Clémentine Autain, Torquemada “insoumise”

Vous me pardonnerez, chers lecteur, de laisser de côté pour une fois les grands problèmes de notre époque pour revenir aux mœurs de la secte que certains appellent « La France Insoumise », et d’autres appellent… autrement.

Tout le monde se souvient de la manière dont le journaliste et militant Taha Bouhafs, investi par LFI dans la 14ème circonscription du Rhône, avait renoncé à se présenter prétextant la violence d’une « campagne raciste » à son encontre. Peu après, des accusations de « violences sexuelles » à son encontre se sont curieusement faites jour. On nous avait expliqué que des signalements avaient été faits à au « comité de suivi des violences sexistes et sexuelles » de LFI, cette version moderne de la Sainte Inquisition, sans que l’on ne connaisse ni l’auteur, ni le contenu exact du signalement en question.

Maintenant, grâce au témoignage de Taha Bouhafs, nous en savons plus. Voici ce qu’il raconte dans une lettre ouverte publiée aujourd’hui :

« Le lundi 9 mai dernier, Clémentine Autain m’a annoncé, dans un café près du siège du mouvement, que la décision avait été prise de me désinvestir de ma candidature aux élections législatives.

Elle m’apprend que le comité de suivi contre les violences sexistes et sexuelles de La France Insoumise – dont elle m’informe ne pas être membre – a reçu une lettre contenant une accusation de violence sexuelle portée contre moi. Sous le choc, je lui demande des précisons. Elle refuse de me les donner. Je demande à être confronté à l’accusatrice ou à minima aux accusations. Elle refuse de nouveau en m’opposant la volonté de l’accusatrice de rester anonyme, sous-entendant seulement que ce serait une ancienne relation. Je proteste : comment puis-je me défendre de faits dont je ne sais rien ? Vous ne voulez même pas m’entendre ? « Non, nous ne sommes pas des juges. Pendant 1000 ans les femmes n’ont pas été entendues, tu payes peut-être aussi pour les autres, mais c’est comme ça, c’est un parti pris politique » m’a-t-elle répondu.

Clémentine Autain me demande ensuite de faire un communiqué pour dire que je retirais ma candidature à cause des attaques racistes que je subissais depuis l’annonce de celle-ci. « J’appuierai cette version publiquement » poursuit-elle. Je refuse immédiatement. Pourquoi devrions-nous mentir sur la véritable raison de mon retrait ?

Clémentine continue : « Si tu refuses, c’est nous qui serons obligés de communiquer publiquement contre toi, ce n’est pas dons ton intérêt ». Sidéré par la tournure de la discussion, je décide de m’en aller en lui disant que je lui répondrai le lendemain, elle me demande de le faire dans la soirée. »

Ce témoignage jette une lumière crue sur les pratiques de LFI en général, et sur le rôle de Clémentine Autain en particulier. Nous apprenons d’abord que madame Autain affirme ne pas être membre du « Comité de suivi des violences sexistes et sexuelles ». Pourquoi cet éclaircissement est-il indispensable ? Parce que la composition du « Comité » en question est tenue rigoureusement secrète. Tout ce que nous savons à ce sujet, c’est ce qui est écrit sur le site de la Secte : « Le Comité de suivi contre les Violences Sexistes et Sexuelles est uniquement composé de militantes bénévoles de La France insoumise, formées sur les violences sexuelles et sexistes et sur l’écoute et l’accompagnement des victimes. Il est co-animé par deux de ses membres. Sa composition peut être amenée à évoluer en fonction de ses besoins. À l’heure actuelle, il comporte 7 femmes aux profils variés et habitant dans différentes régions ». Les mauvaises langues disent qu’elles se réunissent dans un bunker secret, masquées et cagoulées, afin que le secret soit total.

Mais ce n’est pas tout. Clémentine Autain annonce ici « la décision a été prise » de refuser l’investiture à Taha Bouhafs. Mais quand et par qui la décision « a été prise » ? Et qui a mandaté Clémentine Autain pour la communiquer au condamné ? Pire encore : non contente d’en faire l’annonce, elle se livre à un chantage odieux pour obtenir qu’il occulte publiquement sur les raisons de son retrait. Etait-elle mandatée pour offrir ce marché, ou s’agit-il d’une initiative personnelle ? Et si elle l’était, par qui ? Ce n’est pas la première fois qu’à LFI des militants se voient sanctionnés sans savoir exactement par qui. Souvenez du “whisky tragique de Périgueux” que j’avais raconté sur ce blog.

Mais il y a plus : comme pour les victimes de l’Inquisition, le reniement ne servira à rien. Les accusations seront quand même étalées dans la presse, avec quelques mensonges en prime. Ecoutons encore Bouhafs :

« Mais le 11  mai, le surlendemain donc, l’information qu’une enquête interne à LFI a été ouverte suite aux accusations va malgré tout être rendue publique par la presse avec tout un lot d’éléments faux et d’approximations concernant le déroulement de la séquence, le nombre de signalements, etc. L’information va être reprise partout et va avoir l’effet d’une bombe dont je ne vais pas détailler les dégâts gigantesques sur ma vie personnelle, familiale, professionnelle et sociale.

Le même jour va paraître un communiqué publié sur le site de la France Insoumise où il est écrit noir sur blanc : « Sur cette base, vu l’urgence de la situation, une procédure a été enclenchée immédiatement au sein de la France Insoumise. Dans ce cadre, Taha Bouhafs a été confronté aux accusations dont il faisait l’objet ce lundi 9 mai ». Or, c’est faux : j’ignore ce dont on m’accuse, je n’ai jamais été confronté aux dites accusations pas plus le 9 mai qu’à une autre date. »

Résumons donc : un militant LFI a été condamné par un comité secret sur le fondement d’un signalement et accusations dont il ne connaît pas la teneur, et sans qu’il ait été entendu. On a mis la pression sur lui pour qu’il renonce de lui-même en le menaçant de trainer son nom dans la boue. Et une fois qu’il a renoncé, on l’a trainé quand même, tout en affirmant que le principe du contradictoire avait été respecté. C’est sympa, la camaraderie, chez les « insoumis ».

Mais ça ne s’arrête pas là. Bouhafs, en militant sérieux, fait appel aux autorités de son parti pour qu’elles interviennent pour redresser la situation :

« J’écris alors un courrier aux instances du parti pour demander à l’être pour qu’enfin l’on puisse établir la vérité sur cette affaire. Souhait qui semble aussi être partagé par Jean-Luc Mélenchon dans ce tweet datant du 11 mai : « (…) Je compte sur la commission ad hoc de LFI pour établir la vérité.

Je ne reçois aucune réponse à ce courrier. Je décide donc de charger mes avocats d’écrire à leur tour aux instances du parti pour faire part de notre étonnement face à ce silence. Dans ce courrier nous demandons une énième fois à ce que je sois confronté aux accusations qui sont portées contre moi, pour que je puisse enfin comprendre ce qui m’est reproché. Les jours passent… pas de réponse. Pourtant, je vois Clémentine Autain se féliciter dans les médias que l’affaire serait réglée, qu’elle aurait même été « réglée en 5 jours ». Elle avance que la procédure n’avait pas à aller jusqu’au bout puisque je me serais retiré de moi-même. Mais c’est précisément sur sa demande que je me suis retiré, pour qu’une procédure se déroule sereinement.

J’apprends donc qu’il n’y aura pas d’enquête, pas de vérifications, pas de confrontation. Taha éliminé. L’affaire est réglée, circulez il n’y a rien à voir. »

Il est vrai que Bouhafs a seulement 25 ans, et qu’à cet âge-là, si l’on n’a pas trempé dans la culture trotskyste, on n’est pas forcément préparé à faire face au cynisme des petits chefs gauchistes qui pullulent à LFI. Mais il y a là aussi une forme d’aveuglement volontaire. Qu’est ce qu’il croyait, le gentil Taha ? Qu’une organisation qui fonctionne comme une secte, avec un gourou tout-puissant, des instances fantômes et des « comités » dont la composition est gardée secrète et qui ont droit de vie et de mort sur les militants allait s’encombrer de choses aussi superflues que le principe du contradictoire et la présomption d’innocence ?

« Malheur à celui qui se lève pour défendre son grenier, et ne s’est pas levé pour défendre le blé de tous en premier », écrivait Neruda. Ce qui, comme Bouhafs, n’ont rien dit quand le gourou déclare que chez les « insoumis » on a « fait le choix de croire la parole des femmes », ceux qui n’ont pas protesté quand ce « comité secret » a été utilisé pour écarter d’autres responsables – Thomas Guénolé sans aller plus loin – en froid avec la direction du mouvement, ne devraient pas être surpris le jour où la dénonciation anonyme les cloue au pilori sans leur laisser la possibilité de se défendre. Comme dit Clémentine Autain, « c’est un parti pris politique ». Ce « parti pris » a été énoncé sans ambiguïté par Mélenchon, il est assumé. Trop tard pour pleurnicher maintenant.

Vous me direz que nous n’avons dans cette affaire que le témoignage de Bouhafs. C’est vrai. Cependant, ce témoignage est crédible pour plusieurs raisons. La première et principale, c’est que nous avons des précédents qui reproduisent le même schéma jusqu’à la caricature. Thomas Guenolé avait déjà décrit dans un livre fort intéressant (1) comment un « signalement » pour harcèlement sexuel avait servi pour l’exclure de la liste LFI pour les élections européennes et lui régler son compte après qu’il eut dénoncé le fonctionnement « autocratique » de l’organisation. Un « signalement » qui, comme dans le cas Bouhafs, n’a jamais abouti à une plainte en justice. Une coïncidence, sans doute.

La deuxième raison pour croire à ce témoignage, c’est la réaction des dirigeants de LFI. Comme à leur habitude quand ils sont surpris avec les doigts dans le pot de confiture, c’est silence dans les rangs. Et ceux qui parlent le font pour expliquer que Bouhafs est un menteur et un aigri mais qu’ils ne rentreront pas dans une « polémique inutile ». Sans compter les dénégations gênées de certains de ces dirigeants (2)

Cette affaire prend un tour encore plus sinistre si l’on tient compte du soutien apporté par la même Clémentine Autain à Eric Coquerel, alors que celui-ci fait l’objet non seulement d’un signalement à la Sainte Inquisition – pardon, à la « Commission de suivi des violences sexistes et sexuelles » – mais aussi d’une plainte en justice déposée non pas par un anonyme, mais par une certaine Sophie Tissier. Pourquoi cette différence de traitement ? Et bien, parce que la belle Clémentine, cette opportuniste rompue aux magouilles groupusculaires, sait faire la différence entre un militant de seconde zone dont on peut se débarrasser facilement lorsqu’il devient encombrant, et un dirigeant appartenant au conseil aulique de Mélenchon, qui est de ce fait intouchable. On voit réapparaître ici la logique mitterrandienne du « premier cercle », celui qui regroupe ceux dont la fidélité est absolue et qu’on défendra quoi qu’ils en fassent, et un « deuxième cercle » fait de ceux qu’on peut sacrifier lorsqu’ils ne servent plus. Bouhafs aura appris de cette aventure qu’il n’est qu’un pion, la ou Coquerel est un fou.

« Pendant 1000 ans les femmes n’ont pas été entendues, tu payes peut-être aussi pour les autres, mais c’est comme ça, c’est un parti pris politique ». Voici la conception de la justice qu’un député LFI peut invoquer devant un militant de son propre parti, censé être son camarade, avant de lui mettre la pression. Est-ce sage de confier les leviers du pouvoir à des gens de ce calibre ? « Ne peut prétendre gouverner les hommes celui qui ne sait pas se gouverner lui-même ». Cet adage s’applique parfaitement à cette secte qui se fait appeler « insoumise ».

