La France où les trains arrivaient à l’heure…

Sur son blog, dans son premier papier de l’année, Jean-Luc Mélenchon écrit : « Mais où est passée la France ? Celle où les trains partaient à l’heure, où la fusée Ariane décollait à l’heure et au jour dits, où tous les enfants d’une génération étaient vaccinés du BCG en 15 jours. La France qui produisait 80% de ses médicaments, où l’hôpital public, alors classé le meilleur du monde, n’était jamais à plus d’une demi-heure de déplacement. »

Mais de quelle « France » parles-tu, Jean-Luc ? De la France où les grands commis de l’Etat dirigeaient des administrations puissantes et où les projets étaient élaborés par les « sachants », approuvés par l’autorité politique et réalisés sur le terrain sans la moindre « consultation citoyenne » ? De la France où les mots « discipline », « mérite » et « effort » n’étaient pas bannis du système éducatif, et où le bac n’était pas distribué généreusement à tout le monde ? De la France où les médias étaient soumis à une charte de conduite sévère et où l’on ne pouvait pas dire « merde » et « con » au micro ? De la France où les voyous avaient peur de la police, et pas l’inverse ? De la France qui avait sa propre monnaie, qui prenait ses propres décisions sans avoir à les faire approuver par Bruxelles ? De la France centralisée où les élus locaux n’étaient pas des petits « barons » distribuant postes et prébendes ?

La question est excellente, Jean-Luc. Mais elle sonne bizarrement dans la bouche d’un homme politique de ton expérience. Parce que tu étais là, quand cette France s’est évaporée. Allez, un peu de mémoire, camarade. Tu étais là, quand François Mitterrand l’a mise à terre. Ses successeurs n’ont fait que l’achever. Tu étais là, aux premières loges, quand ont été signés l’Acte Unique, les lois de décentralisation, le Traité de Maastricht.

Aurais-tu oublié que c’est dans ces années-là qu’on a méthodiquement organisé l’impuissance de l’Etat, qu’on a mis en œuvre les politiques d’austérité, qu’on a instauré une logique de marché qui ne pouvait qu’aboutir à la désindustrialisation, qu’on a préféré les paillettes aux grands projets ? Oublié que c’est dans ces années qu’on a progressivement allégé les programmes scolaires, supprimé le système des écoles normales, démonté pièce par pièce le système éducatif qui faisait notre fierté de par le monde ? Oublié que c’est dans ces années que Rocard fit le premier venir des cabinets de conseil privés pour inventer les politiques publiques, tournant le dos à l’expertise de l’Etat ?

Aujourd’hui, vingt-cinq ans après la mort de François Mitterrand, tu t’offusques de ce qu’Emmanuel Macron participe aux commémorations à Jarnac. Pourtant, c’est bien lui qui le mieux a repris l’héritage du « vieux » – comme tu aimes à le nommer. Après tout, n’est ce pas Mitterrand qui a inventé le « ni gauche ni droite » en constituant en 1988 un gouvernement qui mêle ministres venus de la gauche à ceux venus de la droite (Durafour à la Fonction Publique, Soisson au Travail, Durieux à la Santé, Stoléru au Plan) ? Et j’imagine que dans le chaudron de souffre où il a maintenant ses quartiers, Mitterrand a dû sourire en voyant un candidat venu de la gauche être élu grâce au Front National, lui qui dans les années 1980 avait tant fait pour promouvoir le FN et son leader, Jean-Marie Le Pen, pour diviser la droite. Ceux qui ont tant contribué à faire disparaître cette France-là auraient intérêt à garder, par décence, le silence, plutôt que de poser des questions dont ils connaissent parfaitement la réponse.

On peut se moquer de la « starteupenachonne » comme le fait Mélenchon dans son papier. Mais il faut bien comprendre que le désastre que nous avons aujourd’hui n’est pas attribuable au seul Emmanuel Macron. C’est la conséquence d’une transformation profonde de nos sociétés, et des décisions prises et de politiques mises en œuvre avec une remarquable continuité par la gauche comme par la droite depuis la fin des années 1970. La mondialisation ne pouvait se faire que par la destruction des nations, et en France une telle destruction passe nécessairement par la destruction de l’Etat, puisque la nation s’est construite autour de lui.

Oui, c’est l’Etat qu’on a cassé de toutes les façons imaginables. Je pourrais longuement gloser sur les différentes méthodes utilisées pour priver l’Etat de ses leviers d’action : le transfert de pouvoirs de plus en plus étendus à Bruxelles, à des « autorités indépendantes », aux collectivités locales, aux acteurs privés. La privatisation des organismes qui permettaient à l’Etat de disposer non seulement d’une force de frappe, mais d’une expertise. L’appauvrissement matériel mais aussi humain de l’Etat, avec un différentiel par rapport aux rémunérations et aux carrières dans le privé qui font fuir les meilleurs éléments. J’ai abordé abondamment ces sujets dans d’autres papiers, je n’y reviens pas. Ce que je voudrais qu’on retienne, c’est que les inefficacités, les lenteurs, les incapacités qu’on voit aujourd’hui sont le résultat de politiques systématiques qui ont vidé l’Etat de sa substance. Et qu’il faut se méfier de ceux qui tiennent aujourd’hui le discours traditionnel de l’Etat « trop gras, trop centralisé ». De la même façon que les eurolâtres expliquent que si l’UE ne fonctionne pas, c’est parce qu’il n’y a « pas assez d’Europe », les partisans de la décentralisation nous expliqueront que tous les maux viennent du fait qu’il n’y a pas assez de décentralisation. Tout en regrettant l’époque où « les trains arrivaient à l’heure » grâce à l’Etat central fort.

Quant au « gras », il y a longtemps qu’il a disparu. Or, c’est précisément le « gras » qui constitue la réserve qui permet aux organismes vivants de faire face à une situation d’urgence. Depuis des années, sous la pression des économies exigées par tous les gouvernements, de droite comme de gauche, sous la pression de Bruxelles, tout ce qui n’est pas immédiatement nécessaire à été supprimé. Il fut un temps où les directions départementales de l’équipement avaient des parcs de matériel inutilisés en temps normal mais qui permettaient de faire face à une situation exceptionnelle. L’armée disposait de stocks de tentes, de lits Picot, de camions qui étaient bien utiles lorsqu’il s’agissait de faire face à une inondation ou une tempête. Les hôpitaux disposaient de lits en surnombre qu’on pouvait utiliser en cas d’épidémie. Tout cela a été progressivement supprimé : à l’heure de faire des économies, on coupe d’abord ce qui se voit le moins… jusqu’au jour où le risque se matérialise. Et ce jour, tout le monde voit combien le roi est nu. Eh bien, ce jour est arrivé.

Mais le problème n’est pas qu’une question de moyens. La vague libérale n’a pas seulement privé l’Etat et les institutions de moyens. Elle s’est surtout attaquée à la légitimité institutionnelle elle-même. Pour le dire autrement, on a mis l’Etat sous tutelle. Sous la tutelle de Bruxelles. Sous la tutelle des autorités « indépendantes » de toutes sortes. Sous la tutelle des juges. Sous la tutelle de médias tout-puissants. Et maintenant, dernière trouvaille, sous la tutelle de « collectifs citoyens » de toutes sortes. L’Etat aujourd’hui, c’est le Gulliver de Swift, attaché par des fils très fins mais dont l’accumulation l’empêchent de bouger.

Prenons un exemple : le soir du nouvel an, 2500 « teufeurs » se rendent à une fête techno organisée à Lieuron (Ille-et-Vilaine). Ils feront la fête pendant deux jours, en violation non seulement de la loi que nous autres, citoyens de seconde zone sommes supposés respecter, mais aussi du bon sens. Non seulement la loi a été piétinée, ce qui est en soi grave, mais ces gens mettent en danger la santé et la vie de leurs concitoyens : on se souvient des effets désastreux du « cluster » apparu suite au rassemblement évangélique à Mulhouse.

Et que fait l’Etat ? Rien, ou si peu. Lorsque les « teufeurs » agressent les forces de l’ordre présentes et incendient un véhicule de la gendarmerie, celles-ci reculent puis laissent faire. Et on laisse la fête se dérouler. Et lorsque les « teufeurs » sont fatigués, on les attend tranquillement à la sortie pour leur mettre une petite amende – une sorte de taxe de séjour – et encore, seulement ceux qui sortent par la porte principale. On remarquera plus tard que le grillage avait été coupé dans plusieurs endroits permettant à une partie des « teufeurs » de sortir sans se faire contrôler. Bien entendu, tous ces gens rentreront tranquillement chez eux, ayant acheté pour 135€ le droit de faire la fête et accessoirement de contaminer leur entourage.

Mais alors, pourquoi ? Pourquoi alors que l’Etat a des forces de l’ordre armées à sa disposition, qu’il a pour lui non seulement la loi mais aussi le sens commun, n’a-t-il pas donné du canon ? Parce que, voyez-vous, intervenir pour faire cesser le trouble à l’ordre public, c’est prendre le risque qu’il y ait de la casse. Qu’il y ait des gendarmes mais surtout des « teufeurs » blessés, et peut-être même un mort. Et cela, la société ne l’admet pas. Imaginez-vous que le ministre de l’Intérieur ait donné l’ordre de faire cesser le trouble, et qu’un « teufeur » meure, ne serait-ce que d’une crise cardiaque. On peut être sûr que le ministre en question sera cloué au pilori, trainé dans la boue par l’ensemble de la France bienpensante. On parlera de « violences policières », on exigera la révocation des gendarmes ou du préfet. Il y aura des commissions d’enquête parlementaires et des procès. Alors, on laisse faire, on choisit la voie du moindre risque, même si cela revient à sacrifier l’intérêt général devant les intérêts particuliers. Et à ce jeu, le décideur ne peut pas gagner : s’il intervient, les citoyens lui reprocheront amèrement les morts et les blessés. Mais s’il laisse faire et demain un de ces « teufeurs » transmet la maladie à sa grand-mère et la dame meurt, je vois déjà la famille se pourvoir devant le Conseil d’Etat pour exiger une indemnisation pour faute de l’Etat qui n’a pas su empêcher le rassemblement.

La seule conduite raisonnable pour le décideur, c’est « faire et laisser dire ». C’est faire confiance au jugement de l’histoire plutôt qu’à celui des médias. Et l’histoire a montré que souvent – mais pas toujours – les français ont récompensé sur le long terme les dirigeants qui ont eu ce comportement. Seulement, sur le moment, il faut être prêt à assumer. Et aucun de nos dirigeants n’a les épaules suffisamment larges pour cela. Alors, on choisit chaque fois la voie de la moindre résistance.

Ce petit exemple explique pourquoi dans la gestion de la pandémie le gouvernement semble indécis et l’Etat inefficace. La réalité, c’est que tout le monde a peur. Tout le monde, depuis le ministre jusqu’au plus humble fonctionnaire. Alors, tout le monde se couvre. Le principe « PIPE » (« Pas d’initiatives, pas d’emmerdes ») devient le premier commandement de l’ensemble des agents publics qui savent parfaitement qu’en cas de malheur personne ne les couvrira. Au lieu de chercher des solutions adaptées à la situation qu’il connaît, quitte à prendre des risques, chaque niveau se tourne vers le suivant et demande des « instructions ». Ainsi, en cas de malheur, il pourra toujours prétendre qu’il obéissait aux ordres. Et comme tout le monde joue ce jeu, le niveau central se trouve à devoir décider de tout, sans forcément avoir les éléments pour le faire. Résultat : lourdeur à décider et inadaptation des décisions prises.

Terreur aussi chez les experts et les conseillers. Quel expert, quel haut fonctionnaire osera en effet dire au décideur ce qu’il pense vraiment, sachant que ses paroles risquent de se retrouver le lendemain à la « une » des journaux, tourner en boucle sur les chaines d’information continue ou bien rejoindre le dossier d’un juge ? C’est d’autant plus difficile que l’expert, le haut fonctionnaire n’ont plus l’assurance que pouvait donner l’appartenance à un « corps », à une Académie, à un Ordre. Lorsque les loups – ou plutôt les hyènes – sont sur votre trace, vous êtes seul. Personne ne vous soutiendra, sachant que le faire implique se mettre soi-même en danger.

Le décideur, l’expert ou le fonctionnaire sont sous le regard permanent des médias, des ONG, des « experts citoyens » et autres imbéciles qui n’y connaissent rien mais qui se permettent des jugements définitifs sur tout et n’importe quoi (1). Et ce regard ne peut être que malveillant, parce qu’on ne fait pas parler de soi en disant du bien des autres. Au contraire : ce sont les langues de vipère qu’on met aux meilleurs créneaux, parce que le scandale fait vendre. Vous ne gagnerez guère de points d’audience en défendant le fonctionnaire ou le ministre injustement critiqué. Dénoncer des complots, fussent-ils imaginaires, vous procure par contre le statut confortable de « lanceur d’alerte ». Et le problème est le même avec les juges : on ne se fait pas un nom avec un non-lieu. Par contre, abattre un politique ou un haut fonctionnaire, cela vous donne tout de suite du lustre dans l’opinion. Les « puissants » ont donc peu de chances de trouver de la bienveillance chez des juges en mal de reconnaissance par l’opinion, d’où la multiplication de cas d’acharnement caractérisé se terminant par des non-lieu ou des précipitations suspectes dans certaines enquêtes.

La France dont parlait Mélenchon disposait d’un Etat efficace parce que celui-ci pouvait compter sur la bienveillance des citoyens. Parce que les décideurs et les hauts-fonctionnaires étaient protégés par leur hiérarchie, mais aussi par un statut et une solidarité de corps qui garantissaient à chacun que ses décisions et ses actes seraient jugées par ses pairs, et non par une opinion publique ignorante et excitée par des médias qui ont intérêt à faire du scandale. Et qui du coup pouvaient parler librement dans les enceintes prévues pour cela et agir en fonction de leurs convictions sans avoir à se soucier de protéger en permanence leurs arrières. Le système dans lequel l’erreur médicale est appréciée par un tribunal de médecins présente le risque du « copinage », mais le système dans lequel l’erreur est appréciée par une assemblée de malades tirés au hasard est infiniment plus risqué. Parce que devant le risque d’un tel jugement, le médecin n’osera plus rien faire. Et nous en sommes là : on ralentit la vaccination dans les EHPADs dans l’attente du « consentement éclairé » du malade et d’une période de rétractation de trois jours. Pourquoi ? Parce qu’en cas de complication, ni l’institution ni le médecin n’espère un jugement équitable, que ce soit de la part des familles ou du juge. Et on se trouve ainsi devant la situation ridicule où l’on demande le « consentement éclairé » à celui qui n’a guère les moyens d’évaluer le risque, parce que celui qui est en mesure de le faire n’ose plus prendre le risque.

La mise sous tutelle de l’Etat aboutit à une France qui a le moteur d’une deux-chevaux, et les freins d’une Rolls-Royce.

Le paradoxe, c’est de voir Mélenchon se plaindre des effets dont il chérit les causes. Hier, il a contribué à affaiblir les capacités de réflexion et d’action de l’Etat. A-t-il tiré les leçons de ses erreurs ? N’est ce pas lui qui parle d’une « VIème République » qui, de la révocabilité des élus aux assemblées tirées au sort, affirme à chaque pas sa méfiance envers tout décideur, tout expert, et prétend les soumettre à un contrôle et au risque de révocation permanents ? N’est-ce pas lui qui propose d’affaiblir l’exécutif et instaurer un régime d’assemblée dont on a vu maintes fois dans notre histoire l’impuissance ? N’est ce pas lui qui propose de mettre l’Etat sous la surveillance permanente de « collectifs citoyens » ? N’est-ce pas lui qui soutient ceux qui pratiquent le type même de harcèlement des décideurs qui aboutit finalement à les paralyser ? N’est pas lui qui brocarde régulièrement les experts et la haute fonction publique, qui appelle les fonctionnaires à « changer de métier » si la pression est trop lourde ?

Dans la France où tout le monde fait ce qu’il lui plait, où les mots « discipline » et « effort » ont été bannis, où grâce à la « transparence » et autres « vigilances citoyennes » les décideurs et les fonctionnaires vivent sous la menace permanente, où la solidarité inconditionnelle qui fait une nation est en permanence remise en cause, les trains n’arriveront jamais à l’heure, et on ne vaccinera jamais tout le monde en 15 jours. Tout cela nécessite un Etat capable d’organiser les choses sans avoir à répondre à tout bout de champ aux accusations les plus fantaisistes, au harcèlement permanent des médias, des ONG, des groupuscules qui n’acceptent les décisions que lorsqu’elles les arrangent.

Eh oui, Jean-Luc. La France « où les trains arrivaient à l’heure » était celle des grands commis de l’Etat intouchables, celle des « mandarins » à l’Université et à l’Hopital. Celle où le baccalauréat n’était ni un gadget, ni une formalité. C’était celle du « parlementarisme rationnalisé » qui n’hésitait pas à utiliser l’article 49.3 quand cela était jugé nécessaire. C’était celle des médias contrôlés de près et soumis à un code de conduite sévère. C’était celle où les politiques écoutaient les « sachants » et le peuple, plutôt que des « collectifs citoyens » et autres bêtises du même style. C’était celle d’une police qui à l’heure d’intervenir n’avait guère le souci du bien-être des délinquants. Et si toi tu ne sais pas « où est passée cette France », alors personne ne le sait.

Descartes

(1) Quelle légitimité peut avoir un Romain Goupil ou un Serge July pour pontifier sur une stratégie vaccinale ? Et pourtant, on peut les voir une fois par jour dans le fenestron expliquant au peuple ce que le gouvernement devrait faire. Comme disait un philosophe américain, quel dommage que ceux qui savent gouverner préfèrent consacrer leur vie à couper des cheveux ou conduire des taxis…

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96 réponses à La France où les trains arrivaient à l’heure…

  1. Montescalier dit :

    Bonjour Descartes,
    Vous-êtes vous demandé s’il serait intéressant et possible de faire de votre manière de faire (article, commentaires, disputatio) un objet papier qui pourrait être glissé à intervalles réguliers dans les boîtes aux lettres ? De mon côté, je vous avoue que ça me travaille.

    Pour tout merci, et mes voeux les meilleurs,
    Montescalier

    • Descartes dit :

      @ Montescalier

      [Vous-êtes vous demandé s’il serait intéressant et possible de faire de votre manière de faire (article, commentaires, disputatio) un objet papier qui pourrait être glissé à intervalles réguliers dans les boîtes aux lettres ?]

      Pourquoi pas… mais qui seraient les militants qui iraient faire du porte-à-porte avec l’objet en question ? C’est là tout le problème…

      • Montescalier dit :

        En effet, c’est beaucoup de boîtes aux lettres pour peu de bras en l’état. J’imaginais que la Poste pouvait faire le travail, moyennant finances et statut (il leur faut un numéro SIREN) et, dans un premier temps, “localement”.
        Pour moi, “tout le problème”, depuis que j’y réfléchis, est d’imiter sur papier l’organisation spécifique de ces lieux, à savoir : comment le “courrier des lecteurs” pourrait prendre la forme de la discussion “vivante” et du débat argumenté ?

        • Descartes dit :

          @ Montescalier

          [Pour moi, “tout le problème”, depuis que j’y réfléchis, est d’imiter sur papier l’organisation spécifique de ces lieux, à savoir : comment le “courrier des lecteurs” pourrait prendre la forme de la discussion “vivante” et du débat argumenté ?]

          Si le but est de faire de l’interactif, le papier n’est pas très adapté. Pourquoi le format blog vous gêne ?

          • Montescalier dit :

            [Pourquoi le format blog vous gêne ? Si le but est de faire de l’interactif, le papier n’est pas très adapté.]Non, le format blog, la lecture sur écran, ne me gène pas du tout. Je suis gêné parce que votre blog demeurera inaccessible pour ceux nombreux d’entre nos concitoyens qui ont manqué la marche de la révolution informatique et numérique. Pouvoir, dans l’intimité du lecteur, accéder à un débat « vivant » riche et de qualité, qui fouille un  sujet, le déborde me semble tellement fructueux (parce que ça l’a été pour moi) pour la formation des consciences que, oui, je me demande effectivement comment le rendre sur papier…

            • Descartes dit :

              @ Montescalier

              J’avoue que je ne vois pas vraiment de solution à votre problème…

            • Vincent dit :

              @Montescalier
              [Non, le format blog, la lecture sur écran, ne me gène pas du tout. Je suis gêné parce que votre blog demeurera inaccessible pour ceux nombreux d’entre nos concitoyens qui ont manqué la marche de la révolution informatique et numérique.]
               
              Je ne m’inquiète vraiment pas pour ça. Aujourd’hui, même une très large partie des 70 à 80 ans a pris l’habitude de ces outils.

               
              Non, pour moi, le problème tient plutôt à ceux qui ne se documentent qu’en regardant des vidéos sur youtube, car ils ont la flemme de lire.
              Il y a pas mal de ceux qu’on appelle les “influenceurs” qui ont des contenus politiques. Qui souvent ne volent pas super haut d’ailleurs. Et ce serait bien que ceux qui s’intéressent aux sujet politiques sur youtube puissent avoir connaissance de ce qui s’écrit ici.
               
              Il me semble qu’un partenariat avec un “influenceur”, pour qu’il fasse un résumé de chaque article paraissant sur ce blog, en faisant un renvoi au texte original, serait bien plus utile qu’une distribution de papier dans des boites à lettres.
              Et accessoirement bien plus simple logistiquement.
               

  2. Ian Brossage dit :

    Pour épiloguer un peu sur cette soudaine nostalgie de « Jean-Luc » pour une France qui vaccinait prestement sa population, soulignons la position actuelle des principales figures de son parti à propos du vaccin contre la Covid-19 :
    https://blogs.mediapart.fr/yann-kindo/blog/311220/vaccins-arn-messager-debout-la-france-insoumise
    Je suis d’accord avec vous : il y a de quoi être sérieusement en colère face à une telle tartufferie.

    • Descartes dit :

      @ Ian Brossage

      [Pour épiloguer un peu sur cette soudaine nostalgie de « Jean-Luc » pour une France qui vaccinait prestement sa population, soulignons la position actuelle des principales figures de son parti à propos du vaccin contre la Covid-19 :]

      L’avantage des grandes catastrophes, c’est qu’elles mettent à nu les faiblesses qui restent cachées en temps normal. Le Covid-19, en créant des tensions entre la raison technique et la raison politique, montre combien les politiques sont désorientés, et à quel point ils ont du mal à se forger une ligne de conduite et s’y tenir contre vents et marées. On ne peut qu’admirer plus la fermeté avec laquelle De Gaulle avait défini une ligne qui pouvait sembler folle en 1940.

  3. khanard dit :

    Cela ne sert à rien de se lamenter sur une France perdue. (lire à sujet: Michel Serres , c’était mieux avant) .
    Par contre je suis en attente d’une femme ou d’un homme politique qui nous propose un projet  –  économique, social, écologique , culturel-   qui permette aux citoyens français de se sentir heureux dans leur pays . Refaire de la France une nation . Certainement pas au sens que voudrait lui donner MLP mais plutôt dans dans celui du conseil de la résistance en 1945. Macron nous a bien dit que nous étions en guerre, celle-ci un jour finie quid des lendemains qui enchantent ?
    Décidément Jean Luc Mélenchon me déçois de plus en plus . 
     

    • Descartes dit :

      @ khanard

      [Cela ne sert à rien de se lamenter sur une France perdue. (lire à sujet: Michel Serres , c’était mieux avant).]

      Pourquoi ? J’aimerais entendre une argumentation dans ce sens. Personnellement, je pense que la lamentation sert à garder la mémoire. Ce qu’on ne lamente est oublié.

      Sur les faits d’abord : franchement, l’optimisme idéaliste et bêta de Serres ne me convainc guère. Même si l’on se place d’un point de vue progressiste, le progrès n’est pas linéaire. Si sur le long terme on est sans aucun doute mieux que par le passé, sur des courtes périodes on peut voir des régressions. Il est trivial de montrer que le Français de 2020 vit mieux que celui de 1820. Mais vit-il mieux qu’en 1960 ? Il n’est pas évident de répondre à cette question, et la réponse est différente selon le domaine qu’on examine. Par ailleurs, le « mieux » dépend d’une vision très subjective de ce qui est le bien. Certains vous diront que c’est « mieux » maintenant qu’en 1950 parce que les filles peuvent aller maquillées au lycée. D’autres trouveront que c’était « mieux » en 1950 parce qu’au lycée on apprenait vraiment les mathématiques. Et les deux ont raison factuellement…

      Sur « l’utilité » ensuite. Je pense qu’il est au contraire éminemment utile de regarder les réalités en face, et de connaître son passé. Si la situation d’une majorité de Français s’est dégradée ces quarante dernières années, alors je ne vois en quoi il serait « inutile » de le savoir. Si on se refuse à l’admettre – comme le fait Serres – alors on ne comprendra jamais pourquoi cela s’est dégradé, à qui cela a profité, et qui en porte la responsabilité.

      [Par contre je suis en attente d’une femme ou d’un homme politique qui nous propose un projet – économique, social, écologique , culturel- qui permette aux citoyens français de se sentir heureux dans leur pays. Refaire de la France une nation. Certainement pas au sens que voudrait lui donner MLP mais plutôt dans dans celui du conseil de la résistance en 1945.]

      Sont-ils si différents que cela, ces deux sens ? Relisez le projet du CNR, vous verrez que c’est très loin d’être évident. Tel qu’il est rédigé, le projet du CNR est bien plus proche du sens que lui donne MLP que celui que lui donne JLM…

      [Décidément Jean Luc Mélenchon me déçoit de plus en plus.]

      Personnellement, j’ai depuis longtemps dépassé ce stade…

      • Khanard dit :

        [Pourquoi ? J’aimerais entendre une argumentation dans ce sens. Personnellement, je pense que la lamentation sert à garder la mémoire. Ce qu’on ne lamente est oublié.]
         
