Macron, président de gauche

“Qui fut le premier socialiste ? Christophe Colomb: il ne savait pas où il était, il ne savait pas où il allait… et tout ça aux frais du contribuable” (attribué à Winston Churchill)

Le printemps est là. Les arbres sont fleuris, les pousses vertes apparaissent sur le balcon, les abeilles butinent, bref, après le sommeil de l’hiver la nature s’active. Et il n’y a pas que la nature : à moins d’un an des présidentielles, les personnalités de la gauche en miettes se réveillent elles aussi. Et je dis bien les personnalités et non les partis, car dans notre monde postmoderne les partis ne jouent pratiquement plus aucun rôle. Mélenchon, Hidalgo, Jadot, Taubira, Montebourg ou Hamon sont des hommes et des femmes « libres », affranchis des contraintes de la « forme parti », et qui décident en leur âme et conscience s’ils font don de leur personne à la France. Vous n’imaginez tout de même pas qu’ils vont se soumettre au débat et du vote des militants avant de décider d’une candidature… et encore moins qu’ils iront à la bataille pour porter un programme élaboré collectivement (1). Tout au plus accepteront-ils de se faire confirmer par un plébiscite par Internet, dont ils fixeront bien entendu eux-mêmes la barre d’acceptation.

Le problème pour tous ces prétendants à l’Elysée est que « la gauche » est atomisée. Et pas seulement – ni même principalement – à cause de la bataille des égos, comme on l’entend un peu trop souvent. Le véritable problème est que « la gauche » a été une usine à fabriquer des déçus. Il y eut les déçus du mitterrandisme, les déçus de la « gauche plurielle », les déçus du hollandisme… Et au bout de toutes ces déceptions, on ne sait plus trop ce que cela veut dire « gouverner à gauche ». En 1981, « la gauche » avait été écartée du pouvoir pendant plus de vingt ans, et l’électorat « de gauche » avait oublié – et voulu oublier – ce que « la gauche » pouvait faire une fois au pouvoir. « L’Algérie c’est la France » ou la CED n’étaient que des lointains non-souvenirs, et ne parlons même pas du décret Sérol ou du vote du 10 juillet 1940 qui vit la « gauche » institutionnelle voter les pleins pouvoirs au Maréchal. En 1981, disais-je, on jugeait « la gauche » sur son programme. Aujourd’hui, on la juge aussi sur son bilan. Qui n’est pas, le moins qu’on puisse dire, très flatteur.  

Prenons les dix dernières années : Il y eut d’abord le désastreux quinquennat de François Hollande, avec ses politiques économiques est sociales erratiques. N’ayant pas l’habitude de tirer sur les ambulances et encore moins sur les corbillards, je ne m’étendrai pas là-dessus, si ce n’est pas pour dire qu’en alternant un coup à droite et un coup à gauche, Hollande a largement contribué à rendre le projet de « la gauche » illisible. Mais surtout, il y eut ensuite le quinquennat Macron, venu lui-même du hollandisme, et dont l’équipe est formée en grande partie de cadres ayant fait leurs armes dans la gauche institutionnelle. Autour de la table du conseil des ministres macronien, on trouve des personnalités « de gauche » aux ministères les plus importants : aux Affaires Etrangères, un vieux grognard du socialisme régional. A la Défense, une fabiusienne qui fut ministre du Budget sous Jospin déjà. A la Transition écologique (qui, comme son nom ne le dit pas, est un grand ministère regroupant l’ancien ministère de l’Environnement, celui de l’Equipement et celui de l’Energie) une dirigeante historique d’EELV. Au Budget, les cordons de la bourse sont tenus par un ancien secrétaire national du PS. A l’Intérieur, se sont succédé un notable socialiste blanchi sous le harnais puis un jeune fou du même parti avant de laisser la place à un jeune loup de la droite pour des raisons purement tactiques. Quant aux autres pouvoirs, l’Assemblée nationale est présidée par un ancien élu socialiste, le Conseil constitutionnel par un ancien premier ministre socialiste. Avec autant d’hommes « de gauche » dans les ministères, à l’assemblée nationale et dans l’ensemble des institutions, comment expliquer que Macron puisse faire une politique « de droite » ? Sauf à imaginer que tous ces gens « de gauche » se soient fait greffer un nouveau cerveau en entrant au gouvernement on est obligé de conclure que ce qu’ils font aujourd’hui, les politiques qu’ils conduisent et les idées qu’ils défendent, sont dans une parfaite continuité par rapport à celles qu’ils ont conduites et défendues naguère, autrement dit, des politiques et des idées « de gauche ». Ou alors il faut admettre que ce sont des fieffés opportunistes, prêts à changer de conviction comme on change de chemise… seulement si une telle maladie affecte certains dirigeants de « la gauche » partis chez LREM, peut-on exclure qu’elle s’étende à ceux qui ont fait le calcul inverse ?

Voilà la terrible difficulté à laquelle la « gauche non-macroniste » française est aujourd’hui confrontée : expliquer en quoi elle représente un changement par rapport à l’existant. Car en quoi Yannick Jadot ou Eric Piolle sont-ils fondamentalement différents de Barbara Pompili ou de François de Rugy ? Quelle est la barrière idéologique qui sépare Anne Hidalgo et Gérard Collomb ou Jean-Yves Le Drian ? Qu’est ce qui nous dit que le Mélenchon qui adorait Mitterrand et qualifiait de « compromis de gauche » le traité de Maastricht est différent de celui d’aujourd’hui ? Et si les hommes ne sont pas si différents, qu’est ce qui permet d’imaginer que les politiques qui seraient conduites par eux s’ils étaient au pouvoir seraient radicalement opposées à celles conduites aujourd’hui ?

On répète qu’il n’y a plus de parti hégémonique à gauche, et on a tort : le parti hégémonique à gauche, celui qui joue le rôle que jouait le PS à partir des années 1980, c’est LREM. D’ailleurs, il faudrait m’expliquer en quoi les politiques mises en œuvre par Macron diffèrent sérieusement de celles poursuivies par François Mitterrand à partir de 1983. Le Beau François aurait certainement applaudi l’eurolâtrie de son successeur, son atlantisme, sa volonté de « réformer » dans le sens néolibéral du terme, sa fascination pour la gestion privée, son « en même temps », qui n’est qu’une continuation des gouvernements « d’ouverture » avec la droite de 1988. N’en déplaise à ses thuriféraires, François Mitterrand trouve – mutatis mutandis – en Emmanuel Macron un digne successeur et continuateur. Et je ne parle même pas d’un Michel Rocard et de la « deuxième gauche » dont Macron est le pur produit. Le fait qu’une bonne partie des élites socialistes ou écologistes aient quitté le PS pour rejoindre LREM est peut-être le meilleur témoignage de cette filiation.

Si LREM ne s’est pas – pas encore en tout cas – installé dans cette fonction de parti dominant à gauche, c’est surtout parce que Macron et son équipe n’ont pas de « culture de parti » et ont préféré la logique égo-politique à une logique institutionnelle. Mais cela pourrait changer, et on voit d’ailleurs mal quels seraient les obstacles idéologiques qui empêcheraient un LREM plus institutionnalisé d’accueillir ce qui reste du PS ou d’EELV. Quel est l’obstacle idéologique fondamental qui empêcherait demain Anne Hidalgo ou Yannick Jadot de prendre le chemin de Collomb ou Pompili ?

La « gauche non-macroniste » se trouve dans un intéressant paradoxe : elle essaye de former un front anti-Macron en s’appuyant sur une base sociologique dont les intérêts coïncident avec les politiques que Macron représente. Au-delà des combats d’égo entre tel ou tel dirigeant et des négociations plus ou moins compliquées pour voir qui décrochera la timbale, la principale difficulté des dirigeants de la « gauche non-macroniste » aujourd’hui sera de mobiliser un électorat désabusé par un opportunisme qui se cache de moins en moins bien, dans un contexte où il est loin d’être évident pour tout le monde qu’un gouvernement de gauche ferait une politique très différente de celui que nous avons aujourd’hui. L’électorat populaire étant donné pour perdu, il reste donc deux politiques possibles : soit démontrer aux « classes intermédiaires » qu’on peut faire du Macron mieux que Macron – c’est la ligne Hidalgo/Jadot – soit se placer dans une position « révolutionnaire » pour jouer sur le besoin des « classes intermédiaires » d’évacuer leur culpabilité – c’est la ligne Mélenchon (2).

Ces deux lignes peuvent-elles converger dans une alliance ? L’invocation à « l’union de la gauche » qui est une constante de notre histoire politique est aujourd’hui trompeuse. L’union des gauches s’est au cours de l’histoire toujours faite entre partis politiques, c’est-à-dire en fonction d’intérêts collectifs et institutionnels. Hier, un parti décidait de retirer son candidat lorsqu’il considérait qu’il pouvait tirer collectivement un avantage.  Aujourd’hui, dans un espace dominé par l’égo-politique, l’affaire est beaucoup plus complexe : ce n’est pas le parti qui décide de retirer le candidat, il faut que le candidat se retire lui-même. Ce n’est donc plus un calcul politique, mais une équation personnelle qui détermine le résultat… une équation que la logique même de l’égo-politique rend insoluble. Imagine-t-on un homme qui a construit une organisation dont le seul but est sa propre promotion renoncer à la dernière minute à la représenter ?

On est donc ramenés à la situation de 2017 : l’égo-politique rend toute alliance impossible, puisque l’égo-politicien ne reconnaît qu’une forme d’alliance, le ralliement inconditionnel. Jean-Luc Mélenchon étant – sauf accident de santé ou autre – candidat, la seule option unitaire posée aux autres forces de la « gauche non-macroniste » est celle de la vassalisation. Mélenchon s’efforce cette fois-ci de rendre le ralliement moins vexatoire qu’en 2017, où il avait prétendu imposer à ses vassaux la signature d’une « charte » comme condition pour l’investiture aux législatives – il est vrai qu’à 10%, et sans la dynamique qui était la sienne en 2017, on ne peut pas tout se permettre – mais au-delà des sourires et des tapes dans le dos, les conditions sont les mêmes : « la France Insoumise a un candidat et un programme, tout le reste peut être discuté » …

Que reste-t-il de la « gauche » une fois soustraite la « gauche macroniste » et la « gauche insoumise » ? Si l’on croit les premiers sondages, un candidat EELV serait sous les 10%, un candidat PS à moins de 8%, communistes et extrême gauche ne dépasseraient pas 2%. Une union de ces courants serait déjà plus simple, et aboutirait à un résultat autour de 20%. Avec une véritable dynamique unitaire, et par le jeu du vote utile, il ne serait peut-être pas impossible d’arracher à la « gauche macroniste » et à la « gauche insoumise » les 2-3% nécessaires pour se qualifier au premier tour, et de faire jouer le « front républicain » au second. Arithmétiquement, la victoire de la « gauche non-macroniste » n’est pas totalement impossible, même en supposant que Mélenchon soit candidat. La principale difficulté sera de convaincre l’électorat qu’une telle victoire changerait quelque chose.

Faut-il le souhaiter ? A ce propos, j’ai encore en tête la victoire de la gauche après la dissolution 1997, qui ouvrit la voie au gouvernement de la « gauche plurielle ». J’étais encore militant communiste à l’époque, et à l’initiative d’UbHue Ièr, qui régnait à l’époque sur le PCF les militants avaient été appelés à se prononcer sur l’opportunité de participer ou non au gouvernement. Aux militants réticents à recommencer l’expérience de 1981, on répondait que « cette fois-ci, ce sera différent ». N’avait-on pas signé un accord qui prévoyait entre autres choses le « refus de toutes nouvelles privatisations et notamment des services publics » ? Nous savons ce qui s’ensuivit : le gouvernement de la « gauche plurielle » privatisa plus que n’importe quel autre gouvernement dans l’histoire de notre pays, et ce fut un ministre communiste, Jean-Claude Gayssot, qui conduisit la privatisation d’Air France. Sous le regard attendri de son collègue ministre Jean-Luc Mélenchon, l’homme qui aujourd’hui nous explique que « cette fois-ci, ce sera différent » …

La folie, c’est de répéter sans cesse la même expérience en attendant des résultats différents. Il n’y a aucune raison pour qu’en recommençant avec les mêmes personnages – ou avec d’autres servant les mêmes intérêts –  « la prochaine fois, ce soit différent ». Nous savons depuis 1983 que la « gauche » avait un côté « Dr Jekyll et Mr Hyde » : progressistes ou révolutionnaires dans l’opposition, ses dirigeants deviennent comme par art de magie porteurs – par action ou par omission – de la pensée unique libérale et eurolâtre dès que leur cul touche les fauteuils ministériels.

Si le macronisme a une vertu, c’est celle d’avoir fait voler en éclats les dernières illusions que nous pouvions avoir quant à ce que les apparatchiks de la gauche institutionnelle sont prêts à faire pour faire avancer leurs carrières. La question n’est donc pas tant de savoir si « la gauche peut gagner », mais si cela sert à quelque chose qu’elle gagne. Franchement, lecteur de gauche, est-ce que cela changera quelque chose de remplacer Macron par Hidalgo, Jadot ou Mélenchon ? Est-ce que cela sert à quelque chose de remplacer un groupe de dirigeants par un autre issu de la même classe sociale, ayant les mêmes parcours et ayant mangé aux mêmes râteliers ? Est-ce que cela changerait ta vie ou la position de la France dans le monde ? Pardon, vous avez raison : ça peut toujours être pire.

Descartes

(1) Vous me direz que ce n’est pas mieux à droite, où les candidats putatifs ou déclarés se présentent eux aussi en « candidat libre ». Mais bon, ce papier est consacré à la gauche, ma famille d’origine et celle que je connais le mieux. Je laisse aux commentateurs venus de la droite de pleurer sur leur lait renversé.

(2) Je laisse de côté les communistes parce qu’ils n’ont pas à proprement parler de « ligne » nationale, leur seule priorité étant de préserver les élus au niveau local. Malgré les efforts certes méritoires de son secrétaire national actuel, le PCF est « fédéralisé » et ne représente plus guère au plan national.

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99 réponses à Macron, président de gauche

  1. Claustaire dit :

    Comme, me semble-t-il,  vous n’avez pas manqué d’expliquer souvent ici que les notions de gauche et de droite n’ont plus guère de pertinence, on se doute bien que ne doit guère vous importer de savoir quel éventuel candidat aux futures présidentielles pourrait le mieux incarner la gauche écolo-sociale-démocrate libérale sociale-traître, puisque, nolens volens, Macron serait déjà celui-là… 

    • Descartes dit :

      @ Claustaire

      [on se doute bien que ne doit guère vous importer de savoir quel éventuel candidat aux futures présidentielles pourrait le mieux incarner la gauche écolo-sociale-démocrate libérale sociale-traître, puisque, nolens volens, Macron serait déjà celui-là…]

      Effectivement, s’il m’appartenait de choisir moi tout seul entre Macron, Hidalgo, Jadot ou Mélenchon celui qui devrait rentrer à l’Elysée, je vous avoue que je serais très embêté. Oui, on peut dire que ce choix m’est indifférent. Et je pense que de plus en plus de Français sont dans le même état d’esprit. On le voit bien d’ailleurs: alors que le gouvernement fait tout ce qu’il faut pour provoquer le rejet, on ne peut pas dire que celui-ci profite à la gauche dans son ensemble…

      • CVT dit :

        @Descartes,
        je vais dissoner un peu avec vous, car il me semble que la démocratie, c’est aussi la responsabilité INDIVIDUELLE des représentants: en l’occurrence, vu son impéritie, P’tit Cron doit partir, et le seul moyen légal et légitime pour ce faire, c’est de le renvoyer par les urnes. C’est à vrai, la seule raison pour laquelle son départ ne me sera pas indifférent: la possibilité de sanctionner ce sinistre Père Ubu…
         
        Je n’en peux plus d’entendre les gens crier à longueur de mandat à la démission, et à l’heure de choisir, ils renoncent à agir!!! Je parle bien ici de la personne, pas de son corpus d’idées, qui est partagé par quasiment toute la classe politique actuelle, ce qui est, déjà en soi, un sacré déni de démocratie; dès lors maintenir ce président en place, connaissant son narcissisme débridé, sera une source de désordre supplémentaire, à l’heure où notre système politico-économique semble s’effondrer…
         
        Nous sommes déjà privés de débats sur les grandes orientations du pays, on ne pas non plus nous priver de la possibilité de sanctionner nos élus, non?

        • Descartes dit :

          @ CVT

          [je vais dissoner un peu avec vous, car il me semble que la démocratie, c’est aussi la responsabilité INDIVIDUELLE des représentants: en l’occurrence, vu son impéritie, P’tit Cron doit partir, et le seul moyen légal et légitime pour ce faire, c’est de le renvoyer par les urnes.]

          Je ne vois pas en quoi vous « dissonez » avec moi en cette matière. Je n’ai aucune envie de voir Macron reconduit pour un deuxième mandat. Mais je n’ai aucune envie non plus de voir Hidalgo, Jadot ou Mélenchon à sa place. C’est que, voyez-vous, je ne suis pas persuadé qu’ils feraient mieux que Macron. Ni même quelque chose de très différent.

          [Nous sommes déjà privés de débats sur les grandes orientations du pays, on ne pas non plus nous priver de la possibilité de sanctionner nos élus, non ?]

          Vous pouvez me considérer vieux jeu, mais dans ma conception la démocratie consiste d’abord à donner aux citoyens le choix de celui qui va gouverner en leur nom, et seulement accessoirement la satisfaction de massacrer celui qui a mal gouverné… D’ailleurs, lorsque vous regardez le passé vous verrez que là où l’on a joué le jeu de la sanction, on l’a amèrement regretté. Pensez à 1981…

      • Claustaire dit :

        Sur le récusable ou validable clivage gauche-droite, je souhaiterais quand même mettre ici en partage une réflexion comme celle-ci, qui mériterait qu’on lui accorde un peu de temps :
        Cet encombrant clivage gauche-droite

        • Descartes dit :

          @ Claustaire

          [Sur le récusable ou validable clivage gauche-droite, je souhaiterais quand même mettre ici en partage une réflexion comme celle-ci, qui mériterait qu’on lui accorde un peu de temps : (…)]

          C’est une analyse assez classique du clivage gauche/droite, mais qui à mon avis analyse un objet qui n’existe plus. Ainsi, il écrit :

          « de ce point de vue, dans la multiplicité des clivages qui parcourent l’espace public, celui entre gauche et droite possède encore une logique et un sens. Il reste un lieu commun – au sens propre du terme : un espace partagé où l’on peut se retrouver. Pour discuter par-dessus des délimitations qui ne sont pas des abîmes. »

          Ce fut vrai à une époque. Mais est-ce vrai aujourd’hui ? Où est cet « espace » ou antinucléaires et pro-nucléaires soi-disant « de gauche » peuvent « se retrouver » ou « discuter par-dessus des délimitations qui ne sont pas des abîmes » ? Où est « l’espace commun pour discuter » lorsqu’une partie de « la gauche » approuve bruyamment la dénonciation publique pour « islamophobie » de ceux qui à gauche ne partagent pas ses idées ? L’espace de discussion se réduit aujourd’hui aux discussions électorales. Et encore…

          L’auteur de l’article est lui-même conscient de la faiblesse de ses arguments, puisqu’il conclut son article par un argument de réduction à l’adversaire :

          « Enfin, quand je vois quelles familles de pensée politique se montrent aujourd’hui si empressées à s’en débarrasser pour lui substituer des grilles d’analyses alternatives fondées soit sur la vénération du pognon et de l’égoïsme, soit sur la sanctification de la race ou de quelque pétrification identitaire – modèles qui, chacun, loin d’essayer de rendre compte plus finement du réel, le divisent de manière plus manichéenne et stupide encore entre gentils et méchants –, je ne peux m’empêcher de lui trouver, à ce bon vieux clivage gauche-droite, un certain charme et, peut-être, une louable (im)pertinence. »

          Un argument qui peut être retourné facilement, en se rappelant que ceux qui parlent de la fin du clivage “gauche/droite” sont quelquefois peu recommandables, certains de ceux qui veulent le maintenir ne sont pas non plus très appétissants. Entre Le Pen et Coffin, mon cœur balance…

          • Cincinnatus dit :

            Bonjour,
            mon billet ne se limite pas aux deux seules citations que vous en tirez. Ce que j’essaie d’y montrer :
            – le clivage gauche-droite est une grille d’analyse parmi d’autres, pas forcément plus mauvaise que d’autre
            – il n’a rien de fixe
            – il ne suffit pas puisque bien d’autres enjeux, orthogonaux, doivent être pris en compte (le monde est complexe – truisme)
            – les tentatives de le remplacer par des oppositions binaires sont souvent plus simplistes et fausses que lui
            – c’est un “lieu commun”, c’est-à-dire une référence qui, malgré ses nombreuses limites et imperfections, parle à tout le monde.
             
            Ceci étant dit, votre billet est très intéressant, je suis heureux de l’avoir lu. Je m’étais posé des questions similaires il y a quelques mois, mais en partant d’un autre point de vue : Ils ne pensent qu’à ça !
            Amicalement,
            Cincinnatus

            • Descartes dit :

              @ Cincinnatus

              [mon billet ne se limite pas aux deux seules citations que vous en tirez. Ce que j’essaie d’y montrer :]

              Bien entendu, je ne prétendais pas résumer l’ensemble de votre papier en deux citations. Je n’ai pris que les éléments qui me semblaient plus emblématiques pour ma démonstration.

              [– le clivage gauche-droite est une grille d’analyse parmi d’autres, pas forcément plus mauvaise que d’autre]

              Pour répondre à cette question, encore faudrait-il avoir une DEFINITION de ce qu’est aujourd’hui « la droite » et ce qu’est aujourd’hui « la gauche ». Tant que cette définition n’est clairement explicitée, la « grille d’analyse » fondée sur le clivage droite/gauche est néfaste, parce qu’elle repose sur des catégories auxquelles chacun donne un sens ad hoc.

              Or, cette définition manque aujourd’hui. Parce que pour caractériser « la droite » et « la gauche », on se réfère tantôt à une filiation historique, tantôt à l’adhésion théorique à certains principes (sans que cela se reflète dans la pratique), tantôt à une délimitation purement négative. Dans ces conditions, le clivage droite/gauche, plus qu’un outil d’analyse est un outil de confusion.

              [– c’est un “lieu commun”, c’est-à-dire une référence qui, malgré ses nombreuses limites et imperfections, parle à tout le monde.]

              Non. Pour être un « lieu commun », il ne suffit pas de « parler à tout le monde » : encore faut-il qu’en parlant, il dise la même chose à tout le monde. Or, ce n’est pas le cas. Plus qu’un « lieu commun », c’est un « lieu individuel » auquel tout le monde donne le même nom. Mais c’est le nom qui soit commun, et non la chose.

      • Ian Brossage dit :

        @Descartes

        Effectivement, s’il m’appartenait de choisir moi tout seul entre Macron, Hidalgo, Jadot ou Mélenchon celui qui devrait rentrer à l’Elysée, je vous avoue que je serais très embêté.

        Il y a deux anti-nucléaires forcenés dans cette liste, qui de plus se distinguent (eux ou leur parti) par de nettes compromissions avec l’indigénisme et l’islamisme, et vous dites que vous ne sauriez choisir ? J’avoue que vous m’étonnez…
         

        • Descartes dit :

          @ Ian Brossage

          [Il y a deux anti-nucléaires forcenés dans cette liste, qui de plus se distinguent (eux ou leur parti) par de nettes compromissions avec l’indigénisme et l’islamisme, et vous dites que vous ne sauriez choisir ? J’avoue que vous m’étonnez…]

          Pourtant, si vous avez bien lu mon papier, cela ne devrait pas vous étonner. J’y appelle mes lecteurs à cesser de juger les gens sur les mots, et commencer à les juger sur leurs actes. Mitterrand n’était pas antinucléaire, mais il a arrêté le chantier de Plogoff. Jospin n’était pas antinucléaire, mais il a fermé Superphénix. Hollande ou Macron n’étaient pas antinucléaires, mais ce sont eux qui ont fermé Fessenheim. Alors, je suis fort aise de savoir que tous ces gens n’étaient pas antinucléaires, mais quelle différence dans la pratique ? De la main de ces gens nous allons vers une sortie du nucléaire probable d’ici quinze ou vingt ans. Alors, avoir au pouvoir Macron ou Jadot, quelle différence ?

          Quant aux « compromissions avec l’indigénisme et l’islamisme », là encore il y a les mots et puis il y a les actes… Je n’ai pas envie de voter pour quelqu’un qui va défiler avec des gens qui crient “Allah Akhbar”. Mais je n’oublie pas non plus combien les socialistes ont alimenté la bête…

          • Ian Brossage dit :

            @Descartes

            De la main de ces gens nous allons vers une sortie du nucléaire probable d’ici quinze ou vingt ans. Alors, avoir au pouvoir Macron ou Jadot, quelle différence ?

            Cela ne me paraît pas si simple. Déjà, il me semble que Macron a récemment vanté les bienfaits du nucléaire. Ensuite, il est soutenu par une partie de la droite, qui n’est pas du tout anti-nucléaire.
            Macron s’est « contenté » d’exécuter la promesse électorale de Hollande, mais il n’est pas allé plus loin. Avec Jadot ou Mélenchon au pouvoir, on aurait certainement déjà une loi programmant la fermeture d’autres centrales.

