Mélenchon, nouveau Cronos

Personnellement, j’ai toujours été méfiant envers ceux qui brûlent un jour ce qu’ils ont adoré la veille. Bien entendu, on peut toujours se tromper et on se grandit toujours à reconnaître ses erreurs. Le problème, c’est que ceux qui claquent la porte attribuent souvent leurs malheurs non pas à leurs propres erreurs, mais à celles des autres.

Prenons par exemple le départ de Charlotte Girard de la France Insoumise. Voici ce qu’elle écrit dans sa lettre d’adieux : «Tant qu’on est d’accord tout va bien. Mais il n’y a pas de moyen de ne pas être d’accord. Or une dynamique politique – surtout révolutionnaire – dépend de la capacité des militants à s’approprier des raisonnements, c’est-à-dire potentiellement à les contester. Cette option est obstruée pour le moment, d’autant plus que dernièrement, on a eu parfois du mal à identifier avec quoi être d’accord ou pas. Le reproche d’inefficacité se confond finalement avec celui du manque de démocratie.»

Fort bien. La question évidente que ce texte pose est de savoir quand Charlotte Girard a-t-elle découvert qu’à LFI « il n’y a pas de moyen de ne pas être d’accord ». Madame Girard est en effet une vieille connaissance de Jean-Luc Mélenchon. Elle était la compagne de François Delapierre, fils spirituel et collaborateur le plus proche du Gourou depuis les temps de la « gauche socialiste ». Elle a été une figure de référence du Parti de Gauche, puis de la France Insoumise, dont elle a encadré l’élaboration du programme. Pas un perdreau de l’année, donc. Qui plus est, Charlotte Girard est professeur de droit constitutionnel, la science du fonctionnement des institutions. Qui viendra me dire que Charlotte Girard ne savait pas, qu’elle n’a pas saisi le fonctionnement intime de LFI ? Elle a vécu de l’intérieur le refus du gourou de doter son mouvement de structures démocratiques, elle a vu aux premières loges comment des militants ont été brutalement déchargés de leurs responsabilités ou même exclus d’un simple tweet par décision du leader tout-puissant. Elle savait tout, et elle n’a rien dit. Pire, elle a participé à la création de cette organisation « gazeuse » et couvert de son autorité morale et politique ces agissements.

Et pourtant, aucune contrition chez elle. On dirait qu’elle vient de se réveiller, et de découvrir la nature profonde d’une organisation construite par d’autres. C’est peut-être ce qui est le plus frappant à LFI : personne ne fait jamais d’erreurs, personne n’a jamais rien à se reprocher. Tout ce qui vous arrive, c’est la faute à quelqu’un d’autre. A propos de ce départ, voici ce qu’écrit Mélenchon dans son blog (1) : « Car depuis le record de violence personnelle a été battu par l’annonce du départ de Charlotte Girard sans un coup de téléphone, un mail, un SMS ou quoi que ce soit qui tienne compte de ce que je prenais pour une amitié de longue date scellée dans de terribles épreuves communes. Tant pis pour moi. J’en tire la leçon et je passe à la suite. ». Mais quelle « leçon » en tires-tu, Jean-Luc ? Que tu as du commettre une erreur, fait quelque chose de si terrible qu’une amie de vieille date, la compagne de ton plus fidèle compagnon, se sent devoir partir sans même te passer un coup de téléphone pour discuter avec toi ? Ou bien effaces-tu l’affaire d’un revers de manche sur le mode « tous des salauds, on ne peut faire confiance à personne » ?

Te souviens-tu, Jean-Luc, de cette soirée où tu as décidé d’être candidat aux législatives à Marseille ? La circonscription que tu avais choisie avait déjà un candidat investi par la « commission électorale » censée être souveraine – interdit de rigoler – sur ces questions. Ce candidat a appris par la presse qu’il était des-investi. A l’époque, si je crois ses dires, tu n’as même pas jugé nécessaire de l’appeler au téléphone, de lui envoyer un mail ou un SMS pour expliquer ton geste. Lui aussi, peut-être, a « tiré la leçon ». Avant de « tirer la leçon et passer à la suite », tu ferais peut-être bien de méditer cette vieille maxime qui veut qu’on récolte souvent ce qu’on a semé. 

C’est Orwell je crois qui disait que le secret des grands dirigeants est de savoir associer une totale confiance dans sa propre infaillibilité et une grande capacité à apprendre de ses erreurs. Mélenchon a sans doute la première, mais manque singulièrement de ressources lorsqu’il s’agit d’apprendre de ses erreurs, ou même de les reconnaître. Mélenchon reste un tacticien génial, mais un piètre stratège. Il a parfaitement saisi le « moment » présidentiel de 2017, mais n’a pas compris que l’organisation « gazeuse » qui en fait concentrait tout le pouvoir entre ses mains, si bien adaptée à un blitzkrieg électoral sur les terres des socialistes et des communistes, allait devenir un problème une fois l’élection passée, lorsqu’il faut faire de la politique dans la durée ce qui suppose de conserver l’adhésion des cadres et des militants sur une longue période.

Le problème de Mélenchon, c’est son amour immodéré du pouvoir et son incapacité pathologique à le partager. Toute sa carrière est une variation sur le même thème : mieux vaut être le premier dans un village que le second à Rome. C’est pourquoi il n’a jamais accepté d’avoir des alliés qui ne fussent des vassaux, qu’il a éloigné de lui toutes les personnalités qui pouvaient devenir d’éventuels concurrents, qu’il a promu aux premiers rôles des personnages inconnus, jeunes et inexpérimentés qu’il peut contrôler et qu’il pousse vers la sortie sous les quolibets dès qu’ils manquent à leur devoir de vassaux envers le seigneur que les a faits. Son rapport à son mouvement est celui du créateur envers la créature. Voici par exemple ce qu’il écrit à propos des récents départs de cadres de LFI : « Et cela vaut pour tous ces prétendus « démocrates » qui ont profité de leur position interne (acquise comment ?) pour dénigrer le Mouvement, (…) ». Allons, Jean-Luc, explique-nous comment ces gens-là ont-ils « acquis leur position interne » ? S’ils ont été démocratiquement élus, s’ils doivent « leur position interne » à la confiance de leurs pairs, alors on comprend mal ce que vient faire ce questionnement ironique. Par contre, s’ils doivent cette « position » au gourou, c’est de la plus haute ingratitude de ne pas rendre hommage à celui qui les a « faits ». Mélenchon insiste d’ailleurs lourdement sur cette question des « nominations ». Au paragraphe suivant, il recommence : « En effet, personne n’est allé vérifier qui avait bien pu nommer ces personnes dans leur fonction ni quel était leur bilan réel. » Peut-être la solution la plus simple à ce problème aurait été de publier des statuts indiquant précisément qui a le pouvoir de nommer à quelle fonction, non ? Mais implicitement, c’est toujours le même message : « c’est moi qui t’ai nommé, donc tu me dois fidélité ». La logique sectaire, on n’y échappe pas. Mélenchon se permet d’ailleurs de blaguer sur la nomination de Quatennens comme « coordonnateur » : « après tout j’y aurais bien droit, c’est moi qui ai fondé la boutique ». On ne saurait mieux dire…

Il y a des moments où l’on se demande si Mélenchon, enfermé dans sa logique, n’a pas perdu tout contact avec la réalité. Croit-il vraiment qu’on peut aujourd’hui diriger un parti politique sur une logique quasi-féodale ? Apparemment, oui.  Ainsi, il écrit que « C’est la raison pour laquelle j’ai pris une décision très importante avant de transmettre publiquement les clés de la maison à la coordination des secteurs qui la composent et qui ont désigné Adrien Quatennens comme coordinateur. J’ai abrogé la totalité de la liste des responsabilités que j’avais construite empiriquement avec Manuel Bompard au fil de trois campagnes électorales et de deux ans de vie du mouvement. Ainsi ai-je dit que les « nommés sont dénommés ». Plus de 50 personnes sont ainsi concernées. La nouvelle structure qui va animer le mouvement sera donc totalement maîtresse de son organisation et de la répartition des tâches pour la période qui arrive. » On ne saurait pas être plus clair : c’est Mélenchon qui nomme et qui dénomme, qui « construit la liste des responsabilités » et qui les abroge. C’est lui qui décide si la structure qui « anime le mouvement » sera ou non maîtresse de son organisation. Quant à l’idée que ce serait la « coordination qui aurait désigné Adrien Quatennens comme coordonnateur », cela rappelle le baron de Münchhausen qui arrivait à voler en tirant les lacets de ses bottes… Tout le monde sait que c’est Mélenchon qui a désigné Quatennens  qui touche là dividendes de sa fidélité canine au gourou notamment pendant l’épisode des perquisitions. On notera par ailleurs que Bompard, qui assurait cette fonction, est « denommé » sans qu’on sache très bien quel est le « bilan réel de son action » ou quelle est la faute qui lui vaut cette dégradation.

Hors de question donc de démocratiser ou même d’institutionnaliser le fonctionnement de LFI. Hors de question de tirer les leçons de la déroute du 26 mai dont la faute incombe bien évidement aux autres. A la méchante presse, aux méchants intellectuels, aux autres organisations qui ont refusé de se rallier inconditionnellement au « Front populaire » proposé par LFI… Ceux qui s’en vont, ceux qui contestent ? Des traîtres et des ingrats. Les électeurs manquent à l’appel ? C’est la faute des syndicats et des intellectuels qui ont mal géré l’affaire des « gilets jaunes ». Il n’y a aucune leçon à tirer des deux années passées depuis l’élection présidentielle.

Et ensuite ? Certes, le gourou n’est pas éternel, et tôt ou tard – le plus tard possible, si on laisse le choix à l’intéressé – Mélenchon partira. Mais il y a fort à parier que LFI ne survivra pas à son départ. D’ailleurs, aucune des structures que Mélenchon a dirigées successivement n’y a vraiment survécu. Et on ne voit pas pourquoi il en irait différemment cette fois-ci, au contraire. Comme Cronos, Mélenchon à peur d’enfanter celui qui lui piquera sa place. C’est pourquoi il a pris soin de s’entourer de petits jeunes admiratifs qui lui doivent tout et qui à ce titre ne représentent pour lui aucune menace. Et de les renouveler régulièrement: lorsqu’ils commencent à prendre de la bouteille – comme Bompard – ou à penser par eux-mêmes – comme Girard – il les fait partir ou il les « dénomme ». Depuis le début du mouvement, on ne compte plus les figures qui ont été écartées, quelque fois d’un tweet. La mise à l’écart de Girard ou Bompard et leur remplacement par les petits jeunes Quatennens ou Panot ne sont pas innocents : ils permettent au « gourou » de garder le contrôle total sur le système. Mais les jeunes promus feraient bien de se souvenir que la jeunesse, hélas, est un statut éminemment temporaire, et que ce qui leur vaut leur promotion aujourd’hui pourrait demain leur valoir la roche tarpéienne…

Mélenchon a créé LFI, c’est un fait. Mais si LFI doit survivre et prospérer, il est indispensable aujourd’hui de tuer le père. Et personne parmi les insoumis n’a la vocation jupitérienne…

Descartes

(1) Cet extrait et les suivants viennent de l’article suivant :  https://melenchon.fr/2019/06/28/fait-pas-chaud-pareil-pour-tous/

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120 réponses à Mélenchon, nouveau Cronos

  1. Renaud QUILLET dit :

    J’approuve les premières lignes de ce texte, concernant les modalités et les justifications du départ de Charlotte Girard de la FI, et de certaines personnes qui l’ont précédée dans cette voie.
    Je réserve juste un peu mon jugement concernant Charlotte Girard, compte tenu de ses relations personnelles avec JL Mélenchon, et de son statut, même officieux, et qui peut poser problème à celui-ci, aux autres membres de la FI, ainsi qu’à elle-même, de veuve du “Héros” ou du “Dauphin” désigné, prématurément disparu. Sans remonter à la veuve de Lénine, on sait combien peuvent être délicates la situation et la “gestion” de la veuve du “Che” ou de Yasser Arafat.

    Je vous avoue que, pour l’essentiel, je désapprouve le reste.

    Je n’ai jamais été membre du PCF, n’aurais jamais pu et ne pourrai jamais l’être, même si j’y compte de vieux ou de jeunes amis et de proches parents, vivants ou morts, ce qui est le cas de ceux qui sont mes parents, notamment mon grand-oncle maternel.
    J’ai failli être membre du PS. Cela s’est joué à très peu, et, sur le moment, a été, a priori très provisoirement, ajourné pour des raisons très locales et conjoncturelles, qui sont devenues assez vite définitives, compte tenu de l’évolution de ce parti. Si j’y avais adhéré, il est très probable que j’en aurais été exclu ou que j’aurais claqué la porte plus ou moins rapidement.
    Membre du PS, je n’aurais jamais été dans les mêmes courants que le Camarade Mélenchon.
    En 2012, il était tout à fait inenvisageable encore, pour moi, de voter pour lui et son programme à la présidentielle.
    Je l’ai fait en 2017, compte tenu de l’offre générale, et de l’amélioration, très sensible à mes yeux, de son programme ainsi que de sa posture.
    Si ce Dimanche se tenait le premier tour d’une nouvelle présidentielle, avec sensiblement les mêmes candidats, je réitérerais sans une hésitation mon vote du 23 avril 2017, alors que celui-ci avait été arrêté non sans scrupules, hésitations – je suis tenté d’ajouter “douleurs” -, le Vendredi précédent vers 22 h 30.

    Indépendamment des questions de personnes, sans vouloir reprendre le jargon néocommuniste de “l’obsolescence de la forme-parti”, considérant depuis longtemps, sinon toujours, que “Il n’est pas de Sauveur suprême, etc.” n’est pas le vers le plus admirable de “L’Internationale”, j’en suis venu à considérer que l’obstacle principal – en tout cas premier – au rétablissement d’une vie politique et civique qui en soit une, c’est la persistance du Parti de type Social-démocrate, ou même, de la nostalgie de celui-ci.

    Ce type de parti, qui a essaimé à peu près dans tout l’arc politique au XXème siècle, a des inconvénients, qui sont devenus écrasants avec le temps, et n’a plus de justification légitime.

    Il faut avoir en tête que le PCUS, le PCC, etc., sont venus de là, mais aussi la SFIO modèle Guy Mollet, le PS qui lui a succédé jusqu’à aujourd’hui, Génération.S et cie, sans oublier le PCF à la mode Brossat et les revendications, sincères ou non, de la plupart des opposants internes et dissidents de la FI depuis la présidentielle de 2017.

    Le Parti où, une fois les décisions prises “démocratiquement”, tout le monde, militants, élus, et – pourquoi pas ? – sympathisants et électeurs, de Clocher-les-Bécasses à la France entière, et pourquoi pas, l’Internationale, doit fonctionner comme une armée à la discipline rigoureuse, au motif, notamment, que, précisément, “on n’a jamais raison contre le Parti”, “c’est mort”, ou, dans la mesure où ça survit ou où ça peut ressusciter, c’est devenu, au mieux, inutile, et, à peu près inévitablement, néfaste.

    Ca a eu sa justification et son intérêt – voire sa nécessité -, quand la perspective, ou une éventualité sérieuse, c’était “la Révolution”, avec sa “Dictature du Prolétariat” ou du “Front de Classes”, sous quelque forme et à quelque rythme que ce soit, et “un jour prochain [ou plus lointain], son Aube radieuse [que] salueront les cloches”, y compris celle de l’église de Brescello.

    N’y voyez pas un règlement de comptes exclusif avec le PCF, ou le marxisme version IIIème Internationale en général.

    J’ai déjà cité des organisations et des figures externes, voire antagonistes.

    Pour ne prendre qu’un nouvel exemple, ce qui m’a séparé irrévocablement de Michel Rocard, c’est, avant tout, je m’en suis rendu compte rétrospectivement et tardivement, quoiqu’un peu avant sa mort, que lui était un authentique militant, mais un militant “social-démocrate”. Sa participation à la scission de 58 n’en a été que plus remarquable et courageuse, et, sans doute, pour lui, ô combien douloureuse, au point que, venu ou revenu à la “Vieille Maison”, il ne l’a plus jamais renouvelée, ni sans doute envisagé de le refaire.

    Où l’on comprend, à mon sens, les causes profondes de son destin présidentiel avorté, et notamment le fiasco de sa “candidature à la candidature” de fin 1980 : “On n’a jamais raison contre le Parti.”
    Et aussi, les ressorts profonds de sa réaction indignée, qui a pu sembler comique, mais qui était sans doute viscérale et parfaitement sincère, quand son ex-disciple et poulain, Manuel Valls, a réitéré publiquement et plus clairement que jamais sa suggestion d’abandonner toute référence au “Socialisme”, jusques et y compris dans une prochaine dénomination du PS ou de ce qui lui succéderait.

    Au passage, vous noterez qu’à “Génération.S”, les mots “socialisme” et “socialiste” sont absents non seulement de la dénomination du mouvement, mais aussi de son projet et de ses variantes, et même de ce qui lui tient lieu de Déclaration de Principes (et les hamonistes, a contrario de leur “Grand Leader”, sont loin d’être tous d’obédience ou même de filiation rocardienne ou ex-rocardienne).

    Je n’exclus pas que l’avenir, y compris en France, ne nous réserve , au singulier ou au pluriel, une “vacance de la légalité bourgeoise”, voire de la légalité tout court, et une “Dictature du Prolétariat”, ou du “Front de Classes, de “l’Alliance des Productifs”, ou “du Peuple tout entier”.

    Mais je suis convaincu que, notamment en France, la forme d’organisation partisane dont se réclament ou dont rêvent sincèrement ceux qui ont rompu avec la FI, ou qui y pratiquent une opposition interne plus ou moins ouverte en ce sens, constitue depuis de longues années, et pour jamais, une réalité inconciliable avec la sauvegarde ou la résurrection de la détention et de l’exercice de la Souveraineté nationale et populaire en dernier ressort par l’ensemble des Citoyens, et de la cosouveraineté par chacun de ceux-ci.

    Bien et sincèrement à vous.

    Renaud QUILLET

    • Descartes dit :

      @ Renaud QUILLET

      [En 2012, il était tout à fait inenvisageable encore, pour moi, de voter pour lui et son programme à la présidentielle. Je l’ai fait en 2017, compte tenu de l’offre générale, et de l’amélioration, très sensible à mes yeux, de son programme ainsi que de sa posture.]

      Excusez-moi, mais je voudrais comprendre. Sur quels points le programme du candidat Mélenchon était « meilleur » en 2017 qu’en 2012 ?

      [Si ce Dimanche se tenait le premier tour d’une nouvelle présidentielle, avec sensiblement les mêmes candidats, je réitérerais sans une hésitation mon vote du 23 avril 2017, alors que celui-ci avait été arrêté non sans scrupules, hésitations – je suis tenté d’ajouter “douleurs” -, le Vendredi précédent vers 22 h 30.]

      Là encore, je voudrais comprendre. Pourquoi voteriez-vous aujourd’hui « sans hésitation » pour Mélenchon, alors qu’en 2017 vous aviez hésité jusqu’à la dernière minute ? Qu’est-ce que Mélenchon a fait depuis pour renforcer votre conviction ?

      [j’en suis venu à considérer que l’obstacle principal – en tout cas premier – au rétablissement d’une vie politique et civique qui en soit une, c’est la persistance du Parti de type Social-démocrate, ou même, de la nostalgie de celui-ci.]

      Pardon, mais c’est quoi pour vous le « Parti de type social-démocrate » ? J’avoue que je ne comprends pas très bien de quoi vous parlez. Plus bas, vous donnez toute une liste incluant le PCUS, le PCC, la SFIO, le PS, Génération.S ou le PCF comme étant « venus de là ». Il ne vous aura pas échappé que Mélenchon et l’essentiel de son équipe, dont l’essentiel de la formation politique s’est fait dans les organisations trotskystes puis au PS, est lui aussi « venu de là ».

      [et les revendications, sincères ou non, de la plupart des opposants internes et dissidents de la FI depuis la présidentielle de 2017.]

      J’ai du mal à voir en quoi les revendications d’un Kuzmanovic, par exemple « viendraient de la social-démocratie ». J’ai l’impression qu’en fait pour vous le « parti de type social-démocrate » est moins un concept précis qu’une catégorie-valise ou vous mettez tout ce qui vous déplait.

      [Le Parti où, une fois les décisions prises “démocratiquement”, tout le monde, militants, élus, et – pourquoi pas ? – sympathisants et électeurs, de Clocher-les-Bécasses à la France entière, et pourquoi pas, l’Internationale, doit fonctionner comme une armée à la discipline rigoureuse, au motif, notamment, que, précisément, “on n’a jamais raison contre le Parti”, “c’est mort”, ou, dans la mesure où ça survit ou où ça peut ressusciter, c’est devenu, au mieux, inutile, et, à peu près inévitablement, néfaste.]

      Mais quel rapport avec les « partis de type social-démocrate » ? Ce que vous décrivez-là, ce sont les partis issus de la matrice léniniste. Mais ce type de discipline n’a jamais existé en dehors de cette matrice. Le PS, le PSU, la SFIO ont toujours eu des « tendances » ayant le droit de publier leurs opinions à l’intérieur mais aussi à l’extérieur du Parti, la discipline interne se limitant au fait de voter pour les candidats officiels du Parti… et encore. Il n’était pas rare d’avoir des « dissidents » se présentant aux élections (souvenez-vous de l’échec de Ségolène Royal à La Rochelle…). Reprocher aux « partis de type social démocrate » d’avoir ce type de fonctionnement est pour le moins un contresens historique.

      [Ca a eu sa justification et son intérêt – voire sa nécessité -, quand la perspective, ou une éventualité sérieuse, c’était “la Révolution”, avec sa “Dictature du Prolétariat” ou du “Front de Classes”, sous quelque forme et à quelque rythme que ce soit,]

      C’était une nécessité surtout lorsqu’il s’est agi de construire une organisation pour défendre les intérêts de la classe ouvrière, parce qu’il fallait discipliner les élus et les dirigeants pour empêcher que leur promotion sociale se traduise par un abandon des intérêts de la classe qu’ils étaient censés représenter. Car vous oubliez l’essentiel : l’appartenance à un parti politique est, pour ses militants, purement volontaire. Et c’est pourquoi toute discipline trouve ses limites dans le fait qu’ils peuvent toujours voter avec leurs pieds et partir. Il n’y a que pour les dirigeants et les élus que la discipline mord réellement…

      [Pour ne prendre qu’un nouvel exemple, ce qui m’a séparé irrévocablement de Michel Rocard, c’est, avant tout, je m’en suis rendu compte rétrospectivement et tardivement, quoiqu’un peu avant sa mort, que lui était un authentique militant, mais un militant “social-démocrate”.]

      Moi, ce qui m’a séparé de Rocard, c’est qu’il portait les intérêts du « bloc dominant ». Ses problèmes de cœur avec son ancien parti, je n’en ai jamais eu rien à foutre.

      [Où l’on comprend, à mon sens, les causes profondes de son destin présidentiel avorté, et notamment le fiasco de sa “candidature à la candidature” de fin 1980 : “On n’a jamais raison contre le Parti.”]

      Quel rapport ? Si Rocard a échoué, c’est parce que Mitterrand n’était pas disposé à lui laisser la place. La discipline de Parti n’a eu aucun rôle dans son destin.

      [Je n’exclus pas que l’avenir, y compris en France, ne nous réserve, au singulier ou au pluriel, une “vacance de la légalité bourgeoise”, voire de la légalité tout court, et une “Dictature du Prolétariat”, ou du “Front de Classes, de “l’Alliance des Productifs”, ou “du Peuple tout entier”.]

      Franchement, je n’ai rien compris. On ne peut jamais exclure la possibilité d’une rupture de la légalité « tout court ». Mais quel rapport avec une « dictature du prolétariat » ? La dictature du prolétariat nécessite une « légalité », sans quoi on se retrouverait dans le pur arbitraire. Et on sait ce qui se passe quand la légalité est « en vacance » : « entre le faible et le fort, c’est la liberté qui asservit et la Loi qui libère »… Et c’est exactement ce qui se passe à LFI : le règne de l’arbitraire, le pouvoir absolu d’un seul homme fait que l’organisation finit par servir non pas le « peuple », mais une petite coterie proche de la « cour ».

      [Mais je suis convaincu que, notamment en France, la forme d’organisation partisane dont se réclament ou dont rêvent sincèrement ceux qui ont rompu avec la FI, ou qui y pratiquent une opposition interne plus ou moins ouverte en ce sens, constitue depuis de longues années, et pour jamais, une réalité inconciliable avec la sauvegarde ou la résurrection de la détention et de l’exercice de la Souveraineté nationale et populaire en dernier ressort par l’ensemble des Citoyens, et de la cosouveraineté par chacun de ceux-ci.]

      Là encore, j’ai du mal à entretenir une discussion lorsque des termes qui n’ont pas de sens précis sont utilisés. C’est quoi la « co-souveraineté » ? Et puisqu’on y est, c’est quoi « la détention et l’exercice de la souveraineté nationale par l’ensemble des citoyens » ? Si la souveraineté réside essentiellement dans la nation, alors c’est la nation (c’est-à-dire, l’ensemble des citoyens constitués comme entité politique) qui « détiennent » la souveraineté.

      Ce que je trouve curieux, c’est que vous concentrez votre propos sur « la forme d’organisation partisane dont se réclament ou dont rêvent sincèrement ceux qui ont rompu avec la FI », mais vous ne dites mot de la forme d’organisation dont se réclament ceux qui restent à la FI, et tout particulièrement son lider maximo. Pensez vous que cette « forme d’organisation », fondée sur un gourou tout-puissant qui « nomme et dénomme » quand cela lui plait à toutes les fonctions et responsabilités et sans aucune possibilité de débat et de remise en cause internes soit plus adapté aux besoins d’aujourd’hui ?

  2. martine dit :

    Mélenchon est un socialiste et comme disait mon père on ne peut pas faire confiance aux socialistes ,ils sont du côté d’ou vient le vent, du côté du manche et nous en avons des exemples dans le passé. Ce sont des traites à la classe ouvrière. Il est comme tous les soc , avec en plus un égo surdimensionné lui faisant croire qu’il peut avoir un pouvoir avec son mouvement (sa secte) mais ses idées fondamentales sont inchangées. Il y a des politiques qui vont vouloir le suivre mais ce sont ceux qui croient atteindre un pouvoir qu’ils n’auront jamais( vous avez dans d’autres articles déjà précisé comment fonctionnait son mouvement, et cela était sûr compte tenu du personnage). Un article de plus sur lui c ‘est lui donner plus d’importance qu’il n’en a (réglement de compte peut être?). La LFI c’est du boulgi boulga(plat immangeable!) de la politique.Peut être certains sont aveugles ou sourds?

    • Descartes dit :

      @ martine

      [Mélenchon est un socialiste et comme disait mon père on ne peut pas faire confiance aux socialistes, ils sont du côté d’où vient le vent, du côté du manche et nous en avons des exemples dans le passé.]

      Je pense que nos parents devaient se ressembler drôlement. Le mien n’hésitait pas à dire que le seul bon socialiste était le socialiste mort… mais c’est un peu injuste de faire de Mélenchon un socialiste. Mélenchon est d’abord un trotskyste, venu au mitterrandisme attiré par la perspective de faire la carrée – comme on disait à l’époque – au PCF. Plus qu’un socialiste, Mélenchon est un mitterrandien.

      [Il y a des politiques qui vont vouloir le suivre mais ce sont ceux qui croient atteindre un pouvoir qu’ils n’auront jamais (vous avez dans d’autres articles déjà précisé comment fonctionnait son mouvement, et cela était sûr compte tenu du personnage).]

      Tout à fait. Les « communistes insoumis » ou les « socialistes insoumis » qui se sont ralliés à Mélenchon ont pu croire un instant qu’ils allaient partager avec lui une parcelle de pouvoir sur la « secte » se sont fourrés le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Ils n’ont une place à l’organigramme que parce qu’ils servent d’alibi pour attirer des électeurs et des militants de leur parti d’origine, mais leur poids sur les décisions, c’est zéro. D’ailleurs, on ne les entend plus beaucoup parler…

      [Un article de plus sur lui c ‘est lui donner plus d’importance qu’il n’en a (réglement de compte peut être?).]

      Pas du tout. C’est rappeler un certain nombre de faits à ceux qui voient une hypothétique reconstruction du camp progressiste autour de LFI…

  3. Gérard Jeannesson dit :

    L’article et la réponse au commentaire de Renaud Quillet méritent qu’on leur accorde attention.

    • Gugus69 dit :

      Oui, parce que pour ce qui est du commentaire de Renaud Quillet lui-même… Comment peut-on faire tant de phrases pour dire si peu de choses intelligibles ???

  4. bernard dit :

    IL VAS PAS ËTRE CONTENT LE GOUROU ? On pourrait dire qu’il s’est trompé doublement , d’une part sur le fonctionnement de LFI et d’autre part sa façon de vouloir avoir raison a tout pris y compris sur sa façon de voir l’unité avec d’autres partis et son objectif de rassembler un électorat !

    • Descartes dit :

      @ bernard

      [On pourrait dire qu’il s’est trompé doublement , d’une part sur le fonctionnement de LFI et d’autre part sa façon de vouloir avoir raison a tout pris y compris sur sa façon de voir l’unité avec d’autres partis et son objectif de rassembler un électorat !]

      Au risque de me répéter, Mélenchon est un superbe tacticien mais un très mauvais stratège. Il a bien vu le « moment » présidentiel, et avec une organisation hyper-centralisée refusant toute concession tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, il a réussi un score inespéré. Mais cette « victoire » a été très coûteuse stratégiquement. Le traitement infligé aux alliés possibles – le PCF, les syndicats – a rendu tout rapport de confiance impossible, et LFI n’a pas d’instances et structures de débat interne qui lui permettent de gérer les désaccords qui sont naturels dans toute collectivité humaine.

      Le problème de LFI – et je pense qu’on va le voir dans les municipales – est qu’avec son attitude hégémonique LFI s’est rendue odieuse à la plupart des autres organisations « de gauche ». Personne n’a confiance dans la parole de Mélenchon, et d’une façon plus générale, des « insoumis » sur le terrain. Même pas les « insoumis » eux-mêmes, c’est dire…

      • Yoann dit :

        [Même pas les « insoumis » eux-mêmes, c’est dire…]

        Faut dire qu’entre le discours des insoumis et la réalité… Dans la ville que je viens de quitter s’opère depuis 2017 une belle tambouille. Un ancien député maire MRC qui laisse la place a la candidate insoumise, en échange… De l’étiquette LFI aux municipales. L’ancien monde est bien l’actuel. La question c’est de savoir si parmi les jeunes insoumis de cette ville quelqu’un osera franchir le pas, mais dans tout les cas ça se fera sans la précieuse étiquette LFI.

        • Descartes dit :

          @ Yoann

          [Faut dire qu’entre le discours des insoumis et la réalité… Dans la ville que je viens de quitter s’opère depuis 2017 une belle tambouille. Un ancien député maire MRC qui laisse la place a la candidate insoumise, en échange… De l’étiquette LFI aux municipales.]

          Que voulez-vous, la chair est faible… et les ambitions fortes.

          [L’ancien monde est bien l’actuel.]

          Si l’ancien monde a survécu si longtemps, c’est qu’il y a bien une raison.

  5. Avez-vous compris sur quoi Charlotte Girard n’était “pas d’accord” ? Son départ est incompréhensible, pas clair. Elle a fait circuler une lettre interne franchement étrange. Elle connaissait La France insoumise. Qu’est-ce qui la dérangeait ? Qu’est-ce qu’elle ne supportait plus ?

    Pour JLM. Ajoutons une rupture majeure avec toute l’histoire de la gauche : quand il déclare “mon rôle est consubstantiel au mouvement”. Il est évident que La France insoumise est une machine autour de Jean-Luc Mélenchon. Sa création date de là. Cliquer le soutien au candidat revenait à intégrer le mouvement. Depuis, c’est l’adhésion à une charte de principes et à un programme. Mais vouloir le mouvement et le programme, mais sans le leader imposé est impossible.

    Une autre grille lecture de la promotion de Quatennens et Panot: outre leur jeunesse, ce sont des Députés. La direction découle directement du groupe à l’Assemblée nationale, toujours présidé par le chef. A contrario les battus des législatives que sont les Girard, Cocq ou Kuzmanovic n’avaient jamais pu réellement trouver leur place dans le mouvement. Je n’ai pas connaissance d’un mouvement ou parti autre où tout le pouvoir revient à la représentation parlementaire. Même le PS maintenait une “direction”.

