De la lutte des classes à la lutte des races

« C’est qu’au fond, il n’y a qu’une seule race : l’humanité ».
(Jean Jaurès)

Répondant au cardinal de Polignac, qui racontait de manière fort ennuyeuse la légende de Saint Denis qui, décapité à Montmartre, porta lui-même sa tête dans ses mains jusqu’au site où s’élève l’abbaye qui porte aujourd’hui son nom, la marquise du Deffand eut ce mot resté célèbre : « dans ces affaires, monseigneur, il n’y a que le premier pas qui coûte ». Bon mot qu’elle s’empressa de raconter à son ami Voltaire…

Et ce qui pour madame du Deffand était un bon mot devrait être un avertissement pour beaucoup de nos hommes politiques. Parce que si la première capitulation peut paraître difficile, une fois le premier pas franchi, les reniements suivants s’enchainent naturellement, sans même qu’on s’en aperçoive. C’est là que se niche la « banalité du mal », dénoncée par Hannah Arendt : c’est par l’enchaînement de petits gestes, de petites trahisons, que les grands crimes s’accomplissent. De reniement en reniement, par petites touches, on en arrive à accepter ce qui aurait paru inacceptable s’il était apparu dès le départ dans toute son horreur.

Le naufrage idéologique de la gauche dite radicale illustre parfaitement ce principe. Par petites touches, imperceptiblement, les différentes tribus qui la composent ont abandonné ce qui faisait leur raison d’être, à savoir, leur ancrage dans les valeurs de l’égalité, de la raison, du progrès, de la liberté, de la fraternité. La question sociale ? Noyée sous le « sociétal ». La rationalité scientifique ? Ecrasée par les idéologies postmodernes. L’universalisme ? Diabolisé par la vision communautariste. La liberté de critique ? Remplacée par une police de la pensée menée par des dragons de vertu prompts à « s’offenser » devant la moindre mise en cause du dogme, et à « canceller » les coupables.

Tout ça n’est pas arrivé en un jour. Ce n’est pas le fruit d’une révolution idéologique qui aurait mis le monde cul par-dessus tête d’un coup, et remplacé une doctrine par une autre à partir d’une critique radicale. Non, c’est par petits pas, par de petits abandons, par des concessions aux lubies de tel ou tel groupe, de telle ou telle « communauté », qu’on a abouti à ce résultat. Le chemin a été parcouru à petits pas, notre tête dans nos mains, et ce n’est qu’en se retournant qu’on s’aperçoit du chemin parcouru.

On pourrait prendre des exemples dans tout un ensemble de domaines : le social, la science, l’éducation… mais aucun n’est aussi flagrant que celui de l’installation de la « race » dans le vocabulaire de la gauche radicale. Voici les déclarations que « Le Monde » relève lors d’un meeting de LFI pas loin de l’endroit où ses pas ont conduit le saint décapité dont parlait madame du Deffand : « (…) l’eurodéputée Rima Hassan a fustigé « un Etat raciste ». « Il n’y a qu’une seule façon de s’affranchir de ces chaînes : élire ceux qui nous ressemblent », exhortait-elle, en écho au candidat de Marseille, Sébastien Delogu, qui a incité les habitants de Saint-Denis à voter pour un « candidat racisé ». ».

Un dérapage ? Leurs mots ont dépassé leur pensée ? Peut-être, mais ils ont de qui tenir : « Il a bien fallu un jour qu’un ou une se mette debout sur ses pattes, à l’autre bout du continent africain, pour qu’à la fin, ici, vous soyez en train de faire les malins, tout blancs, tout moches que vous êtes. » déclare le gourou des « insoumis » en célébrant la victoire de ses troupes dans la même cité. Décidément, Saint-Denis fait perdre la tête à beaucoup de monde, et pas qu’aux saints.

Lorsque Rima Hassan parle d’élire « des gens qui nous ressemblent », en quoi consiste cette « ressemblance » ? Compte tenu du contexte, il est clair qu’elle n’est pas faite d’opinions partagées, d’une langue commune, pas plus que – horresco referens – d’une appartenance de classe. Non. On est en présence – et la remarque de Mélenchon le confirme amplement – d’une vision idéologique qui sépare la population sur une base raciale. D’un côté les « racisés » parés de vertus rédemptrices, de l’autre les « blancs tout moches ». Elire « ceux qui nous ressemblent », c’est clairement élire ceux qui sont du même côté que nous dans cette dichotomie. On pourrait longuement gloser sur le fait qu’un « racisé » d’origine vietnamienne ne « ressemble » en rien – physiquement, culturellement, mais aussi dans ses rapports au monde – à un « racisé » venu du Maghreb ou d’Afrique noire (1). Les conflits entre « racisés » peuvent être violents, comme le montrent un certain nombre de cas de traite d’êtres humains jugés par les tribunaux où les « racisés » étaient réduits à un esclavage moderne… par d’autres « racisés ». Il suffit d’aller dans certaines cours de récréation pour voir comment les « racisés » se divisent en groupes hostiles : les maghrébins par-ci (sans compter avec l’hostilité entre Marocains et Algériens), les subsahariens par là. Mais l’essentiel n’est pas là. Le discours d’Hassan ou de Delogu montrent combien, pour la gauche dite radicale, la « question raciale » a remplacé la « question sociale ». Et ces derniers temps, cela tourne à l’obsession : pas un discours, pas une intervention où la question raciale ne soit évoquée. Il serait amusant – si l’affaire n’était pas aussi sérieuse – de constater à quel point cette « gauche », pourtant censée être « radicale », fait sien le discours « racialiste » traditionnel de l’extrême droite, précisément au moment où l’extrême droite française tend à l’abandonner officiellement pour adopter le discours « culturaliste » qui était plutôt celui de la gauche. Car c’est dans la tradition de la droite qu’on retrouve l’idée de l’identité comme une essence déterminée par les origines, le sang, la filiation biologique, là où la gauche mettait au contraire en avant une identité considérée comme une construction personnelle liée à la culture et à l’expérience vitale. C’est pour la droite qu’on n’était français que par la naissance, alors que pour la gauche on pouvait le devenir par l’adhésion, d’où l’opposition entre un droit du sang – à droite – et d’un droit du sol – à gauche. L’assimilation, processus par lequel on devient ce qu’on n’est pas au départ était le cheval de bataille de la gauche républicaine, là où la droite monarchiste insistait sur les droits de la naissance.

Comment la gauche en est venue à reprendre les idées biologistes de la droite ? Comment l’antiracisme, qui fut un combat pour l’égalité, a pu dériver vers une hiérarchisation entre les « races » ? Comment la « race » a fini par remplacer dans le discours de la gauche la « classe » ? Il y a dans cette dérive ce qu’on peut appeler une déception amoureuse. Pour le comprendre, il faut revenir en arrière, au moment du divorce entre les couches populaires et les classes intermédiaires, qui commence à la fin des années 1960, lorsque la croissance ralentit. C’est à ce moment-là que les classes intermédiaires réalisent que, par le biais de l’assimilation et de l’ascenseur social, les enfants des classes populaires deviennent de redoutables concurrents pour leurs propres enfants (2). Les intérêts des classes intermédiaires et ceux des classes populaires, qui jusqu’alors étaient compatibles, deviennent antagoniques.

Le divorce s’est manifesté politiquement peut-être pour la première fois lors des évènements de mai 1968, lorsque les organisations ouvrières refusent la convergence avec les classes intermédiaires. Les « enragés » venus devant la Régie Renault à Billancourt prêcher l’évangile des classes intermédiaires aux prolétaires trouveront grille close (3). A l’époque, la gauche non-communiste – largement représentative des classes intermédiaires – avait rêvé d’une convergence avec les classes populaires sur un programme « libéral-libertaire », si possible dans le dos du PCF et de la CGT. Hélas pour eux ! Les couches populaires n’ont pas été séduites par la proposition. Elles sont restées fidèles à leurs représentants traditionnels, qui ont négocié dans la logique historique du mouvement ouvrier les accords de Grenelle. Quelques semaines plus tard ces mêmes classes populaires, excédées par le désordre, donneront une victoire massive aux gaullistes dans les élections législatives. La conclusion était assez évidente : pour faire passer le programme « libéral-libertaire », les couches populaires n’étaient pas le bon allié.

Par son refus de se rentrer dans la niche que les classes intermédiaires lui avaient réservée, le prolétaire avait failli à sa mission historique. Il fallait donc à la gauche des classes intermédiaires une nouvelle idéologie, où la révolution ne reposerait plus sur le prolétariat, mais sur un autre groupe social moins organisé, et donc plus facile à manipuler. C’est ainsi qu’au tournant des années 1970 le prolétaire perdit progressivement sa fonction rédemptrice pour devenir un « beauf » raciste, militariste, bref, un con de droite. Et la gauche dite radicale s’est mise à la recherche d’un « prolétariat de substitution » pouvant devenir symboliquement le nouveau « sauveur » du programme « libéral-libertaire ».

Et c’est là que la logique victimaire entre en scène. Puisant dans le vieux fond chrétien qui prêche que « les pauvres hériteront de la terre », nos classes intermédiaires se sont mis à la recherche de « victimes », et de préférence de victimes inorganisées, qui offrent l’avantage incomparable pour les leaders politiques de pouvoir parler en leur nom sans qu’apparaissent des dirigeants légitimes pour contester votre discours. Ceux qui en 1968 ont essayé d’usurper le rôle de défenseurs du prolétariat et ont goûté en retour à la puissance de la CGT ou du PCF ont bien compris qu’il était beaucoup moins dangereux de parler au nom des taulards, des femmes, des sans-papiers ou des enfermés psychiatriques.

J’insiste sur ce point fondamental : le passage du prolétariat tel que le concevaient les penseurs du mouvement ouvrier aux « prolétariats de substitution » du gauchisme traduit une conception instrumentale des groupes sociaux. Pour les communistes, le prolétariat était le véritable acteur de la transformation sociale. Le Parti était certes « l’avant-garde éclairée », mais une « avant-garde » ne sert à rien s’il n’y a pas une armée qui la suit, et c’est elle qui gagne les batailles. L’armée qui est précédée par « l’avant-garde » n’est pas l’instrument de cette dernière. Ce serait plutôt l’inverse : l’avant-garde est au service de l’armée qui la suit, elle est là pour lui permettre d’avancer, mais ce n’est pas elle qui fixe la direction de la progression. La vision gauchiste est totalement différente : le « prolétaire de substitution » n’est plus l’acteur, il n’est que l’accessoire. Il est prié de se mettre en colonne derrière des drapeaux qui ne sont pas les siens – ce n’est pas par hasard si le jeune Cohn-Bendit considérait que son plus beau souvenir de mai 1968 était « d’avoir fait marcher les staliniens du PCF et de la CGT derrière le drapeau noir ». C’est parce que les « vrais » prolétaires ont refusé ce rôle qu’on arrive aux « prolétariats de substitution ».

Et c’est pourquoi contrairement au « vrai » prolétaire, ce qui définit le « prolétaire de substitution » est le fait d’être une « victime ». Le prolétaire, le vrai, était défini par un rapport économique, celui de l’exploitation. Pour le marxiste, un prolétaire qui gagne bien sa vie, qui peut acheter une voiture et partir en vacances reste un prolétaire. C’est le fait que le patron garde une partie de la valeur qu’il produit qui donne au prolétaire sa légitimité, et non sa souffrance. Un prolétaire heureux reste un prolétaire. Ce que les partis marxistes demandent, c’est la fin d’une injustice, et non d’une souffrance. Avec le « prolétaire de substitution », on revient au misérabilisme chrétien. On ne se bat plus contre l’exploitation, qui est une catégorie soumise à l’analyse rationnelle, on se bat contre les souffrances, qui sont de l’ordre de l’émotion. C’est pourquoi au lieu de parler « d’exploités » ou « d’exploiteurs » – termes disparus du vocabulaire de la gauche – on parle de « pauvres », de « précaires » d’un côté, de « riches », de « milliardaires » ou « classes aisées » de l’autre.

Une bonne illustration de cette conception instrumentale est celle de la grande manipulation que fut SOS-Racisme, où l’on trouvait déjà dans les coulisses, aux côtés de Harlem Désir et de Julian Dray, un certain Jean-Luc Mélenchon. Dans un grand débordement de concerts gratuits, de stars et de paillettes, il s’agissait de capter le vote de la jeunesse « racisée » – on n’utilisait pas encore ce terme, la gauche ayant à l’époque encore quelque pudeur à faire débarquer la question raciale dans le débat public – au bénéfice de François Mitterrand. Chez SOS-Racisme, la rédemption prenait la forme du « mélange ». C’est là un jalon important dans le processus qui, par petits pas, conduit aujourd’hui LFI à voir la rédemption sous la forme de la « créolisation », d’une « nouvelle France » destinée à remplacer l’homogénéité fantasmée – un fantasme pris à l’extrême droite – par une mosaïque de « racisés ». Et ne soyons pas sectaires : il n’y a pas que chez LFI qu’on voit cette évolution. Même s’il est plus discret, on voit le même mécanisme à l’œuvre chez les Ecologistes, au PCF et même au PS, où l’on hésite de moins en moins à organiser des réunions ou des manifestations réservées aux membres de telle ou telle « communauté » définie par l’origine, le « genre », la religion… bref, n’importe quel critère sauf la classe sociale. Aujourd’hui, on peut réserver une réunion aux « racisés » ou aux femmes sans encourir les foudres des dragons de vertu. On vous expliquera même que les membres de certaines « communautés » ne peuvent parler librement que lorsqu’elles sont entre eux. Curieusement, personne ne pense que ce soit le cas des ouvriers…

Il faut garder en tête que cette transformation idéologique est parallèle à une transformation économique. La mondialisation, en mettant en concurrence les travailleurs de toute la planète, a créé un rapport de forces qui a permis de chasser les couches populaires du champ politique. Il est logique qu’elles disparaissent du champ idéologique. Il fallait donc effacer la lutte des classes, autrement dit, la bonne vieille opposition entre travail et capital comme contradiction fondamentale qui constitue le « moteur de l’histoire ». Description dont le principal défaut était de mettre en face aux classes dominantes un ensemble unifié, celui des exploités. Pour la remplacer, on a inventé toute une zoologie complexe de « luttes », avec chacune son « prolétariat de substitution ». On peut opposer femmes et hommes, blancs et racisés, parisiens et bretons, colonisateurs et colonisés, homosexuels et hétérosexuels, nationaux et immigrés, installés et mal logés. On peut même parler de riches et pauvres. Tout, sauf parler de capital et travail, qui pourrait nous amener à parler d’exploitation et donc de deux classes antagonistes. Mieux vaut en rester à ces oppositions qui s’imbriquent à l’infini grâce à l’idéologie de « l’intersectionnalité » et fragmentent la société en petits groupes tirant leur légitimité de leur « victimisation » qui peuvent se diviser à l’infini, jusqu’à arriver à l’atome indivisible qu’est l’individu.

Chacune de ces « communautés » vit dans son propre univers mental, isolée des autres par une solide paranoïa qui est la conséquence logique de la légitimité victimaire : Si je suis une victime, alors je ne peux faire confiance à personne hors des membres de cette communauté, les seuls êtres qui peuvent me comprendre. Cette fragmentation a du coup un effet dramatique sur le fonctionnement du système politique. A certains égards, on pouvait hier considérer l’électorat comme un ensemble cohérent. Bien sûr, les Français ont toujours été divisés par des désaccords passionnés sur les questions politiques, économiques, sociales. Mais au-delà de ces oppositions violentes, ils étaient unis par un ensemble de valeurs, d’institutions, par une « common decency » qui interdisait, à droite comme à gauche, certains discours, certaines postures. Un homme politique qui traversait ces « lignes rouges » communes était condamné à la marginalité, qu’il fut de droite, de gauche ou du centre. La fragmentation du spectre politique a changé les choses : à chaque instant, le politicien ne s’adresse plus à l’ensemble des Français, mais à telle ou telle « communauté ». Et chaque « communauté » a ses propres lignes rouges, différentes de celles des autres. On peut donc sans crainte franchir, quand on s’adresse aux uns, les bornes dont le franchissement vous vaudrait de sérieux ennuis si vous vous adressez aux autres. Mélenchon peut se permettre des remarques douteuses qui fleurent bon le racisme, parce qu’il s’adresse à un public prêt à applaudir à de telles remarques, et peu lui choit que les médias le traînent dans la boue, puisque ce public ne les écoute pas, suspects qu’ils sont de faire partie des « bourreaux » qui les victimisent. Devant un autre public, il fera des discours empreints de jacobinisme républicain et laïcard. Ce qui ne l’empêchera pas, devant un public différent, de défendre le port du voile ou à appeler à voter pour un candidat « racisé ».

C’est cette fragmentation qui permet le développement de « vérités alternatives », puisque à la place du « récit » partagé, construit en vue de donner un cadre commun à tous les citoyens, se développent des « récits » particuliers, chaque communauté arrangeant le sien en fonction de sa propre victimisation. Et au service de ce « récit » victimiste, on a le droit de falsifier les faits puisque la fin justifie les moyens. Et c’est ainsi que, toujours par petits pas, on en est venu à contester les réalités scientifiques, à déboulonner des statues ou à proscrire des œuvres d’art sous la pression de telle ou telle « communauté ».

Il faut reconnaître à Mélenchon, génial tacticien même s’il est piètre stratège, le mérite d’avoir très tôt compris cette mécanique et de l’avoir mise au service au service de ses ambitions. Il a aussi compris tout l’intérêt qu’il pouvait tirer de l’importation du discours « racialiste », propagé par le « soft power » américain (4). Mais au fond, il n’a rien inventé. Il a simplement repris la rhétorique du mouvement ouvrier, en remplaçant – et ce n’est pas là une mince trahison – le prolétariat par diverses communautés de « victimes » en exploitant leur paranoïa. Sa « nouvelle France » fleure bon « l’homme nouveau » du communisme orthodoxe. Seulement voilà, pour les communistes cet « homme nouveau » était le corollaire de l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme. La « nouvelle France » de Mélenchon s’appuie sur une référence purement ethnique, une forme de « grand remplacement heureux », pour paraphraser une formule qui eut quelques succès avant de montrer ses limites.

Toute ma vie je me suis battu contre le racisme. Mais mon antiracisme est un antiracisme égalitaire. Il veut une société indifférente aux questions de « race », autrement dit, une société qui offre les mêmes opportunités, les mêmes protections, le même respect, le même statut quelle que soit la couleur de votre peau, la forme de vos yeux ou le lieu de naissance de vos parents. Un antiracisme qui s’oppose à cette stupide « fierté des origines » qu’on veut nous vendre, tout simplement parce qu’il est tout à fait stupide d’être « fier » de la couleur de votre peau ou de votre lieu de naissance, puisque vous n’avez joué aucun rôle dans leur détermination, et que vous n’avez aucun moyen de les changer. Et l’antiraciste que je suis ne peut que se désoler de voir comment dans la gauche d’aujourd’hui l’antiracisme est devenu un alibi pour installer une vision où les individus sont déterminés par leur naissance, par leur origine, par la couleur de leur peau, au point qu’ils ne peuvent être représentés que par « des gens qui leur ressemblent ».

Et il ne faut pas croire que Mélenchon soit le seul dans cette galère. Ce qui le sépare des autres, c’est le mérite – si l’on peut dire – de la franchise, et c’est pour cela qu’il est facile de trouver chez lui des exemples de dérives. Mais là où les candidats « insoumis » appellent à voter pour des « candidats racisés », d’autres organisent plus discrètement des réunions qui leur sont réservées. Là où Mélenchon défile publiquement avec les islamistes, d’autres acceptent qu’on censure des œuvres d’art au motif qu’elles « offensent » telle ou telle religion. Là où il critique ouvertement la politique vaccinale, d’autres se font photographier avec le professeur Raoult. Ce ne sont là que des petits gestes, des petits pas par lesquels la gauche abandonne progressivement l’héritage républicain et celui des Lumières (5).

Et peu importe que l’un de ses dirigeants avance à grandes enjambées vers son abbaye, alors que les autres – avec de rares et honorables exceptions – le font à petits pas. Comme le disait madame du Deffand, lorsqu’on a perdu la tête, il n’y a que le premier pas qui coûte.

Descartes

(1) On notera d’ailleurs que les français d’origine chinoise ou vietnamienne sont totalement absents du discours de la gauche « intersectionnelle ». Si les dirigeants de LFI s’affichent volontiers lors de la rupture du jeûne du Ramadan, rares sont ceux qui font de même pour le nouvel an chinois. Et ce n’est pas surprenant : le discours « victimiste » a beaucoup moins de prise dans une communauté dont le rapport aux institutions – et notamment à l’école – est beaucoup plus positif.

(2) J’ai plusieurs fois exposé ce raisonnement ici, mais cela vaut la peine d’insister. Dans une société en expansion, l’ascenseur social permet aux enfants des couches populaires de monter dans les étages supérieurs sans que ceux qui y sont déjà soient obligés de descendre, puisque l’expansion assure qu’il y ait de la place pour tout le monde. Mais lorsque l’expansion s’arrête, et que les places sont limitées, l’ascension des uns n’est possible que si les autres descendent. D’où la tendance des classes intermédiaires, arrivées en haut, à casser l’ascenseur.

(3) Georges Séguy racontait un épisode révélateur. A un étudiant réclamant qu’on ouvre les grilles « pour pouvoir détruire les machines du capital », un ouvrier avait demandé « et moi, sur quoi je vais travailler alors ? ». Il s’était vu répondre « tu iras cultiver de la canne à sucre ». Il faut rappeler ici qu’à l’époque les enceintes universitaires étaient très largement dominées par les classes intermédiaires.

(4) Il ne faut pas négliger l’influence culturelle américaine dans cette affaire. Il suffit de regarder n’importe quelle série produite outre-Atlantique pour retrouver un discours de victimisation des « minorités ». Un discours qui n’est pas sans influence sur une jeunesse des quartiers qui connaît mal notre histoire, et en particulier, le fait que la ségrégation raciale, qui reste consacrée par la loi jusqu’aux années 1960 et bien plus tard dans les pratiques, n’a jamais eu cours chez nous. Le racisme chez nous est une affaire individuelle, il n’a jamais été institutionnalisé.

