Le dernier coup de dés d’Emmanuel Macron

En règle générale, les soirées électorales sont d’un ennui mortel. On peut y voir les politiques se succéder sur les plateaux télé pour expliquer combien leur stratégie était juste et combien leurs résultats sont satisfaisants. C’est drôle, mais les soirs d’élection, tout le monde a un motif pour être satisfait – et s’il ne l’a pas, il le trouve. Et à côté d’eux, des experts ès sondages et autres professeurs à Sciences-Po distribuent des bons et mauvais points dans la plus grande auto-satisfaction.

Mais il y a des exceptions. La soirée électorale de dimanche dernier fut remplie, pour ce qui me concerne, d’une profonde schadenfreude. Quel plaisir de voir tous ces européistes, professionnels du bavardage télévisuel, tous ces soi-disant politologues, « experts » on ne sait pas très bien de quoi, ou tout simplement politicards à la retraite – mention spéciale pour Bernard Guetta, que Dieu le garde mais le plus loin possible – sortis de leur zone de confort par le résultat. Ah, que des vertueuses indignations! Ah, quel mépris pour ce peuple qui a commis le crime irréparable de ne pas voter comme on lui avait dit. Et pourtant le résultat n’aurait dû surprendre personne, puisqu’il est conforme à toutes les prévisions qui s’enchaînent depuis six mois. Mais, comme le disait le philosophe, savoir c’est une chose, et croire, c’en est une autre. Tous ces experts me faisaient l’effet de cet astrologue qui, s’étant fait licencier d’une publication, prétendait devant les prud’hommes n’avoir pas reçu de préavis. Quant on fait profession de lire l’avenir, il est peu sérieux de se montrer sa surprise devant les évènements.

Même chose chez les citoyens « de gauche ». La palme revient à ceux qui expliquent « depuis hier soir je ne reconnais plus mon pays ». Soyons sérieux : le pays n’a pas changé « hier soir ». Cela fait au moins six mois que toutes les enquêtes indiquent qu’un tiers des votants avait l’intention de mettre un bulletin Bardella dans l’urne, et le résultat du RN n’est que le prolongement d’une dynamique à l’œuvre depuis plus de quinze ans. Que croyaient ces gens ? Qu’à la dernière minute un chevalier blanc allait arriver et convaincre tous ces beaufs fascistes de la France périphérique de voter pour Glucskmann ?

Ce qui est arrivé est dans l’ordre des choses. Cela fait bientôt deux décennies que le Rassemblement National est dans une dynamique montante. A chaque élection, et quelle qu’en soit la nature, il améliore ses scores. Les études montrent que sa stratégie de long terme lui permet de pénétrer des électorats qui, jusqu’à maintenant, lui étaient structurellement hostiles. Le « social-souverainisme » lui a permis d’attirer à lui l’électorat populaire, jusqu’à devenir le premier parti ouvrier de France, avec entre 45 et 50% du vote de cette catégorie, presque autant que le PCF dans sa meilleure période. L’épuration des éléments les plus radicaux et un comportement impeccable là où il a conquis le pouvoir – dans les municipalités et sur les bancs de l’Assemblée – rassure les plus de 60 ans, chez qui le Rassemblement à doublé son score en dix ans. Lorsqu’on regarde la carte électorale, on s’aperçoit que seul deux électorats lui échappent encore : celui des classes intermédiaires des métropoles, et l’électorat « ethnique » des banlieues. Le reste de la carte lui est acquise, avec des scores qui peuvent aller jusqu’à 60% dans les villes moyennes de tradition ouvrière.

Et puis, grâce à notre président-acteur, nous avons eu notre moment dramatique. On ne peut nier que Macron a le sens du drame : en pleine débâcle de sa liste, il a presque fait oublier cet échec en annonçant la dissolution de l’Assemblée. Une décision que certains jugent audacieuse – et c’est un euphémisme – alors que les bienpensants l’accusent même de « jouer avec le feu » en prenant le risque de porter le RN au pouvoir, un peu comme si l’on ne devait demander son avis au peuple que lorsqu’on est sûr qu’il votera comme il faut. Ce qui, vous me l’accorderez, révèle une curieuse idée de la démocratie. Mais lorsqu’on regarde les choses de plus près, on s’aperçoit que le choix présidentiel est, de son point de vue, un excellent choix tactique. Macron est péniblement conscient de la paralysie croissante des institutions avec une assemblée sans majorité claire et aux votes erratiques (1). Les tentatives de négocier un contrat de majorité avec Les Républicains ayant échoué – en grande partie parce que Macron n’a plus grande chose à leur donner, et parce qu’après le guet-apens de la loi immigration Les Républicains ne sont pas prêts à se vendre bon marché – la dissolution était inévitable dans les mois qui viennent, et risquait d’arriver dans des conditions bien plus difficiles, par exemple, à l’automne après un vote de censure sur le budget.

Les 31% obtenus dimanche par le Rassemblement National permettent à Macron d’agiter l’épouvantail sur le mode « c’est moi ou le chaos ». Avec un Rassemblement National qui semble proche du pouvoir, Macron peut espérer susciter le « réflexe républicain » à son profit, avec des appels à « l’union nationale » pour « battre l’extrême droite », d’autant plus que l’opposition de gauche est très divisée et ne constitue pas vraiment une alternative de gouvernement. Autrement dit, Macron espère faire aux législatives ce qu’il a fait avec la présidentielle : faire de l’élection une confrontation entre deux pôles, les gentils « progressistes » rassemblés autour de lui, et les affreux « nationalistes » menés par le Rassemblement National. Bien entendu, c’est risqué, parce que le scrutin majoritaire peut amplifier les mouvements, et au soir du 7 juillet donner une majorité au Rassemblement National ou, plus probablement, une Assemblée encore plus ingouvernable que celle que nous avons aujourd’hui avec 150 députés RN et un bloc macroniste réduit. Mais quelles sont les alternatives ? Traîner la patte en prenant des coups et quitter honteusement le pouvoir en 2027 ? Ce n’est pas dans le caractère de Macron, qui reste convaincu de la toute-puissance de son Verbe.

La décision de Macron ouvre une crise dans la droite dite républicaine entre les partisans de l’alliance au centre, et les partisans d’une alliance à l’extrême droite. Les premiers pensent que dans l’état de faiblesse actuelle de la majorité présidentielle, ils pourraient obtenir à peu près tout ce qu’ils pourraient demander – le poste de premier ministre et le soutien macroniste pour leur candidat en 2027, par exemple. Les seconds craignent d’être électoralement laminés par la poussée du RN, et pensent qu’ils ont plus à gagner en cherchant des alliances à droite, idée d’autant moins saugrenue que le RN se cherche des alliés dans la perspective d’une victoire qui amènerait son poulain au pouvoir. Déjà des noms d’oiseau ont été échangés entre sarkozystes partisans de la première solution, et ciottistes partisans de la seconde…

Mais cette situation révèle surtout l’état de déliquescence intellectuelle de la gauche. Nous avons une gauche dont les militants et les dirigeants sont complètement déconnectés du réel. Je vous propose un exemple presque caricatural : hier soir, à la République, manifestation de la gauche « contre les fascistes ». Et que crie la foule en liesse ? « Tout le monde déteste Bardella ». Mais si « tout le monde » déteste la tête de liste du Rassemblement National, comment expliquer qu’un votant sur trois ait mis un bulletin à son nom ? Ces jeunes manifestants – et les dirigeants qui, eux aussi étaient sur la place – ne se rendent semble-t-il pas compte de la contradiction qu’il y a dans une démocratie à appeler à se mobiliser contre quelqu’un que « tout le monde déteste ». Si « tout le monde le déteste », alors il n’a aucune chance de gagner une élection, et donc d’accéder au pouvoir…

La gauche ne veut pas comprendre que s’il y a un problème, c’est précisément parce que tout le monde ne déteste pas Jordan Bardella, Marine Le Pen et le reste. Au contraire, les Français sont de plus en plus nombreux à leur accorder leur suffrage, voire à envisager leur arrivée au pouvoir. Alors, au lieu de nier les réalités, ces militants feraient bien de se demander pourquoi, alors que les raisons pour le détester leur paraissent si évidentes, « tout le monde » n’y adhère pas. On n’insistera jamais assez : en politique il faut partir de ce que les gens ont dans la tête, et construire à partir de cette réalité. Répéter aux gens qu’ils ne sont que des affreux fascistes, cela n’a jamais permis de changer le monde, au contraire. Pour convaincre, il faut d’abord établir une communication, ce qui suppose d’écouter l’autre. En politique, le but est d’emporter l’adhésion, et non d’avoir raison ou de gagner un débat.

Sur ce point, je dois dire que je remarque un changement radical dans l’attitude des militants. Dans le temps, ces derniers cherchaient le dialogue, aujourd’hui ils ne cherchent qu’à vous faire accepter leur tract. Et dès lors qu’ils comprennent que vous n’êtes pas de leur persuasion, ils coupent la discussion sur le mode « je ne vais pas perdre du temps à essayer de vous convaincre ». Ce manque de curiosité pour ce que pense l’autre est un sérieux handicap dans l’activité politique. Car un argument n’est pas « convaincant » que s’il s’adapte à l’état d’esprit de l’interlocuteur. Pour convaincre, il faut d’abord écouter, connaître son public.

Désolé d’ennuyer mes lecteurs habituels, qui doivent connaître tout cela par cœur, mais le secret de la pédagogie réside souvent dans la répétition. Alors, je vais me répéter. Le succès du RN tient à plusieurs facteurs, certains structurels, d’autres conjoncturels. Structurellement, le RN a bénéficié d’un changement économique et sociologique majeur, qui commence au début des années 1970, avec la prise du pouvoir par les classes intermédiaires associées à la bourgeoisie, qui crée un rapport de force massivement défavorable aux couches populaires. Le corollaire en est une démobilisation de ces dernières, qui se trouvent ainsi privées de représentation politique au fur et à mesure que communistes et socialistes se tournent vers les classes intermédiaires dans les années 1980 et 90. A la fin des années 1990, les couches populaires se retrouvent sans représentation politique. Cela laisse vacant un électorat important. Le coup de génie de la direction frontiste autour de Marine Le Pen est d’avoir perçu que ce champ était libre, et qu’on pouvait le conquérir pour peu qu’on adapte le langage et le projet aux demandes de ces populations. Adaptation d’autant plus facile que, pour des raisons démographiques, la base traditionnelle de l’extrême droite française était en train de disparaître. C’est alors que le FN abandonne le discours économique ultra-libéral, qui était celui de Le Pen père, pour lui substituer un discours étatiste qui sur beaucoup de points reprend des thèmes du PCF « ouvriériste » des années 1970, vous savez, celui d’avant la « mutation » Huesque qui en a fait un parti dominé par les classes intermédiaires. Dans la même logique, le discours anti-immigration du FN cesse d’être fondée sur une vision raciste, mais devient largement économique. Le fonctionnaire cesse d’être l’ennemi.

Le deuxième secret de la réussite du RN, c’est la patience et la continuité stratégique. Implanter un candidat, faire connaître un dirigeant, cela prend du temps, et on ne peut se permettre d’en changer tout le temps, pour un oui ou pour un non. Là où les égo-politiciens Macron ou Mélenchon changent d’étiquette en permanence (« en marche » devient « la république en marche » puis « renaissance » ; le « parti de gauche » donne naissance à la « France insoumise », et celle-ci à « l’Union populaire » puis à la « NUPES », et tout cela bien entendu avec changement de logo), le RN n’a changé de nom qu’une fois en un demi-siècle, et son logo est toujours le même. Alors que depuis vingt ans et malgré sa dynamique électorale le RN échoue régulièrement à prendre des positions institutionnelles – il ne contrôle qu’une poignée de municipalités, pas un seul conseil départemental ou régional – ce n’est pas pour autant qu’il change ses équipes ou ses candidats. A chaque élection, ils engrangent des gains en voix, et attendent patiemment que ces gains se traduisent par un basculement. De ce point de vue, les parcours de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon sont amusants à comparer : elle se présente pour la première fois à la députation en 2007 dans une circonscription difficile, et elle sera battue deux fois avant d’être élue en 2017. Mélenchon, lui, s’est présenté pour la première fois dans la circonscription où son élection était garantie, mais dans laquelle il n’avait aucune implantation personnelle, en chassant d’ailleurs le candidat local déjà investi par son parti, et ne se représente pas à l’élection suivante. Laquelle des deux méthodes garantit une implantation de long terme ? Dans lequel des deux cas les électeurs se sentent plus écoutés, plus respectés ?

Enfin, et c’est peut-être le plus important, le RN est un parti « démagogique » au sens étymologique du terme, c’est-à-dire, qui prétend « conduire le peuple ». Or, pour conduire le peuple, il faut l’écouter. Et le RN, quels que soient ses énormes défauts, est un parti à l’écoute. Vous me direz que cette écoute est intéressée, que c’est un simple moyen d’alimenter un discours démagogique. Admettons. Mais cette écoute n’est pas moins efficace en termes de stratégie. Quand on entend les dirigeants du RN, on a l’impression qu’ils connaissent beaucoup mieux leur base que leurs concurrents de gauche, qui ont tendance à expliquer au bon peuple ce qu’il devrait penser. Tiens, prenons un exemple amusant : en réponse aux résultats de dimanche dernier, François Ruffin et quelques-uns de ses copains (Sébastien Jumel (PCF), Marie-Charlotte Garin (Ecologistes), Sébastien Peytavie (G.s), Sophie Taillé-Polian (G.s), Nicolas Sansu (PCF), Damien Maudet (LFI), Karine Lebon (GDR), Leïla Chaibi (LFI), Emeline K/Bidi (GDR)) lancent l’idée d’un « Front Populaire » et créent un site internet à cet effet (2). Si vous avez le temps, regardez la page de présentation : on y voit un dessin stylisé représentant une foule portant des drapeaux, et parmi eux, on voit deux pancartes seulement : l’une porte le mot « UNION », l’autre « REVOLUTION FEMINISTE ». Maintenant, posons-nous la question : est-ce que les fondateurs de ce site pensent vraiment que la « révolution féministe » soit pour les Français la première des priorités programmatiques ? S’ils avaient pris la peine d’écouter, ils auraient peut-être perçu que si une telle revendication excite quelques militants – surtout des « militantes », d’ailleurs – l’immense majorité de nos concitoyens pensent – ils ont tort, certainement – que la sécurité, l’éducation, la santé, les services publics, le pouvoir d’achat et l’emploi sont des sujets bien plus importants.

Tout indique aujourd’hui que la gauche ira à cette élection « unie ». Ce sera, dans le meilleur des cas, une union de façade, qui tient plus au souci de sauver des sièges qu’à une quelconque dynamique programmatique. On nous annonce un « programme de rupture », car comme le dit Eric Coquerel, « Il n’y a qu’un programme de rupture qui peut empêcher le Rassemblement national de gagner cette élection ». L’ennui, c’est qu’il ne suffit pas de proposer une « rupture ». Encore faut-il que cette « rupture » corresponde aux soucis des électeurs, qui ne sont pas forcément ceux des aristocraties militantes. Elaborer un tel programme suppose une capacité à écouter les couches populaires que la gauche n’a pas. On peut donc parier que le « programme de rupture » sera celui des classes intermédiaires qui se regardent dans le miroir.

Mais ce n’est pas le seul problème. A supposer que la gauche veuille enlever ses œillères et écouter le peuple, il faudrait que le programme qui en sortirait soit crédible. La difficulté est que la gauche a déjà gouverné. Et lorsqu’elle a gouverné, elle a mal gouverné, ou du moins a gouverné en fonction des intérêts des classes intermédiaires et de la bourgeoisie. Quelle crédibilité a la gauche qui a fait Maastricht, qui a ouvert le marché de l’électricité à la concurrence, qui a amené Hollande au pouvoir – et qui a mis le pied à l’étrier à Macron – pour parler aujourd’hui de « rupture » ? Qui s’imagine un instant que le Parti socialiste aujourd’hui est prêt à rompre avec les turpitudes du passé, qu’il est disposé à s’attaquer véritablement à « la finance » ?

Le problème est que la gauche n’a rien oublié, et rien appris. Pour rendre la « rupture » crédible, il faudrait un retour critique sur les expériences de la gauche au pouvoir, qui montreraient que la gauche a compris pourquoi cela n’a pas marché, et n’est pas prête à refaire la même chose. Or, c’est le contraire qu’on observe. Chez les socialistes, on cherche à chaque opportunité à vanter le bilan de la gauche au pouvoir, de l’expérience mitterrandienne – pourtant achevée dans la catastrophe électorale de 1993 – à celle de la « gauche plurielle » – dont le succès est si éclatant que son candidat est éliminé dès le premier tour – ou celle de la présidence Hollande – un triomphe tel que le président doit renoncer à se représenter. Pour les couches populaires, qui ont souffert de ces expériences, qui ont pu regarder impuissantes la privatisation des services publics, la dégradation de leur cadre de vie, la désindustrialisation, le chômage de masse, entendre célébrer l’œuvre de la gauche au motif qu’on a aboli la peine de mort, cela sonne comme une moquerie.

Sans ce retour critique, comment imaginer un instant que l’électorat populaire, que la gauche a non seulement systématiquement trahi, mais à qui elle fait en permanence la leçon, ferait confiance au « programme de rupture » porté par Coquerel et compagnie ? Comment imaginer que l’électorat puisse croire les belles promesses d’une gauche qui prétend obtenir l’absolution sans confession ?

On ne fera pas en trois semaines le travail qu’on n’a pas fait en trente ans. Si la gauche veut se reconstruire et être autre chose qu’une droite avec un supplément de cœur, elle doit comprendre que le problème n’est pas tant d’apporter des réponses toutes faites, fussent-elles « de rupture », mais de se poser les bonnes questions et d’y répondre avec franchise. Si au lieu de plébisciter la société « créolisée » et les valeurs « woke » le bas peuple préfère le conservatisme social du RN, s’il préfère qu’on lui parle pouvoir d’achat et défense de sa culture plutôt que de « révolution féministe » et « sortie du nucléaire », il doit bien y avoir une raison. Et tant qu’on n’aura pas compris cette raison, aucune stratégie rationnelle n’est possible. Elle doit aussi comprendre que la reconquête des couches populaires, sans laquelle l’étiquette « gauche » n’a pas de sens, ne peut être qu’une stratégie de long terme, ce qui suppose de renoncer à la logique des « coups médiatiques » pour faire le travail ingrat de terrain, avec des militants qui s’investissent sur le temps long. C’est avec le porte-à-porte et la discussion des dimanches sur les marchés qu’on gagne la confiance, pas avec des « manifestivals » et autres opérations qui laissent à penser qu’on ne s’intéresse au peuple qu’en période électorale.

Quant au RN, il est lui aussi à la croisée des chemins. A-t-il intérêt à gagner ces élections ? Cela se discute. D’un côté, cela permettrait à ce parti de former des cadres et des réseaux dans l’Etat, et donc de devenir un véritable parti de gouvernement. Mais d’un autre côté, il aurait beaucoup de mal à satisfaire les expectatives de son électorat, compte tenu du pouvoir d’obstruction du président de la République, de l’hostilité des milieux économiques et des pouvoirs de la Commission européenne. Accepter de diriger un gouvernement aujourd’hui, c’est perdre à coup sûr l’élection présidentielle de 2027. Si le RN devait avoir la majorité à l’Assemblée, il devrait dans une logique gaullienne exiger la démission du président de la République, clairement désavoué dans les urnes. Ce serait une grave erreur que de chercher à gouverner en cohabitation : les Français ont beau adorer la cohabitation, celle-ci a toujours été la tombe politique de ceux qui s’y sont risqués.

Descartes

(1) Plusieurs fois, le gouvernement s’est fait piéger par des votes de circonstance introduisant dans les textes soumis au Parlement des amendements absurdes, au point qu’il n’ose plus proposer des lois générales, et ne met à l’ordre du jour que des textes spécifiques, pour lesquels il est plus facile de combattre les amendements qui s’écarteraient de l’esprit du texte en tant que « cavaliers législatifs ».

(2)  https://www.frontpopulaire-2024.fr

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

86 réponses à Le dernier coup de dés d’Emmanuel Macron

  1. Trublion dit :

    “A-t-il intérêt à gagner ces élections ? Cela se discute. D’un côté, cela permettrait à ce parti de former des cadres et des réseaux dans l’Etat, et donc de devenir un véritable parti de gouvernement. Mais d’un autre côté, il aurait beaucoup de mal à satisfaire les expectatives de son électorat, compte tenu du pouvoir d’obstruction du président de la République, de l’hostilité des milieux économiques et des pouvoirs de la Commission européenne. Accepter de diriger un gouvernement aujourd’hui, c’est perdre à coup sûr l’élection présidentielle de 2027.”
    Macron n’est pas un grand président mais c’est un tacticien hors pair.
    Soit il arrive à se reconstituer une majorité, soit l’assemblée est encore plus éclatée, soit le RN remporte les législatives. Dans les cas 1 et 3 il est gagnant. Dans le cas 3 il pourra faire une guerre d’usure au RN, qui risque de finir comme Salvini ou Meloni. Quand on ne veut plus du Frexit il faut se conformer au cadre européen et aux faibles marges de manœuvre qu’il laisse.
    Il y a aussi la problématique des deux mandats présidentiels successifs. Si jamais à l’issue de cette séquence Macron devait démissionner, pourrait-il se représenter en 2027. Mon analyse personnelle m’amène à penser que oui.

    • Descartes dit :

      @ Trublion

      [Macron n’est pas un grand président mais c’est un tacticien hors pair.]

      Sans cela, il ne serait pas là où il est. C’est d’ailleurs la logique de l’égo-politique. Pour réussir, un égo-politicien doit être un tacticien hors pair, puisque c’est à partir de ses succès tactiques qu’il se bâtit une « cour » de gens persuadés que l’obéissance aveugle au Chef les conduira au pouvoir. Mais on peut parfaitement réussir comme égo-politicien sans pour autant être un stratège.

      [Soit il arrive à se reconstituer une majorité, soit l’assemblée est encore plus éclatée, soit le RN remporte les législatives. Dans les cas 1 et 3 il est gagnant. Dans le cas 3 il pourra faire une guerre d’usure au RN, qui risque de finir comme Salvini ou Meloni.]

      Cela ne me paraît pas évident. Dans le cas 1, il est évidemment gagnant. Mais dans le cas 3, il ne gagne que si la majorité autour du RN accepte de gouverner avec lui. De ce point de vue, la situation n’a rien à voir avec celle des précédentes cohabitations. En 1984-86, la droite était certes majoritaire, mais divisée. Et Mitterrand avait encore de très solides soutiens dans le pays, et des amitiés solides chez les centristes. Personne n’avait donc songé à demander son départ. La situation était un peu la même en 1997-2002 : La gauche revenait au pouvoir divisée et avec une toute petite majorité, et Chirac restait soutenu par l’appareil de son parti et par une large part de l’électorat. La troisième cohabitation, celle de 1993-95 arrivait à la fin de la présidence Mitterrand, avec un président malade et sur le départ. La droite n’avait aucune raison de le pousser vers la sortie, et le pays ne l’aurait d’ailleurs pas suivie.

      Aujourd’hui, la situation est différente. Macron n’a pas d’appareil derrière lui, et sa personnalité est rejetée y compris par certains de ses électeurs. Qui plus est, une majorité RN arriverait après une dissolution qui, dans la logique gaullienne, est là pour permettre au peuple de trancher un conflit entre le chef d’Etat et le Parlement. Je pense que le RN pourrait parfaitement assumer le fait d’exiger son départ et de rendre impossible la nomination d’un premier ministre jusqu’à l’obtenir.

      [Il y a aussi la problématique des deux mandats présidentiels successifs. Si jamais à l’issue de cette séquence Macron devait démissionner, pourrait-il se représenter en 2027. Mon analyse personnelle m’amène à penser que oui.]

      L’analyse de la plupart des constitutionnalistes aboutit à une conclusion inverse. D’une part, les travaux parlementaires qui ont précédé la réforme constitutionnelle qui introduit la limite des deux mandats montrent que le souci des parlementaires était de limiter le nombre d’années d’exercice ininterrompu du pouvoir à 10 ans. Si Macron démissionnait puis se représentait, en finissant son troisième mandat il dépasserait cette limite. Par ailleurs, comme le signale un éminent constitutionnaliste, une interprétation comme la votre impliquerait qu’il suffirait au président de démissionner formellement un mois avant l’expiration de son mandat pour pouvoir se représenter, et que cela retirerait à la réforme constitutionnelle toute effectivité. Or, en droit, on présume en général que lorsque le législateur a conçu une disposition, il entendait qu’elle soit effective. Une interprétation qui réduit à néant l’effectivité d’une disposition est donc à éviter… Et finalement, au delà de l’interprétation juridique, il y a la question politique: pensez-vous vraiment que, s’il pouvait se représenter, Macron aurait une chance d’être réélu ?

      • delendaesteu dit :

        @Descartes 
        #Je pense que le RN pourrait parfaitement assumer le fait d’exiger son départ et de rendre impossible la nomination d’un premier ministre jusqu’à l’obtenu#
        Je ne suis pas sûr que cette position puisse être comprise par la majorité de la population. Le RN finira pas être tenu responsable de l’absence de gouvernement. 
        Par contre, ce qui risque de fragiliser Macron, c’est qu’il a méconnu la Grande plasticité de la gauche qui a réussi à  s’unir (combattre le nazisme, en s’acoquinant avec des  antisémites, c’est très fort)
        Quoi qu’il en soit,  les macronistes risquent d’arriver 3ème dans la plupart des circonscriptions et d’être éliminés

        • Descartes dit :

          @ delendaesteu

          [« Je pense que le RN pourrait parfaitement assumer le fait d’exiger son départ et de rendre impossible la nomination d’un premier ministre jusqu’à l’obtenu » Je ne suis pas sûr que cette position puisse être comprise par la majorité de la population. Le RN finira pas être tenu responsable de l’absence de gouvernement.]

          Là, c’est de la politique pure. En cas de victoire du RN, Macron sera-t-il vu par la majorité de la population comme le garant des institutions, ou au contraire comme un personnage engagé dans le sabotage du gouvernement RN ? Compte tenu de sa personnalité et de sa manière de gouverner jusqu’ici, je ne le vois crédible dans la position de garant, comme ont pu le faire Mitterrand ou Chirac.

          [Par contre, ce qui risque de fragiliser Macron, c’est qu’il a méconnu la Grande plasticité de la gauche qui a réussi à s’unir (combattre le nazisme, en s’acoquinant avec des antisémites, c’est très fort)
          Quoi qu’il en soit, les macronistes risquent d’arriver 3ème dans la plupart des circonscriptions et d’être éliminés]

          Oui. C’est pourquoi l’hypothèse qui me semble la plus vraisemblable au soir du 7 juillet est celle d’une Assemblée où le président n’aura pas de majorité fusse-t-elle relative, sans que pour autant aucun des groupes soit capable de bâtir une majorité autour de lui. Ce qui nous mettrait dans une situation de blocage constitutionnel.

      • Vincent dit :

        “L’analyse de la plupart des constitutionnalistes aboutit à une conclusion inverse. D’une part, les travaux parlementaires qui ont précédé la réforme constitutionnelle qui introduit la limite des deux mandats montrent que le souci des parlementaires était de limiter le nombre d’années d’exercice ininterrompu du pouvoir à 10 ans. (…) Or, en droit, on présume en général que lorsque le législateur a conçu une disposition, il entendait qu’elle soit effective. Une interprétation qui réduit à néant l’effectivité d’une disposition est donc à éviter”

         
        Coluche disait : ““Il y a deux sortes de justice : vous avez l’avocat qui connaît bien la loi, et l’avocat qui connaît bien le juge !”
        Ma crainte ici n’est pas sur le fond : votre analyse est impeccable. Mais c’est le Conseil Constitutionnel qui juge. Et on voit bien depuis quelques mois/années, que celui ci fait de plus en plus de la politique, et de moins en moins du droit.
        Ce serait juste un pas de plus dans la politisation du Cc de prendre une décision autorisant Macron à se représenter…

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Ma crainte ici n’est pas sur le fond : votre analyse est impeccable. Mais c’est le Conseil Constitutionnel qui juge. Et on voit bien depuis quelques mois/années, que celui ci fait de plus en plus de la politique, et de moins en moins du droit. Ce serait juste un pas de plus dans la politisation du Cc de prendre une décision autorisant Macron à se représenter…]

          Ce serait prendre un énorme risque. En jugeant contre l’avis de la plupart des constitutionnalistes, le Conseil constitutionnel ouvrirait la voie à la remise en cause de sa propre position institutionnelle. Et surtout, une telle décision permettrait peut-être à Macron de se représenter, mais serait pour lui un boulet, parce que sa candidature apparaîtrait comme un magouillage des élites.

          • Vincent dit :

            Je suis tout à fait d’accord.
             
            Ma grosse crainte dans la situation actuelle, au delà de ce que pourraient faire le RN ou LFI, est l’attitude de Macron et Fabius.
             
            Nous sommes dans une crise politique. Mais la politique, ça va et ça vient. Il ne faudrait surtout pas que l’on parte d’une crise politique vers une crise institutionnelle, à laquelle aboutirait ce type de décision !

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [Ma grosse crainte dans la situation actuelle, au delà de ce que pourraient faire le RN ou LFI, est l’attitude de Macron et Fabius.]

              Macron illustre parfaitement la formule de Pompidou: “passées les bornes, il n’y a plus de limites”. Mais Fabius est un vieux renard, qui sait parfaitement jusqu’où on peut aller trop loin.