Descartes

(1) « La chute de la maison Mélenchon », Albin Michel, 2019. Ajoutons qu’un mois avant la sortie de l’ouvrage, les avocats de LFI ont envoyé une « sommation » à l’éditeur exigeant qu’un exemplaire leur soit confié afin « d’en contrôler le contenu et s’assurer de l’absence de propos illicites ». L’éditeur répondit sarcastiquement que « il n’existe plus de possibilité de censure préalable d’un ouvrage. Ça ne date pas d’hier. On fait généralement remonter ce principe à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 dont je tiens l’article 11 à la disposition de vos mandants si ceux-ci avaient quelque difficulté à se le procurer ».

(2) Par exemple, l’ineffable Mathilde Panot à LCI: https://www.marianne.net/politique/melenchon/et-alors-la-deputee-insoumise-mathilde-panot-en-plein-naufrage-sur-laffaire-taha-bouhafs

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44 réponses à Clémentine Autain, Torquemada “insoumise”

  1. Luc dit :

    Taha Bouhafs n’est pas un gentil garçon. Concernant la manifestation
    de novembre 2019,co organisée avec Messaoudi,n’ayant jamais condamné 
    Merah,avec Coquerel,il voulait lui aussi,
    empêcher les islamophobes de s’exprimer .
    Au vu de cet infâme tentative de censure,je ne le plains pas.
    Autain complice de cette ignominie récidive.Que les requins se dévorent entre eux,ça me réjouit.
    Ce qui m’effraie c’est que Bouhafs qui veut réactiver la guerre d’Algérie en 2022,puisse essayer de se faire plaindre car il serait’défavorisé’ alors que c’est un propagandiste du GiA, grassement finance.
    Ne savez vous pas qu’il faut faire attention,à ne pas jouer les idiots utiles de ces gens fanatiques de leur musulmanité à l’instar de Bouhafs?
     

    • Descartes dit :

      @ Luc

      [Taha Bouhafs n’est pas un gentil garçon.]

      Non. Mais quand bien même il serait un méchant con, la justice reste la justice. Le cas de Bouhafs ne m’intéresse qu’en ce qu’il révèle sur le fonctionnement interne de la Secte.

      • @ Descartes,
         
        [Mais quand bien même il serait un méchant con, la justice reste la justice.]
        Le problème n’est pas qu’il soit “un méchant con”, le problème est qu’il appartient à la secte qui l’a “annulé”. Et que Bouhafs aussi rêve (ou a rêvé) sans doute de “comité secret” permettant d’écarter des gens au motif qu’ils seraient “racistes” ou “islamophobes”. Difficile de défendre une personne au nom d’un principe que cette même personne a allègrement piétiné. C’est l’arroseur arrosé…
         
        N’est pas Dreyfus qui veut: pour défendre son honneur, encore faut-il en avoir… Et à l’extrême gauche, l’honneur n’existe probablement pas (plus?) puisque je présume que c’est là une valeur archaïque, hétéro-patriarcale, inhérente à la domination des “mâles blancs”.
         
        Mais je suis intrigué: il n’y a rien de nouveau dans le fonctionnement de LFI, que vous avez déjà évoqué dans moult articles, et qui se confirme d’affaires en affaires, un fonctionnement “de cour” avec son lot de vils flatteurs, de cyniques hypocrites, de lâches opportunistes, d’apprentis-tyrans et j’en passe. 
         
        Cher Descartes, êtes-vous donc morose au point de gâcher votre début d’été en relatant un énième règlement de compte entre roquets gauchistes de LFI? Je crains que tout le monde s’en foute, et que pas grand monde ne se fasse la moindre illusion sur la capacité d’Autain, de Panot, de Corbière ou de Coquerel à diriger ne serait-ce qu’une modeste mairie…  

        • Descartes dit :

          @ nationaliste-ethniciste

          [Le problème n’est pas qu’il soit “un méchant con”, le problème est qu’il appartient à la secte qui l’a “annulé”. Et que Bouhafs aussi rêve (ou a rêvé) sans doute de “comité secret” permettant d’écarter des gens au motif qu’ils seraient “racistes” ou “islamophobes”. Difficile de défendre une personne au nom d’un principe que cette même personne a allègrement piétiné. C’est l’arroseur arrosé…]

          Je ne pense pas avoir « défendu » Bouhafs. Tout au plus, je m’étonne de sa naïveté : connaissant LFI de l’intérieur, il ne devrait pas être surpris de ce qui lui arrive. J’ai franchement un peu de mal à comprendre comment des gens qui applaudissent aux « comités secrets » peuvent être surpris lorsque les « comités secrets » s’en prennent à eux. S’imaginent-ils intouchables ?

          [Cher Descartes, êtes-vous donc morose au point de gâcher votre début d’été en relatant un énième règlement de compte entre roquets gauchistes de LFI? Je crains que tout le monde s’en foute, et que pas grand monde ne se fasse la moindre illusion sur la capacité d’Autain, de Panot, de Corbière ou de Coquerel à diriger ne serait-ce qu’une modeste mairie…]

          Et bien, il s’est trouvé quand même pas mal de nos concitoyens pour se faire des illusions à ce sujet. Et je suis sidéré par le nombre d’honnêtes militants que je connais et qui ont adhéré à la Secte en s’imaginant qu’ils préparent un monde nouveau plus éthique et plus fraternel. Disons que c’est en pensant à eux que je remets cent fois l’ouvrage sur le métier, avec l’espoir qu’en lisant ces lignes ces militants, ne serait-ce qu’un parmi eux, réfléchiront… comme dit le Talmud, « celui qui sauve un une vie sauve l’humanité entière ».

          • @ Descartes,
             
            [Et je suis sidéré par le nombre d’honnêtes militants que je connais et qui ont adhéré à la Secte en s’imaginant qu’ils préparent un monde nouveau plus éthique et plus fraternel.]
            Là encore, je m’étonne: vous nous expliquez régulièrement que rien ne peut surpasser “l’envie de croire”. Ces braves gens ont certainement “envie de croire”. Que voulez-vous faire contre cela? Ou bien, peut-être, ne sont-ils pas tout à fait aussi “honnêtes” que vous semblez le penser.
             
            [comme dit le Talmud, « celui qui sauve un une vie sauve l’humanité entière ».]
            Comme dit la sagesse populaire, “il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir”. Peut-être qu’au fond, ces gens savent mais ne veulent pas voir la vérité?
             
            Il y a derrière tout cela, selon moi, un différend d’ordre philosophique: des gens pensent que l’être humain est naturellement bon, et que cette bonté naturelle est entravée par de méchantes inventions (au choix: le capitalisme, l’Etat, le nationalisme, le racisme, le patriarcat, le colonialisme, le productivisme, le spécisme, etc). Qu’on libère l’être humain de ces vilains carcans, et l’humanité retrouvera le paradis perdu. On est dans une forme de rousseauisme un peu caricatural qui débouche sur un idéalisme naïf.
             
            Moi, je suis de ceux qui pensent que l’homme est, non pas mauvais, mais naturellement dangereux, méfiant, instable, violent. Parce qu’au fond il est faible, il a peur, il sait son existence soumise à la précarité et au risque de pénurie. Et toutes les “méchantes inventions” susdites sont des constructions élaborées pour se donner la puissance, la sécurité, la prévisibilité, l’opulence. Et je ne donne pas du tout le même sens que les militants de LFI au mot “fraternel”. Pour les gauchistes de LFI, un “monde fraternel” serait un monde où tout le monde se donnerait la main et où les gens s’aimeraient malgré leurs différences. C’est ridicule. Pour moi, la fraternité est une valeur éminemment martiale: il s’agit avant tout d’une “fraternité d’armes” développée au sein d’un groupe restreint et (relativement) fermé, appelé la nation. Une fraternité rendue nécessaire par l’adversité, les risques naturels, la compétition avec les autres groupes humains pour l’accès aux ressources. Paradoxalement, les gauchistes se disent écolos mais croient vivre dans un monde où les ressources sont illimitées. Moi qui suis très critique de l’écologie, je suis beaucoup plus conscient de la rareté des ressources et de la nécessaire lutte (économique, diplomatique voire militaire) pour préserver les circuits d’approvisionnement.

            • Descartes dit :

              @ nationaliste-ethniciste

              [« Et je suis sidéré par le nombre d’honnêtes militants que je connais et qui ont adhéré à la Secte en s’imaginant qu’ils préparent un monde nouveau plus éthique et plus fraternel. » Là encore, je m’étonne: vous nous expliquez régulièrement que rien ne peut surpasser “l’envie de croire”. Ces braves gens ont certainement “envie de croire”. Que voulez-vous faire contre cela ? Ou bien, peut-être, ne sont-ils pas tout à fait aussi “honnêtes” que vous semblez le penser.]

              Certains, et je pense en particulier à la cour aulique de Mélenchon, ne le sont certainement pas. Mais je pensais plutôt aux militants de base. Oui, ils sont probablement aveuglés par le manichéisme « de gauche », par leur « envie de croire », et peut-être aussi par leur « intérêt à croire ». Mais on peut espérer qu’à force de répéter le message, on arrivera ne serait-ce que pour quelques-uns à percer l’armure sectaire… vous le savez, je suis un indécrottable optimiste.

              [Comme dit la sagesse populaire, “il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir”. Peut-être qu’au fond, ces gens savent mais ne veulent pas voir la vérité ?]

              Peut-être. Il y a une infinité de cas différents. Pour certains, il est difficile d’admettre qu’on s’est trompé, qu’on a parié sur le mauvais cheval. Pour d’autres, il y a la culpabilité d’avoir craché sur ceux qui ont voulu leur ouvrir les yeux, et la difficulté d’admettre qu’ils avaient raison. Il y a l’envie de croire dans un contexte où il n’y a pas d’alternative crédible… et puis, comme le dit Vetinari, cette méchanceté qui dérive non pas de notre capacité à dire « oui », mais de notre incapacité à dire « non » !

              [Il y a derrière tout cela, selon moi, un différend d’ordre philosophique: des gens pensent que l’être humain est naturellement bon, et que cette bonté naturelle est entravée par de méchantes inventions (au choix: le capitalisme, l’Etat, le nationalisme, le racisme, le patriarcat, le colonialisme, le productivisme, le spécisme, etc). Qu’on libère l’être humain de ces vilains carcans, et l’humanité retrouvera le paradis perdu. On est dans une forme de rousseauisme un peu caricatural qui débouche sur un idéalisme naïf.]

              Je suis tout à fait d’accord. Et malgré l’apport du matérialisme marxiste, la gauche française est restée plus ou moins rousseauiste. Au risque de me répéter, à gauche on devrait lire moins Rousseau et plus Hobbes.

              [Moi, je suis de ceux qui pensent que l’homme est, non pas mauvais, mais naturellement dangereux, méfiant, instable, violent. Parce qu’au fond il est faible, il a peur, il sait son existence soumise à la précarité et au risque de pénurie. Et toutes les “méchantes inventions” susdites sont des constructions élaborées pour se donner la puissance, la sécurité, la prévisibilité, l’opulence.]

              Comme vous, je préfère le réalisme hobbesien à l’optimisme rousseauiste. Dans l’état de nature, la vie est brutale, misérable et courte. Et c’est parce que nous avons construit des sociétés complexes et que nous avons inventé des institutions – ces « méchantes inventions » auxquelles vous faites référence – qu’on réussit à y échapper, et à vivre des vies qui ne sont peut-être pas parfaites, mais qui sont un paradis comparé à ce que nous réserverait « la lutte de tous contre tous ».