(5) Et ces petits pas s’enchainent vite. Après avoir intégré la vision racialiste, voilà la gauche radicale qui s’attaque aux principes mêmes de la fonction publique. Ainsi, Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis, déclare : « Si nous savons que les agents sont avant tout au service d’une politique publique, nous savons aussi que certains agents auront à un moment donné des difficultés aussi à pouvoir porter un projet qu’ils ont combattu. C’est la raison pour laquelle nous respectons le choix de chacun, mais il ne sera pas possible de pouvoir rester, par exemple, dans un service de tranquillité publique en ayant l’ambition de porter une option politique qui a été battue dans les urnes. ». Maurice Thorez, le père du statut du fonctionnaire, qui visait justement à soustraire les agents publics à l’obligation d’adhérer politiquement au pouvoir du jour, doit se retourner dans sa tombe. Et le pire est que Bagayoko rejoint par son discours celui de Catherine Mégret, lorsqu’elle a pris la mairie de Vitrolles en 1997. Les voies de la « lépénisation des esprits » sont impénétrables…

Accessoirement, on fait de Bagayoko une sorte d’exemple de la « nouvelle France ». Mais, contrairement à ce qu’on cherche à nous faire croire, Bagayoko n’est nullement un produit « insoumis ». C’est un contraire un vieux routier de la politique locale, formé au PCF et membre signalé de la mafia Braouezec-Paillard, qui s’était taillé un fief à Saint-Denis sous le règne du père UbHue. Bagayoko est élu pour la première fois conseiller municipal sur la liste « communiste » (guillemets indispensables) de Patrick Braouezec en 2001, et sera conseiller municipal sans interruption – 19 ans, ce n’est pas rien – jusqu’en 2020, adjoint au maire sous Braouezec, et le restera sous ses successeurs Paillard et Russier. En 2020, il voit l’opportunité de devenir calife à la place du calife, et présente une liste « insoumise » contre Roussier. Il n’arrive pas à se faire élire, mais Roussier est battu par la liste socialiste… De 2008 à 2015 il cumulera ces fonctions avec celles de conseiller départemental – toujours élu sur une liste « communiste » – de la Seine Saint Denis, et vice-président du conseil départemental. Cette « nouvelle France » ressemble drôlement à l’ancienne.

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76 réponses à De la lutte des classes à la lutte des races

  1. Cording1 dit :

    Dans les conditions historiques que vous décrivez longuement et fort justement il semble quasi normal  que le RN arrive au pouvoir. Ce ne serait qu’une étape d’une crise globale pas seulement propre à la France telle l’Italie et la Hongrie. Il a donné presque tous les gages à cet effet mais sera-ce suffisant ? 

    • Descartes dit :

      @ Cording1

      [Dans les conditions historiques que vous décrivez longuement et fort justement il semble quasi normal que le RN arrive au pouvoir.]

      Pas forcément. Les conditions historiques en question font qu’un électorat numériquement important se trouve sans représentation. Mais il n’était nulle part écrit que cet électorat devait être récupéré par l’extrême droite. Si les dirigeants du PCF avaient été plus intelligents – et moins attentifs aux classes intermédiaires – ils aurait pu faire de même…

      [Ce ne serait qu’une étape d’une crise globale pas seulement propre à la France telle l’Italie et la Hongrie. Il a donné presque tous les gages à cet effet mais sera-ce suffisant ?]

      Je ne pense pas que ce soit comparable. Meloni n’arrive pas au pouvoir portée par un électorat populaire.

  2. Cording1 dit :

    A propos de Saint Denis votre analyse est juste à deux faits différents : il s’agit de Russier et non Roussier, en 2020 Bagayoko n’a pas présenté de liste à temps pour le second tour en raison de désaccord avec le PCF local qui, lui, a présenté seul sa liste. Ainsi le socialiste a battu en 2020 la municipalité sortante à direction communiste par 59% des voix au second tour. Je crois que c’est la FI qui a exigé la tête de liste au PCF notamment de Saint Denis mais aussi dans tout le 9-3 où aux précédentes élections JLM et ses candidats ont fait des scores sans appel.
    Le vieil apparatchik JLM s’est permis d’insulter le maire socialiste vaincu de “petit bourgeois visqueux”, on voit ainsi ressurgir des insultes d’un autre temps que l’ex-trotskiste Mélenchon n’a pas totalement oublié. 

    • Descartes dit :

      @ Cording1

      [A propos de Saint Denis votre analyse est juste à deux faits différents : il s’agit de Russier et non Roussier,]

      Ma plume a fourché. J’ai corrigé l’erreur sur le texte.

      [en 2020 Bagayoko n’a pas présenté de liste à temps pour le second tour en raison de désaccord avec le PCF local qui, lui, a présenté seul sa liste. Ainsi le socialiste a battu en 2020 la municipalité sortante à direction communiste par 59% des voix au second tour. Je crois que c’est la FI qui a exigé la tête de liste au PCF notamment de Saint Denis mais aussi dans tout le 9-3 où aux précédentes élections JLM et ses candidats ont fait des scores sans appel.]

      De toute façon la tactique de Mélenchon a toujours été la même : chercher à affaiblir les autres partis de gauche de manière à s’assurer qu’aucun n’arriverait devant lui à l’élection présidentielle. Car c’est là le nœud de l’affaire : le pari de Mélenchon est d’arriver au deuxième tour face au RN, en espérant que le réflexe de « front républicain » sera suffisant pour le faire élire. Le principal danger pour lui, c’est un candidat de gauche qui pourrait arriver devant lui.

      [Le vieil apparatchik JLM s’est permis d’insulter le maire socialiste vaincu de “petit bourgeois visqueux”, on voit ainsi ressurgir des insultes d’un autre temps que l’ex-trotskiste Mélenchon n’a pas totalement oublié.]

      Je pense qu’il y a dans l’affaire quelque chose de bien plus personnel qu’il n’y paraît. Hanotin, il ne faut pas l’oublier, fut un porte-flingue de Claude Bartolone… et les éléphants du PS ont une longue mémoire.

  3. Paul dit :

    Bonjour cher ami. Votre texte est d’une rigueur implacable, ne laissant aucune place à l’ambiguïté cultivée par les gauchistes ( je n’utilise pas ce terme de manière péjorative… un peu quand même, mais c’est pour dire qu’il n’y a en effet pas que LFI ) pour asseoir leur ascension électorale sur des tentations identitaires.  Le terme de “prolétariat de substitution” est explicite. 
    Récemment, sur une video concernant la guerre d’Espagne, j’ai remarqué que la chambre des députés dans ce pays s’appelle ( en espagnol bien sûr) chambre des disputes. Je n’avais jamais fait le lien avec l’étymologie de “député”. La dispute, le dialogue, avec en objectif le compromis, la décision. Je me rappelle aussi “l’éloge du conflit de Georg Simmel”. Force est de constater que dans le bordel que génère LFI à l’assemblée, la dispute n’est plus possible. La racialisation de la politique ne fait qu’empirer les choses. Mais alors, quel est l’enjeu tactique ? Sans dialogue, sans la parole, c’est la violence assurée. Serait-ce une volonté ? Pour un révolutionnaire, la violence n’est pas un but, mais un moyen si possible évitable. du moins il me semble. 
    Je constate aussi, mais je n’osais me le dire, que le soutien à la Palestine est largement instrumentalisé, et je peine à manifester mon soutien actuellement, alors que je soutiens depuis très longtemps la cause palestinienne. D’ailleurs, mais je sors du sujet, je me demande à la lumière du génocide de Gaza, des exactions incessantes  en Cisjordanie, si je ne vais pas revenir à ce que proposait Arafat à ses débuts: un Etat laïc et démocratique, ce qui suppose la fin de la structure de l’Etat d’Israël.
    Ce n’est pas qu’une digression: je me suis engagé en politique sur la Palestine comme sur l’Afrique du Sud. Je ne me reconnais plus parmi ceux qui instrumentalisent la question, notamment par l’islamisation. Je ne peux me reconnaitre dans une gauche communautariste. 
    La gauche actuelle me fait franchement peur. Et parfois rire, quand elle se prétend le rempart contre le “fascisme”. Mais là, nous sommes dans le spectacle…

    • Descartes dit :

      @ Paul

      [Récemment, sur une video concernant la guerre d’Espagne, j’ai remarqué que la chambre des députés dans ce pays s’appelle ( en espagnol bien sûr) chambre des disputes. Je n’avais jamais fait le lien avec l’étymologie de “député”. La dispute, le dialogue, avec en objectif le compromis, la décision. Je me rappelle aussi “l’éloge du conflit de Georg Simmel”.]

      Je crains que vous fassiez erreur. D’abord, la chambre des députes espagnole s’appelle « congreso de diputados » (« congrès des députés »), et en espagnol cela n’a aucun sens lié à la « dispute ». Par ailleurs, je ne crois pas que l’étymologie du pot « député » soit lié au mot « dispute »…

      [Force est de constater que dans le bordel que génère LFI à l’assemblée, la dispute n’est plus possible. La racialisation de la politique ne fait qu’empirer les choses.]

      J’ai insisté particulièrement sur la « racialisation », parce que c’est un élément d’actualité, mais ce ne là qu’un exemple. On pourrait aussi parler de la fragmentation sur la base de la religion, du « genre », des origines… c’est cette fragmentation – et la compétition victimaire qui la sous-tend – qui pose un problème.

      [Mais alors, quel est l’enjeu tactique ? Sans dialogue, sans la parole, c’est la violence assurée. Serait-ce une volonté ?]

      Je ne sais si c’est une « volonté », mais c’est certainement une stratégie. Il est toujours plus facile de manipuler une masse qui ne pense pas.

      [Pour un révolutionnaire, la violence n’est pas un but, mais un moyen si possible évitable. du moins il me semble.]

      Vous me rappelez la différence que fait un auteur argentin, Pablo Giussani, entre le « rebelle » et le « révolutionnaire ». Pour le révolutionnaire, « le but justifie les moyens », alors que pour le rebelle « les moyens justifient le but ». Ceux qui ont intégré la « Jeune Garde » cherchent à changer la société, ou bien le frisson et l’adrénaline de l’action de rue ?

      [Je constate aussi, mais je n’osais me le dire, que le soutien à la Palestine est largement instrumentalisé, et je peine à manifester mon soutien actuellement, alors que je soutiens depuis très longtemps la cause palestinienne.]

      Je me trouve dans la même situation que vous. La politique israélienne a largement affaibli les secteurs les plus progressistes et laïcs de la société palestinienne, et renforcé les groupes religieux. On se trouve donc dans la situation difficile de soutenir une revendication nationale alors qu’on n’aime pas les gens qui aujourd’hui sont les seuls à la porter.

      [D’ailleurs, mais je sors du sujet, je me demande à la lumière du génocide de Gaza, des exactions incessantes en Cisjordanie, si je ne vais pas revenir à ce que proposait Arafat à ses débuts: un Etat laïc et démocratique, ce qui suppose la fin de la structure de l’Etat d’Israël.]

      Sur le principe, c’était probablement la meilleure solution. Mais cela suppose non seulement la fin de la « structure » de l’Etat d’Israël, mais du projet sioniste tout court. Il faut comprendre qu’Israël est le résultat d’un projet avec un but très précis : la création d’un Etat juif, autrement dit, d’un Etat où les juifs jouiraient du statut dont les chrétiens jouissaient dans les Etats nationaux de la « vieille Europe », et qui ont servi de modèle aux penseurs sionistes de la fin du XIXème siècle. Pour le dire autrement, dans le rêve sioniste Israël est une « Pologne à l’envers », où les juifs ont la plénitude des droits, et les non-juifs sont enfermés dans le ghetto. L’état laïque dont parlait Arafat, c’est la fin de ce rêve. Et on ne voit pas le moindre signe qui indiquerait que les israéliens juifs soient prêts à l’accepter.

      [Ce n’est pas qu’une digression: je me suis engagé en politique sur la Palestine comme sur l’Afrique du Sud. Je ne me reconnais plus parmi ceux qui instrumentalisent la question, notamment par l’islamisation. Je ne peux me reconnaitre dans une gauche communautariste.]

      Tout à fait d’accord. Je pense qu’on partage la même expérience…

      [La gauche actuelle me fait franchement peur. Et parfois rire, quand elle se prétend le rempart contre le “fascisme”. Mais là, nous sommes dans le spectacle…]

      Plus que peur, elle me fait pitié. Cela m’attriste, de voir tous ces jeunes – qui sont loin d’être sots – et qui se donnent corps et âme à un gourou qui leur bourre le crâne tout simplement parce que la gauche « raisonnable » est incapable de leur donner une perspective et une éducation politique. Parce qu’il faut être conscient que la dynamique de LFI est alimentée par l’incapacité du reste de la gauche a faire autre chose que répéter des slogans éculés et de chercher à sauver les meubles. Ou pire encore, de monter sur la dernière mode qui passe – surtout si elle vient des Etats-Unis…

      La gauche, qui a exercé depuis 1981 plus souvent le pouvoir que la droite, n’a fait aucun travail critique sur son action. Et chaque fois que quelqu’un a essayé, les gardiens du temple sont sortis en criant qu’il ne fallait pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Résultat : le bébé continue à mariner dans l’eau sale…

  4. Bertrand dit :

    C’est magistral, René, sincèrement, et jusque dans les notes.Quelques coquilles montrent que vous rédigez premier jet, c’est d’autant plus fort.
    Le développement sur la ressemblance, c’est Alexis Jenni dans le Goncourt que vous savez.
    Et pourtant, un angle mort, indicible, affreux, horrible, à peine effleuré dans la comparaison entre immigrés d’Asie et du Maghreb ; c’est l’histoire des Ashkénazes et des Zoulous, des coureurs et des nageurs, de millénaires d’histoire et d’immigrations asiatiques et africaines, effectivement : si l’on nie qu’il existe des groupes humains aux aptitudes différentes (appelez ça comme vous voudrez), à la fin, à la toute fin, on est dans une impasse.
    Parce que si vous et moi, on nous éduque à courir parmi des Kenyans, en pleine égalité des chances, en moyenne, on n’y arrivera pas, René, on sera relégués, et ce ne sera pas une question d’instruction ou de miyeu social, comme dit la génitrice d’Ariane dans Belle du seigneur; et vous le savez, René.Et vous et moi, René, nous adhèrerons au discours racialiste qui nous dira victimes, et on voudra la peau des autres. La négation du réel ne résout pas le réel. les génocides de l’histoire n’y changent rien.
    Bonne soirée !

    • Descartes dit :

      @ Bertrand

      [C’est magistral, René, sincèrement, et jusque dans les notes.Quelques coquilles montrent que vous rédigez premier jet, c’est d’autant plus fort.]

      Pas vraiment. En fait, ce papier a été très retravaillé. Les « coquilles » en question tiennent au contraire au fait qu’à force de travailler un texte, on finit par le lire « de mémoire », et on ne voit plus vraiment les coquilles. C’est pourquoi la correction d’un texte nécessite la relecture par une autre personne… j’ajoute que certains lecteurs ici font cette relecture et me signalent les coquilles, que je corrige bien entendu religieusement. Qu’ils en soient remerciés !

      [Le développement sur la ressemblance, c’est Alexis Jenni dans le Goncourt que vous savez.]

      Je ne sais pas. Je dois avouer que je lis rarement les Goncourt, et les romans français en général…

      [Et pourtant, un angle mort, indicible, affreux, horrible, à peine effleuré dans la comparaison entre immigrés d’Asie et du Maghreb ; c’est l’histoire des Ashkénazes et des Zoulous, des coureurs et des nageurs, de millénaires d’histoire et d’immigrations asiatiques et africaines, effectivement : si l’on nie qu’il existe des groupes humains aux aptitudes différentes (appelez ça comme vous voudrez), à la fin, à la toute fin, on est dans une impasse.]

      Pourquoi ? Je ne vois aucun inconvénient à admettre qu’il y a des INDIVIDUS avec des « aptitudes différentes ». Mais pourquoi serait-on « dans une impasse » si l’on n’étendait pas ces « aptitudes » à tout un « groupe humain » ? On trouve certainement chez les Ethiopiens une proportion plus grande de bons coureurs que, disons, chez les Suédois. Mais il existe certainement des Ethiopiens qui courent lentement, et des Suédois très rapides. Autrement dit, je ne peux pas déduire du fait que X est Ethiopien et Y est Suédois que X court plus vite que Y.

      Les « millénaires d’histoire » qui nous sont transmis – que ce soit par la génétique ou par la culture – peuvent jouer statistiquement sur une population, mais ne déterminent pas les individus qui la composent.

      [Parce que si vous et moi, on nous éduque à courir parmi des Kenyans, en pleine égalité des chances, en moyenne, on n’y arrivera pas, René, on sera relégués, et ce ne sera pas une question d’instruction ou de milieu social, comme dit la génitrice d’Ariane dans Belle du seigneur; et vous le savez, René.]

      Tout est dans l’expression « en moyenne ». Le fait que « ne moyenne » on n’arrive pas n’implique pas qu’en tant qu’individus, on puisse y arriver. C’est bien là mon point : le « racisme » consiste précisément à projeter sur les individus une « essence » communautaire. Une société égalitaire est une société qui donne à ses membres l’égalité dans les OPPORTUNITES, ce qui n’implique nullement une égalité dans les RESULTATS.

      • Frank dit :

        «Une société égalitaire est une société qui donne à ses membres l’égalité dans les OPPORTUNITES, ce qui n’implique nullement une égalité dans les RESULTATS.»
        C’est le point essentiel.
        Mais cette vision de la société égalitaire a été totalement abandonnée. Le nouvel axiome est : si les RÉSULTATS ne sont pas égaux, c’est qu’un biais systémique existe dans le système. Cet axiome nie la possibilité de différences d’aptitudes irréductibles a priori. Il nie cette possibilité non seulement de manière statistique entre différentes ethnies, mais aussi entre les sexes (on doit dire «genre» précisément pour ne pas introduire l’idée de différences biologiques objectives et irréductibles), et même entre les individus. Les idéologues de gauche ont porté cette absurdité, qu’on pourrait appeler la vision «égalitariste», depuis des décennies, sans jamais la remettre en question, malgré les évidences scientifiques multiples. Ils ont même fait appel, ironiquement, à des arguments pseudo-scientifiques pour les justifier. 
        C’est un poison qui a permis de détruire pas mal de chose et, honnêtement, je ne crois pas que l’on soit prêt d’en sortir.

        • Descartes dit :

          @ Frank

          [Mais cette vision de la société égalitaire a été totalement abandonnée. Le nouvel axiome est : si les RÉSULTATS ne sont pas égaux, c’est qu’un biais systémique existe dans le système. Cet axiome nie la possibilité de différences d’aptitudes irréductibles a priori.]

          Il y a deux choses dans ce que vous dites qui doivent être distingués. Il y a bien un « biais systémique » dans notre système de sélection sociale. Et il serait inimaginable qu’il en soit autrement, tout simplement parce que nous vivons dans une société qui est fondée sur une inégalité irréductible, celle qui oppose le capital et le travail. Dès lors qu’il existe une classe dominante, il est logique qu’elle cherche à perpétuer sa domination. Comment pourrait-on imaginer qu’elle tolérerait un système de sélection sociale qui pourrait menacer sa prééminence, qui mettrait en danger le statut social de ses propres enfants ? Le fils de Bolloré a plus de chances de réussir dans la vie que le fils de mon voisin, le maçon portugais. Imaginer qu’il pourrait en être autrement tant que Bolloré et sa classe sont dominants, c’est vivre dans un rêve.

          Dans une société capitaliste, le système de sélection et promotion sociale sera FORCEMENT et STRUCTURELLEMENT injuste. Mais cette injustice structurelle concerne la CLASSE, et non la « race », la religion, l’origine, le sexe. Et dans ce contexte, le mieux que le système peut faire, c’est d’offrir à certains enfants des couches populaires la possibilité, par l’effort, par le travail, par le mérite, de s’élever socialement. Les classes dominantes acceptent cela parce c’est pour elles une nécessité : rien ne garantit que leurs enfants, même s’ils héritent le statut social, aient la capacité pour assumer les responsabilités auxquelles leur naissance les destine. La classe dominante a besoin donc d’aller chercher les talents qui lui manquent ailleurs. Bien sûr, l’ouverture est plus grande en période de croissance, quand les nouveaux promus ne font pas de l’ombre aux déjà installés…

          Après, vient la question des différences qui tiennent à des caractéristiques autres que la classe sociale : le sexe, l’origine, la « race », etc. Et effectivement, il y a des différences « d’aptitudes » qui font que statistiquement, et même dans un système parfaitement juste, on aura des rendements différents dans des groupes différents. Certaines de ces « aptitudes » sont génétiques : il est clair qu’on joue mieux au basquet quand on mesure 2 mètres que quand on fait 1 mètre 50, et la grande taille est une caractéristique héréditaire, beaucoup plus courante dans certains groupes ethniques que dans d’autres. D’autres « aptitudes » sont culturelles, transmises très tôt dans l’enfance. Si les enfants juifs ashkénazes réussissent à l’école mieux que leurs condisciples d’autres origines, ce n’est pas parce que le système est biaisé en leur faveur – ce serait historiquement plutôt le contraire – et certainement pas à cause de facteurs ethniques – les Ashkénazes se sont trop mélangés avec les populations des pays où ils vivent pour qu’on puisse parler d’une « race » – mais parce qu’il existe une tradition dans la manière dont la vie des enfants est organisée qui met l’accent sur l’étude.