    Enfin, je ne comprends pas la dernière phrase :
    “Et personne parmi les insoumis n’a la vocation jupitérienne…”
    Si c’est pour dire qu’aucun insoumis autre que Mélenchon ne veut se présenter à la présidentielle, elle est fausse. Clémentine Autain se prépare déjà quant à François Ruffin il a déjà déclaré de manière métaphorique, reprenant Hollande, que si les circonstances sont là…

    Mais je me suis déjà exprimé sur ce blog sur ce sujet, il est évident que JLM a envie d’y aller en 2022.

    • Descartes dit :

      @ Gautier Weinmann

      [Avez-vous compris sur quoi Charlotte Girard n’était “pas d’accord” ? Son départ est incompréhensible, pas clair. Elle a fait circuler une lettre interne franchement étrange. Elle connaissait La France insoumise. Qu’est-ce qui la dérangeait ? Qu’est-ce qu’elle ne supportait plus ?]

      Je ne sais pas, je ne suis pas dans le secret des dieux – du moins pas de ces dieux-là. De ce que je comprends, elle supportait de plus en plus difficilement le climat d’affairisme qui s’est développé à LFI, où certains membres de la « cour » de Mélenchon ont profité de leur visibilité politique pour se trouver des postes bien rémunérés (genre Raquel Garrido) ou se sont sucrés sur la bête (genre Sophie Chikirou). C’est la manière dont la « cour » a géré la constitution de la liste aux européennes qui apparemment a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Et encore, si je crois les mauvaises langues, elle aurait voulu partir avant les européennes, et a retenu sa démission pour ne pas faire de tort à la liste.

      [Pour JLM. Ajoutons une rupture majeure avec toute l’histoire de la gauche : quand il déclare “mon rôle est consubstantiel au mouvement”. Il est évident que La France insoumise est une machine autour de Jean-Luc Mélenchon. Sa création date de là. Cliquer le soutien au candidat revenait à intégrer le mouvement. Depuis, c’est l’adhésion à une charte de principes et à un programme. Mais vouloir le mouvement et le programme, mais sans le leader imposé est impossible.]

      Franchement, je ne comprends pas votre raisonnement. Oui, il est « évident » – sauf pour ceux qui ne veulent pas voir, et croyez-moi, ils sont nombreux – que LFI est une « machine autour de Mélenchon ». Et comment s’appelle un mouvement qui est « une machine autour de son leader » ? Le mot « secte » vient immédiatement à l’esprit… Et le fait que l’on a troqué le soutien à Mélenchon par l’adhésion à une charte de principes et à un programme approuvés par Mélenchon ne change rien au fond.

      Cela étant dit, pourquoi « vouloir le mouvement et le programme mais sans le leader imposé » serait-il « impossible » ? Après tout, l’histoire est pleine de mouvements politiques qui ont été fondés par des hommes sans que ceux-ci deviennent « consubstantiels » au mouvement qu’ils ont fondé. Mitterrand n’était pas plus « consubstantiel » au PS que Cachin n’était « consubstantiel » au PCF. Tout simplement parce que ces partis se sont dotés d’instances, de statuts, d’une organisation interne, de lieux de débat qui limitaient le dirigeant suprême et l’empêchaient de devenir un gourou. Comme vous dites, Mélenchon représente une rupture majeure avec l’histoire de la gauche : alors que la gauche est traditionnellement attachée aux principes de la direction collective et du débat interne, pour la première fois une organisation qu’on peut rattacher à la gauche rejette ces principes pour créer une structure totalement verticale.

      [Une autre grille lecture de la promotion de Quatennens et Panot: outre leur jeunesse, ce sont des Députés.]

      Certes. C’est le cas aussi d’Eric Coquerel, dont l’expérience politique est certainement bien plus grande et plus diversifiée que celle de Quatennens ou Panot. Pourquoi n’a-t-il pas été promu, lui ? Parce que, justement, son expérience diversifiée en fait un potentiel successeur du gourou, et donc un concurrent potentiel. Alors que Quatennens ou Panot ne présentent aucun danger. Sans le gourou, ils ne sont rien.

      [A contrario les battus des législatives que sont les Girard, Cocq ou Kuzmanovic n’avaient jamais pu réellement trouver leur place dans le mouvement.]

      Pardon, mais… c’est quoi « leur place » à Girard, Cocq ou Kuzmanovic, celle qu’ils n’ont pas su trouver ?

      [Je n’ai pas connaissance d’un mouvement ou parti autre où tout le pouvoir revient à la représentation parlementaire. Même le PS maintenait une “direction”.]

      Mais d’où tirez-vous l’idée que « tout le pouvoir revient à la représentation parlementaire » ? Quel est le « pouvoir » qu’exercent Caroline Fiat, Michel Larrive, Muriel Ressiguier ou Loïc Prudhomme ? Non, « tout le pouvoir » à LFI revient au gourou tout-puissant. Même les députés n’ont du pouvoir à l’intérieur du mouvement que lorsqu’ils reçoivent l’élévation des mains du Grand Chef : c’est pourquoi Quatennens devient « coordonateur » et Panot vice-présidente alors que Larrive ou Ressiguier restent des parfaits inconnus.

      [Enfin, je ne comprends pas la dernière phrase : “Et personne parmi les insoumis n’a la vocation jupitérienne…”]

      C’est une plaisanterie faisant référence au titre de l’article : Dans la mythologie grecque, Cronos est un roi des Titans. Son père Ouranos lui a prédit qu’il serait détrôné par l’un de ses enfants. Effrayé, Cronos dévore ses enfants à leur naissance, par une prédiction qui disait qu’un de ses enfants le tuerait pour prendre sa place, tuait systématiquement ses enfants. Lorsqu’arrive le sixième, Zeus, sa mère trompe Cronos pour pouvoir le cacher. C’est Zeus – Jupiter pour les romains – qui réalisera la prophétie.

      [Si c’est pour dire qu’aucun insoumis autre que Mélenchon ne veut se présenter à la présidentielle, elle est fausse. Clémentine Autain se prépare déjà quant à François Ruffin il a déjà déclaré de manière métaphorique, reprenant Hollande, que si les circonstances sont là…]

      Vouloir c’est une chose, pouvoir c’en est une autre. On verra ce que feront Autain et Ruffin lorsqu’il faudra détrôner Mélenchon… si Mélenchon ne les dévore avant, comme Cronos…

      [Mais je me suis déjà exprimé sur ce blog sur ce sujet, il est évident que JLM a envie d’y aller en 2022.]

      Mais peut-être que la « commission électorale » lui préférera Autain ou Ruffin, qui sait ? Et maintenant, redevenons sérieux. Oui, Mélenchon non seulement « a envie d’y aller » en 2022, mais il ne laissera personne y aller sa place. Et comme personne à LFI n’est capable de dire « non » au gourou, l’affaire est réglée. Sauf si sa santé l’en empêchait… et je connais quelques-uns à LFI qui ont commencé à allumer des cierges, et pas précisément pour prier dieu qu’il lui donne une longue vie.

      • “c’est quoi « leur place » à Girard, Cocq ou Kuzmanovic, celle qu’ils n’ont pas su trouver ?”
        Eh bien la place de lieutenant du chef, celle qui assure visibilité médiatique et officialité interne.

        • Descartes dit :

          @ Gautier Weinmann

          [Eh bien la place de lieutenant du chef, celle qui assure visibilité médiatique et officialité interne.]

          Ah… c’est donc mois “leur place” dans LFI que leur place dans la “cour” du gourou…

      • Vincent dit :

        > Lorsqu’arrive le sixième, Zeus, sa mère trompe
        > Cronos pour pouvoir le cacher. C’est Zeus – Jupiter
        > pour les romains – qui réalisera la prophétie.

        Pensez vous que s’il se trouvait un insoumis avec vocation jupitérienne, sa première urgence serait de rendre vie à tous les enfants que Cronos a dévorés ? 😉

        Si on cherche à filer l’analogie, le seul qui pourrait être Zeus, c’est François Delapierre. Il est un enfant de Cronos, tout comme sa femme ; et celle ci a été dévorée par Cronos. Son décès a empêché Cronos de le manger. Si on était vraiment dans un univers à la grecque, son décès ne serait qu’une ruse divine lui permettant de revenir renverser le père…

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Pensez vous que s’il se trouvait un insoumis avec vocation jupitérienne, sa première urgence serait de rendre vie à tous les enfants que Cronos a dévorés ? 😉]

          Pas tous, certainement. Mais si un “insoumis” venait à tuer le gourou, il lui faudrait bien se constituer une garder rapprochée. Et quelle meilleure façon que de réintégrer des anciens “dévorés” ?

          [Si on cherche à filer l’analogie, le seul qui pourrait être Zeus, c’est François Delapierre.]

          Pas tout à fait: selon des mauvaises langues – mauvaises peut-être, mais très bien informées – le fidèle Delapierre n’a accédé au statut de dauphin du gourou qu’après la découverte de la tumeur qui devait le tuer. Mélenchon ne prenait pas trop de risque en exaltant quelqu’un qui avait toutes les chances de quitter cette planète avant lui.

      • Ian Brossage dit :

        @Descartes

        > On verra ce que feront Autain et Ruffin lorsqu’il faudra détrôner Mélenchon… si Mélenchon ne les dévore avant, comme Cronos…

        Je trouve la perspective d’une candidature Autain à la présidentielle assez amusante. Peut-être réussirait-elle à faire un duo avec Benoît Hamon…

        Sinon, à propos de Delapierre : qu’est-ce donc que les mélenchonistes lui trouvaient de si remarquable ? Je veux bien croire que, dans la petite cour des favoris de Mélenchon, ce n’était pas le plus médiocre (il surclassait probablement l’inénarrable Corbière), mais tout de même, il ne semblait pas avoir des qualités extraordinaires. En fait, si j’ai bien compris il jouait le rôle d’un tacticien préposé aux trouvailles langagières du PG (les « coups de balai » et compagnie). Une sorte de Pablo Iglesias à la française, peut-être, en moins doué ou dans un contexte moins favorable.

        • Descartes dit :

          @ Ian Brossage

          [Je trouve la perspective d’une candidature Autain à la présidentielle assez amusante. Peut-être réussirait-elle à faire un duo avec Benoît Hamon…]

          Clémentine Autain m’a toujours impressionné : c’est la personne la plus prévisible que je connaisse en ce monde. Tout ce qu’elle dit, vous pouvez le dire avant qu’elle ouvre la bouche, tout ce qu’elle écrit vous pourriez l’écrire avant qu’elle prenne la plume. Et accessoirement, elle détient un record : je ne l’ai jamais, jamais, jamais entendu dire quelque chose d’intelligent. Une campagne autainesque ce serait un défilé de clichés.

          [Sinon, à propos de Delapierre : qu’est-ce donc que les mélenchonistes lui trouvaient de si remarquable ? Je veux bien croire que, dans la petite cour des favoris de Mélenchon, ce n’était pas le plus médiocre]

          Il était certainement – et de loin – le plus intelligent. C’était aussi l’un des rares qui était capable de dépasser l’exercice tactique pour avoir une vision stratégique. Il était de ce point de vue très complémentaire avec Mélenchon. Mais il partageait avec son patron un anticommunisme gauchiste associé à une totale méconnaissance des logiques internes du PCF. C’est cette méconnaissance qui explique l’échec désastreux de l’OPA lancée en 2008, alors qu’objectivement Mélenchon et son équipe avaient tout pour réussir.

          [(il surclassait probablement l’inénarrable Corbière),]

          Ca, c’est pas dur…

  6. antoine dit :

    Qu’il est chouette cet article sur Asselineau, heu je veux dire dupont-Aignan, enfin non pas lui Philippot. Ah c’est sur Mélenchon ? Mais pourquoi sont-ils tous pareils ces “souverainistes” ?

    • Descartes dit :

      @ antoine

      [ Ah c’est sur Mélenchon ? Mais pourquoi sont-ils tous pareils ces “souverainistes” ?]

      Pardon mais… depuis quand Mélenchon serait-il un “souverainiste” ? Auriez-vous oublié qu’il a voté “oui” à Maastricht avec enthousiasme, et qu’il reste un fidèle partisan d’une Europe supranationale ?

  7. Question : est-ce que tous les partis politiques ne fonctionnent-ils pas ainsi? Un leader, une équipe dévouée, des militants, etc.
    Merci

    • Descartes dit :

      @ les vues imprenables et PHP

      [Question : est-ce que tous les partis politiques ne fonctionnent-ils pas ainsi? Un leader, une équipe dévouée, des militants, etc.]

      Non. L’immense majorité des partis politiques ont des statuts qui définissent les modes de fonctionnement, les droits et devoirs des adhérents, les pouvoirs et compétences des différentes instances. Ces statuts établissent des instances dont les membres sont désignés ou élus par les militants directe ou indirectement. Même si les pouvoirs des leaders et des “équipes dévouées” qui les entourent peuvent être importants, ils ne sont preque jamais illimités. Prenez par exemple LR: lorsque Bellamy fait un mauvais score, les instances du parti se réunissent et Wauquiez est éjecté. Lorsque LFI fait un mauvais score, aucune instance ne se réunit et personne ne songe à l’éjection du leader maximo…

      Finalement, les partis ou le leader est tout-puissant sont assez exceptionnels dans notre vie politique. Personnellement, je n’arrive pas à trouver un exemple antérieur à 2016… en fait, ils sont arrivés avec ce que j’appelle “l’égo-politique”, dont les deux exposants les plus évidents sont Macron et Mélenchon.

      • Yoann dit :

        [et, je n’arrive pas à trouver un exemple antérieur à 2016]

        Même le FN ?

        Pourtant je voie les militants dires “Marine, Marine !” comme si c’était la sauveuse suprême qui allait remettre la Nation en ordre de marche… On ne peut pas faire plus dans la personnalité…

        • Descartes dit :

          @ Yoann

          [« et, je n’arrive pas à trouver un exemple antérieur à 2016 » Même le FN ?]

          Oui, même le FN. Je dirais même « surtout » le FN, qui a toujours été un rassemblement de tribus gauloises. Le talent de Le Pen a été de maintenir toutes ces familles unies malgré les différences. Et pour cela, il lui a fallu quelquefois composer, céder du terrain, donner des postes à des gens qu’il exécrait mais qu’il était nécessaire de ménager. Quant aux cadres et militants de terrain, ils ne se privaient pas de n’en faire qu’à leur tête, avec des conséquences souvent embarrassantes pour les structures nationales. Et même dans ce cas, les sanctions étaient rares.

          Le système du FN est un système fortement personnalisé. Le leader national – JLMP hier, MLP aujourd’hui ont une aura symbolique très forte. Mais du point de vue du pouvoir réel sur la structure, le FN n’a jamais été une structure verticale, plutôt un rassemblement de féodalités que le dirigeant national se doit de ménager.

          • Vincent dit :

            > le FN n’a jamais été une structure verticale,
            > plutôt un rassemblement de féodalités que
            > le dirigeant national se doit de ménager.

            Pour préciser un peu ce que vous entendez par là, il y a au FN les courants suivants (au moins) :
            – nostalgiques de l’Algérie Française et de l’OAS,
            – pieds noirs (il peut y avoir des doublons avec la catégorie précédente),
            – gaullistes (qui sont modérément appréciés des 2 catégories précédentes),
            – royalistes,
            – catholiques intégristes (il peut y avoir des doublons avec la catégorie précédente)
            – racistes (je veux dire ceux qui sont tenants d’une idéologie racialiste qui veut que les non blancs doivent dégager),
            – soraliens (i.e. partisans d’une union des français de souche et d’origine africaine, se faisant sur une détestation des juifs ; inutile de dire que ceux ci ne sont pas aimés des racistes),
            – anciens communistes, nostalgiques du vieux PCF (qui ne sont pas vraiment les potes des royalistes),
            – écologistes (qui ont peur de tout ce qui vient toucher aux équilibres dantan ; aussi bien le nucléaire, que l’agriculture industrielle, que les changements culturels…)

      • Vincent dit :

        >> Question : est-ce que tous les partis politiques ne
        >> fonctionnent-ils pas ainsi? Un leader, une équipe
        >> dévouée, des militants, etc.

        > Non. L’immense majorité des partis politiques
        > ont des statuts qui définissent les modes de
        > fonctionnement, les droits et devoirs des adhérents,
        > les pouvoirs et compétences des différentes instances.

        Même à LREM, ils ont quelque chose comme ça. Bon, ils ont été obligés de changer de statuts au moins 1 fois depuis la création du mouvement, il y a… 3 ans. Et ils sont en train de changer une nouvelle fois. Mais au moins, ils essayent de faire un effort pour faire croire que tout n’est pas décidé par le chef.

        Pour preuve : ils ont fait appel à une commission d’investiture pour formaliser la désignation de Griveaux comme candidat à Paris ; et s’il fait trop de bourdes, je ne doute pas qu’au lieu de le désinvestir par un tweet, Macron fera en sorte qu’une commission de réexamen de toutes les investitures revienne sur ce choix.

        A ce sujet, il faut féliciter LREM pour leur imagination en matière de démocratie interne, ou comment faire un simulacre de démocratie sans prendre le moindre risque d’entrisme ou de prise de pouvoir des militants…

        Comme les membres ne payent pas de cotisation et peuvent être membre d’un autre parti, et n’ont pas besoin d’aller à une seule réunion ou de renouveler leur adhésion pour être membre… Forcément, cela fait perdre de la valeur au fait d’être militant. Vu qu’être militant n’implique rien (pas de réunions, pas de cotisations…), cela ne donne pas non plus de droits, et notamment pas celui de voter en interne.

        Le collège électoral est composé de :
        – 200 adhérents tirés au sort (combien vont se déplacer ???),
        – 45 élus tirés au sort,
        – 555 parlementaires membres du parti ou personnes nommées par les chefs du parti.

        Soit 70% du collège électoral qui est nommé par en haut ; et 25% qui n’en a strictement rien à faire, puisqu’ils ont peut être adhéré “pour voir” par un clic il y a 3 ans…
        Je pense que, pour la forme, ils auraient pu mettre 1200 personnes tirées au sort, de manière que le tirage au sort représente 2/3 des personnes. Mais vu que je doute que 10% des tirés au sort de déplacent au congrès, ils ne prendraient pas de risques…

        Du coup, forcément, vu l’enjeu, cela ne motive pas les foules à se déplacer, et Castaner avait ainsi pu être élu à la quasi unanimité des présents au congrès du parti, avec… 200 votes pour 380 000 “militants”. Environ 0.05% des militants !

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Même à LREM, ils ont quelque chose comme ça. Bon, ils ont été obligés de changer de statuts au moins 1 fois depuis la création du mouvement, il y a… 3 ans. Et ils sont en train de changer une nouvelle fois. Mais au moins, ils essayent de faire un effort pour faire croire que tout n’est pas décidé par le chef.]

          LREM a un problème un peu différent : son principal problème n’est pas de conquérir le pouvoir, mais de l’exercer. LREM n’a pas besoin que les militants sortent défendre un projet qui sera mis en œuvre un jour peut-être. Ils ont besoin que les militants sortent valoriser des mesures qui sont prises ici et maintenant. Il faut donc donner aux militants l’illusion qu’ils participent à la prise des décisions qu’ils sont censés aller défendre devant les Français…

          [Comme les membres ne payent pas de cotisation et peuvent être membre d’un autre parti, et n’ont pas besoin d’aller à une seule réunion ou de renouveler leur adhésion pour être membre… Forcément, cela fait perdre de la valeur au fait d’être militant. Vu qu’être militant n’implique rien (pas de réunions, pas de cotisations…), cela ne donne pas non plus de droits, et notamment pas celui de voter en interne.]

          Tout à fait. Le remplacement du bulletin d’adhésion avec cotisation à la clé par un simple clic de soutien qui n’engage à rien assure le pouvoir de la structure sur elle-même. On peut tirer toujours au sort une instance… mais qui vérifie le tirage au sort ? On peut toujours soumettre un texte au vote des adhérents… mais qui rédige le texte ?

      • Ian Brossage dit :

        @Descartes

        > Finalement, les partis ou le leader est tout-puissant sont assez exceptionnels dans notre vie politique. Personnellement, je n’arrive pas à trouver un exemple antérieur à 2016…

        Ah, vous avez déjà oublié l’UPR ? Bon, c’est vrai qu’avant 2016 c’était surtout un groupuscule…

        • Descartes dit :

          @ Ian Brossage

          [Ah, vous avez déjà oublié l’UPR ? Bon, c’est vrai qu’avant 2016 c’était surtout un groupuscule…]

          Pourquoi, après 2016 c’est devenu quoi ?

          • Ian Brossage dit :

            Je dirais un « gropuscule ». Ou plus sérieusement : un parti monarchique et ultra-sectaire, mais un parti tout de même.

            • Descartes dit :

              @ Ian Brossage

              [Ou plus sérieusement : un parti monarchique et ultra-sectaire, mais un parti tout de même.]

              Je sens venir la bataille de définitions… personnellement, j’ai du mal à appeler “parti” une organisation où il n’y a pas la moindre élaboration collective.

  8. Descartes brocarde “ceux qui voient une hypothétique reconstruction du camp progressiste autour de LFI”. Si le mouvement n’est pas “démocratique”, on le sait, cela ne suffit pas à le condamner. Cela peut frustrer quelques militants et réduire sa base militante, mais rien de grave au final.

    La France insoumise peut rester un outil présidentiel, à court terme (et mourir avec Mélenchon, qui sait ?). Mais son utilité voire sa centralité dans le paysage politique ne peuvent pas sérieusement être déniées au motif puéril de l'”absence de démocratie interne”. Les Français s’en foutent de la tambouille interne des partis. Mélenchon lui, prétend à l’Élysée, et ça, les Français le savent. Ça vaut de l’or. Ni le PS, ni EELV, ni bien entendu le PCF (Génération-s n’en parlons plus…) n’ont cette prétention de manière crédible. Les 19 % de 2017 sont entièrement au crédit personnel de Mélenchon et il ne se prive pas de le rappeler. Il connaît son poids dans le paysage de la Ve République. Mélenchon est le seul qui peut annoncer sa candidature au 20h de TF1. Les autres n’ont guère accès aux grands médias. Il est le seul qui peut remplir les salles (et les faire déborder).
    Donc qui d’autre à part Mélenchon pour le “camp progressiste” ? On ne voit pas trop… Et donc qui d’autre à part La France insoumise, sa voiture-balai ?

    Oui l’hégémonie de La France insoumise l’a rendue odieuse chez les autres organisations « de gauche ». Mais qu’ont construit en commun ces autres organisations de gauche ? Rien. Où sont passés les “plus unitaires tu meures”, les faux-culs de la main tendue à gauche ? Disparus du paysage ! Ils n’ont même pas un seul Député au Parlement européen ! La France insoumise, après ses multiples affaires judiciaires et le bad buzz des perquisitions, après ses départs fracassants, exploités par ses adversaires, n’en reste pas moins une des 6 formations politiques nationale ayant obtenu des élus aux européennes.
    Descartes avait écrit que “refonder la gauche” était mission impossible et que celle-ci, bien qu’affaiblie, se divisait cesse et ne produisait plus rien. Eh bien l’hégémonie de La France insoumise est maintenue, y compris sur ces mauvaises européennes au plan électoral (je mets EELV à part, qui est un cas spécifique). La France insoumise bat le PP-PS, tue dans l’oeuf les prétentions de Génération-s et le PCF y réfléchira à deux fois avant de se lancer dans une élection nationale : pourquoi concourir dans les urnes si c’est pour n’avoir aucun élu et ne pas être remboursé de ses frais de campagne ?
    Examinons le PS : les ressorts de ce parti sont cassés. Il profitait des alternances gauche-droite. Celles-ci sont terminées et ses forces se sont vidées soit au profit de Mélenchon (Maurel, Lienemann) soit au profit de Macron. Je ne vois pas de remontée du PS, historiquement épuisé et sans espace politique.
    PCF : Bien entendu, les communistes n’ont plus “confiance” en Mélenchon. Mais on les connait assez pragmatiques en matière électorale (notamment aux municipales) ! Les 2 % de Ian Brossat tuent l’idée d’une candidature autonome PCF à la présidentielle. Une candidature PCF à la présidentielle entraînerait une fuite des cadres vers Mélenchon en vue des législatives, une déperdition d’énergie militante et financière considérable. Qui voudrait mouiller le maillot et faire des meetings pour finir à 1 % ? La fidélité à un parti a ses limites, surtout que la cohérence idéologique du PCF n’est plus ce qu’elle était.

    Conclusion ? La France insoumise a été rendue “odieuse” et a été excommuniée de toute la gauche établie :
    1) parce qu’elle a émis l’idée d’une sortie unilatérale des traités européens,
    2) parce qu’elle a refusé d’appeler au barrage contre Le Pen pour le second tour de la présidentielle.
    Les raisons internes sont des prétextes pour la “basher”.
    Il y a un duopole de la scène politique mais les Français qui ne veulent ni de Macron, ni de Le Pen regardent et regarderont encore du côté de Jean-Luc Mélenchon.

    • Descartes dit :

      @ Gautier Weinmann

      [Descartes brocarde “ceux qui voient une hypothétique reconstruction du camp progressiste autour de LFI”.]

      Je ne « brocarde » personne. Ce n’est pas dans mon caractère de tirer sur les ambulances et encore moins sur les corbillards. Je n’ai aucune animosité vers ceux qui voient en LFI le futur noyau d’une reconstruction du camp progressiste. Je pense simplement qu’ils se trompent, et que cette erreur pourrait être désastreuse… surtout pour eux.

      [Si le mouvement n’est pas “démocratique”, on le sait, cela ne suffit pas à le condamner.]

      C’est vrai, un despotisme peut fonctionner, à condition d’avoir à sa tête un despote éclairé. Entre le dirigeant démocratique qui écoute le peuple parce qu’il n’a pas le choix, et le despote éclairé qui écoute le peuple parce qu’il a compris que c’est nécessaire pour un gouvernement harmonieux, le résultat sera finalement assez proche. Le problème, c’est qu’il n’existe pas de moyen de s’assurer que dans un régime despotique le despote soit « éclairé ». Et que Mélenchon, le temps aidant, est de moins en moins éclairé, et de plus en plus despote.

      J’ajoute que la question de la « démocratie » est pour moi essentiellement une question de liberté de débat : comme disait Frédéric II « j’ai un accord avec mon peuple : ils me laissent libre de faire ce que je veux, et je leur laisse libres de dire ce qu’ils veulent ».

      [Cela peut frustrer quelques militants et réduire sa base militante, mais rien de grave au final.]

      S’il n’y avait que ça… La force de la démocratie, c’est qu’elle a des puissants instruments pour corriger les erreurs de trajectoire. L’absence de débat démocratique au sein de LFI n’aura pas comme seule conséquence de « frustrer » les militants ou de les pousser à partir. Il appauvrit le débat, et donc le réservoir à idées. Il supprime toute possibilité de retour critique sur la stratégie du mouvement.

      [Mais son utilité voire sa centralité dans le paysage politique ne peuvent pas sérieusement être déniées au motif puéril de l’”absence de démocratie interne”.]

      Peut-être, mais elle peut être déniée pour d’autres motifs bien plus puissants. Du point de vue électoral, LFI est arrivé quatrième à l’élection présidentielle avec 19%, a fait 11% un mois plus tard au premier tour des législatives, et à peine un peu plus de 6% aux européennes deux ans plus tard. Aujourd’hui LFI est à peu près au niveau du PS, avec deux fois moins de députés. On ne peut pas dire que cela en fasse un parti « central dans le paysage politique », ni même dans le paysage politique de la gauche.

      Vous me direz que l’électoral n’est pas tout, et c’est vrai. Mais même du point de vue idéologique, on ne voit pas très bien où est la « centralité » de LFI. Ou sont les idées nouvelles, les projets innovants, les modes d’organisation originaux ? En quoi LFI dit à la société des choses que personne avant elle n’avait dites ? Il ne suffit pas d’ajouter l’adjectif « insoumis-e » derrière chaque mot pour en faire un concept nouveau.

      Après la présidentielle, Mélenchon a créé ce mythe de la « centralité » de LFI. Et, rendons hommage à ses qualités de propagandiste, les gens y ont cru quelque temps. Comme ils avaient cru du temps du « Front de Gauche » que la politique s’acheminait vers un affrontement « Front de Gauche contre Front National » est que tout le reste allait disparaître. Mais l’illusion ne dure qu’un temps. Les partis « centraux », aujourd’hui, c’est LREM et le RN. Ce sont eux qui arrivent en tête à chaque élection, laissant les autres – y compris LFI – loin derrière. LFI est peut-être « centrale » dans le marigot de la « gauche radicale », mais guère plus.

      [Les Français s’en foutent de la tambouille interne des partis.]

      C’est vrai. Mais c’est cette « tambouille » qui permet ou empêche les partis de présenter aux Français des projets crédibles. Je crois que vous ne réalisez pas à quel point le débat interne est indissolublement lié à la cohérence et à la richesse du visage qu’un parti politique présente à la société.

      [Mélenchon lui, prétend à l’Élysée, et ça, les Français le savent. Ça vaut de l’or.]

      Pourquoi ? Vous croyez vraiment que les Français sont plus intéressés par les ambitions personnelles de Mélenchon que par les « tambouilles internes des partis » ?

      [Ni le PS, ni EELV, ni bien entendu le PCF (Génération-s n’en parlons plus…) n’ont cette prétention de manière crédible.]

      Mélenchon non plus. Je pense qu’à force de fréquenter LFI, vous êtes victime d’une auto-intoxication. La crédibilité de Mélenchon et de son ambition présidentielle ont pris un sérieux coup de froid depuis deux ans. Et ce coup de froid n’est pas étranger à la « tambouille » interne de LFI. Non pas parce que les français s’intéressent, mais parce que l’isolement de Mélenchon au sein d’une « cour » qui lui répète qu’il est le plus fort, le plus beau, le plus intelligent a fini par sérieusement émousser son sens critique et l’a fait régresser au point de se donner en spectacle lors de la perquisition dans ses locaux. Et cela, les Français l’ont bien perçu.

      [Les 19 % de 2017 sont entièrement au crédit personnel de Mélenchon et il ne se prive pas de le rappeler.]

      Deux ans, c’est une éternité en politique. En 2017, Mélenchon a fait preuve d’un génie tactique rare. Mais il ne faut pas confondre tactique et stratégie. Deux ans plus tard, l’avantage tactique s’efface et le coût stratégique se révèle.

      [Il connaît son poids dans le paysage de la Ve République. Mélenchon est le seul qui peut annoncer sa candidature au 20h de TF1. Les autres n’ont guère accès aux grands médias. Il est le seul qui peut remplir les salles (et les faire déborder).]

      Oui, comme Madonna. Mais il ne faut pas croire que parce qu’on est capable de remplir les salles ou passer sur TF1 on a un véritable « poids ». Nous sommes à l’âge du spectacle, et il est incontestable que sur les planches Mélenchon offre un spectacle inégalé aujourd’hui. Mais les gens qui montent sur les planches, on les appelle « acteurs ». Et on ne leur confie pas forcément l’Elysée.

      [Donc qui d’autre à part Mélenchon pour le “camp progressiste” ? On ne voit pas trop…]

      Pour être honnête, sur la question de savoir si Mélenchon fait partie du « camp progressiste » le jury délibère toujours…

      [Oui l’hégémonie de La France insoumise l’a rendue odieuse chez les autres organisations « de gauche ». Mais qu’ont construit en commun ces autres organisations de gauche ? Rien.]

      Et qu’a « construit en commun LFI » ? Rien non plus. Alors, vous en concluez quoi ?

      En fait, la question n’est pas là. Le fait, c’est qu’on ne fait de la politique qu’avec des réalités. Quand même bien LFI aurait tout construit et les autres rien, se rendre odieux à ceux dont le soutien vous est indispensable pour aller quelque part est une très mauvaise stratégie. Ça peut marcher une fois, comme ce fut le cas en 2017, quand la dynamique de LFI lui a permis de rafler les électeurs sans passer d’accords avec les autres. Mais c’est un fusil à un coup : les dynamiques passent, mais les rancœurs restent et se paient au prix fort.

      [Où sont passés les “plus unitaires tu meures”, les faux-culs de la main tendue à gauche ? Disparus du paysage ! Ils n’ont même pas un seul Député au Parlement européen ! La France insoumise, après ses multiples affaires judiciaires et le bad buzz des perquisitions, après ses départs fracassants, exploités par ses adversaires, n’en reste pas moins une des 6 formations politiques nationale ayant obtenu des élus aux européennes.]