              [Et je ne donne pas du tout le même sens que les militants de LFI au mot “fraternel”. Pour les gauchistes de LFI, un “monde fraternel” serait un monde où tout le monde se donnerait la main et où les gens s’aimeraient malgré leurs différences. C’est ridicule. Pour moi, la fraternité est une valeur éminemment martiale: il s’agit avant tout d’une “fraternité d’armes” développée au sein d’un groupe restreint et (relativement) fermé, appelé la nation. Une fraternité rendue nécessaire par l’adversité, les risques naturels, la compétition avec les autres groupes humains pour l’accès aux ressources.]

              Je vous suis partiellement. Comme vous, je me méfie d’une vision sentimentale de la « fraternité » conçue comme une sorte d’amour universel. Pour moi, la « fraternité » recouvre ce que j’appelle par ailleurs « solidarité impersonnelle et inconditionnelle », c’est-à-dire la capacité de chacun d’entre nous de voir dans le concitoyen un individu ayant à la fois le droit à notre soutien, et le devoir de nous rendre la pareille. Et comme vous êtes familier de mes écrits, vous comprendrez que la fraternité ainsi entendue est consubstantielle à la nation. Je lui donne peut-être un sens moins « martial » que vous parce que plus large. Mais sur le fond, je pense que nous sommes d’accord.

              [Paradoxalement, les gauchistes se disent écolos mais croient vivre dans un monde où les ressources sont illimitées.]

              C’est le paradoxe que je signalais plus haut : la gauche française n’a jamais officiellement fait le deuil du marxisme, et en pratique elle lui a tourné le dos – avec quelques exceptions, notamment au PCF. Elle pense le monde en termes d’idées, oubliant que pour avoir des idées il faut d’abord un support matériel, que ce support doit être produit, et que la société est donc d’abord fondée sur ce besoin de produire et donc sur les rapports de production qui permettent de satisfaire les besoins.

              Moins que « croire vivre dans un monde ou les ressources sont illimitées », la gauche croit vivre dans un monde ou les biens n’ont pas besoin d’être produits, où l’électricité sort des prises sans qu’on ait besoin de construire des centrales et les biens apparaissent dans les gondoles des supermarchés sans qu’ils aient besoin d’être cultivés, produits et transportés.

  2. cherrytree dit :

    @Descartes
    Je vous invite à lire un intéressant article écrit en 2017 par Fatima Benomar, “Tu as fait quelque chose de grave mais on ne peut pas te dire quoi” qu’on trouve facilement sur le net.
    Elle y  dénonce une telle pratique entre 2012 et 2016après avoir été écartée du Front de Gauche alors qu’elle avait été repérée puis félicitée pour son militantisme et son activité féministe par le Grand Chef en personne. Au passage elle révèle avoir entretenu avec lui une une relation disons très proche, avant d’être proprement éjectée par une sorte de comité de protection dont elle décrit fort bien les méthodes.
    Depuis Fatima Benomar a fait son chemin, et je trouve piquant qu’elle défende Coquerel après avoir subi ce qu’elle raconte ein détail.
    Pour finir, je trouve singulier que JLM ait (hormis son ex épouse) trouvé ses compagnes dans le cercle fermé de ses groupies de son parti (PG) ou mouvement ((FDG) avec la caractéristique de leur trouver un poste quelconque , on en a même, un temps, récupéré une au conseil départemental de l’Hérault pour je ne sais quelle mission.. Pour ne pas évoquer Sofia Chikirou, aujourd’hui députée, mais toujours mise en cause pour abus de biens sociaux et autres fariboles envers Le Media, où Sofia Chikirou était bénévole, mais à qui Chikirou Sofia facturait fort cher ses prestations . Et je rirai bien si LFI évoque l’exemplarité des élus dans l’hémicycle, j’imagine que certains n’attendent que l’occasion.
    Quant à T. Bouhafs, il est jeune et peut.-être naïf, mais s’il ne s’est pas aperçu à quel point les députés LFI sont soit des très proches du patron, soit des marionnettes, c’est qu’il n’est pas très futé: il a quand même assisté à quelques réunions, il a quand même été un minimum formé et informé avant qu’on ne lui propose d’être candidat? Il aura appris qu’on ne mange pas avec le diable, même avec une longue cuillère. Car en effet, une bonne partie de sa vie, politique et personnelle, est entachée de soupçon pour quelque temps, et s’il est en recherche d’un emploi ou d’une mission quelconque, je lui souhaite bien du courage. Cependant sa mise au point a le mérite de mettre en lumière les agissements de LFI, témoin les contorsions du Che de groupe ce matin sur BFMTV. 
    C’est en partie l’explication du phénomène suivant : il y a toujours foule pour écouter et suivre Mélenchon, et au moment d’en faire un Président ou un potentiel 1er ministre, il lui manque toujours les quelques mille voix qui le lui permettraient. Coquerel est un fou, Autain une Torquemada, Obono itou,nous le savons. Mais après quelques séances dans l’hémicycle, nous ne serons pas seuls à le savoir. Tant que ces gens -là y allaient de leur petite Guépéou en interne, cela pouvait passer. Mais maintenant ils sont élus et disons que certaines choses vont être un peu plus voyantes.

    • Descartes dit :

      @ cherrytree

      [Je vous invite à lire un intéressant article écrit en 2017 par Fatima Benomar, “Tu as fait quelque chose de grave mais on ne peut pas te dire quoi” qu’on trouve facilement sur le net.]

      Je l’ai retrouvé, c’est effectivement une mine d’informations sur les méthodes de gestion interne de LFI et la manière dont le caractère « gazeux » du mouvement permet les abus des « cercles de relation » et autres « instances fantôme ». Il apparait clairement que des personnes ont plus ou moins de pouvoir en fonction du « mandat » qu’elles reçoivent du gourou, qui d’ailleurs ne se gêne pas ensuite pour changer d’avis. Le cynisme, le recours au mensonge, la défausse sont partout. Mais le plus intéressant, c’est la conception de l’action politique évoquée par Marion Laporte : « Tu n’est pas novice en la matière, tu dois donc savoir que les ordres vont du haut vers le bas, qu’une hiérarchie est respectée, et qu’une des membres des relations presse, sous les ordres de Sophia (Chikirou) n’aurait en aucun cas pu donner de tels ordres. Les recevoir, les transmettre et les appliquer, c’est une chose. Si tu n’as pas eu de réponses à ta question lorsque tu as demandé d’où l’ordre venait, c’est donc que tu n’avais peut-être pas à le savoir. Tout comme, chacun à nos postes, nous avions des consignes, des autorisations et des interdictions ».

      On se croirait à l’armée… pire : dans une armée où l’on obéit aux ordres sans savoir qui les donne et s’il est habilité à le faire. Pour une organisation qui porte aux nues « l’insoumission », c’est fort de café…

      Ce qui m’étonne le plus, c’est la passivité des gens. Benomar raconte que lorsqu’elle est montée dans le bus pour aller au meeting de Marseille, « J’avais à peine pris place dans le car qui devait nous emmener à la ville phocéenne que le conducteur est venu me voir. « Il y a eu un ordre d’en haut, tu dois t’asseoir devant, pas avec les autres ». Je passerai donc 10 heures dans ce car, sans avoir le droit de m’asseoir à côté de mes camarades, sans explications ». Les insoumis sont-ils à ce point décérébrés qu’ils obéissent à un ordre aussi imbécile soit-il sans poser des questions, sans moufter ? Ont-ils tellement peu d’amour propre qu’ils sont prêts à s’humilier pour leur gourou ? Et après on viendra me dire que ce n’est pas une secte…

      [Depuis Fatima Benomar a fait son chemin, et je trouve piquant qu’elle défende Coquerel après avoir subi ce qu’elle raconte en détail.]

      Elle est peut-être masochiste…

      [Pour finir, je trouve singulier que JLM ait (hormis son ex épouse) trouvé ses compagnes dans le cercle fermé de ses groupies de son parti (PG) ou mouvement ((FDG) avec la caractéristique de leur trouver un poste quelconque, on en a même, un temps, récupéré une au conseil départemental de l’Hérault pour je ne sais quelle mission… Pour ne pas évoquer Sofia Chikirou, aujourd’hui députée, mais toujours mise en cause pour abus de biens sociaux et autres fariboles envers Le Media, où Sofia Chikirou était bénévole, mais à qui Chikirou Sofia facturait fort cher ses prestations.]

      C’est ça, le phénomène de Cour : « le pouvoir absolu corrompt absolument ». On comprend pourquoi Chikirou a cherché à descendre Benomar : une favorite sait que le roi peut changer d’avis, qu’une simple décision peut l’exiler et la remplacer par une autre…

      [Quant à T. Bouhafs, il est jeune et peut-être naïf, mais s’il ne s’est pas aperçu à quel point les députés LFI sont soit des très proches du patron, soit des marionnettes, c’est qu’il n’est pas très futé: il a quand même assisté à quelques réunions, il a quand même été un minimum formé et informé avant qu’on ne lui propose d’être candidat?]

      Je suis souvent confondu par la naïveté des « insoumis », qui ont l’air de découvrir combien leur mouvement « gazeux » est en fait organisé autour du fait du gourou et de sa cour lorsqu’ils en sont les victimes. Si ce n’est pas là la manifestation de la volonté de croire… parce qu’un observateur moyennement attentif ne peut que constater combien les « disgrâces » se sont succédées, et la brutalité avec laquelle elles ont été traitées.

      [Il aura appris qu’on ne mange pas avec le diable, même avec une longue cuillère. Car en effet, une bonne partie de sa vie, politique et personnelle, est entachée de soupçon pour quelque temps, et s’il est en recherche d’un emploi ou d’une mission quelconque, je lui souhaite bien du courage. Cependant sa mise au point a le mérite de mettre en lumière les agissements de LFI, témoin les contorsions du Che de groupe ce matin sur BFMTV.]

      Oui, mais ce n’est que la n-ième affaire, et rien n’évolue. C’est d’ailleurs le propre de toute structure sectaire : elle est immune à toute remise en cause.

      [Coquerel est un fou, Autain une Torquemada, Obono itou,nous le savons. Mais après quelques séances dans l’hémicycle, nous ne serons pas seuls à le savoir. Tant que ces gens -là y allaient de leur petite Guépéou en interne, cela pouvait passer. Mais maintenant ils sont élus et disons que certaines choses vont être un peu plus voyantes.]

      On verra. Tant que Mélenchon sera là, je n’imagine aucune évolution, tant le fonctionnement sectaire est installé. Quand il partira…

  3. cherrytree dit :

    @Descartes
    Je vous recommandé aussi la “Lettre ouverte à l’attention de Jean-Luc Mélenchon” d’Adeline Chenon-Ramlat, 2017.
    Là, c’est un “Comité électoral ” dont personne ne connait la composition, ni qui l’a élu ou simplement nommé, qui joue les nettoyeurs sans jamais dire ce qui est reproché, du jour au lendemain, et désinvestit sans autre formalité. Édifiant.

    • Descartes dit :

      @ cherrytree

      [Je vous recommandé aussi la “Lettre ouverte à l’attention de Jean-Luc Mélenchon” d’Adeline Chenon-Ramlat, 2017.]

      Très intéressant document. On y retrouve toujours les mêmes éléments: des décisions prises et signifiées aux intéressés sans la moindre explication, sans la moindre discussion, sans la moindre empathie. Et surtout, toujours la même difficulté pour savoir qui exactement a pris la décision…

      [Là, c’est un “Comité électoral ” dont personne ne connait la composition, ni qui l’a élu ou simplement nommé]

      Et surtout, qui n’est qu’un paravent puisque ses “décisions” sont en fait pris par Mélenchon ou son cercle intime. Ici, ce n’est pas le “comité”, mais Martine Billard qui a pris la décision. Et on se souvient, lorsque Mélenchon a décidé d’être candidat à Marseille, il a déplacé sans ménagement le candidat investi par le “comité” qui n’a été prévenu qu’à la dernière minute qu’il devait laisser sa place au gourou…

  4. Vincent dit :

    Je me permets un hors sujet total… Mais sans doute avec vous quelque chose en préparation sur le sujet.
     