        Il me semble que vivre en fonction d’un passé que serait meilleur n’est pas une solution en soi. Je ne dis pas pour autant qu’il faille oublier le passé : il doit nous servir à ne pas commettre à nouveau les mêmes erreurs. 
        Les “30 glorieuses” ont permis d’obtenir ce que semble regretter JLM mais à quel prix ? N’est-ce pas justement pendant cette période que les problèmes d’aujourd’hui ont leur racine ?
        Je pense particulièrement à l’écologie, qui n’a pas en tête cette gabegie d’énergie fossile ? 
        Je suis né en 1958 et je garde de cette période d’excellents souvenirs d’insouciance . Pour autant je réalise aujourd’hui  que celle-ci a été le fondement des problèmes d’aujourd’hui. Je pense en particulier aux retraites (mais il y en a bien d’autres) qui n’étaient pas un sujet d’interrogation à l’époque. Personnellement j’ai fait des études scientifiques longues qui n’ont débouché sur rien d’autre que  le chômage . Après deux ans d’inactivité j’ai choisi de rentrer aux PTT après avoir passé un concours et à aucun moment on n’était sensibilisé à la retraite : c’est normal nous étions jeunes et insouciants alors que c’était déjà trop tard ! 
        C’est pour çà que je dis qu’il ne faut pas se lamenter sur le passé ; on ne peut pas le changer mais on peut en apprendre beaucoup et ne pas renouveler les mêmes erreurs.  

        • Descartes dit :

          @ Khanard

          [Il me semble que vivre en fonction d’un passé que serait meilleur n’est pas une solution en soi. Je ne dis pas pour autant qu’il faille oublier le passé : il doit nous servir à ne pas commettre à nouveau les mêmes erreurs.]

          Mais pourquoi penser qu’on apprend plus des erreurs que des réussites ? Pourquoi faudrait-il ne regarder dans le passé que les fautes, les erreurs, les crimes, et non les bons choix, les réussites, les triomphes ? La lamentation sert à commémorer ce qu’il y avait de bien dans le passé.

          [Les “30 glorieuses” ont permis d’obtenir ce que semble regretter JLM mais à quel prix ? N’est-ce pas justement pendant cette période que les problèmes d’aujourd’hui ont leur racine ? Je pense particulièrement à l’écologie, qui n’a pas en tête cette gabegie d’énergie fossile ?]

          La question est absurde. TOUS les problèmes du présent ont leur racine dans le passé. Mais pourquoi se limiter aux « trente glorieuses » ? Si vous pensez à l’écologie, la révolution industrielle est autant à blâmer que les « trente glorieuses ». Et de proche en proche, vous finissez par conclure que si les hommes n’avaient pas commencé à faire du feu, nos problèmes écologiques n’existeraient pas.

          [Personnellement j’ai fait des études scientifiques longues qui n’ont débouché sur rien d’autre que le chômage . Après deux ans d’inactivité j’ai choisi de rentrer aux PTT après avoir passé un concours et à aucun moment on n’était sensibilisé à la retraite : c’est normal nous étions jeunes et insouciants alors que c’était déjà trop tard !]

          Trop tard pour quoi faire ?

  4. xc dit :

    Petite rectification: il n’y a pas de délai de rétractation pour la vaccination des pensionnaires des EHPAD. Un démenti parmi d’autres: https://actu.orange.fr/desintox/vaccination-contre-le-covid-19-il-n-y-a-pas-de-delai-de-retractation-incompressible-CNT000001w5lRz.html
    Sans vouloir polémiquer le moins du monde: pour ce qui est de la “teuf” de Lieuron, que pouvaient faire les Gendarmes, selon vous ? Les sommations préalables auraient-elles été audibles au sens propre (ne parlons pas du sens figuré…) ? Matraquer, gazer ? Ce sont probablement plusieurs morts qui auraient été à déplorer. Déjà qu’avec une seule mort accidentelle suite à son action, la Police n’en finit pas de recevoir des reproches: https://www.20minutes.fr/justice/2803239-20200620-affaire-steve-maia-canico-o-affaire-an-apres-mort-nantes

    • Descartes dit :

      @ xc

      [Petite rectification: il n’y a pas de délai de rétractation pour la vaccination des pensionnaires des EHPAD. Un démenti parmi d’autres: (…)]

      Comme souvent, la réalité est un peu plus complexe. Il n’y a pas de délai de rétractation OBLIGATOIRE. Cependant, le guide de vaccination produit par le Ministère de la Santé parle de respecter « un temps de réflexion supplémentaire pour permettre une meilleure compréhension des informations reçues et mesurer les impacts de son choix ».

      [Sans vouloir polémiquer le moins du monde : pour ce qui est de la “teuf” de Lieuron, que pouvaient faire les Gendarmes, selon vous ? Les sommations préalables auraient-elles été audibles au sens propre (ne parlons pas du sens figuré…) ?]

      Il est demandé aux forces de l’ordre de faire tous les efforts raisonnables pour que la sommation soit audible. Mais si elles sont rendues inaudible du fait des personnes participant à l’attroupement, elles restent valables. Autrement, il suffirait aux manifestants de se boucher les oreilles pour rendre l’intervention des forces de l’ordre impossibles.

      [Matraquer, gazer ? Ce sont probablement plusieurs morts qui auraient été à déplorer. Déjà qu’avec une seule mort accidentelle suite à son action, la Police n’en finit pas de recevoir des reproches:]

      Faut savoir ce qu’on veut. Si l’on est content de vivre dans un Etat qui se refuse à intervenir pour faire cesser un délit de peur d’amocher les délinquants, alors on l’assume collectivement. Mais on ne peut fonctionner dans un système où on désarme l’Etat et on exige ensuite de lui qu’il maintienne l’ordre public.

      Ce qui m’effraie dans cette affaire, c’est que tout le monde raisonne comme si l’ordre public était un concept abstrait, comme si la non-intervention des gendarmes n’était qu’une question symbolique. Mais non : la préservation de l’ordre public est l’intérêt de tous. Et cette affaire l’illustre parfaitement : l’intervention des gendarmes, me dites-vous, aurait pu faire des morts. Certes. Mais la non-intervention des gendarmes, elle, ne risque-t-elle elle aussi de coûter des vies ? Si les imbéciles qui ont dansé à Lieuron propagent le virus dans leurs familles, leurs villages, leurs villes, il y aura là aussi des morts, potentiellement BEAUCOUP de morts. Prévenir ces morts, c’est l’intérêt public. Celui-ci ne vaut pas assez pour qu’on prenne le risque de faire des morts à la « teuf » ? Les vies des « teufeurs », qui après tout savent parfaitement qu’ils participent à un délit vaudraient-elles plus que les vies des innocents citoyens qui risquent de mourir comme conséquence de cette irresponsabilité ?

      Oui, ici on a sacrifié la santé et la vie de citoyens innocents de peur de mettre en danger la santé et la vie de quelques délinquants. Comment l’Etat pourrait prétendre agir au nom de l’intérêt général après un tel abandon ? J’ajoute que l’intervention à Lieuron aurait eu une valeur exemplaire : les « teufeurs » osent parce qu’ils savent par expérience que l’Etat ne fait rien – ou pire, il dépêche des médecins et des infirmières pour qu’ils puissent consommer des produits interdits en toute sécurité. Si les gendarmes étaient intervenus, les « teufeurs » auraient su que l’Etat est prêt à aller au rapport de force. Et il n’aurait pas été nécessaire d’intervenir la prochaine fois.

      • Marcailloux dit :

        @ Descartes
        Bonsoir,
        [Ce qui m’effraie dans cette affaire, c’est que tout le monde raisonne comme si l’ordre public était un concept abstrait, comme si la non-intervention des gendarmes n’était qu’une question symbolique.]
        Ah bon ? Affirmer n’est pas prouver.
        En tout cas, aucune des personnes de ma connaissance avec qui j’ai eu l’occasion d’évoquer ce bras d’honneur aux autorités publiques ne l’a considéré comme un concept abstrait et mesurent tout à fait les conséquences possibles et dénoncent la turpitude des participants et des organisateurs tout en déplorant l’apparente passivité des forces de l’ordre républicain.
        Avez-vous la référence d’un sondage à proposer pour étayer votre assertion ?

        • Descartes dit :

          @ Marcailloux

          [Ah bon ? Affirmer n’est pas prouver.]

          Je n’ai jamais dit le contraire…

          [En tout cas, aucune des personnes de ma connaissance avec qui j’ai eu l’occasion d’évoquer ce bras d’honneur aux autorités publiques ne l’a considéré comme un concept abstrait et mesurent tout à fait les conséquences possibles et dénoncent la turpitude des participants et des organisateurs tout en déplorant l’apparente passivité des forces de l’ordre républicain.]

          Et bien, j’ai regardé les déclarations des politiques, et j’en a trouvé un grand nombre qui brodaient sur la thématique de l’autorité de l’Etat, sans jamais mentionner les conséquences sanitaires de cette affaire. Parmi mes collègues de travail, même chose…

          • Marcailloux dit :

            @ Descartes
            Bonjour,
            [Et bien, j’ai regardé les déclarations des politiques, et j’en a trouvé un grand nombre qui brodaient sur la thématique de l’autorité de l’Etat, sans jamais mentionner les conséquences sanitaires de cette affaire. Parmi mes collègues de travail, même chose…]
            Cette réponse me donne le sentiment que nous ne vivons pas vraiment dans la même communauté. Ceci est dit sans acrimonie, aucune.
            Mais peut-être n’est ce que l’expression de ce que vous nommez « classe intermédiaire » et « classe populaire » biaisée par un regard décentralisé – j’allais dire de « bouseux ».
            Nous n’avons pas, en effet, le même regard sur les choses, bien que souvent il converge sur une même image. Bien qu’assez réservé sur les mouvements « gilets jaunes », j’en arrive à intégrer le ressenti, celui d’une forme de dédain. Un dédain de la classe politique au sens large tel que j’y adjoint la haute administration et une condescendance essentiellement parisienne de ceux qui se considèrent au centre, au cœur de la vie de la nation. Les « autres » n’étant que les bras et les jambes qui produisent et les ventres qui consomment.
            J’ai le sentiment que vous confondez un État fort et un État efficient, un pouvoir centralisé et un pouvoir efficace – la gestion de la crise sanitaire aurait plutôt tendance à modérer cette vision. Même chose concernant l’Union européenne pour rebondir sur les termes du billet. Il y aurait les europhiles et les europhobes alors que probablement une majorité de Français recherchent la sécurité – nous ne vivons pas de guerre depuis ¾ de siècle –, la coopération pour des raisons d’échelle – Airbus, Eurostar, etc. mais aussi les vaccins, l’éducation, les grands projets structurels, et bien d’autre choses pour lesquelles un pays seul n’a pas la taille suffisante, ce qui implique, bien évidemment le renoncement à décider seul dans ces domaines.
            Alors, europhile ou europhobe, je ne saurais trancher, car l’idée de s’allier avec ses voisins, généralement issus de la même histoire et la même culture ne me paraît pas absurde.
            Et le chant triomphant du coq sur son tas de fumier ne me paraît plus d’actualité.
            Ou alors, il faut transformer les Français en Singapouriens ou en Coréens. C’est pas gagné d’avance !

            • Descartes dit :

              @ Marcailloux

              [J’ai le sentiment que vous confondez un État fort et un État efficient, un pouvoir centralisé et un pouvoir efficace]

              Non. Je confonds peut-être un Etat faible et un Etat inefficace, un pouvoir décentralisé et un pouvoir inefficace. Et c’est logique, puisque l’un implique l’autre. Je suis parfaitement conscient que la force ou la centralisation ne sont pas des conditions SUFFISANTES pour avoir un Etat efficace, mais cela reste des conditions NECESSAIRES.

              [ – la gestion de la crise sanitaire aurait plutôt tendance à modérer cette vision.]

              Ah bon ? Et pourquoi ça ? Nous avons devant nous un Etat faible et décentralisé. Le fait qu’il se soit montré inefficace n’a aucune raison de « modérer » l’idée qu’un Etat fort et centralisé est efficace…

              Ce que je trouve amusant dans le discours ambiant, c’est qu’après presque un demi-siècle de décentralisation et d’affaiblissement de l’Etat, on continue à parler comme si on avait encore un Etat fort et centralisé. On a déshabillé l’Etat, on a transformé les maires et les présidents des conseils régionaux et départementaux en potentats locaux ayant de larges pouvoirs. Mais si les choses vont mal, c’est évidement la faute de « l’Etat fort et centralisé » qui n’existe plus…

              [Même chose concernant l’Union européenne pour rebondir sur les termes du billet. Il y aurait les europhiles et les europhobes alors que probablement une majorité de Français recherchent la sécurité – nous ne vivons pas de guerre depuis ¾ de siècle –,]

              Si la question est celle de la « sécurité », ne pensez-vous pas que le chômage de masse et la multiplication des emplois précaires devrait elle aussi être prise en compte parmi les résultats de la construction européenne ? Là encore, je suis fasciné par l’asymétrie du raisonnement : si nous vivons sans guerre depuis ¾ de siècle, c’est grâce à l’Europe, si nous avons de plus en plus des chômeurs et des précaires, c’est la faute à quelqu’un d’autre.

              [la coopération pour des raisons d’échelle – Airbus, Eurostar, etc.]

              Airbus ne doit rien à la construction européenne : c’est une coopération entre les entreprises aéronautiques de quatre pays (France, Grande Bretagne, Allemagne, Espagne). Eurostar non plus : le projet est issu d’un accord bilatéral franco-britannique. Je trouve particulièrement intéressant que lorsque les eurolâtres ont besoin de donner des exemples de réalisations « européennes », ils aient recours à chaque fois à des constructions qui ne doivent rien à l’UE…

              [mais aussi les vaccins, l’éducation, les grands projets structurels, et bien d’autre choses pour lesquelles un pays seul n’a pas la taille suffisante, ce qui implique, bien évidemment le renoncement à décider seul dans ces domaines.]

              Pourriez-vous donner des exemples de vaccins, d’éducation, de grands projets structurels réalisés par l’UE et pour les quels « un seul pays n’a pas la taille suffisante » ? Merci d’avance…

              [Alors, europhile ou europhobe, je ne saurais trancher, car l’idée de s’allier avec ses voisins, généralement issus de la même histoire et la même culture ne me paraît pas absurde.]

              Moi non plus. Je trouve très intéressante l’idée de « s’allier avec ses voisins ». Mais cela n’implique nullement un besoin de créer des structures supranationales dont les règles s’imposeraient aux pays membres. On n’a pas besoin de supranationalité pour développer des projets communs : Concorde, Airbus, le CERN, le Tunnel sous la manche… tous ces projets ont été réalisés avec des accords bilatéraux ou multilatéraux.

              [Et le chant triomphant du coq sur son tas de fumier ne me paraît plus d’actualité.]

              Exactement ce que disaient en 1940 ceux qui disaient que la France devait rentrer dans le « nouvel ordre européen »…

              [Ou alors, il faut transformer les Français en Singapouriens ou en Coréens. C’est pas gagné d’avance !]

              Je ne comprends pas bien le rapport…

            • Marcailloux dit :

              @ Descartes
              Bonjour,
               
              [[J’ai le sentiment que vous confondez un État fort et un État efficient, un pouvoir centralisé et un pouvoir efficace]
              [Non. Je confonds peut-être un Etat faible et un Etat inefficace, un pouvoir décentralisé et un pouvoir inefficace. Et c’est logique, puisque l’un implique l’autre. Je suis parfaitement conscient que la force ou la centralisation ne sont pas des conditions SUFFISANTES pour avoir un Etat efficace, mais cela reste des conditions NECESSAIRES.]]
               
              Votre réponse exprime un préjugé et il n’est pas certain et de loin qu’il se vérifie systématiquement.
              L’exemple de l’Italie, actuellement, sur la vaccination est pour le moins édifiant :
              Italie : 60 M. d’habitants, 885814 vaccinés au 14 janvier.
              France : 67 M. d’habitants, 247167 vaccinés au 14 janvier.
              Nous sommes champions du monde des usine à gaz et j’ai renoncé, au bout d’une demi-heure de recherche à obtenir, sur Internet, le nombre d’organisations étatiques qui gèrent le système de santé : directions générales avec ses déclinaisons régionales et départementales, agences avec ses antennes, commissions pléthoriques et quelquefois concurrentes, etc., sans compter les institutions chargées de l’assuranciel.
              Deux exemples sur la pandémie qui donnent une image fidèle de la réalité de cet esprit « usine à gaz », dénoncé comme bien d’autres situations, par des éminents spécialistes, pas vraiment soupçonnables de parti pris subjectifs et non inféodés à quelque dogme que ce soit sinon celui du bien public :
              –       Les discours endoréiques de J. Salomon sur des statistiques dont les chiffres sans utilité au public auquel il s’adressait se noyaient aux pieds même de son prononciateur. De deux choses l’une, ou il délire sur le besoin des Français de connaître l’avalanche de statistiques qu’il débite, ou il nous enfume en cherchant à se dédouaner du risque d’être accusé de manque de transparence.
              –       Le guide de 42 pages destiné aux EHPAD sur la mise en œuvre de la vaccination dans leur établissement et qui a déclenché la colère – sincère ou simulée ? – d’E. Macron.
              Témoignage, relevé dans Wikipédia, par un homme peu suspect d’obscurantisme (voir ses positions sur le principe de précaution, le nucléaire, l’écologie politique, etc.) :
              « Jean de Kervasdoué, économiste spécialiste des hôpitaux, estime que la médecine française est de grande qualité ; elle serait la « seule alternative crédible à l’américanisation de la médecine mondiale ». Selon lui, les chirurgiens, les cliniciens, l’organisation des urgences à la française (le SAMU), et l’organisation de la psychiatrie font référence dans le monde. Il note cependant que les agents de hôpitaux doivent respecter 43 familles de règlements et critiquent la bureaucratie tatillonne, et « la définition minutieuse de procédures onéreuses, non évaluées, simultanément inapplicables, voire contradictoires. Selon lui, l’État intervient trop pour régler la vie de tous les jours à l’hôpital. ». Selon lui, le Japon, la Suède et les Pays-Bas ont un indice de santé comparable à celui de la France, alors qu’ils ne dépensent que 8 % de leur PIB contre 10 % pour la France. Ainsi, 34 milliards d’euros sembleraient mal utilisés. »
              Et lorsqu’il est question d’une différence de 2%, il n’est pas précisé à combien se monte la différence des coûts administratifs. Car, si depuis plus de 30 ans, une politique de réduction des couts est appliquée, elle ne concerne apparemment que le personnel opérationnel, aides-soignants, infirmiers, médecins, etc. Les « organismes » sont atteints par des métastases qui risquent de mettre l’essentiel de notre système à bas.
              Dans tous vos billets ou commentaires, vous semblez fustiger les critiques sur la fonction publique sans la moindre distinction entre ceux « qui font le boulot » et ceux qui l’administrent bureaucratiquement à l’excès.
              J’avais évoqué antérieurement cette « classe d’intermédiaires » et non pas « classe intermédiaire » qui plombent le service public comme l’économie en général. Vous n’avez pas réagi sur la nuance.
              Et j’irai plus loin, en vous faisant « marxistement » remarquer que les intermédiaires retirent, selon mon intuition, probablement plus de rémunération de leur position qu’ils ne produisent de richesse. J’ai conscience que la valorisation dans ma remarque en est le point d’achoppement. Et, de toutes façons, elle reste subjective.
              Ça ne me gênerait pas, bien au contraire, que mes impôts servent à mieux rémunérer des enseignants (ceux en face à face), des soignants (au contact permanent des malades), des policiers (dans la rue ou devant leurs écrans), des militaires (sur le terrain), des chercheurs (dans leurs laboratoires), enfin tous ceux, administratifs y compris dont l’activité est indispensable au bon fonctionnement des institutions.
              Et j’ai le sentiment d’être, en cela, assez représentatif de l’opinion générale.
              Mais, bien évidemment, s’attaquer aux questions que cela pose revient à ébranler des positions acquises, des rentes de situation, des sinécures confortables de ceux qui ont la parole publique. C’est cette classe d’intermédiaires qui, pour reprendre vos termes dans un autre commentaire, « est obsédée par la peur du déclassement » parce qu’elle sait ou subodore très bien que ce qu’elle produit ne trouverait pas « acheteur » ailleurs que dans l’institution qui la protège. Et comme ceux qui sont aux fourneaux ne sont pas au salon où l’on cause, le discours est toujours celui du salon.
              Pour l’UE, sur laquelle nous avons échangé ces jours derniers, il est bien possible qu’elle adopte le même paradigme que celui de l’organisation à la française, d’ailleurs ce serait le produit d’une pure logique, étant donné que ses inspirateurs sortent du même moule.
              Si une administration européenne agit avec efficience, donc à minima avec efficacité, pour créer les conditions d’une collaboration efficace entre des institutions publiques (santé, défense, recherche, etc.) ou privées (tous les secteurs industriels), je ne vois pas, à moins d’être borné, d’inconvénients à cela. Mais, en effet, la bureaucratie française plus la bureaucratie européenne, ça fait, non pas une, mais deux de trop. C’est un peu comme si quelqu’un avait en même temps, la peste et le choléra.
               
              [[Ou alors, il faut transformer les Français en Singapouriens ou en Coréens. C’est pas gagné d’avance !]
              [Je ne comprends pas bien le rapport…]]
               
              Vouloir être fort, puissant, influent, c’est bien, j’adhère. Mais faut s’en donner les moyens, et pas seulement par des « yaka »
               
              Les Singapouriens, Coréens, entre autres travaillent deux fois plus longtemps que nous et se distraient dix fois moins longtemps. C’est un choix, pas forcément applicable ici, et on ne peut vouloir le beurre et l’argent du beurre. 

            • Descartes dit :

              @ Marcailloux

              [Votre réponse exprime un préjugé (…)]

              Vous savez, j’ai derrière moi plus de trente ans de service public. Alors je veux bien que mon commentaire exprime une opinion personnelle. Mais un « préjugé » ? Non.

              [(…) et il n’est pas certain et de loin qu’il se vérifie systématiquement.
              L’exemple de l’Italie, actuellement, sur la vaccination est pour le moins édifiant :
              Italie : 60 M. d’habitants, 885814 vaccinés au 14 janvier.
              France : 67 M. d’habitants, 247167 vaccinés au 14 janvier.]

              Et alors ? La Russie et la Chine font nettement mieux, et pourtant ce sont des pays centralisés. Si vous jugez sur une action bien choisie, vous arriverez à trouver que les pays centralisés font mieux que les décentralisés, ou vice-versa. En mars dernier, l’Italie était dans un état bien pire que le notre. Aujourd’hui, elle vaccine plus vite. Ne voyez-vous un lien entre ces deux éléments, indépendamment du mode d’organisation ?

              Par ailleurs, je ne doute pas qu’un état décentralisé soit la meilleure solution en Italie. Cela ne veut pas dire que cela soit le cas en France. Chaque pays a sa spécificité, et imaginer qu’un mode d’organisation qui fonctionne pour l’un serait aussi le meilleur pour l’autre me paraît pour le moins osé…

              [Nous sommes champions du monde des usine à gaz (…)]

              Peut-être. Mais nos usines à gaz marchent, et nos ponts ne tombent pas.

              [et j’ai renoncé, au bout d’une demi-heure de recherche à obtenir, sur Internet, le nombre d’organisations étatiques qui gèrent le système de santé : directions générales avec ses déclinaisons régionales et départementales, agences avec ses antennes, commissions pléthoriques et quelquefois concurrentes, etc., sans compter les institutions chargées de l’assuranciel.]

              Là, je ne vous comprends plus. Si vous décentralisez, vous aurez forcément un grand nombre d’organismes qui s’occuperont de la même chose. Si vous voulez qu’il n’y ait qu’un seul, alors vous n’avez d’autre option que de centraliser…

              [Deux exemples sur la pandémie qui donnent une image fidèle de la réalité de cet esprit « usine à gaz », dénoncé comme bien d’autres situations, par des éminents spécialistes, pas vraiment soupçonnables de parti pris subjectifs et non inféodés à quelque dogme que ce soit sinon celui du bien public :
              – Les discours endoréiques de J. Salomon sur des statistiques dont les chiffres sans utilité au public auquel il s’adressait se noyaient aux pieds même de son prononciateur. De deux choses l’une, ou il délire sur le besoin des Français de connaître l’avalanche de statistiques qu’il débite, ou il nous enfume en cherchant à se dédouaner du risque d’être accusé de manque de transparence.]

              Je ne vois pas très bien le rapport avec la question de la centralisation. J’ai l’impression que vous partez sur une diatribe contre l’Etat en mélangeant un peu tout… La décentralisation ne fait que multiplier les « discours endoréiques ». Au lieu d’avoir UN Salomon, vous en auriez un par région, ou un par département. J’ajoute que ce n’est pas Salomon qui a choisi la fréquence et le format de ses interventions, c’est son ministre. Là encore, il ne faudrait pas confondre l’Etat et le gouvernement.

              [« Jean de Kervasdoué, économiste spécialiste des hôpitaux, estime que la médecine française est de grande qualité ; elle serait la « seule alternative crédible à l’américanisation de la médecine mondiale ». Selon lui, les chirurgiens, les cliniciens, l’organisation des urgences à la française (le SAMU), et l’organisation de la psychiatrie font référence dans le monde. Il note cependant que les agents de hôpitaux doivent respecter 43 familles de règlements et critiquent la bureaucratie tatillonne, et « la définition minutieuse de procédures onéreuses, non évaluées, simultanément inapplicables, voire contradictoires. Selon lui, l’État intervient trop pour régler la vie de tous les jours à l’hôpital. ». Selon lui, le Japon, la Suède et les Pays-Bas ont un indice de santé comparable à celui de la France, alors qu’ils ne dépensent que 8 % de leur PIB contre 10 % pour la France. Ainsi, 34 milliards d’euros sembleraient mal utilisés. »]

              Il a raison. Mais il faut aller plus loin. Pourquoi y a-t-il autant de règlements ? Pourquoi la bureaucratie est de plus en plus « tatillonne » ? Pour faire plaisir aux fonctionnaires ? Ou parce que les praticiens exigent d’être protégés en permanence d’une possible procédure judiciaire ? Il faut arrêter de se cacher la face : ce sont les échelons inférieurs qui sollicitent en permanence des directives. Parce que ces directives les protègent. S’il y a plainte, ils peuvent toujours dire « moi je n’ai fait qu’appliquer les directives ».

              [Dans tous vos billets ou commentaires, vous semblez fustiger les critiques sur la fonction publique sans la moindre distinction entre ceux « qui font le boulot » et ceux qui l’administrent bureaucratiquement à l’excès.]

              Parce que, comme je l’explique plus haut, les deux sont intimement liés. Et parce que cela m’énerve d’entendre ceux qui chérissent les causes se plaindre des conséquences. Cela fait des années qu’on vide l’Etat de sa substance, qu’on implante les méthodes de travail du privé, qu’on dévalorise les agents publics, qu’on transfère les pouvoirs à l’Europe ou aux collectivités territoriales. Cela se fait au vu et au su de tout le monde, et les gens votent élection après élection pour cela. Alors merde ! On ne peut pas traiter les fonctionnaires comme des chiens et ensuite s’attendre à ce que l’Etat soit « efficace ».