      Quelle joie ! Quelle volupté ! Etre le seul survivant dans un champ de ruines… Cela étant dit, il ne faudra pas se plaindre lorsqu’on découvrira que les électeurs des « plus unitaires tu meures » sont partis dans l’abstention ou pire, dans le vote RN.

      Mélenchon n’a rien oublié, et rien appris. Les socialistes sont arrivés au pouvoir en plumant la volaille communiste. Mais à force de plumer, ils ont fini par épuiser l’allié qui leur amenait les voix des couches populaires. Et pour conserver une majorité, ils ont du se déporter chaque fois plus à droite, jusqu’à l’effondrement final. Aujourd’hui, il essaye le même calcul. La seule différence, c’est qu’il arrive trop tard : il n’y a pas assez à plumer pour arriver à l’Elysée.

      [Descartes avait écrit que “refonder la gauche” était mission impossible et que celle-ci, bien qu’affaiblie, se divisait cesse et ne produisait plus rien.]

      Ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai dit que « refonder la gauche » était mission impossible parce que le concept même de « gauche » avait perdu son sens. Ce n’est pas tout à fait la même chose.

      [Eh bien l’hégémonie de La France insoumise est maintenue, y compris sur ces mauvaises européennes au plan électoral (je mets EELV à part, qui est un cas spécifique). La France insoumise bat le PP-PS, tue dans l’oeuf les prétentions de Génération-s et le PCF y réfléchira à deux fois avant de se lancer dans une élection nationale : pourquoi concourir dans les urnes si c’est pour n’avoir aucun élu et ne pas être remboursé de ses frais de campagne ?]

      D’abord, je ne vois pas très bien ce qui vous autorise à « mettre EELV à part ». Aujourd’hui, la « centralité » de EELV est bien plus forte que celle de LFI : non seulement ils font plus de voix, mais surtout du point de vue idéologique ce sont leurs marottes qui sont devenues dominantes…

      Pour le reste, il ne faudrait pas trop exagérer. LFI « bat le PP-PS », peut-être, mais de 0,1%. Parler de « hégémonie » dans ce contexte parait pour le moins excessif. Quant aux autres, « tuer » une organisation n’est utile que si vous récupérez les restes. Or, je doute beaucoup que les électeurs de Génération.s ou ceux du PCF aient très envie de voter LFI après le traitement qu’ils ont reçu. Au risque de me répéter, en politique vous n’avez aucun intérêt à être le seul survivant dans un champ de ruines.

      [Examinons le PS : les ressorts de ce parti sont cassés. Il profitait des alternances gauche-droite.]

      Révisez votre histoire. Les socialistes, sous différentes appellations, ont été barrés de toute alternance pendant 22 ans. Et cela n’a pas que je sache « cassé ses ressorts », tout au contraire. Je pense que vous les enterrez un peu trop vite

      {Celles-ci sont terminées et ses forces se sont vidées soit au profit de Mélenchon (Maurel, Lienemann) soit au profit de Macron.]

      Vous réalisez quand même qu’aux européennes le PS a fait jeu égal avec LFI, n’est-ce pas ?

      [PCF : Bien entendu, les communistes n’ont plus “confiance” en Mélenchon. Mais on les connait assez pragmatiques en matière électorale (notamment aux municipales) ! Les 2 % de Ian Brossat tuent l’idée d’une candidature autonome PCF à la présidentielle.]

      Pourquoi ? Le NPA ou LO présentent systématiquement des candidats qui ne font guère mieux. Ce fut aussi le cas pendant des années pour le FN. J’ai l’impression que vous prenez vos désirs pour des réalités. Mais vous manquez l’essentiel : supposons que le PCF ne présente pas de candidat. Cela n’implique nullement qu’il soutienne le candidat LFI, et encore moins que ses électeurs le suivent dans cette voie. Si l’absence d’un candidat PCF pousse son électorat à l’abstention ou au vote RN, qu’est-ce que vous aurez gagné ?

      [Une candidature PCF à la présidentielle entraînerait une fuite des cadres vers Mélenchon en vue des législatives, une déperdition d’énergie militante et financière considérable.]

      Peut-être que c’aurait été le cas en 2017. Pas aujourd’hui : l’expérience des « communistes insoumis » montre le type d’accueil que peuvent attendre les cadres « en fuite chez Mélenchon ». Si les cadres communistes n’ont pas compris ça…

      [Qui voudrait mouiller le maillot et faire des meetings pour finir à 1 % ?]

      Beaucoup de monde, en fait. Il y a plein de partis politiques dont les militants se contentent d’un score symbolique, et cela pendant des années.

      [Conclusion ? La France insoumise a été rendue “odieuse” et a été excommuniée de toute la gauche établie :
      1) parce qu’elle a émis l’idée d’une sortie unilatérale des traités européens,
      2) parce qu’elle a refusé d’appeler au barrage contre Le Pen pour le second tour de la présidentielle.]

      Vous croyez vraiment ça ? Que les militants communistes se méfient de LFI parce « qu’elle a émis l’idée d’une sortie unilatérale des traités européens » ? Ne pensez-vous pas qu’avoir exigé des candidats communistes de signer une « charte » les soumettant au bon vouloir du gourou sous peine d’avoir un candidat LFI contre eux a joué un petit rôle aussi ?

      [Les raisons internes sont des prétextes pour la “basher”.]

      Vous avez raison. Il ne faut surtout pas écouter les discours venus de l’extérieur. Ce n’est que des méchants et des envieux qui prendraient n’importe quel prétexte pour « basher ». Le seul discours qu’on peut croire, c’est celui qui vient de l’organisation, et donc, de son Chef Bienaimé. Continuez comme ça, et dans vingt ans vous vous demanderez les larmes aux yeux « comment ai-je pu croire de pareilles sornettes » ? Parce que la logique de l’emprise sectaire, c’est celle-là.

      [Il y a un duopole de la scène politique mais les Français qui ne veulent ni de Macron, ni de Le Pen regardent et regarderont encore du côté de Jean-Luc Mélenchon.]

      Vous pensez ça ? Personnellement, je connais pas mal de monde qui ne veut ni de Macron ni de Le Pen, et qui n’ont aucune envie non plus de « regarder du côté de JLM ». Je pense que vous n’avez pas idée du nombre de progressistes pour qui Mélenchon est devenu odieux.

      • Chaque échéance sa dynamique, sa dimension, son flux, son enjeu. Mélenchon à 19 %, c’est en gros 10 % de convaincus comme en 2012, 2 points de PCF, et 6 points de votes “utiles” à gauche, dans la dernière ligne droite, suite aux déboires de Benoît Hamon. Aux législatives 6 semaines après, il ne restait
        déjà plus que les convaincus, à 11 %, avec 50 % d’abstention. Puis, là aux européennes, abstention massive des sympathisants insoumis, déperdition ailleurs… faute d’enjeu très parlant et décisif pour le peuple (les gens ont bien compris que le Parlement européen était juste une prison dorée). Et aussi d’une trop longue et chaotique campagne, un programme peu clair (plan A, plan B, une absence de partenaires européens de poids, une pétaudière sur la constitution de la liste, les perquisitions et le trouble monté en épingle sur les propos de Jean-Luc Mélenchon.

        Sur votre dernière phrase : oui Mélenchon est méchant et odieux. Ça on le savait déjà depuis longtemps… Il est cassant et imbuvable : mais ça on se le savait depuis longtemps… Oui vous fréquentez des anti-JLM ; il y en aura toujours des irréductibles. On savait qu’il était fort en gueule, qu’il moquait, qu’il éructait etc.
        N’empêche que JLM a fait 19 %, et pas le tout-lisse tout beau, le gendre idéal Hamon, issu d’une primaire “démocratique” en 2017 (leurs programmes étaient pourtant proches). Une éternité ? Sans doute. Mais cette éventualité a donné le goût de l’Élysée à Jean-Luc Mélenchon. Ça lui a donné envie de se battre, cela a ouvert tout un imaginaire politique de victoire, un peu comme quand Mitterrand mis de Gaulle en balottage en 1965. Et la motivation, l’envie, ça compte en politique. Chirac ou Mitterrand avaient aussi connu des traversées du désert. Ils devinrent Présidents par l’abnégation, à l’usure, en écrasant leurs rivaux, en interne, de leur camp, puis des adversaires. Mélenchon règne sur un champ de ruines ? Exact. Mais que peut-il faire de plus ou de moins ? Il n’est pas le responsable de l’état de la gauche ! Mais il a créé une mythologie de victoire et de “Révolution citoyenne”, avec la 6e République, programme qui ne colle pas avec le scrutin européen.

        Sur EELV. Ce parti fait traditionnellement de bons scores aux européennes où il est la valeur refuge des européistes. Rien qu’avec leur nom et leur argument massu de leur “partenaires verts allemands”. Sur quelles bases politiques a été obtenu leur score ? Du sable, l’air du temps, le ni gauche, ni droite, le “ça coûte rien et je me donne bonne conscience” (enfin, pour la moitié des électeurs, plutôt bien portants, qui votent aux européennes). Ça ne construira rien pour la suite. Ils ne capitaliseront pas là-dessus. Le résultat de Yannick Jadot reste inférieur, en pourcentage des votants, à celui de Daniel Cohn-Bendit en 2009.

        Le PS n’est pas tout à fait enterré. Il peut garder ses mairies en mars, par exemple. Mais je pense que c’est foutu pour eux au plan national.

        • Descartes dit :

          @ Gautier Weinmann

          [Mélenchon à 19 %, c’est en gros 10 % de convaincus comme en 2012, 2 points de PCF, et 6 points de votes “utiles” à gauche, dans la dernière ligne droite, suite aux déboires de Benoît Hamon.]

          Mais ces « 10% de convaincus », ils sont « convaincus » par quoi et de quoi exactement ? Sont-ils convaincus par le programme, par le charisme du candidat ? Sont-ils « convaincus » que leur vote manifeste le soutien à un projet ou le rejet d’un autre ? Sont-ils « convaincus » Mélenchon est l’homme de la situation pour gouverner, ou bien qu’il fait peur aux méchants ? Continueraient-ils à voter pour lui s’il avait la moindre chance d’arriver à l’Elysée ?

          Comme vous le voyez, les « convaincus » ne font certainement pas un tout homogène. On peut voter pour Mélenchon tout en étant « convaincu » de choses très différentes.

          [Aux législatives 6 semaines après, il ne restait déjà plus que les convaincus, à 11 %, avec 50 % d’abstention.]

          Là, il y a un problème dans votre raisonnement. S’il y avait sur les 19% « 10% de convaincus », cela ferait 3,5 millions de « convaincus ». Mais aux législatives, 6 semaines plus tard, LFI n’a fait que 2,5 millions de voix au total. Autrement dit, LFI aurait perdu au moins un million de « convaincus » en six semaines. Vous ne trouvez pas cela curieux pour des « convaincus » ? Qu’ils aient voté d’autres candidats ou qu’ils se soient abstenus, cela paraît étrange…

          En fait, les « convaincus » n’étaient pas si « convaincus » que ça. « Séduits » me paraît un terme plus exact. Séduits par un candidat au bagout incontestable. Séduits par une organisation de la campagne présidentielle « gazeuse » qui faisait croire qu’une autre forme d’organisation était possible aboutissant à une nouvelle union des progressistes (j’essaye de ne pas utiliser le mot « gauche »). Seulement voilà : quand on est passé aux législatives, beaucoup d’électeurs ont vu beaucoup plus clairement le comportement hégémonique de LFI et des « petits marquis » locaux en particulier.

          [Puis, là aux européennes, abstention massive des sympathisants insoumis, déperdition ailleurs… faute d’enjeu très parlant et décisif pour le peuple (les gens ont bien compris que le Parlement européen était juste une prison dorée). Et aussi d’une trop longue et chaotique campagne, un programme peu clair (plan A, plan B, une absence de partenaires européens de poids, une pétaudière sur la constitution de la liste, les perquisitions et le trouble monté en épingle sur les propos de Jean-Luc Mélenchon.]

          Pardon, pardon. N’allons pas trop vite. Que les électeurs s’abstiennent beaucoup plus fortement pour une élection sans enjeu comme les européennes que pour une présidentielle ou une législative, c’est logique. Mais on voit mal pourquoi l’abstention devrait toucher plus fortement LFI que le PS, par exemple. En quoi les « enjeux » étaient plus grands pour les électeurs socialistes que pour les électeurs insoumis ? Et pourtant, le PS a légèrement conservé ses positions par rapport aux présidentielles et aux législatives, alors que LFI s’est effondré. Ce n’est donc pas « l’enjeu » qui explique la fuite des électeurs LFI.

          La campagne « longue et chaotique » ? J’avoue que je vois mal en quoi elle aurait été plus longue ou plus chaotique qu’une autre. J’aurais tendance à penser au contraire que la campagne des européennes aura été particulièrement courte, notamment parce qu’elle a été éclipsée par la révolte des « gilets jaunes ». Mais ce fait aurait dû au contraire aider les organisations politiques contestataires, d’autant plus qu’elles revendiquent une forme de populisme, à mobiliser l’électorat. Il serait d’ailleurs intéressant de comprendre pourquoi LFI a eu autant de mal à définir une position par rapport à ce mouvement. Personnellement, j’ai ma petite idée… Mais Mélenchon a clairement fait savoir que la question ne sera pas posée, puisque la réponse est évidente : c’est la faute aux autres.

          Un programme peu clair ? Pardon, mais c’est exactement le même qu’à la présidentielle. Rien n’a changé dans l’architecture « plan A/plan B ». Mais peut-être les gens ont fini par comprendre que le « plan B » n’était en fait là que pour donner le change, et qu’il n’y avait aucune chance qu’il soit mis en œuvre ?

          Une pétaudière sur la constitution de la liste ? Oui, mais s’il y a un responsable, c’est bien Mélenchon. C’est lui qui a défini la procédure de constitution de la liste, c’est lui qui a désigné les gens pour s’en occuper, c’est lui qui en dernière instance a rendu les arbitrages.

          « Les perquisitions et le trouble monté en épingle sur les propos de Jean-Luc Mélenchon » ? Là, le doigt pointe fermement vers le mauvais calcul médiatique de Mélenchon. Il aurait reçu les officiers de police judiciaire avec le sourire sur le mode « je n’ai rien à craindre de la justice de mon pays », et cela n’aurait eu aucune conséquence – les perquisitions chez les hommes politiques et dans les locaux des partis sont devenus tellement courantes que personne n’y fait plus attention. Mélenchon a cru qu’en faisant monter la mayonnaise il allait pouvoir jouer les victimes et tirer crédit auprès de l’opinion, et c’est pourquoi il a cherché à dramatiser le plus possible la situation. Il ne s’est pas rendu compte que depuis les années 1970 le monde a changé, et que ce genre d’happening gauchiste ne fait plus rire.

          Conclusion : il faut toujours se méfier de ceux qui devant un échec se pressent de trouver des causes extérieures. Cette attitude est généralement un prétexte pour éviter tout retour critique, tout changement. Attribuer ses échecs aux « médias », c’est comme l’attribuer à l’arbitre ou au temps qu’il fait. Les médias, l’arbitre et le temps sont hors de notre contrôle. Une fois qu’on a dit ça, on ne peut que constater que rien ne doit être changé, que rien ne peut être fait.

          [Sur votre dernière phrase : oui Mélenchon est méchant et odieux. Ça on le savait déjà depuis longtemps… Il est cassant et imbuvable : mais ça on se le savait depuis longtemps…]

          Pour moi, ce n’est pas la question. S’il était cassant et odieux, mais qu’à côté de cela il institutionnalisait son organisation, qu’il lui laissait développer des espaces de débat et de décision autonomes par rapport à lui-même, qu’il cessait de vouloir transformer ses alliés en vassaux, bref, s’il devenait stratège au lieu de se contenter d’être un tacticien, je lui pardonnerait volontiers d’être cassant et odieux.

          [N’empêche que JLM a fait 19 %, et pas le tout-lisse tout beau, le gendre idéal Hamon, issu d’une primaire “démocratique” en 2017 (leurs programmes étaient pourtant proches).]

          « Leurs programmes étaient proches » ? J’ignorais que Hamon proposait de « désobéir aux traités européens », de convoquer une constituante, de sortir du nucléaire… j’ajouterais que Fillon, lui aussi « issu d’une primaire démocratique », a fait 20%, 1% de mieux que Mélenchon. Quelle conclusion vous tirez ?

          Oui, en vociférant JLM a fait 19%, soit trois fois plus que le « tout lisse » Hamon. Mais il est arrivé quatrième. Il n’est pas inutile de se demander si un peu plus de rondeur, un peu plus d’empathie, un traitement un peu moins cavalier de ses alliés potentiels ne lui auraient pas permis de gagner quelques points et peut-être, qui sait, d’arriver en finale… Au fond, la question est de savoir si vous estimez si les 19% et la quatrième place à la présidentielle sont un succès ou un échec. Si c’est un succès, cela valide la stratégie de Mélenchon – mais cela implique aussi d’accepter que le but final n’est pas le pouvoir. Si c’est un échec… alors on comprend mal qu’on continue avec la même stratégie.

          [Mais cette éventualité a donné le goût de l’Élysée à Jean-Luc Mélenchon. Ça lui a donné envie de se battre, cela a ouvert tout un imaginaire politique de victoire, un peu comme quand Mitterrand mis de Gaulle en ballottage en 1965.]

          D’abord, ce n’est pas Mitterrand qui a « mis De Gaulle en ballotage » en 1965, c’est Jean Lecannuet qui, en divisant l’électorat de droite, prive De Gaulle d’une victoire au premier tour. Et puis, je trouve votre comparaison assez étrange : en 1965, Mitterrand arrive deuxième avec 32% des voix. En 2017, Mélenchon arrive quatrième avec 19%. Et avec cela vous arrivez à « ouvrir un imaginaire politique de victoire ». Plus qu’un imaginaire, c’est une illusion.

          [Et la motivation, l’envie, ça compte en politique.]

          Mais moins que vous ne le pensez : en politique, le nombre de « motivés » qui ont échoué est infiniment supérieur à celui des « motivés » qui ont réussi…

          [Chirac ou Mitterrand avaient aussi connu des traversées du désert. Ils devinrent Présidents par l’abnégation, à l’usure, en écrasant leurs rivaux, en interne, de leur camp, puis des adversaires.]

          Certes. Mais à côté d’eux il y a des dizaines, des centaines d’hommes politiques qui ont connu des traversées du désert… et qui ne sont jamais arrivés au bout. La comparaison de Mélenchon avec Chirac ou Mitterrand paraît pour le moins osée. Ni Mitterrand ni Chirac n’ont jamais eu un fonctionnement groupusculaire. Au contraire, tous deux ont été des hommes d’amitiés multiples et fidèles. Cet échange me rappelle une plaisanterie qu’on faisait au PS sur la différence entre l’ancien trotskyste Jospin et le mondain Fabius : « dans une réunion de 20 personnes, Jospin se demande « quel est le traître qui ne devrait pas être là ? » ; dans une réunion de 200 personnes, Fabius se demande « qui ais-je oublié d’inviter ? » ». Mélenchon n’a que peu d’amis en politique. Avec tous ceux qui pouvaient être ses égaux il a fini par se fâcher. Seuls restent autour de lui les larves.

          [Mélenchon règne sur un champ de ruines ? Exact. Mais que peut-il faire de plus ou de moins ? Il n’est pas le responsable de l’état de la gauche !]

          Si, en partie. Que faisait-il quand le PS prit le « tournant de la rigueur » ? Que faisait-il quand le traité de Maastricht a été proposé à la ratification ? Que faisait-il quand la « gauche plurielle » gouvernait ? C’est un peu facile de se décharger de toute responsabilité après avoir pendant vingt-cinq ans été un fidèle grognard du mitterrandisme… Et même sans aller aussi loin : c’est lui qui a provoqué la rupture du « Front de Gauche » lorsqu’il a réalisé que l’OPA sur le PCF avait échoué.

          [Mais il a créé une mythologie de victoire et de “Révolution citoyenne”, avec la 6e République, programme qui ne colle pas avec le scrutin européen.]

          Le problème, est qu’une mythologie cesse d’être opérante quand on cesse d’y croire. On ne peut mettre la « révolution citoyenne » ou la « 6ème République » à toutes les sauces sans que les gens finissent par se demander si ces expressions ont un véritable contenu, ou s’il s’agit de mots-valise dans lesquels chacun met ce qu’il veut trouver.

          [Sur EELV. Ce parti fait traditionnellement de bons scores aux européennes où il est la valeur refuge des européistes.]

          Pas évident. En 2014 EELV n’avait pas atteint 9%. Et en 2005 à peine 7%. En 2009 ils avaient fait un excellent score, il est vrai… mais cela ne suffit pas pour en faire une « tradition ».

          • Yoann dit :

            [Mélenchon a cru qu’en faisant monter la mayonnaise il allait pouvoir jouer les victimes et tirer crédit auprès de l’opinion, et c’est pourquoi il a cherché à dramatiser le plus possible la situation.]

            Ce qui est le plus dingue dans cette affaire c’est qu’il a en même temps compris le <> (révocation des élus, contrôle des finances, etc) et qu’il se fait piéger sur une perquisition…

            Ce n’est pas parce que LaREM semble avoir un passe droit par la justice qu’il faut jouer au plus malin…

            • Descartes dit :

              @ Yoann

              [e qui est le plus dingue dans cette affaire c’est qu’il a en même temps compris le <> (révocation des élus, contrôle des finances, etc) et qu’il se fait piéger sur une perquisition… ]

              Attention, vous recommencez à utiliser des signes qui semblent être interdits par WordPress… et du coup il manque des choses!

              • yoann dit :

                [vous recommencez à utiliser des signes qui semblent être interdits par WordPress]

                Les habitudes ont la vie dur…

                Je disais simplement qu’il semblait avor comprit ce que les gens attendent des politiciens, et pourtant il s’est fait piégé comme un bleu.

      • Vincent dit :

        > comme disait Frédéric II « j’ai un accord avec mon
        > peuple : ils me laissent libre de faire ce que je veux,
        > et je leur laisse libres de dire ce qu’ils veulent ».

        Il ne vous aura pas échappé que Frédéric II était “allemand” (je sais que ce terme est ici impropre), et qu’il était donc face à une population plus docile, qu’on pouvait sans risque laisser jaser sans s’inquiéter de possibles contestations du pouvoir établi.
        Regardez encore aujourd’hui à quel point ils sont prêt à subir ce que des français n’accepteraient jamais (conditions de travail / salaire), sans broncher, sans se plaindre.
        A propos des gilets jaunes, j’ai entendu des allemands (CSP++, mais très au fait de la situation sociale) me dire : “C’est étrange que ça n’existe pas chez nous. Parcequ’en fait, les motifs de revendication seraient les mêmes, et vu la situation économique du pays, on aurait d’autant plus de raisons de râler. Mais en fait, personne n’a envie de se plaindre ou de manifester”.

        > Au risque de me répéter, en politique vous
        > n’avez aucun intérêt à être le seul survivant
        > dans un champ de ruines.

        Excusez moi, mais je vois tout à fait quel intérêt a Macron à se trouver être le seul survivant dans un champ de ruines : il n’a pas d’opposition…

        > Personnellement, je connais pas mal
        > de monde qui ne veut ni de Macron
        > ni de Le Pen, et qui n’ont aucune envie
        > non plus de « regarder du côté de JLM ».

        Au doigt mouillé, je dirais 60% des français…
        (100%, auxquels je retranche 15% de profondément pro Macron. 15% pro le Pen et 10% pro Mélenchon).

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Il ne vous aura pas échappé que Frédéric II était “allemand” (je sais que ce terme est ici impropre), et qu’il était donc face à une population plus docile, qu’on pouvait sans risque laisser jaser sans s’inquiéter de possibles contestations du pouvoir établi.]

          Je pense que la formule va bien plus loin que ça. Elle esquisse une sorte de contrat entre le despote et son peuple. Le peuple lui fait confiance pour gouverner sagement (c’est-à-dire, sans trop pressurer le peuple), et en échange le despote fait confiance au peuple pour utiliser sa liberté sagement (c’est à dire, pour pas chercher à le renverser). C’est un peu le contrat qui préside à tous les régimes politiques modernes, sauf qu’à a place du despote héréditaire on place un dirigeant élu.

          [Regardez encore aujourd’hui à quel point ils sont prêt à subir ce que des français n’accepteraient jamais (conditions de travail / salaire), sans broncher, sans se plaindre.]

          Qu’est-ce qui vous fait penser que les Français n’accepteraient « jamais » ce que les Allemands acceptent aujourd’hui ? Vous savez, ces trente dernières années j’ai vu les Français avaler de telles couleuvres que je ne suis plus sûr de rien. Autrefois, toucher aux statuts ou aux régimes spéciaux de retraite des cheminots aurait provoqué une révolution – ce fut le cas en 1995. Aujourd’hui non seulement on supprime leur régime de retraite, mais on supprime le statut lui-même, et ça bouge à peine…

          [A propos des gilets jaunes, j’ai entendu des allemands (CSP++, mais très au fait de la situation sociale) me dire : “C’est étrange que ça n’existe pas chez nous. Parce qu’en fait, les motifs de revendication seraient les mêmes, et vu la situation économique du pays, on aurait d’autant plus de raisons de râler. Mais en fait, personne n’a envie de se plaindre ou de manifester”.]

          N’oubliez pas que les Allemands ont un rapport très différent au notre à la rue. Chez nous, la présence d’un Etat fort fait que les gens se « lâchent » plus facilement sachant que « papa » est là pour rattraper les débordements. En Allemagne, la logique est plutôt celle d’un Etat faible, rapidement débordé. C’est pourquoi les Allemands ont une terreur au désordre qui n’existe pas chez nous.

          [Excusez-moi, mais je vois tout à fait quel intérêt a Macron à se trouver être le seul survivant dans un champ de ruines : il n’a pas d’opposition…]

          Mais pas de relais non plus lorsque le pays manifeste son mécontentement.

  9. Le Concierge dit :

    Bonjour.
    Vous pensez que sous la Vème où l’objectif est de propulser un homme Pt de la République un parti qui ne fait pas de la figuration peut être démocratique ? Vous citez Orwell à juste titre : Orwell avait milité dans des organisations de gauche, cad des organisations, pour le dire de façon Weberienne, concourent à gauche pour le “monopole des biens de salut politiques”. Car il faut faire croire… C’est la loi du genre. Le vrai échec de Mélenchon n’est pas d’avoir entrainé suffisamment de croyants, mais d’en avoir fait le plein à la présidentielle. L’électorat flottant qui vote Hamon un jour et Jadot le lendemain (et Macron le surlendemain) a reçu tellement d’attentions au nom que l’élection présidentielles se joue au centre !!!! Telle est la faute. Et aux Européennes, dont tout le monde se fout, au lieu d’avoir dénoncé cette mascarade (hélas rémunératrice) d’avoir essayé lamentablement eu égard au résultat de draguer cet électorat flottant. J’avais dit au moment de Nuit Debout, ce n’est pas un Président qu’il faut élire, mais un référendum de sortie de l’UE. Car comme l’a montré le référendum de 2005, le seul moyen de réunir le “bloc populaire” divisé culturellement par la division du travail, c’est ça. Au lieu de draguer le centre avant le premier tour Merluchon devait annoncer solennellement la tenue d’un référendum six mois après son élection, quitte même à ne pas se mouiller sur le résultat espéré (quand on voit Tsipras, on a de toutes façons de sérieux doutes sur le fond de la pensée insoumise sur la question…). Telle est sa très grande faute, d’autant plus que son gazisme granitique lui permettait de passer outres les premiers communiants dans la dernières ligne droite… Faute historique, même si le machin s’effondre de lui-même (ce qui est loin d’être sûr) le temps historique de la gauche est passé, je le crains, dans cette dernières quinzaine avant le 1er tour (en gros la libido de conquête du pouvoir a été arrêtée par la peur de ce qu’il fallait faire pour le conquérir et assumer).

    • Descartes dit :

      @ Le Concierge

      [Vous pensez que sous la Vème où l’objectif est de propulser un homme Pt de la République un parti qui ne fait pas de la figuration peut être démocratique ?]

      Cela dépend de ce que vous appelez « démocratique ». Pensez au PS de la fin des années 1980. Il n’a pas si mal réussi lorsqu’il s’est agi de « propulser un homme président de la République ». Et pourtant, il avait des statuts, des instances élues par les militants. Il y avait des courants internes qui pouvaient s’exprimer publiquement, organiser leurs propres débats, publier leurs propres revues. Les réunions du Comité directeur n’étaient pas des simples formalités : on y discutait sec, et il est arrivé au premier secrétaire de se trouver en minorité.

      Je pense qu’il y a une erreur fondamentale à penser que le despotisme est un gage d’efficacité, que les débats et les votes internes condamnent une organisation à l’impuissance. En fait, ce qui est essentiel à l’efficacité, ce n’est pas tant la manière comme les décisions sont PRISES que le fait qu’elles soient MISES EN ŒUVRE, même par ceux qui n’y étaient pas favorables. Si le PCF a été une structure d’une redoutable efficacité, ce n’est pas parce que le Secrétaire général avait tout pouvoir (même du temps de Thorez ou Marchais il est arrivé que le Secrétaire général soit mis en minorité par le Bureau politique) que parce que les militants étaient disciplinés dans l’exécution des décisions.

      La terreur – le mot n’est pas trop fort – de Mélenchon pour tout ce qui peut ressembler à un débat ou un vote interne vient aussi de sa conviction que seule l’unanimité sur le plan des idées permet que les décisions soient appliquées. Pour le dire autrement, Mélenchon ne croit pas à la discipline de Parti, et cela tient à sa propre expérience au PS, ou la minorité n’hésitait pas à saboter les politiques décidées par la majorité.

      [Au lieu de draguer le centre avant le premier tour Merluchon devait annoncer solennellement la tenue d’un référendum six mois après son élection, quitte même à ne pas se mouiller sur le résultat espéré (quand on voit Tsipras, on a de toutes façons de sérieux doutes sur le fond de la pensée insoumise sur la question…).]

      Mais qu’est-ce qui vous fait penser que Mélenchon souhaiterait un référendum de sortie de l’UE ? Mélenchon ne veut SURTOUT PAS d’un tel référendum, qui quel que soit le résultat lui lierait les mains. Si le « non » l’emporte, toute sa stratégie qui consiste à négocier « l’autre Europe » en menaçant d’une sortie s’écroule. Et si le « oui » s’impose, il n’y a plus aucune négociation possible et la sortie est inévitable. Il faut comprendre que le projet de Mélenchon est « l’autre Europe », tout aussi supranationale que celle que nous avons. Et pour cela, il ne faut surtout pas casser les institutions quasi-fédérales construites par Mitterrand…

      • Vincent dit :

        >> Merluchon devait annoncer solennellement la
        >> tenue d’un référendum six mois après son élection,
        >> quitte même à ne pas se mouiller sur le résultat

        > Mélenchon ne veut SURTOUT PAS d’un tel
        > référendum, qui quel que soit le résultat lui
        > lierait les mains.

        Peut être, mais la suggestion de “Le Consierge” était que Mélenchon devrait faire ça, du point de vue non pas de ce qu’il a envie de faire, mais ce qui serait l’intérêt du pays.
        Et j’avoue que c’est assez tentant.
        Si jamais un sondage donne la sortie de l’UE pas loin des 50%, ça va commencer à pétocher sacrément à Bruxelles. Et il y a peut être moyen de négocier une modification des traités faisant que l’UE n’est pas supranationale. Ca permettrait de sortir de l’UE actuelle en gardant la face, sachant que si la France s’en va, tout pète, mais ils ne gardent pas la face.

        Bref, peut être que ce n’est pas stupide… Mais pour que la négociation soit possible, il faut effectivement que l’UE ait le pistolet sur la temps, avec la perspective d’une sortie brutale et sans accord avec une probabilité non négligeable.

        > Il faut comprendre que le projet de Mélenchon
        > est « l’autre Europe », tout aussi supranationale
        > que celle que nous avons. Et pour cela, il ne
        > faut surtout pas casser les institutions quasi-
        > fédérales construites par Mitterrand…

        Je n’en suis pas certain. Je pense que l’autre Europe est chez Mélenchon, est un slogan permettant de ne se mettre à dos ni ceux qui sont pour ni ceux qui sont contre. De ce point de vue là, il fait la même chose que tout le monde (FN / DLF / Républicains / UDI / EELV / PS / Génération.s / LREM).
        Et ce slogan ne veut simplement rien dire du tout.

