Comment dix millions d’électeurs disparurent en quelques minutes

La lutte des classes reste, quoi qu’on en dise, le moteur de l’histoire. Et les résultats du scrutin législatif d’hier soir en ont donné une épreuve éclatante. Avec 143 députés, le Rassemblement national capitalise certes son excellent résultat du premier tour – qui lui-même confirme le vote des élections européennes – mais ne réussit même pas à réunir un nombre de députés proportionnel au nombre de voix obtenues au premier tour. Avec un tiers des voix, il aura tout au plus le quart des députés. Alors qu’il est le premier parti par le nombre de voix récoltées, il n’aura que le troisième groupe parlementaire.

Pourtant, pendant une semaine les pseudo-experts qui pérorent à longueur de journée dans les chaines d’information continue nous avaient expliqué que le RN aurait la majorité relative, et qu’il avait même des chances de décrocher une majorité absolue. Les pages des journaux bienpensants se sont couvertes d’articles et de tribunes évoquant la peur de diverses catégories devant une éventuelle prise de pouvoir par le Rassemblement national : intellectuels, artistes, scientifiques, enseignants, hauts fonctionnaires… même les ratons laveurs y sont allés de leur angoisses. On alla même jusqu’à discuter des limites du devoir d’obéissance hiérarchique des fonctionnaires. Curieusement, les ouvriers et employés n’ont pas fait connaître leurs états d’âme. On se demande bien pourquoi.

La grande peur a tout balayé sur son passage. On croyait que sept ans de brutalité macroniste avait creusé un fossé infranchissable avec la gauche. Que jamais les candidats de gauche ne se désisteraient, que jamais les électeurs de gauche ne voteraient pour ceux qui avaient porté au Parlement la loi « immigration » ou la réforme des retraites. Et réciproquement, que jamais les électeurs macronistes n’iraient voter pour ceux qu’ils avaient qualifié d’antisémites et de suppôts de la guerre civile. On avait tort : les candidats macronistes comme ceux du NFP (y compris ceux présentés par LFI) ont fait le plein des voix, après que leurs concurrents arrivés en troisième position se soient dûment désistés. Les électeurs de gauche n’ont nullement tenu rigueur à Elisabeth Borne d’avoir fait voter – à coups de 49.3 – la réforme des retraites dont ils exigent la révocation pure et simple, les électeurs macronistes n’ont guère eu peur des « partageux » de LFI. Et on se retrouve avec ce paradoxe qui fait qu’alors que la France penche, nous dit-on, nettement à droite, on se retrouve avec une majorité relative… pour la gauche.

Inexplicable ? Pas du tout. Il suffit de revenir aux fondamentaux, et tout devient absolument transparent. Et les fondamentaux c’est, bien entendu, l’analyse en termes de classes sociales. Le fait est que 57% des ouvriers ont voté pour un candidat RN au premier tour, et que c’est dans les vieilles régions ouvrières, frappées par la désindustrialisation et la relégation économique que le RN fait ses meilleurs scores. A l’inverse, c’est dans les métropoles boboïsées et tercerisées, là où les classes intermédiaires, les bourgeois et le lumpenprolétariat se concentrent, que ses adversaires font leurs meilleurs résultats. Au-delà des programmes – dont on sait ce qu’ils deviennent le lendemain de l’élection – et les arrières pensés de ses dirigeants, il faut se rendre à l’évidence : le RN est aujourd’hui le parti « plébéien », celui qui occupe la fonction tribunitienne. Et dès que le parti tribunitien se fait menaçant, dès qu’il s’approche du pouvoir, il est logique de voir en face les dominants laisser de côté leurs différences pour barrer la route à tout ce qui peut remettre en cause leurs privilèges, ne serait-ce que marginalement.

J’avais écrit avant le deuxième tour que tout continuerait comme avant. Et je ne me suis pas trompé : le soir du 30 juin les couches dominantes – bourgeoisie et classes intermédiaires confondues – ont eu peur. Peur du « fascisme » ? Bien sûr que non. On se souviendra que ce « fascisme », la gauche s’en est fort bien accommodée dans les années 1980 et 90, quand c’était un instrument utilisé par Mitterrand pour diviser la droite. La « peur du fascisme », c’est le prétexte développé à longueur d’articles dans les médias complaisants. Leur vraie peur, c’est qu’un nouveau venu – qui plus est dépendant du vote des couches populaires – vienne perturber le « passe-moi la rhubarbe et je te passerai le séné » qui caractérise depuis quatre décennies ces alternances qui changent les têtes mais jamais les politiques. C’est cette peur qui a accompli le miracle. En quelques heures, les bobos de gauche ont appelé à voter pour Darmanin ou Borne, porteurs respectivement de la loi « immigration » ou la réforme des retraites, deux mesures qu’ils qualifiaient quelques heures auparavant d’iniques. En quelques heures, le centre et la droite dite modérée ont appelé à voter pour les partisans du SMIC à 1600 €, de l’abrogation de la réforme des retraites, qu’ils qualifiaient quelques jours auparavant d’antisémites. Et leurs électeurs les ont largement suivis.

Cette peur s’est dissipée en quelques minutes le soir du 7 juillet, à l’annonce des résultats. Et que vit-on alors ? L’électorat populaire s’est subitement évaporé. Sur les plateaux de télévision, personne – en dehors bien entendu des représentants du RN – ne s’est adressé aux 33% de votants qui ont soutenu le Rassemblement national. Personne ou presque ne s’est interrogé sur le pourquoi de ce soutien, et des politiques à mettre en œuvre pour que le RN ne fasse pas encore mieux la prochaine fois. Dans nos étranges lucarnes, on ne discutait plus que des « combinazione » disponibles pour former une majorité entre gens « comme il faut », laissant de côté sans même le dire un tiers de l’électorat. En quelques minutes, tout est redevenu comme avant. Jusqu’à la prochaine élection.

Et maintenant ? L’élection a fabriqué une Assemblée où aucun parti, aucun bloc n’a une majorité. Vu du bloc dominant, l’essentiel a été sauvé. Le Nouveau Front Populaire arrive en tête ? Au pire, on aura une réédition de la « gauche plurielle », et on sait que le bloc dominant n’a rien à craindre de cela. Au mieux, une alliance entre Ensemble et certains éléments de la gauche, avec peut-être une pincée de Républicains, qui fera à peu près la même chose. De toute façon, on ne discute plus projet, on discute postes, comme au bon vieux temps de la IVème république. Et les problèmes du pays ? On s’en occupera plus tard, quand on aura le temps… Au passage, on laisse de côté plus d’un tiers de l’électorat, et plus largement les couches populaires. Des députés NFP proposent même qu’aucun poste dans la gouvernance de l’Assemblée nationale – vice-présidence, questure, présidence de commission – ne soit confié à un député RN. Est-ce que ces gens-là réalisent à quel point une telle position – qui, ne l’oublions pas, fut aussi brandie contre le PCF pendant de longues années – est une négation du vote populaire ?

Le monde politique illustre tristement sa déconnexion par rapport aux citoyens, mais aussi son amateurisme. On en est au point où deux groupes parlementaires – le groupe socialiste et le groupe LFI – essayent de racoler des députés avec l’espoir de devenir le premier groupe de la gauche, pour légitimer leur prétention à désigner le premier ministre. Des tactiques dignes d’un congrès du PS ou d’une assemblée générale de Paris VIII, mais qui nous ramène aux périodes les plus noires de la IVème République (1). LFI essaye de faire croire que sans majorité on appliquera « tout le programme » du NFP, un programme dont il apparait de l’aveu même de ses négociateurs qu’il avait été écrit vite fait sur un coin de table pour des raisons électorales, sans que les signataires aient imaginé un moment être en conditions de le mettre en œuvre. Le NFP joue à la guerre civile en mettant en demeure le président de nommer l’un d’eux à Matignon – une absurdité alors que la gauche n’arrive pas à se mettre d’accord sur un candidat – et certains dirigeants LFI jouent à la prise du Palais d’Hiver avec l’idée d’une « grande marche populaire » sur Matignon, pendant qu’à LFI les « dissidents » excommuniés par le Gourou œuvrent en coulisse pour créer un groupe dissident, et que les écologistes s’imaginent que Marine Tondellier pourrait être premier ministre… pauvre de nous.

Descartes

(1) Certains en arrivent même à rappeler que finalement la IVème République, ce n’était pas si mal que ça, que beaucoup de bonnes choses ont été faites pendant cette période. C’est vrai, mais il ne faut pas oublier que derrière les ministres qui changeaient tous les six mois, il y avait une haute fonction publique de grande qualité qui assurait la continuité des politiques et qui, de fait, gouvernait le pays. Et s’agissant des affaires politiques, qui dépassaient la capacité des fonctionnaires et nécessitaient des arbitrages politiques, telles que les guerres coloniales, cela s’est très mal terminé.

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62 réponses à Comment dix millions d’électeurs disparurent en quelques minutes

  1. François dit :

    Bonjour Descartes
     
    Des tas de chose à dire, mais encore une fois, vos « classes intermédiaires » constituent-elles 63% des votants de dimanche dernier ?
     
    Enfin bref, c’est triste que le RN se fasse contrer une énième fois par les castors mais au fond, il vaut mieux ça pour eux que de devoir s’occuper de l’accueil prochain du FMI.
     

    • Descartes dit :

      @ François

      [Des tas de chose à dire, mais encore une fois, vos « classes intermédiaires » constituent-elles 63% des votants de dimanche dernier ?]

      Encore une fois, non, je les estime entre 20% et 30%. Mais vous négligez ce processus qui fait que les classes dominantes en termes économiques produisent une idéologie que les classes dominées assimilent, et a adopter cette idéologie comme propre, alors même que cette idéologie justifie la domination qu’ils subissent. C’est le processus que Marx appelle « l’aliénation ». Vous noterez que le suffrage universel a été institué en 1848, et que depuis cette date ce sont les partis bourgeois qui ont emporté la majorité, alors même que la bourgeoisie était ultra-minoritaire…

      • François dit :

        @Descartes
        Je vais être méchant, mais quand je vous entends parler « d’aliénation » pour expliquer que le vote RN ne soit pas majoritaire dans le pays, j’ai l’impression d’entendre le même discours que les européistes après les référendums français et néerlandais de 2005, puis celui britannique de 2016 (et généralement après chaque élection voyant monter les « populistes »), où ils disaient que les électeurs auraient cédé aux sirènes de démagogues qui auraient joué sur leurs passions tristes. En somme, vous comme eux, considérez le peuple comme une masse manipulable, sans volonté propre. Alors de ces deux discours, pourquoi le votre serait le vrai ?

        • Descartes dit :

          @ François

          [Je vais être méchant, mais quand je vous entends parler « d’aliénation » pour expliquer que le vote RN ne soit pas majoritaire dans le pays, j’ai l’impression d’entendre le même discours que les européistes après les référendums français et néerlandais de 2005, puis celui britannique de 2016 (et généralement après chaque élection voyant monter les « populistes »), où ils disaient que les électeurs auraient cédé aux sirènes de démagogues qui auraient joué sur leurs passions tristes.]

          Comparaison n’est pas raison. Le fait est que, depuis que le suffrage universel existe, les couches populaires sont ultra-majoritaires dans la population, et pourtant le vote a donné systématiquement le pouvoir aux partis bourgeois. Comment expliquez-vous ce phénomène, qui n’est d’ailleurs pas exclusif à la France mais se retrouve dans l’ensemble des démocraties ? Le phénomène est un peu trop global pour l’attribuer à la qualité de tel ou tel démagogue, à tel ou tel système électoral, à tel ou tel outil de propagande.

          La comparaison ne tient pas parce que, contrairement aux européistes, je ne parle pas de « céder aux sirènes » de tel ou tel propagandiste. L’aliénation ne dépend pas du talent d’un démagogue ou des « passions tristes ». Le phénomène d’aliénation tient au fait que c’est à partir de la domination économique qu’une classe dominante peut générer une idéologie qui devient elle-même dominante.

          [En somme, vous comme eux, considérez le peuple comme une masse manipulable, sans volonté propre. Alors de ces deux discours, pourquoi le votre serait le vrai ?]

          Non. Il ne s’agit pas de « manipulation », mais de « domination ». Le mérite de Marx est justement d’avoir montré que la domination économique ne s’appuie pas seulement – ni même majoritairement – sur l’exercice pur de la force, mais qu’il repose sur des instruments idéologiques. L’équilibre de la société capitaliste dépend aussi du fait que les prolétaires admettent l’exploitation capitaliste comme légitime. La lutte politique des partis ouvriers, c’est surtout une lutte pour faire prendre conscience aux exploités des rapports réels, occultés par l’idéologie dominante.

          • François dit :

            @Descartes
            [Comment expliquez-vous ce phénomène, qui n’est d’ailleurs pas exclusif à la France mais se retrouve dans l’ensemble des démocraties ?]
            Ben tout simplement que dans leur ensemble, en leur âme et conscience, les électeurs adhèrent au projet politique proposé par les « bourgeois ».

            • Descartes dit :

              @ François

              [“Comment expliquez-vous ce phénomène, qui n’est d’ailleurs pas exclusif à la France mais se retrouve dans l’ensemble des démocraties ?” Ben tout simplement que dans leur ensemble, en leur âme et conscience, les électeurs adhèrent au projet politique proposé par les « bourgeois ».]

              Autrement dit, vous pensez que “en leur âme et conscience” les gens peuvent adhérer, et cela pendant des décennies et dans tous les pays, à un “projet politique” qui est totalement contraire à leurs intérêts ? Comment expliquez-vous une telle situation ? Vous m’accusiez de penser que les prolétaires étaient “manipulables”, mais vous même avez l’air de croire qu’ils sont idiots…

            • Descartes dit :

              @ François

              [“Comment expliquez-vous ce phénomène, qui n’est d’ailleurs pas exclusif à la France mais se retrouve dans l’ensemble des démocraties ?” Ben tout simplement que dans leur ensemble, en leur âme et conscience, les électeurs adhèrent au projet politique proposé par les « bourgeois ».]

              Autrement dit, vous pensez que “en leur âme et conscience” les gens peuvent adhérer, et cela pendant des décennies et dans tous les pays, à un “projet politique” qui est totalement contraire à leurs intérêts ? Comment expliquez-vous une telle situation ? Vous m’accusiez de penser que les prolétaires étaient “manipulables”, mais vous même avez l’air de croire qu’ils sont idiots…

            • cdg dit :

              @descartes
              [Autrement dit, vous pensez que “en leur âme et conscience” les gens peuvent adhérer, et cela pendant des décennies et dans tous les pays, à un “projet politique” qui est totalement contraire à leurs intérêts ? Comment expliquez-vous une telle situation ? Vous m’accusiez de penser que les prolétaires étaient “manipulables”, mais vous même avez l’air de croire qu’ils sont idiots…]
              Les proletaires pas plus que les autres ne sont idiots. L electeur fait la difference entre ce qu on lui promet et ce qu il aura en realité si le parti en question accede au pouvoir. Par ex les gens ont pu voter PCF quand l URSS affichait une apparence positive mais qui va voter pour aller vivre dans un pays ou regnent les penuries, ou un mot de travers (ou meme un soupson de mot de travers) vous envoie au goulag …
              Si le RN a perdu c est aussi car il n a pas su expliquer ce qu il allait faire de facon credible (les reculades sur l IR au moins de 30 ans ou la retraite a 60 ans etaient probablement fondees car infinancable mais ca laisse une impression d amateurisme)

            • Descartes dit :

              @ cdg

              [« Autrement dit, vous pensez que “en leur âme et conscience” les gens peuvent adhérer, et cela pendant des décennies et dans tous les pays, à un “projet politique” qui est totalement contraire à leurs intérêts ? Comment expliquez-vous une telle situation ? Vous m’accusiez de penser que les prolétaires étaient “manipulables”, mais vous même avez l’air de croire qu’ils sont idiots… » Les prolétaires pas plus que les autres ne sont idiots. L’électeur fait la différence entre ce qu’on lui promet et ce qu il aura en réalité si le parti en question accède au pouvoir. Par ex les gens ont pu voter PCF quand l’URSS affichait une apparence positive mais qui va voter pour aller vivre dans un pays ou règnent les pénuries, ou un mot de travers (ou même un soupçon de mot de travers) vous envoie au goulag …]

              Vous croyez vraiment, la main sur le cœur, que si Marchais était arrivé au pouvoir en 1978 il aurait fait de la France une nouvelle Union soviétique, instauré un parti unique et envoyé les opposants politiques au goulag ? Vraiment ? Allons, soyons sérieux…

              Mais surtout, vous ne répondez pas à la question. D’abord, parce qu’il y avait d’autres partis politiques « ouvriers » en dehors des communistes. Pourquoi les ouvriers n’ont pas voté massivement pour eux non plus ? Pourquoi ont-ils au contraire préféré des partis « bourgeois », alors qu’ils étaient majoritaires dans le corps électoral ? Sans avoir recours à la théorie de l’aliénation, vous aurez du mal à expliquer ce phénomène – c’est d’ailleurs précisément pour cette raison que la théorie de l’aliénation a été inventée…

            • François dit :

              @Descartes
              [Autrement dit, vous pensez que “en leur âme et conscience” les gens peuvent adhérer, et cela pendant des décennies et dans tous les pays, à un “projet politique” qui est totalement contraire à leurs intérêts ?]
              Qu’appelez-vous « contraire à leurs intérêts » ? Et par quel mécanisme psychologique, on les persuade d’agir à l’encontre de leurs « intérêts ».
               
              [Vous m’accusiez de penser que les prolétaires étaient “manipulables”, mais vous même avez l’air de croire qu’ils sont idiots…]
              Je ne sais pas s’ils sont manipulables, idiots. Mais je sais qu’ils ont une insatisfaction chronique à l’égard des politiques au pouvoir, qu’ils expriment régulièrement cette insatisfaction de façon bruyante, mais qu’in fine, ils vont toujours dans la même crèmerie alors qu’il y en a une nouvelle qui n’attend que de les accueillir à bras ouvert.
              Pire, alors qu’ils ont une insatisfaction concernant les politiques migratoires et sécuritaires, ils placent en tête des élections une coterie dont certains de ses membres (à commencer par son leader minimo), appellent à mots à peine couverts, à leur extermination…

            • Descartes dit :

              @ François

              [« Autrement dit, vous pensez que “en leur âme et conscience” les gens peuvent adhérer, et cela pendant des décennies et dans tous les pays, à un “projet politique” qui est totalement contraire à leurs intérêts ? » Qu’appelez-vous « contraire à leurs intérêts » ? Et par quel mécanisme psychologique, on les persuade d’agir à l’encontre de leurs « intérêts ».]

              Qu’est ce que j’appelle « contraire à ses intérêts » ? Disons que le prolétaire vit dans un système dans lequel une partie de la valeur qu’il produit est prélevée par quelqu’un qui ne produit rien. Son intérêt serait de récupérer l’intégralité de la valeur produite. Donc, voter pour des gens qui veulent maintenir ce prélèvement, voire l’augmenter, c’est « contraire à ses intérêts ».

              Le mécanisme de l’aliénation est bien plus qu’un « mécanisme psychologique ». L’exploitation fait que le travailleur cesse de se reconnaître dans le produit de son travail, autrement dit, que ce produit lui est étranger. Et du coup, il n’a plus conscience de son rôle dans la production. C’est là une description très schématique d’une question complexe à laquelle Marx a consacré des chapitres entiers du « Capital ».