              [J’avais évoqué antérieurement cette « classe d’intermédiaires » et non pas « classe intermédiaire » qui plombent le service public comme l’économie en général. Vous n’avez pas réagi sur la nuance.]

              Non, parce que je pense que c’est une fantasmagorie. J’aimerais que vous me donniez des exemples précis de ces « intermédiaires ».

              [Ça ne me gênerait pas, bien au contraire, que mes impôts servent à mieux rémunérer des enseignants (ceux en face à face), des soignants (au contact permanent des malades), des policiers (dans la rue ou devant leurs écrans), des militaires (sur le terrain), des chercheurs (dans leurs laboratoires), enfin tous ceux, administratifs y compris dont l’activité est indispensable au bon fonctionnement des institutions.]

              Alors, votez pour les gens qui augmenteront les salaires de ces gens-là, au lieu de recruter à tour de bras des chargés de communication.

              [Mais, bien évidemment, s’attaquer aux questions que cela pose revient à ébranler des positions acquises, des rentes de situation, des sinécures confortables de ceux qui ont la parole publique. C’est cette classe d’intermédiaires qui, pour reprendre vos termes dans un autre commentaire, « est obsédée par la peur du déclassement » parce qu’elle sait ou subodore très bien que ce qu’elle produit ne trouverait pas « acheteur » ailleurs que dans l’institution qui la protège.]

              Je ne vois toujours pas de qui vous parlez. Pourriez-vous donner des exemples ?

              [Pour l’UE, sur laquelle nous avons échangé ces jours derniers, il est bien possible qu’elle adopte le même paradigme que celui de l’organisation à la française, d’ailleurs ce serait le produit d’une pure logique, étant donné que ses inspirateurs sortent du même moule.]

              Je ne vois pas là encore de quoi vous parlez. Qui sont les « inspirateurs » en question ?

              [Si une administration européenne agit avec efficience, donc à minima avec efficacité, pour créer les conditions d’une collaboration efficace entre des institutions publiques (santé, défense, recherche, etc.) ou privées (tous les secteurs industriels), je ne vois pas, à moins d’être borné, d’inconvénients à cela.]

              Je vois mal comment la fonction publique européenne agirait pour créer une « collaboration efficace » entre les institutions publiques alors que sa mission, inscrite dans les traités, est de confier toutes les fonctions de ces dernières au privé, et laisser le marché les réguler.

              [« Vouloir être fort, puissant, influent, c’est bien, j’adhère. Mais faut s’en donner les moyens, et pas seulement par des « yaka » » Les Singapouriens, Coréens, entre autres travaillent deux fois plus longtemps que nous et se distraient dix fois moins longtemps.]

              Je n’ai pas l’impression que Singapour soit plus forte, puissante et influente que la France. Votre “haine de soi” vous égare…

            • Marcailloux dit :

               
              @ Descartes
               
              Bonjour
               
              [Votre “haine de soi” vous égare…]
               
              Eh bé ! rien que ça. Vous m’aviez pratiquement qualifié de « pétainiste » dans un précédent commentaire récent. Je vous propose la prochaine : « vieux cacochyme réactionnaire et dégénéré »
               
              Tout d’abord, sur « la haine de soi » je vous rassure, c’est vous qui vous fourvoyez et je vous mets au défi de dénicher dans mes commentaires autre chose que l’encensement de la chance que nous avons de vivre en France. Je ne m’emploie, en termes mesurés cependant, qu’à formuler une exigence quant à son efficience, pour les énormes moyens consacrés à la puissance publique. J’ai tout à fait conscience de la chance que j’ai eu de naitre ici et, justement, je suis désolé d’entendre et de lire, les turpitudes dont les Français et leurs représentants qui ne partagent pas strictement votre point de vue seraient les auteurs.
              Très minoritaire ici, je me contente et persiste à résister, dans un cadre, il faut le reconnaître parfaitement civil. Ce qui est très rare !
              Je vais vous faire une confidence. J’ai, très longtemps, été tenté et influencé par la doctrine communiste. Elle me paraît dans ses principes, noble et généreuse.
              Or la plupart de ceux que j’ai croisé et qui exerçaient une quelconque responsabilité dans le parti m’ont paru d’autant plus féroces envers ceux dont la proximité d’idées était proche.
              Je retrouve là, le même caractère. En quelque sorte : « t’es mon ennemi, je te respecte, t’es mon allié, je te méprise »
              La haine, me semblait-il, n’était pas au menu du communisme. Les faits historiques et d’autres plus personnels m’ont gardé de m’enchainer à une organisation totalitariste.
               
              Mes arguments de commentaires sont quelquefois un tantinet hasardeux, je le reconnais, mais ils ne sont dictés par aucun dogme et en ce sens, je n’ai, comme la plupart des hommes qui se veulent libres, pas de réponse imparable rhétoriquement, qui me soit dictée par un quelconque « Petit livre rouge ».
               
              Vous réclamez des exemples et, vous en proposer vous donne l’occasion, chaque fois, d’enfoncer le clou dans le sens de vos convictions. Fort bien, alors à quoi bon si ce n’est pour examiner objectivement ce qui conviendrait le mieux pour le bénéfice collectif du plus grand nombre.
               
              J. de Kervasdoué, dont vous ne semblez pas contester l’autorité, estime que dans le seul système de santé français, il y a une « évaporation » de 34 milliards d’euro, directement ou indirectement lié à notre mode d’organisation bureaucratique. Une paille ! Et pour le seul domaine de la santé.
              D’autre part, je ne mets jamais en cause la personne d’un fonctionnaire. Il exécute, en principe, ce qu’on lui ordonne de faire. Mais comme la complexité peut souvent servir de paravent, combien sont conduits et incités à en user, consciemment ou non et bénéficier ainsi d’une sorte de sinécure.
              Vous attribuez l’origine de cette évaporation de 34 Mds d’€ à ceux qui, en quelque sorte, à la base font le boulot, les médecins, les infirmiers, etc. enfin tous ceux à qui « on » à dit implicitement, devant la catastrophe qui s’annonçait : « faites pour le mieux, débrouillez-vous ».
              Je ne doute pas qu’ils apprécient la paternité des gaspillages que vous leur attribuez.
               
              Partant du principe que l’on ne s’appui bien que sur ce qui résiste, je crains devoir continuer autant qu’il me sera possible d’exprimer un regard plus philosophique – avec autant de modestie que mes connaissances académiques dans ce domaine me l’imposent – que technocratique avec sa rigueur scientifique ou prétendue telle et à laquelle mes moyens intellectuels ne me permettent.
               
              La première condition, à mes yeux, d’un redressement appréciable de notre communauté nationale, ne peux consister en une anathème systématique et généralisée des uns contre des autres. C’est en cela que la haine s’exprime et n’aboutira qu’au désastre. Le rapport de force, auquel vous vous référez très souvent et qui est à la base des dogmes que vous défendez, est inscrit dans la nature des choses, humaines, animales, végétales, minérales même. Il faut donc faire avec parce qu’on ne peut pas aller contre les lois de la nature, et cependant, il existe deux tactiques principales : celle paradoxalement du sumo, vous l’adepte sportivement de la seconde, je veux dire le judo. L’une c’est faire contre, l’autre c’est faire avec. Je simplifie un peu sur le plan des techniques de combat. Cependant, c’est généralement l’esprit de finesse qui l’emporte sur l’esprit de géométrie comme dirait B. Pascal. Mais il reste toujours, et là est peut-être sa supériorité, plus faible que l’esprit de géométrie, fort de sa « visibilité ».
               

            • Descartes dit :

              @ Marcailloux

              [« Votre “haine de soi” vous égare… » Eh bé ! rien que ça. Vous m’aviez pratiquement qualifié de « pétainiste » dans un précédent commentaire récent.]

              Je ne pense pas vous avoir « pratiquement » ni autrement qualifié de « pétainiste ». J’ai simplement noté que vous sembliez adhérer à cette doctrine qui veut que la France doive accepter son statut de province de l’empire européen au lieu de chercher à tout prix à sauvegarder sa souveraineté. Une doctrine qui a trouvé pas mal de thuriféraires bien avant 1940. Ce n’est d’ailleurs pas Pétain, mais Laval qui a porté cette vision à l’intérieur de Vichy.

              [Je vous propose la prochaine : « vieux cacochyme réactionnaire et dégénéré »]

              Je n’y manquerai pas si vous vous permettez une fois encore d’assimiler ma vision d’une France souveraine au « chant triomphant du coq sur son tas de fumier ». Si vous crachez en l’air, ne vous plaignez pas lorsque cela vous retombe à la figure.

              [Tout d’abord, sur « la haine de soi » je vous rassure, c’est vous qui vous fourvoyez et je vous mets au défi de dénicher dans mes commentaires autre chose que l’encensement de la chance que nous avons de vivre en France.]

              De vivre dans « le tas de fumier », vous voulez dire ? Allons, si vous comparez les souverainistes au « coq chantant sur un tas de fumier », alors vous comparez notre pays au « tas de fumier ». Je veux bien que les mots aient dépassé votre pensée… ou peut-être pas tout à fait ?

              [Je ne m’emploie, en termes mesurés cependant, qu’à formuler une exigence quant à son efficience, pour les énormes moyens consacrés à la puissance publique.]

              « Enormes moyens ». Je crains que vous ne parliez d’un pays qui n’existe plus. Oui, les prélèvements obligatoires sont très importants chez nous, mais l’immense majorité des sommes prélevées sous forme d’impôts et cotisations revient au payeur sous forme d’allocations, de remboursements ou d’aides. Les « moyens » consacrés à la « puissance publique », ceux qui permettent à l’Etat d’agir, de lancer des projets, d’investir dans des infrastructures sont devenus minimes.

              [Très minoritaire ici, je me contente et persiste à résister, dans un cadre, il faut le reconnaître parfaitement civil. Ce qui est très rare !]

              Dont acte. Je peux vous assurer que quelque soit les termes qu’on échange dans la chaleur du débat, j’ai pour vous le plus grand respect, et que je serais désolé si vous étiez conduit à vous censurer ou abandonner la discussion de mon fait.

              [Je vais vous faire une confidence. J’ai, très longtemps, été tenté et influencé par la doctrine communiste. Elle me paraît dans ses principes, noble et généreuse.]

              Je vais vous faire une confidence : je n’ai guère été tenté ou influencé par la DOCTRINE communiste. Je suis – et cela depuis mon plus jeune âge – un peu trop cynique pour cela. J’ai été par contre toujours séduit par les outils d’analyse construits par les théoriciens marxistes, et par la capacité des organisations communistes – j’entends par là le PCF est ses partis-frères – à les utiliser pour défendre les intérêts des couches populaires. Mais je vous avoue que la vision romantique d’une société ou l’Etat aurait dépéri et les gens feraient ce qui est juste et bon spontanément… je reste plutôt à la formule du général Peron : « l’homme est naturellement bon, et il est encore meilleur lorsqu’on le surveille ».

              [Or la plupart de ceux que j’ai croisé et qui exerçaient une quelconque responsabilité dans le parti m’ont paru d’autant plus féroces envers ceux dont la proximité d’idées était proche. Je retrouve là, le même caractère. En quelque sorte : « t’es mon ennemi, je te respecte, t’es mon allié, je te méprise »
              La haine, me semblait-il, n’était pas au menu du communisme. Les faits historiques et d’autres plus personnels m’ont gardé de m’enchainer à une organisation totalitariste.]

              Je ne suis pas sûr de comprendre de quoi vous parlez. Je ne me souviens pas que les responsables du PCF aient été particulièrement « féroces » avec ceux dont ils étaient idéologiquement proches. Ils ont par contre été « féroces » contre ceux qui prétendaient à une proximité idéologique pour détourner du combat les militants et les électeurs communistes. C’est d’ailleurs une constante dans l’histoire : les peines prévues pour les traîtres sont toujours plus graves que celles prévues pour les adversaires.

              [J. de Kervasdoué, dont vous ne semblez pas contester l’autorité, estime que dans le seul système de santé français, il y a une « évaporation » de 34 milliards d’euro, directement ou indirectement lié à notre mode d’organisation bureaucratique. Une paille !]

              Non. Le minimum quand on cite est de respecter les termes de la personne citée. J. de Kervasdoué n’affirme pas qu’il y ait une « évaporation » de quoi que ce soit. Vous noterez que dans le texte que vous citez, la conclusion n’est pas de Kervasdoué mais de l’auteur de l’article, et que celui-ci est au contraire très nuancé et prudent dans son propos : « 34 milliards d’euros SEMBLERAIENT mal utilisés » (c’est moi qui souligne). Et pour cela il s’appuie sur l’idée que d’autres pays dépensent moins d’argent que nous dans la santé pour un résultat équivalent.

              Ce raisonnement est évidement fallacieux. Les Etats-Unis dépensent beaucoup plus que nous en proportion pour la santé, pour un résultat moins bon que le nôtre. On devrait donc tirer la conclusion que la différence est chez nous « bien utilisée », non ?

              La comparaison que fait de Kervasdoué est intéressante, mais ne permet nullement de tirer la conclusion que l’article propose. Il n’y a aucune raison que les mêmes moyens utilisés avec la même efficacité doivent conduire au même résultat final dans des pays différents, tout simplement parce que les pays n’ont pas tous les mêmes contraintes climatiques, le même type de logement, les mêmes logiques d’emploi, les mêmes habitudes alimentaires. Dans un pays où la famille prend en charge les anciens la problématique de la dépendance – et des soins aux personnes dépendantes – ne se pose pas dans les mêmes termes de coût que dans les pays ou la famille nucléaire domine.

              [Vous attribuez l’origine de cette évaporation de 34 Mds d’€ à ceux qui, en quelque sorte, à la base font le boulot, les médecins, les infirmiers, etc. enfin tous ceux à qui « on » a dit implicitement, devant la catastrophe qui s’annonçait : « faites pour le mieux, débrouillez-vous ». Je ne doute pas qu’ils apprécient la paternité des gaspillages que vous leur attribuez.]

              Le gambit du « vous insultez les soignants » est un peu éculé. Qu’ils apprécient ou pas est le cadet de mes soucis. La réalité, c’est que lorsqu’on a essayé de dire à ces gens « débrouillez-vous », leur réponse a été de demander des directives – et pour certains, de se plaindre amèrement aux médias lorsqu’ils n’en recevaient pas. On ne peut se plaindre en permanence que des « règlements » tombent d’en haut, et ensuite exiger du « haut » qu’il donne en permanence des consignes.

              C’est à la mode de se plaindre de la complexité des règlements. Ce que personne ne fait, c’est de se demander POURQUOI nos administrations produisent en permanence cette complexité. Croyez-vous vraiment que ça amuse les fonctionnaires d’écrire des circulaires ? Croyez-vous qu’ils prennent plaisir à faire des directives de cent pages là ou dix auraient suffi ? Non, bien sur que non. Mais si à la question qui remonte l’administration répond « trouvez vous-même une solution », vous générez une panique. Il y a une dialectique perverse dans notre pays entre une population qui demande – que dis-je, qui exige – que l’Etat prenne la responsabilité de tout et donne des directives sur tout, et qui ensuite pleurniche qu’il y a trop de règlements.

              [Partant du principe que l’on ne s’appui bien que sur ce qui résiste, je crains devoir continuer autant qu’il me sera possible d’exprimer un regard plus philosophique – avec autant de modestie que mes connaissances académiques dans ce domaine me l’imposent – que technocratique avec sa rigueur scientifique ou prétendue telle et à laquelle mes moyens intellectuels ne me permettent.]

              Vous êtes bien entendu le bienvenu à le faire ici.

              [Le rapport de force, auquel vous vous référez très souvent et qui est à la base des dogmes que vous défendez,]

              De quel « dogme » parlez-vous ? Est-ce que j’ai jamais refusé la discussion d’un point quelconque ? Comment quelque chose qu’on accepte de discuter pourrait-être un « dogme » ?

            • BolchoKek dit :

              @ Descartes et Marcailloux
               
              [[« Votre “haine de soi” vous égare… » Eh bé ! rien que ça. Vous m’aviez pratiquement qualifié de « pétainiste » dans un précédent commentaire récent.]
              Je ne pense pas vous avoir « pratiquement » ni autrement qualifié de « pétainiste ». J’ai simplement noté que vous sembliez adhérer à cette doctrine qui veut que la France doive accepter son statut de province de l’empire européen au lieu de chercher à tout prix à sauvegarder sa souveraineté.]
               
              D’ailleurs, cela me fait penser que je n’ai jamais pensé à souhaiter à quiconque une joyeuse Pâques en plusieurs années de fréquentation de ce blog. Je sais que nous sommes en janvier, mais je pense faire ton sur ton entre des veux aussi pertinents eu égard au calendrier et un grand projet européen aussi pertinent face à l’histoire.
               
              J’espère donc pouvoir me rattraper en envoyant un message d’espoir à tous les européens de cœur, de ne pas  faire grand cas des choix clairement irrationnels des Britanniques.

            • Descartes dit :

              @ BolchoKek

              [D’ailleurs, cela me fait penser que je n’ai jamais pensé à souhaiter à quiconque une joyeuse Pâques en plusieurs années de fréquentation de ce blog. Je sais que nous sommes en janvier, mais je pense faire ton sur ton entre des veux aussi pertinents eu égard au calendrier et un grand projet européen aussi pertinent face à l’histoire.]

              Eh oui, pour connaître l’avenir rien ne vaut regarder le passé. Est-ce que vous avez la référence exacte de cette carte postale ?

            • Marcailloux dit :

              @ Descartes
              Bonjour,
               
              [Je n’y manquerai pas si vous vous permettez une fois encore d’assimiler ma vision d’une France souveraine au « chant triomphant du coq sur son tas de fumier ». Si vous crachez en l’air, ne vous plaignez pas lorsque cela vous retombe à la figure.]
               
              L’interprétation des images, pour peu qu’elles soient humoristiques, représente toujours un risque incontrôlé pour qui y prête le flanc. Je n’avais, en employant ces termes, aucune autre idée que de me moquer, par l’image caricaturale, de notre Premier ministre se glorifiant de la situation française relative à la Covid 19, meilleure, selon lui, que celle des voisins.
              La question d’« une France souveraine », en dépit des opinions diverses, est, me semble-t-il, bien trop complexe, déterminante, lourde de conséquences que les péroraisons stériles de J. Castex.
              Trivialement, en tant que chef du gouvernement, il a les pieds dans la merde – il n’est, certes pas coupable de la pandémie, et il a la mission de bien régler la question – mais, de grâce, un peu d’humilité monsieur le Premier ministre.
              Et puis c’était l’occasion d’évoquer Sénèque : « Le coq est roi sur son fumier » . D’autre part, pour les gens de la campagne, le fumier est une matière précieuse qui engraisse la terre et l’enrichit de nutriments naturels et essentiels. Pour le citadin, ce n’est qu’un tas de matières fécales malodorantes, mêlées à des détritus végétaux.
               
              [C’est d’ailleurs une constante dans l’histoire : les peines prévues pour les traîtres sont toujours plus graves que celles prévues pour les adversaires.]
               
              Très juste. Cependant, je me questionne et vous questionne par la même occasion sur la notion de « traitre ». Nous nous sommes rencontrés sur le blog de JLM où nous avons pu mesurer ce qu’était la notion de traitrise. La moindre objection est considérée comme une infamie, comme propos « nauséabonds », combien de fois ai-je pu y lire cet adjectif énoncé tel un mantra.
              La défense des dogmes de l’organisation n’admet pas le questionnement sur leur cohérence et traitre est considéré celui qui s’interroge ou interroge publiquement à ce sujet. On est alors, comme vous le soulignez souvent, dans le cadre d’une secte. La discussion contradictoire y est proscrite.
              Lorsque j’emploie, à votre égard le terme de dogme, c’est parce que vous défendez une idéologie, qui, par définition, a une logique cohérente constituée d’un certain nombre de dogmes. J’aurais plus précisément dû employer le terme d’« idéologie ».

            • Descartes dit :

              @ Marcailloux

              [L’interprétation des images, pour peu qu’elles soient humoristiques, représente toujours un risque incontrôlé pour qui y prête le flanc. Je n’avais, en employant ces termes, aucune autre idée que de me moquer, par l’image caricaturale, de notre Premier ministre se glorifiant de la situation française relative à la Covid 19, meilleure, selon lui, que celle des voisins.]

              Peut-être. Mais la formule se prêtait aussi à d’autres interprétations. Et il faut accepter que celles-ci provoquent chez l’interlocuteur des réactions plus ou moins violentes.

              [Trivialement, en tant que chef du gouvernement, il a les pieds dans la merde – il n’est, certes pas coupable de la pandémie, et il a la mission de bien régler la question – mais, de grâce, un peu d’humilité monsieur le Premier ministre.]

              Franchement, je ne trouve pas que l’humilité soit une qualité chez les gouvernants. On ne fait pas de grandes choses si l’on n’est pas persuadé d’être grand soi-même. L’humilité n’a jamais fait un Richelieu, un Napoléon, un De Gaulle. Elle fait tout au plus un Hollande. Ce que je demande au chef du gouvernement, c’est de gouverner. Un point c’est tout. Et s’il gouverne, alors je lui accorde le droit de se prendre pour dieu le père.

              [Et puis c’était l’occasion d’évoquer Sénèque : « Le coq est roi sur son fumier ».]

              Vous allez encore me fâcher… J’ignore à quoi Sénèque appliquait cette maxime, mais l’appliquer à notre gouvernement suggérerait que la France est un « fumier ». Et je n’accepte pas ce qualificatif.

              [D’autre part, pour les gens de la campagne, le fumier est une matière précieuse qui engraisse la terre et l’enrichit de nutriments naturels et essentiels. Pour le citadin, ce n’est qu’un tas de matières fécales malodorantes, mêlées à des détritus végétaux.]

              Puisque vous citez Sénèque, je doute qu’il ait utilisé le mot « fumier » comme synonyme de « matière précieuse ».

              [Très juste. Cependant, je me questionne et vous questionne par la même occasion sur la notion de « traitre ». Nous nous sommes rencontrés sur le blog de JLM où nous avons pu mesurer ce qu’était la notion de traitrise. La moindre objection est considérée comme une infamie, comme propos « nauséabonds », combien de fois ai-je pu y lire cet adjectif énoncé tel un mantra.]

              Le traître est celui qui utilise la confiance qui est déposée en lui contre les intérêts de celui qui lui accorde. Le traître est d’abord celui qui trahit une confiance. L’adversaire est soumis aux « lois de la guerre », qui sont celles de l’honneur. Le traître, lui, échappe à toute règle. Et c’est pour cela qu’il ne mérite aucun respect. La secte JLM – qui, ne l’oublions pas, plonge ses racines idéologiques dans le trotskysme – transforme tout désaccord en traîtrise justement pour pouvoir lui ôter tout semblant d’honneur. Cela prend d’ailleurs des allures comiques quelquefois. Souvenez-vous qu’alors qu’on me reprochait pour la n-ième fois d’être un « traître à la gauche », j’avais répondu que ne m’étant jamais considéré « de gauche », je pouvais difficilement être un « traître ». Vous auriez du voir la réaction…

              [La défense des dogmes de l’organisation n’admet pas le questionnement sur leur cohérence et traitre est considéré celui qui s’interroge ou interroge publiquement à ce sujet. On est alors, comme vous le soulignez souvent, dans le cadre d’une secte. La discussion contradictoire y est proscrite.
              Lorsque j’emploie, à votre égard le terme de dogme, c’est parce que vous défendez une idéologie, qui, par définition, a une logique cohérente constituée d’un certain nombre de dogmes.]

              Je ne vois pas très bien quelle est cette idéologie qui « par définition » a une « logique constituée d’un certain nombre de dogmes ». Si c’est au marxisme que vous faites allusion, alors vous avez très mal compris Marx. Parce qu’en affirmant l’historicité de toute idéologie – y compris la sienne – Marx refuse sans la moindre ambiguïté tout dogmatisme. Comment un « dogme » pourrait-il être historique ?

            • Marcailloux dit :

              @ Descartes
              [Si c’est au marxisme que vous faites allusion, alors vous avez très mal compris Marx.]
              Non, c’est par allusion aux simples définitions qui en sont données ici ou là, communément.
              Pour Marx, je n’ai pas poussé ma lecture au delà de quelques fragments ou commentaires. Par pure paresse, j’en conviens.

            • BolchoKek dit :

              @ Descartes
              [Est-ce que vous avez la référence exacte de cette carte postale ?]
               
              Il s’agit d’une pièce répertoriée au sein d’un fonds de collection privé :
               
              “Anti-Semitic Nazi Easter Postcard” (1942). Bulmash Family Holocaust Collection.2012.1.481.
              https://digital.kenyon.edu/bulmash/1197
               

  5. Gugus69 dit :

    Oui, ami et camarade.
    Aujourd’hui, on a la France où un referendum populaire se prononce à une large majorité pour l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et où le gouvernement annule cet équipement.
    On a la France où un referendum populaire se prononce contre la création d’une Région Alsace à la place des deux départements, et où le gouvernement installe l’Eurorégion Alsace.
    On a la France où le peuple plébiscite le maintien d’une production d’électricité d’origine nucléaire, et où le gouvernement ferme Fessenheim.*
    Mon sentiment, c’est que la France “d’avant” que vous décrivez avec amour, celle de mon enfance, elle est toujours citée en exemple avec nostalgie par ceux qui l’ont connue, par les déclassés des couches populaires. Mais ce sont les décideurs politiques à la Mélenchon qui l’ont foutue par terre avec obstination depuis quarante ans.
    Qui proposera à notre peuple de la relever ? Je n’entends personne !
    * S’il y avait le moindre risque que les Français votent contre le nucléaire, il y a bien longtemps qu’un referendum sur le sujet aurait été décidé…

    • Descartes dit :

      @ Gugus69

      [Aujourd’hui, on a la France où un referendum populaire se prononce à une large majorité pour l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et où le gouvernement annule cet équipement.]

      Oui. C’est un bon exemple de politique du chien crevé au fil de l’eau. La majorité paisible est pour, mais elle ne fera pas de vagues. A l’inverse, les « contre » sont prêts à tout casser pour avoir gain de cause. Le gouvernement a choisi la voie qui fera le moins de bruit.

      [On a la France où un referendum populaire se prononce contre la création d’une Région Alsace à la place des deux départements, et où le gouvernement installe l’Eurorégion Alsace.]