            Quant aux « compromissions avec l’indigénisme et l’islamisme », là encore il y a les mots et puis il y a les actes…

            Justement, il me semble que la loi « séparatisme » est assez loin de ces compromissions. Schiappa et Darmanin ont un rapport à la laïcité qui n’a rien à voir avec celui de Mélenchon ou des Verts en général. Ce n’est pas Mélenchon qui aurait appelé à bloquer la subvention versée à Millî Görüs pour la construction d’une mosquée, à interdire Baraka City ou le CCIF.
            On peut toujours se dire qu’avoir mis Darmanin à l’intérieur est un choix électoraliste. Il n’empêche que jamais Mélenchon ni Jadot n’auraient fait ce choix.
             

            • Descartes dit :

              @ Ian Brossage

              [« De la main de ces gens nous allons vers une sortie du nucléaire probable d’ici quinze ou vingt ans. Alors, avoir au pouvoir Macron ou Jadot, quelle différence ? » Cela ne me paraît pas si simple. Déjà, il me semble que Macron a récemment vanté les bienfaits du nucléaire. Ensuite, il est soutenu par une partie de la droite, qui n’est pas du tout anti-nucléaire. Macron s’est « contenté » d’exécuter la promesse électorale de Hollande, mais il n’est pas allé plus loin. Avec Jadot ou Mélenchon au pouvoir, on aurait certainement déjà une loi programmant la fermeture d’autres centrales.]

              Macron a beau « vanter les bienfaits du nucléaire », aucune décision de construction de nouveaux réacteurs n’a été prise et aucune ne sera prise d’ici la fin du quinquennat. Ce qui veut dire que lorsqu’un tel réacteur sera construit, toute l’expérience péniblement – et chèrement – reconstruite sur les chantiers EPR d’Olkiluoto, Taishan ou Flamanville aura été perdue à nouveau. On recommencera à zéro, comme on a dû recommencer dans les années 2000 après vingt ans sans rien construire. Si l’on veut préserver une industrie nucléaire de premier niveau, il faut lui assurer un flux CONTINU de commandes. Si on construit un réacteur tous les vingt ans, l’outil industriel disparaîtra et les compétences avec lui.

              Avec jadot ou Mélenchon on aurait une loi programmant les fermetures. Avec Macron, on aura les fermetures, sans programmation, juste par l’effet de l’obsolescence naturelle. On ne décidera pas de fermer les usines du Creusot, mais si elles n’ont pas de commandes elles finiront par fermer quand même… Franchement, je ne vois pas bien la différence. Si, quand même : on peut dénoncer une décision, on peut lutter contre elle. Il est difficile de se battre contre une non-décision…

              [« Quant aux « compromissions avec l’indigénisme et l’islamisme », là encore il y a les mots et puis il y a les actes… » Justement, il me semble que la loi « séparatisme » est assez loin de ces compromissions. Schiappa et Darmanin ont un rapport à la laïcité qui n’a rien à voir avec celui de Mélenchon ou des Verts en général.]

              Pour Darmanin, c’est possible. Pour Schiappa, vous vous avancez un peu. Je vous rappelle qu’en 2014 Schiappa avait écrit une tribune contre l’interdiction du voile à l’école. Un petit extrait : « Interdire le voile c’est reconnaître le voile comme signe religieux, donc reconnaître une religion, interdire le voile à l’école est donc contraire à la loi de 1905. Interdire aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants relève ni plus ni moins de l’islamophobie. » En quoi ce raisonnement serait dépaysé chez Mélenchon ou dans un texte d’EELV ?

            • Ian Brossage dit :

              @Descartes

              Pour Darmanin, c’est possible. Pour Schiappa, vous vous avancez un peu. Je vous rappelle qu’en 2014 Schiappa avait écrit une tribune contre l’interdiction du voile à l’école.

              Je n’étais pas au courant. Ceci dit, il est possible qu’elle ait changé d’avis, et ses déclarations en tant que ministre ne semblent pas aller dans le même sens. Mais surtout, pour reprendre votre expression, « il y a les mots et puis il y a les actes ». Et les actes du gouvernement en matière de laïcité me semblent clairement orientés dans un sens républicain.
               

            • Descartes dit :

              @ Ian Brossage

              [Mais surtout, pour reprendre votre expression, « il y a les mots et puis il y a les actes ». Et les actes du gouvernement en matière de laïcité me semblent clairement orientés dans un sens républicain.]

              Vous pensez à quel “acte” en particulier ?

            • Ian Brossage dit :

              @Descartes
              Je pense à ce que je mentionnais plus haut, comme la loi « séparatisme » ou la réaction à la subventionée votée par la mairie de Strasbourg.

            • Descartes dit :

              @ Ian Brossage

              [Je pense à ce que je mentionnais plus haut, comme la loi « séparatisme » ou la réaction à la subventionée votée par la mairie de Strasbourg.]

              Oui, mais je ne vois pas très bien quels sont ici les “actes du gouvernement”. La loi “séparatismes” est finalement très modéré, et on verra bien ce qui se passera quand il s’agira de l’appliquer. Quant à l’affaire de la subvention strasbourgeoise, là encore on a entendu beaucoup de déclarations, mais je ne vois pas beaucoup d’actes…

  2. blue dit :

    Le seul clivage qui vaut programme politique aujourd’hui est le FREXIT. Sortir de l’UE – € – OTAN – Schengen. Ce choix politique n’est ni de droite ni de gauche. Il est de salut public. C’est parce que ce que vous exposez est parfaitement vrai et visible de tous, que nous devons d’abord redonner aux partis politiques leur liberté d’action dans un cadre national rénové. Au delà du FREXIT, il faudra en effet rénover l’institution pour faire correspondre notre société de communication 2.0 au fonctionnement même de ce que devrait être notre organisation politique. Et donc il s’agira, dans l’année qui précède puis qui suit le FREXIT, d’introduire davantage de démocratie directe et de nouvelles règles électives qui empêchent l’installation d’une caste de rentiers de la politique.

    • Descartes dit :

      @ blue

      [Le seul clivage qui vaut programme politique aujourd’hui est le FREXIT. Sortir de l’UE – € – OTAN – Schengen. Ce choix politique n’est ni de droite ni de gauche. Il est de salut public.]

      Même si l’opinion est aujourd’hui très critique de l’Union européenne et qu’il y aurait vraisemblablement une majorité pour penser qu’on y serait mieux débarrassés de cette engeance, seule une minorité est prête à affronter la trouille de l’inconnu et prendre des pas positifs pour une véritable sortie. C’est le véritable problème : nous vivons dans une société frileuse, qui a perdu confiance dans sa capacité collective à infléchir son destin. On le voit bien d’ailleurs : nos gouvernements depuis bientôt trente ans réagissent plus qu’ils n’agissent.

      C’est pourquoi pour n’importe quel politique il est difficile de porter ces sujets sur la place publique. Le Frexit aujourd’hui, c’est un peu comment l’Alsace-Lorraine pour Gambetta : « y penser toujours, n’en parler jamais ». Celui qui en parle aura contre lui les peurs accumulées et intelligemment manipulées par l’establishment eurolâtre. On l’a bien vu en 2017.

      [Au-delà du FREXIT, il faudra en effet rénover l’institution pour faire correspondre notre société de communication 2.0 au fonctionnement même de ce que devrait être notre organisation politique. Et donc il s’agira, dans l’année qui précède puis qui suit le FREXIT, d’introduire davantage de démocratie directe et de nouvelles règles électives qui empêchent l’installation d’une caste de rentiers de la politique.]

      Je veux bien qu’on puisse vouloir moderniser notre démocratie, mais personnellement je n’en fait pas un but en soi, et je dois dire que lorsque j’examine les propositions de « modernisation » qui tournent dans l’espace public, je me dis que nos « modernes » sont bien peu novateurs…

      Prenons votre idée de « plus de démocratie directe et de nouvelles règles électives ». Quelles sont les « nouvelle règles » que vous proposeriez ? Parce que si le but est de remplacer les « rentiers de la politique » par des « dilettantes de la politique », franchement, je passe. Quant à la « démocratie directe », n’oubliez pas qu’il est bien plus facile – surtout sur des sujets complexes – de manipuler une masse de citoyens qui n’ont ni la formation ni l’expérience, ni l’information que peut avoir un représentant qui consacre tout son temps à l’exercice de son mandat.

  3. Erwan dit :

    Je suis étonné que vous n’accordiez pas plus d’importance à Montebourg. A mon humble avis, s’il obtient les 500 signatures, c’en est fini de Mélenchon. Et je pense que non seulement il lui prendrait son électorat, mais qu’il aurait le soutien de la classe populaire, qui est sensible à son discours sur la souveraineté et l’industrie, et qui est majoritaire. Je pense donc qu’il a ses chances.

    • Descartes dit :

      @ Erwan

      [Je suis étonné que vous n’accordiez pas plus d’importance à Montebourg. A mon humble avis, s’il obtient les 500 signatures, c’en est fini de Mélenchon. Et je pense que non seulement il lui prendrait son électorat, mais qu’il aurait le soutien de la classe populaire, qui est sensible à son discours sur la souveraineté et l’industrie, et qui est majoritaire. Je pense donc qu’il a ses chances.]

      Je pense que vous faites une mauvaise analyse. D’abord, du côté politique, parce qu’il est à mon sens illusoire de croire que Montebourg pourrait « prendre l’électorat » de Mélenchon. Regardez les idées-force des « insoumis » : la fin du productivisme, la sortie du nucléaire, « souveraineté européenne »… et puis, voyez-vous Montebourg manifester contre l’islamophobie ? Je ne dis pas que certains insoumis ne pourraient voter pour Montebourg – au deuxième tour surtout. Mais de là à dire que celui-ci pourrait « prendre l’électorat » du petit timonier, franchement j’en doute.

      Et puis, Montebourg est malheureusement trop « socialiste ». Il représente un peu trop le système de compromissions que j’ai dénoncé dans mon papier. En 2017, il aurait pu se présenter à l’élection présidentielle, et que fait-il ? Il se soumet à la « primaire citoyenne » qu’il ne pouvait pas gagner – il faut être très inconscient pour imaginer que les militants socialistes allaient bénir un candidat qui non seulement était accusé d’avoir contribué à l’échec de la présidence Hollande mais qui en plus propose des politiques à l’opposé de celles voulues par l’électorat socialiste – pour ensuite soutenir le gauchiste Hamon…

      Mais surtout, j’ai du mal à croire à Montebourg comme candidat. La boutade de Sarkozy n’en est pas vraiment une : pour être président de la République, il faut y penser en se rasant tous les jours. A ce niveau-là, on ne fait pas de la politique quand on a le temps : il faut une passion dévorante de tous les instants. Son retrait de la politique après 2017 lui donne un profil d’amateur de la politique.

      • Erwan dit :

        [Je pense que vous faites une mauvaise analyse. D’abord, du côté politique, parce qu’il est à mon sens illusoire de croire que Montebourg pourrait « prendre l’électorat » de Mélenchon. Regardez les idées-force des « insoumis » : la fin du productivisme, la sortie du nucléaire, « souveraineté européenne »… et puis, voyez-vous Montebourg manifester contre l’islamophobie ? Je ne dis pas que certains insoumis ne pourraient voter pour Montebourg – au deuxième tour surtout. Mais de là à dire que celui-ci pourrait « prendre l’électorat » du petit timonier, franchement j’en doute.]
         
        Je ne dis pas que les électeurs de Mélenchon se mettraient à partager les idées de Montebourg, je pensais plutôt à l’effet de bascule que pourrait engendrer sa candidature : en voyant qu’il serait devant Mélenchon, cela ferait boule de neige. Dit autrement, entre Montebourg et les autres, ils choisiraient plutôt Montebourg, un peu comme les électeurs d’Hamon se sont rabattus sur Mélenchon en voyant les sondages.
         
        [Et puis, Montebourg est malheureusement trop « socialiste ». Il représente un peu trop le système de compromissions que j’ai dénoncé dans mon papier. En 2017, il aurait pu se présenter à l’élection présidentielle, et que fait-il ? Il se soumet à la « primaire citoyenne » qu’il ne pouvait pas gagner – il faut être très inconscient pour imaginer que les militants socialistes allaient bénir un candidat qui non seulement était accusé d’avoir contribué à l’échec de la présidence Hollande mais qui en plus propose des politiques à l’opposé de celles voulues par l’électorat socialiste – pour ensuite soutenir le gauchiste Hamon…]
         
        On peut le voir autrement : il s’est montré ostensiblement loyal à son engagement de la primaire jusqu’au bout, dans un contexte où tout le monde a trahi tout le monde.
         
        [Mais surtout, j’ai du mal à croire à Montebourg comme candidat. La boutade de Sarkozy n’en est pas vraiment une : pour être président de la République, il faut y penser en se rasant tous les jours. A ce niveau-là, on ne fait pas de la politique quand on a le temps : il faut une passion dévorante de tous les instants. Son retrait de la politique après 2017 lui donne un profil d’amateur de la politique.]
         
        Je suis tout à fait d’accord, et je pourrais même en rajouter. Montebourg n’est pas du tout ce que j’appellerais un bon candidat. C’est juste que les autres sont tellement pires…

        • Descartes dit :

          @ Erwan

          [Je ne dis pas que les électeurs de Mélenchon se mettraient à partager les idées de Montebourg, je pensais plutôt à l’effet de bascule que pourrait engendrer sa candidature : en voyant qu’il serait devant Mélenchon, cela ferait boule de neige. Dit autrement, entre Montebourg et les autres, ils choisiraient plutôt Montebourg, un peu comme les électeurs d’Hamon se sont rabattus sur Mélenchon en voyant les sondages.]

          Oui, mais les électeurs – fort rares au demeurant – de Hamon étaient déjà très proches idéologiquement de Mélenchon est ses troupes. Hamon avait en pratique choisi un positionnement très « gauchiste » qui lui avait largement aliéné l’électorat socialiste d’ailleurs. Ce n’est pas le cas de Montebourg, qui vise plutôt un électorat chevènementiste, ce qui suppose un discours qui n’a guère de chances de séduire le gros de l’électorat mélenchonien.

          [On peut le voir autrement : il s’est montré ostensiblement loyal à son engagement de la primaire jusqu’au bout, dans un contexte où tout le monde a trahi tout le monde.]

          Certes. Mais cela ne répond pas à la première objection. Qu’une fois engagé dans la primaire il se soit senti obligé de déférer au candidat sélectionné par celle-ci, c’est tout à son honneur. Mais pourquoi se soumettre à une primaire qui, étant donnée la structure de l’électorat, il ne pouvait pas gagner, si ce n’est pour ensuite peser à l’intérieur du PS ? Et dans ce cas, quelle est la logique de quitter la politique immédiatement après ?

          [Je suis tout à fait d’accord, et je pourrais même en rajouter. Montebourg n’est pas du tout ce que j’appellerais un bon candidat. C’est juste que les autres sont tellement pires…]

          Il est clair que si Montebourg se présentait, je voterais probablement pour lui. Mais j’ai beaucoup de mal à croire qu’il ira jusqu’au bout…

        • Erwan dit :

          [pourquoi se soumettre à une primaire qui, étant donnée la structure de l’électorat, il ne pouvait pas gagner, si ce n’est pour ensuite peser à l’intérieur du PS ? Et dans ce cas, quelle est la logique de quitter la politique immédiatement après ?]
           
          Son score à la primaire lui a tout de même permis de devenir Ministre, et donc de pouvoir observer le système de très près. Il a finalement été un Ministre pas trop mal relativement au contexte, et les Français s’en souviennent.
           
          Pour la seconde question, il a peut-être simplement été convaincu lors de cet épisode qu’il est vain de tenter de peser à l’intérieur du PS, et qu’il fallait faire sans. A mon sens, il pouvait alors soit rejoindre un autre parti, soit créer son propre parti, soit se retirer de la politique. Je dirais que les autres partis qu’il aurait pu rejoindre ne sont pas tellement plus intéressants que le PS. Pour ce qui est de créer son parti, il a déjà tenté de créer quelques mouvements, micro-partis et think tanks, cela n’a pas du tout pris. Du coup, il ne me semble pas si illogique que ça qu’il ait quitté la politique, pour sortir de sa réserve au moment opportun.

          • Descartes dit :

            @ Erwan

            [« pourquoi se soumettre à une primaire qui, étant donnée la structure de l’électorat, il ne pouvait pas gagner, si ce n’est pour ensuite peser à l’intérieur du PS ? Et dans ce cas, quelle est la logique de quitter la politique immédiatement après ? » Son score à la primaire lui a tout de même permis de devenir Ministre, et donc de pouvoir observer le système de très près. Il a finalement été un Ministre pas trop mal relativement au contexte, et les Français s’en souviennent.]

            Je crois que vous confondez les deux primaires. Je faisais référence à la « primaire citoyenne » de 2016, qui aboutit à la candidature de Benoit Hamon. Vous, vous faites référence à la primaire de 2011, qui désigna François Hollande comme candidat. Participer à la primaire de 2011 pour ensuite être ministre avait un sens. Participer comme outsider à la primaire de 2016 n’en avait pas.

            [Pour la seconde question, il a peut-être simplement été convaincu lors de cet épisode qu’il est vain de tenter de peser à l’intérieur du PS, et qu’il fallait faire sans.]

            Certes. Mais dans ce cas, pourquoi se présenter à une primaire PS ?

            [ Je dirais que les autres partis qu’il aurait pu rejoindre ne sont pas tellement plus intéressants que le PS.]

            Il aurait pu réjoindre LFI et essayer de dynamiter Mélenchon. Ca aurait eu de la gueule!

            • Erwan dit :

              [Je crois que vous confondez les deux primaires. Je faisais référence à la « primaire citoyenne » de 2016, qui aboutit à la candidature de Benoit Hamon. Vous, vous faites référence à la primaire de 2011, qui désigna François Hollande comme candidat. Participer à la primaire de 2011 pour ensuite être ministre avait un sens. Participer comme outsider à la primaire de 2016 n’en avait pas.]
               
              Vous avez raison, j’ai confondu les deux primaires (j’ai hâte de retrouver tout mon cerveau), et mon explication pour la première primaire ne fonctionne pas pour la seconde. Mais je suppose qu’on peut en trouver une autre. Par exemple qu’il était parti pour refaire comme en 2011-2012, mais qu’en voyant Macron faire voler en éclat la cloison gauche-droite pour l’électorat principal du PS et des Républicains, il s’est dit qu’il n’y avait plus d’intérêt à rester au PS.
               
              [Il aurait pu réjoindre LFI et essayer de dynamiter Mélenchon. Ca aurait eu de la gueule!]
               
              Comme Kad dans le Baron Noir, cela aurait au moins eu le mérite d’être intéressant à observer oui ! D’autant que Mélenchon est capable de mettre en suspens son naturel de gourou de secte quand il y est contraint, comme avec le PCF en 2012. Enfin, de toute façon, ce n’est pas ce qu’il s’est passé.

      • Ovni de Mars dit :

        Vous avez changé d’avis alors sur Montebourg puisque dans un commentaire du 23 janvier 2021 (daté de 19h46 en réponse à “khanard” et à la suite du billet “La leçon de nucléaire du professeur Mélenchon”), vous disiez être enthousiasmé par Montebourg. Vous le trouviez également courageux et intelligent.
        Le fait est que l’on ne l’entend pas dans les media en ce moment. Attend-il que les autres candidats se déchirent pour apparaitre comme un rassembleur ? 
        Je ne suis pas aussi pessimiste que vous sur une éventuelle arrivée de la gauche (ou la soi-disant gauche) au pouvoir en France. Je ne crois pas que l’on en revienne à une politique néo-libérale comme on l’a connu avec le catastrophique Hollande, tout simplement parce que cette idéologie politique est peu à peu remise en question.
        Biden essaye par exemple une relance économique par les subventions publiques et peut-être par une augmentation d’impôts pour les plus riches. Ça reste certes très capitaliste mais ça me semble marquer un point d’inflexion. L’élection de Trump d’un côté et l’expérience Hollande de l’autre peuvent avoir servi de leçon : une fois au pouvoir, essayer cette fois-ci de renouer avec les classes populaires avec une politique économique qui, sans être révolutionnaire, tente au moins un peu plus d’égalité

        • Descartes dit :

          @ Ovni de Mars

          [Vous avez changé d’avis alors sur Montebourg puisque dans un commentaire du 23 janvier 2021 (daté de 19h46 en réponse à “khanard” et à la suite du billet “La leçon de nucléaire du professeur Mélenchon”), vous disiez être enthousiasmé par Montebourg. Vous le trouviez également courageux et intelligent.]

          Mon « enthousiasme » pour Montebourg, n’était pas aussi marqué que vous l’indiquez. Voici ce que j’avais écrit dans le commentaire auquel vous faites référence :

          « Je dois avouer que Montebourg m’enthousiasme quelquefois quand je l’écoute… mais j’entends dans mon oreille la voix de mon père qui me dit « socialiste un jour, socialiste toujours »… et qui ajoute quelquefois « le meilleur socialiste est le socialiste mort ».

          Du côté positif, on peut dire que Montebourg est un type intelligent, courageux – au point de mettre en danger son poste plutôt que trahir ses idées, on l’a vu sous la présidence de Hollande – et ce qu’il dit sur l’Europe, la politique économique et l’industrie fait plaisir à entendre. Il est aussi l’un des rares à dire clairement que la division « gauche/droite » ne doit plus structurer la pensée politique, et qu’il faut aboutir à un « compromis historique » avec l’ensemble des républicains, d’où qu’ils viennent.

          D’un autre côté, sa vision institutionnelle est nettement fédéraliste et girondine, et il a tendance à se joindre à la meute qui crache sur la haute fonction publique et en fait le bouc émissaire de sa propre impuissance, ce qui est pour moi particulièrement problématique. Je l’ai aussi entendu dire sans ambiguïté qu’il fallait remplacer la haute fonction publique par des gens « issus de la société civile », et on a vu où cela mène… »

          Pourquoi dites-vous que j’ai changé d’avis ? Je ne renie rien de ce que j’ai écrit. Je ne pense avoir mis en cause ni le courage ni l’intelligence de Montebourg. Mais le courage et l’intelligence ne sont pas des vertus suffisantes pour faire un bon président de la République, ni même un bon candidat.

          [Je ne suis pas aussi pessimiste que vous sur une éventuelle arrivée de la gauche (ou la soi-disant gauche) au pouvoir en France. Je ne crois pas que l’on en revienne à une politique néo-libérale comme on l’a connu avec le catastrophique Hollande, tout simplement parce que cette idéologie politique est peu à peu remise en question.]

          Vous avez probablement raison : on ne traverse pas deux fois la même rivière, et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis. On ne « reviendra » au néolibéralisme des années 2010, mais on peut compter sur notre gauche pour le remplacer par le néolibéralisme 2.0. Pour ne donner qu’un exemple, je ne vois pas dans la gauche aujourd’hui une volonté réelle d’affrontement avec l’UE.

          [Biden essaye par exemple une relance économique par les subventions publiques et peut-être par une augmentation d’impôts pour les plus riches. Ça reste certes très capitaliste mais ça me semble marquer un point d’inflexion.]

          Je vous trouve bien optimiste. Je vois dans les « plans de relance » actuels un nouvel exemple du vieil adage « privatiser les bénéfices et socialiser les pertes ». L’intérêt bien compris de la bourgeoisie est de voir l’Etat soutenir les entreprises. Et il est difficile de faire accepter les hausses d’impôts – ou la baisse des salaires – au contribuable moyen si les riches apparaissent exemptés. On verra à l’issue de cette affaire si ce que la bourgeoisie aura touché en aides dépasse ou non ce qu’elle aura payé en impôts supplémentaires…

          • Ovni de Mars dit :

            “Je vous trouve bien optimiste. Je vois dans les « plans de relance » actuels un nouvel exemple du vieil adage « privatiser les bénéfices et socialiser les pertes ». L’intérêt bien compris de la bourgeoisie est de voir l’Etat soutenir les entreprises. Et il est difficile de faire accepter les hausses d’impôts – ou la baisse des salaires – au contribuable moyen si les riches apparaissent exemptés”
            Je suis d’accord mais je me dis que Trump a pu quelque peu effrayer l’oligarchie américaine et qu’une politique légèrement social-démocrate (avec grand travaux, basculement vers l'”énergie verte” et plein-emploi) pourrait aussi être une tentative pour ramener l’électorat trumpiste vers le Parti Démocrate
            Ce qui m’étonne, c’est que Biden arrive à faire passer (pour l’instant) ses plans de relance auprès des élus Républicains sans trop de difficultés et alors qu’il n’a qu’une courte majorité dans les 2 chambres. Il doit y avoir une forme d’entente pour écarter Trump

            • Ian Brossage dit :

              @Ovni de Mars

              Ce qui m’étonne, c’est que Biden arrive à faire passer (pour l’instant) ses plans de relance auprès des élus Républicains sans trop de difficultés et alors qu’il n’a qu’une courte majorité dans les 2 chambres. Il doit y avoir une forme d’entente pour écarter Trump

              Ou alors tout simplement ces plans de relance sont ce dont a besoin l’économie américaine, et les deux partis comme le patronat en sont convaincus. Je ne vois pas trop de raison de postuler une alliance tactique anti-Trump pour expliquer ces décisions.
               

            • Descartes dit :

              @ Ian Brossage

              [Ou alors tout simplement ces plans de relance sont ce dont a besoin l’économie américaine, et les deux partis comme le patronat en sont convaincus. Je ne vois pas trop de raison de postuler une alliance tactique anti-Trump pour expliquer ces décisions.]

              Tout à fait. La bourgeoisie est d’abord pragmatique. Quand tout va bien, elle est néolibérale. Quand tout va mal, elle devient volontiers keynésienne.