  2. Magpoul dit :

    @Descartes
    Merci pour ce papier. J’ai voté pour la liste dont faisait partie République Souveraine pour ces élections et nous n’avons récolté que de modestes suffrages. Je suis rentré en France il y a peu et consulter les médias à nouveau m’a fait apparaitre un mépris crasseux de la part de tant de personnalité envers le RN et son électorat. Je dois avouer que ce mépris et ce refus du dialogue que vous décrivez si bien me donne de plus envie de franchir le pas et voter RN (au deuxième tour au moins), car je pense qu’à l’heure actuelle, c’est le seul parti capable de représenter les couches populaires qui sont à mon sens essentielles au redressement du pays. 

    La “gauche” a été faible. Le choix du “front populaire” pour incarner leur nouvel union montre bien ce que ces partis sont devenus: des manipulateurs de signifiants vides qui se croient supportés par un peuple fantasmé et qui méprisent ceux qu’ils sont sensés représenter, et ce qu’ils sont sensés représenter (la Nation). Cela me fatigue déjà ! 

    Macron a fait un coup très intéressant, car je pense qu’il sait le délitement de la “gauche”, et qu’il veut se présenter comme le seul adversaire crédible au RN. J’ignore ce qui est à souhaiter pour les prochaines élections. Néanmoins, tout ce désordre redonne un sens au vote, et ça c’est une bonne chose. 

    Que pensez-vous d’une union RN-Reconquête? J’ai tendance à penser que le RN a plus à perdre qu’à gagner avec cela. J’ignore si ils le feront. Les prochaines semaines promettent d’être plutôt excitantes ! Merci encore pour vos commentaires !! 

    • Descartes dit :

      @ Magpoul

      [Merci pour ce papier. J’ai voté pour la liste dont faisait partie République Souveraine pour ces élections et nous n’avons récolté que de modestes suffrages.]

      Oui. C’est dommage, parce que bien des idées défendues par « République Souveraine » s’imposent aujourd’hui chez beaucoup d’électeurs. Mais sans appareil, il est difficile aujourd’hui de s’imposer dans l’arène médiatique. Cela étant dit, il ne faut jamais désespérer. Le FN était un groupuscule en 1981. Il a fallu quarante ans de travail patient pour en faire le premier parti de France.

      [Je suis rentré en France il y a peu et consulter les médias à nouveau m’a fait apparaitre un mépris crasseux de la part de tant de personnalité envers le RN et son électorat. Je dois avouer que ce mépris et ce refus du dialogue que vous décrivez si bien me donne de plus envie de franchir le pas et voter RN (au deuxième tour au moins), car je pense qu’à l’heure actuelle, c’est le seul parti capable de représenter les couches populaires qui sont à mon sens essentielles au redressement du pays.]

      Le mépris dont vous parlez est tout simplement le mépris de classe. Du temps où le PCF était « le parti de la classe ouvrière », vous trouviez exactement le même envers les dirigeants communistes. Le « refus de dialogue », lui, a une autre source. Notre société vante l’individualisme, mais en réaction tend à devenir de plus en plus essentialiste. Les fidélités politiques sont de moins en moins dictées par des convictions rationnelles, et de plus en plus par la « communauté » intellectuelle, sociale, religieuse à laquelle vous appartenez. Du coup, le débat ne sert à rien. L’action politique ne consiste plus à convaincre ceux qui sont de l’autre côté, mais à mobiliser les siens.

      [La “gauche” a été faible. Le choix du “front populaire” pour incarner leur nouvel union montre bien ce que ces partis sont devenus: des manipulateurs de signifiants vides qui se croient supportés par un peuple fantasmé et qui méprisent ceux qu’ils sont sensés représenter, et ce qu’ils sont sensés représenter (la Nation). Cela me fatigue déjà !]

      Il y a de quoi. La référence au Front Populaire, c’est un joker que la gauche non communiste ressort à tout propos et hors de propos. Il est vrai que c’est la dernière expérience « de gauche » qui aujourd’hui fasse un relatif consensus. Difficile de mobiliser toute la gauche au nom de « l’union de la gauche » que les socialistes ont trahi, ou du « programme commun » que les socialistes ont abandonné pour se convertir au néolibéralisme. Et ne parlons même pas de la « gauche plurielle ». Finalement, la gauche française – dont il ne faut pas oublier qu’elle a gouverné pendant 20 ans sur les quarante dernières années – n’a pas grande chose à présenter comme bilan. C’est pourquoi le Front Populaire reste la seule vitrine que la gauche française non communiste puisse invoquer.

      Mais dans le cas présent, l’invocation du Front Populaire montre une grande ignorance historique. On présente le « Front Populaire » comme une réaction aux menées factieuses de la droite antirépublicaine, qui auraient convaincu les partis de gauche de s’unir. Seulement, l’histoire est un peu différente. Le Front Populaire est d’abord le résultat d’un changement de stratégie de l’Internationale Communiste (le Komintern), en réponse à la montée du fascisme. C’est d’ailleurs pourquoi les « fronts populaires » apparaissent en même temps en Espagne, en France, et dans d’autres pays d’Europe. « L’union » à l’époque est assez limitée : c’est la SFIO et les radicaux qui gouvernent, les communistes étant condamnés au « soutien sans participation », pour ne pas effrayer l’électorat modéré. Enfin, il faut se souvenir que c’est la chambre du Front Populaire qui votera quelque temps plus tard l’interdiction du PCF, puis les pleins pouvoirs à Pétain…

      [Macron a fait un coup très intéressant, car je pense qu’il sait le délitement de la “gauche”, et qu’il veut se présenter comme le seul adversaire crédible au RN. J’ignore ce qui est à souhaiter pour les prochaines élections. Néanmoins, tout ce désordre redonne un sens au vote, et ça c’est une bonne chose.]

      Oui. C’est vraiment dommage que la campagne soit aussi courte, parce que pour la première fois depuis très longtemps on se trouve devant un vote qui peut changer quelque chose. Quant à la chose à souhaiter, je crains qu’on n’ait le choix entre l’inconnu (à mon avis le RN est capable du meilleur comme du pire) et continuer avec la même chose. Parce que, franchement, qui peut penser qu’une majorité macroniste ou bien une majorité de « gauche plurielle » ferait quelque chose de très différent de ce qui a été fait ces vingt ou trente dernières années ? Personne : faire différent suppose d’avoir un retour critique sur ce qu’on a fait, et je ne vois aucun signe de ce retour critique. C’est pas demain que la gauche fera son autocritique sur le traité de Maastricht…

      [Que pensez-vous d’une union RN-Reconquête? J’ai tendance à penser que le RN a plus à perdre qu’à gagner avec cela.]

      Je suis d’accord. Reconquête, c’est la droite réactionnaire dans toute sa splendeur. Le RN a construit son succès sur sa ligne « social-souverainiste », qui est précisément la négation de cette logique. Même s’ils partagent des idées sur certains sujets (identité, immigration…) in fine l’avenir du RN se joue sur l’économie. A la rigueur, on peut imaginer des pactes de non-agression (par exemple, le RN renoncerait à présenter des candidats contre Renaissance dans certaines circonscriptions en échange d’un soutien global à ses candidats dans les autres. Mais je en vois pas d’accord programmatique possible.

      • Magpoul dit :

        @Descartes

        Oui. C’est dommage, parce que bien des idées défendues par « République Souveraine » s’imposent aujourd’hui chez beaucoup d’électeurs. Mais sans appareil, il est difficile aujourd’hui de s’imposer dans l’arène médiatique. Cela étant dit, il ne faut jamais désespérer. Le FN était un groupuscule en 1981. Il a fallu quarante ans de travail patient pour en faire le premier parti de France.

        Je suis d’accord et je garde espoir. Le parti fait un bel effort sur Youtube pour proposer des entretiens avec des gens très intéressants. Malheureusement, il est peu convié dans les sphères médiatiques. De façon intéressante, l’une des rares chaines qui offraient du temps de parole à Mr. Kuzmanovic était RT France… Le fait que le FN ait monté jusqu’à 2002 est souvent attribué à Mitterrand qui aurait volontairement utilisé ce parti pour diviser la droite. Que pensez-vous de cette hypothèse? Je vois mal quelque chose de “repoussant” chez RS comme le FN pouvait avoir à l’époque avec ses fondateurs et leur “glorieux” passé sous l’occupation… Néanmoins j’espère qu’un jour notre tour viendra et que les dirigeants en se laisseront pas décourager. 

        Le mépris dont vous parlez est tout simplement le mépris de classe. Du temps où le PCF était « le parti de la classe ouvrière », vous trouviez exactement le même envers les dirigeants communistes. Le « refus de dialogue », lui, a une autre source. Notre société vante l’individualisme, mais en réaction tend à devenir de plus en plus essentialiste. Les fidélités politiques sont de moins en moins dictées par des convictions rationnelles, et de plus en plus par la « communauté » intellectuelle, sociale, religieuse à laquelle vous appartenez. Du coup, le débat ne sert à rien. L’action politique ne consiste plus à convaincre ceux qui sont de l’autre côté, mais à mobiliser les siens.

        Ce mépris infect est contreproductif selon moi. Je ne comprend pas l’intérêt qu’ont les classes intermédiaires à mépriser l’électorat RN. En quoi cela leur bénéficie? Sont-ils vraiment conscients que c’est du mépris? Mr. Brossat du PCR disait hier sur un plateau que le RN est un “parti de raciste” (avec un ton dédaigneux). Se pose-t’il une fois la question de l’intérêt de formuler cela pour son parti qui a encore récolter de maigres résultats? 

         Finalement, la gauche française – dont il ne faut pas oublier qu’elle a gouverné pendant 20 ans sur les quarante dernières années – n’a pas grande chose à présenter comme bilan. C’est pourquoi le Front Populaire reste la seule vitrine que la gauche française non communiste puisse invoquer.

        N’oublions pas la NUPES qui a été un franc succès, regroupant les mêmes acteurs à peu près… Vous remarquerez que le PCF fait bien parti de ce front populaire nouvellement créé. Pensez-vous que Fabien Roussel a abandonné ses ambitions de proposer un nouvelle orientation pour le parti? 

        Enfin, il faut se souvenir que c’est la chambre du Front Populaire qui votera quelque temps plus tard l’interdiction du PCF, puis les pleins pouvoirs à Pétain…

        Est-ce si clair que cela? J’ai regardé un petit peu ce point et j’ai pu voir qu’il y avait de nombreux sénateurs (opposés au FP) qui ont voté favorablement aux pleins pouvoirs. Les députés communistes étaient exclus, ce qui nous ramène à 649 parlementaires, dont nombre d’entre eux étaient hors FP. Certes, de nombreux radicaux et membres de la SFIO ont voté en faveur des pleins pouvoirs, mais peut-on vraiment dire que la chambre du FP a voté les pleins pouvoirs? 

        Oui. C’est vraiment dommage que la campagne soit aussi courte, parce que pour la première fois depuis très longtemps on se trouve devant un vote qui peut changer quelque chose. 

        En effet, trois semaines c’est très court. Il aurait été plus sage de décaler l’annonce de dissolution après les JO. J’ai cru comprendre que Macron s’attendait à une motion de censure en octobre, donc que cette dissolution aurait certainement pu avoir lieu à ce moment là. Le fait qu’il ait immédiatement lancé le processus appuie l’hypothèse que notre cher président a fait un coup tactique personnel plutôt que pour le pays. Très surprenant….

        Quant à la chose à souhaiter, je crains qu’on n’ait le choix entre l’inconnu (à mon avis le RN est capable du meilleur comme du pire) et continuer avec la même chose.

        Ce qui m’a frappé dans les quelques reportages d’électeurs RN proposés à la télé, c’est que c’est exactement ce que les électeurs ont dit. Personne ne semblait s’attendre à un miracle, et tous ont montré une lucidité qui humilie largement le fanatisme de certains électeurs “de gauche” ou de Macron, ou de certains parti comme l’UPR. Cela me rassure d’autant plus, d’une certaine façon. 
         

        • Descartes dit :

          @ Magpoul

          [Le fait que le FN ait monté jusqu’à 2002 est souvent attribué à Mitterrand qui aurait volontairement utilisé ce parti pour diviser la droite. Que pensez-vous de cette hypothèse ?]

          Que Mitterrand ait mis en selle le FN en lui offrant une exposition médiatique dans les années 1980-90 d’abord pour gêner la droite, puis pour en faire un repoussoir et susciter le réflexe de « front républicain » n’est pas une « hypothèse », mais un fait historique abondamment documenté. Mais l’exposition médiatique à elle seule ne lui permettait pas d’aller très loin. On l’a vu lors des élections de 1997, où le RN a gagné pour la première fois plusieurs municipalités, et a pu démontrer un rare mélange d’irréalisme et d’incompétence. Le FN version Jean-Marie Le Pen n’avait pas les moyens de casser un « plafond de verre » constitué par ses électorats traditionnels (cathos intégristes, rapatriés d’Algérie, petits commerçants et artisans). Il a fallu une mutation conduite de l’intérieur pour permettre au FN de conquérir des électeurs dans les couches populaires du nord et de l’est de la France.

          [Je vois mal quelque chose de “repoussant” chez RS comme le FN pouvait avoir à l’époque avec ses fondateurs et leur “glorieux” passé sous l’occupation… Néanmoins j’espère qu’un jour notre tour viendra et que les dirigeants en se laisseront pas décourager.]

          Espérons-le. Personnellement, je ne pense pas que RS, compte tenu de sa diversité interne, puisse devenir un véritable parti politique de pouvoir. Mais étant un lieu de confrontations ce pourrait être la matrice d’un ou plusieurs véritables partis souverainistes…

          [Ce mépris infect est contreproductif selon moi. Je ne comprend pas l’intérêt qu’ont les classes intermédiaires à mépriser l’électorat RN. En quoi cela leur bénéficie ? Sont-ils vraiment conscients que c’est du mépris ?]

          Je pense que ce mépris ne sert aucun intérêt, mais que c’est un sous-produit du sentiment de supériorité des classes intermédiaires. Les classes intermédiaires sont persuadées d’avoir vu la Lumière et d’avoir accès à la Verité. Elles ne peuvent que plaindre et mépriser ceux qui n’ont pas cette chance.

          [N’oublions pas la NUPES qui a été un franc succès, regroupant les mêmes acteurs à peu près… Vous remarquerez que le PCF fait bien parti de ce front populaire nouvellement créé. Pensez-vous que Fabien Roussel a abandonné ses ambitions de proposer un nouvelle orientation pour le parti?]

          Non, je pense surtout que pour l’appareil du PCF la priorité absolue est de préserver un groupe parlementaire. Parce que sans ce groupe, c’en est fini de toute présence dans la politique nationale. Et c’est pourquoi à chaque législative, c’est pareil : le PCF est prêt à signer n’importe quoi pourvu qu’on lui réserve les quinze circonscriptions éligibles…

          [« Enfin, il faut se souvenir que c’est la chambre du Front Populaire qui votera quelque temps plus tard l’interdiction du PCF, puis les pleins pouvoirs à Pétain… » Est-ce si clair que cela? J’ai regardé un petit peu ce point et j’ai pu voir qu’il y avait de nombreux sénateurs (opposés au FP) qui ont voté favorablement aux pleins pouvoirs. Les députés communistes étaient exclus, ce qui nous ramène à 649 parlementaires, dont nombre d’entre eux étaient hors FP. Certes, de nombreux radicaux et membres de la SFIO ont voté en faveur des pleins pouvoirs, mais peut-on vraiment dire que la chambre du FP a voté les pleins pouvoirs ?]

          C’est la vérité historique : une majorité de députés présents ont voté les pleins pouvoirs.

          [En effet, trois semaines c’est très court. Il aurait été plus sage de décaler l’annonce de dissolution après les JO. J’ai cru comprendre que Macron s’attendait à une motion de censure en octobre, donc que cette dissolution aurait certainement pu avoir lieu à ce moment là. Le fait qu’il ait immédiatement lancé le processus appuie l’hypothèse que notre cher président a fait un coup tactique personnel plutôt que pour le pays. Très surprenant…]

          Votre surprise ne peut être qu’ironique. L’opération montée par le président cherche à tirer profit de l’effet des 31% du RN pour faire jouer le réflexe de « front républicain » en faveur de ses candidats. Dans ce contexte, il fallait faire vite, avant que l’effet de terreur ne s’émousse. Au demeurant, les premiers éléments laissent penser qu’il a mal calculé. L’effet de terreur joue bien, mais plutôt en faveur de la gauche que du macronisme.

          [Ce qui m’a frappé dans les quelques reportages d’électeurs RN proposés à la télé, c’est que c’est exactement ce que les électeurs ont dit. Personne ne semblait s’attendre à un miracle, et tous ont montré une lucidité qui humilie largement le fanatisme de certains électeurs “de gauche” ou de Macron, ou de certains parti comme l’UPR. Cela me rassure d’autant plus, d’une certaine façon.]

          C’est à la fois rassurant et triste. Rassurant, parce que cela montre que les électeurs sont bien plus réalistes qu’on ne veut les faire. Et triste, parce qu’on peut constater que l’électorat est finalement prêt à se contenter de peu.

    • Vincent dit :

       
      “J’ai voté pour la liste dont faisait partie République Souveraine pour ces élections”
      A croire que les lecteurs de ce blog ne seraient pas représentatifs du paysage politique !
      Qu’on puisse se retrouver entre électeurs d’une liste qui a fait 0,05 % des voix en est un signe 😉

      • Magpoul dit :

        @Vincent
        Un plaisir, en effet ! J’aimerai sincèrement que les débats dans les médias et autour d’une table soient aussi cordiaux qu’ici… 
        Du courage ! 

  3. François dit :

    Bonsoir Descartes,
    J’ai quand même l’impression que jusqu’à présent Macron s’est tiré une belle balle dans le pied, incapable de changer sa martingale, alors que les temps ont changé. Mon ressenti jusqu’à présent, au lieu d’être un « moi ou le chaos », c’est un « eux (le RN) ou le chaos ». Très mauvaise idée que de provoquer des élections anticipées quand le principal parti d’opposition est galvanisé. Il pensait bénéficier de la dispersion de la gauche, mais manque de bol, les crevards n’ont pas su résister à l’appel de la gamelle. Et pire, sur sa droite, le chantage affectif du « front républicain » a (enfin) cédé. Avec un gauche hystérisée, dans des seconds tours, beaucoup de centristes préfèreront la peste brune à la peste rouge. On notera ainsi que si c’est encore (très) relatif, les CSP+ votent désormais majoritairement RN (l’incongruité étant que l’embourgeoisée ville du Plessis-Robinson a placé Bardella en tête. Tout comme « la jeunesse n’emmerde plus le Front National ».
     
    Il me semble acté qu’à défaut d’une majorité absolue, la coalition RN/LR bénéficiera d’une relative. Et je crains leur savonner la planche ne se retourne contre lui, que l’incapacité de la coalition à gouverner lui sera imputée avec un retour de flamme encore plus violent en 2027 (et vraisemblablement avant). Et si majorité absolue il y a, je crois que Macron est beaucoup trop narcissique pour se contenter grosso modo d’inaugurer les chrysanthèmes.
     
    Quant au leader minimo, aussi foutraque qu’il puisse paraître, sa stratégie politique reste néanmoins constante : séduire les grands remplaçants. Sa stratégie porte d’ailleurs se fruits, puisqu’il progresse aux élections (présidentielles) en pourcentage des inscrits.
     
    Comme j’ai pu l’entendre, souvent, une journée se passe en une décennie, et parfois, une décennie se passe en une journée, et que maintenant, nous sommes dans le second cas de figure. Plus grand chose ne ressemblera à maintenant après le 7 juillet.

    • Descartes dit :

      @ François

      [J’ai quand même l’impression que jusqu’à présent Macron s’est tiré une belle balle dans le pied, incapable de changer sa martingale, alors que les temps ont changé. Mon ressenti jusqu’à présent, au lieu d’être un « moi ou le chaos », c’est un « eux (le RN) ou le chaos ». Très mauvaise idée que de provoquer des élections anticipées quand le principal parti d’opposition est galvanisé.]

      Justement. La « galvanisation » du RN est la dernière chance de Macron de susciter dans le corps électoral suffisamment de peur pour espérer un sursaut en sa faveur. Je ne sais pas dans quel milieu vous évoluez, mais j’ai participé ces derniers jours à pas mal de rencontres avec des gens vaguement « de gauche », et je vous assure qu’ils fantasment à mort sur le mode « les fascistes sont à nos portes ». Pour ces gens, Bardella est une espèce de croisement entre Hitler et Pinochet. C’est tellement excessif que ça en devient presque drôle – je pense raconter ca dans un autre papier, alors je n’en dirai pas plus. Mais je peux vous assurer que ces gens-là sont prêts à voter un âne bâté pour « barrer la route au RN ». Et le camp présidentiel a pas mal d’ânes bâtés à proposer…

      Bien entendu, certains électeurs pourraient être tenté de choisir des ânes bâtés dans la gauche. Il est probable que les leaders « traditionnels » de la gauche, rompus à l’exercice de sauvetage des sièges sur la base d’une « union » programmatique sans programme, arriveront à un accord. Mais il faut compter sur les extrémistes du genre Glucksmann, qui prétend jouer au petit Mélenchon en imposant aux candidats des engagements de « soutien inébranlable à la construction européenne » et autres du même genre. Et certains au PS sont tentés de le suivre, s’imaginant qu’ils ont plus à perdre qu’à a gagner à aller aux élections avec LFI. La gauche risque donc d’aller formellement unie… mais dans des conditions qui ne lui permettront pas de créer une vraie dynamique. Macron a donc toutes les chances d’apparaître comme la « valeur refuge » face au RN.

      [Il me semble acté qu’à défaut d’une majorité absolue, la coalition RN/LR bénéficiera d’une relative. Et je crains leur savonner la planche ne se retourne contre lui, que l’incapacité de la coalition à gouverner lui sera imputée avec un retour de flamme encore plus violent en 2027 (et vraisemblablement avant). Et si majorité absolue il y a, je crois que Macron est beaucoup trop narcissique pour se contenter grosso modo d’inaugurer les chrysanthèmes.]

      Personnellement, je pense que le RN devrait d’ores et déjà annoncer qu’il n’y aura pas de cohabitation, autrement dit, qu’en cas de victoire il refusera de gouverner avec Macron. Je pense que l’opinion peut entendre ce discours, et qu’il serait même probablement électoralement gagnant, tant sont nombreux les électeurs qui veulent voir Macron disparaître du paysage.

      [Quant au leader minimo, aussi foutraque qu’il puisse paraître, sa stratégie politique reste néanmoins constante : séduire les grands remplaçants. Sa stratégie porte d’ailleurs se fruits, puisqu’il progresse aux élections (présidentielles) en pourcentage des inscrits.]

      Le pari s’avère, à mon avis, perdant. A force d’outrances, il s’est mis dans une situation ou plus personne ne veut travailler avec lui. Même parmi ses propres troupes, on commence à penser qu’il a fait son temps. Je ne sais pas si vous avez regardé sa deuxième intervention dans son quartier général de campagne. Il est parti dans une longue digression « philosophique » dont il a le secret… mais ce qui était amusant, c’est de voir les têtes des dirigeants de LFI placés derrière ou à côté de lui sur l’estrade (Panot, Aubry, Bompard…), et qui ne cherchaient même pas à dissimuler leur ennui. Clairement, la négociation des accords à gauche lui échappe, et pour la première fois depuis longtemps, ce n’est plus lui qui lance les idées (voir le « Front Populaire » lancé par Ruffin et auquel LFI s’est, nolens volens, rallié. Mettant au rebut « l’Union populaire » chère au Chef. Personnellement, je pense que la stratégie du « clivage » a vécu. Dans la situation actuelle de la France, les gens veulent être rassurés. La dernière chose qu’ils veulent est une guerre civile permanente.

      [Comme j’ai pu l’entendre, souvent, une journée se passe en une décennie, et parfois, une décennie se passe en une journée, et que maintenant, nous sommes dans le second cas de figure. Plus grand chose ne ressemblera à maintenant après le 7 juillet.]

      Je vous trouve bien optimiste… j’ai tellement entendu des « plus rien ne sera comme avant » que je suis devenu méfiant…

      • Vincent dit :

        “Personnellement, je pense que le RN devrait d’ores et déjà annoncer qu’il n’y aura pas de cohabitation, autrement dit, qu’en cas de victoire il refusera de gouverner avec Macron. Je pense que l’opinion peut entendre ce discours, et qu’il serait même probablement électoralement gagnant, tant sont nombreux les électeurs qui veulent voir Macron disparaître du paysage.”

         
        Oui, tout à fait d’accord.
        Ou sinon, encore mieux, y aller, mais au premier bâton dans les roues mis par Macron, démissionner avec fracas en dénonçant l’attitude présidentielle.

  4. NG dit :

    Merci pour ce billet limpide (comme d’habitude).La seule bonne nouvelle concerne les services municipaux qui n’auront pas à remballer tout de suite les 38 (!) panneaux installés à côté des bureaux de vote.Je vous rejoins sur le fantasme du fascisme des électeurs “de gauche” puisque j’évolue moi-même dans un milieu social de “classes citadines éduquées”. C’est un sujet très difficile à aborder car en parler serait dire à ces proches qu’ils ont une vision totalement déformée de la réalité du pays. Plus les bien-pensants “de gauche” s’époumonnent contre “le danger de l’extrême droite” puis le RN devient un parti puissant. Pourquoi ne s’interrogent-ils pas sur le mécanisme à l’œuvre (et que vous avez parfaitement décrit dans ce billet) ? Peut-être devrais-je les inviter à vous lire… Mais iraient-ils au bout de l’argumentation du texte ?

  5. P2R dit :

    Cher Descartes
     
    Quand vous dites que Macron à joué un très beau coup tactique, je peux le concevoir: avec une campagne très courte et propice à l’hystérisation, et surtout avec la perspectives des JO derrière, où tout le monde souhaiterait éviter un grand désordre institutionnel, Macron sollicite un réflexe de vote maximal pour le parti de la stabilité (même médiocre), réflexe qu’il aurait été bien plus délicat de provoque cet automne. Mais à quel prix ? Et pour quel bénéfice ?
     
    C’est là qu’on voit tout l’égocentrisme de notre Président.
     
    Le prix est exorbitant: quelle que soit l’issue, elle nous engage vers un verrouillage majeur des institutions et de la société. Le bénéfice espéré quant à lui est tout à fait mineur. Si Macron rafle par miracle une majorité absolue, il restera 3 ans au RN pour se refaire et probablement emporter l’Elysée en 2027. S’il garde une majorité relative, c’est le retour à la case départ. S’il provoque l’arrivée d’une majorité relative RN à l’assemblée, c’est le blocage institutionnel complet pour un an. Et si le RN trouve une majorité à l’assemblée, il en sera directement comptable. On voit bien que derrière le coup tactique, il n’y a aucune idée stratégique. Même en cas de succès relatif de la dissolution, nous serions face à un joueur d’échec qui, n’ayant plus que son roi sur le plateau, se félicite de la prise d’un pion à l’adversaire.
     
    C’est là qu’on constate que cette décision n’a rien de Gaullien. La vision Gaulliste de la présidence en fait avant tout le garant des institutions. Elle ne peut cautionner une décision qui puisse aboutir à sa paralysie. Selon moi deux alternatives se présentaient à Macron après la défaite: soit analyser le score sur le plan européen et provoquer un référendum sur le fait de quitter l’UE. Le choc médiatique aurait été au moins aussi fort, et le risque politique beaucoup moins élevé: les français ne sont pas prêts à voter un Frexit, d’autant que les oppositions, qui ont passé les dernières années à clamer que non, elles ne souhaitaient pas sortir de l’UE, auraient été bien en mal de faire campagne contre le président. A l’issue de ce scrutin, le camp européiste aurait été définitivement et indiscutablement légitimé, et Macron en serait sorti, aux yeux des européens, grandi. L’autre option aurait été d’analyser le résultat comme un rejet personnel, et donc de démissionner et retourner devant les électeurs, mais il y a là une inconnue constitutionnelle (qui a mon avis pouvait être esquivée avec un engagement à démissionner en juin 2027 et à ne pas se représenter).
     
    De tout manière, en aucun cas le score du RN aux européennes ne sanctionnait le fonctionnement de l’AN. Cette dissolution ne fait aucun sens.
     
    Quant à faire des projections dans le futur, rien ne me semble pouvoir indiquer que Macron puisse gagner son minable pari. L’intervention de ce matin est totalement lunaire: ayant provoqué une crise majeure, Macron nous ressort parfois au mot près un discours banal, des projets flous dont la majorité ont déjà été évoqués des dizaines de fois, un énième “grand débat”, cette fois sur la laïcité, bref, typiquement le blabla Macron à 15% d’intentions de votes. Il reste par ailleurs toujours convaincu que le vote RN n’est qu’un vote de colère de gens qui n’ont pas compris où était leur intérêt.
     
    Personnellement, j’aurais parié sur un virage nettement plus droitier, ou du moins régalien, visant à rallier les pontes LR fraichement trahis par Ciotti et à dégonfler l’élan RN, d’autant plus que l’alliance des gauches, et en particulier l’intégration de la gauche modérée – cf Carole Delga – à la NupesV2, exclut à priori la possibilité d’aller chercher des voix de ce coté. Avec ce positionnement du statu quo, le bloc central devra déjà s’estimer heureux s’il parvient à s’immiscer au second tour entre Nupes et RN dans quelques circonscriptions..
     
    à suivre

    • Descartes dit :

      @ P2R

      [Le prix est exorbitant: quelle que soit l’issue, elle nous engage vers un verrouillage majeur des institutions et de la société.]

