapport de forces et accords pour minimiser cet évènement destructeur qu’est le recours effectif à la force.]
Jusqu’ici, je suis d’accord.
[Il me semble que ici, il était venu l’heure de sortir la boite à gifles, ce qui fut fait avec une efficacité foudroyante.]
Mais pourquoi ? Quel est l’évènement qui a votre avis justifie qu’on sorte « la boite à gifles » ?
[Quand à vos accusations de colonialisme, elles sont ici hors-sujet. Washington rappellle ses lignes rouges (pas d’alliances avec la Chine ou l’Iran sur le continent américain, pas d’expropriation sans contrepartie des compagnies US, pas de vente de pétrole sans dollar).]
Autrement dit, des « lignes rouges » qui prétendent dicter au Venezuela sa politique internationale et s’approprier ses ressources naturelles. Cela s’appelle « colonialisme ». Et ce n’est pas une « accusation », c’est une constatation factuelle. Qu’est ce que vous diriez si les Etats-Unis s’avisaient à imposer à la France des « lignes rouges » de ce genre ?
[Ici point de Nation Building ou de Hamid Karzaï, on remplace Maduro par sa première ministre (désormais dument avertie que la Delta Force peut lui rendre visite au palais de MiraFlores). Pas exactement un proconsul, mais juste un retour à la politique US des années 20 (que ce soit 1920 ou 1820). Les US ont dégagé leur ennemi Maduro, mais n’entendent pas dicter la politique du Venezuela tant que celle-ci respecte leurs lignes rouges.]
Autrement dit, tant que le Venezuela aura la politique extérieure que les Américains souhaitent, que les ressources naturelles seront données aux multinationales américaines, les US « n’entendent pas dicter la politique du Venezuela ». J’ai bien compris ? Vous me rappelez la formule de Théodore Roosevelt : « ils seront libres de se gouverner comme ils l’entendent, à condition qu’ils l’entendent comme nous l’entendons ».
[Pas de “gendarme du monde”, pas de “règles universelles”, juste une Amérique qui nettoie son arrière-cour et rappelle que exproprier ses majors pétrolières vous expose à des conséquences.]
Vous feriez bien de regarder comment les « majors pétrolières » ont eu les concessions dont elles ont été expropriées. Avez-vous entendu parler des « traités inégaux » ?
[L’opération militaire spéciale US me paraît cohérente dans ses objectifs, exercée en dernier recours, et avec une précision militaire dont seuls les américains sont actuellement capables.]
Un peu comme l’attaque allemande de la Pologne en 1939 …
[Communiquer sur la capacité militaire US était d’ailleurs un de objectifs principaux de l’opération, je suis sur que le message a été reçu à Bruxelles, Téhéran ou Pékin.]
Ah bon ? Parce que quelqu’un en doutait ? Je ne pense pas. C’est un tout autre message qui a été transmis, à mon sens. Les Américains ont proclamé au monde qu’il n’y a plus d’autre règle pour eux que la force. Et croyez-moi, le message a bien été reçu. Mais souvenez-vous aussi que le dernier qui avait envoyé ce message était un certain Adolf, et que cela ne lui avait pas réussi. Lui aussi paraissait invincible, et puis…
[Quant aux danois, il devraient s’inspirer de Napoléon (dont le patriotisme ou la volonté de puissance sont peu sujets à caution), qui a vendu la Louisiane à l’oncle Sam en sachant qu’il ne pourrait de toute façons pas la défendre.]
Je n’avais pas saisi à quel point vous étiez fasciné par la force, au point de considérer qu’il faut toujours céder aux exigences du plus fort. Entre Pétain et De Gaulle, vous auriez choisi qui ? Celui qui a choisi de céder devant la puissance de l’Allemagne, ou celui qui a choisi de résister ?
[Le monde a changé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les nations européennes peuvent certes imposer des chargeurs USB universels ou des bouchons de plastiques attachés aux bouteilles chez Lidl, mais l’évolution des rapports de force ne leur permet plus de parler à Trump en égaux.]
Poutine y arrive, Israël aussi pourtant… et je ne vous parle même pas des Talibans afghans. Pourquoi les « nations européennes » (je n’ai pas dit l’Union européenne) n’y arriveraient pas ? A condition bien entendu de faire ce qu’il faut pour conserver une puissance industrielle, technique, politique et militaire. Comme vous dites, la puissance se forge…