  4. Sami dit :

    Très bon … audit, sur l’état des lieux, concernant donc ce qu’on appelle “la gauche”, à moins d’un an des présidentielles.Si on voit les choses d’encore un peu plus loin (de Sirius, comme on dit) (en vrac ; ce sont des remarques au fur et à mesure de la lecture de votre bon papier) :
     
    – La sociale démocratie (SD), de Mitterrand à Hollande en passant par Jospin : en allant vite, sa mission (par ailleurs historique) a été de détruire la gauche organisée en tant qu’arme pour le prolétariat. Elle a participé avec brio à la globalisation néolibérale, dont une des conséquences locales (en France donc) a été de détruire salement le prolétariat organisé, en exportant toutes les industries, etc. Ce qui reste de cette classe, par désespoir et “dégoûtage”, s’est réfugié corps et âme au sein faussement protecteur du FN (si le FN passe, ces mêmes prolétaires regretteront certainement Macron ou Hollande : ils sauront alors ce dont la bourgeoisie dans sa tendance extrême, est capable, sans états d’âme… mais passons).
     
    – Hollande (et les autres) en tant que SD n’ont pas rendu la gauche illisible par … maladresse, mais par conviction ; la gauche a été tellement dénaturée et écrabouillée, avec constance et détermination, qu’on a abouti à ces caricatures hideuses que sont, aux yeux d’un marxiste (le marxisme étant in fine, la seule “gauche” qui vaille, qu’on aime ou pas), les Valls, les Hollande, les Hidalgo, les Dray, les Delors… et j’en passe et des meilleures… (Mitterrand, n’en parlons pas, il n’est que d’UNE obédience : le mitterrandisme).
     
    – Le pire, ce ne sont pas les SD, mais les Communistes (issus du PC) qui avec Hue ont amené les choses au point où un archétype courant du PC aujourd’hui, c’est : Ian Brossat, une sorte de bobo freluquet qui doit faire plier de rire la Bourgeoisie. Ce sont bien entendu aussi les Trotskistes, c’dont auxquels le pauvre Léon doit se retourner dans sa tombe comme une toupie, s’il voyait ce qu’ils ont fait du fondateur de l’Armée Rouge ! (Brossat et l’inénarrable post ado Schiappa ont ça de commun : ils ont tous deux des papas trotskistes, et pour ce que j’en sais, d’authentiques marxistes : ils ont droit à toute notre compassion…) 
     
    – Les uns se sont transmutés tout naturellement en « macronistes », les autres tournent en rond en se mordant la queue (ce qui reste des débris du PS et du PC), et entre les deux, Mélenchon, perdu dans un rêve sans fin…
     
    – Mitterrand n’a jamais été de gauche, c’est un axiome. Mélenchon qui l’admire, ne serait ce que de ce fait, montre l’étendue du bug de son logiciel «doctrinal”. Et dire qu’il fut trotskiste ! Misère !… Mais relativisons : Mélenchon n’est pas entièrement mauvais (et peu d’hommes le sont, entièrement… ), puisque malgré tous ses défauts, il promet une refonte de la Constitution. Mais bon, qui peut assurer que cette future Constitution ne sera pas … mélenchonienne jusqu’au trognon… donc, comme son initiateur potentiel, flottante, floue, perdue dans un rêve sans fin…
     
    – Il est difficile d’en vouloir à un homme politique de droite : de fait, par définition, et au grand jour, donc avec une certaine « honnêteté », l’homme politique de droite défend avec conviction sa classe, la bourgeoisie. Mais les autres, ah les autres… Eux, ce sont des traîtres. Et qu’y a t il de pire que la trahison, surtout au détriment des « sans dents », comme Holande, dans l’intimité, les surnomme, avec un mépris qui ferait frémir même un banquier ! Comment s’étonner alors du mouvement des GJ, qui a rejeté totalement. tout ce qui de près ou de loin, était de “gauche” (ce mouvement n’a pas suivi pour autant massivement, le FN, mais on sait bien qu’une grosse partie votera FN à n’en pas douter).
     
    – Donc, « que reste t il de la gauche ? » … ben… rien. Faut s’y faire, serrer les fesses, et attendre l’avènement du pire (du point de vue d’un marxiste, cela va sans dire).
     
    Mais la vieille taupe creuse… creuse … Et au final, plus que jamais, comme le disait Rosa, ça sera le socialisme ou la barbarie. Amen.
     
    Ub-Hue : merci pour l’éclat de rire !….

    • Descartes dit :

      @ Sami

      [Ce qui reste de cette classe, par désespoir et “dégoûtage”, s’est réfugié corps et âme au sein faussement protecteur du FN (si le FN passe, ces mêmes prolétaires regretteront certainement Macron ou Hollande : ils sauront alors ce dont la bourgeoisie dans sa tendance extrême, est capable, sans états d’âme… mais passons).]

      Je pense que c’est une analyse un peu trop simpliste. Si le FN au pouvoir servirait les intérêts de la « bourgeoisie dans sa tendance extrême », comment expliquer que la bourgeoisie soit presque unanimement hostile au FN ? La bourgeoisie a soutenu les options d’extrême droite populiste – fascistes ou « national-socialistes » – nez parce qu’elle voyait dans ces courants l’antidote contre le communisme. Mais de là à conclure comme le font souvent les gauchistes que la vision de l’extrême droite emporte la préférence de la bourgeoisie, il y a un pas qu’il est imprudent de franchir.

      La bourgeoisie cherche d’abord l’ordre et la stabilité, parce que c’est là la condition nécessaire pour faire de bonnes affaires sur le long terme. Investir du capital dans un contexte où votre affaire est à la merci de l’arbitraire ou des convulsions politiques, ce n’est pas l’idéal. Dans les années 1930, elle a pensé qu’elle pouvait rétablir l’ordre et la stabilité avec des régimes totalitaires. Elle a compris, en 1945, que c’était trop cher. Qu’on pouvait obtenir le même résultat – et moins cher – en créant des systèmes de protection sociale généreux…

      [(…) qu’on a abouti à ces caricatures hideuses que sont, aux yeux d’un marxiste (le marxisme étant in fine, la seule “gauche” qui vaille, qu’on aime ou pas), les Valls, les Hollande, les Hidalgo, les Dray, les Delors… et j’en passe et des meilleures… (Mitterrand, n’en parlons pas, il n’est que d’UNE obédience : le mitterrandisme).]

      Je note qu’il manque à votre liste de méchants Jean-Luc Mélenchon. Pourtant, il en a fait au moins autant que Dray ou Delors à l’heure de dénaturer la gauche… souvenez-vous de son plaidoyer passionné pour le Traité de Maastricht.

      [– Mitterrand n’a jamais été de gauche, c’est un axiome. Mélenchon qui l’admire, ne serait ce que de ce fait, montre l’étendue du bug de son logiciel «doctrinal”. Et dire qu’il fut trotskiste ! Misère !… Mais relativisons : Mélenchon n’est pas entièrement mauvais (et peu d’hommes le sont, entièrement… ), puisque malgré tous ses défauts, il promet une refonte de la Constitution. Mais bon, qui peut assurer que cette future Constitution ne sera pas … mélenchonienne jusqu’au trognon… donc, comme son initiateur potentiel, flottante, floue, perdue dans un rêve sans fin…]

      Je trouve curieuse cette idée qu’un homme ne serait pas « entièrement mauvais » pour la seule cause qu’il « promet une refonte de la Constitution ». Vous notez vous-même qu’il n’est pas très explicite sur la nature de la « refonte » en question. Tout ce que nous savons grâce à ses interminables discours, c’est que sa vision constitutionnelle est d’institutions faibles : un exécutif qui se contente d’exécuter, un législatif soumis en permanence à la menace d’une « révocation » à la demande de n’importe quel groupe de pression capable de manipuler l’opinion. Autrement dit, un système qui a le moteur d’une deux-chevaux, et les freins d’une Rolls-Royce. Je ne vois rien de « bon » dans ce projet.

      [– Il est difficile d’en vouloir à un homme politique de droite : de fait, par définition, et au grand jour, donc avec une certaine « honnêteté », l’homme politique de droite défend avec conviction sa classe, la bourgeoisie.]

      Là aussi, il faut se poser des questions. Nous avons été éduqués dans l’idée que par définitions la droite défend les intérêts de la bourgeoisie et la gauche ceux du prolétariat. Mais si l’on observe expérimentalement que ce qu’on appelle « la gauche » ne défend depuis bien longtemps les intérêts des couches populaires, ne faudrait-il pas se poser des questions sur notre vision de ce qu’on appelle « la droite » ?

      [Mais les autres, ah les autres… Eux, ce sont des traîtres. Et qu’y a t il de pire que la trahison, surtout au détriment des « sans dents », comme Holande, dans l’intimité, les surnomme, avec un mépris qui ferait frémir même un banquier !]

      Soyons justes : nous n’avons qu’un seul témoin pour affirmer que Hollande a utilisé cette expression, et ce témoignage est celui d’une femme délaissée qui le raconte dans un livre écrit dans un but clairement vindicatif. Aucun autre témoignage ne vient confirmer cette accusation. Il ne me semble donc pas prudent de la retenir comme un fait…

      • Sami dit :

        [Si le FN au pouvoir servirait les intérêts de la « bourgeoisie dans sa tendance extrême », comment expliquer que la bourgeoisie soit presque unanimement hostile au FN ?]
         
        La bourgeoisie considérait le FN (à partir de Mitterrand environ) comme une variable d’ajustement, un élément propice aux combinaziones électorales, tout en le tenant en laisse grâce au fameux plafond de verre/vote républicain. Mais la situation a changé. Les idées du FN, de fait, saturent actuellement l’espace médiatique sans plus aucune (fausse) pudeur ni retenue (qu’on les approuve ou pas est une autre affaire) ; et devinez qui détient justement l’espace médiatique, si ce ne sont quelques patrons emblématiques au plus haut niveau de l’actuelle bourgeoisie ?… 
        Pour certaines et multiples raisons, qui se résument à mon avis, en une peur existentielle qui tenaille le prolétariat ainsi que la petite bourgeoisie (on dit « classes intermédiaires », je crois, maintenant…), peur due in fine à la fuite en avant vers le mur, d’un capitalisme devenu fou (globalisation, croissance exponentielle, déplacements massifs de populations principalement à cause de guerres impérialistes absurdes, destruction des identités nationales, des acquis sociaux, et j’en passe et des meilleures…), à la suite donc de ce chaos en pleine maturation, provoqué en premier lieu par le capitalisme lui-même, il s’agit de rassurer ces populations terrorisées avant qu’elles ne basculent et deviennent incontrôlables. Il s’agit de stabiliser la situation (la bourgeoisie comme vous le dites très justement, aime la stabilité…), et il se fait que le FN qui était jusqu’ici en réserve de la repub… pardon… de la bourgeoisie, devient un très bon candidat pour une période de recentrage, de stabilisation, par le mensonge presque systématiquement, et par la brutalité si nécessaire (parler de guerre civile – nécessairement sanglante – maintenant ne choque personne, et on sait parfaitement en quoi elle consisterait ).
        Si je suis d’accord avec vous sur les causes de la montée en puissance du parti nazi Allemand aidé par la bourgeoisie pour empêcher le « pire » à ses yeux, (l’avènement d’une révolution marxiste dans le pays le plus industrialisé et le plus évolué d’Europe alors), aujourd’hui il ne s’agit plus de bloquer la dynamique d’un PC quelconque (le communisme étant en phase terminale sans l’aide de personne), mais paradoxalement, donc, de faire face à ce qui risque fortement d’advenir du fait même de l’action d’une bourgeoisie devenue transnationale ! Le serpent qui se mord la queue, tragiquement, en quelque sorte : la bourgeoisie : « Rien ne peut ni ne doit m’empêcher de rechercher du profit, à n’importe quel prix, quitte à tout détruire, planète et sociétés, mais je dois trouver le moyen d’empêcher les gueux de se révolter… » (oui, je simplifie, mais l’idée est là…). D’où donc, la nouvelle mission du parti d’extrême droite du moment, le FN en l’occurrence, en France (je précise tout de même que le FN n’est pas un parti fasciste, même si sa matrice originelle, l’OAS, l’était. C’est, disons… un parti bourgeois populiste… ).
        Je précise aussi que le capitalisme de papa, sagement tenu en laisse à l’intérieur des frontières nationales, prôné par le FN, faut arrêter de rêver : le capitalisme est in-réformable. C’est dans ses gènes d’aller droit dans le mur, et il le démontre tout seul comme un grand, chaque jour qui passe ; on ne peut changer de gènes.
         
        [Je note qu’il manque à votre liste de méchants Jean-Luc Mélenchon]
         
        La liste est longue, et j’aurais pu y placer Mélenchon sans problème. S’il a pu créer, malgré ses casseroles passées, un semblant d’espoir de renaissance de la gauche, lors des dernières élections, ce ne fut au final qu’un feu de brousse, et ses casseroles (ah les gènes !…) se sont imposées de nouveau, encore plus bruyantes qu’avant. Il suffit de constater à quel point les prolétaires ou les classes actuellement en souffrance (d’une manière générale), ne le suivent pas, et se détournent de lui. Malheureusement, c’est en général pour se jeter dans la gueule du loup FN (on verra vraiment à la prochaine élection comment tout cela sera précisément comptabilisé). 
         
        [Mais si l’on observe expérimentalement que ce qu’on appelle « la gauche » ne défend depuis bien longtemps les intérêts des couches populaires, ne faudrait-il pas se poser des questions sur notre vision de ce qu’on appelle « la droite » ?]
         
        Mais je suis d’accord avec vous sur la première assertion. Pour la suite, j’ai, pour ma part, tout simplement déplacé le curseur : Tout ce qui ne remet pas en cause le système capitaliste, est de droite. Voilà ! C’est radical, mais franchement, je n’ai pas trouvé mieux pour cesser avec ce flou incroyable qui nous empêche de voir la réalité (“Mal nommer un objet ajoute au malheur de ce monde”. A. Camus) (par exemple, tout le monde se lamente sur la planète qui va griller, mais personne (parmi les partis qui ont une envergure électorale), pas même le « gauchiste » Mélenchon, ne parle de changer radicalement de système politico économique, c’est à dire, en premier lieu, jeter le capitalisme à la poubelle (et je sais parfaitement que ce n’est pas facile !!!!) : encore une fois, il n’y a rien à réformer dans ce système, qui a certes apporté sa part d’évolution dans l’histoire humaine, mais qui est en train d’atteindre son niveau d’incompétence, comme on dit..
        J’ai bien entendu conscience de la « radicalité » de mes propos (on est marxiste ou on ne l’est pas). Et cela dit, je ne prétends pas que vivre sous la droite, soit systématiquement une « horreur » ! Loin de là !
        Il n’y a en lice, actuellement (à part les groupuscules dits « trotskistes »), que des partis de droite, plus ou moins sociaux, plus ou moins radicaux, etc… (et pourquoi pas !).
        Le problème de la droite (la bourgeoisie donc), encore une fois, c’est qu’elle ne peut plus contrôler le système sur lequel elle a toujours surfé et qui est sa matrice originelle : le cheval est devenu fou (comme prévu d’ailleurs…).
        Quant à la révolution, on le sait bien : lorsqu’elle décidera d’advenir, suivant en cela son déterminisme historique, elle adviendra, pour le meilleur (socialisme) ou le pire (la barbarie). Bon, en attendant, ça va, on continue à vivre, et sauf catastrophe, l’apocalypse est pour après demain !…
         
        [nous n’avons qu’un seul témoin pour affirmer que Hollande a utilisé cette expression]
         
        Je vous l’accorde. Mais bon, on a aussi « mon ennemi est la finance », on a l’aplatissement totale devant l’impérialisme US, on a … ah oui ! on a quand même Macron, lancé comme un missile stratosphérique par Hollande ! Ça remplace bien la malheureuse expression sortie d’un cabinet dentaire cauchemardesque !  
        Merci encore pour ces débats passionnants.
         
         

        • Descartes dit :

          @ Sami

          [La bourgeoisie considérait le FN (à partir de Mitterrand environ) comme une variable d’ajustement, un élément propice aux combinaziones électorales, tout en le tenant en laisse grâce au fameux plafond de verre/vote républicain.]

          Attendez, attendez… le FN fut surtout un élément propice aux « combinaziones » électorales de François Mitterrand, puisqu’il servait surtout à diviser la droite. Si je suis votre raisonnement, je dois conclure que la bourgeoisie voulait maintenir « la gauche » socialiste au pouvoir, plutôt que de voir Chirac, Pasqua, Madelin et compagnie accéder aux manettes. J’ai bien compris ?

          [Mais la situation a changé. Les idées du FN, de fait, saturent actuellement l’espace médiatique sans plus aucune (fausse) pudeur ni retenue (qu’on les approuve ou pas est une autre affaire) ; et devinez qui détient justement l’espace médiatique, si ce ne sont quelques patrons emblématiques au plus haut niveau de l’actuelle bourgeoisie ?…]

          Excusez-moi, mais j’ai du mal à voir les médias « saturés des idées du FN ». Ecoutez France-Inter, par exemple, première radio de France : vous avez droit au discours du conformisme écolo-bobo-diversitaire matin, midi et soir. Lisez « Le Monde », vous aurez droit lundi à une tribune « contre l’islamophobie », le mardi à une tribune féministe de genre, le mercredi une tribune contre la célébration de Napoléon… franchement, « les idées du FN », il faut bien les chercher…

          [Pour certaines et multiples raisons, qui se résument à mon avis, en une peur existentielle qui tenaille le prolétariat ainsi que la petite bourgeoisie (on dit « classes intermédiaires », je crois, maintenant…), peur due in fine à la fuite en avant vers le mur, d’un capitalisme devenu fou (globalisation, croissance exponentielle, déplacements massifs de populations principalement à cause de guerres impérialistes absurdes, destruction des identités nationales, des acquis sociaux, et j’en passe et des meilleures…), à la suite donc de ce chaos en pleine maturation, provoqué en premier lieu par le capitalisme lui-même, il s’agit de rassurer ces populations terrorisées avant qu’elles ne basculent et deviennent incontrôlables. Il s’agit de stabiliser la situation (la bourgeoisie comme vous le dites très justement, aime la stabilité…), et il se fait que le FN qui était jusqu’ici en réserve de la repub… pardon… de la bourgeoisie, devient un très bon candidat pour une période de recentrage, de stabilisation, par le mensonge presque systématiquement, et par la brutalité si nécessaire (parler de guerre civile – nécessairement sanglante – maintenant ne choque personne, et on sait parfaitement en quoi elle consisterait ).]

          On a beaucoup de mal à comprendre la logique de ce raisonnement. Il est évident pour quiconque observe la vie politique française que le « bloc dominant » en général et la bourgeoisie en particulier ont tout fait pour EMPECHER le FN d’arriver au pouvoir. Et pas seulement par l’utilisation de leur pouvoir médiatique. La bourgeoisie a même utilisé l’arme économique : aujourd’hui le FN est pratiquement en faillite, et aucune banque n’accepte de lui prêter ni même d’abriter ses comptes.

          Maintenant, comment cela s’accorde avec votre idée selon laquelle le FN serait « en réserve de la bourgeoisie », et « devient un très bon candidat pour une période de stabilisation » ? Comment expliquez-vous que la bourgeoisie, cette même bourgeoisie qui a fait en son temps bénéficier de ses largesses Hitler, Mussolini ou plus récemment Jean-Marie Le Pen, refuse depuis quelques années toute aide financière au FN ?

          [Mais je suis d’accord avec vous sur la première assertion. Pour la suite, j’ai, pour ma part, tout simplement déplacé le curseur : Tout ce qui ne remet pas en cause le système capitaliste, est de droite. Voilà ! C’est radical, mais franchement, je n’ai pas trouvé mieux pour cesser avec ce flou incroyable qui nous empêche de voir la réalité (“Mal nommer un objet ajoute au malheur de ce monde”. A. Camus)]

          Avec ce critère, la catégorie « gauche » n’a plus beaucoup d’intérêt. C’est presque une catégorie vide…

          • Sami dit :

            le FN fut surtout un élément propice aux « combinaziones » électorales de François Mitterrand, puisqu’il servait surtout à diviser la droite. Si je suis votre raisonnement, je dois conclure que la bourgeoisie voulait maintenir « la gauche » socialiste au pouvoir, plutôt que de voir Chirac, Pasqua, Madelin et compagnie accéder aux manettes. J’ai bien compris ?
             
            Pas tout à fait (désolé si je ne suis pas assez clair) : si vous tenez compte de ce que je dis plus bas, à propos de là où je place le curseur pour désigner ce qui est de droite et ce qui est de gauche, vous comprendriez alors que je classe Mitterrand à droite (c’est un point de vue comme un autre). Je comprends que cela puisse sembler farfelu et à contre courant. Mais j’ai précisé ma pensée : on ne peut se dire de gauche si on admet le capitalisme et si on nie la lutte des classes (en gros). Le PS n’est de gauche que par la magie des mots (propagande). La sociale démocratie est clairement une entité de droite, cela a été moult fois explicité. On pourrait me rétorquer que c’est bien extraordinaire qu’on ne s’en soit jamais rendu compte avant ! Ca se discute : depuis bien longtemps, dans la sphère marxiste, on connaît la véritable nature de la sociale démocratie : donc, en vérité, rien de nouveau sous le soleil. 
            Ici même, il me semble, vous rappeliez que jamais un gouvernement de droite n’a autant privatisé que celui censé être de gauche, de Jospin. Il arrive donc un moment où il faut appeler un chat un chat : la sociale démocratie est une manière de droite. Et Macron, issu d’un gouvernement dit de gauche, l’a brillamment démontré pour ceux qui en doutaient encore. Partant de là, quand Mitterrand instrumentalise le FN, il s’agit simplement, au-delà des arcanes de la politique politicienne, de conflit entre des branches diverses d’un même tronc : la droite. Attention, je ne dis pas que des forces obscures manipulent le suffrage universel, mais disons qu’on se débrouille toujours pour que, au moins, n’importe qui ne soit pas élu (Fillon explosé en vol, Trump le grain de sable imprévu, …).(et la droite n’est pas QUE réactionnaire et cruelle : quand on la combat sérieusement, on obtient d’elle des concessions sociales tout à fait significatives ; mais qu’elle s’empresse dès qu’elle peut, de remettre en question, selon d’où souffle le vent social) (mais vous savez cela bien mieux que moi, j’imagine).
             
            Excusez-moi, mais j’ai du mal à voir les médias « saturés des idées du FN ».
             
            Affaire de perception subjective, peut-être. J’écoute souvent les chaînes “super main stream” qui font massivement, en ce moment, l’opinion : C News, LCI, BFM… qui sont bien plus influentes que France Inter ou de ce qui reste du Monde ou de l’Obs. Sans oublier le Figaro, le Point, l’Express, etc. en renfort. J’ai la nette impression donc que les idées du FN se propagent portées par les media appartenant à des grands patrons du capitalisme Français, avec une grande force de frappe. Et si les bobos de France Inter se moquent bien imprudemment et naïvement du FN (que restera-t-il d’eux, si le FN arrive au pouvoir…), au fond, ils ne sont eux-mêmes qu’une variante du grand courant de droite divers et varié : chez France Inter, tous les jours, Dominique Seux nous administre son catéchisme néolibéral (sauf le vendredi, où on invite à nouveau un économiste relativement modéré, mais même vendredi, Seux est encore là !). Léa Salamé et Cie s’occupent de nous expliquer que les Démocrates US sont de grands humanistes, etc etc. Bref, encore une fois, si dans certains média, le FN sent encore un peu mauvais, on reste tout de même en famille, droite modérée (mollement) contre droite radicale. Mais il me semble vraiment que presque partout, la philosophie FN est devenue courante. 
             
            Il est évident pour quiconque observe la vie politique française que le « bloc dominant » en général et la bourgeoisie en particulier ont tout fait pour EMPECHER le FN d’arriver au pouvoir. Et pas seulement par l’utilisation de leur pouvoir médiatique. La bourgeoisie a même utilisé l’arme économique : aujourd’hui le FN est pratiquement en faillite, et aucune banque n’accepte de lui prêter ni même d’abriter ses comptes.
             
            Oui, mais je vous l’ai dit aussi : la situation change, et très vite. Quand la bourgeoisie bloquait un FN en pleine dynamique, en interdisant son financement, elle misait alors à fond sur l’étalon Macron. Puis, il y a eu les GJ, à mon sens un signal puissant d’un danger possible (voir la répression, de mon point de vue brutale, contre ce mouvement). Et d’autres choses encore… Le capitalisme, au final, avec toutes ses actions et leurs (in)conséquences sinistres, a fini vite et soudain par semer une grande forme d’insécurité existentielle. Et c’est comme ça que le vent a soudain, vite tourné. 
            Alors on verra. On verra si cette dynamique qui fait que, plus que jamais, le FN est proche du pouvoir, sera poussée jusqu’au bout, ou bien si, voyant une « remontada » de Macron (ou je ne sais quoi d’autre, comme par exemple « Edouard Philippe le Retour »), à la faveur par exemple d’une bonne sortie positive de la crise sanitaire, fera qu’on renverra soudain le FN aux oubliettes. On verra. Personne ne peut prédire ce qui se passera dans moins d’un an, tant les choses sont changeantes et instables. Mais, à mon humble avis, la bourgeoisie n’hésitera pas une seconde à tout miser sur le FN au dernier moment, si la situation s’effondre. Bolloré par exemple, n’hésitera pas à mettre la main à la poche, si nécessaire. A suivre.
             