        Petit florilège rapide :
        Sur le thème “Autre Europe” :
        “Il existe un autre chemin pour l’Europe” Laurent Wauquiez 2019
        “Unir nos forces pour affirmer qu’une autre Europe est possible” Parti socialiste d’Olivier Faure
        “une autre Europe est possible” Marine Le Pen 2018
        “une autre voie pour l’Europe” EELV (2019)

        Sur le thème “refonder l’europe” :
        “refonder l’Europe” (mot d’ordre de Macron fin 2018 / début 2019)
        “Refonder l’Europe de la solidarité” (Site gouvernemental France Stratégie)
        “refondation d’une Europe souveraine, unie et démocratique” (Macron, au discours de la Sorbonne en 2017)
        “Refonder l’Europe, rétablir la France”. Un des slogans des Républicains pour les européennes de 2019
        “Refonder l’Europe ? C’est possible et urgent. Les écologistes souhaitent une profonde réforme des traités, dans un vaste mouvement de démocratisation” (Programme EELV 2019)
        “Nous refusons l’Europe sans politique défendue par les néo-libéraux, mais aussi la politique hors de l’Europe des nationalistes.” (Hamon, lors de la création de Génération.s”
        “pour changer l’Europe, nous avons besoin de constance et de clarté.” (Hamon, 2019)

        Sur le thème “reconstruire l’europe” :
        “reconstruire une Europe qui protège” (Nicolas Dupont Aignan, 2019)
        “On veut reconstruire l’Europe, pas en sortir” (Éric Coquerel, 2018, titre d’une tribune)

        Sur le thème “nouvelle europe” :
        “Nous sommes face à une nouvelle étape de l’aventure européenne” (Macron, mai 2019)
        “Une France forte dans une Nouvelle Europe” Un des slogans des Républicains pour les européennes de 2019
        “l’Europe Nouvelle Génération” Un des slogans de Génération.s pour les européennes de 2019

        Sur le thème “changer l’europe” :
        “Nos propositions : changeons d’Europe” Titre du programme du PS pour les européennes de 2019
        “Le moment est venu de changer l’Union européenne pour la mettre au service de l’intérêt général” Hamon, présentation de son projet européen 2019
        “Pour la France : transformer l’Europe” : titre du programme des Républicains pour les européennes de 2019

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Si jamais un sondage donne la sortie de l’UE pas loin des 50%, ça va commencer à pétocher sacrément à Bruxelles. Et il y a peut être moyen de négocier une modification des traités faisant que l’UE n’est pas supranationale.]

          Vous rêvez. La situation que vous décrivez s’est déjà présentée, lorsque Cameron est allé à Bruxelles demander des concessions en échange desquelles il renoncerait au référendum sur le Brexit. Qu’à-t-il obtenu ? Rien. On lui a claqué la porte au nez. Si demain la France jouait le même jeu, on arriverait au même blocage. Pourquoi ? Parce qu’aucune institution n’accepte de se suicider gentiment. Sans la supranationalité, les institutions européennes ne sont rien.

          [Bref, peut être que ce n’est pas stupide… Mais pour que la négociation soit possible, il faut effectivement que l’UE ait le pistolet sur la temps, avec la perspective d’une sortie brutale et sans accord avec une probabilité non négligeable.]

          Pour moi, ce genre de négociation c’est un cadeau fait à l’ennemi. L’UE n’acceptera jamais de bonne grâce une modification des traités dans un sens souverainiste. C’est pour l’UE une question existentielle. Toute négociation aboutira à la même chose que celle sur le Brexit : à perdre deux ans qui permettront à l’adversaire de se regrouper et d’affaiblir la résolution des partisans de la sortie, pour aboutir à la fin à une proposition inacceptable. Mieux vaut casser dès le départ.

          [Je n’en suis pas certain. Je pense que l’autre Europe est chez Mélenchon, est un slogan permettant de ne se mettre à dos ni ceux qui sont pour ni ceux qui sont contre.]

          Je ne le crois pas. Ses trente ans de trajectoire politique et son mitterrandisme impénitent pointe décisivement dans cette direction. Car que reproche Mélenchon à Maastricht ? Si l’on se tient à ce qu’il avait écrit en 1998, c’est de ne pas avoir tenu ses promesses, de ne pas avoir construit véritablement cette Europe supranationale prospère et sociale qu’on lui avait promis. Ce ne sont pas les objectifs du traité qui étaient en cause. C’est le fait de ne pas les avoir respectés. L’idéal institutionnel de Mélenchon, c’est clairement le fédéralisme européen.

          • Vincent dit :

            > Si demain la France jouait le même jeu, on
            > arriverait au même blocage. Pourquoi ?

            C’est mon seul point de désaccord avec vous : une UE dans la GB est concevable. Une UE sans la France, non. Et du coup, sans doute que la pression ne sera pas la même.
            Mais je vous accorde que :
            1°) Ils seront peut être prêts à prendre le risque, si les sondages ne sont pas à 70/30 en faveur d’un Frexit
            2°) On n’arrivera de toute manière à rien si on a pas décidé que le plan A était un Frexit, mais qu’on laisse à l’UE la possibilité d’un plan B qui leur permette de sauver la face…

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [C’est mon seul point de désaccord avec vous : une UE dans la GB est concevable. Une UE sans la France, non. Et du coup, sans doute que la pression ne sera pas la même.]

              Je ne vois pas très bien en quoi une « UE sans la France » serait moins concevable qu’une UE sans la Grande Bretagne.

              • Vincent dit :

                Si la France s’en va, Espagne, Portugal, et Italie deviennent non seulement des pays du “Club Med”, mais sont en plus coupés géographiquement. Ils devront aussi partir.
                L’UE pourra alors perdurer, mais ce ne sera plus que l’Allemagne et son hinterland (?lebensraum ?). Soit pas tout à fait le même esprit que ce qu’on a aujourd’hui.
                Et je parie que, dans cette configuration, comme il n’y aura plus aucun gros pays pour tenir tête à l’Allemagne, les allemands vont recommencer leur spécialité historique : être très fort tactiquement, mais perdre stratégiquement à force d’être trop forts tactiquement :
                Ils vont mettre tellement en coupe réglée les autres pays que ceux çi finiront par en avoir marre…

                • Descartes dit :

                  @ Vincent

                  [Si la France s’en va, Espagne, Portugal, et Italie deviennent non seulement des pays du “Club Med”, mais sont en plus coupés géographiquement. Ils devront aussi partir.]

                  L’argument est très faible. D’abord, on voit mal pourquoi l’Espagne ou le Portugal devraient partir du fait qu’ils seraient « coupés géographiquement ». Souvenez-vous l’Europe des douze : il n’y avait pas de continuité territoriale, puisque la Grèce était séparée du reste de l’Europe par les états balkaniques – dont certains d’ailleurs étaient de l’autre côté du rideau de fer. Quant à l’Italie, je ne vois pas en quoi le départ de la France la couperait « géographiquement ». J’ajoute qu’il y a encore aujourd’hui des pays pour lesquels il n’y a pas de continuité terrestre : l’Irlande, la Grande Bretagne, Malte…

                  Je vous le répète: l’Europe n’a pas besoin de nous. Il vaudrait mieux le comprendre et agir en conséquence, plutôt que de se raconter qu’à la menace de notre départ les murs s’effondreront.

                  • Gugus69 dit :

                    Ce qui est vrai en revanche, c’est que si la France quittait l’UE après la Grande Bretagne, ce sont les deux plus gros contributeurs nets au budget de l’Union après l’Allemagne qui feraient défaut.
                    Du coup, l’UE auraient beaucoup moins de sens pour les pays bénéficiaires nets (Pologne, Hongrie…).
                    Car il est fort peu probable que les Allemands consentiraient à compenser les pertes.
                    Il faut avoir à l’esprit que le Brexit suppose à lui seul une augmentation de la contribution française de deux ou trois milliards d’euros par an !
                    Sans ces transferts financiers massifs, l’UE redeviendrait une sorte de CEE…
                    Mais il est vrai que ça ne signifie pas que l’Union européenne disparaîtrait.
                    L’euro par contre…

                    • Descartes dit :

                      @ Gugus69

                      [Ce qui est vrai en revanche, c’est que si la France quittait l’UE après la Grande Bretagne, ce sont les deux plus gros contributeurs nets au budget de l’Union après l’Allemagne qui feraient défaut. Du coup, l’UE auraient beaucoup moins de sens pour les pays bénéficiaires nets (Pologne, Hongrie…).]

                      Effectivement, si les riches s’en vont est seuls les pauvres restent, ça va poser quelques problèmes pour équilibrer le budget.

                      [Car il est fort peu probable que les Allemands consentiraient à compenser les pertes.]

                      Pas du tout évident. Les Allemands utilisent leur économie comme nous utilisons notre armée : ils en font un facteur de puissance. Ils consentiraient probablement à compenser les pertes, mes exigeraient en échange d’avoir le contrôle des caisses. D’ailleurs, cela a commencé déjà : il ne vous aura pas échappé qu’une Allemande présidera la Commission européenne…

          • Fabien dit :

            Bonjour,

            [Pour moi, ce genre de négociation c’est un cadeau fait à l’ennemi. L’UE n’acceptera jamais de bonne grâce une modification des traités dans un sens souverainiste. C’est pour l’UE une question existentielle. Toute négociation aboutira à la même chose que celle sur le Brexit : à perdre deux ans qui permettront à l’adversaire de se regrouper et d’affaiblir la résolution des partisans de la sortie, pour aboutir à la fin à une proposition inacceptable. Mieux vaut casser dès le départ.]

            Je ne vois pas comment éviter la perte des deux ans sans sortir de la légalité. Je suis allé relire votre article ”Il n y a pas « d’exit » heureux” en me demandant ce que vous préconisiez alors et j’ai seulement trouvé dans le dernier paragraphe :

            [C’est pourquoi le seul espoir du camp souverainiste est de construire un récit qui soit à la foi réaliste et mobilisateur.]…[La sortie de l’Union européenne serait aujourd’hui, comme la Résistance hier, une aventure.]

            Alors jusqu’à maintenant le déroulement du brexit vous donne raison et les deux ans de négociations ont les allures d’une nasse pour le pays qui veut sortir de l’UE. Mais le fait est que la France a bel et bien ratifié le traité de Lisbonne. Comment sort concrètement de l’UE sans passer par l’article 50? On dénonce l’UE? ou seulement le traité de Lisbonne et son article 50? Quelles conséquences pour la crédibilité de notre nation ensuite?
            Selon la réponse à ces questions, l’enjeu pour les souverainistes n’est pas de convaincre une majorité qu’il faut sortir de l’UE, mais qu’il faut en sortir en suivant [insérer stratégie crédible autre que l’art.50].

            Merci d’avance pour votre réponse.

            • Descartes dit :

              @ Fabien

              [Je ne vois pas comment éviter la perte des deux ans sans sortir de la légalité.]

              Mais pourquoi ce souci de « légalité » ? Contrairement à ce que veulent faire croire les juristes, il n’y a pas de « légalité internationale », tout simplement parce qu’il n’existe pas de juridiction capable de faire primer le droit sur la force. Le droit international est un droit avant tout politique, que les états violent allégrement quand cela les arrange et que le rapport de force le leur permet. Regardez l’affaire du traité entre l’Iran et le « groupe des cinq ». Les USA décident de renier leur parole et se retirent du traité. Ils imposent même unilatéralement des sanctions à l’Iran. Et l’Iran n’a que ses yeux pour pleurer. A quel juge peut-il recourir contre cette violation flagrante de la « légalité » ?

              [Alors jusqu’à maintenant le déroulement du brexit vous donne raison et les deux ans de négociations ont les allures d’une nasse pour le pays qui veut sortir de l’UE. Mais le fait est que la France a bel et bien ratifié le traité de Lisbonne. Comment sort concrètement de l’UE sans passer par l’article 50? On dénonce l’UE? ou seulement le traité de Lisbonne et son article 50?

              On dénonce les traités européens, en donnant un « délai raisonnable » d’adaptation. Pendant ce délai, on commence immédiatement à adapter notre droit interne, et on négocie des traités bilatéraux ou multilatéraux pour régir nos rapports avec nos différents partenaires – européens ou non, d’ailleurs. Et à la date annoncée, les traités européens cessent de s’appliquer.

              [Quelles conséquences pour la crédibilité de notre nation ensuite?]

              Je ne sais pas ce qui rend une nation plus « crédible » : le fait de montrer qu’elle est capable de défendre ses intérêts y compris en prenant des mesures fortes, ou montrer qu’on respecte la règle fut-elle absurde jusqu’à ses dernières conséquences. L’histoire a montré que sur la scène internationale, la crédibilité va plutôt à la première option.

              [Selon la réponse à ces questions, l’enjeu pour les souverainistes n’est pas de convaincre une majorité qu’il faut sortir de l’UE, mais qu’il faut en sortir en suivant [insérer stratégie crédible autre que l’art.50].]

              Mais en même temps, montrer qu’on a une stratégie crédible autre que l’article 50 montre d’abord qu’on a réfléchi à la question, et puis qu’on a de la ressource. Parce que soyons honnêtes : le spectacle de la classe politique britannique freinant des quatre fers pour empêcher ce que le peuple a voté d’advenir, ça ne fait pas très envie…

  10. Eduen dit :

    Vous utilisez, à raison, le terme de ego-politique pour désigner le fonctionnement de LREM et de LFI, mais pourquoi pas le RN ?

    Si chez eux cela concerne une dynastie et pas un homme seul, le principe reste le même, qui aujourd’hui au sein de ce parti peut prétendre à être présidentiable à part un Lepen ?

    La volonté de rester dans l’opposition pour « régner en enfer plutôt que servir au paradis » (sans parler que de la position plus simple d’opposant que de gouvernant) se retrouve autant chez JLM que chez MLP.

    Enfin, MLP use également de la tactique des « petit jeunes » pur conserver son trône , la promotion du jeune Bardella fraîchement élu et devant sa précédente nomination comme tête de liste à MLP au poste de vice président, ne rassemble t’elle pas furieusement à la monté en grade de Quatennens ?

    • Descartes dit :

      @ Eduen

      [Vous utilisez, à raison, le terme de ego-politique pour désigner le fonctionnement de LREM et de LFI, mais pourquoi pas le RN ? Si chez eux cela concerne une dynastie et pas un homme seul, le principe reste le même, qui aujourd’hui au sein de ce parti peut prétendre à être présidentiable à part un Lepen ?]

      Parce que le RN a une histoire très différente. LREM ou LFI sont des machines créées pour assurer la promotion d’un seul homme, qui garde un contrôle total sur sa machine. Le RN est au contraire un rassemblement de tribus qui a mis très longtemps à faire apparaître un leader incontesté. Et lorsque je dis « incontesté », je fais un abus de langage puisque ce leader a été contesté plusieurs fois : une première fois par Bruno Mégret – sans succès – et une seconde fois par le couple MLP-Philippot, qui ont réussi à mettre le patriarche à la retraite.

      On peut dire ce qu’on veut du RN, mais certainement pas qu’il « n’y a pas de moyen de ne pas être d’accord » en son sein, pour citer Carole Girard. Au contraire, vous n’aurez aucun mal à me citer deux ou trois courants plus ou moins dissidentes de la ligne « officielle ». Rien de comparable à LREM ou à LFI. Pas un seul « marcheur » qui se déclare en désaccord avec Macron, pas un seul « insoumis » qui met sur la place publique ses désaccords avec Mélenchon.

      [La volonté de rester dans l’opposition pour « régner en enfer plutôt que servir au paradis » (sans parler que de la position plus simple d’opposant que de gouvernant) se retrouve autant chez JLM que chez MLP.]

      Peut-être. Mais MLP a derrière elle une organisation où il y a un vrai débat, des vrais désaccords. Le RN a des instances statutaires, et les réunions – si l’on croit ceux qui participent – ne sont pas de tout repos : ça gueule, ça se dispute. LREM ou LFI n’ont pas de véritables instances ou les gens ventilent leurs désaccords. Les débats – si tant est qu’il y ait débat – se passent derrière porte close, et même les militants n’en savent rien.

      [Enfin, MLP use également de la tactique des « petit jeunes » pur conserver son trône , la promotion du jeune Bardella fraîchement élu et devant sa précédente nomination comme tête de liste à MLP au poste de vice président, ne rassemble t’elle pas furieusement à la monté en grade de Quatennens ?]

      Sauf que, lorsqu’on regarde la garde rapprochée de MLP, on s’aperçoit que Bardella est l’exception et non la règle. Alors que vous ne trouverez pas UN SEUL membre du « premier cercle » de Mélenchon qui ait son âge.

      • Vincent dit :

        >> Enfin, MLP use également de la tactique des « petit
        >> jeunes » pur conserver son trône

        > Sauf que, lorsqu’on regarde la garde rapprochée de
        > MLP, on s’aperçoit que Bardella est l’exception
        > et non la règle.

        Surtout, je pense que la comparaison entre les deux ne tient pas la route :
        – Mélenchon a un âge où on commence à se poser la question de son retrait. Pas MLP, ce qui fait tout de même une différence quand il s’agit de nommer ceux qui devront poursuivre le travail,
        – Mélenchon peut gagner une élection sur son nom, sur son bagout, sur sa culture, et, disons le, sur sa carrure. Au contraire, comme on l’a vu lors du débat, l’électorat du FN vote pour le FN malgré l’incompétence, le “j’menfoutiste” manifeste, et, disons le, l’inconséquence de sa présidente. On mettrait une chèvre à la place, elle ferait au moins aussi bien. Là encore, au moment de se poser la question de “qui pourrait prendre la place du calife”, ça change un peu la donne,
        – La culture dominante des mouvements gauchistes est le refus de toute verticalité et de tout chef, là où la culture politique du FN est exactement inverse. Une fois de plus, cette différence change tout quand il s’agit de poser la question du choix d’un chef.

        Par ailleurs, on peut remarquer que, à LFI, il n’y a pas de ligne politique ni de réflexion programmatique, car les gens partent tellement dans toutes les directions que ce serait impossible. Alors que, globalement, ils ont une culture politique assez compatible (hormis la question du souverainisme, qui divise), et une stratégie politique commune (rassembler toute la gauche, point barre). Ce qui fait la doctrine, c’est le discours de Mélenchon, rien que le discours de Mélenchon, et tout le discours de Mélenchon. Si un porte-parole cherche à interpréter une ambiguïté à sa sauce, c’est de sa responsabilité.
        Au FN, au contraire, il y a des instances qui réfléchissent (je ne sais pas si c’est toujours le cas depuis le départ de Philippot…), qui conçoivent le programme, etc. Et la présidente est en charge de présenter le mieux possible (et pas super bien) ce qui a été travaillé en interne. Au contraire de LFI, il n’y a pas de désaccord réel au sein du FN sur ce qu’il faut faire, mais simplement des stratégies politiques différentes (certains sur l’identitaire, d’autres sur le social), et des cultures d’origine différentes. Tout l’inverse de LFI.

        Ce qui est assez rigolo, c’est qu’on s’attendrait à un culte du chef qui décide de tout plutôt à la droite, et à un bazar sur la stratégie, avec un chef qui n’est que porte parole à la gauche. C’était le cas avant l’arrivée de Mélenchon et Le Pen. Mais ça s’est inversé !

        Sur la question de faire monter des jeunes… Comme je l’ai écrit, ça n’a rien de comparable. Mais il y a eu Philippot il y a un bon moment, Marion Maréchal, maintenant Bardella. Ce n’est pas si isolé que ça. S’agit il d’une stratégie de jeunisme. Je ne pense pas. Alors que ça l’est sans doute plus à LFI.

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Surtout, je pense que la comparaison entre les deux ne tient pas la route :
          – Mélenchon a un âge où on commence à se poser la question de son retrait. Pas MLP, ce qui fait tout de même une différence quand il s’agit de nommer ceux qui devront poursuivre le travail,]

          C’est vrai. Mais vous noterez que Jean-Marie Le Pen a laissé la place volontairement, alors qu’il aurait pu encore la conserver quelques années. On imagine mal Mélenchon agissant de même.

          [– Mélenchon peut gagner une élection sur son nom, sur son bagout, sur sa culture, et, disons le, sur sa carrure. Au contraire, comme on l’a vu lors du débat, l’électorat du FN vote pour le FN malgré l’incompétence, le “j’menfoutiste” manifeste, et, disons-le, l’inconséquence de sa présidente. On mettrait une chèvre à la place, elle ferait au moins aussi bien. Là encore, au moment de se poser la question de “qui pourrait prendre la place du calife”, ça change un peu la donne,]

          Oui. Et cela vous montre que les électeurs RN votent le parti, pas le candidat. Ce qui tend à renforcer mon idée que la dynamique du RN est celle d’un parti « à l’ancienne », et non pas une logique d’égo-politique.

          [Par ailleurs, on peut remarquer que, à LFI, il n’y a pas de ligne politique ni de réflexion programmatique, car les gens partent tellement dans toutes les directions que ce serait impossible. Alors que, globalement, ils ont une culture politique assez compatible (hormis la question du souverainisme, qui divise), et une stratégie politique commune (rassembler toute la gauche, point barre).]

          Je pense que vous faites ici une erreur. La diversité idéologique chez LFI est beaucoup plus grande que vous ne le pensez, et leur culture politique peut-être très différente. Quoi de commun entre les trotskystes rompus à la manipulation, ou les communistes qui cultivent la discipline et l’esprit de parti, les « alternatifs » individualistes et toujours prêts à aller là où la soupe est meilleure. Quoi de commun entre les écologistes romantiques et antiscientifiques, et les communistes scientistes ?

          Cela étant dit, ça n’a jamais empêché la « réflexion programmatique » ou le choix d’une « ligne ». Les courants du PS étaient aussi très divers, entre le libéralisme centriste de Bockel et le gauchisme de Mélenchon. Ils étaient unis par deux choses : un ennemi commun et l’envie du pouvoir.

          [Ce qui fait la doctrine, c’est le discours de Mélenchon, rien que le discours de Mélenchon, et tout le discours de Mélenchon. Si un porte-parole cherche à interpréter une ambiguïté à sa sauce, c’est de sa responsabilité. Au FN, au contraire, il y a des instances qui réfléchissent (je ne sais pas si c’est toujours le cas depuis le départ de Philippot…), qui conçoivent le programme, etc. Et la présidente est en charge de présenter le mieux possible (et pas super bien) ce qui a été travaillé en interne.]

          Tout à fait d’accord. C’était flagrant du temps de Philippot, avec la production de textes d’une grande qualité politique et formelle – quoi qu’on puisse penser de leur contenu. Cela reste vrai, même si le recentrage « populiste » a réduit l’importance de ce travail.

          [Au contraire de LFI, il n’y a pas de désaccord réel au sein du FN sur ce qu’il faut faire, mais simplement des stratégies politiques différentes (certains sur l’identitaire, d’autres sur le social), et des cultures d’origine différentes. Tout l’inverse de LFI.]

          Là, je ne suis pas d’accord. Il y a encore au RN des groupes catholiques préconciliaires qui sont contre l’avortement ou la séparation de l’Eglise et de l’Etat, alors que la ligne officielle ne remet jamais en cause ces acquis, et fait au contraire de la laïcité un cheval de bataille. En matière économique, il y a de grandes différences entre le libéralisme des rapatriés d’Algérie et l’étatisme des militants d’origine ouvrière.

          LFI et le RN sont tous les deux des mosaïques. Mais ils gèrent cette diversité d’une manière très différente. Au RN, c’est une confédération de tribus dont chacune garde ses convictions, son projet, ses publications, et qui fonctionnent au plan national sur une logique de « non-agression », en se soumettant pour les besoins électoraux aux choix majoritaires. A LFI, chaque tribu est priée de manifester son adhésion à l’idéologie du Chef, et ceux qui s’en écartent sont virés.

          [Sur la question de faire monter des jeunes… Comme je l’ai écrit, ça n’a rien de comparable. Mais il y a eu Philippot il y a un bon moment, Marion Maréchal, maintenant Bardella. Ce n’est pas si isolé que ça.]

          Le cas de Marion va dans le sens inverse de votre argument : elle n’a pas été promue par la direction du FN, mais par un groupe critique de la direction du FN qui a voulu en faire son fer de lance. Elle a d’ailleurs vite réalisé ou cela la conduisait, et renoncé d’elle-même à participer à ce projet. Si elle revient un jour, elle le fera avec plus d’expérience et de bouteille. Dans le cas de Philippot, on peut difficilement parler d’un « jeune promu ». Lorsqu’il adhère au FN en 2011, Philippot a déjà trente ans. Quand il entre au comité central en 2014, il a l’âge du christ. Ce n’est donc pas un jeunot. A titre de comparaison, Quatennens a été élu député à 27 ans. Il est nommé coordonnateur de LFI… à 29 ans. Bompard prend la place de Delapierre à 28 ans…

          • Vincent dit :

            > Il y a encore au RN des groupes catholiques
            > préconciliaires qui sont contre l’avortement
            > ou la séparation de l’Eglise et de l’Etat, alors
            > que la ligne officielle ne remet jamais en
            > cause ces acquis, et fait au contraire de la
            > laïcité un cheval de bataille.

            Tout à fait exact. Mais (pour avoir longuement discuté avec d’excellents spécimens de soutiens du FN qui font la messe en latin), ils soutiennent quand même le FN parceque c’est le plus proche de leurs convictions : Vu qu’aucun parti susceptible d’exercer un pouvoir ne les soutient sur leurs spécificités, ils prennent celui qui est le moins loin d’eux, tout en essayant de peser en interne pour que, si il arrive au pouvoir, ils puissent espérer peser un peu (mais je pense qu’ils se mettent le doigt dans l’oeuil).
            A noter : en 2017, ils ont été très perturbés par Philippot d’un coté, Sens Commun soutenant Fillon de l’autre. Et ont pu abandonner le FN au profit de Fillon.
            Je crois cet électorat marginal.

            > En matière économique, il y a de grandes différences
            > entre le libéralisme des rapatriés d’Algérie et l’étatisme
            > des militants d’origine ouvrière.

            Tout à fait exact aussi : les ex poujadistes et ex communistes ont du mal à se mettre d’accord en matière économique et sociale, ça n’a rien d’étonnant. Mais, surtout pour les pieds-noirs, le plus important n’est pas là, de ce que j’en comprends.

            Du coup, je peux quand même retomber sur mes pattes : il n’y a pas de désaccord politique entre chacun des groupes qui sont au sein du FN et ce qu’ils considèrent comme étant le plus important pour eux (les immigrés pour les pieds noirs, le social pour les ouvriers du nord, les réserves sur le mariage gay pour les cathos…)

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [Du coup, je peux quand même retomber sur mes pattes : il n’y a pas de désaccord politique entre chacun des groupes qui sont au sein du FN et ce qu’ils considèrent comme étant le plus important pour eux (les immigrés pour les pieds noirs, le social pour les ouvriers du nord, les réserves sur le mariage gay pour les cathos…)]

              Je pense que vous vous accrochez inutilement à une description qui est erronée. Ce qui maintient ensemble les tribus qui constituent le FN n’est pas l’accord politique – les désaccords sont au contraire très nombreux et très profonds – mais l’ennemi commun. Les cathos et les étatistes laïques au FN ne s’entendent sur rien sauf sur une chose : leur ennemi est l’européisme et les élites mondialisées.

              Au départ, Mélenchon a voulu jouer la même carte, et unifier la gauche derrière la doctrine du « Front contre Front ». Le problème, c’est que l’électorat populaire ne voit pas dans le FN un véritable danger, et du coup la doctrine « Front contre Front » n’aboutit guère à les mobiliser. C’est pourquoi le FdG puis LFI restent confiné à l’électorat traditionnel de la gauche radicale…

              • Ian Brossage dit :

                @Descartes, @Vincent

                Je pense qu’il faut se rappeler que le FN n’a probablement jamais eu comme objectif réel la conquête du pouvoir (sauf peut-être quelques années sous Philippot, avant que MLP ne se plante au fameux débat de second tour… mais même avant ce débat, on sentait que MLP hésitait à présenter un profil de « parti de gouvernement », et que certains cadres rechignaient face à cette perspective). Il est beaucoup plus facile de fédérer des gens qui ont des divergences considérables, quand le but est de témoigner contre un adversaire honni, et même une disparité d’adversaires… et aussi de faire tourner une boutique électorale qui fournit des positions à un certain nombre de cadres sans avoir à exercer de lourdes responsabilités.

                Mélenchon, pour le meilleur et pour le pire, désire vraiment arriver au pouvoir (et ses militants avec).

                • Descartes dit :

                  @ Ian Brossage

                  [Je pense qu’il faut se rappeler que le FN n’a probablement jamais eu comme objectif réel la conquête du pouvoir (sauf peut-être quelques années sous Philippot, avant que MLP ne se plante au fameux débat de second tour… mais même avant ce débat, on sentait que MLP hésitait à présenter un profil de « parti de gouvernement », et que certains cadres rechignaient face à cette perspective).]

                  Tout à fait. Le FN a été pendant la plus longue partie de son histoire un parti essentiellement tribunitien, qui n’avait pas de véritable désir d’exercer le pouvoir. D’ailleurs, les premières expériences se sont soldés par des scandales : on se souvient de Vitrolles sous Mégret… C’est effectivement avec Philippot et l’émergence d’un « FN du nord » que le Front national commence à s’installer dans l’exercice « raisonnable » du pouvoir, sans rodomontades et sans coups d’éclat. Et cet exercice apparaît plutôt apprécié par les populations. De ce point de vue, le cas d’Hénin-Beaumont est le plus symptomatique. A l’opposé, chez le « FN du sud », on continue à préférer les coups d’éclat médiatiques à l’exercice réel des responsabilités – l’exemple de Béziers est peut-être le plus intéressant.

                  [Mélenchon, pour le meilleur et pour le pire, désire vraiment arriver au pouvoir (et ses militants avec).]

                  C’est l’un des éléments qui fait de lui un égo-politicien…

              • Vincent dit :

                Je vous accorde que votre interprétation de ce qui fait l’unité du FN (lutte contre le libéralisme, l’européisme, le modialisme, et les idéologies déconstructivistes) me semble plus convaincante que la mienne.

                > Au départ, Mélenchon a voulu jouer la
                > même carte, et unifier la gauche derrière
                > la doctrine du « Front contre Front ». Le
                > problème, c’est que l’électorat populaire
                > ne voit pas dans le FN un véritable danger,

                Et surtout que le FN n’est pas tomber dans le panneau : ils n’attaquent pas directement Mélenchon, et même au contraire l’épargnent plutôt, ciblant uniquement l’UMPS. Et MLP faisant régulièrement des appels aux électeurs de Mélenchon… Forcément, ça devient plus difficile pour ce dernier de dire que le seul vrai ennemi, c’est le FN…

                • Descartes dit :

                  @ Vincent

                  [« Au départ, Mélenchon a voulu jouer la même carte, et unifier la gauche derrière la doctrine du « Front contre Front ». Le problème, c’est que l’électorat populaire ne voit pas dans le FN un véritable danger, » Et surtout que le FN n’est pas tombé dans le panneau : ils n’attaquent pas directement Mélenchon, et même au contraire l’épargnent plutôt, ciblant uniquement l’UMPS.]

                  Effectivement. Il est difficile de combattre un ennemi qui ne vous reconnaît pas comme son ennemi. Les stratèges du FN – et je pense notamment à Philippot – ont bien compris que LFI n’était pas un véritable concurrent lorsqu’il s’agissait de s’adresser aux couches populaires. Cela est apparu assez évident lors de la désastreuse campagne législative d’Hénin-Beaumont : là où le FN amenait des militants qui sur les marchés parlaient d’insécurité, de chômage, d’immigration, LFI a ramené des « brigades de clowns »… Quant au socle traditionnel du « FN du sud », il est totalement imperméable au discours néo-gauchiste. Alors, à quoi bon dépenser des munitions dans un adversaire qui n’en est pas un ?

          • Yoann dit :

            Tu as de la lecture a conseiller sur le RN ? A par le livre “choc” de l’année dernière…

            J’avoue méconnaître le fonctionnement interne de cette chose, trop souvent caricaturé de “fachos” méchant pas beaux”…

            Je trouverais ça presque incroyable de faire cohabiter une ligne libéral avec une ligne plus étatique et <> si le PS n’était pas passez par la…

            • Descartes dit :

              @ Yoann

              Encore les “<>” ? Utilisez les guillemets, comme tout le monde!