    Le gvt vient d’annoncer la nationalisation d’EDF… Sans donner la moindre piste de ce qui surviendra après :
    – comment sera financé le renouvellement du nucléaire, sachant que les garanties publiques sont interdites ?
    – comment les “fournisseurs” alternatifs pourront-ils bénéficier des prix bas du parc nucléaire ?
    etc.
     
    Je ne sais pas à quelle sauce nous serons mangés, et cela ne me dit rien qui vaille… Avez vous quelques piste sur ce qui pourrait advenir ?

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [Le gvt vient d’annoncer la nationalisation d’EDF… Sans donner la moindre piste de ce qui surviendra après : – comment sera financé le renouvellement du nucléaire, sachant que les garanties publiques sont interdites ?]

      C’est un point intéressant. Je ne crois pas que la nationalisation d’EDF se fera avec transformation de la société anonyme en établissement public. Il n’y aura donc pas de garantie explicite de l’Etat, qui restera un pur actionnaire, qui en théorie pourra refuser de recapitaliser l’entreprise. Mais tout prêteur saura qu’un tel refus est peu vraisemblable. Tout dépend en fait de l’attitude de la Commission européenne. Fermera-t-elle les yeux sur ce qui est en fait une « aide d’Etat » comme elle s’apprête à le faire dans le dossier UNIPER ? Et plus fondamentalement, est-ce que le tandem Macron/Borne est prêt à aller au clash avec la Commission si elle reste intransigeante ?

      [– comment les “fournisseurs” alternatifs pourront-ils bénéficier des prix bas du parc nucléaire ?
      etc.]

      La nationalisation n’empêcherait pas le maintien de l’ARENH, éventuellement sous une autre forme… et je doute que le gouvernement ait vraiment l’intention de rétablir le monopole.

      [Avez-vous quelques pistes sur ce qui pourrait advenir ?]

      Aucune. J’ai trouvé plutôt encourageant que la décision de relancer le nucléaire ait été exprimée sans ambiguïté par Elisabeth Borne, c’est la première fois qu’un tel langage est tenu à la tribune de l’Assemblée depuis les temps de Sarkozy, et encore. Je note aussi que la feuille de route énergétique n’a pas été vraiment contestée…

      • Vincent dit :

        Le dossier UNIPER est très intéressant !
        Une entreprise gazière allemande en difficulté. Qui reçoit des aides d’Etat. De même que RWE (l’EDF de Rhénanie Westphalie) en a reçu plus tôt cette année pour développer ses mines de lignite…
         
        Comment justifier politiquement pour la Commission de sauver un gazier allemand et pas un électricien français, lui aussi en difficulté ?
        Comment justifier d’autoriser les aides d’Etat pour des mines géantes de lignite, et pas pour du nucléaire, énergie décarbonée, et dans la taxonomie verte ?

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Comment justifier politiquement pour la Commission de sauver un gazier allemand et pas un électricien français, lui aussi en difficulté ?]

          Mais… qu’est ce qui vous fait penser que la Commission doit “justifier” ses actions ? Derrière toutes les références au droit, la Commission continue à fonctionner en suivant le bon vieux rapport de forces. Vu le poids politique de l’Allemagne dans les institutions européennes – il ne vous aura pas échappé je pense que la Commission est présidée par une Allemande, et que l’on trouve une grande quantité de fonctionnaires allemands aux postes de direction de la Commission, notamment dans le domaine de l’énergie – la Commission décidera qu’il n’est pas “opportun” d’ouvrir une procédure contre UNIPER, et voilà. Alors qu’elle n’hésitera pas à ouvrir une telle procédure contre EDF, sa bête noire, sachant que le gouvernement français jouera les bons élèves.

  5. cherrytree dit :

    @Descartes
    Il y en a quand même qui ont eu des lueurs.
    Ainsi, Charlotte Girard, pourtant une fidèle de la première heure. Son conjoint D Delapierre était même pressenti pour être le successeur du Grand Gourou, et je ne sais pas si c’est ce statut qui l’a aveuglée ou si elle était sincère dans ses engagements. Il est curieux de constater qu’après le décès de F Delapierre, elle a été un brin mise sur la touche, le couple Corbière Garrido ayant à son tour tenu le rôle du couple militant exemplaire. Et quand elle a claqué la porte de la FI en 2019, est- ce parce que, du fait d’un relatif éloignement, les écailles lui sont enfin tombées des yeux et qu’elle a enfin pu voir ce qu’elle a -un peu tard- dénonce, c’est à dire le despotisme et le manque absolu de transparence? Il y a sans doute autre chose : je veux dire que depuis 2017, l’ego de Mélenchon a pris des proportions démesurées et qu’il ne connait plus de limites. Je trouvais comique de faire défiler “les gens” avec des piques et des bonnets phrygiens en 2012, lunaire son hymne à Bolivar, révélateur “la République c’est moi” sans voir que c’est le décalque monarchique de “L’ État c’est moi” . De dire sans rire qu’un mouvement politique est “gazeux” relève de l’imposture, mais de voir des gens trouver un sens à ce propos sans queue ni tête, c’est constater un fameux lavage de cerveau. Je ris à l’idée que nos agités du bocal ne se gêneront pas pour taxer le nouveau ministre de l’Éduc nat de communautariste  , et voir celui -ci rappeler à D.Obono des propos et attitudes pour le moins douteux. 
    Il ne vous a pas échappé que le couple Garrido Corbière, ainsi que Sofia Chikirou, et singulièrement cette dernière, ont été candidats sur des circonscriptions pratiquement acquises. Phénomène de cour? Oui, et pas seulement pour les favorites. Comme à la cour, on est là pour récolter honneurs, faveurs, et récompenses. Étonnez-vous après cela que beaucoup y croient, et fassent assaut d’aveuglement au mieux, de servilité au pire.
    Avec cette sorte de personnes, le mieux est de leur laisser la parole pour mieux leur laisser la possibilité de sortir des énormités. Et en laissant plus largement que jamais la parole à Mélenchon alors qu’il n’est plus élu, le laisser appeler dès la rentrée à une immense marche de protestation qui dans le contexte risque de mettre le feu aux poudres, c’est le montrer pour ce qu’il est, avec sa clique, un dangereux personnage qu appelle à l’insurrection, ce qui, au final, le rapproche des factieux qu’il dénonce, et qui ne respecte la démocratie qu’à condition qu’il soit le chef.
     
    Pour l’anecdote : pendant la campagne pour la présidentielle, j’ai entendu dans l’autobus cette conversation: “Ce soir je vais à l’Arena.
    -Il y a un spectacle ?
    -O,ui, il y a l’hologramme de Mélenchon, on m’a dit que c’était super”.
    Ceci se passe dans l’Aude, ou les trois circonscriptions ont massivement voté RN
     

    • Descartes dit :

      @ cherrytree

      [Il y en a quand même qui ont eu des lueurs. Ainsi, Charlotte Girard, pourtant une fidèle de la première heure. Son conjoint D Delapierre était même pressenti pour être le successeur du Grand Gourou, et je ne sais pas si c’est ce statut qui l’a aveuglée ou si elle était sincère dans ses engagements. Il est curieux de constater qu’après le décès de F Delapierre, elle a été un brin mise sur la touche, le couple Corbière Garrido ayant à son tour tenu le rôle du couple militant exemplaire. Et quand elle a claqué la porte de la FI en 2019, est- ce parce que, du fait d’un relatif éloignement, les écailles lui sont enfin tombées des yeux et qu’elle a enfin pu voir ce qu’elle a -un peu tard- dénonce, c’est à dire le despotisme et le manque absolu de transparence ?]

      Le parcours de Charlotte Girard est très particulier à LFI. Elle est l’une des rares, dans le « cercle de confiance » de Mélenchon qui ne vient pas du trotskysme, du syndicalisme étudiant, de la politique groupusculaire. Elle a fait de bonnes études, couronnées d’un doctorat. Son engagement commence dans l’humanitaire, et elle n’arrive finalement au PS qu’à 28 ans, dans le sillage d’Arnaud Montebourg. Son mariage avec Delapierre puis son veuvage la rendent intouchable, et elle peut donc se permettre une attitude critique qui aurait été impossible chez d’autres. Et de constater que dans le système sectaire de LFI, ses avertissements et ses critiques n’aboutissaient à rien.

      [Il y a sans doute autre chose : je veux dire que depuis 2017, l’ego de Mélenchon a pris des proportions démesurées et qu’il ne connait plus de limites. Je trouvais comique de faire défiler “les gens” avec des piques et des bonnets phrygiens en 2012, lunaire son hymne à Bolivar, révélateur “la République c’est moi” sans voir que c’est le décalque monarchique de “L’État c’est moi”. De dire sans rire qu’un mouvement politique est “gazeux” relève de l’imposture, mais de voir des gens trouver un sens à ce propos sans queue ni tête, c’est constater un fameux lavage de cerveau.]

      C’est Lacan qui avait apostrophé les soixante-huitards à Vincennes en ces termes : « Ce à quoi vous aspirez comme révolutionnaires, c’est à un maître. Vous l’aurez ». Les gauchistes ont toujours eu besoin d’une vérité unique et incontestable, et donc d’un maître qui l’exprime. C’est pourquoi ils ont toujours eu des gourous. Parce qu’aussi longtemps que les gens auront besoin de gourous, les gourous prospéreront.

      Il y a une dialectique entre le gourou et sa secte. La mégalomanie croissante de Mélenchon répond à un besoin croissant d’un gourou « exceptionnel ».

      [Je ris à l’idée que nos agités du bocal ne se gêneront pas pour taxer le nouveau ministre de l’Éduc nat de communautariste, et voir celui -ci rappeler à D.Obono des propos et attitudes pour le moins douteux.]

      Il est vrai que voir Obono donner des leçons d’universalisme à Pap Ndiaye, ce serait croquignolet…

      [Il ne vous a pas échappé que le couple Garrido Corbière, ainsi que Sofia Chikirou, et singulièrement cette dernière, ont été candidats sur des circonscriptions pratiquement acquises. Phénomène de cour ? Oui, et pas seulement pour les favorites. Comme à la cour, on est là pour récolter honneurs, faveurs, et récompenses. Étonnez-vous après cela que beaucoup y croient, et fassent assaut d’aveuglement au mieux, de servilité au pire.]

      Mais c’est cela aussi l’effet de cour : ce que le roi peut vous donner d’un coup de plume, il peut vous le reprendre tout aussi facilement. Le courtisan est toujours déchiré entre l’espoir d’une prébende à venir, et la peur de perdre celle qu’il a acquis. Et cette situation finit par détruire tout sens critique. On n’ose plus PENSER une critique de peur qu’elle vous échappe et compromette votre situation. Et on ne perd pas une occasion pour chanter les louanges du monarque, de peur que quelqu’un les chante plus fort et prenne votre place.

      [Avec cette sorte de personnes, le mieux est de leur laisser la parole pour mieux leur laisser la possibilité de sortir des énormités. Et en laissant plus largement que jamais la parole à Mélenchon alors qu’il n’est plus élu, le laisser appeler dès la rentrée à une immense marche de protestation qui dans le contexte risque de mettre le feu aux poudres, c’est le montrer pour ce qu’il est, avec sa clique, un dangereux personnage qu appelle à l’insurrection, ce qui, au final, le rapproche des factieux qu’il dénonce, et qui ne respecte la démocratie qu’à condition qu’il soit le chef.]