      Ne soyons pas trop durs avec notre pauvre président. Le « verrouillage » dont vous parlez existe déjà, et la crise politique est d’abord une crise sociale. Aurait-il été plus responsable de prolonger l’agonie, d’espérer pouvoir trainer la patte pendant les trois ans qui lui restent, esquivant un vote de censure sur le budget avec quelques concessions à LR ? Au fonds, j’ai du mal à critiquer la décision de dissolution, qui me semblait inévitable dès lors que toutes les tentatives d’élargissement de la majorité ont échoué.

      Ce qui me semble plus critiquable, et qui pour le coup relève du « coup médiatique » et non de la politique au sens noble du terme, c’est cette dissolution en accéléré, avec une campagne de trois semaines à peine, coincée par les jeux olympiques. Il aurait parfaitement pu annoncer une dissolution à l’automne, et laisser le débat politique se dérouler normalement… Ca lui aurait donné d’ailleurs l’opportunité de dérouler un véritable programme de gouvernement.

      [C’est là qu’on constate que cette décision n’a rien de Gaullien.]

      Cela me paraît évident. La vision gaullienne était centrée non pas sur l’individu, mais sur l’institution. Dès lors que l’homme n’était plus en mesure de porter l’institution, il lui faut partir pour protéger cette dernière.

      [Selon moi deux alternatives se présentaient à Macron après la défaite: soit analyser le score sur le plan européen et provoquer un référendum sur le fait de quitter l’UE. Le choc médiatique aurait été au moins aussi fort, et le risque politique beaucoup moins élevé : les français ne sont pas prêts à voter un Frexit, d’autant que les oppositions, qui ont passé les dernières années à clamer que non, elles ne souhaitaient pas sortir de l’UE, auraient été bien en mal de faire campagne contre le président. A l’issue de ce scrutin, le camp européiste aurait été définitivement et indiscutablement légitimé, et Macron en serait sorti, aux yeux des européens, grandi.]

      C’est ce que Cameron avait essayé de faire… avec les résultats que l’on sait. Les Français n’aiment pas entendre parler de Frexit, mais mis devant un choix réel il est difficile à dire comment ils réagiraient. Ca aurait pu très mal se terminer. Mais je ne vois pas très bien ce qu’un tel référendum serait venu faire. Le problème de Macron, ce ne sont pas les 31% de Bardella aux européennes – tout le monde sait que le parlement européen ne sert à rien – mais l’absence de majorité à l’Assemblée. Et un référendum sur l’appartenance à l’UE n’aurait rien changé.

      [De tout manière, en aucun cas le score du RN aux européennes ne sanctionnait le fonctionnement de l’AN. Cette dissolution ne fait aucun sens.]

      Le sens de la dissolution, c’est d’en finir avec le blocage à l’Assemblée. Le score du RN n’a fait qu’ouvrir une fenêtre d’opportunité en termes de calendrier. Mais même si Hayer avait fait 30% et Bardella 14%, la dissolution aurait eu lieu. Plus tard peut être, avec un vote de censure du budget, mais elle aurait eu lieu.

      [Quant à faire des projections dans le futur, rien ne me semble pouvoir indiquer que Macron puisse gagner son minable pari.]

      Ne le sous-estimez pas…

      [L’intervention de ce matin est totalement lunaire: ayant provoqué une crise majeure, Macron nous ressort parfois au mot près un discours banal, des projets flous dont la majorité ont déjà été évoqués des dizaines de fois, un énième “grand débat”, cette fois sur la laïcité, bref, typiquement le blabla Macron à 15% d’intentions de votes. Il reste par ailleurs toujours convaincu que le vote RN n’est qu’un vote de colère de gens qui n’ont pas compris où était leur intérêt.]

      Pardon, pardon, il a dit quelque chose de très amusant : « L’avenir se construit avec des exigences, en étant lucide sur la colère exprimée par nos compatriotes et sur le fait qu’il faudra de toute façon gouverner différemment, avec respect calme et dignité, au service du pays ». Autrement dit, Macron reconnait que jusqu’à maintenant il n’a pas gouverné « avec respect, calme et dignité, au service du pays ». Autrement, pourquoi nous dire « il faudra gouverner différemment » ?

      • P2R dit :

        @ Descartes
         
        [Ne soyons pas trop durs avec notre pauvre président. Le « verrouillage » dont vous parlez existe déjà]
         
        Je ne suis pas d’accord. Malgré le contexte difficile à l’assemblée, on ne peut pas parler de verrouillage à ce jour. Des lois sont passées, des premiers ministres ont été nommés sans qu’aucune motion de censure ne réussisse à les démettre. Certes le vote du budget représentait un écueil à priori infranchissable pour cette assemblée, mais il est fort peu probable que la dissolution amène à changer cette situation, au contraire. Si la dissolution n’a qu’une chance infime de résoudre le problème de l’absence de majorité de Renaissance à l’AN, et toutes les chances de renforcer les groupes d’opposition, c’est que l’objectif n’était pas là. A mon avis l’objectif pour macron est simplement de faire porter aux français la responsabilité du chaos, sur le thème de “vous avez l’assemblée que vous avez voulu, vous m’avez lié les mains, tant pis pour vous”.
         
        [Aurait-il été plus responsable de prolonger l’agonie, d’espérer pouvoir trainer la patte pendant les trois ans qui lui restent, esquivant un vote de censure sur le budget avec quelques concessions à LR ?]
         
        Oui bien entendu. Ou de démissionner. Mais en tout cas, revenir à une élection présidentielle, maintenant ou dans 3 ans, avec une vraie campagne, suivi d’une législative donnant probablement majorité pour gouverner, évidemment que ç’aurait été préférable. Là, on va avoir une campagne hystérique, où les perdants auront beau jeu de se plaindre de l’absence de débat de fond et du contexte d’urgence pour faire un procès en légitimité au vainqueur, si vainqueur il y a. Et si on a 1/3 NUPES, 1/3 RN et 1/3 majorité présidentielle, on fait quoi ? Macron met simplement en péril la Vème république pour un “coup” politique, rien de moins. C’est totalement irresponsable. 
         
        [ Le problème de Macron, ce ne sont pas les 31% de Bardella aux européennes – tout le monde sait que le parlement européen ne sert à rien – mais l’absence de majorité à l’Assemblée.]
         
        Et bien je n’en suis pas si sûr. Evidemment, si Macron avait un projet, des grandes réformes à mettre en œuvre, oui, bien sûr, il aurait pu être tenté de jouer un va-tout pour obtenir une majorité. Mais quel est le projet politique de Macron ? Son “grand projet” du moment, c’était la loi sur la fin de vie, une loi transpartisane dont je me réjouis personnellement de la mise à terre, mais dont Macron avait la certitude du succès. Et sur d’autres projets tels que l’énergie, des majorités étaient largement trouvables. Le quinquennat était loin d’être bloqué.
         
        Cette décision, qui a été prise en tout petit comité, avec l’appui d’aussi fins politiciens que l’inénarrable Richard Ferrand, me semble relever de la blessure d’égo, une bravade sur le mode “vous l’avez voulu, vous l’avez !”, habillée d’un faux prétexte politique. Mais au fond ça ne change pas grand chose au résultat final.
         
         
        [Quant à faire des projections dans le futur, rien ne me semble pouvoir indiquer que Macron puisse gagner son minable pari. // Ne le sous-estimez pas…]
         
        On peut tromper mille fois une personne, ou une fois mille personnes, mais on ne peut pas tromper mille fois mille personnes. Je crois que Macron malgré son talent arrive aux limites de ses pouvoirs de bonimenteur.
         
        [Autrement dit, Macron reconnait que jusqu’à maintenant il n’a pas gouverné « avec respect, calme et dignité, au service du pays ». Autrement, pourquoi nous dire « il faudra gouverner différemment » ?]
         
        C’est un grand classique du discours macroniste: il se présente toujours comme s’il n’était pas en responsabilité depuis quasiment 10 ans. un tel niveau de culot mériterait une médaille.

        • Descartes dit :

          @ P2R

          [« Ne soyons pas trop durs avec notre pauvre président. Le « verrouillage » dont vous parlez existe déjà » Je ne suis pas d’accord. Malgré le contexte difficile à l’assemblée, on ne peut pas parler de verrouillage à ce jour. Des lois sont passées, des premiers ministres ont été nommés sans qu’aucune motion de censure ne réussisse à les démettre.]

          Des lois sont passées certes… mais dans quel état ! Et surtout, d’autres ne sont pas passées parce que le gouvernement, prévoyant le désastre, ne les a même pas proposés. L’exemple le plus cruel est celui de la loi « énergie-climat », pourtant prévue par le Code de l’énergie et indispensable pour pouvoir sortir la Planification pluriannuelle de l’énergie, qui est le texte qui organise la politique énergétique. Le gouvernement a vite compris qu’un tel projet de loi sortirait du parlement complètement défiguré et sans aucune cohérence, parce que selon les chapitres les majorités possibles sont différentes.

          L’exemple de la loi « immigration », ou finalement le gouvernement a été pris en otage par les soixante députés LR est un autre exemple du « verrouillage ». On ne peut pas continuer longtemps avec un fonctionnement dans lequel le vote des lois devient une loterie, l’exécutif ne sachant jamais ce qui risque de sortir au gré des opérations médiatiques de chaque groupe. On s’approchait quand même dangereusement de la situation où plus rien ne passe sauf des lois « sociétales » du genre « fin de vie », tout simplement parce que l’exécutif n’ose plus consulter le parlement, ne sachant pas quelle sera la réponse.

          [A mon avis l’objectif pour macron est simplement de faire porter aux français la responsabilité du chaos, sur le thème de “vous avez l’assemblée que vous avez voulu, vous m’avez lié les mains, tant pis pour vous”.]

          Je ne crois pas. Je pense que ce n’est nullement la psychologie de Macron, au contraire. Pour lui, rien ne serait plus douloureux qu’admettre qu’il n’a plus les contrôle sur les évènements. Non, je pense qu’en bon joueur, et convaincu de sa capacité à convaincre, il a choisi le meilleur moment pour dissoudre, en espérant que la peur de l’extrême droite lui donnera une majorité. Et ne sous-estimez pas ses qualités tactiques. Il n’est pas impossible que le soir du 30 juin on voit se nouer des étranges alliances « pour barrer la route au RN »…

          [Mais en tout cas, revenir à une élection présidentielle, maintenant ou dans 3 ans, avec une vraie campagne, suivi d’une législative donnant probablement majorité pour gouverner, évidemment que ç’aurait été préférable. Là, on va avoir une campagne hystérique, où les perdants auront beau jeu de se plaindre de l’absence de débat de fond et du contexte d’urgence pour faire un procès en légitimité au vainqueur, si vainqueur il y a. Et si on a 1/3 NUPES, 1/3 RN et 1/3 majorité présidentielle, on fait quoi ? Macron met simplement en péril la Vème république pour un “coup” politique, rien de moins. C’est totalement irresponsable.]

          Mon point était que le choix de Macron n’est pas simplement un moyen de se laver les mains, mais un choix tactique. Que ce choix soit mauvais pour les institutions, qu’il revienne à mettre celles-ci en danger pour un gain personnel, nous sommes d’accord. Et c’est d’autant plus grave que la Constitution fait du président le gardien de ces mêmes institutions.

          [Et bien je n’en suis pas si sûr. Evidemment, si Macron avait un projet, des grandes réformes à mettre en œuvre, oui, bien sûr, il aurait pu être tenté de jouer un va-tout pour obtenir une majorité.]

          Le travail du gouvernement n’est pas fait seulement de « grandes réformes ». Il vous faut simplement une majorité pour faire marcher le pays. Comment voulez-vous faire fonctionner les services publics sans loi de finances ? Des dispositifs comme l’ARENH arrivent à expiration à la fin de l’année, il faut bien mettre quelque chose à la place, et cela nécessite une loi.

          [Et sur d’autres projets tels que l’énergie, des majorités étaient largement trouvables.]

          Oui, mais quelles majorités, et sur quoi ? La difficulté est que si vous proposez une loi sur l’énergie, le chapitre « renouvelables » soit amendé par une majorité différente que le chapitre « nucléaire », le chapitre « réseaux », le chapitre « pétrole ». Et donc qu’à la fin vous vous trouviez avec un texte incohérent, sans compter les nombreux cavaliers législatifs qu’il vous faut ensuite faire épurer par le Conseil constitutionnel. Au départ, certains avaient l’idée de ne plus faire de lois générales, mais de les découper et d’en faire des lois très spécifiques, pour éviter les « cavaliers » et les majorités composites. Mais cela n’a pas vraiment fonctionné. Le spectacle de la loi « immigration », dans lequel le gouvernement a du tout lâcher pour trouver une majorité, et où LR a été asses stupide pour voter n’importe quoi comme amendement, est un bon exemple.

          [On peut tromper mille fois une personne, ou une fois mille personnes, mais on ne peut pas tromper mille fois mille personnes.]

          Ca, c’était avant Mitterrand…

          [Je crois que Macron malgré son talent arrive aux limites de ses pouvoirs de bonimenteur.]

          Il manque à Macron la flexibilité d’un Mitterrand. Si Mitterrand a pu tromper mille fois mille personnes, c’est parce qu’il avait un excellent sens de l’orientation pour voir d’où venait le vent, et un talent considérable pour l’épouser sans avoir l’air de changer de direction. En 1972, l’ancien « Algérie Française » sut devenir un anticapitaliste affiché. (« ceux qui ne veulent pas la rupture avec le capitalisme n’ont pas leur place dans le parti socialiste »). Quand en 1983 il tourna le dos au projet qui l’avait fait élire en 1981, il a fait croire qu’il n’avait pas changé, que les objectifs étaient les mêmes. Au point de réussir à vendre un traité néolibéral comme un « compromis de gauche », pour utiliser les termes de Mélenchon. Macron a un remarquable talent de bonimenteur, mais n’a toujours pas compris que le boniment ne suffit pas, et que le politicien opportuniste ne fait pas l’opinion, mais la suit. Macron cherche toujours à nous convaincre qu’il a raison, et cela finit par exaspérer les gens. S’il faisait comme Mitterrand, et au lieu de nous expliquer que nous avons tort cherchait à nous flatter, il réussirait bien mieux.

          Au fond, Macron est plus proche d’un Juppé « droit dans ses bottes » que dans un Chirac qui pouvait être néolibéral un jour et parler de « fracture sociale » le suivant.

          • P2R dit :

            @ Descartes
             
            [Au départ, certains avaient l’idée de ne plus faire de lois générales, mais de les découper et d’en faire des lois très spécifiques, pour éviter les « cavaliers » et les majorités composites. Mais cela n’a pas vraiment fonctionné. Le spectacle de la loi « immigration », dans lequel le gouvernement a du tout lâcher pour trouver une majorité, et où LR a été asses stupide pour voter n’importe quoi comme amendement, est un bon exemple. ]
             
            Je ne sais pas.. Pour la loi immigration, le gouvernement a parfaitement manoeuvré en fonction de ses intérêts. La manière dont ils l’ont “faite à l’envers” aux Républicains est certes moralement moche, mais tactiquement parfaite. C’est le jeu parlementaire. Par contre je pense en effet que cette victoire est une victoire à la Pyrrhus, qui a hypothéqué pour la plupart des élus LR toute idée de collaboration avec la macronie, sauf à être en position de force.
             
             
             

            • Descartes dit :

              @ P2R

              [Je ne sais pas.. Pour la loi immigration, le gouvernement a parfaitement manoeuvré en fonction de ses intérêts. La manière dont ils l’ont “faite à l’envers” aux Républicains est certes moralement moche, mais tactiquement parfaite.]

              Une tactique s’évalue à sa capacité à atteindre les objectifs fixés. Et vous oubliez que le but du gouvernement dans cette affaire n’était pas de « faire à l’envers » les Républicains, mais au contraire de séduire l’électorat de LR et du RN en leur livrant un texte censé s’attaquer au problème de l’immigration. Et de ce point de vue, c’est un véritable Waterloo : non seulement on s’est fâché avec les élus LR, mais à la sortie on se retrouve avec un texte dont tout le monde a oublié les tenants et les aboutissants. Les électeurs de droite sont convaincus d’avoir devant eux un texte « mou », puisque tout ce qui était « dur » a été enlevé par le Conseil constitutionnel. Vous pensez vraiment que ce genre d’affaire aura redoré le blason du gouvernement parmi eux ?

              La manœuvre du gouvernement à peut être « fait à l’envers » Les députés LR, mais pour quel résultat ? Il s’est fâché définitivement avec le groupe LR à l’Assemblée, alors qu’il avait besoin d’eux pour prévenir le vote d’une motion de censure, avec pour seul résultat de sortir un texte qui n’intéresse plus personne. Vous appelez cela « bien manœuvrer » ?

              [Par contre je pense en effet que cette victoire est une victoire à la Pyrrhus, qui a hypothéqué pour la plupart des élus LR toute idée de collaboration avec la macronie, sauf à être en position de force.]

              Une stratégie qui vous conduit à sacrifier un objectif essentiel pour atteindre un résultat qui n’a aucun intérêt, je n’appelle pas ça une bonne stratégie…

            • P2R dit :

              @ Descartes
               
              [Une tactique s’évalue à sa capacité à atteindre les objectifs fixés. Et vous oubliez que le but du gouvernement dans cette affaire n’était pas de « faire à l’envers » les Républicains, mais au contraire de séduire l’électorat de LR et du RN en leur livrant un texte censé s’attaquer au problème de l’immigration.]
               
              Ah tiens. Et sur quels éléments factuels vous appuyez-vous pour soutenir la thèse selon laquelle le but était de “séduire l’électorat LR/RN” ? N’est-ce pas la macronie elle-même qui sitôt le texte voté, en a carrément appelé au conseil constitutionnel pour abolir toutes les dispositions les plus rigoristes ? Que les LR aient proposés des amendements mal fagottés, c’est un fait, mais la majorité n’a rien fait pour les rendre acceptable. Au contraire, elle s’est ouvertement réjouie du fait qu’ils soient retoqués. Ce comportement est d’ailleurs tout à fait caractéristique de la “méthode Darmanin” qui consiste à donner des directives autoritaires en sachant pertinement qu’elle seront rendues innaplicables, quand elle ne sont pas carrément illégales. Au jeu de mettre en scène sa propre impuissance, il est passé maitre. Repensez aux interdictions de manifs d’extrême droite suite à Crépol. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.
               
              Je ne pense pas que Macron ait la moindre illusion sur sa capacité à séduire l’électorat RN. Il vient du parti socialiste, et son tropisme est et restera la sociale démocratie libérale. Il peut tenter des coups de com’ en faisant appel au lexique de l’autorité, mais on voit bien que ce ne sont que des mots.
               
              [La manœuvre du gouvernement à peut être « fait à l’envers » Les députés LR, mais pour quel résultat ? ]
               
              Mais pour le même résultat que la majorité des réformes de ce gouvernement: dire “nous avons fait passer une loi immigration” qui finalement ne change rien ou presque, voire qui pousse dans le sens inverse de ce que l’on déclare en public. Enfin, qui peut croire que la macronie a pour volonté de tarir l’immigration en France ? Vous les avez entendu comme moi, tous ces métropolitains qui disaient san honte “sans immigrés, qui fera notre ménage, notre vaisselle, qui gardera nos enfants et livrera nos repas ?”
               
              Vous avez dû lire “le traitre et le néant”, il en ressort que l’humiliation fait partie de la manière dont Macron exerce le pouvoir. L’occasion d’humilier LR était trop belle. A t’il compté sur ce fait d’arme pour regagner du crédit sur sa gauche, sachant que de toute manière avec ou sans cette affaire, LR allait l’étriller sur le budget ?
               
               
              [Une stratégie qui vous conduit à sacrifier un objectif essentiel pour atteindre un résultat qui n’a aucun intérêt, je n’appelle pas ça une bonne stratégie…]
               
              Mais qui a dit que cette stratégie était bonne ? Qui a même dit qu’il y avait stratégie ? Au-delà même des questions de politiques relatives à l’assemblée, voit-on Macron agir pour sa succession ? le voit-on manoeuvrer, tenter de pérenniser son mouvement ? tenter de l’implanter localement ? de faire émerger un successeur crédible ? Je n’en ai pas l’impression.
               
               

            • Descartes dit :

              @ P2R

              [« Une tactique s’évalue à sa capacité à atteindre les objectifs fixés. Et vous oubliez que le but du gouvernement dans cette affaire n’était pas de « faire à l’envers » les Républicains, mais au contraire de séduire l’électorat de LR et du RN en leur livrant un texte censé s’attaquer au problème de l’immigration. » Ah tiens. Et sur quels éléments factuels vous appuyez-vous pour soutenir la thèse selon laquelle le but était de “séduire l’électorat LR/RN” ?]

              Sur les déclarations de Darmanin et de Borne au début du processus parlementaire. Le premier avait pratiquement fait du pied aux électeurs en question, la seconde avait critiqué sotto voce le texte en accusant Macron de sacrifier son âme pour gagner des voix à droite. Mais j’ai envie de vous poser la question : à votre avis, quel objectif poursuivait Darmanin lorsqu’il a concocté ce monstre juridique ?

              [N’est-ce pas la macronie elle-même qui sitôt le texte voté, en a carrément appelé au conseil constitutionnel pour abolir toutes les dispositions les plus rigoristes ?]

              Oui. Mais vous oubliez le contexte. La macronie voulait séduire les électeurs LR/RN avec un texte de son cru. En l’amendant systématiquement, les LR ont réussi à transformer, dans la vue de l’opinion publique, un texte « macronien » en un texte « LR ». Le promulguer tel qu’il était ne procurait donc au gouvernement aucun avantage : cela lui faisait perdre des voix sur sa gauche, alors que sur sa droite tout l’avantage allait à LR. Dans ces conditions, autant le faire censurer pour gâcher la fête des Républicains et réduire les dégâts sur sa gauche.

              Cette histoire montre les risques qu’il y a pour le gouvernement à perdre le contrôle sur un texte. Lorsqu’il a une majorité solide à l’Assemblée, le texte qui sort des débats est toujours un texte « du gouvernement », au sens qu’il en prend la totale responsabilité devant l’opinion – puisqu’il a les instruments pour effacer ce qu’il n’accepterait pas. Mais sans majorité, une fois le texte lancé dans le chaudron le gouvernement en perd le contrôle – sauf à utiliser le 49.3, qui ne peut être mis en œuvre qu’une fois par session.

              [Que les LR aient proposés des amendements mal fagottés, c’est un fait, mais la majorité n’a rien fait pour les rendre acceptable. Au contraire, elle s’est ouvertement réjouie du fait qu’ils soient retoqués.]

              C’est parfaitement logique du point de vue tactique. Une fois que LR s’est mis a proclamer que la loi n’était plus la loi du gouvernement, mais une « loi LR », le gouvernement n’avait plus aucun intérêt à la soutenir. Le faire revenait à perdre des voix sur sa gauche sans rien gagner sur sa droite. Cela ne grandit pas les institutions, mais du point de la basse cuisine politique, c’est parfaitement raisonnable : si vous ne pouvez pas emporter le jouet, vous avez tout intérêt à le casser pour que personne ne s’en serve.

              [Je ne pense pas que Macron ait la moindre illusion sur sa capacité à séduire l’électorat RN.]

              Aujourd’hui, peut-être pas. Mais quand il a amorcé son « tournant à droite » avec la loi immigration, je pense qu’il y croyait. Je pense d’ailleurs que sur cette affaire il a très mal joué. S’il avait laissé LR avoir son petit triomphe avec la loi immigration, les députés LR auraient peut-être été plus disposés à écouter les sirènes macroniennes pour un accord de gouvernement. Alors qu’en agissant comme il a agi, il a détruit toute possibilité de rapport confiant avec eux. Quelle confiance peut-on avoir en un président qui n’est prêt à rien concéder, pas même une victoire symbolique ?

              [« La manœuvre du gouvernement à peut être « fait à l’envers » Les députés LR, mais pour quel résultat ? » Mais pour le même résultat que la majorité des réformes de ce gouvernement: dire “nous avons fait passer une loi immigration” qui finalement ne change rien ou presque, voire qui pousse dans le sens inverse de ce que l’on déclare en public.]

              Même pas. Le gouvernement est d’une discrétion de demoiselle lorsqu’il s’agit de parler de cette loi immigration. Avez-vous vu un ministre, même Darmanin, s’en prévaloir dans le débat public ? Non, bien sur que non. Tout le monde a compris que devant l’opinion, l’affaire est un fiasco. Pour la gauche, elle est injuste. Pour la droite, elle est de nul effet par la faute du gouvernement. Et l’affaire a laissé des rancunes tenaces à l’Assemblée, qui sont peut-être la cause de l’impossibilité d’arriver à un accord de gouvernement avec LR, et qui indirectement on entrainé la dissolution. Si c’est cela une « manœuvre »…

              [Enfin, qui peut croire que la macronie a pour volonté de tarir l’immigration en France ? Vous les avez entendu comme moi, tous ces métropolitains qui disaient san honte “sans immigrés, qui fera notre ménage, notre vaisselle, qui gardera nos enfants et livrera nos repas ?”]

              Au moins, on peut leur reconnaître le mérite de la sincérité… il y a quelques années, les classes intermédiaires prétendaient faire le bonheur des immigrés. Aujourd’hui, elles admettent que c’est à leur propre bonheur qu’elles pensent. N’est-ce pas là un progrès ?

              [Vous avez dû lire “le traitre et le néant”, il en ressort que l’humiliation fait partie de la manière dont Macron exerce le pouvoir. L’occasion d’humilier LR était trop belle. A t’il compté sur ce fait d’arme pour regagner du crédit sur sa gauche, sachant que de toute manière avec ou sans cette affaire, LR allait l’étriller sur le budget ?]

              Je ne le pense pas. Comme je l’ai expliqué plus haut, je pense que cette affaire tient à la difficulté de Macron à faire des choix, à sortir du « en même temps ». Parce qu’il voulait séduire LR et chercher des voix à droite, il a proposé une loi sur l’immigration pesée au trébuchet pour – croyait-il – pour faire plaisir à la droite sans trop braquer la gauche. Seulement voilà, comme LR est sous la pression du RN et doit démontrer que sa main ne tremble pas, les parlementaires de la droite on fait de la surenchère. Résultat : un « hold-up » sur le texte dont les équilibres sont détruits dans une logique droitière. A partir de là, le gouvernement a deux alternatives : faire plaisir à la gauche en retirant le texte, ou faire plaisir à la droite en lui laissant la victoire. Macron choisit le « en même temps » : on laisse passer le texte, mais on le fait « épurer » par le Conseil constitutionnel, en profitant de la stupidité d’une droite incapable de rédiger correctement ses amendements. Conséquence : tout le monde est mécontent, et le gouvernement a tout perdu.

          • Bob dit :

            @ Descartes
             
            [Il n’est pas impossible que le soir du 30 juin on voit se nouer des étranges alliances « pour barrer la route au RN »…]
             
            Peut-être. Mais les alliances ont-elles une quelconque influence sur le vote des citoyens ? je ne crois pas.
            93% des communes ont mis le RN en première position. Outre que c’est un résultat impressionnant, je pense que les gens voteront en se moquant comme d’une guigne d’alliances politicardes qui ne sont que des tambouilles ne trompant plus grand monde désormais.

            • Descartes dit :

              @ Bob

              [Outre que c’est un résultat impressionnant, je pense que les gens voteront en se moquant comme d’une guigne d’alliances politicardes qui ne sont que des tambouilles ne trompant plus grand monde désormais.]

              Oui et non. Le “nouveau front populaire” a pour effet de priver beaucoup d’électeurs de gauche de leur “premier choix”. Prenez un électeur socialiste (tendance Hollande): s’il est dans une circonscription ou le candidat du NFP est un socialiste, il voterait certainement pour lui. Mais si le candidat est un LFI, il votera peut-être pour le candidat macroniste plutôt. Un ouvrier communiste qui se retrouve avec François Hollande comme candidat votera peut-être RN, alors qu’il aurait voté à gauche autrement… les alliances ont donc un effet sur le vote des gens, tout simplement parce qu’elles restreignent les choix…

      • Bob dit :

        Gouverner différemment, c’est déjà ce que Macron avait dit au matin de sa réélection en 2022, être à l’écoute, moins vertical, etc. On a vu…
        Quelqu’un dans ce pays croit-il encore ce que Macron dit ?

        • Descartes dit :

          @ Bob

          [Gouverner différemment, c’est déjà ce que Macron avait dit au matin de sa réélection en 2022, être à l’écoute, moins vertical, etc. On a vu…]

          Certes, mais reconnaître qu’on n’a pas assez écouté ou qu’on a été trop “vertical”, ça passe. Par contre, reconnaître qu’on n’a pas gouverné “au service du pays”, c’est plus difficile à admettre…

          Mais sur le fond, je suis d’accord avec vous: ce genre de déclaration, c’est la manière habituelle de Macron d’endormir son public avant de recommencer la même chose.

  6. Erwan dit :

    J’ajouterais un point d’interrogation au titre, il ne faut pas sous-estimer Macron. Il ne devait pas être élu, mais il l’a été, et il a même été réélu, tel un ballon de baudruche traversant un champ de ronces sans éclater. Il aura peut-être sa majorité absolue.
     
    En tout cas je n’imagine pas le RN avoir une majorité, même relative. Cela ne fait que deux ans que les dernières élections législatives ont eu lieu, et malgré le score de Marine Le Pen à la présidentielle, le RN n’avait eu que 88 sièges. Cette élection nous permettra de savoir exactement où ils en sont.
     
    Quoi qu’il en soit, je te remercie pour ce nouvel article, qui pousse une fois de plus à la réflexion. Je ne compte pas le nombre de fois que je me suis dit “ah tiens je n’y avais pas pensé” en te lisant !