              [Tu as de la lecture a conseiller sur le RN ? A par le livre “choc” de l’année dernière…]

              Je n’ai pas vraiment de lecture à conseiller. La quasi-totalité des livres sur le FN sont militants, et visent soit à démontrer que c’est un méprisable ramassis de fachos, soit à faire l’hagiographie de son fondateur. Il faut donc lire tout, avec un regard critique. Personnellement, je ne suis pas un grand connaisseur du FN et tout ce que je sais me vient de discussions avec des amis qui fréquentent ce milieu. Par ailleurs, il faut noter que le FN est un rassemblement de tribus gauloises, et que chacune a sa spécificité. Il n’y a donc pas UN mais DES FN.

  11. Nicolas JOURNOT dit :

    J’aime bien votre article bien qu’il soit très acide. J’aurais tout autant de raisons que vous d’être acide mais j’ai peut être fait des “deuils politiques” depuis un tout petit plus longtemps que vous et je pense être plus serein. Parce que j’aime bien ce que votre article dit de votre manière d’analyser la politique je vais partager avec vous mon histoire récente: En janvier 2016 (je suis à l’époque secrétaire d’une section du PCF, j’ai démissionné récemment pour des raisons personnelles) je fais l’analyse suivante devant ma section: Vers le dernier trimestre 2015, Mélenchon et Olivier Dartiguolles, porte parole du PCF, viennent d’envoyer le signal que les deux principales tendances du FDG reprennent leur liberté de manœuvre. J’explique à ma section que Mélenchon se présentera en février ou au plus tard en mars (ça je le sais par des copains du PG). Je dis que l’élection présidentielle est perdue d’avance compte-tenu du rapport de force idéologique (j’appuie mon propos d’une enquête datant de quelques mois avant sur le poids électoral respectif des diverses “familles” de la gauche). Il est clair pour moi qu’un trop grand nombre d’électeurs de la sphère PS sont acquis aux idées néolibérales et qu’à partir de là, Hollande ou Valls ne sont pas un épiphénomène, interne au PS qui empêcherait la gauche d’avoir un candidat de gauche mais un mouvement de fond du champ politique. Ce en quoi je fais une analyse contraire à la direction du PCF qui elle, veut miser sur les primaires PS et embarquer tout le monde dans une candidature de gauche revivifiée et gagner. Il me semble d’autre part évident que ce pari qui me paraît irréaliste (car il y aura selon moi une candidature sociale-libérale de toute façon), cache un autre objectif de la direction du PCF qui analyse une déroute à venir et veut maximiser le nombre de sièges de député grâce à des alliances. On reconnaît là le talent tactique du PCF (qui avec 2% en score national réussit à progresser aux législatives en nombre de sièges) mais aussi ses difficultés à penser stratégiquement (et donc à accroître son influence nationale). Bien évidemment, nous sommes en fait dans un moment de rupture avec le quinquennat Hollande et on ne peut ni doit faire l’impasse sur l’élection présidentielle. Il me semble quant à moi que le seul objectif possible et réaliste de cette élection présidentielle est de casser l’hégémonie du PS sur la gauche (un mouvement que je vois arriver depuis 20 ans), PS dont je prévois l’effondrement. J’explique à ma section que c’est Mélenchon qui va le faire, en se présentant très tôt, bien avant les primaires du PS, qu’il va absorber dès le début l’ensemble du segment politique représentant l’électorat du FDG et qu’il dépassera le candidat PS en bénéficiant du vote utile à gauche et je l’évolue au final à 18% (pas très loin donc de son score réel), la droite gagnant la présidentielle. Je prévois ensuite une poussée d’une alliance de type FDG (sans le nom) et une hégémonie de cette alliance sur la gauche, bien que l’essentiel ait été d’abord perdu avec l’élection du candidat de droite. Si quelques uns de mes camarades ont adhéré à mon analyse, un bon nombre s’est montré très sceptique qui ont reconnu par la suite que c’était plutôt vrai. Mandatés par ma section et avec l’accord discret de ma fédération, avec quelques camarades, nous entrons à LFI presque dès le début, je n’y ai pas milité beaucoup parce que je m’occupais des luttes contre la loi travail. Nous y étions principalement pour promouvoir une candidature d’union aux législatives. Pour la Fédé, les choses n’étaient pas encore claires, moi j’attendais que le PCF se décide puisque je pensais qu’il serait coincé et obligé de soutenir JLM. Effectivement, d’emblée JLM est sondé à son score de 2012 en progression et rien ne laisse penser que les primaires PS ou une candidature communiste aux présidentielles vont y changer quelque chose. A LFI j’ai immédiatement constaté la bizarrerie de la structure, l’auto-organisation sympathique mais bordélique des groupes de base, l’impossibilité pour des groupes locaux de mandater qui que ce soit pour quoi que ce soit. Je suis également très étonné de la naïveté de certaines conceptions du fonctionnement d’une organisation chez certains nouveaux venus. Mais comme me dit un militant “non encarté” ça évoluera après les présidentielles…Au début et pendant longtemps, il y a moins de militants réellement sur le terrain qu’en 2012 et ça ne décolle pas dans les sondages. Je croise le futur ex-candidat évincé par JLM sur la circo qui m’explique être “porté par une vague” et faire 15 adhésions par jour (15 clics en fait). Scepticisme. J’ai même pensé m’être trompé du tout au tout. Et puis le PCF se range au soutien de JLM (ben tiens), les primaires finissent par arriver et malheureusement c’est Hamon qui gagne (puisqu’il aurait mieux valu objectivement Valls), Hamon est trahi par pleins d’éléphants PS, les courbes se croisent et ça monte très très haut. Entre temps, il y a eu les décisions d’investitures aux législatives, avec enfin des réunions avec pas mal de monde et de nouveaux venus. Je redécouvre les joies de la manipulation de salle façon trotskyste (ça m’a rappelé ma jeunesse quand j’étais syndicaliste étudiant de voir ça). Ce n’est pas une candidature d’union qui est choisie. On quitte LFI, vu qu’on a pas l’habitude de travailler dans une orga non démocratique et que c’est lassant, vu qu’on sait, contrairement au candidat désigné, qu’il y a de bonnes chances que JLM se présente sur la circo, et surtout vu qu’on doit organiser la campagne PCF pour Mélenchon (excellent et survoltée d’ailleurs, en ce qui concerne mon secteur). Voilà pour mon passage à LFI. Dernière anecdote, au soir du second tour des législatives, alors que l’absence d’unité a été suicidaire, je croise deux jeunes néo-militants de LFI atterrés par les résultats. Je suis obligé de leur expliquer que le seuil de 12% des inscrits avec l’abstention c’est quasi 20% des votants à faire ne serait-ce que pour arriver au second tour. A Marseille (ville qui a pourtant placé JLM en tête) dans bien des endroits les 5, 6, 7% du PCF sont indispensables pour y arriver. Je leur montre, exemples de circonscriptions à l’appui, qu’on a perdu 40 députés au bas mot. Ils me disent “Pourquoi on a fait ça? Nous ce qu’on voulait c’est juste gagner!” Pourquoi en effet? Il faut raconter ici la série d’erreurs d’analyse que j’ai faites: Je ne parle pas de ne pas avoir vu Macron ou le fait que Fillon ferait pschiit, ça ça n’était pas vraiment prévisible, le fait est que la droite est au pouvoir. J’ai cru que l’échec, patent, honteux même, du M6R ferait réfléchir JLM sur ce type de forme d’organisation. Ce n’était pas un échec mais un ballon d’essai (c’est encore plus honteux d’avoir entraîné des militants sincères et travailleurs là-dedans) où il a pu expérimenter les méthodes (réseaux sociaux, groupes d’appui, etc) qu’il appliquerait dans LFI. J’ai aussi pensé que JLM avait une stratégie de longue durée alors qu’il n’en avait aucune. En fait JLM comptait gagner la présidentielle et il n’y avait rien d’autre derrière. Ce n’est pas que JLM n’est pas rationnel mais je me suis trompé de rationalité. C’est la tentative d’un leader qui pensait à l’époque qu’il serait bien vieux en 2022. Il a saisi une fenêtre de tir et il l’a saisie au max, mais c’était un one shot. Il a ensuite successivement été balloté dans des tentatives de court terme. Comme s’il n’admettait pas que le mandat Macron irait à son terme. S’installer dans la place de premier opposant, développer une stratégie “d’hégémonie conquérante”, shunter les syndicats et croire substituer au mouvement social un mouvement directement politique, se jeter à la poursuite des gilets jaunes. Balloté ainsi, il l’a été aussi vis à vis de sa base, le primat de la tactique sur la stratégie, toute sa théorie sur les affects et les signifiants creux, le conduisant à penser qu’on peut tenir tous les bouts à la fois (et deux directions stratégiques opposées à la fois). Ce qu’il a fait de plus cohérent, c’est d’absorber avec grand battage médiatique, un bout de PS de gauche, histoire de continuer d’absorber l’électorat social démocrate. Le problème c’est qu’il a fait pschiiit parce qu’au même moment il y a eu les perquisitions et son coup de colère désastreux sur lequel il est sans cesse revenu. Je me rappelle du sourire gourmand d’un haut responsable PS à l’époque: Par son incapacité à maintenir son image “d’éducateur du peuple” et d’homme d’Etat présidentiable, il a tout simplement permis au PS de continuer à exister, comme on l’a vu aux européennes. Mélenchon est bien un mitterrandien, il pensait en 2017 qu’il serait trop vieux en 2022 mais il va quand même se présenter, les “purges” à LFI montrent, il me semble, qu’il vient de passer à autre chose et de se positionner sur un temps politique plus long. Je pense tout de même qu’il a pas mal de plomb dans l’aile. La séquence électorale qui arrive est celle des municipales qui ont une toute autre réalité. Je pense que son intérêt est de lâcher la main aux locaux voire même d’aplanir des difficultés et de se concentrer sur le conflit à venir des retraites. la “fédération populaire” est un outil bien flou qui semble permettre des configurations politiques extrêmement diverses. Certains disent que JLM est mort politiquement. Je ne sais pas, mais je pense qu’il n’arrivera pas vivant (politiquement bien sûr) en 2022 s’il ne démontre pas qu’il est capable de porter des dispositifs unitaires et victorieux dans ces municipales. On sent qu’il y a autre chose dans la stratégie de LFI dans les pudeurs de langage obstinées lorsque des configurations d’union de la gauche se dessinent. Mais je vois aussi que pas mal de militants LFI ne sont pas au courant de leur propre stratégie…Est-elle définie ou y-a-t-il un flottement? Mystère.

    • Descartes dit :

      @ Journot

      [J’aime bien votre article bien qu’il soit très acide.]

      Pourquoi « acide » ? Les faits sont les faits… et si les faits sont « acides », ce n’est certainement pas ma faute.

      [Je dis que l’élection présidentielle est perdue d’avance compte-tenu du rapport de force idéologique (j’appuie mon propos d’une enquête datant de quelques mois avant sur le poids électoral respectif des diverses “familles” de la gauche).]

      J’avoue que votre expression me laisse songeur… cela veut dire quoi « l’élection est perdue d’avance » ? Qu’aucun candidat étiqueté « à gauche » ne peut gagner ? Mais dans ce cas, il faudrait considérer l’élection comme 2012 une élection « gagnée », n’est-ce pas ? Pensez-vous que ce soit vraiment le cas ?

      [Ce en quoi je fais une analyse contraire à la direction du PCF qui elle, veut miser sur les primaires PS et embarquer tout le monde dans une candidature de gauche revivifiée et gagner. Il me semble d’autre part évident que ce pari qui me paraît irréaliste (car il y aura selon moi une candidature sociale-libérale de toute façon), cache un autre objectif de la direction du PCF qui analyse une déroute à venir et veut maximiser le nombre de sièges de député grâce à des alliances.]

      On peut reprocher à la direction du PCF de l’époque beaucoup de choses, mais pas de ne pas avoir une vision claire de ses priorités. Cela fait bien longtemps – depuis la désastreuse campagne de Marie-George Buffet, pour être précis – que la direction du PCF se fout des élections présidentielles. Son but de guerre, c’est de sauver son implantation locale : ses députés, ses conseillers régionaux et départementaux, et surtout ses maires et conseillers municipaux. Ce sont eux qui font aujourd’hui vivre le PCF, c’est leur présence qui fait que le PCF joue encore – pour combien de temps – dans la cour des grands et non dans celle des groupuscules.

      Or, le PCF ne peut sauver aujourd’hui sa présence locale que grâce à des alliances. Et si l’on admet cet objectif prioritaire, accepter de sacrifier la candidature présidentielle en échange d’un soutien à des candidatures locales est parfaitement raisonnable. A quoi bon se battre pour faire 3% – et encore, avec de la chance – alors qu’en soutenant le candidat PS on peut obtenir quelques députés ou quelques mairies de plus ?

      Ma critique à la direction du PCF ne porte pas tant sur les priorités choisies et la stratégie pour les atteindre, que sur le refus de l’assumer publiquement. Au lieu d’expliquer à l’opinion se priorités, de dire que son soutien à tel ou tel candidat présidentiel est purement tactique et n’implique qu’un accord minimal sur le fond, on persiste à prendre les gens pour des imbéciles en leur expliquant que la priorité est de « battre la droite » et autres balivernes de ce genre. Non, si la priorité est d’avoir autant d’élus que possible, alors tout accord électoral qui permet d’aboutir à ce résultat est légitime. Le problème de la direction du PCF, c’est qu’elle veut à la fois faire de la Realpolitik et être en paix avec sa conscience.

      J’explique à ma section que c’est Mélenchon qui va le faire, en se présentant très tôt, bien avant les primaires du PS, qu’il va absorber dès le début l’ensemble du segment politique représentant l’électorat du FDG et qu’il dépassera le candidat PS en bénéficiant du vote utile à gauche et je l’évolue au final à 18% (pas très loin donc de son score réel), la droite gagnant la présidentielle. Je prévois ensuite une poussée d’une alliance de type FDG (sans le nom) et une hégémonie de cette alliance sur la gauche, bien que l’essentiel ait été d’abord perdu avec l’élection du candidat de droite.]

      Si la première partie de la prédiction s’est révélée exacte, la deuxième était d’un très grand optimisme. Pour le comprendre, il faut revenir à la cause de la rupture du FDG. Pour Mélenchon, le FDG était l’embryon d’un nouveau parti dont bien évidemment il prendrait la tête et dans lequel se fondraient les organisations membres. C’était un scénario d’OPA sur le PCF qui ressemblait à celui réussi par Mitterrand sur la SFIO en 1972. Pour le PCF, il s’agissait d’une alliance plus proche du Programme commun de 1974, ou chaque organisation conserve son expression, sa parole et, lasts but not least, sa trésorerie. Imaginer qu’on puisse surmonter un tel désaccord pour reconstituer une « alliance de type FDG » après les présidentielles, c’était se bercer de douces illusions.

      [A LFI j’ai immédiatement constaté la bizarrerie de la structure, l’auto-organisation sympathique mais bordélique des groupes de base, l’impossibilité pour des groupes locaux de mandater qui que ce soit pour quoi que ce soit. Je suis également très étonné de la naïveté de certaines conceptions du fonctionnement d’une organisation chez certains nouveaux venus. Mais comme me dit un militant “non encarté” ça évoluera après les présidentielles…]

      Vous comprenez maintenant pourquoi certains leaders politiques portent aux nues les jeunes et les « nouveaux venus » à la politique : ils sont naïfs et donc manipulables. Pour vous et moi, qui avons été formés dans la culture du PCF, les questions d’organisation sont centrales parce qu’elles conditionnent la manière dont les décisions seront mises en œuvre. Et le plus beau programme, le plus magnifique projet ne valent rien si on ne se donne pas les moyens de les traduire dans la réalité. Mais cette conception « organiciste » n’est pas la règle. Aujourd’hui, ce serait plutôt l’exception. Pensez au débat institutionnel sur la VIème République : on a écrit des traités innombrables pour discuter de la manière de prendre les décisions, on n’a pratiquement rien écrit sur la manière dont celles-ci seraient mises en œuvre.

      [Voilà pour mon passage à LFI. Dernière anecdote, au soir du second tour des législatives, alors que l’absence d’unité a été suicidaire, je croise deux jeunes néo-militants de LFI atterrés par les résultats. Je suis obligé de leur expliquer que le seuil de 12% des inscrits avec l’abstention c’est quasi 20% des votants à faire ne serait-ce que pour arriver au second tour. A Marseille (ville qui a pourtant placé JLM en tête) dans bien des endroits les 5, 6, 7% du PCF sont indispensables pour y arriver. Je leur montre, exemples de circonscriptions à l’appui, qu’on a perdu 40 députés au bas mot. Ils me disent “Pourquoi on a fait ça? Nous ce qu’on voulait c’est juste gagner!” Pourquoi en effet?]

      Parce que la direction de LFI ne voulait pas « juste gagner ». Elle voulait affaiblir les autres, et surtout le PCF qui est la bête noire, et cela depuis de très longues années, de la « cour » trotskyste du Chef et du Chef lui-même. Il ne faut pas se laisser tromper par les déclarations d’amour de 2008/2012. Mélenchon, comme son maître Mitterrand, n’a cherché à embrasser le PCF que pour mieux l’étouffer. Aux législatives, le but de Mélenchon était double : avoir un groupe parlementaire, et empêcher le PCF d’avoir le sien, pour pouvoir annexer les rares députés communistes restants et les soumettre à son autorité.

      [J’ai aussi pensé que JLM avait une stratégie de longue durée alors qu’il n’en avait aucune. En fait JLM comptait gagner la présidentielle et il n’y avait rien d’autre derrière.]

      Je ne le crois pas. Il a peut-être fantasmé sur le fait d’être présent au second tour de la présidentielle, ou même de gagner contre Marine Le Pen, mais j’ai du mal à imaginer qu’il y ait cru vraiment. Si c’avait été le cas, il aurait je pense commencé à préparer une équipe pour pouvoir gouverner ensuite, et je peux vous assurer que ce n’était pas le cas. Non, je pense que Mélenchon avait une stratégie de longue durée : il pensait sortir de la présidentielle comme le leader de l’opposition « de gauche » à un gouvernement « de droite » (Fillon, Juppé ou Sarkozy, peu importe), et donc d’imposer à un PS en déroute, à un PCF déconfit et aux différents groupuscules son leadership.

      Cette stratégie n’a pas marché pour trois raisons : la première est que la droite a perdu, et du coup la polarisation « gauche/droite » a beaucoup perdu de son charme et ne mobilise pas vraiment. La seconde est que la faiblesse de son organisation a fait que son résultat à la présidentielle ne s’est pas reflété aux législatives. Avec 17 députés – alors que le PS en a 30 – il peut difficilement se poser en leader de l’opposition parlementaire, et les communistes ont toujours un groupe autonome. La troisième est que le jeu électoral se joue autour de la polarisation « progressistes(à la Macron)/populistes », et que LFI a beaucoup de mal à se situer dans ce contexte : alors que son discours est plutôt « populiste », sa sociologie le place décidément dans le camp « progressiste »…

      [Je pense tout de même qu’il a pas mal de plomb dans l’aile. La séquence électorale qui arrive est celle des municipales qui ont une toute autre réalité.]

      Effectivement, pour un mouvement « charismatique » comme LFI mes municipales, qui sont la plus locale des élections, risquent d’être difficiles. LFI a un dirigeant charismatique au niveau national, mais peu de dirigeants connus et respectés au niveau local. Les députés ont connu une certaine notoriété (Quatennens à Lille, par exemple). A une époque, on avait la nette impression que Mélenchon voulait jouer à fond la carte marseillaise. Certaines mauvaises langues – mauvaises mais bien informées – parlaient même de discussions entre Mélenchon et Gaudin sur le mode « tu me laisses le fauteuil, je couvre tes arrières », et on voyait par ailleurs tous les événements importants de LFI être organisés à Marseille. Mais la politique marseillaise est compliquée, et le poids du RN ne laisse pas beaucoup de marges de manœuvre pour conquérir la mairie…

      [Je pense que son intérêt est de lâcher la main aux locaux voire même d’aplanir des difficultés et de se concentrer sur le conflit à venir des retraites.]

      Le problème, c’est que « les locaux » n’ont aucune légitimité pour s’engager au nom de LFI. Imaginez que dans une commune un « groupe de soutien » fasse liste commune avec le PCF, qu’un autre présente un candidat, un troisième soutienne le maire sortant écologiste pendant que le quatrième participe à la liste « Générations » ? Laquelle de ces listes aura droit à proclamer qu’elle est « soutenue par LFI » ? Il faudra bien donner à une instance quelconque le pouvoir de ratifier ou non des accords avec les autres organisations. Si cette instance est nationale comme la « commission électorale », elle aura une connaissance approximative des réalités du terrain et ça risque de faire du mal. Et LFI n’a pas d’instances locales ayant une quelconque légitimité pour trancher les conflits.

      [la “fédération populaire” est un outil bien flou qui semble permettre des configurations politiques extrêmement diverses.]

      La « fédération populaire » est un syntagme vide. Mélenchon en invente généralement un par an : avant c’était « l’autonomie conquérante », la « révolution citoyenne », la « constituante citoyenne »… aujourd’hui c’est la « fédération populaire ». Il ne faut pas faire trop attention…

      [Certains disent que JLM est mort politiquement. Je ne sais pas, mais je pense qu’il n’arrivera pas vivant (politiquement bien sûr) en 2022 s’il ne démontre pas qu’il est capable de porter des dispositifs unitaires et victorieux dans ces municipales.]

      Il est clair que chaque élection perdue est un clou de plus dans son cercueil. Non seulement parce que chaque échec affaiblit un peu plus la dynamique victorieuse qui avait attiré tant de gens vers LFI en 2017, mais surtout parce qu’un certain nombre de cadres de LFI, attirés par la perspective de postes et prébendes, finissent par aller les chercher ailleurs. Pensez à cette chère Sarah Soilihi, qui fut candidate aux législatives pour LFI et qui est partie parce qu’on ne lui donnait pas la place qu’elle estimait devoir être la sienne aux élections européennes… pour aller à Génération.s qui lui offrait une deuxième place sur la liste (ça ne lui a d’ailleurs pas porté bonheur, Génération.s n’ayant eu aucun élu).

      [On sent qu’il y a autre chose dans la stratégie de LFI dans les pudeurs de langage obstinées lorsque des configurations d’union de la gauche se dessinent. Mais je vois aussi que pas mal de militants LFI ne sont pas au courant de leur propre stratégie…Est-elle définie ou y-a-t-il un flottement? Mystère.]

      Seuls ceux qui fréquentent la « cour » savent ce qu’il en est… Je pense que Mélenchon hésite vraiment aujourd’hui sur la marche à suivre. Il ne peut pas ne pas se rendre compte que la dynamique positive qui a présidé à la création de LFI ne le porte plus. Dans le passé, lorsqu’il s’est trouvé dans cette situation il a toujours rebondi en créant quelque chose de nouveau, en faisant un « coup ». Mais cette fois-ci, l’âge et l’atomisation de l’espace politique aidant, je vois mal la suite.

      Merci en tout cas de partager votre expérience, c’est très instructif!

      • Vincent dit :

        >> J’aime bien votre article bien qu’il soit très acide.

        > Pourquoi « acide » ? Les faits sont les faits… et si
        > les faits sont « acides », ce n’est certainement pas ma faute.

        Peut être voulait il dire “frontal”.
        Autrement dit, qui met les points sur les i, évite tous les faux fuyants destinés à permettre à chacun de ne pas se sentir acculé. Et effectivement, vu qu’on parle exclusivement de politique, ce type d’argumentation n’est pas si courant en matière politique.

        Je ne suis personnellement pas choqué. Mais je ne suis pas une référence : J’ai ainsi appris, à mon travail, que certains de nos partenaires avait peur de moi (sans oser me le dire), car, quand j’écrivais des mails, tout était écrit comme une démonstration, trop rigoureuse et trop argumentée, si bien que quand j’expliquais à mon interlocuteur qu’il était à coté de la plaque, je ne lui laissais aucune porte de sortie pour éviter d’avoir à ravaler sa salive.
        On m’a expliqué que “heureusement que tu ne fais pas de la politique ; mais quand même, tu devrais faire attention à être plus arrondi dans ce que tu écris”.

        Et comme, ici, on fait de la politique, je comprends que ça puisse heurter certains sur le style.

    • yoann dit :

      [ Je redécouvre les joies de la manipulation de salle façon trotskyste ]

      Tu peux décrire comment ça fonctionne ? Je suis encore jeune militant et si ça arrive un jour j’aimerais le voir venir…

      • Descartes dit :

        @ yoann

        [Tu peux décrire comment ça fonctionne ? Je suis encore jeune militant et si ça arrive un jour j’aimerais le voir venir…]

        Les trotskystes sont des adeptes de la formule “la fin justifie les moyens”. Et rien n’est donc interdit s’il fait avancer la cause. Ainsi, par exemple, la tactique de “l’entrisme”, qui consiste pour les militants à faire semblant d’adopter les principes ou l’idéologie d’une organisation pour y rentrer, conquérir des postes de pouvoir et les utiliser au bénéfice de la “cause”. Ou celle du “sous-marin” qui consiste à cacher totalement l’affiliation d’une personne pour lui permettre d’infiltrer une organisation dans des postes de pouvoir. Ainsi, par exemple, Lionel Jospin était un adhérent de l’OCI ayant caché très longtemps cette appartenance…

        Il y a aussi une technique de manipulation d’assemblée dans laquelle les militants trotskystes se dispersent dans la salle avec des interventions pré-préparées. On assiste donc à des interventions “spontanées” de gens qui se présentent comme des simples citoyens mais dont les interventions vont toutes dans le même sens et permettent ensuite à un militant “déclaré” de constater que l’assemblée soutient sa position sans faire voter…

        • Yoann dit :

          [Ainsi, par exemple, Lionel Jospin était un adhérent de l’OCI ayant caché très longtemps cette appartenance…]

          Donc le but c’est faire de l’entreprise pour privatiser tout ce qui passe sous la main ensuite ? Zut, je comprends plus rien… Ça n’a pas l’air efficace leur truc.

          [une technique de manipulation d’assemblée ]

          J’ai un bon camarade Léniniste qui lui arrive avec le plan de discussion de la soirée écrit d’avance. Et souvent les conclusions… Mais bon, la c’est dans une démarche d’efficacité. Pratique pour éviter les discussions interminable qui n’aboutissent sur rien.

          • Descartes dit :

            @ Yoann

            [« Ainsi, par exemple, Lionel Jospin était un adhérent de l’OCI ayant caché très longtemps cette appartenance… » Donc le but c’est faire de l’entreprise pour privatiser tout ce qui passe sous la main ensuite ? Zut, je comprends plus rien… Ça n’a pas l’air efficace leur truc.]

            Les voies du trotskysme sont impénétrables. N’oubliez pas l’épisode de LO appelant à l’abstention lors de la ratification du traité de Maastricht, assurant par ce geste la victoire du « oui »… Il faut aussi rappeler que les trotskystes ont été à certaines périodes de leur historie partisans de la « politique du pire » : il faut laisser le capitalisme dégrader la situation des masses laborieuses, parce que la misère les poussera à la révolte. D’où la haine envers les organisations ouvrières qui, comme le PCF, cherchaient à améliorer la condition ouvrière ici et maintenant, en attendant que les conditions soient remplies pour le « grand soir ».

            [« une technique de manipulation d’assemblée » J’ai un bon camarade Léniniste qui lui arrive avec le plan de discussion de la soirée écrit d’avance. Et souvent les conclusions… Mais bon, la c’est dans une démarche d’efficacité. Pratique pour éviter les discussions interminables qui n’aboutissent sur rien.]

            Ce n’est pas la même chose. Avec un peu d’expérience, on arrive à prévoir le déroulement d’une discussion, et à anticiper les conclusions. Cela ne devient de la manipulation que si on donne ce plan de discussion à un certain nombre de militants disciplinés dans la salle de façon que leurs interventions suivent ce plan et permettent d’aboutir à la conclusion souhaitée…

            • BolchoKek dit :

              @ Descartes et Yoann

              [Il faut aussi rappeler que les trotskystes ont été à certaines périodes de leur historie partisans de la « politique du pire » : il faut laisser le capitalisme dégrader la situation des masses laborieuses, parce que la misère les poussera à la révolte.]

              Ou encore l’attitude de nombre d’entre eux lors de l’occupation. Entre l’entrisme chez Déat et les slogans du genre “derrière un soldat nazi se cache un travailleur allemand”… Mais bizarrement, si on entend toutes sortes de calomnies venant de la bienpensance sur l’attitude du PCF à cette époque, il y a un curieux mutisme sur l’attitude des trotskystes pendant cette période, comme le “camarade” Lambert… Et dire que les héritiers spirituels de ces gens se permettent de donner des leçons d’antifascisme à la terre entière…

              • Descartes dit :

                @ BolchoKek

                [Mais bizarrement, si on entend toutes sortes de calomnies venant de la bienpensance sur l’attitude du PCF à cette époque, il y a un curieux mutisme sur l’attitude des trotskystes pendant cette période, comme le “camarade” Lambert…]

                Peut-être parce que ceux qui profèrent ce genre de calomnie viennent souvent du trotskysme… En fait, le trotskysme – comme plus tard le guévarisme ou le maoïsme – est dans les pays développés l’idéologie des petits bourgeois qui ont eu peur de la révolution russe et du prolétariat, et se sont imaginés récupérer la force de la masse à leur profit. D’où cette tendance à se poser en avant-garde éclairée qui fera le bonheur des peuples au besoin malgré eux et l’indifférence à leur souffrance (souvenez-vous du discours maoïste justifiant des millions de morts du fait que les survivants “seront communistes”). D’où aussi leur anticommunisme violent. Ce n’est donc pas étonnant de trouver pas mal d’anciens trotskystes chez les néo-conservateurs américains…

            • Ian Brossage dit :

              @Descartes

              > N’oubliez pas l’épisode de LO appelant à l’abstention lors de la ratification du traité de Maastricht, assurant par ce geste la victoire du « oui »…

              Sans retirer à LO leur vision un peu lunaire du monde social, est-ce qu’il faut leur donner tant d’honneur que de dire qu’ils ont assuré la victoire du « oui » à Maastricht ? À savoir : est-ce que les électeurs habituels de LO ont vraiment suivi les consignes de LO à ce référendum ? A priori, j’aurais plutôt l’impression que lorsqu’ils sont conviés à voter sur de tels sujets, les électeurs oublient leur positionnement électoral habituel pour juger sur le fond (on l’a vu d’ailleurs sur le TCE, où les partis qui appelaient à voter « non » étaient loin de constituer une majorité selon les chiffres électoraux habituels).

              Et je me dis qu’une position aussi faible sur le fond que celle de LO (je n’étais pas majeur à l’époque, mais j’imagine qu’il s’agissait d’un argument du genre « le traité de Maastricht est un leurre car c’est le capitalisme qu’il faut déboulonner » ?) n’a pas dû être très audible dans le débat de fond.

              • Descartes dit :

                @ Ian Brossage

                [Sans retirer à LO leur vision un peu lunaire du monde social, est-ce qu’il faut leur donner tant d’honneur que de dire qu’ils ont assuré la victoire du « oui » à Maastricht ?]

                Le résultat du référendum de 1992 s’est joué à moins de 500.000 voix. A l’élection présidentielle (qui est l’élection dont la configuration est la plus proche du référendum) de 1988 le candidat LO avait fait 600.000 voix, et à celle de 1995 il fera 1,6 millions de voix. Il n’est donc pas excessif de dire qu’une campagne forte de LO pour le « non » aurait pu changer l’issue du scrutin.

                [À savoir : est-ce que les électeurs habituels de LO ont vraiment suivi les consignes de LO à ce référendum ?]

                Je pense que oui. D’abord, parce qu’au début des années 1990 on était encore dans une logique d’électorats relativement disciplinés à l’heure de suivre les consignes de vote, et d’autre part parce que l’électorat LO est particulièrement fidèle.

                [A priori, j’aurais plutôt l’impression que lorsqu’ils sont conviés à voter sur de tels sujets, les électeurs oublient leur positionnement électoral habituel pour juger sur le fond (on l’a vu d’ailleurs sur le TCE, où les partis qui appelaient à voter « non » étaient loin de constituer une majorité selon les chiffres électoraux habituels).]

                Entre 1992 et 2005 le comportement de l’électorat a beaucoup changé. L’autorité des partis sur leurs électorats était beaucoup plus forte au début des années 1990. Par ailleurs, il n’est pas évident que sur le TCE les électeurs n’aient pas suivi leur positionnement habituel. C’est la mobilisation des abstentionnistes qui a permis la victoire du « oui » : la participation avait été de 69%.