      Là encore, ceux qui se sont prononcé « contre » ne feront pas de vagues, alors que les élus de la région, tous favorables, ont un pouvoir de nuisance considérable. Le choix est vite fait.

      [On a la France où le peuple plébiscite le maintien d’une production d’électricité d’origine nucléaire, et où le gouvernement ferme Fessenheim.*]

      Même raisonnement. On cède à ceux qui ont le pouvoir de nuisance médiatique le plus important.

      [Mon sentiment, c’est que la France “d’avant” que vous décrivez avec amour, celle de mon enfance, elle est toujours citée en exemple avec nostalgie par ceux qui l’ont connue, par les déclassés des couches populaires. Mais ce sont les décideurs politiques à la Mélenchon qui l’ont foutue par terre avec obstination depuis quarante ans.]

      Exactement. C’est pourquoi je trouve indécent que ceux-là même qui l’ont mise à terre se demandent maintenant « où elle est ».

      [Qui proposera à notre peuple de la relever ? Je n’entends personne !]

      Pourquoi le feraient-ils ? Ce sont eux qui ont le plus profité du carnage. Si on faisait de la politique « à l’ancienne », Mélenchon serait toujours un petit porte-flingue.

      • CVT dit :

        @Descartes,
        [Le gouvernement a choisi la voie qui fera le moins de bruit.]
        [Là encore, ceux qui se sont prononcé « contre » ne feront pas de vagues, alors que les élus de la région, tous favorables, ont un pouvoir de nuisance considérable. Le choix est vite fait.]
         
        Je me souviens que dans mon enfance, à la cantine de l’école, certaines dames de service rabrouaient les camarades qui réclamaient plus de frites que leurs copains d’à côté. Elles disaient systématiquement: “je ne donne pas à ceux qui réclament”… Mon enfance ne date pourtant pas du XIXè siècle mais des années 70-80!!!
        Tout ça pour dire quoi? Que j’ai l’impression que l’une des caractéristiques d’un état fort est précisément de ne pas donner à ceux qui réclament!
        De Gaulle le savait parfaitement, et beaucoup de gens issus des classes populaires semblent le savoir d’instinct, à l’image des dames de service de l’école publique…

        • Descartes dit :

          @ CVT

          [Je me souviens que dans mon enfance, à la cantine de l’école, certaines dames de service rabrouaient les camarades qui réclamaient plus de frites que leurs copains d’à côté. Elles disaient systématiquement: “je ne donne pas à ceux qui réclament”… Mon enfance ne date pourtant pas du XIXè siècle mais des années 70-80!!! Tout ça pour dire quoi? Que j’ai l’impression que l’une des caractéristiques d’un état fort est précisément de ne pas donner à ceux qui réclament!]

          Ces dames étaient parfaitement matérialistes. Elles avaient compris que donner à ceux qui crient le plus fort, c’est encourager tout le monde à crier le plus fort possible. Et vous avez raison, c’est vrai aussi pour l’Etat : si chaque fois qu’on casse quelque chose on récupère des moyens, on encourage les gens à casser. C’est pourquoi la logique d’un Etat fort est de refuser toute concession sous la menace…

  6. Patrick dit :

    Bonjour,
    Merci pour vos billets, pour leur coherence et leur argumentation.
    Cependant, dans celui-ci, est-ce que par moments vous n’exagerez pas la lucidite (du point de vue liberal) et la conviction des dirigeants dans leur entreprise de demolition (quand vous dites “on a méthodiquement organisé l’impuissance de l’Etat”). Est-ce que tous ces dirigeants des annees 80-90 avaient vraiment une vision claire des resultats a long terme (en ce cas ils etaient tres perspicaces…) ? N’est-ce pas aussi l’effet d’une certaine paresse intellectuelle, ou il est plus simple de suivre l’air du temps (liberalisation, decentralisation, devolution a Bruxelles, societe civile, etc…)  que de chercher a elaborer une alternative ? Plutot que d’imaginer que tous ces dirigeants etaient des genies du mal, il est plus simple de penser qu’ils ont simplement suivi la voie de la facilite et du conformisme, en suivant l’air du temps (ce qui evite aussi la prise de risque: si la voie conformiste ne marche pas, on ne pourra guere etre accuse car apres tout on aura juste fait comme tout le monde, tandis que si on choisit une voie alternative qui echoue, on sera tenu pour seul responsable…).
    Lorsque vous dites “conséquence d’une transformation profonde de nos sociétés … mises en œuvre avec une remarquable continuité par la gauche comme par la droite … La mondialisation ….” cela fait reference a un mouvement plus vaste et profond que de mauvais dirigeants. Souvent vous evoquez le rapport de force qui est passe du cote des classes moyennes superieures…
    Dans ce deuxieme cas, la question est plus preoccupante. Il ne suffirait pas de changer quelques dirigeants, ou tout le gouvernement pour inverser la tendance…
    Donc faudra-t’il attendre que la situation devienne catastrophique pour les classes superieures elles-memes (apres tout le CNR suit une guerre…) pour avoir un changement de cap ? L’inversion du rapport de force en faveur des classes inferieures semble peu probable, vu leur division, l’abstention massive, et la defaveur des medias…

    • Descartes dit :

      @ Patrick

      [Cependant, dans celui-ci, est-ce que par moments vous n’exagérez pas la lucidité (du point de vue libéral) et la conviction des dirigeants dans leur entreprise de démolition (quand vous dites “on a méthodiquement organisé l’impuissance de l’Etat”). Est-ce que tous ces dirigeants des annees 80-90 avaient vraiment une vision claire des résultats à long terme (en ce cas ils étaient très perspicaces…) ?]

      Vous posez là une très bonne question. Je pense que les résultats à long terme étaient parfaitement prévisibles, et d’ailleurs il n’a pas manqué des Cassandre pour le prévoir. La question est donc de savoir si ces dirigeants se sont trompés eux-mêmes, ou bien s’ils nous sciemment trompés.

      J’ai tendance à pencher pour la première solution, du moins pour la majorité d’entre eux. Les véritables cyniques, les hommes capables d’assumer le fait de vendre leur pays pour satisfaire leurs intérêts personnels et ceux de leur classe sont finalement très rares. La plupart s’invente au contraire une idéologie qui permet de cacher leurs actes les plus égoïstes derrière les valeurs les plus nobles. Je suis persuadé que la plupart des dirigeants qui nous ont gouverné ces quarante dernières années se sont persuadés eux-mêmes que l’Etat gaullien était le principal obstacle au bonheur des Français, et qu’en l’affaiblissant, en le vidant de sa substance ils préparaient les lendemains qui chantent. Mais à partir de cette conviction, ils ont poursuivi « méthodiquement » une politique qui organisait l’impuissance de l’Etat. C’était là l’objectif, et non pas un effet collatéral imprévu.

      D’ailleurs, si vous écoutez bien, vous entendez encore les restes de ce discours. Regardez un jour sur LCI les débats nocturnes, et vous verrez des pontifes vous expliquer que si l’on n’arrive pas à bien gérer l’épidémie, c’est que l’Etat est encore trop puissant, et écrase les initiatives locales tout en empêchant Bruxelles de faire notre bonheur…

      [N’est-ce pas aussi l’effet d’une certaine paresse intellectuelle, ou il est plus simple de suivre l’air du temps (libéralisation, décentralisation, dévolution a Bruxelles, société civile, etc…) que de chercher à élaborer une alternative ?]

      Non, je n’y crois pas un instant. S’il s’agissait de « paresse », on aurait continué sur la lancée des années 1960-70. Vous n’imaginez pas les trésors d’énergie, d’argent et de force de travail investis pour aboutir à la privatisation des services publics. Ce n’est pas la paresse intellectuelle, c’est l’intérêt qui a été le moteur de ces politiques. Que pour les justifier on ait préféré par paresse – d’autres diront par économie – de réchauffer les vieilles lunes libérales plutôt que de créer une nouvelle idéologie, c’est possible. Mais ce ne sont pas les idéologies qui conduisent le monde matériel, c’est l’inverse…

      [Plutôt que d’imaginer que tous ces dirigeants étaient des génies du mal, il est plus simple de penser qu’ils ont simplement suivi la voie de la facilite et du conformisme,]

      Je ne pense pas que ces dirigeants soient « des génies du mal ». Je pense au contraire qu’ils sont la preuve de la capacité quasi-infinie de l’homme à se convaincre de n’importe quoi à partir du moment ou cela va dans le sens de ses intérêts. Car ce n’est pas la voie « de la facilité et du conformisme » qui a été empruntée, mais celle des intérêts des classes intermédiaires dont les dirigeants en question étaient issus.

      [Lorsque vous dites “conséquence d’une transformation profonde de nos sociétés … mises en œuvre avec une remarquable continuité par la gauche comme par la droite … La mondialisation ….” cela fait reference a un mouvement plus vaste et profond que de mauvais dirigeants. Souvent vous evoquez le rapport de force qui est passe du cote des classes moyennes superieures…]

      Tout à fait. C’est la transformation de l’économie qui a donné aux classes intermédiaires le pouvoir de transformer profondément nos sociétés dans leur intérêt. En ce sens, je suis d’accord : ce ne sont pas les mauvais dirigeants qui ont changé le monde, c’est le changement du monde qui a fait des mauvais dirigeants…

      [Dans ce deuxième cas, la question est plus préoccupante. Il ne suffirait pas de changer quelques dirigeants, ou tout le gouvernement pour inverser la tendance…]

      Bien entendu. Le marxiste que je suis ne pourra vous dire autre chose : ce sont les rapports matériels qui déterminent les rapports politiques, et non l’inverse. La question n’est pas tant de savoir s’il suffirait de changer les dirigeants, la question est justement que le rapport de forces ne vous laissera pas les changer.

      Cela étant dit, il existe des moments charnière où les intérêts et les rapports de force sont ambigus, et à ces moments-là la volonté d’un groupe d’hommes peut faire pencher la balance.

      [Donc faudra-t-il attendre que la situation devienne catastrophique pour les classes supérieures elles-mêmes (après tout le CNR suit une guerre…) pour avoir un changement de cap ? L’inversion du rapport de force en faveur des classes inferieures semble peu probable, vu leur division, l’abstention massive, et la défaveur des médias…]

      Vous avez l’air de penser que le rapport de forces est déterminé par des questions politiques (le vote, l’unité, les médias) alors qu’il est en fait déterminé par l’économique. C’est le libre-échange qui, en mettant tous les travailleurs de la terre en concurrence et en permettant aux entreprises de s’affranchir des marchés nationaux à réduit à peu de chose le pouvoir de négociation des couches populaires.

      • Philippe Dubois dit :

        Bonsoir Descartes[Les véritables cyniques, les hommes capables d’assumer le fait de vendre leur pays pour satisfaire leurs intérêts personnels et ceux de leur classe sont finalement très rares.]Macron ?Entre l’accusation de crime contre l’humanité contre la France, proférée en Algérie, la négation de la culture française, le démantèlement et la vente à l’étranger d’industries stratégiques, les insultes envers le peuple français…Je le verrais bien dans cette catégorie

        • Descartes dit :

          @ Philippe Dubois

          [“Les véritables cyniques, les hommes capables d’assumer le fait de vendre leur pays pour satisfaire leurs intérêts personnels et ceux de leur classe sont finalement très rares.” Macron ?]

          Non, je ne crois pas que Macron soit un cynique. Il est beaucoup trop narcissique pour cela. Macron est un séducteur, il aime plaire et cherche à être aimé. Et c’est pourquoi il dira ce que son auditoire attend de lui: en Algérie il dira que la colonisation est un crime contre l’humanité non par cynisme, mais par envie de plaire.

      • @ Descartes,
         
        Bonjour,
         
        [La question n’est pas tant de savoir s’il suffirait de changer les dirigeants, la question est justement que le rapport de forces ne vous laissera pas les changer.]
        Mais est-ce que les Etats-Unis n’apportent pas un démenti partiel à ce que vous affirmez? Donald Trump a été élu en 2016, et ce malgré le fait qu’il a été porté au pouvoir manifestement par les secteurs de la population américaine qui sont en situation défavorable dans le rapport de force économique (ouvriers des zones industrielles en crise, population paupérisée des régions rurales…). Ce n’est pas la Silicon Valley et les milieux branchés de New York et des grandes villes qui ont voté Trump.
         
        Cela n’invalide peut-être pas complètement votre paradigme: en effet, Trump s’est heurté à une résistance féroce, ses adversaires n’ont rien négligé pour le décrédibiliser et le voir échouer. Et à la fin, il a été battu, avant peut-être une deuxième procédure d’ “impeachment” qualifiée par certains d’infamie sans précédent. Mais il n’en demeure pas moins qu’il avait été élu, et que par conséquent le rapport de force semble laisser une marge de manœuvre dans le choix des dirigeants.
         
        Je me demande quand même s’il n’y a pas une spécificité dans les mentalités actuelles des pays d’Europe de l’ouest: il est aujourd’hui interdit de “vibrer”, devant le drapeau, à l’écoute de l’hymne, au récit de la vie des grands hommes qui ont fait la patrie. Or j’ai l’impression, et j’aimerais votre avis, qu’aux Etats-Unis la “culture patriotique” résiste bien mieux, et pas seulement dans les milieux populaires. Le drapeau et l’hymne sont respectés, l’armée jouit d’un prestige qu’elle a perdu chez nous. Si j’osais, je dirais même que quelques Américains ont risqué leur vie pour défendre leur candidat battu à la présidentielle, en pénétrant dans le Capitole. Certes, ce ne fut pas un carnage, mais quatre manifestants sont morts tout de même. Qui ferait de même en France ou en Italie?
         
        En France, comme dans les pays voisins, j’ai l’impression que toute la politique est soumise à des objectifs économiques purement comptables: combien de chômeurs? comment évolue le déficit? On n’est plus vraiment dans la politique, mais dans la gestion. Or il fut un temps où, pour un de Gaulle par exemple, la prospérité économique n’était pas une fin en soi, mais un moyen, un élément d’une politique plus globale (développer l’influence de la France, affirmer la grandeur nationale, vous voyez ce que je veux dire). Dans un pays comme les Etats-Unis, où le fric et le business jouent quand même un rôle très important, on sent malgré tout une volonté de mettre la puissance économique au service d’un projet politique (“impérialiste” diraient certains, non sans raison), d’une vision du monde et du rôle des Etats-Unis dans ce monde. Pour moi, et quoi qu’en disent ses détracteurs, Donald Trump avait une vision du monde et de la société qu’il voulait. Joe Biden a aussi une vision du monde lorsqu’il déclare: “l’Amérique est de retour pour guider le monde”. En Russie, Vladimir Poutine aussi a un projet, une vision du monde, une volonté de donner une place à son pays. De même sans doute pour Xi Jinping en Chine.
         
        Chez nous, y a-t-il un dirigeant qui ait une idée de la société et du monde qu’il faudrait bâtir? Y a-t-il un politique qui ait vraiment un projet, une vision? Ben je n’en ai pas l’impression. Qu’on se comprenne bien: je ne dis pas que les problématiques économiques sont anecdotiques mais… est-il vraiment possible de mener une politique économique cohérente sans l’adosser à un vrai projet politique d’affirmation de la puissance nationale? Je trouve qu’en France les dirigeants ont une vision trop “économiste” de la politique, ce qui en fait des gestionnaires à la petite semaine. Lorsque Macron (ou d’autres, je ne veux pas l’accabler particulièrement) commence à nous jouer la tirade patriotique, eh bien… Comment dire? Cela sonne faux, on n’y croit guère. On se demande même parfois s’il y croit. Les mots parfois sont justes, mais la conviction n’y est pas.
         
        Aujourd’hui, les dirigeants français raisonnent comme des dirigeants suisses ou allemands (encore que… à mon avis, les Allemands ont quand même une vision claire de l’Europe qu’ils veulent bâtir et dominer): prospérité économique, autonomie locale, désintérêt pour la marche du monde. Mais ça, justement, ça s’appelle la Suisse, pas la France.
         
        Je voulais aussi vous demander: comptez-vous écrire un papier sur ce qui s’est passé aux Etats-Unis? Sinon, qu’en pensez-vous?

        • Descartes dit :

          @ nationaliste-ethniciste

          [« La question n’est pas tant de savoir s’il suffirait de changer les dirigeants, la question est justement que le rapport de forces ne vous laissera pas les changer. » Mais est-ce que les Etats-Unis n’apportent pas un démenti partiel à ce que vous affirmez ? Donald Trump a été élu en 2016, et ce malgré le fait qu’il a été porté au pouvoir manifestement par les secteurs de la population américaine qui sont en situation défavorable dans le rapport de force économique (ouvriers des zones industrielles en crise, population paupérisée des régions rurales…).]

          Oui. Mais être élu par les « cols bleus » et défendre leurs intérêts sont deux choses très différentes. Le « bloc dominant » a beau mépriser Trump, personne n’imaginait que ce dernier allait mettre un impôt sur le capital, socialiser le crédit ou les grands moyens de production et d’échange. En 1933, Hitler a pu compter sur la bienveillance ou le soutien des classes dominantes malgré la répugnance pour ses manières et celles de son parti parce qu’elles savaient que malgré son langage populiste, il n’y avait guère de chance qu’il s’attaque à leurs intérêts. La même chose, mutatis mutandis, est arrivée à Trump.

          Si à la place de Trump il y avait eu un dirigeant dont les bloc dominant aurait pu penser qu’une fois arrivé à la Maison Blanche il pouvait vraiment porter atteinte à leurs intérêts, il ne serait pas allé bien loin.

          [Ce n’est pas la Silicon Valley et les milieux branchés de New York et des grandes villes qui ont voté Trump.]

          Non, certes. Mais il ne les dérangeait pas non plus assez pour qu’ils utilisent l’artillerie lourde…

          [Je me demande quand même s’il n’y a pas une spécificité dans les mentalités actuelles des pays d’Europe de l’ouest: il est aujourd’hui interdit de “vibrer”, devant le drapeau, à l’écoute de l’hymne, au récit de la vie des grands hommes qui ont fait la patrie. Or j’ai l’impression, et j’aimerais votre avis, qu’aux Etats-Unis la “culture patriotique” résiste bien mieux, et pas seulement dans les milieux populaires. Le drapeau et l’hymne sont respectés, l’armée jouit d’un prestige qu’elle a perdu chez nous.]

          La question que vous posez est intéressante. Mais je fais une lecture très différente de la vôtre : ce que vous appelez « la culture patriotique » n’est qu’une forme de culte des symboles. Et ce culte des symboles ne date pas d’hier : aux Etats-Unis, l’atteinte au drapeau est pénalement punie, alors que cela n’a jamais été le cas en France. Ce culte des symboles tient à une raison simple : dans un pays très divers, dont les habitants sont d’origines et de culture très différentes, le culte des symboles joue un rôle religieux – au sens de la « religio » latine, ce qui relie. C’est le facteur d’unité qui permet au cul-terreux du middle-ouest, au descendant des juifs russes de Brooklyn, au policier irlandais de Los Angeles de se sentir membres d’une même communauté. Les pays européens n’ont pas – n’avaient pas ? – besoin de ce culte parce que leur unité est inscrite dans une très longue histoire.

          Vous noterez que ce culte des symboles nationaux se retrouve dans la plupart des pays « jeunes » dont les populations sont issues de vagues d’immigration successives. Ainsi, en Argentine jusqu’à il y a quelques années on pouvait vous mettre en prison si vous restez assis en public pendant l’exécution de l’hymne national. Je ne sais pas s’il y a beaucoup de pays d’Europe de l’Ouest ou l’insulte au drapeau ou à l’hymne national soit un délit.

          Je pense que vous avez par contre raison lorsque vous soulignez l’incapacité croissante des citoyens européens à « vibrer » devant un symbole ou une évocation. J’attribue cette incapacité à un manque d’imagination. Oui, notre culture occidentale est en train de perdre sa capacité symbolique. On le voit d’ailleurs dans l’art : de plus en plus il faut que tout soit explicite. Je ne me souviens plus du nom de ce film ou l’on voit Jeanne Moreau sur un lit en train – on peut le supposer – de faire l’amour avec un homme. Et je dis « on peut le supposer » parce que tout ce que le film montre, c’est la main de la femme en train d’étreindre le drap en soie. Et pourtant, la scène est d’un érotisme bien plus grand que n’importe lequel des actes sexuels explicites qu’on voit aujourd’hui un peu partout, parce que cette main sur un drap en soie fait travailler notre imagination.

          Pour pouvoir « vibrer » devant le récit du sacre de Reims ou de la Fête de la Fédération, il faut une capacité symbolique, une imagination qui donne une réalité au récit. Ce qu’on appelle – pardonnez-moi l’anglicisme – une capacité d’évocation.

          [Si j’osais, je dirais même que quelques Américains ont risqué leur vie pour défendre leur candidat battu à la présidentielle, en pénétrant dans le Capitole. Certes, ce ne fut pas un carnage, mais quatre manifestants sont morts tout de même. Qui ferait de même en France ou en Italie ?]

          Personne, et c’est une bonne chose. Il ne faut pas confondre engagement et psychose. Les partisans de Trump qui sont rentrés dans le Capitole ne le font pas dans un cadre d’action politique rationnelle. Ils voient dans Biden un être démoniaque, et tirent de cette croyance délirante la conviction qu’il faut agir, n’importe comment.

          Les Français, eux aussi, ont « risqué leur vie » pour défendre leurs valeurs. Dois-je vous rappeler que quatre millions d’entre eux sont sortis dans la rue après l’attentat de Charlie Hebdo ? Je préfère infiniment cet engagement rationnel…

          [En France, comme dans les pays voisins, j’ai l’impression que toute la politique est soumise à des objectifs économiques purement comptables : combien de chômeurs ? comment évolue le déficit ? On n’est plus vraiment dans la politique, mais dans la gestion. Or il fut un temps où, pour un de Gaulle par exemple, la prospérité économique n’était pas une fin en soi, mais un moyen, un élément d’une politique plus globale (développer l’influence de la France, affirmer la grandeur nationale, vous voyez ce que je veux dire).]

          Oui, parce que la classe qui fabrique les idées est obsédée par la peur du déclassement. Et sa seule préoccupation est donc la préservation de ses avantages économiques. L’idéologie des classes intermédiaires aujourd’hui – qui est l’idéologie dominante – peut être résumée par la formule « soit riche et tais toi ».

          [Dans un pays comme les Etats-Unis, où le fric et le business jouent quand même un rôle très important, on sent malgré tout une volonté de mettre la puissance économique au service d’un projet politique (“impérialiste” diraient certains, non sans raison), d’une vision du monde et du rôle des Etats-Unis dans ce monde.]

          Je pense que vous vous faites des grandes illusions sur la politique américaine. Les Américains votent d’abord en fonction de la politique intérieure. Et la puissance de leur pays est d’abord perçue comme un moyen de perpétuer leur richesse. Les gens qui aux Etats-Unis s’intéressent à la politique étrangère sont une toute petite minorité.

          [Pour moi, et quoi qu’en disent ses détracteurs, Donald Trump avait une vision du monde et de la société qu’il voulait.]

          De la société, certainement. Du monde ? Je n’en suis pas persuadé.

          [Joe Biden a aussi une vision du monde lorsqu’il déclare : “l’Amérique est de retour pour guider le monde”. En Russie, Vladimir Poutine aussi a un projet, une vision du monde, une volonté de donner une place à son pays. De même sans doute pour Xi Jinping en Chine. Chez nous, y a-t-il un dirigeant qui ait une idée de la société et du monde qu’il faudrait bâtir ? Y a-t-il un politique qui ait vraiment un projet, une vision ?]

          Macron aussi a une « idée de la société » et une « vision du monde » et de la place de la France dans ce monde. La « start-up nation », la mise en avant des « premiers de cordée », l’idée que les chômeurs ne sont que des fainéants trop paresseux pour traverser la rue, tout cela construit une idée de la société. Une idée fort peu originale – la vision la plus étroitement libérale digne du XIXème siècle – mais c’est une vision. De même, la France devenue une province d’une Europe puissance, c’est une vision du monde. Elle vous déplait peut-être, mais c’est une vision quand même.

          [Ben je n’en ai pas l’impression. Qu’on se comprenne bien : je ne dis pas que les problématiques économiques sont anecdotiques mais… est-il vraiment possible de mener une politique économique cohérente sans l’adosser à un vrai projet politique d’affirmation de la puissance nationale ?]

          Bien sur que oui. L’aventure européenne le montre bien : au nom d’un projet politique fédéraliste, on a conduit une politique économique fort cohérente ces cinquante dernières années… Je pense que votre erreur est de croire que nos hommes politiques n’ont ni vision, ni cohérence. C’est à mon sens une erreur : une politique peut à la fois être « cohérente » et désastreuse.

          [Lorsque Macron (ou d’autres, je ne veux pas l’accabler particulièrement) commence à nous jouer la tirade patriotique, eh bien… Comment dire? Cela sonne faux, on n’y croit guère. On se demande même parfois s’il y croit. Les mots parfois sont justes, mais la conviction n’y est pas.]

          Par contre, quand il parle Europe, il est très crédible…

          [Aujourd’hui, les dirigeants français raisonnent comme des dirigeants suisses ou allemands (encore que… à mon avis, les Allemands ont quand même une vision claire de l’Europe qu’ils veulent bâtir et dominer): prospérité économique, autonomie locale, désintérêt pour la marche du monde. Mais ça, justement, ça s’appelle la Suisse, pas la France.]

          Oui. Ce n’est pas la France – au sens de ce qu’est notre histoire – mais cela reste quand même très cohérent…

          [Je voulais aussi vous demander: comptez-vous écrire un papier sur ce qui s’est passé aux Etats-Unis? Sinon, qu’en pensez-vous?]

          Je ne sais pas encore. Je dois dire que le sujet ne m’inspire qu’à moitié. Mais je dois dire que je ne suis pas surpris. Les Etats-Unis sont quand même le pays des grandes hystéries. Souvenez-vous de ce que fut le maccarthysme.

          • @ Descartes,
             
            [Dois-je vous rappeler que quatre millions d’entre eux sont sortis dans la rue après l’attentat de Charlie Hebdo ?]
            J’y étais. Et je n’ai pas le sentiment d’avoir risqué ma vie pour une cause…
             
            [Macron aussi a une « idée de la société » et une « vision du monde » et de la place de la France dans ce monde. La « start-up nation », la mise en avant des « premiers de cordée », l’idée que les chômeurs ne sont que des fainéants trop paresseux pour traverser la rue, tout cela construit une idée de la société.]
            Bof. La “start-up nation”, comme tout le monde, j’ai entendu l’expression, mais je ne comprends pas ce que ça signifie. Pouvez-vous m’expliquer? Quant au reste, il ne faut pas confondre “vision” et “résignation”. Par “avoir une vision”, j’entendais “être visionnaire”, au sens d’avoir un objectif clair à atteindre, et une idée des moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir. Se contenter de la société telle qu’elle est (parce que le macronisme, c’est ça), pour moi ce n’est pas “avoir une vision”.
             