    • Descartes dit :

      @ Erwan

      [J’ajouterais un point d’interrogation au titre, il ne faut pas sous-estimer Macron. Il ne devait pas être élu, mais il l’a été, et il a même été réélu, tel un ballon de baudruche traversant un champ de ronces sans éclater. Il aura peut-être sa majorité absolue. En tout cas je n’imagine pas le RN avoir une majorité, même relative.]

      Personnellement je vois quatre hypothèses, par ordre de probabilité décroissante :

      1) Une assemblée avec un bloc RN entre 130 et 200 députés, et la gauche à 200 députés. Autrement dit, aucune majorité possible sans la participation soit d’une fraction de la gauche, soit d’une fraction du RN. Le système institutionnel est alors bloqué, et je ne vois pas très bien où l’on va à partir de là.

      2) Une assemblée avec le RN a plus de 300 députés, auquel cas le RN peut gouverner (avec ou sans cohabitation, a voir…)

      3) Une assemblée avec la majorité présidentielle et la droite dite « républicaine » ayant à eux deux la majorité absolue, et on s’acheminerait vers un accord de gouvernement (avec un premier ministre de droite, plus l’assurance que le macronisme soutiendra le candidat de la droite en 2027 ? C’est en tout cas ce que voulaient les sarkozystes…).

      4) Une assemblée ou macronistes + socialistes ont la majorité : gouvernement homogène donc entre un Macron redevenu socialiste et des socialistes enfin libérés de l’hypothèque LFI. Glucksmann premier ministre ?

      5) Une majorité de gauche ou LFI est le parti le plus important. Mélenchon premier ministre, avec dans sa main droite un livre roulé, écrit devant et derrière, qui est scellé de sept sceaux…

      • Erwan dit :

        [5) Une majorité de gauche ou LFI est le parti le plus important. Mélenchon premier ministre, avec dans sa main droite un livre roulé, écrit devant et derrière, qui est scellé de sept sceaux…]
         
        🤣🤣🤣
        Et personne dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ne put ouvrir le livre ni le regarder. Et l’un des vieillards me dit : ne pleure point. Il s’agit du livret programmatique “plan B” de 2022 sur la sortie des traités, il est complètement vide.

        • Descartes dit :

          @ Erwan

          Toujours un plaisir d’échanger avec des gens cultivés, qui comprennent mes références du premier coup…

          • Erwan dit :

            Je n’ai malheureusement aucun mérite : j’ai fait une recherche sur un moteur de recherche. Mais je comprends le plaisir que tu as dû ressentir, personne ne comprend jamais mes références musicales ou cinématographiques.

            • Descartes dit :

              @ Erwan

              [Je n’ai malheureusement aucun mérite : j’ai fait une recherche sur un moteur de recherche.]

              Les moteurs de recherche tueront la culture. Le plaisir de se cultiver est aussi celui d’accéder à cette sorte de “langage codé” que sont les références. Pendant longtemps c’est l’accès à ce langage qui permettait de se distinguer, d’appartenir à une sorte de franc-maçonnerie du savoir. Et la possibilité d’accéder à ce cercle restreint des gens qui “avaient des lettres” poussait les gens à lire et à se cultiver. Maintenant, grâce à Google, celui qui lit et celui qui ne lit pas sont égaux… alors à quoi bon passer des heures sur les livres ? C’est un peu comme les langues: hier on faisait l’effort d’apprendre l’anglais, l’allemand ou l’italien. Aujourd’hui, avec la traduction automatique, est-ce bien la peine ?

          • Gugus69 dit :

            Surtout que la “référence” apparaît en premier dans Wikipedia…

  7. cdg dit :

    Je crois que l auteur oublie l agent electoral le plus efficace du RN : la delinquance (Le Pen pere disait qu un electeur FN c est un electeur RPR a qui on a brule la voiture). Et les emeutes de Nahel et Crepol ont fait bien plus pour Bardella que tous les tractages de terrain en montrant que personne n est a l abri
    D ailleurs etes vous sur que le RN presente toujours les meme candidats ? ils avaient un gros probleme pour en trouver des candidats a tel point que certains militants se sont retrouvé candidat malgre eux (ce qui devrait maintenant changer vu la perspective de carriere). Et sur les affiches on mettait en avant la marque “le Pen” pas le candidat (l inverse des autres parti qui avait le logo PS/LR honteux)
    En ce qui concerne le fait que le RN perdra en cas de cohabitation, j en suis moins sur que vous. Bardella commence deja a se repositionner (par ex bye bye la retraite a 60 ans). S il arrive a mettre en avant quelques succes (en economie ca va etre dur mais sur la securite/immigration ca devrait etre possible) il peut gagner les presidentielles face a des macronistes divisés (Le Maire/Philippe/Attal …) et un bilan macroniste piteux
     
    PS: Mitterrand et Chirac voulaient se representer et on saboté l action de leur premier ministre. Macron ne peut se representer et n a pas la subtilite (ou le vice) des 2 precedents mais est par contre doté d un ego XXL. Pas du tout sur que la confrontation tourne a l avantage de Macron

    • Descartes dit :

      @ cdg

      [Je crois que l’auteur oublie l’agent électoral le plus efficace du RN : la délinquance (Le Pen père disait qu’un électeur FN c’est un électeur RPR à qui on a brulé la voiture). Et les émeutes de Nahel et Crepol ont fait bien plus pour Bardella que tous les tractages de terrain en montrant que personne n’est à l’abri]

      Je ne sais pas. A priori, on peut supposer intuitivement que ce genre de situations vont favoriser les partis « d’ordre ». Mais le RN n’est pas le seul à se placer sur cette tonique. D’autre part, les émeutes ont touché plus particulièrement les grandes agglomérations et les centre-ville. Si votre explication était correcte, alors on se serait attendu à une progression particulièrement forte dans ces territoires. Et pourtant, ceux-ci restent les points les plus faibles dans la poussée électorale du RN. Je ne suis pas persuadé que ces évènements aient joué si fortement que cela. Je pense que l’insécurité quotidienne « à bas bruit » fait finalement bien plus pour le RN.

      [D’ailleurs êtes-vous sûr que le RN présente toujours les mêmes candidats ? ils avaient un gros probleme pour en trouver des candidats a tel point que certains militants se sont retrouvé candidat malgre eux (ce qui devrait maintenant changer vu la perspective de carriere).]

      Je n’ai pas dit que le RN « présente toujours les mêmes candidats ». Ce que j’ai dit, c’est que le RN vise une stratégie de long terme en installant des personnalités localement, et qu’il tend donc à les représenter lorsque c’est possible. Bien sûr, ce n’est pas toujours le cas. Mais je constate que lorsque le candidat en veut, on le réinvestit. Dans ma circonscription, le candidat RN est le même depuis des lustres, malgré le fait qu’il a – ou du moins avait – une chance minime d’être élu.

      [Et sur les affiches on mettait en avant la marque “le Pen” pas le candidat (l’inverse des autres parti qui avait le logo PS/LR honteux)]

      C’est logique, parce que le RN est un parti national d’abord, qui se cherche une implantation locale, et non l’inverse. Vous observez la même chose chez Mélenchon : les candidats LFI sont toujours sur l’affiche avec le Grand Homme à côté, parce que c’est lui qui dispose de la notoriété. Mais cela n’a rien à voir avec le fait qu’il cherche à implanter des personnalités localement.

      [En ce qui concerne le fait que le RN perdra en cas de cohabitation, j’en suis moins sûr que vous. Bardella commence déjà à se repositionner (par ex bye bye la retraite a 60 ans).]

      N’exagérons rien. Bardella a dit que le retour à 60 « ne serait pas la priorité ». A sa place, je ferais de même. Quand on est si près du pouvoir, il ne faut surtout pas affoler les marchés financiers. Et puis, je ne suis pas persuadé que cette revendication soit la première priorité pour ses électeurs. N’oubliez pas que beaucoup d’ouvriers ou d’employés vont au-delà de 60 ans tout simplement parce que leurs pensions de retraite sont si faibles qu’ils ont besoin de continuer à travailler. C’est d’autant plus vrai qu’aujourd’hui à 60 ans beaucoup de travailleurs ont encore leurs enfants qui font leurs études, et qui comptent sur l’aide des parents pour vivre. Je me souviens d’avoir été étonné lorsqu’on m’avait expliqué qu’à EDF les employés sur des postes « actifs » se faisaient muter sur des postes « non actifs » après 14 ans et six mois de services. La raison ? Si vous comptiez 15 ans de services, vous aviez une bonification de 5 ans pour le départ à la retraite… mais vous étiez obligé de partir lorsque vous atteigniez celle-ci (c’est-à-dire, à 57 ans à l’époque). Par contre, en comptant 14 ans et demi, vous aviez une bonification de 4 et 10 mois… mais vous pouviez partir aussi tard que vous vouliez.

      [S’il arrive à mettre en avant quelques succès (en économie ça va être dur mais sur la securite/immigration ca devrait etre possible) il peut gagner les présidentielles face à des macronistes divisés (Le Maire/Philippe/Attal …) et un bilan macroniste piteux]

      Je ne suis pas d’accord avec vous. Il sera difficile d’afficher un quelconque succès avec un président qui fera tout son possible pour vous mettre des bâtons dans les roues, et qui pourra compter sur la Commission européenne pour l’aider dans cette tâche. Des trois cohabitations, deux se sont terminées en catastrophe pour le parti « cohabitant » : en 1986 la droite est battue à plates coutures par un Mitterrand impérial, en 2002 Jospin est éliminé dès le premier tour par un Chirac réélu dans un fauteuil. La troisième, celle entre Balladur et Mitterrand, est trop atypique pour tirer des leçons…

      Votre raisonnement se tiendrait peut-être s’il s’agissait de cohabiter avec un parti de gouvernement, rompu au fonctionnement de l’appareil de l’Etat, disposant de sa propre élite administrative. Mais imaginer qu’un parti sans expérience pourra montrer des résultats avec un président profitant de chacune de ses erreurs…

      [PS: Mitterrand et Chirac voulaient se représenter et on saboté l action de leur premier ministre. Macron ne peut se représenter et n’a pas la subtilité (ou le vice) des 2 précédents mais est par contre doté d un ego XXL. Pas du tout sur que la confrontation tourne a l avantage de Macron]

      Ne le sous-estimez pas, d’autant plus que dans sa labeur de sabotage d’un gouvernement RN il pourrait compter sur le soutien de toute la bienpensance, c’est-à-dire, de la très grande majorité des médias…

      • Bob dit :

        “toute la bienpensance, c’est-à-dire, de la très grande majorité des médias…”
        Habituellement je ne regarde jamais l’émission de débat sur France 5 en 2e partie de soirée, mais hier, si, trop curieux que j’étais.
        Je n’ai pas été déçu : un plateau à 90% bien-pensant, qui nous expliquait doctement pourquoi les Français avaient mal voté (sans le dire explicitement, la ficelle aurait été trop grosse) et l’animateur qui terminait en demandant benoitement aux invités ce qu’il fallait faire pour contrer le vote RN.
        Quand je pense que nos impôts paient ce genre d’émission, j’en suis écœuré.
        Dans les 3 semaines qui viennent, la machine médiatique du Bien va jouer à fond, il faut s’y attendre de toute évidence. Pas sûr que les gens, cette fois, se laissent embobiner.

        • Descartes dit :

          @ Bob

          [Habituellement je ne regarde jamais l’émission de débat sur France 5 en 2e partie de soirée, mais hier, si, trop curieux que j’étais. Je n’ai pas été déçu : un plateau à 90% bien-pensant, qui nous expliquait doctement pourquoi les Français avaient mal voté (sans le dire explicitement, la ficelle aurait été trop grosse) et l’animateur qui terminait en demandant benoitement aux invités ce qu’il fallait faire pour contrer le vote RN.]

          On a eu droit à la même chose à France Inter ce soir. Ce que je trouve le plus terrifiant, c’est que personne ne semble avoir de la curiosité pour le phénomène lui-même. Personne ne cherche à comprendre pourquoi un tiers des Français s’est mis à voter pour l’extrême droite. Pour ces doctes commentateurs, la chose relève de la magie : Bardella est une sorte de flûtiste de Hameln, dont la flûte magique oblige les électeurs à le suivre sans se soucier d’où ils vont.

          Je dois dire que le niveau d’hystérie politique a de quoi inquiéter. Bardella déclare que s’il est élu il ne modifiera rien aux arrangements de sécurité des JO ? Voilà Darmanin qui sort de sa cachette pour affirmer que cela vaut reconnaissance de la qualité de sa préparation. Alors que la déclaration de Bardella est à la limite du bon sens : bons ou mauvais, les arrangements prévus ne pourraient être changés qu’au risque de bordéliser l’ensemble. Mieux vaut une mauvaise organisation que le chaos. Si Bardella avait déclaré vouloir tout changer, Darmanin l’aurait accusé d’irresponsabilité.

          Et à gauche ce n’est pas mieux. J’ai lu ce soir avec attention le fameux « programme de rupture »… c’est vraiment affligeant. Les sujets qui fâchent sont tout simplement évités. Le cas du nucléaire est amusant, non seulement parce que la question est absente, mais à cause de la justification de cette absence par un leader écologiste : « c’est un programme pour cinq ans, et on ne construit pas de réacteur en cinq ans ». On admirera la notion de temps long contenue dans cette déclaration… Pour le reste, le programme est un mélange de cadeaux pour tous, de mesures « sociétales » sans queue ni tête, de promesses creuses ( « faire voter une loi énergie-climat », ou mieux encore, « faire une loi de programmation de la recherche plus ambitieuse » sans préciser « plus ambitieuse » que quoi, ça mange pas de pain) ou incompréhensibles (exemple : « Réaliser un diagnostic préalable des ressources naturelles avant implantation industrielle »). Certaines de ces promesses sont même comiques : « mailler le territoire de fontaines à eau, de douches et de sanitaires publics et gratuits ».

          Certaines propositions posent d’intéressants dilemmes. Ainsi, il est prévu de « autoriser le changement d’état-civil libre et gratuit devant un officier d’état civil ». Est-ce que cela implique que je peux changer « librement » mon nom, ma date de naissance, ma filiation, mon statut marital ? Parce que « l’état civil », c’est cela. Le contexte suggère qu’il s’agit simplement du changement du sexe, et non « l’état civil ». Mais là encore, cela a des effets amusants. Si je change « librement » mon sexe pour devenir Mme Renée Descartes, aurais-je droit au « congé menstruel » prévu quelques lignes plus haut dans le programme ?

          [Dans les 3 semaines qui viennent, la machine médiatique du Bien va jouer à fond, il faut s’y attendre de toute évidence. Pas sûr que les gens, cette fois, se laissent embobiner.]

          Et pas qu’elle. Toute une foule de gens « de gôche » en mal de cause vont se découvrir une vocation de Jean Moulin, d’autant plus forte que le risque de se voir arrêté et torturé par les sbirres de Bardella est finalement assez réduit. Ces derniers jours j’ai eu l’opportunité d’assister à des réunions où j’ai entendu des choses qui ont de quoi dresser les cheveux sur la tête. Si j’avais le talent d’un écrivain, j’aurais de quoi faire une belle nouvelle satyrique…

          • kaiser hans dit :

            “Et pas qu’elle. Toute une foule de gens « de gôche » en mal de cause vont se découvrir une vocation de Jean Moulin, d’autant plus forte que le risque de se voir arrêté et torturé par les sbirres de Bardella est finalement assez réduit. Ces derniers jours j’ai eu l’opportunité d’assister à des réunions où j’ai entendu des choses qui ont de quoi dresser les cheveux sur la tête. Si j’avais le talent d’un écrivain, j’aurais de quoi faire une belle nouvelle satyrique…”
             
            Ca serait marrant.moi c’est ça qui m’inquiète, j’avoue ne jamais avoir voté RN sauf là et la raison principale est que Macron avait clairement dit que si le RN passait ce serait son échec…j’avoue avoir voté puérilement pour lui en mettre un de plus.
            Et là que vois-je, le PS, EELV et LFI qui se foutent ouvertement de la gueule de leurs électeurs en tenant un programme incohérent et intenable quand il l’est.
            Par exemple, la retraite à 60 ans. Quoi qu’on en pense, l’Union Européenne est contre. et je ne crois pas que le PS veuille s’opposer à l’union européenne.
            Je vois les LR se déchirer sur un choix qui aurait dû être fait il y a bien longtemps.
            Je vois nos ministres se foutre de notre gueule (Bruno Le Maire et sa crise de la dette).
             
            Pourquoi parce que extrême droite égal nazis. simple efficace et complétement réducteur.
             
            pareil avec la Russie, pourquoi doit on intervenir? parce que sinon on aura les chars russes sur les champs… (truc datant de 81…)
             
            ce que je veux dire c’est que j’ai l’impression que les gens ne cherchent plus à comprendre l’Histoire mais bouffent la mémoire qui en est déformée et deviennent incapables de raisonner..
             
             
             
             

            • Descartes dit :

              @ Kaiser Hans

              [“Et pas qu’elle. Toute une foule de gens « de gôche » en mal de cause vont se découvrir une vocation de Jean Moulin, d’autant plus forte que le risque de se voir arrêté et torturé par les sbirres de Bardella est finalement assez réduit. Ces derniers jours j’ai eu l’opportunité d’assister à des réunions où j’ai entendu des choses qui ont de quoi dresser les cheveux sur la tête. Si j’avais le talent d’un écrivain, j’aurais de quoi faire une belle nouvelle satyrique…” Ca serait marrant.]

              En attendant qu’un grand écrivain se saisisse du sujet, vous pouvez toujours re-regarder « La vie de Brian », des Monthy Python. La satire des groupuscules d’extrême-gauche qu’on y trouve n’a rien perdu de sa vigueur. La scène du « qu’est ce que les romains ont jamais fait pour nous », ou celle du militant qui veut devenir femme et « avoir le droit d’avoir des enfants » restent aussi corrosives (ou peut-être plus, parce que la réalité à dépassé la fiction) que lorsqu’elles ont été tournées…

              [moi c’est ça qui m’inquiète, j’avoue ne jamais avoir voté RN sauf là et la raison principale est que Macron avait clairement dit que si le RN passait ce serait son échec…j’avoue avoir voté puérilement pour lui en mettre un de plus.]

              Il n’y a rien de « puéril » là-dedans. Le scrutin européen est purement symbolique : le Parlement européen est tellement verrouillé que peu importent les majorités et les minorités, à la fin c’est toujours la Commission qui gagne. Alors, on peut se faire plaisir en choisissant ses symboles.

              [Et là que vois-je, le PS, EELV et LFI qui se foutent ouvertement de la gueule de leurs électeurs en tenant un programme incohérent et intenable quand il l’est. Par exemple, la retraite à 60 ans. Quoi qu’on en pense, l’Union Européenne est contre. Et je ne crois pas que le PS veuille s’opposer à l’union européenne.]

              Le fait qu’un François Hollande soit prêt à être candidat sous la bannière NFP – et que le NFP l’admette comme candidat – donne une bonne idée du poids qu’il faut accorder au programme en question. Est-ce que quelqu’un peut croire aujourd’hui un instant, après l’avoir vu à l’œuvre, que Flanby pourrait s’engager demain pour la retraite à 60 ans ou l’indexation des salaires ? Aurélien Rousseau, qui fut directeur de cabinet de Borne alors qu’elle bataillait pour faire approuver la réforme des retraites est aujourd’hui candidat NFP, et on nous explique que sa démission du gouvernement motivée par la loi « immigration » lave tous ses péchés antérieurs. Là encore, cela montre la hiérarchie des valeurs du NFP, qui est celle des classes intermédiaires.

              [ce que je veux dire c’est que j’ai l’impression que les gens ne cherchent plus à comprendre l’Histoire mais bouffent la mémoire qui en est déformée et deviennent incapables de raisonner…]

              Oui, mais dites-vous bien que les gens ne deviennent pas fous par hasard. S’il y a ce refus du réel, si on s’invente des récits, c’est que cela a une fonction, que cela sert un intérêt. La montée du RN traduit une transformation profonde de notre économie, et donc des rapports de classe. La mondialisation et la société de la connaissance ont valorisé comme jamais le capital immatériel détenu par les classes intermédiaires. Et du coup, ces couches qui en d’autres temps partageaient des intérêts avec les couches populaires ont une réelle convergence d’intérêt avec la bourgeoisie. C’est de là que vient la constitution du bloc dominant. Mais une deuxième transformation vient compléter la première : c’est celle qui fait que le bloc dominant aujourd’hui n’a plus besoin des couches populaires. Au début du XXème, la bourgeoisie avait besoin des prolétaires et des paysans pour se nourrir, pour faire tourner ses usines et pour faire des soldats pour défendre ses intérêts. Aujourd’hui, le bloc dominant peut mettre ses usines en Bulgarie, se nourrir de produits venus d’Espagne, et dormir tranquille à l’abri de la « pax americana ». Le fait que le bloc dominant n’a plus besoin des couches populaires françaises a changé radicalement le rapport de force dans le pays.

              Je parle bien entendu du rapport de force structurel, économique. Le problème, c’est que nos sociétés démocratiques reposent sur une fiction : celle qui veut que le rapport de forces numérique prime sur le rapport de force économique, fiction résumée par la formule « un homme, une voix ». C’est cette fiction qu’il s’agit de préserver. Or, cette fiction est mise à mal quand les couches populaires n’acceptent plus de jouer le jeu, c’est-à-dire, de voter des gens « raisonnables » qui, une fois les urnes rangées, feront ce que le rapport de force économique décidera. Si demain un gouvernement RN est élu et « les marchés » l’empêchent trop visiblement de gouverner, alors la fiction apparaîtra pour ce qu’elle est, et l’équilibre des institutions sera vraiment menacé.

              C’est cela qui affole tout le monde. Et c’est pour cela qu’il faut enfermer le RN dans un ghetto, l’empêcher à tout prix d’arriver au pouvoir. Et ce serait exactement la même chose avec n’importe quel autre parti représentant les couches populaires, pensez au PCF dans les années 1950. Et pour cela, il reste à nous vendre un récit, celui de la « résistance » avec toutes les références trafiquées qui vont avec. Un récit foncièrement hypocrite. Car souvenez-vous que dans les années 1980, lorsque Mitterrand avait trouvé politiquement intéressant de mettre en selle le FN de Jean-Marie Le Pen pour diviser la droite, personne – et surtout pas les hautes autorités morales qui aujourd’hui poussent des hauts cris, comme le Grand Orient de France – n’avait trouvé à redire. Et pourtant, à l’époque le FN était autrement plus « fasciste », plus « raciste », plus « antisémite » qu’il ne l’est aujourd’hui. Seulement voilà, à l’époque il ne représentait pas les couches populaires, seulement quelques intégristes catholiques, quelques nostalgiques de Vichy ou de l’Algérie Française. C’était le parti des boutiquiers. Et c’est pour cela qu’il ne faisait nullement peur au bloc dominant.

              Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Et ne vous trompez pas : ce qui fait VRAIMENT peur chez le RN aujourd’hui, ce n’est pas qu’il puisse ratonner les immigrés ou envoyer les femmes à la cuisine, c’est sa politique économique qui fait peur aux patrons. Et c’est cela que le discours hystérique essaye d’occulter.

      • cdg dit :

         
        [A priori, on peut supposer intuitivement que ce genre de situations vont favoriser les partis « d’ordre ». Mais le RN n’est pas le seul à se placer sur cette tonique.]

        Quels sont les autres ? LFI qui roule ouvertement pour les délinquants (cf «la police tue») ? Les LR qui n ont plus aucune crédibilité depuis leur passage au pouvoir (et qui font 7 % de voix) ? Zemmour qui n etait meme pas sur de passer les 5% ?

        [ D’autre part, les émeutes ont touché plus particulièrement les grandes agglomérations et les centre-ville. Si votre explication était correcte, alors on se serait attendu à une progression particulièrement forte dans ces territoires. ]

        Oui les grandes villes ont ete plus touchees, mais elles en avaient l habitude (c est triste a dire). Par contre qu une petite ville comme ma ville de naissance (Albertville, 150 km de la grande ville la plus proche : Lyon) ait des incendies a bien signifié aux habitants locaux que ce qui se passait jusqu a maintenant loin de chez ceux va leur arriver aussi. Du coup Le RN passe de 24 % aux presidentielles a 34 %

        [Je pense que l’insécurité quotidienne « à bas bruit » fait finalement bien plus pour le RN.]

        L un n exclue pas l autre

        [Bardella a dit que le retour à 60 « ne serait pas la priorité ». A sa place, je ferais de même. Quand on est si près du pouvoir, il ne faut surtout pas affoler les marchés financiers. ]

        Ce qui est interessant ici c est que Bardella fait exactement l inverse du nouveau front populaire. Il enleve des points de son programme qui sont infinancable afin que celui ci soit credible economiquement. Autrement dit, il veut gagner les legislatives et gouverner alors que l opposition de gauche est dans la posture totale et serait bien embetee si elle gagnait. Je suis assez surpris de cette attitude car la situation est mauvaise et le RN va en heriter (et accuser l heritage ne va que pour un temps)

        [Je ne suis pas d’accord avec vous. Il sera difficile d’afficher un quelconque succès avec un président qui fera tout son possible pour vous mettre des bâtons dans les roues, et qui pourra compter sur la Commission européenne pour l’aider dans cette tâche.]

        Je parlais de succes sur le plan interieur. Il est clair que sur le plan economique je vois mal le gouvernement Bardella reduire les deficits, relancer l economie ou je ne sais quoi du meme genre. Mais leurs electeurs en sont conscient (personne ne cite l economie comme un point fort du RN). Tout ce qu on leur demande juste de ne pas etre bien pire que Macron.
        Par contre sur le plan interieur, c est plus facile car le gouvernement aura toutes les cartes en main et un Macron decredibilisé pourra difficilement faire beaucoup de sabotage (surtout qu avoir voulu supprimer le corps prefectoral et l ENA va lui valoir l hostilite des prefets). Le RN pourra donc arriver aux presidentielles en disant qu il a double les expulsions (j ai vu que seul 5 % des OQTF sont executés, passer a 10 % devrait pas etre bien difficile) ou qu il refoule les migrants arrivant en bateau (qui de toute facon arrivent pas chez nous a part a Mayotte)

        [  Des trois cohabitations, deux se sont terminées en catastrophe pour le parti « cohabitant » : en 1986 la droite est battue à plates coutures par un Mitterrand impérial, en 2002 Jospin est éliminé dès le premier tour par un Chirac réélu dans un fauteuil. La troisième, celle entre Balladur et Mitterrand, est trop atypique pour tirer des leçons…]

        En 2002 il s en est quand meme fallu de peu pour que Jospin se fasse eliminer. Pas de candidature Taubira et Jospin etait au second tour. Et Balladur/Mitterrand est probablement la cohabitation la plus proche de Macron/Bardella : un president qui ne peut se representer (mitterrand etait cancereux en phase terminale), un premier ministre qui n est pas chef de parti mais qui se dit qu apres tout il pourrait se faire elire president a la place de celui qui est le chef de son parti …. Si Bardella reussit comme PM, vous croyez vraiment qu il va laisser la place a marine ?

        [d’autant plus que dans sa labeur de sabotage d’un gouvernement RN il pourrait compter sur le soutien de toute la bienpensance, c’est-à-dire, de la très grande majorité des médias…]

        Pas que des medias. Il y avait aujourd hui un article du monde sur les haut fonctionnaires et la perspective de servir un gouvernement FN. Si certains pensaient demissionner (OK), retourner dans leur corps d origine (cour des comptes dans l article) ou servir le gouvernement, certains se voyaient comme des «resistants». A mon avis le gros du sabotage aura lieu dans les administrations et pas a l instigation de Macron. Et ca sera d autant plus facile que le RN n a aucune experiencea ce niveau

        • Descartes dit :

          @ cdg

          [« A priori, on peut supposer intuitivement que ce genre de situations vont favoriser les partis « d’ordre ». Mais le RN n’est pas le seul à se placer sur cette tonique. » Quels sont les autres ?]

          Le PCF est un parti d’ordre, comme le notait bien l’un de ses anciens trésoriers…

          [« D’autre part, les émeutes ont touché plus particulièrement les grandes agglomérations et les centre-ville. Si votre explication était correcte, alors on se serait attendu à une progression particulièrement forte dans ces territoires. » Oui les grandes villes ont été plus touchées, mais elles en avaient l’habitude (c’est triste a dire).]

          C’est surtout faux. Les émeutes urbaines au centre de Marseille, cela n’était jamais arrivé.

          [« Bardella a dit que le retour à 60 « ne serait pas la priorité ». A sa place, je ferais de même. Quand on est si près du pouvoir, il ne faut surtout pas affoler les marchés financiers. » Ce qui est intéressant ici c’est que Bardella fait exactement l’inverse du nouveau front populaire. Il enlève des points de son programme qui sont infinançables afin que celui-ci soit crédible économiquement. Autrement dit, il veut gagner les législatives et gouverner alors que l’opposition de gauche est dans la posture totale et serait bien embêtée si elle gagnait. Je suis assez surpris de cette attitude]

          Il n’y a rien de surprenant là-dedans, du moins si vous lisez attentivement mes chroniques, et je sais que c’est le cas. La gauche représente une classe sociale qui n’a aucune raison de vouloir accéder au pouvoir… parce qu’elle y est déjà. D’où vient Macron ? De la Gauche. D’où vient Attal ? De la Gauche. D’où venait Borne ? De la Gauche… La gauche qui veut gouverner est partie avec Macron. La gauche qui est restée « à gauche », c’est celle qui prend plaisir à refaire le monde sur la table du café où dans une assemblée étudiante.