      Exactement. LFI risque de payer très cher son choix d’une stratégie gauchiste. Mélenchon joue à bloquer les institutions, là où le RN essaye par tous les moyens de montrer qu’il joue le jeu démocratique. Si cela conduit à une dissolution, devinez laquelle des deux stratégies appellera le plus aux Français ? Mais il est vrai que c’est la seule stratégie qui permet à Mélenchon de garder un certain protagonisme personnel…

      • Tythan dit :

        [Exactement. LFI risque de payer très cher son choix d’une stratégie gauchiste. Mélenchon joue à bloquer les institutions, là où le RN essaye par tous les moyens de montrer qu’il joue le jeu démocratique. Si cela conduit à une dissolution, devinez laquelle des deux stratégies appellera le plus aux Français ? Mais il est vrai que c’est la seule stratégie qui permet à Mélenchon de garder un certain protagonisme personnel…]
        Je suis interpellé par cette réflexion alors que je pensais exactement l’inverse : pour moi, Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise jouent le blocage des institutions parce qu’il recherche la dissolution où ils espèrent améliorer leur score. Et ils n’auraient pas complétement tort au vu des résultats des 1ers et 2nd tour des législatives, où, grâce au jeu des alliances, la France Insoumise a fait à elle seule le même score pratiquement que le RN (qui lui-même réalisait un score inattendu) et où avec ses alliés elle est de très loin la première force d’opposition. 
        Alliés qu’elle a réussi à complètement phagocyter, ce que le succès de sa stratégie va à mon sens encore aggraver puisqu’il sera impossible pour un leader du PS par exemple de faire cavalier seul sans se faire immédiatement démettre par la base et les quelques barons espérant sauver leurs fesses.
        De l’autre, pour moi, le RN a peur de perdre des plumes après un succès qu’ils jugent, à raison, historique. Et si je suis d’accord avec vous pour dire qu’en soi la stratégie de respectabilisation et de dédiabolisation de Marine Le Pen plaît à certains, je pense que la marque du fer rouge est trop indélébile et que jamais elle ne sera considérée comme respectable par les médias qui font, quoiqu’on en dise, l’élection. Ils l’ont épargnée parce qu’ils ont eu peur d’Eric Zemmour, mais ils vont réembrayer, et ils vont bien trouver un ou deux députés borderline comme il y en a toujours et en faire des caisses…

        • Descartes dit :

          @ Tythan

          [Je suis interpellé par cette réflexion alors que je pensais exactement l’inverse : pour moi, Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise jouent le blocage des institutions parce qu’il recherche la dissolution où ils espèrent améliorer leur score. Et ils n’auraient pas complétement tort au vu des résultats des 1ers et 2nd tour des législatives, où, grâce au jeu des alliances, la France Insoumise a fait à elle seule le même score pratiquement que le RN (qui lui-même réalisait un score inattendu) et où avec ses alliés elle est de très loin la première force d’opposition.]

          Pensez-vous qu’il y ait beaucoup de gens qui n’ont pas voté NUPES en juin et qui voteraient pour elle après une dissolution, surtout si cette dissolution est la conséquence d’un blocage adolescent des institutions ? Si c’est cela le but de Mélenchon, je pense qu’il n’a pas choisi la bonne stratégie. Je ne pense pas que les Français donneront une « prime au blocage ». Par contre, si le RN arrive à maintenir un comportement « responsable », il risque de compléter sa dédiabolisation et de capter des électeurs qui en juin avaient peur de voter pour lui.

          [Alliés qu’elle a réussi à complètement phagocyter,]

          Pas vraiment. La sortie de Mélenchon sur le « groupe unique » a provoqué un refus franc et massif. La motion de censure annoncée par LFI sans consultation a, elle aussi, provoqué une réaction très négative. Pour le moment, c’est loin d’être un succès.

          [ce que le succès de sa stratégie va à mon sens encore aggraver puisqu’il sera impossible pour un leader du PS par exemple de faire cavalier seul sans se faire immédiatement démettre par la base et les quelques barons espérant sauver leurs fesses.]

          Et c’est précisément pourquoi le PS n’a aucun intérêt à une dissolution. Itou pour EELV et pour le PCF. Avec seulement 75 députés, Mélenchon aura du mal à bloquer le système.

          [De l’autre, pour moi, le RN a peur de perdre des plumes après un succès qu’ils jugent, à raison, historique. Et si je suis d’accord avec vous pour dire qu’en soi la stratégie de respectabilisation et de dédiabolisation de Marine Le Pen plaît à certains, je pense que la marque du fer rouge est trop indélébile et que jamais elle ne sera considérée comme respectable par les médias qui font, quoiqu’on en dise, l’élection.]

          Si les médias « faisaient l’élection », Macron aurait une majorité et le RN n’aurait pas 89 députés. C’est toujours difficile de faire des prédictions, mais là encore je vois mal pourquoi des gens qui ont voté RN en juin changeraient leur vote en cas de dissolution. Le RN ne fait rien pour les décevoir, au contraire.

  6. cherrytree dit :

    @Descartes
    Oui. Et il y a même un moment où le PCF va le lâcher. Parce si Fabien Roussel n’est pas idiot, et que contrairement à son désastreux prédécesseur, il connaît les limites du PCF, et quitte à disparaître, que ce ne soit pas avec le déshonneur. 
    Vous savez, Descartes, ce que valent des attitudes imprudentes, et dans l’espèce, imprudentes. Madame wSimonet qui occupe un logement HLM de la ville de Paris par exemple. Mais ces gens-là, nourris de et par la politique, ont-ils une vision exacte du peuple qu’ils sont censés défendre? Bien sûr non. Mais maintenant qu’ils occupent l’Assemblée, il y a plein d’élus qui se feront un devoir, et en plus un plaisir, de le leur rappeler. C’est une chose de faire le show, et une autre de faire face aux média, n’est-ce pas ? 
    Dans les temps de misère que nous allons traverser, nul doute que lesdits médias vont farfouiller dans les avantages des chéris de la FI. C’est de bonne guerre, et comme disait un de mes mes maîtres à penser, La Fontaine,  Ventre affamé n’a point d’oreilles.

    • Descartes dit :

      @ cherrytree

      [Oui. Et il y a même un moment où le PCF va le lâcher. Parce si Fabien Roussel n’est pas idiot, et que contrairement à son désastreux prédécesseur, il connaît les limites du PCF, et quitte à disparaître, que ce ne soit pas avec le déshonneur.]

      Je pense que les illusions qu’on pouvait avoir au PCF par rapport à Mélenchon se sont largement dissipées. Et puis, Mélenchon est sur le départ…

  7. cherrytree dit :

    @Descartes
    Oui. Et permettez-moi une citation. “Comediante, tragediante” de qui à quelques années près, ce pape qui prévoyait la chute de Napoléon 

  8. Simon dit :

    Cher Descartes,
    J’ai l’impression que l’accusation de violences sexuelles à la LFI est l’équivalent (quoique plus mesuré dans ses conséquences) de l’application de l’article 58 du code pénal soviétique, avec jugement par une troïka et communication ultérieure du jugement.
     
    Pour le reste, voir les partisans de la libération sexuelle condamner de la drague en boîte de nuit me fait toujours autant rire,
    Simon

    • Descartes dit :

      @ Simon

      [J’ai l’impression que l’accusation de violences sexuelles à la LFI est l’équivalent (quoique plus mesuré dans ses conséquences) de l’application de l’article 58 du code pénal soviétique, avec jugement par une troïka et communication ultérieure du jugement.]

      J’imagine que vous faites référence à l’article 58 du code pénal de la république fédérative soviétique de Russie. J’ai relu le texte dans sa version de 1934 (plus sévère que l’original de 1923) et j’ai du mal à voir le rapport. L’article 58 susvisé crée des incriminations pour des actes tels qu’intelligence avec l’ennemi, sabotage, sédition, etc. Le texte n’a rien d’extraordinaire : les actes visés sont d’ailleurs punis à l’époque par le code pénal français – moins sévèrement, il est vrai – sous le titre de « délits contre la sûreté de l’Etat ». Mais surtout, l’article 58 est un article d’incrimination, et non un article de procédure. Il ne contient aucune indication sur la manière de juger les actes qu’il vise ou règle sur la manière dont le jugement devrait être communiqué.

      A mon sens, il serait faux de voir dans le système LFI une inspiration stalinienne. Loin d’être secret, le système stalinien repose au contraire sur la mise en scène de la punition des « traîtres », avec procès public devant des tribunaux légalement constitués et en application de textes publiés. La répression stalinienne ne se cachait pas. Non seulement les noms des juges et des procureurs ne sont pas cachés, ils sont au contraire connus et mis en valeur.

      La logique de LFI vient plutôt de la paranoïa des groupuscules trotskystes nourrie dans la clandestinité et dans l’affrontement avec les partis communistes.

      [Pour le reste, voir les partisans de la libération sexuelle condamner de la drague en boîte de nuit me fait toujours autant rire,]

      Moi, je trouve ça plutôt triste.

  9. dsk dit :

    @ Descartes
     
    Ca commence très fort avec notre nouveau ministre de l’éducation nationale. Traité de “wokiste” par MLP, il a répliqué qu'”être attaqué par l’extrême droite est un badge d’honneur”, expression qui n’a aucun sens en français, mais qui existe bien en anglais, sous la forme de “badge of honour”, ce qui, accessoirement, tendrait à démontrer, si ce n’est son “wokisme”, en tout cas l’influence sur lui de la culture américaine.  

    • Descartes dit :

      @ dsk

      [Ca commence très fort avec notre nouveau ministre de l’éducation nationale. Traité de “wokiste” par MLP, il a répliqué qu’”être attaqué par l’extrême droite est un badge d’honneur”, expression qui n’a aucun sens en français, mais qui existe bien en anglais, sous la forme de “badge of honour”, ce qui, accessoirement, tendrait à démontrer, si ce n’est son “wokisme”, en tout cas l’influence sur lui de la culture américaine.]

      Pap Ndiaye a vécu quelques années aux Etats-Unis. Ayant vécu à l’étranger, je peux comprendre qu’il importe par erreur des expressions étrangères. Mais il est vrai que dans la bouche d’un ministre de l’éducation, ça ne fait pas très sérieux…

      • dsk dit :

        @ Descartes
         
        [“Pap Ndiaye a vécu quelques années aux Etats-Unis. Ayant vécu à l’étranger, je peux comprendre qu’il importe par erreur des expressions étrangères.”]
         
        Vous avez raison. Sans doute nous faut-il être indulgents. Qu’il n’oublie pas de rendre son badge d’honneur en sortant cependant.

  10. cherrytree dit :

    J’ai vu ( en différé) le discours d’Élisabeth Borne devant le Parlement, puis le commentaire de F Ruffin, le discours de Mathilde Panot, et celui de M le Pen.
    Pour la feuille de route de la Première ministre, c’est absolument ce à quoi il fallait s’attendre. Mais bon, ce ”n’est pas sur le fond, très convenu, mais sur la forme. Je suis stupéfaite de la haine et du mépris de Ruffin. Certes Élisabeth Borne n’a rien de lyrique, mais enfin on s’attend à quoi? À ce qu’elle fasse un show? Je ne me souviens pas non plus de discours folichons d’A. Merckel, plutôt de la verve de Boris Johnson. À votre avis, qui était le plus solide ?
    Ruffin disant que sa fille de 10 ans met plus le ton en récitant ses fables est une ânerie. D’abord personne ne sait ce que deviendra cette enfant, alors qu’Elizabeth Borne a un vrai parcours. C’est de l’insulte petite, mesquine, gratuite, et devalorisante envers une femme, ce que la FI réprouve si fort. Que voulez-vous, tout le monde, à l’instar de R Garrido, ne peut pas être batteleuse chez Hanouna…
    Ensuite, le discours de M Panot. La, j’ai été glacée par la violence du contenu, ce n’était pas un discours, mais le réquisitoire de l’accusateur public, un mélange de Robespierre et de Saint Just. Quant au ton… Ce n’est pas pour rien que cette dame s’est vue traiter de poissonnière sur les bancs de l’Assemblée. Elle avait d’ailleurs réclame une sanction pour le député, oubliant qu’elle en avait traité un autre de déchet. Et elle a récidivé hier en traitant les nouveaux ministres de”fonds de tiroirs”, à la grande joie de la FI qui trépignait sur les gradins. La caméra la cadrant convenablement, on a pu voir la mimique de la 1 ère ministre, c’est une dame qui sait garder ses nerfs à tout le moins.
    Mais ces outrances, pour amusantes (?) qu’elles puissent paraître, ont surtout servi M le Pen, qui tout en ne mâchant pas ses mots, est apparue beaucoup plus posée et crédible que la harpie Panot. Si on m’avait dit qu’un jour j’écrirais que M le Pen apparaît plus… rassurante?
    Elle a d’ailleurs confirme en posant la question lors de son interview d’hier : c’est d’une bêtise sans nom de déposer une motion de censure avant même que lea première ministre ait dit un mot: c’est bien plus de la censure que de la motion. Et au moment où les Français se posent la question sur leur pouvoir d’achat et sont pleins d’inquiétude, est-ce bien le moment de renverser un gouvernement, retardant jusqu’en septembre les débats sur ce point précis? 
     
    C’est ce que j’écrivais hier: le mieux est de laisser s’exprimer ces dangereux guignols qui ne vont pas tarder à se déconsidérer. Parce qu’avec une guerre qui risque de durer et toutes ses conséquences sur notre économie, avec le spectre de la pandémie pas encore éradiquée, les Français supporteraient mal quelques manifs et autres tentatives d’en finir avec la V République. Les gens ont besoin de sécurité, plus que jamais, et au final, s’ils ne sont pas contents dtMacron, c’est vers le Pen et pas vers Mélenchon qu’ils se tourneront. C’est à croire qu’à la NUPES, on n’a pas pris connaissance des résultats des votes.
    Ces gens-là font peur, au mieux n’inspirent pas la confiance, et traînent des casseroles qu’on peut à tout moment leur ressortir. Le népotisme (oui, la fille de JL Mélenchon avait intenté un procès à C Schoettl, et elle l’a perdu), la sombre affaire du Média ou A Corbière, par ailleurs député, était salarié, et pour laquelle S Chikirou est toujours mise en cause, le HLM de Paris de D Simonet, par ailleurs conseillère de Paris), les évictions et autres chantages en interne… C’était qui, Chirac, je crois, qui disait que quand on balance des seaux de m…, il faut se tenir loin du ventilateur 

    • Descartes dit :

      @ cherrytree

      [J’ai vu (en différé) le discours d’Élisabeth Borne devant le Parlement, puis le commentaire de F Ruffin, le discours de Mathilde Panot, et celui de M le Pen. Pour la feuille de route de la Première ministre, c’est absolument ce à quoi il fallait s’attendre.]

      Pas tout à fait. J’y ai vu deux éléments qu’il me semble intéressant de souligner. Le premier est que, contrairement au président la semaine dernière, Borne n’a pas exposé un programme « à prendre ou à laisser ». Elle n’a pas répété la doxa présidentielle du « je vais vous expliquer, et lorsque vous aurez compris vous serez d’accord avec moi ». Non, elle a parlé de différences légitimes et du besoin de trouver des compromis. C’est quand même une grosse différence.

      Ensuite, j’ai beaucoup apprécié la fin de son discours, et notamment son exposé sur ce qu’elle devait à la République, te son désir de lui rendre un peu de ce qu’elle avait reçu. Dans notre époque où tout le monde prétend s’être fait tout seul et ne rien devoir à personne, je trouve sa position remarquable et même courageuse.

      [Mais bon, ce ”n’est pas sur le fond, très convenu, mais sur la forme. Je suis stupéfaite de la haine et du mépris de Ruffin. Certes Élisabeth Borne n’a rien de lyrique, mais enfin on s’attend à quoi ? À ce qu’elle fasse un show ? (…) Ruffin disant que sa fille de 10 ans met plus le ton en récitant ses fables est une ânerie. D’abord personne ne sait ce que deviendra cette enfant, alors qu’Elizabeth Borne a un vrai parcours. C’est de l’insulte petite, mesquine, gratuite, et devalorisante envers une femme, ce que la FI réprouve si fort. Que voulez-vous, tout le monde, à l’instar de R Garrido, ne peut pas être batteleuse chez Hanouna…]

      Mais le commentaire de Ruffin est assez illustratif de ce que cette gauche attend d’un homme politique. De ce côté de l’hémicycle, on ne demande pas à un politique d’être compétent, de savoir conduire une équipe, de travailler ses dossiers. L’essentiel, c’est d’être un grand tribun. Et c’est logique : si les dirigeants de LFI mettaient en avant la compétence, l’esprit d’équipe ou la connaissance des dossiers, ils auraient beaucoup de mal à voir en Mélenchon leur Guide Suprême. C’est toujours la même chose : LFI modèle ses valeurs sur son leader. Si Mélenchon jouait du piano, être pianiste deviendrait l’alpha et l’oméga du leadership.

      La violence de Ruffin illustre une simple constatation : Borne est l’anti-Mélenchon. D’un côté le travail, le sérieux, la compétence, de l’autre les grandes envolées lyriques du tribun.

      [Ensuite, le discours de M Panot. La, j’ai été glacée par la violence du contenu, ce n’était pas un discours, mais le réquisitoire de l’accusateur public, un mélange de Robespierre et de Saint Just. Quant au ton… Ce n’est pas pour rien que cette dame s’est vue traiter de poissonnière sur les bancs de l’Assemblée.]

      Panot, c’est le classique petit roquet des assemblées étudiantes, convaincue non seulement de détenir la vérité, mais que cette vérité l’autorise à dire n’importe quoi. Seulement voilà, l’Assemblée nationale n’est pas une assemblée d’étudiants, et il y a une grosse différence entre l’investiture d’un député et celle d’un syndicaliste étudiant.

      [Mais ces outrances, pour amusantes (?) qu’elles puissent paraître, ont surtout servi M le Pen, qui tout en ne mâchant pas ses mots, est apparue beaucoup plus posée et crédible que la harpie Panot. Si on m’avait dit qu’un jour j’écrirais que M le Pen apparaît plus… rassurante ?]

      Tout à fait. L’intervention de Marine Le Pen était aussi critique sur le fond que celle de Panot, mais c’était l’intervention d’une personne adulte qui sait contrôler ses émotions et qui a conscience du contexte dans lequel il parle. Même différence entre le comportement du groupe LFI, criant à tort et à travers des slogans ou des insultes – cela ne s’entendait pas dans la transmission télé – et le groupe RN attendant sagement sont tour pour s’exprimer.

      [Elle a d’ailleurs confirme en posant la question lors de son interview d’hier : c’est d’une bêtise sans nom de déposer une motion de censure avant même que lea première ministre ait dit un mot: c’est bien plus de la censure que de la motion. Et au moment où les Français se posent la question sur leur pouvoir d’achat et sont pleins d’inquiétude, est-ce bien le moment de renverser un gouvernement, retardant jusqu’en septembre les débats sur ce point précis ?]

      C’est surtout une idiotie de censurer un gouvernement alors qu’il n’a encore rien fait, et alors que le chef du gouvernement a axé son discours sur sa disponibilité pour discuter et trouver des compromis. Mieux vaut prendre acte de cette volonté et censurer le gouvernement s’il ne tient pas cette promesse. Parce que si le pays a décidé de ne pas donner à Macron une majorité, il a décidé quand même de lui donner le plus gros groupe de l’Assemblée. Si l’on est démocrate, on ne peut pas ignorer ce fait.

      [Les gens ont besoin de sécurité, plus que jamais, et au final, s’ils ne sont pas contents de Macron, c’est vers le Pen et pas vers Mélenchon qu’ils se tourneront. C’est à croire qu’à la NUPES, on n’a pas pris connaissance des résultats des votes.]

      LFI a un problème de maturité. Alors que ses cadres ont fait leurs classes dans la politique étudiante, ils n’ont toujours pas compris qu’un député n’est pas un élu UNEF. Que les Français demandent à ce que le gouvernement s’occupe d’eux, ce qu’un gouvernement paralysé ne pourra pas faire. Et surtout, LFI n’a pas compris que la bataille se joue non pas sur la radicalité, mais sur la crédibilité. Montrer aux Français qu’on peut jouer le jeu institutionnel est fondamental aujourd’hui pour une organisation politique. C’est parce qu’il a montré sa capacité à gérer des municipalités sans drame que le RN a pu crever le « plafond de verre » sous lequel il était confiné depuis trente ans.

    • Vincent dit :

      Je n’ai pas vu les discours. Mais je rebondis sur cette phrase :
      “Ruffin disant que sa fille de 10 ans met plus le ton en récitant ses fables est une ânerie. ”
       
      Mme Borne est d’une époque où ce qui était valorisé dans les cursus scolaires était exclusivement les compétences intellectuelles, rédactionnelles, culturelles, etc.
      La capacité à “faire le show” n’était pas prise en ligne de compte. Un non sujet. De plus en plus, cette compétence, sur le modèle anglo-saxon, est valorisée. Dès le CP, les enfants sont invités à faire des “exposés” pour parler de n’importe quoi (de leurs vacances, de leur week-end, du resto qu’ils on fait la semaine d’avant, etc.). Aujourd’hui, l’épreuve reine du Bac invite à se mettre en scène, et les enseignants sont invités à ne pas trop poser de questions sur les disciplines, mais plutôt à inviter l’élève à s’exprimer sur lui…
      L’école à l’ancienne invitait à ne s’exprimer que quand on avait quelque chose d’intéressant et de travaillé à dire. Il fallait que ce qui était exposé soit parfait.
      Pas étonnant que la fille du Ruffin puisse être meilleure tribunitienne que Borne… Je suis effectivement convaincu que la capacité à parler de soi et à “faire le show” est bien meilleure dans les nouvelles générations…
      Mais cela se fait au détriment de la notion d’une certaine importance donnée à la prise de parole et au choix des mots pour s’exprimer. Je ne suis pas certain que ce soit un vrai gain pour la société.
       

      • Descartes dit :

        @ Vincent

        [Mme Borne est d’une époque où ce qui était valorisé dans les cursus scolaires était exclusivement les compétences intellectuelles, rédactionnelles, culturelles, etc. La capacité à “faire le show” n’était pas prise en ligne de compte. Un non sujet.]

        Pardon, c’est un sujet. Que Borne ne soit pas une oratrice de premier niveau, c’est une question. Mais le fait que Ruffin condamne un premier ministre au motif qu’elle ne serait pas un excellent tribun, c’est à mon avis très révélateur des qualités essentielles que, pour Ruffin, doit avoir un premier ministre. Parce que derrière le commentaire de Ruffin il y a implicitement l’idée que puisque « sa fille de 10 ans met plus le ton en récitant ses fables », elle ferait une meilleure premier ministre.

        J’insiste : le fait que le gourou soit lui-même un excellent orateur et un excellent tacticien mais n’ai guère d’autre qualité à offrir conditionne les valeurs de l’ensemble de la collectivité. Comment pourrait-on considérer comme essentielle une qualité que le gourou ne possède pas, par exemple, le sérieux, la rigueur, la capacité à diriger une équipe, la connaissance des dossiers ? Et d’un autre côté, comment pourrait-on considérer comme secondaire une qualité que le gourou possède au plus haut point, comme la capacité oratoire ou tacticienne ?

        • Vincent dit :

          [le fait que le gourou soit lui-même un excellent orateur et un excellent tacticien mais n’ai guère d’autre qualité à offrir]

           
          Je suis désolé, mais Mélenchon n’est pas que cela. C’est aussi quelqu’un de très cultivé, surtout si on le compare à la moyenne des députés et ministres d’aujourd’hui.

          • Descartes dit :

            @ Vincent

            [Je suis désolé, mais Mélenchon n’est pas que cela. C’est aussi quelqu’un de très cultivé, surtout si on le compare à la moyenne des députés et ministres d’aujourd’hui.]

            C’est ce que tout le monde dit, mais personnellement je ne suis pas convaincu. Lorsqu’on lit ses livres, qu’on écoute ses discours, on peut constater qu’il a une bonne culture “scolaire” – Hugo, la Boétie, Montaigne – avec un petit vernis de gauche socialiste – Jaurès. Mais on ne peut pas dire que ce soit un homme cultivé. Ou alors, il le cache soigneusement. C’est frappant dans ses livres “théoriques”: il ne fait aucun effort pour inscrire ses idées dans l’histoire des idées politiques. Jamais une référence à Hobbes, à Rousseau, à Smith, à Locke, à Montesquieu ou même à Marx. En littérature, à part des auteurs “scolaires”, il est rare de trouver chez lui une référence, et encore moins une référence spontanée. Mettre une citation dans un discours préparé, c’est à la portée de tout le monde.

            Mais peut-être qu’il apparaît comme “très cultivé” par effet de contraste ? Il est vrai que les politiques qui ont aujourd’hui 40 ans croient qu’il existe un auteur appelé “Zadig et Voltaire”…

            • Phael dit :

              @cherrytree

              [Ruffin disant que sa fille de 10 ans met plus le ton en récitant ses fables est une ânerie. D’abord personne ne sait ce que deviendra cette enfant, alors qu’Elizabeth Borne a un vrai parcours. C’est de l’insulte petite, mesquine, gratuite, et devalorisante envers une femme, ce que la FI réprouve si fort. Que voulez-vous, tout le monde, à l’instar de R Garrido, ne peut pas être batteleuse chez Hanouna…]

               
              @Descartes

              [Mais le commentaire de Ruffin est assez illustratif de ce que cette gauche attend d’un homme politique. De ce côté de l’hémicycle, on ne demande pas à un politique d’être compétent, de savoir conduire une équipe, de travailler ses dossiers. L’essentiel, c’est d’être un grand tribun.]

               
              Bonjour,
              Il ne me semble pas que Mr Ruffin déplore l’absence de talent oratoire de Mme Borne. Il dit qu’elle a un discours “chloroforme” mais que derrière ce chloroforme se cache une grande violence, celle des inégalités qui… etc. En fait, Mr Ruffin déplore l’aspect trompeur du discours et il déplore ce qui, sur le fond, n’est pas abordé dans ce discours. Seule la petite phrase sur la poésie est retenue pour faire le titre, mais si on écoute la fin du raisonnement (qui n’est tout de même pas long, il dure moins de deux minutes, voir ici) il ne me semble pas y avoir d’ambiguïté : Mr Ruffin fait bien une critique avant tout sur le fond. 
              C’est sans doute un peu de l’ergotage de revenir sur cette seule citation de Mr Ruffin, mais comme elle sert d’appui à votre raisonnement sur l’aspect sectaire de la LFI, il me semblait nécessaire d’être précis. Je ne remets pas en cause votre raisonnement, ceci dit. En fait, j’ignore trop de chose pour avoir des opinions tranchées sur un certains nombre de sujet, dont celui-là. Je viens plutôt ici pour apprendre (et je profite de cette occasion pour vous remercier de la grande qualité de ce blog !). Cependant, la précision me semble importante car elle évite les images déformées, qui peuvent vite devenir des images fausses.
              Cordialement,

            • Descartes dit :

              @ Phael

              [Il ne me semble pas que Mr Ruffin déplore l’absence de talent oratoire de Mme Borne. Il dit qu’elle a un discours “chloroforme” mais que derrière ce chloroforme se cache une grande violence, celle des inégalités qui… etc.]

              J’ai du mal à vous suivre. Quel rapprot avec la remarque de Ruffin sur sa fille de 10 ans mettant plus de sentiment à lire ses fables que madame Borne à faire son discours ? Pense-t-il que sa fille « chloroforme » son audience ? Le problème avec Ruffin – comme avec beaucoup de gauchistes – est qu’il a tendance à personnaliser les différends politiques. C’est logique d’ailleurs : quand on est convaincu de détenir la vérité, celui qui ne veut pas la voir ne peut être qu’un imbécile ou un vicieux. Impossible de reconnaître à l’adversaire des qualités intellectuelles ou personnelles, parce que cela suppose admettre qu’on puisse être intelligent, cultivé, sérieux… et ne pas être d’accord avec la Vérité.

              C’est pour cette raison qu’on trouve en permanence dans le discours des « insoumis » une confusion entre l’attaque personnel et l’attaque politique. Quand Panot parle, on ne sait plus s’il critique Borne en tant que porteuse d’un projet politique, ou Borne en tant que personne. Et même chose avec Ruffin. De ce point de vue, MLP est beaucoup plus intelligente.

              [En fait, Mr Ruffin déplore l’aspect trompeur du discours et il déplore ce qui, sur le fond, n’est pas abordé dans ce discours. Seule la petite phrase sur la poésie est retenue pour faire le titre, mais si on écoute la fin du raisonnement (qui n’est tout de même pas long, il dure moins de deux minutes, voir ici) il ne me semble pas y avoir d’ambiguïté : Mr Ruffin fait bien une critique avant tout sur le fond.]

              Admettons. Mais quelle est la fonction de cette « petite phrase » ? Pourquoi cette comparaison avec sa fille de 10 ans ? Si c’est pour accuser Borne de tromper son monde, la comparaison n’a pas de sens à moins que la fille de Ruffin soit particulièrement vicieuse… Ruffin est un homme politique, et dans la bouche d’un homme politique tout est signifiant.

              Entendons-nous bien : je n’ai pas dit que Ruffin n’ait pas des reproches à faire à Borne « sur le fond ». Mais pourquoi mélanger à ces reproches ce qui est de toute évidence une attaque ad hominem concernant les qualités oratoires de notre Première ministre ?

              [C’est sans doute un peu de l’ergotage de revenir sur cette seule citation de Mr Ruffin, mais comme elle sert d’appui à votre raisonnement sur l’aspect sectaire de la LFI, il me semblait nécessaire d’être précis.]

              Vous n’avez pas à vous en excuser. Dès lors que j’ai pris ce détail pour bâtir un raisonnement, vous avez raison, il est bon de le réexaminer ! Mais après avoir réécouté deux fois l’extrait, je persiste dans mon analyse. Ruffin reproche d’abord à Borne d’avoir exposé « sans passion » son programme, et seulement à titre accessoire son contenu. Et quand je parle d’une critique du contenu, je suis généreux parce que là encore le reproche est sur la forme : ne pas avoir prononcé un certain nombre de mots (« profit », « dividendes »…).

              Il est vrai que le discours de Borne a dû être pénible à entendre pour la gauche… parce que c’était dans son contenu un discours largement de gauche. La Première ministre a beaucoup insisté sur des valeurs et des institutions qui sont l’apanage de la gauche : le mérite, l’école, le travail. Elle a parlé de plein emploi, de réindustrialisation, de production… la remarque de Ruffin est révélatrice parce qu’au fond pour le critiquer il est obligé d’avoir recours à ce dont elle n’a PAS parlé…

    • Descartes dit :

      @ Timo

      [On a désormais la réponse de Clémentine Autain, qui globalement ne dément pas les affirmations de Bouhafs :]

      Heureusement pour Clémentine Autain, le ridicule ne tue pas. Dans cette tribune, elle ressort tout le pathos pour dissimuler l’absurde de la situation. Elle nous explique quel soin elle met à garder les secrets des femmes qui se confient à elle, et c’est très bien. Mais comment le fait que Taha Bouhafs faisait l’objet de ces accusations s’est trouvé dans la presse ? Doit-on conclure que Autain et ses amies portent un soin moins rigoureux à la protection des prétendues victimes que des accusés ? Voilà qui serait étrange…

      Ensuite, on trouve dans sa tribune cette déclaration péremptoire: “Un parti a le droit en revanche de faire des choix : ne pas accepter d’être représenté par un homme mis en cause pour des faits de harcèlement sexiste ou d’agressions sexuelles”. Fort bien. Mais un parti qui fait ce choix est lié par lui. Pourquoi LFI n’accepte pas d’être représenté par Bouhafs mais accepte de l’être par Coquerel ? Dans le premier cas, une dénonciation, dans le second, une plainte en bonne et due forme. Et pourtant, Clémentine Autain elle même est allée défendre Coquerel. Etonnant, non ?

      Et pour finir, c’est effrayant de voir comment Autain se contredit elle même. Elle commence par affirmer que “ai-je suggéré à Taha Bouhafs de prétexter le retrait de sa candidature au nom des attaques racistes qu’il subissait ? La réponse est simple : non”. Admettons. Mais trois paragraphes plus loin, elle écrit que “Ce que j’ai dit à Taha Bouhafs, c’est que nous ne dirions rien publiquement des faits reprochés s’il se retirait de lui-même”. Autrement dit, Autain reconnait le chantage, mais a laissé Bouhafs choisir lui-même le prétexte. Ca change tout…

      Quand je lis des tribunes comme celle-là, je me dis que les plus dangereux et les plus cyniques ne sont pas ceux qu’on croit…

      Ensuite, Clementine nous explique que “

  11. Vincent dit :

    Un échange surréaliste sur RMC :
     
    “Clémentine Autain : Qu’est ce que vous vouliez qu’on fasse ? Qu’on dise la vérité ?
    Journaliste : Oui, il fallait dire la vérité
    Clémentine Autain : Il fallait dire aux français la vérité ?
    Journaliste : Bien sûr
    Clémentine Autain : Ah mais je ne le crois pas, je ne le crois pas.”

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [Clémentine Autain : Il fallait dire aux français la vérité ?
      Journaliste : Bien sûr
      Clémentine Autain : Ah mais je ne le crois pas, je ne le crois pas.”]

      Décidément, cette affaire a fait sortir les dirigeants de LFI de leur zone de confort. Mélenchon a réagi avec un peu plus de classe, tout de même: « On pensait avoir trouvé la solution en mettant en place ce comité. Mais dans la pratique, on voit bien que ce n’est pas encore satisfaisant (…) Décider de croire la parole des femmes est un choix arbitraire mais nous l’assumons. Mais ça ne peut suffire ». C’est déjà un début. Mais il est clair que l’apprenti-sorcier est dépassé par l’objet qu’il a créé. Ainsi, il reconnaît « se heurter à une contradiction » : « on doit pouvoir dire à la personne qui s’est plainte “je te crois” et prendre les mesures nécessaires. Et tenir compte, à l’autre bout, d’un jeune homme de 25 ans qui demande de pouvoir présenter sa défense quand il est condamné à vie à l’infamie ». Autrement dit, il faut croire tout le monde – comme ça, tout le monde est content – et cela pose quand même des problèmes. Problèmes dont Mélenchon avoue ne pas avoir la solution: « Je ne sais pas ce qu’il faudrait faire pour que ça soit bien. Je fais confiance aux femmes qui animent ce travail ».

      Seulement, “les femmes qui animent ce travail”, on les a vues à l’oeuvre, et elles ne donnent pas l’impression elles non plus de savoir quoi faire. En tout cas, c’est la première fois que Mélenchon avoue “ne pas savoir quoi faire”. Le gourou aurait-il cesse d’être infaillible ?