                [Et je me dis qu’une position aussi faible sur le fond que celle de LO (je n’étais pas majeur à l’époque, mais j’imagine qu’il s’agissait d’un argument du genre « le traité de Maastricht est un leurre car c’est le capitalisme qu’il faut déboulonner » ?) n’a pas dû être très audible dans le débat de fond.]

                Ne croyez pas ça. Le traité de Maastricht posait pour l’électorat de gauche radicale un problème majeur : voter « non », c’était trahir l’internationalisme et voter avec les nationalistes. Voter « oui » c’était donner sa voix aux néolibéraux. Le discours de LO a été particulièrement efficace parce qu’il donnait l’argument idéal pour ne pas choisir en renvoyant tout le monde dos à dos.

            • Yoann dit :

              [ « politique du pire » ]

              J’en suis devenu a me demander si Macron n’est pas Trotkyste tellement ces bourdes ont vexé les gens. Avec l’arrivé des gilets jaunes je m’en serais presque convaincu. 😉

  12. Obelix dit :

    Bonjour ,
    Çà faisait des lustres que je n’avais point mis mon oeil dans votre blog et j’y constate que l’entreprise de démolition de Mélenchon ne faiblit pas……que voulez vous ,l’âge aidant……on finit tous par radoter……
    C’est vrai qu’à part Mélenchon et son orchestre, TOUT le reste c’est plutôt triste……

    • Descartes dit :

      @ Obelix

      [Çà faisait des lustres que je n’avais point mis mon oeil dans votre blog et j’y constate que l’entreprise de démolition de Mélenchon ne faiblit pas…]

      Quelle coïncidence, non ? Cela fait des lustres que vous venez pas… et vous venez juste le jour ou je publie un article sur Mélenchon (ce qui, par parenthèse, ne m’était pas arrivé depuis des lustres). Avouez que c’est une étrange coïncidence…

      [que voulez vous, l’âge aidant…… on finit tous par radoter……]

      Je vous en prie, ne prenez pas votre cas pour une généralité… Au demeurant, Mélenchon n’a pas besoin de ce blog pour le démolir, il y arrive bien tout seul. Après tout, ce n’est pas ma faute s’il a raté son “coup de com” au moment des perquisitions, s’il a mal géré la formation de la liste européenne ou s’il s’est vautré aux éléctions. Si Mélenchon avait écouté un peu plus les “démolisseurs” et un peu mois ceux qui chantent ses louanges à tout bout de champ, il n’en serait peut-être pas là. Comme disait Bloch, “il est bon qu’il y ait des hérétiques”. Et il n’y a pas assez d’hérétiques chez Mélenchon…

  13. Vincent dit :

    Je vais essayer de prendre la défense de mon ami Mélenchon.

    Pour faire un parti d’opposition à Macron, il y a 3 stratégies possibles : rassembler la droite à l’exception des orléanistes partis chez Macron ; rassembler la gauche à l’exception des socio-démocrates partis chez Macron, et rassembler les souverrainistes de droite et de gauche.
    Vous comme moi, nous pensons (du moins je le crois vous concernant) que cette dernière voie est celle qui peut, politiquement, réussir à créer un programme et un corpus idéologique cohérent et conduisant à un programme de gouvernement, pour peu que chacun mette un peu d’eau dans son vin.

    Mélenchon, lui, considère que la bonne stratégie est dans le rassemblement de la gauche, et qu’il est hors de question d’accepter une quelconque compromission avec la droite. Peut être souffre-t-il d’hémiplégie, mais on peut lui reconnaître d’avoir toujours été cohérent là dessus, du moins à ce que j’en sais.

    Dès lors, on ne fait de la politique que sur des réalités. Qu’y a-t-il qui se revendique de la gauche et qui n’est pas aspiré par Macron et anciennement par les socio-démocrates ?
    – une bonne partie des écologistes,
    – les anciens communistes,
    – les nombreux mouvements trostkistes (je mets dedans l’ensemble des pseudo gauchistes, anarchistes, libertaires, etc.)

    Pour avoir une chance de gagner, il faut impérativement faire carton plein sur l’ensemble des voix de ces mouvements.
    Je suppose que vous connaissez les dictions sur les trotskistes :
    “2 trostkistes, c’est un parti ; 3 trotskistes, c’est une scission”
    ou
    “quand on fusionne deux partis trotskistes, on obtient 3 partis trotskistes : la fusion des deux, ceux du premier qui ont refusé la fusion, et ceux du second qui ont refusé la fusion”.
    etc.

    Bref, vouloir engager une démarche de rédaction d’un programme avec des mouvements trotskistes, tout en gardant l’unité du mouvement, c’est une gageure. Si en plus, ils doivent fusionner avec des écolos, eux aussi pros des divisions, et avec les anciens ennemis communistes… Serait il réaliste d’imaginer qu’ils pourront réussir -quel que soit la qualité du processus mis en place- à aboutir à un programme commun, et à s’astreindre à une discipline de parti, qui va à l’encontre de leur culture politique (sauf pour les communistes).

    Du coup, pour fédérer tout ça, le mouvement gazeux, qui laisse à chacun la possibilité de faire son parti avec son idéologie et/ou son obsession, tout en acceptant des mots d’ordre très vagues et consensuels à gauche, permet à la fois de ne pas avoir de scission idéologique, et de ramasser au plus large dans l’électorat de gauche antilibérale.

    Il y a des dissensions ; les gauchistes libertaires ont voulu exiger des gages, et ont demandé la peau de quelques souverainistes de gauches, qui avaient pris des positions diamétralement opposées au leurs sur les sujets qui leur tiennent à cœur. Comme on est très loin des prochaines présidentielles, l’essentiel est de ne pas perdre les gauchistes, pour rester central à gauche ; donc il a accepté de les sacrifier. Mais je suis prêt à parier qu’à partir de 2021, il recommencera à avoir des discours souverainistes, et les gauchistes s’écraseront derrière l’espoir d’une victoire.

    Il pense qu’il a été à quelques doigts de passer la dernière fois. Il aurait suffi que Macron aie 2 points de moins et lui un point de plus, et ça passait. Du coup, il veut retenter le même coup, en se disant que Macron ne pourra pas refaire aussi bien que la dernière fois.

    Si jamais il faisait ce que vous lui suggériez, à savoir définir des instances en charge de décider d’un programme, avec des méthodes d’élaboration, une doctrine, etc. :
    – il serait obligé de se mettre sur un programme écolo gauchiste, l’empêchant de mener sa prochaine campagne présidentielle sur des thèmes souverainistes,
    – et de toute manière, il y aurait des scissions au sein des trostko-gauchistes, dont certains partiraient quand même.

    Du coup, n’a-t-il pas raison ?

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [Je vais essayer de prendre la défense de mon ami Mélenchon.]

      C’est vrai que depuis que Garrido travaille pour Hanouna, il n’a plus d’avocat, le pauvre…

      [Mélenchon, lui, considère que la bonne stratégie est dans le rassemblement de la gauche, et qu’il est hors de question d’accepter une quelconque compromission avec la droite. Peut être souffre-t-il d’hémiplégie, mais on peut lui reconnaître d’avoir toujours été cohérent là dessus, du moins à ce que j’en sais.]

      Certainement. Il suit sur ce sujet – comme sur beaucoup d’autres – sont maître Mitterrand, qui professait qu’il faut rassembler son camp avant de vouloir aller piquer des voix chez les autres. C’est en application de ce sage principe qu’il a commencé par déporté le PS sur la gauche en faisant alliance avec le PCF et en tenant un discours radicalisé, au lieu de chercher des voix au centre comme le lui recommandaient certains. Ce n’est que dans une deuxième phase qu’il est allé chercher les voix du centre.

      Le problème, c’est moins l’idée de rassembler la gauche que l’idée que Mélenchon se fait du « rassemblement », qu’il tend à confondre avec une soumission de tous les autres à sa volonté. Là où Mitterrand négociait – quitte à trahir – Mélenchon refuse toute discussion. C’est « vous signez ma charte ou rien ».

      [Bref, vouloir engager une démarche de rédaction d’un programme avec des mouvements trotskistes, tout en gardant l’unité du mouvement, c’est une gageure. Si en plus, ils doivent fusionner avec des écolos, eux aussi pros des divisions, et avec les anciens ennemis communistes… Serait il réaliste d’imaginer qu’ils pourront réussir -quel que soit la qualité du processus mis en place- à aboutir à un programme commun, et à s’astreindre à une discipline de parti, qui va à l’encontre de leur culture politique (sauf pour les communistes).]

      Là encore, regardons ce maitre stratège qu’était Mitterrand. Il a fait un programme commun avec ceux avec qui on pouvait négocier, et a attiré les autres en promettant à chacun ce qui lui tenait à cœur. Il a eu les voix gauchistes avec des promesses sociétales, les communistes avec la promesse de changer la vie, les voix centristes avec la promesse de les protéger des deux autres. Mais à chaque fois, il a donné quelque chose en échange. Le problème de Mélenchon, c’est qu’il exige tout sans rien donner en échange. On ne peut pas rassembler largement si l’on n’est prêt à rien lâcher.

      [Du coup, pour fédérer tout ça, le mouvement gazeux, qui laisse à chacun la possibilité de faire son parti avec son idéologie et/ou son obsession, tout en acceptant des mots d’ordre très vagues et consensuels à gauche, permet à la fois de ne pas avoir de scission idéologique, et de ramasser au plus large dans l’électorat de gauche antilibérale.]

      Vous pointez là le véritable problème de Mélenchon. Au lieu de « fédérer » au sein d’un ensemble relativement lâche ou chaque organisation conserve sa personnalité – comme ce fut le cas avec l’Union de la gauche dans les années 1970 ou le Front de Gauche – il veut à tout prix fédérer dans une seule organisation. Une organisation dont il aurait le contrôle, bien entendu. Et effectivement, une organisation capable de contenir à la fois des communistes, des socialistes, des gauchistes de tout poil, des écologistes et ainsi de suite ne peut être que « gazeuse », et avoir pour seul noyau un chef charismatique. Mais une telle organisation ne permet pas de rassembler assez largement et surtout assez longtemps pour aller quelque part…

      [Mais je suis prêt à parier qu’à partir de 2021, il recommencera à avoir des discours souverainistes, et les gauchistes s’écraseront derrière l’espoir d’une victoire.]

      Mais je doute que les souverainistes reviennent. Une fois le rapport de confiance rompu…

      [Il pense qu’il a été à quelques doigts de passer la dernière fois. Il aurait suffi que Macron aie 2 points de moins et lui un point de plus, et ça passait. Du coup, il veut retenter le même coup, en se disant que Macron ne pourra pas refaire aussi bien que la dernière fois.]

      Oui, mais lui non plus. En 2017 il était le seul plat frais du menu. Pour beaucoup d’électeurs – surtout les plus jeunes – c’était un parfait inconnu surgi de nulle part. Qui, à part les vieux crocodiles de mon genre, se souvenait de ses positions sur Maastricht ou de son soutien inconditionnel à la politique du « franc fort » ? Mélenchon s’est même payé le luxe d’adopter le « qu’ils s’en aillent tous » comme s’il était lui aussi un nouveau venu, alors qu’il avait partagé les responsabilités du pouvoir pendant trente ans. En 2022, il aura bien plus de mal à faire oublier ce qu’il a fait depuis…

      [Si jamais il faisait ce que vous lui suggériez, à savoir définir des instances en charge de décider d’un programme, avec des méthodes d’élaboration, une doctrine, etc. : (…)]

      Certainement. Mais une fois son parti institutionnalisé, même s’il aurait perdu les militants des « franges » les plus extrémistes, il serait en position de négocier des accords avec les autres organisations de la gauche. Car il faut comprendre que tel qu’elle est structurée, LFI ne peut négocier des accords avec personne. Car qui signerait ces accords ? Quatennens, le « coordonateur » qui peut cesser ce l’être sur un trait de plume de Mélenchon ? Le gourou, qui prétend n’avoir aucun pouvoir sur l’organisation ? Posez-vous cette question : qui aujourd’hui a le pouvoir d’engager politiquement LFI ?

      Vous allez voir, on va bien s’amuser pour les municipales, quand il s’agira de savoir quelle liste peut porter l’étiquette “insoumise” dans ses soutiens.

      • Vincent dit :

        >> Si jamais il faisait ce que vous lui suggériez, à savoir
        >> définir des instances en charge de décider d’un
        >> programme, avec des méthodes d’élaboration….

        > Certainement. Mais une fois son parti institutionnalisé,
        > même s’il aurait perdu les militants des « franges » les
        > plus extrémistes, il serait en position de négocier des
        > accords avec les autres organisations de la gauche.

        Si il faisait un vrai parti, avec un vrai corpus idéologique clairement indiqué, il faudrait faire clairement un choix : gauchiste, ou souverainiste.
        – Si il faisait un choix souverainiste, il peut faire une croix définitive sur l’électorat gauchiste. Autain se présentera à la présidentielle, il perdra la moitié de son électorat, et il n’aura aucune chance.
        – Si il faisait un choix gauchiste clair, il ne pourrait plus, comme la dernière fois, devenir souverainiste 8 mois avant l’élection pour ramasser largement dans les catégories populaires voire ouvrières. Et donc, il laisserait aussi sur le coté un bon tiers de son électorat, abandonnant toute chance.

        “On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment”, ne l’oubliez pas ; je crois que Mitterrand avait fait sienne cette maxime, et je soupçonne que Mélenchon ne l’a pas oubliée.

        En résumé :
        1. Comme je l’expliquais dans mon post précédent, et vous aviez l’air d’accord : il n’y a pas d’alternative autre que : soit le mouvement gazeux, soit une clarification du programme avec des instances en charge de l’élaborer.
        2. Je cherche à montrer que la stratégie que vous proposez, d’élaboration d’un programme clair, est perdante pour lui, quel que soit ce programme.
        3. Vous cherchez, vous, à m’expliquer que la stratégie du mouvement gazeux est perdante. Je pense que vous ayez très probablement raison ; mais ce n’est pas incompatible avec mes propositions 1 et 2.

        Toutefois, je persiste à penser que la stratégie du mouvement gazeux, même si elle est très probablement perdante, a moins de chance de l’être que celle d’une clarification…

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [S’il faisait un vrai parti, avec un vrai corpus idéologique clairement indiqué, il faudrait faire clairement un choix : gauchiste, ou souverainiste.]

          Pas nécessairement. Pensez à Mitterrand dans les années 1970. Mitterrand n’a jamais fait ce choix : au PS mitterrandien il y avait des gauchistes et des néolibéraux, des anciens du cabinet Chaban et des socialistes « à l’ancienne ». Et toutes ces lignes coexistaient, parce que Mitterrand soutenait l’illusion que chaque ligne avait une chance de l’emporter dans le choix final…

          [“On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment”, ne l’oubliez pas ; je crois que Mitterrand avait fait sienne cette maxime, et je soupçonne que Mélenchon ne l’a pas oubliée.]

          Tout à fait. Mais Mélenchon n’applique nullement cette sage maxime… lorsqu’il a décidé d’exiger à tous les candidats prospectifs de se soumettre à lui comme condition pour recevoir l’investiture LFI, il a bien pris parti.

  14. Pline dit :

    Plus je regarde la FI, plus je me dis qu’il s’agit d’une imitation douteuse du principat augustéen:
    c’est très schématisé, et parfois grossier mais regardez donc:
    Dans le rôle du prince: JlM
    Des très proches, comme Chikirou, qui ont un rôle similaire à Mécène ou Agrippa
    Un ordre sénatorial regroupant les députés et leurs AP, qui doivent tout au prince, et relaient les instructions du gourou dans leurs circos/proconsulats.
    Un ordre équestre constitué des adhérents du PG qui sont la pour encadrer les masses plébéiennes, c’est à dire les adhérents de la FI qui ont été séduits par 2017, et qui n’ont pas forcément de références politiques formées.
    Oui c’est bancal. Mais j’aime bien. Les droits et les devoirs au sein de la FI sont concomitants à la position autour de JLM.

    Ce qui est intéressant, c’est que les cadres du PG chapeautent certains groupes d’actions. Dans ceux-ci, tout est réglé, de telle manière à ce que la chaîne de commandement fonctionne à plein. Dans les autres, c’est à dire là ou des renégats du PS ou du PCF ont crée un groupe d’action, les choses sont bien différentes. Les querelles entre “ex du PCF”, “ex du PS”, “ex du NPA” voire “ex du POI” rythment la vie locale, avec l’idée d’associer les gilets jaunes à leurs tambouilles et conflits.

    Les municipales risquent bien d’être la goutte de trop pour la FI. Localement, les alliances, tambouilles et conflits en tout genre vont solliciter à plein l’arbitrage du prince, qui n’a pas assez de cadres pour tenir tout le monde. Seule sa parole comptera. Avec toutes les interprétations qui viendront…

    Mais comme on me le disait “tant pis si la FI meurt, on construira à nouveau de 0”

    • Descartes dit :

      @ Pline

      [Plus je regarde la FI, plus je me dis qu’il s’agit d’une imitation douteuse du principat augustéen:]

      Je ne sais pas si le parallèle est valable. La Rome d’Auguste était une société oligarchique où les liens familiaux étaient d’une très grande importance. Même si l’on retrouve dans la principauté mélenchonesque quelques liens de sang, ils sont plutôt rares. Il faut aussi noter que l’ordre équestre augustéen était lié surtout à la capacité à recruter et à entretenir sur ses deniers un corps armé.

      [Ce qui est intéressant, c’est que les cadres du PG chapeautent certains groupes d’actions. Dans ceux-ci, tout est réglé, de telle manière à ce que la chaîne de commandement fonctionne à plein. Dans les autres, c’est à dire là ou des renégats du PS ou du PCF ont crée un groupe d’action, les choses sont bien différentes.]

      Bien entendu. Mais il y a une hiérarchie entre les « groupes reconnus » et les autres. C’est cette hiérarchie qui permet au centre de contrôler le local, puisque seuls les « reconnus » ont quelque pouvoir. Et la « reconnaissance » ne peut venir que du centre…

      [Les querelles entre “ex du PCF”, “ex du PS”, “ex du NPA” voire “ex du POI” rythment la vie locale,]

      Vous noterez qu’on trouve la même chose chez l’autre organisation égo-politique : LREM, ou l’on trouve les « anciens du PS » opposés aux « anciens de l’UMP », et les « anciens du MODEM »…

      [Les municipales risquent bien d’être la goutte de trop pour la FI. Localement, les alliances, tambouilles et conflits en tout genre vont solliciter à plein l’arbitrage du prince, qui n’a pas assez de cadres pour tenir tout le monde. Seule sa parole comptera. Avec toutes les interprétations qui viendront…]

      Les municipales ont toujours été le test de l’acide pour les organisations politiques nationales. C’est là qu’on voit leur capacité à « tenir » le terrain local. Le PCF, avec sa structure pyramidale et un corps militant très discipliné était probablement le plus efficace dans ce domaine. Les autres partis fonctionnaient plutôt à l’envers: c’étaient les “notables” locaux qui “tenaient” le centre.

      [Mais comme on me le disait “tant pis si la FI meurt, on construira à nouveau de 0”]

      Ce qui dit quelque chose quant à la capacité de la LFI de générer l’attachement de ses militants…

  15. Ce mouvement n’est pas un parti, ni un cartel de partis. Un parti est composé d’adhérents-cotisants, organisés en structures territoriales et décisionnelles formalisées, permettant le débat contradictoire. La France insoumise recherche une forme d’organisation dégagée des rapports de subordination. En son sein, des groupes politiques et des personnes sans engagement dans un parti sont appelés à mettre leurs savoir-faire, leurs ressources intellectuelles et militantes en commun, via une plate-forme, tournée vers l’action. La France insoumise déclare que les partis ont leur utilité et ne pas entendre s’y substituer. Il existe par exemple le Parti de Gauche. Au sein de son dernier congrés, des militants ont ainsi contesté la stratégie du “leadership à gauche”, en 2018.

    À la conférence sur l’Ère du peuple aux amphis d’été 2018 de la FI, Jean-Luc Mélenchon a redit : “Le programme est la base de rassemblement politique de notre mouvement”, “La contradiction est une source de la vérité” à l’opposé d’une démarche “dogmatique et figée”. Au contraire de la construction d’un “peuple insoumis” replié sur lui-même, ce mouvement ne sera productif (et victorieux) que s’il arrive à organiser le conflit d’idées en son sein, s’il arrive à agréger différentes traditions et différentes sensibilités. Comment créer une conscience collective supérieure, “mouvement éclaireur” ? Par le consensus ? Impossible à partir d’un certain niveau. Quelle place pour le vote interne contradictoire ? Expl : quelle position tranchée de La France insoumise, partant des insoumis eux-mêmes, sur l’avenir constitutionnel de la Corse ?

    En démocratie une minorité doit co-exister pacifiquement avec une majorité. La France insoumise est bien une organisation humaine et politique. Or, ceux qui émettent des doutes sur telle ou telle stratégie, ou qui ont des divergences sur tel ou tel sujet sont écartés au nom de l’unité d’action… le “sac de noeud” que JLM “n’accepte pas”.

    La France insoumise prétend être un “mouvement éclaireur”. Au moment où l’on porte la revendication de l’instauration d’un « Référendum d’Initiative Populaire » pour notre société, ne faudrait-il pas un « Référendum d’Initiative Militante » au sein même de La FI, quelle forme cela pourrait-il revêtir ? C’est un gage de crédibilité vis-à-vis de nos exigences de plus de démocratie dans la société.

    La dernière résolution politique du PG est intéressante :
    “La prise en compte des débats est nécessaire dans un mouvement large et protéiforme : elle est à la fois le signe et la condition de sa vitalité. Elle doit être intégrée et régulée ; faute de quoi, les débats se mèneront publiquement, sous la pire forme qui soit sur les réseaux sociaux, et dans un univers médiatique non désintéressé, sous la forme de tribunes et d’appels divergents au moment où il s’agit de
    penser notre cohésion et notre cohérence”.

    “Le PG réunira dorénavant son Conseil
    national en amont de toutes les conventions nationales et assemblées représentatives LFI pour élaborer une contribution du PG aux débats.”
     https://www.lepartidegauche.fr/resolution-politique-adoptee-par-le-cn-des-15-et-16-juin-2019/

    • Descartes dit :

      @ Gautier Weinmann

      [La France insoumise recherche une forme d’organisation dégagée des rapports de subordination.]

      Attendez un moment… c’est qui exactement cette « France insoumise » qui « cherche une forme d’organisation dégagée des rapports de subordination » ? Est-ce monsieur et madame Michu qui participent à un « groupe de soutien » à Trifouillis-les-Oies ? Ou est-ce monsieur Mélenchon, qui n’appartient à aucune instance mais qui, de son propre aveu, peut « nommer et dénommer » qui il veut à quelque responsabilité que ce soit ?

      C’est là le problème essentiel. Comme vous le dites, LFI n’est pas un parti. Ce n’est pas une organisation constituée, où des adhérents-cotisants débattent et prennent des positions collectivement suivant une procédure institutionnalisée, positions qui de ce fait deviennent la position de la « France insoumise ». Vous ne pouvez donc pas dire « la France insoumise pense ceci » ou « la France insoumise recherche cela ». Tout au plus vous pouvez dire « Mélenchon veut ceci » ou « Mélenchon pense cela ». Parce que les positions de LFI, ce sont celles de Mélenchon.

      Quant à l’idée que LFI rechercherait une forme d’organisation « dégagée des rapports de subordination »… je me demande si vous croyez vraiment ce que vous écrivez. Lisez la « charte » des « groupes d’action ». Vous aurez une liste de prescriptions et d’interdictions que ces groupes sont tenus de respecter. Ont-ils participé à l’élaboration de cette charte ? Ont-ils été consultés ? Ont-ils le pouvoir de s’en écarter ? La réponse est trois fois « non ». Les groupes d’action sont totalement « subordonnés » aux décisions de… de qui en fait ? Qui a le pouvoir de modifier la « charte » ou d’y déroger ?

      [En son sein, des groupes politiques et des personnes sans engagement dans un parti sont appelés à mettre leurs savoir-faire, leurs ressources intellectuelles et militantes en commun, via une plate-forme, tournée vers l’action.]

      Admettons. Mais qui fixe les buts de « l’action » en question ?

      [La France insoumise déclare que les partis ont leur utilité et ne pas entendre s’y substituer.]

      Ah bon ? Quelle est la fonction, quel est le domaine que LFI reconnaît aux partis politiques et qu’elle se refuse à occuper ? Pourriez-vous m’indiquer dans quel document LFI « déclare que les partis ont leur utilité » ?

      [Il existe par exemple le Parti de Gauche. Au sein de son dernier congrès, des militants ont ainsi contesté la stratégie du “leadership à gauche”, en 2018.]

      Et le résultat fut… ?

      [À la conférence sur l’Ère du peuple aux amphis d’été 2018 de la FI, Jean-Luc Mélenchon a redit : “Le programme est la base de rassemblement politique de notre mouvement”, “La contradiction est une source de la vérité” à l’opposé d’une démarche “dogmatique et figée”.]

      Ah… si Mélenchon l’a « redit », ça doit être vrai. Mais il semblerait que des militants aussi engagés que Charlotte Girard n’aient pas perçu une mise en œuvre de ces sains principes dans la réalité de l’organisation. Lorsque Girard écrit qu’à LFI « il n’y a pas moyen de ne pas être d’accord », elle sait de quoi elle parle. Moi, je me tiens aux faits : il n’y a dans LFI aucune possibilité de débat interne sur les questions tranchées par le gourou. On peut à la rigueur discuter de la couleur de la moquette (mais pas celle des affiches, la charte graphique étant imposée là encore par décret du gourou), mais pour le reste on est prié d’être d’accord ou de partir. Oui, Mélenchon a raison de dire que « la contradiction est une source de vérité ». Et parce qu’il n’y a personne pour lui porter la contradiction, Mélenchon s’enfonce dans le faux.

      [Au contraire de la construction d’un “peuple insoumis” replié sur lui-même, ce mouvement ne sera productif (et victorieux) que s’il arrive à organiser le conflit d’idées en son sein, s’il arrive à agréger différentes traditions et différentes sensibilités.]

      Mais vous devriez vous-même la contradiction : Mélenchon a beau dire que « la contradiction est source de vérité », il ne laisse aucune contradiction s’exprimer. Il a mille fois dit qu’il ne voulait pas dans son mouvement de débats ou de votes internes, censés « diviser le mouvement ». Il a d’ailleurs réservé à ceux qui demandent plus de démocratie interne les critiques les plus acerbes. Comment pensez-vous un instant que ce même Mélenchon pourrait « organiser le conflit d’idées » au sein de son mouvement ?

      [Comment créer une conscience collective supérieure, “mouvement éclaireur” ? Par le consensus ? Impossible à partir d’un certain niveau. Quelle place pour le vote interne contradictoire ? Expl : quelle position tranchée de La France insoumise, partant des insoumis eux-mêmes, sur l’avenir constitutionnel de la Corse ?]

      Demandez à Mélenchon, il vous dira ce qu’il faut penser. Parce que Mélenchon a dit et répété mille fois qu’il n’y aura jamais de « votes internes » dans son mouvement.

      [En démocratie une minorité doit co-exister pacifiquement avec une majorité. La France insoumise est bien une organisation humaine et politique. Or, ceux qui émettent des doutes sur telle ou telle stratégie, ou qui ont des divergences sur tel ou tel sujet sont écartés au nom de l’unité d’action… le “sac de noeud” que JLM “n’accepte pas”.]

      Exactement. Ce n’est pas une « démocratie », c’est une secte.

      [La France insoumise prétend être un “mouvement éclaireur”. Au moment où l’on porte la revendication de l’instauration d’un « Référendum d’Initiative Populaire » pour notre société, ne faudrait-il pas un « Référendum d’Initiative Militante » au sein même de La FI, quelle forme cela pourrait-il revêtir ? C’est un gage de crédibilité vis-à-vis de nos exigences de plus de démocratie dans la société.]

      J’espère que vos amis de LFI ne lisent pas ceci, vous risqueriez de vous faire virer. Trente ans de carrière politique parlent pour lui : Mélenchon ne consentira JAMAIS à partager son pouvoir sur l’organisation. JAMAIS. Il préfèrera la voir détruite, pire, il la détruira lui-même plutôt que de la laisser dans les mains de quelqu’un d’autre.

      [La dernière résolution politique du PG est intéressante : (…)]

      Le PG ? Rappelez-moi, combien de divisions ?
      [“La prise en compte des débats est nécessaire dans un mouvement large et protéiforme : elle est à la fois le signe et la condition de sa vitalité. Elle doit être intégrée et régulée ; faute de quoi, les débats se mèneront publiquement, sous la pire forme qui soit sur les réseaux sociaux, et dans un univers médiatique non désintéressé, sous la forme de tribunes et d’appels divergents au moment où il s’agit de penser notre cohésion et notre cohérence”.]

      Mais ne trouvez-vous pas que le PG a mis un peu trop longtemps pour faire cette extraordinaire découverte ? Comment expliquez-vous que le PG ait mis dix ans à se rendre compte que la prise en compte des débats était nécessaire, et qu’elle devait être intégrée et régulée ? J’aurais mauvaise grâce à critiquer ce paragraphe, qui dit en fait que ce que je répète depuis 2012, mais je me demande si ce paragraphe ne constitue pas un alibi, une façon de calmer le jeu face aux reproches de plus en plus explicites des militants.

      Cette « résolution politique » est surtout intéressante parce qu’elle est écrite comme si le PG et LFI était une même chose. Ainsi, dans le paragraphe que vous citez, lorsqu’on parle de « penser NOTRE cohésion et NOTRE cohérence », de quel « nous » on parle ? Du PG ? Ou de LFI ? Et on retrouve la même ambiguïté dans tout le texte. Ainsi, par exemple, on parle du « bilan de NOTRE groupe à l’Assemblée nationale », de « Nos elu.e.s passant de 2 à 6 ». J’ignorais que le PG avait un groupe à l’Assemblée nationale, ou des élus au Parlement européen…

      Pour qui lirait cette déclaration sans connaître l’histoire, il paraîtrait évident que LFI n’est que le faux nez du PG. Mais la réalité, nous le savons, est un peu plus complexe…

      [“Le PG réunira dorénavant son Conseil national en amont de toutes les conventions nationales et assemblées représentatives LFI pour élaborer une contribution du PG aux débats.”]

      Si ça les amuse…

  16. Combeferre dit :

    Petit hors-sujet, mais qui devrait vous intéresser Descartes, en écho avec ce que vous disiez de la taxe GAFA dans un précédent article : https://www.parismatch.com/Actu/Politique/Bruno-Le-Maire-impose-sa-taxe-Gafa-au-G7-1638715?fbclid=IwAR1TOBTeWCQ92djo6yOxqXrRl5JYMxLSrKSkFFTtwC3QHD_VOqaHEHTJTCg

    Je pense qu’il faut au moins en retirer une leçon. Aussi insatisfaisante et incomplète que puisse être cette solution, elle nous montre que lorsque l’État veut, l’État peut. Peut-être pas “tout”, pour reprendre l’expression consacrée, mais en tous cas beaucoup. Et c’est à mettre en perspective avec la machine à fabriquer de l’impuissance qu’est l’Union européenne, qui comme le disait Arnaud Montebourg dans son audition au Sénat se caractérise par son incapacité totale à produire des décisions.

    • Descartes dit :

      @ Combeferre

      [Je pense qu’il faut au moins en retirer une leçon. Aussi insatisfaisante et incomplète que puisse être cette solution, elle nous montre que lorsque l’État veut, l’État peut. Peut-être pas “tout”, pour reprendre l’expression consacrée, mais en tous cas beaucoup.]

      Tout à fait. Le propre de la souveraineté, c’est précisément que lorsqu’on veut – et qu’on est prêt à payer le prix et à s’en donner les moyens – on peut. Les Américains peuvent nous punir par des sanctions, mais ne peuvent pas nous empêcher.

      C’est pourquoi la démocratie est pour moi inséparable de la souveraineté, et donc de la nation. La démocratie, c’est quand les représentants du peuple ont le véritable pouvoir de faire et assument la responsabilité de ce qu’ils ont fait. C’est pourquoi j’insiste sur le fait que le souverain peut tout… à condition d’être prêt à en payer le prix. La construction européenne a eu pour effet de diluer le pouvoir au point qu’on ne sait plus qui prend les décisions, et par conséquent qui doit en assumer la responsabilité et le coût.

  17. Vincent dit :

    > c’est Mélenchon qui a désigné Quatennens qui
    > touche là dividendes de sa fidélité canine

    Il faut reconnaître qu’il n’a pas eu la tâche aussi aisée que cela. Pour pouvoir se retrouver à cette place là, il faut être insoumis, “et en même temps”, il faut être soumis de manière canine.
    Et tout cela en s’opposant aux adeptes du “et en même temps”, et en les moquant.

    Fortiche, non ?

    Rien à voir avec le sujet, mais en me promenant sur un site d’écologiste comme je les hais (reporterre, pour ne pas le nommer ; j’aime bien aller lire des choses de gens avec qui je suis en profond désaccord), je suis tombé sur une perle, assez inattendue, que je vous recommande :
    https://mrmondialisation.org/solastalgie-quand-la-peur-de-leffondrement-rend-malade/

    On y explique les conséquences néfastes pour la santé de la perception que l’on a de l’environnement qui se dégrade.
    Mais l’homme étant un animal social, tout ce qui est expliqué dans cet article est particulièrement bien adapté à tout la déculturation actuelle, avec la perte du sens civique, la perte des repères nationaux, etc.

    Ou comment des sites gauchistes tendent la percher à des identitaires sans s’en rendre compte…

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [« c’est Mélenchon qui a désigné Quatennens qui touche là dividendes de sa fidélité canine » Il faut reconnaître qu’il n’a pas eu la tâche aussi aisée que cela. Pour pouvoir se retrouver à cette place là, il faut être insoumis, “et en même temps”, il faut être soumis de manière canine. Et tout cela en s’opposant aux adeptes du “et en même temps”, et en les moquant. Fortiche, non ?]

      Je partage votre émerveillement devant un mouvement qui proclame « l’insoumission » mais dont les adeptes – je n’ose utiliser le mot « militants » – pratiquent presque spontanément une soumission totale au Gourou et à sa « cour ». Oui, il y a des voix dissidentes parmi les disgraciés, qui tiennent à mon avis de ce que disait déjà Louis XIV : « Toutes les fois que je donne une place vacante, je fais cent mécontents et un ingrat. »

      [Rien à voir avec le sujet, mais en me promenant sur un site d’écologiste comme je les hais (reporterre, pour ne pas le nommer ; j’aime bien aller lire des choses de gens avec qui je suis en profond désaccord), je suis tombé sur une perle, assez inattendue, que je vous recommande : (…) On y explique les conséquences néfastes pour la santé de la perception que l’on a de l’environnement qui se dégrade. Mais l’homme étant un animal social, tout ce qui est expliqué dans cet article est particulièrement bien adapté à tout la déculturation actuelle, avec la perte du sens civique, la perte des repères nationaux, etc.]

      Effectivement. Le plus amusant dans cet article, c’est que la « solastalgie », définie comme la « la détresse causée par le changement de l’environnement », est pour des raisons incompréhensibles réservée à l’environnement NATUREL. Jamais de l’environnement ARTIFICIEL. Or, on n’explique nullement le pourquoi de cette distinction. Oui, je peux éprouver de la détresse devant la mort d’un arbre de mon quartier, mais j’éprouve aussi une détresse lorsqu’un bâtiment que j’aimais particulièrement est démoli. Je peux ressentir de la détresse « en pensant aux animaux marins qui meurent étouffés par les déchets plastiques », mais je peux aussi ressentir de la détresse en pensant à nos merveilleuses centrales nucléaires arrêtées sous les coups de boutoir de nos méchants écologistes. En quoi ces « détresses » sont fondamentalement différentes ?

      En fait, quand on lit l’entretien, on voit une angoisse puissante en filigrane, qui est celle qui fondamentale à tout être humain, celle de la mort. Le fait est que nous sommes incapables d’arrêter le passage du temps, et que le passage du temps se traduit forcément par un changement du monde. Même si nous fassions en sorte que l’environnement change, NOUS, nous changerons. Et notre rapport à lui change donc aussi. C’est pourquoi cette angoisse devant un environnement qui change est consubstantielle à la condition humaine : nous ne reviendrons jamais aux rapports que nous avions avec notre environnement dans notre enfance, et cela même si l’environnement ne change pas. C’est à cela que les écologistes ne se résignent pas. Et il faut comprendre pourquoi : contrairement à la noblesse, la bourgeoisie, les classes intermédiaires sont des classes sans filiation. Le noble transmettait son titre, le bourgeois son capital. Mais les classes intermédiaires fondent leur position sur un « capital immatériel » qui ne se transmet que précairement, qui doit être en grande partie reconstitué à chaque génération. C’est pourquoi, contrairement au noble ou au bourgeois, la mort a pour les classes intermédiaires un sens beaucoup plus définitif.

      Ce n’est pas par hasard si la prise de pouvoir des classes intermédiaires s’accompagne par la transcription de leurs névroses dans l’idéologie dominante. C’est pourquoi il est aujourd’hui plus ou moins interdit de parler de la mort (le « don’t mention death » des Américains), que les cérémonies funèbres sont progressivement privées de leur solennité. Et c’est aussi pour cela qu’on trouve ces gens qui déclarent ne pas vouloir faire d’enfants à cause de la dégradation de l’environnement. En fait, ce que ce discours dit est « je ne veux pas faire un enfant qui devra mourir un jour ».

      • martine dit :

        “Ce n’est pas par hasard si la prise de pouvoir des classes intermédiaires s’accompagne par la transcription de leurs névroses dans l’idéologie dominante. ”
        ça c’est sur et tant que les avis divergents sur toutes ces questions environnementales ainsi que sur le réchauffement climatique ne pourront se faire entendre nous ne pourrons que subir les impératifs de cette vision rétrograde. Parce que pour l’instant partout nous n’avons globalement qu’un son de cloche, il faut sauver la planète!.
        Est ce que cette idéologie dominante est majoritaire dans toutes les opinions? Dans les partis ou mouvements sectaires certainement ils en font pratiquement tous un fer de lance dans leur programme au dessus même des conditions salariales pour certains, parce que tout le monde est d’accord là dessus selon l’idéologie qui nous l’impose et qui est incrustée partout! mais le reste de la population à part les bobos inconditionnels de cette classe intermédiaire et les jeunes pour qui c’est la nouvelle croisade? Sans parler du reste du monde…
        ” je ne veux pas faire un enfant qui devra mourir un jour “.
        Mourir un jour il me semble que tout le monde en est conscient par contre ce que disent les écolos c’est ne pas faire un enfant qui augmentera l’empreinte carbone (?) et c’est ce qui sauvera la planète! Nous serons trop sur terre et parce que triez ses déchets ça ne suffit pas!
        Quant à la mort quand on est écolo on peut rester “vert” jusqu’au bout !

        Mais comme vous dites cette classe dominante en a encore pour quelques belles années!

        • Descartes dit :

          @ martine

          [Est ce que cette idéologie dominante est majoritaire dans toutes les opinions?]

          Je ne sais pas si elle est « majoritaire », et je ne suis pas sûr que ce mot ait un sens quand on parle d’une idéologie dominante. Une idéologie est dominante non parce qu’elle est « majoritaire » (on ne vote pas dans ce domaine) mais parce que c’est celle qui est fonctionnelle à la classe dominante.

          Mais il y a dans cette idéologie un élément de mode. Nous avions eu « l’humanitaire » dans les années 1980. Souvenez-vous de toutes ces stars multimillionnaires qui se réunissaient pour chanter, pour nous chanter à nous, pauvres hères, qu’il fallait « donner » pour la faim dans le monde. On voyait les ministres porter les sacs de riz, et les publicitaires déguiser une opération commerciale – le rally Paris-Dakar, pour ne pas le nommer – en happening humanitaire.

          A cette société sans âme, il faut une âme. Et cette âme, la classe dominante la trouve dans les « urgences ». Hier, c’était « l’urgence humanitaire ». Aujourd’hui, c’est « l’urgence climatique ». Finalement, peu importe que le réchauffement soit ou non anthropique – comme il importait peu hier de savoir si les famines étaient ou non d’origine politique. L’important, c’est que ce soit « urgent ». Parce que « l’urgence » dispense de réfléchir, de rechercher la véritable cause des phénomènes, et permet d’imposer des impératifs catégoriques. On ne discute pas quand la maison est en feu.

          Mais attention, il faut des urgences lointaines, des urgences qui nécessitent beaucoup de discours et bien peu de résultats. Il n’est pas question de s’occuper des urgences CHEZ NOUS, parce que celles-là impliquent de faire des choses, de trouver des ressources, et les résultats sont soumis au jugement des électeurs…

          [« je ne veux pas faire un enfant qui devra mourir un jour » Mourir un jour il me semble que tout le monde en est conscient]

          Ne croyez pas ça. Accepter notre propre mortalité, avec toutes les conséquences qui s’en suivent, n’est pas à la portée de toutes les bourses. Pensez à tous ces baby-boomers qui à soixante ans se comportent comme s’ils en avaient vingt…

          [par contre ce que disent les écolos c’est ne pas faire un enfant qui augmentera l’empreinte carbone (?) et c’est ce qui sauvera la planète!]

          Dans l’article cité, il ne s’agit pas de cela, mais le fait d’amener un enfant dans le monde alors que la catastrophe écologique est proche.

      • [Je partage votre émerveillement devant un mouvement qui proclame « l’insoumission » mais dont les adeptes – je n’ose utiliser le mot « militants » – pratiquent presque spontanément une soumission totale au Gourou et à sa « cour ».]

        Jean-Luc Mélenchon porte depuis une décennie les espoirs des “progressistes” (pour reprendre votre terme) depuis une décennie : une première fois dans le Front de Gauche avec son programme l’Humain d’abord, créé en 2009, puis avec L’Avenir en commun de La France insoumise.

        Est-ce si compliqué à comprendre pour un esprit cartésien ?

        • Descartes dit :

          @ Gautier Weinmann

          [Je partage votre émerveillement devant un mouvement qui proclame « l’insoumission » mais dont les adeptes – je n’ose utiliser le mot « militants » – pratiquent presque spontanément une soumission totale au Gourou et à sa « cour ».]

          [Jean-Luc Mélenchon porte depuis une décennie les espoirs des “progressistes” (pour reprendre votre terme) depuis une décennie :]

          Pardon, pardon… Je me considère moi-même comme un « progressiste » (pour reprendre mon propre terme) et Jean-Luc Mélenchon ne porte plus mes espoirs depuis grosso modo 2012. Il faudrait éviter donc les généralisations hâtives. Mélenchon porte peut-être les espoirs D’UNE PARTIE des « progressistes » (pour reprendre mon terme), mais certainement pas DES progressistes.

          [Est-ce si compliqué à comprendre pour un esprit cartésien ?]

          Ce que l’esprit cartésien peine à comprendre, c’est le rapport qu’il y a entre mon commentaire et votre réponse. A supposer même que Mélenchon « porte les espoirs des progressistes », je ne vois pas pourquoi ces derniers devraient se soumettre acritiquement à lui. A lire votre réponse, on a l’impression que pour vous le fait de « porter les espoirs des progressistes » ferait de Mélenchon une sorte de demi-dieu, omniscient et infaillible.

          • Vous pourriez comprendre que certains, sans vouer un quelconque culte à Jean-Luc Mélenchon, le soutiennent pour ce qu’il représente et qu’il porte.

            C’est mon cas. Militant PCF je l’ai soutenu en 2012. Puis, au final je l’ai soutenu aussi en 2017 et suis désormais insoumis. Alors ? Est-ce à dire qu’il est mon gourou et que je le venère sans aucun esprit critique, que je serais membre d’une secte ? Allons, allons.
            Vos propos sont caricaturaux, voire méprisants et dédaigneux vis-à-vis de citoyens cherchant une alternative au duo mortel Macron-Le Pen. Mélenchon n’est pas parfait. Son programme non plus. Et son mouvement non plus. Mais trouvez mieux : PCF ? PS ? Génération-s ? EELV ? Ensemble ! ? Vous peut-être ?

            • Descartes dit :

              @ Gautier Weinmann

              [Vous pourriez comprendre que certains, sans vouer un quelconque culte à Jean-Luc Mélenchon, le soutiennent pour ce qu’il représente et qu’il porte.]

              Non, je vous le dit, pour moi c’est incompréhensible. Je n’arrive pas à comprendre que des gens qui par ailleurs se font les défenseurs du libre débat et de l’examen critique puissent « soutenir » inconditionnellement un homme, quoi qu’il dise et quoi qu’il fasse, au prétexte qu’il « représente » et qu’il « porte » quelque chose. Quand Mélenchon soutient qu’on peut remplacer le nucléaire par la géothermie, désolé, mais je ne peux le « soutenir » dans cette expression, quoi qu’il puisse « représenter » par ailleurs.

              Je pourrais comprendre qu’on puisse voter pour lui malgré toutes ses frasques. Cela m’est bien souvent arrivé dans ma vie de voter pour des gens dont je ne partageais pas toutes les idées parce qu’ils « portaient » quelque chose qui me semblait valable. Mais voter pour eux est une chose, et les « soutenir », une autre.

              [C’est mon cas. Militant PCF je l’ai soutenu en 2012. Puis, au final je l’ai soutenu aussi en 2017 et suis désormais insoumis. Alors ? Est-ce à dire qu’il est mon gourou et que je le venère sans aucun esprit critique, que je serais membre d’une secte ?]

              Ca dépend. Je ne vous ai pas entendu exprimer beaucoup de critiques au sujet de Mélenchon, que ce soit sur le projet qu’il porte, sur l’organisation qu’il a imposé à son mouvement, sur son comportement personnel et politique. A partir de là, deux possibilités : ou bien Mélenchon est parfait dans tous les domaines et la critique est superflue, ou bien vous avez abdiqué tout esprit critique. Je vous laisse tirer la conclusion la plus appropriée.

              [Vos propos sont caricaturaux, voire méprisants et dédaigneux vis-à-vis de citoyens cherchant une alternative au duo mortel Macron-Le Pen.]

              S’il vous plait, évitez-moi le « coup du mépris ». On a tous les deux assez d’expérience en politique pour savoir que ce genre d’argument est un effet de tribune indigne d’une discussion sérieuse. Le fait est que chez les insoumis la parole du gourou est loi, et aucune critique, aucun désaccord n’est permis. Et ce n’est pas moi qui le dit, c’est Charlotte Girard, qui connaît le gourou et le fonctionnement de LFI mieux que vous et moi.

              [Mélenchon n’est pas parfait.]

              Vraiment ? Pourriez-vous donner trois ou quatre exemples des « imperfections » que vous avez pu constater ?

              [Son programme non plus. Et son mouvement non plus. Mais trouvez mieux : PCF ? PS ? Génération-s ? EELV ? Ensemble ! ? Vous peut-être ?]

              Avant de trouver « mieux » il faudrait définir le critère de comparaison. Si je prends par exemple la question du nucléaire, oui, je trouve « mieux » au PCF. Quel serait votre critère de comparaison ?

              • Je ne savais pas que mon avis était si important, ni qu’il fallait émettre ici son lot de critiques et de réserves pour ne pas se faire traiter de sectaire.

                J’ai écrit moi-même à JLM pour lui dire qu’il n’avait pas à bannir Cocq via Twitter. Ça ne lui a guère plu. Il a rompu notre correspondance. J’ai trouvé malheureux ses propos au moment des perquisitions. J’en ai parlé sur Facebook. Ça crée des dissensions internes. À quoi bon ? Ce qui est fait est fait. Mélenchon en rit jaune encore aujourd’hui dans ses meetings. Sur la Corse il s’est planté. Sur les armes nucléaires défensives en Corée du Nord aussi. J’ai exprimé des positions divergentes (je ne détaille pas) sans être banni.

                La France insoumise est trop désorganisée au point de vue territorial, elle est régie par un principe de consensus qui évacue la contradiction. Elle est écrasée par ses parlementaires. Quant à l’AEC lui-même, ce projet réformiste ne saisit pas la violence et la crise du capitalisme. Ce ne peut être qu’un début. Mais l’application de ce programme constituerait une déclaration de guerre pour le capital. Il faut essayer et restant vigilant.

                Mélenchon a su voir que la primaire de la gauche ne mènerait à rien. Il avait prévenu qu’avec Macron “on cacherait du sang”.
                Il assume un programme, l’Avenir en Commun. Sur la géothermie, c’est sans doute un propos de simplification. Vous voudriez qu’il fasse campagne avec des chiffres tout à fait précis sur la centaine de sujets et mesures ? C’est un philosophe, voire un littéraire ! Jugez les propositions complètes du livret. La FI parle “100 % renouvelable”, pas 100 % géothermie. https://avenirencommun.fr/livrets-thematiques/le-livret-energie/

                Mélenchon avait prévenu : c’est à prendre ou à laisser, mais on est pas obligé d’adhérer à tout. Le peuple a pris à 19 %. Il a gagné son pari (comparativement aux autres, j’entends).

                On peut être militant critique. J’essaie de l’être. Mais de toute façon. Qui d’autre ?
                Ruffin vient de créer son parti Picardie Debout et manifestement il est verrouillé aussi et son egopolitisme est plus important encore car il est plus jeune et manque d’expérience.
                Si Clémentine Autain se présentait on pourrait comparer. Pour l’instant personne sur ce champ politique ne se présente. Et comme dit le dicton, un tiens vaut mieux que 2 tu l’auras, Mélenchon a des défauts mais au moins on les connait. Et on sait qu’il a la capacité à faire campagne.

                Objectivement cet homme politique est identifié comme un opposant majeur à Macron.
                C’est un des rares responsables politiques qui pense son action, qui réfléchit, donne ses idées sur son blog, et qui tient compte de l’expérience. Effectivement si une chose ne marche pas il ne perdra pas de temps avec. Il essayera autre chose, prendra un risque. C’est fondamentalement la bonne méthode. D’autres se contentent de leurs certitudes et de leur petite niche à “gauche” et de leurs fameux 2 %.
                On devrait faire comme s’il n’existait pas en se mettant en position de spectateur au motif que tout ne convient pas ? Ou on donne le coup de main là où on est pour faire en sorte que “ça passe” et lancer cette Assemblée constituante et cette 6e République ?

                Il faut regarder la globalité. Je suis un militant dans l’âme. J’ai fait mon choix.

                • Descartes dit :

                  @ Gautier Weinmann

                  [Je ne savais pas que mon avis était si important, ni qu’il fallait émettre ici son lot de critiques et de réserves pour ne pas se faire traiter de sectaire.]

                  D’abord, je ne me souviens pas de vous avoir traité de « sectaire ». Je me suis contenté de dire que LFI fonctionnait comme une secte, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Ensuite, au risque de vous décevoir, ce n’est pas votre avis qui est si important. C’est le fait qu’il se répète régulièrement. Quand une personne montre une adhésion acritique à un leader, cela reste une question personnelle. Mais quand le fonctionnement d’un mouvement est fondé sur l’adhésion acritique d’un collectif, cela devient une question politique.

                  [J’ai écrit moi-même à JLM pour lui dire qu’il n’avait pas à bannir Cocq via Twitter. Ça ne lui a guère plu. Il a rompu notre correspondance. J’ai trouvé malheureux ses propos au moment des perquisitions. J’en ai parlé sur Facebook. Ça crée des dissensions internes.]

                  Je pense que votre expérience dans l’affaire Cocq aurait du vous ouvrir les yeux. Vous avez expérimenté vous-même ce que Charlotte Girard a exprimé dans sa lettre : dans LFI, il n’est pas possible d’être en désaccord. Et encore, vous vous êtes contenté d’exprimer ce désaccord dans un échange privé. Que pensez-vous qui ce serait passé si vous aviez exprimé publiquement votre désapprobation du traitement infligé à Cocq ?

                  [À quoi bon ? Ce qui est fait est fait. Mélenchon en rit jaune encore aujourd’hui dans ses meetings.]

                  « Ce qui est fait est fait », mais reconnaître ses erreurs permet de ne pas les refaire. Et je ne me souviens pas de l’avoir entendu Mélenchon « rire jaune » ou avoir admis la moindre erreur sur cette question, au contraire. Il ne perd pas occasion de fustiger ceux qui sont partis.

                  [Sur la Corse il s’est planté. Sur les armes nucléaires défensives en Corée du Nord aussi. J’ai exprimé des positions divergentes (je ne détaille pas) sans être banni.]

                  Détaillez, détaillez… vous avez exprimé des « positions divergentes » dans quelle enceinte ?

                  [La France insoumise est trop désorganisée au point de vue territorial, elle est régie par un principe de consensus qui évacue la contradiction. Elle est écrasée par ses parlementaires.]

                  Et tout ça, c’est la faute à qui ? Qui a imposé l’organisation territoriale de LFI ? Qui a décidé que le principe serait le « consensus » – en pratique le « consensus » pour accepter les décisions du Chef ? Qui a donné aux parlementaires leur rôle ?

                  [Quant à l’AEC lui-même, ce projet réformiste ne saisit pas la violence et la crise du capitalisme. Ce ne peut être qu’un début. Mais l’application de ce programme constituerait une déclaration de guerre pour le capital. Il faut essayer et restant vigilant.]

                  Le capital n’a pas l’air très inquiet, curieusement. Et lorsque vous regardez la sociologie de LFI, vous vous rendez compte que ses intérêts sont plus proches de ceux du capital que de ceux du travail. Ce qui, pour un marxiste comme vous, devrait mettre la puce à l’oreille. Ensuite, vous croyez vraiment que « l’avenir en commun » soit un programme applicable ? Personnellement, je pense que c’est plus un catalogue de ce qu’on ne veut pas qu’une véritable description de ce qu’on veut. Parler de la sortie du nucléaire en dix ans vous paraît-il raisonnable ?

                  [Mélenchon a su voir que la primaire de la gauche ne mènerait à rien. Il avait prévenu qu’avec Macron “on cacherait du sang”.]

                  Et alors ? Sur la primaire de la gauche, sa prophétie était auto-réalisatrice : en refusant de participer, il a fait qu’effectivement elle ne mène à rien. S’il y avait participé, il aurait probablement gagné et il aurait peut-être eu les voix qui lui ont manqué pour être présent au second tour. Et sur sa prédiction qu’avec Macron on « cracherait du sang »… franchement, était-ce si difficile ?

                  [Il assume un programme, l’Avenir en Commun.]

                  Dans la mesure où c’est lui et lui seul qui l’a approuvé, c’est la moindre des choses, vous ne trouvez pas ?

                  [Sur la géothermie, c’est sans doute un propos de simplification. Vous voudriez qu’il fasse campagne avec des chiffres tout à fait précis sur la centaine de sujets et mesures ?]

                  Non, je me contente de demander qu’il garde un minimum de contact avec la réalité. L’idée qu’on pourrait remplacer le nucléaire par la géothermie n’est pas une « simplification », c’est une absurdité. Les ressources de la géothermie haute température (la seule qui permet de produire de l’électricité) en France métropolitaine sont de l’ordre de quelques centaines de MW, alors que la capacité du parc nucléaire est de 65.000 MW. S’il est parfaitement acceptable pour un politique de simplifier un problème complexe dans un discours, cette licence ne permet pas de dire n’importe quoi.

                  J’ajoute que le programme « l’Avenir en Commun » contient une aberration de même nature, en proposant de renoncer au « grand carénage » du parc nucléaire. Cela implique une fermeture de l’ensemble des réacteurs à l’horizon de dix ans. Ce qui, n’importe quel connaisseur du secteur vous le dira, est physiquement impossible. Encore une « simplification » ?

                  [C’est un philosophe, voire un littéraire !]

                  Alors, qu’il s’abstienne de parler de sujets dont il ne connait rien. Il n’est pas obligé de parler de tout, vous savez…

                  [Jugez les propositions complètes du livret. La FI parle “100 % renouvelable”, pas 100 % géothermie.]

                  Jugeons d’abord sur le programme. Il est écrit : « Abandonner l’opération du grand carénage visant à prolonger la vie des centrales nucléaires au-delà de quarante ans ». Cela suppose la fermeture de l’essentiel du parc nucléaire à l’horizon 2030. Pensez-vous que ce soit réaliste ?

                  Quant au livret, c’est un ramassis de bêtises. Même le diagnostic est faux ! Quelques exemples : à la page 6 on peut lire que « la consommation [mondiale] d’énergie croit de façon exponentielle ». Un simple coup d’œil aux courbes montre que c’est faux : la progression est linéaire, et non exponentielle (voir par exemple https://www.planetoscope.com/Source-d-energie/229-consommation-mondiale-d-energie-en-tep-.html); on peut y lire (page 7) que « La situation énergétique de la France se caractérise par un recours quasi absolu à l’électricité ». Ce qui est tellement absurde qu’on se demande si les gens qui ont écrit ce livret savent de quoi ils parlent : dans la consommation énergétique totale de la France, l’électricité ne représente que 25% du total. L’essentiel reste encore le pétrole (45%). Comment voulez-vous à partir d’un tel diagnostic aboutir à des propositions rationnelles ?

                  A partir de là, les propositions sont à l’avenant. Par exemple, quel est l’intérêt dans une politique énergétique de « rendre gratuits les transports collectifs urbains pour les moins de 18 ans et les personnes sans emploi » ? Ou bien, est-ce possible d’abandonner le « grand carénage » ce qui suppose l’arrêt du parc nucléaire à l’horizon de dix ans ? Non, tout ça n’est pas sérieux…

                  [Mélenchon avait prévenu : c’est à prendre ou à laisser, mais on est pas obligé d’adhérer à tout.]

                  J’avoue que je ne comprends pas la nuance. Si Mélenchon avait été élu, il aurait applique le programme, TOUT le programme. Le fait de ne pas « adhérer à tout », cela change quoi ?

                  [Le peuple a pris à 19 %. Il a gagné son pari (comparativement aux autres, j’entends).]

                  Je croyais que son « pari » était de mettre en œuvre le programme. Mais si on se contente de 19% et une quatrième place à une élection, on peut dire que le pari est gagné.

                  [On peut être militant critique. J’essaie de l’être. Mais de toute façon. Qui d’autre ?]

                  Ca dépend de ce que vous avez comme objectif. Vous connaissez ma position : en ce moment, le rapport de forces n’est pas favorable à l’action. La priorité aujourd’hui, c’est de forger les outils politiques et intellectuels qui permettront demain de prendre l’ascendant lorsque le rapport de forces le permettra. Et c’est pourquoi je trouve plus intéressant de participer à des cercles de réflexion ou des discussions sur des forums plutôt que de m’embrigader derrière un dirigeant, même s’il est capable de faire des scores flatteurs.

                  [C’est un des rares responsables politiques qui pense son action, qui réfléchit, donne ses idées sur son blog, et qui tient compte de l’expérience.]

                  Bof. Mélenchon a certainement une grande culture littéraire, mais cela ne va pas beaucoup plus loin. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le montrer, il est un génial tacticien mais un piètre stratège. Quant à ses « idées », cela fait bien longtemps qu’il n’y a rien de vraiment nouveau sur son blog. Il en reste à ce mélange curieux entre le trotsko-mitterrandisme qui a fait sa carrière, et le néo-populisme façon Laclau-Mouffe qui traduit sa fascination pour les logiques du « caudillismo » latino-américain.

                  [Il essayera autre chose, prendra un risque.]

                  Un risque très calculé, tout de même. Je vous prie de noter que depuis les années 1980, pas une seule fois il ne s’est trouvé sans un mandat électif qui lui assure un salaire confortable.

                  [C’est fondamentalement la bonne méthode. D’autres se contentent de leurs certitudes et de leur petite niche à “gauche” et de leurs fameux 2 %.]

                  A la fin, le résultat n’est pas très différent. En quoi les 19% de 2017 ont fait reculer le capital ? En quoi ils ont pesé sur les politiques publiques ? A part les happenings genre « on vient sans cravate » ou « on met un bâillon » à l’Assemblée, vous m’accorderez que le bilan est maigre. Quand le PCF était à 20%, vous m’accorderez que ce n’était pas tout à fait la même chose…

                  [On devrait faire comme s’il n’existait pas en se mettant en position de spectateur au motif que tout ne convient pas ? Ou on donne le coup de main là où on est pour faire en sorte que “ça passe” et lancer cette Assemblée constituante et cette 6e République ?]

                  Mais… moi je n’ai aucune envie que « ça passe ». Pour moi, le problème n’est pas que « tout ne me convient pas ». Le problème est que l’orientation générale, l’esprit qui est derrière le programme ne me conviennent pas, et que je n’ai aucune confiance dans les gens qui seraient aux manettes si « cela passait ». Je ne veux imaginer ce que pourrait être une Constituante remplie de Panots et de Ruffins, et quelle sorte de République pourrait en sortir.

                  Mais au-delà du programme – qui serait probablement remisé aux oubliettes assez rapidement, comme le sont tous les programmes – Mélenchon est un homme politique qui a une histoire. Et cette histoire a une cohérence qui ne se démentirait pas si demain il arrivait à l’Elysée. Moi qui n’ai jamais voté pour Mitterrand, et je ne voterai pas pour Mitterrand-bis.

                  [Il faut regarder la globalité. Je suis un militant dans l’âme. J’ai fait mon choix.]

                  Justement, regardez la globalité. Pensez-vous que vous seriez à l’aise dans une 6ème République telle que la veulent Corbière, Ruffin ou Panot ? Parce que si demain “ça passait”, ce seront eux qui auront le manche, pas vous.

                • Yoann dit :

                  [Ruffin vient de créer son parti Picardie Debout]

                  Vient ? 2017. Il n’est pas non plus Insoumis.

                  • Nous venons de voter un texte d’orientation qui stipule que “La France insoumise doit notamment poursuivre son travail idéologique, assumer les débats en son sein et dans la société et continuer l’enrichissement de son programme en réseau avec des chercheurs, des ONG, des militant.e.s et des professionnel.le.s”. https://lafranceinsoumise.fr/2019/07/08/les-insoumis-valident-les-propositions-de-lassemblee-representative/

                    Les opposants internes, virés ou déçus n’ont jamais dit précisément avec quoi ils ne sont pas (ou plus, vous le dîtes bien…) d’accord. Ils n’ont jamais rendu compte de leur bilan dans leurs responsabilités. Ils sont partis pour la plupart dans une période où ils avaient l’ambition de devenir député européen. Jean-Luc Mélenchon a eu facile de les railler. Tous sont substituables.
                    Sur le cas Charlotte Girard. Entre le tribun du peuple et son ex-madame loyal, le choix est vite fait.

                    “Détaillez détaillez”. Une autre fois peut-être. Sachez que je ne fais partie d’aucune cour, et je dis toujours ce que j’ai à dire, partout où je le peux.

                    Pour la sociologie de LFI. Attaquez-vous au programme, pas aux personnes ! D’une part je doute qu’il y ait tant de grands patrons ou de rentiers à La France insoumise, mais surtout Marx n’a jamais signifié que des cadres ne pouvait pas endosser un programme progressiste, pour reprendre votre mot. Son compère Engels était un nanti voire un patron, son mécène. Ils écrivaient ensemble des programmes communistes et révolutionnaires !

                    Après je vois bien où vous voulez en venir : non La France insoumise ne propose pas une société communiste, elle défend les “classes moyennes” etc. Bon bah soit.

                    Sur la sortie du nucléaire en 10 ans : le réel tranchera. Si l’objectif est de viser le 100 % énergie renouvelable, alors je suis pour. Trump s’est fait élire en promettant la construction d’un mur avec le Mexique, en plus financé par l’État mexicain. Ce n’était pas “très sérieux” pour reprendre votre expression. C’était illusoire, provocateur et irréaliste. Il se peut que les Américains en redemandent et remettent le couvert avec Trump… sale temps pour les cartésiens.

                    Je ne vous dis pas quoi faire. Personnellement je suis dans l’action politique et même électorale. Je lis, je m’informe, Le Vent Se Lève, blog “La Sociale”, l’intérêt général
                    https://interetgeneral.net
                    Mais souffrez que des militants veulent donner un coup de main pour barrer la route à LREM et au RN, et que ce n’est pas la critique sur le manque de démocratie interne ou encore le qualificatif mille fois entendu de “gourou” qui les refroidiront. Ils font leur expérience et savent de qui ses choses émanent : d’opposants visceraux et de toujours. Alors bon…

                    Non le capital n’a pas peur. Il se réjouit du nouveau duopole Macron-LePen. Entièrement d’accord avec le PCF à 20 %, qui traduisait une toute autre organisation. C’est juste que cette manière de militer et de s’organiser n’a plus cours aujourd’hui et il serait illusoire de vouloir y revenir dans la société éclatée et egotique actuelle, régie par les réseaux dit “sociaux” et l’Internet.

                    Sur qui tiendra le manche : moi ou Corbière, j’ai déjà dit : on fait là où on est. J’ai de l’ambition mais elle n’est pas une obsession. Après la vie est pleine de surprises.

                    • Descartes dit :

                      @ Gautier Weinmann

                      [Nous venons de voter un texte d’orientation qui stipule que “La France insoumise doit notamment poursuivre son travail idéologique, assumer les débats en son sein et dans la société et continuer l’enrichissement de son programme en réseau avec des chercheurs, des ONG, des militant.e.s et des professionnel.le.s”.]

                      Ah… si c’est écrit dans le texte d’orientation, c’est comme si c’était déjà fait. Accessoirement, qui est ce « nous » qui a voté le texte d’orientation en question ? Qui vérifie ces votes ?

                      [Les opposants internes, virés ou déçus n’ont jamais dit précisément avec quoi ils ne sont pas (ou plus, vous le dîtes bien…) d’accord.]

                      Il n’est pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir… Les opposants internes ont écrit avec une grande précision les raisons qui les ont poussés à partir. Ainsi par exemple Kuzmanovic a écrit une longue lettre, publiée par Marianne (https://www.marianne.net/debattons/tribunes/pourquoi-je-quitte-la-france-insoumise-djordje-kuzmanovic). Charlotte Girard a elle aussi expliqué en long, en large et en travers ses désaccords (https://www.legrandsoir.info/la-lettre-a-tous-nos-camarades-insoumis-es.html). Tous deux exposent des griefs concernant le fonctionnement de LFI et la ligne politique. Alors de grâce arrêtez de répéter que « les opposants internes n’ont jamais dit précisément avec qui ils ne sont pas d’accord ». C’est faux, et c’est insultant pour des gens qui, il n’y a pas si longtemps, étaient vos camarades.

                      Votre attitude illustre jusqu’à la caricature l’incapacité des « insoumis » à accepter la critique. Ceux qui s’en font sont nécessairement des salauds et des traîtres. Vous n’arrivez même pas à admettre qu’ils ont des raisons de partir, et que ces raisons méritent tout au moins d’être écoutées.

                      [Ils n’ont jamais rendu compte de leur bilan dans leurs responsabilités.]

                      A qui auraient-ils du « rendre compte » ? Quelle est l’instance qui est habilitée à leur demander des comptes ?

                      [Ils sont partis pour la plupart dans une période où ils avaient l’ambition de devenir député européen.]

                      Qu’est-ce que je vous disais ? Tous des salauds…

                      [Jean-Luc Mélenchon a eu facile de les railler. Tous sont substituables. Sur le cas Charlotte Girard. Entre le tribun du peuple et son ex-madame loyal, le choix est vite fait.]

                      Eh oui, à LFI tout le monde est « substituable », sauf Mélenchon. Comme dans toute bonne secte qui se respecte, seul le gourou est irremplaçable. Tous les autres n’existent que par sa grâce, et retournent au néant dès lors qu’il décide de les dénommer.

                      [“Détaillez détaillez”. Une autre fois peut-être. Sachez que je ne fais partie d’aucune cour, et je dis toujours ce que j’ai à dire, partout où je le peux.]

                      Et c’est pourquoi vous resterez militant de base…

                      [Pour la sociologie de LFI. Attaquez-vous au programme, pas aux personnes !]

                      La sociologie est une question collective, et non individuelle, justement.

                      [D’une part je doute qu’il y ait tant de grands patrons ou de rentiers à La France insoumise,]

                      Des patrons ou des rentiers, je ne sais pas. Mais des psychanalistes, des artistes, des médecins, des cadres supérieurs, des enseignants, des avocats… Tiens, parmi les élus LFI, combien n’appartiennent pas à ces catégories ?

                      mais surtout Marx n’a jamais signifié que des cadres ne pouvait pas endosser un programme progressiste, pour reprendre votre mot. Son compère Engels était un nanti voire un patron, son mécène. Ils écrivaient ensemble des programmes communistes et révolutionnaires !

                      [Sur la sortie du nucléaire en 10 ans : le réel tranchera. Si l’objectif est de viser le 100 % énergie renouvelable, alors je suis pour.]

                      « Soyez réaliste, demandez l’impossible ».

                      [Trump s’est fait élire en promettant la construction d’un mur avec le Mexique, en plus financé par l’État mexicain. Ce n’était pas “très sérieux” pour reprendre votre expression. C’était illusoire, provocateur et irréaliste. Il se peut que les Américains en redemandent et remettent le couvert avec Trump… sale temps pour les cartésiens.]

                      Vous admettez donc que le programme « l’Avenir en commun » est aussi réaliste que le mur de Trump ? Dont acte. Nous sommes donc d’accord que le programme de Mélenchon n’a aucune chance d’être mis en œuvre au cas où LFI arriverait au pouvoir. Alors, arrêtez de me bassiner avec un « programme » auquel vous-même vous ne croyez pas.

                      [Je ne vous dis pas quoi faire. Personnellement je suis dans l’action politique et même électorale. Je lis, je m’informe, Le Vent Se Lève, blog “La Sociale”, l’intérêt général]

                      Je vois… une grande diversité de points de vue. Heureusement qu’il y a ce blog pour introduire une note discordante dans vos lectures…

                      [Mais souffrez que des militants veulent donner un coup de main pour barrer la route à LREM et au RN,}

                      Mais je souffre, croyez-moi, je souffre. Non pas tant le fait que des militants veuillent barrer la route à LREM ou au RN, mais qu’ils puissent croire qu’ils arriveront à quelque chose en faisant allégeance à une organisation fondée sur le pouvoir total et absolu d’un seul homme et de sa « cour ». Parce que, sans vouloir vous offenser, à l’heure de « barrer la route à LREM » l’action de LFI ne semble pas très efficace.

                      [et que ce n’est pas la critique sur le manque de démocratie interne ou encore le qualificatif mille fois entendu de “gourou” qui les refroidiront. Ils font leur expérience et savent de qui ses choses émanent : d’opposants visceraux et de toujours. Alors bon…]

                      C’est vrai. Celui qui critique ne peut être qu’un « opposant viscéral et de toujours ». Donc, fermez vos oreilles à tout discours extérieur, et n’écoutez que celui qui vient du Grand Dirigeant et de ses amis. Voilà parfaitement décrit le mécanisme qui rend possible le fonctionnement sectaire : tout discours extérieur doit par avance être diabolisé, de façon à couper les adeptes de tout discours critique.

                      [Non le capital n’a pas peur. Il se réjouit du nouveau duopole Macron-LePen. Entièrement d’accord avec le PCF à 20 %, qui traduisait une toute autre organisation. C’est juste que cette manière de militer et de s’organiser n’a plus cours aujourd’hui et il serait illusoire de vouloir y revenir dans la société éclatée et egotique actuelle, régie par les réseaux dit “sociaux” et l’Internet.]

                      Je n’ai pas l’impression que l’autre manière « gazeuse » de militer et de s’organiser ait donné beaucoup de résultats. Encore une fois, qu’est-ce que LFI avec ses 19% a la présidentielle a changé dans la vie des gens ?

                      [Sur qui tiendra le manche : moi ou Corbière, j’ai déjà dit : on fait là où on est. J’ai de l’ambition mais elle n’est pas une obsession. Après la vie est pleine de surprises.]

                      Oui, et je pense que vous allez en avoir une fort désagréable…

  18. Cherrytree dit :

    Ne perdons pas de temps à tirer sur l’ambulance.
    Comme le coucou, Mélenchon à fait son nid dans le nid des autres, et en à viré les autres oisillons dès qu’il a été assez fort. Mais lui, en plus, à détruit les nids successifs qu’il a occupés.Le PS, le PCF. Pour ce dernier, il y a fort à parier qu’on ne reprendra plus les communistes. Un peu tard, me direz vous, vu le nombre de camarades qui ont suivi le coucou Mélenchon.
    Mais c’est autant qu’il aura dégoûtés, et qui ne voteront plus ni pour le PCF, ni pour lui.
    Dans la perspective des municipales à Narbonne, le PCF à été clair: rassemblement de la gauche avec une philosophie commune, mais aucune hégémonie, la garantie de l’expression de chacun et aucune suprématie d’aucune des parties. Le parti tout neuf de Hamon est d’accord, et le PS, et EELV, ça commence à faire du monde, en tout cas de quoi assurance quelques sièges d’élus. Le NPA n’a pas répondu, et, ô surprise, la FI est contre, on se demande vraiment pourquoi. Sauf que, si les “insoumis” ne sont pas aux commandes, en dépit de leur score misérable aux européennes, ils feront en sorte, par leur sectarisme, de faire le lit du RN qui s’implante de plus en plus dans un des départements les plus pauvres de France, et de ne laisser que LREM comme rempart. Parce que ce n’est pas la FI avec ses petits bras qui va s’y coller toute seule. Mais qui préfère couler le bateau si elle ne tient pas le gouvernail (je suis en veine de métaphores). Et ça commence à se voir.

    Méluche, et c’est maintenant évident pour tout un chacun, et c’est pain béni pour ses adversaires, à toujours bien vécu de ses mandats, madame Chikirou est toujours sous le coup d’accusations sérieuses d’enrichissement personnel, sauf que (voir l’excellent blog de Christian Schoettl) on ne peut pas dauber sur de Rugy et se constituer un patrimoine immobilier avec de l’argent public, se proclamer frère des pauvres et frôler l’ISF, voire y être soumis, sans mauvais jeu de mots. Ce n’est pas un hasard si on n’entend plus parler des ambitions municipales de Mélenchon à Marseille, où on lui tient rigueur d’avoir délaissé sa circonscription pour faire l’histrion à l’Assemblée nationale.
    Il n’a pas de succession, sauf des petits jeunes jetables comme des Kleenex, et, excusez du peu, ce n’est pas parce qu’Alexis Corbière adopte depuis quelques jours un ton plus apaisé envers la police qu’il inspire moins de doutes. Surtout, malheureux, quand l’épouse à cachetonné chez Bolloré, ce qui suffit à mettre un obstacle à toute ambition nationale sérieuse.
    Bon, j’ai dit qu’il était inutile de tirer d’ambulance, et voici qu’emportée par l’élan, je me surprends à en faire autant 😂Le meilleur ennemi de Mélenchon vieillissant, c’est Mélenchon lui-même, voir le “la République c’est moi” qui a suffi à le discréditer mieux que n’importe quoi ou n’importe qui.
    À mon avis, dans peu de temps, ce sera la fin de l’histoire, de toute façon sa retraite est assurée.

    • Descartes dit :

      @ Cherrytree

      [Ne perdons pas de temps à tirer sur l’ambulance.]

      Contrairement à vous, je ne pense pas que Mélenchon soit déjà dans l’ambulance. Même si les résultats des européennes ont rabattu un peu le caquet des « insoumis », ils peuvent encore faire beaucoup de dégâts.

      [Pour ce dernier, il y a fort à parier qu’on ne reprendra plus les communistes.]

      Ne soyons pas trop sûrs : la capacité humaine à répéter la même expérience en espérant des résultats différents est illimitée. Mais je pense en effet que c’est peu probable. La première priorité pour la direction communiste est de protéger le réseau d’élus, et ils ont je pense bien compris que c’est exactement ce que Mélenchon veut détruire.

      [Dans la perspective des municipales à Narbonne, le PCF à été clair: rassemblement de la gauche avec une philosophie commune, mais aucune hégémonie, la garantie de l’expression de chacun et aucune suprématie d’aucune des parties.]

      En d’autres termes, une alliance tactique pour avoir des sièges. Cela n’a rien de critiquable au fond, mais pourquoi pas l’assumer pleinement. Pourquoi faut-il affirmer une « philosophie commune », alors qu’il n’y a rien de « commun » entre le PCF et EELV ?

      Votre exemple illustre à mon avis le problème fondamental du PCF : son incapacité à assumer la Realpolitik quand il le faut, son besoin d’affirmer une légitimité morale. Il n’y a rien de condamnable dans le fait de vouloir maximiser son réseau d’élus, si l’on pense que ce réseau permet de mieux défendre les exploités. On peut parfaitement expliquer cela aux électeurs. Alors pourquoi aller chercher un « rassemblement de la gauche » (et on sait ce que « la gauche » a fait au pouvoir) autour d’une « philosophie commune » qui n’existe pas ?

      Marier la carpe et le lapin, pourquoi pas si cela donne un hybride intéressant. Mais déguiser le lapin en lui collant des nageoires… non, c’est ridicule.

      [Le parti tout neuf de Hamon est d’accord, et le PS, et EELV, ça commence à faire du monde, en tout cas de quoi assurance quelques sièges d’élus. Le NPA n’a pas répondu, et, ô surprise, la FI est contre, on se demande vraiment pourquoi.]

      La réponse est très simple : Générations, le PS et EELV ont dans cette affaire le même objectif que le PCF : avoir des élus. A partir de là, on peut toujours s’entendre. LFI a des objectifs beaucoup plus contradictoires : au niveau national, le but est de faire des municipales une tribune pour préparer la seule élection qui intéresse Mélenchon, c’est-à-dire la présidentielle. Au niveau local, vous avez la pression des « notables » locaux qui voudraient bien avoir un siège…

      [Sauf que, si les “insoumis” ne sont pas aux commandes, en dépit de leur score misérable aux européennes, ils feront en sorte, par leur sectarisme, de faire le lit du RN qui s’implante de plus en plus dans un des départements les plus pauvres de France, et de ne laisser que LREM comme rempart. Parce que ce n’est pas la FI avec ses petits bras qui va s’y coller toute seule. Mais qui préfère couler le bateau si elle ne tient pas le gouvernail (je suis en veine de métaphores). Et ça commence à se voir.]

      Vous avez décrit à la perfection la politique du pire si chère aux trotskystes. Vous noterez d’ailleurs que le NPA est souvent sur la même ligne…

      [Ce n’est pas un hasard si on n’entend plus parler des ambitions municipales de Mélenchon à Marseille, où on lui tient rigueur d’avoir délaissé sa circonscription pour faire l’histrion à l’Assemblée nationale.]

      Vous vous avancez un tout petit peu, là. Le problème n’est pas tant qu’il a délaissé sa circonscription – il est au contraire assez présent, trop diront certains, par exemple en rapatriant un grand nombre d’événements nationaux de LFI à Marseille. Le problème de Mélenchon est que la politique marseillaise est compliquée, et fondée sur des notables et leurs clientèles qu’il faut contenter une à une pour avoir une chance. Une partie de la « cour » de Mélenchon consacre pas mal de temps à cette affaire, si j’en crois les mauvaises langues…

      [Il n’a pas de succession, sauf des petits jeunes jetables comme des Kleenex, et, excusez du peu, ce n’est pas parce qu’Alexis Corbière adopte depuis quelques jours un ton plus apaisé envers la police qu’il inspire moins de doutes. Surtout, malheureux, quand l’épouse à cachetonné chez Bolloré, ce qui suffit à mettre un obstacle à toute ambition nationale sérieuse.]

      Eh oui, quand on voit que Raquel Garrido continuera à faire la révolution citoyenne chez Hanouna à la rentrée, on se dit que les voies de la révolution sont impénétrables. De toute façon, Alexis Corbière n’est pas le dauphin et ne le sera pas. Trop de casseroles, et surtout il s’est fait dépasser par des petits jeunes aux dents longues…

      [Le meilleur ennemi de Mélenchon vieillissant, c’est Mélenchon lui-même, voir le “la République c’est moi” qui a suffi à le discréditer mieux que n’importe quoi ou n’importe qui.]

      Oui. C’est quand même effrayant ce monde ou un coup médiatique peut faire ou défaire un homme politique…

      [À mon avis, dans peu de temps, ce sera la fin de l’histoire, de toute façon sa retraite est assurée.]

      Ne l’enterrez pas trop vite. Jusqu’en 2022, le spectacle est assuré. Après…

  19. Descartescevieuxbigot dit :

    《Te souviens-tu, Jean-Luc, de cette soirée où tu as décidé d’être candidat aux législatives à Marseille ? La circonscription que tu avais choisie avait déjà un candidat investi par la « commission électorale » censée être souveraine – interdit de rigoler – sur ces questions. Ce candidat a appris par la presse qu’il était des-investi. A l’époque, si je crois ses dires, tu n’as même pas jugé nécessaire de l’appeler au téléphone, de lui envoyer un mail ou un SMS pour expliquer ton geste. Lui aussi, peut-être, a « tiré la leçon ». Avant de « tirer la leçon et passer à la suite », tu ferais peut-être bien de méditer cette vieille maxime qui veut qu’on récolte souvent ce qu’on a semé. 》

    Ça c’est bon a savoir sur la personnalie du vieux roublard debarque du ps qu’est Melenchon…si je pretendait a etre investi en tant que candidat FI.

    En tant qu’electeur communiste qu’est ce que j’en ai branler quand on frole le second tour.

    • Descartes dit :

      @ descartescevieuxbigot

      [Ça c’est bon a savoir sur la personnalité du vieux roublard débarqué du ps qu’est Mélenchon…si je prétendait a être investi en tant que candidat FI.]

      Pas seulement, pas seulement… si vous vous intéressez à la politique française, le fait de savoir que dans un mouvement politique le gourou nomme et dénomme qui il veut quand il veut et sans même prévenir, cela vous permet de comprendre pas mal de choses.

      [En tant qu’électeur communiste qu’est-ce que j’en ai à branler quand on frôle le second tour.]

      Pardon, mais qui c’est ce « on » qui « frôle le second tour » ? Parce qu’en tant qu’électeur communiste, je doute que vous ayez beaucoup d’occasions de frôler le deuxième tour…

  20. Luc dit :

    Pour les municipales ce sont 36000 communes , différentes..Soit 36000 élections différentes.
    Si Mélenchon est candidat en 2020 , il sera le + légitime.
    S’il s’y prépare explicitement dés ces municipales , Lfi,engrangées seule un maximum de voix.Faire 19,5% en 2017 a été un D dAy au souffle non encore épuisé.
    Ces municipales s’annoncent un enterrement de 1ère classe pour l’Union de la gauche.
    Par contre le FN va récolter des positions surtout dans les villes du Sud.
    Comment ne pas comprendre ça ?

    • Descartes dit :

      @ Luc

      [Pour les municipales ce sont 36000 communes , différentes..Soit 36000 élections différentes.
      Si Mélenchon est candidat en 2020 , il sera le + légitime.]

      J’avoue que je ne comprends pas ce que vous voulez dire. En quoi le fait de se présenter sur l’une des 36000 communes – car même avec des hologrammes Mélenchon ne pourra pas se présenter dans toutes – rendrait Mélenchon « le + légitime » ? « Légitime » pour faire quoi ?

      [S’il s’y prépare explicitement dès ces municipales, Lfi engrangera seule un maximum de voix. Faire 19,5% en 2017 a été un D dAy au souffle non encore épuisé.]

      Vous croyez ? Pourtant, depuis ces 19,5% le moins qu’on puisse dire est que les élections successives n’ont pas souri à LFI : 11% aux législatives, 6% aux européennes… si le souffle n’est pas tout à fait épuisé, il est légèrement asthmatique, non ? Je doute que LFI fasse de très bons résultats aux municipales… et je me demande combien il le gourou ferait s’il se présentait aux municipales à Marseille.

      [Ces municipales s’annoncent un enterrement de 1ère classe pour l’Union de la gauche.]

      Je vois mal ce qui vous permet de dire ça. Les municipales sont d’abord des élections locales, ou le poids des « notables » est très important et la prime au sortant aussi.

  21. Cherrytree dit :

    Mélenchon et Marseille, bôf.
    Il y a 16 arrondissements à Marseille, il y en a seulement 5 où la liste de la FI à fait entre 13 et 15 pour cnt, et ce sont justement ceux où l’on trouve le plus fort taux d’abstention.
    Dans les autres, les scores vont de 4 à 9 pour cent, autant dire que c’est mal parti. Même s’il a bien chargé la mule Aubry, il a quand même eu des départs, et moins de monde pour labourer le terrain électoral.
    Alors la mairie? “Ces raisons sont trop verts, et bons pour des goujats”…

    • Descartes dit :

      @ Cherrytree

      [Il y a 16 arrondissements à Marseille, il y en a seulement 5 où la liste de la FI à fait entre 13 et 15 pour cnt, et ce sont justement ceux où l’on trouve le plus fort taux d’abstention. Dans les autres, les scores vont de 4 à 9 pour cent, autant dire que c’est mal parti.]

      Il est évident que LFI ne peut pas gagner seule la mairie de Marseille. Personne, pas même les socialistes dans les heures de gloire, n’a gagné seul dans la cité phocéenne. Pour conquérir la mairie, il lui faut des alliances. Et donc rentrer dans les jeux complexes des « clientèles » marseillaises : donner quelque chose à chacune des chapelles socialistes (qui se haïssent entre elles pour des sombres affaires d’honneur et de sous, comme la rupture entre légitimistes et guérinistes), faire risette aux communistes, obtenir le soutien voilé de certaines parties de la droite…

      Etant donné le caractère malsain de la politique marseillaise, je ne parierais ni sur son succès, ni sur son échec. Une « grande gueule », ça vend bien à Marseille. Mais cela ne suffit pas : il faut acheter – le mot n’est pas trop fort – les voix qui lui manquent. Je suis persuadé que l’affaire le démange: pour un homme qui aime le pouvoir mais qui n’a jamais été élu à une responsabilité exécutive, devenir maire de la troisième ville de France, ce n’est pas rien. Et je sais que ses agents de confiance négocient à tout va. D’un autre côté, se prendre une veste hypothéquerait encore plus sa candidature présidentielle en 2022…

      • Ian Brossage dit :

        @Descartes

        > Je suis persuadé que l’affaire le démange: pour un homme qui aime le pouvoir mais qui n’a jamais été élu à une responsabilité exécutive, devenir maire de la troisième ville de France, ce n’est pas rien.

        Mais que ferait-il ensuite en tant que maire ? Si Mélenchon n’a pas eu beaucoup de responsabilités exécutives, c’est aussi parce que le concret, être pressé de résoudre des problèmes où il ne suffit pas de beaux discours, de références érudites ou de quelques rodomontades, ce n’est pas trop son truc, il me semble.

        En même temps, ce serait intéressant à voir… de loin. Pauvres Marseillais.

        • Descartes dit :

          @ Ian Brossage

          [Mais que ferait-il ensuite en tant que maire ? Si Mélenchon n’a pas eu beaucoup de responsabilités exécutives, c’est aussi parce que le concret, être pressé de résoudre des problèmes où il ne suffit pas de beaux discours, de références érudites ou de quelques rodomontades, ce n’est pas trop son truc, il me semble.]

          Le maire d’une petite commune a les mains dans le cambouis. Mais le maire d’une grosse ville peut se limiter à un rôle symbolique et laisser la gestion quotidienne des affaires à ses adjoints. A votre avis, que fait Gaudin avec ses 80 printemps dans le dos ?

          [En même temps, ce serait intéressant à voir… de loin. Pauvres Marseillais.]

          Vous savez, Marseille est une ville tellement mal gérée depuis des années, qu’il est difficile de faire pire…

          • Ian Brossage dit :

            @Descartes

            > Le maire d’une petite commune a les mains dans le cambouis. Mais le maire d’une grosse ville peut se limiter à un rôle symbolique et laisser la gestion quotidienne des affaires à ses adjoints.

            Mais est-ce que Mélenchon serait assez sage et assez modeste pour se réduire à un rôle symbolique ? Pas sûr…

            • Descartes dit :

              @ Ian Brossage

              [Mais est-ce que Mélenchon serait assez sage et assez modeste pour se réduire à un rôle symbolique ? Pas sûr…]

              Il n’y a là aucune “modestie”, au contraire: cela revient à se réserver tout ce qui vous valorise devant l’opinion, et de laisser à d’autres le boulot qui va avec. Et cela cadre bien avec la personnalité de Mélenchon: vous noterez que dans son mouvement il a toujours laissé à d’autres la logistique et la gestion de l’argent… avec les résultats que l’on connaît!

  22. luc dit :

    Le confusionisme actuel , ( jusque dans mes écrits.. ) est une donnée qui ne m’est pas inconnue .
    dans ce genre de situation je me tourne vers le passé pour y voir un peu plus clair;
    Insulté par le leader de La France insoumise, le journaliste n’avait pu l’assigner en justice, compte tenu de l’insuffisance des mentions légales sur son blog. C’est donc pour ce dernier motif que Paulo Paranagua a obtenu la condamnation de Jean-Luc Mélenchon.
    Mélenchon,une fois de plus,s’est comporté en parfait malotru voire malfrat :
    https://www.liberation.fr/checknews/2019/08/09/melenchon-a-t-il-fait-payer-a-la-france-insoumise-des-dommages-et-interets-qu-il-devait-a-un-journal_1744422
    Il a fait payer son amende de 2OO e , par une obscure section de Lfi …
    Mais ,ça ne veut pas dire que son influence est anéantie.
    En effet face aux incessants truandages dont les Lagarde ,Tapie,Barre et autres consorts du Kapital se rendent impunément coupables,Le peuple des insoumis resserre les rangs derrière son leader.
    Comme les électeurs du FN l’ont fait pour les Lepen ou ceux du PCF pour Marchais .
    Rappelez vous en pleine 2ième guerre froide ,vouée aux gémonies de la vindicte du PS,de tous bords Marchais accusé d’être un quasi pro nazi,fit 16% en 1981 .
    Je me trompe si vous êtes pas aussi affirmatif que ça quand à l’avenir ?
    Pensez vous réellement que Mélenchon n’a pas d’Aura,pour 2020 ou 2022 même s’il passe pour un affreux Jojo et selon moi justement parce qu’il passe pour un dur à cuire (contrairement à Brossat , Jadot,Besancenot et autre Artaud etc…contre exemples caricaturaux de part leur image construite de BCBG immaculés , contre-productive pour représenter une opposition jusqu’au boutiste?

    • Descartes dit :

      @ luc

      [Mélenchon, une fois de plus, s’est comporté en parfait malotru voire malfrat : (…) Il a fait payer son amende de 2000€ par une obscure section de Lfi …]

      Pour une fois – même si cela doit surprendre ceux qui m’accusent de haïr Mélenchon – j’aurais tendance à lui accorder le bénéfice du doute. Je pense que cette affaire tient plus à l’incompétence des gens qui l’entourent et le conseillent qu’à un comportement de Mélenchon lui-même. Cela me rappelle ce qu’on disait à une époque à la section financière du PCF : « on peut tout confier à la bonne volonté des militants, tout sauf les finances ». Pour les questions d’argent, mieux vaut avoir des gens compétents et des « experts » qui connaissent la comptabilité et le droit, et en qui on peut avoir une confiance absolue. Pourquoi croyez-vous que tous ceux qui ont essayé de chercher des poux dans la tête des finances du PCF se sont toujours cassé le nez ?

      [Le peuple des insoumis resserre les rangs derrière son leader.]

      Entre la présidentielle et les législatives, LFI a perdu la moitié de ses électeurs. Entre les législatives et les européennes, encore une moitié. Si c’est cela que vous appelez « resserrer les rangs »… oui, il est vrai, la logique sectaire fait que les scandales soulevés par la presse à propos de la gestion financière de LFI ne trouvent pas un écho important parmi les militants de l’organisation, puisqu’on explique aux militants qu’il ne faut rien croire de ce qui ne vient pas de la secte elle-même. Mais pour les électeurs, c’est un peu différent…

      [Je me trompe si vous n’êtes pas aussi affirmatif que ça quant à l’avenir ? Pensez-vous réellement que Mélenchon n’a pas d’Aura, pour 2020 ou 2022 même s’il passe pour un affreux Jojo et selon moi justement parce qu’il passe pour un dur à cuire (…)]

      Je n’ai jamais trop cru à ces histoires « d’aura ». Mélenchon – comme Macron d’ailleurs – a fait preuve d’un génie tactique en profitant d’une fenêtre d’opportunité, celle de la décomposition de la gauche après les cinq années désastreuses du quinquennat de François Hollande. En se présentant comme un « produit nouveau » – souvenez-vous le soin qu’il a mis à bien marquer cette nouveauté, non seulement en fondant un nouveau mouvement, mais en lui donnant une symbolique en totale rupture avec le passé – il a réussi à profiter d’un effet de mode. Mais, comme disait Coco Chanel, la mode est ce qui se démode. Difficile de garder la fraîcheur de la nouveauté après deux ans de présence politique. Les premiers mois, son côté « affreux jojo » suscitait la curiosité, l’amusement… mais au bout de deux ans ça lasse.

      (contrairement à Brossat , Jadot,Besancenot et autre Artaud etc…contre exemples caricaturaux de part leur image construite de BCBG immaculés , contre-productive pour représenter une opposition jusqu’au boutiste?]

      Cela dépend de la vision que vous avez du temps. Le « jusqu’au boutisme » ne marche que si vous aboutissez à quelque chose dans un délai raisonnable. Mais pour faire de la politique dans la durée, mieux vaut avoir une certaine rondeur…

  23. Cherrytree dit :

    Et puis on ne peut, sauf parachutage législatif mais pour les municipales c’est plus compliqué, se faire élire en ne venant faire le show qu’à la vingt cinquième heure. Hénin -Beaumont aurait dû lui servir dleçon, mais non. Le voici élu député d’une des circonscriptions de Marseille, pour affirmer tout aussitôt qu’il ne représentera pas Marseille, puisqu’il est député national. Il a tenu parole, on ne le voit guère dans sa circonscription. Indécrottable, vous dis-je. L’important est qu’il soit député, et qu’une éventuelle campagne municipale lui serve de tribune pour la prochaine présidentielle, une occasion de se refaire, en sorte. Après il n’aura qu’à retrouver un fauteuil de député.Et voilà.

    • Descartes dit :

      @ Cherrytree

      [Et puis on ne peut, sauf parachutage législatif mais pour les municipales c’est plus compliqué, se faire élire en ne venant faire le show qu’à la vingt cinquième heure. Hénin -Beaumont aurait dû lui servir de leçon, mais non.]

      Jusqu’à un certain point, Mélenchon a tiré les leçons d’Hénin-Beaumont : il s’est parachuté lui-même dans la circonscription ou LFI avait fait le meilleur résultat aux présidentielles, au lieu de chercher un « duel » avec une personnalité. Et le pari lui a réussi. Mais vous avez raison de dire que la dynamique municipale n’a rien à voir avec celle des scrutins nationaux, et que le travail de terrain est beaucoup plus important.

      [Le voici élu député d’une des circonscriptions de Marseille, pour affirmer tout aussitôt qu’il ne représentera pas Marseille, puisqu’il est député national. Il a tenu parole, on ne le voit guère dans sa circonscription.]

      Vous en êtes sûre ? On m’a rapporté le contraire…

  24. Cherrytree dit :

    Bah non, vive le Mexique, vraiment vous ne connaissez pas complément le bonhomme. Même l’Assemblée, même l’Université d’été des insoumis ne pèsent rien dans sa volonté d prendre de la hauteur en se refaisant une virginité ( image hilarante)😂.
    Sauf que qui va à la (lointaine) chasse perd sa place, et que son rouquin dauphin est tout neuf, tout prêt, tout sympa. Et neuf du point de vue de l’image et de la réputation.

    • Descartes dit :

      @ Cherrytree

      [Bah non, vive le Mexique, vraiment vous ne connaissez pas complément le bonhomme. Même l’Assemblée, même l’Université d’été des insoumis ne pèsent rien dans sa volonté d prendre de la hauteur en se refaisant une virginité]

      Je ne sais pas comment interpréter son absence aux « amphis 2019 ». Cela rappelle un peu son départ du PG. A-t-il décidé que l’expérience LFI est épuisée et qu’il faut trouver autre chose dans la perspective de 2022 ? Mais on peut aussi imaginer qu’il ait pris conscience qu’il n’est pas éternel, et profite de l’opportunité pour laisser son « dauphin » du jour montrer ses talents ? Ou, troisième hypothèse, estime-t-il que ces « amphis » n’ont finalement aucun intérêt politique et laisse donc faire ses lieutenants joujou ?

      [Sauf que qui va à la (lointaine) chasse perd sa place, et que son rouquin dauphin est tout neuf, tout prêt, tout sympa. Et neuf du point de vue de l’image et de la réputation.]

      Oui, mais quelque soient les mérites de Quatennens, on peut difficilement l’imaginer en idéologue ou en stratège. Le drame de LFI – comme de beaucoup d’autres organisations d’ailleurs – est qu’elle ne forme pas un vivier de cadres d’où puissent sortir des personnalités intéressantes. Il faut d’ailleurs beaucoup de temps et de constance pour mettre en place un tel vivier.

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