          [Je ne suis pas d’accord avec vous. Il sera difficile d’afficher un quelconque succès avec un président qui fera tout son possible pour vous mettre des bâtons dans les roues, et qui pourra compter sur la Commission européenne pour l’aider dans cette tâche.]

          [Par contre sur le plan intérieur, c’est plus facile car le gouvernement aura toutes les cartes en main et un Macron décrédibilisé pourra difficilement faire beaucoup de sabotage (surtout qu’avoir voulu supprimer le corps préfectoral et l’ENA va lui valoir l’hostilité des préfets). Le RN pourra donc arriver aux présidentielles en disant qu’il a doublé les expulsions (j’ai vu que seul 5 % des OQTF sont exécutés, passer à 10 % devrait pas être bien difficile) ou qu’il refoule les migrants arrivant en bateau (qui de toute façon arrivent pas chez nous a part a Mayotte)]

          Je ne suis pas persuadé que ce soit suffisant pour que nos concitoyens regardent l’expérience comme un succès. In fine, c’est toujours l’économie qui commande.

          [Et Balladur/Mitterrand est probablement la cohabitation la plus proche de Macron/Bardella : un président qui ne peut se représenter (Mitterrand était cancéreux en phase terminale), un premier ministre qui n’est pas chef de parti mais qui se dit qu’après tout il pourrait se faire élire président a la place de celui qui est le chef de son parti …]

          Sauf que Mitterrand soutenait Balladur, et je doute que Macron aille soutenir Bardella… Tiens, je viens de m’apercevoir que les deux présidents ont les mêmes initiales, et les deux premiers ministres aussi. Une coïncidence ?

          [Si Bardella réussit comme PM, vous croyez vraiment qu’il va laisser la place a Marine ?]

          S’il est intelligent, oui. Et je pense qu’il l’est.

          [« d’autant plus que dans sa labeur de sabotage d’un gouvernement RN il pourrait compter sur le soutien de toute la bienpensante, c’est-à-dire, de la très grande majorité des médias… » Pas que des médias. Il y avait aujourd’hui un article du monde sur les hauts fonctionnaires et la perspective de servir un gouvernement FN. Si certains pensaient démissionner (OK), retourner dans leur corps d’origine (cour des comptes dans l’article) ou servir le gouvernement, certains se voyaient comme des « résistants ».]

          Faut pas prendre trop au sérieux ce que raconte « Le Monde », qui prend souvent ses désirs pour des réalités. D’ailleurs, l’article est plutôt ambigu : on entend beaucoup de témoignages de « résistants » qui pleurnichent parce que leurs collègues ne suivent pas. Les hauts fonctionnaires en France tirent une grande part de leur légitimité du fait qu’ils servent loyalement ceux que le peuple a investi, et je doute fort qu’on en trouve beaucoup pour « résister ». Ceux qui auront des cas de conscience partiront peut-être (et encore, c’est loin d’être évident…).

          Cela dépend aussi de l’intelligence du RN. S’ils partent bille en tête à nommer aux postes de préfet, de directeur ou d’ambassadeur des copains incompétents en récompense des services rendus ou donnent des ordres illégales, ça risque de mal se passer. Mais si le RN fait un petit effort pour respecter les règles et les principes de la fonction publique, ça se passera bien.

  8. tmn dit :

    Bonjour,

    [On n’insistera jamais assez : en politique il faut partir de ce que les gens ont dans la tête, et construire à partir de cette réalité]

    A ce propos, je repense souvent aux cahiers de doléances remplis par les gilets jaunes. Rien n’en a été fait, la plupart n’ont même pas été ouverts, à part par quelques chercheurs.C’est tellement emblématique de ce que les élites et ceux pour qui les choses vont bien pensent du “peuple”.Et ça prouve bien que personne n’en a grand chose à faire de ce que les gens ont dans la tête.J’ai aussi l’impression Macron est passé à côté d’une occasion en or de réfléchir et de vraiment faire quelque chose d’historique à ce moment là (facile à dire cinq ans après).

    [On ne fera pas en trois semaines le travail qu’on n’a pas fait en trente ans. ]

    Ce manque de travail est ahurissant, de la part de la gauche, mais aussi de LR.Depuis 2017 ces gens n’ont pas proposé un truc original, pas travaillé.Eux aussi auraient pu exploiter les cahiers de doléances d’ailleurs.Je ne suis pas persuadé que le RN ait fait beaucoup plus que se laisser porter par les courant d’opinion les plus porteurs.Nonobstant leurs idées, ils ne donnent pas l’impression d’être vraimeent prêts à exercer le pouvoir… pas plus et pas moins que les autres ceci dit.Ils risquent de se faire balayer par la moindre poussée de fièvre des marchés.

    • Descartes dit :

      @ tmn

      [« On n’insistera jamais assez : en politique il faut partir de ce que les gens ont dans la tête, et construire à partir de cette réalité » A ce propos, je repense souvent aux cahiers de doléances remplis par les gilets jaunes. Rien n’en a été fait, la plupart n’ont même pas été ouverts, à part par quelques chercheurs. C’est tellement emblématique de ce que les élites et ceux pour qui les choses vont bien pensent du “peuple”. Et ça prouve bien que personne n’en a grand-chose à faire de ce que les gens ont dans la tête.]

      Jusqu’à un certain point. Je me demande si les « cahiers de doléances » étaient le bon instrument pour savoir ce que le « peuple » veut. Parce que ne nous voilons pas la face : les cahiers ont été en grande partie rédigés par des activistes, dont la représentativité est très douteuse. Pour moi, savoir ce que les gens ont dans la tête fait partie du travail du militant. Car un militant, ce n’est pas seulement quelqu’un qui remplit les salles et colle des affiches. C’est surtout un citoyen actif qui discute avec sa famille, ses camarades d’étude, ses collègues de travail, les gens qu’il voit lorsqu’il tient une « table » sur un marché ou qu’il fait du « porte à porte ». Et c’est aux partis politiques de remonter cette connaissance que les militants ont de leur terrain pour prendre des décisions informées.

      Si le PCF garde une présence politique sans rapport avec ses résultats électoraux, c’est parce qu’il a su conserver au moins en partie cette structuration militante. A une époque le PS et la droite gaulliste avaient, eux aussi, une forme de maillage militant du territoire qui leur permettaient de remonter de l’information quant à l’état d’esprit du bas peuple. Mais tous ces réseaux militants se sont en grande partie éteints dans la « France périphérique », et ne subsistent que dans les métropoles…

      [« On ne fera pas en trois semaines le travail qu’on n’a pas fait en trente ans. » Ce manque de travail est ahurissant, de la part de la gauche, mais aussi de LR. Depuis 2017 ces gens n’ont pas proposé un truc original, pas travaillé.]

      Le problème, c’est que les partis sont devenus des écuries électorales. Ils se réveillent avant les élections, et retombent dans leur léthargie immédiatement après. En période électorale, la priorité des militants n’est pas de réfléchir, mais de sortir la propagande. Et hors période électorale, vous pouvez toujours proposer des réunions de réflexion, ça n’intéresse personne.

      [Je ne suis pas persuadé que le RN ait fait beaucoup plus que se laisser porter par les courants d’opinion les plus porteurs.]

      Mais de quelle « opinion » parlez-vous ? S’il s’agit de l’opinion médiatique, on peut difficilement accuser le RN de se laisser porter par eux. Pensez en particulier leur défense du nucléaire, à une époque où « l’opinion » allait plutôt dans le sens de la fermeture de Fessenheim. Et s’il s’agit de l’opinion de la base, pour la suivre encore faut-il la connaître, et on est ramenés au problème précédent. Il ne faut pas sous-estimer le travail fait par le RN pour organiser un vrai travail militant de terrain.

      [Nonobstant leurs idées, ils ne donnent pas l’impression d’être vraiment prêts à exercer le pouvoir… pas plus et pas moins que les autres ceci dit. Ils risquent de se faire balayer par la moindre poussée de fièvre des marchés.]

      Lorsqu’on parle d’être « prêt à exercer le pouvoir », il faut faire la différence entre la capacité politique et la capacité technique, autrement dit, entre le fait de savoir QUOI faire et le fait de savoir COMMENT le faire. Les partis dits « de gouvernement », qui ont déjà exercé le pouvoir, ont des capacités techniques que les autres n’ont pas. Ayant exercé le pouvoir, ils ont eu l’opportunité d’attirer à eux des administrateurs et des hauts fonctionnaires de qualité, qui savent comment on monte un dossier, comment on fait un décret, comment on passe une loi, quelles sont les marottes du Conseil d’Etat ou du Conseil constitutionnel. Quand un parti qui n’a jamais gouverné arrive au pouvoir, son premier souci devrait être de s’entourer de ces compétences, sans quoi il risque d’être vite bloqué. De ce que j’ai pu voir, le RN est très conscient du problème et a mis en place les structures nécessaires.

      Après, il y a la question politique. Est-ce que le RN sait vraiment ce qu’il veut faire, et surtout ce qu’il est possible de faire ? Sur ce point, la question est ouverte. La manière dont Bardella a récemment nuancé sa position sur la réforme des retraites me fait penser qu’ils commencent à y réflechir…

      • tmn dit :

        @Descartes

        [Je me demande si les « cahiers de doléances » étaient le bon instrument pour savoir ce que le « peuple » veut. Parce que ne nous voilons pas la face : les cahiers ont été en grande partie rédigés par des activistes, dont la représentativité est très douteuse. ]

        Mais en partie aussi par des gilets jaunes de la première heure, auparavant loin de la politique, qui ont passé leurs soirées et leur weekends sur des rond-points… Et puis sans être un instrument parfait, ça méritait au moins que les gens qui ont demandé ces cahiers (et on utilisé cet argument pour calmer la colère) y jettent un oeil !

        [Mais de quelle « opinion » parlez-vous ? S’il s’agit de l’opinion médiatique, on peut difficilement accuser le RN de se laisser porter par eux. Pensez en particulier leur défense du nucléaire, à une époque où « l’opinion » allait plutôt dans le sens de la fermeture de Fessenheim. Et s’il s’agit de l’opinion de la base, pour la suivre encore faut-il la connaître, et on est ramenés au problème précédent. Il ne faut pas sous-estimer le travail fait par le RN pour organiser un vrai travail militant de terrain. ]

        Sur le nucléaire c’est vrai. D’ailleurs sur ce sujet je trouve hallucinant que LFI et EELV n’aient pas fait leur mue ces dernières années, là aussi au delà des idéologies, gros manque de sérieux.

        [ De ce que j’ai pu voir, le RN est très conscient du problème et a mis en place les structures nécessaires.]

        Honnêtement, sans être fan du RN, j’espère que vous avez raison, ce serait un peu rassurant… mais j’ai un peu de mal à y croire j’avoue. Je me souviens que vous aviez parlé du travail de Jean Messiha il y a quelques années, mais j’ai un peu suivi l’actualité de cette personne (passé chez Zemmour depuis), ça ne m’a pas vraiment rassuré. On sera vite fixés !

        • Descartes dit :

          @ tmn

          [Mais en partie aussi par des gilets jaunes de la première heure, auparavant loin de la politique, qui ont passé leurs soirées et leurs weekends sur des rond-points… Et puis sans être un instrument parfait, ça méritait au moins que les gens qui ont demandé ces cahiers (et on utilisé cet argument pour calmer la colère) y jettent un oeil !]

          C’est toujours intéressant de lire ce que les gens expriment, et aussi comment ils l’expriment. J’en ai moi-même lu quelques-uns de ces cahiers, et je suis d’accord avec vous. Il n’était d’ailleurs pas nécessaire de les lire tous : un échantillonnage suffit, parce qu’ils tendent à se répéter.

          [Sur le nucléaire c’est vrai. D’ailleurs sur ce sujet je trouve hallucinant que LFI et EELV n’aient pas fait leur mue ces dernières années, là aussi au delà des idéologies, gros manque de sérieux.]

          Pourtant la réalité s’impose lentement. EELV et LFI n’ont peut-être pas renié leurs positions d’antan, mais vous pouvez constater que dans le « programme de rupture » du NFP le nucléaire n’est même pas mentionné. Pour qui se souvient des débats enflammés des dernières présidentielles, où LFI tenait mordicus à sa sortie du nucléaire, au point que dans les textes « communs » il fallait au moins mentionner un « référendum sur la sortie du nucléaire » pour que LFI signe, c’est un petit progrès.

          [Je me souviens que vous aviez parlé du travail de Jean Messiha il y a quelques années, mais j’ai un peu suivi l’actualité de cette personne (passé chez Zemmour depuis), ça ne m’a pas vraiment rassuré.]

          Ca, c’était la période Philippot du FN. Avec le départ de Philippot, l’embryon d’équipe qui avait été constitué s’est dispersé, et les gens ont atterri là où ils ont pu – c’est-à-dire, là où ils ont trouvé une écoute. Car il faut comprendre la problématique de l’intellectuel : ceux qui veulent changer le monde par la pensée s’aperçoivent vite que la pensée ne fait rien s’il n’y a personne pour l’écouter et pour agir en conséquence. Et ceux qui écoutent et agissent, ce ne sont pas les intellectuels, ce sont les militants. Les intellectuels sont allés vers le PCF dans les années 1930 parce que c’était un parti qui écoutait les intellectuels, qui faisant de l’éducation des militants une priorité. Un intellectuel communiste était assuré que ses articles seraient publiés dans l’Humanité, ses livres vendus au porte-à-porte, ses idées diffusées par les militants. Que demander de mieux ? De même, Philippot ou Zemmour ont attiré des experts et des techniciens simplement en les écoutant. Pour vous dire : dans les dix dernières années, j’ai plusieurs fois été approché par la droite ou l’extrême droite pour me demander mon avis sur les questions dont je suis expert. Jamais la gauche ne m’a approché.

  9. Denis Weill dit :

    Bonjour Descartes,
    Selon moi les classes populaires l’auront forcément dans l’os car elles sont doublement trahies :
    – à gauche par une petite bourgeoisie urbaine réactionnaire qui se précipite pour tout casser en centre-ville  dès que Macron n’est pas assuré de gagner une élection et crée un Nouveau Front Populaire pour faire barrage aux idées…du peuple 
    – à droite par l’alliance du RN avec la droite libérale atlantiste pro privatisation et casse du service publique au nom de la “liberté” et de la bourgeoisie rassurée
    Après avoir fait le boulot pour lequel il a été porté au pouvoir pendant 10 ans, Macron remet donc en place l’opposition droite/gauche stérilisante qu’il a trouvé en arrivant.
    Ce qui est nouveau en revanche, c’est la fin du “pas d’alliance à droite” et le fait que l’épouvantail antisémite ai apparemment changé de camp. 
    Une opposition droite/gauche qui prépare sans doute la belle unité nationale qui sera nécessaire pour aller botter le cul des popovs.
    L’avenir s’annonce radieu…
     
    Bien à vous,

    • Descartes dit :

      @ Denis Weill

      [Selon moi les classes populaires l’auront forcément dans l’os car elles sont doublement trahies :]

      [– à gauche par une petite bourgeoisie urbaine réactionnaire qui se précipite pour tout casser en centre-ville dès que Macron n’est pas assuré de gagner une élection et crée un Nouveau Front Populaire pour faire barrage aux idées…du peuple]

      Là, rien de nouveau. La gauche a trahi les couches populaires depuis de très longues années : le Parti socialiste dès le milieu des années 1980, le PCF à la fin des années 1990. Sans compter qu’on met dans la gauche des écologistes, qui ne se sont jamais souciés des couches populaires, et l’extrême gauche qui n’a jamais vu dans cette classe autre chose qu’une masse de manœuvre.

      [– à droite par l’alliance du RN avec la droite libérale atlantiste pro privatisation et casse du service publique au nom de la “liberté” et de la bourgeoisie rassurée]

      Ca, c’est un peu trop tôt pour le dire. Personnellement, je continue à penser qu’un parti politique est otage de son électorat. Si le RN arrivé au pouvoir se rallie à la logique « libérale pro privatisation et casse du service public », elle ne fera que passer au pouvoir, parce que son électorat attend de lui une autre politique. Mitterrand a trahi les couches populaires, mais ne l’a fait qu’après trois ans de gouvernement, et seulement lorsque la situation économique l’a obligé de choisir…

      [Après avoir fait le boulot pour lequel il a été porté au pouvoir pendant 10 ans, Macron remet donc en place l’opposition droite/gauche stérilisante qu’il a trouvé en arrivant.]

      Je ne le crois pas. On peut classifier le RN à « l’extrême droite », mais c’est là une qualification qui repose sur l’histoire, pas sur la substance. Ce n’est pas pour rien que le programme économique du RN d’aujourd’hui a été qualifié de « marxiste » par certains macronistes : sur beaucoup de points, il reprend des idées qui étaient celles du PCF dans les années 1970. Et dans la même veine, on peut se demander en quoi le va-t-en guerre Gluscksmann serait plus « de gauche » que Macron. A mon avis, regarder la polarisation actuelle sous le prisme « droite/gauche » conduit à une conclusion erronée. J’y vois plutôt un conflit d’intérêt entre les classes intermédiaires alliées à la bourgeoisie et les classes populaires, là où le conflit « droite/gauche » se concevait comme opposition entre la bourgeoisie et des couches populaires alliées aux classes intermédiaires.

  10. Glarrious dit :

    Une grenade à fragmentation, coté R! division entre Marion Maréchal, Peltier, Bay et Zemmour Knafo. Chez les LR, Ciotti s’est fait renversé par les notables (il est mort politiquement ) du jamais-vu. Chez la gauche Mélenchon fait le forceur au JT de 20h sur France 2 pour être PM et Glucksman ne veut pas d’alliance avec LFI.

    • Descartes dit :

      @ Glarrious

      [Une grenade à fragmentation, coté R! division entre Marion Maréchal, Peltier, Bay et Zemmour Knafo. Chez les LR, Ciotti s’est fait renversé par les notables (il est mort politiquement) du jamais-vu.]

      Ne l’enterrez pas trop vite… souvenez-vous qu’on a eu déjà une situation analogue, au niveau du PS, lorsque des accords étaient passés avec le PCF pour lui laisser telle ou telle circonscription, et que ces accords étaient violés localement par des candidats « dissidents », vite exclus du PS… et réintégrés discrètement après l’élection – surtout s’ils arrivaient à se faire élire – souvent avec les voix de la droite – contre le candidat communiste. Par ailleurs, n’oubliez pas que Ciotti est élu à Nice, dans une circonscription où il a peu de chances d’être réélu sans la bienveillance du RN. Pécresse (qui est présidente de conseil régional) ou Retailleau (qui est sénateur) n’ont pas tout à fait les mêmes contraintes que Ciotti…

      Peut-être qu’on verra les candidats sortants LR suivre la ligne Ciotti quand ils sont dans une circonscription où ils ne peuvent se faire élire qu’avec la bienveillance du RN, et rejeter cette ligne lorsqu’ils pensent pouvoir se faire réélire sur leur propre nom. Et à la fin, on oubliera les différences et tout ce beau monde siégera dans le même groupe au nom du réalisme.

      [Chez la gauche Mélenchon fait le forceur au JT de 20h sur France 2 pour être PM et Glucksman ne veut pas d’alliance avec LFI.]

      Mélechon a été beaucoup plus nuancé que vous le dites : à la question il a répondu qu’il « se sentait capable » mais que ce serait le groupe parlementaire le plus nombreux à gauche qui choisirait le candidat au poste. Faure lui a d’ailleurs rendu la politesse en déclarant qu’il n’excluait pas Mélenchon des candidats possibles. Comme la gauche n’a aucune chance de gagner, le problème est secondaire.

  11. Vincent dit :

    “Le problème est que la gauche n’a rien oublié, et rien appris”
     
    Je connais la citation, et j’imagine que la paraphrase est volontaire.
    Mais au delà de cette référence… Que la gauche n’ait rien appris, c’est limpide.
    Mais est-il pertinent de dire qu’elle n’a rien oublié ? Y a-t-il des rancunes profondes de la part de tel ou tel dont elle aurait besoin de se venger en arrivant au pouvoir ?

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [Je connais la citation, et j’imagine que la paraphrase est volontaire.]

      Bien entendu. Pour ceux qui ne connaîtraient l’origine de la citation, il s’agit d’une formule de Talleyrand en voyant revenir les émigrés après la chute de l’Empire. Il pouvait constater que les nobles qui avaient regardé la Révolution depuis leur refuge en Angleterre, en Holande ou en Autriche revenaient en France avec leurs rancœurs intactes, mais pensaient encore pouvoir revenir à l’ancien régime, sans comprendre que le pays avait changé irréversiblement. La gauche est un peu dans la même logique. Elle n’a rien oublié des rancœurs entre les uns et les autres, mais s’imagine pouvoir revenir aux beaux jours de Mitterrand (ou pire, au « Front Populaire »)…

      [Mais au-delà de cette référence… Que la gauche n’ait rien appris, c’est limpide.]

      Qu’elle n’ait rien appris, ce n’est pas si grave. Le plus grave, c’est qu’elle ne voit aucun intérêt à apprendre. Les militants de gauche ne font pas de la politique. Ils se font plaisir en répétant un discours qui leur permet de se prévaloir d’une supériorité morale, mais n’a aucun effet sur le réel. Quand la liste Bardella fait 31%, crier que « tout le monde déteste Bardella » montre un refus de regarder la réalité. Et c’est pourquoi la gauche prétend combattre le RN en reproduisant en permanence une stratégie qui, on le voit depuis au moins vingt ans, ne fonctionne pas. Pour apprendre, la gauche devrait chercher à comprendre pourquoi les électeurs – et tout particulièrement les électeurs des couches populaires et de la jeunesse, qui sont deux secteurs que la gauche ne devrait pas négliger – se tournent vers le RN, plutôt que de chercher à bâtir un « cordon sanitaire » qui prétend contourner au niveau des partis politiques le vote des citoyens.

      [Mais est-il pertinent de dire qu’elle n’a rien oublié ? Y a-t-il des rancunes profondes de la part de tel ou tel dont elle aurait besoin de se venger en arrivant au pouvoir ?]

      Bien entendu. Vous croyez vraiment que les bisbilles entre Mélenchon et les dirigeants du PS ne sont que la conséquence des désaccords politiques ? Que si les « insoumis » ont cherché à faire une OPA sur le PCF c’est juste une question de stratégie électorale ? Non, bien sur que non. Si à gauche on se méfie du PS, c’est parce que le souvenir de son comportement hégémonique est encore très vivace. Si Cazeneuve/Hollande cherchent à saboter le « Front Populaire », c’est parce qu’ils se souviennent de l’attitude de Mélenchon pendant la présidence Hollande…

  12. Patriote Albert dit :

    Bonjour Descartes,
    Difficile de commenter la vie politique dans cette accélération de l’histoire, chaque jour apportant ses nouveaux événements. On a déjà oublié les résultats des européennes – ce n’est pas la moindre réussite de l’annonce d’Emmanuel Macron. On constate néanmoins une clarification du spectre politique, avec ses trois blocs, et plus rien au milieu (LR et Reconquête étant en train d’exploser). La seule ambigüité à mon sens reste dans le vote PS-EELV, qui se trouve dans le bloc “de gauche” mais est très perméable au macronisme. Les 2 autres blocs me semblent plus “purs” socialement et politiquement.
     
    [l’hypothèse qui me semble la plus vraisemblable au soir du 7 juillet est celle d’une Assemblée où le président n’aura pas de majorité fusse-t-elle relative, sans que pour autant aucun des groupes soit capable de bâtir une majorité autour de lui.]
    J’ai lu que “les marchés” financiers étaient d’accord avec vous ;)Pour moi, tout dépendra de la participation. Si elle est forte, il y aura de très nombreuses triangulaires, et là le RN devrait l’emporter la plupart du temps, car on voit mal des macronistes se désister pour des candidats de la NUPES… pardon du NFP, et vice-versa. Le RN a eu 89 députés en 2022 avec 19% des voix au premier tour, et là les sondages leur en donnent 35%, soit quasiment le double ! En revanche, si la participation est faible, il y aura plutôt une majorité de duels, et là le réflexe de front républicain peut jouer, et limiter la progression du RN. Mais plus j’y réfléchis, et plus je me dis que la majorité absolue pour le RN est atteignable.
     
    [le RN pourrait parfaitement assumer le fait d’exiger son départ et de rendre impossible la nomination d’un premier ministre jusqu’à l’obtenir.]
    Vous voulez dire que concrètement le RN dirait : “nous ne proposons personne jusqu’à ce que Macron démissionne” ? Et que ledit Macron ne pourrait nommer personne sous peine de prendre une motion de censure dans le visage ?
     
    [j’ai participé ces derniers jours à pas mal de rencontres avec des gens vaguement « de gauche », et je vous assure qu’ils fantasment à mort sur le mode « les fascistes sont à nos portes »]
    Je ne vous raconte pas l’ambiance de la salle des profs lundi… Entre ceux qui sont “abasourdis” alors qu’ils habitent dans des villages où le RN a fait entre 40% et 50%, les profs d’histoire-géo (!!!) qui se croient en Allemagne en 1933, et ceux qui proposent en cas de gouvernement RN de lancer une grève reconductible à la rentrée – ben oui, arrêter de bosser pour protester contre le résultats de la démocratie, c’est tellement “de gauche” ! Cela dit, dans cette hystérie, il reste tout de même à mon avis une minorité silencieuse qui ne dit rien de peur de se faire clouer au pilori, mais qui n’en pense pas moins…
     
    Dans tous les cas, je rejoins votre propos sur le fait que pour une fois, il y a un enjeu à ces élections. Le soir de l’annonce des résultats, j’ai ressenti un vrai enthousiasme en me disant “enfin, les portes s’ouvrent, il y a un espoir qu’on ne continue plus dans ce lent déclin orchestré par le centre libéral”. Bon, il faut toujours faire attention avec les espoirs, ils peuvent facilement être déçus dans la mesure où les principaux rapports de force au sein de la société n’ont pas spécialement bougé, mais tout de même, voici peut-être arrivé le retour de la politique, et cela constitue déjà une victoire.
     

    • Descartes dit :

      @ Patriote Albert

      [On constate néanmoins une clarification du spectre politique, avec ses trois blocs, et plus rien au milieu (LR et Reconquête étant en train d’exploser). La seule ambigüité à mon sens reste dans le vote PS-EELV, qui se trouve dans le bloc “de gauche” mais est très perméable au macronisme. Les 2 autres blocs me semblent plus “purs” socialement et politiquement.]

      La « clarification » est relative. A droite, les choses sont relativement claires : le RN a un leadership incontesté désormais, et LR se divise entre les RN-compatibles et les autres. Mais à gauche, personne n’est dupe : le « nouveau front populaire » est un attelage hétéroclite à visée purement électorale. Je vous conseille la lecture de leur programme : c’est de toute évidence un texte écrit par des gens qui ne pensent pas un instant à devoir l’appliquer. Comment prendre au sérieux un programme qui promet de « abroger immédiatement les décrets d’application de la réforme d’Emmanuel Macron passant l’âge de départ à la retraite à 64 ans, ainsi que les réformes de l’assurance-chômage » ? Les gens qui ont écrit ce texte se rendent-ils compte que « l’abrogation immédiate » de ces textes ne rétablirait pas le régime antérieur, mais laisserait un vide juridique total qu’il faudrait des mois – peut-être même des années – pour combler ?

      La question intéressante est ce qui se passerait si le soir du 7 juillet les socialistes et les écologistes étaient assez nombreux pour former une majorité avec ce qui restera des macronistes. A votre avis, les députés socialistes préféreraient gouverner avec LFI ou avec Macron ?

      [« l’hypothèse qui me semble la plus vraisemblable au soir du 7 juillet est celle d’une Assemblée où le président n’aura pas de majorité fusse-t-elle relative, sans que pour autant aucun des groupes soit capable de bâtir une majorité autour de lui. » J’ai lu que “les marchés” financiers étaient d’accord avec vous ;)]

      Je m’inquiéterais si les marchés financiers étaient d’accord avec moi sur un projet, mais lorsqu’ils sont d’accord avec moi sur une projection factuelle, je suis plutôt rassuré. Après tout, les gens qui risquent leur argent ont tendance à vouloir connaître la réalité, fut-elle déplaisante. C’est pour cela que le « Finacial Times » reste pour moi l’un des meilleurs journaux du monde…

      [Pour moi, tout dépendra de la participation. Si elle est forte, il y aura de très nombreuses triangulaires, et là le RN devrait l’emporter la plupart du temps, car on voit mal des macronistes se désister pour des candidats de la NUPES… pardon du NFP, et vice-versa.]

      Sans vouloir vous injurier, je trouve votre ingénuité est touchante. Vous savez, la perméabilité entre le macronisme et le PS est bien plus importante que vous ne el pensez. Un exemple ? Aurélien Rousseau, ancien des cabinets Valls et Cazeneuve, directeur de cabinet d’Elisabeth Borne puis ministre de la Santé, l’un des bâtisseurs de la réforme des retraites, sera candidat aux législatives… pour le Nouveau Front Populaire dans les Yvelines. Je vois très bien Macron appeler ses candidats à se désister pour le candidat NFP si celui-ci est un socialiste ou un écologiste, par exemple, et de se maintenir lorsqu’il est issu de LFI ou du PCF.

      [Le RN a eu 89 députés en 2022 avec 19% des voix au premier tour, et là les sondages leur en donnent 35%, soit quasiment le double ! En revanche, si la participation est faible, il y aura plutôt une majorité de duels, et là le réflexe de front républicain peut jouer, et limiter la progression du RN. Mais plus j’y réfléchis, et plus je me dis que la majorité absolue pour le RN est atteignable.]