          Si les inégalités génétiques sont clairement « irréductibles », la question de savoir si les inégalités culturelles le sont en termes pratiques est discutable. Parce que les « réduire » impliquerait imposer à certains groupes d’abandonner leurs pratiques culturelles, cela pose une question importante concernant les libertés individuelles…

          [Il nie cette possibilité non seulement de manière statistique entre différentes ethnies, mais aussi entre les sexes (on doit dire «genre» précisément pour ne pas introduire l’idée de différences biologiques objectives et irréductibles), et même entre les individus. Les idéologues de gauche ont porté cette absurdité, qu’on pourrait appeler la vision «égalitariste», depuis des décennies, sans jamais la remettre en question, malgré les évidences scientifiques multiples. Ils ont même fait appel, ironiquement, à des arguments pseudo-scientifiques pour les justifier.]

          Oui. Mais vous savez bien que le maximalisme est aussi une stratégie – et peu importe qu’elle soit consciente ou inconsciente. Militer pour l’égalité absolue de résultats, c’est aussi une façon de dévaloriser le travail de ceux qui, en défendant la méritocratie, se fixaient des objectifs plus limités mais atteignables. C’est d’ailleurs la logique traditionnelle du gauchisme : demander « tout, tout de suite » est saboter le travail de ceux qui se contentent de viser des objectifs réalistes au motif qu’ils ne vont pas assez loin, pire, que ce sont des traîtres.

          [C’est un poison qui a permis de détruire pas mal de chose et, honnêtement, je ne crois pas que l’on soit prêt d’en sortir.]

          Je le pense aussi, parce que cette idéologie va tout à fait dans le sens des intérêts des classes intermédiaires. La poursuite de l’égalité des résultats (plutôt que de l’égalité d’opportunités) conduit nécessairement à baisser le niveau d’exigence – on l’a vu avec le bac. Faut arrêter de classer les élèves sur les mathématiques – cela « aggrave les inégalités » – et sélectionner plutôt la « tchatche », qui est plus égalitaire. Ce faisant, on réduit le poids du capital transmis par l’école, et on augmente donc le poids de celui transmis à la maison… Autrement dit, au nom de l’égalité on creuse les inégalités. Et on l’observe empiriquement : depuis que la lutte contre les inégalités est devenu l’alpha et l’oméga, la proportion d’élèves des couches modestes dans les formations sélectives ne cesse de reculer…

  5. Léo-Valentin dit :

    Bonjour Descartes,
    Rien de vraiment nouveau sur le tour racialiste de cette gauche, mais les derniers bonnes blagues publiques du comique Mélenchon vous auront inspiré cette synthèse bienvenue du problème.
    Cependant, je ne vous suit pas bien sur le nouveau maire de Saint-Denis. Les fonctionnaires ont un devoir d’obéissance, et j’ai cru comprendre que c’était aussi un principe cher à vos yeux. De ce que j’ai compris, de nombreux policiers municipaux ont manifesté leur souhait de démissionner devant l’interdiction du LBD projetée par le nouveau maire. Affaire médiatique en marche aidant, il a fait cette déclaration où il rappelle que, quoi qu’ils pensent, les agents ne peuvent se permettre de s’opposer ouvertement à la politique publique locale – comme les soignants ne peuvent continuer d’exercer tout en refusant un vaccin. Je trouve même navrant qu’un élu se sente obligé de rappeler quelque chose d’aussi évident ; cela relève presque du truisme ! Certains principes de la fonction publique m’échappent peut-être.
    Coïncidemment à votre publication, Régis de Castelnau s’est fendu d’un billet spécifiquement sur ce sujet, pour défendre l’attitude de Bally Bagayoko https://regisdecastelnau.substack.com/p/bally-bagayoko-face-a-la-meute-ignorance
    Son expertise du droit me renforce dans mon opinion, même si ces dernières années son discours s’est fait de plus en plus passionné (à tout le moins), ce qui me rend de plus en plus circonspect sur son bon jugement.
    Par ailleurs, j’aimerais bien savoir : pourquoi ce sobriquet d’UbHue ? Je ne doute pas que votre grande connaissance du PCF et de son évolution pourront enrichir ma culture politique.

    • Descartes dit :

      @ Léo-Valentin

      [Rien de vraiment nouveau sur le tour racialiste de cette gauche, mais les dernières bonnes blagues publiques du comique Mélenchon vous auront inspiré cette synthèse bienvenue du problème.]

      Je ne voudrais que mon papier soit vu comme une charge contre Mélenchon. Simplement, lui et ses troupes font au galop ceux que d’autres font au pas de marche. Et du coup, il est beaucoup plus facile de trouver chez lui des exemples extrêmes. Mais c’est l’ensemble de la gauche qui est devenue essentialiste. Pour certains c’est la « race », pour d’autres c’est le « genre » (pensez aux délires de Rousseau…).

      [Cependant, je ne vous suit pas bien sur le nouveau maire de Saint-Denis. Les fonctionnaires ont un devoir d’obéissance, et j’ai cru comprendre que c’était aussi un principe cher à vos yeux.]

      Tout à fait. Mais le principe d’obéissance hiérarchique est clairement défini par le statut : le fonctionnaire est tenu d’exécuter « au mieux de ses capacités » les instructions qu’il reçoit de son supérieur hiérarchique – et en dernière instance de l’autorité politique – sauf dans le cas où ces instructions sont « manifestement illégales et de nature à compromettre gravement un intérêt public », auquel cas il a le devoir de désobéir. Mais en aucun cas on peut exiger de lui qu’il soit d’accord avec les politiques qu’on lui demande de mettre en œuvre, ou sanctionner un tel désaccord.

      [De ce que j’ai compris, de nombreux policiers municipaux ont manifesté leur souhait de démissionner devant l’interdiction du LBD projetée par le nouveau maire.]

      Dans ce cas, où est le problème ? Le fonctionnaire qui estime que les instructions qu’il reçoit sont contraires à son éthique et se sent incapable de les mettre en œuvre peut toujours démissionner ou demander sa mutation sur un poste moins exposé. C’est le fonctionnement normal de l’administration. Le ton de la déclaration su maire de Saint-Denis ne se contente pas de constater. Si vous l’écoutez avec attention, vous verrez qu’il se fait bien plus menaçant : « ceux qui ne sont pas d’accord avec le projet politique, FORCEMENT, ils partiront » (c’est moi qui souligne). Il avait auparavant utilisé le mot « allégeance ».

      [Affaire médiatique en marche aidant, il a fait cette déclaration où il rappelle que, quoi qu’ils pensent, les agents ne peuvent se permettre de s’opposer ouvertement à la politique publique locale]

      Le problème, c’est qu’auparavant il avait eu une formule fort explicite : « les fonctionnaires sont avant tout des gens qui répondent en fait à une commande politique » (ce qui est faux : les fonctionnaires répondent à une commande « des politiques », mais cette commande est censée être dans l’intérêt général, et non « politique »), et parlé « d’allégeance ». On va bien au-delà d’une simple « opposition ».

      [– comme les soignants ne peuvent continuer d’exercer tout en refusant un vaccin.]

      Votre rappel de cet exemple est assez paradoxal. Souvenez-vous que les « insoumis » ont été à l’avant-garde du combat pour la réintégration du personnel de santé écarté du fait de son refus de se vacciner… il faut croire que le principe d’obéissance hiérarchique est, chez LFI, à géométrie variable et dépend de qui donne les ordres.

      [Je trouve même navrant qu’un élu se sente obligé de rappeler quelque chose d’aussi évident ; cela relève presque du truisme !]

      L’intention de Bagayoko n’était certainement pas de rappeler le principe d’obéissance hiérarchique, mais allait bien plus loin. Il menaçait les fonctionnaires qui ne feraient pas « allégeance » – et, je le répète, cela ne fait pas partie des obligations prévues par le statut – de les pousser « forcément » dehors. Il l’a dit très clairement : les fonctionnaires pour lui ne sont pas au service de l’intérêt général, mais d’une « commande politique ».

      [Coïncidemment à votre publication, Régis de Castelnau s’est fendu d’un billet spécifiquement sur ce sujet, pour défendre l’attitude de Bally Bagayoko (…) Son expertise du droit me renforce dans mon opinion,]

      Moi, pas. J’aime beaucoup de Castelnau, avec qui je partage une histoire, mais souvent sa passion l’amène à prendre des libertés avec les faits. Dans son article, il rappelle la logique des « emplois fonctionnels », en notant à juste titre que ces emplois de direction nécessitent un rapport de confiance avec l’autorité politique, et que celle-ci peut donc démettre les titulaires de ces emplois sans invoquer une « faute » quelconque. Le problème, c’est que ce n’est pas de cela que parlait Bagayoko. Nulle part il ne limite son propos aux emplois dits « fonctionnels » qui, en tout état de cause, sont très peu nombreux.

      Faut arrêter de se cacher derrière son petit doigt : Bagayoko ne parle pas de remercier un directeur général des services, ni même un directeur. Le conflit porte sur les agents de base de la police municipale, que Bagayoko entend désarmer. Invoquer à leur propos le principe de « confiance » impliquerait donner le pouvoir à l’autorité politique de renvoyer n’importe quel fonctionnaire, et donc ouvrir la porte à la politisation de la fonction publique. Que la déclaration du maire de Saint-Denis ait permis à des gens aux intentions douteuses de se déchaîner contre lui est un fait, et ce déchaînement mérite condamnation. Mais non ne doit pas pour autant cacher la faute originelle, et encore moins l’excuser. La déclaration « sans filtre » de Bagayoko montre bien la conception qu’ont les « insoumis » de la fonction publique, et cela devrait sonner comme un avertissement.

      [Par ailleurs, j’aimerais bien savoir : pourquoi ce sobriquet d’UbHue ? Je ne doute pas que votre grande connaissance du PCF et de son évolution pourront enrichir ma culture politique.]

      C’est une blague qui, je vous l’accorde, est difficile à comprendre pour ceux – très nombreux, je n’en doute pas – qui n’auront pas lu le livre-programme que Robert Hue avait commis peu après son élection au secrétariat national, ouvrage comique aujourd’hui très injustement oublié intitutlé « communisme, la mutation ». Si vous le lisez, vous constaterez que l’expression « l’argent pour l’argent » et « l’argent roi » y figure à peu près une fois par page comme explication universelle. Certains mauvais esprits ont fait le parallèle avec la « pompe à phynance » du personnage de Jarry…

    • CVT dit :

      @Descartes,
      [Coïncidemment à votre publication, Régis de Castelnau s’est fendu d’un billet spécifiquement sur ce sujet, pour défendre l’attitude de Bally Bagayoko https://regisdecastelnau.substack.com/p/bally-bagayoko-face-a-la-meute-ignorance]

      J’ai de plus en plus de mal avec Castelnau, en ce moment. Il me déçoit par ses outrances dans le conflit israélo-palestinien (“lynx” envers les ultra-orthodoxes juifs israéliens, “taupe” envers les islamistes du Hamas), et là, le voir défendre le principe des dépouilles (“spoil system”) prôné de fait par le “Malien” Bagayoko me laisse pantois! Que fait-il du principe d’impartialité de l’Etat, et donc du maire en tant qu’officier d’état civil? Et pourtant, le droit public, en particulier le code électoral,  est LA spécialité de cet avocat…
      Ce que ne voient pas les soutiens du nouveau maire de St-Denis, c’est la tribalisation de la vie politique municipale, prélude à celle de la Nation. L’éviction des fonctionnaires de police municipale vise à faciliter  l’instauration de groupes de défense sur base éthnico-mafieuse. En clair, la négation même de la République, voire de la Nation: le tribalisme a permis à Jules César de conquérir la Gaule. De tout temps, en France, chaque monarque, empereur ou président de la République a toujours gardé en tête que le pays devait se préserver de la division. D’après moi, la “République une et indivisible” vient de cette histoire. Or des “colons” comme Bagayoko viennent expressément demander aux Français de se renier sur ce point: tout va très mal finir, et je ne serai pas étonné qu’on puisse assister à  la mise sous tutelle rapide d’une ville qui, à ce jour, reste celle qui abrite les tombeaux des Rois de France…

      • Descartes dit :

        @ CVT

        [J’ai de plus en plus de mal avec Castelnau, en ce moment. Il me déçoit par ses outrances dans le conflit israélo-palestinien (“lynx” envers les ultra-orthodoxes juifs israéliens, “taupe” envers les islamistes du Hamas),]

        Je n’ai pas très bien compris cette remarque… que viennent faire ces charmants animaux dans l’affaire

        [et là, le voir défendre le principe des dépouilles (“spoil system”) prôné de fait par le “Malien” Bagayoko me laisse pantois! Que fait-il du principe d’impartialité de l’Etat, et donc du maire en tant qu’officier d’état civil ?]

        Il y a une véritable contradiction, qui se pose dans n’importe quel Etat démocratique. D’un côté, le pouvoir politique a besoin d’un appareil administratif en qui il puisse avoir confiance pour mettre en œuvre loyalement ses décisions. D’un autre côté, les citoyens doivent pouvoir avoir confiance dans le fait que l’appareil administratif respecte les règles de droit et parmi eux le principe d’égalité, ce qui suppose qu’il puisse résister au pouvoir politique lorsque celui-ci prétend s’en affranchir.

        Les différents pays ont choisi, en fonction de leur histoire et des principes qu’ils entendent privilégier, des solutions différentes. Aux Etats-Unis, on a choisi de privilégier le premier terme de l’alternative plutôt que le second, avec le « spoil system ». On a donc une administration en qui le pouvoir politique peut avoir toute confiance, mais qui est croniquement affecté par ce qu’on appelle le « cronyism », (de « crony », supporteur inconditionnel) c’est-à-dire un recrutement qui privilégie la fidélité politique à la compétence, et qui n’assure pas aux citoyens un égal traitement. En Grande Bretagne, au contraire, il y a une fonction publique de carrière sur laquelle le pouvoir politique a en principe autorité, mais sans avoir de véritable pouvoir de nomination. En France, on a un système mixte : pour ce qui concerne les postes en haut de la pyramide – préfets, ambassadeurs, directeurs d’administration, délégués ministériels et interministériels, ce qu’on appelle « emplois à discrétion du gouvernement » – cela s’approche du « spoil system ». Le pouvoir politique peut nommer et révoquer les titulaires « ad nutum » (littéralement « d’un hochement de tête ») sans avoir à justifier quoi que ce soit. Mais pour les hauts fonctionnaires situés en dessous – chefs de service, sous-directeurs, ce qu’on appelle « emplois fonctionnels » – on ne peut en aucun cas sanctionner – et une mutation d’office est considérée une sanction – sauf à prouver une faute, et sous le contrôle du juge administratif.

        Soyons justes : De Castelnau ne défend pas le « spoil system ». Il rappelle simplement cette division (en faisant à mon avis une confusion entre « emplois fonctionnels » et « emplois à discrétion du gouvernement »). Là où il fait à mon avis erreur, c’est en présentant l’affaire comme si les fonctionnaires concernés par l’intervention de Bagayoko relevaient des « emplois à discrétion », alors que ce n’est de toute évidence pas le cas.

        [Ce que ne voient pas les soutiens du nouveau maire de St-Denis, c’est la tribalisation de la vie politique municipale, prélude à celle de la Nation.]

        Il ne faut pas exagérer. La « tribalisation » dont vous parlez a toujours existé. Etre coreligionnaire, compagnon, camarade, voire copain ou parent du maire (selon la persuasion politique de celui-ci) n’a jamais été un obstacle au recrutement dans les services municipaux, et lors des changements de majorité on voit très souvent des incompétents partir… pour être remplacés par des incompétents de signe opposé. Le principe de « libre administration » des collectivités fait que la fonction publique territoriale, contrairement à celle de l’Etat, est beaucoup plus soumise à la politisation, puisque les collectivités ont toute liberté à l’heure de définir leurs recrutements. Il faut le savoir : quand vous passez un concours dans la fonction publique de l’Etat, vous avez en cas de succès un poste de fonctionnaire garanti. Quand vous passez un concours dans la fonction publique territoriale, le succès ne vous vaut qu’une inscription dans une liste, dans laquelle les collectivités territoriales peuvent choisir les gens qu’elles recrutent. Si dans les deux ans qui suivent le concours vous ne trouvez pas une collectivité qui veut bien vous embaucher – autrement dit, qui vous choisit, et dans ce choix les orientations politiques ne sont pas tout à fait neutres – vous perdez le bénéfice du concours…

        Et au fur et à mesure que l’Etat central est affaibli et que la décentralisation avance, cette « tribalisation » devient de plus en plus manifeste – et plus grave. En fait, Bagayoko ne fait que dire tout haut ce que beaucoup de maires font tout bas. Mais le fait qu’on puisse tenir à gauche ce langage d’une manière publique et décomplexée est inquiétant, parce que cela montre qu’on réfléchit en termes purement tactiques, qu’on recherche un gain immédiat sans s’interroger sur les conséquences à terme de ce qu’on fait.

        [L’éviction des fonctionnaires de police municipale vise à faciliter l’instauration de groupes de défense sur base éthnico-mafieuse.]

        Je ne pense pas que ce soit le but. Bagayoko connaît trop bien son terrain, il a trop d’expérience politique pour imaginer qu’il a quelque chose à gagner dans ce genre de processus. Je pense qu’il est surtout prisonnier des promesses démagogiques de l’organisation « gazeuse » qu’est LFI. Le problème est qu’une chose est d’être « anti-flic » quand on est dans l’opposition, et une autre toute différente de l’être quand on est responsable de la sécurité publique. Il sera très intéressant de voir comment Bagayoko va gérer cette contradiction…

        [En clair, la négation même de la République, voire de la Nation: le tribalisme a permis à Jules César de conquérir la Gaule. De tout temps, en France, chaque monarque, empereur ou président de la République a toujours gardé en tête que le pays devait se préserver de la division.]

        Jusqu’à Giscard, peut-être. Mais ce n’était certainement pas le cas avec Mitterrand, qui a posé les bases de la reconstitution des « baronies » locales. Et ses successeurs ont continué sur cette ligne, cherchant à la fois à satisfaire les exigences des « barons » et de mimer le fédéralisme allemand – d’où le mille-feuilles incompréhensible qui a remplacé le système hérité de la Révolution et développé par l’Empire puis par la IIIème République.

        [Or des “colons” comme Bagayoko viennent expressément demander aux Français de se renier sur ce point: tout va très mal finir,]

        C’est très probable. Mais Bagayoko ne mérite ni cet excès d’honneur, ni cette indignité. D’abord, je trouve le terme « colon » inutilement insultant – je vous rappelle qu’il pourrait à plus forte raison s’appliquer à moi-même, puisque Bagayoko, contrairement à moi, est né en France. Ensuite, Bagayoko ne fait que suivre un mouvement que d’autres – et pas précisément des « colons » – ont initié. Ce n’est pas Bagayoko qui demanderait aux Français de se « renier » : les Français se sont DEJA reniés sur ce point. Les réformes de la fonction publique de Hollande ou Macron – et notamment la possibilité de nommer des contractuels aux emplois de direction – étaient déjà un gros coup de canif à la neutralité de la fonction publique. La décentralisation a DEJA alimenté un « tribalisation » de la vie municipale, dont témoignent les attaques de plus en plus fréquentes contre les élus.

        [et je ne serai pas étonné qu’on puisse assister à la mise sous tutelle rapide d’une ville qui, à ce jour, reste celle qui abrite les tombeaux des Rois de France…]

        Je ne crois pas. Comme je l’ai expliqué dans mon papier, Bagayoko a beau avoir revêtu les habits des « insoumis », c’est un homme formé à l’école du « communisme municipal », et des maîtres es-magouilles que sont Braouezec et Paillard. Maintenant qu’il a conquis la mairie – son objectif depuis de longues années – il fera ce qu’il faut pour la garder. Et Saint-Denis est une ville en pleine gentrification…

        • CVT dit :

          @Descartes,

          [Je n’ai pas très bien compris cette remarque… que viennent faire ces charmants animaux dans l’affaire]

          J’ai tenté (pas très heureusement, on dirait) de paraphraser la morale d’une fable relativement connue de La Fontaine, “La Besace”, qui disait en substance : “Nous sommes lynx envers nos pareils, et taupes envers nous. Nous nous pardonnons tous et rien aux autres hommes”.
          Je reproche à Castelnau sa partialité ahurissante et son sectarisme: il n’hésite pas à fustiger  l’extrême-droite israélienne (à juste titre) mais je comprends mal son indulgence à l’égard du Hama: pas un mot de condamnation de ce parti/mouvement/junte qui prend les habitants de Gaza en otage (du moins, même ceux qui ne les soutiennent pas). Désolé, je n’aime pas habituellement jouer les centristes, mais dans ce cas présent, j’ai du mal à défendre qui que ce soit dans ce conflit: j’exècre Nétanyahou et ses partisans depuis plus de 30 ans, soit depuis l’assassinat de Rabin, et je n’ai jamais aimé le Hamas, instrumentalisé par ces mêmes israéliens pour saper la légitimité du combat de Yasser Arafat…

          [Et Saint-Denis est une ville en pleine gentrification…]

          Je l’ignorais. Je suis curieux de savoir comment se passe cette transformation. Je sais que l’une des branches du métro de la ligne 13 finit là bas, ouvrant la possibilité aux Parisiens chassés du nord de Paris de rester à portée de la Capitale, mais il y a plus près: St Ouen, par exemple.  
          Je n’ ai pas mis les pieds à St Denis depuis 2018, et dans mon souvenir, je n’ai pas vu beaucoup de bobos le long de l’ancienne RN1… L’avertissement du maire nouvellement élu prend donc tout son sens, même s’il commet un contre-sens monumental  en qualifiant de “peuple historique” les descendants d’immigrés installés là-bas il y a deux générations par le patronat français, et “d’envahisseurs” les recalés de l’immobilier parisien..

          • Descartes dit :

            @ CVT

            [« Je n’ai pas très bien compris cette remarque… que viennent faire ces charmants animaux dans l’affaire » J’ai tenté (pas très heureusement, on dirait) de paraphraser la morale d’une fable relativement connue de La Fontaine, “La Besace”, qui disait en substance : “Nous sommes lynx envers nos pareils, et taupes envers nous. Nous nous pardonnons tous et rien aux autres hommes”.]

            Désolé, l’allusion était trop subtile pour moi… Je n’ai pas vos lettres !

