La gauche, malade imaginaire

“La gauche est une patrie ; on en est, ou on n’en est pas”
(Jean Daniel)

La gauche se meurt, la gauche est morte. On peut lire la litanie des pleureuses qui accompagnent son cercueil dans n’importe lequel des journaux bienpensants. Oui, la gauche est mourante et cela malgré – ou peut-être à cause de – la foule des docteurs Diafoirus qui se rassemblent à son chevet. Des politiciens bien entendu : Tondelier, Glucksmann, Faure, Mélenchon, Cohn-Bendit, Vallaud, Jadot, tous connaissent le remède miracle qui, administré nuitamment, mettra le malade – et son médecin, bien entendu – sur le chemin de l’Elysée. Mais aussi des « intellectuels » – ou désignés comme tels – dont je ne mentionnerai pas le nom pour ne pas faire de jaloux, car on sait combien les jalousies peuvent être violentes dans ce milieu.

A entendre les docteurs, c’est simple : ce qui tue le malade, c’est la bataille des égos. Si les autres laissaient de côté le leur et soutenaient celui qui parle, alors tout irait bien. Le paradoxe de ce discours, pourtant évident, ne semble pas les atteindre. Car aucun n’explique pourquoi ce serait aux autres de sacrifier leurs égos, plutôt que celui qui tient ce discours. Mais passons. Ce qui est implicite dans ce discours, c’est la croyance suivante : puisque nous sommes tous « de gauche », nous sommes tous d’accord sur les fondamentaux et pouvons donc adhérer et soutenir une politique commune. Autrement dit, les divergences entre les différentes organisations sont personnelles, et non politiques.

Ce présupposé mérite d’être analysé à deux niveaux. Il y a d’abord le niveau des idées, des discours. Et puis, il y a le niveau des intérêts.

Commençons, si vous le voulez bien, par les idées. C’est quoi, « la gauche » ? Aujourd’hui, difficile de trouver dans le discours – et encore moins dans les actes lorsque « la gauche » s’est trouvée aux manettes – une colonne vertébrale idéologique. Que ce soit dans les rapports avec la science et le savoir, avec la nation et la patrie, avec l’industrie ou l’agriculture, avec l’éducation et la culture, on trouve dans ce qu’on appelle « la gauche » tout est son contraire. On en est donc réduits à retenir une vision historique. « La gauche » c’est, pour aller vite, l’ensemble de ceux qui se considèrent héritiers des grands partis ouvriers, des grandes luttes sociales de la fin du XIXème siècle et de la première moitié du XXème. Mais cela ne suppose nullement que ces gens adhèrent aux mêmes valeurs, qu’ils défendent les mêmes intérêts que leurs prédécesseurs. On a vu pas mal d’héritiers trahir l’éthique de leurs ancêtres et dilapider leur héritage. Beaucoup parmi ceux qui se revendiquent héritiers du programme du CNR ne l’ont pas lu, et seraient horrifiés s’ils le faisaient. Combien, dans cette gauche qui en majorité ne jure que par la construction européenne, seraient prêts à assumer comme objectif de « défendre l’indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle » ? Combien seraient prêts à porter « l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’État » ?

« La gauche » est donc réunie par un héritage revendiqué. Le problème est que cet héritage est de plus en plus décalé par rapport à la réalité de l’action politique des différentes organisations qui la composent. Celui qui parlerait de « mouvement ouvrier » à propos du parti socialiste, des écologistes, de LFI ou même du PCF prêterait à rire. Allez dans les réunions, dans les meetings, sur les groupes de discussion de ces organisations, et vous aurez besoin d’une loupe, pour ne pas dire un microscope, pour trouver un ouvrier. Et le même instrument vous sera nécessaire pour trouver une revendication ouvrière dans leurs programmes. Et je ne vous parle même pas des politiques mises en œuvre lorsque ces organisations ont été au pouvoir, entièrement centrées sur les demandes des classes intermédiaires et de la bourgeoisie.

La réalité, c’est qu’aujourd’hui on peut défiler avec les islamistes tout en étant « de gauche », privatiser à tour de bras tout en étant « de gauche », sacrifier l’indépendance nationale et la monnaie tout en étant « de gauche ». Appartenir à « la gauche » aujourd’hui n’est pas une question de ce que vous FAITES, mais de ce que vous ETES – ou plutôt, de ce que vous DECLAREZ être. Ce qui réunit « la gauche », c’est la revendication d’un passé – largement mythifié, d’ailleurs – et non une vision d’avenir qui pourrait se traduire en projet politique. C’est d’ailleurs pourquoi l’exercice du pouvoir par « la gauche » finit mal, en général. Parce que « la gauche » s’unit dans l’opposition autour de mythes, mais une fois aux manettes est obligée de définir une politique et de faire des choix. Et c’est là que les problèmes commencent.

Il n’y a pas « la gauche » mais « des gauches ». Il y a une partie de la gauche qui est cartésienne et rationaliste et une partie qui adhère aux visions spiritualistes ou magiques. Il y a une gauche matérialiste et une gauche idéaliste. Il y a une gauche libertaire et une gauche autoritaire. Il y a une gauche attachée à la nation et une gauche qui verrait bien la France devenir une région d’une Europe fédérale. C’est pour cette raison que des jérémiades du genre « il faut que la gauche soit présente au deuxième tour » n’ont pas de sens. Personne ne peut aujourd’hui prétendre représenter « la gauche ». Et ce n’est pas une question d’égos, même si cela compte, mais une question de divergences politiques. Les différences entre les orientations que portent Glucksmann, Tondelier, Mélenchon ou Roussel ne sont pas purement anecdotiques, elles sont fondamentales. Le fait que Mélenchon soit au deuxième tour ne fera pas avancer d’un iota les orientations défendues par Roussel ou par Glucksmann. Et vice-versa. Alors pourquoi donner une tribune, et ne parlons même pas du pouvoir, à quelqu’un qui ne vous représente pas ?

C’est pourquoi les « primaires » et autres gadgets destinés à désigner un « candidat unique de la gauche » n’ont aucune chance de prospérer. Personne n’imagine que le candidat sélectionné par cette voie portera un autre projet que le sien personnel. Et tout le monde sait que les candidats battus se sentiront parfaitement libres de ne pas soutenir le vainqueur – il y a de ce point de vue de nombreux précédents. Les primaires ont un sens lorsqu’il s’agit de choisir la personne qui peut le mieux porter une vision sur laquelle on est à peu près d’accord. Mais il est absurde de penser que des primaires peuvent trancher des différends politiques. Personne ne soutiendra un candidat dont les idées lui répugnent au motif qu’il aura gagné une primaire.

En 1981, l’illusion était encore permise. Mais en 1988, en 1997, en 2012 une partie de la gauche – les communistes dans les deux premiers cas, communistes et « insoumis » dans le troisième – ont voté au nom de « l’unité de la gauche » pour des gens qui, une fois au pouvoir, n’ont pas tenu le moindre compte d’eux. Je vous mets au défi de me citer une réforme, un élément programmatique de fond qui tenait à cœur aux communistes et aux insoumis en 2012, et qui ait été mis en œuvre par ce François Hollande qu’ils ont contribué à élire. Alors après ces expériences malheureuses, les organisations membres de ce club qu’on appelle « la gauche » auraient déjà dû réaliser qu’ils n’ont en commun qu’une filiation. Et qu’avoir les mêmes ancêtres ne garantit nullement qu’on ait les mêmes projets, les mêmes envies, les mêmes intérêts. « L’unité de la gauche » est une chose artificielle, un pur accord qui permet de gagner ou de conserver des sièges, des mairies, des postes. Le présenter comme une unité de projet est se moquer du monde.

Et pourtant, « la gauche » tient. Ses dirigeants, ses militants et même ses électeurs refusent de faire le deuil de l’unité, d’accepter une diversité irréconciliable. Et on peut le voir à chaque élection, avec les constructions baroques comme la NUPES ou le NFP. Ceux qui ont cherché à traverser le fossé gauche/droite l’ont d’ailleurs payé très cher. Pourquoi ? Parce qu’il y a un mécanisme puissant qui agglomère ce qu’on appelle « la gauche », et c’est l’intérêt de classe.

C’est là un aspect qu’on néglige souvent à mon avis. « La gauche » est devenue le parti dominant des classes intermédiaires. Et c’est pourquoi la société idéale vue par « la gauche » n’a plus rien à voir avec la « société prolétarienne » qui était l’idéal de la SFIO ou du PCF avant la fin des années 1960. Son idéal, son projet, ce n’est plus une société à l’image de l’ouvrier, c’est une société sans ouvriers. Ce n’est plus le travail qui y est central, c’est le soin et le loisir. C’est pourquoi « la gauche » déteste ou méprise l’industrie, et aime les services. C’est pourquoi ce qui domine sa vision du monde n’est pas l’envie de promotion, et donc la méritocratie, mais la peur du déclassement, et donc le droit au diplôme. La société idéale vue par « la gauche » aujourd’hui a les valeurs, les envies, les peurs des classes intermédiaires. Le succès de LFI tient à sa capacité, devant un PCF qui n’a jamais assumé totalement le changement de sa base sociale et un PS qui peine à déguiser la convergence d’intérêts entre les classes intermédiaires et la bourgeoisie, à offrir aux classes intermédiaires l’illusion du retour à la pureté révolutionnaire. La « nouvelle France », c’est l’image des classes intermédiaires guidant les nouveaux « damnés de la terre » vers un paradis terrestre où tout le monde, finalement, les aurait rejointes.

C’est ce dernier élément qui explique pourquoi « l’union de la gauche » continue à fonctionner, pourquoi on peut continuer à constituer des « fronts populaires », alors que la gauche aujourd’hui n’a rien de « populaire », en mariant ceux qui ne parient que sur la continuité et ceux qui entretiennent l’illusion d’une rupture. Ses composantes, au-delà de leur histoire particulière qui modèle leur vision du monde, représentent aujourd’hui la même classe sociale, c’est-à-dire, les classes intermédiaires. Leurs différences tiennent à la manière dont chacun construit cette représentation. Il y en a qui assument la convergence d’intérêts entre les classes intermédiaires avec la bourgeoisie, et ceux qui préfèrent croire que l’alliance avec les classes populaires est toujours d’actualité. Mais c’est à chaque fois le même produit avec un emballage différent. Et c’est pourquoi avoir peur de Mélenchon est aussi rationnel – ou aussi absurde – qu’avoir peur de Glucksmann. Arrivés au pouvoir, l’un et l’autre feraient à peu près les mêmes choses. Ne vous laissez pas tromper par la radicalité des discours. On se souvient – ou plutôt, on devrait se souvenir – de Mitterrand déclarant à la tribune dans les années 1970 « ceux qui ne veulent pas la rupture avec le capitalisme n’ont pas leur place au Parti socialiste ». Moins de dix ans plus tard, c’était le « tournant de la rigueur », et vingt ans plus tard le traité de Maastricht. Et ceux qui ont fait confiance à Mitterrand pour « rompre avec le capitalisme », attendent encore.

« La gauche » n’est pas morte. Et c’est bien malheureux, parce que par sa présence, elle empêche d’ouvrir un véritable débat politique. S’étant attribué le monopole du « progressisme », représentant la classe qui contrôle le champ des idées, elle a les moyens de dévaloriser et de marginaliser toute idée, toute vision, tout projet qui ne va pas dans le sens de ses intérêts. Car « la gauche » a imposé dans ses rangs une lourde bienpensance, un ensemble de dogmes dont la remise en cause vous vaut l’excommunication. Certaines enceintes – je pense notamment à l’Université – ont été fermées au débat au nom de la lutte contre les méchants, et quiconque ne se conforme au canon peut être vite classé dans cette catégorie. Pendant des années aborder certains sujets – y compris en interne – vous assurait d’être mis à l’écart. Alors, si cette élection pouvait marquer la fin annoncée de cette « gauche »… oui, je sais, mais l’espoir fait vivre.

Descartes

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56 réponses à La gauche, malade imaginaire

  1. COUVERT Jean-Louis dit :

    La “gauche” disparaîtra car ses “chefs” n’ont qu’une utopie (aussi belle soit-elle) à la place du cerveau, mais on ne gouverne qu’avec du pragmatisme et surtout pas contre ce que le peuple désire, entre autres et en vrac : sécurité, éducation, pouvoir d’achat, projets d’avenir, soins de santé, respect de son identité…

    • Descartes dit :

      @ Jean-Louis COUVERT

      [La “gauche” disparaîtra car ses “chefs” n’ont qu’une utopie (aussi belle soit-elle) à la place du cerveau,]

      Si seulement… je crains que vous ne confondiez « utopie » et « absurdité ». Une « utopie » est un état idéal qui n’est pas réalisable, mais qui a une cohérence interne. Proposer de remplacer le nucléaire par la géothermie n’est pas une « utopie », c’est une absurdité.

      Les grandes utopies, loin de faire « disparaître » ceux qui les portaient, leur ont donné une force extraordinaire. Pensez par exemple à l’utopie de la « cité de dieu » qui a alimenté le monachisme, du « marché libre et non faussé » qui a fait la force des libéraux, sans même aller vers les utopies socialistes et communistes, qui ont structure les XIXème et XXème siècle.

      Non, si la gauche se meurt, ce n’est pas parce qu’elle « n’a qu’une utopie », mais pour la raison contraire : elle n’a plus d’utopie. Elle est incapable de penser une société cohérente qui soit désirable. « Il n’y a plus de fous, mes amis, il n’y a plus de fous. Tout le monde est terrible, horriblement sensé » chantait le poète espagnol. Et il avait raison : le monde est devenu totalement sensé, ou pour utiliser votre vocabulaire, « pragmatique ». Vous noterez que les communistes « historiques » n’ont jamais prétendu que le communisme était pour demain. Le communisme, c’était une utopie qui guidait l’action sur le réel, un état idéal qu’on n’atteindrait qu’un jour, peut-être. Le présent, c’était le socialisme, vision pragmatique de ce qu’on pouvait faire ici et maintenant. Mais tout ça, c’est fini. Socialistes, écologistes, « insoumis » cherchent à démontrer que le monde qu’ils rêvent est possible ici et maintenant, comme il sied à une société qui n’a plus la patience d’attendre…

      J’aime la formule de Kipling : « si tu peux rêver, mais tu ne fais pas du rêve ton maître ». Pour faire de grandes choses, il faut être capable de rêver tout en gardant les pieds sur terre. La gauche, aujourd’hui, n’est pas capable de rêver et ne fait rêver personne. Elle a un discours sinistre, mélange de résignation, de vaticinations catastrophistes et de chasse aux infidèles. Le seul qui cherche à sortir de cette logique déprimante, c’est Roussel… et il a du mal, même dans son propre parti.

      [mais on ne gouverne qu’avec du pragmatisme et surtout pas contre ce que le peuple désire, entre autres et en vrac : sécurité, éducation, pouvoir d’achat, projets d’avenir, soins de santé, respect de son identité…]

      Ce n’est pas contradictoire. Etre un homme d’Etat, c’est justement être capable de conjuguer l’utopie et la réalité, de se laisser guider par une étoile tout en sachant gérer les contraintes du réel pour s’en approcher. Pensez à De Gaulle : était-il guidé par une utopie ? Oui. Et cela ne l’empêchait pas d’être un pragmatique.

  2. Cording1 dit :

    Oui, la gauche est bel et bien morte parce que non seulement elle ne revendique pas son héritage mais aussi le renie en le jugeant dépassé comme la nation qu’elle vilipende sous prétexte que nation égale nationalisme,  égale guerre.  De plus elle gouverne à son encontre jugeant la nécessité de construire l’Europe ( n’importe quelle Europe) comme un objectif indépassable, insurmontable. D’ailleurs la question européenne est le grand tabou du débat public. Elle envisage cela comme un internationalisme dépassant les nations. La gauche a toujours été pluraliste depuis la gauche bourgeoise qui a gouverné depuis la IIIè République et sa conjonction avec un mouvement ouvrier qui lui a apporté son soutien et auquel elle lui a fait toutes les concessions nécessaires jusqu’au programme du CNR. Ce temps-là est révolu.   
    Depuis plus de 40 ans le Capital a gagné la partie et elle s’en accommode bien quand elle ne le favorise pas. 
    On pourrait faire un constat assez proche de la droite dans ses partis de gouvernement. Ils sont morts comme les partis de gouvernement sis à gauche de l’échiquier politique. Je pense qu’il faudra une crise politique majeure pour voir les choses changer, les partis se remettre à penser mais à partir de leurs marges tels les clubs et sociétés de pensée comme le club Jean Moulin au début des années 60. Même l’arrivée au pouvoir du RN l’année prochaine ne changera pas la donne. Un choc extérieur de grande ampleur telle la défaite de Juin 1940. Peut-être avec l’arrivée de l’AFD au pouvoir en Allemagne réalisant à son profit la sortie de l’euro. 

    • Descartes dit :

      @ Cording1

      [Oui, la gauche est bel et bien morte parce que non seulement elle ne revendique pas son héritage mais aussi le renie en le jugeant dépassé comme la nation qu’elle vilipende sous prétexte que nation égale nationalisme, égale guerre.]

      Je ne suis pas d’accord avec l’idée que la gauche « ne revendique pas son héritage ». Au contraire, elle le « revendique » hautement : elle nous rappelle en permanence qu’elle est héritière de la Révolution française, de la commune, du Front Populaire, de la Résistance, des mais 1968 et 1981… le problème, c’est qu’elle n’en fait rien. Pire : elle dilapide son héritage quand celui-ci devient un paravent pour sa trahison du mouvement ouvrier et sa conversion au néolibéralisme.

      Et oui, la gauche a laissé tomber toute une partie de son héritage : la nation, la laïcité, la République, le travail, la promotion méritocratique… et elle s’indigne aujourd’hui de voir ces mêmes concepts qui, rappelons-le, elle a inventé, récupérés par d’autres.

      [De plus elle gouverne à son encontre jugeant la nécessité de construire l’Europe (n’importe quelle Europe) comme un objectif indépassable, insurmontable.]

      L’Europe fut la dernière grande utopie de la gauche – et d’une partie de la droite – anticommuniste et capitularde, celle qui croit que la solution à nos problèmes viendra forcément d’ailleurs, parce que le peuple français est, décidément, irréformable. Abandonner cette utopie, c’est se trouver en plein désert idéologique. C’est pourquoi elle a autant de difficultés à s’en défaire.

      [D’ailleurs la question européenne est le grand tabou du débat public.]

      Vous avez remarqué ?

      [Depuis plus de 40 ans le Capital a gagné la partie et elle s’en accommode bien quand elle ne le favorise pas.]

      Je ne le formulerais pas comme cela. L’histoire n’est pas une « partie » qu’on peut gagner. Aucune victoire n’est définitive. Après les crises systémiques des années 1930, qui pouvaient laisser penser qu’il était à terre, le progrès technologique a permis au capitalisme de se relancer. Mais l’histoire ne s’arrête pas, et les victorieux d’aujourd’hui peuvent être les battus de demain…

      [On pourrait faire un constat assez proche de la droite dans ses partis de gouvernement. Ils sont morts comme les partis de gouvernement sis à gauche de l’échiquier politique. Je pense qu’il faudra une crise politique majeure pour voir les choses changer, les partis se remettre à penser mais à partir de leurs marges tels les clubs et sociétés de pensée comme le club Jean Moulin au début des années 60.]

      Je partage votre sentiment. La réflexion politique n’existe plus vraiment, et c’est vrai autant à gauche comme à droite. Elle a été remplacée par une pensée purement tactique, qui va chercher ses éléments de langage moins dans une réflexion politique que chez les spécialistes de la communication. Ce qui donne d’ailleurs de curieux tête-à-queue, comme celui de l’eurolâtre Glucksmann qui tout à coup se remplit la bouche des mots « patrie » et « nation », parce qu’un communiquant quelque part lui a expliqué que ces mots étaient aujourd’hui en demande dans l’opinion. Que faut-il pour que cette réflexion réapparaisse ? Je ne saurais pas répondre à cette question, parce que je ne suis pas sûr d’avoir compris le mécanisme qui l’a fait disparaître. Ma réflexion me conduit plutôt à penser que cette réflexion existait parce qu’il existait un rapport de forces équilibré entre les classes sociales, et qu’il fallait donc forger des armes idéologiques pour mener le combat. La prise du pouvoir par les classes intermédiaires alliées à la bourgeoisie et la marginalisation des couches populaires a déséquilibré le rapport de forces au point que le bloc dominant n’a plus vraiment besoin de ces armes pour dominer le champ des idées.

      La seule « crise politique majeure » qui pourrait obliger les gens à réflechir, ce serait la rupture du bloc dominant, la divergence d’intérêts entre les classes intermédiaires et la bourgeoisie. Peut-elle advenir dans un délai raisonnable ? Je ne sais pas. Des fissures apparaissent, mais pour le moment la structure tient solidement.

      [Même l’arrivée au pouvoir ne changera pas la donne. Un choc extérieur de grande ampleur telle la défaite de Juin 1940. Peut-être avec l’arrivée de l’AFD au pouvoir en Allemagne réalisant à son profit la sortie de l’euro.]

      On peut imaginer plusieurs scénarios. Pour moi, le plus vraisemblable reste une crise de la dette qui remette en cause le système par lequel on a acheté la bienveillance des classes intermédiaires, et reposerait avec acuité la question du partage de la valeur. Ce n’est pas par hasard si, après avoir vécu avec un déficit systématique des comptes publics – et ce qui est beaucoup plus grave même si personne n’en parle, de la balance commerciale – pendant quarante ans, les classes intermédiaires commencent à avoir peur de la dette…

  3. Cincinnatus dit :

    Cher Descartes,
    voici (encore) un bien bel article dont j’aurais signé presque toutes les phrases, bravo !
    “Presque”, néanmoins, parce qu’il y a un petit passage qui me fait tiquer :
    [Et c’est pourquoi avoir peur de Mélenchon est aussi rationnel – ou aussi absurde – qu’avoir peur de Glucksmann. Arrivés au pouvoir, l’un et l’autre feraient à peu près les mêmes choses.]
    Pas du tout d’accord : depuis le tournant identitaire de JLM et LFI qui a consisté à purger le parti de toute son aile républicaine et de s’allier avec le fréro-salafisme, la fuite en avant du parti et de son gourou les a définitivement séparés non seulement du reste de “la gauche” (quoi que cela signifie) mais même de l’ensemble de l’échiquier politique. À tel point que LFI me semble aujourd’hui le parti le plus d’extrême droite en France (si je puis me permettre de renvoyer à un texte dans lequel j’essaie de démontrer cela : “Cette gauche d’extrême droite“). En particulier, je doute fort que nos concitoyens juifs pensent qu’arrivés au pouvoir, JLM et Glucksmann fassent “à peu près les mêmes choses”… et je partage largement leurs doutes.
    Bien à vous,
    Cincinnatus