            • P2R dit :

              @ Descartes
               
              [Autrement dit, vous pensez que “en leur âme et conscience” les gens peuvent adhérer, et cela pendant des décennies et dans tous les pays, à un “projet politique” qui est totalement contraire à leurs intérêts ? Comment expliquez-vous une telle situation ? ]
               
              Je crois que le problème est un peu plus complexe que ça. La politique menée par le bloc bourgeois, en particulier le libre échange, a quand même permis une augmentation sans précédent de la consommation auprès de l’ensemble des classes sociales, qui s’est manifestée bien avant l’apparition des symptômes néfastes de la mondialisation. On peut leur reprocher un manque de vision, mais cette politique a au moins un temps été dans l’intérêt des classe populaires.
               
              Par ailleurs, sur cette question d’aliénation, je ne pense pas qu’elle soit strictement liée à une question de domination, terme qui laisse imaginer une emprise oppressive limite complotiste, mais simplement au “régime en cours”. On sait que quitter une situation existante pour une autre nécessite soit de l’audace, soit une détresse rendant ce mouvement impératif poru la survie. Je crois que le peuple français dans son immense majorité n’est pas dominé par le sentiment que le néolibéralisme est un bienfait pour l’humanité, mais qu’il n’ose pas briser le confort relatif, mais confort quand même d’un monde routinier pour un système où l’herbe est peut-être plus verte, mais un tient valant deux tu l’auras…
               
              Je pense également qu’il y a une question de confiance dans l’être humain qui entre en jeu. L’idéal communiste reposait sur l’idée qu’une idéologie pouvait transcender la nature humaine elle-même. Une idéologie totalitariste certes mais pour le plus grand bien de l’humanité (peut-on imaginer un vers plus totalitariste que “l’internationale sera le genre humain” ?). Il me semble que le XXe siècle a mis un terme à ce type de grandes ambitions dans nos sociétés occidentales. Le raisonnement des classes populaire pourrait dès lors être formulé ainsi: certes le prélèvement par le capital d’une plus-value sur la richesse produite par le travailleur est en défaveur de celui-ci, et ce prélèvement, ainsi que les mouvements de capitaux internationaux, doit être régulé par la loi, mais le fondement même du capitalisme, si tant est qu’il soit encadré et pondéré par la souveraineté populaire, est préférable à tout autre en ce qu’il ne fait pas un pari sur une mutation de la nature humaine et sur ses vices.

            • Descartes dit :

              @ P2R

              [Je crois que le problème est un peu plus complexe que ça. La politique menée par le bloc bourgeois, en particulier le libre-échange, a quand même permis une augmentation sans précédent de la consommation auprès de l’ensemble des classes sociales, qui s’est manifestée bien avant l’apparition des symptômes néfastes de la mondialisation. On peut leur reprocher un manque de vision, mais cette politique a au moins un temps été dans l’intérêt des classe populaires.]

              Admettons. Mais les classes populaires ont maintenu au pouvoir des partis bourgeois depuis 1848… et même pendant les épisodes économiques les plus noirs, comme la crise de 1929. Ce n’est donc pas lié à une conjoncture particulière. Par ailleurs, vous noterez que même si le libre-échange a permis une augmentation générale du niveau de vie, si les travailleurs n’avaient pas eu à supporter l’exploitation de leur travail, l’augmentation aurait été encore plus importante !

              [Par ailleurs, sur cette question d’aliénation, je ne pense pas qu’elle soit strictement liée à une question de domination, terme qui laisse imaginer une emprise oppressive limite complotiste, mais simplement au “régime en cours”.]

              Le terme « domination » s’entend ici dans le sens économique. La bourgeoisie exerce une domination économique qui lui permet d’extraire la plusvalue, et cette domination trouve sa traduction idéologique dans une idéologie qui devient dominante par le biais de l’aliénation.

              [On sait que quitter une situation existante pour une autre nécessite soit de l’audace, soit une détresse rendant ce mouvement impératif pour la survie. Je crois que le peuple français dans son immense majorité n’est pas dominé par le sentiment que le néolibéralisme est un bienfait pour l’humanité, mais qu’il n’ose pas briser le confort relatif, mais confort quand même d’un monde routinier pour un système où l’herbe est peut-être plus verte, mais un tient valant deux tu l’auras…]

              Oui et non. Qu’il y ait une certaine « inertie de l’existant », c’est une évidence. Mais le phénomène d’aliénation va beaucoup plus loin que ça. Le propre de l’idéologie dominante, c’est de diffuser des principes qui deviennent des « vérités » incontestables. Prenez par exemple l’idée selon laquelle le travail n’est pas la seule source de valeur, que le capital produit lui aussi de la valeur, et qu’il est donc juste que celui qui l’apporte soit rémunéré. Combien de gens autour de vous réinterrogent cette idée ? Or, accepter ces postulats – ceux de l’idéologie dominante – guide la manière dont nous pensons le monde et donc des alternatives concevables au monde tel qu’il est.

              [Je pense également qu’il y a une question de confiance dans l’être humain qui entre en jeu. L’idéal communiste reposait sur l’idée qu’une idéologie pouvait transcender la nature humaine elle-même. Une idéologie totalitariste certes mais pour le plus grand bien de l’humanité (peut-on imaginer un vers plus totalitariste que “l’internationale sera le genre humain” ?).]

              Je ne suis pas sûr de comprendre ce que vous appelez « totalitariste ». L’idéologie communiste telle qu’elle a été théorisée par Lénine et Staline en URSS était « totalitaire » au sens qu’elle effaçait en grande partie la frontière entre sphère publique et sphère privée, qu’elle permettait l’intromission de l’Etat dans la « totalité » de la vie des gens. Mais le vers que vous citez est plutôt un exemple d’universalisme que de totalitarisme.

              Le terme de « communisme » désigne une multitude d’idéologies, qui vont de l’idéalisme le plus extrême au matérialisme le plus cynique. De Baboeuf à Staline, il y a d’infinies nuances. Il est donc dangereux de parler de « l’idéal communiste » sans préciser le contexte précis. L’idéalisme communiste des débuts de la révolution soviétique reposaient sur une vision rousseauiste de l’homme. La question n’était pas de « transcender la nature humaine », mais au contraire de la libérer. Pour les révolutionnaires, l’homme était naturellement « bon » et une société injuste le rendait mauvais. Rendons la société juste, et l’homme reprendra sa vraie nature.

              [Il me semble que le XXe siècle a mis un terme à ce type de grandes ambitions dans nos sociétés occidentales.]

              Du tout. Pensez à l’idéologie européiste selon laquelle une Europe « juste » créera un nouvel « homme européen » qui ne fera plus la guerre…

              [Le raisonnement des classes populaire pourrait dès lors être formulé ainsi: certes le prélèvement par le capital d’une plus-value sur la richesse produite par le travailleur est en défaveur de celui-ci, et ce prélèvement, ainsi que les mouvements de capitaux internationaux, doit être régulé par la loi, mais le fondement même du capitalisme, si tant est qu’il soit encadré et pondéré par la souveraineté populaire, est préférable à tout autre en ce qu’il ne fait pas un pari sur une mutation de la nature humaine et sur ses vices.]

              J’ai l’impression que vous négligez l’aspect le plus important d’une idéologie. Une idéologie, ce n’est pas tant une boite à outils qui nous dit que faire, mais un prisme à travers lequel nous donnons une certaine cohérence à ce que nous observons. Pensez-vous vraiment que les classes populaires soient conscients que la rémunération du capital est un pur prélèvement sur le travail produit par le travailleur, et qu’il est donc foncièrement illégitime ? Bien sur que non : lorsque vous discutez avec les gens, vous voyez très vite que quelque soit leur classe ils communient dans l’idée que le capital produit de la valeur par lui-même, et qu’il est donc « juste » que le capitaliste soit rémunéré. On peut se rebeller lorsque cette rémunération paraît disproportionnée ou excessive, mais son principe n’est que très rarement remise en question, y compris chez les communistes ! Vous voyez là la puissance de l’idéologie dominante…

          • P2R dit :

            @ Descartes
             
            [même si le libre-échange a permis une augmentation générale du niveau de vie, si les travailleurs n’avaient pas eu à supporter l’exploitation de leur travail, l’augmentation aurait été encore plus importante !]
             
            Je n’en suis pas si sûr. Je pense que pour un travailleur français, le gain en pouvoir d’achat a été supérieur à la plus value extraite par le capital sur son travail. Le libre-échange étant conditionné à la prédominance mondiale de l’économie capitaliste, le travailleur français a immédiatement perçu un avantage de ce système.
             
            [Le terme « domination » s’entend ici dans le sens économique. La bourgeoisie exerce une domination économique qui lui permet d’extraire la plusvalue, et cette domination trouve sa traduction idéologique dans une idéologie qui devient dominante par le biais de l’aliénation.]
             
            Je ne peux pas m’empêcher de penser que la rémunération du capital est un faux-nez qui masque la question de la transmission, et donc de l’héritage. Je vous soumet une expérience de pensée pour s’abstraire de ce facteur: imaginez deux familles de naufragés sur une île déserte. L’une d’elle construit une barque qui lui permet d’aller pêcher dans des eaux poissonneuses. Est-ce un effet de l’aliénation de penser qu’il n’y a rien d’immoral à ce que la deuxième famille naufragée, en échange de la mise à disposition de la barque, s’engage à donner un pourcentage de sa pêche au premier ? Je ne le pense pas. Il s’agit pourtant bel et bien de la rémunération du capital au sens strict, seulement ce capital est légitimement acquis: le premier pécheur a travaillé pour le constituer. 
            Poursuivons l’expérience: une génération plus tard, le fils de la première famille hérite de la barque. Pour cela il ne s’est donné que la peine de naître. Est-il toujours légitime qu’il perçoive un pourcentage de la pêche des autres utilisateurs de la barque ? La réponse est pour moi négative.
             
            La question n’est donc pas pour moi celle de la rémunération du capital, ni même celle de la propriété privée, mais de sa transmission. Et là nous nous trouvons face au dilemme fatal de l’héritage: dans une société structurée par les liens familiaux, il est légitime pour une personne de pouvoir transmettre le fruit de son travail à sa progéniture, ou à qui que ce soit d’ailleurs, si l’on admet qu’il en est propriétaire. En revanche, celui qui ne s’est donné que la peine de recevoir n’a aucune légitimité à être mieux pourvu que son prochain.
             
            De cette équation, si nous voulons changer de paradigme pour une société plus juste, il ressort deux alternatives:
            Soit il faut abolir la propriété privée et ainsi ôter au travailleur la pleine jouissance du fruit de son travail pour la répartir équitablement entre tous les membres de la société. Le constructeur de la barque s’en voit dépossédé 50% du temps au profit de l’autre famille. Cette option induit au passage un risque de voir apparaître des “passagers clandestins” qui ne se donneront que la peine de percevoir une part de la valeur produite par autrui, sans participer à la production. 
            L’autre option est d’abolir le principe de la transmission familiale, de manière à rebattre les cartes à chaque génération, et à ce que chaque nouvel individu reparte à égalité avec les autres. Cette option est, au passage, compatible avec un système économique capitaliste. Il s’agit en réalité du même phénomène que le précédent, mais différé, ce qui laisse à l’individu le temps de jouir de son travail, et de facto augmente sa motivation naturelle à produire. Le problème se corse quand on aborde le capital immatériel.
             
            Que l’on puisse pondérer le capitalisme par ces deux mécanismes, ce que l’on fait largement via l’impôt et les taxes d’une part, les droits de succession et l’éducation nationale d’autre part, est assurément une bonne chose, mais cela n’empêche que ce système, bien qu’imparfait, reste relativement simple, et surtout ne remet pas en question des principes sociaux bien antérieurs au capitalisme lui-même (la filiation, la propriété privée). Mais lui substituer en tant que toile de fond l’un ou l’autre de ces autres paradigmes (abolition de la propriété privée ou de la filiation) implique fatalement la création d’une entité toute puissante au point de pouvoir pénétrer au plus profond de la sphère privée et de contraindre les membres de la société à le respecter. C’est en celà que selon moi l’idéal communiste est intrinsèquement totalitaire, et c’est pour celà que dans l’expression “L’Internationale sera le genre humain”, je pense que l’on a tort de voir un simple universalisme: il est question de “modifier” le genre humain pour l’adapter à l’Internationale, soit en lui confisquant le droit de jouir pleinement du fruit de son travail,y compris de son travail domestique, tant qu’une entité supérieure ne lui en aura pas rétrocédé une partie, et/ou en abolissant la transmission familiale matérielle et immatérielle. Et autant l’on peut pondérer le capitalisme par les deux méthodes exprimées ci-dessus, autant rien ne saurait pondérer une matrice communiste sans en saper irrémédiablement les fondements, son acceptation sociale ne pouvant qu’être intrinsèquement liée à son caractère exclusif. Renoncer volontairement à la jouissance de son travail et à l’octroi d’avantages à sa descendance ne peut se justifier qu’avec une traque extrêment sévère des passagers clandestins et des passes-droits (autrement dit, militarisation du travail et effacement de la sphère privée).
             
            [Prenez par exemple l’idée selon laquelle le travail n’est pas la seule source de valeur, que le capital produit lui aussi de la valeur, et qu’il est donc juste que celui qui l’apporte soit rémunéré.]
             
            Je pense qu’il ne faut pas confondre “production de valeur” et “rémunération”. On peut tout à fait défendre qu’un capital seul ne produit pas de valeur, mais que sa mise à disposition puisse être rémunérée parce qu’elle optimise la production de valeur de celui qui s’en sert. Voyez l’exemple de la barque..
             
            [L’idéalisme communiste des débuts de la révolution soviétique reposaient sur une vision rousseauiste de l’homme. La question n’était pas de « transcender la nature humaine », mais au contraire de la libérer. Pour les révolutionnaires, l’homme était naturellement « bon » et une société injuste le rendait mauvais. Rendons la société juste, et l’homme reprendra sa vraie nature.]
             
            Vu sous cet angle, d’accord. Au lieu d’entendre une volonté totalitaire dans ce vers, il faut donc davantage y voir une stupidité crasse. Soit. Je crois que je préférais la version totalitaire, je n’étais pas d’accord avec mais elle avant quand même plus de gueule. 
             
            [Du tout. Pensez à l’idéologie européiste selon laquelle une Europe « juste » créera un nouvel « homme européen » qui ne fera plus la guerre…]
             
            Je parlais de rompre avec le système économique capitaliste.
             
            [Pensez-vous vraiment que les classes populaires soient conscients que la rémunération du capital est un pur prélèvement sur le travail produit par le travailleur, et qu’il est donc foncièrement illégitime ?]
             
            Encore une fois, en revenant à l’exemple de la barque, je suis en total désaccord avec cette pétition de principe. La rémunération du capital peut se discuter, mais elle n’est en rien “foncièrement illégitime”, contrairement au fait d’hériter d’un capital.
            Croyez-vous que je sois victime d’aliénation ? C’est fort possible. Mais il va falloir me convaincre 🙂
             

            • Descartes dit :

              @ P2R

              [« même si le libre-échange a permis une augmentation générale du niveau de vie, si les travailleurs n’avaient pas eu à supporter l’exploitation de leur travail, l’augmentation aurait été encore plus importante ! » Je n’en suis pas si sûr. Je pense que pour un travailleur français, le gain en pouvoir d’achat a été supérieur à la plus value extraite par le capital sur son travail.]

              Et alors ? Si en plus il avait reçu la plus-value extraite sur son travail, son gain aurait été encore plus important. Par ailleurs, j’attends toujours qu’on m’explique en quoi le libre-échange a augmente globalement le niveau de vie des travailleurs français.

              [Je ne peux pas m’empêcher de penser que la rémunération du capital est un faux-nez qui masque la question de la transmission, et donc de l’héritage. Je vous soumet une expérience de pensée pour s’abstraire de ce facteur: imaginez deux familles de naufragés sur une île déserte. L’une d’elle construit une barque qui lui permet d’aller pêcher dans des eaux poissonneuses. Est-ce un effet de l’aliénation de penser qu’il n’y a rien d’immoral à ce que la deuxième famille naufragée, en échange de la mise à disposition de la barque, s’engage à donner un pourcentage de sa pêche au premier ?]

              D’abord, il faudrait se demander pourquoi la deuxième famille choisit de laisser un pourcentage de sa pêche plutôt que de construire elle aussi une barque. Mais plus fondamentalement, cela dépend du pourcentage. Parce que la barque, c’est de la valeur produite par du travail, et il est normal que ce travail soit rémunéré. Autrement dit, s’il a pris à un homme cent heures de travail de fabriquer la barque, il est « moral » qu’il reçoive, de ceux qui l’utilisent pour pêcher, l’équivalent de cent heures passées à pêcher. Mais pourquoi serait-il « moral » de recevoir plus ?

              [Je ne le pense pas. Il s’agit pourtant bel et bien de la rémunération du capital au sens strict, seulement ce capital est légitimement acquis : le premier pécheur a travaillé pour le constituer.]

              Pas tout à fait. La barque est le produit du travail, et il n’est pas anormal que ce travail soit rémunéré. Mais lorsque la rémunération pour l’usage de la barque dépasse le travail contenu en elle, alors on passe à la rémunération du capital.

              [Poursuivons l’expérience: une génération plus tard, le fils de la première famille hérite de la barque. Pour cela il ne s’est donné que la peine de naître. Est-il toujours légitime qu’il perçoive un pourcentage de la pêche des autres utilisateurs de la barque ? La réponse est pour moi négative.]

              Mais pourquoi limitez-vous la question au capital ? En quoi est-il légitime que je bénéficie de l’argent épargné par mon père, de la maison construite par mon père, de la voiture achetée par mon père ? Seulement parce que je me suis donné la peine de naître ? Votre raisonnement conduit à contester la légitimité de l’héritage EN GENERAL, et pas seulement celle du capital. Et pas seulement l’héritage : c’est la transmission en son ensemble qui est en jeu.

              [La question n’est donc pas pour moi celle de la rémunération du capital, ni même celle de la propriété privée, mais de sa transmission.]

              Vous admettez donc le droit du capitaliste à exploiter le travail humain pourvu qu’il ait accumulé le capital lui-même. C’est déjà la moitié de l’idéologie dominante lol…

              [Et là nous nous trouvons face au dilemme fatal de l’héritage: dans une société structurée par les liens familiaux, il est légitime pour une personne de pouvoir transmettre le fruit de son travail à sa progéniture, ou à qui que ce soit d’ailleurs, si l’on admet qu’il en est propriétaire. En revanche, celui qui ne s’est donné que la peine de recevoir n’a aucune légitimité à être mieux pourvu que son prochain.]

              Vous voyez bien qu’il y a là une contradiction. S’il est légitime de pouvoir transmettre son patrimoine à ses enfants, il est par conséquent légitime pour les enfants de recevoir ce patrimoine. Vous ne pouvez pas avoir la légitimité d’un côté et pas de l’autre. En fait, la question de la légitimité ne se pose pas d’un côté ou de l’autre, c’est la légitimité du processus de transmission qu’il vous faut examiner.

              Or, le processus de transmission a une légitimité anthropologique incontestable. A quoi bon avoir des enfants, si nous ne pouvons rien leur transmettre ?