      Elle est certainement atteignable. Les premières projections en sièges donnent entre 190 et 235 sièges au NFP, entre 195 et 245 au RN, entre 70 et 100 à Ensemble, 10 à 14 aux divers gauche et entre 25 et 35 à la droite classique. Autrement dit, personne n’a une majorité avec l’appoint des « petits », il faut donc un accord entre deux des trois grands blocs pour faire une majorité…

      [« le RN pourrait parfaitement assumer le fait d’exiger son départ et de rendre impossible la nomination d’un premier ministre jusqu’à l’obtenir. » Vous voulez dire que concrètement le RN dirait : “nous ne proposons personne jusqu’à ce que Macron démissionne” ? Et que ledit Macron ne pourrait nommer personne sous peine de prendre une motion de censure dans le visage ?]

      Pas nécessairement. Le RN n’a rien à « proposer », c’est le président qui nomme le Premier ministre à sa convenance, et celui-ci n’est nullement obligé à demander la confiance. Le RN pourrait déclarer qu’il restera dans l’opposition tant que Macron restera en place. Il est clair que dans ces conditions personne n’acceptera d’aller à Matignon.

      [Je ne vous raconte pas l’ambiance de la salle des profs lundi… Entre ceux qui sont “abasourdis” alors qu’ils habitent dans des villages où le RN a fait entre 40% et 50%, les profs d’histoire-géo (!!!) qui se croient en Allemagne en 1933, et ceux qui proposent en cas de gouvernement RN de lancer une grève reconductible à la rentrée – ben oui, arrêter de bosser pour protester contre le résultat de la démocratie, c’est tellement “de gauche” ! Cela dit, dans cette hystérie, il reste tout de même à mon avis une minorité silencieuse qui ne dit rien de peur de se faire clouer au pilori, mais qui n’en pense pas moins…]

      Il est clair que chercher à s’opposer à cette vague d’hystérie dans certains milieux peut vous coûter cher et finalement ne rapporte pas grande chose. Votre discours rationnel en convaincra pas des gens qui finalement tirent un très grand plaisir de cette situation. Parce que c’est là le plus paradoxal : il y a un élément de plaisir dans le discours catastrophiste de la gauche. Dans ce monde triste où il ne se passe jamais rien, tout à coup l’histoire vous donne l’opportunité de rejoindre les héros de votre jeunesse. Certains se voient déjà en Jean Moulin, d’autres en Blum ou Mandel… le risque en moins !

      [Bon, il faut toujours faire attention avec les espoirs, ils peuvent facilement être déçus dans la mesure où les principaux rapports de force au sein de la société n’ont pas spécialement bougé, mais tout de même, voici peut-être arrivé le retour de la politique, et cela constitue déjà une victoire.]

      Oui. Et ce qui encourage à l’optimisme, c’est que les rapports de force sont en train, très lentement, de changer. Le néolibéralisme n’est plus ce qu’il était. De la même manière que la crise de 1929 puis la deuxième guerre mondiale avaient tué le libéralisme classique, le conflit en Ukraine et la pandémie ont, chacun à leur manière, fait prendre conscience aux classes dominantes des limites de la régulation par le marché et des risques liés à l’internationalisation des échanges. Les idées protectionnistes, qui étaient anathème il y a pas si longtemps, redeviennent respectables…

      • Patriote Albert dit :

        [à gauche, personne n’est dupe : le « nouveau front populaire » est un attelage hétéroclite à visée purement électorale]
        L’élasticité de l’attelage est assez incroyable, d’ailleurs : quand on voit qu’on y trouve à la fois François Hollande, Aurélien Rousseau d’un côté, et Philippe Poutou ou Raphaël Arnault (leader d’un groupuscule “antifa”) de l’autre… Il faut vraiment une peur panique du RN pour parvenir à mettre de côté dans son esprit l’inanité de cet ensemble.

        [A votre avis, les députés socialistes préféreraient gouverner avec LFI ou avec Macron ?]
        Bonne question. Je pense que pour l’image ils seraient obligés d’investir un gouvernement “Front populaire”, mais le feraient tomber assez vite pour rétablir un vrai bloc bourgeois “de gauche”.

        [Sans vouloir vous injurier, je trouve votre ingénuité est touchante. Vous savez, la perméabilité entre le macronisme et le PS est bien plus importante que vous ne le pensez.]
        Oui, en fait je me rends compte que je suis resté sur le modèle NUPES, avec une gauche sous domination LFI. Mais vous avez raison, au final, une bonne partie des candidats du NFP est de cette gauche perméable au macronisme, et les désistements mutuels risquent d’être nombreux.

        • Descartes dit :

          @ Patriote Albert

          [L’élasticité de l’attelage est assez incroyable, d’ailleurs : quand on voit qu’on y trouve à la fois François Hollande, Aurélien Rousseau d’un côté, et Philippe Poutou ou Raphaël Arnault (leader d’un groupuscule “antifa”) de l’autre… Il faut vraiment une peur panique du RN pour parvenir à mettre de côté dans son esprit l’inanité de cet ensemble.]

          Comme la gauche n’a plus d’idées, il est difficile de barrer la candidature à quelqu’un au motif qu’il ne les partage pas. Quand le Titanic coule, on ne vous demande pas vos convictions avant de vous faire monter dans le canot de sauvetage. Le problème, c’est que du coup personne ne s’interroge sur les raisons qui font qu’on n’a pas vu l’iceberg. Ce matin j’ai entendu Jospin à France Inter qui expliquait encore combien la « gauche plurielle » avait bien gouverné « dans la ligne de François Mitterrand », allant jusqu’à dire que « les Français en gardent un bon souvenir ». Comme si en 2002 il n’avait pas été chassé de la vie publique par son incapacité à réunir plus de 17% des voix sur son nom au premier tour de la présidentielle. Tant que la gauche baignera dans cette autosatisfaction, tant qu’elle tiendra le discours « nous avons bien gouverné, les gens sont des ingrats », le RN a de beaux jours devant lui.

  13. CVT dit :

    @Descartes,
    pour le moment, il faut prendre ce qui est à prendre,  mais si l’alliance RN/LR (puisque c’est bien parti…) joue bien le coup, il y a une chance inespérée de se débarrasser non seulement du PMPE (alias le Petit Marquis Poudré de l’Elysée) mais surtout d’un danger que j’estime encore plus grand, celui de la GAUCHE anti-nationale qui ne cache même plus sa haine de la France (on voit fleurir un peu partout des slogans “Anti-France vaincra”!!!!!).
     
    Eric Ciotti vient probablement de mettre fin à près de 40 ans de “Front Républicain”, celui qui a paralysé la vie politique française depuis l’avènement de Le Pen Père et ça me fait un drôle d’effet, surtout pour quelqu’un comme moi qui a longtemps milité à gauche.
    Pour une fois, j’ai l’impression peut-être fausse qu’il y a cette un espoir, ténu mais espoir quand même, d’infléchir la marche vers la disparition totale de la France comme Nation, ce qui est le projet de la gauche et des macronards. Certes, je reste sans illusion sur l’appartenance à l’UE, mais la probabilité de sortir de ce carcan est plus grande si la droite revient durablement au pouvoir, que si c’était la gauche car cette dernière semble définitivement avoir sacrifié la Nation pour lui préférer la moraline infecte qui va de pair avec un libéralisme-libertaire ultra-individualiste mâtinée d’islamo-gauchisme réactionnaire… 
     
    Rien n’est fait pour le RN et ses Ralliés, mais j’ai quand même la sensation qu’ils sont les seuls à vouloir défendre ce qu’il reste de l’intégrité de la France, ainsi que sa continuité historique. Je n’avais plus ressenti une telle émotion depuis le référendum sur le TCE en 2005…

    • Descartes dit :

      @ CVT

      [pour le moment, il faut prendre ce qui est à prendre, mais si l’alliance RN/LR (puisque c’est bien parti…) joue bien le coup, il y a une chance inespérée de se débarrasser non seulement du PMPE (alias le Petit Marquis Poudré de l’Elysée) mais surtout d’un danger que j’estime encore plus grand, celui de la GAUCHE anti-nationale qui ne cache même plus sa haine de la France (on voit fleurir un peu partout des slogans “Anti-France vaincra”!!!!!).]

      Je n’ai pas entendu ce genre de slogans, mais je vous accorde volontiers que l’arrivée au pouvoir de cet attelage hétéroclite qu’est devenue la gauche serait un désastre de proportions bibliques. Comme je l’ai dit dans un autre commentaire, je suis moins effrayé par l’idée de l’arrivée du RN au pouvoir que par le niveau d’hystérie du discours public. Tout le monde semble avoir perdu la boule. La mésaventure arrivée à Daniel Keller est de ce point de vue emblématique. Personne ne peut douter des idées républicaines et démocratiques de Keller, haut fonctionnaire, membre du conseil économique et social et ancien Grand Maitre de la principale obédience maçonnique française. Mais Keller a eu le malheur dans un entretien de presse de donner l’opinion suivante :

      « Je pense que le discours sur la peste brune ou la menace fasciste que représenterait le RN n’a plus lieu d’être. Je comprends effectivement l’étonnement, la crainte même que peut susciter l’histoire du Rassemblement National, ses origines que je n’oublie pas évidemment. Mais je ne crois pas que les libertés fondamentales ni les grandes valeurs républicaines seront menacées demain.
      Ce qui érode le pacte social et le modèle social et républicain de notre cher pays, ce sont surtout les risques de déclassement économique, d’appauvrissement social, notamment des classes moyennes, et les défis vertigineux en termes de politique régalienne, de respect de la laïcité, d’immigration, de sécurité ou de politique pénale et sur lesquels les Français ont exprimé leur mécontentement dimanche. »

      Cette déclaration lui a valu une levée de boucliers dans les milieux bienpensants. Bien sûr, on peut être en désaccord avec Keller. Mais rien de ce qu’il dit plus haut ne remet en cause ses convictions républicaines. On ne peut lui reprocher qu’une chose : c’est de garder toute sa tête quand ceux qui l’entourent l’ont perdue. Et je peux vous assurer qu’aujourd’hui il faut faire très attention : dans certaines enceintes, le simple fait de dire que Bardella et Hitler ne sont pas tout à fait comparables peut vous valoir de sérieux ennuis.

      J’ai entendu quelque part les partisans de ce « nouveau Front Populaire » faire l’analogie avec 1934, sur le mode « les ligues fascistes ont amené le Front Populaire, le RN amène le nouveau Front Populaire ». Mais la différence est flagrante : après les incidents de 1934, la gauche pouvait compter avec le soutien et la participation des plus grands esprits de l’époque, qui ont donné à la gauche les munitions intellectuelles pour marquer l’histoire. Aujourd’hui la « peste brune », si tant est qu’on puisse utiliser cette formule pour qualifier le RN, ne semble produire le moindre sursaut intellectuel. Le « programme de rupture » ne propose rien de bien nouveau…

      [Eric Ciotti vient probablement de mettre fin à près de 40 ans de “Front Républicain”, celui qui a paralysé la vie politique française depuis l’avènement de Le Pen Père et ça me fait un drôle d’effet, surtout pour quelqu’un comme moi qui a longtemps milité à gauche.]

      Je ne partage pas ce diagnostic. Le « front républicain » contre Le Pen père avait une claire justification, parce qu’à l’époque le FN était effectivement un parti raciste, antisémite, réactionnaire et surtout répondant à un électorat de petite bourgeoisie aigrie et d’aristocrates appauvris qui n’hésitaient pas à afficher leur détestation pour les acquis de la Révolution ou ceux de la Libération. C’est la transformation du FN qui a rendu le « front républicain » obsolète, et c’est pour cette raison qu’il s’est délité.

      [Pour une fois, j’ai l’impression peut-être fausse qu’il y a cette un espoir, ténu mais espoir quand même, d’infléchir la marche vers la disparition totale de la France comme Nation, ce qui est le projet de la gauche et des macronards.]

      Personnellement, ce n’est pas moi qui pleurerais si demain Bardella devenait premier ministre. Mais j’ai trop souvent été déçu en politique pour pouvoir être optimiste. Je suis envahi par le cynisme que j’ai hérité – avec son physique – de mon grand-père, celui qui disait que « l’optimiste et le pessimiste arrivent au même point, mais le pessimiste arrive content ». Je crains qu’une fois au pouvoir, le RN trouve plus facile de naviguer dans le sens du courant que de s’y opposer. Mais en tout cas, il ne fera pas pire que les autres. Et il y a peut-être une chance qu’il fasse mieux…

      Non, si je devais voter pour le RN, je le ferais parce que je suis de plus en plus convaincu qu’avant de reconstruire il faut casser la dynamique mortifère dans laquelle nous sommes engagés. La victoire des autres, ce serait continuer dans le même sens. « Business as usual ». Un gouvernement RN aboutira peut-être au chaos, mais au moins il y aura une possibilité de reconstruire quelque chose plus tard.

      [Certes, je reste sans illusion sur l’appartenance à l’UE, mais la probabilité de sortir de ce carcan est plus grande si la droite revient durablement au pouvoir, que si c’était la gauche car cette dernière semble définitivement avoir sacrifié la Nation pour lui préférer la moraline infecte qui va de pair avec un libéralisme-libertaire ultra-individualiste mâtinée d’islamo-gauchisme réactionnaire…]

      Là encore, je reste très prudent. La droite « libérale » ne vaut guère mieux que la gauche lorsqu’il s’agit de défendre la Nation. Les héritiers de Balladur ne valent pas mieux que ceux de Delors. Ils ont commencé leur carrière dans les mêmes cabinets, d’ailleurs…

      [Rien n’est fait pour le RN et ses Ralliés, mais j’ai quand même la sensation qu’ils sont les seuls à vouloir défendre ce qu’il reste de l’intégrité de la France, ainsi que sa continuité historique. Je n’avais plus ressenti une telle émotion depuis le référendum sur le TCE en 2005…]

      Je préfère ne pas me faire d’illusions, comme ça, je ne risque pas d’être déçu… comme disait là encore mon grand-père, “penser le mal de son voisin est souvent un péché, mais rarement une erreur”.

  14. Geo dit :

    @ Descartes
    [ Quand la liste Bardella fait 31%, crier que « tout le monde déteste Bardella » montre un refus de regarder la réalité.]
    Vous rejoignez Guy Konopticki:
    https://www.mezetulle.fr/la-gauche-sunit-contre-tout-ce-qui-la-constituait-par-guy-konopnicki/

    • Descartes dit :

      @ Geo

      [Vous rejoignez Guy Konopticki]

      Non, monsieur. C’est Konopnicki qui me rejoint. C’est moi qui ait publié le premier…

      Compte tenu de son pedigrée, votre rapprochement m’a inquiété. Serait-il possible que je sois tombé si bas que mon commentaire rejoindrait celui de Konopnicki ? En lisant l’article, je constate en fait qu’il n’en est rien. En fait, Konopnicki reproche à la gauche d’avoir trahi ses fondamentaux (“la République, la laïcité, la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, le travail, l’école publique…” à quoi il ajoute le drapeau tricolore), et de ne pas faire ce que fit la gauche à la Libération, c’est à dire, de trouver un compromis avec le centre et la droite pour conduire une politique de redressement national contre les forces de l’extrême droite. Seulement, cette analyse contient une erreur fondamentale: dans l’alliance conclue par le PCF, la SFIO, le MRP et les Gaullistes, toutes les classes sociales étaient représentées. L’accord du CNR était le fruit d’un consensus social, et c’est pour cette raison qu’il put être mis en œuvre sans véritable opposition jusqu’à ce que les transformations des années 1970 changent les alliances de classe. Aujourd’hui, un compromis entre la gauche, le centre et la droite dite “républicaine”, que Konopnicki appelle de ses voeux, laisserait hors du champ les couches populaires, qui dans leur majorité se sentent représentées par le RN.

      Mais que Konopnicki ne se fasse pas de bile: ce qu’il propose arrivera, lorsque la gauche et les macronistes se désisteront réciproquement pour “battre l’extrême droite”…

      PS: je ne déteste pas Konopnicki. “Détester” est un mot trop faible. A son propos, je n’ai que la formule de Clemenceau à dire: “pour les traîtres, douze balles dans la peau. Pour les demi-traîtres, six balles suffiront”.

  15. P2R dit :

    @ Descartes
     
    [Personnellement je vois quatre hypothèses, par ordre de probabilité décroissante :
    1) Une assemblée avec un bloc RN entre 130 et 200 députés, et la gauche à 200 députés. Autrement dit, aucune majorité possible sans la participation soit d’une fraction de la gauche, soit d’une fraction du RN. Le système institutionnel est alors bloqué, et je ne vois pas très bien où l’on va à partir de là.]
     
    Dans ce cas il faudra trouver le moyen de former un gouvernement technique, avec l’appui du groupe majoritaire. De prime abord on pourrait penser que le RN fera blocage mais je n’y crois finalement pas: face à une situation bloquée, face à un président qui refuse la démission, et sachant qu’on voit bien que le RN est pris de court par la perspective de gouverner, je pense que le RN en profitera pour renforcer encore leur image de parti responsable et respectable en donnant son aval à un premier ministre pas trop politique, issu des territoires, en échange de quelques engagements symboliques sur des mesures de pouvoir d’achat par exemple. Par ailleurs, la plupart des membres de la majorité n’aura probablement désormais aucun scrupule à “corneriser” Macron. Dans cette hypothèse, j’ai entendu mentionner le nom de François Baroin, ça ne me semble pas idiot: personnalité humble, discrète, qui a sû rester en marge des bisbilles actuelles de la droite et qui rompt avec le parisiannisme.. On entends aussi Gaino s’exprimer, sur le fait qu’il envisage de reprendre un rôle politique actif, mais je n’y crois pas, son coté anti-UE est un repoussoir trop puissant pour la majorité. Bellamy tente de ménager la chèvre et le chou, à la fois dans sa condamnation mesurée de l’initiative de Ciotti et dans sa posture sans équivoque au moment de choisir entre Nupes et RN. C’est aussi une possibilité.
     
    [2) Une assemblée avec le RN a plus de 300 députés, auquel cas le RN peut gouverner (avec ou sans cohabitation, a voir…)]
     
    Le début de campagne pour le moins fébrile du RN me laisse penser que cette probabilité est finalement assez ténue. L’idée de LePen d’un gouvernement d’union nationale me laisse sceptique quant à la possiblité de la chose. C’est une chose d’avoir des personnalités issues des administrations ou de la société civile à ses cotés, c’en est une autre d’imaginer que les 20% de partisans de la NUPES vont se tenir tranquilles. Vu l’hystérisation des débats, je crains qu’on aille vers des affrontements sociaux sans précédents dans notre histoire récente. J’imagine bien la gauche appeler à la grève générale et à des manifs monstres dans lesquelles les black-blocks s’en donneront à coeur joie. Dans ce cas, on aura du bol si aucun CRS ou manifestant ne reste sur le carreau. Et si ça arrive, je ne sais pas jusqu’où ça peut aller, mais j’ai bien peur que les emplumés de l’assaut du Capitole fassent figure de pâles amateurs comparés aux “troupes” de LFI qui ne manqueront pas de mettre la capitale et les grandes métropoles à feu et à sang. 
     
    [3) Une assemblée avec la majorité présidentielle et la droite dite « républicaine » ayant à eux deux la majorité absolue, et on s’acheminerait vers un accord de gouvernement (avec un premier ministre de droite, plus l’assurance que le macronisme soutiendra le candidat de la droite en 2027 ? C’est en tout cas ce que voulaient les sarkozystes…).]
     
    C’est le cas le plus simple, d’autant que l’explosion de LR favorisera la légitimité d’une posture de centre-droit dans la ligne de HORIZONS. Cependant E.Philippe malgré sa popularité ne pourra pas être reconduit, ce serait donner le baton pour se faire battre. De plus il se préparera davantage pour l’après. David Lisnard ?
     
    [4) Une assemblée ou macronistes + socialistes ont la majorité : gouvernement homogène donc entre un Macron redevenu socialiste et des socialistes enfin libérés de l’hypothèque LFI. Glucksmann premier ministre ?]
     
    Malheur… C’est tout à fait possible… Misère.. Enfin, ça dépendra du poids de LFI dans le groupe Nupes. Il faudrait que Renaissance et affiliés + PS + EELV aient la majorité absolue. Ce serait un coup absolument machiavélique de Mélenchon en vue de 2027, pour démontrer à peu de frais l’inefficacité de la gauche “de gouvernement”, jouer les frondeurs et rafler la mise à gauche à la présidentielle. Je commence à comprendre pourquoi LFI a accepté de lâcher une centaine de circos au PS aussi facilement..
     
    [5) Une majorité de gauche ou LFI est le parti le plus important. Mélenchon premier ministre, avec dans sa main droite un livre roulé, écrit devant et derrière, qui est scellé de sept sceaux…]
     
    Dans ce cas on aura un scénario à la Liz Truss: sanction immédiate des marchés, passage de 1981 à 1983 en l’espace de 2 semaines, des années et des années pour rétablir la confiance, et comme dans la restrospective sur les années Mitterand sur France Culture, on entendra Mélenchon dire avec arrogance “On était bloqués, personne n’avait d’idée pour sortir de là, on avait pas le choix”.
     

    • Descartes dit :

      @ P2R

      [« 1) Une assemblée avec un bloc RN entre 130 et 200 députés, et la gauche à 200 députés. Autrement dit, aucune majorité possible sans la participation soit d’une fraction de la gauche, soit d’une fraction du RN. Le système institutionnel est alors bloqué, et je ne vois pas très bien où l’on va à partir de là. » Dans ce cas il faudra trouver le moyen de former un gouvernement technique, avec l’appui du groupe majoritaire.]

      Ce n’est pas trop dans la tradition française, mais à situation inédite mesures inédites. Cela étant dit, je pense qu’une telle solution ne peut se faire qu’avec une personnalité ayant une pure légitimité technique et qui n’aurait en principe aucune ambition politique. Un profil du type Elisabeth Borne, par exemple. Je vois mal un Baroin ou un Bellamy à cette place. En quoi sont-ils des « techniciens » ? Guaino est impossible, et pas seulement à cause de ses prises de position : il a un profil de conseiller, pas de gouvernant. Il a plein d’idées, une énorme culture et des analyses très fines, mais il est un peu trop instable pour tenir la barre.

      Je suis d’accord avec vous qu’une telle solution pourrait être acceptable pour le RN. Cela lui permettrait de se roder aux institutions, de se montrer en parti sérieux et respectueux des institutions, et de bien se préparer pour 2027.

      [« 2) Une assemblée avec le RN a plus de 300 députés, auquel cas le RN peut gouverner (avec ou sans cohabitation, a voir…) » Le début de campagne pour le moins fébrile du RN me laisse penser que cette probabilité est finalement assez ténue. L’idée de LePen d’un gouvernement d’union nationale me laisse sceptique quant à la possibilité de la chose. C’est une chose d’avoir des personnalités issues des administrations ou de la société civile à ses côtés, c’en est une autre d’imaginer que les 20% de partisans de la NUPES vont se tenir tranquilles.]

      Pourtant, l’idée n’est pas mauvaise. Ce n’est pas parce que vous avez la majorité tout seul qu’il est avantageux de gouverner tout seul. Souvenez-vous du troisième principe du carriériste : « ne t’aventure jamais seul en terrain glissant : si tu tombes, tu pourras toujours accuser l’autre de t’avoir poussé ». Constituer un gouvernement « d’union nationale » permettrait de diluer les responsabilités et de monter un esprit d’ouverture, démonstration d’autant plus éclatante que les autres refuseraient la main tendue. Ce gouvernement « d’union nationale » pourrait d’ailleurs prendre la forme d’un gouvernement de techniciens…

      [Vu l’hystérisation des débats, je crains qu’on aille vers des affrontements sociaux sans précédents
      dans notre histoire récente. J’imagine bien la gauche appeler à la grève générale et à des manifs monstres dans lesquelles les black-blocks s’en donneront à cœur joie. Dans ce cas, on aura du bol si aucun CRS ou manifestant ne reste sur le carreau.]

      Je ne sais pas. Il est difficile de savoir jusqu’à quel point cette hystérisation est le fait d’une partie des classes intermédiaires urbaines – qui sont relativement peu nombreuses mais qui contrôlent tous les hauts-parleurs – ou s’il y a derrière un véritable mouvement de fond. Je n’ai pas l’impression qu’un appel à la grève générale et des manifs monstres aient aujourd’hui beaucoup d’écho dans la « société profonde » et notamment chez les couches populaires. Souvenez-vous qu’en 2002, alors que Le Pen n’avait mathématiquement aucune chance d’être élu, il y avait eu des manifestations énormes à Paris entre les deux tours : à paris, le 1er mai 2002 un demi-million de personnes ont battu le pavé, et c’est là le chiffre officiel ! Aujourd’hui, que le RN a une VERITABLE possibilité d’accéder au pouvoir, la préfecture de Paris s’attend aujourd’hui à « 50.000 à 100.000 manifestants ». Quand un mouvement politique non seulement a 30% des voix, mais arrive en tête dans 95% des circonscriptions, ce n’est pas évident d’organiser le désordre contre lui sans s’aliéner les électeurs.

      [« 5) Une majorité de gauche ou LFI est le parti le plus important. Mélenchon premier ministre, avec dans sa main droite un livre roulé, écrit devant et derrière, qui est scellé de sept sceaux… » Dans ce cas on aura un scénario à la Liz Truss: sanction immédiate des marchés, passage de 1981 à 1983 en l’espace de 2 semaines, des années et des années pour rétablir la confiance, et comme dans la restrospective sur les années Mitterand sur France Culture, on entendra Mélenchon dire avec arrogance “On était bloqués, personne n’avait d’idée pour sortir de là, on avait pas le choix”.]

      Comme disait Varoufakis – qui est pourtant un ami du Lider Minimo – ce n’est pas la peine de discuter le programme de Mélenchon, parce que s’il arrivait au pouvoir il en mettrait en œuvre un autre. Je ne sais pas si les marchés s’affoleraient, ou si au contraire Mélenchon enverrait immédiatement les signaux qu’il faut pour rétablir le calme. Comme vous le dites, Mélenchon a vécu la même situation dans sa jeunesse…

      • P2R dit :

        @ Descartes
         
        [Vu l’hystérisation des débats, je crains qu’on aille vers des affrontements sociaux sans précédents dans notre histoire récente. // Il est difficile de savoir jusqu’à quel point cette hystérisation est le fait d’une partie des classes intermédiaires urbaines – qui sont relativement peu nombreuses mais qui contrôlent tous les hauts-parleurs – ou s’il y a derrière un véritable mouvement de fond. ]
         
        Disons que la première vague ne sera peut-être pas trop violente: dans le doute, les classes dominantes attendront de voir si elles ont affaire à un “Meloni bis” qui se range aux dogmes libéraux et se contente de quelques mesures symboles, auquel cas il n’y a pas grand chose à craindre. En revanche si le RN commence à mettre son nez dans les banlieues et en particulier à réellement défier les trafiquants, là, on peut parier sur une alliance entre classes dominantes et lumpenproletariat pour embraser la situation.
         
        [Quand un mouvement politique non seulement a 30% des voix, mais arrive en tête dans 95% des circonscriptions, ce n’est pas évident d’organiser le désordre contre lui sans s’aliéner les électeurs.. ]
         
        Il y a deux manières d’aborder ce point.
        La première, pessimiste, serait de dire que la concentration géographique des classes dominantes dans les métroples est désormais telle qu’elle ne voit plus ces électeurs du RN, qui ne sont pour elle que des statistiques. Comme vous le rappelez souvent à raison, toute la bienpensance scandent “tout le monde deteste Bardella” sans la moindre hésitation en manif. Un mouvement de fronde de ces catégories sociales serait probablement suivi par une bonne partie des fonctionnaires, ce qui serait suffisant pour mettre à mal le fonctionnement du pays.
        La deuxième, optimiste, serait de dire que les épisodes des gilets jaunes puis du Covid ont fait prendre conscience aux classes dominantes que leur subsistance au quotidien dépends largement des “premiers de corvée”, et que sans ouvriers, sans employés des plateformes logistiques, sans soignants, sans routiers, sans police, tout peut très vite aller très mal. Parrallèlement ces événemetns ont dû faire prendre conscience aux prolétaires de leur caractère indispensable et du pouvoir qui en découle. Dans cette hypothsèe on peut imaginer que les classe dominantes aient des égards auprès des prolétaires, et marchent sur des oeufs..
        a suivre.
         

        • Descartes dit :

          @ P2R

          [Disons que la première vague ne sera peut-être pas trop violente : dans le doute, les classes dominantes attendront de voir si elles ont affaire à un “Meloni bis” qui se range aux dogmes libéraux et se contente de quelques mesures symboles, auquel cas il n’y a pas grand-chose à craindre. En revanche si le RN commence à mettre son nez dans les banlieues et en particulier à réellement défier les trafiquants, là, on peut parier sur une alliance entre classes dominantes et lumpenproletariat pour embraser la situation.]

          Il est clair qu’on ne peut faire de l’omelette sans casser des œufs. Lorsqu’on s’attaque à des intérêts puissants, on peut s’attendre à des réponses violentes. Ce qui implique qu’on ne peut pas s’attaquer de face à tous les problèmes en même temps. Ca, c’est le genre de chose qu’on peut faire lorsqu’on est en situation révolutionnaire, et qu’on est donc prêt à assumer un niveau de violence très élevé. Je ne suis pas persuadé que ce soit le cas de la société française aujourd’hui. Le succès d’un gouvernement RN – ou de tout gouvernement qui voudrait une « rupture » – tient donc au choix de ses priorités. Si vous voulez vous attaquer au problème des banlieues avec quelque chance de succès, il faut sacrifier autre chose. On ne peut en même temps affronter la violence des patrons, la violence des trafiquants, la violence des étudiants, etc.