            [De même, la France devenue une province d’une Europe puissance, c’est une vision du monde. Elle vous déplait peut-être, mais c’est une vision quand même.]
            Ce n’est pas une question de me déplaire ou pas. Prenons “l’Europe puissance” dont vous parlez. Pouvez-vous me citer deux mesures prises par Macron pour réaliser ce projet? Ou deux mesures dont il a réussi à convaincre les autres dirigeants européens de la nécessité? Encore une fois, Macron n’a rien fait. Il se résigne à la vassalisation de la France, à son déclin, au multiculturalisme. C’est tout. Si Macron n’était pas là, la société suivrait la même pente…
             
            Trump, ce n’est pas la même chose. Il a considéré que les échanges avec la Chine ne se déroulaient pas au mieux des intérêts américains, il n’a pas hésité à augmenter les droits de douane. De manière générale, Trump n’a eu aucun scrupule à mener une politique protectionniste, et à l’assumer. Or une politique protectionniste peut profiter aux “cols bleus”, davantage que le libre-échange. Trump a estimé que le secteur des énergies fossiles pesait trop lourd dans l’économie américaine pour s’en passer, il a claqué la porte des accords liés au climat. Lorsque la caravane de Honduriens s’est mise en branle, il a déployé des soldats à la frontière et a renforcée cette dernière. Réduire l’immigration, c’est diminuer la concurrence entre une main d’oeuvre étrangère et les “cols bleus” américains. Donald Trump a une idée assez claire des intérêts de son pays. Macron néglige les intérêts du sien, quand il ne prend pas des mesures qui y sont contraires. Trump a pris un certain nombre de mesures allant dans le sens des intérêts des “cols bleus”. Pouvez-vous citer une mesure prise par Macron, au niveau national ou européen, en faveur de la classe ouvrière française?
             
            [Par contre, quand il parle Europe, il est très crédible…]
            Même pas. Il n’a rien fait au niveau européen, ou si peu. Et le fait que ce ne soit pas de sa faute n’est pas une excuse très glorieuse… Par ailleurs, parler de “souveraineté française et européenne” comme il l’a fait est incohérent et contradictoire. Quelle vision sous-tend un tel discours?
             
             
            [Ce n’est pas la France – au sens de ce qu’est notre histoire – mais cela reste quand même très cohérent…]
            Justement non, ce n’est pas cohérent. La Suisse tire sa prospérité de sa petite taille, de sa neutralité et de son secret bancaire. Toute chose que la France n’a pas, et ne peut pas avoir. Historiquement, la prospérité de la France est étroitement liée à un pouvoir fort et centralisé et à une partition digne de ce nom dans “le concert des nations” comme on disait. Macron n’est pas stupide au point de ne pas voir que depuis 40 ans, la prospérité du pays a décliné en même temps que l’Etat centralisé s’affaiblissait. Dans la mesure où la crise sanitaire a pour ainsi dire révéler l’ampleur de cette déliquescence, son absence de réaction prouve qu’il est incapable de poser un diagnostic que vous ou moi sommes capables de faire. C’est quand même assez inquiétant…  

            • Descartes dit :

              @ nationaliste-ethniciste

              [« Dois-je vous rappeler que quatre millions d’entre eux sont sortis dans la rue après l’attentat de Charlie Hebdo ? » J’y étais. Et je n’ai pas le sentiment d’avoir risqué ma vie pour une cause…]

              Vous n’avez pas le sentiment d’avoir risqué votre vie, ou de l’avoir fait pour une cause ?

              Je veux bien que vous n’ayez pas conscience d’avoir risqué votre vie, et pourtant c’est un fait : on savait qu’il y avait des islamistes avec des liens avec Daesh. Si l’un d’eux avait tiré sur la foule ou s’était fait exploser au milieu d’elle, ç’aurait été un carnage. Mais il est vrai qu’on n’a pas toujours « conscience de risquer sa vie ». Je suis persuadé que Samuel Paty n’avait pas conscience des risques qu’il prenait. Et pourtant les faits ont montré qu’ils étaient considérables.

              Les gens qui sont sortis ce jour-là dans la rue l’ont fait pour une cause ? Oui, j’en suis convaincu. Ils sont sortis pour défendre un mode de vie, une liberté de ton, une sociabilité qui est l’essence de notre nation. C’est d’ailleurs pourquoi je ne suis pas étonné qu’une partie de la population n’y ait pas adhéré. Aucune cause n’est unanime.

              [Bof. La “start-up nation”, comme tout le monde, j’ai entendu l’expression, mais je ne comprends pas ce que ça signifie. Pouvez-vous m’expliquer?]

              Je pense que dans la tête de Macron c’est une société ou le progrès vient de l’initiative individuelle régulée par le marché et libérée autant que faire se peut de toute contrainte. En d’autres termes, une société faite d’une addition d’individus et ou ne s’exprime aucune volonté collective, c’est à dire une société sans politique.

              [Quant au reste, il ne faut pas confondre “vision” et “résignation”. Par “avoir une vision”, j’entendais “être visionnaire”, au sens d’avoir un objectif clair à atteindre, et une idée des moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. Se contenter de la société telle qu’elle est (parce que le macronisme, c’est ça), pour moi ce n’est pas “avoir une vision”.]

              Le macronisme ne se contente pas de la société « telle qu’elle est ». Il veut une société dépolitisée, une Europe fédérale… et pour atteindre ces objectifs, il a une idée assez précise des moyens à mettre en œuvre. La seule chose qu’on peut lui reprocher, c’est le décalage qu’il y a entre le rêve et la réalité. Macron n’a pas réalisé avant d’arriver au pouvoir combien les moyens qu’il comptait utiliser étaient insuffisants pour atteindre ses objectifs…

              [Ce n’est pas une question de me déplaire ou pas. Prenons “l’Europe puissance” dont vous parlez. Pouvez-vous me citer deux mesures prises par Macron pour réaliser ce projet? Ou deux mesures dont il a réussi à convaincre les autres dirigeants européens de la nécessité? Encore une fois, Macron n’a rien fait. Il se résigne à la vassalisation de la France, à son déclin, au multiculturalisme. C’est tout. Si Macron n’était pas là, la société suivrait la même pente…]

              Je pense que vous êtes trop sévère. Macron a pris des mesures, il a essayé de convaincre les partenaires européens de le suivre. Il n’a pas réussi, parce qu’il se place dans une position purement volontariste, sans tenir compte des rapports de force et d’intérêt. Il a cru que parce qu’il est intelligent et séducteur, il allait mettre les Allemands dans sa poche. Il s’est trompé, mais cela n’implique nullement que sa « vision » soit vide.

              [Trump, ce n’est pas la même chose. Il a considéré que les échanges avec la Chine ne se déroulaient pas au mieux des intérêts américains, il n’a pas hésité à augmenter les droits de douane. De manière générale, Trump n’a eu aucun scrupule à mener une politique protectionniste, et à l’assumer.]

              Il ne vous aura pas échappé que Macron hérite une situation bien plus dégradée, une France bien plus affaiblie par les abandons de ses prédécesseurs. Trump avait les moyens de sa politique – et encore, sur certains aspects il a été obligé d’abandonner ses projets. Macron hérite de Hollande une France qui ne peut plus augmenter ses droits de douane… du moins pas sans tout casser.

              [Par ailleurs, parler de “souveraineté française et européenne” comme il l’a fait est incohérent et contradictoire. Quelle vision sous-tend un tel discours?]

              Quand je parlais de « vision », je faisais référence à son discours pendant la campagne de 2017. Depuis, il s’est résigné à suivre la politique du chien crevé au fil de l’eau, comme ses prédécesseurs. La « souveraineté française et européenne » n’est qu’une tentative électoraliste de séduire les souverainistes sans offenser les eurolâtres…

              [Justement non, ce n’est pas cohérent. La Suisse tire sa prospérité de sa petite taille, de sa neutralité et de son secret bancaire. Toute chose que la France n’a pas, et ne peut pas avoir. Historiquement, la prospérité de la France est étroitement liée à un pouvoir fort et centralisé et à une partition digne de ce nom dans “le concert des nations” comme on disait. Macron n’est pas stupide au point de ne pas voir que depuis 40 ans, la prospérité du pays a décliné en même temps que l’Etat centralisé s’affaiblissait. Dans la mesure où la crise sanitaire a pour ainsi dire révéler l’ampleur de cette déliquescence, son absence de réaction prouve qu’il est incapable de poser un diagnostic que vous ou moi sommes capables de faire. C’est quand même assez inquiétant… ]

              Je ne dis pas le contraire. Pour moi, le problème de Macron n’est pas tant qu’il manque de vision, de projet, mais que sa vision et son projet sont un château dans les nuages, totalement déconnecté de la réalité. Macron parle d’une “Europe puissance” impossible parce que nos partenaires n’en veulent pas, d’un “Etat centralisé” qui n’existe plus. C’est cette déconnexion qui rend la situation inquiétante.

            • @ Descartes,
               
              [Vous n’avez pas le sentiment d’avoir risqué votre vie, ou de l’avoir fait pour une cause ?]
              D’avoir risqué ma vie. Bien sûr, je me suis déplacé pour une cause, la défense d’un mode de vie, d’une certaine idée de la liberté. Et je l’ai fait alors que je n’aime pas du tout l’ “esprit Charlie”, ce mélange d’obscénité, d’intolérance, de rejet puéril des conventions et de toute forme d’autorité. Mais l’irrévérence, l’insolence même, font partie de la tradition française, il faut l’accepter. Et si j’accepte qu’on massacre la rédaction de Charlie, alors demain il me faudra laisser tuer la rédaction de Marianne, du Figaro ou de Valeurs Actuelles…
               
              [Macron n’a pas réalisé avant d’arriver au pouvoir combien les moyens qu’il comptait utiliser étaient insuffisants pour atteindre ses objectifs…]
              “Qui veut la fin, veut les moyens”. A quel moment Macron a-t-il fait l’effort de se donner les moyens de ses ambitions? S’il ne l’a pas fait, c’est peut-être qu’il n’y croyait pas vraiment…
               
              [Macron a pris des mesures]
              Lesquelles? Citez-moi une ou deux mesures emblématiques.
               
              [Il a cru que parce qu’il est intelligent et séducteur, il allait mettre les Allemands dans sa poche.]
              Surestimer son charme et son intelligence, c’est se comporter comme un idiot. Sérieusement, vous pensez que Macron a vraiment cru que la politique internationale se jouait sur le charme et le fait de paraître intelligent? Alors vous êtes bien plus sévère que moi…
               
              [Il ne vous aura pas échappé que Macron hérite une situation bien plus dégradée, une France bien plus affaiblie par les abandons de ses prédécesseurs.]
              Cet argument est contestable. Dans quel état était la France en 1945? Les dirigeants de l’époque se sont donnés les moyens de reconstruire le pays.
              En somme, vous me dites que Macron a développé durant sa campagne de 2017 une vision de la France et du monde. Mais, arrivé au pouvoir, confronté à des obstacles divers, il a rapidement renoncé à ses objectifs, sans jamais cherché sérieusement à se donner les moyens de ses ambitions. Je trouve, pardonnez-moi, cette explication un peu courte. Macron n’était pas un novice en politique, il a été ministre de l’économie, il a été haut fonctionnaire, il connaissait les rouages de l’Etat. J’ai un peu de mal, je l’avoue, à voir en Macron un naïf plein de bonne volonté se fracassant sur “le mur des réalités”. Pas vous?
               
              [Trump avait les moyens de sa politique – et encore, sur certains aspects il a été obligé d’abandonner ses projets.]
              Bien sûr, mais chaque fois qu’il a pu, Trump a fait avancer ses projets. Et il a exprimé du dépit lors de ses échecs.
               
              [Macron parle d’une “Europe puissance” impossible parce que nos partenaires n’en veulent pas, d’un “Etat centralisé” qui n’existe plus.]
              Macron n’a pas de conseillers, de fonctionnaires, d’élus, de juristes, de diplomates dans son entourage? Il n’a pas de statistiques, les rapports des ambassadeurs, des préfets, des ministres à sa disposition? Il n’a pas deux sous de jugeote et de bon sens? 

            • Descartes dit :

              @ nationaliste-ethniciste

              [« Vous n’avez pas le sentiment d’avoir risqué votre vie, ou de l’avoir fait pour une cause ? » D’avoir risqué ma vie.]

              Eh bien, je ne voudrais pas vous faire peur, mais vous l’avez fait. En janvier 2015, le risque d’un troisième attentat n’avait rien de négligeable, et la possibilité qu’un « fou de dieu » tire sur la foule pendant la manifestation ou se fasse exploser dedans n’avait rien de théorique. La plupart des attentats de grande ampleur ont été multiples, soit qu’ils soient conçus pour l’être dès le départ, soit qu’ils encouragent d’autres fous de passer à l’action. Il n’a pas manqué des voix à l’époque pour dire que réunir une immense manifestation à Paris c’était de la folie. En tout cas, je me souviens de mon état d’esprit à l’époque, et j’étais pleinement conscient de prendre un risque.

              [« Macron n’a pas réalisé avant d’arriver au pouvoir combien les moyens qu’il comptait utiliser étaient insuffisants pour atteindre ses objectifs… » “Qui veut la fin, veut les moyens”. A quel moment Macron a-t-il fait l’effort de se donner les moyens de ses ambitions? S’il ne l’a pas fait, c’est peut-être qu’il n’y croyait pas vraiment…]

              Vouloir est une chose, avoir en est une autre. Macron n’avait tout simplement pas les moyens de ses ambitions. Pour ne donner qu’un exemple, on voit mal quel « moyen » il aurait pu mobiliser pour faire accepter par les Allemands ses projets pour une « Europe puissance ». Je pense que Macron est une personnalité immature, qui n’a pas compris que l’immobilisme Hollandien n’était pas seulement lié à la personnalité de Hollande, mais aussi à une réalité : il n’y a pas de rapport de forces permettant de faire l’Europe « française » à laquelle les socialistes – de Mitterrand à Macron – rêvent.

              [« Macron a pris des mesures » Lesquelles ? Citez-moi une ou deux mesures emblématiques.]

              L’ouverture à la concurrence des liaisons ferroviaires et la préparation de la privatisation de la SNCF ; la mutualisation des dettes.

              [« Il a cru que parce qu’il est intelligent et séducteur, il allait mettre les Allemands dans sa poche. » Surestimer son charme et son intelligence, c’est se comporter comme un idiot.]

              Idiot, peut-être pas, mais immature, oui. Je pense qu’on a tendance à surestimer les hommes politiques. Ce sont des hommes comme les autres. Pour se faire élire à la présidence, il faut certes quelques traits de caractère hors du commun : une grande capacité de séduction, de bons réflexes tactiques, une facilité à communiquer, une confiance illimitée dans ses propres moyens. Mais guère plus. L’intelligence, le pragmatisme et la culture sont largement facultatives. C’est d’ailleurs un des nos plus gros problèmes : les capacités nécessaires pour se faire élire et celles indispensables pour gouverner ne sont pas les mêmes. D’où le décalage entre le candidat et l’élu : souvenez-vous, lors de leur élection, Sarkozy, Hollande et Macron paraissaient comme des êtres d’exception. Quelques mois de gouvernement ont suffi pour les ramener à leur véritable taille. Sarkozy moins que les autres, parce que contrairement à Macron ou Hollande, il a mieux compris ses limitations.

              [« Il ne vous aura pas échappé que Macron hérite une situation bien plus dégradée, une France bien plus affaiblie par les abandons de ses prédécesseurs. » Cet argument est contestable. Dans quel état était la France en 1945 ? Les dirigeants de l’époque se sont donnés les moyens de reconstruire le pays.]

              Malgré les destructions de guerre, les dirigeants de 1945 héritaient quand même d’un système éducatif de grande qualité, d’un capital humain de premier ordre, d’une nation unie par une volonté commune de récupérer sa place dans le monde, d’un empire intact. Cela ne réduit en rien le mérite des dirigeants qui ont su faire le meilleur usage de ce capital. Mais lorsqu’on s’est fixé l’objectif de reconstruire, les gens se sont serrés la ceinture et ont reconstruit. Même le PCF, qui représentait largement la classe ouvrière, a compris que l’intérêt des couches populaires était de reconstruire le potentiel économique et social de la nation.

              [En somme, vous me dites que Macron a développé durant sa campagne de 2017 une vision de la France et du monde. Mais, arrivé au pouvoir, confronté à des obstacles divers, il a rapidement renoncé à ses objectifs, sans jamais chercher sérieusement à se donner les moyens de ses ambitions. Je trouve, pardonnez-moi, cette explication un peu courte. Macron n’était pas un novice en politique, il a été ministre de l’économie, il a été haut fonctionnaire, il connaissait les rouages de l’Etat.]

              Oui et non. Macron a été certes haut fonctionnaire, mais dans un service – l’inspection des finances – dont la fonction est le contrôle, et dont les membres sont rarement, surtout en début de carrière, en position de « faire ». Il a travaillé ensuite dans la banque, mais dans un service là aussi qui n’est guère en contact avec les réalités du terrain. Il a été ministre de Hollande, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’était pas du genre à se lancer dans de grands projets. Je pense que son expérience l’a convaincu que si l’on ne faisait pas des « réformes », c’était par manque de volonté, et que la volonté à elle-même pouvait tout.

              [J’ai un peu de mal, je l’avoue, à voir en Macron un naïf plein de bonne volonté se fracassant sur “le mur des réalités”. Pas vous ?]

              Non, pas moi. Peut-être parce que mes fonctions m’ont permis de regarder de plus près la manière de fonctionner des hommes de pouvoir. Ils sont souvent beaucoup plus naïfs que vous ne le pensez. Quand ils arrivent aux manettes, ils ont souvent une vision du pouvoir très irréaliste. Beaucoup gobent la vulgate sur la Vème République, celle d’un exécutif tout-puissant à qui il suffit de pointer le doigt et de dire « que la lumière soit » pour que la lumière se fasse. Ils ne réalisent pas que l’apparente toute-puissance d’un De Gaulle tenait à deux choses : le fait qu’il n’ordonnait rien avant d’être sûr que la réalité obéirait, et le fait qu’il avait derrière lui une troupe de « grands commis » qui se chargeaient en son nom de « rendre possible ce qui est nécessaire ». C’est cette croyance que l’autorité sur le réel dérive exclusivement de la fonction qui conduit les politiciens d’abord à la déception, puis au discours « c’est la faute à l’Etat profond qui n’obéit pas ».

              [« Trump avait les moyens de sa politique – et encore, sur certains aspects il a été obligé d’abandonner ses projets. » Bien sûr, mais chaque fois qu’il a pu, Trump a fait avancer ses projets. Et il a exprimé du dépit lors de ses échecs.]

              Pas toujours. Dans certains cas – je pense au « mur » de séparation avec le Mexique – il a tordu les faits de façon à faire croire qu’il avait réussi. Dans la plus pure tradition du socialisme français…

              [Macron n’a pas de conseillers, de fonctionnaires, d’élus, de juristes, de diplomates dans son entourage ?]

              Très peu, et de bien mauvaise qualité. Le macronisme n’a finalement réussi à attirer que des seconds couteaux. On pourrait longuement broder sur les raisons, mais les faits sont là : lorsqu’on révise les nominations faites depuis 2017, que ce soit chez les ministres ou les hauts fonctionnaires, on a du mal à trouver des personnalités ayant une stature.

              Cela tient en partie au vivier, mais aussi aux modes de choix. Ainsi, par exemple, notre président impose pour les nominations à la haute fonction publique le critère « rajeunissement, féminisation, diversité ». Cela conduit à écarter des personnalités d’expérience et de qualité pour leur préférer des gens qui cochent telle ou telle case. D’une part, cela conduit à mettre à la tête des administrations des personnalités de second rang, d’autre part cela décourage les meilleurs éléments qui savent que quelque soient leurs qualités et leurs efforts, la promotion leur passera sous le nez. Et je ne parle même pas des médiocres qui sont choisis par pur copinage, sur une échelle inconnue même du temps des socialistes pur jus !

  7. luc dit :

    @GUGUS.
    Le référendum sur Notre dame des Landes,était limité à Nantes et ses environs.
    Les populations locales ont majoritairement suivi le rêve anachronique, coûteux , pharaonique , désuet et
    obsessionnel de leur ancien Maire,Jean Marc Héraut .Cet ancien professeur d’allemand était souvent moqué parce que les germains ne le  comprenaient pas sans qu’il s’en rende compte).
    En ayant à cette occasion de NDdL été compris par personne hors Nantes sauf par Holland , Ayrault a
    montré sa schizophrénie politique vis à vis de l’intérêt national. A cause de ça Holland fut contraint de
    quasiment démissionner de sa future candidature  tant sa façon de gouverner à sa façon halluciné de NDdL
    ou Léonarda était décriée.Les sondages effectués au niveau national ont montré  que la majorité des
    français rejetaient cette gabégie irresponsable et localement clientéliste  symbole de la mal gouvernance
    acharnée tous azimuts de Holland.
    Localement ces référendums de type népotiste qui nient l’intérêt national n’ont heureusement aucune
    valeur contraignante,et c’est très bien , non  ?

    • Descartes dit :

      @ Luc

      [Le référendum sur Notre dame des Landes, était limité à Nantes et ses environs. Les populations locales ont majoritairement suivi le rêve anachronique, coûteux, pharaonique, désuet et obsessionnel de leur ancien Maire, Jean Marc Ayrault.]

      Et alors ? Je croyais que le vote du peuple tranchait les questions, quelles qu’en soient les motivations. Si maintenant on peut se permettre d’ignorer le vote parce que les motivations des électeurs ne seraient pas les bonnes, autant supprimer les élections et mettre au pouvoir les gens qui savent ce qui est bon pour le peuple.

      [Les sondages effectués au niveau national ont montré que la majorité des français rejetaient cette gabegie irresponsable et localement clientéliste symbole de la mal gouvernance acharnée tous azimuts de Hollande.]

      Autrement dit, si le sondage contredit le vote, c’est le sondage qui a raison ?

      [Localement ces référendums de type népotiste qui nient l’intérêt national n’ont heureusement aucune valeur contraignante, et c’est très bien, non ?]

      Personnellement, je ne suis pas partisan de l’usage du référendum à tort et à travers. Il faut le réserver aux choix fondamentaux. Mais je ne pense pas qu’il faille non plus confier l’évaluation des projets de ce type aux sondages. Les élus, représentants du peuple, sont là pour ça. Et je ne peux que constater que les élus s’étaient eux aussi prononcé sans équivoque pour la construction de l’aéroport.

      Comme je l’ai dit plusieurs fois, je n’ai pas d’avis sur le fond de l’affaire. Je ne suis pas un expert des infrastructures aéroportuaires. Mon point est un point de principe : dès lors qu’une décision a été prise démocratiquement, l’idée qu’un groupuscule peut empêcher sa mise en œuvre par la force me paraît détestable.

      • Cherrytree dit :

        @Descartes
        Sans oublier le temps béni où le courrier arrivait à l’heure et les colis itou, distribués par des facteurs assermentés et non des intérimaires ou des entreprises privées qui parfois “égarent” leur chargement, merci la réforme des PTT, sans oublier ce qu’est devenu le réseau des telecommunications, foire d’empoigne de géants qui s’entendent entre eux sur le dos de l’usag…, pardon, du client.
        Mélenchon ne m’étonne plus depuis longtemps, la seule chose qui me surprend est que pas grand monde ne sourciller devant son aptitude à se servir sur la bête, que ce soit les indemnités d’élus, sa facilité à confondre sa comptabilité avec celle des institutions ou de partis “amis”, 
         
        Je pense bien diffuser ce billet, et appeler à sa large diffusion, à la réunion de ma section départementale du PCF quand il s’agira de soutenir pour la 3ème fois la candidature de celui qui en connait un rayon sur le cannibalisme.
        Tant qu’à disparaître, autant le faire avec un peu de dignité, et ne pas livrer avec déférence à ce saprophyte la seule chose un peu vivante du Parti, c’est à dire la signature de ses élus.
         
         

      • Vincent dit :

        @Luc, @Descartes
        [[Le référendum sur Notre dame des Landes, était limité à Nantes et ses environs.]
        Et alors ? Je croyais que le vote du peuple tranchait les questions, quelles qu’en soient les motivations.]
        Je suis plutôt d’accord avec Luc. NDDL n’était pas censé être un projet spécifiquement pour la Loire Atlantique, mais c’était un projet national, avec vocation à desservir le grand ouest, notamment Vannes et Rennes. Dès lors, un référendum limité au département n’a pas de sens.
        La seule raison pour laquelle le scrutin a été limité au département est que tout le monde savait à l’avant que le résultat serait légèrement positif en faisant voter juste le département, mais négatif dans toutes les configurations si on choisissait une autre échelle (qu’il s’agisse d’une échelle plus petite, au niveau du canton ou de l’arrondissement, ou d’une échelle plus grande, en élargissant au delà de la Loire-Atlantique).
        Comme en plus il n’y a pas de raison institutionnelle de mener le référendum au niveau du département, il me semble qu’il est légitime de considérer que ce référendum n’avait aucune valeur autre que d’affichage.
         

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Je suis plutôt d’accord avec Luc. NDDL n’était pas censé être un projet spécifiquement pour la Loire Atlantique, mais c’était un projet national, avec vocation à desservir le grand ouest, notamment Vannes et Rennes. Dès lors, un référendum limité au département n’a pas de sens.]

          Faut savoir ce qu’on veut : si on avait fait un référendum national, on nous aurait expliqué qu’il est injuste que des gens qui n’auront pas à se farcir l’aéroport à côté d’eux l’imposent à ceux qui auront ce privilège. Si on fait un référendum limité à ceux qui auront à en supporter les nuisances, on vous dira que c’est un projet national…

          Personnellement, je le dis et le répète, je pense que ces projets n’ont pas à être décidés par référendum. Le référendum, pour avoir un sens, nécessite une préparation qu’on ne peut consacrer qu’aux sujet les plus vitaux : la réforme de la constitution, le fonctionnement des institutions. Pour le reste, la décision peut et doit être prise par les représentants élus. Et dans le cas de NDDL, les processus de décision avaient abouti à une décision positive. A partir de là, le fait qu’un groupuscule puisse imposer sa volonté par la force me gêne profondément.