              [De cette équation, si nous voulons changer de paradigme pour une société plus juste, il ressort deux alternatives : Soit il faut abolir la propriété privée et ainsi ôter au travailleur la pleine jouissance du fruit de son travail pour la répartir équitablement entre tous les membres de la société. Le constructeur de la barque s’en voit dépossédé 50% du temps au profit de l’autre famille.]

              Il est drôle que vous considériez la question seulement du côté du constructeur de la barque, et non du côté du pêcheur tenu à lui payer un « loyer » pour pouvoir l’utiliser… Non, la question n’est pas « d’abolir la propriété privée », mais au contraire, de la rétablir, en posant comme principe que tout travailleur est propriétaire de l’intégralité de la valeur que son travail produit. Autrement dit, le travailleur qui construit la barque mérite de voir son travail – et seulement son travail – rémunéré de la valeur qu’il a produit, et le pêcheur qui utilise la barque mérite de voir son travail rémunéré à hauteur de la valeur produite.

              [L’autre option est d’abolir le principe de la transmission familiale, de manière à rebattre les cartes à chaque génération, et à ce que chaque nouvel individu reparte à égalité avec les autres. Cette option est, au passage, compatible avec un système économique capitaliste.]

              Non. Cette solution est incompatible avec ce qui nous constitue comme être humain. Car sans transmission entre les générations, il n’y a pas de civilisation humaine qui tienne. Or, votre raisonnement conduit à abolir toute transmission. Les enfants qui ont des parents cultivés et passent leur enfance parmi les livres sont privilégiés par rapport à ceux qui ont des parents analphabètes. Comment faites-vous pour « rebattre les cartes » ?

              [Mais lui substituer en tant que toile de fond l’un ou l’autre de ces autres paradigmes (abolition de la propriété privée ou de la filiation) implique fatalement la création d’une entité toute puissante au point de pouvoir pénétrer au plus profond de la sphère privée et de contraindre les membres de la société à le respecter.]

              Mais encore une fois, le communisme n’implique nullement l’abolition de la propriété privée, au contraire… il s’agit de mettre fin au mécanisme par lequel le capitaliste porte atteinte à la propriété du travailleur sur la valeur produite… Marx ne parle jamais « d’abolir la propriété privée », mais « d’abolir la propriété privée des moyens de production et d’échange ». Ce n’est pas du tout la même chose. Pour cela, point n’est besoin d’une entité toute puissance qui se mêle de la sphère privée.

              [« Prenez par exemple l’idée selon laquelle le travail n’est pas la seule source de valeur, que le capital produit lui aussi de la valeur, et qu’il est donc juste que celui qui l’apporte soit rémunéré. » Je pense qu’il ne faut pas confondre “production de valeur” et “rémunération”. On peut tout à fait défendre qu’un capital seul ne produit pas de valeur, mais que sa mise à disposition puisse être rémunérée parce qu’elle optimise la production de valeur de celui qui s’en sert. Voyez l’exemple de la barque…]

              Je vous ai répondu plus haut sur cet exemple. Et je vous rappelle que la valeur d’un bien est le temps de travail socialement nécessaire à sa production. Le capital « n’optimise » en rien la production de valeur. Il permet de produire les biens en plus grande quantité, mais ne change pas la valeur produite.

              Mais à supposer même que le capital permette « d’optimiser la production de valeur », en quoi cela justifierait qu’il soit rémunéré ?

              [L’idéalisme communiste des débuts de la révolution soviétique reposaient sur une vision rousseauiste de l’homme. La question n’était pas de « transcender la nature humaine », mais au contraire de la libérer. Pour les révolutionnaires, l’homme était naturellement « bon » et une société injuste le rendait mauvais. Rendons la société juste, et l’homme reprendra sa vraie nature.]

              Vu sous cet angle, d’accord. Au lieu d’entendre une volonté totalitaire dans ce vers, il faut donc davantage y voir une stupidité crasse. Soit. Je crois que je préférais la version totalitaire, je n’étais pas d’accord avec mais elle avant quand même plus de gueule.

              [« Pensez-vous vraiment que les classes populaires soient conscients que la rémunération du capital est un pur prélèvement sur le travail produit par le travailleur, et qu’il est donc foncièrement illégitime ? » Encore une fois, en revenant à l’exemple de la barque, je suis en total désaccord avec cette pétition de principe. La rémunération du capital peut se discuter, mais elle n’est en rien “foncièrement illégitime”, contrairement au fait d’hériter d’un capital. Croyez-vous que je sois victime d’aliénation ?]

              Certainement pas, puisque vous appartenez à une classe qui a tout intérêt à soutenir cette idéologie… 😉

              Revenons à l’exemple de la barque. Quelle serait la rémunération « légitime » ? Serait-il normal que celui qui a investi disons cent heures de travail pour construire la barque soit rémunéré à vie d’une partie des prises des pêcheurs qui l’utilisent ? Qu’il reçoive in fine le produit de milliers d’heures de pêche ? Non, bien sur que non. Donc, on revient au fait qu’il est légitime que le constructeur de la barque soit payé pour son TRAVAIL, mais PAS pour la soi-disant « optimisation » que la barque apporterait…

  2. NG dit :

    Texte parfait. Merci pour la clarté de l’exposé.

  3. kaiser hans dit :

    Des députés NFP proposent même qu’aucun poste dans la gouvernance de l’Assemblée nationale – vice-présidence, questure, présidence de commission – ne soit confié à un député RN.
     
    C’est pourtant une coutume qui fait partie de notre fonctionnement démocratique et c’est marrant de voir les mêmes qui hurlent à la mort pour exiger le respect d’une coutume (nomination du premier ministre chez le bloc majoritaire) être prêts à les envoyer bouler (respect des triangulaires, ces coutumes des postes) quand leur conséquence ne les arrange pas. ce que je trouve et là c’est mon avis qui accepte totalement la discussion 😉 assez totalitaire…

    • Descartes dit :

      @ kaiser hans

      [« Des députés NFP proposent même qu’aucun poste dans la gouvernance de l’Assemblée nationale – vice-présidence, questure, présidence de commission – ne soit confié à un député RN. » C’est pourtant une coutume qui fait partie de notre fonctionnement démocratique]

      C’est même plus : c’est un geste de respect envers les électeurs. On oublie un peu vite que derrière des députés il y a des citoyens qui les ont élus. Peut-on dire au tiers de l’électorat « vous ne pèserez rien dans la gestion de l’Assemblée » ? Et quel message on transmet lorsqu’on propose pareille chose ?

      • kaiser hans dit :

        “Peut-on dire au tiers de l’électorat « vous ne pèserez rien dans la gestion de l’Assemblée » ? Et quel message on transmet lorsqu’on propose pareille chose ?”
        Entièrement d’accord mais je crois que LFI avait déjà fait le même coup en 2022 pour la Commission des Finances donc je pense que ce message leur va très bien
         
        en tout cas bravo pour vos articles, je joue parfois le chieur mais j’apprécie réellement 🙂
         

        • Descartes dit :

          @ kaiser hans

          [en tout cas bravo pour vos articles, je joue parfois le chieur mais j’apprécie réellement]

          Merci, les encouragements sont toujours appréciés. Et merci pour vos interventions!

  4. MJJB dit :

    Sur un réseau social, je lis ceci de Jean Bricmont :
     
    “Ce qui a été surréaliste dans cette campagne électorale c’est que tous les camps, même le RN, font comme si la France était une île, qu’elle faisait ce qu’elle voulait, alors qu’elle n’a ni monnaie, ni frontières, ni lois (faites par l’UE), ni justice, qui est devenue supranationale.”
     
    En parlant de l’UE : la France a été mise sous surveillance par l’UE pour déficit excessif. Pour moi, il s’agit là d’un fait politique autrement plus important pour l’avenir du pays, y compris son avenir immédiat, que la farce soi-disant “électorale” que nous sommes en train de subir. Quelle que soit la nature exacte du prochain gouvernement (soit coalition nécessairement contre-nature ; soit gouvernement frauduleusement qualifié de “technique”, comme si un gouvernement pouvait être “technique”, mais passons), nous savons désormais que la France va passer à la casserole de la même manière que la Grèce l’a été à partir de 2015.
     
    Profitons bien des Jeux Olympiques (pour ceux qui aiment ce genre de spectacle). En septembre, ce sera la soupe à la grimace – et ce ne sera pas beau à voir.
     

    Des députés NFP proposent même qu’aucun poste dans la gouvernance de l’Assemblée nationale – vice-présidence, questure, présidence de commission – ne soit confié à un député RN. Est-ce que ces gens-là réalisent à quel point une telle position – qui, ne l’oublions pas, fut aussi brandie contre le PCF pendant de longues années – est une négation du vote populaire ?

     
    Étant donné les conséquences prévisibles sur l’électorat du RN de la politique qui va être menée, on ne peut que souhaiter à ce parti d’être absolument et rigoureusement exclu de *tous* les postes de décision quels qu’ils soient, y compris de ceux qui ne relèvent que de la mécanique interne de l’Assemblée Nationale.

    • Descartes dit :

      @ MJJB

      [Sur un réseau social, je lis ceci de Jean Bricmont : « Ce qui a été surréaliste dans cette campagne électorale c’est que tous les camps, même le RN, font comme si la France était une île, qu’elle faisait ce qu’elle voulait, alors qu’elle n’a ni monnaie, ni frontières, ni lois (faites par l’UE), ni justice, qui est devenue supranationale. »]

      J’aime beaucoup Bricmont, mais ce commentaire me rappelle ceux qui à Londres reprochaient à mongénéral d’agir comme si la France n’était pas battue. Je récuse ce raisonnement : la souveraineté réside essentiellement dans la nation, et par conséquence oui, la France « fait ce qu’elle veut ». Bien sûr, cela a un coût. Mais si on est prêt à le payer, ton peut faire ce qu’on veut. On peut battre monnaie, contrôler nos frontières, dénoncer les traités qui nous soumettent à l’UE ou à la CEDH. Si on ne le fait pas, ce n’est pas parce qu’on ne PEUT pas, mais parce qu’on ne VEUT pas. Ou plutôt, parce que nos classes dominantes n’en veulent pas.

      Par ailleurs, je ne partage pas la lecture de Bricmont. La plupart des « camps » ont au contraire lourdement insisté sur les conséquences d’un « mauvais » résultat sur les marchés financiers, ou bien de l’impossibilité mettre en œuvre certaines propositions parce que contraires au droit européen. Et personnellement, je suis toujours excédé d’entendre nos hommes politiques s’auto-émasculer de cette manière.

      [En parlant de l’UE : la France a été mise sous surveillance par l’UE pour déficit excessif. Pour moi, il s’agit là d’un fait politique autrement plus important pour l’avenir du pays, y compris son avenir immédiat, que la farce soi-disant “électorale” que nous sommes en train de subir.]

      Le fait que la procédure ait été engagée est moins « important » à mon sens que la réponse qui sera faite par le gouvernement…

      [nous savons désormais que la France va passer à la casserole de la même manière que la Grèce l’a été à partir de 2015.]

      Pas tout à fait. D’abord, parce que la France n’a pas véritablement de difficulté à emprunter, du fait que l’Etat est perçu comme efficace, notamment pour faire rentrer les impôts. Et ensuite, parce que la France est « too big to fail ». Les Allemands pouvaient menacer la Grèce de la pousser hors de l’Euro, c’est plus difficile avec la France.

      • cdg dit :

        [Pas tout à fait. D’abord, parce que la France n’a pas véritablement de difficulté à emprunter, du fait que l’Etat est perçu comme efficace, notamment pour faire rentrer les impôts. Et ensuite, parce que la France est « too big to fail ». Les Allemands pouvaient menacer la Grèce de la pousser hors de l’Euro, c’est plus difficile avec la France.]
        La France a pas de mal a emprunter car pour l instant il y a peu d emprunteurs qui offrent autant de garantie (la RFA emprunte peu).  L etat sait en effet tres bien faire rentrer l impot mais pour l instant l etat depense quasiment 40 % de plus que ce qu il gagne. Bon courage pour augmenter les impots de 40 % (meme si ca ne fait pas peur a Sandrine Rousseau qui preconisait de se servir dans les assurance vie des francais. ceci marchera la premiere annee mais l annee suivante curieusement il n y aura plus rien a taxer alors que les deficits seront toujours la)
        En ce qui concerne le fait que la RFA paiera, je pense que vous vous faites des illusions:
        – renflouer la france coutera trop cher meme pour la RFA
        – si les allemands ancienne generation (disons plus de 50-60 ans) sont plutot francophile c est plus le cas des jeunes generations. Renflouer l ex RDA a deja ete peu populaire apres l euphorie initiale, alors imaginez renflouer autre pays, bien plus grand avec des gens qui en plus vous font la lecon
        – si renflouement il y a, ca n ira pas sans contrepartie. je suis pas persuadé que les francais les acceptent

        • Descartes dit :

          @ cdg

          [La France a pas de mal a emprunter car pour l’instant il y a peu d’emprunteurs qui offrent autant de garantie (la RFA emprunte peu).]

          Mais les Etats-Unis empruntent beaucoup…

          [L’Etat sait en effet très bien faire rentrer l’impôt mais pour l’instant l’Etat dépense quasiment 40 % de plus que ce qu’il gagne. Bon courage pour augmenter les impôts de 40 %]

          Pourquoi voulez-vous pas augmenter les impôts de 40 % ? Les prêteurs se foutent éperdument que les finances publiques soient ou non en équilibre. Leur problème, c’est de savoir si les emprunts seront remboursés, et dans quelles conditions.

          [En ce qui concerne le fait que la RFA paiera, je pense que vous vous faites des illusions:
          – renflouer la France coutera trop cher même pour la RFA]

          Pas besoin de la « renflouer ». Il suffit d’injecter suffisamment d’argent pour maintenir vivante l’illusion monétaire.

          [– si les allemands ancienne generation (disons plus de 50-60 ans) sont plutot francophile c est plus le cas des jeunes generations. Renflouer l ex RDA a deja ete peu populaire apres l euphorie initiale, alors imaginez renflouer autre pays, bien plus grand avec des gens qui en plus vous font la lecon]

          Ce n’est pas je pense une question de francophilie, mais d’intérêt : si la France coule, l’Euro coule avec elle. Or, l’Allemagne tire des avantages très importants de l’existence de la zone Euro. Des avantages économiques, bien sûr, mais aussi des avantages politiques, comme la possibilité d’imposer sa politique monétaire à tous les autres. Est-ce que le coût de soutenir la France serait supérieur à ces avantages ? Le jour où la réponse sera « oui », je ne donne pas cher de l’Euro…

          [– si renflouement il y a, ca n ira pas sans contrepartie. je suis pas persuadé que les francais les acceptent]

          On ne leur demandera pas leur avis. Les « contreparties », vous pouvez les voir partout : la sortie du nucléaire, la désindustrialisation…

          • Cording1 dit :

            La peur du RN avec tout ce qu’il charrie d’inconscient collectif a été plus forte que tout dans l’oubli des fortes divergences dans le bloc d’opposition au RN de la droite parlementaire à l’extrême gauche façon Philippe Poutou ou l’anti-fasciste Raphaël Arnault en Avgnon.
            En fin de compte, n’est-il pas comme le Parti communiste au moins pendant toute la IVè République ? Sa fonction tribunitienne d’opposant au système sans pouvoir accéder au pouvoir ? Le RN ne servira-t-il pas à fédérer le bloc bourgeois contre le bloc populaire pour faire élire tout sauf lui ? Il ne lui sera rien pardonné notamment son amateurisme, son choix de certains candidats encore douteux, le manque de cadres, de gens formés et prêts à l’exercice du pouvoir malgré la formation de son campus Hemera de Jérôme Sainte-Marie au parcours étonnant. Même le président du RN, Jordan Bardella, le trop jeune, sans aucune formation ni expérience politique.  Enfin son programme économique n’est pas favorable aux catégories sociales qu’il représente.  

            • Descartes dit :

              @ Cording1

              [La peur du RN avec tout ce qu’il charrie d’inconscient collectif a été plus forte que tout dans l’oubli des fortes divergences dans le bloc d’opposition au RN de la droite parlementaire à l’extrême gauche façon Philippe Poutou ou l’anti-fasciste Raphaël Arnault en Avgnon.]

              Il serait intéressant d’analyser ce que recouvre la « peur du RN » exactement. De quoi on a peur ? De voir les chemises brunes déferler dans la rue pour casser les boutiques juives ou, pour se mettre plus au goût du jour, les kebabs et les boucheries halal ? Le RN n’est pas, de très loin, un parti de masse capable de troubler l’ordre public dans la rue. Alors, la « peur du RN » c’est la peur de quoi, exactement ?

              [En fin de compte, n’est-il pas comme le Parti communiste au moins pendant toute la IVè République ? Sa fonction tribunitienne d’opposant au système sans pouvoir accéder au pouvoir ?]

              La ressemblance avec le PCF « ghettoïsé » après 1947 est en effet troublante. Les reproches à tous ceux « élus avec les voix du RN » rappellent la décision de Mendes-France de décompter les voix communistes lors de son vote d’investiture. Tout accord électoral ou parlementaire avec d’autres partis est impensable. Même les accusations de « racisme » rappellent des évènements comme l’affaire du « bulldozer de Vitry » ou les reproches adressées au PCF de ne pas soutenir suffisamment le FLN.

              Cela étant dit, si le PCF n’a jamais été au gouvernement entre 1947 et 1981, son influence sur la politique française a été considérable. Sur le plan intellectuel, le débat tournait souvent autour du marxisme, et les penseur se définissaient un peu pour ou contre lui. Sur le plan social, le poids de la CGT a permis une distribution du revenu particulièrement favorable aux couches populaires. Et dans beaucoup d’entreprises publiques une forme de cogestion était de mise.

              [Enfin son programme économique n’est pas favorable aux catégories sociales qu’il représente.]

              Pourriez-vous élaborer ?

          • Cording1 dit :

            Les Etats-Unis empruntent beaucoup mais ils ont un avantage majeur que nous n’avons pas du tout : leur monnaie est la monnaie de réserve internationale même si ce rôle est de plus en plus contesté il perdure.

            • Descartes dit :

              @ Cording1

              [Les Etats-Unis empruntent beaucoup mais ils ont un avantage majeur que nous n’avons pas du tout : leur monnaie est la monnaie de réserve internationale]

              C’est vrai, mais sans rapport avec le point qui faisait l’objet de l’échange. Cdg avait affirmé qu’une des raisons pour lesquelles la France n’avait que peu de difficultés à emprunter était qu’il n’y avait pas beaucoup de gros emprunteurs sur le marché, et qu’ils n’avaient donc pas beaucoup de choix pour placer leurs capitaux. J’ai indiqué qu’ils avaient bien le choix, puisque les Américains continuaient à emprunter massivement…

          • Cording1 dit :

            En effet et comme en 1997-2002 il y aura au sein d’un bien éventuel gouvernement NFP des gens comme Dominique Voynet qui à l’époque a trahi les instructions de son gouvernement au niveau européen pour contribuer à la liquidation du nucléaire. Les Verts comme bien d’autres composantes du NFP ne sont jamais que l’expression de la petite bourgeoisie intellectuelle des métropoles. Donc jamais un vote pour ces gens-là.
            D’autre part n’est-il pas, en fin de compte, nécessaire comme une étape obligée du processus de décomposition du système politique, en prélude à sa recomposition, voir accéder aux responsabilités le RN qui montrera son incapacité à résoudre les problèmes du pays et même ceux dont il a fait son fonds de commerce ? 

            • Descartes dit :

              @ Cording1

              [En effet et comme en 1997-2002 il y aura au sein d’un bien éventuel gouvernement NFP des gens comme Dominique Voynet qui à l’époque a trahi les instructions de son gouvernement au niveau européen pour contribuer à la liquidation du nucléaire.]

              Pourriez-vous être plus précis ? Quelles étaient les « instructions de son gouvernement », et en quoi Voynet les a-t-elles « trahies » ?

              [D’autre part n’est-il pas, en fin de compte, nécessaire comme une étape obligée du processus de décomposition du système politique, en prélude à sa recomposition, voir accéder aux responsabilités le RN qui montrera son incapacité à résoudre les problèmes du pays et même ceux dont il a fait son fonds de commerce ?]

              Je ne crois pas que ce soit la bonne façon d’analyser la situation. La politique n’est pas là pour « résoudre des problèmes », mais pour servir des intérêts. Le RN au pouvoir ne résoudra peut-être pas les « problèmes », mais servirait-il mieux les intérêts de son électorat que ne le font les autres partis ? Si la réponse est « oui », alors la démonstration de son « incapacité » sera toute relative…

              Il y a des « problèmes » qu’aucun « système politique » ne peut résoudre, parce qu’elles sont inhérentes au capitalisme et qu’on peut difficilement demander à un « système politique » issu du capitalisme d’en finir avec celui-ci. Je ne vois aucune raison à priori pour penser que le RN arrivé au pouvoir gouvernerait moins bien que ses concurrents… Ils sont inexpérimentés ? Oui, mais ce sont les gens les plus expérimentes et compétents qu’on puisse imaginer qui ont fait Maastricht…

      • MJJB dit :

        “La France est ‘too big to fail'”

        Là n’est pas le propos. Si l’on part du principe, comme vous le semblez le faire, que ce n’est ni Bruxelles ni l’Allemagne qui ont le dernier mot en France, mais bel et bien les classes dirigeantes françaises, alors force est de constater que l’Union Européenne n’est que l’instrument de leur domination de classe.
        L’ordre du jour de cette domination de classe, il est connu, feu M. Kessler du Medef l’avait opportunément rappelé il y a quelques années ; et qu’il en soit d’ailleurs remercié, une telle franchise étant plutôt inhabituelle chez les gens de sa caste, lesquels (attention ! alerte au Grand Komplot !) sont plutôt accoutumés à agir masqués :

        Sortir de 1945, défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance, [c’est-à-dire] tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception.” (Denis Kessler)

        Si donc la mise en œuvre de ce programme devait entraîner la France dans une situation identique à celle de la Grèce, voire encore pire (comme c’est malheureusement prévisible, et comme cela est, d’ores et déjà, en train de commencer à se produire), hé bien, il n’y aura pas de “too big too fail” qui tienne.
        Comment des classes dirigeantes, qui, afin de persévérer dans leur existence, c’est-à-dire, en termes plus crus, afin de ne pas finir comme l’aristocratie d’Ancien Régime, ont accepté sans broncher : la désindustrialisation de leur pays ; la liquidation de son programme nucléaire ; la fin de sa souveraineté et de son indépendance, voire même de son intégrité territoriale (sur ce dernier point, lire les livres de Françoise Morvan et de Benjamin Morel), par une intégration toujours plus poussée dans un ensemble euro-atlantique soi-disant “occidental” ; et tout cela sans mentionner ce qui s’est passé entre 1940 et 1944, ce qui serait par trop malséant, voire “complotiste” ; comment ces gens-là, donc, se sentiraient-ils particulièrement intimidés par le fait que la France serait dotée d’un statut “too big to fail” ?

        • Descartes dit :

          @ MJJB

          [Là n’est pas le propos. Si l’on part du principe, comme vous le semblez le faire, que ce n’est ni Bruxelles ni l’Allemagne qui ont le dernier mot en France, mais bel et bien les classes dirigeantes françaises, alors force est de constater que l’Union Européenne n’est que l’instrument de leur domination de classe.]

          Sauf qu’il y a d’autres bourgeoisies en Europe, et que leurs intérêts ne sont pas forcément les mêmes.

          [Si donc la mise en œuvre de ce programme devait entraîner la France dans une situation identique à celle de la Grèce, voire encore pire (comme c’est malheureusement prévisible, et comme cela est, d’ores et déjà, en train de commencer à se produire), hé bien, il n’y aura pas de “too big too fail” qui tienne.]

          Si, en fait. Parce que si la bourgeoisie française peut avoir quelque chose à gagner à voir le pays mis en faillite, elle a beaucoup plus à perdre. Pensez-vous que la bourgeoisie grecque ait beaucoup gagné avec la crise grecque ? Permettez-moi d’en douter : la compression brutale de la demande et du crédit a mis toute l’économie grecque en difficulté. Vous écrivez comme si l’objectif de la bourgeoisie c’était d’appauvrir la classe ouvrière. Cette vision « victimiste » est inexacte : l’objectif de la bourgeoisie est de gagner le plus possible d’argent. Appauvrir la classe ouvrière n’est qu’une conséquence, pas un but en soi. Que Kessler veuille revenir sur les conquêtes du CNR, c’est certain. Mais si pour obtenir ce résultat il lui faut se suicider, il est peu probable qu’il y consente.

  5. Electron libre dit :

    Bonjour Descartes
    Comment dix millions d’électeurs disparurent en quelques minutes
    Dès le 8 juillet 2024 au matin les millions d’électeurs n’existaient plus ils étaient remplacés par 577 députés à l’affût qui n’attendaient que ce moment pour jouir des bienfaits que leur offre leur siège…enfin ils vont pouvoir vivre leur vie loin des contingences matérielles et des obligations de présence que ce soit au foyer ou au travail.
    J’ai toujours pensé que nos politiciens n’étaient que des escrocs (promettre ce que l’on ne pourra pas réaliser en échange du pouvoir) et ils viennent une fois de plus de nous le démontrer.
    Quant à Macron ce n’est qu’un psychopathe pervers narcissique mis en place par Attali et Rothschild ce que tout le monde sait aujourd’hui.
    Voilà où nous en sommes : envahis, surendettés, dénaturés et rien ne se passe !
    Pour sortir de ce chaos seul un chaos plus important pourra le réaliser.

    • Descartes dit :

      @ Electron libre

      [Dès le 8 juillet 2024 au matin les millions d’électeurs n’existaient plus ils étaient remplacés par 577 députés à l’affût qui n’attendaient que ce moment pour jouir des bienfaits que leur offre leur siège…enfin ils vont pouvoir vivre leur vie loin des contingences matérielles et des obligations de présence que ce soit au foyer ou au travail.]

      Député, ce n’est pas une sinécure quand on fait le boulot sérieusement. Et beaucoup de députés – sur tous les bancs – font le boulot. J’ai envie de vous demander combien de députés vous connaissez, combien en avez-vous vu travailler ?

      [Quant à Macron ce n’est qu’un psychopathe pervers narcissique mis en place par Attali et Rothschild ce que tout le monde sait aujourd’hui.]

      Je crois me souvenir qu’il a obtenu plus de deux voix…

  6. Manchego dit :

    En 2017 on nous a expliqué que E.Macron, au vu de son cv chez Rothschild, était un Mozart de la finance… C’est possible (même si à mon sens ce n’est pas évident), mais de toute évidence ce n’est pas un Mozart de la politique… A l’entame de l’été et à quelques jours des JO, par son comportement immature, il nous a mis dans un sacré marasme.
    Le RN ce n’est pas mon camp, mais je dois dire que la façon dont toutes les forces politiques et médiatiques se sont liguées pour l’abattre, c’est quelque chose de dégueulasse.
    Descartes le dit dans son article, cela rappelle le traitement qui était réservé au PCF lorsque celui-ci représentait un risque pour les classes dominantes. Mais à mon sens il y a une différence, au PCF les cadres et les militants c’était du solide, alors qu’au RN il y a manifestement beaucoup d’amateurisme et un manque de formation des militants et candidats (et dans les médias cela ne pardonne pas…).
     

    • Descartes dit :

      @ Manchego

      [En 2017 on nous a expliqué que E.Macron, au vu de son cv chez Rothschild, était un Mozart de la finance… C’est possible (même si à mon sens ce n’est pas évident), mais de toute évidence ce n’est pas un Mozart de la politique… A l’entame de l’été et à quelques jours des JO, par son comportement immature, il nous a mis dans un sacré marasme.]

      Oui. Macron est ce qu’il a toujours été, c’est-à-dire, un acteur raté qui joue au président. Un illusionniste qui a su séduire les seconds couteaux de la droite et de la gauche en leur promettant postes et prébendes. Et surtout, un bon tacticien capable de jouer des « coups » à l’intuition. Il a compris avant les autres combien la gauche et la droite de gouvernement étaient usées après une série d’alternances, et a profité pour se faire élire. Il me fait penser au personnage de Hitler tel qu’il ressort de la biographie que lui a consacré Ian Kershaw : un tempérament de « joueur », une capacité hors pair de juger sa main… mais à force de monter les enchères finit par aller trop loin dans le bluff.

      [Descartes le dit dans son article, cela rappelle le traitement qui était réservé au PCF lorsque celui-ci représentait un risque pour les classes dominantes. Mais à mon sens il y a une différence, au PCF les cadres et les militants c’était du solide, alors qu’au RN il y a manifestement beaucoup d’amateurisme et un manque de formation des militants et candidats (et dans les médias cela ne pardonne pas…).]

      Vous avez tout à fait raison de le signaler. Le PCF était un parti ouvrier dès sa fondation, et s’inscrivait dans la tradition de l’organisation léniniste. Le RN est à l’origine un parti petit-bourgeois, qui représente aujourd’hui les couches populaires simplement parce que tous les autres les ont abandonnées, et que cet électorat était vacant.

  7. Goupil dit :

    Bonjour,
    Tout d’abord, je vous prie de bien vouloir excuser le manque de régularité dont je fais preuve quant à ma participation sur ce blog, bien que je le consulte assez souvent.
                Je voudrais revenir, si vous le permettez, sur votre critique du comportement des électeurs NFP qui ont voté Renaissance et réciproquement. Il me semble déjà qu’on aurait pu faire la même critique en 1936…
                On aurait alors pu critiquer les communistes qui du jour au lendemain appellent à faire barrage au fascisme en votant pour des socialistes qu’ils dénonçaient quelques mois auparavant comme étant des « sociaux-traîtres », des « sociaux-flics » voire des « sociaux-fascistes »…et qui vont même plus loin non seulement en appelant à voter pour des radicaux, qui ne partagent ni leur programme ni leur base sociale, mais plus encore en acceptant d’adapter leur plateforme électorale aux desiderata de ces mêmes radicaux. Je suis sûr qu’en regardant les résultats précis, on trouverait de nombreux cas où les candidats PCF ou SFIO se sont obligeamment désisté au second tour en faveur d’un ancien ministre radical qui a participé à un quelconque gouvernement d’union nationale et y a pris moult mesures antisociales… Donc comment reprocher à LFI et ses électeurs de voter pour les porteurs de la loi « immigration » ou la réforme des retraites, si l’on n’adresse pas le même reproche aux communistes de 1936 ?
                On aurait pu inversement critiquer les radicaux (et même, il me semble avoir lu que localement ce ne sont pas seulement des radicaux mais des candidats de l’Alliance démocratique et des démocrates-chrétiens) qui ont appelé à voter voir se sont désistés en faveur de candidats collectivistes alors qu’ils non jamais été véritablement critiques du capitalisme et que, globalement, ils étaient un parti modéré de gouvernement. Plus généralement, les critiques anticommunistes de nombre de cadres SFIO ou rad-soc ne les ont pas empêchés de se ranger loyalement derrières les candidats communistes, alors qu’elles étaient tout aussi virulentes que les accusations d’antisémitisme portées contre LFI par le gouvernement. Par honnêteté intellectuelle, je vous accorde que ce fut surtout vrai entre PCF et SFIO et que la discipline de second tour a moins bien fonctionné avec les radicaux, mais globalement il n’y a pas eu de couacs majeurs. Donc comment reprocher à Renaissance et ses électeurs de voter pour les suppôts de guerre civile de LFI, si l’on n’adresse pas le même reproche aux radicaux de 1936 ?
                Je suis parfaitement d’accord avec vous pour dire que parler de « menace fasciste » aujourd’hui avec le RN est idiot. Mais les historiens s’accordent à dire que cette menace fasciste était tout aussi fantasmatique en 1936. Il y avait certes eu le 6 février 1934, mais aujourd’hui on peut sans trop d’efforts citer l’augmentation d’agressions racistes sur une période récente, l’activité croissante des groupuscules ouvertement fascistes, les appels au meurtre récents contre des députés ou figures de gauche ou même des cas étrangers…Je vous accorde cela dit qu’une série de petits évènements crée plus une ambiance alors qu’un évènement-choc comme le 6 février provoque un bouleversement plus marqué. On peut donc dire à la gauche actuelle que le fascisme n’est pas à nos portes, mais on pouvait le dire aussi à la gauche de 1936. Et oui, en effet, le RN a lui-même peu de choses à voir avec les évènements que j’ai cités, mais les partis de droite en 1936 (et en particulier la Fédération républicaine) avaient peu de choses à voir avec le 6 février.
                Vous considérez que si le « front républicain » a si bien fonctionné entre LFI et Renaissance, c’est parce que, dans le fond, l’électorat des deux blocs partage au global les mêmes intérêts de classe. Si je pense honnêtement que vous avez en grande partie raison, il me semble que l’on peut se faire l’avocat du diable. Avec ce type de raisonnement, il faudrait dire que les ouvriers qui votaient PCF, ceux qui votaient SFIO et les petits bourgeois/classes moyennes qui votaient radical avaient les mêmes intérêts de classe, non ? Or, l’histoire du Front populaire après 1936 a montré que ce n’était pas le cas et que le Parti radical, largement poussé par sa base, a grandement saboté l’action gouvernementale parce que les intérêts de son électorat étaient incompatibles avec ceux des ouvriers qui votaient pour les partis collectivistes. Et pourtant, sur le plan électoral, la coalition a bien fonctionné et les reports de voix ont été réussis. Pourquoi ? Qu’est-ce qui vous dit qu’il ne se passera pas la même chose en cas de gouvernement NFP-Renaissance ?
                Ensuite, je trouve que vous exagérez (un peu) quand vous écrivez : « L’électorat populaire s’est subitement évaporé ». Le soir même de l’élection, François Ruffin disait ceci : « Je dis aussi attention aux illusions. En deux ans, l’extrême-droite s’installe dans les terres ouvrières. Et perdre les ouvriers, ce n’est pas perdre des électeurs. Perdre les ouvriers, pour la gauche, c’est perdre son âme. » Il me semble que certains sont donc conscients du problème dans la coalition dorénavant majoritaire. Ruffin a gagné sur le fil mais a gagné quand même, de même que d’autres députés LFI sur sa ligne, et d’autres pro-Ruffin n’ont perdu qu’à quelques voix près. Il reste un espoir et des voix dans la nouvelle majorité qui peuvent relayer les intérêts ouvriers. Après, j’entends ce que vous dites. Quand j’ai défendu auprès d’amis et collègues de gauche l’idée que l’heure n’était pas du tout à la réjouissance mais plutôt à élaborer une stratégie efficace pour rallier les classes populaires, on m’a juste répondu que j’étais « rabat-joie »…et j’ai été fort déçu (bien que je m’y attendais) de l’attitude de certains de mes amis (qu’ils soient plutôt pro-PS ou pro-LFI d’ailleurs) qui, en gros, espéraient ouvertement la défaite de Ruffin dans sa circo (« Après Roussel, Ruffin… »).
    J’ai pensé à vous aussi : j’ai pu constater que quand j’évoquais le fait qu’une victoire de l’attelage baroque NFP ou même une coalition NFP-Renaissance (dont tout le monde me disait qu’elle n’adviendrait jamais bien sûr…) conduirait à mener la même politique que celle qui a été menée jusque là depuis les années 1970-80 et que, forcément, cette politique continuerait d’alimenter le vote RN, la réaction majoritaire a été d’ouvrir des yeux gros comme des poêles à frire…le simple fait que j’essaie de me projeter dans un futur somme toute proche était à la fois malvenu, incompréhensible et incongru pour mes interlocuteurs. Je trouve que cela fait écho à l’un de vos billets où vous expliquiez que l’on vit de plus en plus dans le présent et que l’on a de plus en plus de mal à se projeter dans l’avenir.

    • Descartes dit :

      @ Goupil

      [Tout d’abord, je vous prie de bien vouloir excuser le manque de régularité dont je fais preuve quant à ma participation sur ce blog, bien que je le consulte assez souvent.]

      Pas grave… l’important est que vous reveniez de temps en temps…

      [Je voudrais revenir, si vous le permettez, sur votre critique du comportement des électeurs NFP qui ont voté Renaissance et réciproquement. Il me semble déjà qu’on aurait pu faire la même critique en 1936… On aurait alors pu critiquer les communistes qui du jour au lendemain appellent à faire barrage au fascisme en votant pour des socialistes qu’ils dénonçaient quelques mois auparavant comme étant des « sociaux-traîtres », des « sociaux-flics » voire des « sociaux-fascistes »…et qui vont même plus loin non seulement en appelant à voter pour des radicaux, qui ne partagent ni leur programme ni leur base sociale, mais plus encore en acceptant d’adapter leur plateforme électorale aux desiderata de ces mêmes radicaux.]

      Il y a entre les deux situations une différence fondamentale. En 1936, les désistéments réciproques entre socialistes, communistes et radicaux se font sur la base d’un programme de gouvernement agrée entre les trois forces. Les électeurs qui ont mis un bulletin communiste, socialiste ou radical savaient qu’au cas où les trois partis auraient ensemble une majorité, ils gouverneraient ensemble et mettraient en œuvre un programme précis.

      En 2024, les électeurs NFP ont voté pour des candidats d’Ensemble et ceux d’Ensemble ont voté pour des candidats NFP alors qu’aucun accord programmatique n’a été conclu, et sans aucun engagement de gouverner ensemble – tout au contraire – au cas où les deux groupes auraient ensemble la majorité. Autrement dit, les électeurs de 1936 ont voté POUR un programme, les électeurs de 2024 ont voté CONTRE. En 1936, socialistes et radicaux ont constitué un gouvernement et les communistes les ont soutenu, conformément aux engagements pris devant les électeurs. En 2024, Ensemble et le NFP ensemble ont la majorité absolue. Imaginez-vous un gouvernement d’union ?

      [Donc comment reprocher à LFI et ses électeurs de voter pour les porteurs de la loi « immigration » ou la réforme des retraites, si l’on n’adresse pas le même reproche aux communistes de 1936 ?]

      En notant, comme je l’ai fait plus haut, que ces électeurs ont voté pour des candidats avec lesquels ils ne sont pas prêts à gouverner. Ce n’est pas tout à fait la même chose que de voter pour des gens avec qui on a des désaccords dans le cadre d’un accord politique, que de voter pour des gens qu’on déteste dans un vote purement négatif, au risque de bloquer les institutions.

      [Je suis parfaitement d’accord avec vous pour dire que parler de « menace fasciste » aujourd’hui avec le RN est idiot. Mais les historiens s’accordent à dire que cette menace fasciste était tout aussi fantasmatique en 1936.]

      Oui et non. La menace fasciste le 6 février 1934 était fantasmatique, celle que représentait Hitler, au pouvoir depuis 1933, ne l’était pas. Or, si le Front Populaire a été possible, c’est parce que l’arrivée au pouvoir de Hitler et de Moussolini a poussé l’Internationale communiste à abandonner la ligne trotskyste « classe contre classe ».

      [On peut donc dire à la gauche actuelle que le fascisme n’est pas à nos portes, mais on pouvait le dire aussi à la gauche de 1936.]

      J’insiste : il était de l’autre côté du Rhin…

      [Vous considérez que si le « front républicain » a si bien fonctionné entre LFI et Renaissance, c’est parce que, dans le fond, l’électorat des deux blocs partage au global les mêmes intérêts de classe. Si je pense honnêtement que vous avez en grande partie raison, il me semble que l’on peut se faire l’avocat du diable.]

      Faites, faites…

      [Avec ce type de raisonnement, il faudrait dire que les ouvriers qui votaient PCF, ceux qui votaient SFIO et les petits bourgeois/classes moyennes qui votaient radical avaient les mêmes intérêts de classe, non ?]

      Non, pas du tout. Le Front Populaire était un accord politique entre des forces qui assumaient parfaitement leurs différences. Au risque de me répéter, ce qui fait la différence entre 1936 et 2024 est qu’en 1936 il y eut un accord politique jugé mutuellement avantageux, au point de justifier qu’on gouverne ensemble, et qu’en 2024 on s’est désisté sans qu’il y ait la moindre intention de conduire ensemble une politique.

      [Or, l’histoire du Front populaire après 1936 a montré que ce n’était pas le cas et que le Parti radical, largement poussé par sa base, a grandement saboté l’action gouvernementale parce que les intérêts de son électorat étaient incompatibles avec ceux des ouvriers qui votaient pour les partis collectivistes.]

      Pas tout à fait. Les radicaux ont loyalement appliqué l’accord de Front Populaire. Seulement, la victoire de 1936 a provoqué un mouvement à la base qui a poussé le gouvernement Blum vers des politiques bien plus radicales que celles prévues dans l’accord en question. C’est là que les radicaux ont pris peur et ont bloqué le processus.

      [Ensuite, je trouve que vous exagérez (un peu) quand vous écrivez : « L’électorat populaire s’est subitement évaporé ». Le soir même de l’élection, François Ruffin disait ceci : « Je dis aussi attention aux illusions. En deux ans, l’extrême-droite s’installe dans les terres ouvrières. Et perdre les ouvriers, ce n’est pas perdre des électeurs. Perdre les ouvriers, pour la gauche, c’est perdre son âme. » Il me semble que certains sont donc conscients du problème dans la coalition dorénavant majoritaire.]

      Tout à fait. C’est pourquoi dans mon texte j’ai laissé la place pour des exceptions. Mais qui a écouté Ruffin ? Qui a repris son raisonnement ? Qui sur les plateaux de télévision a poussé la réflexion dans cette direction ?

      [Ruffin a gagné sur le fil mais a gagné quand même, de même que d’autres députés LFI sur sa ligne, et d’autres pro-Ruffin n’ont perdu qu’à quelques voix près. Il reste un espoir et des voix dans la nouvelle majorité qui peuvent relayer les intérêts ouvriers.]

      N’allons pas trop loin. Ruffin et certains de ses amis sont conscients que pour la gauche « perdre les ouvriers, c’est perdre son âme ». Mais est-il pour autant prêt à se battre pour les politiques qui permettraient à la gauche de renouer avec les ouvriers, ce qui suppose d’affronter les classes intermédiaires ? Est-il prêt à soutenir une école exigeante ? La sélection à l’Université ? Le nucléaire ? Une politique industrielle qui tourne le dos à l’UE ? Une politique d’immigration restrictive ? Une exigence d’assimilation ? Ça, je n’en suis pas convaincu.

      [Après, j’entends ce que vous dites. Quand j’ai défendu auprès d’amis et collègues de gauche l’idée
      que l’heure n’était pas du tout à la réjouissance mais plutôt à élaborer une stratégie efficace pour rallier les classes populaires, on m’a juste répondu que j’étais « rabat-joie »…et j’ai été fort déçu (bien que je m’y attendais) de l’attitude de certains de mes amis (qu’ils soient plutôt pro-PS ou pro-LFI d’ailleurs) qui, en gros, espéraient ouvertement la défaite de Ruffin dans sa circo (« Après Roussel, Ruffin… »).]

      Là encore, le réflexe de classe…

      [J’ai pensé à vous aussi : j’ai pu constater que quand j’évoquais le fait qu’une victoire de l’attelage baroque NFP ou même une coalition NFP-Renaissance (dont tout le monde me disait qu’elle n’adviendrait jamais bien sûr…) conduirait à mener la même politique que celle qui a été menée jusque là depuis les années 1970-80 et que, forcément, cette politique continuerait d’alimenter le vote RN, la réaction majoritaire a été d’ouvrir des yeux gros comme des poêles à frire…le simple fait que j’essaie de me projeter dans un futur somme toute proche était à la fois malvenu, incompréhensible et incongru pour mes interlocuteurs.]

      Exactement. Et nous voilà revenus à la différence entre 1936 et 2024. En 1936, le désistément était motivé par un projet de gouvernement. En 2024, c’est un mouvement d’humeur qui ne prépare aucun avenir. C’est du vote négatif à l’état pur.

      [Je trouve que cela fait écho à l’un de vos billets où vous expliquiez que l’on vit de plus en plus dans le présent et que l’on a de plus en plus de mal à se projeter dans l’avenir.]

      En partie seulement. Le problème est que le désistement en 2024 n’a de sens que s’il prépare une coalition NFP-Ensemble, puisque c’est la seule possibilité de monter un gouvernement. Mais la gauche n’est pas prête à admettre cette évidence…

      • Goupil dit :

        @Descartes
                    Bien. J’entends la distinction que vous faites entre 2024 et 1936. Je n’avais pas prix en compte ces éléments.
         
                    [En 2024, Ensemble et le NFP ensemble ont la majorité absolue. Imaginez-vous un gouvernement d’union ?]
                    Je ne sais pas s’il s’agit d’une question rhétorique, mais oui : autant il paraît vraisemblable que LFI soit tenue à l’écart dudit gouvernement, autant ça ne me paraîtrait pas incongru de voir apparaître un gouvernement allant du PS et d’EELV jusqu’à Renaissance…et j’avais même dit à nombre de mes connaissances que c’était là l’option la plus probable quels que soient les résultats du NFP.
         
                    [En notant, comme je l’ai fait plus haut, que ces électeurs ont voté pour des candidats avec lesquels ils ne sont pas prêts à gouverner.]
                    Et pourtant, cela s’est fait à de nombreuses reprises dans l’histoire de la République. Au moins sous la Troisième République, radicaux et socialistes pratiquaient plus ou moins systématiquement le « front républicain » avec les républicains modérés tout en formant, une fois les élections passées, des groupes d’opposition et donc sans avoir l’intention de gouverner avec eux. Pourtant, il ne me semble pas que la période avant 1914, malgré la valse des ministères, ait été la moins riche en réalisations gouvernementales et en progrès sociaux – et cela alors même que la haute fonction publique était loin d’être aussi bien installée qu’elle ne le sera sous la Quatrième. Je souhaiterais également ajouter que nombre de candidats ayant eu contre eux un « front républicain » étaient loin d’êtres des antirépublicains forcenés, puisqu’il s’agissait principalement de candidats de la Fédération républicaine (et on pourra débattre sur le républicanisme de l’Alliance libérale populaire).
         
                    [J’insiste : il était de l’autre côté du Rhin…]
                    Et aujourd’hui, la gauche vous répond (j’en ai fait l’expérience) que cette menace existe à l’étranger : Poutine en Russie, Orban en Hongrie, Kaczynski en Pologne, Fico en Slovaquie, Meloni en Italie, Trump aux Etats-Unis, Modi en Inde…Et que tous alimentent le vote RN : un ami m’a défendu mordicus que la montée de l’extrême-droite en Europe de l’Ouest était directement liée aux financement de ces partis par « Poutine » et au rôle de TikTok, outil d’influence de Xi Jinping (pensez donc…comme par hasard, Jordan Bardella doit sa popularité aux jeunes qui le trouvent trop beau et trop classe grâce à ses vidéos TikTok…)
         
                    [la ligne trotskyste « classe contre classe »]
                    Pardon mais cette affirmation est fausse. Trotsky et les trotskystes sont hostiles à la ligne « classe contre classe » que Trotsky qualifie de « troisième période d’erreurs de l’Internationale communiste ». Les trotskystes français, regroupés dans la Ligue communiste depuis 1930, défendent la ligne du « front unique », c’est-à-dire une ligne d’alliance entre le PCF et la SFIO, critiquant à la fois la ligne « classe contre classe » de la direction du PCF et l’anticommunisme de celle de la SFIO, considérés comme des obstacles à ce rassemblement. Ils participent dès le 8 février 1934 à des meetings aux côtés des unitaires du PCF (les partisans de Doriot, ceux de la revue Que Faire) et de la Fédération de la Seine de la SFIO (Zyromski, Pivert, Farinet). Vous confondez deux choses je crois : la ligne « classe contre classe » du PCF consistait à dire que tous les partis autres que le PCF étaient des partis bourgeois, y compris la SFIO représentant le « social-fascisme », et que la radicalisation naturelle de la lutte de classe pousserait spontanément les ouvriers abusés par les socialistes dans les bras des communistes, ce qui justifiait des attaques contre la SFIO dont il fallait montrer aux ouvriers qu’elle n’était qu’une organisation bourgeoise comme les autres. La ligne de « front unique » de Trotsky est plutôt que le PCF devrait tendre la main à la SFIO, caractérisée comme parti ouvrier à direction petite-bourgeoise afin de provoquer sa décantation interne : en gros, cette politique d’alliance pousserait à l’éclatement de la SFIO entre sa base ouvrière et sa direction petite-bourgeoise, forcée soit de se rallier au PCF soit de dévoiler son alignement total sur la bourgeoisie, en particulier en forçant la SFIO à prendre les rênes du gouvernement et donc à faire des choix.
        Vous confondez je pense avec l’évolution de ces lignes après 1934. Là où le PCF passe sur la ligne de « front populaire » qui consiste à proposer un programme très pâle afin de permettre le ralliement des classes moyennes radicales et de leur parti, Trotsky maintient sa ligne de « font unique » rassemblant les partis ouvriers à l’exclusion des radicaux : typiquement, il propose à ses partisans de défendre le mot d’ordre de « gouvernement socialo-communiste » ou de « ministère Blum-Cachin ». Je pense que c’est cela que vous appelez « classe contre classe », ce qui ne correspond pas au fond de la ligne qui était désignée comme telle par le PCF.  Le conflit entre Trotsky et Staline sur la question française tient donc plutôt à la place du Parti radical.
         
                    [Mais est-il pour autant prêt à se battre pour les politiques qui permettraient à la gauche de renouer avec les ouvriers, ce qui suppose d’affronter les classes intermédiaires ?]
                    Je pense que, partiellement, oui. Sur la question scolaire, je ne sais pas. Sur le nucléaire, j’ai cru comprendre qu’il existe à LFI et au NPA, surtout parmi les jeunes générations, des partisans de l’énergie nucléaire, et Jean-Marc Jancovici dispose d’un certain capital sympathie dans la jeunesse de gauche – or, de mémoire, il y avait eu un conflit entre Mélenchon et la commission énergie de LFI, donc ces derniers trouveraient je pense une oreille plus attentive parmi les dissidents de LFI, surtout s’ils se rapprochent du PCF. Sur la politique industrielle, cela fait quand même parti des « dadas » de Ruffin. Et sur l’immigration, j’ai sous les yeux un rapport de la Fondation Jean-Jaurès qui prend appui sur les positions de Ruffin et qui écrit qu’il faut « faire pièce au sans-frontiérisme habituel de la gauche »…produit par Bassem Asseh, adjoint PS à la maire de Nantes. Après, je vous trouve très exigent alors que tout est à reconstruire quasiment à partir de zéro. Il faut être stratégique et définir des priorités : bien sûr, tous les sujets que vous évoquez sont importants, mais il me semble que la priorité absolue doit être de faire admettre à gauche le « social et économique d’abord » et de mettre au rancart tous le fatras des questions sociétales et culturelles qui encombre le discours de la gauche et ne sert à rien à part diviser les classes populaires.

        • Descartes dit :

          @ Goupil

          [« En 2024, Ensemble et le NFP ensemble ont la majorité absolue. Imaginez-vous un gouvernement d’union ? » Je ne sais pas s’il s’agit d’une question rhétorique, mais oui : autant il paraît vraisemblable que LFI soit tenue à l’écart dudit gouvernement,]

          Si LFI est « tenu a l’écart », alors on ne peut parler d’un gouvernement commun Ensemble-NFP. C’est un peu comme si en 1936, après les élections, les socialistes et les radicaux avaient décidé finalement de « tenir à l’écart » les communistes et gouverner avec le centre droit.

          [autant ça ne me paraîtrait pas incongru de voir apparaître un gouvernement allant du PS et d’EELV jusqu’à Renaissance…et j’avais même dit à nombre de mes connaissances que c’était là l’option la plus probable quels que soient les résultats du NFP.]

          C’est la solution la plus probable… mais ce n’est pas ça un gouvernement Ensemble-NFP. Si vous me demandiez de parier sur une solution, je vous dirait que pour moi la plus probable est celle d’un gouvernement qui ira des socialistes jusqu’à Ensemble, avec l’abstention de LFI (suffisante pour ne pas craindre la motion de censure), qui se fera ensuite un plaisir de tout « bordéliser » en jouant la surenchère à l’Assemblée.

          [« En notant, comme je l’ai fait plus haut, que ces électeurs ont voté pour des candidats avec lesquels ils ne sont pas prêts à gouverner. » Et pourtant, cela s’est fait à de nombreuses reprises dans l’histoire de la République. Au moins sous la Troisième République, radicaux et socialistes pratiquaient plus ou moins systématiquement le « front républicain » avec les républicains modérés tout en formant, une fois les élections passées, des groupes d’opposition et donc sans avoir l’intention de gouverner avec eux.]

          Je ne crois pas qu’on puisse dire que socialistes et radicaux « n’étaient pas prêts à gouverner » avec les républicains modérés. Plusieurs présidents du conseil radicaux ou républicains ont gouverné avec le soutien de la SFIO (ex. Edouard Herriot).

          [Pourtant, il ne me semble pas que la période avant 1914, malgré la valse des ministères, ait été la moins riche en réalisations gouvernementales et en progrès sociaux – et cela alors même que la haute fonction publique était loin d’être aussi bien installée qu’elle ne le sera sous la Quatrième.]

          Elle était déjà très bien installée. Les secrétaires généraux des ministères étaient des véritables ministres-bis, et leu permanence, alors que les ministres valsaient, leur donnait un énorme pouvoir. L’exemple le plus connu est celui d’Alexis Léger, au Quai d’Orsay. A l’éducation nationale, l’impulsion était certes donnée par les ministres, mais la mise en œuvre était laissée aux techniciens. Mais surtout, il ne faut pas oublier qu’avant 1914, l’Etat était beaucoup plus petit. La défense, l’ordre public, l’éducation… et c’est tout. L’électricité, les chemins de fer, la santé, même la monnaie était gérée par le privé.

          Cela étant dit, pourriez-vous donner un deux exemples de « réalisations gouvernementales » de cette époque ?

          [« J’insiste : il était de l’autre côté du Rhin… » Et aujourd’hui, la gauche vous répond (j’en ai fait l’expérience) que cette menace existe à l’étranger : Poutine en Russie, Orban en Hongrie, Kaczynski en Pologne, Fico en Slovaquie, Meloni en Italie, Trump aux Etats-Unis, Modi en Inde…]

          Qui à gauche croit vraiment que les troupes hongroises, polonaises, slovaques, italiennes, américaines, indiennes pourraient demain franchir la frontière française et occuper notre pays ? Je sais que la gauche peut être délirante, mais à ce point…

          [Et que tous alimentent le vote RN : un ami m’a défendu mordicus que la montée de l’extrême-droite en Europe de l’Ouest était directement liée aux financement de ces partis par « Poutine » et au rôle de TikTok, outil d’influence de Xi Jinping (pensez donc…comme par hasard, Jordan Bardella doit sa popularité aux jeunes qui le trouvent trop beau et trop classe grâce à ses vidéos TikTok…)]

          Mais encore une fois, Hitler était une menace REELLE. Vous trouverez toujours des gens qui se montent le bourrichon avec des explications farfelues. Mais au fond, lorsque vous creusez un peu, vous voyez qu’ils n’y croient pas vraiment.

          [Vous confondez je pense avec l’évolution de ces lignes après 1934. Là où le PCF passe sur la ligne de « front populaire » qui consiste à proposer un programme très pâle afin de permettre le ralliement des classes moyennes radicales et de leur parti, Trotsky maintient sa ligne de « font unique » rassemblant les partis ouvriers à l’exclusion des radicaux : typiquement, il propose à ses partisans de défendre le mot d’ordre de « gouvernement socialo-communiste » ou de « ministère Blum-Cachin ». Je pense que c’est cela que vous appelez « classe contre classe », ce qui ne correspond pas au fond de la ligne qui était désignée comme telle par le PCF. Le conflit entre Trotsky et Staline sur la question française tient donc plutôt à la place du Parti radical.]

          Vous avez tout à fait raison. J’ai confondu les deux lignes. Merci de votre attention.

          [« Mais est-il pour autant prêt à se battre pour les politiques qui permettraient à la gauche de renouer avec les ouvriers, ce qui suppose d’affronter les classes intermédiaires ? » Je pense que, partiellement, oui. Sur la question scolaire, je ne sais pas.]

          C’est pourtant une question absolument vitale.

          [Sur le nucléaire, j’ai cru comprendre qu’il existe à LFI et au NPA, surtout parmi les jeunes générations, des partisans de l’énergie nucléaire,]

          Je serais très intéressé de savoir de quelle source vous tirez cette idée. Vous avez peut-être raison, mais je n’ai pas une seule fois croisé quelqu’un qui à LFI ou au NPA se soit sur ce point éloigné d’un pouce de la ligne officielle antinucléaire de Mélenchon & Co.

          [or, de mémoire, il y avait eu un conflit entre Mélenchon et la commission énergie de LFI,]

          Je n’ai ni trace ni souvenir d’un tel « conflit ». Si vous avez des références plus précises, je suis intéressé.

          [Sur la politique industrielle, cela fait quand même parti des « dadas » de Ruffin.]

          De ce que j’ai lu, Ruffin voit surtout dans l’industrie une source d’emplois. Pour lui, la « politique industrielle » se réduit à se battre contre les fermetures d’usine ou les délocalisations. C’est un peu maigre.

          [Après, je vous trouve très exigent alors que tout est à reconstruire quasiment à partir de zéro.]

          Qui aime bien châtie bien, dit-on. Si je suis « exigeant » vis-à-vis de Ruffin, c’est justement parce que je trouve ses positions plutôt positives, et que je crains de le voir tourner en rond par manque de rigueur ou de courage.

          [Il faut être stratégique et définir des priorités : bien sûr, tous les sujets que vous évoquez sont importants, mais il me semble que la priorité absolue doit être de faire admettre à gauche le « social et économique d’abord » et de mettre au rancart tous le fatras des questions sociétales et culturelles qui encombre le discours de la gauche et ne sert à rien à part diviser les classes populaires.]

          Le social, l’économique mais aussi le régalien d’abord. Je suis tout à fait d’accord avec ces priorités. Je veux bien reconnaître à Ruffin au moins une conscience de la nécessité de mettre ces éléments en haut de l’agenda. Mais aura-t-il la constance et le courage de le faire ? That is the question… j’attends par exemple de voir comment il se positionnera à l’Assemblée nationale.

          • Goupil dit :

            @Descartes
            [C’est un peu comme si en 1936, après les élections, les socialistes et les radicaux avaient décidé finalement de « tenir à l’écart » les communistes et gouverner avec le centre droit. […] avec l’abstention de LFI (suffisante pour ne pas craindre la motion de censure), qui se fera ensuite un plaisir de tout « bordéliser » en jouant la surenchère à l’Assemblée.]
                        Certes radicaux et socialistes ne font pas le choix de gouverner avec les modérés, mais les communistes sont bien tenus « à l’écart ». Certes, avec leur accord et dans le cadre d’un soutien sans participation, mais le fait est qu’il n’y a pas de communistes au gouvernement (exception faite d’Irène Joliot-Curie qui est parfois considérée comme « compagnon de route »). Donc il s’agit bien de la même situation si un gouvernement PS-Renaissance espère une abstention bienveillante de la part de LFI.
             
                        [Je ne crois pas qu’on puisse dire que socialistes et radicaux « n’étaient pas prêts à gouverner » avec les républicains modérés. Plusieurs présidents du conseil radicaux ou républicains ont gouverné avec le soutien de la SFIO (ex. Edouard Herriot).]
                        Pour les radicaux, je pensais à la période de 1893 à 1899 où les républicains modérés, principalement derrière Jules Méline, constituent une série de gouvernements penchant nettement à droite et dont les radicaux sont exclus, renvoyés de fait dans l’opposition en raison de désaccords sur la politique anticléricale.
                        Dans l’entre-deux-guerres, il y a certes des expériences de « soutien sans participation » de la part de la SFIO, mais elles sont brèves et finissent toujours par buter sur l’incompatibilité entre le programme économique des socialistes et celui des radicaux, et les socialistes ont toujours refusé de rentrer au gouvernement s’ils n’avaient pas d’influence sur ce qui comptait vraiment (le ministère des Finances). Il me semble bien que cela signifie que, non, les socialistes ne sont pas prêts à gouverner avec les radicaux – mais, à la rigueur, à les soutenir comme la corde soutient le pendu afin d’éviter quelque chose de pire, donc un peu la même logique qu’aujourd’hui.
                        Les socialistes (du moins les unifiés) n’ont participé au gouvernement que dans des cas exceptionnels : de tête, je ne vois que le gouvernement de Défense républicaine de 1899, le gouvernement d’union nationale entre 1914 et 1916 et le Front populaire. On ne peut pas véritablement dire que cela leur donne un profil de parti de gouvernement.
             
                        [Cela étant dit, pourriez-vous donner un deux exemples de « réalisations gouvernementales » de cette époque ?]
                        Eh bien, la construction d’une Instruction publique solide : les lois scolaires des années 1880, loi sur l’enseignement supérieur de 1896, réforme de l’enseignement secondaire de 1902, construction de l’enseignement primaire supérieur…
                        On pourrait aussi penser aux lois libérales des années 1880 ou à celle de 1901, qui ont survécu sans grand changement jusqu’à aujourd’hui, à la loi sur les retraites ouvrières et paysannes de 1910 qui servira de base aux lois de protection sociale de 1930 et 1931 et ultérieurement à la Sécurité sociale, ou encore les lois Bérenger sur le sursis, la justice des mineurs ou la libération conditionnelle. Sur le plan institutionnel, il me semble que l’on peut y joindre l’action de Georges Clemenceau et Célestin Hennion à l’Intérieur, que ce soit la réforme de la préfecture de police ou la restructuration et le développement de la Sûreté en une véritable police judiciaire.
             
                        [Qui à gauche croit vraiment que les troupes hongroises, polonaises, slovaques, italiennes, américaines, indiennes pourraient demain franchir la frontière française et occuper notre pays ? Je sais que la gauche peut être délirante, mais à ce point…]
                        Oui, à ce point…je vous assure avoir rencontré des gens qui m’expliquaient très sérieusement que, quand il aurait conquis l’Ukraine, Poutine s’attaquerait à la Pologne, puis à l’Allemagne et ainsi de suite.
                        De toutes manières, je n’avais compris votre remarque de cette façon. Quand vous disiez « J’insiste, il était de l’autre côté du Rhin… », je croyais que vous vouliez dire que la gauche avait l’exemple du fascisme/nazisme de l’autre côté du Rhin et que, pour éviter qu’il ne passe la même chose en France, elle avait fait le choix du Front populaire. Mais en fait, si je comprends bien cette fois-ci, vous vouliez dire que c’est la menace d’Hitler et donc de l’Allemagne qui a poussé à cette union ?
                        Auquel cas, je comprends qu’il soit absurde de se dire qu’Orban fera la même chose qu’Hitler.
                        Cela dit, je pense, dans ce cas, que vous avez tort. En 1936, les partis de gauche ne sont pas d’accord sur leur ligne de politique étrangère. Le PCF est déjà favorable à la résistance contre Hitler mais le Parti radical et la SFIO sont divisés en interne. Donc, en 1936, l’idée que la peur d’une invasion allemande aurait pu motiver la gauche à s’unir me paraît absurde. Ce qui pousse à cette union est au contraire la peur que ce qui s’est passé en Allemagne (la prise de pouvoir du NSDAP) ne se passe aussi en France. Et donc cela invalide votre contre-argument : ce qui fait peur aux militants de gauche actuels, du moins aux plus raisonnables, ce n’est pas que Poutine ou Orban envahissent la France, c’est que Le Pen installe en France un gouvernement du même type que celui de Poutine ou d’Orban.
             
            [Je serais très intéressé de savoir de quelle source vous tirez cette idée.]
            Pour le NPA, de ce texte, prétendument écrit par « un collectif de militants et ex-militants du NPA » dont je n’ai aucune raison de douter que ce soit le cas car je ne vois pas quelle serait leur raison de mentir : https://docs.google.com/document/d/1o3vCTcZf5ESLtodTsjELjO_oenamBggURfcDT82N7jE/edit?fbclid=IwAR0WbaJA0G2jBsaBkMC5sgZ7HIg-kPgu9STAZ490mJqYFlT0Hj5tNyNUF3Q#heading=h.p4wku7u8gezh
            Pour le LFI, je me réfère à la note de blog de Sylvestre Huet Nucléaire : Rififi à LFI (27/03/23). Il y interroge Philippe Velten, candidat LFI aux municipales et aux cantonales à Caen et physicien au CERN. Ce dernier, favorable à l’énergie nucléaire, explique que plusieurs purges ont été menées dans les groupes Planification écologique et Energie de LFI pour éliminer les militants les plus critiques de la ligne antinucléaire. Huet cite d’ailleurs aussi un sondage qui nous apprend que plus de 40% des électeurs LFI et EELV sont favorables au nucléaire.
             
            [je crains de le voir tourner en rond par manque de rigueur ou de courage.]
            Je crois que le manque de rigueur ou de courage n’est pas le principal problème. Le pire défaut de Ruffin sur le plan stratégique, c’est son incapacité de rompre avec l’égopolitique. Son « Picardie debout » est une version localiste de LFI en termes de fonctionnement. Or, je suis convaincu que la première chose à faire est de chercher à reconstruire un parti de masse, nécessaire pour faire contrepoids à l’ambiance parlementaire et à l’idéologie dominante dans les milieux de gauche. On ne peut pas demander à des individus isolés de faire preuve de courage seuls contre tous, et quelle que soit l’autodiscipline que l’on s’impose, il n’y a pas de rigueur possible sans soumettre régulièrement ses positions à la critique des autres. Après tout, c’est dans le parti qu’on devient communiste 😉
             
            [j’attends par exemple de voir comment il se positionnera à l’Assemblée nationale.]
            Je trouve que c’est déjà une bonne chose de ne pas l’avoir vu à la conférence de lancement de L’Après…J’ai l’espoir qu’il siège dans un groupe comprenant les députés PCF, mais je suis mitigé sur l’appel qu’il a lancé et qui s’adressait aussi aux ou à des « écologistes ».
             
            [le régalien d’abord]
            Qu’est-ce que, précisément, vous appelez « le régalien » ? Parce que j’ai peur qu’à vouloir tout rendre prioritaire, il n’y ait justement plus de véritable priorité…Je pense qu’il faut se fixer des objectifs atteignables à court terme en fonction de la situation et de l’état des forces et ne pas se disperser.

            • Descartes dit :

              @ Goupil

              [« C’est un peu comme si en 1936, après les élections, les socialistes et les radicaux avaient décidé finalement de « tenir à l’écart » les communistes et gouverner avec le centre droit. » Certes radicaux et socialistes ne font pas le choix de gouverner avec les modérés, mais les communistes sont bien tenus « à l’écart ». Certes, avec leur accord et dans le cadre d’un soutien sans participation, mais le fait est qu’il n’y a pas de communistes au gouvernement (exception faite d’Irène Joliot-Curie qui est parfois considérée comme « compagnon de route »). Donc il s’agit bien de la même situation si un gouvernement PS-Renaissance espère une abstention bienveillante de la part de LFI.]

              Pas du tout. En 1936, le PCF savait que l’exigence de ministres communistes aurait rendu très difficile la formation d’un gouvernement, et tenait tellement à la réussite de l’expérience qu’il était prêt à soutenir sans participer. En 2024, LFI tient absolument à participer au gouvernement – et même à le diriger – et n’est prêt à faire aucun sacrifice pour que l’expérience réussisse. La chose pourrait aboutir à la même configuration qu’en 1936 – un gouvernement des socialistes et des centristes avec un soutien sans participation de la gauche radicale – mais pas du tout pour les mêmes raisons.

              [« Cela étant dit, pourriez-vous donner un deux exemples de « réalisations gouvernementales » de cette époque ? » Eh bien, la construction d’une Instruction publique solide : les lois scolaires des années 1880, loi sur l’enseignement supérieur de 1896, réforme de l’enseignement secondaire de 1902, construction de l’enseignement primaire supérieur…]

              Je vous rappelle que le point en discussion était que le fait d’avoir constitué des majorités grâce au « front républicain » entre des gens qui n’avaient aucune intention de gouverner ensemble n’avait pas empêché les « réalisations gouvernementales ». Or, je n’ai pas trouvé de traces d’une telle situation avant 1914. Pourriez-vous donner un exemple ?

              [De toutes manières, je n’avais compris votre remarque de cette façon. Quand vous disiez « J’insiste, il était de l’autre côté du Rhin… », je croyais que vous vouliez dire que la gauche avait l’exemple du fascisme/nazisme de l’autre côté du Rhin et que, pour éviter qu’il ne passe la même chose en France, elle avait fait le choix du Front populaire. Mais en fait, si je comprends bien cette fois-ci, vous vouliez dire que c’est la menace d’Hitler et donc de l’Allemagne qui a poussé à cette union ?]

              Je ne pense pas que les la menace que représentait Hitler au niveau international ait été sans effet sur le changement de position de l’Internationale communiste. Or, le moteur de l’union en 1936, c’est bien le PCF.

              [Donc, en 1936, l’idée que la peur d’une invasion allemande aurait pu motiver la gauche à s’unir me paraît absurde.]

              Ce n’est pas ça que j’ai dit. En fait, ni la SFIO ni les Radicaux n’était pressés de s’unir « contre le fascisme ». C’est le PCF qui a bâti l’union, a instances de l’IC.

              [« Je serais très intéressé de savoir de quelle source vous tirez cette idée. » Pour le NPA, de ce texte, prétendument écrit par « un collectif de militants et ex-militants du NPA » dont je n’ai aucune raison de douter que ce soit le cas car je ne vois pas quelle serait leur raison de mentir : (…)]

              Merci beaucoup de ce texte, que je ne connaissais pas. Effectivement, on n’a aucune raison de douter qu’il vienne de militants du NPA. Effectivement, il semblerait que même au NPA, des gens commencent à réfléchir… en tout cas, c’est la première fois depuis longtemps que j’ai quelque chose de positif à dire des trotskystes…

              [Pour le LFI, je me réfère à la note de blog de Sylvestre Huet Nucléaire : Rififi à LFI (27/03/23). Il y interroge Philippe Velten, candidat LFI aux municipales et aux cantonales à Caen et physicien au CERN. Ce dernier, favorable à l’énergie nucléaire, explique que plusieurs purges ont été menées dans les groupes Planification écologique et Energie de LFI pour éliminer les militants les plus critiques de la ligne antinucléaire. Huet cite d’ailleurs aussi un sondage qui nous apprend que plus de 40% des électeurs LFI et EELV sont favorables au nucléaire.]

              Merci là encore de cette information, qui m’était passée sous les radars.

              [Je crois que le manque de rigueur ou de courage n’est pas le principal problème. Le pire défaut de Ruffin sur le plan stratégique, c’est son incapacité de rompre avec l’égopolitique. Son « Picardie debout » est une version localiste de LFI en termes de fonctionnement. Or, je suis convaincu que la première chose à faire est de chercher à reconstruire un parti de masse, nécessaire pour faire contrepoids à l’ambiance parlementaire et à l’idéologie dominante dans les milieux de gauche. On ne peut pas demander à des individus isolés de faire preuve de courage seuls contre tous, et quelle que soit l’autodiscipline que l’on s’impose, il n’y a pas de rigueur possible sans soumettre régulièrement ses positions à la critique des autres. Après tout, c’est dans le parti qu’on devient communiste 😉]

              Je vois que nous nous comprenons. Quand je parlais d’énergie et de courage, je pensais en particulier au courage qu’il faut pour rompre avec l’égopolitique. Ce n’est pas la peine de rompre avec LFI si c’est pour faire la même chose ailleurs.

              [Je trouve que c’est déjà une bonne chose de ne pas l’avoir vu à la conférence de lancement de L’Après…J’ai l’espoir qu’il siège dans un groupe comprenant les députés PCF, mais je suis mitigé sur l’appel qu’il a lancé et qui s’adressait aussi aux ou à des « écologistes ».]

              L’idée d’un groupe réunissant communistes, écologistes, ultramarins et « dissidents » de tous poils m’effraie. Comment garder une ligne claire dans ce contexte ?

              [« le régalien d’abord » Qu’est-ce que, précisément, vous appelez « le régalien » ? Parce que j’ai peur qu’à vouloir tout rendre prioritaire, il n’y ait justement plus de véritable priorité…]

              Par régalien je pense aux domaines indispensables à l’exercice de l’Etat : sécurité et ordre public, justice, défense, diplomatie.

              [Je pense qu’il faut se fixer des objectifs atteignables à court terme en fonction de la situation et de l’état des forces et ne pas se disperser.]

              Je suis tout à fait d’accord. A vouloir tout faire (ou plutôt faire plaisir à tout le monde)…

  8. Patriote Albert dit :

    [On croyait que sept ans de brutalité macroniste avait creusé un fossé infranchissable avec la gauche. Que jamais les candidats de gauche ne se désisteraient, que jamais les électeurs de gauche ne voteraient pour ceux qui avaient porté au Parlement la loi « immigration » ou la réforme des retraites. Et réciproquement, que jamais les électeurs macronistes n’iraient voter pour ceux qu’ils avaient qualifié d’antisémites et de suppôts de la guerre civile. On avait tort.]
    Je l’avoue, je me suis planté dans les grandes largeurs. Je suis sidéré par l’ampleur des reports de voix, quasi parfaits. Dans de nombreuses circonscriptions, des candidats RN qui font autour de 40% au premier tour, voire davantage, ne sont pas élus. Je crois que ce phénomène est inédit dans l’histoire de la Ve République. Je pensais au moins que l’abstention ou le vote blanc au deuxième tour seraient élevés : las, la participation a été encore plus importante qu’au premier tour, et le pourcentage de votes blancs ou nuls est historiquement faible. Moi qui ai tendance à me proclamer marxiste, je viens de prendre une belle leçon d’analyse de classe appliquée.
     
     
    [Peur du « fascisme » ? Bien sûr que non.]
    Je pense qu’il y a tout de même une analyse à faire en termes d’inconscients de classe. Ce qui a gagné dimanche dernier, avec la “victoire” du NFP, c’est le principe de plaisir : on va distribuer de l’argent à tout le monde, on va moins travailler, on ne va pas s’occuper des sujets régaliens… Les classes intermédiaires consuméristes ont un comportement fondamentalement adolescent, et je pense qu’il y a une vraie peur du “fascisme” dans le sens, pourrait-on dire, du “retour du père” : davantage de contraintes, de règles, de sérieux… Bien sûr, cela est congruent avec leur intérêt de classe, mais c’est tout de même intéressant à étudier. Cela dit, je me demande comment ces classes réagiraient en cas de choc important sur l’économie et la société. Car si les adolescents s’opposent au père, c’est qu’en réalité ils en ont encore bien besoin. Dans une situation de perte de contrôle de l’État sur le fonctionnement régulier de la société bourgeoise, ces classes intermédiaires ne seraient-elles pas les premières à demander un régime autoritaire ?
     
     
    [Et maintenant ? L’élection a fabriqué une Assemblée où aucun parti, aucun bloc n’a une majorité. Vu du bloc dominant, l’essentiel a été sauvé.]
    Macron doit jubiler. Lui qui se targuait d’avoir envoyé une “grenade dégoupillée” dans les jambes de ses adversaires, il se retrouve de nouveau en position de force malgré son extrême impopularité. Il réussit à sauver plus d’une centaine de députés (soit le 2e groupe à l’Assemblée après celui du RN), le bloc central reste à plus de 150 députés, ce qui est inespéré compte tenu de la conjoncture politique, notamment suite à la déroute des européennes. Ce n’est sûrement pas autant qu’il l’espérait au moment de la dissolution, mais rester maître du chaos doit lui procurer une certaine jouissance.
    Du côté du NFP, la situation est assez comique : se retrouver avec le pouvoir à portée de main sans l’avoir prévu, ni même espéré, voilà qui est cocasse ! Et puis, si jamais ce Front de bric et de broc arrive à former un gouvernement, j’ai hâte de voir comment ils vont justifier leurs renoncements à l’automne face à Bruxelles et aux marchés financiers. Si le RN joue bien le coup, ils peuvent encore gagner quelques points.
     
    Dans tout ce marasme, j’ai tout de même lu une bonne nouvelle (allez, deux avec le démarrage de l’EPR de Flamanville) : les autonomistes corses sont désespérés par la mise à l’arrêt du processus d’autonomie suite aux élections. Sans compter que dans une des circonscriptions de l’île, un candidat nationaliste a été défait de manière imprévue par son opposant de droite. Et que le RN, opposé à l’autonomie, est arrivé au 2nd tour dans les 4 circonscriptions. Signe d’un début de retournement du processus ?

    • Descartes dit :

      @ Patriote Albert

      [Je l’avoue, je me suis planté dans les grandes largeurs. Je suis sidéré par l’ampleur des reports de voix, quasi parfaits. Dans de nombreuses circonscriptions, des candidats RN qui font autour de 40% au premier tour, voire davantage, ne sont pas élus. Je crois que ce phénomène est inédit dans l’histoire de la Ve République.]

      Inédite, non. On trouvait le même phénomène quand le PCF était encore « le parti de la classe ouvrière ». A l’époque, socialistes et écologistes qui pouvaient se maintenir au second tour contre un candidat communiste pouvaient être confiants du report massif des voix de la droite sur leur nom. Le cas de Noël Mamère, qui avait bénéficié des voix de droite pour conquérir la mairie de Bègles sous le règne de Mitterrand est un exemple particulièrement intéressant. Je dirais que c’est une constante qui traverse les républiques : le parti perçu – à tort ou à raison – comme représentant le vote populaire trouve contre lui d’étranges alliances… même les gaullistes, qui avaient en leur temps une présence non négligeable dans le vote populaire, en ont été victimes pendant la période de la « troisième force »…

      [« Peur du « fascisme » ? Bien sûr que non. » Je pense qu’il y a tout de même une analyse à faire en termes d’inconscients de classe. Ce qui a gagné dimanche dernier, avec la “victoire” du NFP, c’est le principe de plaisir : on va distribuer de l’argent à tout le monde, on va moins travailler, on ne va pas s’occuper des sujets régaliens… Les classes intermédiaires consuméristes ont un comportement fondamentalement adolescent, et je pense qu’il y a une vraie peur du “fascisme” dans le sens, pourrait-on dire, du “retour du père” : davantage de contraintes, de règles, de sérieux…]

      C’est une analyse intéressante. C’est d’ailleurs amusant de voir combien l’idéologie tient sa forme des représentations mentales de la classe qui la porte. Le programme du NFP – qui en fait a été très largement influencé par LFI – est, comme vous le dites, un programme « adolescent ». Et lorsqu’on essaye d’approfondir avec des électeurs « de gauche » les raisons pour lesquelles on craint le « fascisme » du RN, on arrive assez vite à retrouver le « retour du père ». C’est flagrant par exemple dans les dizaines d’articles qu’un grand quotidien du soir a consacré à décrire les états d’âme de différentes catégories des classes intermédiaires face au risque d’une arrivée au pouvoir du RN.

      [Bien sûr, cela est congruent avec leur intérêt de classe, mais c’est tout de même intéressant à étudier. Cela dit, je me demande comment ces classes réagiraient en cas de choc important sur l’économie et la société. Car si les adolescents s’opposent au père, c’est qu’en réalité ils en ont encore bien besoin. Dans une situation de perte de contrôle de l’État sur le fonctionnement régulier de la société bourgeoise, ces classes intermédiaires ne seraient-elles pas les premières à demander un régime autoritaire ?]

      Intéressante question. Peut-être faudrait-il renverser votre raisonnement et regarder comment les adolescents réagissent à une situation de crise, pour déduire quel serait le comportement des « classes adolescentes ». Je ne suis pas spécialiste, mais de ce que j’ai lu il y a chez l’adolescent une dialectique fondamentale, entre la rébellion et la demande d’autorité. Ne serait-ce que parce que la rébellion n’est possible que parce qu’il y a une autorité. Comme disait Lacan, « là où tout est permis, rien n’est subversif ». LFI est largement prisonnier de cette contradiction. On l’a vu dans son comportement à l’Assemblée : plutôt que de chercher à peser sur la réalité, à nouer des alliances pour faire passer des textes, il a préféré le désordre. Son but était de « bordéliser », pas gouverner. Seulement, pour pouvoir « bordéliser », il faut qu’il y ait un ordre.

      [Macron doit jubiler. Lui qui se targuait d’avoir envoyé une “grenade dégoupillée” dans les jambes de ses adversaires, il se retrouve de nouveau en position de force malgré son extrême impopularité. Il réussit à sauver plus d’une centaine de députés (soit le 2e groupe à l’Assemblée après celui du RN), le bloc central reste à plus de 150 députés, ce qui est inespéré compte tenu de la conjoncture politique, notamment suite à la déroute des européennes.]

      N’exagérons rien. Macron sort de cette affaire totalement isolée. Oui, le « groupe central » a sauvé une centaine de députés. Mais c’est un groupe qui pense ne plus rien devoir au président, et dont plusieurs membres lui gardent une rancune tenace. Même les « macronistes » se sont affranchis de Macron, et vont agir en fonction de leurs propres intérêts. Pas de quoi pavoiser.

      [Du côté du NFP, la situation est assez comique : se retrouver avec le pouvoir à portée de main sans l’avoir prévu, ni même espéré, voilà qui est cocasse ! Et puis, si jamais ce Front de bric et de broc arrive à former un gouvernement, j’ai hâte de voir comment ils vont justifier leurs renoncements à l’automne face à Bruxelles et aux marchés financiers. Si le RN joue bien le coup, ils peuvent encore gagner quelques points.]

      Oui. Le RN tire largement son épingle du jeu. Il garde une dynamique positive, sans se trouver en position de devoir exercer le pouvoir alors que de toute évidence il n’est pas encore prêt à le faire. Quant au NFP, je pense qu’à part l’objectif commun de sauver les meubles, on peut difficilement le considérer comme un bloc homogène. Du côté socialiste, on veut les postes et les voitures à gyrophare, quitte à gouverner avec le centre et la droite modérée. Côté LFI, je suis de plus en plus persuadé que du côté de LFI on ne veut pas exercer le pouvoir, mais qu’on veut surtout empêcher les autres de gouverner. Mélenchon est convaincu je pense que sa « révolution citoyenne » nécessite une rupture institutionnelle, et que pour pousser une telle rupture il faut rendre le pays ingouvernable, un peu comme en 1958. Peut-être songe-t-il à la chute de la IVème République, et il s’imagine qu’on ira le chercher à Colombey.

      [Dans tout ce marasme, j’ai tout de même lu une bonne nouvelle (allez, deux avec le démarrage de l’EPR de Flamanville) : les autonomistes corses sont désespérés par la mise à l’arrêt du processus d’autonomie suite aux élections.]

      Pour Flamanville, le champagne est au frais. Pour l’interruption du processus d’autnomie… je crains le pire, c’est-à-dire, un gouvernement faible qui achètera la paix sociale quitte à se déculotter. Par contre, l’implantation croissante du RN, parti national venu de l’extérieur, dans l’île montre peut-être qu’une majorité silencieuse qui craint qu’à force de jouer avec le feu on finisse par distendre les liens avec la métropole commence à se manifester.

      • kranck dit :

        Le ‘ fascisme’ comme retour du père dans des classes sociales adolescentes…
        C’est très intéressant comme approche. Pas sûr qu’on puisse filer trop longtemps la métaphore, mais ça fait partie des petites fulgurances qui font de ce blog une lecture essentielle !
         

      • Patriote Albert dit :

        [Je dirais que c’est une constante qui traverse les républiques : le parti perçu – à tort ou à raison – comme représentant le vote populaire trouve contre lui d’étranges alliances…]
        Oui, mais le parti des classes populaires a rarement eu 30% des voix à l’échelle nationale. Je me suis mal exprimé : ce qui est inédit, c’est qu’un seul parti soit en mesure d’avoir une majorité à l’AN, et trouve face à lui tous les autres, et leurs électorats avec.

        [je suis de plus en plus persuadé que du côté de LFI on ne veut pas exercer le pouvoir, mais qu’on veut surtout empêcher les autres de gouverner.]
        Et du côté du PS, on veut bien gouverner… mais sans LFI manifestement, vu le flop qu’a fait la candidature potentielle d’Huguette Bello. J’ai l’impression que personne n’a réellement envie de mettre en place un gouvernement NFP… pour éviter que les Français ne découvrent que le Roi est nu ?
        Heureusement que la séquence se passe en début de période estivale, et qu’il n’y a pas d’urgence à traiter. Les JO arrivent, les Français peuvent se changer un peu les idées, mais si rien ne bouge, la rentrée risque d’être agitée !

        Tiens, en parlant de Front populaire, j’ai écouté récemment la série que France Inter a consacrée à Léon Blum : “Une vie héroïque”. Il est vrai qu’il a un parcours assez méconnu, mais d’une densité exceptionnelle, et qu’il a parcouru avec une vraie grandeur politique et morale, de l’affaire Dreyfus à l’opposition à Pétain, en passant bien sûr par la Présidence du Conseil en 1936. Même si l’émission semble trop dithyrambique pour être parfaitement honnête, je me demandais si vous reteniez ce nom comme une grande figure du XXe siècle ? Je ne crois pas vous avoir jamais entendu le citer comme référence. Mais s’il y a un socialiste à sauver, ne serait-ce pas celui-là ?

        • Descartes dit :

          @ Patriote Albert

          [« Je dirais que c’est une constante qui traverse les républiques : le parti perçu – à tort ou à raison – comme représentant le vote populaire trouve contre lui d’étranges alliances… » Oui, mais le parti des classes populaires a rarement eu 30% des voix à l’échelle nationale. Je me suis mal exprimé : ce qui est inédit, c’est qu’un seul parti soit en mesure d’avoir une majorité à l’AN, et trouve face à lui tous les autres, et leurs électorats avec.]

          Ok.

          [« je suis de plus en plus persuadé que du côté de LFI on ne veut pas exercer le pouvoir, mais qu’on veut surtout empêcher les autres de gouverner. » Et du côté du PS, on veut bien gouverner… mais sans LFI manifestement, vu le flop qu’a fait la candidature potentielle d’Huguette Bello. J’ai l’impression que personne n’a réellement envie de mettre en place un gouvernement NFP… pour éviter que les Français ne découvrent que le Roi est nu ?]

          Je ne suis pas sûr. Je pense que les socialistes veulent gouverner, mais sont conscients que le candidat à Matignon proposé par le NFP doit être acceptable pour les macronistes s’ils veulent avoir ne serait-ce qu’une chance minime d’obtenir une majorité ou à minima un nihil obstat. C’est pourquoi ils jouent une partie difficile : ils savent qu’un candidat lié à Mélenchon – et c’est le cas de Bello – n’a aucune chance. LFI, c’est chaque jour plus évident, ne cherche pas à trouver un accord, mais à bordéliser le système pour rendre tout accord impossible.

          [Heureusement que la séquence se passe en début de période estivale, et qu’il n’y a pas d’urgence à traiter. Les JO arrivent, les Français peuvent se changer un peu les idées, mais si rien ne bouge, la rentrée risque d’être agitée !]

          Le problème va se poser bien avant, parce qu’il faut absolument finir la préparation de la loi de finances. Sans budget, un gouvernement qui arriverait à la rentrée serait dans une situation très difficile, celle de défendre au Parlement puis d’exécuter un budget qu’il n’aurait pas préparé…

          [Même si l’émission semble trop dithyrambique pour être parfaitement honnête, je me demandais si vous reteniez ce nom comme une grande figure du XXe siècle ?]

          Non, pas vraiment. J’ai du mal à oublier le Blum anticommuniste, qui se réjouit de l’interdiction du PCF, qui soutient le décret Sérol…

          [Je ne crois pas vous avoir jamais entendu le citer comme référence. Mais s’il y a un socialiste à sauver, ne serait-ce pas celui-là ?]

          Non. J’ai plus de respect pour un Marx Dormoy…

          • Manchego dit :

            @ Descartes
            ***Non, pas vraiment. J’ai du mal à oublier le Blum anticommuniste, qui se réjouit de l’interdiction du PCF, qui soutient le décret Sérol…***
            Ne pas oublier non plus son comportement peu glorieux en 1936-1939, vis a vis des républicains Espagnols. Mais je crois avoir lu quelque part que lui-même en convenait au soir de sa vie…

  9. cdg dit :

    Du point de vu du RN, le resultat actuel est plutot une bonne chose.
    Deja pendant longtemps, le parti avait des problemes financier (d ou les magouilles avecles deputes europeens) maintenant c est fini. Mieux encore, le RN va apparaitre pour un parti ou on peu faire carriere (etre depute voire ministre). vous allez attirer des gens qui avaient vos idees mais n osaient pas franchir le pas et etre candidat car le prix a payer etait elevé (ostraciser) et le gain nul (aucune perspective de victoire electorale). Vous allez meme attirer des ambitieux pret a tout
    Donc vous n aurez plus besoin de presenter des candidats sous curatelle ou incapable de faire une interview sans bourde majeure
    Autre point positif, en cas de victoire, soit le RN aurait decu (et donc probleme pour 2027) soit en cas de succes Bardella aurait voulu l elysee. La tout le monde reste a sa place et pas de guerre fratricide
    Ma grosse surprise a ete les LR. J ai ete surpris qu un grand nombre ne suive pas Ciotti pour sauver leur siege (a l epoque personne ne donnait cher de leur peau). comme quoi il y a dans ce parti des gens qui semblent avoir des convictions

    • Descartes dit :

      @ cdg

      [Du point de vu du RN, le resultat actuel est plutot une bonne chose.]

      C’est certain. Le financement public – calculé, il faut le rappeler, sur le premier tour des législatives – permettra au RN de payer ses dettes et, ce qui est plus important, de financer des véritables permanents, condition sine qua non pour « professionnaliser » l’organisation, si l’on croit Lénine. Je suis moins positif sur votre idée que cela va faire du RN « un parti où l’on peut faire carrière ». Oui, on peut maintenant devenir député, mais pas encore ministre…

      Mais surtout, le RN évite de se confronter au devoir de gouverner, alors qu’il n’est de toute évidence pas encore prêt.

      [Ma grosse surprise a été les LR. J’ai été surpris qu’un grand nombre ne suive pas Ciotti pour sauver leur siège (à l’époque personne ne donnait cher de leur peau). Comme quoi il y a dans ce parti des gens qui semblent avoir des convictions]

      Ou bien des gens qui connaissent leurs électeurs sur le terrain mieux que les commentateurs parisiens…

  10. Geo dit :

     
    À Descartes
    [En quelques heures, le centre et la droite dite modérée ont appelé à voter pour les partisans du SMIC à 1600 €, de l’abrogation de la réforme des retraites, qu’ils qualifiaient quelques jours auparavant d’antisémites. Et leurs électeurs les ont largement suivis.]
    Mais ils ont été beaucoup moins obéis que la gauche appelant à voter pour cette droite.
    https://elucid.media/analyse-graphique/legislatives-2024-la-farce-democratique-continue?mc_ts=crises
    Concernant les reports de voix au second tour, on observe que la gauche s’est largement reportée sur des candidats de droite, à plus de 70 %. En revanche, les électeurs macronistes se sont bien plus souvent repliés vers l’abstention, voire le vote RN (environ 20 %). Il faut noter qu’environ 50 % ont néanmoins voté à gauche. En revanche, les électeurs LR, s’ils préfèrent Ensemble au RN, ont clairement fait barrage à la gauche, 35 % préférant le RN, contre 25 % à 30 % préférant la gauche.”
    le “bloc dominant” n’est pas si homogène.

    • Descartes dit :

      @ Geo

      [Mais ils ont été beaucoup moins obéis que la gauche appelant à voter pour cette droite.]

      Les reports de voix ne sont jamais parfaits. Il faut les comparer avec les reports de voix “ordinaires”. Qui déjà montrent cette anomalie. Ainsi, les voix communistes se reportaient historiquement vers les candidats socialistes en bien plus grande proportion que l’inverse.

  11. Goupil dit :

    @Descartes
               
                [La chose pourrait aboutir à la même configuration qu’en 1936 – un gouvernement des socialistes et des centristes avec un soutien sans participation de la gauche radicale – mais pas du tout pour les mêmes raisons.]
               
                La même configuration ? Je trouve cela un peu audacieux d’assimiler LFI au PCF sous le vocable « gauche radicale » ou les socialistes de 1936 à ceux de 2024…
                En effet, ce ne serait pas pour les mêmes raisons, mais l’important est ici que le résultat final soit le même puisque vous affirmiez « Si LFI est « tenu à l’écart », alors on ne peut parler d’un gouvernement commun Ensemble-NFP ». Eh bien, il me semble que l’on peut parler d’un gouvernement Front populaire même si le PCF est tenu à l’écart, et donc on pourra parler de gouvernement NFP-Renaissance même si LFI est tenu à l’écart du moment qu’elle accorde son abstention.
                J’admet que je me fais l’avocat du diable car je conçois bien ce que vous expliquiez, à savoir que l’attitude actuelle de LFI est très distincte, opposée même à celle du PCF de l’époque. Donc si l’attitude de l’élément le plus extrémiste de la coalition change (d’autant plus que dans les deux cas, il s’agit de l’élément initiateur de ladite coalition), cela change la configuration finale.
     
                 [Or, je n’ai pas trouvé de traces d’une telle situation avant 1914. Pourriez-vous donner un exemple ?]
     
                Je crois bien m’être trompé. Il y a effectivement « front républicain » entre des partis qui n’ont aucunement l’intention de gouverner ensemble : par exemple, en 1898, les socialistes révolutionnaires de Guesde et Vaillant soutiennent les socialistes réformistes, les radicaux voire les modérés au 2d tour mais se placent dans l’opposition une fois l’élection passée. Cela dit, cela n’empêche jamais une majorité de se former avec des partis ayant l’intention de gouverner ensemble : quasiment toutes les élections donnent une majorité à la seule coalition des radicaux et de l’Alliance démocratique, et, dans le cas qui de mémoire me semblait le mieux correspondre à ce que j’évoquais (la période 1894-1898), les modérés ont bien constitué une majorité à eux tous seuls sans avoir besoin d’alliés plus à gauche. Dont acte, j’ai raconté n’importe quoi…
                De toutes manières, je me suis rendu compte, après relecture de la liste que je vous avais soumise, que presque aucune de ces créations ne sont d’initiative gouvernementale mais plus souvent de parlementaires.
     
                [Ce n’est pas ça que j’ai dit. En fait, ni la SFIO ni les Radicaux n’était pressés de s’unir « contre le fascisme ». C’est le PCF qui a bâti l’union, a instances de l’IC.]
                Oui, je suis aussi convaincu que la victoire d’Hitler et la menace qu’il s’est mis à représenter en Europe, en particulier à l’encontre de l’URSS, a constitué l’élément central qui a fait changer la ligne de l’IC et du PCF, lequel est effectivement l’élément moteur.
                Mais cela n’explique pas pourquoi les radicaux et les socialistes ont mis au rancart l’anticommunisme de la majorité de leur appareil pour accepter cette alliance. Je ne connais pas suffisamment bien l’histoire du Parti radical, mais dans la SFIO les partisans de l’unité avec le PCF avant 1934 ne représentaient qu’au mieux un quart ou un tiers du parti et n’ont jamais pu obtenir de concession du secrétariat général sur ce point. Pourquoi les paul-fauristes du secrétariat général ont-ils changé leur fusil d’épaule du jour au lendemain ? On dit qu’ils étaient sous la pression des unitaires (La Bataille socialiste) qui menaçait de voir ses effectifs exploser…mais pourquoi les unitaires ont-ils attiré autant de socialistes du jour au lendemain ? Vu que cette tendance unitaire a éclaté en 1938 entre « pacifistes » et « bellicistes », je ne pense pas que ce soit la menace hitlérienne qui est en cause. Il me semble vraisemblable de penser que c’est la crainte fantasmée d’un coup d’Etat fasciste en France (donc que ne se reproduise en France ce qui s’était produit en Allemagne) qui a motivé la base des socialistes et des radicaux à se rallier à une position unitaire.
     