  12. cherrytree dit :

    Je ne sais pas si Mélenchon est embarrassé. Mais il y a pour le moment une femme qui n’a pas l’air de vouloir se taire et encore moins réclamer l’anonymat, c’est Farida Hamadi, suppléante de S. Delogu. Mais si, ce chauffeur de taxi si médiatisé car devenu un nouveau député de la FI, qui n’en est pas encore revenu, et qui apparemment n’a pas tardé à adopter les façons de ses copains de secte. La dame, sa suppléante donc, se plaint amèrement dans Marianne, et annonce qu’elle va porter plainte contre Delogu. En effet, en échange de son aide il lui aurait fait une promesse d’embauche non tenue. On me dira, ce n’est pas la première fois que le miroir aux alouettes fonctionne. Mais ce qui est intéressant, ce sont les propos qu’elle rapporte: le soir de l’élection, elle a été privée de micro et s’est entendu répondre : “j’ai eu besoin de toi, je t’ai eue, c’est la vie”. Un propos qui n’est pas certes une attaque sexuelle, mais qui relève quand même du bon gros machisme ordinaire contre lequel les Insoumis.e.s sont censés lutter. Aussi voir C.Autain se tortiller pour dire qu’il faut respecter l’anonymat des plaignantes et la volonté de régler le cas Bouhafs en interne est assez comique. En effet, face à A.de Malherbes, Mathilde Panot s’était montrée fort embarrassée. C’est donc C. Autain qui s’y colle pour expliquer cette kafkaïenne embrouille. On apprend, et d’une, qu’elle ne fait absolument pas partie du fameux comité. (J’adore le mot “comité”, comme dans “comité de salut public”). Elle n’en fait pas partie, mais c’est apparemment elle qui aurait recueilli les dénonciations de ces femmes, et fait partie de ceux qui ont sommé Tahar Bouhafs de se retirer.  Et encore, si elle insiste fort sur le respect de l’anonymat, elle est incapable de dire un mot de ce qui est reproché à Bouhas. Ensuite elle se pose en victime et s’identifie à ces femmes, ayant elle-même été victime d’un viol il y a des années. Ce qui ote à ses interlocuteurs, par délicatesse, toute envie de l’interroger plus avant sur les méthodes de la FI, car elle se sent blessée. Ce qui, entre parenthèses, jette implicitement sur T.Bouhas le soupçon d’actes aussi graves qu’un viol. Malheureusement, T.Bouhas, lui, s’est exprimé, et a envoyé ses avocats. Tout comme Farida Hamadi. Je suis quand même curieuse de savoir quel est la teneur de leur plainte : l’un d’avoir subi des pressions pour sa désinvestiture qu’il a au final acceptée, l’autre d’avoir accepté de servir de marionnette en échange d’une promesse d’embauche ? Je ne sais pas si les plaintes en question sont recevables, disons qu’elles mettent en évidence le fonctionnement sectaire et pour le moins opaque des instances de la FI. Bien sûr que Mélenchon prend ses distances avec ce comité pas parfait, mais qui a le mérite d’exister, c’est du moins ce que C.Autain et lui donnent comme explication. Mais ça fait désordre.
    Si j’étais méchante, je dirais que dans ce groupe hétéroclite de députés de la FI, il y a les vrais, et puis il y a les spécimens dont l’essentiel de la fonction consiste à montrer à quel point la FI est diverse et populaire : une femme de ménage, un chauffeur de taxi, un étudiant. Il ne manque plus que la Reine des Gitans, comme aurait dit de Gaulle. Que la femme de ménage ait un temps  pas si lointain soutenu le FN,  que le chauffeur de taxi  révèle  un comportement peu conforme à la morale, que l’étudiant annonce qu’il n’en a rien à faire des études et que ce qui l’intéressait c’était de bloquer les lycées , rien de très surprenant. C’est comme Mathilde Panot qui se fait traiter de poissonnière en raison de son verbe haut, pour rester polie, et qui dénonce l’insulte faite aux poissonnières. C’est anecdotique. Que Coquerel se retrouve commissaire aux comptes c’est savoureux. Car, si je ne me trompe, il me semble que les comptes de campagne de la FI, en 2017, avaient été un brin retoqués. À la première occasion certains ne se priveront pas de le lui faire remarquer. 
    Au même moment, nous avons quelques écarts de langage révélateurs :A. Corbière qui martèle qu’ Elisabeth Borne doit démissionner “parce que c’est comme ça”, M. Panot qui répète qu’ elle devra se soumettre “, Bompart qui affirme qu’il peut là, tout de suite, trouver l’argent pour financer la hausse des salaires, en faisant main basse sur les profits de Total, que dire, c’est du Maduro dans le texte. Je ne sais pas si ces gens sont outrecuidants ou dangereux, sans doute les deux. Et pour parfaire le tout, Mélenchon qui menace ses alliés de la NUPES qui seraient tentés de “descendre du train”, et “c’est valable pour la FI aussi”, rien que ça. C’est plus fort que lui, dès qu’il pense avoir gagné, il faut qu’il profére une énormité dictatoriale. On devrait le laisser parler plus souvent.
    Ça me rappelle Podemos, qui prenait le Parlement espagnol pour une cour de récré, et qui après une législature ne représente quasiment plus rien.
     
     

    • Descartes dit :

      @ cherrytree

      [Je ne sais pas si Mélenchon est embarrassé. Mais il y a pour le moment une femme qui n’a pas l’air de vouloir se taire et encore moins réclamer l’anonymat, c’est Farida Hamadi, suppléante de S. Delogu.]

      Ce genre d’affaires vont se multiplier, et c’est logique. Quand on lâche dans la nature des militants politiques sans formation, sans encadrement, sans boussole idéologique et avec la consigne de gagner à tout prix, on obtient ce genre de résultat. Je ne sais si c’est Delogu qui a « trahi » Hamadi, ou bien si Hamadi essaye de rentabiliser une situation au-delà du raisonnable, et au fond cela n’a aucune importance. Le fait est que dans un parti « à l’ancienne », il y aurait une instance respectée des deux militants qui les entendrait et se prononcerait sur la question. Dans un mouvement « gazeux », personne ne sait qui décide de quoi, et toutes les suspicions sont permises.

      [Mais si, ce chauffeur de taxi si médiatisé car devenu un nouveau député de la FI, qui n’en est pas encore revenu,]

      Vous oubliez qu’il fut aussi le garde du corps de Mélenchon « à titre bénévole ». A LFI, avoir fréquenté de près le gourou, ça aide.

      [et qui apparemment n’a pas tardé à adopter les façons de ses copains de secte. La dame, sa suppléante donc, se plaint amèrement dans Marianne, et annonce qu’elle va porter plainte contre Delogu. En effet, en échange de son aide il lui aurait fait une promesse d’embauche non tenue. On me dira, ce n’est pas la première fois que le miroir aux alouettes fonctionne.]

      Si la promesse a existé – ce dont on peut raisonnablement douter – elle est limite du point de vue éthique : jouer les rabatteurs de voix en échange d’un poste pour lequel on n’a aucune compétence particulière et payé par l’argent public, ce n’est quand même pas banal.

      [Mais ce qui est intéressant, ce sont les propos qu’elle rapporte: le soir de l’élection, elle a été privée de micro et s’est entendu répondre : “j’ai eu besoin de toi, je t’ai eue, c’est la vie”. Un propos qui n’est pas certes une attaque sexuelle, mais qui relève quand même du bon gros machisme ordinaire contre lequel les Insoumis.e.s sont censés lutter.]

      Oui, enfin, c’est sa version à elle. Je ne me risquerais pas, avec l’information dont on dispose, à décider qui de Delogu ou de Hamadi est dans le vrai. La seule chose qu’on peut constater c’est que la multiplication de ce genre d’affaires montre une fois encore les ravages du refus de Mélenchon de donner à son mouvement des institutions qui pourraient encadrer et former les militants, et trancher les conflits.

      [Si j’étais méchante, je dirais que dans ce groupe hétéroclite de députés de la FI, il y a les vrais, et puis il y a les spécimens dont l’essentiel de la fonction consiste à montrer à quel point la FI est diverse et populaire : une femme de ménage, un chauffeur de taxi, un étudiant. Il ne manque plus que la Reine des Gitans, comme aurait dit de Gaulle.]

      Je pense que le processus est un peu différent. Le gourou a refusé toute institutionnalisation de LFI. Et du coup, le mouvement a grandi sans pour autant construire une véritable filière de formation et d’encadrement des cadres. Et du coup, l’élection venant, il a fallu trouver des candidats en puisant dans le vivier des « personnalités » locales venues de la « société civile ». Cela donne un ensemble de gens peu formés, pas encadrés, ayant des visions de la politique, de l’éthique, des rapports humains très différentes. Je trouve d’ailleurs que la comparaison avec LREM en 2017 est assez intéressante…

      Vous savez, j’en ai vu beaucoup de bêtises de faites quand j’étais militant. Mais on arrivait à les rattraper parce que les militants étaient formés, parce qu’il y avait une structure qui les encadrait, parce qu’il y avait une « boussole morale » pour les guider, et parce qu’il y avait des institutions et des dirigeants respectés dont on acceptait le verdict.

      [Au même moment, nous avons quelques écarts de langage révélateurs :A. Corbière qui martèle qu’ Elisabeth Borne doit démissionner “parce que c’est comme ça”, M. Panot qui répète qu’ elle devra se soumettre “, Bompart qui affirme qu’il peut là, tout de suite, trouver l’argent pour financer la hausse des salaires, en faisant main basse sur les profits de Total, que dire, c’est du Maduro dans le texte. Je ne sais pas si ces gens sont outrecuidants ou dangereux, sans doute les deux.]

      Ces gens n’ont surtout pas le sens des réalités. Ils parlent à l’Assemblée comme ils parleraient à une assemblée étudiante à la fac de sociologie de Nanterre.

      [Et pour parfaire le tout, Mélenchon qui menace ses alliés de la NUPES qui seraient tentés de “descendre du train”, et “c’est valable pour la FI aussi”, rien que ça. C’est plus fort que lui, dès qu’il pense avoir gagné, il faut qu’il profère une énormité dictatoriale. On devrait le laisser parler plus souvent.]

      Le « c’est valable pour LFI aussi » m’a mis la puce à l’oreille. Serait-ce possible que Mélenchon ait été victime – où pense pouvoir l’être – d’un coup de palais ou d’une contestation au sein de LFI ? Sa stratégie aurait-elle provoqué des oppositions ? Ou pire, des « notables », voyant le départ de Mélenchon proche, auraient-ils le projet de l’enterrer un peu trop tôt ? Qui exactement est visé par cette remarque ?

  13. cherrytree dit :

    @Descartes
    La formulation exacte est “et ça vaut aussi pour nous les insoumis”. Qui sont priés de se soumettre, donc.

    • Descartes dit :

      @ cherrytree

      [La formulation exacte est “et ça vaut aussi pour nous les insoumis”. Qui sont priés de se soumettre, donc.]

      Certes. Mais pourquoi Mélenchon s’est-il senti obligé de préciser ? A ma connaissance, personne au sein de LFI ne souhaite “descendre du train”… est-ce que le gourou saurait des choses que nous ignorons ? Y aurait-il une forme de contestation de la stratégie de la NUPES dans les files de LFI ? A qui l’avertissement de Mélenchon était-il adressé ?

  14. dsk dit :

    @ Descartes
     
    [“Vous me pardonnerez, chers lecteur, de laisser de côté pour une fois les grands problèmes de notre époque pour revenir aux mœurs de la secte que certains appellent « La France Insoumise », et d’autres appellent… autrement.”]
     
    “La Secte Soumise” ?

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