          [La première, pessimiste, serait de dire que la concentration géographique des classes dominantes dans les métropoles est désormais telle qu’elle ne voit plus ces électeurs du RN, qui ne sont pour elle que des statistiques.]

          Ce n’est pas seulement un problème de concentration géographique. A cela s’ajoute la disparition des mécanismes institutionnels qui créaient une forme de brassage social, et tout particulièrement l’école et l’armée.

          [Un mouvement de fronde de ces catégories sociales serait probablement suivi par une bonne partie des fonctionnaires, ce qui serait suffisant pour mettre à mal le fonctionnement du pays.]

          Je ne le pense pas. D’abord, il faudrait voir de quels fonctionnaires on parle, parce que la fonction publique ne constitue pas un corps homogène. Les enseignants, notamment dans le supérieur, sont bien plus proches des classes intermédiaires que les policiers on les fonctionnaires de préfecture. Et puis, ne l’oubliez pas, la fonction publique a un rapport au symbolique qui n’est pas à négliger. On ne vient pas à la fonction publique si on aime l’argent, on vient parce qu’on recherche la sécurité, et accessoirement un supplément d’âme. Si le gouvernement a l’intelligence de respecter ces demandes, je ne pense pas qu’il aura des difficultés à faire fonctionner le pays. De ce point de vue, le RN aurait intérêt à revivre la « lettre aux fonctionnaires » qu’il avait publié il y a déjà quelques années, et qui avait connu un accueil très favorable chez les fonctionnaires – et je peux en témoigner.

          [La deuxième, optimiste, serait de dire que les épisodes des gilets jaunes puis du Covid ont fait prendre conscience aux classes dominantes que leur subsistance au quotidien dépend largement des “premiers de corvée”, et que sans ouvriers, sans employés des plateformes logistiques, sans soignants, sans routiers, sans police, tout peut très vite aller très mal.]

          Je crains que cette prise de conscience, si tant est qu’elle existe, soit très marginale. Oui, le bloc dominant a compris que la confiance dans le fait que « le marché (mondialisé) pourvoira » a ses limites en temps de crise. Lorsque la crise survient, les frontières se ferment et c’est au niveau de la nation que les problèmes se règlent – ou pas. Et si vous n’avez pas les ressources pour faire face au niveau national, tant pis pour vous. D’où les timides efforts de relocalisation de certaines productions ou les réflexions sur la mitigation de l’effet des crises. Mais de là à imaginer que le besoin sera tel qu’il renversera le rapport de forces… c’est pécher par excès d’optimisme. Et on le voit bien en politique: pour le moment, aucune organisation politique ne va chercher le vote populaire. Essayez de lire le programme du NFP avec les yeux d’un ouvrier, et vous verrez…

  16. marc.malesherbes dit :

     
    pour s’amuser …
     
    contrairement à ce qui est dit généralement, c’est l’extrême gauche qui ressemble le plus aux ligues factieuses d’avant guerre.

    Aujourd’hui ceux qui mènent des actions violentes dans l’espace public, c’est principalement l’extrême gauche (les black blocs)
     
    Aujourd’hui ceux qui ont un leader (JLM) avec le mythe du chef “tout puissant”, qui mène sa politique sans aucun contrôle démocratique interne, c’est LFI,

    Aujourd’hui ceux qui veulent ouvertement s’opposer au vote démocratique (une majorité éventuelle du RN) c’est l’ensemble de la gauche.
     
    Rien de semblable au sein du RN, prêt à accepter sa défaite éventuelle sans annoncer de troubles … les nouveaux démocrates d’aujourd’hui  

  17. Carloman dit :

    Bonjour Descartes,
     
    Macron est un homme exceptionnel. Il a tout fait péter en moins d’une semaine: LR, LFI… Entendre Alexis Corbière faire le procès du sectarisme de LFI, c’est un régal. Ce type a été le porte-flingue de Mélenchon pendant des années, il a assisté à l’exécution et à l’exclusion de plein de gens sans broncher – quand il n’a pas attaqué avec la meute – et le voilà aujourd’hui sur un plateau TV à pleurer parce que c’est son tour…
     
    Qu’est-ce que c’est beau, vous ne croyez pas, Descartes? Allez, avouez, cher ami, comme moi, vous prenez votre pied, j’en suis certain. Corbière et Simonnet viennent dire publiquement ce que vous écrivez depuis longtemps sur le fonctionnement de LFI.
     
    Je dois dire que je suis assez effaré par ces méthodes: pas de débat, pas d’explication en face-à-face, pas de coup de téléphone, pas d’audition par une structure du parti – vous allez me dire qu’il n’y en a pas – rien. Vous apprenez par un mail que vous ne faites plus partie de la famille. Ah ces humanistes de gauche…
     
    Merci Macron pour ce spectacle.

    • Descartes dit :

      @ Carloman

      [Entendre Alexis Corbière faire le procès du sectarisme de LFI, c’est un régal.]

      Pendant des années, Corbière a été dans le voisinage du Lider Minimo. Il l’a vu diriger plusieurs organisations, toujours avec les bonnes vieilles méthodes sectaires qui font les délices de la tradition trotskyste. Qui mieux placé que lui pour en parler ? Bien sûr, ce n’est pas très logique de condamner aujourd’hui les méthodes qu’il a approuvé – voire utilisé – hier. Mais que voulez-vous, comme disait ma grand-mère, « le poivre ne pique jamais dans la bouche de l’autre ».

      [Qu’est-ce que c’est beau, vous ne croyez pas, Descartes? Allez, avouez, cher ami, comme moi, vous prenez votre pied, j’en suis certain. Corbière et Simonnet viennent dire publiquement ce que vous écrivez depuis longtemps sur le fonctionnement de LFI.]

      Oh que oui ! Je goûte au délicieux plaisir du sorcier dont les prédictions commencent à se réaliser…

      [Je dois dire que je suis assez effaré par ces méthodes: pas de débat, pas d’explication en face-à-face, pas de coup de téléphone, pas d’audition par une structure du parti – vous allez me dire qu’il n’y en a pas – rien. Vous apprenez par un mail que vous ne faites plus partie de la famille.]

      Et encore, si vous avez de la chance. Si ça se trouve, vous l’apprenez parce qu’en consultant la liste des investitures vous découvrez que votre nom ne figure plus. Le plus drôle, c’est que cela relativise le discours « il faut tout faire pour battre le RN ». S’il faut « tout faire », alors il faut représenter les sortants, qui bénéficient d’une « prime » à la réélection. A moins que chez LFI ce soit le contraire, qu’une fois qu’on a vu agir son député LFI on n’a surtout pas envie de les voir réélus ?

      Entre les purges à LFI, le retour de Hollande et de Aurélien Rousseau au PS, ils sont pas beaux les enfants de la mitterrandie ?

  18. maleyss dit :

    Quelques questions :
    1) Pouvez-vous nous proposer une analyse plus fine de la carte électorale, nous dire par exemple, pourquoi les membres des “classes intermédiaires” (je reprends votre expression, car je pense commencer à la comprendre) penchent dans certains cas pour Hayer, dans d’autres cas pour Glucksman, et enfin, dans un nombre non négligeable de cas, apportent leurs suffrages à Aubry ?  Dans le même ordre d’idées, le facteur ethno-religieux est-il le seul qui pousse les classes populaires à préférer Aubry à Bardella ou l’inverse ?
    2) Tout autre chose : comment expliquez-vous la réaction de LR à la décision d’Eric Ciotti ? Je ne crois pas une milliseconde que ceux qui condamnent Ciotti le font, comme ils l’affirment, au nom de prétendues “valeurs”. Alors ? Avons-nous vraiment affaire à la droite la plus bête du monde ?
    3) Dans un registre différent, mais pas tant que ça, quel but poursuivent les représentants de la gauche en continuant à tenter de diaboliser le RN, à grand renfort d'”estrêmedrouate”, d'”heures les plus sombres”, de “bête immonde”e tutti quanti ? Pensent-ils vraiment dissuader un seul électeur potentiel du RN ? Alors ? Juste pour se faire plaisir ?

    • Descartes dit :

      @ maleyss

      [1) Pouvez-vous nous proposer une analyse plus fine de la carte électorale, nous dire par exemple, pourquoi les membres des “classes intermédiaires” (je reprends votre expression, car je pense commencer à la comprendre) penchent dans certains cas pour Hayer, dans d’autres cas pour Glucksman, et enfin, dans un nombre non négligeable de cas, apportent leurs suffrages à Aubry ?]

      Il est difficile de répondre à cette question à partir d’une analyse de la carte électorale. Tout au plus on peut constater que les zones ou le RN progresse les moins sont celles où les classes intermédiaires sont les plus nombreuses, c’est-à-dire, les grandes métropoles. Après, être membre d’une même classe implique qu’on partage un certain intérêt – l’intérêt de classe – mais pas forcément TOUS ses intérêts. Hayer, Glucksmann et Aubry représentent des secteurs différents des classes intermédiaires. Macron ne fait pas la même politique que Hollande. Mais sur certains sujets, ceux qui touchent aux intérêts de classe du bloc dominant, on aurait du mal à les distinguer…

      [Dans le même ordre d’idées, le facteur ethno-religieux est-il le seul qui pousse les classes populaires à préférer Aubry à Bardella ou l’inverse ?]

      LFI vise un secteur très particulier des couches populaires, qui est l’électorat communautaire musulman. Un électorat que pour des raisons historiques le RN a du mal à toucher. Même s’il est difficile de trouver dans le discours du RN aujourd’hui un élément raciste, on ne guérit jamais totalement de son passé.

      [2) Tout autre chose : comment expliquez-vous la réaction de LR à la décision d’Eric Ciotti ? Je ne crois pas une milliseconde que ceux qui condamnent Ciotti le font, comme ils l’affirment, au nom de prétendues “valeurs”. Alors ? Avons-nous vraiment affaire à la droite la plus bête du monde ?]

      Pas nécessairement. Qui sont ceux qui ont réagi contre Ciotti ? Ce sont surtout des sénateurs, des présidents de conseil régional, des maires, mais très peu de députés, finalement… peut-être justement parce que ce sont les députés qui ont le plus à perdre si LR va tout seul aux législatives. Car pour LR l’équation est simple : aller tout seul et risquer de voir l’essentiel de ses candidats effacés avant le deuxième tour, ou se trouver un accord avec le RN. Finalement, le même dilemme que celui du PCF, qui a le choix entre s’allier aux social-libéraux qu’il déteste, ou perdre sa représentation.

      [3) Dans un registre différent, mais pas tant que ça, quel but poursuivent les représentants de la gauche en continuant à tenter de diaboliser le RN, à grand renfort d’”estrêmedrouate”, d’”heures les plus sombres”, de “bête immonde”e tutti quanti ? Pensent-ils vraiment dissuader un seul électeur potentiel du RN ? Alors ? Juste pour se faire plaisir ?]

      Vous touchez là l’un des grands mystères de l’être humain, seul être vivant capable de créer des symboles et de se plier à des rituels… Oui, il y a un élément de « plaisir » là-dedans. C’est un peu l’opium des classes intermédiaires, un peu comme la religion était l’opium du peuple.

  19. Lingons dit :

    Bonsoir ;
     
    je sais que ce n’est pas le sujet de ce papier, mais je profite de celui-ci pour réagir à une de vos affirmations qui vous avez, encore une fois, utilisé dans votre réponse à l’un des lecteurs.
     
    “tout le monde sait que le parlement européen ne sert à rien”
     
    ça fait plusieurs que je vous vois écrire cela pour justifier le fait que l’UE serait inutile et mauvaise pour la France et les Français
     
    Je suis désolé, mais cette affirmation est typique de l’artisan qui accuse son outil, en plus de traduire une méconnaissance du fonctionnement de l’UE en général et du Parlement en particulier.
     
    Mais plutôt que de tomber dans le travers des eurolatres bas du front français de vous qualifier “d’eurosceptique populiste” ou autre nom d’oiseau, je vais vous expliquer mon raisonnement, je vous demande simplement de votre côté de prendre ces explications en compte et de ne pas me cataloguer d’emblée comme “eurolatre anti-france”; je vous en remercie d’avance.  
     
    Pour commencer, je pense que nous pouvons partir d’un constat que nous partageons tous les deux : Oui, la France et ses intérêts sont régulièrement, voir souvent, mis à mal ou laisser au second plan dans les décisions européennes.
     
    Maintenant la question est de savoir quelle est la raison de cette situation et selon la vision que l’on a de l’UE on peut la résumer à deux hypothèses :
     
    1. Les institutions européennes en général et la Commission en particulier sont des organisations profondément maléfiques et malveillantes, dont les membres se réveillent tous les matins en se demandant comment avoir la peau de la France et faire du mal à ses habitants.
    2 La France et ses intérêts sont majoritairement mal représentés par ceux dont le boulot est de les défendre au sein des institutions européennes.
     
    À présent, prenons le parti, juste le temps de ce papier, que les institutions de l’UE ne sont pas une filiale des royaumes infernaux, et prenons le temps de détailler pourquoi la France est si mal représentée au sein des différentes institutions par les GROS NULS qui sont censés le faire.   
     
    Parlement Européen :
     
    Le Parlement (PE) est l’un des deux organes décisionnaire de l’UE durant l’élaboration de la norme européenne, l’autre étant le Conseil (représentant les États Membres), la Commission, elle ne fait que proposer les textes initiaux, nous y reviendrons.
     
    Alors oui, dans ce duo de décideur, le PE n’est pas le plus puissant, ça c’est le Conseil, pour autant le Parlement est utile pour amender les textes avec une marge de manœuvre plus large que le Conseil dans le contenu desdits amendements. Bien sur la recevabilité politique d’un amendement va fortement dépendre de son émetteur et du poids politique de ce dernier au sein du PE, en substance un amendement déposé par le PPE (eurogroupe le plus important) pèsera plus que celui déposé par le CR qui a moins de siège. D’autres facteurs sont à prendre en compte comme les équilibres politiques au sein des comités de travail (l’équivalent de nos commissions permanentes au Parlement français.), l’étiquette des rapporteurs, la position du Conseil ect ect…
     
    Et là, on arrive à la question à quoi sert dans tout ça un eurodéputé ? Simplement à être un lobbyiste pour son pays au sein du PE et auprès des autres institutions européennes 
     
    Alors, pourquoi cela ne marche pas bien pour la France au PE ?      
     
    Premièrement, le profil et la compétence de la majorité des eurodéputés français, tout partis confondus. Les politiciens français ont en effet pris l’habitude depuis des décennies d’utiliser le PE comme voie de garage pour les copains qui n’ont pas réussi à se faire élire au niveau national. On se retrouve donc majoritairement avec des français au PE qui arrive en poste et n’ont aucune idée du fonctionnement, complexe il est vrai, du PE et de l’UE en général. Le pire est que beaucoup n’en ont juste rien à foutre d’apprendre ce fonctionnement et d’être des lobbyistes pour leur pays, car pour eux ce n’est qu’une voie de garage le temps de revenir au national. En conséquence, ils s’investissent très peu, ne défendent pas beaucoup les intérêts français et, pour beaucoup, viennent ensuite pleurnicher au national des arbitrages désavantageux pour la France en accusant la méchante UE et la diabolique Commission. Les RN sont d’ailleurs très fort à ce petit jeu (bien que loin d’être les seuls) et on se retrouve avec la première représentation française en termes de nombre qui se tourne les pouces face aux autres “lobbyistes” provenant d’autres états (et ne venez pas me dire que c’est à cause de leur orientation politique que les pauvres chéris sont contraints à l’inaction par les institutions, leurs collègues au sein d’ID appartenant à la Ligua ou le PVV bossent et arrivent à engranger des résultats durant les négociations) 
     
    Maintenant, laissez-moi vous poser une question, si le PE ne “servait à rien” pourquoi d’autres pays membres envoient des vrais techniciens du droit européen comme eurodéputés ? Par exemple, lorsque les allemands, peu importe le parti, envoie quelqu’un au PE, c’est forcément dans une optique d’aux moins trois mandats, ils sélectionnent aussi souvent qu’ils le peuvent des gens s’y connaissant sur les sujets européens. Et c’est la même chose pour des pays comme la Lituanie, la République Tchèque ou, en son temps, l’Angleterre. 
     
    Pourquoi se donner autant de mal pour un PE qui ne sert à rien ? Ou alors tous ces pays sont juste des idiots qui n’ont rien compris au fonctionnement de l’UE contrairement à ces petits malins de Français…      
     
    Deuxièmement, la répartition des eurodéputés français au sein des Eurogroupes au PE. Les politiques français sont souvent fières de dire que leur pays, est représenté dans chacun des ‘Eurogroupe du PE et que “l’on a une voix partout.” Mais en réalité, cette répartition dessert la France, car le poids politique de celle-ci est trop dilué sans atteindre jamais une masse critique pour véritablement peser au sein d’un groupe (sauf à ID, mais vu qu’ils s’en fichent…). À l’opposé, les Allemands, prennent garde à conserver au sein des deux principaux Eurogroupe (PPE et SD) une trentaine de députés dans chacun, pour s’assurer un poids significatif dans les décisions au sein de ces derniers.
     
    Troisièmement, la coordination entre les eurodéputés français et leur niveau national. Ils existent au Parlement Allemand une commission servant à faire le lien entre les parlementaires européens allemands et leurs homologues nationaux. Grâce à cette commission, ils se tiennent mutuellement au courant des travaux et des agendas à leurs niveaux respectifs en s’efforçant se soutenir mutuellement sur des sujets. Bien entendu, une telle chose n’existe pas en France, et je ne parle pas des contacts des eurodéputés avec les ministères et de l’exécutif Français qui sont encore plus catastrophiques.   
     
    Commission Européenne :
     
    Considérée comme la fille préférée de Satan au sein des institutions européennes, la Commission (CE) ne fait en réalité que proposer les textes de loi, dont les premières moutures sont élaborées après des négociations et des discussions préalables avec le Conseil et de façon moins importante le PE.
     
    La CE est divisée en plusieurs Directions Générales (DG) thématiques que l’on pourrait affilier, pour résumer, à nos administrations ministérielles, chaque DG est sous la direction d’un Commissaire Européen (un par État Membre) qui forme en collège l’instance dirigeante de la CE dont le Président n’est que le Primus inter pares (quoi qu’en pense Von der leyen ). Les fonctionnaires travaillant au sein de ces DG proviennent très majoritairement des États membres sur concours  
     
    Alors, pourquoi cela ne marche pas bien pour la France à la CE ?
     
    Premièrement, les fonctionnaires européens sont censés être indépendants de leurs pays d’origines… enfin ça, c’est sur le papier. Maintenant, si vous vous amusez à décortiquer les organigrammes des DG vous constaterez une surreprésentation des Allemands aux postes stratégiques et d’autres pays dans une proportion moindre (Pays Bas, États Baltes…). Les Français sont aussi très présents, mais souvent à des places inférieures ou bien placées dans des DG de moindre importance (DG HOME). Donc, lorsque l’élaboration des propositions européennes se font en interne, qui de Berlin ou de Paris est plus régulièrement avantagé par nos si indépendants fonctionnaires germaniques ou bataves à votre avis ? 
     
    Deuxièmement, la coordination entre les fonctionnaires européens français et le national. Vous savez, il se trouve que je connais pas mal de français au sein des DG de la CE, parfois placés à des postes très stratégiques, qui seraient ravis de pouvoir avantager leur pays d’origine dans l’élaboration de la norme. Le problème est lorsqu’ils contactent officieusement les ministères compétents à Paris, on leur répond 9 fois sur 10 “Mais enfin, vous êtes indépendants de nous !”. Le reste du temps, les bureaux ministériels chargé des affaires européennes sont des officines fantômes car disons-le, on n’en a globalement rien à foutre du niveau européen en France (mais on ne manquera jamais une occasion de maudire les décisions prisent à ce niveau…)   
     
    En bref, si la CE avantage autant l’Allemagne ou les pays scandinaves au détriment de la France, ce n’est pas parce que celle-ci est fondamentalement francophobe, mais que les pays avantagés ONT MIS LES MOYENS pour influencer cette dernière pour leurs intérêts.
     
    Conseil de l’Union européenne :
     
    Institutions européenne la moins connue du quidam lambdas, le Conseil (CUE) est pourtant le plus puissant des trois, représentant les gouvernements nationaux dans le processus de décision. Les gouvernements sont représentés par des formations thématiques en fonction du sujet des dossiers (agriculture, transport ect…)     
     
    Alors, pourquoi cela ne marche pas bien pour la France au CUE ?  
     
    Parce que trop souvent les représentants français arrivent sur un sujet en mode “on est la France, alors rangez vous à nos cotés, surtout vous les petits pays car vous pesez pas grand chose de toute manière !”, sans comprendre que meme avec notre poid propre il faut réunnir des coalitions pour l’emporter au sein du Conseil. A contrario, l’Allemange ou les pays scandinves arrivent plus facilement à obtenir ces coalitions, du fait de leurs arrangements plus fluides, basés sur des interets convergents concrets, et en utilisant comme leviers leurs interconnections économiques (comme l’Allemange et de nombreux pays de l’est). Alors que les Français n’ont bien souvent d’autres arguments que “suivez nous parce qu’on a raison !”
     
    Pour résumer tout ça, la France se souvent fait avoir car, malgré ce que les européistes passent leur temps à dire, on se moque du niveau européen, on n’y connait pas grand chose et on ne veut pas s’y connaitre plus car ça demanderait de travailler un peu les dossiers, plutot que de se drapper dans sa fierté indignée et de bougonner sur les conséquences de notre flemmardise.
     
    Dernier petit exemple amusant, si un jour vous passez par Bruxelles, vous pourriez voir, à deux pas  du PE (donc a deux pas d’un batiement ou il n’y aucun interet à y mettre les pied si on vous suit), un manoir du XIXéme au millieu d’un parc, seul batiment à peu près joli du quartier européen et vous pourriez vous demandez ce que c’est. Et bien, ce manoir est la propriété et le siège de la représentation de Bavière auprès des institutions européennes, avec une équipe de près de 30 lobbyistes chargés de defendre les intrets de ce landers. 
     
    Pour comparer la répresentation de l’Ile de france bénéficie d’une équipe de… 4 lobbystes… 
     
    Tout cela pour dire que, oui, il y des choses qui ne fonctionnent pas dans l’UE et qui devrait etre exclusivement du ressort des Etats (comme le processus de négociations des traités de libre échanges par exemple), car l’UE n’est rien d’autre qu’un outil servant à faire avancer des interets publics comme privé, mais concernant la manie français d’accuser l’UE de tout les maux, je dirais que ce n’est pas parce qu’on pas foutu de planter un clou qu’il faut blamer le marteau…  
     
     

    • Descartes dit :

      @ lingons

      [« tout le monde sait que le parlement européen ne sert à rien » ça fait plusieurs que je vous vois écrire cela pour justifier le fait que l’UE serait inutile et mauvaise pour la France et les Français]

      Je me vois obligé de vous corriger. Oui, j’ai plusieurs fois écrit que le Parlement européen ne sert à rien, c’est-à-dire, que son action ne change en rien les politiques de l’Union. Mais je n’ai jamais dit que ce soit POUR CETTE RAISON que l’UE serait inutile et mauvaise pour la France et les Français. Les deux questions sont différentes. Quand bien même l’UE aurait un Parlement efficace et doté des larges pouvoirs, elle serait tout aussi nuisible.

      [Je suis désolé, mais cette affirmation est typique de l’artisan qui accuse son outil, en plus de traduire une méconnaissance du fonctionnement de l’UE en général et du Parlement en particulier.]

      Avec une telle introduction, je subodore que vous allez vouloir me démontrer que le Parlement est utile parce qu’il a des pouvoirs considérables… et sur le papier, ce n’est pas faux. Mais sur le papier seulement, parce que dans l’UE le vote d’un texte n’est qu’un début, et non une fin. Voyons voir :

      [Pour commencer, je pense que nous pouvons partir d’un constat que nous partageons tous les deux : Oui, la France et ses intérêts sont régulièrement, voir souvent, mis à mal ou laisses au second plan dans les décisions européennes.]

      Admettons. Voyons la suite :

      [Maintenant la question est de savoir quelle est la raison de cette situation et selon la vision que l’on a de l’UE on peut la résumer à deux hypothèses :
      1. Les institutions européennes en général et la Commission en particulier sont des organisations profondément maléfiques et malveillantes, dont les membres se réveillent tous les matins en se demandant comment avoir la peau de la France et faire du mal à ses habitants.
      2 La France et ses intérêts sont majoritairement mal représentés par ceux dont le boulot est de les défendre au sein des institutions européennes.]

      Il y a une troisième hypothèse. L’Union européenne est une institution construite pour servir certains intérêts, ceux d’une bourgeoisie mondialisée. C’est pourquoi les traités établissent des principes intouchables comme « la concurrence libre et non faussée », « la libre circulation des personnnes, des marchandises et des capitaux » et autres du même acabit. Et c’est pourquoi les institutions sont construites de telle manière à enlever les décisions au pouvoir politique élu par les citoyens, et le confier à des corps non élus soumis à l’influence de ces intérêts. Ce n’est donc pas un problème de méchanceté des hommes (votre hypothèse 1) ou d’incompétence (votre hypothèse 2), mais un problème structurel.

      [À présent, prenons le parti, juste le temps de ce papier, que les institutions de l’UE ne sont pas une filiale des royaumes infernaux, et prenons le temps de détailler pourquoi la France est si mal représentée au sein des différentes institutions par les GROS NULS qui sont censés le faire.
      Parlement Européen :
      Le Parlement (PE) est l’un des deux organes décisionnaire de l’UE durant l’élaboration de la norme européenne, l’autre étant le Conseil (représentant les États Membres), la Commission, elle ne fait que proposer les textes initiaux, nous y reviendrons.]

      Attendez, attendez, attendez. La Commission ne fait « que proposer les textes initiaux » ? Ce n’est pas tout à fait vrai. La Commission a l’initiative de proposition. Autrement dit, le Parlement ne discute que ce dont la commission daigne lui proposer. Et ce monopole de la proposition est un outil extrêmement puissant de négociation. Parce que la commission peut prendre un certain nombre de députés de côté et leur dire « je suis prêt à proposer ceci ou cela qui vous permettra de vous pavaner devant vos électeurs à condition que vous me votiez cette autre proposition à laquelle moi, commission, je tiens beaucoup ». C’est là un instrument de négociation très puissant qui permet à la Commission de faire passer à peu près ce qu’elle veut.

      [Alors oui, dans ce duo de décideur, le PE n’est pas le plus puissant, ça c’est le Conseil, pour autant le Parlement est utile pour amender les textes avec une marge de manœuvre plus large que le Conseil dans le contenu desdits amendements. Bien sur la recevabilité politique d’un amendement va fortement dépendre de son émetteur et du poids politique de ce dernier au sein du PE, en substance un amendement déposé par le PPE (eurogroupe le plus important) pèsera plus que celui déposé par le CR qui a moins de siège.]

      Mais avant de penser à la recevabilité politique, pensez à la recevabilité juridique. Un amendement ne peut aller contre les principes établis par les traités. Autrement dit, un amendement qui par exemple voudrait permettre le monopole d’EDF serait irrecevable, puisqu’il s’oppose à la fameuse « concurrence libre et non faussée » gravée dans les traités. C’est pourquoi quelque soit la majorité, quelque soient les amendements, la procédure ne peut produire que des textes néolibéraux, puisque cette orientation est gravée dans les traités.

      J’ai l’impression que vous pensez que si je rejette les institutions européennes, c’est parce qu’elles ne fonctionnent pas bien ou parce que ceux qui nous y représentent ne font pas bien leur travail. Ce n’est pas le cas. Je pense qu’une construction supranationale est mauvaise PAR ESSENCE, parce que c’est une construction qui prétend à l’exercice du pouvoir sans qu’il y ait un souverain pour le lui déléguer. Et cela est indépendant du bon ou du mauvais fonctionnement des institutions.

      [Maintenant, laissez-moi vous poser une question, si le PE ne “servait à rien” pourquoi d’autres pays membres envoient des vrais techniciens du droit européen comme eurodéputés ?
      Par exemple, lorsque les allemands, peu importe le parti, envoie quelqu’un au PE, c’est forcément dans une optique d’aux moins trois mandats, ils sélectionnent aussi souvent qu’ils le peuvent des gens s’y connaissant sur les sujets européens. Et c’est la même chose pour des pays comme la Lituanie, la République Tchèque ou, en son temps, l’Angleterre.]

      J’attends avec impatience de connaître les données sur lesquelles vous vous fondez pour affirmer tout cela. Je crains que vous vous fassiez beaucoup d’illusions : le personnel politique que les autres pays européens envoient à Bruxelles n’est guère meilleur que le nôtre…

      [À l’opposé, les Allemands, prennent garde à conserver au sein des deux principaux Eurogroupe (PPE et SD) une trentaine de députés dans chacun, pour s’assurer un poids significatif dans les décisions au sein de ces derniers.]

      Mais encore une fois, à quoi cela leur sert ? Pourriez-vous citer un seul cas ou ce « poids significatif » leur ait permis de changer de façon décisive une orientation de la commission ? Parce que si le seul intérêt d’avoir ce « poids » est de pouvoir voter des résolutions de soutien à la veuve et l’orphelin qui n’ont aucune valeur normative et qui constituent l’essentiel du travail au PE, franchement, ce n’est pas la peine de se déplacer.

      C’est là le nœud de la question. Si le Parlement européen servait à quelque chose, vous ne devriez pas avoir de difficulté à me citer un vote de cet organisme qui ait changé l’histoire. Je n’aurais aucune difficulté à vous citer de tels votes au parlement français (ex : le rejet de la CED en 1954, le vote de la loi Veil en 1976, l’abolition de la peine de mort en 1981). Pourriez-vous m’en citer trois pour le Parlement européen ?