            Je reproche à Castelnau sa partialité ahurissante et son sectarisme : il n’hésite pas à fustiger l’extrême-droite israélienne (à juste titre) mais je comprends mal son indulgence à l’égard du Hamas : pas un mot de condamnation de ce parti/mouvement/junte qui prend les habitants de Gaza en otage (du moins, même ceux qui ne les soutiennent pas).]

            Je comprends la « partialité » de Castelnau parce que je la partage. Je pense que le jugement qu’on peut porter sur le Hamas a une dimension tragique. D’un côté, il est raisonnable de condamner les méthodes (qui méritent largement le qualificatif factuel de terroriste) du Hamas, tout comme son idéologie obscurantiste. De l’autre, on est obligé de constater qu’il n’y a aucun autre moyen pour le peuple palestinien de faire valoir ses droits, et que le Hamas est la seule organisation palestinienne capable de tenir tête à Israël.

            Soyons honnêtes : qui s’occupait des Palestiniens avant le massacre du 7 octobre ? Personne. L’affaire avait été mise sous le tapis, le mitage de la Cisjordanie par les colonies continuait, la bande de Gaza était soumise à un blocus strict qui la tuait à petit feu, les états de la région normalisaient un à un leurs relations avec Israël. Quelques années de plus et la région aurait été mûre pour une annexion de la Cisjordanie (comme avant le Golan ou Jérusalem-Est) et une expulsion larvée des Palestiniens, que le monde aurait regardé avec indifférence. Alors, peut on condamner aussi facilement ceux qui – certes avec des méthodes révoltantes et au nom d’une idéologie obscurantiste – ont mis un grain de sable dans cette dynamique ?

            Quant à l’idée que le Hamas « prendrait en otage les habitants de Gaza », je pense que c’est là une présentation inadmissible. Vous noterez qu’elle a été utilisée contre la Résistance en France, accusée par la propagande de Vichy de prendre les Français en otages quand les Allemands ont commencé à fusiller des otages en réponse aux actes de résistance. Non, c’est l’occupant qui « prend en otage » une population lorsqu’il provoque ses souffrances pour dissuader un mouvement de résistance à agir.

            [Désolé, je n’aime pas habituellement jouer les centristes, mais dans ce cas présent, j’ai du mal à défendre qui que ce soit dans ce conflit: j’exècre Nétanyahou et ses partisans depuis plus de 30 ans, soit depuis l’assassinat de Rabin, et je n’ai jamais aimé le Hamas, instrumentalisé par ces mêmes israéliens pour saper la légitimité du combat de Yasser Arafat…]

            Le problème, c’est qu’il FAUT choisir. C’est cela, le tragique de l’histoire…

            [Je l’ignorais. Je suis curieux de savoir comment se passe cette transformation. Je sais que l’une des branches du métro de la ligne 13 finit là-bas, ouvrant la possibilité aux Parisiens chassés du nord de Paris de rester à portée de la Capitale, mais il y a plus près: St Ouen, par exemple.]

            Quand on voit ce qu’est devenu le quartier de la Plaine, par exemple, on voit bien comment les immeubles fleurissent sur les anciennes friches industrielles, comment l’environnement urbain a changé par exemple avec la couverture de l’A1…

  6. Frank dit :

    Merci  pour cette synthèse magistrale. Je ne savais pas que nous étions aussi proches, vous avez résumé ce que j’essaie d’expliquer à ma famille et à mes amis depuis des années, et personne, mais vraiment personne, ne comprend vraiment ce que je veux dire… (idem pour Jospin d’ailleurs – tout le monde semble penser comme l’IA de nos jours…).
    Il y a deux choses qui me touchent particulièrement : votre passage sur l’antiracisme (je pensais être le dernier humain à avoir cette définition et à défendre ce genre de principe), et votre passage sur le fait que le prolétaire n’est, a priori, ni une victime, ni malheureux, ni à plaindre. La victimisation misérabiliste, fondée en grande partie sur un révisionnisme historique, rendu possible par l’effondrement de l’école, et portée par la soi-disant gauche, est en train de détruire notre pays.

    • Descartes dit :

      @ Frank

      [Merci pour cette synthèse magistrale. Je ne savais pas que nous étions aussi proches,]

      Pourtant, nos échanges ont fait apparaître de très nombreux points de convergence… il faut se méfier de ce phénomène qui fait que dans une discussion, on se concentre surtout sur ce qui fait désaccord, ce qui occulte les points d’accord !

      [(idem pour Jospin d’ailleurs – tout le monde semble penser comme l’IA de nos jours…).]

      C’est pour ça que l’IA fait peur : vu la manière dont beaucoup de gens pensent, les remplacer par une IA ne paraît pas difficile. Franchement, que dit Gabriel Attal qui ne pourrait pas être dit par ChatGPT ?

      [Il y a deux choses qui me touchent particulièrement : votre passage sur l’antiracisme (je pensais être le dernier humain à avoir cette définition et à défendre ce genre de principe),]

      Je pense qu’il est fondamental de continuer à le défendre. Pour beaucoup de gens, être antiraciste », c’est chercher à « réparer » le passé. Or, le propre du passé, c’est bien d’être irréparable. Nous ne pouvons rien faire pour ceux qui ont expérimenté dans leur chair la Shoah ou l’esclavage. Et l’idée que leurs descendants auraient hérité un « droit à réparation » conduit rapidement à une absurdité (les descendans des Gaulois auraient-ils droit à exiger une réparation des descendants des Romains ?). La responsabilité d’un antiraciste aujourd’hui, c’est de veiller à ce que la « race » disparaisse comme élément de discrimination, autrement dit, que la société, l’Etat, les institutions soient INDIFFERENTES à la « race » (quelque soit le sens qu’on donne à se mot).

      [et votre passage sur le fait que le prolétaire n’est, a priori, ni une victime, ni malheureux, ni à plaindre. La victimisation misérabiliste, fondée en grande partie sur un révisionnisme historique, rendu possible par l’effondrement de l’école, et portée par la soi-disant gauche, est en train de détruire notre pays.]

      Pas seulement. Le misérabilisme est un vieux reste du dolorisme chrétien, de l’idée que la souffrance vous ouvre les portes du paradis. Une idéologie fort commode, puisqu’elle permettait de prêcher la soumission des pauvres dans l’attente de la récompense éternelle de leur souffrance. Le marxisme rompt résolument avec cette idée en faisant de la lutte des classes le moteur de l’histoire, du prolétaire un acteur de l’histoire, et non son sujet. Du moins en théorie, parce qu’en pratique les partis marxistes ont eu beaucoup de mal à se débarrasser de l’héritage culturel chrétien. Un héritage qui, avec l’amélioration des conditions de vie de la classe ouvrière, est apparu de plus en plus en décalage avec l’expérience quotidienne des militants. Cela a généré chez certains une contradiction : il fallait s’opposer à l’amélioration des conditions de vie de la classe ouvrière, parce que cette amélioration les éloignait de l’esprit révolutionnaire…

  7. COUVERT Jean-Louis dit :

    “Je ne sais pas. Je dois avouer que je lis rarement les Goncourt, et les romans français actuels en général…” seriez-vous raciste en littérature ? Si je puis me permettre (ce que je vais faire d’ailleurs) pour vous délasser je vous conseille Charles Exbrayat qui ne se masturbe pas le cerveau mais a un certain génie des descriptions : lorsqu’il parle de l’Italie on sent l’odeur des spaghetti. Ceci  étant, je ne lis pas les Goncourt, pas plus que je ne vais au cinéma d’aujourd’hui. Les pamphlets politiquement corrects me donnent des migraines ! Serai-je un vieux con facho ?

    • Descartes dit :

      @ COUVERT Jean-Louis

      [“Je ne sais pas. Je dois avouer que je lis rarement les Goncourt, et les romans français actuels en général…” seriez-vous raciste en littérature ?]

      Pourquoi, les Goncourt sont une « race » ? Je ne lis pas les romains français contemporains parce qu’ils m’ennuient. Pour une large part, l’autofiction a tué la littérature, parce qu’il est très rare que la chance fasse qu’un grand écrivain ait en même temps une vie intéressante. Et puis je n’ai pas trouvé beaucoup d’auteurs contemporains capables de camper de véritables personnages, je veux dire des personnages intéressants et surtout différents entre eux. Soit ils parlent et agissent tous de la même manière, soit il n’y a que le personnage principal qui a « de la chair », tous les autres sont en carton-pâte.

      [Si je puis me permettre (ce que je vais faire d’ailleurs) pour vous délasser je vous conseille Charles Exbrayat]

      Sans vouloir vous offenser, inclure Exbrayat dans les « romans français actuels », c’est pour le moins osé : il est né en 1906 et mort en 1989… j’aime bien, même si je ne suis pas très friand de romans policiers.

      [Les pamphlets politiquement corrects me donnent des migraines ! Serai-je un vieux con facho ?]

      Certainement, certainement…

  8. Vincent dit :

    [à la fin des années 1960, lorsque la croissance ralentit. C’est à ce moment-là que les classes intermédiaires réalisent que, par le biais de l’assimilation et de l’ascenseur social, les enfants des classes populaires deviennent de redoutables concurrents pour leurs propres enfants]

    Il est d’ailleurs notable qu’à la fin des années 60, dans les “grandes écoles” (polytechnique, Centrale, etc.) il y avait une très grande partie d’élèves d’origine ouvrière ou paysanne.
    On entend souvent des discours de la gauche bourdieusienne, pour condamner l’école avec des arguments tels que :”En 1950, 3% d’enfants d’ouvriers à Polytechnique. Aujourd’hui, 3% d’enfants d’ouvriers à Polytechnique”.
    L’idée sous-jacente est de condamner l’école Républicaine des années 1950, et de dire que les évolutions qui sont intervenues depuis n’ont pas été suffisantes pour permettre que l’école constitue un réel ascenseur social.
    Mais ce discours masque l’éléphant au milieu de la pièce : ceux qui sont entrés à Polytechnique en 1950 sont ceux qui ont été à l’école dans les années 30. Mais ceux qui ont été à l’école dans les années 50, eux, ont réellement eu un ascenseur républicain qui fonctionnait. Et cet ascenseur, effectivement, s’est cassé depuis, si bien que les enfants d’ouvriers sont (re)devenus quasiment absents des grandes écoles.
    Cette réalité est très désagréable pour les tenants d’un discours bourdieusien, car, comme trop souvent avec les marottes de la gauche, des idées généreuses, une fois mises en place, aboutissent au résultat exactement inverse de celui pour lequel elles avaient prétendument été mises en place.
    Pour mémoire, si les résultats en termes de taux d’ouvriers sont identiques, l’école est extrêmement différente de ce qu’elle était au début du XXème Siècle : l’école primaire y était très exigeante, seuls les tous meilleurs pouvaient accéder au lycée, etc.
    Pour les enfants de la bourgeoisie, il y avait la possibilité de payer pour accéder aux études secondaires de qualité, ce qui explique le fort taux d’enfants de la bourgeoisie dans les grandes écoles.
    Dans les années 1950, le niveau d’exigence a été maintenu, mais la sélection par l’argent a été supprimée.
    Puis, depuis les années 1980, c’est le niveau d’exigence qui a baissé. Assez lentement dans les années 80, un peu plus dans les années 90, plus vite encore dans les années 2000, puis un effondrement au début des années 2010. Nous sommes dans une phase de stabilisation au fond du trou (peut-être, mais je n’en suis pas certain, sur un tout début de pente croissante au primaire).
     
    J’aurais une autre digression à faire sur le même thème. Une interrogation que je me fais régulièrement, surtout depuis que j’observe ce qui se passe dans les classes de mes enfants.
    Mon hypothèse est la suivante :
    – Avant 1950 environ, il y avait des barrières, notamment financières, qui empêchaient des familles ouvrières ou paysannes d’accéder aux études supérieurs, quand bien même leur capital culturel et génétique le leur aurait permis.
    – Dans les années 1950/1960, ces barrières ont été abaissées, permettant à une grosse génération de milieux modeste d’accéder aux meilleures études, et de devenir des “CSP+”. Si bien que les milieux ouvriers et paysans (classes populaires) ont été purgées de leurs éléments avec le meilleur capital culturel/génétique permettant de réussir ses études.
    – Dans les générations suivantes, il est dès lors logique, quoi que puisse faire l’école, que les classes populaires ne réussissent pas aussi bien que
    Cette hypothèse s’appuie sur des constats que je fais dans les classes de mes enfants, que les tous meilleurs élèves sont souvent issus de milieux peu favorisés (avec des parents chauffeur de car, serveur dans un restaurant, etc.). Mais… systématiquement, ces parents sont des immigrés. Qui ont donc, eux aussi, un capitale culturel/génétique qui n’a pas pu être exploité dans leur pays d’origine, mais dont leurs enfants bénéficient, en France, dans le système scolaire actuel.
    Dans cette hypothèse, le système français actuel ne serait pas si terrible que cela du point de vue de la possibilité d’élévation sociale, la preuve étant que certains enfants d’immigrés, dont la culture favorise le travail, s’en sortent très bien !
     

    [Et c’est là que la logique victimaire entre en scène. Puisant dans le vieux fond chrétien qui prêche que « les pauvres hériteront de la terre », nos classes intermédiaires se sont mis à la recherche de « victimes », et de préférence de victimes inorganisées, qui offrent l’avantage incomparable pour les leaders politiques de pouvoir parler en leur nom sans qu’apparaissent des dirigeants légitimes pour contester votre discours. Ceux qui en 1968 ont essayé d’usurper le rôle de défenseurs du prolétariat et ont goûté en retour à la puissance de la CGT ou du PCF ont bien compris qu’il était beaucoup moins dangereux de parler au nom des taulards, des femmes, des sans-papiers ou des enfermés psychiatriques.]

     
    Vous avez parfaitement raison, et il est bon de le rappeler. Avant que la “Gauche” ne s’intéresse prioritairement aux immigrés, les “sans-papiers” n’étaient qu’un combat parmi bien d’autres, et était loin d’être un des principaux :
    – Les Comités de soldats, qui luttaient contre l’armée et le service militaire
    – Le Mouvement de libération des femmes (MLF), fondé en 1970
    – Le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR)
    – Groupe d’Information sur les Prisons (GIP), fondé en 1971 par Michel Foucault
    – Sur le même modèle, le Groupe information asiles (GIA), en 1972, par des psychiatres de la mouvance anarcho-maoïste
    – Egalement sur le même modèle, le Groupe information santé (GIS) et le Comité d’action des prisonniers, aussi en 1972
    – Le Groupe d’information et de soutien des immigrés, créé également en 72/73, a simplement suivi le mouvement, mais n’en était qu’un parmi d’autres.
     

    [Un antiracisme qui s’oppose à cette stupide « fierté des origines » qu’on veut nous vendre, tout simplement parce qu’il est tout à fait stupide d’être « fier » de la couleur de votre peau ou de votre lieu de naissance, puisque vous n’avez joué aucun rôle dans leur détermination, et que vous n’avez aucun moyen de les changer. Et l’antiraciste que je suis ne peut que se désoler de voir comment dans la gauche d’aujourd’hui ’antiracisme est devenu un alibi pour installer une vision où les individus sont déterminés par leur naissance, par leur origine, par la couleur de leur peau, au point qu’ils ne peuvent être représentés que par « des gens qui leur ressemblent ».]

     
    Sur le mot de fierté, je suis très ambivalent.
    Si j’avais des aïeux qui s’étaient illustrés dans la Résistance, ou ailleurs, j’en serais fier. Pourtant, je ne suis pour rien dans ce que mes ancêtres ont pu faire.
    Quand on dit que l’on est fier de ce qu’ont pu faire ses anciens, il s’agit pour moi de se revendiquer d’un héritage, dans le sens “noblesse oblige”. Pourtant, on n’a aucun rôle dedans, ni aucun moyen de changer quoi que ce soit à ce qu’ils ont pu faire.
    Dans n’importe quel régiment, les soldats vous diront qu’ils sont fiers de leur régiment, en vous citant les batailles dans lequel celui ci s’est illustré. (Je me souviens avoir croisé un sous-officier, à qui j’ai demandé son régiment. Il m’avait répondu : “Le RICM. Le régiment le plus décoré de France”. Cette précision était superflue. Mais c’était très important pour lui, tant il en était fier.)
    C’est en ce sens que je suis également fier d’être français, d’un peuple qui a tenu bon en 14-18 (je suis fier de ce qu’ont accompli les poilus), fier d’être d’un peuple qui a engendré Chateaubriant, Victor Hugo, Maupassant, Pascal… Descartes 😉
    Je ne considère pas que cette fierté soit malsaine, dès lors qu’on la considère comme un devoir envers soi-même d’être à la hauteur de nos anciens.
    Peut-on être fier d’avoir été appelé, par hasard, à servir dans un régiment illustre ? D’avoir des grands-parents dont la vie a été un roman ? d’être français ?
    Pour moi, oui. Et il s’agit également d’une forme de fierté des origines. La seule différence qui peut exister entre les différents visions est la même que la différence entre la nation au sens de Renan, cet celle au sens de Friedrich Strauss.
    En tant que français, vous comme moi, considérons la nation au sens de Renan, ce qui exclut automatiquement toute possibilité de fierté d’appartenance à une tribu au sens “biologique”. C’est sans doute là que se trouve le désaccord fondamental, et pas tant sur le fait que l’on puisse être fier de quelque chose sur lequel nous n’avons aucune prise.
     
    Ou sinon, il s’agit peut être d’une ambiguïté sur le mot “fierté”… Mais il faudrait alors le clarifier.
     
    Au passage, et même si ça n’a que peu à voir, il y a un autre mot que l’on entend souvent, et qui contient une énorme ambiguïté : le mot “respect”. Selon mon acception du mot, le respect se gagne, mais n’est jamais un dû. On peut exiger de la discipline, de la courtoisie, voire de la déférence. Mais on ne peut pas exiger de la considération ou de l’estime.

    • Descartes dit :

      @ Vincent

      [Il est d’ailleurs notable qu’à la fin des années 60, dans les “grandes écoles” (polytechnique, Centrale, etc.) il y avait une très grande partie d’élèves d’origine ouvrière ou paysanne.]

      Une « très grande partie » c’est un peu exagéré. Mais les élèves issus des couches populaires étaient beaucoup plus nombreux qu’ils ne le sont aujourd’hui. Pour Centrale, on est passé de 18% au tournant des années 1980 à 7% en 2018.

      [Mais ce discours masque l’éléphant au milieu de la pièce : ceux qui sont entrés à Polytechnique en 1950 sont ceux qui ont été à l’école dans les années 30. Mais ceux qui ont été à l’école dans les années 50, eux, ont réellement eu un ascenseur républicain qui fonctionnait. Et cet ascenseur, effectivement, s’est cassé depuis, si bien que les enfants d’ouvriers sont (re)devenus quasiment absents des grandes écoles.]

      Effectivement. Les « trente glorieuses » sont une période de décollage de l’ascenseur social, un peu comme l’ont été les dernières décennies du XIXème siècle. Dans les deux cas, le mécanisme est le même : une forte expansion qui permet de promouvoir les plus « méritants » dans les couches populaires sans pour autant faire concurrence aux enfants des classes supérieures. Et oui, cet ascenseur a EFFECTIVEMENT existé – et Bourdieu, ce fils d’un foyer modeste qui accède au saint des saints de l’Université française, est d’ailleurs un bon exemple.

      [Cette réalité est très désagréable pour les tenants d’un discours bourdieusien, car, comme trop souvent avec les marottes de la gauche, des idées généreuses, une fois mises en place, aboutissent au résultat exactement inverse de celui pour lequel elles avaient prétendument été mises en place.]

      « Le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions »… Cela étant dit, vu la manière dont la même mécanique se répète, on peut se demander si les intentions étaient aussi « généreuses » que ça.

      [J’aurais une autre digression à faire sur le même thème. Une interrogation que je me fais régulièrement, surtout depuis que j’observe ce qui se passe dans les classes de mes enfants.
      Mon hypothèse est la suivante :
      – Avant 1950 environ, il y avait des barrières, notamment financières, qui empêchaient des familles ouvrières ou paysannes d’accéder aux études supérieurs, quand bien même leur capital culturel et génétique le leur aurait permis.
      – Dans les années 1950/1960, ces barrières ont été abaissées, permettant à une grosse génération de milieux modeste d’accéder aux meilleures études, et de devenir des “CSP+”. Si bien que les milieux ouvriers et paysans (classes populaires) ont été purgées de leurs éléments avec le meilleur capital culturel/génétique permettant de réussir ses études.
      – Dans les générations suivantes, il est dès lors logique, quoi que puisse faire l’école, que les classes populaires ne réussissent pas aussi bien que]

      Votre raisonnement pèche sur un point capital. Vous raisonnez comme si les réservoirs étaient statiques, qu’une fois les meilleurs éléments promus, ce qui reste est d’une faible qualité. Mais les hommes sont mortels, et les réservoirs dont vous parlez se renouvèlent en permanence. Il n’y a aucune raison que les fils d’ouvriers de 2000 aient un capital « culturel/génétique » inférieur en qualité à ceux de 1980.

      [Cette hypothèse s’appuie sur des constats que je fais dans les classes de mes enfants, que les tous meilleurs élèves sont souvent issus de milieux peu favorisés (avec des parents chauffeur de car, serveur dans un restaurant, etc.). Mais… systématiquement, ces parents sont des immigrés. Qui ont donc, eux aussi, un capital culturel/génétique qui n’a pas pu être exploité dans leur pays d’origine, mais dont leurs enfants bénéficient, en France, dans le système scolaire actuel.]

      Il est clair que l’immigration est aussi un processus sélectif. Ceux qui migrent, sont souvent – mais pas toujours – les plus ambitieux, les plus débrouillards, ceux dont les capacités n’ont pas trouvé un champ assez fertile dans des pays pauvres. Et ceux-là réussissent souvent rès bien dans un système méritocratique. Ce sont ces immigrés qui sont pénalisés lorsque la méritocratie s’affaiblit…

      [Dans cette hypothèse, le système français actuel ne serait pas si terrible que cela du point de vue de la possibilité d’élévation sociale, la preuve étant que certains enfants d’immigrés, dont la culture favorise le travail, s’en sortent très bien !]

