Benalla est grand… mais les prophètes ne l’ont pas vu venir

Dans la torpeur de l’été, personne ne l’avait vu venir. En quelques jours, les frasques discrètes  d’un obscur chargé de mission de l’Elysée de 26 ans ont déclenché une tempête politique et médiatique comme on n’en avait pas vu depuis longtemps. Débat parlementaire paralysé, commission d’enquête express, révélations quotidiennes dans la presse, rien ne manque pour le feuilleton estival. Les défenseurs de la macronie accusent l’opposition de gonfler cette affaire hors de toute proportion pour atteindre l’image du président. L’opposition s’en défend, soulignant la gravité des faits mais aussi de ce qu’ils révèlent quant au fonctionnement de l’Elysée. Alors, affaire d’Etat ou tempête dans un verre d’eau ?

Mais commençons par le commencement, et le commencement, c’est le personnage d’Alexandre Benalla. Pour ceux qui comme moi ont trempé dans le petit monde des services d’ordre partisans, la figure est bien connue. On a tous vu passer des jeunes hommes volontaires, dévoués, fascinés par les armes, les uniformes, les brassards, les petits et grands secrets. Des jeunes hommes collectionneurs de badges et laissez-passer (ah, la volupté d’imaginer qu’on peut aller partout sans rien demander à personne, que toutes les portes vous sont ouvertes…). Je me souviens d’un individu dont l’obsession était les clés. Il lui fallait se procurer les clés de toutes les portes, les passes permettant d’accéder partout.  Il n’a d’ailleurs pas bien fini… mais ça, c’est une autre histoire.

On pourrait se demander pourquoi des gens aussi fascinés par le monde de la sécurité ne passent pas leur concours de police ou de gendarmerie. C’est mal les connaître. Etre policier ou gendarme, c’est un métier. Un métier qui s’apprend, qui a son long – très long – cursus honorum pour pouvoir arriver aux postes du haut de la hiérarchie. Et puis, il y a des règles à respecter, une déontologie à observer. Non, ces jeunes hommes n’ont pas envie de s’emmerder à étudier – et respecter – le droit. Ils n’ont pas non plus envie de s’occuper des voleurs à la tire et des violences familiales, qui font une partie non négligeable du travail policier. Non, ces gens-là veulent tout, tout de suite. Et faire la sécurité rapprochée des hommes politiques permet de brûler les étapes.

Car nul n’est mieux placé que le responsable de la sécurité rapprochée d’un homme politique pour rentrer dans son intimité. A être en permanence tout près du grand homme, on devient pour lui une figure familière, connue, rassurante. Cela permet aussi de lui rendre toutes sortes de petits services, de la bouteille d’eau et le sandwich qu’on lui tend quand il a faim et soif, le cadeau pour l’anniversaire de sa femme qu’il a oublié d’acheter… sans oublier le partage des angoisses et des secrets. Vous n’imaginez pas ce qu’un homme politique angoissé peut dire lorsqu’il se lâche dans sa voiture…

Dans un système égo-politique, où tout pouvoir, toute nomination, toute prébende émane du Grand Homme, de tels individus acquièrent du fait même de leur proximité avec lui un pouvoir énorme. Souvent, le Grand Homme n’a même pas besoin d’intervenir en sa faveur. Qui oserait refuser une demande – un badge, un port d’arme, un talkie-walkie, un brassard « police », un appartement de fonction – à un homme qui a l’oreille du président et qui peut lui glisser – dans un moment de détente, un verre à la main – votre nom pour une promotion ou au contraire pour une disgrâce (1)?

Et peut-on reprocher aux hauts fonctionnaires de cultiver ce genre de personnage, de supporter ses humeurs, de satisfaire ses lubies ? On ne peut pas demander aux gens de se suicider. Dans un système où votre avenir dépend de la volonté toute-puissante d’un homme, ou un mot prononcé par un favori au bon moment peut vous propulser dans la stratosphère ou au contraire vous conduire au placard, ce genre de comportements sont inévitables. C’est à cela que sert le statut de la fonction publique, les règles de promotion et de nomination strictes et rigides, le fait de réserver certaines fonctions à certains corps de fonctionnaires : à mettre des limites à la toute-puissance du Grand Homme. Et cela est bon pour tout le monde. Pour le citoyen qui se sait administré par des gens qui doivent leur poste à leur compétence et non à la souplesse de leur échine, et pour le Grand Homme qui a aussi intérêt à être entouré de fonctionnaires qui soient en position de lui dire le fond de leur pensée, et non de sycophantes qui lui disent ce qu’il veut entendre de peur d’être renvoyés.

Le personnage du « favori » à qui tout le monde dit « oui » de crainte des conséquences que pourrait avoir le fait de lui dire « non »  est aussi vieux que le monde politique.  Mais si des excès ont eu lieu sous des régimes antérieurs, ils étaient mieux contrôlés parce que les hauts fonctionnaires, protégés par leurs statuts et par « l’esprit de corps », craignaient moins de dire « non ». Cette affaire donne un petit avant-goût de ce que sera demain cette fonction publique dirigée par des contractuels venus du privé qu’on nous promet. Si un préfet de police, haut fonctionnaire protégé par son statut et par ses pairs, a du mal aujourd’hui à dire « non » à un favori du pouvoir, imaginez-vous ce que sera demain lorsque le poste sera occupé par un contractuel pouvant être viré à merci.

Alexandre Benalla est le révélateur d’un processus de privatisation de la fonction publique, et de l’Etat en général. A la place des fonctionnaires, qui sont tenus par des procédures, des règles, des principes, on amène des « gens du privé » dont on vante l’efficacité et la réactivité, sans se rendre compte que cette efficacité, cette réactivité sont liées précisément au fait qu’ils ne s’embarrassent pas du respect des règles et des principes, tous ces scrupules jugés obsolètes. On parle d’instiller dans la fonction publique la « culture du résultat ». On oublie un peu vite que lorsqu’il s’agit du fonctionnement de l’Etat – et surtout dans ses capacités régaliennes – la manière dont le résultat est obtenu importe presque autant que le résultat lui-même. Lorsqu’un vigile de supermarché brutalise un client, l’affaire est sérieuse. Mais lorsqu’un policier brutalise un passant, l’affaire est gravissime, tout simplement parce que le policier est le dernier recours : si le vigile vous brutalise, vous appelez le policier. Mais si le policier vous brutalise, vous appelez qui ?

Bientôt, on pourra recruter facilement des contractuels y compris pour pourvoir aux postes de responsabilité. Des gens comme Alexandre Benalla n’auront plus besoin de se contenter d’un brassard et une radio prêtées par une relation. Ils  pourront donc  être nommés directement commissaire et pourquoi pas préfet de police. Après tout, il semble que monsieur Benalla est un collaborateur très efficace. Et l’efficacité, c’est tout ce qui compte, n’est ce pas ?

La gestion de cette affaire montre combien Macron se conçoit plus en PDG de l’entreprise France qu’en président de la République. Il ne comprend toujours pas qu’on ne dirige pas l’Etat comme on gère une entreprise, que le critère de l’efficacité ne prime pas tout. Parlant de Benalla, il se proclame aujourd’hui « fier de l’avoir embauché à l’Elysée ». Pourquoi ? Parce que « il a un parcours différent » – différent de quoi, on se le demande, puisque son parcours est assez standard pour un garde du corps –  mais surtout « parce qu’il a fait de bonnes choses à l’Elysée ». En d’autres termes, le fait qu’il ait tabassé deux passants est finalement chose négligeable devant son « efficacité ».

Les auditions de Michel Delpeuch, de Patrick Strzoda, d’Alain Gibelin devant la commission d’enquête parlementaire montrent tous la même chose : des hauts fonctionnaires blanchis sous le harnois qui sont la face visible, tandis que derrière s’active toute une cour de gens venus d’ailleurs, dont la nomination n’apparaît pas au journal officiel, aux responsabilités mal définies, qui se mêlent de tout , qui bénéficient de prébendes et avantages opaques et à qui personne n’ose vraiment mettre des limites. De ce point de vue, le débat sur la sanction infligée à Benalla est ubuesque : Pour avoir déchiré la chemise du DRH d’Air France, des syndicalistes ont écopé de trois mois de prison avec sursis, 500 euros d’amende et, pour le délégué syndical considéré comme le meneur, le licenciement. Pour avoir violenté deux passants déguisé en policier, Benalla écope de 15 jours de mise à pied. La sanction est ridicule et sans rapport avec la faute, et en se déclarant « fier » d’avoir embauché Benalla et en prenant l’entière responsabilité de la sanction, le président de la République ne fait que souligner la contradiction. Comment des agissements peuvent-ils être « inacceptables » et valoir à leur auteur une sanction aussi légère ?

 Peut-être celui qui a résumé la situation le mieux est le député LR Philippe Bas :  « Qu’est ce qu’une République dans laquelle la connaissance et le respect des institutions sont devenus si fragiles au sein de l’Etat qu’il suffit d’occuper et d’invoquer une fonction subalterne dans l’organigramme de l’Élysée  pour que les services placés sous la seule autorité d’un ministre défèrent à des injonctions et s’abstiennent de tirer la moindre conséquence d’agissements contraires à la loi ? (…) Je ne soupçonne ni le premier ministre, ni le ministre de l’intérieur, ni le préfet de police d’avoir inspiré ou approuvé les agissements fautifs de M. Benalla. Je leur reproche de ne pas leur avoir attaché d’importance et de se défausser aujourd’hui encore de leurs devoirs vis-à-vis du fonctionnement normal de nos institutions ».

Mais il y a d’autres enseignements à tirer de cette affaire sur les dérapages de l’égo-politique. Dans « l’ancien monde », celui des partis politiques organisés, la politique était une question collective. On allait au pouvoir derrière un leader, bien sur. Mais on y allait aussi derrière une idéologie, une conception du monde, un projet politique. Et la continuité de ce projet passait devant les hommes. C’est pourquoi les acteurs – hommes politiques et hauts fonctionnaires engagés – trouvaient normal de se sacrifier pour protéger le projet. Lorsque le Rainbow Warrior a coulé, Charles Hernu a soutenu contre toute évidence que le président Mitterrand n’avait pas été informé, et qu’il était le seul responsable de la décision. Il a accepté, tout à fait volontairement d’ailleurs, de porter le chapeau d’une décision où son poids avait été probablement marginal. Et à ma connaissance il n’a jamais exprimé le moindre regret. Lorsque Benalla tabasse un manifestant, le ministre de l’Intérieur proclame son ignorance – il semble que ce soit devenu une excuse acceptable (2) – et ne semble pas disposé à prendre la faute sur lui pour décharger la barque présidentielle. Grandeur et servitudes de l’égo-politique : l’égo-politicien ne doit rien à personne, et choisit ses collaborateurs et proches non pas en fonction d’une idée partagée, mais en fonction de leur utilité et de leur efficacité. Mais à l’inverse, ceux qu’il choisit n’ont avec lui aucun lien idéologique. Ils ne le suivent que tant que c’est leur intérêt. Au rapport de communauté d’idées qui était l’apanage des « vieux » partis, l’égo politique substitue un rapport purement contractuel, pas très différent de celui qui lie un cadre supérieur du privé à son PDG. Macron n’a aucune solidarité à attendre de ses troupes dès lors que cette solidarité ne leur rapporte rien (3).

Pour ce qui concerne l’avenir de la présidence Macron, difficile de se faire une idée des effets de ce scandale. Ceux qui voudront se rassurer se diront qu’un clou chasse l’autre, et que dans le monde médiatique ou nous vivons on ne perd rien à parier sur la capacité d’oubli de l’opinion. Qu’un chanteur populaire meure opportunément, et on n’y parlera plus. C’est très loin d’être évident. D’abord, parce que l’histoire nous a montré que ce type de scandales marque durablement la mémoire citoyenne. Pour ne donner qu’un exemple, l’affaire Pellat fut un moment charnière dans la prise de conscience de la dérive « fric » de la présidence Mitterrand, et l’image du régime ne s’est jamais vraiment remise. Mais surtout, il ne faut pas oublier que pour beaucoup de députés et militants de LREM, souvent des nouveaux arrivants dans la politique, cette affaire apparaîtra comme un véritable dépucelage. Ils ont là la preuve que le « nouveau monde » ressemble drôlement à l’ancien. En pire, car il y a une petite différence entre se faire cirer les pompes aux frais de la princesse et tabasser des citoyens innocents déguisé en policier.

 

 

Descartes

 

 

(1) Pensez à Benoit Schneckenburger, le garde de corps de Mélenchon, et qui se trouve comme par hasard parmi les dix premiers de la liste de LFI pour les élections européennes.

(2) Il serait peut-être temps de restaurer dans ce pays ce qu’on appelle en Grande Bretagne la jurisprudence « Crichel Down ». Cette affaire avait vu la démission d’un ministre pour un acte de l’un des fonctionnaires de son ministère, alors qu’il était prouvé qu’il n’en avait pas connaissance et qu’il ne l’avait pas autorisé. La doctrine est que permettre aux ministres de se cacher derrière leur ignorance est éminemment dangereux, puisqu’il encourage les ministres à savoir le moins possible de ce qui se passe dans leur ministère. Depuis cette affaire, on estime que devant ce genre de situation de deux choses l’une : ou bien le ministre savait, et il doit être viré, ou bien le ministre ne savait pas, et comme sa mission consiste à savoir, il doit être viré.

(3) J’avoue que j’ai du mal à comprendre comment Patrick Strzoda, grand préfet et aujourd’hui directeur de cabinet de Macron, a pu déclarer immédiatement que le président avait été averti immédiatement du comportement d’Alexandre Benalla. La fonction d’un directeur de cabinet est de protéger son patron, y compris en « oubliant » de lui communiquer – ou en niant l’avoir fait – des informations devenues gênantes, et si Strzoda avait appliqué ce sage précept, Macron aurait pu se défausser de l’affaire en utilisant Strzoda comme fusible. Etait-ce cette crainte qui a poussé le directeur de cabinet à la jouer perso ? Ce serait révélateur du climat régnant à l’Elysee : pour protéger De Gaulle, certains étaient prêts à subir les feux de l’enfer. Pour protéger Macron, personne n’a l’air disposé même à se faire toaster doucement…

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154 réponses à Benalla est grand… mais les prophètes ne l’ont pas vu venir

  1. Vincent dit :

    Merci pour cet éclairage, intéressant comme toujours.

    Il me semble qu’il y a un point supplémentaire que vous auriez pu mentionner : 3 officiers de police sont actuellement mis en examen, pour avoir accepté de faire ce que l’homme de main de Macron leur demandait (et qui était illégal).

    Ce qui veut dire que, malgré les discours sur le refus de la république des fusibles, pour l’instant, le président comme le ministre sont solidement en place, alors que 3 fonctionnaires, et peut être davantage à l’avenir, vont devoir payer comptant.

    On peut y voir, comme vous le faites, que les fonctionnaires se sentent en situation tellement précaire (au sens où leur carrière dépend de la manière dont ils se feront voir à la Cour du Président) qu’ils acceptent de passer la ligne rouge pour rendre service.

    On peut aussi y voir, comme je le fais, un signal envoyé à tous les fonctionnaires : quand on vous demande quelque chose qui est un peu au delà de la ligne rouge, si jamais il y a un problème ensuite, c’est vous qui prendrez tout dans la figure, et personne ne vous couvrira, même si vous avez agi sur demande du Palais.

    La conséquence prévisible est que dorénavant, la plupart des fonctionnaires devraient être un peu effrayés par cette perspective (se faire lacher au premier problème).

    Ainsi, la possibilité pour le Palais de court-circuiter les voies normales devrait se compliquer… On peut trouver que c’est très bien ainsi ; je ne travaille pas en contact avec la haute administration, et je ne me rends donc pas très bien compte. Mais peut être que ce type de “court-circuits” permettait d’apporter de la souplesse à la machine d’Etat ?

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [Il me semble qu’il y a un point supplémentaire que vous auriez pu mentionner : 3 officiers de police sont actuellement mis en examen, pour avoir accepté de faire ce que l’homme de main de Macron leur demandait (et qui était illégal). Ce qui veut dire que, malgré les discours sur le refus de la république des fusibles, pour l’instant, le président comme le ministre sont solidement en place, alors que 3 fonctionnaires, et peut être davantage à l’avenir, vont devoir payer comptant.]

      Oui et non. Un « fusible » est quelqu’un qui « saute » pour une faute qu’il n’a pas commise dans le but de protéger celui qui aurait du en prendre la responsabilité. Lorsque Charles Hernu – pour reprendre l’exemple de mon papier – déclare que c’est lui qui a pris la décision de couler le Rainbow Warrior, il protège l’auteur réel de la décision, François Mitterrand. Dans le cas que vous citez, les trois policiers mis en examen le sont pour des fautes qu’ils ont effectivement commises personnellement. On ne peut pas dire que ce soient des « fusibles ».

      La mise en examen de ces trois fonctionnaires met en lumière un autre mécanisme pervers : celui du fonctionnaire qui est mis devant l’alternative de déplaire à un homme qui a – ou du moins qui est perçu comme ayant – le pouvoir de briser sa carrière et le respect de la loi. Lorsque vous décrochez votre téléphone et qu’une voix vous dit « je suis le conseiller du président de la République, et le président voudrait que vous fassiez ceci », que répondez-vous ?

      [On peut y voir, comme vous le faites, que les fonctionnaires se sentent en situation tellement précaire (au sens où leur carrière dépend de la manière dont ils se feront voir à la Cour du Président) qu’ils acceptent de passer la ligne rouge pour rendre service.]

      Exactement. Et pour le vivre quotidiennement, je peux vous dire que c’est ainsi que les choses se passent. Il faut une grande droiture d’esprit – et une bonne dose d’inconscience – pour dire « non » à un conseiller ministériel, et encore plus à un conseiller de l’Elysée ou de Matignon. Les plus courageux – ou les moins inconscients – parmi les fonctionnaires disent « oui » et ensuite ne font pas. Ou demandent un ordre écrit – demande dont le pouvoir dissuasif peut être considérable. Mais la plupart cèdent, surtout lorsqu’ils ont l’impression que l’illégalité qu’on leur demande d’accomplir est mineure… et c’est ainsi que petit à petit, d’illégalité en illégalité, on finit par faire une grosse bêtise.

      [On peut aussi y voir, comme je le fais, un signal envoyé à tous les fonctionnaires : quand on vous demande quelque chose qui est un peu au delà de la ligne rouge, si jamais il y a un problème ensuite, c’est vous qui prendrez tout dans la figure, et personne ne vous couvrira, même si vous avez agi sur demande du Palais.]

      Mais ça, tout fonctionnaire d’un certain niveau le sait. On vous l’enseigne à l’ENA…

      [La conséquence prévisible est que dorénavant, la plupart des fonctionnaires devraient être un peu effrayés par cette perspective (se faire lâcher au premier problème). Ainsi, la possibilité pour le Palais de court-circuiter les voies normales devrait se compliquer…]

      Vous rêvez. Le choix est de déplaire au Palais et la certitude de se faire virer tout de suite, ou la probabilité de se faire virer si l’affaire venait à être découverte… Non, si vous voulez que les hauts fonctionnaires puissent dire « non » lorsqu’on leur demande de violer la loi, il faut les protéger. C’est à ça que sert le statut du fonctionnaire, c’est à ça que sert l’esprit de corps, c’est à ça que servent les procédures de nomination rigides et normées. Chaque fois qu’on parle d’affaiblir ces protections, de permettre des nominations de gens choisis selon le bon plaisir du pouvoir politique, on affaiblit le rôle de gardien du droit qu’exerce une fonction publique de carrière.

      [Mais peut être que ce type de “court-circuits” permettait d’apporter de la souplesse à la machine d’Etat ?]

      Mon expérience est que ce type de « court-circuit » permettent surtout de récompenser les serviteurs fidèles – aux frais de la princesse – comme ce fut dans le cas avec l’infortuné Benalla.

  2. Antoine dit :

    Bonjour Descartes,

    Je ne doutais pas que cette affaire, qui touche au fonctionnement de l’État et aux principes de la fonction publique, vous ferait réagir.

    J’ai une petite question concernant ce que vous appelez le tabassage de passants. L’intervention de Benalla n’est-elle pas somme toute assez classique (hormis le fait, bien sûr, qu’il n’était pas flic) ? On voit sur une vidéo que ces deux « passants » (qui ne l’étaient pas vraiment) avaient commencé à jeter des projectiles à la figure des CRS, et à leur faire des bras d’honneurs. Ils auraient très bien pu se faire alpaguer de la même manière par d’authentiques policiers…

    Enfin, concernant Macron et ses rodomontades (« qu’ils viennent me chercher »), j’ai l’impression qu’il est descendu bien bas, et je ne peux pas m’empêcher qu’un Mitterrand ou même Chirac s’en sortirait autrement. Je suis d’accord avec vous : cette affaire va laisser des traces. D’autant qu’à mon avis, les couches élevées de la fonction publique constituaient une fraction non négligeable de son électorat et de ses soutiens…

    • Descartes dit :

      @ Antoine

      [Je ne doutais pas que cette affaire, qui touche au fonctionnement de l’État et aux principes de la fonction publique, vous ferait réagir.]

      Vous avez vu juste… 😉

      [J’ai une petite question concernant ce que vous appelez le tabassage de passants. L’intervention de Benalla n’est-elle pas somme toute assez classique (hormis le fait, bien sûr, qu’il n’était pas flic) ? On voit sur une vidéo que ces deux « passants » (qui ne l’étaient pas vraiment) avaient commencé à jeter des projectiles à la figure des CRS, et à leur faire des bras d’honneurs. Ils auraient très bien pu se faire alpaguer de la même manière par d’authentiques policiers…]

      Peut-être. La caractéristique fondamentale de l’Etat, c’est le monopole de la force légitime. Ce qui fait par un CRS, soumis aux instructions et au contrôle d’une hiérarchie, dans un cadre légal, aurait été une interpellation musclée, fait par une personne privée s’appelle un tabassage.

      [Enfin, concernant Macron et ses rodomontades (« qu’ils viennent me chercher »), j’ai l’impression qu’il est descendu bien bas, et je ne peux pas m’empêcher qu’un Mitterrand ou même Chirac s’en sortirait autrement.]

      Je suis d’accord. Macron est au niveau d’un patron de PME, pas d’un président de la République. Faire des moulinets devant une audience de « groupies », ce n’est pas vraiment la preuve d’un grand courage. Et son discours sur le mode « je suis fier d’avoir embauché Benalla à l’Elysée » alors qu’en même temps il proclame que sa conduite était « inacceptable » est irrationnel. Je pense – et je ne suis pas le seul – que Macron n’a toujours pas pris conscience de la gravité de l’affaire. Il continue à excuser Benalla sur le mode « il a fait une erreur ». Mais quand la même personne fait le même type « d’erreurs » systématiquement, il faut admettre que loin d’être une erreur il s’agit d’un comportement habituel du personnage. Le tabassage pouvait passer pour une erreur s’il n’y avait pas eu quelques semaines plus tard la tentative de se procurer les images de vidéosurveillance. Benalla n’a pas violé la loi par « erreur », il l’a violée parce qu’il la méprise, parce qu’il s’estime au dessus des lois. Que Macron soit « fier » d’avoir recruté ce type de profil dit beaucoup sur lui-même.

  3. @Descartes

    Au paragraphe 7, première ligne, vous avez écrit “pourarit” au lieu de “pourrait”.

    Sinon, en tant que libéral, je ne soutiens absolument pas la privatisation des fonctions régaliennes (que deviendraient lesdits “contractuels” une fois rejetés dans la nature ? Probablement des chefs de bande. Je ne crois pas que la sécurité publique s’en trouvera améliorée). Je ne vois du reste pas pourquoi la sécurité du président devrait impliquer davantage que le GSPR.

    • Descartes dit :

      @ Johnathan R. Razorback

      [Sinon, en tant que libéral, je ne soutiens absolument pas la privatisation des fonctions régaliennes (…)]

      On pourrait presque être d’accord, vous et moi, si seulement nous n’avions pas une vision diamétralement opposé de ce que sont les « fonctions régaliennes »… 😉

      En fait vous vous déclarez « libéral » mais votre libéralisme est assez pragmatique. Et sous ma plume, ce qualificatif n’est certainement pas une critique. De la même manière que je me considère moi-même un communiste pragmatique. Le modèle libéral « pur » tout comme le modèle communiste « pur » reposent sur une société idéalisée reposant sur des individus idéalisés qui auraient spontanément des comportements idéalisés. Appliqués au monde réel, le modèle libéral « pur » aboutit à la loi de la jungle, tout comme le modèle communiste « pur » aboutit à un système totalitaire.

      Je crois qu’il faut accepter qu’il existe un hiatus entre le monde des idées et le monde réel. Les modèles construits dans le monde des idées sont intéressants, mais leur transposition intégriste sur le monde réel conduit à la catastrophe. Tout l’art du politique, c’est bien d’adapter un modèle idéal au monde réel.

      [Je ne vois du reste pas pourquoi la sécurité du président devrait impliquer davantage que le GSPR.]

      Mais… parce que le président veut des gens « qui fassent le boulot », et qui ne se laissent pas arrêter par des vétilles comme le respect des lois ou de la Constitution. Comme vous le savez, j’ai beaucoup d’amis dans la haute fonction publique. Et ils me disent tous la même chose : rappeler à un conseiller du ministre qu’on n’a pas le droit de priver les gens arbitrairement de leur propriété ou de les emprisonner pour des faits antérieurs à la loi qui les punit, c’est se faire traiter de « pinailleur », de « saboter les réformes », de « défendre l’ancien monde ». Parce qu’il paraît que dans le « nouveau monde », il faut être « flexible » – ce qui aboutit en fait à un traitement à la tête du client.

      Vous voulez un exemple ? Un décret est passé récemment qui illustre parfaitement cette dérive : il s’agit du décret n° 2017-1845 du 29 décembre 2017 relatif à l’expérimentation territoriale d’un droit de dérogation reconnu au préfet. Et que dit ce décret ? Que dans un certain nombre de départements et de collectivités territoriales (il s’agit d’une expérimentation) les préfets « peuvent déroger à des normes arrêtées par l’administration de l’Etat ». En d’autres termes, la loi sera égale pour tous, sauf pour certains. Ce pouvoir de dérogation est particulièrement large : il concerne les subventions, concours financiers et dispositifs de soutien en faveur des acteurs économiques, des associations et des collectivités territoriales ; l’aménagement du territoire et politique de la ville ; l’environnement, agriculture et forêts ; la construction, logement et urbanisme ; l’emploi et activité économique ; la protection et mise en valeur du patrimoine culturel ; les activités sportives, socio-éducatives et associatives.

      Il est vrai qu’il y a quelques gardes fous : il faut justifier d’un motif d’intérêt général et l’existence de circonstances locales ; avoir pour effet d’alléger les démarches administratives, de réduire les délais de procédure ou de favoriser l’accès aux aides publiques ; etre compatible avec les engagements européens et internationaux de la France ; et, last but not least, ne pas porter atteinte aux intérêts de la défense ou à la sécurité des personnes et des biens, ni une atteinte disproportionnée aux objectifs poursuivis par les dispositions auxquelles il est dérogé.

      Mais ce qui est intéressant, c’est l’histoire de cette disposition. Elle était au départ incluse dans la fameuse loi sur « le droit à l’erreur » que la macronie voulait faire passer rapidement à la hussarde. La disposition originale ne prévoyait pas de gardes fous, et était bien plus large. C’est le Conseil d’Etat qui a hurlé à la mort, au nom du principe d’égalité devant la loi mais aussi devant le champ d’arbitraire ainsi ouvert. On peut beaucoup critiquer l’esprit de corps du Conseil d’Etat, mais au moins on peut constater que cela permet à ses membres de dire leurs quatre vérités sans craindre pour leur carrière.

      Il ne reste pas moins que ce texte donne au préfet – c’est-à-dire, au gouvernement – le pouvoir d’effacer avec le coude en local ce qu’il a écrit avec la main au niveau national. Un instrument fort utile pour faire plaisir à tel ou tel grand baron local qui voudrait construire un centre commercial en s’affranchissant de quelques règles d’urbanisme…

    • jean dit :

      en tant que stalinien j’ai pas de grands probleme a ce qu on privatise certaine fonction au profit du parti…

    • Descartes dit :

      @ jean

      [en tant que stalinien j’ai pas de grands probleme a ce qu on privatise certaine fonction au profit du parti…]

      Alors vous n’êtes pas un véritable stalinien. Parce que les staliniens ont veillé très attentivement à ce que les fonctions de l’Etat restent séparées des fonctions du Parti. Et en particulier, l’Etat a gardé, pendant toute la période stalinienne, le “monopole de la violence légitime”. Ce sont les institutions de l’Etat – et non celles du Parti – qui organisaient et géraient la répression. Les staliniens français, comme Maurice Thorez, ne font pas autre chose lorsqu’ils acceptent le désarmement des organisations de résistance une fois la légalité républicaine rétablie.

      Votre position semble plutôt proche de la vision trotskyste…

    • jean dit :

      “Alors vous n’êtes pas un véritable stalinien.”

      De tout facon l’ideologie est pas mon fort…mais bon une marche pour aller enfourcher macron serai pas une mauvais idee…je serai pas l’expliquer la c’est purement intuitif.

      …!

      “en tant que liberal” !!!!!….@Descartes, je peux faire un ecart a la charte du blog et dire que c une belle expression de connard !?

    • Vincent dit :

      》Alors vous n’êtes pas un véritable stalinien. (…)
      》Votre position semble plutôt proche de la vision trotskyste…

      Bonjour,

      Pour enrichir ma culture politique, sauriez vous définir (si possible bien sûr en faisant un lien avec le contexte actuel ) ce que représentent politiquement :
      – les communistes
      – les staliniens
      – les trotskistes
      – les gauchistes
      Voire même :
      – les mao
      – les anarchistes

      Merci !

    • Descartes dit :

      @ jean

      [“en tant que liberal” !!!!!….@Descartes, je peux faire un ecart a la charte du blog et dire que c une belle expression de connard !?]

      Seulement si vous expliquez en quoi se déclarer libéral serait “une expression de connard”. Je ne vois rien de “con” là dedans. Le libéralisme est une doctrine essentielle dans l’histoire de la philosophie politique. On peut critiquer les libéraux, juger que leur projet est dépassé… mais cela n’en fait pas des “connards”.

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [Pour enrichir ma culture politique, sauriez-vous définir (si possible bien sûr en faisant un lien avec le contexte actuel) ce que représentent politiquement : (…)]

      Pour vous répondre d’une manière très schématique, les « communistes » sont ceux qui veulent mettre fin à l’exploitation du travail humain par le capital. Dans ce mouvement vous trouvez deux grandes branches, les communistes « utopiques » (babouvistes, anarchistes) qui voient le communisme comme l’œuvre d’individus conscientisés et d’organisations « de base », et les « scientifiques » (Marxistes) qui voient le communisme comme l’aboutissement d’un processus d’évolution sociale. Les « scientifiques » se divisent eux-mêmes sur les rapports à la nation : les staliniens voient la construction du socialisme sur une dimension nationale, les trotskystes rejettent la nation comme concept politique. La gauchisme, quant à lui, est un mouvement des « classes moyennes » qui reprend la rhétorique communiste pour disputer aux partis communistes l’influence sur la classe ouvrière.

      Politiquement, ces mouvements ne représentent aujourd’hui pas grande chose. La troisième révolution industrielle qui a redonné du souffle au capitalisme ne laisse pas beaucoup de marge à des organisations communistes qui défendraient les intérêts de la classe ouvrière, d’où la disparition ou la « mutation » des partis communistes « staliniens » en organisations défendant les intérêts des « classes moyennes ». Parallèlement, le gauchisme a perdu sa fonction première et ne survit que comme alibi pour permettre à ces mêmes « classes moyennes » de jouir de leurs privilèges sans ressentir de culpabilité…

    • Vincent dit :

      Merci pour la réponse.

      > Les [marxistes] se divisent eux-mêmes sur les rapports à la nation : les staliniens voient la construction du socialisme
      > sur une dimension nationale, les trotskystes rejettent la nation comme concept politique.

      C’était bien la même distinction que je faisais (et que j’avais apprise au lycée). Mais cela me parle assez peu sur ce que cela donne en pratique, notamment sur le role du parti dans la politique du pays, puisque c’est de cela qu’il s’agissait dans la discussion.

      Voulez vous dire que les marxistes, du fait qu’ils ne reconnaissent pas la Nation, ne reconnaissent pas non plus l’Etat, et donc ils auraient plus tendance à placer les milices au sein du parti qu’au sein de l’Etat ?

      Et est ce que les partis qui se revendiquent aujourd’hui du trostkisme (LO ; LCR/NPA ; POI) sont selon vous conformes à la définition que vous en faites, ou sont ils plutôt des gauchistes ? Si c’est le cas, est ce récent ?

      Y a-t-il aujourd’hui encore des mouvements de gauche qui ne soient pas des gauchistes ?

      > La gauchisme, quant à lui, est un mouvement des « classes moyennes » qui reprend la rhétorique communiste pour
      > disputer aux partis communistes l’influence sur la classe ouvrière.

      Ce qui voudrait dire que le gauchisme n’a pas de fondement idéologique, et qu’il s’agit simplement de réemploi de vocabulaire ? Ou je comprends mal ? Est ce que vous mettez les Mao dans les gauchistes ?

      J’ai l’impression qu’au contraire, parallèlement à la prééminence du gauchisme à gauche, le vocabulaire marxiste a disparu du champ politique (on ne parle plus jamais d’exploités, d’aliénation, etc.) ; il n’y a donc pas de récupération du marxisme par le gauchisme, mais un effacement du marxisme…

      Si vous considérez que le gauchisme n’est pas une idéologie : peut être que, en cartésien intégriste (ce n’est pas une insulte pour moi), vous considérez qu’une idéologie politique qui refuse la démarche cartésienne ne mérite même pas d’être considérée en tant que telle ?
      (Les gauchismes ont en effet avant tout en commun de jouer sur les formes et les émotions, en refusant implicitement toute démarche rationnelle).

      Est ce que vous incluez dans le gauchisme le grand courant intellectuel qui en était contemporain, et qui a touché par exemple l’enseigment de la littérature, la psychanalyse… où l’emploi de vocabulaire ou de phrases “qui en imposent” vient souvent masquer l’indigence du fond.

      Merci d’avance,
      Vincent

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [C’était bien la même distinction que je faisais (et que j’avais apprise au lycée). Mais cela me parle assez peu sur ce que cela donne en pratique, notamment sur le role du parti dans la politique du pays, puisque c’est de cela qu’il s’agissait dans la discussion.]

      Si vous prolongez le raisonnement, vous trouvez la réponse à votre question : les « staliniens », parce qu’ils s’insèrent dans une logique nationale, ont tendance à s’approprier la tradition historique de leur pays et à s’intégrer au jeu institutionnel. Dans les meetings du PCF « stalinien » on chante la Marseillaise et l’Internationale, on agite le drapeau tricolore et le drapeau rouge, on se réfère autant à la Révolution d’Octobre qu’à la Révolution française. Les communistes « staliniens » ne rejettent pas l’idée de gérer une municipalité, un département, un ministère.

      Les trotskystes, en rejetant le niveau national, se mettent en marge du système institutionnel, tout simplement parce que les systèmes institutionnels sont organisés autour du cadre national. Les trostkystes se placent donc dans une logique d’opposition permanente, de rejet de toute insertion institutionnelle jusqu’au jour où les masses leur donneront le pouvoir de faire des institutions, qui seront par force « internationales ».

      [Voulez vous dire que les marxistes, du fait qu’ils ne reconnaissent pas la Nation, ne reconnaissent pas non plus l’Etat, et donc ils auraient plus tendance à placer les milices au sein du parti qu’au sein de l’Etat ?]

      Je ne me souviens jamais d’avoir dit que les « marxistes » ne reconnaissent pas la nation. Je me demande si le mot « marxiste » n’est pas ici utilisé pour « trotskyste »… Dans ce cas, oui, c’est un peu la conséquence logique de ce que j’avais écrit. Dès lors qu’on en fait confiance à l’Etat, bras armé de la nation, pour détenir le monopole de la violence légitime, on ouvre la porte à la violence privée, et en particulier celle du Parti.

      [Et est-ce que les partis qui se revendiquent aujourd’hui du trostkisme (LO ; LCR/NPA ; POI) sont selon vous conformes à la définition que vous en faites, ou sont ils plutôt des gauchistes ? Si c’est le cas, est ce récent ? Y a-t-il aujourd’hui encore des mouvements de gauche qui ne soient pas des gauchistes ?]

      L’un n’exclut pas l’autre. Le terme « gauchiste » n’est pas du même ordre que le terme « trotskyste » ou « léniniste ». Le trotskysme, le léninisme sont des cadres idéologiques, et ceux qui y adhèrent y trouvent des principes d’organisation politique et de description du monde. Le gauchisme est une attitude, une forme d’utilisation d’un cadre idéologique comme justification. On peut donc être « trotskyste » ET « gauchiste », on peut être l’un sans l’autre.

      Aujourd’hui, les « classes moyennes » se sont assurés un tel monopole dans le champ politique que l’ensemble des organisations de gauche défendent essentiellement leurs intérêts. Elles ne peuvent donc qu’être soit gauchistes (quand elles n’assument pas ce fait et conservent un discours « populaire ») soit social-libérales (lorsqu’elles l’assument et tiennent un discours « gestionnaire »).

      [Ce qui voudrait dire que le gauchisme n’a pas de fondement idéologique, et qu’il s’agit simplement de réemploi de vocabulaire ? Ou je comprends mal ?]

      Non, vous avez bien compris. Le gauchisme consiste à récupérer un cadre idéologique et à l’utiliser sa rhétorique pour justifier la poursuite d’une politique qui n’a aucun rapport avec lui. Lorsque Mitterrand déclare que « ceux qui ne veulent pas une rupture avec le capitalisme n’ont pas leur place au Parti socialiste », il fait du gauchisme.

      [Est ce que vous mettez les Mao dans les gauchistes ?]

      Oui. Il suffit de voir quelles sont les politiques qu’ils ont fini par soutenir dans les faits, une fois la rhétorique révolutionnaire passée de mode…

      [J’ai l’impression qu’au contraire, parallèlement à la prééminence du gauchisme à gauche, le vocabulaire marxiste a disparu du champ politique (on ne parle plus jamais d’exploités, d’aliénation, etc.) ; il n’y a donc pas de récupération du marxisme par le gauchisme, mais un effacement du marxisme…]

      Oui, et c’est logique. Lorsque le « parti de la classe ouvrière » utilisait un vocabulaire marxiste, il était essentiel de reprendre ce vocabulaire pour lui disputer sa place. Dès lors que ce parti a disparu – ou plutôt à cessé d’utiliser un vocabulaire marxiste et de défendre la classe ouvrière – la reprise de ce vocabulaire n’a aucun intérêt. On ne peut pas analyser le gauchisme d’aujourd’hui comme on analyse le gauchisme des années 1970. A cette époque, le gauchisme se construit contre le PCF et comme outil de la guerre froide contre l’URSS. Aujourd’hui, le gauchisme sert purement à évacuer le sentiment de culpabilité des « classes moyennes ». C’est pourquoi aujourd’hui le gauchisme prend de moins en moins le vocabulaire trotskyste ou maoïste, et de plus en plus la logique compassionnelle et vaguement néo-catho.

      [Si vous considérez que le gauchisme n’est pas une idéologie : peut être que, en cartésien intégriste (ce n’est pas une insulte pour moi), vous considérez qu’une idéologie politique qui refuse la démarche cartésienne ne mérite même pas d’être considérée en tant que telle ?]

      Non, pas du tout. Une idéologie est un ensemble de concepts, d’idées, de valeurs, de tabous qui permettent d’interpréter le monde réel. Le gauchisme est plus une posture – la récupération d’un cadre idéologique pour se justifier – qu’une idéologie, même si on trouve entre les gauchistes une communauté idéologique du fait qu’ils tendent à récupérer les mêmes cadres. Ce qu’on appelle « l’idéologie gauchiste » est en fait le cadre marxiste « récupéré » et remanié pour servir les intérêts des « classes moyennes »…

      [(Les gauchismes ont en effet avant tout en commun de jouer sur les formes et les émotions, en refusant implicitement toute démarche rationnelle).]

      Pas forcément. Vous trouverez des gauchistes qui font au contraire étalage d’une hyper-rationalité théorique. C’était le cas des maoïstes soixante-huitards, par exemple.

      [Est ce que vous incluez dans le gauchisme le grand courant intellectuel qui en était contemporain, et qui a touché par exemple l’enseigment de la littérature, la psychanalyse… où l’emploi de vocabulaire ou de phrases “qui en imposent” vient souvent masquer l’indigence du fond.]

      Vous voulez dire le post-modernisme ? Non, le post-modernisme est une véritable idéologie. Que certains gauchistes aient pu récupérer son cadre et son vocabulaire comme ils avaient auparavant récupéré le cadre et vocabulaire marxiste – et du coup fabriqué ce vocabulaire « qui en impose » mais qui ne vient rien dire – ne lui retire pas cette qualité.

  4. luc dit :

    Alexandre Filsde dieu,(c’est la signification de son Nom),a plus fait pour faire reculer Macron,que l’ensemble de l’opposition,en particulier pour le recul sine die,du projet de réduction du nombre de parlementaires.
    Qu’en pensez vous ?

    • Descartes dit :

      @ luc

      [Alexandre Filsde dieu (c’est la signification de son Nom),]

      Pas tout à fait. Je me suis laissé dire que le préfixe « ben » en arabe a un sens génitif. En d’autres termes, cela peut vouloir dire « fils de » mais aussi « qui vient de » ou « qui appartient a ». Traduire « Benalla » par « Dieudonné » me semble plus raisonnable…

      [a plus fait pour faire reculer Macron, que l’ensemble de l’opposition, en particulier pour le recul sine die du projet de réduction du nombre de parlementaires.]

      On n’est jamais trahi que par les siens. L’affaire Benalla affaiblit le gouvernement parce qu’elle allume les projecteurs sur ce qu’est le « système Macron ». Et on découvre alors qu’on est devant un système dans lequel on a tellement affaibli la fonction publique comme institution que le phénomène de « cour », inévitable en politique, n’a plus de contrepoids. De plus en plus, les hauts fonctionnaires sont recrutés pour leur capacité à dire « oui » au moindre caprice du pouvoir. Cela avait été dit explicitement, même si la portée du discours n’avait pas été saisie par tout le monde à l’époque. Oui, souvenez-vous quand Macron déclarait vouloir mettre en place un « système des dépouilles » à l’américaine, et d’exiger que les directeurs d’administration et les préfets soient « engagés dans la politique du gouvernement ». On était prévenu donc : le haut fonctionnaire qui exprime la moindre réserve doit être viré. Comment s’étonner alors que les hauts fonctionnaires finissent par dire « amen » à n’importe quelle lubie de n’importe que obscur conseiller qui a l’oreille du prince ?

    • xc dit :

      @Descartes
      Souvenez-vous de ce ministre des finances (j’ai oublié lequel et pas jugé indispensable de rechercher) qui n’a obtenu que des mois après sa demande la liste des plus hauts traitements de Bercy, et qui l’a reçue sur papier non photo-copiable. Est-il bien normal que des fonctionnaires retiennent l’information sollicitée par leur ministre?
      A propos du (2): je vous trouve bien sévère. Un ministre ne peut pas mettre des micros et caméras partout pour savoir ce que font, ou ne font pas, leurs subordonnés. La question me semble être de savoir si ces derniers ont des consignes claires. Si c’est le cas, c’est leur rôle que de les suivre. Ce sont eux qu’il faut sanctionner s’ils ne le font pas. La responsabilité du ministre ne devrait être engagée, hors pour ses choix politiques ou les cas d’une particulière gravité, qu’en cas de dysfonctionnements persistants de son Administration. Mais je sais bien qu’il ne peut y avoir de règle stricte dans un tel domaine.

    • Descartes dit :

      @ xc

      [Souvenez-vous de ce ministre des finances (j’ai oublié lequel et pas jugé indispensable de rechercher) qui n’a obtenu que des mois après sa demande la liste des plus hauts traitements de Bercy, et qui l’a reçue sur papier non photo-copiable. Est-il bien normal que des fonctionnaires retiennent l’information sollicitée par leur ministre?]

      Je pense que vous devriez le rechercher. Vous constaterez que c’est un mythe. Vous pouvez vous-même consulter les plus hauts traitements de l’ensemble de la fonction publique : il vous suffit de consulter les grilles indiciaires des différents corps, qui sont publiés au Journal Officiel et qu’on retrouve sur beaucoup de sites. Pour vous donner un exemple, voici par exemple le traitement des directeurs et directeurs généraux d’administration centrale :

      http://www.emploitheque.org/grade-etat-17-Directeur-general-et-Directeur-d-administration-centrale-45

      Le problème n’est pas tant le traitement, qui est fixé par voie réglementaire, que les primes qui s’ajoutent à ce traitement. Mais là encore, déterminer le revenu d’un fonctionnaire ne présente aucune difficulté. Je vous rappelle que la loi vous permet de consulter le revenu imposable de n’importe quel contribuable. J’ignore si un ministre a jamais déclaré qu’il n’avait pu se procurer les informations sur le revenu de ses subordonnés, mais s’il l’a fait, il a menti.

      [A propos du (2): je vous trouve bien sévère. Un ministre ne peut pas mettre des micros et caméras partout pour savoir ce que font, ou ne font pas, leurs subordonnés.]

      Possible. Mais il a le pouvoir de les choisir et de les renvoyer. A lui de choisir des gens dignes de confiance.

      [La question me semble être de savoir si ces derniers ont des consignes claires. Si c’est le cas, c’est leur rôle que de les suivre. Ce sont eux qu’il faut sanctionner s’ils ne le font pas.]

      Je vous retourne votre argument : un ministre ne peut pas donner des « consignes claires » pour tout ce qui se fait dans son ministère. On est donc ramené à la question initiale : soit le ministre peut se défausser de toute responsabilité sur ce qu’il ignore – et dans ce cas son intérêt est d’ignorer un maximum de choses – soit on déclare qu’il sera responsable de tout ce qui se passe dans son ministère, qu’il soit ou non au courant, et cela le poussera à s’informer et à nommer des gens compétents et fiables pour surveiller ce qu’il ne peut surveiller lui-même.

  5. Tythan dit :

    Merci pour ce nouvel article. Quelques petites coquilles : que pourarit au lieu de pourrait 7ème paragraphe. Même paragraphe leur statut au lieu de leurs statuts (je suppose que vous parlez du statut des hauts fonctionnaires : donc vous ne parlez que d’un? ou alors il y en a plusieurs (et effectivement je suppose que les statuts des militaires n’est pas le même que celui des cadres civils?).

    La note 2 doit être supprimée parce que vous l’avez intégrée dans le corps de votre message.

    • Descartes dit :

      @ Tythan

      Merci de ces corrections que j’ai prises en compte. Sauf celle concernant “les statuts”. Car je parle bien d’un “statut” unique, qui est celui de la fonction publique. Bien entendu, les dispositions statutaires qui régissent les différents corps ne sont pas les mêmes, mais par convention on parle d’une “fonction publique” unique, régie par des principes qui sont communs à tous les fonctionnaires, civils et militaires d’ailleurs. C’est ce corpus de principes et règles qu’on appelle “le statut” au singulier.

  6. CVT dit :

    @Descartes,

    rendez-nous les Sanguinetti, Foccart, Pasqua et compagnie! Eux, au moins, en matière de coup tordus, c’étaient de vrais pros 😉 !
    Idem à gauche pour des gens comme Dumas, Grossouvre ou Vergès… Je suis consterné par l’amateurisme qui règne au sommet de l’Etat, du moins chez nos dirigeants.

    Au fond de moi, je reste le grand naïf que j’étais dans ma jeunesse mais l’adulte savait parfaitement qu’on ne fait pas de politique avec des bons sentiments. Comme vous l’évoquiez avec Charles Hernu, qui servit de fusible pour protéger Tonton dans l’affaire du Rainbow Warrior, cela illustrait le fait que certains devaient se salir les mains pour que celles du chef puisse continuer à rester blanches… Mais ça, c’était avant!

    Je dirais que l’affaire Woerth, qui date de la fin de la décennie 2000, a marqué un tournant en matière de de dilemme entre responsabilité individuelle et de protection des institutions. Si vous vous souvenez bien, l’ex-ministre de Sarkozy a fait passer l’institution UMP au-dessus de sa personne, et a nié devant la justice toute malversation pour le compte des finances de l’UMP, et ce malgré sa mise en examen et une chasse à courre médiatique. Il a fini par obtenir gain de cause avec un non-lieu, non seulement grâce à sa ténacité personnelle, mais surtout parce qu’à l’UMP, tout le monde a serré les rangs pour le protéger. Pour ma part, j’ai toujours pensé qu’il était coupable, mais la justice ayant estimé ne pas avoir assez d’éléments probants, c’était le seul verdict possible.

    En matière d’affaires politiques, Woerth était donc le dernier des Mohicans, car une nouvelle attitude est apparue en même temps que les socialistes sont arrivés à l’Elysée en 2012: celle qui consiste à refuser de payer pour l’institution afin de sauver sa peau. Ce modèle de comportement intéressé, ultra-individualiste et anti-institutionnel, a été inauguré avec l’affaire Cahuzac, qui a préféré sauvé sa peau plutôt que le parti, mettant ainsi à mal le mandat de Flamby dès son arrivée à l’Elysée… D’ailleurs, en bons successeurs des socialistes, les partisans de Micronléon ont été prompts à montrer l’Elysée du doigt dès que les médias se sont emparés de l’affaire Benalla, montrant un degré de panique jamais vu sous la Vè République: les députés LREM ont carrément brandi une motion de censure! C’est vraiment n’importe quoi, cela montre surtout à quel point qui se ressemblent s’assemblent: tous unis dans le mépris des institutions de la République, et par ricochet, des électeurs!

    Je suis suffoqué par l’égoïsme et le nombrilisme de Macron et de ses partisans, car leur absence totale de civisme (quel gros mot!) risque d’ébranler notre pays bien plus qu’une crise boursière ou économique: je ne sais plus qui disait cela, mais le LREM n’est pas un parti, c’est une conjuration…

    • Descartes dit :

      @ CVT

      [@Descartes,

      [rendez-nous les Sanguinetti, Foccart, Pasqua et compagnie! Eux, au moins, en matière de coup tordus, c’étaient de vrais pros 😉 !]

      La différence n’est pas seulement celle du professionnalisme. Les Sanguinetti, les Foccart et même les Pasqua agissaient au nom de la raison d’Etat. Qu’ils se soient servis au passage, c’est possible – même si on se dit que si le but avait été de gagner de l’argent, en faisant jouer leurs compétences et leurs réseaux Foccart ou Sanguinetti auraient pu mourir milliardaires, et c’est loin d’être le cas. Mais derrière leurs agissements il y avait toujours l’intérêt supérieur de l’Etat. On peut discuter l’interprétation qu’ils en faisaient de cet « intérêt supérieur », mais on ne peut pas nier qu’il était pour eux un élément important de leur action.

      Ce n’est pas le cas de Benalla (pas plus que de Dumas ou de Grossouvre). Benalla n’est pas allé Place de la Contrescarpe, il n’a pas tabassé deux passants parce qu’il pensait que l’intérêt supérieur de l’Etat était en jeu. Il y est allé pour se faire plaisir, pour s’amuser, pour se shooter à l’adrénaline. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Les Sanguinetti, les Foccart, les Pasqua ont assumé chacun de leurs actes pour ce qu’ils étaient à leurs yeux : des actes illégaux mais nécessaires. Ce n’est pas le cas de Benalla.

      [Au fond de moi, je reste le grand naïf que j’étais dans ma jeunesse mais l’adulte savait parfaitement qu’on ne fait pas de politique avec des bons sentiments. Comme vous l’évoquiez avec Charles Hernu, qui servit de fusible pour protéger Tonton dans l’affaire du Rainbow Warrior, cela illustrait le fait que certains devaient se salir les mains pour que celles du chef puisse continuer à rester blanches… Mais ça, c’était avant!]

      On revient toujours à la même chose : la question du tragique en politique. Comme vous le dites, on ne peut faire de la politique avec des bons sentiments, et la raison d’Etat exige quelquefois qu’on viole la loi. Mais d’un autre côté, il faut maintenir la fiction nécessaire selon laquelle la loi est inviolable. Pour concilier ces deux inconciliables, il faut périodiquement un sacrifice humain. Dès lors que cela se sait, un responsable doit se sacrifier pour maintenir la fiction. Les Foccart ou les Hernu, éduqués dans la lecture des tragédies classiques, le comprenaient parfaitement. Pas la nouvelle génération.

      [En matière d’affaires politiques, Woerth était donc le dernier des Mohicans, car une nouvelle attitude est apparue en même temps que les socialistes sont arrivés à l’Elysée en 2012: celle qui consiste à refuser de payer pour l’institution afin de sauver sa peau.]

      IL ne faut pas oublier que c’est le type de scandale qui a changé. Woerth est peut-être un voleur, mais il vole « pour la couronne ». S’il a violé la loi, il l’a fait d’abord au bénéfice de son parti politique, et non de sa fortune personnelle. On reste donc dans une logique de raison d’Etat. Cahuzac ou Morelle ne servaient que leurs propres intérêts personnels. Exposés au public, ils ont continué dans la même ligne en essayant de sauver leur peau, quitte à mettre les institutions en danger.

      [Je suis suffoqué par l’égoïsme et le nombrilisme de Macron et de ses partisans, car leur absence totale de civisme (quel gros mot!) risque d’ébranler notre pays bien plus qu’une crise boursière ou économique: je ne sais plus qui disait cela, mais le LREM n’est pas un parti, c’est une conjuration…]

      LREM, c’est le PS recyclé. Je dirais même que c’est la concentration de ce qu’il y avait au PS de pire, de plus opportuniste, de plus carriériste, de moins scrupuleux. Et qui poursuivent a « privatisation » à leur avantage des structures de l’Etat.

    • luc dit :

      Le populisme de Macron,me semble évident.
      Son idéologie basée sur la mesquinerie,le culte du chef ,parceque chef,des apparences,fait penser aux mentalités des gouvernants de la fin de la 3ième république ou de la 4ième.
      L’avenir va nous surprendre,surtout si Macron continue son aventure de casse de la république sociale.
      Mélenchon,l’a apparemment compris,puisqu’il se positionne d’ores et déjà,comme un recoure.
      Pourquoi Pierre Laurent,et son menteur,l’européiste moraliste ,illuminée F.Wurtz,ne se positionnent ils pas,aussi,dans l’opposition à l’UE actuelle ?

    • Un passant dit :

      “dans notre Etat de droit, ce plaisir est strictement réservé à la police”
      ds un véritable Etat de droit (et non de droite hi hi) ce “plaisir” comme vs dites est interdit ou illégal pour être plus précis… sauf légitime défonce euh pardon défense !

    • Descartes dit :

      @ luc

      [Le populisme de Macron me semble évident.]

      Moi pas. On peut accuser Macron de beaucoup de choses, mais difficilement de « populisme ». Ou voyez-vous chez Macron un discours opposant le peuple et les élites ? Macron est plutôt dans une logique d’opposition entre deux élites différentes : les élites du privé contre les élites du service public. Mais il n’y a pas beaucoup de place pour le « peuple » dans ce discours. Rien de moins « populiste » que son discours sur les « premiers de cordée »…

      [Mélenchon l’a apparemment compris, puisqu’il se positionne d’ores et déjà comme un recours.]

      Mélenchon se positionne depuis vingt ans comme un recours. L’ennui, c’est que personne pour le moment ne semble vouloir avoir recours à lui…

      [Pourquoi Pierre Laurent et son menteur, l’européiste moraliste illuminée F.Wurtz ne se positionnent ils pas, aussi, dans l’opposition à l’UE actuelle ?]

      La position de Pierre Laurent sur l’Europe est assez semblable à celle de Mélenchon : pas de sortie de l’UE, pas de sortie de l’Euro, seulement une « renégociation des traités » pour aboutir à une Europe tout aussi supranationale et fédérale que celle que nous avons, mais « démocratique ». Il n’y a pas l’épaisseur d’un papier à cigarette entre « l’autre Europe » de Laurent et le « plan A » de Mélenchon.

      Mélenchon et Laurent ont le même discours parce que leurs militants et une bonne partie de leurs électeurs se recrutent dans la même frange, celle des « classes moyennes » qui pratiquent un langage antilibéral mais dont les intérêts s’accommodent fort bien de l’Europe maastrichienne. Le discours sur « l’autre Europe » parfaitement utopique assaisonné d’un « plan B » qu’on ne mettra jamais en œuvre permet d’occulter cette contradiction.

  7. Allons, allons, vous êtes dur, cher Descartes. Notre ami Benalla voulait simplement cogner du gauchiste pour se défouler 🙂

    Ce qui me frappe le plus, c’est que Macron dit s’être senti “trahi”. Diantre! Quinze jours de mise à pied (avec salaire disent certains) pour une trahison! Eh bien, la trahison n’est plus ce qu’elle était, Ganelon doit se retourner dans sa tombe. Avec de tels traîtres, Juda qui se pendit pris de remords passerait presque pour un saint…

    Notre époque a perdu non seulement le sens du tragique, mais aussi le sens de la grandeur, voire le sens des mots.

    • Descartes dit :

      @ nationaliste-ethniciste

      [Allons, allons, vous êtes dur, cher Descartes. Notre ami Benalla voulait simplement cogner du gauchiste pour se défouler :)]

      Certes. Mais même si on peut juger souhaitable que les gauchistes soient abondamment cognés, il paraît que dans notre Etat de droit, ce plaisir est strictement réservé à la police.

      [Ce qui me frappe le plus, c’est que Macron dit s’être senti “trahi”. Diantre! Quinze jours de mise à pied (avec salaire disent certains) pour une trahison! Eh bien, la trahison n’est plus ce qu’elle était, Ganelon doit se retourner dans sa tombe. Avec de tels traîtres, Juda qui se pendit pris de remords passerait presque pour un saint…]

      Eh oui, que voulez-vous, le sens du tragique se perd. Vous devriez lire l’entretien qu’a donné Benalla au Monde hier. Il donne une bonne idée de l’état d’esprit du personnage, mais aussi de la vision dominante à l’Elysée. Pour résumer, si les actes de Benalla sont graves, ce n’est pas dans leur essence, mais parce qu’ils ont été médiatisés. « Mes collaborateurs ont commis une grave faute : se faire prendre » (Richard Nixon).

    • BolchoKek dit :

      @n-e

      >Notre époque a perdu non seulement le sens du tragique, mais aussi le sens de la grandeur, voire le sens des mots.< Je pense que vous touchez là un point important : on a abondamment parlé de la perte du sens du tragique et de la grandeur sur ce blog, mais le langage de Macron et sa cour est tout à fait symptomatique de la perte de sens des mots eux-mêmes. Ou plutôt, de la perte des éléments discursifs, et de la dérive vers un langage mot-clefs, une “pensée émoticône” comme dirait Ingrid Riocreux (1) où “l’élément de langage” prime sur l’argumentaire logique. Je ne sais pas si vous avez discuté avec un électeur Macron moyen : quand vous lui demandez pourquoi il a voté Macron, il ne donne aucun argument politique, il vous dira “il représente la modernité et le changement dans la solidarité”, une sorte de bouillie intellectuelle qui est en fait une brochette de mots-clefs. Et quand vous interrogez sur les projets, les grandes orientations, les choix, c’est le vide, on sait juste que c’est bien. Il est assez inquiétant de voir cette dérive pour ainsi dire méta-linguistique : la langue semble de moins en moins servir à transmettre des informations que des émotions. (1) Elle avait commenté le nom complet du ministère de Hulot, que je me garderai de reproduire ici. De plus en plus, les politiques disent des choses qui ne veulent, en fait, rien dire…
      https://blog.causeur.fr/lavoixdenosmaitres/le-ministere-du-bien-00493.html

    • Vincent dit :

      》Pour résumer, si les actes de Benalla sont graves, ce
      》 n’est pas dans leur essence, mais parce qu’ils ont été
      》 médiatisés

      Je n’ai pas lu son interview, mais en croisant les différentes choses que j’en ai lues, il me semble que c’est exactement comme cela que les choses ont du se passer :

      Le 2 Mai, le Palais est mis au courant de la vidéo. Ils réalisent tout de suite les conséquences médiatiques que ça peut avoir si ça sort.
      Ils se disent: “soit ça sort dans les 15 prochains jours, soit ça ne sortira pas.”
      Ils en déduisent donc qu’il faut préparer un plan d’action au cas où ça sort. Afin de pouvoir dire qu’ils ont réagi sans avoir la main qui tremble, ils lui disent qu’ils sont obligés de le mettre à pied, et qu’il ne reprenne pas son poste pendant 2 semaines.

      Le plan était : si ça sort, on pourra dire qu’on l’a mis à pied le jour même, en attendant que la procédure de licenciement soit engagée.
      Si ça ne sort pas, il n’y a pas de soucis, et on peut lui dire au bout de 2 semaines de revenir.

      Ceci explique pourquoi on ne trouve pas de trace écrite de la mise à pied, et pourquoi son salaire lui a été versé.

      Cela explique pourquoion confie des tâches importantesà quelqu’un qui serait tombé en disgrâce : il n’a en réalité pas été sanctionné, mais une mesure préventive de communication de crise avait été engagée.

      Et la sanction de 2 semaines n’est pas liée à la gravité de la faute, mais à la durée au delà de laquelle on estimait le risque politique écarté.

      Ainsi, s’il a l’impression que le seul problème est que l’information soit sortie… je pense que ça n’est pas qu’une impression!

    • Descartes dit :

      @ BolchoKek

      [Je pense que vous touchez là un point important : on a abondamment parlé de la perte du sens du tragique et de la grandeur sur ce blog, mais le langage de Macron et sa cour est tout à fait symptomatique de la perte de sens des mots eux-mêmes. Ou plutôt, de la perte des éléments discursifs, et de la dérive vers un langage mot-clefs, une “pensée émoticône” comme dirait Ingrid Riocreux (1) où “l’élément de langage” prime sur l’argumentaire logique.]

      J’avais lu l’article de Riocreux, et effectivement je trouve son analyse très juste. Je me souviens d’ailleurs d’une analyse faite il y a quelques années de la dérive des noms des ministères : au départ, on donnait aux ministères le nom du domaine de compétence qu’ils couvraient : l’équipement, l’intérieur, les affaires étrangères, la défense, l’éducation, les PTT, les colonies. Puis, petit à petit on a commencé à les nommer en fonction d’un « bien » : ministère de l’égalité, du temps libre, de la cohésion des territoires, de la transition écologique et solidaire…

      [Je ne sais pas si vous avez discuté avec un électeur Macron moyen : quand vous lui demandez pourquoi il a voté Macron, il ne donne aucun argument politique, il vous dira “il représente la modernité et le changement dans la solidarité”, une sorte de bouillie intellectuelle qui est en fait une brochette de mots-clefs.]

      Tout à fait. Mais interrogez l’électeur de Mélenchon, et vous aurez à peu près le même résultat. D’ailleurs, ce n’est pas par hasard si le nom même de leurs organisations ne met l’accent sur aucun élément idéologique ou programmatique. On n’est plus « communiste », « socialiste », « républicain » ou « démocrate » (ce qui constitue des références à un corpus idéologique), on est « en marche » ou bien « insoumis ». Tout ça, c’est une conséquence de l’égo-politique : dès lors que la référence est le Grand Homme, l’adhésion ne peut être qu’émotionnelle, sentimentale. La théâtralité de l’égo-politicien, son langage émotionnel, tient lieu de référence idéologique.

      Le meilleur exemple est Macron revendiquant l’entière responsabilité de l’affaire Benalla. S’il est « le seul responsable », alors toute sanction doit retomber sur lui. Pense-t-il démissionner ?

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [Le 2 Mai, le Palais est mis au courant de la vidéo. Ils réalisent tout de suite les conséquences médiatiques que ça peut avoir si ça sort. Ils se disent: “soit ça sort dans les 15 prochains jours, soit ça ne sortira pas.” Ils en déduisent donc qu’il faut préparer un plan d’action au cas où ça sort. Afin de pouvoir dire qu’ils ont réagi sans avoir la main qui tremble, ils lui disent qu’ils sont obligés de le mettre à pied, et qu’il ne reprenne pas son poste pendant 2 semaines.]

      Je pense que c’est un peu plus compliqué que ça. Je veux bien croire que Strzoda, en apprenant l’affaire, aurait voulu mettre Benalla à la porte sans autre forme de procès (et qu’on ne vienne pas me citer le Code du travail : il est admis depuis toujours que les chargés de mission aux cabinets sont en poste précaire et peuvent être virés sans préavis s’ils ne donnent pas entière satisfaction). Sauf qu’on ne met pas à la porte le « chouchou » du Président comme ça. Alors, on aboutit à un compromis qui sauve la face de tout le monde, et accessoirement permet d’éteindre le feu au cas ou des questions seraient posées.

      [Cela explique pourquoi on confie des tâches importantes à quelqu’un qui serait tombé en disgrâce : il n’a en réalité pas été sanctionné, mais une mesure préventive de communication de crise avait été engagée.]

      Des déclarations de Macron il est clair que Benalla n’est « tombé en disgrâce » que lorsque les médias se sont saisis de l’affaire. Ce qu’on lui reproche, c’est d’avoir provoqué la tempête, et non pas de s’être déguisé en policier et tabassé des manifestants.

  8. Paul I dit :

    Bonsoir,

    Je te félicite pour cet article, qui recentre bien la question sur les institutions. Ton précédent article était tout aussi intéressant, ainsi que les commentaires et les réponses fort bien argumentées. Encore bravo pour la tenue de ton blog !

    J’apprends ce soir que les Insoumis et la Nouvelle Gauche veulent à leur tour proposer une motion de censure. Pourtant, j’ai lu celle déposée par LR, elle est suffisamment factuelle pour obtenir l’agrément de toute l’opposition. C’est à croire que la gauche veut protéger Macron… C’est désolant. Pourtant, celà ne m’étonne pas vraiment: je discutais hier avec un partisan des Insoumis, pour qui le “souverainisme de gauche” ne permet pas d’alliance avec d’autres forces politiques. Avec ce concept, on n’ira pas bien loin. De toutes façons, avec leur plans A/B, je ne pense pas qu’ils trompent grand monde, si ce n’est leurs militants.

    • Descartes dit :

      @ Paul I

      [J’apprends ce soir que les Insoumis et la Nouvelle Gauche veulent à leur tour proposer une motion de censure. Pourtant, j’ai lu celle déposée par LR, elle est suffisamment factuelle pour obtenir l’agrément de toute l’opposition. C’est à croire que la gauche veut protéger Macron…]

      Je ne pense pas que LFI ou la NG cherchent à « protéger Macron ». Simplement, chaque organisation cherche à tirer le meilleur parti médiatique de la situation. Présenter une motion de censure vous donne une tribune (c’est d’ailleurs pour cela que LR dépose une motion qui n’a aucune chance d’être votée, au lieu de chercher à déposer une motion commune à toute l’opposition). Ca fait partie du jeu politique. D’ailleurs, si je crois les dernières déclarations chaque organisation votera les motions de censure des autres…

      [C’est désolant. Pourtant, celà ne m’étonne pas vraiment: je discutais hier avec un partisan des Insoumis, pour qui le “souverainisme de gauche” ne permet pas d’alliance avec d’autres forces politiques.]

      Est-ce que vous avez déjà vu une secte qui envisage des alliances avec d’autres forces ? Quand on détient la vérité révélée, on ne s’abaisse pas à négocier avec les hérétiques. D’ailleurs, la composition de la liste LFI pour les élections européennes montre bien que les « socialistes insoumis », les « communistes insoumis » et autres alliés « insoumis » ne sont que des supplétifs qu’on accueille à bras ouverts pour coller des affiches, mais qui n’auront rien en retour.

      [Avec ce concept, on n’ira pas bien loin. De toutes façons, avec leur plans A/B, je ne pense pas qu’ils trompent grand monde, si ce n’est leurs militants.]

      Pourtant, l’histoire du « plan A/plan B » est bien plus qu’un recours démagogique pour plaire aux uns sans fâcher les autres. Il révèle bien la pensée européenne de Mélenchon. Comme en 1992, son idéal est une Europe supranationale et fédérale, sauf qu’il la voudrait « démocratique ». Si cette Europe-là est inatteignable, alors il envisagerait une rupture avec l’UE telle qu’elle est. Mais comme pour lui l’idéal est atteignable (autrement, à quoi bon proposer le « plan A »), le « plan B » ne sera jamais mis à exécution. Mélenchon n’est pas, et n’a jamais été, un « souverainiste », au sens qu’il ne considère pas la souveraineté nationale comme un principe cardinal, le fondement de toute politique. Pour lui, la « souveraineté populaire » (le « peuple » pouvant être « européen ») suffit.

  9. luc dit :

    Et si Macron,à force de prendre des coups,de voir sa popularité baissé,se trans formé en ce grand homme,que laFrance attend pour se redresser.
    Le parcours d’un homme politique peut varier lorsque ses yeux se dé cillent.
    Ainsi Maurice Leroy,ancien proche collaborateur de Georges Marchais,qui souffla même à celui ci la formule connue ‘de bilan globalement positif du bloc socialiste’ .
    Quelques semaines après ,il se rendit une semaine pour la première fois,en URSS.
    Ecoeuré,par ce qu’il y vit,il démissionna de toutes ses fonctions,au,pcf,et adhéra illico au mouvement de Charles Pasque.
    Sa carrière au centre droit fut triomphante.Il est toujours sénateur.
    Mais,Macron,quel est son avenir,puisqu’il est déjà au plus haut..Pensez vous qu’il tiendra toujours ce rôle quasi-débile,de thuriféraire, permanent de l’UE.

    • Descartes dit :

      @ luc

      [Le parcours d’un homme politique peut varier lorsque ses yeux se dé cillent.]

      Oui, mais pas tant que ça. Sauf rares exceptions, les hommes politiques suivent les rapports de force plus qu’ils ne les modèlent. Et pour le moment, le rapport de forces est toujours très favorable au « bloc dominant », c’est-à-dire à la combinaison de la bourgeoisie et des « classes moyennes ». Pourquoi voulez-vous que Macron change d’avis dans ces conditions ?

      [Ainsi Maurice Leroy, ancien proche collaborateur de Georges Marchais, (…)]

      Leroy ne fut jamais un « proche collaborateur de Georges Marchais ». Il fut chargé de mission au cabinet du président du Conseil général du Val de Marne, Michel Germa, puis au cabinet du maire de Nanterre, Jacqueline Fraysse jusqu’en 1992.

      [Quelques semaines après, il se rendit une semaine pour la première fois, en URSS. Ecoeuré par ce qu’il y vit il démissionna de toutes ses fonctions au pcf et adhéra illico au mouvement de Charles Pasqua.]

      L’histoire est invraisemblable. Leroy reste au PCF jusqu’en 1992, puisqu’on le retrouve encore à cette date au cabinet de la maire de Nanterre. L’URSS a été dissoute en décembre 1991. Qu’est ce que Leroy a pu voir en URSS qui l’aurait « écœuré » ? L’échec de la « perestroïka » ?

      Non, Leroy a toujours été un apparatchik. Et un apparatchik suffisamment intelligent pour comprendre que la chute du mur annonçait des jours sombres pour ceux qui gagnaient leur vie comme « permanents » au PCF. Pour le dire autrement, il a vu que la boîte allait vers la faillite et plutôt que d’être licencié il a amorcé une reconversion opportune. Etant au cabinet de Fraysse à Nanterre, il avait certainement de bons contacts avec le président du département des Hauts-de-Seine, Charles Pasqua… mais aussi d’un député de la Seine-Saint-Denis promis à un grand avenir, Eric Raoult. Après, il a navigué en fonction des opportunités. C’est tout…

      [Sa carrière au centre droit fut triomphante. Il est toujours sénateur.]

      Quel « triomphe » !!! Etre sénateur, c’est si exceptionnel…

    • Vincent dit :

      > pour le moment, le rapport de forces est toujours très favorable au « bloc dominant »,
      > c’est-à-dire à la combinaison de la bourgeoisie et des « classes moyennes ». Pourquoi
      > voulez-vous que Macron change d’avis dans ces conditions ?

      Nous avions déjà évoqué ce point, d’un autre point de vue, il me semble. Mais si on se met à la place de l’individu Macron, maintenant qu’il est tout en haut, quels peuvent être ses objectifs personnels ?
      – finir au plus vite son “job” de président pour aller faire des conférences et s’en mettre plein les poches ?
      – essayer de rester au pouvoir le plus longtemps possible ?
      – essayer de laisser un maximum de traces dans l’histoire ?

      Je le l’imagine pas trop faisant le 1er choix, mais plutôt osciller entre les deux autres.
      – Avec des sondages et une popularité en baisse, si il commence à considérer qu’en maintenant le même cap, il est grillé pour 2022, si son objectif est de rester en place, ça peut lui donner envie d’essayer de virer de bord pour pouvoir durer,
      – Avec une explosion de l’UE qui apparait de plus en plus clairement à l’horizon, être celui qui lui donnera le coup de grâce peut être un bon moyen de rester dans l’histoire…

      Bref, je ne serais vraiment pas étonné qu’il vire du tout au tout dans les 18 mois qui viennent, car c’est vers cela que devraient normalement le diriger ses aspirations personelles…

      Je crains juste qu’il ne soit “tenu” par quelqu’un, en raison de comportements pas très “présidentiels” qu’il a pu avoir par le passé, et qui le contraindraient à ne pas dévier de la ligne (entre les histoires de financement d’En Marche, Alstom, des rachats de journaux, etc. il est possible qu’il ait déjà, malgré son age, quelques casserolles…).

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [Je le l’imagine pas trop faisant le 1er choix, mais plutôt osciller entre les deux autres.
      – Avec des sondages et une popularité en baisse, si il commence à considérer qu’en maintenant le même cap, il est grillé pour 2022, si son objectif est de rester en place, ça peut lui donner envie d’essayer de virer de bord pour pouvoir durer,]

      Au risque de me répéter, je vous répondrai qu’il faut réfléchir en termes d’intérêt, et pas de discours. Si la popularité de Macron est en baisse, on ne voit pas monter ceux qui proposent une politique différente. On peut en déduire que la baisse de popularité de Macron traduit plus un mouvement d’humeur de l’opinion que le rejet de sa politique. Les gens qui ont voté Macron ne sont pas contents parce que la politique qu’ils ont voulu ne donne pas les résultats espérés. Mais la conclusion que ces gens tirent n’est pas de vouloir un changement de politique…

      Si Macron « virait de bord », pour reprendre votre expression, il perdrait le soutien des « classes moyennes » et de la bourgeoisie. Et dans un contexte où le rapport de forces est du côté de ces couches sociales, cela équivaudrait à un suicide. Non, la seule chance de réélection de Macron est de continuer la même politique, et de convaincre l’opinion que si les résultats ne sont pas brillants, les intérêts de ces couches seraient encore moins biens servis par la victoire d’un candidat LR, RN ou LFI. La même recette qui lui a permis de gagner en 2017, en fait.

      [- Avec une explosion de l’UE qui apparait de plus en plus clairement à l’horizon, être celui qui lui donnera le coup de grâce peut être un bon moyen de rester dans l’histoire…]

      Je ne pense pas que Macron ait un grand intérêt pour l’histoire. D’abord, parce qu’il n’a pas atteint l’âge auquel on commence à se préoccuper par le souvenir qu’on risque de laisser. Mais surtout, parce qu’il appartient à une génération et à une couche sociale qui méprise l’histoire. « Après nous, le déluge ».

      Une explosion de l’UE aurait un effet certain sur l’équilibre des forces. Avec des possibilités de délocalisation réduites, les couches populaires reprendraient une partie du terrain perdu. On peut imaginer que les politiques en général – et pas seulement Macron – seraient obligés de prendre cela en compte. Mais ce n’est pas pour demain.

  10. Paul I dit :

    Je conseille la lecture de cet article de Régis de Castelnau:
    Macron : pairs, pourquoi m’avez-vous abandonné ? par Regis de Castelnau

  11. 66vacancedautomne dit :

    Ce qu’il y a de tragique et d’inquiétant dans cette affaire d’une exceptionnelle et inédite gravité (mettant en cause directement l’autorité de l’Etat)c’est que M.le président s’exprime ou ne s’exprime pas cela revient au même.Mes premières inquiétudes se trouvent confirmées:nous nous orientons vers une crise de régime,vers une vacance du pouvoir.Le parlement que ceux qui nous gouvernent veulent amputer deviendra vraisemblablement le centre,le cœur véritable du pouvoir.Cela est d’ailleurs prévu par la constitution.La commission du Sénat commence à jouer plus ou moins ce rôle d’ultime instance de légitimité du pouvoir national.Tout indique que le pouvoir exécutif,littéralement tétanisé,réduit à avancer ou bredouiller de prétendues « explications » toutes plus ridicules et grotesques les unes que les autres (je ne savais pas,je n’étais pas au courant,ce sont des fake news,personne n’en parle,tout le monde jalouse M.Macron,c’est le feuilleton de l’été…etc),à diffuser des mensonges d’Etat,se trouve condamné à perdre le contrôle de la situation.Le processus de délégitimation du pouvoir exécutif est en route,en marche.Un processus qu’il paraît impossible d’enrayer.

    • Descartes dit :

      @ 66vacancedautomne

      [Ce qu’il y a de tragique et d’inquiétant dans cette affaire d’une exceptionnelle et inédite gravité (mettant en cause directement l’autorité de l’Etat) c’est que M. le président s’exprime ou ne s’exprime pas cela revient au même.]

      D’abord n’exagérons. Si l’affaire est grave, elle n’est pas d’une « exceptionnelle et inédite gravité ». Elle rappelle les tristes affaires de la IVème République… Plus que mettre en cause « l’autorité de l’Etat », elle révèle le fonctionnement de l’Etat, et la tentation macronienne – qui est celle des « classes moyennes » – de gérer l’Etat comme une entreprise.

      [Mes premières inquiétudes se trouvent confirmées: nous nous orientons vers une crise de régime, vers une vacance du pouvoir. (…)]

      Ne sous-estimez pas la solidité de nos institutions. Macron sortira affaibli de cet épisode, tout comme la majorité LREM à l’assemblée nationale, dont l’incompétence est illustrée à la perfection par la gestion sectaire de la présidente de la commission des Lois. Mais de là à parler de « crise de régime »…

  12. JFA dit :

    @Descartes

    [La gestion de cette affaire montre combien Macron se conçoit plus en PDG de l’entreprise France qu’en président de la République. Il ne comprend toujours pas qu’on ne dirige pas l’Etat comme on gère une entreprise,]

    Je trouve utile de remonter à l’époque où les dirigeants de cette république faisaient encore illusion, donnaient à croire qu’ils étaient des “hommes d’état” pour comparer avec la palinodie actuelle de nos dirigeants, mais la question est peut-être de se demander comment ces gens qui ont suivi le même cursus éducatif politique que leurs anciens en soient arrivés là?
    Avec Sarkozy, on voyait bien dès 2007 que l’homme était dépassé par sa fonction et y faisait honte. Avec Hollande n’en parlons pas, il a donné l’impression d’être là par hasard et ne pas savoir ce qu’il devait faire. Avec Macron, on a la parfaite continuité de ce genre d’ignorance.
    Peut-être que d’utilser le mot économie au lieu d’intendance, et le mot politique au lieu de gestion, les aspirants à la politique sont devenus des gestionnaires et que leur modèle étant celui d’une intendance capitaliste, nos “politiciens” sont devenus des commis. Il serait intéressant de savoir à qui cela profite.

    JFA

    • Descartes dit :

      @ JFA

      [mais la question est peut-être de se demander comment ces gens qui ont suivi le même cursus éducatif politique que leurs anciens en soient arrivés là?]

      Pardon, mais qu’est ce qui vous fait dire que ces gens ont « suivi le même cursus éducatif politique » ? Macron est énarque, tout comme Hollande. Mais Sarkozy ne l’était pas. Quant au « cursus politique », Hollande et Sarkozy sont des hommes de parti avec un long passé militant, pas Macron…

      [Avec Sarkozy, on voyait bien dès 2007 que l’homme était dépassé par sa fonction et y faisait honte.]

      Sarkozy était dépassé par la fonction, mais il faut reconnaître qu’il en avait au moins conscience, et qu’il a fait de gros efforts pour se mettre à l’a hauteur. La plupart de ses erreurs dans ce domaine datent de la première année de sa présidence.

      [nos “politiciens” sont devenus des commis. Il serait intéressant de savoir à qui cela profite.]

      Au « block dominant », bien entendu. La vision macronienne de l’Etat est celle de la bourgeoisie et des « classes moyennes » : un structure le moins chère possible, qui protège leurs intérêts et laisse tomber le reste.

  13. morel dit :

    « Alexandre Benalla est le révélateur d’un processus de privatisation de la fonction publique, et de l’Etat en général. A la place des fonctionnaires, qui sont tenus par des procédures, des règles, des principes, on amène des « gens du privé » dont on vante l’efficacité et la réactivité, sans se rendre compte que cette efficacité, cette réactivité sont liées précisément au fait qu’ils ne s’embarrassent pas du respect des règles et des principes, tous ces scrupules jugés obsolètes. On parle d’instiller dans la fonction publique la « culture du résultat ». On oublie un peu vite que lorsqu’il s’agit du fonctionnement de l’Etat – et surtout dans ses capacités régaliennes – la manière dont le résultat est obtenu importe presque autant que le résultat lui-même. »
    « Bientôt, on pourra recruter facilement des contractuels y compris pour pourvoir aux postes de responsabilité. Des gens comme Alexandre Benalla n’auront plus besoin de se contenter d’un brassard et une radio prêtées par une relation. Ils  pourront donc  être nommés directement commissaire et pourquoi pas préfet de police. Après tout, il semble que monsieur Benalla est un collaborateur très efficace. Et l’efficacité, c’est tout ce qui compte, n’est ce pas ? »

    J’ai eu le même type de réflexion et il me semble que c’est l’élément fondamental à tirer de cette affaire qui est une première : où et quand aurait-on vu un responsable de sécurité du président se livrer à de tels agissements ?
    Un agent public sert l’État, pas une personne pour laquelle il n’est, en qualité de citoyen, pas tenu de voter, ni d’être un soutien partidaire, et à ce titre d’agent public chargé de la sécurité,protège de manière la plus efficace possible (il a d’ailleurs été formé longuement pour cela) le représentant de l’État.
    L’affaire Benalla souligne ce que pourrait porter la vue de Macron d’avancer vers l’introduction de toute autre chose que le statut et nous ne focalisons pas sur le goût de la baston exprimé dans cet exemple.

    « Peut-être celui qui a résumé la situation le mieux est le député LR Philippe Bas »

    Je constate, quoique je pense par ailleurs, que des représentants LR ont fait preuve de dignité et de républicanisme dans l’affaire plus que bien d’autres.

    • Descartes dit :

      @ morel

      [J’ai eu le même type de réflexion et il me semble que c’est l’élément fondamental à tirer de cette affaire qui est une première : où et quand aurait-on vu un responsable de sécurité du président se livrer à de tels agissements ?]

      Jamais. Mais il faut dire que nous n’avons jamais eu un président qui arrive au pouvoir dans un tel état d’impréparation, sans parti, sans équipes fiables. Sur qui Macron peut-il VRAIMENT compter pour le soutenir jusqu’au bout du bout ? Mitterrand avait les Joxe ou les Dumas, Sarkozy les Hortefeux et les Guéant. Mais où sont les « fidèles de trente ans » de Macron, les amis qui le suivent parce qu’ils croient qu’il incarne l’avenir de la France, et qui sont prêts à laisser leur tête pour le protéger ?

      C’est là toute la différence entre la politique et la gestion. Ce type de liens existe en politique parce que la politique a une dimension tragique. Mais qui a entendu parler d’un directeur de marketing qui accepte de se faire condamner à la prison ou à l’opprobre pour protéger son PDG ? Macron se comporte en PDG (pensez à la ridicule idée de l’entretien professionnel des ministres…) et ce comportement amène avec lui tous les vices du privé. Ceux qui suivent Macron le suivent parce que la soupe est bonne, ils le quitteront dès que l’assiette sera vide…

      [Je constate, quoique je pense par ailleurs, que des représentants LR ont fait preuve de dignité et de républicanisme dans l’affaire plus que bien d’autres.]

      Tout à fait. Elle a su rester dans le cadre républicain tout en étant ferme. La gauche n’a pas eu cette prudence… c’est particulièrement flagrant avec LFI et son idée de convoquer Macron devant la commission d’enquête.

  14. Antoine dit :

    Bonsoir,

    Je me permets de suggérer la lecture de cet article de Jean-Claude Werrebrouck, où il analyse le blocage actuel de la construction européenne et le recours croissant aux partis dits populistes :
    http://www.lacrisedesannees2010.com/2018/07/habermas-et-l-union-europeenne.html

    (« Les choix politiques passés sont désastreux et il appartiendra à ceux que l’on appelle négativement « populistes » de reconstruire. L’espoir d’une Europe vivable est donc la victoire partout où cela est possible des « populistes ».)

    • Descartes dit :

      @ Antoine

      [Je me permets de suggérer la lecture de cet article de Jean-Claude Werrebrouck, (…)]

      L’article est intéressant, et on y retrouve pas mal d’idées que j’ai développées ici, mais il est difficile de comprendre la limite entre les dires d’Habermas et ceux de l’auteur. Habermas a raison de dire que les problèmes actuels tiennent à un “manque de volonté politique”. Mais dire ça, ce n’est rien dire: “pourquoi votre fille est aveugle ? Parce qu’elle ne voit pas”. Une absence aussi totale de “volonté politique” doit avoir une raison…

  15. HM dit :

    Cette affaire Macron- Benalla n’est-elle pas révélatrice que nous sommes gouvernés par une génération de politiciens et de hauts fonctionnaires des grands corps de l’Etat formatés au néo-libéralisme dans les grandes écoles, pantouflant dans le privé et pouvant revenir dans la haute administration quand ça les arrangent au même échelon que lorsqu’ils étaient partis ?
    Bref, une génération qui a perdu le sens de l’intérêt général ?

    • Descartes dit :

      @ HM

      [Cette affaire Macron- Benalla n’est-elle pas révélatrice que nous sommes gouvernés par une génération de politiciens et de hauts fonctionnaires des grands corps de l’Etat formatés au néo-libéralisme dans les grandes écoles, pantouflant dans le privé et pouvant revenir dans la haute administration quand ça les arrangent au même échelon que lorsqu’ils étaient partis ?]

      Je vois mal en quoi l’affaire Benalla serait « révélatrice » de pareille situation, à supposer que cette situation existe. Au demeurant, on peut en douter. Les hauts fonctionnaires qui vont « pantoufler » dans le privé ne reviennent que rarement dans le secteur public, et cela pour une raison très simple : le différentiel de rémunération est trop important. C’est d’ailleurs ce différentiel de rémunération – et la compression de l’Etat qui rend très difficile pour beaucoup de hauts fonctionnaires de poursuivre une carrière dans le public – qui motive généralement le pantouflage.

      Quoi qu’il en soit, l’affaire Benalla n’a rien, absolument rien à voir avec le « pantouflage » des hauts fonctionnaires, ou de leur « formatage au néo-libéralisme » dans les grandes écoles. Le phénomène du « favori » qui se croit tout permis du fait de sa proximité avec le Chef existe dans toutes les structures.

    • Vincent dit :

      @Descartes

      On s’écarte du sujet, mais j’ai l’impression que, une fois n’est pas coutume, vous vous laissez aller à utiliser des arguments toujours ressassés, mais qui en définitive devraient être discutés.
      Les salaires des grands corps de l’X ne sont pas réellement si différents de ceux de leurs camarades (X, Centrale, Mines) qui sont restés sur des métiers d’ingénieurs.
      Ils sont largement supérieurs aux salaires de ceux qui sont allés vers la recherche ou l’enseignement, et largement inférieurs à ceux qui sont allés vers la finance ou le conseil en stratégie, pour faire simple.

      Ils bénéficient en outre d’une garantie de l’emploi qui peut être vue comme appréciable, mais je ne pense pas que cet aspect soit le moteur principal de recrutement dans les grands corps car, pour être honète, un X qui intègre une grosse boite privée aura aussi une sécurité de l’emploi relativement bien garantie en France.

      Bref, par rapport à leurs camarades allés dans le privé, ils n’ont -selon moi- ni un salaire très différent, ni une sécurité de l’emploi très différente. Et, comme leurs camarades, ils peuvent avoir à travailler beaucoup plus de 35h par semaine, et sous pression.

      Si vous aviez raison, et si les salaires étaient nettement plus bas, il devrait y avoir une crise des vocations à la sortie de l’X, et c’est pourtant loin d’être le cas, les corps restant très demandés.

      Quelle est votre analyse sur ce sujet ? Selon moi, les corps sont très demandés justement grace à la perspective de pouvoir pantoufler, qui permettra de booster son salaire. Et le salaire d’un X, ancien du corps, qui a pantouflé sera -si j’analyse bien ce que j’entends ici ou là- bien supérieur à celui de son camarade de promotion, qui a fait une école de spécialisation civile pour aller directement dans le privé.

      Pourquoi ? Là est la question qui devrait être intéressante… Pourquoi les entreprises privées sont elles prêtes à embaucher à des postes très hauts placés des anciens fonctionnaires, plutôt que des personnes ayant le même diplome, par promotion interne ?
      – parceque les corpsards étaient à priori mieux classés, donc plus intelligents ?
      – parcequ’ils ont davantage de relations utiles ?
      – parcequ’ils sont pistonnés par des anciens de leurs corps ?
      – parceque leur expérience dans l’administration est professionnellement plus valorisante qu’une expérience dans le privé ?

      J’avoue ne pas avoir la réponse à cette question…

      J’ai parlé ici uniquement des X, sujet que je connais mieux ; mais on pourrait parler des énarques, pour lesquels je pense que la situation est bien pire : un ancien de sciences po, qui a échoué de peu à l’ENA, et qui aura fait un quelconque M2 par ailleurs, aura certainement une carrière bien moins glorieuse que son camarade qui a eu l’ENA. Ce qui prouve bien que ce n’est pas la qualité de l’individu qui est recherchée, mais celle du parcours (ou du carnet d’adresse ?)

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [On s’écarte du sujet, mais j’ai l’impression que, une fois n’est pas coutume, vous vous laissez aller à utiliser des arguments toujours ressassés, mais qui en définitive devraient être discutés.]

      Le cartésien que je suis ne peut que partager cette déclaration : tout argument mérite d’être mis en doute et discuté !

      [Les salaires des grands corps de l’X ne sont pas réellement si différents de ceux de leurs camarades (X, Centrale, Mines) qui sont restés sur des métiers d’ingénieurs.]

      Je ne vois pas très bien où j’ai fait référence aux « salaires des grands corps de l’X » ? Pourriez-vous préciser ?

      Par ailleurs, je ne vois pas très bien dans quelle statistique puisez-vous les éléments pour affirmer cela ? Déjà, il faudrait affiner le cadre. Quand vous parlez des « salaires des grands corps de l’X », vous parlez des salaires payés aux « corpsards » qui restent dans le giron de l’Etat, de ceux qui travaillent pour les entreprises publiques, de ceux qui vont dans le privé ?

      J’imagine que vous parlez de ceux qui vont dans le privé (sans quoi, la comparaison avec « leurs camarades de Centrale ou des Mines » n’a pas de sens, puisque les centraliens, sauf à passer les concours de la fonction publique (ce qui reste très rare) vont dans le privé. Mais alors, j’imagine que lorsque vous parlez de salaires « pas si différents », vous ajoutez implicitement « à poste égal ». Or, justement, les « corpsards » qui vont pantoufler n’ont pas tout à fait les mêmes postes en moyenne que les mineurs ou les centraliens qui ont fait une carrière dans l’industrie.

      [Ils sont largement supérieurs aux salaires de ceux qui sont allés vers la recherche ou l’enseignement, et largement inférieurs à ceux qui sont allés vers la finance ou le conseil en stratégie, pour faire simple.]

      C’est vrai. Mais comme je l’ai souligné plus haut, il faut compter sur le fait que les « corpsards » pantoufleurs arrivent à des postes très élevé bien plus jeunes que les autres ingénieurs. Et cela est vrai autant dans l’industrie que dans la finance.

      [Ils bénéficient en outre d’une garantie de l’emploi qui peut être vue comme appréciable, mais je ne pense pas que cet aspect soit le moteur principal de recrutement dans les grands corps car, pour être honnête, un X qui intègre une grosse boite privée aura aussi une sécurité de l’emploi relativement bien garantie en France.]

      Ca dépend de l’âge et du choix de carrière. Les « corpsards » qui ont intégré Usinor-Sacilor à la fin des années 1970 ont été très contents de pouvoir retourner dans le giron de l’Etat. J’en connais quelques-uns. Ceux qui ont parié sur l’industrie ont eu des reconversions difficiles, et quelquefois même des périodes de chômage si « l’accident » leur est arrivé autour des 50 ans. Bien sûr, ils ont des possibilités de rebondir sans proportion avec celle des ouvriers des mêmes industries.

      [Si vous aviez raison, et si les salaires étaient nettement plus bas, il devrait y avoir une crise des vocations à la sortie de l’X, et c’est pourtant loin d’être le cas, les corps restant très demandés.]

      Je n’ai pas compris. Où ais-je écrit que les salaries pour les « corpsards » lorsqu’ils vont dans le privé sont inférieurs à ceux des autres ingénieurs ? Si j’ai parlé des salaires « nettement plus bas », il s’agit des salaires payés lorsque ces « corpsards » servent l’Etat. Et là la différence est nette.

      Vous avez tort de croire qu’il n’y a pas une « crise des vocations à la sortie de l’X ». Si le corps des Mines reste « très demandé », ce n’est pas le cas des autres corps. Depuis plusieurs années déjà certains corps (Ponts, Armement) n’arrivent pas à remplir leur quota – ou bien recrutent en bas du classement. Quant au nombre de polytechniciens qui vont dans l’industrie… n’en parlons même pas.

      [Quelle est votre analyse sur ce sujet ? Selon moi, les corps sont très demandés justement grace à la perspective de pouvoir pantoufler, qui permettra de booster son salaire. Et le salaire d’un X, ancien du corps, qui a pantouflé sera -si j’analyse bien ce que j’entends ici ou là- bien supérieur à celui de son camarade de promotion, qui a fait une école de spécialisation civile pour aller directement dans le privé.]

      C’est vrai pour le corps des Mines. C’est beaucoup moins vrai pour les autres.

      [Pourquoi ? Là est la question qui devrait être intéressante… Pourquoi les entreprises privées sont elles prêtes à embaucher à des postes très hauts placés des anciens fonctionnaires, plutôt que des personnes ayant le même diplôme, par promotion interne ?]

      La raison est assez évidente. Les « corpsards » ont non seulement une formation plus poussée et une sélection féroce, mais ils connaissent aussi les arcanes administratifs. Dans un pays comme la France, ou l’Etat a un poids économique et réglementaire très important, c’est loin d’être négligeable. Mais encore une fois, le « pantouflage » ne touche pas tous les corps de la même manière.

      [J’ai parlé ici uniquement des X, sujet que je connais mieux ; mais on pourrait parler des énarques, pour lesquels je pense que la situation est bien pire : un ancien de sciences po, qui a échoué de peu à l’ENA, et qui aura fait un quelconque M2 par ailleurs, aura certainement une carrière bien moins glorieuse que son camarade qui a eu l’ENA. Ce qui prouve bien que ce n’est pas la qualité de l’individu qui est recherchée, mais celle du parcours (ou du carnet d’adresse ?)]

      Oui enfin… le fait d’avoir réussi le concours de l’ENA n’est pas pour vous un signe de « qualité de l’individu » ? Avec ce genre de raisonnement, on pourrait se demander pourquoi celui qui réussit le concours de Médecine est autorisé à soigner les gens, et pas celui qui l’a raté. A votre avis, c’est du à la « qualité de l’individu », ou au « carnet d’adresses » ?

      A l’ENA, c’est comme à Polytechnique. Il y a ceux qui sortent premiers – et qui vont au Conseil d’Etat ou à l’Inspection des Finances – et ceux qui sortent en queue, et seront magistrats administratifs ou administrateurs civils. Les premiers pantoufleront facilement, pas les seconds.

  16. morel dit :

    « il se proclame aujourd’hui « fier de l’avoir embauché à l’Elysée ». Pourquoi ? Parce que « il a un parcours différent » – différent de quoi, on se le demande »

    J’ai été aussi intrigué par l’emploi de cette expression « parcours différent ». Macron veut sans doute nous « vendre » le « petit » parti de rien, d’une ZUP qui « à force de travail, d’acharnement etc. » s’est hissé…

    Mais de la part de Macron, je m’interroge s’il n’y a pas une pointe de « diversité » difficile à mettre en avant après les faits.
    Il reste que Benalla dont les interventions semblent bénéficier des mêmes « éléments de langage » que l’Elysée l’exprime dans son interview au JDD :

    «Certains m’ont jugé illégitime à cause de mon parcours. Dans le monde du pouvoir, on aime les gens bien formatés et qui la ferment. Moi, j’ai toujours eu tendance à l’ouvrir, on me l’a fait payer», affirme l’ex-garde du corps, qui dit avoir «souvent vu des officiers ou des hauts fonctionnaires ne pas supporter qu’un jeune Rebeu leur fasse des recommandations».

    Le macronisme inclut cette idéologie de la différentiation en témoigne les nominations premières de Rokhaya Diallo et d’ « Axiom » au conseil du numérique, le « copinage » du président avec Yassine Bellatar personnage à l’idéologie douteuse nommé au conseil présidentiel des villes :

    https://www.marianne.net/debattons/tribunes/yassine-belattar-au-conseil-presidentiel-des-villes-qui-macron-choisit-il-d

    et, plus récemment, l’approche de l’ineffable Jamel Debbouze pour un secrétariat d’Etat décliné.

    La nécessaire indifférence à « l’ethnie » conduit aussi au rejet de ceux qui la brandissent pour en faire un commerce ou interdire toute discussion.

    • Descartes dit :

      @ morel

      [J’ai été aussi intrigué par l’emploi de cette expression « parcours différent ». Macron veut sans doute nous « vendre » le « petit » parti de rien, d’une ZUP qui « à force de travail, d’acharnement etc. » s’est hissé…]

      Oui, mais il fait là un contresens. A ma connaissance, les gardes du corps ne se sont que rarement recrutés parmi les anciens élèves de l’Ena ou de Polytechnique. Si Benalla avait été secrétaire général de l’Elysée, poste traditionnellement occupé par des individus au brillant parcours scolaire et administratif, on aurait pu parler d’un parcours atypique. Mais pour un « gorille », le parcours de Benalla est au contraire assez « typique »…

      [Mais de la part de Macron, je m’interroge s’il n’y a pas une pointe de « diversité » difficile à mettre en avant après les faits. Il reste que Benalla dont les interventions semblent bénéficier des mêmes « éléments de langage » que l’Elysée l’exprime dans son interview au JDD :]

      Je ne sais pas s’il faut vraiment voir des « éléments de langage », ou si plus banalement chacun utilise spontanément l’argument « victimiste » à la mode. Le discours de Benalla me rappelle furieusement celui de Tapie quand il s’est fait prendre les doigts dans la confiture. Souvenez-vous, nous avions eu droit au discours du pauvre vilain petit canard parvenu qui n’a rien à se reprocher et qui est victime des méchants jaloux.

      [«Certains m’ont jugé illégitime à cause de mon parcours. Dans le monde du pouvoir, on aime les gens bien formatés et qui la ferment. Moi, j’ai toujours eu tendance à l’ouvrir, on me l’a fait payer», affirme l’ex-garde du corps, qui dit avoir «souvent vu des officiers ou des hauts fonctionnaires ne pas supporter qu’un jeune Rebeu leur fasse des recommandations».]

      Le plus drôle, c’est que ce discours contient un contresens. Benalla nous dit que « dans le monde du pouvoir » on n’aime pas les gens comme lui. Pourtant, ce « monde du pouvoir » l’a coopté au cabinet du Président de la République, avec un magnifique salaire, voiture et appartement de fonction et avantages divers. Si c’est ainsi que « le monde du pouvoir » maltraite « ceux qui l’ouvrent », alors je veux bien l’ouvrir… Non, le parcours de Benalla montre exactement le contraire de ce qu’il affirme : le « monde du pouvoir » tel qu’il est aujourd’hui traite au contraire fort bien les individus comme lui, les escrocs magnifiques qui savent faire illusion. Benalla, c’est le Tapie de Macron…

      [Le macronisme inclut cette idéologie de la différentiation en témoigne les nominations premières de Rokhaya Diallo et d’ « Axiom » au conseil du numérique, le « copinage » du président avec Yassine Bellatar personnage à l’idéologie douteuse nommé au conseil présidentiel des villes :]

      Il est difficile de savoir quelle est la part d’idéologie et quelle est la part d’opportunisme dans l’action de Macron pour ce qui concerne la « diversité ». On ne peut dire que Macron soit vraiment un apôtre de la « diversité » : son gouvernement est bien plus « blanc » que celui de Hollande ou de Sarkozy et les « personnes issues de la diversité » sont cantonnées dans des comités Théodule ou des fonctions marginales.

      [La nécessaire indifférence à « l’ethnie » conduit aussi au rejet de ceux qui la brandissent pour en faire un commerce ou interdire toute discussion.]

      Tout à fait !

    • morel dit :

      Je vous suis sur les « contresens » que vous signalez et aussi sur Macron et la « diversité »,

      Sans doute ce dernier est-il moins un « idéologue » qu’une sorte de « pragmatique-utilitariste » (veuillez excuser ce terme barbare, faute de celui adéquat) : il peut, comme pendant la campagne électorale dire oui à tout le monde à la fois, sacrifier parfois à la fonction (la mise scène après avoir gagné les élections) mais il me semble que, et à ce titre il est bien représentatif de notre époque, il se considère sans idéologie, du moins comme un homme d’affaire américain : la fonction publique, le code du travail, les syndicats, la réglementation de l’activité économique… : des entraves surannées au développement économique voire de la société elle-même.

      Par contre, au vu des discours convergents de Benalla, Macron et des membres de son gouvernement (et je sais bien que c’est un peu leur « malédiction » style « je te tiens, tu me tiens par la barbichette), je continue de m’interroger s’il n’est ou n’a pas été « coaché », après tout c’est maintenant le patron qui est en première ligne.
      Mais peut-être la question est « académique ».

      Bon, demain je me rend dans mon havre favori puisque ma femme -qui travaille encore – prétend qu’ « ici, je tourne comme un lion en cage » et – vous savez comme les femmes peuvent être perfides – ajoute : « ta petite préférée ( ma fille) doit s’y rendre ».
      Pacifiste, je me suis gardé d’évoquer « son petit préféré »…

    • Descartes dit :

      @ morel

      [Sans doute ce dernier est-il moins un « idéologue » qu’une sorte de « pragmatique-utilitariste »]

      Je crois qu’il faut cesser d’opposer « idéologues » et « pragmatiques ». Le « pragmatisme » est AUSSI une idéologie. Quelque soient les grands discours, il faut arrêter de croire qu’on peut s’affranchir des idéologies, qu’il pourrait y avoir des hommes qui seraient insensibles. L’idéologie est l’ensemble des principes, des postulats, des cadres et prismes qui nous permettent d’interpréter le réel. Sans idéologie, le réel n’est qu’un ensemble d’observations sans lien les unes avec les autres.

      Ceux qu’on appelle les « idéologues » justifient leurs actions à partir de principes et valeurs, ceux qu’on appelle les « pragmatiques » justifient leurs actions à partir du fait qu’elles seraient utiles. Mais l’utilité n’est pas un fait en soi. Ce n’est qu’une interprétation, et cette interprétation nécessite une idéologie. Quand je dis qu’il faut aider les « premiers de cordée » parce que cela serait utile à la société toute entière, j’énonce un postulat idéologique, et non une réalité tangible.

      [Par contre, au vu des discours convergents de Benalla, Macron et des membres de son gouvernement (et je sais bien que c’est un peu leur « malédiction » style « je te tiens, tu me tiens par la barbichette), je continue de m’interroger s’il n’est ou n’a pas été « coaché », après tout c’est maintenant le patron qui est en première ligne.]

      On a probablement essayé de le coacher. Mais il ne faudrait pas oublier que Benalla – comme les autres acteurs de ce drame – ne sont pas des pions qui font ce qu’on leur dit. Ils ont eux-mêmes leurs intérêts dans l’affaire. Benalla n’a pas envie d’aller en prison ou d’écoper d’une lourde amende et d’un casier judiciaire. Et du coup il tient aux médias un discours qui n’arrange pas forcément l’Elysée, loin de là.

      [Bon, demain je me rend dans mon havre favori puisque ma femme -qui travaille encore – prétend qu’ « ici, je tourne comme un lion en cage » et – vous savez comme les femmes peuvent être perfides – ajoute : « ta petite préférée ( ma fille) doit s’y rendre ».]

      Un peu cryptique, camarde… c’est quoi votre « havre favori » ?

    • morel dit :

      c’est quoi votre « havre favori » ?

      Chez mon frère, à la campagne où je trouve le calme.
      Suis de retour pour préparer le départ en vacances proche.

    • Descartes dit :

      @ morel

      Alors très bonnes vacances et revenez-nous requinqué…

  17. luc dit :

    Effectivement,la pratique politique,présente souvent des aspects discutables.
    Si nous prenons le cas du PCF,l’actualité ne manque pas de fournir de nombreux exemples de dysfonctionnement.
    http://vivelepcf.fr/6941/38eme-congres-du-pcf-les-textes-doivent-etre-envoyes-imprimes-sur-papier-par-voie-postale-a-tous-les-adherents-cest-un-minimum-de-democratie-protestation-ouverte/
    La forme Parti,ne garantit rien.
    Apparemment,le népotisme,et l’oligarchie sont la règle chez les non-partis de Macron,et Mélenchon,comme dans les autre partis traditionnels.
    N’est ce pas parce que la fonction politique consiste à réguler les conflits,avec le moins de violences possibles?

    • Descartes dit :

      @ luc

      [Si nous prenons le cas du PCF, l’actualité ne manque pas de fournir de nombreux exemples de dysfonctionnement.]

      Franchement… je ne vois pas l’intérêt de tirer sur les ambulances et encore moins sur les corbillards. J’avoue que je n’ai pas eu le courage de lire en détail l’indigeste document préparé en vue du prochain congrès du PCF. Mais rien que la lecture en diagonale m’a donné envie de pleurer. Non seulement le texte reprend tous – mais alors tous, il n’en manque pas un – les poncifs à la mode chez les gaucho-bobos (la « lutte contre le patriarcat », l’écologisme bébête, le gloubi-boulga antilibéral, le pacifisme béat) et un soin extrême de ne pas aborder les sujets qui fâchent, de faire le bilan de l’action des directions passées et surtout présentes. Ca a autant de souffle et de vision d’avenir que l’annuaire du téléphone.

      [La forme Parti ne garantit rien.]

      Mais qui a dit que la « forme Parti » devait « garantir » quelque chose ? Il ne faut pas investir les modes d’organisation de pouvoirs magiques. Une organisation n’est qu’un outil au service d’un projet. Et lorsqu’il n’y a plus de projet – ou plutôt, lorsque le projet se réduit à préserver le boulot des permanents et les positions des « notables » – la meilleure forme d’organisation ne sert à rien.

      [Apparemment le népotisme et l’oligarchie sont la règle chez les non-partis de Macron, et Mélenchon, comme dans les autre partis traditionnels.]

      Il ne faut pas exagérer. Le « népotisme » est finalement assez limité dans notre système pollitique, que ce soit chez Macron ou dans la plupart des « partis traditionnels ». On trouve une logique dynastique au FN, qui tient à son histoire : issu de l’agglomération de groupuscules ayant de violents conflits les uns avec les autres, il leur faut une figure forte et incontestable pour rester ensemble. Et la meilleure manière de créer une telle figure, c’est la logique héréditaire. Mais dans les autres partis, les réseaux familiaux sont relativement rares. Combien de cas trouvez-vous en France de candidats à la présidence ou de ministres qui soient de la même famille qu’un ancien président ?

    • Gugus69 dit :

      ___Combien de cas trouvez-vous en France de candidats à la présidence ou de ministres qui soient de la même famille qu’un ancien président ?___
      Moi, je ne vois que Frédéric Mitterrand…

    • Simon dit :

      [Pour ne donner qu’un exemple : si l’acte reproché à Benalla était le fait d’un vrai policier, à votre avis, quelle aurait été la sanction ?]
      Pour avoir frappé sans raison? je parie sans trop de risque une bouteille de champagne sur absolument rien, et que personne n’en aurait rien eu à faire. Pour les faits, c’est un conseiller avec le sang chaud, on ne peut certes que regretter que les hauts-fonctionnaires soient craintifs, mais je ne qualifierais pas les faits de “gravissimes” (cela mérite évidemment un licenciement pour faute grave) Après, il est vrai que cela révèle des choses inquiétantes sur l’organisation du pouvoir -et sur la relation de Macron avec Benalla.

      Simon

    • Descartes dit :

      @ Simon

      [Pour avoir frappé sans raison? je parie sans trop de risque une bouteille de champagne sur absolument rien, et que personne n’en aurait rien eu à faire.]

      Et bien, vous vous trompez. Pour ne prendre qu’un exemple : le 4 avril 2018, trois policiers sont condamnés à quatre mois de prison avec sursis (avec inscription au casier, ce qui entraine leur révocation) et 2000 € de dommages et intérêts pour violence sur mineur. Leur crime ? Avoir giflé un adolescent et avoir frappé une adolescente à la cuisse avec une matraque après les avoir amenés « sans raison » au commissariat. Même dans les cas où les policiers sont suspectés, ils sont souvent suspendus en attendant leur jugement. Et je ne vous parle même pas des sanctions administratives, qui en ce moment tombent comme à Gravelotte. Pourquoi croyez-vous que les policiers craignent d’aller dans certains quartiers ? Pas seulement parce qu’ils craignent d’être l’objet de violences, mais aussi parce qu’ils savent que si cela dégénère, il y a un risque réel de servir de bouc émissaire…

      Accessoirement, dans le cas présent il n’y a pas que les coups : il y a l’usurpation de fonction et de titre. Quel serait à votre avis le sort d’un policier qui revêtirait un uniforme auquel il n’a pas droit ?

      [Pour les faits, c’est un conseiller avec le sang chaud, on ne peut certes que regretter que les hauts-fonctionnaires soient craintifs, mais je ne qualifierais pas les faits de “gravissimes” (cela mérite évidemment un licenciement pour faute grave)]

      Je ne suis pas d’accord. Plus on est haut placé, et plus on est responsable. L’abus commis par un lampiste n’est peut-être pas grave, mais le même abus devient « gravissime » lorsqu’il est commis par une personne qui détient un pouvoir considérable. La raison est simple : plus on est haut placé, et plus nos actes sont susceptibles d’avoir des conséquences graves. Qu’un lampiste méprise la loi, c’est regrettable. Qu’un conseiller du président de la République le fasse, c’est grave, et même « gravissime ».

      [Après, il est vrai que cela révèle des choses inquiétantes sur l’organisation du pouvoir -et sur la relation de Macron avec Benalla.]

      Et surtout, de la relation de Macron avec l’ensemble de l’appareil d’Etat.

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes,

      Bonjour,

      [Qu’un conseiller du président de la République le fasse, c’est grave, et même « gravissime ».]

      Ça veut dire quoi, exactement un conseiller du président de la République ? Il était, à ma connaissance que chargé de mission, et bien sûr pas sur l’usage de l’arme nucléaire. Des conseillers, vous le savez bien, les hauts responsables en ont des séquelles, en touts les domaines.
      Être très proche du pouvoir ne vous donne pas pour autant un réel pouvoir et celui usurpé, avec une bonne dose de duplicité de quelques hauts fonctionnaires, ne me parait pas interférer dans les décisions du chef de l’État, en dehors de quelques questions relativement secondaires.
      Toute cette affaire me fait penser à la fable de La Fontaine ” Le coche et la mouche ” .
      Chaque coche a ses innombrables mouches, elles ont la présence, pas la substance.

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [Ça veut dire quoi, exactement un conseiller du président de la République ?]

      J’utilise le terme dans le sens général : un « conseiller » du président est celui qui a la possibilité de parler à l’oreille du président, quel que soit son statut administratif ou son titre dans l’organigramme.

      [Il était, à ma connaissance que chargé de mission, et bien sûr pas sur l’usage de l’arme nucléaire.]

      Officiellement, non. Mais il avait, alors qu’il accompagnait le président dans ses déplacements publics mais aussi privés, l’opportunité de lui parler de beaucoup de choses, l’usage de l’arme nucléaire y compris. Est-ce que Macron écoutait ses conseils ? Nous ne le saurons jamais avec certitude, mais la crainte qu’inspirait Benalla a des fonctionnaires très haut placés laisse penser qu’eux, au moins, le pensaient.

      [Être très proche du pouvoir ne vous donne pas pour autant un réel pouvoir et celui usurpé, avec une bonne dose de duplicité de quelques hauts fonctionnaires, ne me parait pas interférer dans les décisions du chef de l’État, en dehors de quelques questions relativement secondaires.]

      Vous n’en savez rien. De quoi parlaient Macron et Benalla lorsqu’ils étaient en tête à tête ? Quelle influence avait-il sur les décisions du président, et dans quels domaines ? Si, comme vous dites, il n’avait pas un « réel pouvoir », pourquoi autant de hauts fonctionnaires bons connaisseurs du milieu cherchaient à lui faire plaisir ? Car le fait est là : un simple « chargé de mission », qui n’était pas particulièrement apprécié de ses responsables hiérarchiques, a fait une grosse connerie. Et pourtant, sa hiérarchie ne l’a pas sanctionné. Comment expliquez-vous cela ?

  18. Simon dit :

    Cher Descartes,

    Merci pour ce billet et pour la qualité des échanges sur ce blog,

    Un point dans cette affaire (mineure sur les faits, à peu près du même niveau qu’un conseiller pris en compagnie d’une prostituée de 17 ans mais qui en dit long sur l’organisation et le “management” en haut lieu) m’intrigue : M. Benalla a bénéficié de passe-droits me semblant assez extraordinaires, avec des promotions rapides, dont le grade de Lieutenant-Colonel dans la réserve et avec une promotion comme sous-préfet envisagée : est-ce que de tels avantages sont monnaie courantes pour un garde du corps, ou est-ce que cela peut indiquer soit une “proximité particulière” avec le Grand Homme, ou alors de connaître quelques éléments compromettants sur ledit Grand Homme?

    Après, je ne comprends pas que ce scandale prenne tant d’importance, surtout en restant au niveau des faits.

    Cordialement,

    Simon

    • Descartes dit :

      @ Simon

      [Un point dans cette affaire (mineure sur les faits, à peu près du même niveau qu’un conseiller pris en compagnie d’une prostituée de 17 ans mais qui en dit long sur l’organisation et le “management” en haut lieu)]

      Je pense que là vous comparez deux choses très différentes. L’affaire du conseiller pris en compagnie d’une prostituée mineure concernait exclusivement la vie privée du conseiller en question. Pour que les deux affaires soient comparables, il eut fallu que la prostituée en question lui ait été trouvé par les services de l’Elysée… Non, l’affaire Benalla est particulièrement grave parce qu’elle montre que même des hauts fonctionnaires expérimentés sont prêts à accorder des passe-droits ou même à couvrir des illégalités lorsqu’un « favori » du Président est concerné. Cela donne une petite idée du mode de fonctionnement du Président en question. Rien à voir avec l’affaire du conseiller et de la prostituée.

      [M. Benalla a bénéficié de passe-droits me semblant assez extraordinaires, avec des promotions rapides, dont le grade de Lieutenant-Colonel dans la réserve et avec une promotion comme sous-préfet envisagée : est-ce que de tels avantages sont monnaie courantes pour un garde du corps, ou est-ce que cela peut indiquer soit une “proximité particulière” avec le Grand Homme, ou alors de connaître quelques éléments compromettants sur ledit Grand Homme?]

      Je pense surtout que cela traduit un mode de fonctionnement du Grand Homme. Il est clair que dans le monde à Macron, les hauts fonctionnaires ont peur de déplaire à celui qui est réputé avoir l’oreille du Président. Ce n’est pas que ce Président ait plus le pouvoir de casser leur carrière que ne l’avaient leurs prédécesseurs. Mais la différence – du moins c’est là mon interprétation, mais elle est fondée sur ce que me disent des amis qui connaissent bien l’ambiance à l’Elysee – est que ce Président-là écoute plus ses « favoris » que ses fonctionnaires. Hollande ou Sarkozy – et je ne parle même pas de De Gaulle ou Pompidou – avaient un grand respect pour les hauts fonctionnaires dont ils s’étaient entourés. Macron les méprise, et ne jure que par les gens « venus du privé » qui, eux, « font avancer les choses » quitte à violer quelques lois au passage. Comme Benalla.

      Pour moi ce n’est pas une coïncidence si cette affaire arrive à un Président qui songe à modifier le statut de la fonction publique pour pouvoir nommer des contractuels (c’est-à-dire, des gens qui n’étant pas protégés par le statut seront totalement soumis aux caprices de celui qui les nomme) aux emplois supérieurs de l’Etat. Macron veut des hauts fonctionnaires qui aient peur. Pas étonnant que ces derniers finissent par soigner ses « favoris »…

      [Après, je ne comprends pas que ce scandale prenne tant d’importance, surtout en restant au niveau des faits.]

      Parce que les faits sont gravissimes. Et ce qu’ils révèlent, plus grave encore. En d’autres temps, quand la politique avait encore quelque dignité, le directeur de cabinet de Macron ou le ministre de l’Intérieur (ou les deux) auraient présenté leur démission pour beaucoup moins que ça. Souvenez-vous de Marcellin, qui rendit sa casquette après l’affaire des « plombiers du Canard »…

    • Marcailloux dit :

      @Descartes,

      Bonjour,

      [[ Parce que les faits sont gravissimes. Et ce qu’ils révèlent, plus grave encore. En d’autres temps [ . . . . . . .] moins que ça. Souvenez-vous de Marcellin, qui rendit sa casquette après l’affaire des « plombiers du Canard »…]]

      Je vous trouve excessif dans toute la réponse à Simon.

      Vous opposez systématiquement, comme le bien et le mal, le public au privé. Que ce soit dans un secteur comme dans l’autre, les travers et les vertus des individus qui ont des responsabilités s’expriment finalement, peu ou prou, de la même façon.
      On ne demande pas dans le privé, à des cadres dirigeants de se soucier tout particulièrement du bien public. Ils appliquent, en principe, la loi et les règlements. Ils défendent les intérêts de ceux qui les emploient, c’est à dire les actionnaires. S’ils trahissent, ils sont virés.
      Il est exigé, dans la haute fonction publique particulièrement, que les fonctionnaires en charge de hautes responsabilités défendent sans réticence, le bien public. Il s’agit là d’une vocation avec, bien sûr, ses avantages et ses inconvénients. L’obligation de loyauté est impérative. En cas de faute grave, ils sont, cependant, mutés avec promotion fréquemment.

      Or, le pantouflage, les conflits d’intérêt, le clientélisme, les coups tordus, . . . .ne datent pas d’Alexis Kohler. On a affaire à la nature humaine, et quelque soit le Président que nous élisions (sans jeu de mot), l’air qui se respire au Palais entraine des effets euphoriques propre à toutes sortes de dérives.

      L’ennui, pour beaucoup maintenant, c’est qu’on ne peut plus rien cacher et Paris est investi par quelques millions de paparazzi en puissance. Le sport de voyeurisme est en passe de supplanter le football.

      Où je ne suis pas vraiment d’accord avec vous, c’est dans votre comparaison entre les plombiers du Canard et le cafouillage amateur de cette affaire mineure Benalla, même si elle est révélatrice d’un manque de consistance de l’équipe dirigeante.
      À l’époque de Marcellin, tout laisse à penser, comme dans l’affaire du Rainbow Warrior entre autres, que ce qui s’est passé était la conséquence d’un choix délibéré des ou du dirigeant du pays, en totale infraction avec la loi.
      Dans le cas de ce jeune Rastignac qui, ivre de l’air présidentiel a pété un plomb, c’est la légèreté de la structure de direction, encore inaguerrie, qui a faillit en laissant des espaces de liberté que de jeunes arrivistes occupent sans vergogne.

      Le recours à des conseillers aux antipodes de la rationalité n’est pas le seul fait de Macron, si toutefois il y a recours auprès de son entourage. Plusieurs sources indiquent que des personnalités incontestables comme A. Briand, G. Clémenceau, R. Poincaré, De Gaulle, Chirac, Giscard, Mitterand, Eltsine, . . . .consultaient régulièrement des voyants ou cartomanciennes ou autre personnage ésotérique. Alors, déclarer « gravissime » une péripétie rocambolesque qui aurait du se traiter par un licenciement immédiat pour faute grave, me paraît très excessif. Il en va de votre crédibilité, ceci dit amicalement.

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [Vous opposez systématiquement, comme le bien et le mal, le public au privé. Que ce soit dans un secteur comme dans l’autre, les travers et les vertus des individus qui ont des responsabilités s’expriment finalement, peu ou prou, de la même façon.]

      Je n’oppose nullement le public et le privé. Pour moi, ils sont complémentaires. Mais je ne crois pas que « la main invisible du marché » puisse transformer les égoïsmes privés en bienfaits publics. Pour le dire autrement, les buts des agents privés et publics sont différentes : les agents privés ont pour but de gagner de l’argent, les agents publics de rendre un service à la collectivité. Et on voit les conséquences de cette différentiation chaque jour : les citoyens reprochent à la SNCF de fermer les petites lignes, à La Poste de fermer les guichets dans les petits villages, alors que personne ne reproche à Casino ou Carrefour – ou même à un petit commerçant – de fermer un magasin dès lors que celui-ci n’est pas rentable.

      A partir de cette différence fondamentale, on construit un ensemble de valeurs, un système de punitions et de récompenses, une mystique et une idéologie qui n’est pas du tout la même dans le secteur privé et dans le secteur public. Les hommes et femmes qui travaillent dans les deux secteurs n’ont pas du tout le même type de réflexes, d’interdits, d’expectatives. C’est pourquoi je ne pense pas que ce soit une bonne idée d’amener des dirigeants du secteur privé – où le résultat financier est la seule mesure du succès ou de l’échec – dans les postes dirigeants du secteur public ou les critères de succès et d’échec sont autres. Pourquoi croyez-vous qu’on ait trouvé aussi peu de patrons du secteur privé dans la Résistance et dans la France Libre ? Pourquoi à votre avis on y trouve les fonctionnaires et les agents publics en surnombre ? Tout simplement, parce que les bonnes affaires étaient du côté de l’occupant…

      C’est pourquoi, sans opposer le public et le privé, je soutiens l’idée d’une séparation entre les deux, un peu comme la séparation entre les églises et l’Etat. S’il s’agit de fournir un service de restauration, le privé est parfaitement capable de le faire dès lors que nous sommes prêts à accepter que le riche et le pauvre ne mangeront pas la même chose. Mais s’il s’agit de fournir un service de police ou de pompiers, services que nous voulons les mêmes pour tous, je ne crois pas que la « main invisible du marché » soit d’un grand secours.

      [On ne demande pas dans le privé, à des cadres dirigeants de se soucier tout particulièrement du bien public. Ils appliquent, en principe, la loi et les règlements. Ils défendent les intérêts de ceux qui les emploient, c’est à dire les actionnaires. S’ils trahissent, ils sont virés.]

      Je trouve votre « en principe » délicieux. Non, on ne demande pas dans le privé d’appliquer la loi et les règlements. On demande de les appliquer seulement dans la mesure où c’est moins cher que de ne pas les appliquer. Je pourrais vous donner d’innombrables exemples où les entreprises privées violent la loi tout simplement parce qu’elles savent que les amendes sont minimes par rapport aux avantages que cela procure. Par ailleurs, vous noterez que ces « lois et règlements » que les secteur privé est tenu en principe d’appliquer sont faites – et leur application contrôlée – par des agents publics. Confondre le privé et le public, c’est la garantie que les « lois et règlements » seront inopérants.

      [Il est exigé, dans la haute fonction publique particulièrement, que les fonctionnaires en charge de hautes responsabilités défendent sans réticence, le bien public. Il s’agit là d’une vocation avec, bien sûr, ses avantages et ses inconvénients. L’obligation de loyauté est impérative. En cas de faute grave, ils sont, cependant, mutés avec promotion fréquemment.]

      En cas de faute grave ils sont mutés – rarement avec promotion – mais peuvent aussi être rétrogradés et même révoqués. Et ce n’est pas aussi rare que vous le croyez. En particulier, une condamnation pénale avec inscription au casier entraine une révocation d’office. Il faut arrêter de croire cette légende qui voudrait que les fonctionnaires – et en particulier les hauts-fonctionnaires – ne sont jamais sanctionnés. La différence entre le privé et le public est que la base de la sanction est différente. Dans le privé, on sanctionne d’abord les résultats : celui qui gagne de l’argent, celui qui vend beaucoup n’est jamais sanctionné. Dans le public, on sanctionne le respect des règles formelles : la déloyauté, la compromission du secret de la défense nationale, l’illégalité. Pour ne donner qu’un exemple : si l’acte reproché à Benalla était le fait d’un vrai policier, à votre avis, quelle aurait été la sanction ?

      [Or, le pantouflage, les conflits d’intérêt, le clientélisme, les coups tordus, . . . .ne datent pas d’Alexis Kohler.]

      Pardon, mais… qu’est-ce qui vous fait penser que les « conflits d’intérêt » ou les « coups tordus » sont plus fréquents dans la sphère publique que dans la sphère privée ? Vous n’avez jamais entendu parler de « délit d’initié » ?

      [On a affaire à la nature humaine, et quelque soit le Président que nous élisions (sans jeu de mot), l’air qui se respire au Palais entraine des effets euphoriques propre à toutes sortes de dérives.]

      Je ne suis pas d’accord. Les hommes qui se sont succédé à l’Elysée n’avaient pas tous la même vision des rapports entre le public et le privé. La plupart d’entre eux avaient d’ailleurs une claire conscience de la différence entre les agents publics et les agents privés, et se sont entourés de fonctionnaires de carrière blanchis sous le harnois, et rarement de gens ayant une histoire de « pantouflage » ou venus du privé. Avec Macron, la différence est flagrante…

      [L’ennui, pour beaucoup maintenant, c’est qu’on ne peut plus rien cacher]

      Ce n’est pas vrai : l’ennui, c’est qu’on ne VEUT plus rien cacher. Ce n’est pas du tout la même chose. Lorsqu’on fait le choix de se mettre en permanence en scène, on ne peut ensuite se plaindre si les paparazzi sont à l’affut.

      [À l’époque de Marcellin, tout laisse à penser, comme dans l’affaire du Rainbow Warrior entre autres, que ce qui s’est passé était la conséquence d’un choix délibéré des ou du dirigeant du pays, en totale infraction avec la loi.]

      Rien ne « laisse penser » pareille chose. On n’a jamais retrouvé une note de Marcellin ordonnant l’installation de micros chez le « Canard », et personne n’a jamais soutenu avoir reçu un ordre formel du ministre. Mais vous avez raison sur un point : l’affaire Marcellin est une illégalité volontaire, l’affaire Benalla une illégalité permise par la passivité de ceux qui auraient dû la contrôler.

      [Dans le cas de ce jeune Rastignac qui, ivre de l’air présidentiel a pété un plomb, c’est la légèreté de la structure de direction, encore inaguerrie, qui a faillit en laissant des espaces de liberté que de jeunes arrivistes occupent sans vergogne.]

      Non. Ni Delpeuch ni Strzoda ne sont des perdreaux de l’année. Ce n’est pas l’inexpérience qui a joué dans cette affaire, mais la crainte de ces hauts fonctionnaires de se mettre du mauvais côté d’un personnage ayant l’oreille du Président. Au risque de me répéter : le Président méprise la haute fonction publique, et est prêt à écouter n’importe quel discours anti-fonctionnaire. Et du coup, les hauts fonctionnaires en haut de la pyramide se sentent en permanence remis en cause, et ont peur de ceux qui peuvent les débiner auprès du Président. Comment dans ces conditions pourraient-ils jouer leur rôle d’alerte et de contrôle ?

      [Le recours à des conseillers aux antipodes de la rationalité n’est pas le seul fait de Macron, si toutefois il y a recours auprès de son entourage. Plusieurs sources indiquent que des personnalités incontestables comme A. Briand, G. Clémenceau, R. Poincaré, De Gaulle, Chirac, Giscard, Mitterand, Eltsine, . . . consultaient régulièrement des voyants ou cartomanciennes ou autre personnage ésotérique.]

      Possible – quoi que je doute beaucoup que De Gaulle ait consulté des voyantes. Mais c’est la première fois depuis la guerre que des hauts fonctionnaires, dont la fonction est d’assurer un fonctionnement conforme au droit des institutions, ont de bonnes raisons d’avoir peur des « conseillers aux antipodes de la rationalité ». C’est peut-être cela le changement avec Macron. Mitterrand consultait Elisabeth Teyssier, mais Rousselet ou Bianco n’avaient pas peur d’elle.

      [Alors, déclarer « gravissime » une péripétie rocambolesque qui aurait du se traiter par un licenciement immédiat pour faute grave, me paraît très excessif. Il en va de votre crédibilité, ceci dit amicalement.]

      Vous noterez quand même que les consultations des voyantes n’ont jamais abouti à ma connaissance à des violences sur les personnes. C’est en ce sens que l’affaire Benalla est « gravissime ». Le principe selon lequel l’Etat a le monopole de la force légitime n’est pas un principe qu’on peut banaliser. Si le fait que le président de la République juge « normal » qu’un de ses collaborateurs puisse violenter des passants impunément ne vous paraît pas « gravissime », je me demande ce qu’il vous faut. Revêtir les insignes de la force publique pour frapper des gens dans la rue, c’est un acte grave. Pourvoir le faire sans que les forces de police présentes sur les lieux interviennent, cela l’est encore plus. Mais le fait que cette affaire ait fait l’objet d’une sanction purement symbolique – en fait un « parapluie » au cas ou l’affaire serait découverte – rend l’affaire « gravissime ». Car nous savons que nous avons élu à l’Elysée un homme que la violence privée exercée par ses amis ne défrise pas, et que les digues institutionnelles qui nous protègent de ce type d’illégalité ne fonctionnent pas. Et malgré le scandale, rien n’a changé : les hommes sont toujours en place – sauf Benalla, tout a des limites – et le Président nous explique qu’il est « fier » de l’avoir recruté. Si cela ne vous paraît pas « gravissime », je me demande ce qu’il vous faut.

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes,
      Bonsoir,
      [Si cela ne vous paraît pas « gravissime », je me demande ce qu’il vous faut.]

      Combien de morts, combien de milliards, combien de chefs d’oeuvre détruits ? Tout de même, n’exagérons rien !
      Je trouve que depuis quelques années des superlatifs excessifs sont banalement utilisés. Que restera-t-il lorsqu’il faudra qualifier des événements dramatiques pour le pays ?
      Si une inflexion de ce genre de pratique se reproduit, alors là, il sera justifié de réellement s’alarmer et s’indigner.
      On voit bien que vous n’avez jamais été Président de la République sur un coup de dés ! :-))

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [Combien de morts, combien de milliards, combien de chefs d’oeuvre détruits ? Tout de même, n’exagérons rien !]

      Et bien, autant de morts, autant de milliards, autant de chefs d’œuvre détruits que pour le Watergate, pour ne prendre qu’un exemple…

      Je trouve assez curieux vos critères d’évaluation de la « gravité » d’une affaire. L’affaire Benalla n’a pas causé des morts, détruit des chefs d’œuvre ou couté des milliards. Mais les mécanismes que cette affaire mettent en lumière pourraient coûter fort cher, provoquer des morts et détruire pas mal de choses…

      [On voit bien que vous n’avez jamais été Président de la République sur un coup de dés ! :-))]

      Pas encore, pas encore…

    • Descartes dit :

      @ Luxy Luxe

      [Hors sujet, mais recouvrant les thématiques abordées ici :]

      Le hors sujet ne me gêne pas… par contre cet article avait déjà été commenté sur ce blog !

    • Nicolas dit :

      Beaucoup d’utilisateurs de twitter sont indignés par le fichage politique, voici une personne qui se dit choquée: https://twitter.com/Amilhau_/status/1027602291925413888
      La CNIL a été saisie: https://www.cnil.fr/fr/etude-realisee-partir-de-messages-postes-sur-twitter-la-cnil-est-saisie-du-dossier
      Sur Crises, il y a un gros dossier dessus:
      1°) L’étude de l’influence russophile sur le Benallagate : d’énormes failles méthodologiques
      https://www.les-crises.fr/l-etude-eu-disinfolab-de-l-influence-russophile-sur-le-benallagate-d-enormes-failles-methodologiques/

      2°) Tous fichés ? Comment Twitter permet le fichage politique de la population
      https://www.les-crises.fr/tous-fiches-comment-twitter-permet-le-fichage-politique-de-la-population/

      3°) Un laboratoire du CNRS aurait aussi fiché les opinions politiques de près de 200 000 personnes !
      https://www.les-crises.fr/un-laboratoire-du-cnrs-aurait-aussi-fiche-les-opinions-politiques-de-pres-de-200-000-personnes-fichagepolitique/

      4°) https://www.les-crises.fr/eu-disinfolab-la-diffusion-scandaleuse-dun-dementi-mensonger/
      Communiqué de presse : EU DisinfoLab, la diffusion scandaleuse d’un démenti mensonger

    • Antoine dit :

      @Nicolas

      > Tous fichés ? Comment Twitter permet le fichage politique de la population

      Voyons… Non, Twitter ne permet pas le fichage politique de la population. Seulement des gens qui ont décidé de s’afficher sur Twitter (et qui, en général, le font dans le but de diffuser au maximum leurs idées, donc d’être visibles et remarqués).

      > Un laboratoire du CNRS aurait aussi fiché les opinions politiques de près de 200 000 personnes !

      De la même manière, on pourrait dire qu’un institut de sondage qui effectue une enquête d’opinions politiques, « fiche » les opinions politiques des gens (alors qu’il s’agit de travailler sur des agrégats, pas de faire correspondre individuellement chaque individu nommé à une opinion).

      Les études en sciences politiques, ça existe, et ça implique souvent de tenir des statistiques plus ou moins riches sur les opinions des sujets étudiés. Quelle découverte 🙂

      > Un laboratoire du CNRS aurait aussi fiché les opinions politiques de près de 200 000 personnes !

      Oui, bof, c’est l’hyperbole habituelle des articles militants-indignés. Une étude statistique se transforme en « fichage des opinions politiques ». C’est Berruyer qui le dit, il faudrait le croire sur parole… En fait, il n’en sait rien, d’où l’usage du conditionnel, tout en sachant bien que son public de supporteurs va ignorer le conditionnel et s’indigner à grands cris.

    • Descartes dit :

      @ Antoine

      [Voyons… Non, Twitter ne permet pas le fichage politique de la population. Seulement des gens qui ont décidé de s’afficher sur Twitter (et qui, en général, le font dans le but de diffuser au maximum leurs idées, donc d’être visibles et remarqués).]

      Tout à fait. Rien ne vous oblige par ailleurs à afficher votre état civil sur Tweeter. Je pense qu’à l’avenir chaque personne devrait avoir deux personnalités : une « personnalité publique » qui lui servirait à intervenir et diffuser publiquement ses idées, et une « personnalité privée » qu’il ne communiquerait qu’aux intimes. Les pseudos, c’est pas fait pour les chiens.

      [Oui, bof, c’est l’hyperbole habituelle des articles militants-indignés.]

      Oui et non. Si Berruyer ne propose pas vraiment de faits à l’appui de ses dires, ce n’est pas tout à fait le cas dans l’affaire qui concerne l’ONG belge. Car l’un des fichiers proposés par Berruyer fait la liaison entre des données nominatives et des expressions politiques. Il s’agit donc bien de « fichage politique ».

      Mais je suis d’accord avec vous sur une chose. Au lieu de cette “indignation” qui ne sert à rien, mieux vaudrait faire de la pédagogie. Il est illusoire de croire que des informations que l’on verse dans l’espace public (et l’internet est un espace public) ne seront pas exploitées. Autant donc tenir cela pour un fait, et enseigner aux militants les règles minimales de la prophylaxie. Quand j’étais au PCF, je me souviens qu’on nous enseignait les techniques de base pour ne pas se faire “ficher” par les RG. Et sans crier au “scandale”: les RG faisaient leur boulot, et nous les militants on faisait le notre.

  19. Nicolas dit :

    On est déconcerté par la gestion du pouvoir de cette affaire Benalla, c’est scandale sur scandale. Et maintenant, il y a le scandale des affichages politiques sur twitter. Une obscure ONG belge, sponsorisée par twitter, fait une enquête sur l’ingérence russe et fiche illégalement les comptes dénonçant Macron et Benalla. Un tel amateurisme impressionne.

    • Descartes dit :

      @ nicolas

      [On est déconcerté par la gestion du pouvoir de cette affaire Benalla, c’est scandale sur scandale. Et maintenant, il y a le scandale des affichages politiques sur twitter.]

      Pourriez-vous donner des références précises ? Il ne faudrait pas tomber dans le complotisme…

    • BolchoKek dit :

      @ Descartes
      https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/08/10/fichier-de-comptes-twitter-actifs-durant-l-affaire-benalla-la-cnil-saisie_5341196_4408996.html<
      Il faut ajouter que cette “ONG Belge” est au final un faux nez grossier (mêmes coordonnées, mêmes collaborateurs..) d’un groupe de lobbyistes professionnels. Le résultat a été une étude bidon sur “la main de Moscou” :
      https://www.marianne.net/politique/manipulation-dans-l-affaire-benalla-comment-inventer-un-complot-russe-sur-twitter-en

      Il devient tragique de voir à quel point les soutiens de Macron et de sa majorité se défendent comme des manches…

    • Descartes dit :

      @ BolchoKek

      [Il faut ajouter que cette “ONG Belge” est au final un faux nez grossier (mêmes coordonnées, mêmes collaborateurs..) d’un groupe de lobbyistes professionnels. Le résultat a été une étude bidon sur “la main de Moscou” :]

      Je n’avais pas eu connaissance de cette affaire, mais j’y trouve encore une illustration de l’effet néfaste de la « culture tweeter » sur le débat public. Quelle peut être la portée d’un débat public qui se fait à coups d’affirmations en 128 signes et qui plus est anonymes ?

      Par ailleurs, je trouve très drôles les cris des vierges effarouchées sur l’immixtion supposée des russes dans les élections américaines ou autres. Aurait-on oublié que les américains interviennent depuis presque un siècle dans les élections des autres ? Qu’ils ne se sont jamais gênés pour financer dans les autres pays les organisations politiques ou syndicales qui allaient dans le sens de leurs intérêts, ou pour organiser le renversement des gouvernements qui ne les convenaient pas ? Avouez que c’est comique… les gens qui soutiennent leur droit divin de « changer le régime » en Iran ou en Irak, qui ont soutenu publiquement les « révolutions de couleur » s’insurgent parce que les russes auraient aidé à faire battre Hillary Clinton…

    • BolchoKek dit :

      @ Descartes

      >Je n’avais pas eu connaissance de cette affaire, mais j’y trouve encore une illustration de l’effet néfaste de la « culture tweeter » sur le débat public. < J’avoue que je me garde aussi ma distance avec Twitter. C’est pratique comme “flux RSS du pauvre” pour diffuser des liens largement, mais au delà de ça, c’est franchement la basse-cour. >Quelle peut être la portée d’un débat public qui se fait à coups d’affirmations en 128 signes et qui plus est anonymes ?< Oui mais la nature de “l’affaire dans l’affaire” est l’accès par un groupement ouvertement partisan à des métadonnées de Twitter qui sont normalement inaccessibles à un utilisateur lambda, et le fichage public en tant que “russophiles” ainsi que la publication de ces données, qui ne touchent pas que des anonymes, notamment Mélenchon et Sapir étaient concernés, ainsi que certains députés LR et FN je crois. >Avouez que c’est comique… les gens qui soutiennent leur droit divin de « changer le régime » en Iran ou en Irak, qui ont soutenu publiquement les « révolutions de couleur » s’insurgent parce que les russes auraient aidé à faire battre Hillary Clinton…< Ce que je trouve intéressant dans cette paranoïa de “réseau russe” sur Twitter, c’est qu’il y a peu, on disait que les russes répandaient de fausses infos via Twitter. Maintenant, ce dont on accuse ce “réseau russophile”, c’est tout simplement de… répandre des infos pourtant vraies à propos de l’affaire Benalla. Faut avouer que c’est cocasse : au nom de la lutte contre la barbarie des steppes, répéter des faits vérifiables serait motif de suspicion… Tu as connu la guerre froide, moi pas… Ça doit te rajeunir ! Mais de ce que j’en ai lu et entendu parler, on est assez proche des méthodes d’antan : flicage au nom de la “liberté”, police de la pensée partisane au nom de la “vérité”… Que ça se passe sur Twitter n’est au fond qu’un concours de circonstances. La différence majeure est l’amateurisme du pouvoir actuel.

    • Descartes dit :

      @ BolchoKek

      [J’avoue que je me garde aussi ma distance avec Twitter. C’est pratique comme “flux RSS du pauvre” pour diffuser des liens largement, mais au-delà de ça, c’est franchement la basse-cour.]

      Tout à fait. On n’y trouve que des conneries. Même les gens intelligents deviennent idiots lorsqu’ils écrivent sur Tweeter…

      [Oui mais la nature de “l’affaire dans l’affaire” est l’accès par un groupement ouvertement partisan à des métadonnées de Twitter qui sont normalement inaccessibles à un utilisateur lambda, et le fichage public en tant que “russophiles” ainsi que la publication de ces données, qui ne touchent pas que des anonymes, notamment Mélenchon et Sapir étaient concernés, ainsi que certains députés LR et FN je crois.]

      Il ne faut pas jouer aux imbéciles. Les métadonnées ramassées par Twitter ont une valeur de marché. Qui peut imaginer que Tweeter ne cherchera pas à les valoriser ? On ne le répétera jamais assez : toute donnée confiée à l’internet doit être considérée comme destinée à être vendue à quelqu’un. Pourquoi croyez-vous que je m’astreins à une stricte discipline de confidentialité sur ce blog ?

      [Tu as connu la guerre froide, moi pas… Ça doit te rajeunir !]

      Tout à fait. L’intolérance ambiante rappelle curieusement la guerre froide ou le néo-maccarthysme des années 1980. Que voulez-vous : un ennemi qu’on peut diaboliser à souhait et à qui on peut attribuer toutes les calamités, c’est tellement commode…

    • Antoine dit :

      @BolchoKek

      > Oui mais la nature de “l’affaire dans l’affaire” est l’accès par un groupement ouvertement partisan à des métadonnées de Twitter qui sont normalement inaccessibles à un utilisateur lambda, et le fichage public en tant que “russophiles” ainsi que la publication de ces données, qui ne touchent pas que des anonymes, notamment Mélenchon et Sapir étaient concernés, ainsi que certains députés LR et FN je crois.

      Je ne comprends pas ce battage.

      1) À ma connaissance, aucune donnée non-publique n’a été utilisée, l’étude en question s’étant contentée d’« aspirer » les profils ayant contribué sur l’affaire Benalla, notamment les descriptions de profil (publiques, donc). Les métadonnées sont disponibles via des API (des points d’interrogation à distance, interrogeables par quiconque sait faire un peu de programmation).

      2) Je ne vois pas pourquoi il serait plus grave de faire figurer dans un fichier Sapir ou Mélenchon, plutôt que des « anonymes ». À tout prendre, cela me paraît même moins problématique, puisqu’il s’agit de personnes publiques qui affichent leurs opinions de façon plutôt tonitruante…

      3) Quant au fait que les auteurs de l’étude soient partisans, heu… s’il fallait s’indigner à chaque fois que des auteurs partisans font des études de sciences sociales, on y épuiserait son temps.

      En fait, le problème est la publication (accidentelle ?) du fichier et éventuellement l’absence de déclaration à la CNIL. Mais des gens qui aspirent des données sur Twitter pour étudier les effets de réseau, il y en a beaucoup, notamment dans les labos de sciences sociales et politiques.

      @Descartes

      > Tout à fait. On n’y trouve que des conneries. Même les gens intelligents deviennent idiots lorsqu’ils écrivent sur Tweeter…

      Oui… même Sapir n’échappe pas à la règle. C’est triste de voir les gens s’y égosiller.

    • Descartes dit :

      @ Antoine

      [2) Je ne vois pas pourquoi il serait plus grave de faire figurer dans un fichier Sapir ou Mélenchon, plutôt que des « anonymes ». À tout prendre, cela me paraît même moins problématique, puisqu’il s’agit de personnes publiques qui affichent leurs opinions de façon plutôt tonitruante…]

      C’est plus une question symbolique qu’autre chose. Effectivement, les « métadonnées » en question ne nous apprendront rien sur Mélenchon ou Sapir qu’on ne sut déjà. Si demain un gouvernement voulait s’en prendre à eux, il n’aurait pas besoin de Facebook pour savoir où les trouver.

      [3) Quant au fait que les auteurs de l’étude soient partisans, heu… s’il fallait s’indigner à chaque fois que des auteurs partisans font des études de sciences sociales, on y épuiserait son temps.]

      Il ne faut pas vous imaginer que ce qui est évident pour vous l’est pour tout le monde. Beaucoup de gens croient encore à la neutralité des ONG et pensent que lorsque la Commission européenne finance une étude, elle le fait dans le but exclusif de faire connaître la réalité aux européens. Un peu d’indignation devrait permettre justement d’éduquer les gens à un sain scepticisme. Ce qui me gêne dans les indignations actuelles, c’est plutôt l’effet qu’elles visent un effet de scandale plutôt qu’un effet pédagogique…

      [Oui… même Sapir n’échappe pas à la règle. C’est triste de voir les gens s’y égosiller.]

      Oui. Tweeter, c’est l’équivalent des quolibets qu’on se lançait autrefois dans la rue. Les gens comme Sapir feraient mieux de ne pas s’abaisser à ce genre d’échange.

  20. bernard dit :

    bonjour , c’est pas le sujet mais notre camarade Jean Claude Guessot se dit prêt a accueillir les migrants pour sauver l honneur de l ‘Europe , c’est la meilleure celle la

    • Descartes dit :

      @ bernard

      Pourquoi parlez-vous de “notre camarade” Gayssot ? En 2010 le conseil départemental PCF de l’Hérault a estimé que Gayssot s’était mis “hors du Parti” par ses prises de position. Quant à son “accueil”… c’est tellement facile d’être généreux avec l’argent des autres! Car “l’accueil” en question se limite à les laisser débarquer dans le port de Sète. Le logement, la nourriture, les soins aux débarqués, ce sera à l’Etat de le payer…

  21. Antoine dit :

    Bonjour,

    Rien à voir, mais je suppose que vous avez entendu parler de l’effondrement d’un viaduc routier à Gênes, qui a fait plusieurs dizaines de victimes. Accident assez choquant…
    Les médias italiens ont fait le lien avec un projet de remplacement de cette infrastructure, considérée comme vieillissante et fragilisée par le trafic automobile, il y a quelques années (*). Le M5S s’était opposé à ce remplacement, au motif de la lutte contre la « bétonnisation », et que le M5S ne croyait pas à une possibilité de rupture de l’ouvrage.
    Bien sûr, peut-être n’y avait-il pas d’éléments concordants à l’époque concluant à l’urgence d’un remplacement, et je ne sais pas si le M5S proposait autre chose à la place. Mais je remarque tout de même que le M5S s’oppose également à la nouvelle ligne ferroviaire Lyon-Turin (dont la construction implique de percer un long tunnel sous les Alpes), destinée notamment à soulager les vallées alpines du trafic routier. Et j’ai l’impression qu’il s’agit d’un ces populismes de classes moyennes qui a décidé de s’opposer en bloc à tout projet d’infrastructures (ce que leurs équivalents français appellent « grands projets inutiles et imposés »). Une telle position est d’évidence très bête ; on voit aujourd’hui qu’elle est dangereuse.

    (*) https://www.bienpublic.com/faits-divers/2018/08/14/les-rumeurs-d-effondrement-du-pont-morandi-relevent-du-conte-de-fees

    • Descartes dit :

      @ Antoine

      [Les médias italiens ont fait le lien avec un projet de remplacement de cette infrastructure, considérée comme vieillissante et fragilisée par le trafic automobile, il y a quelques années (*). Le M5S s’était opposé à ce remplacement, au motif de la lutte contre la « bétonnisation », et que le M5S ne croyait pas à une possibilité de rupture de l’ouvrage.]

      Je pense que cette affaire sera très intéressante à suivre. Elle concentre presque tous ce qui ne va pas dans nos sociétés euro-post-modernes. Il y a ce mépris des faits qui conduit le politique à dire n’importe quoi sans prendre la peine de consulter les experts, même sur des sujets qui peuvent se révéler gravissimes. Mais on découvrira aussi que les logiques d’affaiblissement de l’Etat et de privatisation des infrastructures conduit à un sous-investissement qui, à terme, sera extrêmement dangereux. Notre sécurité dépend en permanence de la qualité de la conception, de la réalisation et de l’entretien des infrastructures. Et celles construites pendant les décennies dorées 1950-70 arrivent aujourd’hui aux âges où il faut les surveiller avec attention et éventuellement les remplacer. Or, nos politiques fonctionnent sur le court terme : entre donner une subvention qui vous gagne des voix, ou dépenser cet argent pour refaire un ouvrage – c’est-à-dire pour conjurer un danger que les électeurs ne soupçonnent même pas – quel sera son choix ? Quant à l’administration de l’Etat, qui pouvait au temps où les corps techniques étaient puissants compenser ce court-termisme, ils n’ont plus ni la force, ni l’esprit pour le faire.

      Le problème de l’entretien des ouvrages pose un problème intéressant : comment financer une activité qui est essentiellement non-médiatisable, à une époque où seul ce qui est médiatique peut exister ? Si vous n’entretenez pas, le jour où le pont tombe, vous êtes le coupable. Si vous consacrez beaucoup d’argent pour entretenir le pont, on vous accusera de dépenser inutilement pour un risque inexistant, puisque le risque n’est visible que lorsque l’accident arrive…

      [Bien sûr, peut-être n’y avait-il pas d’éléments concordants à l’époque concluant à l’urgence d’un remplacement, et je ne sais pas si le M5S proposait autre chose à la place.]

      En fait, il existe des doutes sur la stabilité structurelle de ce pont depuis sa construction. En 2016, un ingénieur italien avait déjà dénoncé ce pont comme dangereux.

      [Mais je remarque tout de même que le M5S s’oppose également à la nouvelle ligne ferroviaire Lyon-Turin (dont la construction implique de percer un long tunnel sous les Alpes), destinée notamment à soulager les vallées alpines du trafic routier. Et j’ai l’impression qu’il s’agit d’un ces populismes de classes moyennes qui a décidé de s’opposer en bloc à tout projet d’infrastructures (ce que leurs équivalents français appellent « grands projets inutiles et imposés »). Une telle position est d’évidence très bête ; on voit aujourd’hui qu’elle est dangereuse.]

      Mais il faut comprendre pourquoi les classes moyennes défendent ce type de position. Les classes moyennes sont habituées à utiliser des infrastructures construites par les générations précédentes pendant les « trente glorieuses ». Elles ont vécu sur cette richesse accumulée, sans s’apercevoir que tôt ou tard il leur faudrait les renouveler ou les réparer. Donc, chaque fois que vous essayez de leur passer la facture de ce renouvellement, voire de la préparation des infrastructures de l’avenir, leur réponse est négative. C’est pourquoi l’écologie est l’idéologie des « classes moyennes » : elle fournit toutes sortes d’arguments pour ne rien faire.

  22. CVT dit :

    @Descartes,
    encore un hors-sujet, cette fois sur un sport de riches, mais qui me tient vraiment à coeur: le tennis!
    Aujourd’hui, la Fédération internationale de tennis (Aïe Ti Effe, comme on dit en français) vient de décider de mettre en bière la Coupe Davis.
    Oh, bien sûr, ce n’est pas comme cela que la nouvelle a été annoncée: il s’agit juste d’un “changement de formule”! En clair, la célèbre épreuve, qui se déroulait sur 4 week-ends de trois jours dans la saison, devient un tournoi exhibition!

    Honnêtement, je supporte de plus en plus mal notre époque, et je n’ai que 46 ans! Pourquoi diable ne pas assumer la fin d’une épreuve plus que centenaire? Et surtout, pourquoi ne pas dire la vraie raison de ce changement: l’argent compte désormais plus que la fierté nationale, même diluée dans une épreuve sportive? En clair, les Federer, Nadal, Djokovic et autres Murrray n’ont plus le temps pour défendre les couleurs de leurs pays respectifs, mais courent le cachet dès qu’on met des montagnes d’argent au pot! Le pire, c’est que même notre cher pays a fait défection: contre l’avis unanime des joueurs PROFESSIONNELS français, la FFT approuve la réforme qui remplace l’honneur national par le fric; c’est d’autant plus grave, quand on sait qu’historiquement, c’est la Coupe Davis qui est à l’origine de l’existence de Roland-Garros…
    J’insiste sur le mot FRIC parce que, justement, il s’agit de joueurs à l’abri du besoin, qui auraient a priori les moyens de jouer pour l’honneur: et bien, ce n’est pas encore assez pour eux!
    Cela n’a peut-être l’air de rien, mais c’est pour moi un signal inquiétant par rapport aux nations: même pour faire semblant d’être PATRIOTES, nos milliardaires du sport ne font plus aucun effort!
    Et vous qui me critiquiez pour mon enthousiasme pour nos millionnaires champion du monde de foot…

    • Descartes dit :

      @ CVT

      [Honnêtement, je supporte de plus en plus mal notre époque, et je n’ai que 46 ans! Pourquoi diable ne pas assumer la fin d’une épreuve plus que centenaire? Et surtout, pourquoi ne pas dire la vraie raison de ce changement: l’argent compte désormais plus que la fierté nationale, même diluée dans une épreuve sportive? En clair, les Federer, Nadal, Djokovic et autres Murrray n’ont plus le temps pour défendre les couleurs de leurs pays respectifs, mais courent le cachet dès qu’on met des montagnes d’argent au pot!]

      Tout à fait. Et si ce n’était que le tennis… aujourd’hui, on annonce qu’un manager canadien est nommé PDG de la compagnie Air France. Partout le même objectif : faire de l’argent. Un tenniste professionnel est là pour gagner de l’argent, un PDG pour faire gagner de l’argent à ses actionnaires. L’idée qu’on ait le devoir de défendre les intérêts – matériels ou symboliques – du pays qui vous à donné la possibilité de devenir ce que vous êtes ne vient plus à la tête de personne. C’est « moi, moi, moi ». A l’heure de gagner de l’argent, un PDG canadien fera aussi bien qu’un PDG français. A l’heure de défendre les intérêts de la France, peut-être pas… mais quelle importance ?

    • CVT dit :

      @Descartes,
      [L’idée qu’on ait le devoir de défendre les intérêts – matériels ou symboliques – du pays qui vous à donné la possibilité de devenir ce que vous êtes ne vient plus à la tête de personne. C’est « moi, moi, moi ». A l’heure de gagner de l’argent, un PDG canadien fera aussi bien qu’un PDG français]
      Et oui, le vocable de “Noblesse Oblige” est totalement incompris par nos “élites” mondialisées…

      Et vous faites bien de parler du futur nouveau PDG d’Airfrance (en un seul mot désormais,puisque c’est une marque…) : l’Etat actionnaire se moque de qui, en laissant faire sans réagir, une chose pareille? N’est-on pas à même de trouver un Français pour diriger un groupe Franco-Néerlandais? Au passage, on nous rebat les oreilles avec l’UE, mais même un Européen ne semble pas faire l’affaire! Donc, ce sera un nord-américain, un dirigeant venant d’un continent dont on sait à quel point la culture syndicale est à des années-lumière de celle qui prévaut en France…

      C’est une impression bien singulière de sentir son pays partir à l’encan: un mélange de rage, d’abattement et surtout d’impuissance, surtout quand on sait qu’une partie non négligeable de vos compatriotes sont tout à fait d’accord avec ce qui arrive…

    • Descartes dit :

      @ CVT

      [Et oui, le vocable de “Noblesse Oblige” est totalement incompris par nos “élites” mondialisées…]

      Tout à fait. Mais il faut bien comprendre pourquoi : l’idée que « noblesse oblige » tient au fait que le « noble » ne se fait pas lui-même. Il est le produit d’une lignée et d’un environnement humain qui lui a permis d’être ce qu’il est. Il a donc une dette intergénérationnelle qui l’oblige à préserver et transmettre le patrimoine matériel et symbolique reçu. Les « élites » actuelles ont une idéologie très différente des élites anciennes. Elles sont persuadées de s’être faites toutes seules. Elles ne sont pas le produit d’une lignée, elles n’ont pas été façonnées par des maîtres, elles ne concentrent pas la richesse d’une nation. Elles doivent tout à leur propre astuce, à leur propre effort, à leur propre « créativité ». Elles ne doivent donc rien à personne.

      Ce changement n’est pas anecdotique. Les générations précédentes avaient conscience d’être « assis sur les épaules d’un géant », pour reprendre la belle formule de Newton. Nourries d’Histoire, elles avaient conscience d’être le produit d’une histoire et du devoir de la continuer. Les générations actuelles s’imaginent que l’histoire commence avec elles, qu’elles ont tout inventé et que tout ce qui se faisait avant ne vaut même pas la peine d’être rappelé. Avant, on honorait ses maîtres, aujourd’hui on n’honore que soi-même.

      [Et vous faites bien de parler du futur nouveau PDG d’Airfrance (en un seul mot désormais,puisque c’est une marque…) : l’Etat actionnaire se moque de qui, en laissant faire sans réagir, une chose pareille? N’est-on pas à même de trouver un Français pour diriger un groupe Franco-Néerlandais?]

      Je crois que cela illustre un changement de fond : pour nos élites « mondialisés », une entreprise n’a plus de nationalité. Rien ne distingue une entreprise « française » d’une entreprise « allemande » ou « américaine ». Puisque le but est de faire de l’argent, il existe des méthodes d’organisation et de gestion qui sont universelles et qui marchent quel que soit l’histoire de l’entreprise, la culture de sa force de travail. Qu’importe que le PDG soit allemand, français ou canadien ?

      Le plus terrible, est que cette vision « mondialiste » n’existe que chez nous. Parce que les Allemands ou les Américains se battent comme des chiffonniers pour s’assurer que des Allemands ou des Américains occupent les positions dirigeantes, et cela que ce soit dans les institutions internationales ou dans les entreprises. Il n’y a que chez nous que la « haine de soi » nous fait penser qu’un Canadien, un Américain ou un Allemand feront mieux qu’un français…

      [C’est une impression bien singulière de sentir son pays partir à l’encan: un mélange de rage, d’abattement et surtout d’impuissance, surtout quand on sait qu’une partie non négligeable de vos compatriotes sont tout à fait d’accord avec ce qui arrive…]

      Maintenant, nous comprenons ce que pouvaient ressentir nos compatriotes les plus lucides à la fin des années 1930…

    • “Maintenant, nous comprenons ce que pouvaient ressentir nos compatriotes les plus lucides à la fin des années 1930…”
      Faudra-t-il donc une guerre pour sortir de ce marasme?

    • Descartes dit :

      @ nationaliste-ethniciste

      [« Maintenant, nous comprenons ce que pouvaient ressentir nos compatriotes les plus lucides à la fin des années 1930… » Faudra-t-il donc une guerre pour sortir de ce marasme?]

      Sans vouloir galvauder les mots, j’aurais tendance à dire que la « guerre » a déjà commencé. Bien entendu, il ne s’agit pas d’une « vraie » guerre. Les troupes allemandes n’ont pas traversé la frontière – et n’ont aucune intention de le faire – et Paris n’est pas bombardée. Il s’agit d’une « guerre » très différente, très « soft ». Et comme en 1940, la défaite est moins liée à la puissance matérielle de l’ennemi qu’à une abdication des élites. Faut-il rappeler qu’en 1940 l’armée française était matériellement aussi puissante – sinon plus – que l’armée allemande ? Seulement voilà, le pays ne voulait pas se battre. A gauche, parce que la saignée de 1914-18 avait renforcé les mythes pacifistes qui faisaient préférer la soumission à la guerre. A droite, parce qu’on voyait dans la victoire de l’Allemagne un antidote efficace contre le communisme.

      Le traité de Maastricht a été notre nouvel armistice. Nous avons accepté de nous laisser dicter notre politique monétaire, notre politique commerciale, notre politique industrielle, notre politique d’enseignement et de recherche, notre politique migratoire par d’autres. Nous avons accepté que les décisions des cours de justice étrangères s’imposent à nos cours souveraines. Nos principales entreprises industrielles sont de plus en plus dépendantes de centres de décision qui se situent ailleurs. Par certains côtés, notre gouvernement a moins d’autonomie que n’avait le régime de Vichy.

      Alors, si nous sommes entrés dans ce « marasme » sans qu’un coup de feu ne soit tiré, je me dis que nous pourrions aussi sortir par une Résistance aussi « soft » que ne l’est notre Occupation. Mais il me semble que nous ne sortirons que par une crise, une crise qui fasse peur aux « classes moyennes » et les oblige à sortir du système d’alliances dans lequel elles sont engagées et tenter autre chose. Car aussi longtemps que les « classes moyennes » resteront arrimées à la bourgeoisie, il n’y a que peu d’espoir.

      Est-ce que cette crise est à l’horizon ? Vous êtes trop passionné par l’histoire pour ne pas savoir qu’il n’est pas donné à ceux qui vivront un instant révolutionnaire de prédire son arrivée. Nous savons que les tensions sont grandes, que dans plusieurs pays d’Europe le rejet de cet ordre impérial se manifeste puissamment dans les urnes. Est-ce que ces tensions seront suffisantes pour provoquer une rupture ? Je n’ai pas la réponse…

    • @ Descartes,

      “Seulement voilà, le pays ne voulait pas se battre.”
      N’oublions pas les soldats français qui ont fait leur devoir (100 000 morts en quelques semaines et des pertes non-négligeables du côté allemand aussi). Mais sur le fond, je suis d’accord avec vous. La question que je me pose est la suivante: est-ce que les Anglais avaient davantage envie de se battre? Je n’en suis pas convaincu. Seulement il s’est trouvé un homme, Churchill (un homme que j’admire beaucoup) pour dire aux Anglais: “il va falloir se battre, la liberté de vos enfants est à ce prix”. Il s’est trouvé des militaires anglais pour diriger les opérations et sauver le Royaume-Uni. Nous, nous connaissons la suite, mais à la fin de l’année 1940, la défaite britannique était une possibilité. En France, ce sont d’abord les élites, politiques et militaires, qui ont refusé de se battre. Entraînée par d’autres dirigeants et par un état-major plus combatif, qui sait?

      “Mais il me semble que nous ne sortirons que par une crise, une crise qui fasse peur aux « classes moyennes » et les oblige à sortir du système d’alliances dans lequel elles sont engagées et tenter autre chose.”
      Ne faudrait-il pas davantage compter sur la bourgeoisie? J’ai tendance à penser que la bourgeoisie a une vision plus globale et plus lucide de la situation, quand les classes moyennes ne regardent que leur nombril. La dégradation de la situation va nuire aux intérêts de la bourgeoisie et peut-être aura-t-elle rapidement besoin d’une base de repli “nationale”. Je dis ça, je ne connais pas personnellement les bourgeois, mais je les crois plus pragmatiques au final que bien des membres des “classes moyennes” que je côtoie régulièrement, et qui me paraissent peu disposés à une remise en cause de leurs principes idéologiques (construction européenne, immigration, décentralisation…).

      “Nous savons que les tensions sont grandes, que dans plusieurs pays d’Europe le rejet de cet ordre impérial se manifeste puissamment dans les urnes.”
      Mais est-ce que ces tensions remettent vraiment en cause le carcan européen? Ce n’est pas sûr. En Autriche et en Italie, on veut moins d’immigrés et un peu plus de marge de manoeuvre. Cela peut se négocier avec Bruxelles, quitte à s’asseoir sur quelques principes mais ce ne sera pas la première fois. Il faut voir ce que la Grèce a accepté d’endurer pour rester dans l’euro. Et les Grecs ne sont pas plus pleutres que les autres.

    • Descartes dit :

      @ nationaliste-ethniciste

      [« Seulement voilà, le pays ne voulait pas se battre. » N’oublions pas les soldats français qui ont fait leur devoir (100 000 morts en quelques semaines et des pertes non-négligeables du côté allemand aussi).]

      Je ne les oublie pas. Mais s’ils ont « fait leur devoir », ils l’ont fait sans véritable envie de vaincre. Relisez les « mémoires de guerre » de De Gaulle, ou bien les travaux d’historiens comme Crémieux-Brilhac. Tous soulignent la discipline des soldats français mais aussi leur manque d’enthousiasme, leur passivité, leur défaitisme. Et ne parlons même pas des élites militaires, les Gamelin, les Weygand, les Georges…

      [Mais sur le fond, je suis d’accord avec vous. La question que je me pose est la suivante: est-ce que les Anglais avaient davantage envie de se battre? Je n’en suis pas convaincu.]

      Je pense que oui. D’abord, parce que l’Angleterre, il ne faut jamais l’oublier, est une île. Et que ses habitants ont le réflexe insulaire de méfiance envers tout ce qui vient du continent. Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu en Grande Bretagne cette « haine de soi » qui conduit les français à s’abaisser devant l’Allemagne et d’espérer tout d’un accord avec elle.

      Ensuite, parce que les classes dirigeantes britanniques n’avaient pas fait l’expérience terrifiante pour elles d’un Front Populaire, et n’avaient donc pas la même perception du nazisme comme « moindre mal » face au communisme. Il faut aussi tenir compte du fait que la guerre de 1914-18 a été perçue très différemment, d’une part parce que le territoire britannique n’a pas subi de destructions, et d’autre part parce que la saignée fut bien moins importante en termes relatifs. Le pacifisme n’était donc pas aussi fort en Grande Bretagne qu’en France.

      [Seulement il s’est trouvé un homme, Churchill (un homme que j’admire beaucoup) pour dire aux Anglais: “il va falloir se battre, la liberté de vos enfants est à ce prix”.]

      Oui, mais il a fallu à Churchill une majorité stable et unie à la Chambre des Communes, ce qu’aucun gouvernement français « belliciste » n’a réussi à avoir. Si les français avaient eu la volonté de se battre, ils n’auraient pas élu une Chambre où les pacifistes étaient largement majoritaires. Churchill est un homme admirable, mais il ne s’est pas fait tout seul, pas plus qu’il n’a transformé un pays pacifiste en son contraire. Il a pu exploiter le fait que dans son histoire insulaire, l’Angleterre a toujours été unie contre les agressions extérieures, d’où qu’elles viennent, et cela depuis l’époque d’Elizabeth Ière. Ce reflexe n’existe pas en France : vous trouverez sans peine des politiques prêts à faire appel à des juridictions internationales contre les décisions prises par nos tribunaux, quelque chose d’inimaginable en Angleterre.

      [Il s’est trouvé des militaires anglais pour diriger les opérations et sauver le Royaume-Uni.]

      Pas tant que ça, en fait. Il ne faudrait tout de même pas oublier que l’armée anglaise n’était ni mieux organisée ni mieux commandée en 1940 que l’armée française, et qu’elle ne s’est guère mieux battue. Et qu’elle ne participera à nouveau aux combats qu’en 1944. C’est la marine et l’aviation qui ont « sauvé le Royaume-Uni ». Or, en France aussi c’est dans la marine et dans l’aviation qu’on trouvait les officiers les plus modernistes, dont Darlan était le meilleur exemple. Si la défense de la France avait dépendu de la marine, on aurait peut-être gagné en 1940 !

      [Nous, nous connaissons la suite, mais à la fin de l’année 1940, la défaite britannique était une possibilité. En France, ce sont d’abord les élites, politiques et militaires, qui ont refusé de se battre. Entraînée par d’autres dirigeants et par un état-major plus combatif, qui sait?]

      Tout à fait. Mais si nous n’avons pas eu ces dirigeants et cet état-major combatif, c’est aussi parce que le pays ne les voulait pas. Il y a eu « trahison des élites » au sens qu’on attend des élites qu’elles éduquent le peuple et le conduisent avec clairvoyance. Mais il ne faudrait pas oublier que cette « trahison » est d’abord l’effet d’une facilité, la décision de suivre le peuple plutôt que de le guider.

      [Ne faudrait-il pas davantage compter sur la bourgeoisie? J’ai tendance à penser que la bourgeoisie a une vision plus globale et plus lucide de la situation, quand les classes moyennes ne regardent que leur nombril. La dégradation de la situation va nuire aux intérêts de la bourgeoisie et peut-être aura-t-elle rapidement besoin d’une base de repli “nationale”.]

      Pour le moment, ce n’est guère le cas. La bourgeoisie s’enrichit bien plus en investissant dans des entreprises américaines (qui ont, elles, une base nationale et bénéficient de la protection de leur gouvernement) qu’en se battant pour rentabiliser des investissements en France. Il y a eu un capital national, qui s’est essentiellement développé à l’ombre de l’Etat. Mais je ne suis pas sur qu’il soit aujourd’hui suffisamment puissant pour peser dans la balance.

      Je partage un point de votre analyse cependant : la bourgeoisie a une vision plus globale, plus rationnelle et plus lucide que les « classes moyennes ». Pour avoir une vision lucide des choses, mieux vaut lire le « Financial Times » ou « The Economist » que « Libération » ou « Le Monde ». La bourgeoisie a besoin des faits, parce qu’elle risque son argent. Les « classes moyennes » vivent au contraire de fictions.

      [« Nous savons que les tensions sont grandes, que dans plusieurs pays d’Europe le rejet de cet ordre impérial se manifeste puissamment dans les urnes. » Mais est-ce que ces tensions remettent vraiment en cause le carcan européen? Ce n’est pas sûr. En Autriche et en Italie, on veut moins d’immigrés et un peu plus de marge de manœuvre. Cela peut se négocier avec Bruxelles, quitte à s’asseoir sur quelques principes mais ce ne sera pas la première fois.]

      Ce qui peut mettre le système en crise ce n’est pas la question des migrants. Comme vous le dites, sur ces questions tous les accommodements sont possibles. Les questions d’immigration pour moi sont plus un symptôme qu’une cause. Le principal facteur de tension est toujours et sera toujours l’économie. Alors que nous sommes en haut du cycle économique, les dettes publiques continuent à se creuser et cela malgré les efforts d’austérité. Qu’arrivera-t-il lorsque le cycle se retournera ? Le sauvetage de la Grèce, qui est une toute petite économie, aura coûté à l’UE quelque 270 Md€ de prêts dont on ne reverra probablement jamais la couleur, et encore il a fallu que la Grèce s’est engagée sur un programme d’austérité jusqu’en 2060 ! Si l’Italie flanche – et sa dette publique n’est pas très loin de celle de la Grèce – le système atteindra vite ses limites. Or, on l’a bien vu avec la Grèce, si l’on peut faire des accommodements sur l’immigration, l’Allemagne n’en accepte aucun sur l’austérité.

      Je pense que la montée de mouvements « nationalistes » – j’utilise ce mot faute de mieux – traduit une prise de conscience qui touche à la structure même de la construction européenne. De moins en moins d’européens croient toujours qu’il existe une Europe « politique » qui va demain supplanter les solidarités nationales.
      [Il faut voir ce que la Grèce a accepté d’endurer pour rester dans l’euro. Et les Grecs ne sont pas plus pleutres que les autres.]

      Tout à fait. Mais étant donné la taille de son économie, quels sacrifices faudrait-il que les italiens acceptent pour pouvoir rester dans l’Euro en cas de crise ?

    • @ Descartes,

      “Mais étant donné la taille de son économie, quels sacrifices faudrait-il que les italiens acceptent pour pouvoir rester dans l’Euro en cas de crise ?”
      Plus une économie est “grande”, plus les sacrifices en cas de crise seraient importants? Pardonnez mon ignorance, je ne suis pas très calé en économie, mais pouvez-vous développer ce point? Admettons que l’Italie connaisse demain une crise “à la grecque”, que devraient endurer nos voisins transalpins que n’ont pas enduré les Grecs?

    • bip dit :

      @ Descartes

      [Faut-il rappeler qu’en 1940 l’armée française était matériellement aussi puissante – sinon plus – que l’armée allemande ? Seulement voilà, le pays ne voulait pas se battre.]

      Face à l’ensemble des forces allemandes, on n’a certes tenu qu’un mois de combat. Mais aucun autre mois n’a été plus meurtrier pour l’armée allemande que celui-là. Peut-être qu’on ne voulait pas se battre, mais on s’est quand même battus.

      En comparaison avec aujourd’hui où on est à peine capable d’ « enfermer » pour 4 à 5 ans des types qui projetaient de massacrer gratuitement des civils français… Ah non j’oubliais, on leur fait aussi caresser des hamsters.
      Actuellement on est en-dessous de tout, désolé. Les Français des années 30 étaient loin au-dessus de nous. Durant la 1ère moitié de la décennie, eux voulaient attaquer l’Allemagne. Ils ne voyaient pas les Allemands comme de pauvres petits êtres fragiles à qui on devait tout laisser passer…

      [Nous avons accepté de nous laisser dicter notre politique monétaire, notre politique commerciale, notre politique industrielle, notre politique d’enseignement et de recherche, notre politique migratoire par d’autres.]

      On n’a pas « accepté ». On s’est battus pour…

      Ce sont les élites françaises qui ont été les principales instigatrices de l’euro.
      Ce sont les élites françaises qui ont prôné l’ « industrie sans usines ».
      Ce sont les élites françaises qui ont pris et détourné la formule de Chevènement pour arriver à 80 % de bacheliers.
      Ce sont les élites françaises qui ont décidé de ne pas renvoyer chez eux les travailleurs étrangers et de ramener en plus leurs familles. En laissant ensuite encore entrer d’autres gens.

      Et tout ça avec l’assentiment de la majorité des électeurs français.

      Et aujourd’hui ?

      Les élites françaises sont plus que jamais prêtes à tout sacrifier pour l’euro.
      Les élites françaises continuent à regarder ailleurs pendant que nos derniers grands secteurs industriels tirent la langue ; et qu’il n’y a rien d’autre à l’horizon pour prendre la relève.
      Les élites françaises ont pour objectif d’avoir un maximum d’étudiants. Même s’il s’agit d’étudiants en n’importe quoi qui ne mène nulle part. C’est la… « société de la connaissance » !
      Les élites françaises militent pour que les derniers pays européens non « enrichis » par les arabo-africains le soient. Et sont à la pointe pour laisser accoster des bateaux de migrants (certes dans des ports étrangers) en sachant très bien qu’au final c’est en France qu’une grande partie va finir. Car quel autre pays prend plus soin de ces gens que de ses propres habitants ?

      Et tout ça avec l’assentiment de la majorité des électeurs français.

      Alors quand je vois nos élites faire la leçon aux pays qui tentent de se sortir du bourbier qu’on a quand même bien contribué à créer (Italie, Autriche, G-B, Pologne), j’ai franchement honte.
      On pourrait peut-être plutôt essayer de se faire tout petits afin de leur laisser à eux un maximum de chances de s’en sortir, non ? Et si nous on veut continuer à s’enfoncer, qu’on ne cherche pas à entraîner tout le monde…

    • CVT dit :

      @Descartes,
      [Tout à fait. Mais étant donné la taille de son économie, quels sacrifices faudrait-il que les italiens acceptent pour pouvoir rester dans l’Euro en cas de crise ?]

      Je maintiens le pronostic que j’avais fait à la fin de l’an dernier: l’Italie sortira de l’eurozone, comme elle était sortie du SME lors de la spéculation contre l’ECU en 92.
      Car contrairement à la Grèce, c’est un pays fondateur de l’UE, et surtout, qui a un tissu économique de PME important, qui est à l’origine de l’euro-scepticisme du nord du pays, qui a longtemps été réputé europhile…
      C’est simple: si on additionne les voix de la Lega, de M5S et de…Forza Italia (et oui, Berlusconi a juré la perte de l’UE, surtout après avoir été congédié de son mandat de président du Conseil en 2011 comme un domestique par la tristement célèbre Troïka…), on obtient une solide majorité d’Italiens prêts à sortir de la…botte allemande.
      Et ça, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle pour les Français, qui seront encore un peu plus inféodés économiquement à l’Allemagne :-(…

    • Descartes dit :

      @ nationaliste-ethniciste

      [« Mais étant donné la taille de son économie, quels sacrifices faudrait-il que les italiens acceptent pour pouvoir rester dans l’Euro en cas de crise ? » Plus une économie est “grande”, plus les sacrifices en cas de crise seraient importants? Pardonnez mon ignorance, je ne suis pas très calé en économie, mais pouvez-vous développer ce point?]

      Oui, bien sur. La crise grecque était le résultat du creusement massif de la dette permis par l’illusion de l’Euro. Pendant des années, les prêteurs se sont racontés – comme quoi le discours eurolâtre n’est pas pure propagande cynique, mais répond à une conviction véritable chez ceux qui le tiennent – que le « système euro » était un véritable espace « national », ou la solidarité entre les Etats était la règle. Ils croyaient naïvement que prêter à la Grèce était aussi sûr que prêter à l’Allemagne, parce qu’en cas de crise l’Allemagne n’allait pas laisser tomber la Grèce. Cette croyance a permis à la Grèce de vivre au dessus de ses moyens pendant des années, creusant au passage une dette – financière et non financière – considérable.

      Lorsque les prêteurs ont finalement compris qu’un default grec n’était pas exclu et que l’Allemagne n’était pas disposée à tout faire pour l’empêcher, ils ont cessé de prêter et la crise a éclaté. En fait, la question posée était très simple : qui devait payer l’ardoise des « folles années » permises par l’Euro. Les différents points de vue correspondent à différentes répartitions de cette charge entre les différents acteurs : quelle partie de l’ardoise devait retomber sur les prêteurs privés ? Sur la bourgeoisie, les « classes moyennes », les couches populaires en Grèce ? Sur les autres Etats européens ?

      C’est là que la taille du pays intervient. Pour tenir à flot la Grèce – si l’on peut dire – les Etats européens (essentiellement la France et l’Allemagne) ont déboursé quelque 270 Md€ dont une partie est de facto perdue. Si l’Italie était dans la même situation, il faudrait débourser grosso mode dix fois plus, ce qui de toute évidence dépasse les moyens – à supposer que la volonté soit là – du système institutionnel. Or, si les prêteurs institutionnels prennent une part plus faible de l’ardoise, il s’ensuit que les autres acteurs devront prendre une plus grosse… et donc que les sacrifices demandés au peuple italien seront proportionnellement plus importants.

      [Admettons que l’Italie connaisse demain une crise “à la grecque”, que devraient endurer nos voisins transalpins que n’ont pas enduré les Grecs?]

      Des coupes encore plus importantes sur leurs retraites, sur les allocations de solidarité. Un chômage encore plus important. Une dégradation encore plus massive des infrastructures et des services publics, une vente encore plus massive du patrimoine public.

    • Descartes dit :

      @ bip

      [Face à l’ensemble des forces allemandes, on n’a certes tenu qu’un mois de combat. Mais aucun autre mois n’a été plus meurtrier pour l’armée allemande que celui-là. Peut-être qu’on ne voulait pas se battre, mais on s’est quand même battus.]

      Faudrait pas exagérer : les mois sur les front de l’Est ont été largement plus meurtriers que celui de la campagne de France. Oui, on s’est battu et souvent avec courage, mais sans motivation, dirigés par des chefs militaires qui étaient trop vieux, trop bêtes et qui n’avaient pas su prendre en compte les avances de la technologie militaire, soutenus par un appareil industriel qui fonctionnait encore suivant une logique artisanale (on ne dira jamais assez combien les français négligent quand ils ne méprisent pas l’industrie) et un système politique incapable de donner une unité à l’action.

      [En comparaison avec aujourd’hui où on est à peine capable d’ « enfermer » pour 4 à 5 ans des types qui projetaient de massacrer gratuitement des civils français… Ah non j’oubliais, on leur fait aussi caresser des hamsters.]

      C’est quoi cette histoire de hamsters ? On découvre des choses tous les jours…

      [Actuellement on est en-dessous de tout, désolé. Les Français des années 30 étaient loin au-dessus de nous. Durant la 1ère moitié de la décennie, eux voulaient attaquer l’Allemagne. Ils ne voyaient pas les Allemands comme de pauvres petits êtres fragiles à qui on devait tout laisser passer…]

      Je pense que vous avez une vision erronée de l’histoire : lisez ou relisez Crémieux-Brilhac, par exemple. Non, la France des années 1930 est essentiellement pacifiste et ne songe nullement à « attaquer l’Allemagne ». Cela s’explique d’ailleurs parfaitement : la saignée de 1914-18, avec son cortège de veuves, d’orphelins, de villages détruits est encore dans tous les esprits. Ces horreurs ont poussé les français à oublier la maxime latine qui est aujourd’hui aussi essentielle qu’au temps des Cesars : « si vis pacem, para bellum » (« si tu veux la paix, prépare la guerre »). Il n’y a qu’à voir la politique française de l’entre-deux guerres, illustrée en particulier par Aristide Briand et sa croyance naïve dans un « désarmement général ». Et ce pacifisme survivra à la deuxième guerre mondiale : il s’en est fallu de peu pour que l’armée française soit sacrifiée à la CED, et il a fallu toute l’autorité de De Gaulle pour que la France se dote enfin en 1962 de la dissuasion nucléaire, une politique condamné aussi bien à droite qu’à gauche.

      [« Nous avons accepté de nous laisser dicter notre politique monétaire, notre politique commerciale, notre politique industrielle, notre politique d’enseignement et de recherche, notre politique migratoire par d’autres. » On n’a pas « accepté ». On s’est battus pour…]

      Tout dépend de quel « on » vous voulez parler. Je vous rappelle que des deux textes qui établissent cette subordination, l’un – l’Acte Unique de 1986 – n’a jamais été soumis au vote populaire, et l’autre – le traité de Maastricht en 1992 – a été approuvé par une toute petite majorité. On peut je pense en déduire que si le peuple français s’est volontairement soumis à cette subordination, ce fut sans grand enthousiasme. D’où l’utilisation du mot « accepté ».

      Par contre, si le « on » désigne les élites, c’est évident que les choses sont très différentes. On a oublié ce qu’était l’enthousiasme – pour ne pas dire exaltation – de la grande majorité des élites politico-médiatiques et intellectuelles en faveur de ratification du traité de Maastricht. Ceux qui, comme Jean-Pierre Chevènement ou Philippe Séguin, ont défendu une position contraire étaient minoritaires et isolés dans leur milieu. Quant aux partis politiques, en dehors du PCF (en voie de marginalisation) et du FN (à l’époque marginal) tout le monde était pour. Relisez le discours de Jean-Luc Mélenchon au Sénat lors du débat de ratification – disponible sur http://www.comite-valmy.org/spip.php?article258. On a du mal à croire qu’il ait pu dire pareilles sottises.

      [Les élites françaises sont plus que jamais prêtes à tout sacrifier pour l’euro.]

      Je dirais plutôt que les élites françaises sont plus que jamais prêtes à sacrifier les autres pour l’Euro, suivant la métaphore du crocodile que j’ai souvent utilisé dans ces pages… mais dès lors qu’il ne s’agira plus de sacrifier les autres mais elles-mêmes, permettez moi de douter de leur disponibilité. C’est d’ailleurs là que réside l’espoir : une fois qu’elles auront fini de jeter au crocodile les autres, faudra bien qu’ils sacrifient un bras ou une jambe pour tenir la bête tranquille… et c’est là que la rébellion risque de commencer.

    • @ Descartes,

      Merci pour cette explication claire et précise.

      Encore une question: qu’appelez-vous “une dette non-financière”? Pardonnez cette question un peu naïve peut-être, mais je n’aime pas laisser en suspens des points qui me laissent perplexes.

      Pour revenir à votre conversation avec @ bip, vous dîtes très justement:
      “Non, la France des années 1930 est essentiellement pacifiste et ne songe nullement à « attaquer l’Allemagne ». Cela s’explique d’ailleurs parfaitement : la saignée de 1914-18, avec son cortège de veuves, d’orphelins, de villages détruits est encore dans tous les esprits.”
      Je pense en effet qu’il faut tenir compte de cette réalité: la France, comme la Russie d’ailleurs, a connu la première guerre mondiale sur son sol, contrairement par exemple au Royaume-Uni et à l’Allemagne, qui n’ont véritablement été confrontés aux destructions que lors du second conflit. La France est également un pays dont la natalité est en berne depuis la fin du XIX° siècle. Le pacifisme des années 30, rétrospectivement, apparaît comme une monumentale erreur, mais il était compréhensible, comme vous le dites, à l’époque. Du moins dans la population. Les élites, elles, auraient dû montrer plus de lucidité et amener la population à revoir son pacifisme “instinctif”. J’ai aussi lu que beaucoup de Français pensaient que les Allemands refuseraient majoritairement de s’engager dans une nouvelle boucherie. Erreur d’appréciation! Mais qui là encore pouvait se comprendre. Pourtant, certains étaient conscients de la situation, on raconte que Daladier, acclamé à son retour de Munich, se serait exclamé: “ah les cons!”.

      Après, je serais personnellement indulgent avec le Français “de la rue” des années 30: si j’avais été à sa place, avec le souvenir de l’hécatombe de la Grande Guerre, j’aurais peut-être été, moi aussi, pacifiste… Nous connaissons la suite, 80 ans plus tard, mais dans cette époque troublée de la fin des années 30, qui sait ce que nous aurions fait et ce que nous aurions pensé? Peut-être que nous aurions crié avec d’autres qu’il ne valait pas le coup de “mourir pour Dantzig”…

    • bip dit :

      @ Descartes

      [Faudrait pas exagérer : les mois sur les front de l’Est ont été largement plus meurtriers que celui de la campagne de France.]

      Je me suis peut-être en effet un peu enflammé. 😉
      J’avais le souvenir (mais trop de vague) de cet extrait du résumé d’un livre : https://www.amazon.fr/Comme-lions-Mai-juin-sacrifice-fran%C3%A7aise/dp/2702134459/ref=cm_cr_dp_asin_lnk

      « La défaite de mai-juin 1940, reste, aujourd’hui encore, une plaie mal cicatrisée dans la conscience nationale : elle évoque la débâcle, l’exode, l’armistice. Au malheur se rajoute la honte, car une opinion très répandue veut que l’armée française ait subi cette déroute sans combattre. De fait, le sujet est tabou, comme s’il s’agissait d’un secret de famille honteux. Et pourtant …
      Sait-on qu’en quarante-cinq jours de combats, les pertes quotidiennes allemandes furent supérieures à celles de la campagne de Russie du 22 juin au 10 décembre 1941 ? »

      Et j’avais aussi comme référence un autre livre : https://www.amazon.fr/Limpardonnable-d%C3%A9faite-1918-1940-Claude-Qu%C3%A9tel/dp/2709633388

      « Pourtant, contrairement à une autre légende, les soldats français se sont battus en dépit des errements de leurs chefs. Près de 100 000 d’entre eux sont morts au combat, sans parler des millions de prisonniers. Cette défaite inévitable, imparable, n’en est que plus impardonnable. »

      [C’est quoi cette histoire de hamsters ? On découvre des choses tous les jours…]

      « En prison, “on navigue à vue”, “les matons se tiennent les côtes, après avoir assisté à une séance au cours de laquelle des détenus radicalisés devaient caresser un hamster en le regardant droit dans les yeux”. “Formations à l’arbitrage”, “cuisines du monde”, “médiation animale”, “action citoyenneté” (Le Canard enchaîné, 30 mars 2016, Didier Hassous, “Allah est grand avec les gourous de la déradicalisation”), voilà des recettes improvisées, à y ajouter “le jardinage” et “la plongée” »

      (https://www.huffingtonpost.fr/vida-azimi/deradicalisation-islamisme-attentats_b_9717978.html)

      Que des gens puissent seulement imaginer ça est déjà totalement fou. Mais qu’ils puissent l’expérimenter… Et l’expérimenter aux frais de la princesse…

      Je ne sais pas ce qu’il en est encore aujourd’hui mais ils devraient faire attention, ça pourrait créer des vocations !
      Quelqu’un qui n’a pas les moyens de partir en vacances et qui voit qu’en étant incarcéré et considéré comme radicalisé on peut faire des activités comme foot, cirque, plongée, catamaran, boxe !, sophrologie, etc.

      (https://www.linternaute.com/actualite/societe/1295821-djihadistes-les-droles-de-stages-de-l-etat-pour-les-deradicaliser-22-avril-2016/)

      [Je pense que vous avez une vision erronée de l’histoire : lisez ou relisez Crémieux-Brilhac, par exemple.]

      J’avais déjà noté quand vous aviez donné cette référence mais j’avoue être un peu effrayé par un livre (2 tomes en l’occurence) sérieux (ou en tout cas plus « scientifique » qu’un roman ou un essai) de près de 1500 pages.

      J’avais commencé il y a plusieurs années « L’identité de la France » de Braudel mais je n’ai toujours pas fini… Je devrais peut-être réessayer. 😉

      [Je pense que vous avez une vision erronée de l’histoire : lisez ou relisez Crémieux-Brilhac, par exemple. Non, la France des années 1930 est essentiellement pacifiste et ne songe nullement à « attaquer l’Allemagne ».]

      Je n’ai pas de référence en tête mais j’avais l’idée que certains Français ont voulu une guerre préventive dès le début du réarmement allemand mais que le non ferme à ce projet des anglo-américains a été important dans son enterrement. Sans doute parce qu’on s’imaginait que la machine de guerre allemande se tournerait d’abord vers l’est…

      C’est faux ?

      [Tout dépend de quel « on » vous voulez parler. Je vous rappelle que des deux textes qui établissent cette subordination, l’un – l’Acte Unique de 1986 – n’a jamais été soumis au vote populaire, et l’autre – le traité de Maastricht en 1992 – a été approuvé par une toute petite majorité. On peut je pense en déduire que si le peuple français s’est volontairement soumis à cette subordination, ce fut sans grand enthousiasme. D’où l’utilisation du mot « accepté ».]

      Oui c’est toujours difficile de parler globalement « des Français ». Et la marge infime qui a fait gagner le « oui » (et certains doutent d’ailleurs de l’honnêteté du résultat) n’aurait jamais dû permettre des changements d’une telle ampleur.
      Mais derrière, le RPR s’est donné à Chirac plutôt qu’à Séguin. En 2002, Chevènement fait 5 %. Et si 2005 confirme que la population française est plus que sceptique au sujet de l’UE, les Français refusent toujours depuis de donner le pouvoir aux tenants d’une autre option.
      Vous me direz qu’il n’y a rien de vraiment emballant de ce côté…

    • Descartes dit :

      @ CVT

      [Je maintiens le pronostic que j’avais fait à la fin de l’an dernier: l’Italie sortira de l’eurozone, comme elle était sortie du SME lors de la spéculation contre l’ECU en 92.]

      On verra… personnellement, je ne pense pas que ce soit le scénario le plus vraisemblable. Je pense au contraire que ce sera l’Allemagne qui cassera le système – peut-être en sortant elle-même de l’Euro – lorsque le coût du maintien deviendra trop grand, par exemple lors d’une crise dans un des « grands » pays.

      [C’est simple: si on additionne les voix de la Lega, de M5S et de…Forza Italia (et oui, Berlusconi a juré la perte de l’UE, surtout après avoir été congédié de son mandat de président du Conseil en 2011 comme un domestique par la tristement célèbre Troïka…), on obtient une solide majorité d’Italiens prêts à sortir de la…botte allemande.]

      Mouais… le problème est que les gens votent souvent des gens qui disent blanc, mais prennent peur lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre les décisions. Je ne suis pas persuadé que ceux qui ont voté la Lega, M5S ou Forza Italia voteraient « oui » à un référendum sur la sortie de l’Euro. Plus je le pense, et plus je suis convaincu que la sortie de l’Euro ne sera jamais exécutée par une formation politique au pouvoir, du moins en Europe continentale. Les électeurs sont trop moutonniers, ont trop peur de sauter dans le vide. Seule une crise massive du système peut nous en débarrasser en imposant la réalité à un électorat devenu amorphe.

    • Descartes dit :

      @ nationaliste-ethniciste

      [Encore une question: qu’appelez-vous “une dette non-financière”? Pardonnez cette question un peu naïve peut-être, mais je n’aime pas laisser en suspens des points qui me laissent perplexes.]

      Ne vous excusez pas. En comptabilité privée, on appelle « dettes financières » celles qui sont le résultat d’opérations financières. Ainsi, par exemple un emprunt d’argent produit une « dette financière ». Les « dettes non-financières » sont celles qui sont générées par l’activité courante de l’organisme : salaires des employés ou livraisons des fournisseurs, par exemple.

      Dans le cas de l’Etat, on peut dire par extension que la « dette financière » se matérialise par les émissions de titres (titres d’emprunt, bons du trésor, etc.), et que la « dette non financière » est constituée par l’ensemble des droits que les citoyens ont sur lui : le paiement des retraites des fonctionnaires est un bon exemple. On peut même aller plus loin et considérer que dès lors qu’on proclame le droit de tous à l’éducation, cela génère une créance et donc une dette.

      [Je pense en effet qu’il faut tenir compte de cette réalité: la France, comme la Russie d’ailleurs, a connu la première guerre mondiale sur son sol, contrairement par exemple au Royaume-Uni et à l’Allemagne, qui n’ont véritablement été confrontés aux destructions que lors du second conflit.]

      Tout à fait. Je pense que cette différence n’est pas assez soulignée. C’est ce qui explique que la Russie, comme la France, ont eu après 1918 des politiques extérieures défensives, alors que l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont eu des politiques offensives. En 1945, la construction Pacte de Varsovie vise plus à construire un « glacis » lui donnant de la profondeur stratégique qu’à une véritable colonisation. Les pays de l’Europe orientale disposent d’une large autonomie dans tous les domaines… aussi longtemps qu’ils ne touchent pas à la défense et à la sécurité. Quant à la France, elle ne se réconciliera avec l’Allemagne qu’une fois la dissuasion nucléaire acquise…

      [Le pacifisme des années 30, rétrospectivement, apparaît comme une monumentale erreur, mais il était compréhensible, comme vous le dites, à l’époque. Du moins dans la population. Les élites, elles, auraient dû montrer plus de lucidité et amener la population à revoir son pacifisme “instinctif”.]

      Tout à fait d’accord. La « trahison des élites » fut de suivre le peuple en cédant à l’air du temps plutôt que de le précéder en lui expliquant la réalité. Un sujet sur lequel il faudrait peut-être réfléchir en ces temps où l’on rejette l’idée même d’élite et on porte au pinacle la démocratie directe en se fondant sur l’idée que le peuple a toujours raison. Non, le peuple a quelquefois tort, et la fonction d’une véritable élite est de le lui dire.

      [J’ai aussi lu que beaucoup de Français pensaient que les Allemands refuseraient majoritairement de s’engager dans une nouvelle boucherie. Erreur d’appréciation! Mais qui là encore pouvait se comprendre.]

      Tout à fait. On a préféré nier la réalité, en organisant des grandes cérémonies de fraternisation entre anciens combattants des deux camps ou l’on s’embrassait en proclamant « plus jamais ça », qui seront largement instrumentalisées par le régime nazi plus tard (voir un excellent article sur https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2002-1-page-55.htm). Là encore, le parallèle avec la situation actuelle des rapports franco-allemands est saisissant…

      [Pourtant, certains étaient conscients de la situation, on raconte que Daladier, acclamé à son retour de Munich, se serait exclamé: “ah les cons!”.]

      Si l’on croit Crémieux-Brilhac, la figure de Daladier mérite d’être en partie réhabilitée. Il n’a pas été trompé à Munich, mais il n’avait ni la volonté ni la force de secouer le carcan politique de la IIIème République finissante, avec une Chambre – celle du Front Populaire, notez-le – où le pacifisme bête était très largement dominant et le courage absent, et un sénat dominé par les affairistes. C’est d’ailleurs la même Assemblée nationale qui plus tard votera avec un « lâche soulagement » les pleins pouvoirs au Maréchal…

      Que pouvait faire Daladier en 1938 ? Rompre la négociation et mobilisé l’armée française ? Il aurait été cloué au pilori par la presse – droite et gauche confondue – et renversé par la Chambre. Il aurait sauvé peut-être l’honneur, mais pas grande chose d’autre. En 1938, le pays ne voulait pas « mourir pour Dantzig ». Après non plus, d’ailleurs.

      [Après, je serais personnellement indulgent avec le Français “de la rue” des années 30: si j’avais été à sa place, avec le souvenir de l’hécatombe de la Grande Guerre, j’aurais peut-être été, moi aussi, pacifiste… Nous connaissons la suite, 80 ans plus tard, mais dans cette époque troublée de la fin des années 30, qui sait ce que nous aurions fait et ce que nous aurions pensé? Peut-être que nous aurions crié avec d’autres qu’il ne valait pas le coup de “mourir pour Dantzig”…]

      Impossible à dire. C’est pourquoi je préfère ne pas former de jugements moraux sur les temps passés et m’en tenir aux faits. L’histoire ne doit pas être un tribunal.

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes

      Bonjour,

      (réponse à bip)
      [(on ne dira jamais assez combien les français négligent quand ils ne méprisent pas l’industrie) et un système politique incapable de donner une unité à l’action.]

      Pardonnez mon incursion dans vos débats très instructifs et empreints d’objectivité (pas tous ! ).
      Je me souviens d’une image symboliquement forte pour moi, parce que mon père était artilleur. C’est celle de canons de 75, fleuron justifié de l’armée française, tirés par des chevaux embourbés face aux Panzers allemands. La France rurale contre l’Allemagne industrielle.

    • Descartes dit :

      @ bip

      [« En prison, “on navigue à vue”, “les matons se tiennent les côtes, après avoir assisté à une séance au cours de laquelle des détenus radicalisés devaient caresser un hamster en le regardant droit dans les yeux” ».]

      Je ne sais pas si ça marche sur les détenus, mais le hamster, en tout cas, n’a plus jamais commis d’attentat ! Décidément, nous vivons une époque formidable…

      Toute cette histoire de « dé-radicalisation » montre combien une pensée magique a remplacé une véritable réflexion sur les principes. Parce que tout cela repose sur une vision assez contestable : celle qui consiste à croire que les convictions des gens qui défendent le « bien » seraient les seules véritables convictions, alors que celle des gens qui embrassent le « mal » ne sont que le résultat d’un lavage de cerveau qu’on pourrait magiquement retourner en faisant caresser un hamster.

      Les jihadistes sont des personnes humaines et à ce titre dotées de libre arbitre. Elles ont fait un choix en fonction de leur formation, de leur éducation, de leur expérience de vie, tout comme nous avons fait un choix diamétralement opposé. Nous pouvons les punir pour leurs actes, nous pouvons, si nous estimons qu’ils représentent pour la société un danger, prendre des mesures pour les éloigner de la vie sociale. Mais nous n’avons pas le droit – à supposer que nous ayons la possibilité, ce qui pour moi n’a rien d’évident – de « changer leurs idées ».

      Il faut bien insister sur la vision anti-humaniste qui se cache derrière ces projets. Ils reposent tous sur l’idée qu’une opinion politique, une vision du monde peuvent être changés par des exercices plus ou moins coercitifs. Seulement, si on admet cette hypothèse, alors plus aucune opinion ne peut être considérée comme issue de la Raison humaine. Car si en caressant un hamster je peux transformer un jihadiste persuadé qu’il faut tuer tous les infidèles pour en faire un citoyen respectueux des lois et de la démocratie, pourquoi je ne pourrais pas en caressant l’animal de votre choix transformer un eurolâtre béat en souverainiste rageur, un gentil antiraciste en raciste furieux, un partisan de Mélenchon en suppôt de Macron ?

      Si l’on admet que la « déradicalisation » est possible dans ces termes, alors on admet que tout vote est déterminé non pas par des convictions, mais par le conditionnement des électeurs…

      [Que des gens puissent seulement imaginer ça est déjà totalement fou. Mais qu’ils puissent l’expérimenter… Et l’expérimenter aux frais de la princesse…]

      Que voulez-vous… faut bien que les psychologues gagnent leur croûte. Si on rembourse l’homéopathie – en sachant qu’elle est totalement inefficace, mais parce qu’on économise ainsi une consommation médicamenteuse tout aussi inutile – on peut bien payer le prix du hamster pour donner l’illusion au bon peuple qu’on a trouvé une solution…

      [J’avais déjà noté quand vous aviez donné cette référence mais j’avoue être un peu effrayé par un livre (2 tomes en l’occurence) sérieux (ou en tout cas plus « scientifique » qu’un roman ou un essai) de près de 1500 pages.]

      Vous avez tort d’avoir peur, parce que cela se lit comme un roman. Crémieux-Brilhac est non seulement un grand historien, il est aussi un excellent conteur, d’autant plus réaliste qu’il a vécu l’époque qu’il raconte. Profitez des vacances, vous ne le regretterez pas.

      [J’avais commencé il y a plusieurs années « L’identité de la France » de Braudel mais je n’ai toujours pas fini… Je devrais peut-être réessayer. ;)]

      Faut pas s’attaquer aux sommets avant d’avoir grimpé une colline. Braudel est un théoricien de l’histoire. Crémieux-Brilhac est d’abord un conteur passionné de documentation (il fut je crois directeur de la Documentation française).

      [Je n’ai pas de référence en tête mais j’avais l’idée que certains Français ont voulu une guerre préventive dès le début du réarmement allemand mais que le non ferme à ce projet des anglo-américains a été important dans son enterrement. Sans doute parce qu’on s’imaginait que la machine de guerre allemande se tournerait d’abord vers l’est… C’est faux ?]

      Non, c’est vrai. Mais ces Français dont vous parlez étaient très peu nombreux et surtout marginaux dans leurs propres formations politiques. Faut il rappeler que, en dehors des communistes, seuls deux députes ont voté contre la ratification des accords de Munich ? Henri de Kérillis à droite, Jean Bouhey à gauche… tous les autres ont applaudi. Dans sa biographie d’Henry de Kerillis, Jean-Yves Boulic rapporte que « même si l’enthousiasme délirant [à propos des accords de Munich] décrit par la plus grande partie de la presse ne correspond peut-être pas au sentiment profond des Français après quelques jours de réflexion. Le premier sondage d’opinion a été réalisé par l’IFOP à cette date. À la question : « Approuvez-vous les accords de Munich ? » : 57 % des personnes interrogées répondent « oui », 37 % disent « non » et 6 % s’abstiennent de répondre. Ces chiffres sont toutefois à considérer avec prudence car on ne sait rien des conditions de réalisation de cette enquête ».

      [Et si 2005 confirme que la population française est plus que sceptique au sujet de l’UE, les Français refusent toujours depuis de donner le pouvoir aux tenants d’une autre option. Vous me direz qu’il n’y a rien de vraiment emballant de ce côté…]

      Bien entendu, je ne vous contredirai pas. Je pense que la population française est pragmatique. Elle juge que l’existant a au moins le mérite d’exister, alors que les alternatives proposées sont inexistantes ou du moins peu crédibles. Car quelle formation politique propose aujourd’hui une alternative qui soit à la fois attractive et crédible ? La « gauche radicale » est empêtrée dans le discours sur « l’autre Europe », qui serait tout aussi supranationale que celle que nous avons mais qui, par on ne sait quelle magie, utiliserait son pouvoir d’imposer des politiques aux Etats pour défendre la veuve et l’orphelin. Comment voulez-vous motiver les électeurs avec un irénisme pareil ? Les centristes – qu’ils soient à gauche ou au droite, du PS à l’UDI compris – proposent de continuer ce qui a échoué, et LR n’arrive pas à se décider entre les jeunes loups – devenus vieux mais gardant de belles dents – libéraux et sa tradition gaulliste.

      Quant au FN, la dynamique créée du temps de Philippot par un discours qui dessinait une perspective claire de sortie de l’Euro montre à mon avis qu’il y a une véritable disponibilité chez l’électorat populaire à « donner le pouvoir aux tenants d’une autre option » pour peu que celle-ci soit clairement formulée. Mais depuis que cette organisation est revenu à ses vieux démons…

    • Descartes dit :

      @ Marcailloux

      [Je me souviens d’une image symboliquement forte pour moi, parce que mon père était artilleur. C’est celle de canons de 75, fleuron justifié de l’armée française, tirés par des chevaux embourbés face aux Panzers allemands. La France rurale contre l’Allemagne industrielle.]

      « Nous résignerons-nous, cependant, à n’être plus, comme les Italiens nous ont annoncé leur volonté de ne pas le demeurer, qu’un « musée d’antiquailles » ? Ne nous le dissimulons pas : le choix même ne nous est plus permis. Pour le croire encore possible, nous savons trop bien le sort que nos ennemis réservent aux musées. Nous voulons vivre, et, pour vivre, vaincre. Or, ayons le courage de nous l’avouer, ce qui vient d’être vaincu en nous, c’est précisément notre chère petite ville. Ses journées au rythme trop lent, la lenteur de ses autobus, ses administrations somnolentes, les pertes de temps que multiplie à chaque pas un mol laisser-aller, l’oisiveté de ses cafés de garnison, ses politicailleries à courtes vues, son artisanat de gagne-petit, ses bibliothèques aux rayons veufs de livres, son goût du déjà vu et sa méfiance envers toute surprise capable de troubler ses douillettes habitudes : voilà ce qui a succombé devant le train d’enfer que menait, contre nous, le fameux « dynamisme » d’une Allemagne aux ruches bourdonnantes. Ne fût-ce qu’afin de préserver, dans notre vieux patrimoine, ce qui peut et doit l’être, il nous faut l’adapter aux nécessités d’une ère nouvelle. La voiture à âne était peut-être un mode de transport bonhomme et charmant. Mais à refuser de lui substituer, là où cela est souhaitable, l’auto, nous finirions par nous voir enlever jusqu’à nos bourricots. » (Marc Bloch, « l’Etrange défaite », 1940)

    • @ Descartes,

      Vous me faites découvrir, et je vous en remercie, Henri de Kérillis, un personnage que je ne connaissais pas, et qui me paraît bien intéressant. Il semble un des rares hommes lucides de cette époque troublée, et son discours à l’occasion des débats sur les accords de Munich (partiellement citée dans sa notice wikipédia que j’ai consultée), outre l’usage d’un français impeccable qui a déserté la rhétorique politique, me paraît un modèle d’intelligence et de réalisme.

      Cette partie m’a particulièrement frappé:
      “L’Allemagne est insatiable devant les faibles, l’Allemagne est impitoyable pour les faibles, l’Allemagne ne respecte que les forts et nous venons de lui montrer que nous ne l’étions pas ! (…) Vous croyez qu’elle va devenir douce et conciliante. Moi je crois qu’elle va devenir exigeante et terrible. Hitler nous a prévenus, dans Mein Kampf, que son but suprême était d’écraser la France”
      Cela prouve tout de même que certains comprenaient la situation. Force est de constater qu’ils n’ont pas été écoutés.

      Je retiens également cette citation:
      “Le régime de la Russie des soviets, je vous l’assure, mes chers collègues de droite, me répugne autant qu’à vous tous. Mais quand il s’agit d’apprécier les lois permanentes de la politique étrangère de mon pays, je ne laisse pas le bourgeois parler en moi plus fort que le patriote”
      Je ne peux m’empêcher de penser que si de tels hommes avaient pu exercer le pouvoir, l’histoire eût été différente…

    • Descartes dit :

      @ nationaliste-ethniciste

      [Vous me faites découvrir, et je vous en remercie, Henri de Kérillis, un personnage que je ne connaissais pas, et qui me paraît bien intéressant. Il semble un des rares hommes lucides de cette époque troublée, et son discours à l’occasion des débats sur les accords de Munich (partiellement citée dans sa notice wikipédia que j’ai consultée), outre l’usage d’un français impeccable qui a déserté la rhétorique politique, me paraît un modèle d’intelligence et de réalisme.]

      Tout à fait. Il faut dire aussi que c’est une des très rares personnalités de droite qui ne se soit pas laissée aveugler par l’anticommunisme ou l’esprit de parti, qui fut prêt à voter avec les communistes – horreur, malheur – lorsqu’il estimait que l’intérêt national le nécessitait. Pour moi, il illustre cette constante française qui est la difficulté de réunir des gens qui viennent des deux rives du fossé gauche/droite lorsque l’intérêt national l’exige. De Kerillis payera très cher d’ailleurs ce que beaucoup à droite on vu comme une trahison.

      [Cela prouve tout de même que certains comprenaient la situation. Force est de constater qu’ils n’ont pas été écoutés.]

      Force est surtout de constater qu’ils étaient très peu nombreux. Pourtant, c’était un secret de Polichinelle. Ce qui prouve à mon sens que lorsque l’opinion ne veut pas savoir, elle arrive à se boucher les yeux et les oreilles avec une redoutable efficacité. Au risque de me répéter, il n’y a pas en politique de force plus puissante que l’envie de croire…

      [Je retiens également cette citation:
      “Le régime de la Russie des soviets, je vous l’assure, mes chers collègues de droite, me répugne autant qu’à vous tous. Mais quand il s’agit d’apprécier les lois permanentes de la politique étrangère de mon pays, je ne laisse pas le bourgeois parler en moi plus fort que le patriote”
      Je ne peux m’empêcher de penser que si de tels hommes avaient pu exercer le pouvoir, l’histoire eût été différente…]

      Oui. Hier… et aujourd’hui !

    • bip dit :

      @ Descartes

      [Que voulez-vous… faut bien que les psychologues gagnent leur croûte. Si on rembourse l’homéopathie – en sachant qu’elle est totalement inefficace, mais parce qu’on économise ainsi une consommation médicamenteuse tout aussi inutile – on peut bien payer le prix du hamster pour donner l’illusion au bon peuple qu’on a trouvé une solution…]

      A ce sujet, j’avais lu un article où un médecin assumait de rembourser l’effet placebo de l’homéopathie « parce que ça marche » et que comme vous le dites ça évitait le recours à des traitement médicamenteux, souvent plus onéreux.
      Sauf qu’avec ce genre de raisonnement, on peut justifier absolument tout et n’importe quoi. Celui qui se sent en bonne santé parce qu’il court tous les jours, on lui paye des baskets ? Celui qui se sent déstressé grâce aux jeux vidéos, on lui paye une playstation ? Celui qui souffre de solitude et qui se sent mieux grâce à la compagnie de prostituées, on lui en paye ?

      Je crois d’ailleurs que les médecins ont une grande part de responsabilité dans le rapport « magique » aux médicaments de beaucoup de gens en instillant l’idée que n’importe quel petit problème de santé (même totalement bénin) peut et doit être réglé par un médicament.
      Je me souviens qu’ado chez le médecin pour un certificat médical mais avec un gros bouton d’acné sur le nez je me retrouve avec une prescription pour une crème sans avoir rien demandé. Alors le bouton a vite disparu après application mais je me suis retrouvé avec une trace rouge à la place pendant au moins un ou deux mois…
      Moi j’en ai tiré la leçon de réserver les médicaments aux cas où c’est vraiment nécessaire (c’est à dire souvent pas pour la plupart des maladies courantes) mais j’ai pas l’impression qu’on soit une majorité dans ce cas.

      [Henry de Kerillis]

      Je ne le connaissais pas et en parcourant sa fiche Wikipédia je vois que même quelqu’un d’aussi lucide dans l’entre-deux guerres a pu par la suite se planter en beauté sur De Gaulle. Comme quoi anticiper les événements historiques, c’est vraiment pas évident !

      Mais j’aime bien une de ses citations (1) : « Avant ma classe sociale, il y a la France. Avant le capitalisme, il y a la France. Avant notre régime politique, il y a la France. Avant toutes mes préférences idéologiques, il y a la France… Ne plus placer la France au-dessus de tout, voilà la décadence ! »

      Là encore, ça s’applique parfaitement à la situation actuelle. Bien que les mots « classe sociale » et « capitalisme » soient aujourd’hui nettement moins utilisés dans le débat public.

      (1) Je vois que @nationaliste-ethniciste a relevé, lui, deux autres citations proposées par la fiche wiki. On les aura bientôt au complet. 😉

    • Descartes dit :

      @ bip

      [A ce sujet, j’avais lu un article où un médecin assumait de rembourser l’effet placebo de l’homéopathie « parce que ça marche » et que comme vous le dites ça évitait le recours à des traitements médicamenteux, souvent plus onéreux. Sauf qu’avec ce genre de raisonnement, on peut justifier absolument tout et n’importe quoi. Celui qui se sent en bonne santé parce qu’il court tous les jours, on lui paye des baskets ? Celui qui se sent déstressé grâce aux jeux vidéos, on lui paye une playstation ? Celui qui souffre de solitude et qui se sent mieux grâce à la compagnie de prostituées, on lui en paye ?

      Si le fait de lui payer les baskets, la playstation ou la prostituée permet de supprimer une dépense publique encore plus importante, pourquoi pas ? Le seul critère ici est celui de l’efficacité : si l’on peut obtenir le même niveau de bien-être pour un coût inférieur, pourquoi s’en priver ?

      Dans le cas de l’homéopathie (ou de tout autre placebo), on constate que son remboursement dans certaines conditions permet de réduire la prescription de médicaments allopathiques, qui couteraient plus cher. On offre donc le même niveau de bien-être pour un cout inférieur. Je ne suis pas persuadé que le fait de payer des baskets aux coureurs, des playstation aux stressés ou des prostitués aux solitaires se traduirait par des économies de dépense qui compense la dépense. Mais si c’est le cas…

      [Je crois d’ailleurs que les médecins ont une grande part de responsabilité dans le rapport « magique » aux médicaments de beaucoup de gens en instillant l’idée que n’importe quel petit problème de santé (même totalement bénin) peut et doit être réglé par un médicament.]

      Je ne crois pas que ce soient les médecins qui aient installé cette idée, et la plupart des médecins que je connais cherchent au contraire à éviter la surmédication. Seulement, dans un système comme le notre où il y a libre choix du praticien, les médecins sont en concurrence sur le marché et doivent donc suivre le préjudices du client – pardon, du patient – sous peine de le voir changer de crémerie. C’est à mon avis cela qui explique en grande partie la tendance des médecins à prescrire des médicaments et des arrêts maladie à tout va.

      [Je ne le connaissais pas et en parcourant sa fiche Wikipédia je vois que même quelqu’un d’aussi lucide dans l’entre-deux guerres a pu par la suite se planter en beauté sur De Gaulle. Comme quoi anticiper les événements historiques, c’est vraiment pas évident !]

      Henri de Kerillis était un bourgeois. Un bourgeois intelligent, mais bourgeois enfin. Il était assez intelligent pour, dans une situation de crise nationale comme celle de 1940, placer l’intérêt collectif, celui de la France, au dessus des intérêts de sa classe. Mais à l’approche de la victoire, lorsqu’on commence à discuter ce que sera la France de l’après guerre, les rivalités de classe reprennent du poids. De Kerillis prendra le parti de sa classe : soutenir l’anticommuniste Giraud et compter sur lui et sur les américains pour empêcher le PCF de prendre le pouvoir ou, plus banalement, de faire passer ses réformes. Il ne pardonnera jamais à De Gaulle d’avoir accepté les réformes proposées par le CNR, et d’avoir admis les communistes dans son gouvernement.

      Cela ne réduit en rien sa clairvoyance en 1940 ou son mérite d’avoir osé, seul contre tout son camp, porter une position hétérodoxe. Mais contrairement à De Gaulle, qui était lui aussi un homme de droite, mais qui était avant tout un pragmatique, il n’a pas réussi à se résigner à la disparition de la France bourgeoise de l’avant-guerre.

      [Mais j’aime bien une de ses citations (1) : « Avant ma classe sociale, il y a la France. Avant le capitalisme, il y a la France. Avant notre régime politique, il y a la France. Avant toutes mes préférences idéologiques, il y a la France… Ne plus placer la France au-dessus de tout, voilà la décadence ! » Là encore, ça s’applique parfaitement à la situation actuelle. Bien que les mots « classe sociale » et « capitalisme » soient aujourd’hui nettement moins utilisés dans le débat public.]

      Tout à fait. Outre sa clairvoyance, de Kerillis avait un style admirable. Encore quelque chose qu’on ne voit guère dans le débat public actuel…

    • Antoine dit :

      @Descartes

      > Dans le cas de l’homéopathie (ou de tout autre placebo), on constate que son remboursement dans certaines conditions permet de réduire la prescription de médicaments allopathiques, qui couteraient plus cher. On offre donc le même niveau de bien-être pour un cout inférieur.

      Il y a quand même un problème. Si on prescrit de l’homéopathie sans expliquer au patient qu’il s’agit d’un placebo, alors on accrédite l’idée que les médicaments homéopathiques sont efficaces en eux-mêmes, qu’ils relèvent de la médecine scientifique – ce qui présente des dangers. À l’heure où les obscurantismes, les charlatanismes et la défiance vis-à-vis des sciences véritables abondent, il serait bon de ne pas donner à manger au monstre…

    • Descartes dit :

      @ Antoine

      [Il y a quand même un problème. Si on prescrit de l’homéopathie sans expliquer au patient qu’il s’agit d’un placebo, alors on accrédite l’idée que les médicaments homéopathiques sont efficaces en eux-mêmes, qu’ils relèvent de la médecine scientifique – ce qui présente des dangers.]

      Tout à fait d’accord. Je ne faisais qu’expliquer le raisonnement économique pour montrer que de ce point de vue le remboursement des médicaments homéopathiques est tout à fait raisonnable. Maintenant, vous avez raison de poser la question d’un autre point de vue. La dépense publique n’a pas seulement une rationalité économique : on veut aussi qu’elle serve à passer des messages, à « éduquer le souverain ». C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on ne peut gérer l’Etat comme on gère une entreprise…

      Personnellement, je serais prêt à payer un peu plus de cotisations pour qu’on arrête de subventionner le charlatanisme. Mais c’est mon opinion personnelle…

  23. luc dit :

    Les travaux actuels d’ Annie Lacroix-Riz,confirment les thèses de l’ouvrage de Lévy ‘cette étrange défaite’.

    Une partie essentielle de la hiérarchie militaire française,a préféré Hitler plutôt que le front populaire.

    Le cas,en particulier du général d’aviation, Huntzinger a été identifié .

    Dans son ouvrage ‘Affaires d’honneur:La prise de pouvoir par les fascistes français en Mai 1940’,éditions Gabriel Riguetti 2018,Pierre

    Grenet en fait la démonstration,à partir de l’histoire de son Oncle,un des 500 aviateurs morts en héros,au combat en 1940.

    Dans le détail,heure par heure,après le 10 Mai,l’auteur ,montre,que le général Huntziger a refusé d’envoyer les avions français,

    bombarder les ponts ,alors que les pilotes logiquement,le demandaient !

    Cette faute de commandement,permettant ainsi aux chars de Guédurian,de la Wehrmacht,d’effectuer leur percée dans les

    Ardennes,en Mai 1940,a permis aux fascistes français ,entre autres de la de la cagoule,de prendre le pouvoir,avec Pétain et Hitler.

    Presque 80 ans après,l’Ormetta sur cette question,imposée par la Cagoule et ses affidés,doit cesser,non?

    Il est temps que les traîtres soient dénoncés et la vérité historique restaurée.

    Pensez vous,que la censure dont les travaux d’Annie Lacroix-Riz,et d’autres,sont l’objet,permettent d’éclairer les consciences?

    • Descartes dit :

      @ luc

      [Les travaux actuels d’Annie Lacroix-Riz, confirment les thèses de l’ouvrage de Lévy ‘cette étrange défaite’.]

      Je ne vois pas de quel « ouvrage de Lévy » vous parlez. « L’étrange défaite » est un livre de Marc Bloch. Peut être faites vous référence au livre de Pierre Lévy « Bastille, République, Nation » qui porte le sous-titre « cette étrange défaite » ?

      [Une partie essentielle de la hiérarchie militaire française a préféré Hitler plutôt que le front populaire.]

      Il faut faire attention avec ce genre de formule. Qu’une « partie essentielle » de la hiérarchie militaire ait préféré un régime totalitaire de droite proche du fascisme ou du nazisme tel qu’il était perçu à la fin des années 1930 plutôt que le Front Populaire, c’est incontestable. Que cette même « partie » ait voulu la défaite des armées françaises et l’occupation du territoire par une armée étrangère, c’est tout simplement invraisemblable. Je n’ai d’ailleurs jamais lu une telle affirmation explicitement sous la plume d’Annie Lacroix-Riz, mais si elle l’a écrit elle a un sérieux problème avec les faits.

      Pour en revenir à Annie Lacroix-Riz, je dois dire que sa tendance à céder aux théories de complot m’ont rendu très méfiant. Le travail de l’historien consiste à confronter les documents et les témoignages, pas à retenir ceux qui arrangent une thèse préconçue et à ignorer les autres.

      [Le cas, en particulier du général d’aviation, Huntzinger a été identifié. Dans son ouvrage « Affaires d’honneur: La prise de pouvoir par les fascistes français en Mai 1940 », éditions Gabriel Riguetti 2018, Pierre Grenet en fait la démonstration, à partir de l’histoire de son Oncle,un des 500 aviateurs morts en héros, au combat en 1940. Dans le détail, heure par heure après le 10 Mai, l’auteur montre que le général Huntziger a refusé d’envoyer les avions français, bombarder les ponts, alors que les pilotes logiquement, le demandaient ! Cette faute de commandement, (…)]

      Je ne vois pas très bien en quoi cette affaire démontrerait que « une partie essentielle de la hiérarchie militaire française a préféré Hitler plutôt que le front populaire ». Que Huntziger fut un incompétent et ait commis de nombreuses erreurs et fautes pendant la campagne de France, c’est aujourd’hui un fait admis par les historiens. Mais pour conclure que ces erreurs et ces fautes étaient intentionnelles, et que – pire encore – elles constituaient un complot pour livrer le territoire français à l’ennemi, il faudrait des éléments probants.

      [permettant ainsi aux chars de Guédurian, de la Wehrmacht, d’effectuer leur percée dans les Ardennes en Mai 1940, a permis aux fascistes français, entre autres de la de la cagoule, de prendre le pouvoir, avec Pétain et Hitler.]

      Là encore, il faudrait s’en tenir aux faits plutôt qu’aux légendes. D’abord, les « fascistes français » ont eu fort peu de pouvoir. En zone occupé, les nazis s’en sont toujours méfié et s’ils ont établi des liens avec les Déat, les Doriot et autres « ultras » de la collaboration, ils ne leur ont jamais cédé le moindre « pouvoir ». A Vichy, c’était encore pire : les partisans de la « Révolution nationale » réunis autour de Pétain y voyaient des dangereux excités et des concurrents.

      Je pense que vous tombez dans une erreur très courante sur cette époque – erreur que partageaient d’ailleurs les contemporains, de Doriot à Laval – qui consiste à croire que Hitler était embarqué dans une croisade idéologique et que son objectif était d’installer des nazis locaux aux commandes dans les différents pays occupés. C’est sous l’empire de cette illusion qu’un certain nombre de personnages ont fait profession d’idéaux nazis – Doriot est l’exemple extrême – imaginant que cela leur vaudrait une quelconque reconnaissance de la part de Hitler. Et ça n’a jamais marché, tout simplement parce que la vision de Hitler était tout différente. Hitler voulait avant tout vassaliser les pays occupés, les mettre au service des intérêts de la « race supérieure » allemande. Il se foutait de la couleur du gouvernement local, pourvu qu’il soit docile. Un gouvernement local national et populaire – fut-il nazi – ne faisait pas ses affaires parce qu’un tel gouvernement aurait mis l’intérêt national au dessus des intérêts allemands. C’est pour cette raison que tous ceux qui sont allés voir Hitler en se proclamant des « vrais nazis français » pour essayer de lui soutirer des concessions se sont fait ramasser. L’idéal d’une France nazifiée collaborant sur un pied d’égalité avec une Allemagne nazi, qui était celui des « nazis français » n’a jamais eu le moindre sens pour Hitler.

      [Presque 80 ans après l’Omerta sur cette question, imposée par la Cagoule et ses affidés, doit cesser, non?]

      De quelle « omerta » parlez-vous ? Ces questions ont été analysés à fond par beaucoup d’historiens. On ne manque pas de publications sur la Cagoule et autres groupes clandestins, sur leur action et sur leur rôle pendant le régime de Vichy.

      [Pensez vous que la censure dont les travaux d’Annie Lacroix-Riz et d’autres sont l’objet permettent d’éclairer les consciences?]

      Quelle « censure » ? A ma connaissance, Annie Lacroix-Riz publie librement ses travaux, fait librement des conférences dont la plupart sont disponibles sur la toile.

  24. luc dit :

    Annie Lacroix-Riz,travaille sur les documents,et n’est pas partiale.Elle est professeur émérite des Universités.
    Effectivement,d’autres auteurs peuvent être cités.Eric Vuillard,par exemple.
    Dans son livre “L’ordre du jour”, prix Goncourt 2017, Eric Vuillard revient sur les prémisses de l’horreur : le rôle des industriels allemands dans les agissements nazis. A l’arrivée, une évocation assez magistrale, grinçante par endroits, des coulisses de l’Anschluss.Comment cela a-t-il bien pu arriver ?
    Personne n’a donc rien vu venir ? Dans ce livre, L’ordre du jour, Eric Vuillard revient sur le rôle des industriels allemands dans les agissements nazis, en faisant partager les discussions de salon et certains ratés techniques de l’armée. En somme, ce qui préfigure le pire.De quoi ça parle ?L’Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! Gigantesque,cette panne,a montré les lacunes de la Wehrmacht.
    C’est d’ailleurs,la preuve que sans la trahison,de certains généraux français,la Wehrmacht,était vulnérable et aurait été battue en Mai 1940,lors de la campagne de France.
    Les capitalistes français et alle mands,avaient fait le choix d’Hitler.
    “Messieurs, vous venez d’entendre le chancelier Hitler, nous voulons une victoire aux élections du 5 mars pour stabiliser l’économie de l’Allemagne, éradiquer les communistes et les opposants et supprimer les syndicats pour rétablir le pouvoir du chef d’entreprise. Je vous prie donc de cracher au bassinet”. C’est à peu près en ces termes que le président du parlement Goering s’adresse aux 24 industriels et banquiers convoqués le 20 février 1933.C’est le contenu de”L’ordre du jour”,d’ Eric Vuillard,prix goncourt 2017.
    Dans L’ordre du jour, il dévoile façon petite souris impuissante les coulisses de l’annexion autrichienne et revient avec la précision d’un Zola sur les prémisses de la Seconde Guerre mondiale. Ce fameux 20 février 1933, lorsque les “vingt-quatre grands prêtres de l’industrie allemande” sont conviés au salon du palais du président du Reichstag, Hermann Göring.
    Au même moment, le Führer prépare ses sombres desseins, projetant d’occuper “une partie de l’Europe”. Et l’on y voit bien la façon dont la prophétique catastrophe se profile, comment les petits accommodements de couloir ont généré l’horreur absolue. Face à ce bal tragique et grinçant, les complicités des fascistes français,espagnols,italiens,roumains,portugais furent concrètes.
    Les historiens commencent à s’y intéresser,non ?

    • Descartes dit :

      @ luc

      [Annie Lacroix-Riz travaille sur les documents, et n’est pas partiale. Elle est professeur émérite des Universités.]

      Le fait d’être professeur émérite des Universités n’implique nullement qu’on soit impartial. Annie Lacroix-Riz travaille certainement sur documents, et tout le monde lui reconnaît d’ailleurs d’avoir mis en lumière des documents précieux qui dormaient dans les archives. Ce qui est reproché à juste titre à Lacroix-Riz, c’est sa tendance à prendre pour de l’argent comptant les documents et témoignages qui vont dans le ses de la thèse qu’elle défend, et d’ignorer les autres. On lui reproche aussi, et là aussi à juste titre à mon avis, une certaine tendance à céder aux théories du complot.

      [Effectivement, d’autres auteurs peuvent être cités. Eric Vuillard, par exemple.]

      Il ne vous a pas échappé que Vuillard est un romancier, pas un historien. Lire l’histoire des années 1930 dans l’œuvre de Vuillard c’est un peu comme vouloir lire l’histoire du ministériat de Richelieu dans celle de Dumas…

      [Les historiens commencent à s’y intéresser, non ?]

      Pourquoi « commencent » ? Tout ça a été écrit par les historiens depuis longtemps, et ne surprendra personne. Le fait que les industriels allemands ont financé le NSDAP – et que les partis de droite allemands ont favorisé l’arrivée de son leader au pouvoir – parce qu’ils voyaient en lui un moyen de barrer la route au parti communiste mais aussi aux socio-démocrates est un fait qui fait consensus chez les historiens tant français comme allemands, à gauche comme à droite, comme Erich Nolte pour ne donner qu’un exemple. Imaginer on ne sait quel complot des historiens pour occulter la vérité me parait pour le moins aventureux.

  25. luc dit :

    Dans le cas de Huntzinger il faut détailler tous ces faits et gestes du 13 et 14 mai. Il n’a pas refusé de faire intervenir l’avaition. l a prétendu organiser une contre offensive terrestre alors qu’l :
    – déménageait la nuit précédent sa prétendue offensive son pc à l’arrière
    – démantelait ses unités devant Sedan
    – a limogé le seul général qui avait affronté les Allemands
    – il a averti dans l’apres midi qu’il n’avait pas mené l’offensive quand il était trop tard pour envoyer les avions..Il est mort en 1941,dans un accident d’avion trés ‘opportun’,après avoir été décoré par Pétain,comme aucun autre général Vichyste..

    • luc dit :

      Vous avez certainement,une image livresque du fascisme.
      Vous dites que le Pétainisme comme le Franquisme ne sont pas fascistes..
      Vous n’avez pas connu la guerre civile espagnole où la charité catholiquen’était pas l’idéologie franquiste ,ni connue les persécutions anti-communistes ou anti-sémites des Pétainistes!
      Regardez les films, Section spéciale ou Lucien Lacombe,pour comprendre ce que fut le Pétainisme.
      La dictature sanguinaire,fut la caractéristique du Pétainisme,non?
      Pensez aux grand travaux inouïs des bétonneurs français,entre 1940 et 1945,qui modernisa les défenses militaires et nos villes.
      Et à ce que fut le Mur de l’Atlantique et du bétonnage de nos villes qui s’en suivit,sous Pétain.
      Vos écrits,me semblent trés lacunaires,mais dans le fond êtes vous anti-pétainiste?

    • Descartes dit :

      @ luc

      [Vous avez certainement une image livresque du fascisme.]

      Et j’en suis très fier. En retour, je vous dirais que vous avez une image sentimentale du fascisme. Seulement voilà, on ne peut pas se contenter d’une approche sentimentale, sans quoi on risque l’amalgame. On ne combat pas de la même manière un mouvement réactionnaire et un mouvement moderniste, un mouvement qui s’appuie sur la tradition et un mouvement qui la rejette. C’est pourquoi il est important de faire la différence entre un « fasciste » et un réactionnaire clérical.

      [Vous dites que le Pétainisme comme le Franquisme ne sont pas fascistes…]

      Je le dis et le répète, et je vous ai expliqué pourquoi.

      [Vous n’avez pas connu la guerre civile espagnole (…)]

      Pas plus que vous, si on va par là. Ou alors vous êtes beaucoup plus âgé que je ne le pensais.

      [où la charité catholique n’était pas l’idéologie franquiste, ni connue les persécutions anti-communistes ou anti-sémites des Pétainistes! Regardez les films, Section spéciale ou Lucien Lacombe, pour comprendre ce que fut le Pétainisme.]

      Après m’avoir reproché d’avoir une « image livresque du fascisme », vous me recommandez de regarder des films pour comprendre le Pétainisme ? Un peu de cohérence…

      Ce ne sont pas des films ou des romains, aussi bien faits ou écrits soient ils, qui vous aideront à comprendre le fascisme et le pétainisme. CE SONT LES LIVRES D’HISTOIRE. Lisez Dreyfus, Crémieux-Brilhac, Paxton.

      [La dictature sanguinaire, fut la caractéristique du Pétainisme, non?]

      On ne peut pas dire que la dictature de Pétain fut particulièrement « sanguinaire ». Mais à supposer même qu’elle l’ait été, ce la n’en fait pas du pétainisme un « fascisme ». L’histoire enregistre de nombreux exemples de dictatures sanguinaires. Faut-il les qualifier toutes de « fascistes » ?

      [Pensez aux grand travaux inouïs des bétonneurs français, entre 1940 et 1945, qui modernisa les défenses militaires et nos villes. Et à ce que fut le Mur de l’Atlantique et du bétonnage de nos villes qui s’en suivit, sous Pétain.]

      Vous dites n’importe quoi. Le Mur de l’Atlantique et les travaux défensifs réalisés entre 1940 et 1945 l’ont été par les allemands. Et s’il y eut des « modernistes » parmi les ministres de Pétain (Darlan, Bouthilier…) après le départ de Laval, ils n’étaient pas, mais alors pas du tout, dans la droite ligne de la « révolution nationale » et de l’idéologie pétainiste. Même les partisans les plus farouches de la collaboration concevaient la France comme la réserve agricole d’une Allemagne industrielle.

      [Vos écrits me semblent très lacunaires mais dans le fond êtes-vous anti-pétainiste?]

      J’ose espérer que mes écrits ne laissent aucun doute sur les différences entre ma vision et celle des pétainistes. Cela étant dit, je ne vois pas très bien ce que peut vouloir dire “être anti-pétainiste” aujourd’hui. C’est un peu comme si je disais que je suis “anti-louis-philippard”, “anti-napoléonien” ou “anti-césarien”. Pétain est mort.

  26. luc dit :

    En refusant d’en faire une variante du fascisme italien, du nazisme et du franquisme, de Gaulle et toute la droite française ont bloqué le travail de mémoire et de conscientisation du peuple français. On a coutume de dire que l’Espagne contemporaine est peu perméable aux thèses de l’extrême droite à cause de la présence dans l’esprit de tous du régime franquiste. Cela a aussi été longtemps le cas en Allemagne mais l’émergence de l’AFD d’extrême droite s’est faite récemment

    En 2018, le Haut Comité des commémorations nationales a proposé de rendre hommage à Charles Maurras, dirigeant du mouvement Action française, antidreyfusard, royaliste d’extrême droite et fervent soutien de la révolution nationale du Maréchal Pétain en 1940.

    En France, les historiens proches de Sciences Po ont pris soin de réaffirmer que « Non, le fascisme ne prit jamais en France l’allure d’un mouvement de masse. » Dans un ouvrage collectif « Fascisme français ? La controverse », sous la direction de Serge Berstein et Michel Winock avec Pierre Azéma et Jacques Julliard, ils s’opposent à l’idée que la France ait pu être un des laboratoires de la pensée fasciste dans l’entre deux guerres et sous Vichy. Ils rejettent la thèse de L’idéologie fasciste en France (Seuil, 1983) de l’historien Zeev Sternhell.

    Leur refus de qualifier le régime de Vichy de fasciste s’appuie sur trois dimensions apparues dans le premier régime, celui de Mussolini, se réclamant ouvertement du fascisme :
    – l’expansion territoriale

    – le contrôle sévère de la population

    – un parti unique et de masse.

    Pétain et Vichy n’auraient pas appliqué ces politiques.

    Bien sûr, on ne peut que constater que Vichy n’a pas cherché à conquérir de nouveaux territoires, mais la France avait constitué un Empire par ses politiques coloniales antérieures et l’Allemagne nazie avait laissé à Vichy son contrôle.

    La dictature franquiste, même si elle n’a pas été qualifiée de purement fasciste suivant les critères mussoliniens a été largement associée aux régimes fascistes et nazis sans pour autant viser l’expansion territoriale de l’Espagne.

    Pour le contrôle sévère de la population, Vichy a largement repris à son compte ce principe. La police et la milice de Vichy ont persécuté tous les opposants politiques syndicaux, les résistants et les juifs en les torturant et en les déportant dans les camps de la mort.

    Concernant le parti unique, Pétain aurait dissuadé ses proches d’en créer un comme ferment et garant de la révolution nationale. Le culte du chef lui suffisait pour affirmer partout le principe du pouvoir personnel et dictatorial. Mais la milice de Darnand et les partis de Marceal Deat, le RNP rassemblement national populaire favorable à un régime fasciste et totalitaire dans une Europe unifiée et socialiste, de Doriot, le parti populaire français, de Laroque, le Parti social français, PSF et la légion française des combattants (LFC) formaient un mouvement de masse au service de Vichy. À son apogée, la LFC réunit 900 000 adhérents en métropole, 500 000 outre-mer auxquels s’ajouteront 350 000 volontaires de la Révolution nationale. L’ensemble faisait masse et aucun parti d’opposition n’était toléré.

    L’idéologie d’extrême droite se caractérise par sa haine de la démocratie, de la gauche et des minorités raciales qui portent atteinte à la pureté raciale proclamée de la nation.

    Hors sous le régime de Vichy, Pétain concentrait tous les pouvoirs, le parlement ne s’est plus réuni, une justice d’exception a été mise en place, le Parti communiste avait été dissout en septembre 1939 et à partir d’août 1941 les autres partis d’opposition étaient interdits de réunion et de toute activité, la promulgation de La Charte du Travail en 1941 a dissout officiellement les syndicats et interdit la grève, des lois raciales ont été promulguées.

    – armistice du 22 juin 1940, art. 19 : Pétain s’engage à remettre aux vainqueurs tous les Allemands et Autrichiens émigrés que le Reich réclamera ;

    – loi du 22 juillet (et décret du 1er novembre 1940) sur les dénaturalisations ;

    – ordonnance du 22 septembre 1940 : recensement systématique des juifs ;

    – loi du 27 septembre 1940 « relative à la situation des étrangers en surnombre dans l’économie nationale » qui seront dès lors internés ; les « prestataires » sont incorporés dans des « GTE » (Groupements de Travailleurs Étrangers) ;

    – 3 octobre 1940 : Statut des Juifs ;

    – loi et décret du 4 octobre 1940 sur l’internement arbitraire des étrangers « de race juive » par la police française ;

    – décret du 7 octobre 1940 : abrogation du décret Crémieux (décret de 1870 qui décidait l’accord d’office de la citoyenneté française aux 35 000 juifs d’Algérie) ;

    – 2 juin 1941 : second Statut des Juifs ;

    – 27 mars 1942 : départ d’un premier convoi de déportés de Compiègne à Auschwitz ;

    – mai 1942 : port de l’étoile jaune obligatoire pour tous les « Israélites de plus de six ans » ;

    – début juillet 1942 : Laval propose « lors de la déportation des familles juives de la zone non occupée, d’y comprendre également les enfants âgés de moins de 16 ans. » (Dépêche de Dannecker à Eichmann, 6 juillet 1942) ;

    – 16 juillet 1942 : rafle du Vel d’Hiv à Paris : 13.152 hommes, femmes et enfants juifs arrêtés à leur domicile par la police française, en vue de leur déportation ;

    – 4 août 1942 : dépêche 2765 P du secrétaire général pour la Police aux Préfets : ordre de déportation immédiate des juifs en zone occupée.

    La devise officielle du régime de Vichy « Travail famille patrie » avait été créée en 1933 pour la ligue d’extrême droite les Croix de Feu puis adoptée par le Parti social français (PSF) fondé par le colonel de La Rocque.

    La francisque, emblème personnel de Pétain, devenu celui de l’état français en tant que personne morale, était une hache de jet utilisée par le peuple germanique franc au moment de la conquête de la Gaule après l’effondrement de l’empire romain en 460. C’était le symbole de l’intégration de la France à une Europe germanique nazie.

    Un des grands objets cachés de l’histoire française est la Cagoule cette organisation d’extrême droite très active dans les années trente dont le nom officiel était Comité secret d’action révolutionnaire (CSAR). Elle a été créée après l’arrivée au pouvoir du Front Populaire en 1936 par Eugène Deloncle. Son trésorier était Eugène Schueller, par ailleurs fondateur de la multinationale L’Oréal. Elle a été impliquée dans plusieurs assassinats politiques et son objectif principal était la réalisation d’un coup d’état pour mettre en place un régime fasciste proche du modèle italien avec qui elle entretenait des contacts étroits et qui lui fournissait des armes. L’organisation comptait plus de 12.000 membres dont 5.000 combattants. Par ailleurs elle avait infiltré l’armée française et en particulier l’aviation et pouvait compter sur le soutien de plusieurs milliers d’officiers qui faisaient partie d’un service de renseignements anti communiste, le réseau Corvignoles fondé par Loustaunau-Lacau.

    En novembre 1937, la Cagoule a organisé un coup d’état qui a échoué. Marx Dormoy a fait démanteler l’organisation. Des caches d’armes réparties sur tout le territoire ont été découvertes. Une grande partie des archives concernant la Cagoule a été détruite.

    Même si quelques membres de la Cagoule comme Loustaunau-Lacau se sont engagés dans la résistance par refus de l’invasion étrangère, la plupart de ses membres se sont retrouvés dans l’entourage immédiat du Maréchal Pétain à Vichy.

    En 1945, une nouvelle enquête judiciaire a été ouverte sur les activités de la Cagoule. Un dossier a été rédigé par M. Ducloux, directeur des services de la police judiciaire. « Il est établi que Pétain entretenait des relations avec les principaux membres de la Cagoule dont le but était de renverser la République et de la remplacer par un pouvoir dictatorial à l’instar de Rome et de Berlin, opération en vue de laquelle d’important dépôts d’armes en provenance d’Italie et d’Allemagne avaient été constitués. Il suffit de citer les noms d’Alibert [Ministre de la Justice dans les deux premiers gouvernements Laval en 1940] et de Deloncle… Un document d’Alibert datant de 1942 révèle qu’il faisait partie de la Cagoule ainsi que Darlan, Huntzinger, Déat, Laval et aussi le Maréchal Pétain qui en était le drapeau ; que l’intention était de prendre le pouvoir pour instaurer un régime sur le modèle de Franco, en utilisant les services de celui-ci et au besoin l’appui d’Hitler. »*

    Quand Pétain a été appelé le 17 juin 1940 comme vice président du Conseil par Paul Reynaud alors qu’il était ambassadeur de France en Espagne auprès de Franco, puis le 16 juin 1940 quand il est devenu Président du Conseil, sa prise de pouvoir a atteint le but que s’était donné la Cagoule, mettre en place un régime dictatorial d’extrême droite avec Pétain comme porte drapeau.

    Dans « Affaires d’honneur », en faisant revivre les huit premiers de mai 1940, le rôle joué par des officiers supérieurs de l’armée française liés à la Cagoule, organisation d’extrême droite aussi appelé Comité secret d’action révolutionnaire apparaît décisif pour désorganiser la défense française et saboter les bombardements en particulier celui 14 mai 1940 sur le pont de bateaux à Gaulier près de Sedan.

    Grâce aux archives militaires de Vincennes, ces journées cruciales pour l’invasion nazie de la France ont pu être reconstituées. Le Général Huntzinger commandait le IVème groupe d’armée dans les Ardennes, là où finit la ligne Maginot et où Hitler choisit d’attaquer avec ses Panzers et ses bombardiers.

    “Le 13 mai 1940, Le général Billotte qui commande le front allié depuis l’extrémité ouest de la Ligne Maginot jusqu’à la mer comprend enfin que le plan allemand consiste à opérer la percée décisive sur le territoire français non pas à partir du centre de la Belgique mais à partir des Ardennes vers Sedan et que les forces terrestres dont il disposait dans le secteur, la 55e division d’infanterie et l’artillerie du 10e corps d’armée ont abandonné le terrain, traumatisées par cinq heures de pilonnement de la Luftwaffe. Il ne lui reste plus que l’aviation pour combler la brèche de plus en plus béante sur le front. Il appelle donc en catastrophe le 13 mai à 22 heures le Général d’Astier. Il lui demande de déclencher aussitôt une opération massive pour détruire les ponts de bateaux assemblés par les Allemands sur la Meuse. D’Astier fait remarquer à Billotte qu’aucun bombardier classique ne sera en mesure d’intervenir avant le milieu de la journée du lendemain et que cette mission a très peu de chances d’être menée avec succès de nuit. Le Général Billotte insiste en déclarant : « La victoire ou la défaite passent par ces ponts. » **

    Hors plus tard, le Général Huntzinger déclarera préparer une contre attaque terrestre pour détruire le pont de bateaux. Les missions de bombardement seront détournées sur les colonnes allemandes en amont du pont pour éviter des pertes dans les rangs des unités françaises terrestres.

    La contre attaque n’a jamais eu lieu et le Général Huntzinger au lieu de la préparer a fait reculer son PC. Le résultat a été que le seul pont de bateau disponible pour faire passer la colonne de 1000 Panzers de Guderian n’a pas été détruit. La percée de Sedan a été triomphale pour Hitler et ses troupes.

    Les analyses faites sur la percée de Sedan ont considéré que le seul secteur de Sedan qui avait tenu face au déferlement de la Wermacht était celui du Général Rochard qui avait réussi à améliorer les défenses en les mettant quasiment au niveau de celles de la Ligne Maginot. Le 20 Mai, en pleine nuit, il réunit ses troupes pour leur confirmer qu’ils n’avaient pas cédé un pouce de terrain et qu’ils pouvaient retourner la situation en contre attaquant dans le secteur voisin qui avait été complètement enfoncé.

    Le Général Huntzinger décida le lendemain 21 mai de limoger le général Rochard et de le remplacer par le général Doyen. Ce même Huntzinger dont un rapport de police disait qu’il était proche de la Cagoule fut le représentant de Pétain pour signer l’armistice le 25 juin 1940 à Rethondes. Il fut ensuite Secrétaire d’État à la Guerre du 6 septembre 1940 au 11 août 1941 dans le Gouvernement de Vichy et l’un des signataires de loi portant sur le statut des juifs du 3 octobre 1940.

    L’armée française qui comptait 5.500.000 hommes en mai 1940 a été défaite par une armée allemande de 5.000.000 d’hommes en six semaines.

    * Les Cagoulards dans la guerre de Philippe Bourdrel Albin Michel 2009

    ** Affaires d’honneur. La prise de pouvoir par les fascistes français en huit jours de mai 1940 de Pierre Grenet aux éditions Gabriel Riqueti 2018

    • Descartes dit :

      @ luc

      [En refusant d’en faire une variante du fascisme italien, du nazisme et du franquisme, de Gaulle et toute la droite française ont bloqué le travail de mémoire et de conscientisation du peuple français.]

      Faut arrêter de tout confondre. Faire du pétainisme « une variante » du fascisme ou du nazisme serait absurde. Le fascisme est le nazisme sont des mouvements modernistes, aspirant à moderniser leurs pays, à développer l’industrie et la recherche, à affaiblir les institutions traditionnelles (église, famille…). Le pétainisme – en cela il est beaucoup plus proche du franquisme – est au contraire un mouvement qui prône un retour aux traditions paysannes et catholiques et le rejet de la modernité. En refusant l’assimilation du pétainisme à un « fascisme », De Gaulle et ceux qui l’ont suivi dans cette analyse – à gauche comme à droite – se sont tenus à une réalité historique : le pétainisme est un mouvement réactionnaire, une réaction contre la modernité. Ce n’est pas le cas du nazisme ou du fascisme.

      [On a coutume de dire que l’Espagne contemporaine est peu perméable aux thèses de l’extrême droite à cause de la présence dans l’esprit de tous du régime franquiste.]

      Ah bon ? On dit ça ? Pourtant, je crois savoir que l’ensemble de la droite espagnole et une bonne partie de la gauche considère normal que les ministres prêtent serment sur les Evangiles. Si ce n’est pas là une « thèse de l’extrême droite », je me demande ce qu’il vous faut.

      [En 2018, le Haut Comité des commémorations nationales a proposé de rendre hommage à Charles Maurras, dirigeant du mouvement Action française, antidreyfusard, royaliste d’extrême droite et fervent soutien de la révolution nationale du Maréchal Pétain en 1940.]

      Et alors ? Faut-il arrêter de commémorer la bataille de Verdun au prétexte que Pétain y a gagné ses étoiles ? Charles Maurras a été un penseur très influent dans la France de la première moitié du XXème siècle. Le rappeler à notre mémoire commune – c’est là le sens du mot « commémorer » – ne me parait pas scandaleux. « Commémorer » et « célébrer » ne sont pas synonymes.

      [En France, les historiens proches de Sciences Po ont pris soin de réaffirmer que « Non, le fascisme ne prit jamais en France l’allure d’un mouvement de masse. » Dans un ouvrage collectif « Fascisme français ? La controverse », sous la direction de Serge Berstein et Michel Winock avec Pierre Azéma et Jacques Julliard, ils s’opposent à l’idée que la France ait pu être un des laboratoires de la pensée fasciste dans l’entre deux guerres et sous Vichy. Ils rejettent la thèse de L’idéologie fasciste en France (Seuil, 1983) de l’historien Zeev Sternhell.]

      Et ils ont à mon avis raison. En France, l’idéologie fasciste était plutôt le fait de certaines élites modernisatrices, mais n’a aucun écho populaire. Seriez-vous en mesure de me proposer le nom d’un seul leader ayant eu un véritable support populaire et qui porte le message moderniste du « fascisme » ? Vous aurez du mal : la plupart des populistes français flatte au contraire la fibre paysanne et villageoise. Les penseurs de l’extrême droite française sont essentiellement des réactionnaires catholiques comme Maurras.

      [Leur refus de qualifier le régime de Vichy de fasciste s’appuie sur trois dimensions apparues dans le premier régime, celui de Mussolini, se réclamant ouvertement du fascisme : l’expansion territoriale ; le contrôle sévère de la population ; un parti unique et de masse.]

      Oui, il y a ces trois éléments. Mais il y a aussi une question idéologique, qui est le rapport à la modernité. Le fascisme est d’abord un mouvement modernisateur, alors que le pétainisme est un mouvement réactionnaire. C’est pourquoi le fascisme – comme le nazisme d’ailleurs – aura des rapports exécrables avec l’église catholique, alors que le pétainisme – comme le franquisme – aura au contraire d’excellents rapports avec elle.

      [Bien sûr, on ne peut que constater que Vichy n’a pas cherché à conquérir de nouveaux territoires, mais la France avait constitué un Empire par ses politiques coloniales antérieures et l’Allemagne nazie avait laissé à Vichy son contrôle.]

      Cet argument ne vaut rien. Si le fait d’avoir hérité un Empire vous rend « fasciste », le reproche s’applique autant à Vichy qu’au Front Populaire. A ma connaissance, Léon Blum n’a rien fait pour se défaire de l’Empire que la France avait acquise « par ses politiques coloniales antérieures ».

      [Pour le contrôle sévère de la population, Vichy a largement repris à son compte ce principe. La police et la milice de Vichy ont persécuté tous les opposants politiques syndicaux, les résistants et les juifs en les torturant et en les déportant dans les camps de la mort.]

      Certes, mais on ne peut pas parler d’un « contrôle sévère de la population ». On n’a pas installé des mouchards dans chaque administration, chaque entreprise, chaque pâté de maisons comme ce fut le cas dans les régimes fasciste ou nazi. On n’a pas généralisé le contrôle policier lors des inscriptions scolaires et universitaires ou des embauches. La police et la gendarmerie ont fait assez peu de zèle – ce dont les autorités d’occupation se plaignaient fréquemment, si l’on croit les documents d’archives – quand elles ne sabotaient pas l’action de l’occupant.

      [Concernant le parti unique, Pétain aurait dissuadé ses proches d’en créer un comme ferment et garant de la révolution nationale. Le culte du chef lui suffisait pour affirmer partout le principe du pouvoir personnel et dictatorial.]

      Il n’empêche qu’il n’y a pas eu de parti unique, ni la volonté d’en créer un. Le régime de Vichy est un régime proto-monarchique. Contrairement aux régimes nazi ou fasciste, il n’a pas besoin d’un « parti » qui serve de relais entre le leader et le peuple.

      [Mais la milice de Darnand et les partis de Marceal Deat, le RNP rassemblement national populaire favorable à un régime fasciste et totalitaire dans une Europe unifiée et socialiste, de Doriot, le parti populaire français, de Laroque, le Parti social français, PSF et la légion française des combattants (LFC) formaient un mouvement de masse au service de Vichy.]

      De masse, de masse, c’est vite dit… La LFC, le seul qui aura vraiment une adhésion massive, n’est pas un « parti », mais une association d’anciens combattants construite à partir de la fusion forcée des associations d’anciens combattants d’avant 1940. Elle ne défend d’ailleurs pas l’idée d’un « régime » quelconque. Les partis proprement « fascistes » (PPF, RNP, etc.) ne regrouperont que quelques milliers de membres actifs.

      [L’idéologie d’extrême droite se caractérise par sa haine de la démocratie, de la gauche et des minorités raciales qui portent atteinte à la pureté raciale proclamée de la nation.]

      Il ne faudrait pas confondre « extrême droite » et « fascisme »…

      [Or sous le régime de Vichy, Pétain concentrait tous les pouvoirs, le parlement ne s’est plus réuni, une justice d’exception a été mise en place, le Parti communiste avait été dissout en septembre 1939 et à partir d’août 1941 les autres partis d’opposition étaient interdits de réunion et de toute activité, la promulgation de La Charte du Travail en 1941 a dissout officiellement les syndicats et interdit la grève, des lois raciales ont été promulguées.]

      Oui, mais cela ne fait pas du régime de Vichy un régime « fasciste ». A force de qualifier de « fasciste » tout ce qui vous déplait, on banalise le mot « fascisme ». Le « fascisme » est un mouvement politique bien particulier, qui a ses caractéristiques propres. Tous les mouvements d’extrême droite ne sont pas « fascistes ».

      [La francisque, emblème personnel de Pétain, devenu celui de l’état français en tant que personne morale, était une hache de jet utilisée par le peuple germanique franc au moment de la conquête de la Gaule après l’effondrement de l’empire romain en 460. C’était le symbole de l’intégration de la France à une Europe germanique nazie.]

      Franchement, c’est pousser l’interprétation au-delà du raisonnable. Pour commencer, la francisque germanique n’a qu’un seul tranchant, alors que le symbole choisi par Vichy en avait deux. En fait, la francisque utilisée comme symbole par Vichy n’a aucun rapport avec une francisque ayant existé : elle est sortie de l’imagination d’un proche de Pétain.

      [Un des grands objets cachés de l’histoire française est la Cagoule]

      « Objet caché, la Cagoule » ? Il y a des centaines de livres, d’articles, de thèses publiées sur ce sujet. Bien entendu, comme il s’agit d’une organisation secrète et conspirative, nous n’avons qu’une vision partielle à partir de la documentation qui a survécu, des rapports de police et des témoignages divers. Mais pour le reste, c’est un « objet » qui a été extensivement étudié par les historiens. Pas la peine de fantasmer la dessus.

      [L’organisation comptait plus de 12.000 membres dont 5.000 combattants.]

      Il est fort douteux que la Cagoule ait jamais compté autant de membres. Pourriez-vous me dire d’où sortent ces chiffres ?

    • BolchoKek dit :

      @ Descartes

      >Il est fort douteux que la Cagoule ait jamais compté autant de membres. Pourriez-vous me dire d’où sortent ces chiffres ?< luc a en fait copié-collé sans vergogne un article de Médiapart :
      https://blogs.mediapart.fr/pierre-grenet/blog/160218/oui-le-regime-de-vichy-etait-fasciste-et-en-plus-il-collaborait-avec-l-occupant
      Il fait d’ailleurs ça assez souvent, sans jamais mentionner la source ni l’auteur. Je suis en général bon public, mais ça commence franchement à me gonfler, étant donné que ça doit bien faire une douzaine de fois que je le vois procéder de la sorte, et que ça ne peut donc plus être mis sur le compte de la maladresse. Je ne sais pas s’il essaye de faire passer ces écrits pour les siens ou pas, et d’ailleurs ce n’est pas la question. C’est avant tout d’un profond irrespect pour ses interlocuteurs, les lecteurs du blog et surtout l’auteur.

    • Descartes dit :

      @ BolchoKek

      [« Il est fort douteux que la Cagoule ait jamais compté autant de membres. Pourriez-vous me dire d’où sortent ces chiffres ? » luc a en fait copié-collé sans vergogne un article de Médiapart :]

      Oui, j’avais remarqué. Et je crois que ce n’est pas la première fois que quelqu’un en fait la remarque. Personnellement, je ne m’en formalise pas dans la mesure où les questions posées sont intéressantes et me permettent d’élargir un peu ma réflexion personnelle, mais il est vrai qu’à force le fait de pomper sans mentionner la source et surtout sans discernement devient problématique.

  27. SimonG dit :

    Sur l’affaire Benalla, certaines faveurs agacent, notamment dans l’armée.
    Je me permets de poster ce lien ici (un rappel des types de réserves et de la façon dont M. Benalla a obtenu ses galons) : https://lavoiedelepee.blogspot.com/2018/07/lieutenant-colonel-benalla.html
    Apres, que l’esprit de Cour existe dans ce pays n’est ni une découverte ni une innovation du président.
    Cordialement
    Simon

    • Descartes dit :

      @ SimonG

      [Sur l’affaire Benalla, certaines faveurs agacent, notamment dans l’armée. Je me permets de poster ce lien ici (un rappel des types de réserves et de la façon dont M. Benalla a obtenu ses galons) :]

      N’est ce pas Napoléon qui disait qu’on gouverne les hommes avec des hochets ?

      [Apres, que l’esprit de Cour existe dans ce pays n’est ni une découverte ni une innovation du président.]

      C’est vrai. Mais parce que l’esprit de Cour peut avoir des côtés néfastes, on s’est appliqué depuis bien longtemps à créer des garde-fous. Le statut de la fonction publique, qui permet au fonctionnaire de dire à sa hiérarchie ce qu’il pense sans craindre de se retrouver à faire la queue à Pole Emploi en est un. L’esprit de corps, qui protège celui tombé en disgrâce d’un sort trop dur en est un autre.

      Ce qui est nouveau avec Macron – mais en fait ce n’est que l’aboutissement d’un processus qui a commencé timidement sous Mitterrand et accéléré sous Sarkozy et Hollande – est l’affaiblissement des garde-fous. Par le biais des fusions, de la diversification du recrutement et des modifications statutaires les corps de la fonction publique qui protègent leurs membres deviennent de plus en plus rares. Quant au statut de la fonction publique, nous aurons bientôt des agents publics à tous les niveaux – y compris aux postes de direction – qui seront contractuels, et qui seront donc soumis sans limite aux caprices du Prince. Et ça, c’est bien une « innovation du président »…

    • SimonG dit :

      [Pour protéger Macron, personne n’a l’air disposé même à se faire toaster doucement…]
      Le directeur de la Gendarmerie Nationale a accepté de dire qu’il avait recruté M. Benalla de lui-même dans la réserve de spécialiste, sans aucune incitation de l’Elysée, sur la base de ses compétence, et qu’il lui avait donné le grade de Lieutenant-Colonel seulement pour que les autres officiers prennent en considération son avis.
      https://lessor.org/le-directeur-de-la-la-gendarmerie-assume-la-nomination-de-benalla-comme-dans-la-reserve/
      Les seuls prêts à prendre sur eux pour aider le président sont les militaires. Presque amusant.

    • Descartes dit :

      @ SimonG

      [Le directeur de la Gendarmerie Nationale a accepté de dire qu’il avait recruté M. Benalla de lui-même dans la réserve de spécialiste, sans aucune incitation de l’Elysée, sur la base de ses compétence, et qu’il lui avait donné le grade de Lieutenant-Colonel seulement pour que les autres officiers prennent en considération son avis. Les seuls prêts à prendre sur eux pour aider le président sont les militaires. Presque amusant.]

      Je ne crois pas qu’il l’ait fait pour « aider le président ». J’aurais tendance à dire que c’est plutôt un sursaut de fierté. Personne n’a envie d’apparaître comme un courtisan cherchant servilement à faire plaisir à un proche du Président (sans nécessairement avoir reçu des incitations ou des ordres de l’Elysée, car souvent cela n’est même pas nécessaire). En disant « c’est moi et moi seul qui a pris la décision en mon âme et conscience », il se présente comme un homme entier.

  28. luc dit :

    En suivant,la logique des particularismes des systèmes autoritaires de droite,il tombe sous le sens que chacune des Nations concernées,a décliné de système de façon particulière.
    Ainsi l’Allemagne Nazie,n’était pas Fasciste puisqu ‘aucun autre pays anti-démocratique de droite n’a mis en place une industrie d’extermination humaine,comparable à Auschwitz-Birkenau.
    L’état anti-démocratique de droite de Mussolini,seul était fasciste,d’après vous?
    L’Espagne Franquiste et sa politique d’extermination des républicains,n’était pas Fasciste,n’est ce pas?
    A force,de défendre,les particularismes locaux vous oubliez l’essentiel:De Pinochet,à Vidella,de Franco,à Mussolini,de Salazar,aux Colonels,de Pétain ,à tous les autres fascistes,l’essentiel pour ces pays anti-démocratique de droite,étaient de sauvegarder les intérêts des capitalistes,locaux,non?

    • Descartes dit :

      @ luc

      [En suivant la logique des particularismes des systèmes autoritaires de droite, il tombe sous le sens que chacune des Nations concernées a décliné ce système de façon particulière.]

      J’ai l’impression que pour vous il y a un modèle unique de« système autoritaire de droite » qui serait universel, et dont seul l’emballage change en fonction de particularismes locaux. Je pense que vous faites erreur : il n’y a pas de modèle unique. En fonction du rapport de force entre les différents secteurs de la société, on voit surgir des régimes (de droite ou de gauche d’ailleurs) qui répondent à des intérêts différents. Il y a des pays ou la droite est dominée par un courant modernisateur, et d’autres où le courant réactionnaire s’impose. Dans la France ou l’Espagne des années 1930, à la tradition paysanne et conservatrice, ce sont des mouvements réactionnaires et traditionnalistes qui se sont imposés. Dans l’Allemagne et l’Italie, ou une tradition urbaine commerçante et industrielle est vivace, ce furent plutôt les modernistes.

      [Ainsi l’Allemagne Nazie n’était pas Fasciste puisqu’aucun autre pays anti-démocratique de droite n’a mis en place une industrie d’extermination humaine comparable à Auschwitz-Birkenau.]

      Je ne saisis pas le rapport. Le nazisme est un « fascisme », en ce sens qu’il est un mouvement de droite reprenant un discours social et collectiviste, attiré par la modernité et rejetant les hiérarchies traditionnelles. Que ce modèle ait abouti à la mise en œuvre d’une industrie de l’extermination ne change rien à l’affaire.

      [L’état anti-démocratique de droite de Mussolini seul était fasciste d’après vous?]

      Non. Je viens de vous dire que le nazisme appartient lui aussi à la catégorie des « fascismes ». Vous trouverez d’autres régimes fondés sur une idéologie « fasciste » sous d’autres cieux, par exemple celui de Peron en Argentine. Mais transformer tout régime droitier anti-démocratique ou répressif en « fasciste » revient à banaliser le terme et à s’interdire de saisir les nuances.

      [L’Espagne Franquiste et sa politique d’extermination des républicains n’était pas Fasciste n’est ce pas?]

      Non. Le franquisme est une idéologie réactionnaire, cléricale et traditionnaliste, à l’inverse du « fascisme ». Vous savez, on peut exterminer des gens au nom d’idéologies très différentes…

      [A force de défendre les particularismes locaux (…)]

      Mais où m’avez-vous vu « défendre » quoi que ce soit. Cette remarque est en fait très révélatrice. Pour vous, dire que Franco ou Pétain n’étaient pas « fascistes » reviendrait à les « défendre ». Le fascisme pour vous n’est donc pas une catégorie historique, mais une catégorie morale. C’est le mot qui résume le mal absolu, et c’est pourquoi refuser le qualificatif à Pétain ou Franco revient pour vous à les réhabiliter, à les « défendre ».

      Pour moi, le fascisme est une catégorie historique et idéologique. Est « fasciste » celui qui remplit un certain nombre de conditions : vision totalitaire de l’Etat, hiérarchisation nationale et ethnique, fascination pour la modernité et rejet des institutions traditionnelles, promotion de la violence et des valeurs « viriles », etc. Ceux qui remplissent ces conditions sont « fascistes », ceux qui ne les remplissent pas ne le sont pas. Et cela n’implique nullement un jugement morale, une « défense » de qui que ce soit. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas « fasciste » qu’on est moins condamnable.

      [vous oubliez l’essentiel: De Pinochet à Videla, de Franco à Mussolini, de Salazar aux Colonels, de Pétain à tous les autres fascistes l’essentiel pour ces pays anti-démocratique de droite, étaient de sauvegarder les intérêts des capitalistes locaux, non?]

      « L’essentiel » ? Ce n’est pas évident. Ainsi par exemple Videla ou Pinochet ont pris le pouvoir portés par les « classes moyennes » autant sinon plus que par les « capitalistes locaux ». Si la lutte des classes détermine en dernière instance la dynamique sociale, cette détermination est dialectique et il faut se garder de tomber dans le mécanicisme.

  29. luc dit :

    Si vous êtes nés avant 1975,vous avez connu le fascisme espagnol,qu’était le Franquisme.
    Avec les 500000 réfugiés en France de la ‘retirada’,leurs descendants,le souvenir du prix du sang lié au fascisme espagnol,n’est pas près de s’éteindre,dans mon entourage.Ce régime,tuait encore en 1975,comme Puig Antig.
    Jusqu’à la mort de Franco,son régime, emprisonnait,censurait après avoir considérablement modernisé l’espagne,avec l’installation de nouvelles industries comme l’industrie du tourisme de masse,la métallurgie,les réseaux de communication,10 ans avant l’UE.
    C’était un pays fasciste,resté neutre durant la seconde guerre,qui a duré plus longtemps que le fascisme français,allié de Hitler.
    De même pour le Mur de l’Atlantique,dont la construction a profité aux entrepreneurs français avec l’appui de la logistique de l’état pétainiste,fasciste,raciste,dont la police tuait,emprisonnait,déportait,les opposants politiques,les juifs etc…
    De même,pour le prix du sang,lié aux fascistes français,qui ont pourchassé mon grand père.Moi même en 1976,j’ai été menacé de mort,par des membres du Gud,après que mes parents aient veillé,fusils à la main,la Fédé pcf de mon département:
    L’OAS,menaçait entre 1956 et 1962.

    • Descartes dit :

      @ luc

      [Si vous êtes nés avant 1975, vous avez connu le fascisme espagnol, qu’était le Franquisme.]

      Vous savez, ce n’est pas parce que vous répéterez trente mille fois que le franquisme était un « fascisme » que vous aurez prouvé quelque chose. Vous avez bien compris – ou du moins vous auriez du comprendre – que cette qualification est disputée. Cela ne sert donc à rien de répéter comme un perroquet « le franquisme est un fascisme » si vous n’apportez aucun argument dans ce sens. Ensuite, vous noterez qu’il ne suffit pas d’’être né avant 1975 pour avoir « connu » le franquisme. On ne « connait » guère en politique quand on est un bébé. Pour avoir « connu » le franquisme, il faut être né au début des années 1960 au plus tard…

      [Avec les 500000 réfugiés en France de la ‘retirada’, leurs descendants, le souvenir du prix du sang lié au fascisme espagnol, n’est pas près de s’éteindre dans mon entourage. Ce régime tuait encore en 1975 comme Puig Antig.]

      Encore une fois, je ne saisis pas le rapport. Ce n’est pas parce qu’un régime tue ou force les gens à partir qu’il est « fasciste ». Finalement, à vous lire on a l’impression que devient « fasciste » tout ce que vous n’aimez pas.

      [Jusqu’à la mort de Franco, son régime emprisonnait, censurait après avoir considérablement modernisé l’espagne, avec l’installation de nouvelles industries comme l’industrie du tourisme de masse, la métallurgie, les réseaux de communication, 10 ans avant l’UE.]

      Quels « réseaux de communication » ? De quelle « modernisation » parlez-vous ? Que ce soit dans le domaine industriel, dans le domaine économique, dans le domaine social, l’Espagne de 1975 est un pays qui accuse un retard considérable par rapport non seulement des pays européens, mais même par rapport à ses ex-colonies. Franchement, voir en Franco un « modernisateur » a de quoi faire rigoler… on n’est pas un « modernisateur » simplement parce qu’en plein XXème siècle on ne s’éclaire plus avec une lampe à pétrole.

      [C’était un pays fasciste, (…)]

      La répétition d’une affirmation ne constitue pas un argument.

      [De même pour le Mur de l’Atlantique, dont la construction a profité aux entrepreneurs français avec l’appui de la logistique de l’état pétainiste,]

      Non. Le « mur de l’Atlantique » a été construit en zone occupé c’est-à-dire hors de la zone où l’autorité de Vichy s’exerçait, et les travaux étaient organisés par l’organisation Todt. On voit mal comment il aurait pu profiter de la « logistique de l’Etat pétainiste », logistique par ailleurs assez faible dans le domaine du BTP. Il faut arrêter les fantasmes…

      [Moi même en 1976, j’ai été menacé de mort par des membres du Gud, après que mes parents aient veillé, fusils à la main, la Fédé pcf de mon département: L’OAS,menaçait entre 1956 et 1962.]

      L’OAS était elle aussi « fasciste » ? Décidément, ils sont partout…

  30. Paul I dit :

    Drame de Gênes et Etat stratège
    Le drame du viaduc de Gênes, au-delà de l’émotion légitime, doit nous amener à en tirer les enseignements sur le rôle de l’Etat, à l’heure de la mondialisation néo-libérale, et notamment de sa structure dévastatrice qu’est l’Union Européenne.
    Ce drame met en question le défaussement de l’Etat par le biais de privatisations-concessions au secteur privé. Le privé est contraint de respecter la loi, sous peine de sanctions, à condition que celles-ci soient dissuasives. De ce fait, le privé ne respecte pas toujours ses engagements, si les amendes ne représentent rien en rapport au budget à prévoir. En l’occurence, la société gestionnaire des autoroutes a privilégié le profit de ses actionnaires.
    Cependant, auparavant, des partis à tendance écologiste se sont opposés à un contournement de Gênes, comme à la ligne de ferroutage Lyon-Turin qui soulagerait en partie le trafic de camions sur le réseau routier. Le M5S est un de ces partis.
    L’entretien des réseaux routiers nécessite un budget important :
    Les règles budgétaires de l’UE s’y opposent
    Nos politiques, qui non seulement se soumettent aux règles de l’UE, mais en premier lieu ne calculent que leur image et donc le court-terme, préfèrent la valorisation par la dépense pour un nouveau viaduc tel celui de Millau plutôt que celle induite par l’entretien, non visible.
    Ceci est valable pour l’Italie comme pour la France. A noter que la Grande Bretagne revient sur les privatisations de l’époque de Thatcher, à commencer par les prisons… alors que nous allons à présent privatiser nos barrages hydro-électriques pour obéir aux directives européennes. Sans parler des aéroports qui vont être cédés à la même société gestionnaire des autoroutes italiennes. « United colors of Benetton »…
    La question du budget de fonctionnement de l’Etat est centrale, ce drame nous le rappelle.
    Il sera intéressant de voir comment s’en emparent les partis qui disent vouloir une « autre Europe » !
    Ce n’est pas tout de prétendre défendre la souveraineté nationale, même si c’est un préalable indispensable.
    Que faire de cette souveraineté ? A mon sens :
    Rendre l’Etat à nouveau stratège
    Lui permettre une planification industrielle, de grands projets, et sur le long terme
    Pour cela, redonner du pouvoir au peuple par le biais de ses institutions pour lutter contre la « loi » du marché.
    Ceci ne me semble pour ma part aucunement possible dans le cadre de l’UE, et encore moins de l’Euro : en effet,cette monnaie, basée sur les exigences de l’économie allemande, ne nous permet pas d’engager cette politique car notre industrie n’est pas suffisamment compétitive avec cette monnaie forte. Nous ne pourrons pas faire l’impasse sur une dévaluation de notre monnaie, qui est bien sûr coûteuse, mais moins que ce que nous coûte l’euro allemand.
    Je suis donc curieux de savoir comment vont se positionner les partis français après ce qui vient de se passer à Gênes. Tout comme je suivrai avec attention ce que va faire le gouvernement italien, qui dans les paroles semble bien vouloir s’opposer à l’UE. J’espère que ce ne sera pas un Tsipras bis…

    • Descartes dit :

      @ Paul I

      [Ce drame met en question le défaussement de l’Etat par le biais de privatisations-concessions au secteur privé. Le privé est contraint de respecter la loi, sous peine de sanctions, à condition que celles-ci soient dissuasives. De ce fait, le privé ne respecte pas toujours ses engagements, si les amendes ne représentent rien en rapport au budget à prévoir. En l’occurence, la société gestionnaire des autoroutes a privilégié le profit de ses actionnaires.]

      Je pense qu’il faut aller plus loin dans l’analyse pour ne pas tomber dans le manichéisme des « antilibéraux » patentés. Comme j’essaye d’écrire un papier sur cette affaire, je n’irai pas trop loin, mais voici quelques points qui me paraissent importants.

      La difficulté ne réside pas à mon avis dans le fait de concéder la construction ou l’entretien des infrastructures à des acteurs privés. Il y a des domaines ou des services sont rendus par des opérateurs privés sans que cela aboutisse à des catastrophes. Après tout, les boulangers privés fournissent des dizaines de millions de français en pain, et les empoisonnements restent très rares. Le problème dans le régime de concession ou de privatisation est celui du contrôle, particulièrement dans des domaines très techniques. Parce que s’il est relativement facile pour les services de l’Etat de contrôler la qualité du pain et d’établir les responsabilités au cas où celui-ci serait inapte à la consommation, il faut des équipements, des laboratoires, des personnels ayant une haute compétence technique pour ausculter un pont, un barrage, une centrale nucléaire. En d’autres termes, si confier la fourniture de pain au secteur privé permet des économies substantielles par rapport à un modèle ou cela serait fait par le secteur public, le fait de concéder les infrastructures au privé ne permet pas de faire des économies – du moins si on veut conserver la même qualité et sécurité de service – parce que l’Etat doit conserver des capacités techniques importantes pour pouvoir contrôler utilement les ouvrages.

      Une autre difficulté réside dans les échelles de temps. Si le boulanger privé choisit une farine contaminée, le résultat se verra immédiatement. Si une société concessionnaire fait les mauvais choix techniques dans la construction ou l’entretien des ouvrages, le fait ne sera visible que bien des années plus tard, alors que les responsables du choix auront quitté ce monde ou en tout cas leur poste, que les actionnaires auront depuis longtemps revendu leurs titres. Dans ces conditions, la tentation de sacrifier l’avenir au présent est irrésistible. C’est pourquoi la meilleure solution est de confier ces infrastructures à des institutions ou la solidarité intergénérationnelle est forte. Une chose qu’on trouve très rarement dans une entreprise privée auojurd’hui, mais qu’on retrouve dans les grands corps techniques de l’Etat.

      [Cependant, auparavant, des partis à tendance écologiste se sont opposés à un contournement de Gênes, comme à la ligne de ferroutage Lyon-Turin qui soulagerait en partie le trafic de camions sur le réseau routier. Le M5S est un de ces partis.]

      Bien entendu. C’est là un bon exemple du sacrifice du long terme au court terme. Bâtir un contournement, c’est des grosses dépenses et des grosses nuisances aujourd’hui et pendant dix ans pour profiter demain et pendant un siècle au plus des avantages. Or, la vulgate aujourd’hui est qu’il faut jouir du présent, et qu’après nous le déluge.

      On voit là les effets pratiques d’un changement idéologique. Nous vivions jusqu’à la fin des années 1960 une société éduquée dans le culte de l’histoire et de la transmission. Dans une telle société, l’idée que les parents doivent se sacrifier pour faire réussir leurs enfants, que la génération présente doit construire, créer, embellir en pensant à la génération suivante, sont naturelles. C’est pourquoi les hommes politiques éduqués avant la fin des années 1970 étaient autant soucieux de conquérir le pouvoir que de leur place dans l’histoire. Tout ça change avec la prise du pouvoir par les « classes moyennes » à la fin des années 1970. Classe sociale sans histoire, sans « lignée », les « classes moyennes » n’auront d’autre souci que de rompre la chaîne de la transmission, de « jouir sans entraves » le moment présent, et au diable l’avenir. Le « présentisme » actuel est l’enfant de mai 1968, et sa conséquence est le sacrifice de tout ce qui est investissement à long terme (éducation, défense, infrastructures) sur l’autel du présent. Après nous, le déluge.

      [L’entretien des réseaux routiers nécessite un budget important : Les règles budgétaires de l’UE s’y opposent]

      Mais l’argument européen est particulièrement pervers. La Commission affirme à qui veut l’entendre qu’elle n’impose pas aux Etats des coupes dans l’entretien des infrastructures, que chaque Etat membre est libre de définir ses priorités budgétaires. Mais comme les institutions européennes imposent une baisse permanente des dépenses, la liberté des Etats se réduit à choisir s’il vaut mieux laisser s’effondrer le pont, l’école, ou l’hôpital.

      [Nos politiques, qui non seulement se soumettent aux règles de l’UE, mais en premier lieu ne calculent que leur image et donc le court-terme, préfèrent la valorisation par la dépense pour un nouveau viaduc tel celui de Millau plutôt que celle induite par l’entretien, non visible.]

      Je ne serais pas si négatif que vous. Le viaduc de Millau est un projet très ancien et il satisfait un véritable besoin. Il ne faudrait pas tomber dans l’excès qui consiste à refuser tout nouvel ouvrage au prétexte de consacrer tous les moyens à entretenir les anciens. Mais je vous suis sur le fond : plus une dépense est « médiatisable », plus on a tendance à lui sacrifier celles qui ne le sont pas. Or, l’entretien des infrastructures est la moins médiatisable des dépenses, puisqu’elle ne se voit que si on ne la fait pas !

      [La question du budget de fonctionnement de l’Etat est centrale, ce drame nous le rappelle.
      Il sera intéressant de voir comment s’en emparent les partis qui disent vouloir une « autre Europe » !]

      J’ai regardé dans ma boule de cristal, et voila ce que j’ai vu : des banderoles exigeant « une politique européenne des infrastructures ». Vous savez, pour les partisans de la supranationalité, que ce soit ceux de « cette Europe » ou de « l’autre Europe », la solution magique à tous les problèmes est la même : « une politique européenne ». C’est la vieille croyance – déjà dénoncée par De Gaulle – des français dans le fait que tous les problèmes qu’ils ne sont pas foutus de résoudre seront résolus par quelqu’un venu d’ailleurs.

      [Ce n’est pas tout de prétendre défendre la souveraineté nationale,]

      Non, mais c’est déjà beaucoup. Comme disait Todd, sortir de l’UE ne résoudra aucun problème. Mais fera que LES problèmes deviendront NOS problèmes, et que nous pourrons nous y attaquer.

      [A mon sens : Rendre l’Etat à nouveau stratège. Lui permettre une planification industrielle, de grands projets, et sur le long terme.]

      Oui, mais il faut se méfier de cette idée « d’Etat stratège », qui d’ailleurs veut dire des choses très différentes sous la plume des différents auteurs. Car beaucoup d’auteurs – en particulier libéraux – parlent d’un « Etat stratège » par opposition à un « Etat faiseur ». Pour eux, rendre l’Etat « stratège » consiste à construire un Etat qui définit les stratégies, mais laisse l’exécution à d’autres. Or, une telle idéologie me paraît très dangereuse. Napoléon ou Alexandre ne seraient pas passés à l’histoire s’ils s’étaient contentés de définir des stratégies sans avoir sous leur commandement les troupes pour les mettre en œuvre. C’était d’ailleurs Napoléon qui disait que « la guerre est un art tout d’exécution », ce qui remet la « stratégie » à sa juste place.

      La stratégie en chambre ne sert à rien. L’Etat ne sera « stratège » que s’il a les leviers pour exécuter ces stratégies sur le champ de bataille économique, social, politique. Reconnaître à l’Etat le monopole de la violence légitime c’est bien, mais encore faut-il lui donner les moyens de l’exercer…

      [Pour cela, redonner du pouvoir au peuple par le biais de ses institutions pour lutter contre la « loi » du marché.]

      Quel « peuple » ? C’est quoi « donner le pouvoir au peuple » ? Vous lisez trop les papiers de Mélenchon…

      [Je suis donc curieux de savoir comment vont se positionner les partis français après ce qui vient de se passer à Gênes.]

      Je pense que vous serez déçu.

  31. luc dit :

    [Je ne saisis pas le rapport. Le nazisme est un « fascisme », en ce sens qu’il est un mouvement de droite reprenant un discours social et collectiviste, attiré par la modernité et rejetant les hiérarchies traditionnelles. Que ce modèle ait abouti à la mise en œuvre d’une industrie de l’extermination ne change rien à l’affaire.]
    Comment expliquez vous alors,que le fasciste autrichien Dolfus ait instaurait une dictature opposée aux nazis,et au rattachement de l’Autriche à l’Allemagne hitlérienne ?
    Loin de toute affirmations péremptoires privilégions l’ analyse historique de bon sens.
    La principale différence entre le nazisme et le fascisme est son racisme exterminateur,mis en oeuvre systématiquement par les nazis et la notion de race supérieure,allemande,notion achrétienne qui va avec.
    A l’opposé de Hitler,qui le combattit,le fasciste Dolfus,s’appuyait sur les racines catholiques de l’Autriche,
    Il organisa,en fasciste convaincu,une répression terrible qui fit des centaines de morts lors d’émeutes ouvrières.
    Les nazis assassinérent le fasciste Dolfus,lors de leur coup d’été de 1934.
    Quant au Mur de l’Atlantique,et l’organisation Todt,si au lieu de calomnier, le professeur émérite de l’Université Annie-Lacroix Riz,vous l’aviez lu,vous sauriez que ce sont les entrepreneurs français toutes zones confondues,qui ont soutenu,’le Mur’ et s’en sont enrichis.
    C’est l’essentiel de ce que montre les travaux sur documents d’Annie-Lacroix Riz.
    Ainsi,la fortune du cimentier Lafarge,et de nombreuses autres entreprises françaises,en zone libre et occupée,vient de l’organisation Todt,qui sous traitait et payait ces entreprises françaises,dirigées par des fascistes.
    Quant à la ligne de démarcation,elle était franchie,sans problèmes dans tous les sens pour les répressions,par la Gestapo,ou la Milice.Cela aussi,Annie Lacroix-Riz,le montre,ainsi que tous les historiens sérieux,Paxton,Zeev Sternell etc…

    Comment pouvez vous croire qu’il existait une zone réellement libre en France,sous Pétain?

    • Descartes dit :

      @ luc

      [Comment expliquez-vous alors que le fasciste autrichien Dollfuss ait instaurait une dictature opposée aux nazis, et au rattachement de l’Autriche à l’Allemagne hitlérienne ?]

      Dollfuss aurait été un « fasciste autrichien » ? Décidément, vous voyez des « fascistes » partout, vous. Non, Dollfuss était un conservateur traditionnaliste et catholique, en fait beaucoup plus proche d’un Pétain ou d’un Franco que d’un Hitler ou d’un Mussolini. La dictature qu’il instaure à partir de 1933 est un régime corporatif et clérical. Il n’avait rien d’un « fasciste ».

      Mais à supposer même que Dollfuss fut « fasciste », cela n’implique pas qu’il dut être d’accord avec la politique des autres leaders fascistes. Trotksy et Staline étaient tous les deux « communistes », et cela ne les a pas empêché de se faire la guerre.

      [Loin de toutes affirmations péremptoires privilégions l’analyse historique de bon sens.]

      Excellente initiative. Vous pourriez suivre votre propre conseil en cessant d’attribuer « péremptoirement » l’étiquette « fasciste » à tout et n’importe quoi.

      [La principale différence entre le nazisme et le fascisme est son racisme exterminateur, mis en œuvre systématiquement par les nazis et la notion de race supérieure allemande, notion achrétienne qui va avec.]

      Oui. Mais à côté fascisme et nazisme ont une très longue liste de points communs tout à fait fondamentaux, d’où le fait qu’on peut les classifier dans la même famille idéologique.

      [A l’opposé de Hitler, qui le combattit, le fasciste Dolfus s’appuyait sur les racines catholiques de l’Autriche,]

      Un « fasciste » clérical ? Vous ne trouvez pas qu’il y a un petit problème, là ?

      [Il organisa, en fasciste convaincu, (…)]

      Je vois que vous n’hésitez pas à continuer avec les « affirmations péremptoires ». Ah, si tous ceux qui prêchent pratiquaient…

      [Quant au Mur de l’Atlantique et l’organisation Todt, si au lieu de calomnier le professeur émérite de l’Université Annie-Lacroix Riz vous l’aviez lu, vous sauriez que ce sont les entrepreneurs français toutes zones confondues, qui ont soutenu, ‘le Mur’ et s’en sont enrichis.]

      Je ne me souviens pas d’avoir dit le contraire. Par contre, quand vous affirmez que la construction du mur de l’Atlantique bénéficia de « la logistique du régime de Vichy », vous dites une bêtise. Et je doute que le professeur émérite de l’Université Annie Lacroix-Riz dise le contraire. Je vous rappelle que cet échange portait sur le caractère du régime de Vichy, et non sur le fait que le patronat français se soit ou non enrichi pendant la guerre.

      [Quant à la ligne de démarcation, elle était franchie sans problèmes dans tous les sens pour les répressions, par la Gestapo ou la Milice. Cela aussi, Annie Lacroix-Riz le montre,]

      Ca dépend quand. La Milice n’est étendue en zone occupée qu’en janvier 1944. Avant cette date, l’accès à la zone occupée lui était interdit. Mais quoi qu’il en soit, je ne vois pas très bien ce que cela démontre.

      [Comment pouvez-vous croire qu’il existait une zone réellement libre en France sous Pétain?]

      Je ne me souviens pas avoir dit que je croyais pareille chose. Mais je vous rappelle que ce qui était en discussion ici était de savoir si le pétainisme était un fascisme, et non si la zone sud était libre. J’ai la nette impression que vous essayez de dévier la discussion pour ne pas admettre vos erreurs…

  32. luc dit :

    D’accord,nos approches sont différentes,ce qui explique les différences constatées,quant aux notions exposées.
    C’est avec joie,que j’ai constaté,qu’au cours de nos échanges,et en vous relisant,vous mainteniez le respect des divergences,dans votre blog,ce qui est exceptionnel,pour un membre du PCF,comme moi.
    Respectueux,tolérants,vous restez sur des positions ‘livresques’ que vous revendiquez ce qui clarifie bien les choses.
    Mes positions,partent la plupart du temps de mon ressenti sur lequel ,je construis mes convictions.
    Cette méthode bâtie sur des sentiments,est pour moi,une motivation puissante pour essayer de comprendre le monde.
    Ainsi,ai je ressenti,quasi seul,sans publications universitaires inexistantes du fait de l’interdiction des études aux allures ‘xénophobbes’,la musulmanisation de notre société .Cette musulmanisation,spectaculairement observable,depuis le début du 21ième siècle est visible autour de moi.Mon quartier populaire d’une métropole ouverte sur les flux migratoires,a vu des dizaines de ‘Radicalisés’ se montrer(sur les 20000 actuellement radicalisés en France),la délinquence contre les ‘Koufirs’ (incroyants méprisés) augmentait.Une demi douzaine de mosquées a été construite dans mon quartier a été construite,parme les 3000 déjà construite dans notre pays qui n’en comptait quasi pas il y a 15 ans.
    Aucun livre universitaire,ne parle de ce phénomène massif.
    Pourtant mon ressenti,m’indique que c’est un phénomène subi,non choisi,très lourd de conséquences.
    Alors,c’est vrai,vous avez raison,je bâtis mes raisonnements sur le fascisme.Il en est de même sur le fascisme.Un ami de Texier Vignancourt,l’avocat de Pétain,ami de LePen,n’est pas venu à mon Mariage parceque je suis issu d’une famille dont le grand père a fondé le PCF e, 1923.De même,pour mes 2 Oncles ou le mariage de mes parents.Nous avivons dans notre intimité,la guerre que se sont livrés les fascistes et communistes au depuis les années 1920.
    Inutile de vous dire que pour moi l’islamo-fascisme,(ex:Indonésie 1965) est une notion opératoire alors que pour vous au regard de votre définition universitaire du fascisme,cette notion d’islamo-fascisme,est vraisemblablement,non-opératoire.
    D’ailleurs,Merci pour vos explications universitaires,mais claire.En particulier,pour votre définition(cf:?) qui a bien cadré le débat:
    [Pour moi, le fascisme est une catégorie historique et idéologique. Est « fasciste » celui qui remplit un certain nombre de conditions : vision totalitaire de l’Etat, hiérarchisation nationale et ethnique, fascination pour la modernité et rejet des institutions traditionnelles, promotion de la violence et des valeurs « viriles », etc. Ceux qui remplissent ces conditions sont « fascistes », ceux qui ne les remplissent pas ne le sont pas. Et cela n’implique nullement un jugement moral, une « défense » de qui que ce soit. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas « fasciste » qu’on est moins condamnable.}
    Merci aussi,pour votre blog,qui augmente ma qualité de vie,en étant,ce lieu de débats unique,remarquable ,ouvert,précieux ,animé avec Brio,par vous.Oui,merci,aussi aux autres participants du Blog.

    • Descartes dit :

      @ luc

      [Respectueux, tolérant, vous restez sur des positions ‘livresques’ que vous revendiquez ce qui clarifie bien les choses.]

      Je ne vois pas ce qu’il y a de « livresque » dans mes positions. Je crois que vous confondez « livresque » et « rationnel ».

      [Mes positions, partent la plupart du temps de mon ressenti sur lequel, je construis mes convictions. Cette méthode bâtie sur des sentiments, est pour moi une motivation puissante pour essayer de comprendre le monde.]

      C’est peut être une motivation, mais c’est surtout un obstacle. Parce que votre « ressenti » est essentiellement subjectif, et différent du « ressenti » de votre voisin. Or, il y a une réalité objective, qui est la même pour vous et pour lui. Comment pourriez-vous saisir tous deux cette réalité alors que vos « ressentis » sont différents ?

      [Ainsi ai je ressenti quasi seul, sans publications universitaires inexistantes du fait de l’interdiction des études aux allures ‘xénophobbes’, la musulmanisation de notre société.]

      C’est justement là que se trouve le problème. Vous parlez de la « musulmanisation de notre société » comme si c’était un FAIT, alors qu’il s’agit de votre RESSENTI. Or, si un ressenti peut donner des indications, pour pouvoir en faire un fait il faut se référer à des études, à des statistiques, à des constatations factuelles.

      [Cette musulmanisation, spectaculairement observable,]

      La « musulmanisation de la société » n’est pas OBSERVABLE. Vous pouvez à la rigueur « observer » la multiplication des femmes voilées, des mosquées ou des boucheries Halal dans votre quartier. Mais votre quartier n’est pas « la société », et le fait qu’il y ait plus de mosquées n’implique pas une « musulmanisation » de l’ensemble. Encore une fois, si on veut comprendre quelque chose il faut passer par un processus d’objectivation de votre ressenti, et cela implique nécessairement une référence aux statistiques et aux études.

      [Aucun livre universitaire ne parle de ce phénomène massif.]

      Bien sur que si. Prenez par exemple « L’Islam en France » (sous la direction de Yves-Charles Zarka, PUF, 2008) pour ne donner qu’un exemple.

      [Alors, c’est vrai, vous avez raison, je bâtis mes raisonnements sur le fascisme.]

      Pour « bâtir un raisonnement », il faut savoir de quoi on parle. On ne peut pas se contenter de qualifier de « fasciste » en fonction d’un pur ressenti. Il faut regarder ce qu’est le fascisme, quels sont ses éléments caractéristiques.

      [Inutile de vous dire que pour moi l’islamo-fascisme, (ex:Indonésie 1965) est une notion opératoire alors que pour vous au regard de votre définition universitaire du fascisme, cette notion d’islamo-fascisme est vraisemblablement non-opératoire.]

      Encore une fois, pour qu’une notion soit « opératoire » il faut d’abord qu’elle soit bien définie. Ce n’est pas une question d’être « universitaire » ou pas, mais de savoir de quoi on parle. Ceux qui utilisent l’expression « islamo-fascisme » font ce que faisaient les gauchistes qui affichaient « CRS=SS » : de la propagande. Sachant que les termes « fascisme » ou « SS » ont une forte connotation négative, on les accole à ce qu’on veut combattre, sans que cela repose sur la moindre base factuelle. Il n’y a rien de commun entre les CRS du régime gaulliste et les SS, pas plus qu’il n’y a de communauté idéologique entre islamistes est fascistes. Mais ce genre d’amalgames, si elles sont utiles pour la propagande, sont néfastes dans le débat public. Comment voulez-vous comprendre le monde qui vous entoure si vous partez du principe que les CRS et les SS c’est la même chose ?

      [Merci aussi,pour votre blog,qui augmente ma qualité de vie,en étant,ce lieu de débats unique,remarquable ,ouvert,précieux ,animé avec Brio,par vous.Oui,merci,aussi aux autres participants du Blog.]

      Vous allez me faire rougir… 😉

    • Marcailloux dit :

      @ Descartes

      Bonsoir,

      [ Vous allez me faire rougir… 😉 ]

      Le retour dans l’enfance ou le retour aux sources ? :-)))

  33. luc dit :

    Une définiton du fascisme,logique est celle qui reprend la Matrice Mussolinienne du fascime,que l’on m’avait donné au Lycée:
    Une société fasciste s’appuie sur trois dimensions apparues dans le premier régime, celui de Mussolini, se réclamant ouvertement du fascisme :
    – l’expansion territoriale
    – le contrôle sévère de la population
    – un parti unique et de masse.
    Dans ces conditions,les fascismes bruns,rouges(bolchéviks),et islamiques peuvent coexister non?

    • Descartes dit :

      @ luc

      [Une définiton du fascisme, logique, est celle qui reprend la Matrice Mussolinienne du fascime,que l’on m’avait donné au Lycée: Une société fasciste s’appuie sur trois dimensions apparues dans le premier régime, celui de Mussolini, se réclamant ouvertement du fascisme :
      – l’expansion territoriale
      – le contrôle sévère de la population
      – un parti unique et de masse.]

      Une telle définition me parait peu pertinente, parce qu’elle se contente de critères formels sans analyser les éléments de fond qui distinguent le fascisme d’autres totalitarismes. Ainsi, par exemple, on peut considérer que l’église catholique associait un volonté d’expansion territoriale (par les croisades, par l’évangélisation), un contrôle sévère de la population (contrôle social, inquisition) et une volonté de se présenter comme unique. Est-ce du « fascisme » avant la date ?

      Sans nier les éléments formels, il faut aussi tenir compte des éléments idéologiques. Les fascismes sont essentiellement totalitaires, modernistes, anticléricaux, adeptes de la biologie sociale, hiérarchiques. C’est pourquoi parler de « fascismes rouges » ou « fascismes islamiques » n’a pas de sens.

    • SimonG dit :

      Votre définition a un avantage : elle permet de montrer que ni Franco ni Dolfuss ni Petain n’étaient fascistes (faute d’expansion territoriale pour les trois, de contrôle sévère pour les deux derniers, et de parti de masse (deux derniers) unique (le dernier).

  34. voyousprotégés664 dit :

    un autre élément révélé par Russia Today (qui décidement informe):le ministère de la justice,en son sommet, semble tout faire pour étouffer l’affaire en cessant la poursuite des investigations (affaire du coffre et autres éléments se rapportant au comportement de délinquant dudit Benalla).Si cela était avéré ce serait gravissime dans la mesure où notre république repose sur le principe de la séparation des pouvoirs.Or ce principe semble piétiné par un exécutif embarrassé par une affaire de voyous de haut niveau.

    • Descartes dit :

      @ voyousprotégés664

      [un autre élément révélé par Russia Today (qui décidement informe):]

      Je ne sais pas si Russia Today « informe », mais il lui est plusieurs fois arrivé de dire beaucoup de bêtises dans le genre « complotiste ». Je vous invite donc à croiser les « informations » de RT avec celles d’autres sources avant de vous faire un jugement. Cela vous évitera d’avaler pas mal de hameçons.

      [le ministère de la justice, en son sommet, semble tout faire pour étouffer l’affaire en cessant la poursuite des investigations (affaire du coffre et autres éléments se rapportant au comportement de délinquant dudit Benalla).]

      Attendez… qui dit exactement Russia Today ? Que le ministère de la justice FAIT TOUT pour étouffer l’affaire, ou que le ministère de la justice SEMBLE TOUT FAIRE pour cela ? Dans le premier cas, c’est très grave. Dans le second, cela n’a aucune importance. Ce qui est important sont les faits, pas les apparences…

      [Si cela était avéré ce serait gravissime (…)]

      Oui. Mais il y a des milliards de choses que « si elles étaient avérées », seraient gravissimes. Reste à établir si elles sont avérées. Avez-vous quelque élément factuel pour penser qu’elles le soient ? Si la réponse est non… ce n’est pas la peine de frétiller.

      [dans la mesure où notre république repose sur le principe de la séparation des pouvoirs.]

      Sauf que « dans notre République », le judiciaire n’est pas un « pouvoir », seulement une « autorité ».

  35. bip dit :

    Alexandre Benalla a fréquenté Karim Achoui (« avocat des voyous » et créateur de la ligue de défense judiciaire des musulmans).

    Makao, l’ancien garde du corps du candidat Macron, est un copain de Jawad Bendaoud (logeur des auteurs des attaques du 13 novembre 2015).

    Yacine Bellatar (prétendu humoriste mais islamiste sans doute) a ses entrées au palais.

    Pendant sa campagne, Macron a dit de Mohamed Saou (proche du CCIF et qui « ne sera jamais Charlie ») qu’il était un « type très bien ».

    Vous croyez que c’est un hasard si ces gens gravitent autour de Macron ? Ça dit quelque chose de sa stratégie « banlieue » ? Calmer ces endroits par l’islam en s’appuyant sur les réseaux islamistes en essayant au passage de récupérer des voix électorales ?

    Car même si ces personnes ne sont pas tout à fait regroupables, on peut imaginer que les mouvances islamistes gravitant en haut lieu ne se résument pas à elles seules. Et alors, est-ce qu’il est légitime de s’interroger sur le niveau d’entrisme des islamistes au sein de l’appareil d’État ?

    • Descartes dit :

      @ bip

      [Alexandre Benalla a fréquenté Karim Achoui (…) ; Makao, l’ancien garde du corps du candidat Macron, est un copain de Jawad Bendaoud (logeur des auteurs des attaques du 13 novembre 2015) ; Yacine Bellatar (prétendu humoriste mais islamiste sans doute) a ses entrées au palais.]

      Peut-on avoir la source de ces informations ? Merci d’avance. Pas que je sois méfiant, non… mais dans un blog placé sous le patronage cartésien, il serait hérétique de ne pas pratiquer le doute systématique.

      [Pendant sa campagne, Macron a dit de Mohamed Saou (proche du CCIF et qui « ne sera jamais Charlie ») qu’il était un « type très bien ».]

      Macron, et on l’a très bien vu lors de l’affaire Benalla, est très cohérent sur ce sujet. Pour lui, il y a deux types de personnes : celles qui lui sont utiles – et qui sont toujours « très bien », même s’ils traversent les lignes blanches – et ceux qui ne le sont pas, et dont il se désintéresse. Saou lui amène le « vote musulman », alors c’est un « type très bien ». Benalla était efficace dans son rôle de gros bras. Il était donc lui aussi très bien, un motif de fierté pour celui qui l’avait embauché. Ferrand lui amenait des transfuges du PS, et c’était donc un type « très bien » même s’il a profité de son poste de président d’une mutuelle pour enrichir le compte en banque de sa femme… Et on pourrait continuer longtemps avec les exemples…

      [Vous croyez que c’est un hasard si ces gens gravitent autour de Macron ? Ça dit quelque chose de sa stratégie « banlieue » ? Calmer ces endroits par l’islam en s’appuyant sur les réseaux islamistes en essayant au passage de récupérer des voix électorales ?]

      Si vous voulez me convaincre que Macron est prêt à signer un pacte avec Satan à condition que les démons de l’enfer votent pour lui, vous prêchez un convaincu.

    • bip dit :

      @ Descartes

      [Peut-on avoir la source de ces informations ? Merci d’avance. Pas que je sois méfiant, non… mais dans un blog placé sous le patronage cartésien, il serait hérétique de ne pas pratiquer le doute systématique.]

      Je me doutais que j’aurais dû sourcer dès mon message initial. 😉

      1) Sur les liens entre Benalla et Karim Achoui (ce n’est en effet pas très précis (ça repose en grande partie sur les déclarations de Achoui) mais la presse française ne cherchant plus trop à creuser cette affaire (notamment l’histoire du coffre-fort disparu)) :

      https://www.valeursactuelles.com/societe/benalla-est-tres-sensible-la-cause-musulmane-selon-lavocat-karim-achoui-97524

      https://m6info.yahoo.com/info-m6-affaire-benalla-lavocat-karim-achoui-nous-avons-ete-tres-proches-pendant-deux-ans-144942179.html

      Si vous avez accès aux articles du monde, le nom d’Achoui semble être mentionné dans cet article (c’est ce qu’une recherche sur google semble indiquer en tout cas) : https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/07/24/benalla-l-ascension-d-un-homme-de-l-ombre_5335280_823448.html

      2) Makao et Jawad ont passé au moins une soirée à jouer ensemble à la console (mais je reconnais que la presse française a fait preuve d’une remarquable discrétion à ce sujet) :

      http://www.liberation.fr/checknews/2018/06/07/est-ce-bien-makao-ex-garde-du-corps-d-emmanuel-macron-que-l-on-voit-dans-une-video-en-compagnie-de-j_1657350

      Rien d’illégal bien sûr mais on pourra apprécier les fréquentations de ceux dont Macron assure la promotion et offre en exemple à la « jeunesse ».
      Admirez au passage le niveau de la conversation entre un président et un futur consul : https://twitter.com/qofficiel/status/870780760457957378

      3) Pour Belattar : https://www.marianne.net/debattons/tribunes/yassine-belattar-au-conseil-presidentiel-des-villes-qui-macron-choisit-il-d

      Il « textote » avec Macron : « Emmanuel Macron, lui, est un “frère” à qui il envoie des textos, dont celui-ci : “Visiblement, c’est une nouvelle guerre que lance ce journal, je suis au fond du trou.” Réponse du président de la République :
      “T’obsède pas. Continue. Les critiques suivent le talent.” »

      Extrait de la partie gratuite de cet article : https://www.nouvelobs.com/societe/20180103.OBS0098/yassine-belattar-vrai-clown-et-faux-danger.html

      Repris ici : https://www.valeursactuelles.com/societe/macron-envoye-un-sms-de-soutien-yassine-belattar-tobsede-pas-continue-les-critiques-suivent-le-talent-92096

      Gilles-William Goldnadel l’a par ailleurs désigné comme islamiste mais Yassine Belattar semble avoir attaqué en diffamation : http://www.ozap.com/actu/qualifie-d-islamiste-yassine-belattar-va-attaquer-les-grandes-gueules/554109

      Je ne peux par contre pas sourcer l’affirmation comme quoi il serait humoriste. J’ai jamais rien entendu de drôle de sa part…

    • Descartes dit :

      @ bip

      [« Peut-on avoir la source de ces informations ? Merci d’avance. Pas que je sois méfiant, non… mais dans un blog placé sous le patronage cartésien, il serait hérétique de ne pas pratiquer le doute systématique. » Je me doutais que j’aurais dû sourcer dès mon message initial. ;)]

      Si je vous les ai demandées, ce n’est pas pour vous embêter. C’est parce que, sans vouloir vous offenser, je me doutais que ces sources reposeraient sur des rapprochements aléatoires, sur des « on dit » plus ou moins fiables, sur des ressemblances plus ou moins discutables. Et je m’en doutais parce que si la moitié de ce que vous rapportez était vrai et pouvait être prouvé, l’opposition l’aurait déjà évoqué à l’occasion des commissions d’enquête parlementaire. Vous croyez vraiment que s’il y avait l’ombre d’une preuve tangible que Benalla a fricoté avec Achoui, qu’un garde du corps de Macron fricote avec les islamistes, l’opposition ne se serait déjà saisie de l’affaire ?

      Ce que je voulais démontrer en vous demandant vos sources, c’est le danger de se reposer sur ce type de preuve circonstancielle. Achoui n’est pas une source très fiable, et c’est le moins qu’on puisse dire. Il a toujours cherché à mettre en scène sa proximité avec le pouvoir, y compris si ma mémoire ne me trompe pas en mentant sous serment. La rencontre entre Makao et Jawad repose sur une vague ressemblance dans une mauvaise vidéo, et le fait que deux figures d’africains portent le même t-shirt d’une équipe nationale de foot africaine… là encore, croyez-vous que si ces photos étaient probantes l’opposition ne s’en serait pas saisie ?

      [Admirez au passage le niveau de la conversation entre un président et un futur consul :]

      Macron avait tout à fait raison de vouloir une présidence « jupitérienne ». Il semble avoir oublié que Jupiter ne peut se permettre de faire des plaisanteries grasses…

      [3) Pour Belattar : (…)]

      Le cas de Belattar est différent, et rentre dans une logique bien connue chez Macron. Notre président soutient toujours ceux qui lui sont utiles, ceux qui le servent, même lorsqu’ils font des bêtises. C’est une forme de paternalisme.

      [Gilles-William Goldnadel l’a par ailleurs désigné comme islamiste mais Yassine Belattar semble avoir attaqué en diffamation : (…)]

      Goldnadel est un agent israélien, avec une certaine tendance à voir des islamistes partout. Pas vraiment une source fiable…

    • bip dit :

      @ Descartes

      [C’est parce que, sans vouloir vous offenser, je me doutais que ces sources reposeraient sur des rapprochements aléatoires, sur des « on dit » plus ou moins fiables, sur des ressemblances plus ou moins discutables.]

      Des « on dit » certes, mais des « on dit » validés par la presse française. Et compte tenu de la production journalistique française, c’est pas évident de faire beaucoup mieux. Car si Achoui parle ouvertement, enquêter sur ses déclarations ne devrait pas représenter un travail titanesque pour un journaliste ? Pourquoi tout le monde relaye sans creuser ?

      [Et je m’en doutais parce que si la moitié de ce que vous rapportez était vrai et pouvait être prouvé, l’opposition l’aurait déjà évoqué à l’occasion des commissions d’enquête parlementaire. Vous croyez vraiment que s’il y avait l’ombre d’une preuve tangible que Benalla a fricoté avec Achoui, qu’un garde du corps de Macron fricote avec les islamistes, l’opposition ne se serait déjà saisie de l’affaire ?]

      Je n’ai pas entendu non plus l’opposition s’interroger sur la santé mentale de quelqu’un qui a été victime d’un détournement de mineur et en a épousé l’auteur. Pourtant ça c’est prouvé, non ? Alors pourquoi ne pas attaquer là-dessus ? Peut-être se limitent-ils dans les coups bas de peur d’apparaître comme des « hyènes » aux électeurs ?

      Mais sinon vous avez sans doute raison. En l’absence de preuve tangible, on s’abstient d’en parler publiquement lorsqu’on occupe une fonction d’importance. Les parlementaires étant eux aussi contraints par la production journalistique française, si les journalistes ne creusent pas les éléments qu’ils publient, celui qui les évoque risque de se retrouver dans une position un peu bancale (comme moi maintenant). Si en plus on ajoute qu’il n’y a rien de potentiellement illégal dans le fait que Benalla ait pu être membre de l’association d’Achoui, on s’abstient d’autant plus d’en parler.

      Mais ça n’empêche pas de noter ça dans une catégorie « peut-être » et de voir si dans le futur il est possible d’étayer ça ou de le relier à autre chose. C’est d’ailleurs cette « accumulation » de faits plus ou moins vérifiables qui m’a fait poster mon message initial.

      Pour Makao, c’est encore plus « casse-gueule » pour un élu. Il a été garde du corps de Macron uniquement durant la campagne il me semble, et Bendaoud a été relaxé par la justice pour sa possible complicité dans l’attaque du 13 novembre. Et comme en plus, les preuves qu’ils se fréquentent constituent plus un faisceau d’indices qu’une preuve irréfutable…

      [Goldnadel est un agent israélien]

      C’est pour me tester et voir si je prends tout pour argent comptant que vous me dites ça ? 😉

    • Descartes dit :

      @ bip

      [Des « on dit » certes, mais des « on dit » validés par la presse française. Et compte tenu de la production journalistique française, c’est pas évident de faire beaucoup mieux.]

      J’aurais tendance à utiliser le rasoir d’Occam, qui généralement donne de bien meilleurs résultats. Achoui est connu pour prendre quelques libertés avec la vérité, et ne présente aucun élément matériel à l’appui de son affirmation. Les membres de la commission parlementaire, qui ont accès à des sources d’information réservées n’en font pas état. Donc…

      [Car si Achoui parle ouvertement, enquêter sur ses déclarations ne devrait pas représenter un travail titanesque pour un journaliste ? Pourquoi tout le monde relaye sans creuser ?]

      Parce que le but de la presse est de vendre du papier, et accessoirement de faire passer des idées. Il faut être très naïf pour imaginer que son but est d’arriver à la vérité.

      [Je n’ai pas entendu non plus l’opposition s’interroger sur la santé mentale de quelqu’un qui a été victime d’un détournement de mineur et en a épousé l’auteur.]

      Peut-être parce que les parlementaires n’ont pas de compétence en matière de santé mentale de tel ou tel politicien. Votre comparaison est absurde : le fait qu’un garde du corps du président soit un islamiste, qu’un membre du cabinet du président fricote avec l’avocat des maffieux pose un problème politique. Le fait que le président ait couché il y a trente ans avec sa prof de théatre, non.

      [Pourtant ça c’est prouvé, non ? Alors pourquoi ne pas attaquer là-dessus ?]

      Parce qu’il n’y a rien à « attaquer ». Si « détournement de mineur » il y a eu, Macron est la victime, pas l’auteur. Et dans la mesure où il a épousé l’auteure du détournement, on peut imaginer qu’il n’a pas l’intention de porter plainte.

      [Mais sinon vous avez sans doute raison. En l’absence de preuve tangible, on s’abstient d’en parler publiquement lorsqu’on occupe une fonction d’importance.]

      Si c’est ce qu’on fait, on a raison : en l’absence de preuves tangibles ou d’un faisceau de présomptions suffisamment lourd, le fait n’existe pas.

      [Mais ça n’empêche pas de noter ça dans une catégorie « peut-être » et de voir si dans le futur il est possible d’étayer ça ou de le relier à autre chose.]

      C’est très dangereux. Avec des « peut-être », on finit par nier l’existence des camps de la mort (« peut-être que tout ça n’est qu’une invention des sionistes »), le voyage à la Lune (« peut-être que ce n’est qu’une simulation ») et le fait que la terre soit ronde.

      [« Goldnadel est un agent israélien » C’est pour me tester et voir si je prends tout pour argent comptant que vous me dites ça ? ;)]

      Non, je vous le dis parce que c’est vrai.

    • bip dit :

      @ Descartes

      [Parce que le but de la presse est de vendre du papier, et accessoirement de faire passer des idées. Il faut être très naïf pour imaginer que son but est d’arriver à la vérité.]

      Relier directement Macron à des mouvements islamistes ferait à mon avis vendre pas mal de papier…

      Et sinon, plus que « vendre du papier », le but de la presse n’est-il pas plutôt de « vendre du papier aux classes moyennes », afin d’attirer les annonceurs et les subventions qui vont bien ? Ce qui expliquerait en grande partie la hiérarchie qui est faite dans l’information et la manière dont elle est traitée.

      On nous en a fait des tonnes avec la mort d’Aretha Franklin alors que sans doute même pas 10 % de la population la connaissait autrement que vaguement de nom. Mais par contre on reste toujours aussi discret sur les crimes et délits venant d’immigrés (en taisant les noms ou ne qualifiant aucun d’entre eux de racistes par exemple(1)).
      Pourtant le succès d’une revue de presse amateur comme Fdesouche montre qu’il y a une vraie demande à ce sujet.

      (1) Tout en médiatisant à outrance les faits, parfois tordus, qui pourraient montrer le racisme de l’extrême droite : https://www.valeursactuelles.com/faits-divers/fusillade-raciste-de-beaune-au-depart-un-simplement-reglement-de-compte-98109

      Si maintenant les gens du voyage font partie de l’extrême droite…

      [Peut-être parce que les parlementaires n’ont pas de compétence en matière de santé mentale de tel ou tel politicien.]

      Et un parlementaire ne donnerait son avis que lorsqu’il est compétent dans le domaine discuté ? Vous croyez que tous les parlementaires qui font foi de « transition énergétique » et qui attaquent dans le même mouvement l’énergie nucléaire ont la moindre compétence dans le domaine de l’énergie ? Ils ne doivent même pas savoir comment fonctionne une pile…

      Ou encore votre exemple de Bruno Lemaire qui explique comment marche l’économie en mêlant État, entreprises et ménages, sans se rendre compte qu’il raconte n’importe quoi.

      [Votre comparaison est absurde : le fait qu’un garde du corps du président soit un islamiste, qu’un membre du cabinet du président fricote avec l’avocat des maffieux pose un problème politique. Le fait que le président ait couché il y a trente ans avec sa prof de théatre, non.]

      Je voulais juste pointer que l’opposition retient parfois ses attaques pour d’autres motifs que la simple absence de preuve tangible.
      Et qu’a contrario, il lui arrive d’attaquer sans plus de preuve tangible : les déclarations de Takkiedine (aussi peu fiable que Achoui) ont suffi à certains pour attaquer Sarkozy sur le possible financement de sa campagne par Kadhafi.

      [Parce qu’il n’y a rien à « attaquer ». Si « détournement de mineur » il y a eu, Macron est la victime, pas l’auteur. Et dans la mesure où il a épousé l’auteure du détournement, on peut imaginer qu’il n’a pas l’intention de porter plainte.]

      Mais il est tout à fait possible d’attaquer sa femme. Et donc lui… Alors bien sûr le faire en tant que parlementaire c’est s’abaisser terriblement, et risquer de subir en retour un flot d’ignominies énorme, mais il serait tout à fait envisageable d’entendre demander à Macron d’éloigner son épouse le plus possible d’enfants ou d’adolescents. Que ce soit au cours de déplacements, de réceptions, etc.

      [C’est très dangereux. Avec des « peut-être », on finit par nier l’existence des camps de la mort (« peut-être que tout ça n’est qu’une invention des sionistes »), le voyage à la Lune (« peut-être que ce n’est qu’une simulation ») et le fait que la terre soit ronde.]

      Si en face de quelques « peut-être », vous avez une masse de faits qui font que vous mettez vos « peut-être » à la poubelle, je ne pense pas.
      Pas plus que si votre rasoir d’Ockham « rase » les « peut-être ».

      Mais rien dans les décisions prises par Macron ne vient s’opposer à l’idée qu’il fricote avec des islamistes. Je dirais même au contraire. Donc je garde mes « peut-être » à ce sujet, faute de mieux.

    • Descartes dit :

      @ bip

      [Relier directement Macron à des mouvements islamistes ferait à mon avis vendre pas mal de papier…]

      Seulement si on peut le prouver. Autrement, cela risque au contraire de coûter très cher en termes de crédibilité et de procès en diffamation.

      [Et sinon, plus que « vendre du papier », le but de la presse n’est-il pas plutôt de « vendre du papier aux classes moyennes », afin d’attirer les annonceurs et les subventions qui vont bien ? Ce qui expliquerait en grande partie la hiérarchie qui est faite dans l’information et la manière dont elle est traitée.]

      Vous avez raison de le pointer. Aujourd’hui, les médias font de l’argent en vendant du papier aux lecteurs et du « temps de cerveau disponible » aux publicitaires. Il est donc plus rentable de vendre du papier aux couches sociales qui ont un fort pouvoir d’achat – et qui sont donc une cible pour les publicitaires – qu’aux smicards. Et cela a certainement un poids sur la ligne éditoriale de beaucoup de médias.

      [« Peut-être parce que les parlementaires n’ont pas de compétence en matière de santé mentale de tel ou tel politicien. » Et un parlementaire ne donnerait son avis que lorsqu’il est compétent dans le domaine discuté ?]

      Je parlais de « compétence » non pas dans le sens « d’expertise » mais dans le sens administratif. Les citoyens n’ont pas choisi des représentants pour qu’ils fassent des diagnostics de santé mentale.

      [Et qu’a contrario, il lui arrive d’attaquer sans plus de preuve tangible : les déclarations de Takkiedine (aussi peu fiable que Achoui) ont suffi à certains pour attaquer Sarkozy sur le possible financement de sa campagne par Kadhafi.]

      Oui. Mais les déclarations de Takkiedine – faites devant un juge, et non devant un journaliste – concernaient un acte précis, le versement de commissions occultes. Un acte dont les conséquences politiques sont évidentes. Les déclarations d’Achoui portent sur le fait qu’il fréquentait Benalla, ce qui n’a aucune portée en lui-même. Cela justifie qu’on investigue le premier cas, et qu’on range le second parmi les accusations sans intérêt.

      [« Parce qu’il n’y a rien à « attaquer ». Si « détournement de mineur » il y a eu, Macron est la victime, pas l’auteur. Et dans la mesure où il a épousé l’auteure du détournement, on peut imaginer qu’il n’a pas l’intention de porter plainte. » Mais il est tout à fait possible d’attaquer sa femme. Et donc lui…]

      Je ne vois pas très bien l’intérêt. Pour ce qui concerne l’action pénale, elle est prescrite. Et je ne suis pas persuadé qu’une telle attaque, qui porte sur la vie privée du président, aurait un effet négatif sur lui. Au contraire, cela apparaîtrait comme une attaque mesquine et donnerait à Brigitte Macron le statut de victime.

      [Si en face de quelques « peut-être », vous avez une masse de faits qui font que vous mettez vos « peut-être » à la poubelle, je ne pense pas.]

      Je ne vois pas la « masse de faits » que vous mettez derrière les déclarations d’Achoui, et qui vous permettrait de mettre les « peut être » à la poubelle dans ce cas d’espèce.

    • bip dit :

      @ Descartes

      Dommage qu’on ne connaisse pas le motif du « fichage S », sinon j’aurais pu ajouter un « peut être » à ma liste concernant les liens possibles entre les « réseaux Macron » et des islamistes :

      « Et cette fois-ci, l’ex-conseiller d’Emmanuel Macron est épinglé pour un mystérieux voyage à Londres, “en compagnie d’un individu fiché S, proche du sulfureux homme d’affaires Alexandre Djouhri”.
      […]
      Ce voyage remonte au 5 septembre dernier, et des observations de la PAF, consultées par l’hebdomadaire satirique, indiquent que l’attitude des deux hommes, aperçus ensemble en gare de Saint-Pancras à Londres, “laisse entendre qu’ils se connaissent. Ils discutent ensemble”, lit-on. »

      https://www.nouvelobs.com/politique/20180918.OBS2570/alexandre-benalla-apercu-a-londres-avec-un-individu-fiche-s.html

      Mais comme j’ai l’impression qu’il a dû, avec Macron, se faire beaucoup d’ennemis dans certains services de police, on peut s’attendre à avoir régulièrement de nouvelles informations permettant peut-être de conclure.

      Celle-ci est pas mal pour voir le niveau de compétence du bonhomme et/ou d’impunité qu’il pensait avoir : http://www.fdesouche.com/1077913-en-pleine-presidentielle-benalla-a-degaine-son-arme-pour-un-selfie-probleme-il-navait-pas-dautorisation-de-port-darmes-a-cette-date

    • Descartes dit :

      @ bip

      [Dommage qu’on ne connaisse pas le motif du « fichage S », sinon j’aurais pu ajouter un « peut être » à ma liste concernant les liens possibles entre les « réseaux Macron » et des islamistes :]

      Encore une fois, la prudence s’impose pour séparer les faits des interprétations. Les faits : « Benalla a été aperçu à la gare de St Pancras, Londres, discutant avec un « fiché S » proche d’Alexandre Djouhri ». L’interprétation : « un mystérieux voyage à Londres en compagnie d’un individu fiché S ».

      Vous savez, il m’est arrivé de voyager à Londres, et de retrouver en descendant du train des personnages aperçus dans des réunions, et discuter quelques minutes avec eux. J’imagine que lorsqu’on exerce des fonctions de confiance à l’Elysée, les poissons qu’on croise sont plus gros et probablement plus sulfureux, mais le mécanisme est le même. De là à qualifier le voyage de « mystérieux »…

      [Mais comme j’ai l’impression qu’il a dû, avec Macron, se faire beaucoup d’ennemis dans certains services de police, on peut s’attendre à avoir régulièrement de nouvelles informations permettant peut-être de conclure.]

      Peut-être. Mais le cœur de l’affaire, on le connaît déjà. Benalla a de toute évidence tissé avec le président de la République des liens qui vont bien au-delà de ceux d’un simple « chargé de mission » auprès du chef de cabinet de l’Elysée. Ces liens ont fait que l’ensemble de l’équipe élyséenne en avait peur, au point de satisfaire sans se poser de questions ses petits et grands désirs – et notamment sa passion pour les armes – en prenant quelques libertés avec la loi. Et Benalla s’est laissé emporter par un sentiment de toute-puissance, jusqu’à oublier que dans une société médiatique comme la notre tout finit par venir sur la place publique.

      Ce qui reste à élucider, c’est la nature du lien qui unit Benalla et Macron. Le fidèle garde du corps est-il le gardien de secrets inavouables ? Au vu de la panique qui s’est emparée du camp Macron avant son audition par le Sénat on pourrait raisonnablement le penser. Mais nous ne savons rien de la nature de ces secrets. Nous ne pouvons que supputer…

      Les faits, rien que les faits !

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