            Avec ce critère, la catégorie « gauche » n’a plus beaucoup d’intérêt. C’est presque une catégorie vide…
             
            Voilà. Mais la vie continue, hein… On fera avec la droite, diverse et variée. C’est dommage pour un meilleur exercice de la démocratie, mais bon, le peuple en a décidé ainsi, en ce moment de son Histoire.
            N’oublions pas que le pays Occidental le plus puissant, a démontré qu’on peut vivre avec un seul parti : les frères Siamois Démocrates/Républicains, tous deux, entité en vérité unique, totalement de droite, même si parfois, ils s’étripent allègrement. Et ça fonctionne.
             

            • Descartes dit :

              @ Sami

              [« le FN fut surtout un élément propice aux « combinaziones » électorales de François Mitterrand, puisqu’il servait surtout à diviser la droite. Si je suis votre raisonnement, je dois conclure que la bourgeoisie voulait maintenir « la gauche » socialiste au pouvoir, plutôt que de voir Chirac, Pasqua, Madelin et compagnie accéder aux manettes. J’ai bien compris ? » Pas tout à fait (désolé si je ne suis pas assez clair) : si vous tenez compte de ce que je dis plus bas, à propos de là où je place le curseur pour désigner ce qui est de droite et ce qui est de gauche, vous comprendriez alors que je classe Mitterrand à droite (c’est un point de vue comme un autre).]

              Admettons. Mais cela ne répond pas à ma question. Pensez-vous que dans les années 1980 la bourgeoisie préférait garder au pouvoir Mitterrand et les socialistes plutôt que d’y mettre Chirac, Pasqua ou Madelin ? Parce que la réalité est que le FN a servi à faire réélire Mitterrand. Si vous admettez que le FN est l’instrument de la bourgeoisie, vous devrez admettre que c’est le résultat que la bourgeoisie voulait. Et cela indépendamment de l’endroit ou vous placez la ligne « gauche/droite ». Pensez-vous que ce soit raisonnable ?

              [Mais j’ai précisé ma pensée : on ne peut se dire de gauche si on admet le capitalisme et si on nie la lutte des classes (en gros). Le PS n’est de gauche que par la magie des mots (propagande).]

              D’abord, j’attire votre attention sur le fait qu’il y a beaucoup de gens tout à fait attachés au capitalisme et qui loin de « nier » la lutte des classes la reconnaissent. Pensez à la formule devenue célèbre de Warren Buffet. Le marxisme a depuis longtemps cessé d’être l’apanage de la « gauche », et beaucoup de penseurs « de droite » – notamment en économie – ont repris l’analyse marxiste du capitalisme.

              Ensuite, je ne comprends pas très bien ce que « admettre le capitalisme » veut dire. Le capitalisme est une REALITE. Ne pas « l’admettre » implique vivre dans un monde de rêve.

              Mais surtout, je vous rappelle qu’il n’est pas utile de définir une catégorie qui ne sert à rien. Si vous définissez « la gauche » comme regroupant exclusivement un petit nombre de groupuscules gauchistes, en quoi ce concept vous sert à analyser le réel ? En fait, il ne sert qu’à créer de la confusion, puisque ce que vous appelez « gauche » n’a aucune filiation avec ce que fut « la gauche » au XVIIIème ou au XIXème siècles…

              [Ici même, il me semble, vous rappeliez que jamais un gouvernement de droite n’a autant privatisé que celui censé être de gauche, de Jospin. Il arrive donc un moment où il faut appeler un chat un chat : la sociale démocratie est une manière de droite.]

              C’est là où nous différons : on est d’accord pour dire que les gouvernements soi-disant « de gauche » ont fait des politiques identiques à ceux de la droite, mais on tire des conclusions inverses : vous en déduisez que ces gouvernements n’étaient pas vraiment « de gauche », moi je tire la conclusion que « la gauche » n’a pas ce que l’on croit habituellement…

              [« Excusez-moi, mais j’ai du mal à voir les médias « saturés des idées du FN ». » Affaire de perception subjective, peut-être. J’écoute souvent les chaînes “super main stream” qui font massivement, en ce moment, l’opinion : C News, LCI, BFM… qui sont bien plus influentes que France Inter ou de ce qui reste du Monde ou de l’Obs.]

              Franchement, l’influence de CNews, LCI ou BFM me paraît infiniment inférieure à celle du « Monde » ou de France-Inter. Il est vrai que les premières ont bien plus d’audience que les seconds. Mais les seconds parlent à ceux qui ont le pouvoir…

              [Sans oublier le Figaro, le Point, l’Express, etc. en renfort. J’ai la nette impression donc que les idées du FN se propagent portées par les media appartenant à des grands patrons du capitalisme Français, avec une grande force de frappe.]

              Mais c’est quoi, ces « idées » dont vous parlez ? La sécurité dans les quartiers, le contrôle de l’immigration, tout ça vous le trouverez dans le discours du PCF des années 1970. Alors peut-on vraiment parler des « idées du FN » à ce propos ? La théorie de la « lépénisation des esprits » m’a toujours paru particulièrement suspecte… je pense que c’est plutôt l’inverse : c’est le FN qui a récupéré un certain nombre d’idées très partagées dans les classes populaires et qui étaient jusqu’à il n’y a pas si longtemps portées par les partis ouvriers.

              [Oui, mais je vous l’ai dit aussi : la situation change, et très vite. Quand la bourgeoisie bloquait un FN en pleine dynamique, en interdisant son financement, elle misait alors à fond sur l’étalon Macron. Puis, il y a eu les GJ, à mon sens un signal puissant d’un danger possible (voir la répression, de mon point de vue brutale, contre ce mouvement).]

              « Répression brutale » ? Vous ne savez pas de quoi vous parlez. Brutale était la répression de 1947, quand on a fait tirer contre les grévistes à balles réelles, ou celle de Charonne. Il faut garder un minimum de sens de la proportion. Si le capitalisme craignait vraiment pour son avenir, ce n’est pas des balles de caoutchouc qu’on aurait tiré sur les Gilets Jaunes.

              [Alors on verra. On verra si cette dynamique qui fait que, plus que jamais, le FN est proche du pouvoir, sera poussée jusqu’au bout, ou bien si, voyant une « remontada » de Macron (ou je ne sais quoi d’autre, comme par exemple « Edouard Philippe le Retour »), à la faveur par exemple d’une bonne sortie positive de la crise sanitaire, fera qu’on renverra soudain le FN aux oubliettes.]

              En tout cas, on ne constate pas du tout un retournement de la bourgeoisie vis-à-vis du RN. On ne voit pas les bourgeois faire des gros chèques, les banques se précipitant pour financer sa campagne électorale. Il me semble difficile de contester qu’aujourd’hui MLP n’est pas la candidate de la bourgeoisie. Ce qui devrait conduire ceux qui se disent marxistes à remettre sérieusement en question la théorie manichéenne du « bloc contre bloc ».

              [On verra. Personne ne peut prédire ce qui se passera dans moins d’un an, tant les choses sont changeantes et instables. Mais, à mon humble avis, la bourgeoisie n’hésitera pas une seconde à tout miser sur le FN au dernier moment, si la situation s’effondre. Bolloré par exemple, n’hésitera pas à mettre la main à la poche, si nécessaire.]

              Si vous regardez l’histoire, vous noterez qu’il est difficile de trouver un exemple qui justifie ces vaticinations. Chaque fois que la bourgeoisie a soutenu des mouvements d’extrême droite, ce fut devant le danger venant d’une classe ouvrière puissamment organisée pouvant jouer sur un rapport de forces favorable et pouvant compter sur le soutien des « classes intermédiaires ». Nous sommes aujourd’hui au contraire dans une situation où la classe ouvrière dans les pays avancés est isolée dans un rapport de forces qui lui est massivement défavorable. En quoi la bourgeoisie est menacée aujourd’hui ?

              C’est sur cette constatation que se fracassent toutes les théories sur la “fascisation” de notre société. La dernière chose que la bourgeoisie veut aujourd’hui est un “fascisme”, justement.

    • Claustaire dit :

      Sami, sur vos échanges avec notre hôte sur la notion de gauche/droite (plus haut, j’ai moi aussi tenté de réfléchir à ces notions) : vous dites (un peu comme Mitterrand d’ailleurs -!-, pour lequel “sans la rupture avec le capitalisme, on ne pouvait pas adhérer au PS” , lors du congrès fondateur du PS 1973) qu’être “de gauche” implique de vouloir rompre, systémiquement, avec le capitalisme. 
       
      Le discours anticapitaliste est un incontournable pour qui se prétend de la “vraie gauche”, et cela lui sera aisé aussi longtemps qu’elle n’aura pas à gouverner : on a vu à quelles extrémités néolibérales Mitterrand a conduit le pays avec sa promesse de “rupture avec le capitalisme”…
       
      Hélas, vouloir “rompre avec le capitalisme” reviendrait à vouloir rompre avec le réel et ce que les gens vivent au quotidien de leurs échanges commerciaux, financiers, salariaux voire d’assistance mutuelle (où chacun tout en se déclarant soucieux de l’intérêt général vise toujours à ce que les siens ne soient prioritairement pas oubliés).
      Une gauche qui se définirait par le radicalisme de son “anticapitalisme” ne peut, hélas, que :1 soit trahir l’essentiel de ses promesses, ce que fait la social-démocratie depuis toujours (mais sans les trahir toutes, sinon nous ne vivrions plus en social-démocratie), 2 soit être radicalement rejetée par les gens réels et finir très minoritaire lors des consultations électorales.

      • Descartes dit :

        @ Claustaire

        [Le discours anticapitaliste est un incontournable pour qui se prétend de la “vraie gauche”,]

        Ce qui pose un problème intéressant : une telle position exclut de « la gauche » historique les révolutionnaires de 1789 – qui étaient dans leur grande majorité impregnés des idées libérales qui ouvraient la voie à la prise du pouvoir par la bourgeoisie et l’instauration d’une économie capitaliste – ou les dreyfusards qui pour la plupart étaient eux aussi des libéraux. Si vous faites de l’anticapitalisme un critère pour désigner « la gauche », il vous sera difficile de trouver une « gauche » avant le milieu du XIXème siècle, et encore…

        [Hélas, vouloir “rompre avec le capitalisme” reviendrait à vouloir rompre avec le réel et ce que les gens vivent au quotidien de leurs échanges commerciaux, financiers, salariaux voire d’assistance mutuelle (où chacun tout en se déclarant soucieux de l’intérêt général vise toujours à ce que les siens ne soient prioritairement pas oubliés).]

        Là, vous poussez trop loin dans l’autre sens. On peut parfaitement vouloir « rompre avec le capitalisme » tout en reconnaissant que les conditions objectives et subjectives d’une telle rupture ne sont pas aujourd’hui réunies. C’est un peu la position des communistes en France depuis la fin des années 1930, et c’est la mienne.

        • Claustaire dit :

          Je pensais qu’il était clair que le discours anticapitaliste de la “vraie gauche” est celui de Sami, que j’interpellais.
           
          Quant au communiste qui veut “rompre avec le capitalisme” et le social-démocrate qui serait déjà heureux de pouvoir le “réformer” ou mettre un peu d’humain avant le Grand lendemain, c’est effectivement un des clivages qui n’a pas fini de diviser la gauche depuis 1930. Ce qu’il explique qu’elle en soit où elle en est.
           
          Pour ma part, en attendant la fin des temps ou de l’Histoire qui nous réglera tous notre compte, tout est question de curseur dans la quête (fût-elle un peu celle du graal) vers le maximum de justice sociale et de démocratie la plus participative possible à tous les niveaux impliqués.

          • Descartes dit :

            @ Claustaire

            [Quant au communiste qui veut “rompre avec le capitalisme” et le social-démocrate qui serait déjà heureux de pouvoir le “réformer” ou mettre un peu d’humain avant le Grand lendemain, c’est effectivement un des clivages qui n’a pas fini de diviser la gauche depuis 1930. Ce qu’il explique qu’elle en soit où elle en est.]

            Je pense que vous faites ici une lecture fort bienveillante de la social-démocratie. Le social-démocrate n’est pas « heureux de pouvoir réformer ou mettre un peu d’humain AVANT le Grand Lendemain ». Le social-démocrate ne conçoit pas la réforme EN ATTENDANT le « grand soir » (ça, ce serait plutôt le choix des partis communistes « staliniens ») mais A LA PLACE du « grand soir ». Le but des sociaux-démocrates n’est pas d’améliorer le sort de la classe ouvrière en attendant la révolution, mais au contraire de l’éviter. Et c’est pourquoi on peut se demander s’ils ne servent pas d’instrument au bloc dominant pour effacer toute velléité révolutionnaire de l’agenda…

            [Pour ma part, en attendant la fin des temps ou de l’Histoire qui nous réglera tous notre compte, tout est question de curseur dans la quête (fût-elle un peu celle du graal) vers le maximum de justice sociale et de démocratie la plus participative possible à tous les niveaux impliqués.]

            Chacun se choisit ses objectifs. Personnellement, je trouve que faire de « la démocratie la plus participative » un objectif en soi n’a pas de sens.

  5. Luc dit :

    Une fois de plus , cher Descartes , vous avez visé juste.
    Rassurez vous je n’ai pas à juger de la qualité de votre texte ,littérairement , pour moi,ce texte est extra !
    Surtout du point de vue du calendrier électoral où il est pertinent au vu de l’actualité pré présidentielle.
    Aujourd’hui,outre le personnel politique ex-PS/Eelv/Lr du gouvernement Castex , le slogan de Macron’
    Quoi qu’il en coûte’ est collectiviste et m’a ravi.
    D’ailleurs,l’éventualité d’une candidature d’Edouard Philippe est posée dans la Presse ce qui positionne
    mécaniquement Macron  à gauche de l’échiquier politique.
    Cette pourrait se faire contre Macron s’il persiste dans la politique de gauche collectiviste qu’il affiche ‘celle
    du quoi qu’il en coûte’ depuis un an,non?
    Est ce réellement hasard si Edouard Philippe sort de sa retraite,maintenant ? Bien sûr que non.
    Il faut rassurer les LR.
    Les électeurs LR ne sont ils pas déboussolés par l’oubli du déficit public,les allocations qui tombent partout
    et le discours de protection tenu par Macron,qui dit on pourrait faire entrer Croizat au panthéon pour se
    positionner encore plus à gauche symboliquement,lui dont la grand mère a voté Jacques Duclos ?
    Avons nous oublié le grand débat public suite aux gilets jaunes organisé par le gouvernement en 2919.
    Deux millions de contributeurs y ont laissé leurs remarques dont moi qui me suis inspiré de vous Descartes!
    Or dans la politique mise en oeuvre contre le séparatisme, l’islamo-gauchisme, la lutte contre la
    covid,l’hommage à Samuel Paty,l’action de Blanquer et Schiappa,j’y reconnais nombre des doléances écrites
    en 2019.M’aurait on lu en Hauts lieux?
    Tout ça plus la souplesse et l’intelligence de Macron me font penser que Oui,Macron peut être un candidat
    qui recueillerait des voix de gauche surtout si Edourd Philippe(très à droite) se présente,non ? 

    • Descartes dit :

      @ Luc

      [D’ailleurs, l’éventualité d’une candidature d’Edouard Philippe est posée dans la Presse ce qui positionne mécaniquement Macron à gauche de l’échiquier politique.]

      La presse n’a pas grande chose à se mettre sous la dent en ce moment, et a donc tendance à dramatiser et à gonfler d’éventuelles candidatures. On a du mal à imaginer Philippe se présentant alors que Macron est candidat. Cela l’obligerait à un jeu d’équilibrisme qu’il ne peut que perdre : soit il critique le bilan du président et il paraîtra déloyal, soit il vante son bilan et on se demandera alors pourquoi il se présente.

      [Cette pourrait se faire contre Macron s’il persiste dans la politique de gauche collectiviste qu’il affiche, celle du quoi qu’il en coûte’ depuis un an, non ?]

      Je ne vois pas en quoi la politique « quoi qu’il en coute » serait « de gauche ». Pour moi, on est en train de donner des tonnes d’argent aux entreprises sans leur demander la moindre contrepartie. Alors que l’Etat pourrait transformer cet argent en participations publiques, il a choisi de donner sans recevoir rien en échange. C’est le bon vieux « privatiser les bénéfices et socialiser les pertes » dans toute sa splendeur…

      [Est-ce réellement hasard si Edouard Philippe sort de sa retraite, maintenant ? Bien sûr que non.
      Il faut rassurer les LR. Les électeurs LR ne sont-ils pas déboussolés par l’oubli du déficit public, les allocations qui tombent partout et le discours de protection tenu par Macron, qui dit on pourrait faire entrer Croizat au panthéon pour se positionner encore plus à gauche symboliquement, lui dont la grand-mère a voté Jacques Duclos ?]

      Avec des « si »… Macron n’a pas encore fait entrer Croizat au Panthéon, et je ne pense pas que ce soit pour demain. Et je pense que si Philippe sort de sa retraite, c’est surtout pour se positionner en tant qu’homme d’influence et « faiseur de roi » plutôt qu’en pensant à une éventuelle candidature, sauf bien entendu dans l’hypothèse où Macron jetterai l’éponge à la manière de Hollande…

      [Avons-nous oublié le grand débat public suite aux gilets jaunes organisé par le gouvernement en 2019. Deux millions de contributeurs y ont laissé leurs remarques dont moi qui me suis inspiré de vous Descartes! Or dans la politique mise en œuvre contre le séparatisme, l’islamo-gauchisme, la lutte contre la covid, l’hommage à Samuel Paty, l’action de Blanquer et Schiappa, j’y reconnais nombre des doléances écrites en 2019.M’aurait-on lu en Hauts lieux?]

      Je ne pense pas. Les contributions du « grand débat » de 1019 ont été exploitées par un logiciel informatique. Personne ne les a lues, en fait. Mais je ne suis pas étonné de votre réaction. Même sans « grand débat », les questions que vous avez posées sont dans l’air. Pas besoin de « grand débat », suffit de suivre un peu l’actualité et les études d’opinion pour s’en rendre compte. Cela étant dit, une chose est de comprendre les bonnes questions, et une autre de trouver les bonnes réponses. La lutte contre les séparatismes a été pour une large part réduite à des mesures symboliques, dans la lutte contre le covid on a complètement démissionné face à l’incompétence de l’UE, l’action de Blanquer se fait plus contre l’avis de Macron qu’avec son soutien, et l’action de Schiappa dépasse l’entendement…

      [Tout ça plus la souplesse et l’intelligence de Macron me font penser que Oui, Macron peut être un candidat qui recueillerait des voix de gauche surtout si Edourd Philippe(très à droite) se présente,non ?]

      Macron avait déjà recueilli une large portion des voix de « la gauche » en 2017. C’était bien le point de mon article : une partie importante de « la gauche » voit ses intérêts tout à fait pris en compte par le macronisme….

      • CVT dit :

        @Descartes

        [Je ne vois pas en quoi la politique « quoi qu’il en coute » serait « de gauche ». Pour moi, on est en train de donner des tonnes d’argent aux entreprises sans leur demander la moindre contrepartie. Alors que l’Etat pourrait transformer cet argent en participations publiques, il a choisi de donner sans recevoir rien en échange. C’est le bon vieux « privatiser les bénéfices et socialiser les pertes » dans toute sa splendeur…]

         
        Je vous trouve bien mauvaise langue, cher camarade😬: seriez-vous en train de dire que le capitalisme, à savoir la collectivisation des pertes et la confiscation des bénéfices, n’est finalement qu’un socialisme pour les riches 😈?
         
        Effectivement, il est bizarre, pour ne pas dire scandaleux, que le rôle assuranciel de l’Etat soit INCONDITIONNEL, là où les aides financières de l’UE sont toujours CONDITIONNEES à des spoliations “réformes” structurelles, sachant qu’en plus les statuts de l’UE interdisent en pratique toute nationalisation…
        A propos de l’UE, pour paraphraser Francis Blanche, il ne suffit pas d’être inutile, encore faut-il qu’elle soit odieuse… 

        • Descartes dit :

          @ CVT

          [Effectivement, il est bizarre, pour ne pas dire scandaleux, que le rôle assuranciel de l’Etat soit INCONDITIONNEL, là où les aides financières de l’UE sont toujours CONDITIONNEES à des spoliations “réformes” structurelles, sachant qu’en plus les statuts de l’UE interdisent en pratique toute nationalisation…]

          C’était bien mon point. Que l’Etat utilise l’argent de nos impôts pour empêcher le tissu économique de s’effondrer, c’est bien. Mais pourquoi faudrait-il que cette aide soit gratuite ? J’estime que l’argent qui est donné aux entreprises devrait avoir pour contrepartie des parts dans l’entreprise, que l’Etat pourrait vendre – ou pas – une fois l’entreprise revenue à meilleure fortune.

          [A propos de l’UE, pour paraphraser Francis Blanche, il ne suffit pas d’être inutile, encore faut-il qu’elle soit odieuse…]

          En tout cas, le système UE craque de tous les côtés… vous avez vu ce qui est arrivé à Van der Leyen à Ankara ?

          • Ian Brossage dit :

            @Descartes

            En tout cas, le système UE craque de tous les côtés… vous avez vu ce qui est arrivé à Van der Leyen à Ankara ?

            Désolé de m’immiscer dans cette conversation, mais j’ai trouvé assez risible le refrain du sexisme chanté par les grands médias. Cette affaire montre surtout que Van der Leyen ne pèse rien en matière de relations diplomatiques : elle était juste là pour décorer. Erdogan ne se serait pas permis la même chose avec Merkel.
             

            • Descartes dit :

              @ Ian Brossage

              [Désolé de m’immiscer dans cette conversation, mais j’ai trouvé assez risible le refrain du sexisme chanté par les grands médias. Cette affaire montre surtout que Van der Leyen ne pèse rien en matière de relations diplomatiques : elle était juste là pour décorer. Erdogan ne se serait pas permis la même chose avec Merkel.]

              Non seulement Erdogan ne se le serait pas permis, mais Charles Michels ne se le serait pas permis. Le refrain du “sexisme” n’est qu’un rideau de fumée pour couvrir le véritable problème. D’abord, l’incompétence totale des services de la Commission européenne. Parce que dans ce genre de visites, rien n’est laissé au hasard: tout est minuté et planifié à l’avance. C’est à ça que servent les services du protocole. Comment se fait-il que ces derniers n’aient pas alerté Van der Leyen des arrangements. Ensuite, il y a le rôle de Michels, qui fait comme s’il ne voyait rien, ou peut être ne voit rien, ce qui serait encore plus grave. Comment le président du Conseil européen peut laisser la présidente de la Commission sans soutien dans une situation pareille ?

              Et finalement – et c’est là le plus important – Van der Leyen est incapable d’aller au clash. On me dira que ce n’est pas grave, que c’est une affaire mineure et qu’on n’allait pas faire tout un plat pour une affaire de fauteuil. Je pense que c’est une grave erreur: c’est précisément parce que c’est une affaire mineure qu’il faut aller au clash. Parce que si on n’est pas capable d’aller au clash sur une affaire de fauteuil, ou les conséquences sont minimes, comment pourrait-on imaginer qu’on serait incapable d’aller au clash sur une affaire grave, où les conséquence seraient bien plus sérieuses ? C’est pour cette raison qu’en matière de relations internationales, les symboles sont importants. Dans l’arène internationale, précisément parce qu’il n’existe pas d’autorité centrale capable d’assumer le monopole de la force légitime, la logique de l’honneur est puissante. Si l’on peut vous insulter impunément dans une affaire de fauteuil, alors on déduit facilement qu’on pourra facilement vous voler votre bien ou vous imposer des concessions.

              L’Europe n’est pas et ne sera jamais une puissance parce qu’elle est d’abord et avant tout une bureaucratie. Et la bureaucratie est là pour exécuter et pour durer. Elle n’a pas de vision.

            • CVT dit :

              @Descartes,

              [D’abord, l’incompétence totale des services de la Commission européenne. Parce que dans ce genre de visites, rien n’est laissé au hasard: tout est minuté et planifié à l’avance.]

              C’est d’autant plus vrai que, lors de réunions au sommet précédentes entre la Turquie et l’UE avec le Président du Conseil Européen Tusk et celui de la Commission Européenne  Juncker, ce dernier passait en second!!! Même “Captain EU” Jean Quatremer confirme que s’il y a eu une bavure, elle n’est pas du côté d’Erdogan mais bien du côté de l’Union Européenne!
               
              Pour ma part, je pense qu’en plus de l’incompétence crasse du service de protocole de l’UE, il y a également un mauvais procédé d’Ursula von der Leyen à l’égard de son “estimé collègue” Michel😈. Elle aura probablement cherché à s’inviter au sommet à la dernière minute. Simplement, cette femme est tellement cruche qu’elle s’est pris les pieds dans le tapis…
              Elle est la parfaite contre-publicité à la “parité” en politique: à trop en faire, on en oublie qu’il faut avoir d’abord un minimum de mérite individuel…

          • CVT dit :

            @Descartes,

            [En tout cas, le système UE craque de tous les côtés… vous avez vu ce qui est arrivé à Van der Leyen à Ankara ?]

            🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣
            Venant après ceux de la Russie et de la Chine, quel nouveau camouflet! Dans l’histoire, on a déjà vu des guerres déclenchées pour moins que ça🤣🤣🤣🤣🤣🤣🤣!
             
            Désolé, mais je ne me sens absolument pas choqué par cet “incident diplomatique”: l’UE n’est pas un état, et Erdogan en a tiré les conséquences. Même les Anglais viennent de refuser une représentation diplomatique pour l’UE!!!
            De plus, Charles Michel et Ursula von der Leyen ne sont pas élus, et pour moi, sont illégitimes; dieu sait si j’exècre ce satrape d’Erdogan, mais il est chez lui et il traite ses invités comme il l’entend😬😈…
            Le plus drôle dans cette histoire, c’est l’indignation de certaines femmes politiques, qui fustigent la goujaterie de…Charles Michel😂 pour ne pas avoir cédé son fauteuil à la présidente de la Commission Européenne.
             