      Même si le caractère méritocratique de notre système s’est beaucoup atténué, il y a encore de beaux restes…

      [« Un antiracisme qui s’oppose à cette stupide « fierté des origines » qu’on veut nous vendre, tout simplement parce qu’il est tout à fait stupide d’être « fier » de la couleur de votre peau ou de votre lieu de naissance, puisque vous n’avez joué aucun rôle dans leur détermination, et que vous n’avez aucun moyen de les changer ». (…) »Sur le mot de fierté, je suis très ambivalent.
      Si j’avais des aïeux qui s’étaient illustrés dans la Résistance, ou ailleurs, j’en serais fier. Pourtant, je ne suis pour rien dans ce que mes ancêtres ont pu faire.
      Quand on dit que l’on est fier de ce qu’ont pu faire ses anciens, il s’agit pour moi de se revendiquer d’un héritage, dans le sens “noblesse oblige”. Pourtant, on n’a aucun rôle dedans, ni aucun moyen de changer quoi que ce soit à ce qu’ils ont pu faire.]

      Il y a là quelque chose de très différent. Quand vous vous dites « fier » de ce que vos ancêtres – ou même vos concitoyens – ont fait dans la Résistance, votre fierté concerne ce qu’ils ont FAIT, parce qu’ils ETAIENT. Et la différence est très importante : lorsque je me dis « fier » de ce qu’a fait Manouchian, par exemple, j’assume d’une certaine manière le compromis de maintenir vivante sa mémoire, et éventuellement de l’imiter si la situation se présentait. Autrement dit, cette fierté implique de ma part un choix. Je pourrais faire un choix différent. Par contre, lorsque je me dis « fier d’être né au Mali », ou « fier d’être noir » il n’y a là aucun choix : je « continuerai » à être né au Mali et à être noir, que je le veuille ou pas.

      [Dans n’importe quel régiment, les soldats vous diront qu’ils sont fiers de leur régiment, en vous citant les batailles dans lequel celui ci s’est illustré. (Je me souviens avoir croisé un sous-officier, à qui j’ai demandé son régiment. Il m’avait répondu : “Le RICM. Le régiment le plus décoré de France”.]

      Exactement. Mais il y a là un choix, celui de continuer l’œuvre de ces ancêtres dont on se réclame. Et la fierté qui accompagne un choix qu’on fait me paraît parfaitement légitime.

      [C’est en ce sens que je suis également fier d’être français, d’un peuple qui a tenu bon en 14-18 (je suis fier de ce qu’ont accompli les poilus), fier d’être d’un peuple qui a engendré Chateaubriant, Victor Hugo, Maupassant, Pascal… Descartes 😉Je ne considère pas que cette fierté soit malsaine, dès lors qu’on la considère comme un devoir envers soi-même d’être à la hauteur de nos anciens.]

      C’est exactement mon point : vous êtes « fier » d’être l’héritier des combattans de 14-18, de Chateaubriant, Victor Hugo, Maupassant, Pascal… et Descartes. Vous cette fierté tient non pas au fait qu’ils étaient blancs ou noirs, bruns ou blonds, qu’ils sont nés à tel ou tel endroit. Elle tient à ce qu’ils ont FAIT. Et vous avez-vous-même fait le CHOIX de les revendiquer, qui vous oblige, comme vous le dites vous-même « d’être à leur hauteur ». En fait, c’est de ce CHOIX que vous êtes fier, et c’est pourquoi cette fierté est tout à fait saine.

      Ce que je trouve malsain, c’est d’être « fier » de quelque chose qui ne dépend pas de nous, dans laquelle nous n’avons le moindre CHOIX. Je trouve tout à fait normal d’être « fier d’être français », en ce sens qu’être Français implique un choix. Mais je trouverais ridicule d’être « fier d’être né en France ». Parce qu’il n’y a, dans notre lieu de naissance, aucune possibilité de choisir.

      [En tant que français, vous comme moi, considérons la nation au sens de Renan, ce qui exclut automatiquement toute possibilité de fierté d’appartenance à une tribu au sens “biologique”. C’est sans doute là que se trouve le désaccord fondamental, et pas tant sur le fait que l’on puisse être fier de quelque chose sur lequel nous n’avons aucune prise.]

      Exactement ! Et c’est pourquoi dans la vision de la nation comme une entité biologique il n’y a pas de place pour la « fierté nationale »…

      [Au passage, et même si ça n’a que peu à voir, il y a un autre mot que l’on entend souvent, et qui contient une énorme ambiguïté : le mot “respect”. Selon mon acception du mot, le respect se gagne, mais n’est jamais un dû. On peut exiger de la discipline, de la courtoisie, voire de la déférence. Mais on ne peut pas exiger de la considération ou de l’estime.]

      Je suis tout à fait d’accord. On tend à confondre le respect avec les signes extérieurs du respect. Il est clair que lorsqu’on respecte une personne ou une institution on ne lui crache pas dessus, on ne l’agresse pas, on ne l’insulte pas, bref, on la traite avec déférence. Mais ce n’est pas parce qu’on traite avec déférence une personne ou une institution qu’on la respecte… la crainte peut produire le même effet!

      • Claustaire dit :

        La philosophe Alain écrivait dans ses “Propos” qu’il devait obéissance au gardien de la paix (notamment au moment où, dans le cadre de ses fonctions, celui-ci règle la circulation), mais pas respect.
        De même, on doit obéissance à la loi (pour peu qu’elle soit constitutionnelle), mais non respect, puisqu’on peut se donner pour but politique de la faire abolir ou modifier.
         
        [Lorsque je me dis « fier d’être né au Mali », ou « fier d’être noir » il n’y a là aucun choix : je « continuerai » à être né au Mali et à être noir, que je le veuille ou pas.]
         
        Importante distinction que vous faites là : on ne peut se dire fier de son pays natal que si l’on s’engage, comme quiconque d’autre qui n’y serait pas né,  à être à la hauteur des valeurs ou vertus que ce pays aurait illustré.

        • Descartes dit :

          @ Claustaire

          [La philosophe Alain écrivait dans ses “Propos” qu’il devait obéissance au gardien de la paix (notamment au moment où, dans le cadre de ses fonctions, celui-ci règle la circulation), mais pas respect.]

          Un autre commentateur a repris un texte de Pascal que je trouve particulièrement éclairant – outre sa beauté littéraire, et qui soutient le même point de vue – que je partage bien évidemment. On doit au gardien de la paix non seulement obéissance, mais aussi un certain nombre de signes extérieurs. Ces signes témoignent d’un « respect » qui s’attache à l’investiture du gardien de la paix, et non à sa personne. Le respect personnel se gagne, effectivement.

          [Importante distinction que vous faites là : on ne peut se dire fier de son pays natal que si l’on s’engage, comme quiconque d’autre qui n’y serait pas né, à être à la hauteur des valeurs ou vertus que ce pays aurait illustré.]

          Tout à fait. Je trouve d’ailleurs très amusant que des gens puissent se proclamer « fiers » d’un pays où ils n’ont aucune envie d’habiter…

      • Louis dit :

        @Descartes et Vincent
         
        Sur le respect, je me permets de vous citer Pascal, qui a parfaitement résumé ce point :
         

        ” Il y a dans le monde deux sortes de grandeurs ; car il y a des grandeurs d’établissement et des grandeurs naturelles. Les grandeurs d’établissement dépendent de la volonté des hommes, qui ont cru avec raison devoir honorer certains états et y attacher certains respects. […] Les grandeurs naturelles sont celles qui sont indépendantes de la fantaisie des hommes, parce qu’elles parce qu’elles consistent dans les qualités réelles et effectives de l’âme et du corps, qui rendent l’une ou l’autre plus estimable, comme les sciences, la lumière de l’esprit, la vertu, la santé, la force.
         
        Nous devons quelque chose à l’une et à l’autre de ces grandeurs ; mais comme elles sont d’une nature différente nous leur devons aussi différents respects. Aux grandeurs d’établissement, nous leur devons les respects d’établissement, c’est-à-dire certaines cérémonies extérieures qui doivent être accompagnées, selon la raison, d’une reconnaissance intérieure de la justice de cet ordre, mais qui ne nous font pas concevoir quelque qualité réelle en ceux que nous honorons de cette sorte. Il faut parler aux rois à genoux ; il faut se tenir debout dans la chambre des princes. C’est une sottise et une bassesse d’esprit que de leur refuser ces devoirs.
        Mais pour les respects naturels qui consistent dans l’estime, nous ne les devons au contraire qu’aux grandeurs naturelles ; et nous devons au contraire le mépris et l’aversion aux qualités contraires à ces grandeurs naturelles. Il n’est pas nécessaire, parce que vous êtes duc, que je vous estime ; mais il est nécessaire que je vous salue. Si vous êtes duc et honnête homme, je rendrai ce que je dois à l’une et à l’autre de ces qualités. Je ne vous refuserai point les cérémonies que mérite votre qualité de duc, ni l’estime que mérite celle d’honnête homme. Mais si vous étiez duc sans être honnête homme, je vous ferais encore justice ; car en vous rendant les devoirs extérieurs que l’ordre des hommes a attachés à votre naissance, je ne manquerais pas d’avoir pour vous le mépris intérieur que mériterait la bassesse de votre esprit.

         
        Bonne soirée, et merci pour votre échange !

        • Descartes dit :

          @ Louis

          [Sur le respect, je me permets de vous citer Pascal, qui a parfaitement résumé ce point : (…)]

          Merci de cette citation, d’une clarté limpide. Ce qui montre que les problèmes que nous nous posons aujourd’hui ne sont guère nouveaux!

      • Bob dit :

        @ Descartes
         
        [Ceux qui migrent, sont souvent – mais pas toujours – les plus ambitieux, les plus débrouillards, ceux dont les capacités n’ont pas trouvé un champ assez fertile dans des pays pauvres. Et ceux-là réussissent souvent rès bien dans un système méritocratique. Ce sont ces immigrés qui sont pénalisés lorsque la méritocratie s’affaiblit…]
         
        Ou ceux qui souhaitent bénéficier d’un bon système social.
        D’où vient ce “souvent”, est-il un ressenti de votre part ou issu de collectes statistiques ?

        • Descartes dit :

          @ Bob

          [Ou ceux qui souhaitent bénéficier d’un bon système social. D’où vient ce “souvent”, est-il un ressenti de votre part ou issu de collectes statistiques ?]

          Les collectes statistiques sont très difficiles : comment définiriez-vous des indicateurs vous permettant de mesurer l’ambition ou la débrouillardise ? Par contre, il y a de nombreux études sociologiques faits dans les pays d’émigration qui montrent à quel point celle-ci prive ces pays des travailleurs les mieux formés, les plus débrouillards, les plus ambitieux.

          Je ne sais pas si vous avez vécu une expérience d’émigration. Moi, si. Je peux vous assurer que le fait d’aller vivre dans un autre pays, dans une société qui a d’autres règles, parmi des gens dont la langue, les habitudes, les réactions vous sont étranges, est une expérience dont le coût est considérable. Je doute que quiconque fasse cet effort simplement pour « bénéficier d’un bon système social », même si c’est là un facteur d’attractivité.

          • Bob dit :

            @ Descartes
             
            [Par contre, il y a de nombreux études sociologiques faits dans les pays d’émigration qui montrent à quel point celle-ci prive ces pays des travailleurs les mieux formés, les plus débrouillards, les plus ambitieux.]
             
            C’est certainement un constat assez facile à faire et qui l’est fait volontiers pour montrer ce que coûte au pays le départ de gens qualifiés. Il y a sans doute moins d’intérêt à évaluer ce que coûte le départ de gens dont les compétences ne manqueront pas.
             
            [Je ne sais pas si vous avez vécu une expérience d’émigration. Moi, si. Je peux vous assurer que le fait d’aller vivre dans un autre pays, dans une société qui a d’autres règles, parmi des gens dont la langue, les habitudes, les réactions vous sont étranges, est une expérience dont le coût est considérable. Je doute que quiconque fasse cet effort simplement pour « bénéficier d’un bon système social », même si c’est là un facteur d’attractivité.]
             
            J’ai vécu plusieurs années en Suède et quasiment deux ans en Italie ; oui, je suis d’accord : “s’acclimater” à un système étranger est exigeant et requiert beaucoup d’efforts à de nombreux niveaux. Mais je serais moins catégorique que vous, et je pense que quand on vit dans un pays dont les infrastructures, le système social et de santé sont déficients, on est prêt à faire ces efforts. Pour les gens issus de pays pauvres, pouvoir bénéficier de la qualité du système d’un pays riche me semble à même de motiver largement autant de personnes que le nombre de ceux qui partent “uniquement” parce qu’ils n’ont pas la possibilité de s’accomplir sur place.

            • Descartes dit :

              @ Bob

              [J’ai vécu plusieurs années en Suède et quasiment deux ans en Italie ; oui, je suis d’accord : “s’acclimater” à un système étranger est exigeant et requiert beaucoup d’efforts à de nombreux niveaux. Mais je serais moins catégorique que vous, et je pense que quand on vit dans un pays dont les infrastructures, le système social et de santé sont déficients, on est prêt à faire ces efforts.]

              Je ne le pense pas, d’autant plus que ceux qui émigrent sont les jeunes, c’est-à-dire, ceux pour qui la question de la santé est la moins importante. Attention, je ne nie pas que l’émigration ait surtout un motif économique. Mais c’est plus la possibilité de bien gagner sa vie que le système social ou de santé qui pèse. D’ailleurs, vous noterez que les courants migratoires ne sont pas corrélés avec l’organisation du système social – le cas des migrants qui veulent aller en Angleterre plutôt que de rester en France est de ce point de vue révélateur – mais tient surtout à la possibilité de trouver un moyen de gagner sa vie. Les migrants privilégient les pays où il y a déjà une communauté ou une partie de leur famille qui peut leur trouver du boulot.

      • Vincent dit :

        [Une « très grande partie » c’est un peu exagéré. Mais les élèves issus des couches populaires étaient beaucoup plus nombreux qu’ils ne le sont aujourd’hui. Pour Centrale, on est passé de 18% au tournant des années 1980 à 7% en 2018.]
        Au début des années 80, l’effondrement de la part des enfants de classes populaires avait déjà commencé.
        C’est à la fin des années 60 qu’il y a eu l’apogée de la présence d’enfants issus de classes populaires. Je ne dirais pas que ça a le moindre rapport avec l’évolution des mentalités à partir de 68/70.
         
        [Votre raisonnement pèche sur un point capital. Vous raisonnez comme si les réservoirs étaient statiques, qu’une fois les meilleurs éléments promus, ce qui reste est d’une faible qualité. Mais les hommes sont mortels, et les réservoirs dont vous parlez se renouvèlent en permanence. Il n’y a aucune raison que les fils d’ouvriers de 2000 aient un capital « culturel/génétique » inférieur en qualité à ceux de 1980.]
        Si, il y a une raison : le capital, qu’il soit culture ou génétique, s’hérite.
        Les enfants nés dans les années 80 ou 90, s’ils sont dotés d’un capital culturel / génétique favorable pour faire des études, en ont hérité de leurs parents. Qui, eux mêmes, comme ils avaient un capital culturel / génétique favorable pour faire des études, ont, très probablement, fait des études supérieures. Et ne sont donc plus des ouvriers.
        Il y a un autre facteur qui aggrave les choses : les mariages ne se font plus dans le village d’origine, dans les relations familiales, etc.
        De plus en plus, les gens se marient avec des gens qui ont fait des études comparables. Si bien que les écarts se creusent avec les générations.
        Cet argument ne tient pas, en revanche, pour les populations immigrées, dès lors qu’elles proviennent d’un pays où le potentiel des parents n’a pas pu s’exprimer…
         

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Si, il y a une raison : le capital, qu’il soit culture ou génétique, s’hérite.]

          D’où tirez-vous cette idée ? Il est clair que le capital « culturel » ne s’hérite pas, tout au plus il se transmet. Quant au capital « génétique »… je ne vois pas très bien quel rôle il pourrait jouer dans la promotion sociale. On hérite « génétiquement » la couleur des yeux, la forme du visage, mais certainement pas la propension à l’étude, à l’effort, ni même l’intelligence.

          Je vous fais noter que si vous expliquez par la question de l’héritage l’arrêt de l’ascenseur social méritocratique aujourd’hui, il est logiquement difficile de comprendre comment il a pu fonctionner dans les années 1950-60. Pendant ces deux décennies, le système a promu des gens dont le « capital hérité » était très faible…

          [Les enfants nés dans les années 80 ou 90, s’ils sont dotés d’un capital culturel / génétique favorable pour faire des études, en ont hérité de leurs parents.]

          Soyez logique : comment expliquer alors que les enfants nés dans les années 1940-50 et qui n’avaient pas hérité ce « capital culturel/génétique » de parents ouvriers ou paysans aient pu faire des études brillantes ? Votre idée de « capital hérité » conduit nécessairement à une vision « fixiste », ou chaque génération reproduit les hiérarchies de celle qui la précède. Or, historiquement, nous savons que ce n’est pas le cas : lors des périodes de forte croissance, comme les trente glorieuses, ou celles de renouvellement des élites après une crise politique, comme la Révolution, on a vu accéder en masse au mérite des couches sociales qui n’avaient aucun « capital » à transmettre à leurs enfants…

          [Il y a un autre facteur qui aggrave les choses : les mariages ne se font plus dans le village d’origine, dans les relations familiales, etc.]

          Je n’ai pas compris comment ce facteur pourrait jouer. Et là encore, si vous considérez qu’il y a là un facteur qui provoque la panne de l’ascenseur social, il faudrait expliquer pourquoi elle n’a pas eu lieu dans les années 1950-60, quand le phénomène que vous décrivez était déjà largement en route.

          [De plus en plus, les gens se marient avec des gens qui ont fait des études comparables. Si bien que les écarts se creusent avec les générations.]

          Même remarque. L’endogamie à chaque niveau social n’est pas un phénomène nouveau.

  9. Lavallée dit :

    Bon, j’ai pour habitude de prendre mes responsabilités et de signer de mon nom, pas d’un pseudo, aussi prestigieux soit-il. Là j’aurais pu faire un pari et prendre Pascal par exemple, mais bon…
    Ce texte me plaît bien et je suis d’autant plus d’accord avec qu’il recoupe ma propre analyse mais en mieux écrit. Visiblement Descartes est un “littéraire” ce qui n’est pas mon cas !
    Toutefois cette analyse a un côté “superficiel” (ce n’est pas le bon terme, mais je n’en trouve là pas d’autre) ou sociétal qui ne prend pas en compte l’analyse marxiste des forces productives.
    J’ai tenté en 2002 d’avertir le Parti sur ce qui émergeait (depuis 30 ans quand même) avec un ouvrage titré Cyber révolution & Perspective Communiste préfacé par J.P. Kahane que j’ai ré-édité, remanié en 2002 en Cyber révolution &Révolution sociale.
    Ton analyse ne pointe pas pourquoi, fondamentalement, au-delà des péripéties géopolitiques (défaîte de l’URSS dans la guerre froide et conséquences), le PCF a faibli dans son analyse de classe Waldeck Rochet avait semnble-t-il senti que ça n’allait pas.
    Nos directions ont quasiment toujours été issues soit du monde ouvrier stricto sensu (Thorez, Duclos, Marty…), soit des sociologues ou philosophes qui ne connaissent la production qu’à travers leurs lunettes universitaires.
    Le Parti se définissait (et il continue malheureusement) comme Le parti de la Classe Ouvrière ! Soit une confusion qui pèse lourd aujourd’hui entre Classe Ouvrière Prolétariat (toi tu ne fais pas cette confusion, j’ai vu) Parti très ouvriériste, le mathématicien que je suis l’a vécu et pas souvent bien.
    Confusion qui a conduit quelques-uns à prendre des distances avec le Parti, pertes énormes qualitativement parlant.
    Permet moi d’y mettre mon grain de sel. Le PCF -ouvriériste- fait confusion entre classe ouvrière et prolétariat, pas grave jusque dans les années 70 environ, ça correspond à peu près.
    Avec la Cyber révolution il y a chamboulement de la façon de produire et DONC de l’organisation de la société. La Classe Ouvrière traditionnelle est, numériquement, en forte diminution et les repères de classe se diluent (les repères, pas le rapport prolétaire) et nous n’avons pas su le mettre en avant, d’où ce que tu décris que Clouscard avait en partie déjà remarqué. Bien sûr tout ça relayé avec la bien-pensance et notre éducation catho “tu ne tueras point” -voir Gaza- et la domination sans partage des séries US et DONC de l’idéologie qu’elles sous-tendent.
    Je ne saurais trop te recommander de lire mon ouvrage -si ce n’est déjà fait- Cyber Révolution et Révolution Sociale
    Ivan Lavallée

    • Descartes dit :

      @ Lavallée

      [Bon, j’ai pour habitude de prendre mes responsabilités et de signer de mon nom, pas d’un pseudo,]

      Vous avez de la chance de travailler dans un domaine où « prendre vos responsabilités en signant de votre nom, pas d’un pseudo » ne risquent pas de vous faire perdre votre boulot. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Alors, soyez un peu bienveillant envers ceux qui, pour pouvoir s’exprimer, doivent se voiler le visage…

      [Ton analyse ne pointe pas pourquoi, fondamentalement, au-delà des péripéties géopolitiques (défaîte de l’URSS dans la guerre froide et conséquences), le PCF a faibli dans son analyse de classe Waldeck Rochet avait semble-t-il senti que ça n’allait pas.]

      Je n’ai pas très bien compris cette remarque. Qu’est ce qui « n’allait pas » et que Waldeck Rochet est censé avoir « senti » ?

      [Le Parti se définissait (et il continue malheureusement) comme Le parti de la Classe Ouvrière ! Soit une confusion qui pèse lourd aujourd’hui entre Classe Ouvrière & Prolétariat (toi tu ne fais pas cette confusion, j’ai vu) Parti très ouvriériste, le mathématicien que je suis l’a vécu et pas souvent bien.]

      Je ne suis pas sûr d’avoir compris correctement, et je m’excuse par avance si ce n’est pas le cas. Mais cette complainte, celle des « intellectuels » se plaignant que le Parti donne la priorité aux demandes, aux préoccupations, aux intérêts des couches populaires, je l’ai entendu mille fois. Comme j’ai entendu mille fois le discours selon lequel le professeur, l’ingénieur, le cadre étaient, eux aussi, des « prolétaires » puisqu’ils étaient « exploités ».

      La question qui vient à l’esprit est : pourquoi, si le professeur, l’ingénieur, le cadre sont des prolétaires, ils soutiennent systématiquement des politiques qui vont à l’opposé des intérêts des prolétaires ? Pourquoi leur prise de pouvoir à l’intérieur des partis issus du mouvement ouvrier s’est traduite par un virage à 180 degrés, par des politiques qui ont détruit systématiquement l’héritage de la Libération et les conquêtes du mouvement ouvrier ?

      J’ai essayé d’expliquer cette contradiction avec ma théorie des « classes intermédiaires », dont les intérêts étaient convergents avec ceux des couches populaires avant de diverger à partir de la fin des années 1960. A ce moment-là, les directions du PCF ont fait le bon choix : elles sont restées du côté des couches populaires, plutôt que de monter dans le bateau des classes intermédiaire. Mais elles n’ont pas su tenir cette ligne, ni empêcher les classes intermédiaires de prendre le pouvoir à l’intérieur du Parti. Avec l’élection de Robert Hue, celles-ci ont eu le champ libre…

      [Confusion qui a conduit quelques-uns à prendre des distances avec le Parti, pertes énormes qualitativement parlant.]

      Je ne vois pas où est la « confusion ». Tant que les intérêts du prolétariat et des classes intermédiaires ont été convergents, les deux ont coexisté au PCF sans grande difficulté. Lorsque leurs intérêts sont devenus divergents, la coexistence est devenue de plus en plus difficile. La direction marchaisienne a choisi plutôt de rester fidèle à la « classe ouvrière », et les intellectuels sont partis en se plaignant de « l’ouvriérisme ». Avec Robert Hue, ils sont revenus à un PCF qui avait adopté la vision des classes intermédiaires… et ce sont les prolétaires qui sont partis. Je ne sais pas laquelle des deux « pertes » était la plus « énorme, qualitativement parlant ». Ce que je sais, en tout cas, c’est que le PCF « ouvriériste » pesait bien plus lourd que le PCF « muté ».

      [Permets-moi d’y mettre mon grain de sel. Le PCF -ouvriériste- fait confusion entre classe ouvrière et prolétariat, pas grave jusque dans les années 70 environ, ça correspond à peu près. Avec la Cyber révolution il y a chamboulement de la façon de produire et DONC de l’organisation de la société.]

      Pour toi, la « cyber-révolution » commence en quelle année ? Franchement, pour que l’introduction des ordinateurs « chamboule la façon de produire », il faut attendre la fin des années 1980. Et pourtant, « ça n’allait pas à peu près » depuis le début des années 1970. Alors, voir dans la cyber-révolution la cause des déboires du PCF…

      [La Classe Ouvrière traditionnelle est, numériquement, en forte diminution et les repères de classe se diluent (les repères, pas le rapport prolétaire) et nous n’avons pas su le mettre en avant, d’où ce que tu décris que Clouscard avait en partie déjà remarqué.]

      « Mettre en avant » quoi ? Je n’ai pas très bien compris ce que tu penses qu’on aurait du « mettre en avant ». Je ne sais pas très bien ce que tu appelles les « repères de classe ». La classe se caractérise par la position qu’elle occupe dans le mode de production. Effectivement, le PCF a fait l’erreur d’oublier ce fait, pour se disperser dans toutes sortes de « luttes » catégorielles et sociétales, en oubliant que l’élément qui structure l’histoire c’est la lutte de classes.

  10. Optimiste réaliste dit :

    Bonjour,
    Je vous lis avec assiduité (commentaires compris). Votre blog fait partie de mes lectures quotidiennes.Je n’ai pas souvent participé, par fainéantise je l’avoue, mais je vais essayer de le refaire plus souvent.
    En voyant cette proposition de loi, j’ai de suite pensé à votre blog.
    https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/reconnaissance_traumatisme_psychique_consequent_vecu_raciste
    Bien entendu, ça émane de LFI, mais par racolage électoral je ne doute pas que d’autres auraient été capables de proposer la même chose. 
    J’ai lu récemment qu’ils ont obligé la ville de Biarritz à rebaptiser le quartier Biarritz La Negresse. Demain, ils qualifieront sûrement Montesquieu de raciste quand ils découvrirons qu’il a écrit un texte contre l’esclavage qui s’intitule : “De l’esclavage des négres”. Un peu comme ils ont fait avec Colbert.
    Etant donné que, de nos jours, être une victime vous donne un statut social plus important que d’avoir fait de grandes choses pour votre pays, je me demandais si il n’y aurait pas intérêt à se déclarer victime de la bêtise ambiante…
     

    • Descartes dit :

      @ Optimiste Réaliste

      [Je vous lis avec assiduité (commentaires compris). Votre blog fait partie de mes lectures quotidiennes. Je n’ai pas souvent participé, par fainéantise je l’avoue, mais je vais essayer de le refaire plus souvent.]

      Il faut, il faut ! Vous savez, ce sont les commentaires qui maintiennent ce blog vivant ! Sans les commentaires, j’aurais arrêté depuis longtemps. Vous savez, se regarder dans le miroir, ça n’a qu’un intérêt très limité…

      [En voyant cette proposition de loi, j’ai de suite pensé à votre blog. (…)]

      Ce n’est pas une proposition de loi, mais un simple projet de résolution. Il serait intéressant de la suivre si un jour elle est débattue en séance pour voir qui sera prêt à la voter…

      Sur le fond, elle mériterait une analyse complète paragraphe par paragraphe. Elle est amusante en ce qu’elle suit le mouvement de mode sur la question de la santé mentale. Ces derniers temps, tout ou presque devient motif à s’interroger sur l’état mental de nos concitoyens. A croire le discours ambiant, l’homme – et la femme, n’oublions pas la femme – du XXIème siècle serait incapable d’élaborer un deuil, un accident de la vie, une frustration sans le secours d’un psychologue. Entre la « charge mentale » des femmes, la perte de virilité des hommes, le harcèlement sur les réseaux sociaux pour les adolescents et maintenant la « charge raciale » pour les « racisés », et Parcoursup pour les parents, la profession psychologique a de beaux jours devant elle. Quand on pense que nos grands parents ont surmonté deux guerres mondiales sans « cellule psychologique »…

      [Bien entendu, ça émane de LFI, mais par racolage électoral je ne doute pas que d’autres auraient été capables de proposer la même chose.]

      On verra qui la votera si un jour elle vient en séance… mais je suis moins pessimiste que vous. J’ai confiance dans le fait que les autres partis ont encore suffisamment le sens du ridicule pour ne pas aller à ce genre d’extrémité.

      [J’ai lu récemment qu’ils ont obligé la ville de Biarritz à rebaptiser le quartier Biarritz La Negresse.]

      C’est bien pire : c’est la Cour administrative d’appel de Bordeaux qui, sur requête d’une association, à décidé que le nom de la « rue de la négresse » était « de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine », et donné un délai à la ville pour changer ce nom. J’aurais été le maire, j’aurais proposé de rebaptiser la rue « rue de la personne de couleur ». Mais le maire a moins d’humour que moi, et proposé « rue de l’Allégresse », j’imagine pour conserver l’euphonie. Maintenant l’affaire est en cassation devant le Conseil d’Etat, on verra ce que dira la haute juridiction…

      [Demain, ils qualifieront sûrement Montesquieu de raciste quand ils découvriront qu’il a écrit un texte contre l’esclavage qui s’intitule : “De l’esclavage des nègres”. Un peu comme ils ont fait avec Colbert.]

      C’est fait : le roman « Dix petits nègres » d’Agatha Christie a été rebaptisé, dans les édition françaises postérieures à 2020 (sur la version anglaise, le changement a eu lieu en 1985), « Ils étaient dix ». Ce qui retire une bonne partie de sa saveur au titre, puisque les meurtres dans le roman suivent la comptine traditionnelle anglaise « ten little niggers », qu’on a réécrit en remplaçant « nègres » par « soldats »… inventant ainsi une comptine qui n’existe pas !

      Par contre, je note que « le juif de Malte » de Christopher Marlowe est toujours aussi juif, tout comme le Shylock du « Marchand de Venise ». Il faut de toute urgence faire quelque chose.

      [Etant donné que, de nos jours, être une victime vous donne un statut social plus important que d’avoir fait de grandes choses pour votre pays, je me demandais si il n’y aurait pas intérêt à se déclarer victime de la bêtise ambiante…]

      Ca va venir, ca va venir…

      • Vinz dit :

        @Descartes
        [Etant donné que, de nos jours, être une victime vous donne un statut social plus important que d’avoir fait de grandes choses pour votre pays, je me demandais si il n’y aurait pas intérêt à se déclarer victime de la bêtise ambiante…]
        Ca va venir, ca va venir…
        Je suis né dans un monde ou la nuance, la métaphore, le second degré et la satire existaient déjà, je serais fort triste que ce “progrès” finisse pas supprimer tout cela. un tel appauvrissement par une lecture systématiquement premier degré aurait des conséquences que j’ai du mal à définir mais digne d’un épisode de “Black Mirror”

  11. gdat13 dit :

    [Un antiracisme qui s’oppose à cette stupide « fierté des origines » qu’on veut nous vendre, tout simplement parce qu’il est tout à fait stupide d’être « fier » de la couleur de votre peau ou de votre lieu de naissance, puisque vous n’avez joué aucun rôle dans leur détermination, et que vous n’avez aucun moyen de les changer.]
    Le grand George Brassens nous a laissé cette magnifique chanson des ‘imbéciles heureux qui sont nés quelque part’. Oui, mais il nous a laissé aussi sa ‘Supplique pour être enterré à la plage de Sète, et il repose au cimetière marin…
    Question : notre anarchiste, libertaire et anti-curés était-il lui aussi une imbécile heureux ?
    Je ne sais pas si c’est de la fierté, mais avec le recul je suis heureux, même si je n’y suis pour rien, de ne pas être né en Corée du nord, en Chine ou même aux USA. Et je suis content, même si là encore je n’y suis pour rien, d’être né au sein d’une civilisation qui a su construire, par exemple, le Mont St Michel. Est-il condamnable d’être fier (ou honteux d’ailleurs) de ce qu’on été nos parents et grands-parents ? On n’y est pour rien là non plus : aucun rôle dans leur détermination, aucun moyen de les changer.
    En dehors des critères couleur de peau, lieu de naissance, Olivier de Kersauson a parlé un jour de la religion, et ses propos me semble tout à fait justes, en tout cas j’y adhère pleinement :
    “…Je suis d’une civilisation judéo-chrétienne.Le catholicisme est la religion des gens qui m’ont élevé(…)de nos familles, de mes frères et soeurs disparus. Ils sont enterrés dans des tombes avec des croix. Même si je ne partage pas tout, j’ai un lien avec ce monde-là. Un lien réel, un lien charnel(…) L’éducation catholique que j’ai reçue m’a permis de discerner la notion de sacré. Que j’ai pu retrouver chez d’autres : l’homme qui a une religion, s’il ne fait pas de prosélytisme et n’est pas agressif, me plaît. La religion consiste quand même à considérer au quotidien qu’on traverse un monde qui nous dépasse. Elle nous ramène à une place cohérente. Voilà pourquoi je n’ai jamais, de ma vie, fait des plaisanteries sur une religion, quelle qu’elle soit. Sinon on fait de la peine à des gens qui ne peuvent pas se défendre. Qui ont un attachement fort.”

    • Descartes dit :

      @ gdat13

      [Le grand George Brassens nous a laissé cette magnifique chanson des ‘imbéciles heureux qui sont nés quelque part’. Oui, mais il nous a laissé aussi sa ‘Supplique pour être enterré à la plage de Sète, et il repose au cimetière marin… Question : notre anarchiste, libertaire et anti-curés était-il lui aussi un imbécile heureux ?

      Non. Vous noterez que dans sa « Supplique… » Brassens ne fait nulle mention du fait que Sète est sa ville natale. Les seules raisons qu’il mentionne dans son poème pour justifier son souhait, c’est la tranquillité et la beauté du lieu, et le fait d’y avoir vécu sa « prime amourette ». La naissance, l’origine ne jouent aucun rôle dans le texte, pas plus que la « fierté ». On peut ne pas partager les choix anarchistes du poète – c’est mon cas – mais on ne peut pas nier qu’il a été cohérent jusqu’au bout.

      [Je ne sais pas si c’est de la fierté, mais avec le recul je suis heureux, même si je n’y suis pour rien, de ne pas être né en Corée du nord, en Chine ou même aux USA.]

      Là, c’est une fierté négative… a quand les T-Shirs « fier de NE PAS ETRE (mettez ici le gentilé que vous préférez) ». Mais ne confondez pas fierté et bonheur. Il est parfaitement légitime d’être heureux de tel ou tel accident de la vie, sur lequel on n’a aucun contrôle. Je suis heureux qu’il fasse beau aujourd’hui, et c’est normal. Mais être « fier » qu’il fasse beau, alors que je n’ai aucun contrôle sur le temps qu’il fait…

      [Est-il condamnable d’être fier (ou honteux d’ailleurs) de ce qu’on été nos parents et grands-parents ? On n’y est pour rien là non plus : aucun rôle dans leur détermination, aucun moyen de les changer.]

      Au risque de me répéter, ce qu’on présente ici comme « fierté des origines » est en fait une « fierté » des choix que nous avons fait pour prolonger ces origines. Être fier d’avoir des ancêtres qui ont construit le Mont Saint Michel n’a de sens que si on se pose en continuateur de ces ancêtres. Et dans ce choix, on y est pour quelque chose.

      [En dehors des critères couleur de peau, lieu de naissance, Olivier de Kersauson a parlé un jour de la religion, et ses propos me semble tout à fait justes, en tout cas j’y adhère pleinement :
      “…Je suis d’une civilisation judéo-chrétienne.Le catholicisme est la religion des gens qui m’ont élevé(…)de nos familles, de mes frères et soeurs disparus. Ils sont enterrés dans des tombes avec des croix. Même si je ne partage pas tout, j’ai un lien avec ce monde-là. Un lien réel, un lien charnel(…) L’éducation catholique que j’ai reçue m’a permis de discerner la notion de sacré. Que j’ai pu retrouver chez d’autres : l’homme qui a une religion, s’il ne fait pas de prosélytisme et n’est pas agressif, me plaît. La religion consiste quand même à considérer au quotidien qu’on traverse un monde qui nous dépasse. Elle nous ramène à une place cohérente. Voilà pourquoi je n’ai jamais, de ma vie, fait des plaisanteries sur une religion, quelle qu’elle soit. Sinon on fait de la peine à des gens qui ne peuvent pas se défendre. Qui ont un attachement fort.”]

      Des propos très justes, en effet. Surtout si on donne au mot « religion » un sens extensif, c’est-à-dire, si on accepte qu’il existe des « religions laïques », comme le républicanisme ou le communisme. Le seul point qui me gêne, c’est celui de la plaisanterie. Pourquoi la plaisanterie devrait-elle « faire de la peine » ?

      • gdat13 dit :

        08/04/2026 – 22h20
        [Brassens ne fait nulle mention du fait que Sète est sa ville natale. Les seules raisons qu’il mentionne dans son poème pour justifier son souhait, c’est la tranquillité et la beauté du lieu, et le fait d’y avoir vécu sa « prime amourette ».]
        Brassens est né à Sète, il a connu la tranquillité et la beauté du lieu parce qu’il y a vécu les vingt premières années de sa vie et il a voulu être enterré à Sète. Mais, effectivement, comme dans sa chanson il ne dit pas précisément qu’il est originaire de Sète, c’est en quelque sorte une coïncidence. Mes excuses, je n’y avais pas pensé.

        [Le seul point qui me gêne, c’est celui de la plaisanterie. Pourquoi la plaisanterie devrait-elle « faire de la peine » ?]
         
        Et bien je ne ferai pas une plaisanterie sur les mongoliens devant des parents d’un mongolien parce que je pense que cela ferait de la peine. Ma tante était très religieuse, je l’aimais beaucoup et, bien que je n’ai jamais eu beaucoup de sens religieux, il ne me serait pas venu à l’idée de lui faire en plaisantant, justement sur ce sujet, de la peine. Comme disait Desproges : « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ». Cela me semble très juste, mais là aussi je peux me tromper.
         

        • Descartes dit :

          @ gdat13

          [Brassens est né à Sète, il a connu la tranquillité et la beauté du lieu parce qu’il y a vécu les vingt premières années de sa vie et il a voulu être enterré à Sète.]

          Mais quel rapport avec la « naissance » ? S’il était né à Paris, Lyon ou Marseille et que ses parents avaient déménagé à Sète lorsqu’il avait six mois, il aurait « connu la tranquillité et la beauté du lieu » tout autant. C’est là mon point : la naissance n’est rien ou presque, ce que nous sommes, c’est le produit des expériences, des contacts et des échanges, de ce que nous ont transmis nos ancêtres, nos amis, nos institutions, et bien entendu, des choix que nous avons fait.

          [« Le seul point qui me gêne, c’est celui de la plaisanterie. Pourquoi la plaisanterie devrait-elle « faire de la peine » ? » Et bien je ne ferai pas une plaisanterie sur les mongoliens devant des parents d’un mongolien parce que je pense que cela ferait de la peine. Ma tante était très religieuse, je l’aimais beaucoup et, bien que je n’ai jamais eu beaucoup de sens religieux, il ne me serait pas venu à l’idée de lui faire en plaisantant, justement sur ce sujet, de la peine. Comme disait Desproges : « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ». Cela me semble très juste, mais là aussi je peux me tromper.]

          C’est moins le « n’importe qui » que le « n’importe comment ». Une plaisanterie n’est pas forcément méchante, pensez aux innombrables « blagues juives » que les juifs sont les premiers à raconter. Pensez à un film comme « la vie est belle ». Pensez-vous qu’il puisse offenser ou peiner les anciens déportés ?

          C’est là une question d’intelligence. Une plaisanterie intelligente ne blesse jamais, parce qu’elle tient justement compte de la situation de celui qui l’entend. Quant aux plaisanteries au sujet de la religion, c’est de la bouche d’un jésuite que j’ai entendu les meilleures…

  12. Did dit :

    Le FN/RN a repris les valeurs républicaines parce que ses électeurs sont devenus de plus en plus souvent des ouvriers des régions qui ont porté la révolution française. La gauche, ayant perdu sa composante universaliste qu’était le parti communiste, s’est limitée à la sociale-démocratie, produit des régions contre-révolutionnaires. Ces régions ont fini par imposer de plus en plus leur idéologie inégalitaire et on se rapproche d’un nazisme de gauche. Des gens d’origine européenne enseignent le mépris et la haine du Blanc aux Noirs et aux gens comme les Arabes. Je ne crois pas que ce résultat résulte d’un choix conscient, le RN va arriver au pouvoir si les classes intermédiaires n’instaurent pas une dictature, nous allons à la guerre raciale avec des gauchistes haïs ou méprisés par tout le monde.
                 Votre universalisme ne vous aveugle-t’il pas quelquefois? Les Bretons et les Occitans ont des mentalités différents de celle des gens du bassin parisien. Ces mentalités différentes sont illustrées par des taux de natalité régionaux divergents et en relation au vote de la région. Vous avez un taux de natalité spécifique aux régions qui votent à gauche, un autre pour celles qui sont centristes, le bassin parisien a un taux de natalité encore différent pour les Français d’origine européenne et vote droite et RN.

    • Descartes dit :

      @ Did

      [Le FN/RN a repris les valeurs républicaines parce que ses électeurs sont devenus de plus en plus souvent des ouvriers des régions qui ont porté la révolution française. La gauche, ayant perdu sa composante universaliste qu’était le parti communiste, s’est limitée à la sociale-démocratie, produit des régions contre-révolutionnaires.]

      Oui… et non. Votre explication rappelle la formule classique : « pourquoi votre fille ne parle pas ? Parce qu’elle est muette ». Oui, le FN/RN a repris un certain nombre de discours traditionnellement tenus par la gauche parce que son électorat recouvre aujourd’hui des secteurs qui votaient autrefois à gauche. Mais pourquoi cet électorat a changé ? Qu’est-ce qui a fait que le RN/FN touche aujourd’hui cet électorat ?

      Pour reprendre une formule de Marine Le Pen elle-même, si le RN/FN a pu reprendre un certain nombre de drapeaux à la gauche, c’est d’abord parce que la gauche les a laissé tomber. Il n’y a pas eu de combat entre le PCF ou le PS d’une part et le FN/RN d’autre part pour séduire l’électorat ouvrier. Le PCF et le PS ont abandonné cet électorat bien avant que le FN/RN ne songe à s’adresser à lui.

      [Ces régions ont fini par imposer de plus en plus leur idéologie inégalitaire et on se rapproche d’un nazisme de gauche. Des gens d’origine européenne enseignent le mépris et la haine du Blanc aux Noirs et aux gens comme les Arabes. Je ne crois pas que ce résultat résulte d’un choix conscient, le RN va arriver au pouvoir si les classes intermédiaires n’instaurent pas une dictature, nous allons à la guerre raciale avec des gauchistes haïs ou méprisés par tout le monde.]

      Je ne crois pas qu’on en soit là. Plus que vers une « guerre raciale », on va surtout vers une société qui tournerait le dos à la promesse républicaine en acceptant fragmentation à l’américaine, où chaque communauté « ethnique » se replie sur son « territoire », et où la politique se réduit à une compétition entre les communautés pour la répartition des ressources.