                [en tout cas, c’est la première fois depuis longtemps que j’ai quelque chose de positif à dire des trotskystes…]
     
                Sur le point du nucléaire, j’ai toujours connu les militants LO plutôt favorables à l’énergie nucléaire.
                Si vous voulez encore dire des choses positives sur eux, je pense que vous pouvez vous intéresser au seul député trotskyste de France, le député POI Jérôme Legavre, qui est, je crois, sur une position qui devrait vous convenir au sujet de l’Ukraine et de la Russie.
                Et puis, jamais rien de positif sur les trotskystes ? Je suis pourtant persuadé d’avoir lu des éloges de Kuzmanovic de votre part, or « trotskyste un jour, trotskyste toujours » n’est-ce pas ?
     
                [L’idée d’un groupe réunissant communistes, écologistes, ultramarins et « dissidents » de tous poils m’effraie. Comment garder une ligne claire dans ce contexte ?]
     
                Il y a un intérêt stratégique à avoir un groupe parlementaire qu’on ne peut pas négliger et qui peut justifier certaines concessions. Ici, la ligne rouge me semble être la participation des écologistes : s’il s’agit de l’ensemble des députés EELV et non de certains écologistes en particulier, alors cela noierait complètement les autres éléments dans le groupe qui perdraient tout l’avantage qu’il y a à avoir un groupe autonome. Les dissidents LFI sont moins nombreux et certains, comme Ruffin ou Bex, défendent une ligne qui peut être proche de celle du PCF, donc il serait plus facile pour les députés communistes d’assurer un certain équilibre s’ils se coalisent uniquement avec les « dissidents ». De plus, l’intérêt de ce groupe autonome serait aussi de créer un point d’appui pour les députés LFI qui voudraient développer des positions critiques à l’encontre de la ligne Mélenchon, et il me semble justement que le groupe LFI risque s’annoncer fort instable…

    • Descartes dit :

      @ Goupil

      [« La chose pourrait aboutir à la même configuration qu’en 1936 – un gouvernement des socialistes et des centristes avec un soutien sans participation de la gauche radicale – mais pas du tout pour les mêmes raisons. » La même configuration ? Je trouve cela un peu audacieux d’assimiler LFI au PCF sous le vocable « gauche radicale » ou les socialistes de 1936 à ceux de 2024…]

      Vous avez raison de me reprendre. Je pensais à la « même configuration » en termes formels. Ni LFI ne ressemble au PCF, ni le PS n’est la SFIO. En 1936, le PCF et la SFIO se partageaient la représentation de la classe ouvrière, alors que le parti radical représentait plutôt la France des notables ruraux et des classes intermédiaires. Aujourd’hui, l’ensemble des partis qui constituent la NFP représentent essentiellement les classes intermédiaires… On notera aussi qu’en 1936 le PCF était prêt à mettre de l’eau dans son vin pour que l’expérience réussisse, alors qu’en 2024 LFI est dans une logique « tout ou rien ».

      [Mais cela n’explique pas pourquoi les radicaux et les socialistes ont mis au rancart l’anticommunisme de la majorité de leur appareil pour accepter cette alliance.]

      Peut-être parce que cela leur offrait le pouvoir sans pour autant accorder au PCF un quelconque pouvoir formel, puisqu’il ne participait pas au gouvernement.

      [Je ne connais pas suffisamment bien l’histoire du Parti radical, mais dans la SFIO les partisans de l’unité avec le PCF avant 1934 ne représentaient qu’au mieux un quart ou un tiers du parti et n’ont jamais pu obtenir de concession du secrétariat général sur ce point. Pourquoi les paul-fauristes du secrétariat général ont-ils changé leur fusil d’épaule du jour au lendemain ? On dit qu’ils étaient sous la pression des unitaires (La Bataille socialiste) qui menaçait de voir ses effectifs exploser…mais pourquoi les unitaires ont-ils attiré autant de socialistes du jour au lendemain ? Vu que cette tendance unitaire a éclaté en 1938 entre « pacifistes » et « bellicistes », je ne pense pas que ce soit la menace hitlérienne qui est en cause. Il me semble vraisemblable de penser que c’est la crainte fantasmée d’un coup d’Etat fasciste en France (donc que ne se reproduise en France ce qui s’était produit en Allemagne) qui a motivé la base des socialistes et des radicaux à se rallier à une position unitaire.]

      Je ne suis qu’à moitié convaincu. Je pense plutôt que c’était l’attrait d’une alliance qui permettait aux socialistes d’arriver au gouvernement – pour la première fois de leur histoire – sans pour autan faire quelque concession que ce soit au PCF. Quant aux radicaux, le PCF avait œuvré pour que le programme de Front Populaire soit assez peu « révolutionnaire » pour pouvoir être acceptable pour eux. Car il faut rappeler que le programme du Front était relativement inoffensif, et qu’un grand nombre de conquêtes ont été accordées sous pression de la rue, et ne figuraient pas dans ce programme.

      [Si vous voulez encore dire des choses positives sur eux, je pense que vous pouvez vous intéresser au seul député trotskyste de France, le député POI Jérôme Legavre, qui est, je crois, sur une position qui devrait vous convenir au sujet de l’Ukraine et de la Russie.]

      Pas vraiment. Certes, comme moi il refuse la vision victimiste d’une Ukraine attaquée sans raison par des méchants Russes. Mais son refus de l’aide à l’Ukraine s’appuie sur l’idée que Zelensky est “comme Poutine” et ne représente pas “la démocratie et la liberté”, ayant “suspendu les élections et promulgué l’état d’urgence suspendant les libertés publiques”. Ce n’est pas du tout là ma position.

      Et puis, jamais rien de positif sur les trotskystes ? Je suis pourtant persuadé d’avoir lu des éloges de Kuzmanovic de votre part, or « trotskyste un jour, trotskyste toujours » n’est-ce pas ?

      [« L’idée d’un groupe réunissant communistes, écologistes, ultramarins et « dissidents » de tous poils m’effraie. Comment garder une ligne claire dans ce contexte ? » Il y a un intérêt stratégique à avoir un groupe parlementaire qu’on ne peut pas négliger et qui peut justifier certaines concessions.]

      Dans ce cas, on forme un « groupe technique », en laissant bien clair dès le départ qu’il y aura liberté de vote pour ses membres, que chaque « sous-groupe » aura une co-présidence, et que les fonctions seront distribuées par consensus.

      [Ici, la ligne rouge me semble être la participation des écologistes : s’il s’agit de l’ensemble des députés EELV et non de certains écologistes en particulier, alors cela noierait complètement les autres éléments dans le groupe qui perdraient tout l’avantage qu’il y a à avoir un groupe autonome.]

      Exact.

      [Les dissidents LFI sont moins nombreux et certains, comme Ruffin ou Bex, défendent une ligne qui peut être proche de celle du PCF, donc il serait plus facile pour les députés communistes d’assurer un certain équilibre s’ils se coalisent uniquement avec les « dissidents ».]

      Oui, mais accepter ces députés ce serait créer un « casus belli » avec LFI… le PCF peut-il se le permettre alors que les municipales s’annoncent ?

      • Bob dit :

        @ Descartes
        [Mais son refus de l’aide à l’Ukraine s’appuie sur l’idée que Zelensky est “comme Poutine” et ne représente pas “la démocratie et la liberté”, ayant “suspendu les élections et promulgué l’état d’urgence suspendant les libertés publiques”. Ce n’est pas du tout là ma position.]
         
        Pourriez-vous nous rappeler votre position sur ce sujet ?

        • Descartes dit :

          @ Bob

          [Pourriez-vous nous rappeler votre position sur ce sujet ?]

          Ma position ? Je pense que la guerre en Ukraine est le résultat d’une stratégie américaine d’encerclement de la Russie, avec l’adhésion successivement de tous les pays voisins de la Russie au système OTAN/UE, par la force si nécessaire. Devant cette stratégie, la Russie avait depuis longtemps tracé ses “lignes rouges”, et en particulier le fait que l’adhésion de l’Ukraine serait un “casus belli”. Le système OTAN/UE a franchi la “ligne rouge”, la Russie ne pouvait que faire la guerre, sous peine de perdre toute crédibilité.

          A partir de là, la stratégie de la France doit être guidée par ses intérêts. Il n’est pas de notre intérêt d’avoir un monde unipolaire dominé par les Américains. Nous avons au contraire intérêt à un monde multipolaire, qui nous permettrait à nous, puissance intermédiaire, de jouer notre jeu. Il est donc de notre intérêt que la Russie ne perde pas la guerre, et que le conflit se termine par la neutralisation de l’Ukraine. C’est à ce résultat qu’il nous faudrait travailler.

  12. tmn dit :

    Bonjour
    [La grande peur a tout balayé sur son passage. On croyait que sept ans de brutalité macroniste avait creusé un fossé infranchissable avec la gauche. Que jamais les candidats de gauche ne se désisteraient, que jamais les électeurs de gauche ne voteraient … ]
     
    Mais justement, électeurs comme candidats avaient anticipé que leurs partis, unis contre le RN, ne s’entendraient pas ensuite.  Les gens de gauche ont voté “tout sauf RN”, et pas pour Macron. Les macronistes et autres gens de droite ont voté “tout sauf RN”, et pas pour le NFP. Les électeurs n’ont donc pas été si contradictoires que ça, et n’ont pas forcément laissé leur convictions au vestiaire.
    Ce qui est aberrant il me semble c’est d’une part de s’allier sans souhaiter ensuite gouverner ensemble. Et d’autre part que les différents partis considèrent les députés élus comme « les leurs ».  Tout cela me semble un détournement du système électoral. Le désistement entre les deux tous devrait entraîner l’appartenance à une même majorité, mais je vois mal comment aboutir à ce résultat…

    Peut-être ce blocage va-t-il entraîner une remise en cause du mode de scrutin ? Par exemple vers un système à l’anglaise, dans lequel, si je comprends bien, « the winner takes all » ? Mais comme ça reviendrait à donner les clés d’un prochain gouvernement au RN…
     
     

    • Descartes dit :

      @ tmn

      [Mais justement, électeurs comme candidats avaient anticipé que leurs partis, unis contre le RN, ne s’entendraient pas ensuite. Les gens de gauche ont voté “tout sauf RN”, et pas pour Macron. Les macronistes et autres gens de droite ont voté “tout sauf RN”, et pas pour le NFP. Les électeurs n’ont donc pas été si contradictoires que ça, et n’ont pas forcément laissé leur convictions au vestiaire.]

      Faut savoir. Si la conviction des électeurs est « tout sauf le RN » dans les urnes, cette conviction devrait se refléter dans le comportement des élus dans l’Assemblée, qui devraient soutenir un gouvernement « tout sauf le RN » sous peine d’être sanctionnés par l’opinion. Or, il est clair que les élus ne sont nullement disposés à composer un gouvernement comprenant toutes les composantes élues grâce au « tout sauf le RN », et on ne voit aucune sanction pointer à l’horizon…

      [Ce qui est aberrant il me semble c’est d’une part de s’allier sans souhaiter ensuite gouverner ensemble.]

      C’était exactement mon point.

      [Peut-être ce blocage va-t-il entraîner une remise en cause du mode de scrutin ? Par exemple vers un système à l’anglaise, dans lequel, si je comprends bien, « the winner takes all » ? Mais comme ça reviendrait à donner les clés d’un prochain gouvernement au RN…]

      Je pense que c’est une illusion de croire que le système électoral ou la reforme constitutionnelle pourrait résoudre un problème qui est fondamentalement politique, celui de la scission entre le bloc dominant et les couches populaires. Le système anglais n’aurait pas forcément arrangé les choses : le système « first pass the post » (scrutin uninominal de circonscription à un tour) pousse irrésistiblement au bipartisme, et donc au fait que les différences politiques au sein de la gauche ou de la droite ne se résolvent pas dans les urnes, mais dans les luttes d’appareil. Pensez aux luttes entre les pro- et anti-Brexit au sein du parti conservateur, ou bien entre les gauchistes de Corbyn et les centristes de Starmer chez les travaillistes…

  13. Baruch dit :

    Résoudre un problème qui est fondamentalement politique, celui de la scission entre le bloc dominant et les couches populaires“C’est à mon avis, ce qui fait que le nouveau front populaire n’a rien à voir avec le Front populaire de 36.Une anecdote familiale du 14 Juillet 1936 :
    Deux villages distants d’un kilomètre, une seule gare à 25 bornes au Nord de Paris.Deux usines une de tréfilerie, une d’orfèvrerie produisant  les couverts en métal argenté, alors très répandus.
    Des ouvriers en grève en Juin, occupation de l’usine (j’ai la photo) augmentations, congés de quinze jours un soulagement, une joie, la fête au village :bal, manège, bistrot sur la place. Tout le monde à la tombée de la nuit part en cortège quittant la fête poings levés et va tourner autour du château du Comte qui était en 35 toujours le maire et a “une chapelle privilégiée au nom de sa famille dans l’église du village, mais qui est remplacé par un gars de l’usine .
    Le slogan : “Blum, Blum, Blum” tout du long, en rythme ternaire jusqu’à la mi-nuit et retour pour danser.Il y avait l’arrière grand-mère née en Bretagne en 1855, la grand- mère veuve avec trois enfants, née en 1878, ma mère de dix-huit ans les neveux de trois ans  et celui de quelques mois dans le landau. 
    Pas un slogan “politique”, pas de discussion sur le premier ministre, mais un son, un martelage de syllabes “Blum, Blum, Blum” ,ce que vous appeliez ici une fois un “réflexe” populaire. Tout le village, toutes les usines. Dans la joie, la rigolade, le pied de nez aux “élites” et aux privilèges. Vous parliez l’autre jour du chant  “Ma blonde entends-tu dans la ville”… Cet espoir était très politique, les Partis étaient respectés, finalement le “Blum, Blum, Blum” était très politique et subversif.Le nouveau front populaire ne produit aucun “réflexe”, une passivité, aucun mouvement pour défendre quoique ce soit sauf des postes.
    Les gens se sont mobilisés dans le vote.Maintenant on discute ,on freine, on cherche des concepts …Un qui est à la mode: Transfuge de classe . J’en suis une si être agrégée de l’université veut dire cela, mais je continue à avoir des “réflexes” “ouvriéristes”  et je ne m’y reconnais plus.

    • Descartes dit :

      @ Baruch

      [“Résoudre un problème qui est fondamentalement politique, celui de la scission entre le bloc dominant et les couches populaires“ C’est à mon avis, ce qui fait que le nouveau front populaire n’a rien à voir avec le Front populaire de 36.]

      Exactement mon point. En 1936, le Front Populaire représentait une large coalition des couches populaires et des classes intermédiaires. En 2024, il y a une scission entre ces deux groupes, et les classes intermédiaires sont plutôt en coalition avec la bourgeoisie.

      [Pas un slogan “politique”, pas de discussion sur le premier ministre, mais un son, un martelage de syllabes “Blum, Blum, Blum” ,ce que vous appeliez ici une fois un “réflexe” populaire. Tout le village, toutes les usines. Dans la joie, la rigolade, le pied de nez aux “élites” et aux privilèges.]

      Pas aux « élites », justement. Le mouvement de 1936 n’est pas « anti-élites », il reste au contraire méritocratique. Ce qu’il rejette, ce sont les « élites de naissance », personnifiées par le Comte dans votre souvenir familial. Mais il n’y a aucune animosité contre les élites légitimées par le mérite. Je ne sais pas si vous avez regardé ce film de Jean Renoir, « La vie est à nous », film de propagande commandé par le PCF. Parmi les « opprimés » qu’il met en scène et qui ont tout à gagner en votant pour le Front Populaire, on trouve… un ingénieur Supéléc !

      [Vous parliez l’autre jour du chant “Ma blonde entends-tu dans la ville”… Cet espoir était très politique, les Partis étaient respectés, finalement le “Blum, Blum, Blum” était très politique et subversif. Le nouveau front populaire ne produit aucun “réflexe”, une passivité, aucun mouvement pour défendre quoique ce soit sauf des postes.]

      Tout à fait : c’est un mouvement très politique sans pour autant être politicard. L’important n’est pas tant la répartition des postes et des carrières, mais de « changer la vie ». C’est particulièrement manifeste pour le PCF, qui compte sur ses militants plus que sur des ministres pour faire avancer ses revendications.

      [Maintenant on discute, on freine, on cherche des concepts …Un qui est à la mode: Transfuge de classe . J’en suis une si être agrégée de l’université veut dire cela, mais je continue à avoir des “réflexes” “ouvriéristes” et je ne m’y reconnais plus.]

      Je ne sais pas si on parle encore aujourd’hui de « traître de classe ». Le terme de « classe » est devenu tabou à gauche. Certains – je pense même à LFI – ont théorisé la disparition de la lutte des classes, remplacé par la confrontation « peuple vs. oligarchie ». Mais il est tristement apparent que le débat à gauche et un débat pour des postes, et non sur des projets. Les socialistes veulent Faure premier ministre, LFI voudrait Bompard, Panot ou pourquoi pas Mélenchon. Le NFP s’étripe sur ça, sans qu’on se pose la question du « pour quoi faire »…

  14. Un Belge dit :

    (En réponse @Descartes @Cording1)
    [Pourriez-vous être plus précis ? Quelles étaient les « instructions de son gouvernement », et en quoi Voynet les a-t-elles « trahies » ?]
    Je pense que Cording1 fait référence à ceci:
    https://www.liberation.fr/checknews/dominique-voynet-a-t-elle-avoue-avoir-saborde-le-nucleaire-francais-lors-dune-negociation-a-bruxelles-en-2000-20221215_ZHH4VFKNFBC6PKQZPZ4QU4FE6Y/
    Extrait choisi (suivi d’une longue recontextualisation par Libé pour minimiser la chose):
    Dominique Voynet raconte, sourire aux lèvres : «Au moment où nous définissions pour la première fois les technologies qui pourraient être utilisées dans le cadre des mécanismes du développement propre, j’avais reçu mandat de tout faire pour que le nucléaire ne soit pas exclu de cette liste. J’étais donc partie à Bruxelles en traînant un peu les pieds et je rencontre mon homologue anglais qui me dit avoir le même mandat. Le tour de table commence et on était les deux seuls Etats à ne pas pouvoir se rallier à une position fermement antinucléaire. Suspension de séance… Nous avons convenu d’appeler nos gouvernements à Londres et à Paris. J’appelle Paris et j’explique à Matignon que je suis désolée mais que le Britannique est en train de lâcher et que je vais me retrouver isolée, ce que déteste la France : être isolée en Europe, c’est impossible… On est revenus hilares l’un et l’autre, avec un grand soulagement, car nous avons eu la consigne de tout faire pour ne pas être isolés et nous avons pu annoncer que finalement nous pouvions nous rallier à la position commune. Je suis rentrée à Paris très contente que le nucléaire ne fasse pas partie des technologies retenues au titre des mécanismes du développement propre. Et le Premier ministre ne m’a pas fait de compliments particuliers sur ce coup-là, c’est sûr.»

    • Descartes dit :

      @ Un Belge

      [“Pourriez-vous être plus précis ? Quelles étaient les « instructions de son gouvernement », et en quoi Voynet les a-t-elles « trahies » ?” Je pense que Cording1 fait référence à ceci: (…)]

      Ah ok. Je pense que dans cette affaire Voynet s’invente un rôle de “rebelle” qui ne correspond que de très loin à la réalité. Je ne pense pas que Jospin ait eu un instant le projet d’aller au clash avec les Allemands sur la question nucléaire, et à partir de là les jeux étaient faits. Voynet s’invente à mon avis des directives qui n’ont jamais existé.

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