      [Considérée comme la fille préférée de Satan au sein des institutions européennes, la Commission (CE) ne fait en réalité que proposer les textes de loi, dont les premières moutures sont élaborées après des négociations et des discussions préalables avec le Conseil et de façon moins importante le PE.]

      Pas tout à fait. Non seulement elle propose les premières moutures, mais elle a le droit de véto sur les amendements. Et puis, n’oubliez pas, c’est la Commission qui ensuite est chargée de l’application des textes, avec une énorme latitude lorsqu’il s’agit de punir les récalcitrants. Prenons par exemple les aides d’Etat : même si l’interdiction a été votée par le Parlement, c’est la Commission qui peut décider d’ouvrir une procédure d’infraction – ou de ne pas l’ouvrir. Autrement dit, même si un texte interdit quelque chose, la Commission peut choisir de fermer les yeux. Et cela vide largement de son contenu les votes du parlement.

      [En bref, si la CE avantage autant l’Allemagne ou les pays scandinaves au détriment de la France, ce n’est pas parce que celle-ci est fondamentalement francophobe, mais que les pays avantagés ONT MIS LES MOYENS pour influencer cette dernière pour leurs intérêts.]

      Encore une fois, vous répondez à une question que je n’ai pas posée. J’insiste : contrairement à ce que vous semblez penser, mon reproche envers l’UE n’est pas de privilégier d’autres pays au détriment de la France, mais d’imposer à tous les pays des politiques néolibérales, et de retirer le pouvoir de décision au politique pour le donner à des bureaucraties soumises à l’influence du capital. Ce que vous dites n’est pas faux, et si les élites françaises étaient moins idéalistes et plus réalistes on pourrait peut-être tirer un peu plus de l’UE. Mais de mon point de vue cela ne changerait rien sur l’essentiel, qui est, je le répète, la question de la souveraineté.

      [Tout cela pour dire que, oui, il y des choses qui ne fonctionnent pas dans l’UE et qui devrait etre exclusivement du ressort des Etats (comme le processus de négociations des traités de libre échanges par exemple), car l’UE n’est rien d’autre qu’un outil servant à faire avancer des interets publics comme privé,]

      Non, justement. L’UE n’set pas un instrument « neutre ». C’est un instrument qui ne peut être utilisé que pour une seule chose : instaurer « la concurrence libre et non faussée » dans tous les domaines. Vous semblez ignorer que, contrairement aux constitutions des différents états, qui organisent les pouvoirs publics sans préjuger des politiques que ces pouvoirs pourraient décider, l’UE est régie par des traités qui « constitutionnalisent » (ou du moins prétendent le faire) une politique économique bien précise à l’exclusion de toutes les autres. C’est LA que se situe le problème principal, et non pas dans le fonctionnement de telle ou telle institution.

      • marc.malesherbes dit :

         
        @ Descartes et Lingons
         
        au risque de paraître disciple de Macron, il me semble que vous avez raison tous les deux.
        Descartes a raison de souligner les limites de l’action du parlement européen et du cadre dans lequel il se situe. Même chose pour le conseil européen.
        Lingons a sans doute raison de dire que dans ce cadre limité nous pourrions faire mieux. Ne participant pas a ces institutions, je n’ai pas d’exemple a donné. C’est un acte de foi.
        Je note par exemple que Glucksmann dit avoir agit efficacement au sein du parlement européen pour montrer et dénoncer les nombreuses et importantes ingérences russes en Europe. Ce faisant il contribue à notre intérêt national qui est de nous défendre contre toutes les ingérences étrangères (y compris US). Mais je ne sais pas ce que cela a changé dans la pratique, si ce n’est de renforcer le sentiment anti-russe, ce qui est déjà bien (et de préparer et légitimer la saisie des avoirs russes, l’aide à l’Ukraine en armes …).
         

        • Descartes dit :

          @ marc.malesherbes

          [Je note par exemple que Glucksmann dit avoir agi efficacement au sein du parlement européen pour montrer et dénoncer les nombreuses et importantes ingérences russes en Europe. Ce faisant il contribue à notre intérêt national qui est de nous défendre contre toutes les ingérences étrangères (y compris US).]

          Oui, un peu comme le sénateur McCarthy en son temps avait servi les intérêts du peuple américain en dénonçant l’ingérence soviétique aux Etats-Unis…

          [Mais je ne sais pas ce que cela a changé dans la pratique, si ce n’est de renforcer le sentiment anti-russe, ce qui est déjà bien]

          Ah bon ? En quoi « renforcer le sentiment anti-russe » sert notre intérêt national ?

  20. Serval dit :

    Bonjour Descartes, 
    Lecteur régulier de ton blog, et toujours intéressé par son contenu, je me permets de livrer une petite contribution au débat général et à ta discussion. 
    Je souscris plutôt à ta description de la gauche française contemporaine, dont les orientations et les stratégies politiques, bien que diverses, restent dominées par les intérêts matériels des classes moyennes de la population, elles-mêmes placées sous la direction de leur couche intellectuelle, tertiaire et métropolitaine (au sens que la géographie urbaine donne à ce terme). 
    Toutefois, je m’étonne que ton analyse ne fasse que peu état de la grande bourgeoisie, dont les contradictions internes (entre, par exemple, une faction “démocratique”, gagnante en 2017, en alliance avec les classes moyennes ; et une autre, l’étant nettement moins, organisée par et autour d’un grand capitaliste français devenu patron d’un groupe de presse, qui mobilise le RN comme instrument de liquidation finale des héritages démocratiques et sociaux du pays) me semblent être à l’origine du moment de crise politique aigue que traverse le pays depuis quelques jours. As-tu eu le temps de te pencher sur le sujet, de faire murir une réflexion s’y rapportant ? 
    En attendant de te lire, salutations citoyennes et fraternelles d’un lecteur dont la fidélité est inverse à la prolixité de ses contributions sur ce blog !
     

    • Descartes dit :

      @ Serval

      [Lecteur régulier de ton blog, et toujours intéressé par son contenu, je me permets de livrer une petite contribution au débat général et à ta discussion.]

      Permettez-vous, permettez-vous, ce blog est fait pour ça…

      [Toutefois, je m’étonne que ton analyse ne fasse que peu état de la grande bourgeoisie, dont les contradictions internes (entre, par exemple, une faction “démocratique”, gagnante en 2017, en alliance avec les classes moyennes ; et une autre, l’étant nettement moins, organisée par et autour d’un grand capitaliste français devenu patron d’un groupe de presse, qui mobilise le RN comme instrument de liquidation finale des héritages démocratiques et sociaux du pays) me semblent être à l’origine du moment de crise politique aigue que traverse le pays depuis quelques jours. As-tu eu le temps de te pencher sur le sujet, de faire murir une réflexion s’y rapportant ?]

      « Mûrir une réflexion » c’est un bien grand mot. Je n’ai pas, contrairement à vous, l’impression que ce « grand patron » – j’imagine que vous faites référence à Bolloré – soit particulièrement amical envers le RN. Je regarde assez régulièrement CNEWS, et je retrouve des orientations bien plus proches de Reconquête que du RN : catholicisme traditionnaliste, obsession de l’identité, discours néolibéral et anti-état… Mais au-delà, je ne suis pas très convaincu par l’idée que les médias forment l’opinion. C’était peut vrai du temps ou les médias étaient rares : quand il n’y avait que deux chaînes, de télévision, quand le journal était la seule source d’information, ces médias avaient une influence considérable. Mais dans une société de marché, le client est roi. Les médias sont donc obligés de suivre leur clientèle, et non l’inverse. « Le Monde » voudrait faire campagne pour le RN qu’il ne le pourrait pas, ses lecteurs le déserteraient. CNEWS voudrait faire campagne pour LFI qu’elle ne le pourrait pas, ses téléspectateurs iraient voir ailleurs. Chacun est prisonnier de ses clients, parce que la compétition entre les médias et la polarisation font que chacun ne regarde que les médias qui disent ce qu’on a envie d’entendre. Et du coup, l’influence des médias est bien moindre, puisqu’ils ne parlent plus qu’à des convaincus.

      [En attendant de te lire, salutations citoyennes et fraternelles d’un lecteur dont la fidélité est inverse à la prolixité de ses contributions sur ce blog !]

      Merci, ça fait plaisir de savoir que ce blog intéresse quelqu’un…

  21. Marencau dit :

    Cher Descartes,
     
    Comme à chaque élection je ne peux m’empêcher d’être en désaccord avec vous sur le sujet du RN. 
     
    J’entends bien votre argument de la dialectique entre un parti et ses électeurs. 
     
    Néanmoins le RN est déjà, certes un tout petit peu, en mesure d’exercer un pouvoir législatif.
    Et alors on peut juger sur pièce. Pourquoi ce parti “populaire” a-t-il voté CONTRE l’augmentation du SMIC, l’indexation sur l’inflation, l’encadrement des salaires, le blocage des prix de première nécessité, les taxes sur les super profits, j’en passe et des meilleures ? Il était pourtant bien là pour voter POUR la limitation des droits au chômage etc. avec le gouvernement.
     
    On a donc une très bonne idée de ce qu’un gouvernement RN mènerait comme politique économique. Et on a d’autres indices. 
     
    Déjà, on peut regarder ce que font les autres partis populistes de droite, élus sur ce même type d’ambiguïté,et qui sont leurs copains dans d’autres pays. Et, surprise, on ne retrouve certainement pas des politiques en faveur des classes populaires. Et puis si le RN défendait vraiment leurs intérêts, vous pensez vraiment que Bolloré ferait tant pour les mettre en avant ? 
     
    Bien sûr, je trouve comme vous qu’il y a une hystérie autour du RN et que, non, la France ne basculerait pas dans le fascisme et les heures les plus sombres du jour au lendemain. On aurait… eh bien… Macron mais avec du conservatisme social en plus.
     
    De l’autre côté le NFP, bon… Je partage votre scepticisme quant aux thématiques mises en avant, l’empilage de mesures et idées sans queue ni tête etc. pour faire plaisir aux uns et aux autres. Après si on veut être honnête on retrouve aussi des idées type SMIC a 1600€ et 6eme semaine de congés payés. Bien sûr difficilement compatible avec la mondialisation telle qu’on la connaît etc. Mais on ne peut pas dire que ce ne soit que des idées abstraites pour classes moyennes. Vous me direz qu’ils ne le feraient pas et que c’est risible d’imaginer un élu PS voter ça et vous aurez raison. 
     
    Mais c’est perdant/perdant comme raisonnement. Ils mettent pas = ils ne proposent que des mesures sociétales pour classes moyennes, ils mettent = de toute façon ils ne feront pas. 
     
    Je préfère regarder qui vote quoi, à l’assemblée ou au parlement européen. Et alors désolé je trouve qu’il il n’y a pas photo : il est beaucoup plus dans l’intérêt d’un ouvrier de voter NFP que RN, quelles que soient les marottes des militants et de leur communication.

    • Descartes dit :

      @ marencau

      [Néanmoins le RN est déjà, certes un tout petit peu, en mesure d’exercer un pouvoir législatif.
      Et alors on peut juger sur pièce. Pourquoi ce parti “populaire” a-t-il voté CONTRE l’augmentation du SMIC, l’indexation sur l’inflation, l’encadrement des salaires, le blocage des prix de première nécessité, les taxes sur les super profits, j’en passe et des meilleures ?]

      Ne « passons » pas trop vite. Sur ce genre de questions, il faut être précis et se méfier de l’interprétation qu’on peut faire du vote sur une mesure particulière. Prenons par exemple la question du SMIC. Si ma mémoire ne me trompe pas, les députés RN n’ont pas voté « contre la hausse du SMIC » en général, mais contre un amendement portant le SMIC à 1500 €. Ce n’est pas du tout la même chose. On peut parfaitement être pour l’augmentation du salaire minimum, et considérer que le niveau de 1500 € est insoutenable et ne va pas dans le sens des intérêts des couches populaires.

      Ici, il y a un point sur lequel il faut insister, qui est l’équilibre salaire-emploi. Dans la théorie classique, si l’on considère la force de travail comme un bien s’échangeant sur un marché, vous avez d’un côté les travailleurs, qui vendent leur force de travail, et les employeurs qui l’achètent. Si vous laissez jouer le simple équilibre du marché, on aboutit à un « prix d’équilibre » qui correspond à celui pour lequel le volume échangé est maximal (si vous augmentez, le prix, il y aura moins d’acheteurs, si vous le baissez, moins de vendeurs). Maintenant, si vous fixez un salaire minimum, ce que vous faites est de réduire le volume échangé (et donc les personnes employées). Autrement dit, plus le SMIC est élevé, plus le chômage est important.

      Cela ne veut pas dire qu’on doive supprimer le SMIC. Tout simplement parce que le marché du travail n’est pas un marché à concurrence « pure et parfaite ». D’abord, parce que le travailleur a un besoin absolu de son salaire pour vivre, et que cela le place dans une position d’infériorité manifeste, contraire à la logique de liberté contractuelle qui régit les marchés. La deuxième raison est que, contrairement à ce qui arrive sur un marché de biens, les travailleur qui ne trouve pas de preneur ne peuvent pas, dans une société civilisée, être détruit comme on le ferait avec un bien matériel invendu. C’est pourquoi le marché du travail est régulé par des dispositif (SMIC, indemnisation chômage) qui limitent le simple fonctionnement du marché. Il n’en reste pas moins qu’une logique de marché s’impose. Si l’on fixe le SMIC à 1500 €/mois, toutes les activités à faible productivité, où un travailleur ne produit pas en 35 heures par semaine l’équivalent de cette somme (à laquelle il faut ajouter les charges patronales) péricliteront, parce que personne n’embauchera un salarié qui coûte 1500 €/mois s’il ne rapporte pas cette somme. Est-ce là l’intérêt des classes populaires ? Personnellement j’en doute.

      Ce que la gauche comprend mal, c’est que le SMIC est un instrument global, qui agit sur l’ensemble de l’économie. Le SMIC fixe un plancher de salaire qui s’applique à l’ENSEMBLE des activités, à celles à forte valeur ajoutée comme aux autres. Il y a certainement des secteurs à grosses marges qui pourraient augmenter les salaires et vivre avec un SMIC supérieur à 1500 €. Ces secteurs – je pense par exemple aux pétroliers, aux services informatiques – payent déjà des salaires supérieurs à cette somme, et pour eux la mesure est transparente. Mais d’autres secteurs – les industries mécaniques ou électriques – où les marges sont déjà minimes, ne peuvent pas se payer une telle augmentation. Les travailleurs connaissent d’ailleurs souvent mieux que quiconque l’état financier de leur entreprise, et savent très bien que pour beaucoup d’entreprises de taille moyenne un SMIC à 1500 € sonnerait le glas de l’activité. Les travailleurs en sont parfaitement conscients, et c’est peut-être pour cette raison qu’ils ne tiennent pas trop rigueur au RN de ses votes. Vous noterez d’ailleurs que ceux qui s’écharpent le plus sur les promesses d’augmentation du SMIC ne sont pas ceux qui le touchent…

      Mais laissons de côté ce premier problème et voyons un autre aspect. Si j’augmente le SMIC, soit l’employeur reporte la différence sur les prix, soit il diminuer son taux de retour sur investissement. Or, dans une économie ouverte la rentabilité exigée par les investisseurs est une donnée exogène, puisque si la rentabilité est insuffisante en France, le capital peut aller voir ailleurs pour trouver une rentabilité supérieure. Autrement dit, votre augmentation du SMIC se retrouve dans l’augmentation des prix… et si en plus vous décidez – comme le proposait la gauche dans le vote en question – l’indexation des salaires sur l’inflation, vous amorcez une spirale qui vous conduit tout droit à l’hyperinflation.

      Il y a une réalité économique à laquelle on peut difficilement échapper : pour augmenter les salaires, il faut produire plus ou bien emprunter plus. La distribution salariale est d’abord une distribution de biens et services, et on ne peut distribuer ce qui n’existe pas. On ne peut créer des biens par décret.

      La question du blocage des prix de première nécessite relève, elle aussi, d’un non-sens économique. La logique du blocage des prix ou le rationnement sont utiles lorsque les marchés sont tellement perturbés qu’ils ne produisent plus des signaux rationnels, et qu’il a un risque que certains utilisent le désordre pour se faire des marges indues par la spéculation. Mais ce n’est pas du tout le cas aujourd’hui. Le litre de lait que j’achète au supermarché est vendu à un prix fixé par une concurrence qui est assez proche d’une concurrence parfaite. Et on sait parfaitement d’ailleurs que les marges que font les différents acteurs sur les produits de première nécessité sont minimes : on fait fortune dans les télécommunications, dans le pétrole, dans l’informatique, rarement dans le lait, la farine ou le sucre. Bloquer les prix, c’est provoquer la pénurie, parce que personne n’aime vendre à perte. Et avec des prix bloqués, on arrive rapidement à cette situation.

      Je pourrais continuer sur les autres mesures que vous citez. D’ailleurs, ces votes du RN ont été largement publiés, commentés, diffusés. Est-ce qu’ils ont eu un effet sur le vote populaire ? Le moins qu’on peut dire est que cela n’a pas vraiment dissuadé ouvriers et employeurs de donner leur vote au RN. Pourquoi, à votre avis ? Peut-être parce que les mesures « populaires » que la gauche sort et ressort à chaque élection ne sont pas crédibles, ou tout simplement parce qu’elles ne correspondent pas à ce que le « peuple » veut.

      [On a donc une très bonne idée de ce qu’un gouvernement RN mènerait comme politique économique. Et on a d’autres indices.]

      Pas vraiment. Si vous vous faites une idée de la politique que la gauche mènerait si elle arrivait au pouvoir à partir des votes de la gauche au Parlement ces dernières années, bonjour les dégâts ! Non, il faut prendre les votes des partis d’opposition avec un grain de sel. Souvent, cela ne dit pas grande chose de ce qu’ils feront une fois au pouvoir. Je reste convaincu que le meilleur guide pour prédire ce que sera la politique d’un parti une fois arrivé au pouvoir est de regarder sa base sociologique, son électorat. Si je regarde en arrière, cela n’a jamais raté, sauf peut-être lorsqu’il y avait à la tête des partis des gens obsédés par un projet, et ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui.

      [Déjà, on peut regarder ce que font les autres partis populistes de droite, élus sur ce même type d’ambiguïté, et qui sont leurs copains dans d’autres pays. Et, surprise, on ne retrouve certainement pas des politiques en faveur des classes populaires.]

      Pour comparer, il faudrait prendre les « populistes de droite » ayant la même base sociologique que le RN. J’avoue ne pas connaître assez les autres pays européens pour trouver un cas comparable. Peut-être les brexiters britanniques ?

      [Et puis si le RN défendait vraiment leurs intérêts, vous pensez vraiment que Bolloré ferait tant pour les mettre en avant ?]

      Je ne trouve pas que Bolloré fasse grande chose dans ce domaine. CNEWS est bien plus proche de Zemmour que de Marine Le Pen, avec ses émissions catho et ses commentateurs obsédés par les questions identitaires. Mais plus fondamentalement, les médias ne font pas l’opinion, ils la suivent. Les chaînes de Bolloré ne vont pas convaincre grand monde de voter RN tout simplement parce que les gens qui les regardent votent déjà pour le RN.

      [Bien sûr, je trouve comme vous qu’il y a une hystérie autour du RN et que, non, la France ne basculerait pas dans le fascisme et les heures les plus sombres du jour au lendemain. On aurait… eh bien… Macron mais avec du conservatisme social en plus.]

      Mais alors, quel est le problème ? Pourquoi les patrons qui ont béni Macron – et Hollande avant lui – sont-ils inquiets, puisqu’in fine ils n’auront que « du Macron avec du conservatisme social en plus » ? Ils devraient au contraire être extatiques… Et pourtant, ils s’inquiètent. Parce qu’ils savent que le RN, pour garder son électorat, va bien devoir leur donner quelque chose. Même en supposant que les cadres du RN mentent comme des arracheurs de dents, même s’ils utilisent cet électorat cyniquement, il faudra bien, pour le conserver, lui donner des gages.

      [De l’autre côté le NFP, bon… Je partage votre scepticisme quant aux thématiques mises en avant, l’empilage de mesures et idées sans queue ni tête etc. pour faire plaisir aux uns et aux autres. Après si on veut être honnête on retrouve aussi des idées type SMIC a 1600€ et 6eme semaine de congés payés.]

      Mais interrogez-vous : est-ce que le SMIC à 1600 € et la 6ème semaine de congés payés sont des bonnes idées ? Vous mentionnez ces mesures comme si la réponse allait de soi. Mais il faut peut-être se pencher un peu sur ces questions. A quoi sert le SMIC ? Quel est son « bon » niveau ? Pourquoi 1600 et pas 2000, 3000, 10000 ? Et même chose avec les congés : pourquoi 6 semaines et pas 12 ?

      Pour vous le dire franchement, j’en ai marre des programmes qui se déclinent en mesures. Les mesures, on s’en fout. Je m’en fous du SMIC, du nombre de semaines de congés payés. Je veux qu’on m’explique quelle société on veut. Une école-garderie sur le modèle de l’école des fans ? Ou une école de l’exigence, de la rigueur, de la connaissance ? Une société qui valorise le travail ? Ou une société qui préfère le loisir ? Une société hiérarchisée par le mérite ? Ou une société hiérarchisée par l’argent ? Une société avec des institutions fortes et respectées, ou une société du « chacun fait ce qu’il lui plait » ?

      La politique aujourd’hui semble se réduire à proposer des « mesures » (lorsqu’on est dans l’opposition) et à faire des « annonces » lorsqu’on est au pouvoir. Mais plus de récit, plus de message, plus de projet qui donne une cohérence à cette forêt de promesses, souvent étudiées pour pouvoir faire plaisir aux différents publics, selon une approche marketing.

      [Bien sûr difficilement compatible avec la mondialisation telle qu’on la connaît etc. Mais on ne peut pas dire que ce ne soit que des idées abstraites pour classes moyennes.]

      Bien sur que si. Parce que même si on peut penser qu’une mesure comme « le SMIC à 1600 € » est une mesure « concrète », elle est pensée d’une façon abstraite, détachée de tout contexte réel. Ceux qui écrivent cette mesure ne pensent qu’au plaisir que cela fera à celui qui verra le chiffre sur sa feuille de paye, mais ne s’interrogent pas sur ses effets sur l’économie réelle. Et en particulier, sur la tête que feront ceux qui recevront leur lettre de licenciement simplement parce que leur employeur ne peut payer une telle somme.

      [Vous me direz qu’ils ne le feraient pas et que c’est risible d’imaginer un élu PS voter ça et vous aurez raison.]

      Je pense que c’est risible d’imaginer un élu quelconque voter cette mesure lorsque son parti est au pouvoir. Tout simplement parce que l’économie n’est pas en mesure de supporter un tel niveau. Regardons les choses en face. Pourquoi avons-nous eu un pic d’inflation ? Parce que pendant la pandémie, pour rassurer tout le monde, on a maintenu le revenu des gens alors que la production baissait. Cet argent s’est accumulé, parce que pendant la pandémie beaucoup de dépenses se sont réduites. Et à la fin de la pandémie, lorsque ces masses d’argent ont été libérées, cela a généré un choc de demande qui a poussé les prix vers le haut. L’inflation témoigne du fait qu’il y a trop de pouvoir d’achat par rapport aux biens disponibles. Et on propose de faire des mesures qui augmentent encore ce pouvoir d’achat ? C’est de la pure folie…

      Le problème aujourd’hui n’est pas qu’il n’y a pas assez d’argent, mais qu’il est mal distribué. Les bonnes mesures sont donc celles qui redistribuent le pouvoir d’achat (eg. plus d’impôts pour les riches et les classes intermédiaires, moins de cotisations sur les bas salaires). Pas celles qui injectent du pouvoir d’achat à tout le monde.

      [Je préfère regarder qui vote quoi, à l’assemblée ou au parlement européen. Et alors désolé je trouve qu’il il n’y a pas photo : il est beaucoup plus dans l’intérêt d’un ouvrier de voter NFP que RN, quelles que soient les marottes des militants et de leur communication.]

      Mais curieusement, les ouvriers ne semblent pas partager votre diagnostic. Pourquoi, à votre avis ?
      Peut-être parce qu’ils se rendent compte que les votes lorsqu’on est dans l’opposition ne disent pas grande chose sur ce qu’on fait une fois élu. Vous voulez regarder les votes ? Parfait, regardons les votes de la NFP lorsqu’elle était au pouvoir, ce qui nous ramène à la « gauche plurielle ». Qu’est-ce qu’on trouve ? Arrêt de Superphénix, ouverture à la concurrence du marché de l’électricité et du gaz, privatisations massives (France Telecom, GAN, Thomson, CIC, CNP Assurances, Crédit Lyonnais, Air France…), ratification du traité d’Amsterdam… et je suis gentil de ne pas regarder les votes socialistes pendant le quinquennat d’Hollande…

  22. Geo dit :

     
    À tous
     
    https://elucid.media/analyse-graphique/resultats-elections-europeennes-2024-revelent-chiffres-farce-democratique?mc_ts=crises
    Compilation de sondages mis en graphiques par”les crises” concernant l’analyse des votes. Accès libre.
     

    • Descartes dit :

      @ Geo

      [Compilation de sondages mis en graphiques par”les crises” concernant l’analyse des votes. Accès libre.]

      Bravo aux animateurs de ce site, qui proposent toujours des papiers intéressants! Cependant, certaines conclusions me font sursauter. Ainsi, constatant que le vote des retraités est très différent de celui des jeunes, le rédacteur conclut : “il est désormais clair que les retraités ne votent plus dans l’intérêt de la jeunesse, et donc du futur du pays.”. Cette conclusion contient une prémisse cachée: que le vote des uns et des autres reflètent leurs véritables intérêts. Mais cette prémisse n’a rien d’évident: ainsi, en 1981 les ouvriers et les classes intermédiaires ont voté massivement pour François Mitterrand, et on peut difficilement dire que leurs intérêts coïncidaient… l’histoire a d’ailleurs montré rapidement le contraire!

      Je propose une deuxième explication: si les “vieux” votent RN ou Macron et les “jeunes” votent LFI, c’est peut-être aussi parce que les “vieux” ont, eux, l’expérience de la gauche au pouvoir, avantage que les “jeunes” n’ont pas (un jeune de vingt ans en avait treize quand le dernier président socialiste a quitté l’Elysée, un jeune de 25 ans était dans ses couches lorsque la “gauche plurielle”, dernier avatar de l’union de la gauche, a quitté le pouvoir. L’expérience, elle aussi, laisse des traces. A cela s’ajoute la formule bien sentie de G.B.Shaw: “celui qui n’est pas révolutionnaire à 20 ans n’a pas de coeur, celui qui est révolutionnaire à 40 n’a pas de tête”. Ce n’est pas parce que les jeunes veulent LFI au pouovir que c’est là “l’intérêt de la jeunesse, et donc du futur du pays”.

  23. Geo dit :

     
    À Descartes
    [si les “vieux” votent RN ou Macron et les “jeunes” votent LFI, c’est peut-être aussi parce que les “vieux” ont, eux, l’expérience de la gauche au pouvoir, avantage que les “jeunes” n’ont pas]
    Possible. On peut aussi proposer que les données internationales ne pèsent pas de la même façon pour les uns et les autres. Je pense au rapport à la Russie, dont je serai surpris qu’il ne varie pas selon les classes d’âge. (Sans être plus documenté que ça, j’admets.)
    Les vieux me semblent plus à même de comprendre les positions d’un De Villepin, et donc d’accepter les postures pas toujours “Otaniennes” du RN sur le conflit à l’est. Un souvenir qui compte pour eux est sans doute 2003, qui ne doit pas dire grand chose à beaucoup de jeunes.
     

    • Descartes dit :

      @ Geo

      [On peut aussi proposer que les données internationales ne pèsent pas de la même façon pour les uns et les autres. Je pense au rapport à la Russie, dont je serai surpris qu’il ne varie pas selon les classes d’âge. (Sans être plus documenté que ça, j’admets.)]

      C’est probable. Il faut dire qu’après les années 1990 on a fait un gros effort pour effacer l’histoire. L’exemple de la cérémonie du débarquement, où l’on n’invite pas la Russie – dont le rôle dans la victoire est incontestable – mais on invite le représentant d’une Ukraine qui honore comme un père de la patrie Stepan Bandera, dont le parti combattit du côté des allemands est un bon exemple de cette amnésie volontaire. C’est évidemment plus facile à vendre à des gens de 30 ans qu’à des gens de 70 ans.

      [Les vieux me semblent plus à même de comprendre les positions d’un De Villepin, et donc d’accepter les postures pas toujours “Otaniennes” du RN sur le conflit à l’est.]

      Tout à fait.

      [Un souvenir qui compte pour eux est sans doute 2003, qui ne doit pas dire grand chose à beaucoup de jeunes.]

      Encore un souvenir soigneusement effacé des mémoires… personne ne songe à republier la tribune publiée dans « Le Monde » du 14 avril 2003 et signée par Pascal Bruckner, Romain Goupil et… André Glucksmann, père et mentor de l’autre. Celle qui commençait par « Quelle joie de voir le peuple irakien en liesse fêter sa libération et… ses libérateurs ! Il y a quelques mois, la France prétendait canaliser les ardeurs belliqueuses des Etats- Unis dans la “légalité” onusienne…. ».

      C’est très dommage, parce que la lecture de ce texte nous illustrerait sur l’origine de la rhétorique « guerre froide » de l’autre Glucksmann. Enlevez « Irak » dans le texte du père, mettez « Ukraine » à sa place, et vous avez le discours du fils.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *