Isoloir, morne plaine

“Les élections sont aristocratiques et non démocratiques : elles introduisent
un élément de choix délibéré, de sélection des « meilleurs citoyens »,
au lieu du gouvernement par le peuple tout entier.”
Aristote

Premier tour des élections municipales. Avant d’aller voter, je regarde les listes de candidats qui se présentent pour diriger la ville moyenne où je suis électeur. Car j’aime bien savoir pour qui je vote. Tiens, je prends la première, celle d’une liste « société civile » dont le slogan est « pour une ville écologique, populaire et démocratique ». Quelles sont les professions des dix premiers candidats sur la liste ? Cadre fonction publique ; Gynécologue ; Informaticien ; Cheffe d’entreprise ; Enseignant chercheur ; Professeure des écoles ; Avocat, Retraitée (ministère de la Justice) ; Président d’association d’Economie sociale et solidaire, Ingénieur.

Curieux, je passe à la suivante, celle de LFI, dont la devise est pratiquement la même « sociale, écologique et populaire ». Quelles sont les professions des dix premiers ? Ingénieure; Ingénieur ; Avocate ; Médecin ;Professeure ; Professeur des écoles ; Etudiante ; Sans profession ; AESH (sic) ; Retraité.

A l’extrême droite – là, on n’est pas « social, écologique et populaire » – voici ce que ça donne : Chef d’entreprise ; Avocat (ancien bâtonnier) ; Responsable agence de voyages ; Ingénieur ; Directrice de résidence hôtelière ; Travailleur indépendant ; Auxiliaire de vie ; Attaché administratif de l’Etat ; Ingénieur chercheur.

A gauche, la liste d’union PS-PCF-Ecolo, avec pour devise « changer la vie, changer la ville » : Professeur des universités ; Enseignante ; Juriste ; Inspectrice des finances publiques ; Enseignant ; Consultante en communication ; Enseignant ; Enseignante ; Responsable associatif ; Ingénieur.

Vient ensuite celle de la droite et du centre : aucune ne fait figurer les professions sur la liste. Peut-être en ont-ils honte ?

Après ce petit tour d’horizon, j’ai décidé… de ne pas aller voter. Parce que je trouve que ces listes sont une insulte à la raison, qu’elles crachent à la gueule de la population qu’elles entendent représenter. J’ai désespérément cherché dans ces listes un ouvrier, un employé, un paysan, un agent d’entretien. Lorsqu’on en trouve, c’est toujours au-delà de la vingt-cinquième place – autrement dit, sans la moindre chance d’être élu. Non, c’est le défilé des classes intermédiaires sans complexes et dans toute leur splendeur… et cela, quel que soit le parti.

Mais surtout, je ne suis pas allé voter parce que la tambouille municipale m’exaspère. Au fond, tous les candidats proposent sur papier glacé la même chose : plus de sécurité, plus d’espaces verts, plus de services publics, moins d’impôts. A gauche on se dit « écologique et social », à droite « sérieux et responsable ». Et lorsqu’on entre dans le détail, on trouve dans les programmes un paragraphe consacré à chaque « clientèle ». Il y en a pour les jeunes, pour les retraités, pour les parents, pour les sportifs, pour les LGBT+, et si le raton laveur pouvait voter, on trouverait quelque chose pour lui. Mais personne ne se trompe : on sait que les programmes sont des figures imposées, qui passeront aux oubliettes dès que les votes du deuxième tour auront été comptés. Alors…

Attention, je ne dis pas qu’il n’y ait pas des maires dévoués, qui se font élire en ayant en tête un projet pour leur commune, ou plus banalement qui aspirent gérer de leur mieux le bien commun. Il y en a certainement un grand nombre, surtout dans les petites communes où la fonction municipale porte avec elle beaucoup de charges et peu de privilèges. Mais ce n’est pas le cas dans ma commune, comme je le pense dans la plupart des villes d’une certaine importance, là où les fonctions municipales sont tenues par des politiciens professionnels, et offrent des rémunérations confortables. Et comme pour ces gens-là l’essentiel est de garder le fauteuil ou le conquérir, la seule chose qui les intéresse vraiment, la seule chose dont les partis discutent… ce sont les alliances de second tour. Qui se désiste pour qui ? Qui fusionne avec qui ? Comment appeler à voter aujourd’hui pour celui qu’on a copieusement injurié pendant trois mois de campagne ?

Et ici, franchement, la palme d’or de la bêtise appartient au PS. Les contorsions d’Olivier Faure me rappellent la remarque de ce sénateur américain qui affirmait ne jamais tenir que des discours sucrés, parce qu’en politique on ne sait jamais quand on vous les fera bouffer. Pas besoin de partager les talents de l’oracle de Delphes pour prévoir qu’après le premier tour des municipales le PS allait avoir besoin des voix de LFI pour espérer garder ou conquérir un certain nombre de municipalités. Et Olivier Faure connaît assez bien ses troupes pour savoir qu’il est illusoire de vouloir imposer une discipline nationale à des candidats pour qui le mandat municipal est vital. Il était donc facile de voir qu’une fois le premier tour passé, les arrangements entre les candidats socialistes et LFI allaient être conclus. Dans ces conditions, les noms d’oiseau que les socialistes ont lancé à LFI allaient, prévisiblement, leur revenir en pleine figure. Après avoir hurlé à l’antisémitisme de Mélenchon et exigé de lui une « clarification » dont on sait qu’elle ne viendrait pas, la direction du PS se voit obligée de justifier par des contorsions diverses le fait de pactiser, fut ce au niveau local, avec les troupes « insoumises ». Une fois encore, les socialistes ont montré que ce qu’ils qualifient un jour « d’inacceptable » peut être parfaitement accepté le jour suivant.

Il faut dire que les socialistes ont fait un pari stupide. Ils ont cru que les différents scandales qui ont touché LFI ces derniers temps allaient entamer son potentiel électoral. Ils ont oublié que Mélenchon reste le meilleur tacticien sur la place de Paris, et qu’il est dangereux de le sous-estimer. Mélenchon a bien compris que devant l’électorat qu’il vise, l’électorat jeune des métropoles et celui, communautaire et « racisé », des quartiers périurbains, les accusations d’antisémitisme, de refus de reconnaître le Hamas comme terroriste ou de recourir à la violence sont inopérantes. Il est d’ailleurs remarquable que ses ennemis jurés ne l’aient pas remarqué. Si l’on veut faire du mal aux « insoumis » électoralement, plus que mettre en exergue le Mélenchon qui écorche les noms juifs, il faudrait au contraire repasser ses discours laïcards, du temps où il soutenait que la loi républicaine doit toujours et partout s’imposer à la loi religieuse. Parce que c’est ce discours-là qui peut casser sa séduction sur l’électorat islamiste, bien plus efficacement que toutes les accusations d’antisémitisme.

 Mélenchon joue le vote communautaire, et vise des « communautés » sur lesquelles le discours majoritaire n’a pas de prise. Face aux partis « attrape-tout », Mélenchon choisit au contraire de se concentrer – suivant, ironie du sort, les conseils de Terra Nova – sur des « communautés » ciblées et bien choisies. Son raisonnement est simple : pour arriver au pouvoir, point n’est besoin d’avoir la majorité derrière soi, il suffit d’avoir suffisamment de voix pour arriver au deuxième tour face au Rassemblement national – et en 2027, compte tenu de l’épuisement des « partis de gouvernement », le ticket risque d’être particulièrement bas. Une fois arrivés au second tour, les partis de l’arc républicain n’auront pas le choix : ils seront obligés de le soutenir ou d’assumer publiquement la responsabilité d’avoir ouvert au RN les portes de l’Elysée, ce que personne ou presque n’osera faire. De nos jours, parier sur la pusillanimité des politiciens – et des électeurs – est presque toujours un pari gagnant. Imaginez-vous un instant Tondelier ou Faure, ou même Attal, Bayrou ou Retailleau donnant publiquement les clés du camion à Bardella ? Quant à leurs électeurs, quels que soient les leurs états d’âme, une fois au pied du mur…

Mélenchon sait que la campagne pour 2027 sera féroce. Il lui faut donc un électorat insensible au discours des médias « autorisés ». C’est cet électorat qu’il essaye de construire, usant de la bonne vieille méthode de la mithridatisation. Scandale après scandale, dérapage après dérapage, l’électorat communautaire, déjà sensible au discours victimaire, apprend à ne pas faire confiance aux médias « mainstream ». Les résultats de l’élection municipale montrent que cette stratégie marche. Reste à voir si elle peut conduire le candidat insoumis aux portes de l’Elysée. Et je ne suis pas de ceux qui jugent cela impossible.

Mais le choix communautariste enferme un danger évident, dont ont été victimes pas mal d’élus qui se sont investis dans la politique des « grands frères » : tôt ou tard, les leaders des « communautés » dont les insoumis ont obtenu le soutien leur passeront la facture. Promettre des « cantines bio 100% gratuites » quand on est dans l’opposition, c’est facile. Il faudra voir ce qui en reste quand il faudra gérer un budget. Quand on n’est pas aux manettes, il est facile de dénoncer les contrôles d’identité ou de crier « la police tue » tout en promettant de mettre fin au trafic de stupéfiants. C’est déjà plus difficile quand on est maire d’une ville, et à ce titre responsable de la sécurité des habitants, et qu’on est pris entre la demande de sécurité de la population en général et la pression de ceux qui vivent de ces trafics, et qui ont contribué à votre élection. Au fur et à mesure que les « insoumis » conquièrent des positions de pouvoir, ils se verront sommés de satisfaire les expectatives contradictoires qu’ils ont eux-mêmes créées, sans toucher aux intérêts de ceux qui les ont aidés à se faire élire. Il sera intéressant de regarder comment le nouveau maire LFI de Saint-Denis, ou celui qui sera probablement élu à Roubaix, résolvent cette contradiction.

On se souvient de la première élection d’une vague de maires encartés au Front National en 1997, notamment celle de Catherine Mégret à Vitrolles. L’impréparation du FN, l’incompétence de ses cadres et leur sectarisme étaient apparues de façon criante et l’affaire avait tourné au désastre. Il avait fallu vingt ans et une véritable mutation au FN pour reprendre pied au niveau local et convaincre les électeurs de lui confier des responsabilités. On verra si LFI arrive à faire mieux.

Descartes

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32 réponses à Isoloir, morne plaine

  1. Did dit :

    Je réagis à l’émotion. Mélenchon vise 2027, les élus LFI auront-ils le temps d’être discédités?

    • Descartes dit :

      @ Did

      [Je réagis à l’émotion. Mélenchon vise 2027, les élus LFI auront-ils le temps d’être discédités?]

      Vous voulez dire, avant la présidentielle ? Oui, ils en ont largement le temps. Quand les Mégret avaient pris la mairie de Vitrolles, c’était allé assez vite: chasse aux sorcières parmi le personnel municipal, nomination de copains et de coquins, sanction aux associations qui n’étaient pas dans la “ligne”…

  2. Bob dit :

    @ Descartes
    [Après ce petit tour d’horizon, j’ai décidé… de ne pas aller voter]
     
    Quoi !? Pas vous !
    Je suis de ceux qui sont écoeurés par nos politiciens actuels – on va dire depuis une vingtaine d’années – et le coup de poignard du traité de Lisbonne qui a piétiné le non au référundum sur le traité européen de 2005 en le faisant passer pour un simple sondage d’opinion, ce qui m’a laissé une quinzaine d’années sans voter, tellement le dégoût m’avait gagné (et je l’ai encore dans la bouche je dois dire). 
    A quelques occasions, je vous avais demandé : “à quoi cela sert-il, dans les conditions d’aujourd’hui, de voter ?”. Votre réponse, en substance, est qu’il faut garder espoir et ne pas offenser l’avenir, se préparer, s’armer (intellectuellement parlant) pour le moment où, peut-être, le changement sera possible.
    Et là, vous nous annoncez que vous n’êtes pas allé voter. ça me désespère.
    Une seule liste dans mon village, pas de panachage possible, voter ne servait à rien, mais je suis malgré tout allé mettre un bulletin dans l’urne en me rappelant vos remarques. Imaginez ma déception.

    • Descartes dit :

      @ Bob

      [« Après ce petit tour d’horizon, j’ai décidé… de ne pas aller voter » Quoi !? Pas vous !]

      Si, moi. Je l’avoue la honte au front. Pour une fois, j’ai suivi mes émotions et laissé de côté la raison. Les gens qui sont sur ces listes, je les connais, certains depuis des décennies. Et constater qu’ils n’ont rien appris, pire, qu’ils continuent à vider de leur sens leurs idéaux de naguère en les mettant au service de leurs petits intérêts a fait monter en moi la colère. Qui est toujours mauvaise conseillère. Mais je me suis promis sur ce blog de dire ce que je tiens pour vrai, et la vérité est que je ne suis pas allé voter. Je n’en suis pas fier, mais c’est comme ça.

      [A quelques occasions, je vous avais demandé : “à quoi cela sert-il, dans les conditions d’aujourd’hui, de voter ?”. Votre réponse, en substance, est qu’il faut garder espoir et ne pas offenser l’avenir, se préparer, s’armer (intellectuellement parlant) pour le moment où, peut-être, le changement sera possible. Et là, vous nous annoncez que vous n’êtes pas allé voter. ça me désespère.]

      C’est tout le problème. Je reste persuadé qu’il faut garder espoir – ne serait-ce que par optimisme méthodologique – et encourager par son vote ceux qui se préparent, s’arment intellectuellement. C’est ce que je fais habituellement. Mais là, lorsque je regarde les listes qui m’étaient proposées, je n’ai trouvé personne, pas même une candidature de témoignage, qui révèle une pensée que j’ai envie d’encourager. Pas une étincelle d’intelligence dans le verbiage qui était proposé par les six listes en présence.

      [Une seule liste dans mon village, pas de panachage possible, voter ne servait à rien, mais je suis malgré tout allé mettre un bulletin dans l’urne en me rappelant vos remarques. Imaginez ma déception.]

      Mais là, ça sert à quelque chose : si vous votez pour la liste unique, vous encouragez les gens qui y sont – et qui probablement se dévouent au bien commun pour une récompense minime. Si vous votez contre eux – c’est-à-dire, blanc ou nul – vous leur envoyez un message d’avertissement. Mais dans une ville moyenne, votre vote est dilué, le message est ambigu. J’aimerais bien envoyer un message d’avertissement au maire sortant – dont la gestion n’est pas plus mauvaise que celle d’un autre mais pas meilleure non plus. Mais comment envoyer ce message sans encourager les délires communautaires de LFI, le conformisme woke de la liste de gauche, l’obsession fiscale de la droite, les délires (bis) de la liste « antispéciste » ?

      Il y a des jours où je me dis qu’il faudrait faire une élection à trois tours. Au premier tour, on voterait sur la question “faut-il changer l’équipe sortante” ? Si la réponse est “non”, on en reste là. Si la réponse est “oui”, l’équipe sortante est éliminée, et on choisit la nouvelle équipe par un vote à deux tours. Comme ça, les messages seraient plus clairs…

      • Claustaire dit :

        [Les gens qui sont sur ces listes, je les connais, certains depuis des décennies. Et constater qu’ils n’ont rien appris, pire, qu’ils continuent à vider de leur sens leurs idéaux de naguère]
         
        [Mais comment envoyer ce message sans encourager les délires communautaires de LFI, le conformisme woke de la liste de gauche, l’obsession fiscale de la droite, les délires (bis) de la liste « antispéciste » ?]
         
        Si vous les connaissez depuis des années et savez donc à quel point rien d’intelligent ne peut être attendu d’eux, on pourra d’autant plus vous reprocher de ne rien avoir fait ou tenté, par un investissement citoyen local,  pour éviter cette situation.
         
        Cela dit, on peut très bien comprendre cette forme de désespoir (et “la honte au front”) qui peut nous dégoûter (de nous-même ?) de participer par notre vote à quelque “tambouille municipale” cuite et recuite au fond des mêmes vieilles marmites…
         
        Pour ma part, je dois aussi confesser, la honte au front (national ?), que me suis d’ores et déjà résigné, une rage suicidaire au coeur, à ne pas aller voter l’an prochain si jamais le second tour devait opposer un JLM et une MLP ou un JB.
        Car  cela signifierait que même nos si incontournables classes intermédiaires (dont nous sommes, vous et moi, semble-t-il) auraient renoncé à la résistance contre la brutalisation dichotomique du dilemme tragique (situation dans laquelle chacun a tort d’avoir raison) où on veut nous condamner. Dans les années 30, l’Allemagne s’était déjà perdue parce qu’on lui avait expliqué qu’elle n’avait le choix qu’entre les Nazis et les Communistes.
         
        Il nous reste moins de 6 mois pour nous mobiliser tous azimuts afin de convaincre toutes nos gauches (des plus insoumises aux plus résignées) de participer à une mobilisation citoyenne permettant de ne présenter, au nom de la Gauche (unie, mosaïque, gazeuse ou plurielle), qu’un candidat ou une candidate à ces futures présidentielles. Je suis sûr qu’un blog de l’envergure du vôtre se fera d’ailleurs un devoir de participer à cette mobilisation 🙂
         

        • Descartes dit :

          @ Claustaire

          [Si vous les connaissez depuis des années et savez donc à quel point rien d’intelligent ne peut être attendu d’eux, on pourra d’autant plus vous reprocher de ne rien avoir fait ou tenté, par un investissement citoyen local, pour éviter cette situation.]

          Mais justement, c’est cela qui me met en colère. Ces gens, que je connais depuis longtemps, ne sont pas des idiots. Autrefois, ils ont fait des choses fort intelligentes. Le problème peut être résumé par la formule espagnole : « quel grand vassal ferait-il, s’il avait un grand seigneur ». Quand ces gens là avaient derrière eux une organisation, une idéologie solide, qu’ils étaient accompagnés, encadrés, formés, ils donnaient le meilleur d’eux-mêmes. Ils n’avaient peut-être pas inventé la poudre, mais au moins ils savaient s’en servir pour tirer dans la bonne direction. C’est à cela que je faisais référence lorsque j’écrivais que ces gens « continuent à vider de leur sens leurs idéaux de naguère ».

          Vous savez, on a beaucoup glosé sur les qualités de discipline, de dévouement, d’humanité du militant communiste. Mais les militants n’arrivaient pas au Parti comme cela, tout faits. C’est le Parti qui les formait, les éduquait, leur fournissait un viatique intellectuel, social, moral. Quand l’institution n’est plus là pour les modérer, les bas instincts qui dorment dans l’être humain n’ont plus de limite. Il y a trente ou quarante ans, les communistes n’auraient tout simplement pas accepté de participer dans une liste où aucun ouvrier n’est présent.

          Après, comme je vous l’ai dit par ailleurs, après des décennies d’investissement « citoyen » (décidément, ce mot vous plait… personnellement, je préfère utiliser le mot français, même s’il n’est pas politiquement correct, qui est « civique »), j’estime avoir payé ma dette à la société. Rares sont ceux, je pense, qui ont « fait ou tenté » plus que moi. Place aux jeunes.

          [Pour ma part, je dois aussi confesser, la honte au front (national ?), que me suis d’ores et déjà résigné, une rage suicidaire au coeur, à ne pas aller voter l’an prochain si jamais le second tour devait opposer un JLM et une MLP ou un JB.]

          Pourtant, curieusement, vous vous trouveriez là dans un cas où votre vote serait « déterminant »… du moins si je suis votre propre raisonnement. Personnellement, je le vois comme le choix entre la continuité (JLM) et l’inconnu (MLP, et dans une moindre mesure JB).

          [Car cela signifierait que même nos si incontournables classes intermédiaires (dont nous sommes, vous et moi, semble-t-il) auraient renoncé à la résistance contre la brutalisation dichotomique du dilemme tragique (situation dans laquelle chacun a tort d’avoir raison) où on veut nous condamner. Dans les années 30, l’Allemagne s’était déjà perdue parce qu’on lui avait expliqué qu’elle n’avait le choix qu’entre les Nazis et les Communistes.]

          Votre remarque me fait penser à la formule bien connue de Marx : « l’histoire se répète, la première fois comme une tragédie, la seconde comme une farce ». Dans les années 1930 devant une URSS qui portait le message du socialisme et montait en puissance après des années de guerre civile et de désastre économique, le choix auquel étaient confrontées les classes dominantes en Europe était effectivement « tragique ». Mais comme le montre la métaphore des listes municipales, ni le RN ni LFI ne constituent aujourd’hui une véritable menace pour les classes dominantes. Mélenchon a beau prétendre porter une idéologie « anticapitaliste », une fois arrivé au pouvoir il fera probablement la même chose que l’homme qu’il admire le plus, vous savez, celui qui déclarait dans les années 1970 que « celui qui ne veut pas la rupture avec le capitalisme n’a pas sa place au Parti socialiste ». Le RN, lui, présente un risque plus grand parce qu’il arriverait au pouvoir grâce à un soutien important de l’électorat populaire, et qu’il faudra bien satisfaire les revendications de celui-ci s’ils veulent le garder. Mais faire du choix LFI/RN une « tragédie » au même niveau que le choix entre communisme et nazisme dans les années 1930… non, soyons sérieux.

          [Il nous reste moins de 6 mois pour nous mobiliser tous azimuts afin de convaincre toutes nos gauches (des plus insoumises aux plus résignées) de participer à une mobilisation citoyenne (…)]

          Décidément, l’adjectif « citoyen » vous plait… dites, ce serait quoi, le contraire d’une « mobilisation citoyenne » ?

          [(…) permettant de ne présenter, au nom de la Gauche (unie, mosaïque, gazeuse ou plurielle), qu’un candidat ou une candidate à ces futures présidentielles. Je suis sûr qu’un blog de l’envergure du vôtre se fera d’ailleurs un devoir de participer à cette mobilisation]

          Je vous remercie de votre confiance, mais je ne suis pas sûr de la mériter. J’ai peut-être un « devoir » de participer à la mobilisation pour trouver un bon candidat à la présidentielle et pour le faire élire – encore que, comme je vous l’ai dit, j’estime avoir payé ma dette dans ce domaine, et donc ne plus « devoir » rien à personne. Mais pourquoi faudrait-il que ce candidat appartienne à la « gauche » ? Si je devais choisir demain entre Glucksman ou Villepin, mon vote irait sans la moindre hésitation à ce dernier.

          Je crains malheureusement que votre proposition repose sur une fiction : celle de croire que les divisions au sein de « la gauche » (au sens usuel du terme, c’est-à-dire des courants qui se réclament de cet héritage, que cette réclamation soit ou non légitime) sont anecdotiques, qu’elles sont plus le résultat de batailles d’égo ou de chapelle, et qu’on peut trouver une vision, un projet, un ensemble de principes et d’objectifs qui leur soit commun au-delà bien entendu de l’adhésion aux principes généraux de notre tradition politique nationale. Je vous le dis tout net. JAMAIS je ne voterais pour Glucksman ou Hollande, et je suppose que pour les mêmes raisons ni l’un ni l’autre ne soutiendrait un candidat qui serait proche de mes idées. Dans ces conditions, imaginer qu’on pourrait trouver un candidat qui « au nom de la Gauche » pourrait compter sur leurs voix et sur la mienne en même temps est une illusion. C’est là la faiblesse du dispositif des « primaires » : on verrait se présenter la carpe et le lapin, en sachant parfaitement que si la carpe est élue le lapin ira voir ailleurs, et vice-versa, comme le fit par exemple Valls lorsque la primaire a désigné Hamon.

          Un candidat ne peut parler « au nom de la Gauche » parce que cela supposerait que la « gauche » se mette d’accord sur un discours unique, et cela est impossible. Que dirait un tel candidat sur des questions comme le nucléaire, par exemple ? Qu’il faut en sortir rapidement (version Mélenchon/Tondelier) ? Qu’il faut en sortir doucement (version Hollande) ? Qu’il faut le developper (version Roussel) ?

          • Claustaire dit :

            [ce serait quoi, le contraire d’une « mobilisation citoyenne » ?]
             
            Pour moi, le contraire d’une mobilisation citoyenne serait, par exemple, une mobilisation “populiste” ou “émeutière”, voire, pour les plus radicaux ou brutaux, “révolutionnaire”.
             
            [Pourquoi faudrait-il que ce candidat appartienne à la « gauche » ? ]
             
            J’ai construit toute ma vie citoyenne (citoyen, chez moi, insiste sur la notion d’engagement, là où ‘civique’ impliquerait plus passivement juste des droits ou des devoirs standards, par exemple, le devoir/droit d’aller voter) sur la défense et la promotion de valeurs ou de principes que j’estime de gauche : 
            Gauche, pour moi = Libre pensée, anticléricalisme, dénonciation des rapports d’exploitation de l’individu par un Système (qu’il soit politique, économique ou culturel/religieux), valorisation des libertés individuelles aussi longtemps qu’elles ne nuisent pas à celles d’autrui voire mieux encore le rendent lui aussi plus libre, partage le plus favorable possible au profit de la collectivité des richesses du pays et des revenus du travail -manuel ou intellectuel- des individus, lutte contre tout racisme ou assignation identitaire liée au hasard d’une naissance (d’où aussi révision drastique des droits acquis par simple succession), question énergie : valorisation maximale des économies d’énergie et de tout ce qui est renouvelable + nucléaire, etc. valorisation de tout ce qui peut rendre une région ou un pays plus puissant  (fût-ce par la construction d’entités politiques et économiques plus grandes et profitables à tous), etc. pour ne donner que quelques exemples.
             
            Il n’est pas nécessaire d’attendre un discours Unique s’exprimant au nom de La Gauche, il suffit qu’il y ait des convergences significatives et engageantes sur le genre de points que je viens d’évoquer. Évidemment, certaines positions ou propositions seraient inconciliables, par exemple, affirmation de quelque suprématie du métaphysique ou du Sens suprême de l’Histoire sur le débat politique ; refus d’une fiscalité qui irait vers plus d’avantages aux déjà avantagés, etc.
             
            D’où l’importance pour moi d’un candidat et mieux encore d’un programme ‘de gauche’ (de cette gauche que je viens d’évoquer), donc d’une présidence et si possible d’un gouvernement de gauche. Mais j’ai bien conscience que des personnes rangées ailleurs ou ‘nulle part’ ou ‘au-dessus”, etc. pourraient tout à fait présenter une alternative intéressante voire salvatrice au dilemme JLM/MLP.
             
            [un candidat qui serait proche de mes idées]Quelles idées, par exemple ?
             
             
             
             

            • Descartes dit :

              @ Claustaire

              [« ce serait quoi, le contraire d’une « mobilisation citoyenne » ? » Pour moi, le contraire d’une mobilisation citoyenne serait, par exemple, une mobilisation “populiste” ou “émeutière”, voire, pour les plus radicaux ou brutaux, “révolutionnaire”.]

              Ah bon ? Donc, si je comprends bien, pour vous l’expression « révolution citoyenne » serait un oxymore ? Il y aurait des « mobilisations des citoyens » qui ne seraient pas « citoyennes » ?

              [« Pourquoi faudrait-il que ce candidat appartienne à la « gauche » ? » J’ai construit toute ma vie citoyenne (citoyen, chez moi, insiste sur la notion d’engagement, là où ‘civique’ impliquerait plus passivement juste des droits ou des devoirs standards, par exemple, le devoir/droit d’aller voter) (…)]

              Je trouve bien restrictive votre définition de « civisme ». « Civique » est l’adjectif qui qualifie tout ce qui se rapporte à la vie politique de la cité. Et cet engagement n’a rien de « passif ». Il fut un temps où la conscription était qualifiée de « devoir civique ».

              [(…) sur la défense et la promotion de valeurs ou de principes que j’estime de gauche : Gauche, pour moi = Libre pensée, anticléricalisme, dénonciation des rapports d’exploitation de l’individu par un Système (qu’il soit politique, économique ou culturel/religieux), valorisation des libertés individuelles aussi longtemps qu’elles ne nuisent pas à celles d’autrui voire mieux encore le rendent lui aussi plus libre, partage le plus favorable possible au profit de la collectivité des richesses du pays et des revenus du travail -manuel ou intellectuel- des individus, lutte contre tout racisme ou assignation identitaire liée au hasard d’une naissance (d’où aussi révision drastique des droits acquis par simple succession), question énergie : valorisation maximale des économies d’énergie et de tout ce qui est renouvelable + nucléaire, etc. valorisation de tout ce qui peut rendre une région ou un pays plus puissant (fût-ce par la construction d’entités politiques et économiques plus grandes et profitables à tous), etc. pour ne donner que quelques exemples.]

              Admettons. Mais si c’est cela les « valeurs et principes que vous estimez de gauche », alors il vous faut admettre que ce qu’on appelle « la gauche » en termes d’organisations politiques ne défendent nullement ces principes. Difficile de trouver de la « libre pensée » ou de « l’anticléricalisme » chez ces LFI qui usent et abusent de « l’islamophobie ». Difficile de voir la « valorisation du nucléaire » chez les écologistes, de la « dénonciation des rapports d’exploitation » par les socialistes… il vous reste le PCF, autant dire, pas grand-chose, et encore : faire campagne pour la parité, n’est ce pas céder à une « assignation identitaire liée au hasard d’une naissance » ?

              On revient donc au point de départ : qu’est ce qui vous fait penser que le candidat qui pourrait demain être issue de « la gauche » porterait ces valeurs – et les mettrait en œuvre au cas où il serait élu ?

              [Il n’est pas nécessaire d’attendre un discours Unique s’exprimant au nom de La Gauche, il suffit qu’il y ait des convergences significatives et engageantes sur le genre de points que je viens d’évoquer.]

              Une convergence significative et engageante sur la question du nucléaire ? Vous rêvez… et si ce n’était que cela. Vous voyez une « convergence significative et engageante » sur la dénonciation des rapports d’exploitation, sur le partage des richesses au profit de la collectivité et des revenus du travail ? La question n’est pas tant celle d’un « discours unique ». Le problème est que les différences entre les différentes forces « de gauche » sont fondamentales. Sur des questions de fond comme la souveraineté, la place de la science, la politique industrielle (et pas seulement énergétique), la répartition des richesses, les positions sont antagoniques. Vous n’avez rien appris de l’expérience macroniste ? Pourtant, elle souligne très clairement combien une partie de la gauche est plus proche d’une partie de la droite que de la gauche radicale.

              [D’où l’importance pour moi d’un candidat et mieux encore d’un programme ‘de gauche’ (de cette gauche que je viens d’évoquer), donc d’une présidence et si possible d’un gouvernement de gauche.]

              « La folie, c’est de répéter la même expérience en attendant un résultat différent ». Des « programmes de gauche », on en a eu ces cinquante dernières années. Qu’est ce que cela a donné quand « la gauche » est arrivée au pouvoir ? Elle a continué la politique de la droite, en pire. Vous parliez de la « promotion du nucléaire » ? Et bien, regardons le registre : lorsque Mitterrand arrive au pouvoir, il annule le projet de centrale nucléaire de Plogoff et celui du Carnet, et coupe radicalement le budget du CEA. Quand Jospin arrive à Matignon, l’un de ses premiers gestes est de fermer Superphénix. Quand Hollande est élu, c’est sur la promesse finalement réalisée de fermer les deux réacteurs de Fessenheim et préparer la fermeture de 14 de plus. Et ce n’est là qu’un petit exemple, qu’on pourrait prolonger sur l’ensemble des sujets structurels. Depuis 1981, « la gauche » a gouverné 20 ans (et je suis gentil, je ne compte pas Macron, pourtant un homme venu de la gauche, dans le lot), la droite 15. Qu’est ce qu’elle a à faire valoir dans son bilan ? Une fois que vous sortez les « conquêtes sociétales », c’est un champ de ruines. C’est elle qui a fait la décentralisation bancale qui fait que personne ne sait vraiment qui fait quoi. C’est elle qui a ouvert les portes au règne de la « concurrence libre et non faussée » à travers le traité de Maastricht. C’est elle qui a présidé à la désindustrialisation et à la perte du contrôle national de nos fleurons industriels. C’est sous son règne que la part du revenu national qui rémunère le capital a augmenté, au détriment de celle qui va au travail. Et vous voudriez recommencer l’expérience ?

              [« un candidat qui serait proche de mes idées » Quelles idées, par exemple ?]

              Je pense qu’elles apparaissent assez clairement dans ma prose, mais j’en mentionne ici quelques-unes pour mémoire : la reprise en main des instruments de la souveraineté nationale ; la réforme des institutions et du système politique pour en faire un levier d’action, et non d’obstruction ; le travail sur la question de l’identité de manière à établir un « récit national » pouvant fonder une politique résolue d’assimilation ; la mobilisation du capital et du travail pour revenir à une économie qui donne la priorité aux intérêts du producteur sur ceux du consommateur (à l’opposé d’une économie fondée sur la rente et l’endettement) ; la revalorisation du concept d’aménagement du territoire, avec la recentralisation d’un certain nombre des compétences et l’organisation territoriale fondée sur la commune, le département, et des régions redécoupées pour être à taille humaine, et pour chaque niveau des compétences exclusives qui excluent les financements croisés.

      • Carloman dit :

        @ Descartes,
         
        [Je l’avoue la honte au front. Pour une fois, j’ai suivi mes émotions et laissé de côté la raison.]
        Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre…
         
        Je suis allé voter – un peu traînée au bureau de vote par ma conjointe – mais je ne vous blâme pas. Votre exaspération est compréhensible.
         
        Si je puis me permettre, je ne suis pas sûr qu’ “auxiliaire de vie” soit vraiment une profession des classes intermédiaires. 

        • Descartes dit :

          @ Carloman

          [Si je puis me permettre, je ne suis pas sûr qu’ “auxiliaire de vie” soit vraiment une profession des classes intermédiaires.]

          Vous avez peut-être raison. Ce serait l’exception qui confirme la règle.

  3. MJJB dit :

    Triste constat : la vie politique française a été tellement vidée de sa substance, qu’elle en est devenue un pur simulacre. Conséquence logique d’une volonté forcenée du politique (depuis désormais un demi-siècle !) de se dépouiller de ses prérogatives en faveur de “l’Europe”, du privé – et désormais, à l’échelon le plus “local”, de la “communauté de communes” (sic), ainsi nommée.

    • Descartes dit :

      @ MJJB

      [Conséquence logique d’une volonté forcenée du politique (depuis désormais un demi-siècle !) de se dépouiller de ses prérogatives en faveur de “l’Europe”, du privé – et désormais, à l’échelon le plus “local”, de la “communauté de communes” (sic), ainsi nommée.]

      Pour l’Etat, c’est une évidence. Mais pour le local, c’est plus compliqué. Nous avions un système institutionnel qui tournait autour de trois institutions: la commune, qui assurait l’administration de proximité, le département, qui assurait une gestion concertée au niveau du bassin de vie, et l’Etat qui assurait la péréquation et l’uniformité des services sur le territoire. Chaque échelon faisait ce qu’il était capable de faire, et confiait dans l’échelon supérieur pour le reste. Les lois de 1983 ont cassé ce système, et les “vagues de décentralisation” suivantes ont encore alourdi le tableau, en créant toutes sortes d’objets administratifs – communautés de communes, métropoles, agglomérations – qui font que personne n’est plus responsable de rien, puisque personne ne sait qui fait quoi. Pire: les maires se sont trouvés à devoir prendre des responsabilités sur des sujets que leurs collectivités ne peuvent gérer, faute de compétences d’ingénierie, et l’Etat ne peut plus leur prêter main forte puisque l’ingénierie est un “domaine concurrentiel”. Le travail qui autrefois était fait par les services de l’Equipement, par exemple, sont rendus – par ici la monnaie – par une foule de cabinets privés…

      • MJJB dit :

        “Nous avions un système institutionnel qui tournait autour de trois institutions: la commune, qui assurait l’administration de proximité, le département, qui assurait une gestion concertée au niveau du bassin de vie, et l’Etat qui assurait la péréquation et l’uniformité des services sur le territoire. Chaque échelon faisait ce qu’il était capable de faire, et confiait dans l’échelon supérieur pour le reste. Les lois de 1983 ont cassé ce système, et les “vagues de décentralisation” suivantes ont encore alourdi le tableau, en créant toutes sortes d’objets administratifs – communautés de communes, métropoles, agglomérations – qui font que personne n’est plus responsable de rien, puisque personne ne sait qui fait quoi. Pire: les maires se sont trouvés à devoir prendre des responsabilités sur des sujets que leurs collectivités ne peuvent gérer, faute de compétences d’ingénierie, et l’Etat ne peut plus leur prêter main forte.”

         
        Il est évident que si “personne ne sait qui fait quoi”, la situation où “personne n’est plus responsable de rien” n’est pas appelée à durer. D’autres formes de légitimité finiront par apparaître, qui auront furieusement tendance à voir le fort accepter de protéger le faible en échange de son allégeance, et le faible accepter la tutelle du fort en échange de la protection donnée en retour. Le féodalisme, en un mot. Conséquence à mon sens inévitable de la mise en mort par inanition progressive de l’Etat autour duquel la France s’était historiquement construite en tant que Nation.
         
        Sinon, je suis allé voter aujourd’hui ; mais je n’ai pu m’empêcher d’en éprouver, sinon de la honte, du moins un certain sentiment de gêne envers la futilité d’un tel geste, face aux fracas d’un monde qui, cette fois, a définitivement basculé. Ces fracas, n’en doutons pas, nous toucheront très bientôt, et durement, et ce d’autant plus que, ces dernières décennies, nous avons consacré quasi toute notre énergie à mettre systématiquement à bas les protections et les dispositifs qui auraient pu nous permettre d’y faire face.

        • Descartes dit :

          @ MJJB

          [Il est évident que si “personne ne sait qui fait quoi”, la situation où “personne n’est plus responsable de rien” n’est pas appelée à durer.]

          Ne croyez pas ça. Cela peut durer très longtemps, parce que cela arrange beaucoup de monde, et tout particulièrement les élites politiques qui du coup peuvent tranquillement jouir des privilèges qui sont attachés à une fonction sans prendre de responsabilité.

          [D’autres formes de légitimité finiront par apparaître, qui auront furieusement tendance à voir le fort accepter de protéger le faible en échange de son allégeance, et le faible accepter la tutelle du fort en échange de la protection donnée en retour. Le féodalisme, en un mot. Conséquence à mon sens inévitable de la mise en mort par inanition progressive de l’Etat autour duquel la France s’était historiquement construite en tant que Nation.]

          C’est le risque. Et on le voit dans certains quartiers, ou des « mafias » commencent, en parallèle à leurs trafics fort lucratifs, à monter des systèmes de solidarité ou d’aide aux habitants, qui leur permettent de compter sur leur soutien ou, à minima, avec leur bienveillance. Certains mouvements islamistes sont très forts pour ça.

          [Ces fracas, n’en doutons pas, nous toucheront très bientôt, et durement, et ce d’autant plus que, ces dernières décennies, nous avons consacré quasi toute notre énergie à mettre systématiquement à bas les protections et les dispositifs qui auraient pu nous permettre d’y faire face.]

          Oui. Mais d’un autre côté, ces coups auront l’avantage de remettre sur le devant de la scène les questions de fond, et de marginaliser les organisations dont le seul horizon mental est de savoir avec qui il faut s’allier pour gagner telle ou telle élection.

  4. tmn dit :

    La tactique de Mélenchon est parfaitement rationnelle au vu de la situation et du système électoral. Le problème c’est que cette tactique aura (a déjà) un mauvais effet sur le pays, en jouant sur les communautés et en le divisant. Mais peut on vraiment lui en vouloir ? S’il ne le faisait pas, un autre prendrait le “créneau”… Bon j’avoue je lui en veux tout de même, et réentendre ces propos de « laïcard » d’il y a quelques années, ça fait quand même bizarre…
    Ce que je vois avec ces municipales, c’est surtout que rien ne change, et quels que soient les candidats (présidentielles comme législatives) au second tour, ils continueront à faire front contre les méchants RN, et on aura toujours des néo-libéraux pro-UE au pouvoir, qu’ils soient PS/LFI ou PS/Centre ou Centre/Droite, on a l’impression de ne jamais pouvoir en sortir, c’est un peu désespérant.
     

    • Descartes dit :

      @ tmn

      [La tactique de Mélenchon est parfaitement rationnelle au vu de la situation et du système électoral. Le problème c’est que cette tactique aura (a déjà) un mauvais effet sur le pays, en jouant sur les communautés et en le divisant. Mais peut-on vraiment lui en vouloir ? S’il ne le faisait pas, un autre prendrait le “créneau”…]

      Vous me rappelez la formule attribuée à Boris Vian : « Vous me dites, si je ne le fais pas, c’est un autre qui le fera. Votre raisonnement est très juste, car vous êtes des médiocres. Ce que vous faites, n’importe qui pourrait le faire ». Il est clair que ce n’est pas Mélenchon qui a initié le mouvement de « communautarisation ». Ce mouvement vient d’une dynamique sociale bien plus profonde, et la meilleure preuve en est qu’aucun pays n’en réchappe. Mais on peut suivre un mouvement, et on peut chercher à s’y opposer. Que diriez-vous si Mélenchon finançait son mouvement en organisant un point de deal dans une cité marseillaise ? Que « s’il ne le faisait pas, un autre prendrait le créneau » ?

      Mélenchon n’est pas seulement un politicien, c’est un idéologue. Il ne se contente pas d’exploiter la logique communautariste – ce que d’autres font aussi sans le dire, à droite comme à gauche d’ailleurs, il n’y a qu’à voir comment les politiciens se pressent au diner du CRIF. Mélenchon va plus loin : Il fournit à cette logique une justification idéologique. C’est là pour moi le véritable problème.

  5. Claustaire dit :

    Donc, dès le premier tour, en dépit des diverses listes proposées, vous vous êtes abstenu, estimant qu’aucune ne valait mieux (ni pire) ou ne proposait mieux ou pire que l’autre, et donc que vous n’aviez pas à vous salir les mains dans cette “tambouille municipale”.
     
     Apparemment, vous ne vous étiez pas non plus préalablement soucié de faire avec d’autres concitoyens en sorte de contribuer à la création d’une liste où eussent défilé moins de représentants  des “classes intermédiaires”…
     
    On comprend donc d’autant mieux que ce que vous appellerez votre engagement citoyen se manifeste essentiellement dans ce blog politique… où, après des analyses profondes et des échanges suivis avec vos lecteurs, vous expliquez les bonnes raisons de s’abstenir de contribuer à la vie politique par le geste pourtant déterminant que constitue un vote. Etonnant, non ?

    • Descartes dit :

      @ Claustaire

      [Donc, dès le premier tour, en dépit des diverses listes proposées, (…)]

      Diverses, diverses… c’est vous qui le dites. Quand on regarde le profil sociologique des candidats et leurs promesses, on se dit que la diversité n’est qu’apparente.

      [(…) vous vous êtes abstenu, estimant qu’aucune ne valait mieux (ni pire) ou ne proposait mieux ou pire que l’autre, et donc que vous n’aviez pas à vous salir les mains dans cette “tambouille municipale”.]

      Non, pas vraiment. Je ne me soucie guère – et je pense que mes écrits sur ce blog le prouvent – à la propreté de mes mains. Je ne dis pas que la « tambouille municipale » me salit, j’ai dit qu’elle m’exaspère, et ce sont là deux choses très différentes. Je ne revendique d’ailleurs nullement la rationalité de mon acte, et j’en arrive a en avoir honte. Mais je l’assume, en honneur de la vérité. Que voulez-vous, personne n’est parfait.

      [Apparemment, vous ne vous étiez pas non plus préalablement soucié de faire avec d’autres concitoyens en sorte de contribuer à la création d’une liste où eussent défilé moins de représentants des “classes intermédiaires”…]

      Les apparences peuvent être trompeuses. Oui, je me suis soucié de cette question, et lors de la constitution des listes j’ai milité pour que celle qui m’est la plus proche fasse de la place à des militants d’autres origines sociales. J’ai été battu, comme à chaque fois…

      [On comprend donc d’autant mieux que ce que vous appellerez votre engagement citoyen se manifeste essentiellement dans ce blog politique… où, après des analyses profondes et des échanges suivis avec vos lecteurs, vous expliquez les bonnes raisons de s’abstenir de contribuer à la vie politique par le geste pourtant déterminant que constitue un vote. Etonnant, non ?]

      Ce serait étonnant si votre description correspondait à la réalité. Mais ce n’est pas le cas. Commençons par la fin : en quoi le vote de dimanche dernier est « déterminant » ? Pensez-vous que l’histoire de France en serait changée si Dati battait Grégoire au lieu de l’inverse ? Si même les plus politisés de nos concitoyens sont tentés aujourd’hui de s’abstenir, c’est précisément parce que le vote a cessé d’être le « geste déterminant », comme le référendum de 2005 l’a bien montré.

      Ensuite, je ne comprends pas très bien la formule « ce que vous appelez votre engagement citoyen ». Vous savez, en matière d’engagement, je pense avoir largement payé ma dette à la société. Je ne me sentirais donc pas obligé de me justifier si demain je décidais d’aller planter mes salades et me désintéresser complètement des questions politiques. Quant à ce blog, je l’écris parce que ça m’amuse, pas parce que je pense changer le monde. J’échange avec mes lecteurs parce que c’est un plaisir, mais je n’espère pas qu’ils suivent mon exemple ou mes conseils. Je me garderais donc bien de me prétendre « engagé » de quelque manière que ce soit, et je me vois encore moins qualifier mon engagement de « citoyen », terme qui dans ce contexte ne veut rien dire.

      • Claustaire dit :

        On peut s’amuser (c’est votre mot) avec le plus grand sérieux voire de nobles tr généreuses ambitions.
         
        Non, ce qui me semble, si je puis me permettre, le point faible de votre position (et de votre blog dont je suis un vieux et fidèle lecteur, même si n’y intervenant qu’occasionnellement), c’est que vous vous y amusez (c’est votre mot) à analyser et commenter plutôt pour dénoncer et vous affliger, de l’UE, du PS, des contradictions, trahisons et dérives des uns et des autres, plutôt que pour proposer des pistes sur lesquelles mobiliser, ou au moins faire converger des gens de sensibilités éventuellement différentes mais non inconciliables.

        • Descartes dit :

          @ Claustaire

          [(…) plutôt que pour proposer des pistes sur lesquelles mobiliser, ou au moins faire converger des gens de sensibilités éventuellement différentes mais non inconciliables.]

          Pardon, mais j’ai bien « proposé des pistes sur lesquelles mobiliser ». Je l’ai dit plusieurs fois et je le répète : je pense que la priorité du moment est de forger les instruments intellectuels et politiques qui, lorsque le rapport de forces rendra possible un changement, permettra de saisir l’opportunité. Cela veut dire construire des organisations et des institutions, de former des cadres, de créer des enceintes d’élaboration politique.

          Faire converger des gens de sensibilités différentes mais non inconciliables ? Je pense avoir pas mal milité ici pour une entente des courants souverainistes à gauche comme à droite… mais je ne suis pas sûr que ce soit ce que vous avez en tête !

          • Claustaire dit :

            J’ai bien compris votre souveraino-tropisme (qui vous rend europhobe).
             
            Mais un souverainisme peut être de droite (la nation souveraine accordant ses avantages à la propriété privée, aux intérêts particuliers, à une minorité de riches, via privatisations, avantages fiscaux aux uns,  etc.) ou de gauche (nation souveraine soucieuse des intérêts collectifs plus que des avantages des particuliers, socialisation, justice fiscale, nationalisations, etc.).
             
            Bref, qui se dit ‘souverainiste’ ne me dit rien de ses choix politiques de gauche ou de droite. Ni de son éventuelle tendance à une statolatrie ou à une technocratie peu soucieuse de démocratie citoyenne (où les citoyens font davantage la loi que leurs maîtres, classe particulière, technos ou autres “élites” autoreproduites).

            • Descartes dit :

              @ Claustaire

              [J’ai bien compris votre souveraino-tropisme (qui vous rend europhobe).]

              Non, je ne pense pas que vous l’ayez compris. La preuve est que vous le qualifiez de « tropisme », ce qui implique une attraction automatique, dans la quelle la raison n’a pas sa place.

              La souveraineté est un fait : dès lors que vous considérez une entité politique quelconque, soit elle n’est soumise qu’aux règles qu’elle fait elle-même, et alors elle est souveraine, ou bien elle est soumise aux règles faites par une entité qui lui est supérieure. En appliquant le même raisonnement à l’entité supérieure en question, vous construisez une chaîne ordonnée d’entités hiérarchiquement soumises, et comme le nombre d’entités est fini, selon un théorème bien connu, la chaîne doit avoir un élément maximal, c’est-à-dire, une entité qui n’est soumis à aucune autre, et qui est donc souveraine.

              La question est de savoir quelle est la source de la souveraineté. Autrement dit, pourquoi on admet facilement que telle entité – une association, une commune – soit soumise à des règles extérieures, et une autre – l’Etat-nation – non. L’explication, pour moi, réside dans la solidarité inconditionnelle et impersonnelle. Dès lors que les membres d’une collectivité se sentent liés entre eux par ce type de solidarité, ils ont destin lié, et donc le choix de choisir entre eux ce destin, sans interférence extérieure. C’est pourquoi la souveraineté « réside essentiellement dans la nation », et que toute entité dont les membres ne sont pas liés par ce type de solidarité ne peut bénéficier que d’une souveraineté factice.

              Si je défends donc la souveraineté en tant qu’attribut de la nation (et non la souveraineté in abstracto), c’est donc dans le cadre d’un raisonnement, et non par « tropisme »…

              [Mais un souverainisme peut être de droite (la nation souveraine accordant ses avantages à la propriété privée, aux intérêts particuliers, à une minorité de riches, via privatisations, avantages fiscaux aux uns, etc.) ou de gauche (nation souveraine soucieuse des intérêts collectifs plus que des avantages des particuliers, socialisation, justice fiscale, nationalisations, etc.).]

              Ce commentaire me fait penser que vous ne comprenez pas la notion de souveraineté. La souveraineté, pas plus que la liberté, n’est ni « de droite », ni « de gauche ». La souveraineté n’a aucun contenu politique en elle-même. La souveraineté consiste précisément pour une entité à pouvoir choisir ses règles, sans être soumise à l’autorité d’une entité extérieure. Autrement dit, la souveraineté est précisément le mécanisme qui nous permet de décider, nous le peuple, si la politique de notre pays doit être une politique « de droite » ou une politique « de gauche ».

              [Bref, qui se dit ‘souverainiste’ ne me dit rien de ses choix politiques de gauche ou de droite.]

              Je pense que vous ne donnez pas un sens précis au mot « souverainisme ». Le « souverainiste », au sens qu’on donne aujourd’hui à ce mot, n’est pas un partisan de la souveraineté PER SE, mais à la souveraineté comme caractéristique inséparable de la nation. La souveraineté, en elle-même, n’a aucun contenu politique. Mais le choix entre l’idée que la nation doit être souveraine, et celle qui veut que la nation doive être soumise à des règles faites en dehors d’elle – par exemple, par une entité supranationale – lui, a un contenu politique évident. Historiquement, je vous le rappelle, l’idée que la nation doit être souveraine est intimement liée à la gauche montagnarde, contre les idéologies qui soumettaient la nation aux règles faites par l’Eglise – ou supposément par dieu – ou bien par un homme ayant reçu une onction particulière…

              [Ni de son éventuelle tendance à une statolatrie ou à une technocratie peu soucieuse de démocratie citoyenne (où les citoyens font davantage la loi que leurs maîtres, classe particulière, technos ou autres “élites” autoreproduites).]

              Le souverainiste est celui qui pense que la souveraineté « réside essentiellement dans la nation », et s’oppose à toute atteinte à ce principe. Cela ne dit rien de l’organisation politique, économique et sociale de la nation, de ses institutions… sauf une chose : que le choix de cette organisation, de ces institutions, appartient à la nation elle-même, là où les non-souverainistes admettent l’idée que cette organisation, que ces institutions puissent lui être imposées de l’extérieur…

  6. COUVERT Jean-Louis dit :

    “Elections piège à con”… J’en suis un car je pense que c’est un moyen (très imparfait, je l’accorde) de donner son avis. Sans ce système il ne reste plus qu’à sortir les fourches et nous avons déjà vu ce que donnaient les révolutions. Ceci étant, la plupart des candidats vienne, hélas de classes aisée ce qui est dommage et oriente d’office les décisions qui seront prises. Je crois que ne pas voter est une forme de démission ! “Bof ça sert à rien” pense-t-on mais ainsi on laisse le champ libre à nos adversaires qui sont parfois nos ennemis…

    • Descartes dit :

      @ COUVERT Jean-Louis

      [“Elections piège à con”… J’en suis un car je pense que c’est un moyen (très imparfait, je l’accorde) de donner son avis.]

      Quand le choix qui vous est offert vous permet de donner votre avis, pourquoi pas. Mais je me trouve de plus en plus devant des situations ou je n’ai plus le moyen de donner mon avis. Quelque soit le bulletin que je choisis, je me trouve à soutenir des gens que j’aurais envie de sanctionner.

      [Je crois que ne pas voter est une forme de démission !]

      Comme je vous l’ai dit, je ne suis pas fier de mon choix.

  7. COUVERT Jean-Louis dit :

    Vous avez décidé de ne pas aller voter, c’est votre choix, mais vous avez aussi décidé de ne pas publier les commentaires qui ne vous plaisent pas ! Vous savez comment cela s’appelle ?

    • Descartes dit :

      @ COUVERT Jean-Louis

      [Vous avez décidé de ne pas aller voter, c’est votre choix, mais vous avez aussi décidé de ne pas publier les commentaires qui ne vous plaisent pas ! Vous savez comment cela s’appelle ?]

      Et poster un message à 17h32 et gueuler à 20h45 à la censure parce que son commentaire n’a pas été traité, vous savez comment cela s’appelle ? Et bien, cela s’appelle mauvaise éducation. Pour votre information, je ne suis pas un blogueur professionnel, et je traite les messages en fonction de mes disponibilités. Alors, si vous n’êtes pas capable de gérer la frustration de devoir attendre quelques heures pour que votre message soit publié, allez voir un psy. Je ne suis pas là pour supporter votre mauvaise humeur.

      Votre remarque est d’autant plus déplacée que vous intervenez sur ce blog depuis très longtemps, et que vous savez pertinemment qu’il n’y a ici pas de censure en dehors des cas prévus par la loi et des commentaires manquant aux règles de politesse. Je n’ai jamais censuré un commentaire “qui ne me plaisait pas”, et vous être très bien placé pour le savoir. Marre, à la fin!

  8. cdg dit :

    Pensez vous vraiement que JLM a une chance d etre elu a la presidentielle ?
    Contrairement a son mentor Mitterrand (elu a la troisieme tentative), il n a jamais ete capable d atteindre le second tour. 
    Cette fois le ticket pour le second tour sera bas (surtout si les voix macronistes se dispersent equitablement sur PS, LREM et LR, ce qui n est pas garanti) mais la base electorale de JLM est cette fois plus faible qu avant car en 2022 il avait beneficie d une espece de vote utile pour la gauche en etant le mieux placé. Vu ces positions “clivantes” cette fois une partie de l electorat ne le suivra pas
     
    Meme en admettant que JLM reussise a passer le premier tour, il n a aucune chance contre le RN.
    Contrairement a Macron contre MLP, il ne peut pas pretendre a une compétence economique ou a une quelconque experience ministerielle. Pire le communautarisme qui lui a assure un socle de 15 % va se retourner contre lui et coaliser au moins 60 % des electeurs
     
    Par contre sa defaite generera surement des emeutes, ce qui devrait amplifier la victoire du RN aux legislatives qui suivront
     

    • Descartes dit :

      @ cdg

      [Pensez-vous vraiment que JLM a une chance d’être élu a la présidentielle ?]

      Oui. Je ne vais pas dire que c’est une grande chance, mais c’est une possibilité réelle. Mais il faut pour cela une conjonction de deux facteurs. Le premier, c’est que le paysage politique soit suffisamment fragmenté pour que le ticket d’accès au deuxième tour soit faible. Si la distribution est telle que personne en dehors du RN n’est donné à 15-20%, Mélenchon a de bonnes chances de jouer sur le vote utile à gauche et arriver au deuxième tour. Le second facteur, c’est la possibilité de gagner au deuxième tour contre Bardella, et là cela se joue sur la solidité du « front républicain ». On dit à chaque fois que celui-ci n’est plus opérationnel… mais souvenez-vous des legislatives de 2024.

      [Contrairement a son mentor Mitterrand (élu a la troisième tentative), il n’a jamais été capable d’atteindre le second tour.]

      Oui, mais beaucoup de choses ont changé. D’abord, Mitterrand s’est présenté les deux premières fois comme candidat unique de la gauche, ce qui lui a assuré d’être présent au second tour, puisqu’à l’époque le PCF à lui seul pesait plus de 20%. Ensuite, on se trouvait dans un contexte où la politique était dominée par « la bande des quatre », tous au-dessus de 20%. Aujourd’hui, dans un paysage atomisé et avec le RN dominant à droite, les choses sont très différentes.

      [Cette fois le ticket pour le second tour sera bas (surtout si les voix macronistes se dispersent équitablement sur PS, LREM et LR, ce qui n’est pas garanti) mais la base électorale de JLM est cette fois plus faible qu’avant car en 2022 il avait bénéficié d’une espèce de vote utile pour la gauche en étant le mieux placé. Vu ces positions “clivantes” cette fois une partie de l’électorat ne le suivra pas]

      Je ne sais pas. C’est un peu ce que j’ai voulu dire dans mon papier : Mélenchon a ciblé un électorat particulier, et cet électorat est très peu sensible aux tempêtes médiatiques provoquées par les sorties de route – toujours contrôlées, ne vous faites pas avoir à croire le contraire – qui ne font que le confirmer dans son réflexe de forteresse assiégée. J’essaye souvent de dialoguer avec des militants ou des électeurs LFI, et je retrouve toujours ce réflexe « sectaire » qui conduit à se méfier de tout discours, de toute critique qui pourrait venir d’une source extérieure au groupe. Quand Mélenchon blague sur les noms juifs et se fait traiter d’antisémite, ses électeurs et ses militants ne s’interrogent pas sur l’antisémitisme, mais en tirent la conclusion que qu’il y a une conspiration médiatique contre LFI. Même chose avec sa réaction lors de la mort de Deranque. J’ai cru un moment que les dérapages de Mélenchon pouvaient entamer son électorat, mais après les résultats des municipales, je me vois obligé de rectifier mon analyse.

      [Même en admettant que JLM réussisse à passer le premier tour, il n’a aucune chance contre le RN.]

      Vraiment ? Souvenez-vous de 2024 : on voyait le RN aux portes du pouvoir, mais au pied du mur personne n’a voulu prendre la responsabilité de laisser Bardella entrer à Matignon, et on a vu les « insoumis » voter pour Borne et vice-versa. Vous verrez que trois mois avant l’élection présidentielle Mélenchon se fera doux et caressant, et que dans un deuxième tour Bardella-Mélenchon, personne ne voudra porter la responsabilité historique d’avoir ouvert les portes de l’Elysée aux « fascistes ». Et cela sans compter avec le pilonnage médiatique et avec les réseaux d’influence des élites économiques…

      [Contrairement a Macron contre MLP, il ne peut pas pretendre a une compétence economique ou a une quelconque experience ministerielle.]

      Ca se discute. Macron avait une expérience ministérielle relativement réduite, Mélenchon a bien une expérience – il fut secrétaire d’Etat sous Jospin – est surtout il a été élu départemental puis sénatorial, ce que Macron n’a jamais été.

      [Pire le communautarisme qui lui a assure un socle de 15 % va se retourner contre lui et coaliser au moins 60 % des electeurs]

      Encore une fois, il faut comprendre que le problème est d’accéder au second tour. Si vous avez 20% des électeurs avec vous, vous pouvez vous permettre le luxe de « coaliser contre vous 60% des électeurs ».

  9. Mic Dup dit :

    Ne confondez pas Tourcoing avec Roubaix , pour le reste votre analyse me paraît pertinente

    • Descartes dit :

      @ Mic Dup

      [Ne confondez pas Tourcoing avec Roubaix , pour le reste votre analyse me paraît pertinente]

      Je suis confus… effectivement, erreur de ma part. Toutes mes excuses aux Roubaisiens et aux Tourquennois, ainsi que les lecteurs que j’aurais pu induire en erreur…
      Conformément à la pratique constante de ce blog, j’ai corrigé l’erreur dans le texte.

  10. P2R dit :

    Bonjour Descartes, et merci pour cet article clairvoyant une fois encore. 
     
    La liste RN chez moi était clairement prolétaire, avec énormément de métiers du “care”, comme on dit maintenant. Aide soignantes, aides a domicile, ambulanciers, aides ménagères formaient facilement la moitié de la liste..
     
    Je me permets un petit hors sujet suite à un article que j’ai lu concernant l’Ecole Alsacienne, que j’ai trouvé digne d’intérêt parce qu’il me semblait révélateur des fractures qui traversent les classes intermédiaires (enfin, quand on parle de l’école Alsacienne, c’est plutot les très hautes couches des classes intermédiaires, voire la bourgeoisie). En effet, l’ecole semble actuellement vivre un psychodrame suite à une affaire de succession. Et il ressort de mes lectures que la question (qui vire à la guerre ouverte) est de savoir s’il faut poursuivre dans une approche horizontale très “pédagogique” (avec Brice Parent, dans la continuité de Pierre de Panafieu, option soutenue par Hélène Roques-Bonjnah, femme du patron d’Euronext, ancienne conseillère de DSK et, je cite, “reconvertie dans les enquêtes sur le bien-être des adolescents”) ou orienter l’école vers plus d’exigence dans les matières “dures”…
     
    Que ce débat ait lieu maintenant me semble assez significatif des transformations en cours au sein des élites, entre ceux qui restent fanatisés par leur dogme de la bienveillance inclusive et ceux qui commencent à se dire que dans le monde de demain, c’est peut-être une bonne idée de retrouver quelques aptitudes au travail… Mais j’extrapole peut-être.
     
    Voici le lien vers l’article
    https://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/des-trumpistes-a-lassaut-du-capitole-a-lecole-alsacienne-la-succession-du-directeur-vire-au-chaos-general-2222362
     
    Bien à vous
     
     
     

    • Descartes dit :

      @ P2R

      [La liste RN chez moi était clairement prolétaire, avec énormément de métiers du “care”, comme on dit maintenant. Aide soignantes, aides a domicile, ambulanciers, aides ménagères formaient facilement la moitié de la liste…]

      Dans ma commune la liste RN était aussi dominée par les classes intermédiaires que les autres listes… mais il faut dire que c’est le « RN du sud ». J’ai cru comprendre que chez le « RN du nord » les choses sont un peu différentes.

      [Je me permets un petit hors sujet suite à un article que j’ai lu concernant l’Ecole Alsacienne, (…). Et il ressort de mes lectures que la question (qui vire à la guerre ouverte) est de savoir s’il faut poursuivre dans une approche horizontale très “pédagogique” (avec Brice Parent, dans la continuité de Pierre de Panafieu, option soutenue par Hélène Roques-Bonjnah, femme du patron d’Euronext, ancienne conseillère de DSK et, je cite, “reconvertie dans les enquêtes sur le bien-être des adolescents”) ou orienter l’école vers plus d’exigence dans les matières “dures”…]

      En effet, l’affaire est intéressante parce qu’elle montre une scission à l’intérieur des classes intermédiaires, entre ceux qui croient à leur propre discours et ceux qui, plus cyniquement, ont compris qu’il s’agit d’un discours destiné aux autres. Les uns veulent que l’école de leurs enfants pratique ce qu’ils prêchent, les autres ont compris qu’à trop aller dans cette direction ils pourraient compromettre leur avenir.

      [Que ce débat ait lieu maintenant me semble assez significatif des transformations en cours au sein des élites, entre ceux qui restent fanatisés par leur dogme de la bienveillance inclusive et ceux qui commencent à se dire que dans le monde de demain, c’est peut-être une bonne idée de retrouver quelques aptitudes au travail… Mais j’extrapole peut-être.]

      Non, je pense que votre réflexion est juste. Il y a un écart de plus en plus grand entre ce que les classes intermédiaires prêchent et ce qu’elles pratiquent…

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