            Encore une fois, les féministes européennes, habituellement défendeuRs des immigrés turcs sur le continent européen, sont prises dans leurs contradictions: d’un côté, elles nous bassinent avec l’égalité des sexes en droits et devoirs, mais d’un autre, elles exigent la galanterie et la protection du “mâle blanc” dès qu’il faut affronter un “sauvage” tapi dans son antre…
             
            Et dire ce que deux paillassons persistent à vouloir que la Turquie, pays qui sait recevoir les femmes😬, intègre l’UE : qu’ils ne viennent pas se plaindre d’être traités comme ils le méritent…

            • Descartes dit :

              @ CVT

              [Venant après ceux de la Russie et de la Chine, quel nouveau camouflet ! Dans l’histoire, on a déjà vu des guerres déclenchées pour moins que ça !]

              Effectivement. Tout simplement parce que les rapports internationaux, n’en déplaise aux juristes, sont toujours régis par les rapports de force, et donc organisés par la logique de l’honneur. Laver un insulte au drapeau n’est pas une pure question d’honneur, c’est une manière de montrer qu’on est prêt à réagir si quelqu’un venait non plus à insulter notre drapeau, mais à porter atteinte à nos intérêts. Et à ce jeu-là, l’Union européenne ne peut que perdre, parce qu’elle n’a derrière elle qu’une construction juridique, et non une collectivité réunie par une solidarité inconditionnelle. Comme vous dites, on est allé à la guerre pour un insulte au drapeau national, personne n’ira défendre dans les tranchées le drapeau européen.

              [Désolé, mais je ne me sens absolument pas choqué par cet “incident diplomatique”: l’UE n’est pas un état, et Erdogan en a tiré les conséquences. Même les Anglais viennent de refuser une représentation diplomatique pour l’UE!!!]

              Moi non plus, franchement. Je ressentirais une insulte faite au président de la République Française comme une injure personnelle, quel que soit d’ailleurs la personne qui occupe le fauteuil. Je serais prêt à donner mon argent et ma vie pour qu’on sanctionne celui qui aurait piétiné le drapeau tricolore. Mais franchement, je ne ressens absolument rien lorsque les dirigeants de l’UE sont insultés ou le drapeau aux étoiles piétiné. Et j’avoue que quand je vois le drapeau en question, l’envie ne me manque pas de le piétiner !

              [Le plus drôle dans cette histoire, c’est l’indignation de certaines femmes politiques, qui fustigent la goujaterie de…Charles Michel pour ne pas avoir cédé son fauteuil à la présidente de la Commission Européenne.]

              En effet, on voit mal pourquoi Charles Michel aurait du céder son fauteuil – à moins de considérer qu’il a manqué de galanterie… mais la galanterie est-elle une valeur défendue par les féministes ? Non, Michel a commis une erreur POLITIQUE en n’allant pas au clash – indépendamment du sexe du président de la Commission. Mais voir les féministes lui reprocher son manque de galanterie, c’est très amusant…

  6. cathare dit :

    il y a dans votre très intéressant article comme une sorte d’homélie funèbre de la “gauche” . Lorsqu’on aura jeté ses cendres  sur les décennies où elle aura prospéré que restera t’il ? 
    Macron ? Le Pen ? ad vitam aeternam ? Le peuple dans toute sa noblesse qu’adviendra t’il ? 
    Quelle est votre proposition ?

    • Descartes dit :

      @ cathare

      [il y a dans votre très intéressant article comme une sorte d’homélie funèbre de la “gauche” . Lorsqu’on aura jeté ses cendres sur les décennies où elle aura prospéré que restera t’il ? Macron ? Le Pen ? ad vitam aeternam ? Le peuple dans toute sa noblesse qu’adviendra t’il ? Quelle est votre proposition ?]

      La fonction du deuil, c’est de permettre aux vivants de continuer avec leurs vies malgré tout. Pour moi, tant que le cadavre de « la gauche » sera au milieu du salon, on n’arrivera à rien faire de nouveau. Ma proposition, c’est qu’on constate sa mort, qu’on l’enterre avec tous les honneurs, qu’on la pleure dignement… et qu’on passe à la suite. C’est la condition sine qua non pour passer à autre chose. Mais aussi longtemps que ce processus ne sera pas fait, nous continuerons dans une sorte de circularité, avec à chaque élection le débat récurrent sur « l’union de la gauche », comme si « la gauche » était encore vivante. On se croirait dans « Un jour sans fin »…

      • Claustaire dit :

        Comme cela fait un moment que vous avez constaté la mort de “la gauche” et que vous l’avez déjà enterrée sous maintes pages ici publiées, vous serait-il possible, éventuellement, de nous mettre des liens sur les pages de votre blog où vous auriez, de votre côté, ouvert des pistes pour “passer à la suite”, afin que nous puissions marcher sur vos brisées ? 

        • Descartes dit :

          @ Claustaire

          [Comme cela fait un moment que vous avez constaté la mort de “la gauche” et que vous l’avez déjà enterrée sous maintes pages ici publiées, vous serait-il possible, éventuellement, de nous mettre des liens sur les pages de votre blog où vous auriez, de votre côté, ouvert des pistes pour “passer à la suite”, afin que nous puissions marcher sur vos brisées ?]

          Je pense avoir fourni la réponse à votre question dans maintes pages ici publiées…
          Une fois qu’on aura fait le deuil de « la gauche », il sera possible de penser des alliances et des accords entre des forces que sépare l’illusion du fossé « droite/gauche ». Et je dis bien « illusion », parce que si le macronisme a prouvé quelque chose, c’est combien ce fossé est imaginaire : ceux qui à droite comme à gauche l’ont traversé pour rejoindre LREM ne semblent pas avoir eu la moindre difficulté à le traverser…

          C’est ce deuil impossible qui a condamné à l’échec le projet chevènementiste d’un souverainisme progressiste, comme il a empêché hier une convergence entre communistes et gaullistes, bien plus proches sur beaucoup de sujets que les communistes et les socialistes. Voilà ce que “passer à autre chose” veut dire…

      • Paul dit :

        J’aime votre humour triste !
        Ceci dit, même si je n’y crois pas, je voterai Montebourg. Mais quelle haine des “insoumis” envers lui !

        • Descartes dit :

          @ Paul

          [Ceci dit, même si je n’y crois pas, je voterai Montebourg. Mais quelle haine des “insoumis” envers lui !]

          C’est une raison supplémentaire pour voter pour lui: quelqu’un qui énerve les “insoumis” ne saurait être totalement mauvais. Si Montebourg est candidat, je voterai peut-être pour lui. Mais sans illusions.

  7. Geo dit :

    @Descartes
    [La question n’est donc pas tant de savoir si « la gauche peut gagner », mais si cela sert à quelque chose qu’elle gagne. Franchement, lecteur de gauche, est-ce que cela changera quelque chose de remplacer Macron par Hidalgo, Jadot ou Mélenchon ?]
    C’est là que la situation devient intéressante. Qui changerait quelque chose selon vous? Et pour quoi faire?
    Nous allons voter, serait-ce par abstention. Il semble qu’on ne puisse en rester à ” Je laisse aux commentateurs venus de la droite de pleurer sur leur lait renversé.”
    Doit-on considérer qu’un électorat populaire réside chez Le Pen et qu’il faut le suivre, puisqu’au moins il ne s’agit pas des “couches intermédiaires” par vous maudites ?
     
     

    • Descartes dit :

      @ Geo

      [« La question n’est donc pas tant de savoir si « la gauche peut gagner », mais si cela sert à quelque chose qu’elle gagne. Franchement, lecteur de gauche, est-ce que cela changera quelque chose de remplacer Macron par Hidalgo, Jadot ou Mélenchon ? » C’est là que la situation devient intéressante. Qui changerait quelque chose selon vous ? Et pour quoi faire ?]

      Effectivement, c’est là que la question devient intéressante. Il faut comprendre que les politiques qui sont mises en œuvre correspondent aux rapports de force dans la société. Il est illusoire d’imaginer qu’on pourra mettre en œuvre des politiques favorables aux intérêts des classes populaires alors que le rapport de force leur est massivement défavorable. Ou qu’on pourrait faire une politique de reconstruction de notre industrie, alors que le « bloc dominant » n’aime que la finance et le tertiaire. Ou qu’on pourrait reconstruire notre école publique alors que le « bloc dominant » a tout intérêt à ce que le peuple reste ignorant. Bien entendu, dans un rapport de forces donné il existe des marges de manœuvre qui permettent de faire des politiques légèrement différentes. Mais la marge est relativement étroite.

      Un changement profond passe donc par un changement du rapport de forces, et celui-ci dépend des changements du mode de production. Peut-on dire aujourd’hui que le processus de mondialisation a atteint ses limites ? Peut-être. Est-ce que la crise que nous vivons poussera à un renforcement de l’espace national dans l’économie et de l’Etat protecteur sur le plan stratégique ? Difficile à dire, on verra à l’usage.

      Ce dont je suis de plus en plus persuadé, c’est que le changement passera par une phase de crise. En effet, notre société est totalement bloquée par la peur. Les classes intermédiaires sont terrorisées par la peur du déclassement, les couches populaires par la perspective de perdre ce qu’elles ont eu tant de mal à conquérir au cours du XXème siècle, les jeunes par un avenir qu’ils pressentent bouché. Cette peur est paralysante. La question européenne fournit un bon exemple : une majorité estime que l’Union européenne est une mauvaise chose, mais tout le monde a peur d’en tirer les conclusions qui s’imposent et d’entreprendre le Brexit. Pour sortir de cette paralysie, il faudra une crise profonde capable de mettre à bas le carcan bâti ces trente dernières années.

      Mon tempérament me conduit plutôt vers Napoléon que vers Robespierre, mais je sais aussi que sans Robespierre, il n’y aurait pas de Napoléon. Pour que les « blocs de granit » auxquels la République est arrimée voient le jour, il a fallu un Robespierre pour raser l’édifice antérieur. Peut-être faut-il réfléchir à cette leçon de l’histoire avant de voter ?

      [Nous allons voter, serait-ce par abstention. Il semble qu’on ne puisse en rester à ” Je laisse aux commentateurs venus de la droite de pleurer sur leur lait renversé.” Doit-on considérer qu’un électorat populaire réside chez Le Pen et qu’il faut le suivre, puisqu’au moins il ne s’agit pas des “couches intermédiaires” par vous maudites ?]

      La question se pose, en effet. Je ne me fais aucune illusion sur la capacité du RN à construire quelque chose de neuf. Mais est-ce que le RN d’aujourd’hui peut être cette organisation qui rasera l’édifice euro-libéral ? Toute la question est là.

  8. Cherrytree dit :

    S’il vous plaît, ne me despérez pas. J’ai fait lire à mes elèves, maghrébins ou non, Élise ou la vraie vie, 1983, blessures fraîches dans les familles, montée du FN, j’ai pris des risques.
    J’ai fait observer un moment de silence, en 1984, quand les frères musulmans ont interdit de chanter des chants profanes en Algérie.
    J’ai, en 1988, mené une action dans mon lycée, pour l’information pour le SIDA, reçus les élèves à l’hôpital et tout, et certains, inquiets, voulaient se faire dépister.
    J’ai tout fait pour enseigner à mes élèves à penser librement, et à réfléchir
     
    J’ai fini ma carrière honteusement, les 5 dernières années, 2012, 2914, moquée, harcelée, menacée, et ma hiérarchie, pfffttt…
    Mes anciens élèves et les parents me remercient. A partir de 2010, l’horreur. 
    Je me remets, je suis à présent retraitée après 4 ans d’arrêt pour dépression profonde, au bout de 32 ans d’enseignement, je n’étais pas une bleue quand même.
    Des choses ont changé.
    Politique ? Ben oui. Tant que la politique ne se préoccupera pas des gens. Je ne dis pas que mes anciens élèves votent Le Pen, quoique que… Je dis qu’ils se servent du droit de vote comme d’une zapette.
    Une éducation civique ?  Pourquoi pas une éducation politique, à l’heure où Macron, mais aussi, eh oui, Mélenchon, ont fait leurs choix gras sur l’idée que les parti de gauche ou de droite étaient obsolètes voire inutiles.
    Je sais je suis un dinosaure.
     

    • Descartes dit :

      @ Cherrytree

      [J’ai tout fait pour enseigner à mes élèves à penser librement, et à réfléchir (…).Mes anciens élèves et les parents me remercient.]

      Pour un enseignant, c’est la plus belle des récompenses !

      [Politique ? Ben oui. Tant que la politique ne se préoccupera pas des gens. Je ne dis pas que mes anciens élèves votent Le Pen, quoique que… Je dis qu’ils se servent du droit de vote comme d’une zapette.]

      Oui. Et difficile de les blâmer, quand toutes les chaînes passent à peu près la même émission…

      [Je sais je suis un dinosaure.]

      Nous sommes deux.

  9. pam dit :

    Je partage largement l’analyse… à laquelle il manque une dimension, ce qui a poussé le PCF a choisir la stratégie de l’union de la gauche… et son éventuelle capacité à en tirer les leçons…
    Certes, il est très affaibli, encore divisé, et sous pression des intérêts électoraux de quelques parlementaires.. Mais sa réorientation à son dernier congrès permet à Fabien Roussel de commencer une campagne qui tente de sortir de cette impasse à gauche. S’il arrive à entrainer une large majorité de militants communistes, et s’il tient sur une ligne claire “nation, souveraineté, industrie, priorité au monde du travail et reconquête du vote ouvrier contre l’abstention et le RN…” il peut créer une surprise et permettre de réinstaller le PCF dans la vie politique… Ce serait un évènement historique…
     

    • Descartes dit :

      @ pam

      [Je partage largement l’analyse… à laquelle il manque une dimension, ce qui a poussé le PCF a choisir la stratégie de l’union de la gauche… et son éventuelle capacité à en tirer les leçons…]

      Je pense que le choix de la stratégie de l’union de la gauche traduit un changement de la base sociale du PCF à la fin des années 1960, avec une arrivée massive dans les structures du Parti de militants et permanents issus des « classes intermédiaires » (voir à ce propos « Le Communisme désarmé : Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970 » de Julien Mischi). Souvenez-vous des accusations « d’ouvriérisme » et le pouvoir toujours croissant des « intellectuels » dans les années 1970. Or, les « classes intermédiaires » ne se contentaient pas de voir le PCF jouer sa traditionnelle fonction tribunitienne en représentation des couches populaires. Ils voulaient plus : une participation au pouvoir. Et pour cela, ils étaient prêts à beaucoup de compromis. De ce point de vue, la réaction des sympathisants communistes à la rupture du programme commun est très révélatrice. Quels ont été les plus virulents lors de la rupture du Programme commun en 1978 à contester la direction du PCF ? Pas les militants ouvriers, mais ceux issus des « classes intermédiaires ». Cela vous explique pourquoi les leçons de cette stratégie n’ont jamais été tirées. Parce que c’est toujours ce groupe social qui domine le PCF, et parce que ses fortunes – notamment électorales – restent étroitement liées à cette logique.

      Je ne retrouve plus le nom du dirigeant communiste qui, très sagement, avait expliqué pourquoi la stratégie d’union de la gauche était suicidaire : « en France, la meilleure situation est celle ou la droite est forte au gouvernement et la gauche est forte dans la rue ». Pour des révolutionnaires, arriver au pouvoir alors que les conditions objectives ne sont pas réunies pour faire une révolution est un suicide politique. Dans un tel contexte, on ne peut que trahir.

      [Certes, il est très affaibli, encore divisé, et sous pression des intérêts électoraux de quelques parlementaires…]

      Et pas que les parlementaires. Pensez aux élus municipaux, départementaux, régionaux…

      [Mais sa réorientation à son dernier congrès permet à Fabien Roussel de commencer une campagne qui tente de sortir de cette impasse à gauche. S’il arrive à entrainer une large majorité de militants communistes, et s’il tient sur une ligne claire “nation, souveraineté, industrie, priorité au monde du travail et reconquête du vote ouvrier contre l’abstention et le RN…” il peut créer une surprise et permettre de réinstaller le PCF dans la vie politique… Ce serait un évènement historique…]

      Oui. J’ai le plus grand respect pour Fabien Roussel et pour ce qu’il essaye de faire. Mais à mon avis, il est trop tard. Il n’arrivera pas à tenir la ligne que vous favorisez parce que cela impliquerait entrer en conflit avec les élus et l’appareil, obsédés par le besoin de sauver leurs sièges. Comment fait-on pour parler de « nation, souveraineté, industrie » lorsqu’on contribue à faire élire des maires EELV ?

  10. chevret dit :

    Le retrait n’est pas toujours synonyme d’amateurisme
    que diriez vous du départ de De Gaule ? de Jospin ? etc
    en quoi la politique-métier est-elle admirable et admirée ?

    • Descartes dit :

      @ chevret

      [Le retrait n’est pas toujours synonyme d’amateurisme que diriez-vous du départ de De Gaule ? de Jospin ? etc.]

      Dans le cas de De Gaulle, je vous dirais que s’il est parti du gouvernement, il ne s’est jamais retiré de la politique. Lorsqu’il quitte le gouvernement en 1946, il ne lui vient pas à l’idée d’aller travailler dans le privé, que je sache. Il continue à prononcer des discours, à recevoir ses partisans, à combattre l’establishment de la IVème République. Et lorsqu’il démissionne de la présidence en 1969, il a 79 ans, un âge qui justifie largement qu’il se retire de la vie politique.

      Mais l’amateurisme est moins dans le fait de partir que dans le fait de revenir de son propre chef. Après son départ en 1969, De Gaulle ne brigue aucun mandat national. Il attendra qu’on vienne le chercher – et sans la « divine surprise » de 1958, il aurait pu très bien mourir sans jamais revenir au pouvoir. Jospin, lui non plus, ne briguera pas de mandat, et attendra – vainement – qu’on l’appelle.

      [en quoi la politique-métier est-elle admirable et admirée ?]

      Tout métier utile et bien fait est admirable. Gouverner un état démocratique aussi complexe que le notre n’est pas une mince affaire. Cela demande des compétences que l’on n’acquiert qu’avec des années de dédication totale, qui implique souvent des sacrifices considérables au niveau personnel, professionnel, économique, familial. LREM a rempli l’Assemblée nationale de députes « amateurs ». Il n’y a qu’à regarder le résultat.

      • Vincent dit :

        @Descartes

        Dans le cas de De Gaulle, je vous dirais que s’il est parti du gouvernement, il ne s’est jamais retiré de la politique. Lorsqu’il quitte le gouvernement en 1946, il ne lui vient pas à l’idée d’aller travailler dans le privé, que je sache.

        Il était général en 2ème section, avec donc une pleine solde. Plus ses droits d’auteur. Pas de quoi devenir milliardaire, mais de quoi vivre confortablement.
        Si vous voulez comparer avec Montebourg, celui ci ne peut pas prétendre à une solde, à une retraite, etc. Et n’a pas une notoriété suffisante ni un passé suffisamment glorieux pour pouvoir vivre de ses talents littéraires. Or il faut bien vivre.
        Si on a le choix entre la compromission pour avoir l’assurance de se voir offrir une sinécure, ou retourner bosser dans le privé, la dernière option ne me semble pas forcément être la moins vertueuse.
         

        Mais l’amateurisme est moins dans le fait de partir que dans le fait de revenir de son propre chef. Après son départ en 1969, De Gaulle ne brigue aucun mandat national. Il attendra qu’on vienne le chercher

        Je m’étais beaucoup intéressé à cette période quand j’étais en terminale, et aux détails de ce qui s’était passé. Il avait été informé des projets de ses amis pour l’appeler au pouvoir via un coup d’état, avait -de mémoire, on ne sait pas trop- soit donné son feu vert, soit laissé faire…
        Bref, oui, il a été appelé, mais appelé suite à un coup de force mené par ses partisans, et qu’il avait plus ou moins approuvé…
         

        – et sans la « divine surprise » de 1958, il aurait pu très bien mourir sans jamais revenir au pouvoir.

        Je ne vous ferai pas l’offense de vouloir vous expliquer l’origine de la citation “divine surprise”, mais certains pourraient croire qu’elle vient de cette époque.
        Il s’agit d’une expression qui concernait l’arrivée au pouvoir de Pétain en 1940 ; me semble-t-il de Charles Maurras. Et certains l’utilisent pour faire accroire qu’il y avait une volonté dans la droite traditionnaliste de voir la France défaite (la “divine surprise” étant interprétée comme qualifiant la victoire de l’Allemagne).
         

        Jospin, lui non plus, ne briguera pas de mandat, et attendra – vainement – qu’on l’appelle.

        Il n’est pas décédé… Seulement 5 ans de plus que Joe Biden… 😉
         

        Gouverner un état démocratique aussi complexe que le notre n’est pas une mince affaire. Cela demande des compétences que l’on n’acquiert qu’avec des années de dédication totale, qui implique souvent des sacrifices considérables au niveau personnel, professionnel, économique, familial. LREM a rempli l’Assemblée nationale de députes « amateurs ». Il n’y a qu’à regarder le résultat.

         
        Le point que vous abordez est très intéressant. Quel est le bon cursus pour pouvoir prétendre aux plus hautes fonctions en étant à la hauteur ?
        Je pense qu’on ne peut pas faire l’économie de distinguer entre les qualités et compétences pour être un brillant homme politique, et celles pour être un grand homme d’Etat.
        Pour un homme d’Etat, il faut une droiture, une certaine idée de l’autorité, une grande culture générale… Bref, relire “Le fil de l’Epée”. En y ajoutant un gros zeste de culture scientifique, technique, économique et juridique. Bref, quelqu’un qui aspirerait à être un grand homme d’Etat pourrait chercher à s’inspirer de de Gaulle.
        Pour être un brillant politicien, on peut davantage prendre exemple sur Hollande. Ou comment réussir à mener la carrière politique la plus brillante qu’on puisse imaginer, même en bégayant et sans avoir le moindre charisme.
         
        Le problème est que pour gagner de l’expérience dans des fonctions de pouvoir, il faut (à moins d’être haut fonctionnaire et de côtoyer les milieux de pouvoir) exercer de hautes responsabilités politiques, et donc être un brillant politicien.
        Est il possible d’avoir “en même temps” le profil d’un brillant politicien et celui d’un grand homme d’Etat ?
        Cela me fait penser à cette phrase que de Gaulle avait dite à Mitterrand en 58 :
        “Vous êtes un homme politique. C’est bien. Il en faut. Mais, en certaines circonstances, les hommes politiques doivent savoir se hausser au niveau des hommes d’état.”
        Je ne suis pas certain que les hommes politiques d’aujourd’hui soient plus proches d’un “homme d’Etat” que ne l’étaient les hommes politiques des années 50…
         

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Il était général en 2ème section, avec donc une pleine solde. Plus ses droits d’auteur. Pas de quoi devenir milliardaire, mais de quoi vivre confortablement. Si vous voulez comparer avec Montebourg, celui ci ne peut pas prétendre à une solde, à une retraite, etc. Et n’a pas une notoriété suffisante ni un passé suffisamment glorieux pour pouvoir vivre de ses talents littéraires. Or il faut bien vivre.]

          Certes. Mais Montebourg n’est pas le seul politique qui ait connu une traversée du désert. Mitterrand lui-même est allé travailler – si l’on peut dire – dans le privé pour vivre entre 1958 et 1964. Mais en général, ceux qui ont été dans ce cas ont pris des postes secondaires – quand ce n’était pas des emplois fictifs – pour pouvoir continuer à faire de la politique en attendant de trouver un mandat électif. Montebourg, lui, ne s’est pas contenté d’aller dans le privé dans un travail alimentaire. Il est allé à des postes qui demandent un engagement complet, ce qui revient à dire que la politique ne l’intéressait plus. Dans ce domaine, les symboles ont de l’importance.

          [Si on a le choix entre la compromission pour avoir l’assurance de se voir offrir une sinécure, ou retourner bosser dans le privé, la dernière option ne me semble pas forcément être la moins vertueuse.]

          La question ici n’est pas celle de la vertu – qualité que personne ne dénie à Montebourg – mais le symbole. Si la politique est pour moi une passion dévorante, alors je ferai tout ce qu’il faut – prendre un travail alimentaire, vivre de pain sec et d’eau, me compromettre dans une sinécure – pour pouvoir continuer à faire de la politique. Si à un moment donné je dis « je quitte la politique pour aller bosser sérieusement chez Habitat », ce que je suis en train de dire est que pour moi la politique n’est pas si importante, qu’il y a d’autres choses dans la vie. Est-ce qu’on peut confier la magistrature suprême à quelqu’un qui pense cela ?

          [Je m’étais beaucoup intéressé à cette période quand j’étais en terminale, et aux détails de ce qui s’était passé. Il avait été informé des projets de ses amis pour l’appeler au pouvoir via un coup d’état, avait -de mémoire, on ne sait pas trop- soit donné son feu vert, soit laissé faire… Bref, oui, il a été appelé, mais appelé suite à un coup de force mené par ses partisans, et qu’il avait plus ou moins approuvé…]

          Bien sûr, il n’a jamais cessé de faire de la politique, et il n’a jamais été passif. Non seulement il a continué à intervenir, en prononçant des discours, en allant en visite dans toute la France, mais il a chapitré et encouragé ses partisans. Mais il n’a jamais rien fait pour indiquer qu’il était candidat à quelque chose. Et la raison est simple : si vous voulez revenir à VOS conditions, il faut qu’on vous supplie de revenir. Si vous montrez que vous êtes candidat au retour, les autres vous poseront LEURS conditions. Mais comme je l’ai signalé, c’est prendre le risque – très important – que personne ne vienne vous supplier. Et que vous finissiez votre vie dans votre retraite.

          Bien sûr, en 1958 les partisans de De Gaulle – encouragés et guidés par mongénéral lui-même – ont tout fait pour qu’on le rappelle au pouvoir. Mais ces efforts n’auraient servi à rien s’il n’y avait pas eu un contexte objectif – celui d’une quasi-guerre civile – qui rendait indispensable un changement de régime autour d’une figure capable d’unifier le pays. En ce sens, De Gaulle s’est lourdement trompé en 1946 – et il l’a dit d’ailleurs lui-même : lorsqu’il part, il pense que le régime ne tiendra pas six mois sans lui, qu’on le rappellera rapidement pour empêcher la guerre civile entre communistes et anticommunistes. Le régime tiendra onze ans.

          Peut-être celui qui a le mieux compris parmi les anciens présidents cette loi de la politique est Nicolas Sarkozy. Contrairement à Giscard ou à Hollande, il ne fait aucun geste pour revenir, il n’est candidat à rien. Cela ne veut pas dire qu’il ne soit pas à l’affut, et qu’il ne répondrait pas « présent » si son ancienne famille politique, lassée des guerres intestines, faisait appel à lui. Et dans une telle situation, il pourrait poser ses conditions. Du coup, il acquiert une stature de recours, là où Giscard en son temps ou Hollande aujourd’hui se ridiculisent…

          [Je ne vous ferai pas l’offense de vouloir vous expliquer l’origine de la citation “divine surprise”, mais certains pourraient croire qu’elle vient de cette époque. Il s’agit d’une expression qui concernait l’arrivée au pouvoir de Pétain en 1940 ; me semble-t-il de Charles Maurras. Et certains l’utilisent pour faire accroire qu’il y avait une volonté dans la droite traditionnaliste de voir la France défaite (la “divine surprise” étant interprétée comme qualifiant la victoire de l’Allemagne).]

          Vous avez tout à fait raison. Mais vous noterez aussi la ressemblance : en 1958, c’est aussi une guerre perdue – même si les « événements d’Algérie » ne sont pas qualifiés de « guerre » à l’époque – qui crée une menace de guerre civile et pousse les Français à se tourner vers un régime de salut public dirigé par une figure capable de susciter la confiance. Le parallèle entre 1940 et 1958 n’est pas si absurde que ça.

          [« Jospin, lui non plus, ne briguera pas de mandat, et attendra – vainement – qu’on l’appelle. » Il n’est pas décédé… Seulement 5 ans de plus que Joe Biden…]

          Comme disait le président Perón, « de partout on revient, sauf du ridicule ».

          [Le point que vous abordez est très intéressant. Quel est le bon cursus pour pouvoir prétendre aux plus hautes fonctions en étant à la hauteur ?]

          Je ne sais pas s’il y a UN « bon cursus ». J’aurais tendance à dire qu’il faut un parcours de vie qui lui permette d’acquérir une véritable expérience du commandement dans toutes ses dimensions. On peut acquérir cette expérience dans beaucoup de domaines : un ingénieur qui dirige de grands projets, un général qui commande des troupes, le chef d’un grand service hospitalier, le maire d’une collectivité importante… bref, tous ceux qui ont à se frotter à l’organisation des hommes et des choses dans un but commun.

          A cela s’ajoutent certaines compétences techniques. C’est un peu comme un grand peintre : avoir des idées esthétiques, être capable de définir une composition c’est important. Mais si vous n’avez pas la technique, vous ne réaliserez jamais la Joconde. La culture institutionnelle, la connaissance des rouages de l’Etat évitent bien des bourdes.

          [Je pense qu’on ne peut pas faire l’économie de distinguer entre les qualités et compétences pour être un brillant homme politique, et celles pour être un grand homme d’Etat. Pour un homme d’Etat, il faut une droiture, une certaine idée de l’autorité, une grande culture générale… Bref, relire “Le fil de l’Epée”. En y ajoutant un gros zeste de culture scientifique, technique, économique et juridique. Bref, quelqu’un qui aspirerait à être un grand homme d’Etat pourrait chercher à s’inspirer de de Gaulle.]

          Je renverse le problème. Pour moi, ce qui fait un homme d’Etat ce sont deux choses : d’une part la vision, et le fait d’être prêt à tout sacrifier pour la réaliser ; d’autre part, une curiosité humaine dévorante, qui est le corrélat de la volonté de tout savoir, de tout dominer, de tout connaître. Quand vous regardez les hommes d’Etat de notre histoire – De Gaulle, Clemenceau, Napoléon, Robespierre, Colbert, Richelieu pour ne donner que quelques exemples – vous tombez toujours sur des grands lecteurs, qui se sont intéressés aux domaines les plus variés, qui ont cherché à s’entourer d’experts et de savants non pour les suivre aveuglement, mais pour apprendre d’eux.

          C’est pourquoi la première chose que je regarde chez un politique pour savoir s’il y a chez lui un possible homme d’Etat, c’est sa curiosité. C’est ce qui fait que Georges Marchais ou Henri Krasucki auraient été des « hommes d’Etat » si les circonstances leur avaient permis d’exprimer ces qualités, alors que d’autres bien plus formés, bien plus éduqués, bien plus cultivés au départ resteront des politiques.

          [Pour être un brillant politicien, on peut davantage prendre exemple sur Hollande. Ou comment réussir à mener la carrière politique la plus brillante qu’on puisse imaginer, même en bégayant et sans avoir le moindre charisme.]

          Je ne dirais pas que Hollande est un « brillant politicien ». Tout au plus un brillant tacticien. Il a su profiter des circonstances pour se faire élire, mais il n’a jamais su que faire du jouet une fois qu’il l’avait entre les mains.

          [Le problème est que pour gagner de l’expérience dans des fonctions de pouvoir, il faut (à moins d’être haut fonctionnaire et de côtoyer les milieux de pouvoir) exercer de hautes responsabilités politiques, et donc être un brillant politicien.]

          Je ne le crois pas. Diriger un grand projet scientifique, un service hospitalier, une usine, une municipalité est aussi formateur je pense que d’être ministre. Vous verrez d’ailleurs, si vous regardez un peu le passé, que les gens issus de ces parcours ont souvent été de bons ministres, et commettent beaucoup moins d’impairs que leurs collègues sortis d’un parcours où ils n’ont jamais rien dirigé.

          [Je ne suis pas certain que les hommes politiques d’aujourd’hui soient plus proches d’un “homme d’Etat” que ne l’étaient les hommes politiques des années 50…]

          Les “hommes d’Etat” ont toujours été relativement rares… mais je pense que de ce point de vue on a beaucoup reculé. Notamment parce que “l’homme d’Etat” n’est plus un modèle pour nos politiciens en herbe. Je crois que Hollande met le doigt sur le problème lorsqu’il a parlé de “président normal” et évoque dans “un président ne devrait pas dire ça” son regret de ne pas pouvoir faire son métier de président comme on fait n’importe quel métier, en partant du bureau à 18h pour réjoindre sa famille. Pour “l’homme d’Etat”, le service du souverain est une passion de tous les instants, qui ne tolère pas la “déconnexion”. Et dans une société qui regarde avec méfiance ce type de passion, “l’homme d’Etat” cesse d’être un modèle. L’extinction du “culte des grands hommes” tient aussi au fait que personne ne veut vraiment leur ressembler, parce que personne n’est prêt à faire les sacrifices que la grandeur implique…

          • Barbey dit :

            @Descartes
            [Montebourg, lui, ne s’est pas contenté d’aller dans le privé dans un travail alimentaire. Il est allé à des postes qui demandent un engagement complet, ce qui revient à dire que la politique ne l’intéressait plus. Dans ce domaine, les symboles ont de l’importance.]
            Les symboles changent avec le temps.
            Pensez vous que les Français préféreront un homme de guerre qui se distingue dans une bataille en Afrique, un homme de talent littéraire ou un homme qui est devenu milliardaire en construisant son entreprise ?
            Avant, l’homme riche aurait été disqualifié. Aujourd’hui, je pense qu’il a l’avantage.
            Montebourg montre qu’on peut se faire de l’argent avec le “Made in France”. Il coche toutes les bonnes cases : PME, agriculture, 100% français, local, etc. 
            Son “expérience entrepreneuriale” sera un atout s’il compte/peut revenir
             

            • Descartes dit :

              @ Barbey

              [Les symboles changent avec le temps. Pensez-vous que les Français préféreront un homme de guerre qui se distingue dans une bataille en Afrique, un homme de talent littéraire ou un homme qui est devenu milliardaire en construisant son entreprise ? Avant, l’homme riche aurait été disqualifié. Aujourd’hui, je pense qu’il a l’avantage.]

              Et bien, je ne le pense pas. Les représentations symboliques sont peut-être les choses qui changent le plus lentement. Alors que la figure de l’entrepreneur est encensée de toutes parts, ceux qui ont essayé de surfer sur cette vague pour faire de la politique se sont en général cassé les dents. D’ailleurs, vous noterez qu’aucun des candidats ayant fait un score à deux chiffres dans une élection présidentielle ne correspond à ce profil. « L’argent qui corrompt » reste quand même très vivace dans les représentations, alors même que dans les faits l’argent est devenu la mesure de toute chose ou presque…

              [Montebourg montre qu’on peut se faire de l’argent avec le “Made in France”. Il coche toutes les bonnes cases : PME, agriculture, 100% français, local, etc. Son “expérience entrepreneuriale” sera un atout s’il compte/peut revenir]

              Franchement, j’en doute.

          • Vincent dit :

            @ Descartes
             

            [Si la politique est pour moi une passion dévorante, alors je ferai tout ce qu’il faut – prendre un travail alimentaire, vivre de pain sec et d’eau, me compromettre dans une sinécure – pour pouvoir continuer à faire de la politique. Si à un moment donné je dis « je quitte la politique pour aller bosser sérieusement chez Habitat », ce que je suis en train de dire est que pour moi la politique n’est pas si importante, qu’il y a d’autres choses dans la vie. Est-ce qu’on peut confier la magistrature suprême à quelqu’un qui pense cela ?]

             
            Peut on dire que Montebourg a vraiment quitté la politique ? Il continue à intervenir ici et là, à donner son avis, etc. Il montre bien qu’il continue à être présent dans le paysage politique, à défaut d’être candidat à quoi que ce soit…
             

            [Peut-être celui qui a le mieux compris parmi les anciens présidents cette loi de la politique est Nicolas Sarkozy. Contrairement à Giscard ou à Hollande, il ne fait aucun geste pour revenir, il n’est candidat à rien. Cela ne veut pas dire qu’il ne soit pas à l’affut, et qu’il ne répondrait pas « présent » si son ancienne famille politique, lassée des guerres intestines, faisait appel à lui. Et dans une telle situation, il pourrait poser ses conditions. Du coup, il acquiert une stature de recours, là où Giscard en son temps ou Hollande aujourd’hui se ridiculisent…]

             
            Je suis assez d’accord, mais je ne crois pas, personnellement, à son retour :
             
            1°) Sa “famille” politique (du moins ses dirigeants) sont à la recherche de tout, sauf quelqu’un qui s’impose naturellement. Car si Sarko s’impose naturellement pour 2022, cela fait qu’il n’y aura pas la place pour quelqu’un d’autre en 2022 ni en 2027, alternance oblige. Ils ont donc tous une bonne raison de le conforter dans sa retraite.
             
            2°) Si il devait revenir, ça ne fonctionnerait pas :
            – il reste haï par la gauche,
            – il reste haï par les souverainistes pour le contournement du référendum,
            – il suffirait qu’il revienne régulièrement à la télé, et ceux qui n’ont pas gardé de haine contre lui se remémoreront immédiatement ses mimiques, ses tics, et cela provoquera chez beaucoup des réactions épidermiques immédiates.
             

            [Mais vous noterez aussi la ressemblance : en 1958, c’est aussi une guerre perdue – même si les « événements d’Algérie » ne sont pas qualifiés de « guerre » à l’époque – qui crée une menace de guerre civile et pousse les Français à se tourner vers un régime de salut public dirigé par une figure capable de susciter la confiance. Le parallèle entre 1940 et 1958 n’est pas si absurde que ça.]

             
            Je ne souscrirais pas à l’expression de “guerre perdue” en Algérie. De 1954 à 1956/1957, la situation ne faisait qu’empirer, mais quand de Gaulle est revenu, la situation sur le plan militaire était en train de commencer à se retourner…
             

            [Quel est le bon cursus pour pouvoir prétendre aux plus hautes fonctions en étant à la hauteur ?]
            J’aurais tendance à dire qu’il faut un parcours de vie qui lui permette d’acquérir une véritable expérience du commandement dans toutes ses dimensions. On peut acquérir cette expérience dans beaucoup de domaines : un ingénieur qui dirige de grands projets, un général qui commande des troupes, le chef d’un grand service hospitalier, le maire d’une collectivité importante… bref, tous ceux qui ont à se frotter à l’organisation des hommes et des choses dans un but commun.]

             
            Il y a pour moi 3 types de compétences de commandement dans ce que vous décrivez :
            – la capacité à diriger des hommes, à les comprendre, à les motiver. Typiquement ce que fait un sous-officier, un officier de corps de troupe, un chef de chantier, etc.
            – la capacité à effectuer les bons choix stratégiques : comment organiser le service hospitalier, quelle phasage de réalisation pour le grand projet, quelle vision pour ma ville, etc.
            – ce que les militaires appellent le “contrôle de la délégation”, et qu’on nomme plus souvent “reporting” dans les entreprises privées.
             
            Malheureusement, ces fonctions sont de plus en plus dissociées.
            Peut-être pas pour un maire de grande ville ou pour un chef de service hospitalier, ni pour un général qui commande sur un théâtre d’opérations.
            Mais vu la manière dont sont aujourd’hui gérés les grands projets dans le privé, le plus souvent, celui qui dirige techniquement (qui fait les choix techniques) n’est pas celui qui a la signature du chéquier (directeur en titre), et n’est pas non plus le supérieur hiérarchique de ceux qui font le travail (qui sont des sous-traitants). Lequel est le plus apte ? Celui qui fait les choix (un directeur technique, typiquement), celui qui lance les appels d’offres et s’occupe du reporting (le directeur de projet), ou celui qui encadre concrètement les personnels du sous-traitant ?
             

            [Pour moi, ce qui fait un homme d’Etat ce sont deux choses : d’une part la vision, et le fait d’être prêt à tout sacrifier pour la réaliser ; d’autre part, une curiosité humaine dévorante, qui est le corrélat de la volonté de tout savoir, de tout dominer, de tout connaître.]

             
            Je suis assez d’accord, à part que je ne suis pas certain que la volonté d’être prêt à tout sacrifier soit un gage de compétence (même si je vous concède que quelqu’un qui n’y est pas prêt n’a que peu de chances de pouvoir exercer ces compétences).
             
            Mais le profil que vous décrivez ici : très curieux, très cultivé, visionnaire… est il compatible avec le fait d’exercer un métier comme ceux que vous avez décrit plus haut ? (à part peut être maire).
             
            Un ingénieur dont la principale caractéristique est d’être curieux ira-t-il vers des fonctions de management lui permettant de diriger de gros projets ?
             

            [Je ne dirais pas que Hollande est un « brillant politicien ». Tout au plus un brillant tacticien. Il a su profiter des circonstances pour se faire élire, mais il n’a jamais su que faire du jouet une fois qu’il l’avait entre les mains.]

             
            Pour savoir quoi faire du “jouet”, il faut avoir des qualités d’homme d’Etat. Et le moins qu’on puisse dire est que Hollande en manque, je vous le concède bien volontiers.
             
            C’était justement le point que je voulais souligner : les qualités qu’il faut pour acquérir du pouvoir et gagner des élections, sont quasiment antinomiques avec les qualités que l’on attend d’un homme d’Etat.
            Et Hollande excelle sur la capacité à acquérir du pouvoir, ce qui est la finalité du politicien.
             

            [Je ne le crois pas. Diriger un grand projet scientifique, un service hospitalier, une usine, une municipalité est aussi formateur je pense que d’être ministre. Vous verrez d’ailleurs, si vous regardez un peu le passé, que les gens issus de ces parcours ont souvent été de bons ministres, et commettent beaucoup moins d’impairs que leurs collègues sortis d’un parcours où ils n’ont jamais rien dirigé.]

             
            Je pense que les exemples que vous choisissez sont les bons. Mais que ça ne représente au final que peu de postes. Question subsidiaire : s’agit-il de fonctions permettant à quelqu’un ayant un profil “curieux” de s’épanouir ? A part peut être pour un grand projet scientifique, j’avoue en douter un peu.
             
            Diriez vous qu’il est également formateur de diriger un parti politique ? Parce que en la matière, Hollande a pas mal d’expérience. Un peu comme Sarkozy.
            En revanche, Macron, lui, n’a jamais exercé de telles fonctions de direction.
             
            Pourtant, je pense que vous conviendrez avec moi que Macron ou Sarkozy portent mieux l’habit que ne le portait Hollande… Comme quoi, ça n’est pas nécessairement le fait d’avoir dirigé une grosse organisation qui vous rend compétent.
            Et le gros plus de Sarkozy par rapport à Macron, à mon avis, est sa capacité à savoir s’encadrer de gens intelligents et visionnaires, ne tombant pas dans la flagornerie (Buisson, Guaino, Minc). J’ai l’impression que Macron utilise ses conseillers comme on le fait dans des boites de conseil en stratégie ou dans des banques d’affaire : les faire bosser jusque tard dans la nuit tous les jours, pour faire et refaire des présentations, des rapports, définir des options stratégiques, produire des éléments de langage, etc.
            Sarkozy avait l’intelligence de se faire conseiller par des gens matures, indépendants, et qui étaient là pour lui ouvrir les yeux, lui donner des idées originales, etc.
             
            Pour en revenir au propos initial… Si on prend de Gaulle, jusqu’en 1940, il n’a jamais dirigé autre chose que des militaires. Art qui est bien particulier, vous en conviendrez. Et d’une semaine à l’autre, il s’est mué d’un simple chef militaire sans talent extraordinaire dans ses fonctions en un homme d’Etat génial.
             
            Bref, je suis intuitivement davantage convaincu par votre argument sur la curiosité. Et même si je n’avais pas l’air d’être réellement d’accord, je pense que vous n’avez pas tort sur la nécessité d’avoir la volonté de sacrifier tout à sa vocation.
             
            Quant à l’expérience passée, il est certain qu’il est utile d’en avoir. Et sans doute si possible plusieurs.
             
            Quelqu’un qui a une solide formation scientifique, puis qui a été officier pendant 8 ans, y compris commandant de compagnie, puis qui est parti dans l’industrie lourde, avant de rejoindre la haute fonction publique civile, aura naturellement une multiplicité d’expériences le préparant mieux à la fonction suprême que quelqu’un qui n’a qu’un seul domaine de compétences.
            Mais je ne suis pas convaincu que ces expériences professionnelles passées soient le bon critère.
             

            [Je crois que Hollande met le doigt sur le problème lorsqu’il a parlé de “président normal” et évoque dans “un président ne devrait pas dire ça” son regret de ne pas pouvoir faire son métier de président comme on fait n’importe quel métier, en partant du bureau à 18h pour réjoindre sa famille.]

             
            Hollande -et vous ici même- mettez effectivement le doigt sur un vrai problème : on ne peut pas être un Président digne de ce nom avec sa femme qui va travailler comme n’importe quel salariée, ses enfants qui vont à l’école et à l’université comme n’importe quels jeunes, etc. Bref, il y a un peu une incompatibilité entre l’attente que les Français ont de la fonction présidentielle, et l’évolution actuelle des mœurs.
             
            Concrètement, un Président doit accepter de sacrifier sa famille. Ce que -assez heureusement d’ailleurs- pas grand monde n’est prêt à faire. Ou bien être suffisamment vieux pour avoir une conjointe à la retraite et des enfants autonomes. Macron, malgré son âge, rentre dans cette catégorie : sa femme est retraitée et il n’a pas d’enfants.

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [Peut-on dire que Montebourg a vraiment quitté la politique ? Il continue à intervenir ici et là, à donner son avis, etc. Il montre bien qu’il continue à être présent dans le paysage politique, à défaut d’être candidat à quoi que ce soit…]

              Je ne l’ai pas vu très présent entre 2017 et 2020. J’ai un certain mal à me souvenir d’une seule de ses prises de position sur des sujets politiques du moment.

              [Je suis assez d’accord, mais je ne crois pas, personnellement, à son retour : (…)]

              Je ne crois pas non plus que le retour de Sarkozy soit très probable. Les obstacles sont nombreux, et la crise n’est pas suffisamment profonde pour que tout le monde dans son camp soit prêt à le prier de revenir. Mais je le tiens pour plus probable avec la stratégie de l’éloignement que s’il essayait de revenir sans qu’on l’appelle.

              [Je ne souscrirais pas à l’expression de “guerre perdue” en Algérie. De 1954 à 1956/1957, la situation ne faisait qu’empirer, mais quand de Gaulle est revenu, la situation sur le plan militaire était en train de commencer à se retourner…]

              Oui, mais la guerre ne se réduit pas à la question militaire. Si l’armée a gagné la « bataille d’Alger », elle n’avait aucune chance de gagner la guerre. Tout ce qu’elle pouvait espérer était de stabiliser la situation, à un coût que la métropole n’était pas prête à payer.

              [Il y a pour moi 3 types de compétences de commandement dans ce que vous décrivez :
              – la capacité à diriger des hommes, à les comprendre, à les motiver. Typiquement ce que fait un sous-officier, un officier de corps de troupe, un chef de chantier, etc.
              – la capacité à effectuer les bons choix stratégiques : comment organiser le service hospitalier, quel phasage de réalisation pour le grand projet, quelle vision pour ma ville, etc.
              – ce que les militaires appellent le “contrôle de la délégation”, et qu’on nomme plus souvent “reporting” dans les entreprises privées.
              Malheureusement, ces fonctions sont de plus en plus dissociées.]

              Elles ont toujours été dissociées. Mais il y a des parcours qui permettent aux gens d’occuper successivement ces trois types de fonctions (j’ajoute que dans le troisième type il n’y a pas seulement le « contrôle » de la délégation, mais aussi la capacité à déléguer à bon escient) et donc d’acquérir une expérience des trois. Et pour moi, c’est fondamental : celui qui arrive en position de devoir déléguer sans connaître les contraintes du délégué, ou de faire des choix stratégiques sans savoir les contraintes des échelons d’exécution, ne sera jamais un bon commandant.

              L’armée, qui est une structure qui a beaucoup réfléchi à la problématique du commandement, a bien compris cette réalité. Dans une armée moderne, personne ne commence une carrière militaire au rang de colonel ou de général. Alors qu’on voit des gens commencer une carrière politique au rang de ministre…

              [Je suis assez d’accord, à part que je ne suis pas certain que la volonté d’être prêt à tout sacrifier soit un gage de compétence (même si je vous concède que quelqu’un qui n’y est pas prêt n’a que peu de chances de pouvoir exercer ces compétences).]

              Je ne partage pas : celui qui est prêt à tout sacrifier pour réaliser un objectif est prêt à faire ce qu’il faut pour acquérir les compétences nécessaires à ce résultat. Si vous êtes prêt à tout sacrifier pour construire jouer une sonate de Mozart, alors vous êtes prêt à passer huit heures par jour au piano. Et pour peux que vous soyez moyennement doué…

              [Mais le profil que vous décrivez ici : très curieux, très cultivé, visionnaire… est il compatible avec le fait d’exercer un métier comme ceux que vous avez décrit plus haut ? (à part peut être maire).]

              Et pourquoi pas ?

              [Un ingénieur dont la principale caractéristique est d’être curieux ira-t-il vers des fonctions de management lui permettant de diriger de gros projets ?]

              S’il a une vision, et qu’il est prêt à tout sacrifier pour la réaliser, oui, sans aucun doute. Je n’ai pas dit que la curiosité soit suffisante…

              [Pour savoir quoi faire du “jouet”, il faut avoir des qualités d’homme d’Etat. Et le moins qu’on puisse dire est que Hollande en manque, je vous le concède bien volontiers.]

              Pas nécessairement. Il y a dans l’histoire des politiques qui, sans être des hommes d’Etat, avaient une idée de quoi faire avec le pouvoir. Pour moi, la tragédie d’Hollande et de son équipe est qu’ils n’avaient aucune idée autre que le fait de durer.

              [C’était justement le point que je voulais souligner : les qualités qu’il faut pour acquérir du pouvoir et gagner des élections, sont quasiment antinomiques avec les qualités que l’on attend d’un homme d’Etat.]

              Tout à fait. C’est d’ailleurs pourquoi les hommes d’Etat n’arrivent au pouvoir d’ordinaire qu’en temps de crise, c’est-à-dire, dans des conditions où l’on arrive à la magistrature suprême en dehors des procédures normales. Le cas de De Gaulle est emblématique : il n’a gagné qu’une seule élection, et avec un résultat qui est loin de refléter son statut d’homme d’Etat…

              [Je pense que les exemples que vous choisissez sont les bons. Mais que ça ne représente au final que peu de postes. Question subsidiaire : s’agit-il de fonctions permettant à quelqu’un ayant un profil “curieux” de s’épanouir ? A part peut-être pour un grand projet scientifique, j’avoue en douter un peu.]

              Oui, je le pense. Le propre de l’esprit curieux, c’est de pouvoir s’épanouir justement pratiquement dans toute activité, et d’autant plus dans une activité de direction. Une usine, un service médical, une mairie, une prison, une école… même en dehors des aspects techniques de chaque métier, ce sont des champs d’observation inépuisables des interactions humaines, des laboratoires ou vous pouvez essayer un nombre infini d’idées. La curiosité, c’est la baguette magique qui rend vivant le désert le plus aride…

              [Diriez-vous qu’il est également formateur de diriger un parti politique ? Parce que en la matière, Hollande a pas mal d’expérience. Un peu comme Sarkozy.]

              Hollande n’a jamais vraiment « dirigé » quoi que ce soit au PS. Il était simplement le « primum inter pares », qu’on a mis à cette position précisément parce qu’il n’avait ni idées, ni projets, ni curiosité particulière, et par conséquent ne dérangeait personne. Sa mission, c’était de couper le gâteau de façon que chacun soit content avec sa part. Mais Hollande ne manque pas d’expérience de direction. Il ne faut pas oublier qu’il a été président du conseil départemental de la Corrèze. Le problème de Hollande n’est pas tant un manque de compétence ou d’expérience humaine qu’un manque de vision.

              [En revanche, Macron, lui, n’a jamais exercé de telles fonctions de direction. Pourtant, je pense que vous conviendrez avec moi que Macron ou Sarkozy portent mieux l’habit que ne le portait Hollande… Comme quoi, ça n’est pas nécessairement le fait d’avoir dirigé une grosse organisation qui vous rend compétent.]

              Je ne vois pas en quoi Macron porte l’habit mieux que Hollande… pourriez-vous élaborer ? Macron, au risque de me répéter, a raté sa véritable carrière, qui est celle d’acteur. Et en tant qu’acteur, il joue un personnage de président mieux que ne le faisait son prédécesseur. Mais au-delà des apparences, il n’est pas très différent de Hollande, finalement. Lorsqu’on compare la gestion de l’affaire Benalla par Macron et celle de Fernanda par Hollande, on trouve à peu près les mêmes éléments.

              [Et le gros plus de Sarkozy par rapport à Macron, à mon avis, est sa capacité à savoir s’encadrer de gens intelligents et visionnaires, ne tombant pas dans la flagornerie (Buisson, Guaino, Minc). (…)
              Sarkozy avait l’intelligence de se faire conseiller par des gens matures, indépendants, et qui étaient là pour lui ouvrir les yeux, lui donner des idées originales, etc.]

              Oui. Et puis, Sarkozy avait une « certaine idée de la France », peut-être parce qu’étant fils d’immigré par son père et petit-fils par sa mère, il a été amené à se poser plus de questions sur sa propre identité. Sarkozy est un homme de volonté, là où Macron est un dilettante dont le profil ressemble plus aux fous du roi du genre Attali. Le problème, est que dans notre époque les fous gouvernent…

              [Pour en revenir au propos initial… Si on prend de Gaulle, jusqu’en 1940, il n’a jamais dirigé autre chose que des militaires. Art qui est bien particulier, vous en conviendrez. Et d’une semaine à l’autre, il s’est mué d’un simple chef militaire sans talent extraordinaire dans ses fonctions en un homme d’Etat génial.]

              Si De Gaulle a dirigé avant 1940 essentiellement des militaires, c’est un homme qui très tôt a commencé à se forger une vision qui allait bien au-delà de la chose militaire. D’abord, c’est un passionné d’Histoire (il sera professeur d’Histoire à Saint-Cyr), et développe une doctrine du commandement qui ressemble à une doctrine de gouvernement. Et il découvre la politique bien avant 1940 : il participe à des cercles de réflexion, a des associations politiques, il assiste aux meetings et établit des contacts avec des personnalités politiques. Ce n’est pas par hasard s’il est secrétaire d’Etat à la guerre en 1940 dans le gouvernement Reynaud…

              C’est donc un peu abusif de faire de De Gaulle un « militaire sans talent extraordinaire » avant 1940. C’était un homme qui avait une vision, des idées, des réseaux, dont les livres avaient été appréciés et les qualités de réflexion remarquées par des personnalités de l’époque. Il ne s’est pas mué en chef d’Etat génial tout de suite non plus : si le contexte de guerre est favorable aux militaires pour se lancer en politique, lorsqu’on lit les premiers pas de De Gaulle à Londres (racontés par exemple par Crémieux-Brilhac) on voit comment le début fut chaotique, et combien De Gaulle apprit l’art de gouverner – notamment de Churchill.

              [Bref, je suis intuitivement davantage convaincu par votre argument sur la curiosité. Et même si je n’avais pas l’air d’être réellement d’accord, je pense que vous n’avez pas tort sur la nécessité d’avoir la volonté de sacrifier tout à sa vocation.]

              Pour moi, la curiosité est en effet une condition sine qua non. D’ailleurs, je ne trouve pas dans l’histoire un homme d’Etat qui ne fut pas curieux. Je pense que la volonté de puissance implique nécessairement un intérêt pour l’ensemble des domaines de l’aventure humaine.

              [Hollande -et vous ici même- mettez effectivement le doigt sur un vrai problème : on ne peut pas être un Président digne de ce nom avec sa femme qui va travailler comme n’importe quel salariée, ses enfants qui vont à l’école et à l’université comme n’importe quels jeunes, etc. Bref, il y a un peu une incompatibilité entre l’attente que les Français ont de la fonction présidentielle, et l’évolution actuelle des mœurs.]

              Oui, tout à fait. Mais c’est vrai pour toute passion. On ne fait pas une découverte majeure, on ne crée pas un laboratoire, une entreprise, une école, on n’assure pas la grandeur d’un Etat sans une « passion dévorante » (et j’insiste lourdement sur ce terme). C’est pourquoi l’idéologie petit-bourgeoise qui prétend « concilier vie familiale et vie professionnelle » et l’ennemi de toute grandeur, de toute passion.

              [Concrètement, un Président doit accepter de sacrifier sa famille.]

              Et pas seulement. Famille, amis, hobbies… mais encore une fois, ce n’est pas limité au président.

              [Ce que -assez heureusement d’ailleurs- pas grand monde n’est prêt à faire.]

              Pourquoi « assez heureusement » ? Moi, je trouve ça extrêmement triste, au contraire.

  11. Jean-Claude Delaunay dit :

    Bonjour, cher camarade René, Je lis toujours avec grand intérêt vos chroniques et commentaires et vous remercie sincèrement d’y consacrer votre énergie. Il se trouve que, l’âge me le permettant, j’écris moi aussi, mais seulement quelques modestes billets, plus directement orientés sur la rationalité du socialisme à notre époque. Vous surprendrais-je en vous disant que si le socialisme me paraît rationnel, force est pour moi de constater que mes compatriotes ne semblent guère vouloir oeuvrer pour sa réalité? Mais alors, cela voudrait-il dire qu’il ne suffit pas de penser pour être? Puis-je vous demander, cher camarade René, sans vouloir intervenir trop lourdement dans vos occupations, ce qu’il faudrait faire à votre avis pour que la grande bourgeoisie et sa nombreuse valetaille soient définitivement congédiées de nos villes et de nos villages?   Jean-Claude Delaunay  

    • Descartes dit :

      @ jean-Claude Delaunay

      [Vous surprendrais-je en vous disant que si le socialisme me paraît rationnel, force est pour moi de constater que mes compatriotes ne semblent guère vouloir œuvrer pour sa réalité ? Mais alors, cela voudrait-il dire qu’il ne suffit pas de penser pour être ?]

      Quand vous écrivez que « le socialisme vous paraît rationnel », j’imagine que vous entendez par là que c’est l’organisation la plus « rationnelle » de la société pour maximiser le bien-être global des citoyens. Seulement voilà, si le socialisme implique un meilleur niveau de vie pour les travailleurs, il implique aussi une baisse du niveau de vie du « bloc dominant ». Il est donc parfaitement « rationnel » pour ce dernier d’utiliser le rapport de force qui lui est favorable pour défendre ses intérêts…

      [Puis-je vous demander, cher camarade René, sans vouloir intervenir trop lourdement dans vos occupations, ce qu’il faudrait faire à votre avis pour que la grande bourgeoisie et sa nombreuse valetaille soient définitivement congédiées de nos villes et de nos villages ?]

      Agiter la baguette magique et prononcer la formule ? Non, il n’existe pas de solution magique. Ce sont les rapports de force qui déterminent l’évolution des sociétés, et en ce moment ce rapport de force est largement en faveur d’un bloc dominant constitué des classes intermédiaires alliées à la bourgeoisie. Et tant qu’il en sera ainsi, il n’y a pas grande chose à faire… si ce n’est de forger les armes intellectuelles qui permettront de profiter de tout changement dans le rapport de forces…

  12. Luc dit :

    [La fonction du deuil, c’est de permettre aux vivants de continuer avec leurs vies malgré tout. Pour moi, tant que le cadavre de « la gauche » sera au milieu du salon, on n’arrivera à rien faire de nouveau. Ma proposition, c’est qu’on constate sa mort, qu’on l’enterre avec tous les honneurs, qu’on la pleure dignement… et qu’on passe à la suite. C’est la condition sine qua non pour passer à autre chose. Mais aussi longtemps que ce processus ne sera pas fait, nous continuerons dans une sorte de circularité, avec à chaque élection le débat récurrent sur « l’union de la gauche », comme si « la gauche » était encore vivante. On se croirait dans « Un jour sans fin »…]
    IGNORER L’ANCRAGE DE LA GAUCHE DANS LA SOCIETE FRANçAISE EST UNE ILLUSION JUVENILE ,au moins depuis le XVIIIième siècle ,non ?
    Sous votre pseudo cher Descartes,différentes plumes s’expriment,n’est ce pas ?
    Cette illusion juvénile a t elle été écrite par la même qui écrivait il y a quelques mois: ‘Etre Marxiste,c’est d’abord considérer que si la situation est telle qu’elle est,c’est qu’il y a des raison profondes à ce qu’elle le soit’ ?

    • Descartes dit :

      @ Luc

      [IGNORER L’ANCRAGE DE LA GAUCHE DANS LA SOCIETE FRANCAISE EST UNE ILLUSION JUVENILE, au moins depuis le XVIIIième siècle, non ?]

      Non. D’abord, il faudrait s’entendre sur ce qu’on appelle « la gauche ». Parce que ce n’est pas parce qu’on s’assied à la même place dans une assemblée qu’on a les mêmes idées. « La gauche » en 1793 ne veut pas dire la même chose que « la gauche » en 1936, 1945, 1949, 1974, 1981, 1992 ou 2012. Alors, quand vous parlez de l’ancrage de « la gauche » dans la société française, c’est quoi exactement « la gauche » dont vous parlez ?

      « La gauche » est aujourd’hui un astre mort. Nous recevons encore – faiblement – la lumière qu’elle a émise il y a longtemps, mais l’objet n’existe plus. Si je vous demande de me définir ce qu’est une « politique de gauche », vous me décrirez certainement ne politique qui est exactement l’inverse de ce que « la gauche » a fait au pouvoir. Alors, cela veut dire quoi une « gauche » qui systématiquement ne fait pas une « politique de gauche » ?

      [Sous votre pseudo cher Descartes, différentes plumes s’expriment, n’est-ce pas ?]

      Non. Pour certains papiers sur des sujets que je connais mal, je demande des propositions à des amis qui sont des experts du sujet, mais l’écriture est toujours la mienne.

      [Cette illusion juvénile a-t-elle été écrite par la même qui écrivait il y a quelques mois: ‘Etre Marxiste, c’est d’abord considérer que si la situation est telle qu’elle est, c’est qu’il y a des raisons profondes à ce qu’elle le soit’ ?]

      Je ne vois pas où est la contradiction. La « situation telle qu’elle est » est que la confrontation entre « la gauche » et « la gauche » n’intéresse plus grand monde. La grande majorité des Français se fout totalement aujourd’hui de savoir si un candidat est « de droite » ou « de gauche ». La plupart s’abstient, ou vote en dehors de toute discipline de cette nature. On observe d’ailleurs de plus en plus des électeurs qui votent « à gauche » dans une élection et « à droite » à la suivante. On a un président de la République qui a été élu en prêchant l’effacement de la division « droite/gauche », nous avons un gouvernement qui mélange allégrement des gens venus de « la droite » et de « la gauche ». Dans ce contexte, dire que « la gauche est ancrée dans la société française » me semble pour le moins aventureux.

  13. Claustaire dit :

    Pour qui voudrait, aisément, néanmoins vérifier la différence entre des élus de gauche et des élus de droite sur un sujet sociétal fondamental ayant trait à l’ultime liberté des citoyens, on se rapportera (pour les abonnés) à cet article du Monde rendant compte de la décision de 5 députés L.R. (dont P. Hetzel, arrondissement de Saverne, Bas-Rhin) qui arriveront par l’accumulation d’amendements à empêcher le vote d’une loi favorable à une législation sur le droit à l’assistance médicale au suicide.
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/04/06/avec-3-000-amendements-deposes-a-l-assemblee-l-adoption-de-la-proposition-de-loi-sur-le-droit-a-l-euthanasie-compromis_6075698_823448.html
     
     
     

    • Descartes dit :

      @ Claustaire

      [Pour qui voudrait, aisément, néanmoins vérifier la différence entre des élus de gauche et des élus de droite sur un sujet sociétal fondamental (…)]

      Franchement, je ne vois pas très bien où est le « sujet sociétal fondamental ». Mais en admettant même que la question de l’euthanasie en soit un, je ne vois pas non plus où est la « différence entre des élus de gauche et des élus de droite ». Il y a parmi les députés qui soutiennent le texte des élus venus de droite comme de gauche (Marine Brenier (LR) est mentionnée dans l’article). Et j’imagine qu’il doit y avoir parmi les élus de gauche certains qui ne sont pas favorables à la proposition de loi… mais qui se garderont bien de le dire, vu le climat de tolérance qui règne aujourd’hui de ce côté là de l’hémicycle.

      • claustaire dit :

        Si pour vous il n’y a plus de différence entre l’exigence à l’autonomie (propre à une démocratie humaniste, plutôt de gauche libératrice) de la soumission à une hétéronomie (propre par exemple à une théocratie ou à une idéocratie donnée comme supérieure, plutôt de droite aliénante), on comprend que vous ne voyiez pas où est le sujet fondamental dans cette question de vie ou de mort que postule le droit à l’ultime liberté d’en terminer (en bénéficiant de l’assistance médicale dont nous disposons) et que d’autres refuseront au nom de leurs propres convictions ou autres desseins supérieurs.

        • Descartes dit :

          @ Claustaire

          [Si pour vous il n’y a plus de différence entre l’exigence à l’autonomie (propre à une démocratie humaniste, plutôt de gauche libératrice) de la soumission à une hétéronomie (propre par exemple à une théocratie ou à une idéocratie donnée comme supérieure, plutôt de droite aliénante),]

          De grâce, évitons les étiquettes et les amalgames. Sur ce blog, le but est d’échanger des arguments, pas des noms d’oiseau. Le gambit « si vous n’êtes pas d’accord avec moi vous êtes un affreux droitier partisan de la théocratie, plutôt de droite aliénante » ne fonctionne pas ici.

          Doit-on satisfaire « l’exigence d’autonomie » dans tous les cas ? Une telle posture conduit-elle forcément à une société plus heureuse, plus libre, plus harmonieuse ? La réponse n’a rien d’évident. Ainsi, par exemple, dans une démonstration « d’hétéronomie », la loi vous interdit de vendre vos organes ou votre sang. Doit-on voir dans cette interdiction une affreuse aliénation ou une idéocratie en marche ?

          [on comprend que vous ne voyiez pas où est le sujet fondamental dans cette question de vie ou de mort que postule le droit à l’ultime liberté d’en terminer (en bénéficiant de l’assistance médicale dont nous disposons) et que d’autres refuseront au nom de leurs propres convictions ou autres desseins supérieurs.]

          Oui, comme d’autres « refusent au nom de leurs propres convictions ou autres desseins supérieurs » la liberté de vendre votre rein ou votre poumon, ou celle de louer votre ventre. J’attire aussi votre attention que même les partisans les plus acharnés de l’euthanasie combattent l’idée qu’on puisse légaliser l’aide au suicide en général. Or, si je reprends votre raisonnement sur « l’autonomie », pourquoi serait-il criminel d’aider au suicide une personne de 18 ans et pas une personne de 80 ans ? A partir de quel âge a-t-on le droit d’aider une personne qui a décidé que sa vie ne vaut plus la peine d’être vécue de mettre fin à ses jours ?

          Pour moi, la question fondamentale est de concilier la liberté de l’individu et le fonctionnement harmonieux de la société. L’expérience a montré combien il est dangereux pour une société d’afficher le fait que certaines vies seraient sacrées, et d’autres pas. Et c’est pourquoi je pense que la loi ne doit pas ouvrir cette porte. L’euthanasie est pratiquée couramment, et tout le monde le sait parfaitement. Lorsqu’elle est justifiée, les juges font en général preuve de bienveillance. Mais il faut que cela reste un geste grave. Légaliser, c’est banaliser.

          • CVT dit :

            @Descartes,

            [L’euthanasie est pratiquée couramment, et tout le monde le sait parfaitement. Lorsqu’elle est justifiée, les juges font en général preuve de bienveillance. Mais il faut que cela reste un geste grave. Légaliser, c’est banaliser.]

            Ah, merci!!! Je me sens moins seul🙂! Surtout, ne touchons à rien, notre législation sur le sujet est très faite, couvre beaucoup de cas et est particulièrement humaine!
            Quant à l’euthanasie en elle-même, je suis à peu près certain que j’y aurais effectivement recours le cas échéant, si un de mes proches me le demandait, au risque même de passer devant le juge; car tuer une personne, même à l’agonie et suppliant de la soulager, n’est pas anodin.
             
            Je veux éviter ce qu’il se passe en Belgique, où j’ai un temps habité,  et où le suicide assisté (même si on parle d’euthanasie active…) est légal. Depuis une vingtaine d’années, il y a de telles dérives (je songe notamment à l’euthanasie sans consentement des mineurs…) que je ne souhaite jamais qu’il soit pratiqué dans notre pays…
            Ce que je vais écrire pourra paraître cruel, mais tant pis pour les partisans de la banalisation de l’euthanasie en France qui voudraient imposer leur “confort individuel” au détriment de l’intérêt général…
             
            Enfin, sur une thématique connexe, j’aimerais comprendre quelque chose: pourquoi veut-on autoriser le “suicide assisté” en France, dans le cas où une personne saine de corps et d’esprit (sic!) souhaite attenter à ses jours?
            Selon moi, le suicide est l’expression ultime du libre-arbitre, et je comprends mal le discours de gens qui voudraient que la société endosse une responsabilité que le “suicidaire” refuse…

            • Descartes dit :

              @ CVT

              [Quant à l’euthanasie en elle-même, je suis à peu près certain que j’y aurais effectivement recours le cas échéant, si un de mes proches me le demandait, au risque même de passer devant le juge; car tuer une personne, même à l’agonie et suppliant de la soulager, n’est pas anodin.]

              Exactement. Tuer quelqu’un ou l’aider à mourir, doit rester une décision difficile et une grande responsabilité. Celui qui accomplit cet acte doit être prêt à s’engager. Transformer le processus en une simple démarche administrative, c’est déresponsabiliser les acteurs et transférer la responsabilité sur l’Etat.

          • Claustaire dit :

            Sur cette notion (récusée par vous) de gauche/droite, et sans vous jeter aucun nom d’oiseau mais juste pour faire avancer la commune réflexion, je vous ai proposé de recourir aux notions d’autonomie/hétéronomie, permettant d’opposer d’authentiques démocrates (pour lesquels toute loi doit venir du peuple, être élaborée par le peuple et pour le peuple) à d’authentiques autocrates, théocrates ou idéocrates, pour lesquels le Pouvoir ou la Loi ne peut tomber que d’en haut sur un peuple qui se contentera d’obéir et servir.
             
            Or, personne (qui se voudrait de gauche ou authentiquement démocrate, pour moi c’est le coeur de la notion), au nom de quelque sacré ou tabou que ce soit, ne peut prétendre interdire à un peuple de voter les lois qu’il souhaitera se donner.
             
            Quand on se dit de gauche, on défend la démocratie, alors qu’à l’opposé (à droite donc), on ne manque pas d’expliquer au bon petit peuple qu’il est des lois supérieures aux siennes, qu’elles viennent du Ciel, de l’Argent ou de la Naissance.
             
             
            Et, comme par hasard, le récent débat ouvert à l’A.N. sur l’assistance médicale à mourir a permis de constater que les seuls députés qui s’opposaient à ce débat et ont sur l’interdire grâce à leur avalanche d’amendements étaient cinq députés de droite estimant que leur seule âme & conscience leur permettait d’interdire à d’autres de s’exprimer. Ce qui permet de vérifier que les notions de droite (d’antidémocrates) couvrent bien des attitudes antidémocratiques à distinguer du camp opposé (de démocrates).
             

            • Descartes dit :

              @ Claustaire

              [Sur cette notion (récusée par vous) de gauche/droite, et sans vous jeter aucun nom d’oiseau mais juste pour faire avancer la commune réflexion, je vous ai proposé de recourir aux notions d’autonomie/hétéronomie, permettant d’opposer d’authentiques démocrates (pour lesquels toute loi doit venir du peuple, être élaborée par le peuple et pour le peuple) à d’authentiques autocrates, théocrates ou idéocrates, pour lesquels le Pouvoir ou la Loi ne peut tomber que d’en haut sur un peuple qui se contentera d’obéir et servir.]

              Certes, mais curieusement vous avez fait l’association « autonomie = gauche » et « hétéronomie = droite ». Or, cette équivalente n’a rien d’évident : avec le néolibéralisme, l’autonomie devient une valeur de droite, alors que le discours de gauche, avec son insistance sur le collectif et sur la prééminence de la loi sur le contrat, se place plutôt du côté de l’hétéronomie.

              Même problème avec votre opposition entre « authentiques démocrates » et « théocrates ou idéocrates ». D’abord, vous noterez que l’idée que « toute loi doit venir du peuple » est en elle-même une forme « d’idéocratie ». Apres tout, c’est une idée comme une autre, et l’ériger en principe universel n’a rien d’évident – d’autant plus qu’elle laisse dans une certaine obscurité la forme sous laquelle le peuple exprime sa volonté. Ensuite, vous noterez que l’idéocratie se retrouve autant sinon plus « à gauche » qu’à « droite ».

              [Or, personne (qui se voudrait de gauche ou authentiquement démocrate, pour moi c’est le cœur de la notion), au nom de quelque sacré ou tabou que ce soit, ne peut prétendre interdire à un peuple de voter les lois qu’il souhaitera se donner.]

              Sauf que votre raisonnement fabrique un « sacré », qui est la parole du peuple, non ?
              Le problème de votre raisonnement, est que le peuple ne peut « voter » quoi que ce soit. Si vous faites du peuple le législateur ultime, il vous reste à expliquer comment le peuple fait connaître sa volonté. Et il semble difficile de répondre à cette question sans passer par « l’idéocratie »…

              [Quand on se dit de gauche, on défend la démocratie, alors qu’à l’opposé (à droite donc), on ne manque pas d’expliquer au bon petit peuple qu’il est des lois supérieures aux siennes, qu’elles viennent du Ciel, de l’Argent ou de la Naissance.]

              Fort bien : d’où vient la loi qui dit que « le peuple peut voter les lois qu’il souhaite » ? Il est clair qu’une telle loi devrait être « supérieure » à toute loi faite par le « bon petit peuple », sans quoi vous avez un paradoxe. Vous devriez lire Hans Kelsen…

              [Et, comme par hasard, le récent débat ouvert à l’A.N. sur l’assistance médicale à mourir a permis de constater que les seuls députés qui s’opposaient à ce débat et ont sur l’interdire grâce à leur avalanche d’amendements étaient cinq députés de droite estimant que leur seule âme & conscience leur permettait d’interdire à d’autres de s’exprimer.]

              Attendez, attendez. Les cinq députes en question ont utilisé des dispositions régulières inscrites au règlement de l’Assemblée. Leur action est donc aussi représentative du « peuple » que celle de ceux qui soutenaient la proposition de loi… Si vous êtes « démocrate », vous devez considérer que le peuple ne s’exprime qu’à travers une procédure définie par le droit positif, et que toute décision qui respecte cette procédure représente « la volonté du peuple ». Autrement dit, si le texte sur l’euthanasie n’a pas été voté, CETTE DECISION REPRESENTE LA VOLONTE DU PEUPLE…

              Si l’obstruction est possible, c’est parce que les élus l’ont inscrite dans le règlement de l’Assemblée. Et les élus représentent la volonté du peuple – ou alors il aurait fallu remettre en question la légitimité de la proposition de loi sur l’euthanasie même dans l’hypothèse où elle aurait été votée. Dès lors, l’obstruction fait partie du mécanisme par lequel le peuple s’exprime.

              [Ce qui permet de vérifier que les notions de droite (d’antidémocrates) couvrent bien des attitudes antidémocratiques à distinguer du camp opposé (de démocrates).]

              Mais le camp opposé, permettez-moi de vous le rappeler, a lui aussi utiliser l’obstruction pour ralentir ou empêcher l’adoption des textes qui ne lui plaisaient pas. Quand « la gauche » utilisa avec succès l’obstruction pour empêcher la privatisation de la Régie Renault, était-elle « antidémocratique » ?