          [La seule raison pour laquelle le scrutin a été limité au département est que tout le monde savait à l’avant que le résultat serait légèrement positif en faisant voter juste le département, mais négatif dans toutes les configurations si on choisissait une autre échelle (qu’il s’agisse d’une échelle plus petite, au niveau du canton ou de l’arrondissement, ou d’une échelle plus grande, en élargissant au delà de la Loire-Atlantique).]

          Sur quels éléments s’appuie ce raisonnement ? Avez-vous des éléments factuels pour affirmer qu’un vote à l’échelle nationale par exemple aurait donné un résultat négatif ? Mes informations sont très différentes des vôtres : on a organisé un référendum de proximité parce qu’on s’attendait à un résultat négatif, qui aurait permis au gouvernement d’abandonner le projet sans avoir à se déjuger. Et c’est le résultat positif qui a mis le gouvernement dans la merde : il lui a fallu abandonner le projet en prenant la responsabilité.

          • xc dit :

            @Descartes
            D’après cette interview de JC Gayssot, ministre des transports à l’époque de la réactivation de NDDL, https://www.midilibre.fr/2012/11/28/aeroport-de-notre-dame-des-landes-jean-claude-gayssot-ne-regrette-rien,602317.php
            c’était un projet national à un autre titre, à savoir que le choix était entre un aéroport supplémentaire en région parisienne, ou la relance du vieux projet de nouvel aéroport nantais, pour soulager les aéroports parisiens existants. C’est la ministre écologiste de l’époque, D. Voynet, qui a poussé vers cette dernière solution.

            • Descartes dit :

              @ xc

              [c’était un projet national à un autre titre, à savoir que le choix était entre un aéroport supplémentaire en région parisienne]

              Je ne dis pas le contraire. Mais l’opposition à l’aéroport était liée à des considérations locales (nuisances, artificialisation des terres, etc.). Au niveau national, tout le monde s’en foutait royalement, et faisait confiance au gouvernement pour organiser le transport aérien. A partir de là, une consultation locale pour montrer que les opposants étaient minoritaires n’était pas totalement dépourvue d’intérêt. Mais au risque de me répéter, je continue à penser que c’est le genre d’affaire qui doit être décidée par les représentants du peuple. Et dans le cas d’espèce, les représentants avaient voté pour, que ce soit au plan national ou local.

          • Vincent dit :

            @Descartes
            [si on avait fait un référendum national, on nous aurait expliqué qu’il est injuste que des gens qui n’auront pas à se farcir l’aéroport à côté d’eux l’imposent à ceux qui auront ce privilège. Si on fait un référendum limité à ceux qui auront à en supporter les nuisances, on vous dira que c’est un projet national…
            Personnellement, je le dis et le répète, je pense que ces projets n’ont pas à être décidés par référendum. ]
             
            Je suis bien d’accord. Mais c’est vous qui avez utilisé l’argument du “rérérendum” pour justifier que NDDL était légitime…
             
            [Sur quels éléments s’appuie ce raisonnement ? Avez-vous des éléments factuels pour affirmer qu’un vote à l’échelle nationale par exemple aurait donné un résultat négatif ?]
             
            Ayant beaucoup d’attaches dans le département, j’ai naïvement cru des choses que j’y avais entendues… Mais il est possible que vos informations soient correctes, et les miennes fausses, sur ce coup.
            Et pour en avoir discuté avec des électeurs locaux, pro aéroport, leur principale motivation était qu’ils en avaient marre de cette zone de non droit, et qu’ils votaient oui à l’aéroport pour les faire déguerpir…
             
            Pour ma part, je n’ai pas bougé d’une ligne par rapport à ce qu’était ma position de l’époque :
            – je ne pense pas le projet pertinent, sur le fond,
            – je serais scandalisé que le gouvernement arrête le projet sous la pression de la ZAD, qui n’a aucune légitimité,
            – la meilleure solution est pour moi l’évacuation manu militari de la ZAD, sans aucune condition. Et ensuite, de réexaminer la pertinence et l’utilité du projet, sans subir de pression. Ne serait ce pour qu’on ne puisse pas dire que la ZAD a été une victoire, faute de quoi, pour n’importe quel projet d’infrastructure, on verra des ZAD pousser à chaque fois, et personne ne pourra plus rien faire.
             
            Même parmi les plus partisans de l’aéroport à Nantes, personnes, au final, n’était vraiment en désaccord avec ma position…
             

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [Je suis bien d’accord. Mais c’est vous qui avez utilisé l’argument du “référendum” pour justifier que NDDL était légitime…]

              Je me suis fait mal comprendre. Pour moi, dès lors que la décision était prise par les corps constitués, elle était « légitime ». Mais je me plaçais du point de vue de ceux qui veulent au contraire la démocratie directe. Dans ce cas particulier, le peuple a été consulté et a dit « oui ». Et pourtant l’opposition persiste…

              [« Sur quels éléments s’appuie ce raisonnement ? Avez-vous des éléments factuels pour affirmer qu’un vote à l’échelle nationale par exemple aurait donné un résultat négatif ? » Ayant beaucoup d’attaches dans le département, j’ai naïvement cru des choses que j’y avais entendues… Mais il est possible que vos informations soient correctes, et les miennes fausses, sur ce coup.]

              Je n’ai pas d’informations. Tout ce que je dis, c’est qu’on ne peut donner pour acquis qu’une consultation au niveau national aurait donné un résultat négatif. Je vous livre mon opinion pour ce qu’elle vaut : je pense qu’au niveau national, tout le monde s’en fout. L’immense majorité des Français n’a pas d’opinion sur la question de savoir s’il faut un troisième grand aéroport, et quel est le meilleur site pour l’y installer. Et on compte sur l’Etat pour organiser le transport aérien au mieux. A partir de là, si vous aviez consulté les Français par référendum, la grande majorité n’aurait pas voté, et ceux qui auraient voté l’auraient fait pour ou contre le gouvernement du jour.

              [Même parmi les plus partisans de l’aéroport à Nantes, personnes, au final, n’était vraiment en désaccord avec ma position…]

              N’exagérons rien : beaucoup de partisans de l’aéroport pensaient que le projet était pertinent, tout de même…

              J’attire tout de même votre attention sur le fait qu’annuler un projet n’est pas la seule façon de le tuer. On peut aussi le faire mourir à petit feu, par le jeu des “réexamens de la pertinence et de l’utilité” à répétition. On ne compte plus le nombre de projets qui grâce à cette technique ont été, sinon tués, réduits à l’état de morts-vivants. A mon sens, il faut faire cet examen lors de la conception du projet, mais une fois que la décision est prise, on s’interdit, sauf circonstance exceptionnelle, tout “réexamen”. Autrement, on finit par décourager tout le monde et on ne fait plus rien.

            • Vincent dit :

              @Descartes
              [je pense qu’au niveau national, tout le monde s’en fout. L’immense majorité des Français n’a pas d’opinion sur la question de savoir s’il faut un troisième grand aéroport, et quel est le meilleur site pour l’y installer.]
              Tout à fait. Quand je parlais d’une échelle plus large, je parlais soit des pays de Loire, soit d’un référendum étendu à l’Ile et Vilaine et/ou au Morbihan et/ou à la Vendée.
               [[Même parmi les plus partisans de l’aéroport à Nantes, personnes, au final, n’était vraiment en désaccord avec ma position…]
              N’exagérons rien : beaucoup de partisans de l’aéroport pensaient que le projet était pertinent, tout de même…]
              Tout à fait.
              Mais ils étaient d’accord avec moi sur le fait qu’il fallait d’abord évacuer tout de monde avant de réexaminer la question.
               
              [annuler un projet n’est pas la seule façon de le tuer. On peut aussi le faire mourir à petit feu, par le jeu des “réexamens de la pertinence et de l’utilité” à répétition. On ne compte plus le nombre de projets qui grâce à cette technique ont été, sinon tués, réduits à l’état de morts-vivants. A mon sens, il faut faire cet examen lors de la conception du projet, mais une fois que la décision est prise, on s’interdit, sauf circonstance exceptionnelle, tout “réexamen”. Autrement, on finit par décourager tout le monde et on ne fait plus rien.]
              Oui. Je suis assez d’accord. Mais le problème à NDDL est que la décision a été prise au niveau national sous la pression (voire directement) par des élus locaux, qui y voyaient un intérêt pour renforcer leur pouvoir féodal.
              Dans un monde idéal, où un Président et des ministres à la De Gaulle, qui font totalement abstraction de toute volonté féodale, je suis d’accord avec vous.
              Pour vous donner un exemple, si, avant le début des travaux de la LGV Nord, on avait décidé de réexaminer le tracé, pour choisir celui qui desservait Amiens, ça aurait été une bonne chose. Le tracé avait été choisi par le premier ministre et maire de Lille, qui ne voulait pas que sa ville ait de métropole concurrente dans le Nord de la France. Dans un tel cas, un réexamen aurait été bienvenu.

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [« je pense qu’au niveau national, tout le monde s’en fout. L’immense majorité des Français n’a pas d’opinion sur la question de savoir s’il faut un troisième grand aéroport, et quel est le meilleur site pour l’y installer. » Tout à fait. Quand je parlais d’une échelle plus large, je parlais soit des pays de Loire, soit d’un référendum étendu à l’Ile et Vilaine et/ou au Morbihan et/ou à la Vendée.]

              Mais à quel titre ? Je comprends qu’on puisse faire un référendum « de voisinage » si la question est celle des nuisances ou de la charge pour les finances locales, et dans ce cas, le département me semble l’échelle pertinente (à la rigueur, la région). Je comprends qu’on puisse demander un référendum national eu égard à l’importance de l’infrastructure dans le cas où le projet est de faire un « hub » national pour décharger Roissy. Mais à quel titre le Morbihan aurait voix au chapitre ?

              [Mais ils étaient d’accord avec moi sur le fait qu’il fallait d’abord évacuer tout de monde avant de réexaminer la question.]

              S’ils n’étaient pas d’accord pour « réexaminer la question », l’affirmation n’a pas de sens.

              [Pour vous donner un exemple, si, avant le début des travaux de la LGV Nord, on avait décidé de réexaminer le tracé, pour choisir celui qui desservait Amiens, ça aurait été une bonne chose.]

              Imaginons. Mais le nouveau tracé aurait certainement fait de nouveaux mécontents, qui auraient eux aussi demandé un « réexamen » lui aussi « avant le début des travaux ». Si on a accordé le premier, pourquoi pas le second ? Et en itérant le processus, les travaux ne commencent jamais.

            • Vincent dit :

              @Descartes
              [Mais à quel titre ? (…) à quel titre le Morbihan aurait voix au chapitre ?]
              L’aéroport de Nantes est l’aéroport principal utilisé par les gens qui habitent en Vendée ou dans le Morbihan.
              Mais je suis d’accord avec vous que la définition du périmètre n’a pas de sens, puisque le référendum n’a pas de sens…
               

              [[Pour vous donner un exemple, si, avant le début des travaux de la LGV Nord, on avait décidé de réexaminer le tracé, pour choisir celui qui desservait Amiens, ça aurait été une bonne chose.]
              Imaginons. Mais le nouveau tracé aurait certainement fait de nouveaux mécontents, qui auraient eux aussi demandé un « réexamen »]

              En l’occurence, pas trop. Le tracé par Amiens ne faisait, de ce que j’ai compris, pas vraiment de mécontents. La durée du trajet pour Lille aurait été la même à 3 minutes près (ou environ). La gare de Lille aurait été identique. Aucune ville qui n’est desservie par le tracé actuel n’aurait été lésée…
              C’est justement pour cela que j’ai choisi cet exemple.
               
              Mais dans le cas général des tracés de LGV, vous avez raison. Il y a une guerre entre Bourges / Nevers / Moulins pour le travé de l’éventuelle POCL, qui a été d’ailleurs à moitié enterré. Il y a une guerre entre Toulon et Nice pour le tracé de la LGV Méditerrannée. Et ils s’agit de situations où les tracés ne peuvent pas contenter tout le monde, et où l’arbitrage national fera inévitablement des mécontents.
              Dans le cas de Lille, je crois que tous ceux qui ont examiné la question s’accordent à dire que l’intérêt global du pays et de l’aménagement du territoire aurait été que la LGV désserve Amiens…
              Alors que la question est nettement moins évidente, par exemple, pour la LGV Méditerranée.

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [En l’occurence, pas trop. Le tracé par Amiens ne faisait, de ce que j’ai compris, pas vraiment de mécontents.]

              Croyez-en mon expérience : dès lors que vous annoncez un tracé ou un site pour un projet, vous aurez TOUJOURS des mécontents.

  8. Bonjour,
    Je vous lit régulièrement avec intérêt. Je ne suis pas sût que votre charge contre Mélenchon, qui n’est qu’un épiphénomène, soit appropriée, par les temps qui courent. Les véritables périls viennent d’influences qu’on détecte peu, du côté de l’institut Montaigne notamment, dont on parle trop peu et des collusions déjà anciennes qui s’y exercent entre le grand patronat et l’Elysée et la rue de Grenelle. Un billet pour l’éclairer ici partiellement. Cordialement.

    • Descartes dit :

      @ Marcel Thiriet

      [Je vous lit régulièrement avec intérêt. Je ne suis pas sûr que votre charge contre Mélenchon, qui n’est qu’un épiphénomène, soit appropriée, par les temps qui courent. Les véritables périls viennent d’influences qu’on détecte peu, du côté de l’institut Montaigne notamment, dont on parle trop peu et des collusions déjà anciennes qui s’y exercent entre le grand patronat et l’Elysée et la rue de Grenelle.]

      Je ne partage pas votre avis. Que le patronat ait des cercles de réflexion et des associations destinées à mettre en forme ses idées et ses projets politiques, des clubs ou les hommes politiques afines à ses intérêts se retrouvent, c’est un secret de Polichinelle. Franchement, qui pourrait en douter ? Ce qui serait étonnant, c’est qu’il en aille autrement. Pourquoi imaginez-vous qu’un homme comme Macron n’irait pas demander conseil à des gens avec qui il a une grande affinité idéologique, et avec qui il partage ses intérêts ? Quant à « l’influence » qu’on prête à ces groupes… je suis sceptique. Pensez-vous vraiment que si l’institut Montaigne – ou ceux qui lui ressemblent – n’existaient pas, Macron pencherait pour une politique très différente ?

      Que chaque secteur social ou politique se donne des structures d’élaboration idéologique, c’est dans l’ordre des choses en démocratie. Le PS avait Terra Nova et la fondation Jean Jaurès. Le PSU avait l’ITS, le PCF l’institut Maurice Thorez et l’Institut de recherches marxistes…

      Quant à Mélenchon, il est loin d’être un « épiphénomène ». Sa stratégie, c’est de se réserver le monopole de l’alternative, en détruisant tous ceux qui pourraient lui faire concurrence. Souvenez-vous de son « front contre front ». C’est pourquoi tant qu’il sera là toute réflexion sur une alternative véritablement progressiste sera bloquée. Montrer combien son rôle est néfaste me paraît donc une cause juste.

  9. cdg dit :

    Un communiste qui encense la politique de Pompidou et giscard (qu il devait critiquer a l epoque) , ca fait plaisir 😉
    Bon plus serieusement, je suis d accord avec l auteur quand il pointe la responsabilité de Melanchon et de son modele Mitterrand dans l etat actuel de la France.
    Par contre il presente la france d avant 81 sur un jour un peu trop rose.
    Oui les journaux et la TV etait controlé et bien moins vulgaire que maintenant. Mais ca donnait aussi une speakrine viree pour avoir montree ses genoux ou tout simplement la censure de ce qui ne plaisait pas au pouvoir (un des dirigeant du PCF participant a une emission avait vu son film censuré pour donner qu un seul exemple)
    Quant a la police, il faut quand meme que l action reste proportionnelle a la faute: on va pas mitrailler quelqu un qui roule a 85 sur une nationale ou ne respecte pas le confinement. Principe deja en place en 68 et qui a evité des morts en mai. Autant ca m enerve que la police doive faire profil bas quand il s agit de narco traffic ou pire autant j estime que pour des teuffeurs, il etait excessif de tirer dans le tas comme vous le preconisez (car s ils ne veulent pas sortir, vous allez les forcer comment ? en mettant le feu au local ? en envoyant les chars comme a Tien an men ?)
    Quant au pricipe PIPE (pas d initiative, pas d emmerde) ca me rappelle ce que j avais lu “le clic d un parapluie qui s ouvre est mieux que le boum d une carriere qui saute”). Ca date pas d aujourd hui puisque c etait en … 1940 (avec le brillant resultat qu on connait).
    Un etat centralisé et fort ne peut tolerer d initiatives personnelles car  si vous considerez que le chef (ministre/president … peu importe son titre) a toujours raison, avoir une initiative risque de vous mettre en porte a faux avec les directives futures voire vous signaler en opposant (si vous etes obliges de prendre une initiative c est que le niveau superieur n a pas fait son travail). C est pas pour rien que l initiative personnelle n etait pas le point fort de l ex URSS.
    Si vous avez un systeme centralisé, vous ne pouvez tolerer des initiatives personnelles qui risauent d ebranler tout l edifice
     
     

    • Descartes dit :

      @ cdg

      [Un communiste qui encense la politique de Pompidou et giscard (qu il devait critiquer a l epoque) , ca fait plaisir 😉]

      Désolé de vous décevoir, mais je n’encense nullement « la politique de Pompidou et Giscard ». J’encense tout au plus la politique que Pompidou et Giscard ont conduite dans le contexte d’un rapport de forces particulier, caractérisé par exemple par un PCF à 20% et une CGT puissante…

      Bon plus sérieusement, je suis d’accord avec l’auteur quand il pointe la responsabilité de Mélenchon et de son modèle Mitterrand dans l’état actuel de la France. Par contre il présente la France d’avant 81 sur un jour un peu trop rose. Oui les journaux et la TV étaient contrôlés et bien moins vulgaire que maintenant. Mais ça donnait aussi une speakerine virée pour avoir montré ses genoux ou tout simplement la censure de ce qui ne plaisait pas au pouvoir (un des dirigeant du PCF participant à une émission avait vu son film censuré pour donner qu’un seul exemple).]

      Pour l’affaire de la speakerine, je vous rappelle qu’elle est moins simple qu’il n’y paraît. Le producteur de l’émission en question a toujours soutenu que la dame en question s’était vu reprocher des manquements professionnels, et que l’affaire des genoux ne fut que la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Quant à la dame, elle prétend avoir été virée pour ne pas avoir cédé aux avances sexuelles du producteur.

      Je ne crois pas avoir dit que les années 1960 c’était le paradis. La censure a ses excès. Mais à tout prendre, je préfère ces excès-là aux excès qu’on voit aujourd’hui. Hier, le PCF ne passait pas à la télévision. Aujourd’hui, il passe mais dans un contexte où tout ce qu’il dit est immédiatement banalisé. Comme disait Jacques Lacan, « là où tout est permis, rien n’est subversif ».

      [Autant ça m’énerve que la police doive faire profil bas quand il s’agit de narcotrafic ou pire autant j’estime que pour des teuffeurs, il était excessif de tirer dans le tas comme vous le préconisez (car s’ils ne veulent pas sortir, vous allez les forcer comment ? en mettant le feu au local ? en envoyant les chars comme à Tien an men ?)]

      Les gaz lacrymogènes dans un local fermé, c’est très efficace pour faire sortir les gens. Et couper le groupe électrogène, pour arrêter la musique on ne fait pas mieux. Je ne préconise nullement de « tirer dans le tas ». Mais d’utiliser la force nécessaire pour arrêter le délit.

      [Un Etat centralisé et fort ne peut tolérer d’initiatives personnelles car si vous considérez que le chef (ministre/président … peu importe son titre) a toujours raison, avoir une initiative risque de vous mettre en porte à faux avec les directives futures voire vous signaler en opposant (si vous êtes obliges de prendre une initiative ce n’est que le niveau supérieur n’a pas fait son travail).]

      Bien sûr que non. D’abord, le fait qu’une structure soit forte et centralisée n’implique pas que le chef ait toujours raison. Seulement que le chef doit être obéi. Ce qui n’est pas du tout la même chose. Ensuite, même si le chef doit être obéi, rien n’oblige le chef à s’occuper de tout. Il peut parfaitement se réserver les décisions stratégiques et laisser la tactique et l’intendance à ses subordonnés. C’est ce que font les militaires : l’armée est une structure centralisée, et pourtant elle laisse sur le champ de bataille une large capacité d’initiative aux commandants de terrain. La centralisation napoléonienne n’a pas privé les fonctionnaires sur le terrain de leur capacité d’initiative, au contraire : les préfets se sont toujours distingué par leur capacité à interpréter les instructions en se laissant une large marge d’appréciation. Et je vous rappelle la réponse qu’avait faite De Gaulle lorsque Raymond Aubrac, commissaire de la République pour le sud-est, avait eu l’idée d’annexer Monaco à la République et avait demandé des instructions au chef du gouvernement provisoire : « si vous l’aviez fait sans me le demander, je vous aurais blâmé en public et félicité en privé, mais puisque vous me le demandez, je dois le refuser ». Diriez-vous que le « système centralisé », dans la conception gaullienne, privait les fonctionnaires de terrain de toute initiative ?

      • Claustaire dit :

        Bref, vous préférez les excès de pouvoir aux excès de contre-pouvoirs. Vous avez bien raison. Parce que les uns au moins savent où ils veulent aller (et pourquoi), alors que les autres savent juste ce qu’ils veulent dénoncer ou qui ils veulent mettre en avant…
        Sauf que se mettre d’accord sur du rejet ne fait, en effet, rien avancer sur un projet à partager, à défendre et sur lequel mobiliser.
        C’est pourquoi, faute d’audace et d’assomption politique (le fait d’assumer une politique), on finit dans un pays d’apolitiques, où le premier concours de circonstances (à condition d’être quand même un peu diversement financé, ce que fut Macron) peut remporter, momentanément, la mise, avant de finir, fatalement, en crise…

      • Ian Brossage dit :

        @Descartes

        Les gaz lacrymogènes dans un local fermé, c’est très efficace pour faire sortir les gens. Et couper le groupe électrogène, pour arrêter la musique on ne fait pas mieux.

        Heu… si vous coupez l’électricité (donc l’éclairage) et que vous balancez des gaz lacrymogènes, vous risquez de créer une panique parmi une foule de plusieurs centaines ou milliers de personnes qui tente de sortir d’un local à l’aveugle et en urgence. Le tout dans un local absolument pas prévu pour, bien sûr.

        Je ne préconise nullement de « tirer dans le tas ». Mais d’utiliser la force nécessaire pour arrêter le délit.

        Bien sûr. Moi aussi, je trouve cette situation frustrante. Mais je note que, vous-mêmes qui excusez les forces de l’ordre à chaque critique à l’égard d’une certaine brutalité (« que vouliez-vous qu’ils fissent ? »), vous jouez ici au même jeu en vous imaginant plus habile qu’eux.
        Par ailleurs, soyons rationnel : à partir du moment où la fête est commencée, les contaminations ont déjà lieu et il n’y a hélas plus guère d’intérêt, sur le plan sanitaire, à la faire cesser au plus vite.
        Ceci dit, je constate qu’on recherche et poursuit activement les organisateurs, et qu’ils sont apparemment sous le coup de chefs d’accusation assez lourds. Cela dissuadera peut-être certains…
         

        • Descartes dit :

          @ Ian Brossage

          [Heu… si vous coupez l’électricité (donc l’éclairage) et que vous balancez des gaz lacrymogènes, vous risquez de créer une panique parmi une foule de plusieurs centaines ou milliers de personnes qui tente de sortir d’un local à l’aveugle et en urgence. Le tout dans un local absolument pas prévu pour, bien sûr.]

          La proposition d’utiliser les gaz lacrymogènes et celle de couper le courant étaient deux alternatives, et non a employer ensemble.

          [Bien sûr. Moi aussi, je trouve cette situation frustrante. Mais je note que, vous-mêmes qui excusez les forces de l’ordre à chaque critique à l’égard d’une certaine brutalité (« que vouliez-vous qu’ils fissent ? »), vous jouez ici au même jeu en vous imaginant plus habile qu’eux.]

          Non, pas vraiment. Je me fais l’écho d’amis policiers et gendarmes qui me disent qu’on aurait parfaitement pu faire plus si seulement l’autorité politique était prête à assumer le risque.

          [Par ailleurs, soyons rationnel : à partir du moment où la fête est commencée, les contaminations ont déjà lieu et il n’y a hélas plus guère d’intérêt, sur le plan sanitaire, à la faire cesser au plus vite.]

          Bien sûr que si : cela découragera d’autres de recommencer. La répression n’a pas pour seul but de mettre fin à un comportement délinquant, elle sert aussi à dissuader les autres. Mais bon, si vous me dites que la seule façon de sauver les vies des amis et des familles de ces irresponsables est de tirer dans le tas…

          [Ceci dit, je constate qu’on recherche et poursuit activement les organisateurs, et qu’ils sont apparemment sous le coup de chefs d’accusation assez lourds. Cela dissuadera peut-être certains…]

          Quand on verra les condamnations, on en reparlera…

      • CVT dit :

        @Descartes,
         
        [Et je vous rappelle la réponse qu’avait faite De Gaulle lorsque Raymond Aubrac, commissaire de la République pour le sud-est, avait eu l’idée d’annexer Monaco à la République et avait demandé des instructions au chef du gouvernement provisoire : « si vous l’aviez fait sans me le demander, je vous aurais blâmé en public et félicité en privé, mais puisque vous me le demandez, je dois le refuser ». Diriez-vous que le « système centralisé », dans la conception gaullienne, privait les fonctionnaires de terrain de toute initiative ?]
         
        Ce type de discours, n’est pas ce que les anglo-saxons appellent “plausible deniability”?
         
        Evidemment, à l’époque ce type de discours était loisible car beaucoup de “godillots” étaient prêts à se salir les mains pour Mongénéral puisse garder les siennes propres. Plus que la personne de De Gaulle elle-même, c’est surtout la nation elle-même qu’ils pensaient servir à travers lui.
        Ce genre d’attitude “altruiste” est impensable de nos jours, après le triomphe total de l’hyper-individualisme 68-ard. Si Mitterrand pouvait avoir encore une cour à sa dévotion, MicronLéon,  lui, s’est aperçu qu’il ne pouvait pas en faire de même: il n’a réuni autour de lui que des conjurés, et non des dévots à sa cause: probablement parce que caresser son nombril n’est pas précisément l’idée qu’on se fait de la transcendance…

        • Descartes dit :

          @ CVT

          [Ce type de discours, n’est pas ce que les anglo-saxons appellent “plausible deniability” ?]

          Non, pas vraiment. Si De Gaulle avait envoyé un mot à Aubrac disant « vous pouvez y aller, mais détruisez ce mot », ce serait la « plausible deniability » : l’autorité aura donné un ordre en prenant soin de pouvoir nier l’avoir donnée. Ce que De gaulle voulait c’est des collaborateurs capables de prendre des initiatives et la responsabilité qui va avec. Et non des godillots qui obéissent bêtement et qui se cachent à chaque fois derrière « l’obéissance aux ordres ».

          [Evidemment, à l’époque ce type de discours était loisible car beaucoup de “godillots” étaient prêts à se salir les mains pour Mongénéral puisse garder les siennes propres. Plus que la personne de De Gaulle elle-même, c’est surtout la nation elle-même qu’ils pensaient servir à travers lui.]

          Exactement. Mais mon point était justement que la « centralisation » voulue par De Gaulle n’excluait nullement le fait de reconnaître à ses envoyés une marge de manœuvre considérable dès lors qu’ils respectaient l’esprit de son action. On fait une énorme confusion lorsqu’on s’imagine que la centralisation implique de transformer les fonctionnaires sur le terrain en robots.

      • Vincent dit :

        @Descartes
         
        [même si le chef doit être obéi, rien n’oblige le chef à s’occuper de tout. Il peut parfaitement se réserver les décisions stratégiques et laisser la tactique et l’intendance à ses subordonnés. C’est ce que font les militaires (…). La centralisation napoléonienne n’a pas privé les fonctionnaires sur le terrain de leur capacité d’initiative]
         
        Je ne me permettrais pas de vouloir vous décerner des bons et des mauvais points, mais en prenant en exemple les militaires, Napoléon, et de Gaulle, vous avez visé parfaitement juste.
         
        Il s’agit d’une vision du commandement en vertu de laquelle le commandant, plutôt que de donner tous les ordres, doit expliquer le cadre de son action, ses objectifs, et donner des instructions générales, en laissant l’échelon inférieur libre, non seulement décider des moyens à employer, mais éventuellement, de désobéir aux ordres en fonction de l’évolution de la situation réelle rencontrée, et dans la mesure où la désobéissance s’inscrit dans l’esprit général de l’action principale, comme une adaptation aux circonstances.
         
        Ce type de commandement était en vigueur dans les armées napoléoniennes. Avec parfois des ratés (Grouchy). Mais a été d’une redoutable efficacité. Les prussiens, qui avaient la réputation d’avoir la meilleure armée du monde, ont donc essayé de comprendre en profondeur ce qui avait permis à Napoléon de gagner, et ce type de commandement a été théorisé par Clausewitz. Ce qui a constitué la base de la doctrine de l’armée prussienne à Sadowa ou pendant la guerre de 70 (avec l’efficacité que l’on sait), puis de l’armée allemande pendant la 1ère moitié du XXème siècle.
        De même que Clausewitz avait analysé le style de commandement français qui avait permis aux armées napoléoniennes de gagner, c’est de Gaulle a, je pense, le plus analysé le style de commandement des armées de von Molkte en 1870 (Dans “La discorde chez l’ennemi”, ouvrage où il explique aussi la défaite de 1914 par le fait que les politiques allemands ont trop laissé les coudées franches aux militaires).
         
        Pour aller plus loin, la thèse de l’historien Johann Chapoutot est que le nazisme a largement généralisé ce type de management aux entreprises privées. Et que, par la suite, ce style de management s’est répandu dans tout le monde anglo-saxon puis occidental dans les entreprises privées (travail en mode projet, etc.)
         
        Je ne suis pas surpris que de Gaulle, de son côté, ait tenté de faire fonctionner l’ensemble de la structure de l’Etat sur ce principe, avec une certaine réussite.
         
        J’aurais une question, sur laquelle je pense que vous avez certainement un avis, et sur laquelle j’ai du mal à m’en faire un : Est ce que la difficulté des fonctionnaires et agents de l’Etat à prendre des initiatives peut être attribuée au fonctionnement / à l’évolution de la justice administrative, si bien que les fonctionnaires raisonnent en fonction de critères juridiques plus que d’intérêt général ? Est ce que cette dernière ne s’est pas trop autonomisée, et rapprochée des autres magistratures ?

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Il s’agit d’une vision du commandement en vertu de laquelle le commandant, plutôt que de donner tous les ordres, doit expliquer le cadre de son action, ses objectifs, et donner des instructions générales, en laissant l’échelon inférieur libre, non seulement décider des moyens à employer, mais éventuellement, de désobéir aux ordres en fonction de l’évolution de la situation réelle rencontrée, et dans la mesure où la désobéissance s’inscrit dans l’esprit général de l’action principale, comme une adaptation aux circonstances.]

          Exactement. Le subordonné peut adapter et même désobéir, quitte à se justifier ensuite devant son commandant. On retrouve le couple pouvoir/responsabilité qui est pour moi absolument essentiel. Il faut donner aux agents – qu’ils soient politiques ou fonctionnaires – un vrai pouvoir et la liberté d’en user, et exiger d’eux ensuite qu’ils rendent des comptes de l’usage qu’ils en font. L’alternative – un système où chacun est soumis à un contrôle de conformité permanent – est la recette de l’impuissance.

          C’est pour moi le principal problème de la gauche : elle a tellement peur de donner du pouvoir aux agents, qu’elle ne pense qu’aux freins, et jamais au moteur. Il n’y a qu’à voir les discours de ceux qui proposent une « VIème République » : ils ne parlent que du pouvoir législatif, jamais de l’exécutif. Ils décrivent avec luxe de détail les contrôles (mandat impératif, révocabilité des élus…) destinés à empêcher les abus de pouvoir, mais n’expliquent jamais comment on arrive à agir dans ce contexte.

          [J’aurais une question, sur laquelle je pense que vous avez certainement un avis, et sur laquelle j’ai du mal à m’en faire un : Est ce que la difficulté des fonctionnaires et agents de l’Etat à prendre des initiatives peut être attribuée au fonctionnement / à l’évolution de la justice administrative, si bien que les fonctionnaires raisonnent en fonction de critères juridiques plus que d’intérêt général ? Est ce que cette dernière ne s’est pas trop autonomisée, et rapprochée des autres magistratures ?]

          La question que vous posez est fondamentale pour tous ceux qui s’intéressent au fonctionnement des institutions. L’histoire de notre pays montre combien le pouvoir du juge est un facteur d’immobilisme et d’impuissance de l’action publique. Ce sont les juges qui font naufrager les réformes de l’Ancien régime (Maupeou, Turgot) qui auraient pu sauver la monarchie. La Révolution et l’Empire, instruits de cette expérience, avaient pris soin d’interdire au juge judiciaire « de se mêler d’administration » et créé une juridiction administrative très proche de l’exécutif et contrôlée par lui. On l’oublie souvent, mais le plus haut magistrat du Conseil d’Etat n’est que « Vice-président ». Le président, c’est le Premier ministre (même s’il ne siège jamais), qui hérite en quelque sorte le fauteuil qui fut celui de Napoléon Ier.

          Ce système traduisait une logique très française, celle d’un Etat perçu essentiellement comme bienveillant et protecteur (notamment face à l’arbitraire des aristocraties locales) – et non comme un danger, comme c’est le cas dans le monde anglo-saxon. C’est là la plus grande « exception française » et la plus difficile à expliquer aux étrangers – en particulier aux Américains. Pour eux, le « gouvernement » est une menace permanente – au point que les citoyens doivent pouvoir être armés pour pouvoir défendre leurs libertés contre lui. L’influence du droit américain mais surtout du droit allemand qui se manifeste à travers des institutions de l’Union européenne font que nos juges administratifs tendent à s’émanciper progressivement de leur rapport à l’exécutif et à se concevoir comme un véritable pouvoir. Ils abandonnent progressivement leur mission de défenseurs de l’ordre public pour se faire des défenseurs des intérêts du citoyen contre l’Etat.
          Mais je ne crois pas que ce soit cela la question fondamentale. La réalité est qu’aujourd’hui, le rapport qualité/prix de la prise de risque dans la fonction publique est extrêmement défavorable. Si vous prenez une initiative et que ça se passe mal, vous êtes grillé et personne ne vous couvre. Mais si cela se passe bien, vous aurez au mieux une lettre de félicitations singé de votre chef, et si vous avez beaucoup de chance, du ministre. Quant à la reconnaissance publique, n’y comptez pas. Pas étonnant que dans ces conditions le fonctionnaire cherche des moyens de ne pas agir. Et dans cette recherche, le juridique offre une gamme infinie d’options.

          Il y a une autre difficulté majeure, qui tient aux critères de sélection dans la haute fonction publique. Jusqu’en 1981, les ministres se réservaient les dossiers « politiques » de premier plan et déléguaient largement aux directeurs et directeurs généraux le reste. En 1981, le côté paranoïaque d’un Mitterrand persuadé tout comme ses collaborateurs que la haute fonction publique – réputée de droite – allait saboter sa présidence, a conduit à des cabinets ministériels pléthoriques, chaque directeur ou directeur général étant censé être marqué à la culotte par un conseiller du cabinet, auquel il devait demander l’accord pour toute décision. Cette logique a conduit aussi à sélectionner lors des nominations dans la haute fonction publique de profils adaptés à ce fonctionnement, c’est-à-dire des gens flexibles, peu engagés et rarement enclins à prendre le risque de contredire le ministre. A l’arrivée, on a façonné une haute fonction publique incapable de prendre une décision sans se faire « couvrir » par le politique. Mais ce n’est pas la faute aux juges…

      • cdg dit :

         
        [ J’encense tout au plus la politique que Pompidou et Giscard ont conduite dans le contexte d’un rapport de forces particulier, caractérisé par exemple par un PCF à 20% et une CGT puissante…]
        Bon j esperais quand meme pas que vous tressiez des louanges a Pompidou, mais déjà reconnaître qu ils ont ete meilleurs que les dirigeants d apres (dont certains ont gouvernes avec l appui du PCF) est déjà plaisant. Et meme si le PCF faisait 20 % a l epoque, il etait dans l opposition et donc avait une influence limitée voire il servait de repoussoir (rappelez vous Poniatowski qui parlait des chars russes a paris si le PCF prenait le pouvoir)
        [Hier, le PCF ne passait pas à la télévision. Aujourd’hui, il passe mais dans un contexte où tout ce qu’il dit est immédiatement banalisé.]
        La je pense que le probleme est plus profond (et rejoint certains de vos articles) : le PCF ne parle plus aux ouvriers mais aux «minorités» . Et que son discours n est guère différent du coup des autres chapelles : LO, LCR, Melanchon …
        [D’abord, le fait qu’une structure soit forte et centralisée n’implique pas que le chef ait toujours raison. Seulement que le chef doit être obéi. Ce qui n’est pas du tout la même chose.]
        Un peu quand même non ? Vous n allez pas obeir aisément a quelqu un qui a tort  ou a un ordre que vous trouvez idiot voire dangereux
        Prenons un exemple recent. Mon chef m ordonne de detruire un stock de masques perimés. C est le debut de l epidemie donc je me dis que c est pas une tres bonne idée (mieux vaut des masques perimés que pas de masque du tout). Mais si le chef doit etre obei, j obei sans discuter (comme a l armée)
        [Ensuite, même si le chef doit être obéi, rien n’oblige le chef à s’occuper de tout. Il peut parfaitement se réserver les décisions stratégiques et laisser la tactique et l’intendance à ses subordonnés.]
        J ai travaillé dans une societe francaise privée tres hierarchique de ce type (multinationale du CAC40). Ca marche peut etre bien sur le papier, bien moins dans la realité. Par exemple, on m a demandé de faire une certaine tache. Avant ca me prenait quelques jours. Mais un jour, il y a eut une decision «stratégique» et on a changé de fournisseur. Du coup ca m a pris 3 a 4 fois plus de temps (et pour un resultat nettement moins bon). Mais impossible de changer (le chef doit etre obei). Impossible meme de faire remonter le probleme : la personne qui a decidé etait sur un autre site et aucun de mes superieurs allait se mettre a dos le decideur en faisant remonter le probleme.
        La societe ou je travaille actuellement a l organisation inverse avec beaucoup de latitude laissées aux equipes (pour ceux que ca interesse, c est liées aux methodes agiles). Ca fonctionne au final mieux car les gens essaient de faire avancer les choses au lieu de suivre les ordres et de chercher a se couvrir quand ca tourne mal
        [ C’est ce que font les militaires : l’armée est une structure centralisée, et pourtant elle laisse sur le champ de bataille une large capacité d’initiative aux commandants de terrain.]
        Si pendant longtemps il y avait une autonomie des commandants sur le terrain, c etait par necessité car les communications etaient impossible ou lentes et parcellaires. Napoleon ne faisait pas mystere qu il considerait ses generaux comme des executants.
        Avec les moyens moderne de communication, je pense que l autonomie est révolue. J avais aussi lu qu un des problemes des USA au Vietnam etait que tout etait decidé a Washington et que le commandement local n avait quasiment aucune liberté
         
         
         

        • Descartes dit :

          @ cdg

          [Bon je n’espérais quand même pas que vous tressiez des louanges a Pompidou, mais déjà reconnaître qu’ils ont été meilleurs que les dirigeants d’après (dont certains ont gouvernes avec l’appui du PCF) est déjà plaisant. Et même si le PCF faisait 20 % à l’époque, il était dans l’opposition et donc avait une influence limitée voire il servait de repoussoir (rappelez-vous Poniatowski qui parlait des chars russes a paris si le PCF prenait le pouvoir)]

          Précisément. Et pour maintenir les chars russes loin de Paris, mieux valait ne pas pousser les couches populaires dans les bras du PCF. C’est pourquoi, même étant dans l’opposition, le PCF avait par sa seule présence sur l’échiquier politique une capacité d’infléchir la politique du gouvernement au profit des couches populaires. De ce point de vue, Mitterrand a très bien compris que l’influence du PCF sur les politiques publiques était bien moindre quand il était au gouvernement que lorsqu’il était dans l’opposition.

          [« Hier, le PCF ne passait pas à la télévision. Aujourd’hui, il passe mais dans un contexte où tout ce qu’il dit est immédiatement banalisé. » Là je pense que le probleme est plus profond (et rejoint certains de vos articles) : le PCF ne parle plus aux ouvriers mais aux « minorités » . Et que son discours n’est guère différent du coup des autres chapelles : LO, LCR, Melanchon …]

          Je suis d’accord avec vous. Mais la question ici n’était pas celle du PCF seul. Mon point était qu’hier on réduisait au silence les voix dissidentes en les censurant, aujourd’hui on les rend inaudibles en les plongeant dans un bruit permanent de banalités. A tout prendre, je préfère la censure, parce qu’au moins on peut se battre contre elle.

          [« D’abord, le fait qu’une structure soit forte et centralisée n’implique pas que le chef ait toujours raison. Seulement que le chef doit être obéi. Ce qui n’est pas du tout la même chose. » Un peu quand même non ? Vous n’allez pas obéir aisément a quelqu’un qui a tort ou à un ordre que vous trouvez idiot voire dangereux]

          Bien sur que si. C’est la logique même de la fonction publique, autrement vous seriez obligé de changer l’ensemble des fonctionnaires à chaque changement de gouvernement. Le fonctionnaire comme le militaire sont formés pour obéir à un ordre dès lors qu’elle émane de l’autorité légitime alors même qu’il est convaincu qu’elle est idiote ou contraire au bien public. Je me souviendrai toujours d’un de mes patrons qui nous ayant réuni après avoir perdu un arbitrage sur un sujet très important, avait enjoint toute son équipe à appliquer loyalement la décision – que nous considérions tous parfaitement imbécile – et avait terminé sa harangue par la formule « parce que c’est cela la grandeur du métier de fonctionnaire ».

          Le seul cas où la désobéissance est permise au fonctionnaire ou au militaire – elle est même obligatoire – est celui où l’ordre est « manifestement illégal et de nature à compromettre gravement l’ordre public ».

          [Prenons un exemple récent. Mon chef m’ordonne de détruire un stock de masques périmés. C’est le début de l’épidémie donc je me dis que ce n’est pas une très bonne idée (mieux vaut des masques périmés que pas de masque du tout). Mais si le chef doit être obéi, j’obéis sans discuter (comme à l’armée)]

          J’ai dit que le chef doit être obéi, pas qu’il doive être obéi « sans discuter ». Si l’ordre paraît erroné, le subordonné – qu’il soit militaire ou civil – à le droit de manifester son opinion, et de demander confirmation de l’ordre, y compris par écrit (c’est souvent une arme de dissuasion puissante). Ce n’est qu’alors qu’il est tenu d’obéir.
          [J’ai travaillé dans une société française privée très hiérarchique de ce type (multinationale du CAC40). Ça marche peut-être bien sur le papier, bien moins dans la réalité. Par exemple, on m’a demandé de faire une certaine tache. Avant ça me prenait quelques jours. Mais un jour, il y eut une décision « stratégique » et on a changé de fournisseur. Du coup ça m’a pris 3 à 4 fois plus de temps (et pour un résultat nettement moins bon). Mais impossible de changer (le chef doit être obéi). Impossible même de faire remonter le problème : la personne qui a décidé était sur un autre site et aucun de mes supérieurs allait se mettre à dos le décideur en faisant remonter le problème.]

          Mais pourquoi vos supérieurs craignaient tant de « se mettre à dos le décideur » ? N’est ce pas parce que le « décideur » en question était un « mauvais chef », qui risquait de s’offusquer alors qu’on lui remontait un problème dans une démarche parfaitement rationnelle ? Il n’y a aucune organisation qui vous permette de vous prémunir contre les mauvais chefs, vous savez…

          [La société ou je travaille actuellement à l’organisation inverse avec beaucoup de latitude laissées aux équipes (pour ceux que ça intéressé, c’est lié aux méthodes agiles). Ça fonctionne au final mieux car les gens essaient de faire avancer les choses au lieu de suivre les ordres et de chercher à se couvrir quand ça tourne mal]

          Ah bon ? Expliquez-moi… que font les gens quand « ça tourne mal » ? Et qu’est ce qui leur arrive dans ce cas ?

          L’organisation centralisée présente un avantage fondamental : celui qui prend la décision a une vision globale. Parce que vous ne pouvez pas exclure, dans l’exemple que vous avez donné, que le changement de fournisseur qui vous faisait perdre de la productivité à votre niveau ait procurer un gain bien plus considérable dans un autre domaine. Dans une organisation décentralisée, chacun voit midi à sa porte et ce genre de considérations n’entrent pas en ligne de compte. Pour moi, la structure centralisée est la plus efficace… à condition que le chef soit bon et sache laisser la bonne dose d’autonomie à ses subordonnés. C’est pourquoi les armées, qui sont les structures ou l’efficacité est la plus critique, ont été des structures historiquement centralisées, mais ou l’on investit beaucoup dans la formation et la sélection des chefs.

          [« C’est ce que font les militaires : l’armée est une structure centralisée, et pourtant elle laisse sur le champ de bataille une large capacité d’initiative aux commandants de terrain. » Si pendant longtemps il y avait une autonomie des commandants sur le terrain, c’était par nécessité car les communications étaient impossibles ou lentes et parcellaires. Napoléon ne faisait pas mystère qu’il considérait ses généraux comme des exécutants.]

          D’où tirez-vous ça ? Napoléon a été au contraire celui qui a le mieux théorisé le fait que les généraux devaient avoir une grande autonomie tactique, dans le cadre d’une stratégie fixée par lui-même. Le modèle préfectoral, qui survit encore aujourd’hui, est fondé sur la même logique.

          [Avec les moyens moderne de communication, je pense que l’autonomie est révolue. J’avais aussi lu qu’un des problèmes des USA au Vietnam était que tout était décidé à Washington et que le commandement local n’avait quasiment aucune liberté]

          Je ne connais pas assez la guerre du Vietnam pour commenter. Mais même avec des moyens de communication modernes, la logique des armées françaises mais aussi britanniques et israéliennes reste l’autonomie tactique. Et ça leur réussit plutôt bien!

          • BolchoKek dit :

            @ Descartes
             
            [Napoléon a été au contraire celui qui a le mieux théorisé le fait que les généraux devaient avoir une grande autonomie tactique, dans le cadre d’une stratégie fixée par lui-même.]
             
            Oui, mais dans un certain contexte historique, dans lequel les généraux de vieux États aristocratiques étaient traditionnellement peu soumis aux ordres d’échelons supérieurs et faisaient à peu près ce qu’ils voulaient, y compris du point de vue tactique. Cela a perduré assez longtemps dans certaines cultures militaires, en Allemagne par exemple jusqu’à la seconde guerre mondiale, où les exemples de généraux ingérables ne manquent pas. Les généraux napoléoniens étaient, en comparaison avec les autres armées, des sortes de “super-officiers”, la révolution ayant balayé bien des conceptions aristocratiques qui ont perduré chez les généraux d’autres pays…
             
            [Je ne connais pas assez la guerre du Vietnam pour commenter.]
             
            Plus qu’une question du degré de centralisation, la critique la plus légitime est à mon avis celle de l’approche hautement managériale qu’a eu Washington de sa guerre. Les américains adorent les “gadgets”. Un très bon billet sur le sujet :
            Big data et guerre du Vietnam
             

            • Descartes dit :

              @ BolchoKek

              [Oui, mais dans un certain contexte historique, dans lequel les généraux de vieux États aristocratiques étaient traditionnellement peu soumis aux ordres d’échelons supérieurs et faisaient à peu près ce qu’ils voulaient, y compris du point de vue tactique.]

              Il ne faut pas oublier que pendant longtemps les nobles étaient tenus de recruter, former et entretenir sur leurs propres deniers des régiments dont ils étaient en quelque sorte « propriétaires » et dont ils choisissaient le commandant – ou le prenaient eux-mêmes. Se sentant propriétaires de leur régiment, ils faisaient de celui-ci à peu près ce qu’ils voulaient. La victoire du camp parlementaire anglais sur les royalistes lors de la guerre civile de 1650 tient en particulier à leur capacité à créer une armée nationale – la « new model army » – payée par l’impôt, et dont les officiers étaient nommés au mérite et non à leurs quartiers de noblesse. La Révolution reprend de ce point de vue la logique est de ce point de vue un continuateur des républicains anglais. Ils ont constitué une armée nationale, et recruté les commandants en fonction de leur mérite, quitte à prendre des roturiers. Cela a donné des opportunités à de grands généraux comme Hoche et Bonaparte.

              Le rapport de Bonaparte à ses soldats et ses officiers n’est donc pas le même que celui des armées « aristocratiques ». L’armée napoléonienne est d’abord une méritocratie (« chaque soldat a dans sa giberne un bâton de maréchal »). On y récompense royalement celui qui réussit. Et lorsque la prise de risque est bien récompensée, les gens sont encouragés à faire preuve d’autonomie. Ce qui étouffe notre fonction publique, c’est justement le fait que le rapport qualité/prix de la prise de risque est très défavorable. Dans ces conditions, vous avez toujours intérêt à faire ce qu’on vous dit.

              [Plus qu’une question du degré de centralisation, la critique la plus légitime est à mon avis celle de l’approche hautement managériale qu’a eu Washington de sa guerre. Les américains adorent les “gadgets”. Un très bon billet sur le sujet : (…)]

              Excellent en effet.

          • cdg dit :

             
            «J’ai dit que le chef doit être obéi, pas qu’il doive être obéi « sans discuter ». Si l’ordre paraît erroné, le subordonné – qu’il soit militaire ou civil – à le droit de manifester son opinion, et de demander confirmation de l’ordre, y compris par écrit (c’est souvent une arme de dissuasion puissante). Ce n’est qu’alors qu’il est tenu d’obéir.»
            Dans ce cas, vous avez au mieux un systeme tres lent (chaque etage va demander confirmation a l etage superieur jusqu au sommet puis ca va redescendre) ou carrement inefficace (a un moment la demande va se perdre ou etre ignorée). C est probablement une des cause de l inefficacité de l administration francaise : tout doit remonter au ministre. Et dans le cas de l armée, si un subordonné peut demander un ordre ecrit on a le temps d etre envahi avant que celui ci arrive
             
            «Mais pourquoi vos supérieurs craignaient tant de « se mettre à dos le décideur » ? N’est ce pas parce que le « décideur » en question était un « mauvais chef », qui risquait de s’offusquer alors qu’on lui remontait un problème dans une démarche parfaitement rationnelle ?»
            Ne connaissant pas le decideur, je ne peux pas savoir s il etait un mauvais chef. Par contre il est clair que personne n aime que les problèmes remontent (surtout si ca risque de nuire a sa carriere). «Personne n’aime le messager porteur de mauvaises nouvelles « c est déjà cité par Seneque …
            Donc il est a parier que le decideur allait d abord essayer de faire porter le blame sur autrui. Par exemple en insinuant que nous etions mauvais
             
            «Ah bon ? Expliquez-moi… que font les gens quand « ça tourne mal » ? Et qu’est ce qui leur arrive dans ce cas»
            Projet classique : quand ca commence a mal tourner on cherche a se couvrir en disant que j ai suivi les ordres. On essaie de mouiller le maximum de gens (par ex en faisant des reunions) de telle facon que l interet de tous est de faire profil bas
            Projet agile : déjà vous avez moins de cas ou ca tourne mal car les gens ont plus de latitude et ne doivent pas subir des oukases d en haut (dont certains sont émit par des gens qui n ont plus fait de technique depuis 20 ans et qui sont complètement largués. J ai eut par ex un chef de service qui insistait pour que nous développions en Fortran dans les années 90). Quand ca tourne mal , il y evidement des luttes de pouvoir et des gens qui vont tenter de passer entre les gouttes (je suis pas naif) mais il y a plus d energie mise pour essayer de faire avancer les choses car on ne peut pas se retrancher derriere un «c est pas de ma faute, j ai fait ce qu on m a dit de faire)
             
            «L’organisation centralisée présente un avantage fondamental : celui qui prend la décision a une vision globale. Parce que vous ne pouvez pas exclure, dans l’exemple que vous avez donné, que le changement de fournisseur qui vous faisait perdre de la productivité à votre niveau ait procurer un gain bien plus considérable dans un autre domaine»
            En theorie vous avez raison. Le probleme c est que souvent celui qui decide connaît peu de chose sur ceux qui sont en dessous (et souvent les meprise copieusement) et qu il est donc pas capable d evaluer les gains ou pertes. Surtout si l organisation pousse a ne pas remonter les problème (tuer le messager)
            Dans l exemple que je vous ai donné, je suis quasiment sur que ca a été un fiasco : le produit etait merdique et a disparut quelques annees plus tard. On avait été obliger d utiliser ce fournisseur car mon employeur l avait racheté (tout ou en partie, je ne sais plus). Donc au final ca ete une perte sur les 2 tableaux : augmentation des couts de developpement interne et perte en capital quand la societe rachetée a finit par couler. Je sais pas ce qui avait été esperé avec ce rachat mais ca a été un echec
             

            • Descartes dit :

              @ cdg

              [« J’ai dit que le chef doit être obéi, pas qu’il doive être obéi « sans discuter ». Si l’ordre paraît erroné, le subordonné – qu’il soit militaire ou civil – à le droit de manifester son opinion, et de demander confirmation de l’ordre, y compris par écrit (c’est souvent une arme de dissuasion puissante). Ce n’est qu’alors qu’il est tenu d’obéir. » Dans ce cas, vous avez au mieux un système très lent (chaque étage va demander confirmation à l’étage supérieur jusqu’au sommet puis ça va redescendre) ou carrément inefficace (à un moment la demande va se perdre ou être ignorée).]

              Pas du tout. Dans l’immense majorité des cas, les chefs donneront des ordres rationnels, que les subordonnés ne chercheront à contester, et dont les conséquences prévisibles ne sont pas d’une telle nature que le subordonné ait besoin de se couvrir en demandant une confirmation écrite. S’il est possible pour un fonctionnaire de discuter un ordre ou de demander sa confirmation écrite, cela implique aussi un effort et une prise de risque. C’est pourquoi la procédure n’est mise en œuvre que lorsque cela vaut vraiment la peine, c’est-à-dire, très exceptionnellement. Dans toute ma vie d’agent public, je pense avoir eu recours quatre ou cinq fois.

              [C’est probablement une des causes de l’inefficacité de l’administration française : tout doit remonter au ministre.]

              D’abord, avant de chercher les « causes de l’inefficacité de l’administration française », il faudrait établir le fait. Ensuite, je me demande d’où sortez-vous l’idée que dans notre administration « tout DOIT remonter au ministre ». Il n’y a là aucune obligation : les seuls dossiers qui remontent au ministre sont ceux que le ministre demande à voir. Pour tous les autres, le directeurs, les préfets et autres fonctionnaires ont une délégation largement suffisante pour décider tous seuls. Le problème n’est pas tant que « tout doit remonter au ministre », mais que les ministres sont souvent incapables de déléguer.

              [Et dans le cas de l’armée, si un subordonné peut demander un ordre écrit on a le temps d’être envahi avant que celui-ci arrive]

              Pas vraiment. Dans l’armée, soit la décision est urgente et alors elle est prise sur le terrain, soit elle n’est pas urgente et dans ce cas elle est donnée dans tous les cas par écrit sans que personne n’ait à le demander. Par ailleurs, comme je l’ai signalé plus haut, les dirigeants ne sont pas fous : ils donnent en général des ordres rationnels. Pourquoi leurs subordonnés iraient les contester systématiquement ?

              [« Mais pourquoi vos supérieurs craignaient tant de « se mettre à dos le décideur » ? N’est-ce pas parce que le « décideur » en question était un « mauvais chef », qui risquait de s’offusquer alors qu’on lui remontait un problème dans une démarche parfaitement rationnelle ? » Ne connaissant pas le décideur, je ne peux pas savoir s’il était un mauvais chef. Par contre il est clair que personne n’aime que les problèmes remontent (surtout si ça risque de nuire à sa carrière).]

              Mais d’où sortez-vous que remonter des problèmes nuit nécessairement à votre carrière ? Mon expérience montre exactement le contraire : si vous ne remontez jamais de problèmes, alors on déduira en haut lieu que votre travail est très facile. Les gens intelligents adoptent plutôt la stratégie suivante : ils remontent des problèmes – de préférence un problème déjà résolu – et quelque temps plus tard ils remontent le fait qu’ils ont trouvé la solution. Ainsi, vous persuadez votre chef que votre travail est très difficile… et que vous êtes à la hauteur. Croyez-moi, c’est la meilleure stratégie.

              Bien sûr, cela marche si vous avez un « bon Chef », c’est-à-dire, un chef qui agit rationnellement…

              [« Ah bon ? Expliquez-moi… que font les gens quand « ça tourne mal » ? Et qu’est ce qui leur arrive dans ce cas » (…) Projet agile : déjà vous avez moins de cas ou ça tourne mal car les gens ont plus de latitude et ne doivent pas subir des oukases d’en haut (dont certains sont émis par des gens qui n’ont plus fait de technique depuis 20 ans et qui sont complètement largués.]

              Oui, mais d’autres viennent de gens qui ont une longue expérience et une vision globale des problèmes, et qui peuvent éviter aux petits jeunes sur le projet de tomber dans de chausse-trappes. Franchement, j’ai un certain nombre d’exemples de développements dits « agiles » en cours, et je ne trouve pas qu’il y ait moins de chance que cela « tourne mal ». Le seul avantage du projet « agile », c’est que lorsque cela tourne mal, ça vous coute moins cher d’abandonner.

              [Quand ça tourne mal , il y évidement des luttes de pouvoir et des gens qui vont tenter de passer entre les gouttes (je suis pas naïf) mais il y a plus d’énergie mise pour essayer de faire avancer les choses car on ne peut pas se retrancher derrière un « c’est pas de ma faute, j’ai fait ce qu’on m’a dit de faire)]

              Non, c’est vrai, on rejette plutôt la faute sur les subordonnés, ou bien sur les « moyens insuffisants ». Mais franchement, je ne vois pas où est l’avantage.

              [« L’organisation centralisée présente un avantage fondamental : celui qui prend la décision a une vision globale. Parce que vous ne pouvez pas exclure, dans l’exemple que vous avez donné, que le changement de fournisseur qui vous faisait perdre de la productivité à votre niveau ait procurer un gain bien plus considérable dans un autre domaine » En théorie vous avez raison. Le problème c’est que souvent celui qui décide connaît peu de chose sur ceux qui sont en dessous (et souvent les méprise copieusement) et qu’il est donc pas capable d’évaluer les gains ou pertes.]

              Je pense que vous mélangez deux choses : les qualités d’un mode d’organisation et les défauts des gens qui la font fonctionner. Il n’y a pas d’organisation qui soit immune à la qualité de ses dirigeants : que le système soit centralisé ou décentralisé, si vous mettez des imbéciles aux commandes le résultat sera le même. L’avantage du système centralisé est qu’il est capable de concentrer les moyens sur les priorités là où le système décentralisé les disperse. Sa faiblesse, c’est qu’il dépend non pas du niveau moyen des cadres mais des qualités d’un petit groupe. C’est pourquoi les structures centralisées – l’armée, l’administration – mettent un accent particulier dans la formation et la sélection de leurs cadres appelés à diriger la machine.

        • Ian Brossage dit :

          @cdg

          La je pense que le probleme est plus profond (et rejoint certains de vos articles) : le PCF ne parle plus aux ouvriers mais aux «minorités» .

          Je doute fort que le PCF parle aux minorités. Il parle des minorités, mais le public qui l’écoute est autre (et, pour tout dire, il est probablement très restreint : quelques vieux militants, quelques membres des classes moyennes).

  10. Cording dit :

    Je ne sais si vous avez lu “Fake state” de Frédéric Farah mais je doute que JLM l’ai fait. Il aurait pu faire le constat que vous faites et de ce que lui et ses amis socialistes ont fait. Ce qui explique qu’ils sont morts politiquement. 

    • Descartes dit :

      @ Cording

      [Je ne sais si vous avez lu “Fake state” de Frédéric Farah mais je doute que JLM l’ai fait. Il aurait pu faire le constat que vous faites et de ce que lui et ses amis socialistes ont fait. Ce qui explique qu’ils sont morts politiquement.]

      Je pense en effet que Farah fait a peu près la même analyse que moi. Mais malheureusement, si Mélenchon est mort politiquement, son fantôme est toujours là et il empêche toute réflexion progressiste.

  11. Claustaire dit :

    Sur le même thème (pour ceux qui en auraient le temps) : 
    https://www.fondation-res-publica.org/Le-retour-de-l-Etat-pour-quoi-faire_r168.html
     

    • Descartes dit :

      @ Claustaire

      [Sur le même thème (pour ceux qui en auraient le temps) : (…)]

      Beaucoup trop de juristes dans le panel… Paraphrasant Clemenceau, l’Etat est quelque chose de trop sérieux pour le laisser aux juristes.

  12. Claustaire dit :

    Sur le même thème, et site, il y aurait aussi ceci
    https://www.fondation-res-publica.org/Contribution-de-Michel-Troper-annexe_a1367.html :
    Dont je cite ce paragraphe, que je vous laisse (ap)(dé)précier :
    ” En dépit des apparences, la construction européenne elle-même ne remet pas en cause la souveraineté des États. Qu’il me suffise de souligner deux traits : d’une part, les États n’ont nullement transféré leurs pouvoirs à l’Union. Ils lui ont seulement délégué l’exercice de certaines compétences, ce qui est fort différent puisqu’ils qu’ils ont toujours la possibilité juridique de les reprendre par un acte unilatéral. Et d’autre part, le mode de légitimation que permet le système étatique est resté le même : toutes les normes, toutes les décisions – et même celles qui ont pour objet de déléguer des compétences à l’Union européenne – ne sont justifiées que parce qu’elles se rattachent en dernière instance à la constitution de l’État et qu’elles sont ainsi imputables au peuple souverain. On ne peut donc pas conclure à un déclin de l’État lui-même, mais seulement à un changement dans le mode d’exercice.”

    • Descartes dit :

      @ Claustaire

      [Dont je cite ce paragraphe, que je vous laisse (ap)(dé)précier : (…)]

      Sur le plan de la théorie juridique, je partage son opinion: la souveraineté “réside ESSENTIELLEMENT dans la nation”. La nation ne peut donc pas s’en défaire puisque cela fait partie de son essence. Seulement, la souveraineté c’est comme la liberté d’expression: elle ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. La vision de Troper est celle de la “nation endormie”. Elle est théoriquement souveraine, mais en pratique décide de ne pas l’exercer, de se soumettre volontairement.

  13. Trouve un chemin dit :

    Bonjour Descartes,
    Merci pour cette réflexion qui décrit parfaitement les travers de notre société. Avec la perspective large et historique que vous donnez à ce billet, on a le sentiment que l’Etat s’enlise progressivement, un peu comme s’il était pris dans des sables mouvants … . Pensez-vous que notre Etat Français peut encore s’en sortir seul ? Et s’il est convalescent, pensez-vous sera-t-il en mesure de “tirer” la France, comme après la Guerre ? Dans le cas contraire, si l’Etat continue à s’enfoncer, qui pourrait lui venir en aide ? … Merci pour votre éclairage.

    • Descartes dit :

      @ Trouve un chemin

      [Merci pour cette réflexion qui décrit parfaitement les travers de notre société. Avec la perspective large et historique que vous donnez à ce billet, on a le sentiment que l’Etat s’enlise progressivement, un peu comme s’il était pris dans des sables mouvants …]

      Ce n’est pas nouveau, dans notre histoire. La France a un développement en dents de scie : chaque régime est dynamique à ses débuts, puis s’enlise progressivement… et lorsque la paralysie l’empêche de gérer une crise, c’est l’effondrement et le processus recommence. On l’a vu en 1970, en 1940, en 1958…

      [Pensez-vous que notre Etat Français peut encore s’en sortir seul ?]

      Tout seul non. Mais ce sont les Français qui le sortiront. J’aime bien la métaphore de Terry Pratchett dans « les petits dieux ». Ce qui fait la puissance des dieux, c’est la croyance des hommes. Et plus un dieu a des croyants, plus ses pouvoirs sont grands. Ce qui fait la puissance de l’Etat en France, c’est que les Français, au-delà de leurs protestations constantes, attendent beaucoup de lui et donc lui prêtent le pouvoir de résoudre leurs problèmes. Et on peut constater chaque jours que cette exigence est toujours présente.

  14. @Descartes
    “La mondialisation ne pouvait se faire que par la destruction des nations, et en France une telle destruction passe nécessairement par la destruction de l’Etat.”
    Nihil novi sub sole, en un sens… La description qui suit ne s’appliquerait-elle pas parfaitement à notre président ?
    « Rocard, technocrate libertaire, a cette suprême mission : en finir avec l’Etat-Nation pour imposer une atomisation définitive du corps social, qui serait la fin du politique et la totale disponibilité, enfin, au marché du désir. » (Michel Clouscard, La Bête sauvage, Métamorphose de la société capitaliste et stratégie révolutionnaire, Éditions sociales, 1983).

  15. @Descartes 
    “J’avoue que je trouve toujours étonnant qu’un libéral comme vous connaisse aussi bien l’œuvre de Clouscard…” 
    Il faut tout lire ! Je pourrais parler des heures entières des droites nationalistes et radicales, aussi.
    Sinon, j’ai fais certains lectures en philosophie politique, participé à certains débats, et depuis l’été dernier, à la grande surprise de beaucoup de gens, je suis redevenu socialiste…
    Bon, pas tout à fait marxiste néanmoins. Je sors une brochure numérique sur le pluralisme de John Kekes à la fin du mois, sur mon nouveau blog. Vous pouvez déjà lire ce texte-là si ça vous intéresse 😉 : L’Élan Prométhéen: La critique conséquentialiste du libéralisme chez Scott Alexander (l-elan-prometheen.blogspot.com) 

    • Descartes dit :

      @ Johnathan Razorback

      [Sinon, j’ai fais certains lectures en philosophie politique, participé à certains débats, et depuis l’été dernier, à la grande surprise de beaucoup de gens, je suis redevenu socialiste…]

      Je ne sais plus qui avait dit qu’on ne pouvait à la fois être intelligent, honnête et socialiste… J’ai toujours trouvé que vous étiez intelligent et honnête, je vais devoir réexaminer mon opinion. Cela étant dit, je ne suis qu’à moitié étonné: c’est au PS que les libéraux se sont le plus épanouis.

      [Bon, pas tout à fait marxiste néanmoins.]

      Un socialiste marxiste ? Vous voulez rire ?

      J’ai lu votre “Elan Prométhéen”, et je trouve finalement la critique d’Alexander assez intelligente. Par contre, je trouve tout à fait excessif l’article de revue du livre de Michéa que vous citez. Je récupère quand même dans celui-ci une citation que j’avais longtemps recherché: “James Ceaser : « la théorie libérale n’a jamais développé les instruments adéquats pour se maintenir elle-même ; elle a toujours eu besoin de quelque chose de plus qu’elle-même pour survivre. » Pour le dire autrement, le régime libéral vit nécessairement sur un capital moral emprunté et qu’il a tendance à éroder au cours du temps.”

  16. @Descartes
    “Un socialiste marxiste ? Vous voulez rire ?”
    Par socialisme j’entends la volonté de socialiser les moyens de production (en fait il faudrait être plus précis que ça, mais ça soulèverait énormément de points). C’est un synonyme du communisme, et peut-être moins polysémique vu qu’on parle parfois de communisme dans d’autres sens (le communisme agraire par exemple ne correspond pas tout à fait à cela, surtout à partir du moment où l’économie s’industrialise). Il est évident que toute ressemblance avec le Parti socialiste serait purement nominale… 
    A la rigueur il y avait une aile marxiste à la SFIO: Le Combat marxiste — Wikipédia (wikipedia.org)
    Le marxisme est une forme de socialisme mais c’est une doctrine particulière, très systémique, qui emporte des thèses philosophiques, sociologiques, d’économie politique… Il n’est pas nécessaire d’être marxiste pour être socialiste ; il y a eu des socialistes non-marxistes avant et après Marx (je lis beaucoup Pierre Leroux, Marcel Mauss et Castoriadis en ce moment)… Après, il y a aussi un certain nombre d’auteurs marxistes intéressants…

    • Descartes dit :

      @ Johnathan R. Razorback

      [Par socialisme j’entends la volonté de socialiser les moyens de production (en fait il faudrait être plus précis que ça, mais ça soulèverait énormément de points).]

      En d’autres termes, lorsque vous me dites que vous êtes redevenu socialiste, je dois comprendre que vous êtes maintenant un militant de la socialisation des moyens de production ? Je dois dire que je suis surpris…

    • BolchoKek dit :

      @ Johnathan R. Razorback
       
      Si cela ne vous dérange pas, pourriez-vous nous expliquer le cheminement intellectuel qui vous a mené à changer d’avis ?

  17. Ian Brossage dit :

    Bonsoir Descartes,
    J’imagine que vous avez vu passer cette interview, qui développe des thèmes assez proches des vôtres sur la responsabilité et l’organisation de l’État. Je serais curieux de savoir ce que vous pensez des explications données par la personne interviewée.

    Dans une interview à Acteurs publics, Claude Revel, ancienne déléguée interministérielle à l’intelligence économique, livre son analyse de la crise, qui a mis en lumière les carences de la décision publique. Les logiques d’agenciarisation et de démembrement de l’État ont entraîné une dilution de la responsabilité des acteurs publics, estime-t-elle.

    https://www.acteurspublics.fr/articles/claude-revel-lorsque-vous-demembrez-letat-vous-diluez-la-responsabilite
     

    • Descartes dit :

      @ Ian Brossage

      [J’imagine que vous avez vu passer cette interview, qui développe des thèmes assez proches des vôtres sur la responsabilité et l’organisation de l’État. Je serais curieux de savoir ce que vous pensez des explications données par la personne interviewée.]

      Je suis à vrai dire surpris de voir passer cet entretien dans “Acteurs publics”, publication qui d’habitude défend toutes les marottes du “new management” et du démembrement de l’Etat, mais passons. Sur les reponses de Revel, je suis bien entendu très souvent d’accord avec elle. Mes désaccords portent surtout sur la question du recrutement de la haute fonction publique: je ne vois franchement aucun intérêt à favoriser les aller-retour “public-privé”, qui fabriquent des conflits d’intérêt en pagaille et qui tendent à faire entrer les marottes du management privé dans la structure de l’Etat. Or, son idée de faire venir des “profils différents” par ce biais aboutit nécessairement à ce résultat.

      Je ne suis pas non plus tout à fait d’accord avec elle sur la question de la responsabilité pénale, lorsqu’elle compare à celle qui pèse sur un entrepreneur privé. L’entrepreneur, lui, ne risque pas de faire la “une” du Monde, ou de voir sa carrière brisée sur une simple accusation.

    • BJ dit :

      agenciarisation ?
      Ça veut dire quoi ?

      • Descartes dit :

        @ BJ

        [agenciarisation ? Ça veut dire quoi ?]

        C’est un mot barbare qui désigne le fait de démembre l’Etat en créant des “agences” qui exercent des compétences qui autrefois étaient exercées directement par l’administration centrale. Le problème des agences, c’est qu’elles sont spécialisées et n’ont pas de vision globale, contrairement aux administrations centrales.

  18. cdg dit :

    Ne pensez vous pas que meme si on plaquait l organisation de la France de 1970 aujourd hui, ca ne marcherait pas comme avant car le monde et la france ont changé ?
    En 1970 il y avait 4 milliards d humains et environ 50 millions de francais (soit 1.25 %).maintenant c est 8 milliards et 67 millions (0.8 %). Grace au communisme, certains pays a l epoque etait hors course et ne pouvait nous concurrencer (la chine de Mao n exportait rien a part des petits livres rouges)
    Au niveau francais, le nombre de retraités a été multiplié par presque 5 (3 a 14 millions) et le montant des pensions a verser certainement par plus de 5 (un retraité en 1970 touchait bien moins qu aujourd hui). Comme nous sommes dans un regime a repartition, c est soit des impots en plus soit des investissements public en moins. De meme la consommation de soins medicaux a explosé.
    Pire la mentalité a changé. J etais gamin mais je me rappelle que les gens ne voulaient pas partir a la retraite (ca voulait dire qu ils n etaient plus bon a rien). maintenant une des revendication est de pouvoir partir en pre retraite. meme sur des emplois de bureau (regardez le cas du credit foncier). Je ne vous parle meme pas de la fraction de la population qui vit en France et qui ne souhaite que profiter du systeme (pensez au pere de la fameuse leonarda)
    Si on regarde vers les CSP+, la mentalité a aussi changé. Savez vous qu on a 3 fois plus de medecins maintenant qu en 1970 ? on ne parlait alors pas de desert medicaux !
    https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&codePays=FRA&codeStat=SH.MED.PHYS.ZS&codeTheme=3
    Simplement en 1970 le medecin etait un homme qui travaillait 10-12 h/jour et dont l epouse s occupait des enfants. Maintenant le medecin est souvent une femme qui ne veut pas vivre dans une petite ville et qui ne souhaite pas faire plus de 30 h/semaine
    Sur le plan technique, delocaliser à l autre bout du monde et gestion en flux tendu etaient impossible en 1970. Grace a internet et l informatique c est faisable et pas cher en 2020
    Autrement dit, plaquer l organisation francaise de 1970 sur la france de 2020 c est faire comme l armee francaise en 1940 qui a voulut rejouer 14-18: une deroute assurée !
    PS: en tant que protectionniste que pensez vous de la decision de notre ministre des finances de bloquer l achat de Carrefour par des canadiens sous pretexte de securité alimentaire (a l ENA on lui a pas appris qu un supermarché ne fabrique pas de nourriture ?)

    • Descartes dit :

      @ cdg

      [Ne pensez-vous pas que même si on plaquait l’organisation de la France de 1970 aujourd’hui, ça ne marcherait pas comme avant car le monde et la France ont changé ?]

      Oui, bien sûr. Il faut étudier le passé pour apprendre de lui, pas pour le reproduire. Je ne propose pas de recopier l’organisation de la France de 1970. Il faut bien entendu l’adapter au temps présent, prendre en compte les nouvelles technologies, le progrès scientifiques, les changements dans les rapports internationaux. Cela étant dit, je pense qu’il y a des principes hérités de notre histoire et qui restent très largement valables : l’Etat fort, une fonction publique de carrière, l’éducation au centre du pacte républicain…

      [En 1970 il y avait 4 milliards d’humains et environ 50 millions de Français (soit 1.25 %). Maintenant c’est 8 milliards et 67 millions (0.8 %). Grace au communisme, certains pays à l’époque était hors course et ne pouvait nous concurrencer (la chine de Mao n exportait rien à part des petits livres rouges)]

      Ce n’est pas ces changements-là qui sont pour moi les plus déterminants. Pour ce qui concerne la démographie, cela fait longtemps que la puissance d’un pays n’est pas proportionnelle au poids de sa population dans le monde – si tant est que c’ait été le cas un jour. Quant à la concurrence, vous oubliez que s’il y a plus de producteurs aujourd’hui, il y a aussi plus de consommateurs puisque les marchés se sont aussi étendus. Ce n’est pas à cause de la Chine que nos industries ont périclité…

      [Au niveau français, le nombre de retraités a été multiplié par presque 5 (3 à 14 millions) et le montant des pensions à verser certainement par plus de 5 (un retraité en 1970 touchait bien moins qu’aujourd’hui). Comme nous sommes dans un régime a répartition, c’est soit des impôts en plus soit des investissements publics en moins.]

      Attendez, attendez, vous allez un peu vite. Depuis 1970, le nombre de retraités a été multiplié par 4, mais le PIB a lui été multiplié par 3. Et encore, cela malgré une politique déflationniste et l’ouverture européenne qui a lourdement pesé sur notre croissance et provoqué le chômage de masse… Que le monde ait changé depuis les années 1970, c’est vrai. Mais encore faut-il faire la distinction entre les changements « extérieurs », qui nous sont imposés, et les changements « intérieurs », qui sont le résultat de choix politiques. Qu’on doive « s’adapter » aux premiers, oui. Mais pourquoi faudrait-il « s’adapter » aux autres ?

      [Pire la mentalité a changé. J’étais gamin mais je me rappelle que les gens ne voulaient pas partir à la retraite (ça voulait dire qu’ils n’étaient plus bon à rien).]

      C’est vrai. Je dirai même plus : plus on montait dans la hiérarchie des emplois, moins la retraite était acceptée. Un médecin, un ingénieur, un avocat continuaient en général à travailler jusqu’à ce que les forces les abandonnent (et on voit d’ailleurs que les gens de ces générations continuent à travailler bien après l’âge de la retraite). Mais là encore, ce changement tient à un choix politique : depuis cinquante ans, on tient un discours de dévalorisation du travail, de valorisation du loisir.

      [Si on regarde vers les CSP+, la mentalité a aussi changé. Savez-vous qu’on a 3 fois plus de médecins maintenant qu’en 1970 ? on ne parlait alors pas de désert médicaux !]

      Je vais vous faire la même réponse. En 1970 un avocat, un médecin, un ingénieur, un haut fonctionnaire ne l’étaient pas de 9h à 17h du lundi au vendredi. Ce n’était pas un gagne-pain, c’était un statut. A l’époque, un ministre ne partait pas en vacances. C’est avec la « civilisation des loisirs » qu’on a systématiquement démoli cette éthique du travail.

      [Sur le plan technique, délocaliser à l’autre bout du monde et gestion en flux tendu étaient impossible en 1970. Grace a internet et l’informatique c’est faisable et pas cher en 2020]

      Certes. Mais ce n’est pas parce que c’est possible qu’il faut le faire. Qui profite de la délocalisation à l’autre bout du monde ?

      [PS : en tant que protectionniste que pensez-vous de la décision de notre ministre des finances de bloquer l’achat de Carrefour par des canadiens sous prétexte de sécurité alimentaire]

      Je pense que c’est une idiotie. Je suis un « protectionniste intelligent » : cela a un sens de protéger les activités qui ont un caractère stratégique, soit parce qu’ils conditionnent l’exercice de la souveraineté, soit qu’ils aient un effet d’entraînement important sur l’enseignement et la recherche, soit parce qu’ils permettent à notre pays de capter une valeur importante. Mais je ne pense pas qu’il faille conduire la politique industrielle en fonction de l’emploi. Autrement, on finit par subventionner la lampe à huile et la marine à voile au prétexte qu’ils fournissent beaucoup d’emplois.

      [(à ENA on lui a pas appris qu un supermarché ne fabrique pas de nourriture ?)]

      Je ne sais pas ce qu’on lui a appris à l’ENA, mais dans la vie publique il a certainement appris ce qui arrive aux ministres qui acceptent la suppression de beaucoup d’emplois. Et Carrefour reste le premier employeur privé en France…

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