      [Votre universalisme ne vous aveugle-t ’il pas quelquefois ? Les Bretons et les Occitans ont des mentalités différentes de celle des gens du bassin parisien. Ces mentalités différentes sont illustrées par des taux de natalité régionaux divergents et en relation au vote de la région.]

      Je ne suis pas sûr d’avoir compris le sens de votre remarque. Je ne vois pas très bien en particulier ce que vous mettez dans le terme « mentalité ». Le taux de natalité dépend d’un grand nombre de paramètres, dont un grand nombre sont objectifs – disponibilité des logements, accès aux services publics, notamment éducatifs et sanitaires, structure de l’emploi. Comment dans ces conditions lier les taux de natalité aux seules « mentalités » ?

      L’universalisme ne consiste certainement pas à nier qu’il y ait des spécificités régionales, locales, et même individuelles – parce que, contrairement à ce que vous semblez penser, TOUS les Bretons n’ont pas la même « mentalité ». Ce serait absurde. Non, ce que l’universaliste dit, c’est que ces différences ne justifient pas que les gens aient des droits différents. L’universaliste dit qu’au-delà de nos spécificités – quelles qu’elles soient – nous sommes, en tant qu’être humains, soumis à certains devoirs et titulaires de certains droits qui, EUX, sont les mêmes pour tous.

  13. Claustaire dit :

    Deux notions à creuser, peut-être, celle d’avant-garde et celle d’armée, laquelle sait/saurait mieux que l’autre le combat à mener et où, comment le mener ? 
    Comment une armées d’aliénés (cf. Marx) pourrait-elle savoir quel combat mener ? 
    Pourquoi avant-garde et troupes ont-elles été si souvent distinguées, voire opposées, dans de nombreuses constructions théoriques ?
    Quel rôle joueraient (ne joueraient plus) les “classes intermédiaires” dans cette éventuelle dialectique ou complémentarité ?
     
     
    Intéressante (quoique paradoxale) notion, celle d’exploité mais pas victime : Parce que l’exploité peut triompher de son exploiteur, là où un “racisé” (issu d’un peuple de victimes ontologiques) ne pourrait qu’être condamné à vie pour être né au mauvais endroit ou dans la mauvaise peau ?
     

    • Descartes dit :

      @ Claustaire

      [Deux notions à creuser, peut-être, celle d’avant-garde et celle d’armée, laquelle sait/saurait mieux que l’autre le combat à mener et où, comment le mener ? Comment une armée d’aliénés (cf. Marx) pourrait-elle savoir quel combat mener ?]

      C’est pourquoi l’image du « parti d’avant-garde » m’a toujours paru réductrice. La fonction du parti révolutionnaire, c’est d’abord de s’attaquer justement à l’aliénation, de donner à « l’armée des aliénés » les instruments qui lui permettent de dépasser cette aliénation. Si « l’avant-garde » se contente d’avancer, elle finira par se retrouver toute seule, parce qu’il n’y a aucune raison que « l’armée d’aliénés » la suive. C’est d’ailleurs ce qui arrive régulièrement aux gauchistes…

      [Pourquoi avant-garde et troupes ont-elles été si souvent distinguées, voire opposées, dans de nombreuses constructions théoriques ?]

      Précisément pour la raison que vous signalez : pour pouvoir faire la révolution, schématiquement parlant, il faut que le prolétariat dépasse son aliénation. Mais cela ne peut pas se faire magiquement. Il faut donc un groupe agissant de prolétaires – éventuellement soutenus par des gens venus à titre individuel des autres groupes sociaux – qui aient eux-mêmes dépassé l’aliénation. Ce groupe se conçoit comme une « avant-garde » au sens que son ambition est que le chemin qu’elle a parcouru pour dépasser l’aliénation soit ensuite parcouru par le gros de l’armée. Autrement dit, c’est une « avant-garde » au sens qu’elle précède l’armée qui la suit. Et non pas, comme on l’interprète trop souvent, parce qu’elle « guiderait » les autres.

      [Quel rôle joueraient (ne joueraient plus) les “classes intermédiaires” dans cette éventuelle dialectique ou complémentarité ?]

      Ma théorie est que les classes intermédiaires ont leur propre intérêt de classe. A l’époque où cet intérêt convergeait – ou du moins était compatible – avec celui des couches populaires, elles mettaient leur « capital immatériel » au service de cette convergence. Lorsque ces intérêts ont divergé, les classes intermédiaires ont repris leurs billes. Ce n’est pas un hasard si dans les années 1950 une bonne partie du monde universitaire militait dans ou accompagnait les partis « ouvriers » (PCF en tête), et qu’aujourd’hui il se consacre plutôt aux combats « sociétaux » qui intéressent les classes intermédiaires.

      [Intéressante (quoique paradoxale) notion, celle d’exploité mais pas victime : Parce que l’exploité peut triompher de son exploiteur, là où un “racisé” (issu d’un peuple de victimes ontologiques) ne pourrait qu’être condamné à vie pour être né au mauvais endroit ou dans la mauvaise peau ?]

      Ce n’est pas tout à fait ça. L’exploitation est la conséquence d’une organisation économique, elle traduit un conflit dans la répartition des biens produits. C’est là un conflit d’intérêt, dans lequel les deux parties au conflit ont leur « raison » d’agir, et qui existe en dehors de toute considération morale, et qui crée un rapport de forces. Et ce conflit peut être dépassé par un changement de l’organisation économique.

      La « victime », elle, est le jouet de forces irrationnelles – au sens qu’elles n’ont aucun intérêt raisonnable à agir. Il n’y a donc pas de négociation, pas de dépassement possible. La « victime » est condamnée à son statut parce que celui-ci dérive de la volonté des dieux, qui l’ont mis au mauvais endroit au mauvais moment, qui lui donné le mauvais sexe ou la mauvaise couleur de peau.

      Pensez par exemple au “racisme”: quelle est la motivation du “raciste” ? Pourquoi envoie-t-il des lettres d’insultes à Bagayoko ? Qu’à-t-il à y gagner ? Personne à ma connaissance ne pose la question en ces termes. Le raciste est raciste… parce qu’il est raciste. C’est presque son “essence”. Sa réaction est épidermique, instinctive, et ne peut donc être éduquée, seulement réprimée.

      • Bob dit :

        @ Descartes
         
        [Le raciste est raciste… parce qu’il est raciste. C’est presque son “essence”. Sa réaction est épidermique, instinctive, et ne peut donc être éduquée, seulement réprimée.]
         
        J’ai un doute sur l’intéprétation à donner à votre remarque. Pensez-vous que le raciste l’est par nature, par essence ou qu’il l’est devenu au gré des expériences de vie, d’un environnement qu’il juge hostile ?

        • Descartes dit :

          @ Bob

          [« Le raciste est raciste… parce qu’il est raciste. C’est presque son “essence”. Sa réaction est épidermique, instinctive, et ne peut donc être éduquée, seulement réprimée. » J’ai un doute sur l’interprétation à donner à votre remarque. Pensez-vous que le raciste l’est par nature, par essence ou qu’il l’est devenu au gré des expériences de vie, d’un environnement qu’il juge hostile ?]

          Je n’ai peut-être pas été assez clair. J’essayais de décrire la vision que nos nouveaux « antiracistes » ont de ce qu’est un raciste, et non pas d’exposer MA vision sur la question.

          Personnellement, je pense qu’il non pas UN racisme, mais plusieurs racismes, chacun avec sa dynamique propre. Il y a un racisme qui a un fondement économique, qui permet à une population d’asservir sans complexe une autre. C’était par exemple celui qui fondait l’apartheid en Afrique du Sud. Il y a un racisme qu’on pourrait qualifier de « populaire », et qui est une réaction lorsqu’une population est obligée de coexister avec une population étrangère qui n’accepte pas d’adopter son cadre de référence, de respecter les coutumes et pratiques locales. Il y a encore une forme de racisme intellectuel à penser que les « racisés » ont un rôle rédempteur, et que leur « race » leur donne des droits particuliers. Penser qu’on peut combattre ces différents types de racisme avec les mêmes instruments me semble une absurdité.

          Donc, pour répondre à la votre question, je pense que le raciste ne l’est pas « par essence », au, qu’il l’est toujours devenu comme résultat d’un processus qui a sa logique propre. Et qu’il est important de comprendre cette logique pour combattre une forme de racisme particulière.

  14. Bob dit :

    @ Descartes
     
    [Rima Hassan parle d’élire « des gens qui nous ressemblent »]
     
    Ce faisant, Rima Hassan a un comportement ouvertement… raciste pour le coup.

  15. Glarrious dit :

    [Si les dirigeants de LFI s’affichent volontiers lors de la rupture du jeûne du Ramadan, rares sont ceux qui font de même pour le nouvel an chinois. Et ce n’est pas surprenant : le discours « victimiste » a beaucoup moins de prise dans une communauté dont le rapport aux institutions – et notamment à l’école – est beaucoup plus positif.]
     
    C’est surtout une communauté qui n’est pas nombreuse et donc pas intéressant au niveau électoral. Au contraire des musulmans qui sont des millions du fait de l’invasion migratoire.

    • Descartes dit :

      @ Glarrious

      [C’est surtout une communauté qui n’est pas nombreuse et donc pas intéressant au niveau électoral. Au contraire des musulmans qui sont des millions du fait de l’invasion migratoire.]

      Au niveau national, c’est une communauté peu nombreuse. Mais elle est très concentrée, et dans certaines circonscriptions – je pense par exemple au 13ème arrondissement de Paris, elle pourrait faire l’élection…

  16. Glarrious dit :

    [C’est un contraire un vieux routier de la politique locale, formé au PCF et membre signalé de la mafia Braouezec-Paillard, qui s’était taillé un fief à Saint-Denis sous le règne du père UbHue. Bagayoko est élu pour la première fois conseiller municipal sur la liste « communiste » (guillemets indispensables) de Patrick Braouezec en 2001, et sera conseiller municipal sans interruption – 19 ans, ce n’est pas rien – jusqu’en 2020, adjoint au maire sous Braouezec, et le restera sous ses successeurs Paillard et Russier]
     
    Que vous avez une dent contre le “père UbHue” je peux comprendre mais en quoi Braouezec-Patrick méritent-ils d’être traiter de mafieux ? Est-ce que vous pointez la gestion de Saint-Denis de mafieux ?

    • Descartes dit :

      @ Glarrious

      [Que vous avez une dent contre le “père UbHue” je peux comprendre mais en quoi Braouezec-Patrick méritent-ils d’être traiter de mafieux ? Est-ce que vous pointez la gestion de Saint-Denis de mafieux ?]

      Vous avez bien compris je pense que j’utilise ici le terme “mafieux” au sens métaphorique du terme. Je n’affirme nullement que Braouezec et sa clique aient violé le code pénal – en tout cas, pas plus que la moyenne des élus d’Ile de France – ou qu’ils aient coulé dans le béton leurs concurrents. Pour autant que je sache, sa gestion de la ville de Saint Denis ne mérite pas de reproche particulier. Par contre, il y aurait beaucoup à dire sur la manière dont la “bande à Braouezec” a crée un système de clientélisme qui lui a permis de s’affranchit des règles de fonctionnement du PCF, de se comporter en véritable satrape, de s’asseoir sur le vote des militants en jouant de la bienveillance du PS (qui a fini par le trahir, d’ailleurs).

  17. Vinz dit :

    Bonjour Descartes,
    Croyez le ou non, mais en lisant votre article la télé étant allumée, elle diffusait le film “tout simplement noir” de JP Zadi. Une illustration bienvenue de la fragmentation basée sur la souffrance qui me permet de conclure que sans une structure politique universaliste et solide, l’individu est broyé, peu importe la couleur de son t-shirt militant. Le film ne parle pas de la récupération qui est faite par le politique mais le triomphe du statu quo par l’émiettement des luttes est bien là.

     

    • Descartes dit :

      @ Vinz

      [Croyez le ou non, mais en lisant votre article la télé étant allumée, elle diffusait le film “tout simplement noir” de JP Zadi.]

      Je n’ai pas vu le film, mais on m’en a beaucoup parlé. De ce que j’ai compris, le film montre la difficulté de définir une identité collective fondée sur le fait ethnique, tout simplement parce que l’être humain n’est pas réductible à son appartenance ethnique. C’est là la base de mon analyse: la structure de “classe”, c’est à dire, d’un groupe qui partage une position dans le mode de production, n’est pas généralisable à n’importe quel autre groupe partageant un même caractère (sexuel, ethnique, origine, etc.). Parce que la contradiction qui fonde les classes sociales (et fait que leurs membres partagent un intérêt commun) est STRUCTURELLE, alors que les autres ne le sont pas. C’est là la grande faiblesse des “prolétariats alternatifs”…

  18. Rogers dit :

    Bonjour René, 
    Avez-vous lu, sur cette question, le livre de Florian Gulli , l antiracisme trahi? Je le trouve très juste et rigoureux 
    Cordialement 

    • Descartes dit :

      @ Rogers

      [Avez-vous lu, sur cette question, le livre de Florian Gulli , l antiracisme trahi? Je le trouve très juste et rigoureux]

      Non, je ne le connaissais pas, je le mets dans ma liste de lectures…

  19. François GRINAND dit :

    A l’attention de gdat13,
    Le grand George Brassens nous a laissé cette magnifique chanson des ‘imbéciles heureux qui sont nés quelque part’. Oui, mais il nous a laissé aussi sa ‘Supplique pour être enterré à la plage de Sète, et il repose au cimetière marin…”
    Georges Brassens repose au cimetière le Py, face à l’étang de Thau à deux pas du musée, appelé en langue post-moderne “espace”, qui porte son nom.Paul Valéry entre autres, repose au cimetière marin.
    Brassens par ailleurs, dans une interview d’avant concert à Tournai, visible sur le net, dit se sentir chez lui en Belgique. Et, quel bizarre hasard -aurait dit son copain Boby Lapointe- la vidéo commence par la Ballade des gens qui sont nés quelque part…

  20. Glarrious dit :

    [ Ceux qui en 1968 ont essayé d’usurper le rôle de défenseurs du prolétariat et ont goûté en retour à la puissance de la CGT ou du PCF ont bien compris qu’il était beaucoup moins dangereux de parler au nom des taulards, des femmes, des sans-papiers ou des enfermés psychiatriques.]
     
    Vous ne craignez pas que ces derniers (surtout les musulmans) s’organisent et font dégager les bobo blancs ? J’imagine que vous avez vu les passations de pouvoir dans les mairies où LFI à gagner (Saint-Denis, La Courneuve, Creil etc…). Quand on voit comment on était traité les maires sortants (lynchage, intervention de la police).

    • Descartes dit :

      @ Glarrious

      [Vous ne craignez pas que ces derniers (surtout les musulmans) s’organisent et font dégager les bobo blancs ?]

      Absolument pas. Certains voient dans les immigrants musulmans une sorte d’armée, avec une vision, une idéologie, un objectif partagé. Mais pour moi cette vision n’a aucun rapport à la réalité. D’une part, parce que les migrants forment un ensemble très hétérogène. Et d’autre part, parce que leurs descendants sont victimes d’un phénomène d’acculturation. Ils ne sont pas tout à fait des citoyens de leur pays d’origine, et le fait communautaire les empêche de devenir des citoyens à part entière. Vous noterez que toutes les tentatives d’auto organisation politique ont jusqu’ici échoué lamentablement…

      [J’imagine que vous avez vu les passations de pouvoir dans les mairies où LFI à gagner (Saint-Denis, La Courneuve, Creil etc…). Quand on voit comment on était traité les maires sortants (lynchage, intervention de la police).]

      Mais cela tient plus au sectarisme de LFI qu’a une quelconque composante « ethnique ». L’exemple de Bagayoko est peut-être le plus révélateur. Au-delà de sa couleur de peau, c’est un vieux routier formé dans le « communisme municipal ». Il a compris qu’aujourd’hui, avec l’importation des idéologies communautaristes, sa couleur de peau est un atout et il ne joue sans vergogne. Mais de là à imaginer que son élection marque la prise du pouvoir par une « communauté », il y a un pas qu’il est imprudent de franchir.

  21. cdg dit :

    Vous faites quand meme une sacree reecriture de mai 68.
    “liberal libertaire” : Les manifestants etaient en aucun cas liberaux ! La reference de l epoque etait Mao ou Che Guevara, pas franchement des liberaux (que ca soit au niveau politique ou economique)
    Quant aux legislatives ayant suivi 1968, c est un peu juste de dire que les gaullistes ont vaincu a cause des desordres. Car s il y avait eut adhesion au PCF de l epoque c est lui qui aurait gagné, pas la droite (car De Gaulle etait quand meme de droite)
    En ce qui concerne la derive vers la race de Melanchon, il ne fait qu appliquer que ce preconisait Terra Nova (le think tank du PS can Melanchon en etait membre). Malheureusement pour Melanchon il est trop vieux pour que sa strategie le porte au pouvoir, l electorat “racisé” bien qu en croissance rapide n est pas encore assez nombreux
     
    PS: les mutations sociales font que la classe ouvriere telle que definit par les marxiste est numeriquement en regression (desindustrialisation et automatisation) donc assez logiquement les partis vont chercher des electeurs ailleurs. Le phenomene existe ailleurs : vous n avez plus de parti qui s affiche ouvertement comme catholique ou pro paysan comme le fut le RPR de chirac
     

    • Descartes dit :

      @ cdg

      [Vous faites quand meme une sacree reecriture de mai 68. “liberal libertaire” : Les manifestants etaient en aucun cas liberaux ! La reference de l epoque etait Mao ou Che Guevara, pas franchement des liberaux (que ca soit au niveau politique ou economique)]

      Au-delà des références discursives, le gros du mouvement était séduit d’abord par une forme d’anarchisme dont Cohn-Bendit est devenu le symbole, celui du « il est interdit d’interdire » et du « jouissons sans entraves ». Et ce n’est pas une coïncidence si même ceux qui se sont affichés comme maoïstes – ce qui n’est pas, je vous l’accorde, une référence libérale – se sont rapidement retrouvés dans les think-tanks néolibéraux, à l’image d’un Glucksman. Je veux bien vous accorder que le discours de mai 1968 n’empruntait guère aux références libérales. Mais la pratique, elle…

      [Quant aux legislatives ayant suivi 1968, c est un peu juste de dire que les gaullistes ont vaincu a cause des desordres. Car s il y avait eut adhesion au PCF de l epoque c est lui qui aurait gagné, pas la droite (car De Gaulle etait quand meme de droite)]

      Comment expliquez-vous la différence des résultats entre les législatives de 1968, avec les gaullistes à 48%, et celles de 1967, ou les gaullistes font 11 points de moins ? Qu’est ce qui a fait changer les électeurs d’avis, outre les « désordres » ? Vous savez bien que la demande d’ordre bénéficie toujours au gouvernement en place, lorsque celui-ci se montre ferme…

      [PS: les mutations sociales font que la classe ouvriere telle que definit par les marxiste est numeriquement en regression (desindustrialisation et automatisation) donc assez logiquement les partis vont chercher des electeurs ailleurs.]

      La classe ouvrière « telle que définie par les marxistes » se caractérise par le fait qu’une partie de la valeur qu’elle produit par son travail est confisquée, autrement dit, par l’exploitation. Pensez-vous qu’il y ait beaucoup moins d’exploités aujourd’hui qu’hier ? Que deviennent-ils ?

  22. Tythan dit :

    Cher Descartes, 
    Je me permets, après avoir vu votre échange avec gdat13, de réagir lorsque vous dites ceci :
    “Un antiracisme qui s’oppose à cette stupide « fierté des origines » qu’on veut nous vendre, tout simplement parce qu’il est tout à fait stupide d’être « fier » de la couleur de votre peau ou de votre lieu de naissance, puisque vous n’avez joué aucun rôle dans leur détermination, et que vous n’avez aucun moyen de les changer
    Lorsque vous dites cela, cela ne me surprend pas puisque je connais vos orientations politiques et votre idéologie, mais cela m’afflige profondément.La fierté de ses origines n’est pas quelque chose que quelqu’un d’indéfini chercherait à vendre aux petits Français, c’est un sentiment que je conçois comme naturel et que personnellement j’inculque à mes enfants, en revendiquant le faire. A mon avis, vous inversez les choses : bien sûr que le corps abritant l’âme chaque être humain est pour lui une donnée, conditionnant son existence , et que par exemple je suis né dans un corps d’un homme européen aux gènes caractéristiques de la France du Nord tandis que ce n’est pas votre cas. Mais en revanche, pour l’immense majorité d’entre nous et depuis la liberté de choix de son conjoint, notre existence est le résultat d’un acte d’amour de nos parents. Et encore auparavant, même sans cette liberté, l’immense majorité, hors les cas pathologiques de viols, était le résultat d’un acte d’union volontaire entre ses parents, de perpétuer cette pulsion de vie qui dépasse très largement notre espèce.Chaque Français est le fruit d’une histoire personnelle, le fruit de centaines d’ancêtres que l’on peut facilement retrouver pour les Français de souche puisque l’état civil est fiable jusqu’au 16ème siècle en France. Tous ces ancêtres, à la vie pour la plupart d’entre nous (c’est mon cas) anonymes ont participé à l’édification du pays dont nous sommes tous, descendants des Français de souche comme Français de branche, les dépositaires.C’est dans cette mesure que je pense être légitimement fier d’être le compatriote de nos grands dirigeants du passé dont je ne suis évidemment pas le descendant, sachant que certains avaient des origines très largement étrangères (tous nos rois, mais Mazarin par exemple, n’était pas Français, et Napoléon lui-même, le plus grand Français de tous les temps, était originaire d’un pays qui n’était pas Français au moment de sa naissance).Je conçois que ce sentiment puisse être moins naturel pour les Français de branche, mais en revanche je ne peux pas m’empêcher de considérer votre propos comme une attaque non seulement à l’égard de l’ensemble des Français qui nous ont précédé, mais aussi comme une attaque personnelle, puisque cette histoire est inscrit dans mes gènes. Et je ne comprends d’ailleurs pas ces Français qui ne sont pas fiers de leur pays et y vois le résultat du gauchisme que je sais que par ailleurs vous fustigez.A mon avis, c’est quelque chose de très profond et de très important, mais c’est l’une des raisons qui expliquent ce pour quoi je considère que le projet communiste est un projet absolument voué à l’échec : quand vous niez ce sentiment si naturel et si instinctif, vous donnez raison au gauchisme sur le fond.

    • Descartes dit :

      @ Tythan

      [Lorsque vous dites cela, cela ne me surprend pas puisque je connais vos orientations politiques et votre idéologie, mais cela m’afflige profondément. La fierté de ses origines n’est pas quelque chose que quelqu’un d’indéfini chercherait à vendre aux petits Français, c’est un sentiment que je conçois comme naturel et que personnellement j’inculque à mes enfants, en revendiquant le faire.]

      Je pense que vous n’avez pas compris mon raisonnement. Je trouve absurde d’être « fier » de quelque chose dans laquelle on n’a eu aucune part. Mais la « fierté des origines » peut être comprise de deux manières. On peut l’interpréter comme une fierté « passive », qui consiste à éprouver de la « fierté » par personne interposée pour de œuvres dans lesquelles nous n’avons aucune part, mais on peut aussi voir une forme « active » dans l’individu qui, en endossant cet héritage, fait le choix d’en être le continuateur. Et dans ce cas, la fierté est un sentiment parfaitement légitime, puisqu’il dérive du choix volontaire d’accepter la contrainte que faire vivre cet héritage implique.

      J’ai du mal à imaginer, vous connaissant un peu, que vous transmettiez à vos enfants la version « passive » de cette fierté…

      [A mon avis, vous inversez les choses : bien sûr que le corps abritant l’âme chaque être humain est pour lui une donnée, conditionnant son existence , et que par exemple je suis né dans un corps d’un homme européen aux gènes caractéristiques de la France du Nord tandis que ce n’est pas votre cas. Mais en revanche, pour l’immense majorité d’entre nous et depuis la liberté de choix de son conjoint, notre existence est le résultat d’un acte d’amour de nos parents. Et encore auparavant, même sans cette liberté, l’immense majorité, hors les cas pathologiques de viols, était le résultat d’un acte d’union volontaire entre ses parents, de perpétuer cette pulsion de vie qui dépasse très largement notre espèce.]

      C’était bien mon point. Si vous prenez l’acte d’amour qui nous a produit, c’est le choix de nos parents et ce sont eux qui peuvent légitimement en être « fiers », pas nous. Notre fierté ne devient légitime que parce que, comme vous le dites vous-même, nous faisons le choix personnel « de perpétuer cette pulsion de vie ». Si nous nous contentions d’une fierté passive, elle serait à mon sens ridicule.

      [Chaque Français est le fruit d’une histoire personnelle, le fruit de centaines d’ancêtres que l’on peut facilement retrouver pour les Français de souche puisque l’état civil est fiable jusqu’au 16ème siècle en France.]

      Mais quid des autres. Pourquoi moi, qui ne peut tracer des ancêtres français, je puis quand même être fier d’être le « produit » d’un Richelieu, d’un Colbert, d’un Napoléon, d’un Robespierre ? Parce que j’ai fait le CHOIX de perpétuer leur action, et donc d’assumer la responsabilité qui va avec. Encore une fois, pour que le sentiment de fierté ait un sens, il doit reposer sur un choix personnel. Vous pouvez avoir trente générations d’ancêtres français, si vous ne faites pas le choix de continuer leur œuvre, vous perdez le droit d’en être « fier »…

      [Tous ces ancêtres, à la vie pour la plupart d’entre nous (c’est mon cas) anonymes ont participé à l’édification du pays dont nous sommes tous, descendants des Français de souche comme Français de branche, les dépositaires.]

      Mais nous en sommes les dépositaires par CHOIX, et non par ESSENCE. On peut être naturalisé et patriote, on peut avoir trente générations d’ancêtres dans ce pays et les renier quand même.

      [Je conçois que ce sentiment puisse être moins naturel pour les Français de branche, mais en revanche je ne peux pas m’empêcher de considérer votre propos comme une attaque non seulement à l’égard de l’ensemble des Français qui nous ont précédé, mais aussi comme une attaque personnelle, puisque cette histoire est inscrite dans mes gènes.]

      J’espère que la clarification que j’ai apporté ci-dessus vous montrera qu’il n’en est rien. Ce que je conteste, c’est cette idée que l’histoire soit « inscrite dans vos gènes ». Il n’y a pas de transmission génétique de l’histoire. Elle vous a été transmise par les institutions – par la famille, par l’école, etc. – et à un moment vous avez fait le choix de l’assumer comme étant la vôtre, et éprouvé l’envie de la continuer. C’est ce choix qui rend votre fierté légitime, qui ne fait pas de vous un « imbécile heureux » qui se contente « d’être né quelque part ».

      [Et je ne comprends d’ailleurs pas ces Français qui ne sont pas fiers de leur pays et y vois le résultat du gauchisme que je sais que par ailleurs vous fustigez.]

      Le gauchisme ne mérite ni cet excès d’honneur, ni cette indignité. Pensez à ces collaborateurs qui crachaient sur une « France enjuivée » et qui voyaient son salut dans la tutelle de l’Allemagne. Ils n’étaient pas des gauchistes pourtant… Non, comme je l’ai dit là haut, l’envie de continuer une histoire n’est pas « génétique », elle est un choix, et un choix implique toujours des responsabilités. Certains les refusent, pour des raisons qu’il serait très long d’expliquer ici.

      [A mon avis, c’est quelque chose de très profond et de très important, mais c’est l’une des raisons qui expliquent ce pour quoi je considère que le projet communiste est un projet absolument voué à l’échec : quand vous niez ce sentiment si naturel et si instinctif, vous donnez raison au gauchisme sur le fond.]

      Je ne vois pas très bien ce que le « projet communiste » vient faire ici. De quoi parlez-vous ? En quoi consiste pour vous le « projet communiste » ?

  23. Daniel Steinbach dit :

    Merci pour vos articles et réponses si bien pensées et exprimées. Mais est-ce bien le moment d’attaquer LFI sur la question raciale alors que tous les autres hommes et partis politiques font le silence sur les politiques occidentales moralement beaucoup plus discutables.

    • Descartes dit :

      @ Daniel Steinbach

      [Merci pour vos articles et réponses si bien pensées et exprimées.]

      Merci de cet encouragement, et merci en retour de votre participation. Ce sont les commentaires, plus que mes articles, qui font l’intérêt de ce forum.

      [Mais est-ce bien le moment d’attaquer LFI sur la question raciale alors que tous les autres hommes et partis politiques font le silence sur les politiques occidentales moralement beaucoup plus discutables.]

      Oui, c’est le moment. Vous savez, les appels à retenir les critiques pour « ne pas faire le jeu de l’ennemi » ont fait beaucoup de mal au mouvement ouvrier. Oui, il faut avoir un regard critique permanent sur ceux qui prétendent se couvrir du manteau du progressisme (pour aller vite), et cela quelque soient les actes « discutables » de nos adversaires. Parce que les erreurs de nos adversaires nous profitent, et ceux de ceux qui se prétendent nos amis nous détruisent.

      Que la droite soit communautariste, qu’elle néglige la laïcité, qu’elle fasse le jeu des puissants, cela fait partie de la logique des choses. Et combattre ces dérives est intellectuellement et politiquement facile. Mais lorsque ces dérives se trouvent à gauche, elles sont infiniment plus dangereuses parce que nous ne sommes que très mal outillés idéologiquement pour les combattre. Alors oui, il est indispensable de faire en sorte qu’aucun mouvement qui joue la carte communautariste puisse faire croire à l’opinion qu’il fait partie du camp progressiste.

  24. Cocorico dit :

    Complétement hors-sujet, mais que pensez-vous de la psychanalyse ?

    • Descartes dit :

      @ Cocorico

      [Complétement hors-sujet, mais que pensez-vous de la psychanalyse ?]

      Pas de problème avec le hors sujet… mais difficile de répondre à une question aussi vaste dans cet espace. Il y a d’ailleurs d’autres commentateurs ici qui connaissent bien mieux le sujet et pourraient vous donner une opinion plus informée. Mais puisque vous me le demandez, je me lance. le mot “psychanalyse” recouvre deux choses très différents. D’un côté, il y a une théorie qui essaye d’expliquer comment la psyché humaine est construite. C’est cette théorie qui définit des concepts comme l’inconscient, le moi, le surmoi, le ça, le transfert, etc. Et puis il y a une pratique thérapeutique, celle que pratique le psychanalyste dans son cabinet avec son patient.

      La théorie psychanalytique n’est pas, au sens poppérien du terme, une théorie scientifique, puisqu’il n’existe pas d’expérience imaginable qui pourrait la réfuter (ou plutôt la “falsifier”, pour utiliser le terme correct). Il n’empêche qu’elle fournit des éléments explicatifs pour certains comportements humains, qui permettent de les inscrire dans une certaine cohérence. En ce sens, c’est un apport fondamental à la pensée humaine.

      La pratique thérapeutique qui en découle, elle, est pour moi beaucoup plus soumise à caution. Le fait est qu’il y a des fois où le patient va mieux, et d’autres où son état empire, et même si la théorie fournit dans les deux cas une explication possible, il est difficile de savoir quelle est l’efficacité de la pratique psychanalytique dans l’un et l’autre cas.

  25. Cocorico dit :

    En ce qui concerne le popperisme, j’avoue être un peu troublé. Dans une discussion récente, vous aviez par exemple écrit qu’il y’avait des raisons d’adhérer au matérialisme parce qu’on observait empiriquement que la majorité des représentants d’une classe sociale suivait ses propres intérêts. Je me doute que dans le cas d’une théorie scientifique, le modèle adopté ne doit souffrir d’aucune exception avant sa potentielle falsification. Mais si, comme Hume, on réfléchissait en terme de probabilités, alors on peut rationnellement adhérer au marxisme ou à la psychanalyse, puisqu’ils ont tout de même une certaine base empirique, même si elle comporte des exceptions. 
    D’ailleurs, ne pourrait-on pas “falsifier” le marxisme ? Imaginons ( scénario fantasque ) qu’un scientifique réussisse à prouver qu’une idée peut mettre de la matière en mouvement, cela suffirait, non ? J’avoue ne pas vraiment connaître Popper, et il a sûrement parlé des mathématiques dans son ouvrage, mais peut-on vraiment “falsifier” le théorème de Pythagore ? Et le discours de Popper, est-il scientifique ? Si oui, on peut le “falsifier” et considérer que le marxisme et la psychanalyse sont des sciences. Si non, on peut considérer qu’il ne permet pas d’acquérir des connaissances fiables, et donc aboutir à la même conclusion.
    Pour la psychanalyse en elle-même, en consultant les commentaires de l’un de vos anciens papiers, il me semble que vous aviez reproché au modèle de rejeter tout les soucis d’une personne sur le dos de ses parents. Personnellement, je ne sais pas quoi en penser.
    Encore un hors-sujet dans le hors-sujet ( désolé 😅 ), mais en écoutant des conférences de Francis Cousin ( je ne comprends rien à ce qu’il dit mais ça me donne la sensation que c’est intéressant ), je me suis rappelé que Marx et Engels avaient envisagé un “communisme primitif”. C’est un mode de pensée qui remet un peu en question l’hobbésianisme. A moins que l’on considère qu’à un stade aussi primitif du développement des forces productives, l’intérêt général se mêlait à l’intérêt privé.
    Encore à propos de l’hobbésianisme, saviez-vous qu’en psychiatrie, on distingue un petit pourcentage de la population qui serait plus ou moins incapable de ressentir de l’empathie. C’est le trouble de la personnalité anti-social ( plus familièrement appelé “psychopathie” ). J’ai cru comprendre que vous vous méfiiez de la tendance à la psychiatrisation excessive, réflexe qui vous semble peut-être un peu trop américain. Mais dans le cadre de la théorie d’Hobbes, l’empathie tire son origine de l’institution et non d’un quelconque facteur génétique ou physiologique. Si le “psychopathe” est considéré comme une anomalie par les psychiatres, c’est que c’est plutôt Rousseau qui a le vent en poupe. Encore une fois, je ne sais pas trop quoi en penser. Parce que d’un autre côté, on voit bien qu’un petit enfant qui mordille méchamment le bras de son aîné n’est pas très empathique.

    • Descartes dit :

      @ Cocorico

      [En ce qui concerne le popperisme, j’avoue être un peu troublé. Dans une discussion récente, vous aviez par exemple écrit qu’il y’avait des raisons d’adhérer au matérialisme parce qu’on observait empiriquement que la majorité des représentants d’une classe sociale suivait ses propres intérêts. Je me doute que dans le cas d’une théorie scientifique, le modèle adopté ne doit souffrir d’aucune exception avant sa potentielle falsification.]

      Exactement. Pour Popper, une théorie non-scientifique – autrement dit, qui n’est pas susceptible de falsification – n’est pas forcément fausse. Le problème est qu’une théorie non-falsifiable ne peut être prouvée fausse. Autrement dit, elle reste vraie dans son cadre quelque soit l’évidence empirique. Ainsi, par exemple, l’adhésion au matérialisme est un choix libre : on peut y croire ou ne pas y croire, et il est impossible de vous donner tort quel que soit votre choix, quelle que soit la force des arguments pour ou contre. Par contre, l’adhésion au terraplanisme n’est pas « libre », parce que cette théorie est « falsifiable » et a été « falsifiée »…

      [Mais si, comme Hume, on réfléchissait en terme de probabilités, alors on peut rationnellement adhérer au marxisme ou à la psychanalyse, puisqu’ils ont tout de même une certaine base empirique, même si elle comporte des exceptions.]

      Tout à fait. Je le répète : le fait qu’une théorie ne soit pas « scientifique » au sens poppérien n’implique pas qu’elle soit fausse – et par ailleurs, une théorie scientifique peut parfaitement être fausse. Il y a beaucoup de connaissances qui, sans être scientifiques, restent opérationnelles, et beaucoup de théories scientifiques – pensez à la mécanique newtonienne – qui se sont révélées fausses. La différence entre une théorie scientifique et une théorie non scientifique n’est pas l’exactitude, mais la manière dont elles sont construites historiquement. Une théorie scientifique est soumise à réfutation, elle peut être prouvée fausse et par conséquence évoluer pour prendre en compte les derniers résultats empiriques. Une théorie non-scientifique n’a aucune raison d’évoluer sous l’effet de l’expérience, puisqu’aucune expérience ne peut la réfuter. Pensez à la théologie…

      [D’ailleurs, ne pourrait-on pas “falsifier” le marxisme ? Imaginons (scénario fantasque) qu’un scientifique réussisse à prouver qu’une idée peut mettre de la matière en mouvement, cela suffirait, non ?]

      Pour réfuter le matérialisme, oui. Mais on voit mal comment une expérience pourrait mettre en évidence le fait qu’une idée met la matière en mouvement. Comment imagineriez-vous une telle expérience ?

      [J’avoue ne pas vraiment connaître Popper, et il a sûrement parlé des mathématiques dans son ouvrage, mais peut-on vraiment “falsifier” le théorème de Pythagore ?]

      Pour Popper, les mathématiques ne sont pas une science. Il n’existe pas « d’expérience » en mathématiques. Les mathématiques ne travaillent pas sur des objets réels, mais des objets abstraits que le mathématicien crée lui-même. A partir d’un ensemble d’axiomes – qui sont « vrais » par définition – satisfaisant un certain nombre de conditions (non-contradiction en particulier) elles établissent les propriétés de ces objets et les rapports entre eux. Le théorème de Pythagore est « vrai » dans le cadre des axiomes d’Euclide, il serait « faux » dans un autre système d’axiomes (par exemple, dans la géométrie de Lobatchevski). Autrement dit, il n’y a pas d’universalité en mathématiques, une proposition n’est « vraie » ou « fausse » que dans un système donné d’axiomes. Et c’est pourquoi aucune proposition n’est « falsifiable »…

      [Et le discours de Popper, est-il scientifique ?]

      La question ne se pose pas en ces termes. Ce que Popper propose, c’est une DEFINITION de ce qui constitue un prédicat « scientifique ». Et la question de la falsification d’une définition ne se pose pas.

      [Pour la psychanalyse en elle-même, en consultant les commentaires de l’un de vos anciens papiers, il me semble que vous aviez reproché au modèle de rejeter tous les soucis d’une personne sur le dos de ses parents. Personnellement, je ne sais pas quoi en penser.]

      Le modèle psychanalytique est historiciste, autrement dit, cherche l’explication des symptômes présents dans le passé de l’individu. De là à rejeter la faute de nos malheurs sur les générations précédentes, il n’y a qu’un pas. Vous remarquerez que c’est la même chose en politique…

      [je me suis rappelé que Marx et Engels avaient envisagé un “communisme primitif”. C’est un mode de pensée qui remet un peu en question l’hobbésianisme. A moins que l’on considère qu’à un stade aussi primitif du développement des forces productives, l’intérêt général se mêlait à l’intérêt privé.]

      Pas tout à fait. N’oubliez pas que pour Hobbes « l’état de nature » est une construction intellectuelle, et non un état réel, historique, ayant existé à un moment où un autre. Pour Marx et Engels, par contre, le « communisme primitif » est bien une étape historique, un état qui a effectivement existé – et qui d’ailleurs existe encore dans des groupes humains isolés, comme l’a bien montré l’anthropologie au cours du XXème siècle.

      Ce qui caractérise le communisme primitif, c’est bien l’inexistence de la propriété privée et la division naturelle (c’est-à-dire, en fonction des caractéristiques physiques) du travail – les hommes chassent, les femmes élèvent les enfants. On note d’ailleurs – c’est Alain Testart qui l’a établi – que dès lors qu’une société est capable de stocker, c’est-à-dire, d’accumuler, le communisme primitif se dilue. On ne peut donc pas parler d’un « intérêt privé » dans des sociétés où la survie du groupe était la seule préoccupation vitale.

      [Encore à propos de l’hobbésianisme, saviez-vous qu’en psychiatrie, on distingue un petit pourcentage de la population qui serait plus ou moins incapable de ressentir de l’empathie. C’est le trouble de la personnalité anti-social (plus familièrement appelé “psychopathie”). J’ai cru comprendre que vous vous méfiiez de la tendance à la psychiatrisation excessive, réflexe qui vous semble peut-être un peu trop américain. Mais dans le cadre de la théorie d’Hobbes, l’empathie tire son origine de l’institution et non d’un quelconque facteur génétique ou physiologique.]

      Je ne me souviens pas que Hobbes ait vraiment parlé d’empathie au sens où vous l’entendez ici. Pour Hobbes, ce n’est pas l’empathie, mais la nécessité qui fait que les hommes se regroupent et constituent des institutions en leur cédant leur « pouvoir de nuire ». Contrairement à Rousseau, qui voit en l’homme une propension « naturelle » à l’empathie, Hobbes est beaucoup plus cynique.

      [Si le “psychopathe” est considéré comme une anomalie par les psychiatres, c’est que c’est plutôt Rousseau qui a le vent en poupe. Encore une fois, je ne sais pas trop quoi en penser. Parce que d’un autre côté, on voit bien qu’un petit enfant qui mordille méchamment le bras de son aîné n’est pas très empathique.]

      Tout à fait. Mais si vous êtes Rousseauien, vous trouverez dans ce geste un manque d’empathie naturel, alors que pour le Hobbesien ce petit enfant va contre son intérêt, qui est de gagner le soutien de son ainé !

  26. Rogers dit :

    Coucou René,  tout va bien?
    Cordialement 

  27. P2R dit :

    Bonjour Descartes,
     
    Je me permets une question hors sujet; je vous ai, me semble-til, plusieurs fois vu écrire que Jacques Delors avait admis que lors de la ratification de Maastricht, l’ampleur de l’abandon de souveraineté avait été sciemment dissimulé, car sinon les français n’auraient jamais voté la ratification. Seulement je ne retrouve aucune source pour cette citation. Cela vou sdit il quelque chose ? De manière générale je serais intéressé par toute source accréditant et décrivant la stratégie de “l’Europe contre les peuples”.. D’avance merci et au plaisir de vous relire !

    • Descartes dit :

      @ P2R

      [Je me permets une question hors sujet ; je vous ai, me semble-t-il, plusieurs fois vu écrire que Jacques Delors avait admis que lors de la ratification de Maastricht, l’ampleur de l’abandon de souveraineté avait été sciemment dissimulé, car sinon les français n’auraient jamais voté la ratification.]

      Je ne me souviens pas avoir écrit pareille chose. Je n’ai trouvé trace dans mes articles ou dans des commentaires récents. Je pense d’ailleurs que cette idée est empreinte d’un certain anachronisme : n’oubliez pas qu’au début des années 1990 l’opinion est encore dans l’euphorie eurolâtre qui suit la chute du mur de Berlin. En 1992, lorsque le traité est soumis à ratification, le concept de souveraineté – alors associé au nationalisme réactionnaire – a mauvaise presse dans l’opinion. C’est pourquoi les maastrichiens n’hésitent pas à assumer pleinement l’idée de « la construction d’une nation européenne » (Mélenchon dixit, discours au Sénat) et le « transfert de souveraineté » (une aberration conceptuelle, puisque la souveraineté en droit français « repose essentiellement dans la nation » et n’est donc pas susceptible d’un « transfert »). Très rares sont ceux qui osent ouvertement rejeter la ratification en faisant référence à la question de « l’abandon de souveraineté. Ce n’est que beaucoup plus tard cette question redevient populaire dans l’opinion, notamment sous l’effet de la montée du FN.

      [De manière générale je serais intéressé par toute source accréditant et décrivant la stratégie de “l’Europe contre les peuples”.. D’avance merci et au plaisir de vous relire !]

      Je pense que vous trouverez la description la plus claire dans les « Mémoires » de Jean Monnet.

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