            • claustaire dit :

              L’idée que « toute loi doit venir du peuple » est simplement la définition de la démocratie, laquelle est bien sûr une idéocratie, dont le pouvoir vient de l’idée que le peuple se fait lui-même de ses droits et devoirs, sur laquelle nulle entité supérieure à lui (le peuple) ne pourrait primer.
               
              Et ce n’est pas à vous qu’il faudrait apprendre, je pense, comment un peuple, en démocratie, exprime ses volontés.
               
              Mais laissons, pour le moment, sur ce sujet, notre échange mourir de sa belle mort, sans nécessaire assistance à son agonie 🙂

            • Descartes dit :

              @ claustaire

              [L’idée que « toute loi doit venir du peuple » est simplement la définition de la démocratie, laquelle est bien sûr une idéocratie, dont le pouvoir vient de l’idée que le peuple se fait lui-même de ses droits et devoirs, sur laquelle nulle entité supérieure à lui (le peuple) ne pourrait primer.]

              Sauf que, comme le dit Kelsen, il faut bien que quelqu’un institue la manière dont le peuple fait connaître sa volonté, et que ce quelqu’un ne peut être le peuple lui-même sans tomber dans un paradoxe évident. Autrement dit, le peuple ne peut être le constituant originel. Il vous faut donc compter sur quelqu’un pour constituer le peuple en son nom… et ce constituant « prime » de toute évidence sur le peuple ! C’est d’ailleurs pourquoi dans notre ordre constitutionnel la souveraineté réside non pas dans le peuple, mais dans la nation – c’est-à-dire, dans le peuple constitué.

              J’ajoute que définir la démocratie comme le régime dans laquelle « toute loi doit venir du peuple » n’a pas grand sens si l’on ne définit pas ce qu’on entend par « peuple »… et c’est là un très vaste programme.

              [Et ce n’est pas à vous qu’il faudrait apprendre, je pense, comment un peuple, en démocratie, exprime ses volontés.]

              Si, il le faudrait. Parce que ce que je constate, c’est que selon les pays et les époques, le peuple exprime sa volonté de manières totalement différentes, et qu’aucune ne semble pouvoir être considéré objectivement meilleure que les autres. J’en déduis que l’affaire n’est pas aussi simple que vous ne la faites…

      • bip dit :

        @ Descartes
         
        [Franchement, je ne vois pas très bien où est le « sujet sociétal fondamental »]
         
        Savoir si ça vaut le coup de rester enfermés chez nous pour sauver des gens qu’on veut suicider ?
         
        [Mais en admettant même que la question de l’euthanasie en soit un]
         
        Hormis pour ceux qui sont en incapacité physique de le faire, à quel moment celui qui veut se suicider se dit qu’il a besoin de l’aval de la société et de l’aide d’un médecin pour le faire ?
        Les gens veulent pouvoir vivre leurs vies dans un individualisme forcené sans avoir aucun compte à rendre à personne, et surtout pas à la société, mais à l’heure de mourir il deviendrait subitement important d’avoir des conventions à respecter scrupuleusement ?
        Et jusqu’où va aller l’infantilisme qui voudrait que l’État s’occupe de vous tout le temps et même à l’heure de vous fournir des gens pour vous aider à mourir ?

  14. Dell Conagher dit :

    Bonjour Descartes,
    Le titre de votre article et l’expression “gauche macroniste” sont provocateurs – et visent juste -, néanmoins je pense qu’on pourrait écrire le même article d’un point de vue de droite. On a observé le même phénomène de ralliements – entre ceux qui sont directement passés de LR à LREM, de LR à la majorité gouvernementale via “Agir” et autres groupuscules Macron-compatible -, on remarque une certaine porosité entre l’électorat de droite et le vote Macron, un peu moins forte que celle de l’électorat de gauche mais pas tellement (le dernier sondage Ifop avant le premier tour de 2017 indiquait que 47% de l’électorat Hollande de 2012 comptait voter pour Macron, mais également 56% de l’électorat de Bayrou et 18% de l’électorat Sarkozy du premier tour ; et le dernier sondage Ifop en date à ce jour indique que 25% de l’électorat Fillon en 2017 compte voter pour Macron l’an prochain – en revanche, le vote Macron-2017 -> LR-2022 a l’air inexistant). Et, enfin, on observe que LR a bien du mal à se positionner dans l’opposition à Macron puisqu’il applique la politique qu’ils souhaitent. On aurait du mal à trouver cinq mesures de la présidence Macron qui auraient été impensables pour un gouvernement Fillon, et inversement, cinq mesures d’un gouvernement Fillon hypothétique qui auraient été impensables pour un gouvernement Macron. Comme vous, on pourrait écrire, “lecteur de droite, est-ce que cela changera quelque chose de remplacer Macron par Bertrand, Pécresse ou Baroin ?”. Bref, on pourrait probablement réécrire cet article avec le titre “Macron, président de droite”, en opposant “droite macroniste” et “droite non-macroniste”. Et ce serait probablement correct aussi…
    Bon, je pense que je ne dis rien de bien neuf ici, sinon ce qui a déjà été répété de nombreuses fois sur ce blog, à savoir que tous ces partis font la même politique depuis Mitterrand, et que Macron a juste permis de clarifier les choses. Pour essayer de voir un peu plus loin : pensez-vous qu’il reste des “forces vives” encore récupérables pour un projet progressiste dans ce qui se fait encore appeler “la gauche” et “la droite” ?

    • Descartes dit :

      @ Dell Conagher

      [Le titre de votre article et l’expression “gauche macroniste” sont provocateurs – et visent juste -, néanmoins je pense qu’on pourrait écrire le même article d’un point de vue de droite. On a observé le même phénomène de ralliements – entre ceux qui sont directement passés de LR à LREM, de LR à la majorité gouvernementale via “Agir” et autres groupuscules Macron-compatible -, on remarque une certaine porosité entre l’électorat de droite et le vote Macron, un peu moins forte que celle de l’électorat de gauche mais pas tellement]

      Vous avez raison. Mais la situation n’est pas symétrique. Il n’y a à priori rien de surprenant à ce que les militants de la droite rejoignent un président qui se proclame libéral, qui fait l’éloge de la privatisation, qui étale son eurolâtrie extrême, qui prétend simplifier – code pour démanteler – le code du travail, qui défend les « premiers de cordée » contre les affreux égalitaristes. Que des gens « de droite » soient séduits par ce discours n’est en rien étonnant, et ne remettrait pas en cause l’existence d’une différence de positionnement entre « la droite » et « la gauche ».

      Ce qui par contre devrait surprendre ceux qui croient encore à cette différence, c’est le fait que ce même discours ait pu séduire des personnalités venant de « la gauche ».

      [Et, enfin, on observe que LR a bien du mal à se positionner dans l’opposition à Macron puisqu’il applique la politique qu’ils souhaitent. On aurait du mal à trouver cinq mesures de la présidence Macron qui auraient été impensables pour un gouvernement Fillon, et inversement, cinq mesures d’un gouvernement Fillon hypothétique qui auraient été impensables pour un gouvernement Macron.]

      Oui mais… arrivez-vous à trouver cinq mesures du gouvernement Macron qui auraient été impensables pour Mitterrand ou Hollande ? Et à l’inverse, cinq mesures prises par Mitterrand (après 1983, s’entend) ou Hollande et qui seraient impensables sous Macron ?

      [Comme vous, on pourrait écrire, “lecteur de droite, est-ce que cela changera quelque chose de remplacer Macron par Bertrand, Pécresse ou Baroin ?”. Bref, on pourrait probablement réécrire cet article avec le titre “Macron, président de droite”, en opposant “droite macroniste” et “droite non-macroniste”. Et ce serait probablement correct aussi…]

      Cela prouverait mon point, à savoir, que le fossé « gauche/droite » n’a plus de sens, puisque remplacer Macron par une personnalité de gauche ou par une personnalité de droite serait parfaitement indifférent…

      Cela étant dit, le « bloc dominant » n’est pas tout à fait homogène, et certains secteurs à gauche comme à droite permettent une petite marge de manœuvre. Ainsi, par exemple, la politique nucléaire de Sarkozy n’était pas tout à fait la même que celle de Hollande ou de Macron…

      [Pour essayer de voir un peu plus loin : pensez-vous qu’il reste des “forces vives” encore récupérables pour un projet progressiste dans ce qui se fait encore appeler “la gauche” et “la droite” ?]

      Oui, je le pense. Mais pour mobiliser ces « forces vives », il me semble nécessaire de dépasser l’enfermement dans la logique « gauche vs. droite » et examiner les projets et les idées sur leurs propres mérites, et non sous ce prisme.

      Il fut une époque où « Le Nouvel Obs » (organe officiel des classes intermédiaires) prétendait que le camembert était « de gauche » alors que le roquefort était « de droite ». Et bien, moi je veux pouvoir manger le fromage dont le goût me plait sans avoir à me soucier des étiquettes…

  15. Luc dit :

    LES CONNIVENCES DE MACRON AVEC  les hommes d’affaires français,sont dus à sa proximité avec eux.Sarkozy et ses réseaux,les Rocardiens,les Strauss Kahniens,tous les réseaux de l’étét profond libéral l’ont soutenu.
    Mais depuis la Covid 19 et ‘son quoi qu’il en coûte’,Macron se sent peut être pousser des ailes pour s’émanciper du Médef.
    Marc Endelweld décrit le Macron ancien dans la vidéeo ci dessous:

    Mais qui nous dit que Macron n’ira pas chercher à gauche son avenir politique comme l’on tait De Gaulle et Mitterand venus tous les 2 de la Droite ?

    • Descartes dit :

      @ Luc

      [Mais qui nous dit que Macron n’ira pas chercher à gauche son avenir politique comme l’on tait De Gaulle et Mitterand venus tous les 2 de la Droite ?]

      Macron et un homme de gauche… qui irait plutôt chercher son avenir à droite !

  16. Geo dit :

    @Descartes
    [C’est le véritable problème : nous vivons dans une société frileuse, qui a perdu confiance dans sa capacité collective à infléchir son destin.]
    Certainement. C’est une attitude qui peut changer mais probablement pas dans l’année électorale à venir, qui sera accablante de nullité, je le crains.
     

  17. CVT dit :

    @Descartes,
     
    je viens d’apprendre incidemment qu’en réponse à la crise des Gilets Jaunes, P’tit Cron vient d’annoncer la suppression de l’ENA!!! En bon pervers narcissique, ce type me rend dingue: c’est un peu comme si à la question “quelle heure est-il?”, il me répondait “il fait 25°C”!!!!  C’est complètement ubuesque 🤯!
     
    Je ne crois pas me souvenir que les GJ avaient réclamé la suppression de l’ENA, juste une République qui ne délaisse pas les 60% des Français périphériques (cf C.Guilluy) au profit d’une mondialisation illusoire! Disons que Jupiteux cherche sournoisement à régler des comptes au niveau de l’Etat, ou encore, à accélérer un peu plus sa désorganisation😡!
     
    Micron Démission!!!

    • Descartes dit :

      @ CVT

      [Je viens d’apprendre incidemment qu’en réponse à la crise des Gilets Jaunes, P’tit Cron vient d’annoncer la suppression de l’ENA!!!]

      Macron fait partie de cette triste génération de politiciens qui, étant incapables de rien créer, se font une fierté de leur capacité à détruire. On ne compte plus les ministres fiers d’avoir arrêté un chantier, d’avoir fermé un projet, d’avoir supprimé une institution… C’est Nietzche je crois qui voyait dans la capacité de détruire la preuve de la vitalité d’un être.

      • Jopari dit :

        Alexandre Dumas l’a bien dit, que “l’orgueil de ceux qui ne peuvent édifier est de détruire.” Érostrate l’a bien prouvé, et plein de tueurs en série ne trouvent leur accomplissement que par le meurtre, ayant raté toutes les autres opportunités..

  18. Patriote Albert dit :

    La gauche était l’incarnation des classes intermédiaires ascendantes; à partir du moment où la société se bloque et le déclassement augmente, n’est-ce pas logique que cette gauche périclite? Nous assistons à une recomposition du champ politique, qui me fait immanquablement penser à cette citation de Gramsci: “le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître” (sauf que je ne sais pas quels monstres peuvent surgir de ce clair-obscur). A ce titre, je trouve les appels à l’union de la gauche tragi-comiques: d’une part car il paraît de plus en plus difficile de trouver des marqueurs “de gauche”, comme vous l’avez dit, et d’autre part car on dirait que les différents protagonistes de cette farce ne se rendent pas compte qu’ils visent un gateau qui jour après jour ne cesse de rétrécir, par la mécanique des rapports sociaux qui désagrège la base électorale de ce camp.
    Je suis en train de lire le dernier livre d’Emmanuel Todd, et je suis tout à fait séduit par la thèse de l’auteur: ce qui marque la France, ce n’est pas une augmentation des inégalités sociales comme aux Etats-Unis, mais une baisse généralisée du niveau de vie due à notre appartenance à l’UE, qui épargne seulement une petite élite. En même temps, les différences religieuses ou de structure familiale s’estompent, et la classe sociale devient (de nouveau?) le critère essentiel de structuration de l’espace social. Cela est conforme aux analyses de Jérôme Sainte-Marie pour qui la dynamique électorale tend à se structurer autour de deux blocs: le bloc élitaire autour d’Emmanuel Macron, et le bloc populaire autour de Marine Le Pen. Il est d’ailleurs piquant de noter que les deux auteurs suscités font appel à Marx pour leur analyse, tout en se défendant d’être marxistes.
    A partir de là, le problème actuel est qu’il existe un véritable terrorisme intellectuel autour des questions dites “d’extrême-droite” (mais en fait de gauche), qui persiste de générations en générations (comme je le constate avec mes élèves), et empêche de nombreuses personnes parmi les classes intermédiaires de nouer des alliances avec le bloc populaire en formation. Car finalement, qu’est-ce qui peut expliquer que les votes qui ont pu mener à un gouvernement Lega – Mouvement 5 étoiles en Italie, ou qui ont pu choisir le Brexit au Royaume-Uni, n’arrivent pas à se coaliser en France?

    • Descartes dit :

      @ Patriote Albert

      [La gauche était l’incarnation des classes intermédiaires ascendantes ; à partir du moment où la société se bloque et le déclassement augmente, n’est-ce pas logique que cette gauche périclite ?]

      Je nuancerai le propos. « La gauche » n’existe pas après 1945. Les socialistes épousent dès 1947 les positions maccarthystes, le PCF se retrouve envoyé dans le ghetto. Le système électoral est établi de manière à permettre des alliances entre la SFIO et la droite (ce qu’on appelait « la troisième force »), laissant communistes et gaullistes en dehors du jeu. Les logiques de liste commune ou de désistement réciproque à gauche sont à l’époque inconnues, et un leader SFIO préfère appeler à voter à droite plutôt que communiste.

      Il faut attendre que le retour au pouvoir de De Gaulle projette la gauche non-communiste dans l’opposition sans espoir de retour au pouvoir dans un schéma de « troisième force » pour que « la gauche » prenne une consistance. « La gauche » est donc surtout fille de la Vème République et du scrutin majoritaire, qui empêche la gauche non-communiste de se vautrer dans les délices des « combinazione » qui ont rythmé la IVème République. Est-ce dans ces conditions étonnant que les partisans de la VIème République – presque tous issus du PS mitterrandien – soient en fait des nostalgiques de la IVème ?

      « La gauche » fut l’instrument des classes intermédiaires ascendantes pour prendre le pouvoir en utilisant les couches populaires comme masse de manœuvre. Une fois devenues dominantes, elles se sont empressées d’établir une alliance avec la bourgeoisie et de renvoyer les couches populaires aux oubliettes. A partir de là, « la gauche » ne pouvait que péricliter, puisqu’elle n’était plus qu’une illusion.

      [Nous assistons à une recomposition du champ politique, qui me fait immanquablement penser à cette citation de Gramsci: “le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître” (sauf que je ne sais pas quels monstres peuvent surgir de ce clair-obscur).]

      Pardon, mais je ne vois pas ce qui vous fait dire que « le nouveau monde tarde à apparaître ». Le nouveau monde est là. Et le fait qu’il ne corresponde pas à nos espérances ne change en rien ce fait. Les nostalgiques de cette « troisième force » réunissant une « gauche modérée » et une « droite modérée » communiant dans les mêmes politiques ont largement gagné, et Macron est d’une certaine manière leur triomphe.

      [Je suis en train de lire le dernier livre d’Emmanuel Todd, et je suis tout à fait séduit par la thèse de l’auteur : ce qui marque la France, ce n’est pas une augmentation des inégalités sociales comme aux Etats-Unis, mais une baisse généralisée du niveau de vie due à notre appartenance à l’UE, qui épargne seulement une petite élite.]

      Je me méfie de cette thèse parce qu’elle me semble peu réaliste : pourquoi la grande masse des classes intermédiaires voterait pour des gouvernants qui font baisser son niveau de vie ? On peut expliquer par l’aliénation le vote des couches populaires. Mais pourquoi les classes intermédiaires, qui dominent le champ des idées et bénéficient de conditions de vie de bon niveau, soutiennent un programme européen qui n’épargnerait « qu’une petite élite » ? L’idée qu’un système pourrait fonctionner alors qu’il dégrade le niveau de vie de tout le monde sauf une « petite élite » me semble aller contre toute analyse historique. Ce genre de théories à mon sens visent un seul objectif : remettre intellectuellement les classes intermédiaires dans le camp des « opprimés » et donc légitimer leurs revendications.

      [En même temps, les différences religieuses ou de structure familiale s’estompent, et la classe sociale devient (de nouveau?) le critère essentiel de structuration de l’espace social. Cela est conforme aux analyses de Jérôme Sainte-Marie pour qui la dynamique électorale tend à se structurer autour de deux blocs: le bloc élitaire autour d’Emmanuel Macron, et le bloc populaire autour de Marine Le Pen.]

      Admettons. Mais le « bloc élitaire » n’est donc pas une « petite élite ». Après tout, pas loin d’un Français sur quatre a voté pour lui au premier tour de l’élection présidentielle, et deux sur trois au second.

      [Il est d’ailleurs piquant de noter que les deux auteurs suscités font appel à Marx pour leur analyse, tout en se défendant d’être marxistes.]

      Tout le monde est « marxiste » aujourd’hui. Même si tout le monde s’en défend, les concepts et les outils d’analyse du marxisme sont passés dans le patrimoine commun de l’humanité…

      [A partir de là, le problème actuel est qu’il existe un véritable terrorisme intellectuel autour des questions dites “d’extrême-droite” (mais en fait de gauche), qui persiste de générations en générations (comme je le constate avec mes élèves), et empêche de nombreuses personnes parmi les classes intermédiaires de nouer des alliances avec le bloc populaire en formation.]

      Soyez raisonnable : pourquoi les « classes intermédiaires » iraient nouer des alliances avec le « bloc populaire », alors que c’est le « bloc élitaire » qui sert leurs intérêts ? Vous postulez ici un intérêt commun entre les classes intermédiaires et les couches populaires, alors que le problème aujourd’hui est précisément que cet intérêt n’existe pas !

      [Car finalement, qu’est-ce qui peut expliquer que les votes qui ont pu mener à un gouvernement Lega – Mouvement 5 étoiles en Italie, ou qui ont pu choisir le Brexit au Royaume-Uni, n’arrivent pas à se coaliser en France ?]

      Mais vous voyez bien que, confronté à l’exercice du pouvoir, le gouvernement Lega-Cinque stelle n’a pas tenu, et que les Cinque stelle sont revenus sagement à une alliance des classes intermédiaires et de la bourgeoisie qui a jeté aux orties toute idée d’affrontement avec l’UE.

      Le cas du Brexit est plus complexe. Il y a en Grande Bretagne un conflit historique entre deux secteurs de la bourgeoisie, entre ceux qui voient l’avenir du Royaume Uni dans l’espace économique européen, et ceux qui ont la tentation du grand large et d’une insertion dans l’économie globale. Cet affrontement ne date pas d’hier, il traverse l’histoire d’Angleterre. Le Brexit est le résultat d’une convergence d’intérêts entre les couches populaires et les partisans du grand large…

    • Ian Brossage dit :

      @Patriote Albert

      qu’est-ce qui peut expliquer que les votes qui ont pu mener à un gouvernement Lega – Mouvement 5 étoiles en Italie

      La Ligue n’est pas à ma connaissance un parti particulièrement populaire. Historiquement, elle défend les intérêts des patrons du nord de l’Italie. Certes, elle a pu récemment élargir son électorat, mais on voit que la revendication d’une sortie de l’euro a été vite remisée aux oubliettes. La Ligue au pouvoir s’est surtout caractérisée par une obsession bruyante mais symbolique vis-à-vis des bateaux de migrants, et je n’ai pas entendu dire qu’ils aient voté la moindre mesure permettant d’améliorer la condition des classes populaires.
      Quant au M5S, c’est un parti de petites classes moyennes précarisées. Un peu comme le mouvement des Gilets Jaunes à ses débuts.
       

  19. Luc dit :

    Sous prétextes qu’en Avions ou TGV nous sommes à 2h de Londres,Zurich,Stasbourg ou Bruxelles,Macron préfère la Mondialisation à la Gestion locale de la France.
    DeVilliers explique horrifié que ce sont 300 quartiers où la République n’exercent plus son autorité alors qu’en France existent déjà plus de 3000 mosquées où il est diffusé très largement par les milliers d’associations affidées que comme il est écrit,à jamais,dans le Coran(irréformable puisque divin),la loi de Dieu est supérieure à la loi humaine.
    Comment peut on être optimiste à être gouverné par des gens aussi coupé des réalités ?
    L’esprit de Coblence ,règne sans vergogne sur notre Pays,où les ‘meilleurs’ ethymologiquement, des Français(les aristocrates exilés) organisaient la mort de la République et son démantellement.
    Voilà que démagogiquement Macron annonce la mort de l’ENA comme victime expiatoire de sa politique!
    Saura t il devenir De Gaulle qui regénéra le pays ou est il Pétain qui l’anéantit dans sa collaboration avec l’infame nazie?
    Est il encore temps pour Macron de faire réellement ses preuves pour devenir le grand homme dont le pays a besoin?
    à vous lire,vous ne semblez pas le penser cher Descartes ,non ?
    Est ce parceque les descendants de Pétain ont réussi une OPA sur l’opposition à la politique de Macron?
    Marine est elle vraiment crédible depuis son débat loupé de Mai 2017 avec Macron?
     
     

    • Descartes dit :

      @ Luc

      [Sous prétextes qu’en Avions ou TGV nous sommes à 2h de Londres, Zurich, Stasbourg ou Bruxelles, Macron préfère la Mondialisation à la Gestion locale de la France.]

      Je n’ai pas compris le sens de cette remarque.

      [De Villiers explique horrifié que ce sont 300 quartiers où la République n’exercent plus son autorité alors qu’en France existent déjà plus de 3000 mosquées où il est diffusé très largement par les milliers d’associations affidées que comme il est écrit, à jamais, dans le Coran (irréformable puisque divin), la loi de Dieu est supérieure à la loi humaine.]

      Vous noterez quand même que la même idée est largement diffusée dans un nombre largement supérieur d’églises. C’est le propre de toute religion de placer les commandements de son dieu au-dessus des lois humaines. La question est moins l’existence de cette injonction que la manière dont elle est interprétée. Pour le judaïsme, des siècles de coexistence en tant que minorité persécutée avec des pouvoirs non-juifs ont conduit à une interprétation qui sépare le domaine spirituel du droit positif, ce qui permet de reconnaître la supériorité de la loi de dieu dans l’un tout en déférant à l’Etat dans l’autre. Pour le catholicisme, il a fallu de très longs combats pour faire admettre une séparation de ce type – et certains secteurs de l’église ne l’ont toujours pas admis, d’ailleurs. On voit mal pourquoi ce chemin serait impossible pour l’Islam.

      [Voilà que démagogiquement Macron annonce la mort de l’ENA comme victime expiatoire de sa politique!]

      Là encore, il est injuste d’accuser Macron : il n’est pas tout seul dans cette galère. La suppression de l’ENA a été portée comme « victime expiatoire » par un certain nombre de ses prédécesseurs, de droite comme de gauche. Et je n’ai pas entendu beaucoup de ténors lever la voix pour défendre la vénérable institution…

      [Saura-t-il devenir De Gaulle qui regénéra le pays ou est-il Pétain qui l’anéantit dans sa collaboration avec l’infame nazie ? Est-il encore temps pour Macron de faire réellement ses preuves pour devenir le grand homme dont le pays a besoin? à vous lire, vous ne semblez pas le penser cher Descartes, non ?]

      Franchement, vous êtes la seule personne que je connaisse qui imagine un instant que Macron pourrait devenir un nouveau De Gaulle. Au risque de me répéter, Macron est un acteur qui joue un président de la République. Derrière la façade, il n’y a qu’un vide abyssal. Il n’y a ni projet, ni vision, ni engagement.

      [Marine est-elle vraiment crédible depuis son débat loupé de Mai 2017 avec Macron ?]

      Si Mitterrand a pu survivre politiquement à l’auto-attentat de l’Observatoire, je ne vois pas pourquoi Marine ne pourrait survivre un débat loupé. Faut arrêter de surestimer l’importance des débats télévisés. Ce n’est pas sa petite phrase (« monsieur Mitterrand, vous n’avez pas le monopole du cœur ») qui a fait gagner Giscard, et ce n’est pas le débat raté de 2017 qui a fait perdre Marine. Imaginer que l’élection se joue dans un débat, c’est insulter l’intelligence des électeurs.

  20. Timo dit :

    3ème paragraphe : “le désastreux quinquennat de François Hollande, avec ses politiques économiques est sociales erratiques”

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