    • Descartes dit :

      @ Cincinnatus

      [« Et c’est pourquoi avoir peur de Mélenchon est aussi rationnel – ou aussi absurde – qu’avoir peur de Glucksmann. Arrivés au pouvoir, l’un et l’autre feraient à peu près les mêmes choses. » Pas du tout d’accord : depuis le tournant identitaire de JLM et LFI qui a consisté à purger le parti de toute son aile républicaine et de s’allier avec le fréro-salafisme, la fuite en avant du parti et de son gourou les a définitivement séparés non seulement du reste de “la gauche” (quoi que cela signifie) mais même de l’ensemble de l’échiquier politique.]

      Je reste songeur… Après tout, ce que dit Mélenchon n’est guère nouveau : si vous consultez les publications gauchistes des années 1970-80, tout y est. Après la grande déception de 1968, où les gauchistes ont échoué dans la tentative d’arracher au PCF l’encadrement du prolétariat, le gauchisme français n’a pas arrêté de rechercher des « prolétaires de substitution » plus facilement manipulables. Ce furent les marginaux de toutes sortes : taulards, voyous genre Mesrine ou Goldman, immigrés sans-papiers, « autonomes » et régionalistes violents… aujourd’hui, Mélenchon ne fait que recycler ce schéma. Est-ce que sa bienveillance pour le fréro-salafisme est plus dangereuse que ne l’étaient les sympathies des gauchistes de naguère pour toute une série de mouvements terroristes comme Action Directe ou le FNLC ? Je n’en suis pas convaincu.

      Mélenchon est dangereux ? Oui. Mais Glucksmann ne l’est pas moins. Car il faut bien regarder quels sont les intérêts qui sont derrière sa fulgurante carrière. Ne me dites pas que vous croyez la légende comme quoi ce jeune homme arrive à Tbilissi, dans un pays dont il ne sait rien, et qu’il devient en quelques semaines conseiller du président Saakashvili sans autres appuis que son intelligence… allons, soyons sérieux. Glucksmann a probablement hérité des liens avec les néoconservateurs – et les services de renseignement – américains qu’entretenait son cher papa. Bon sang ne saurait mentir…

      [À tel point que LFI me semble aujourd’hui le parti le plus d’extrême droite en France (si je puis me permettre de renvoyer à un texte dans lequel j’essaie de démontrer cela : “Cette gauche d’extrême droite“).]

      Je me méfie des étiquettes, et je combats toute tentation d’en apposer. C’est quoi, exactement, être « d’extrême droite » aujourd’hui ? Si vous cherchez une cohérence idéologique dans le discours et sur les actes là où elle exerce un pouvoir, vous trouverez de « l’extrême droite » un peu partout. Pensez par exemple à Hollande envisageant la « déchéance de nationalité », au racisme des mouvements régionalistes pourtant classés « à gauche »… Non, la seule définition qui permet de garder une certaine cohérence est celle parallèle à celle que je propose pour la « gauche », c’est-à-dire, une filiation revendiquée. Ce qui n’est pas le cas de LFI.

      Au risque de me répéter, LFI ne fait que recycler les vieilles lunes du gauchisme français. Les libertés prises avec la laïcité ou avec l’égalité républicaine, la détestation de la méritocratie, la revendication de la violence tant qu’elle s’exerce sur les « méchants », la dénonciation des « structures répressives de l’Etat », tout y est. Mélenchon a pu se faire passer pour « républicain » pendant quelques années, à l’époque où il cherchait à se trouver des appuis au PS, et notamment dans la franc-maçonnerie socialiste et au PCF. Mais dès lors qu’il vise d’autres soutiens, il a vite revenu à ses fondamentaux. Et même si l’on retrouve chez les « insoumis » une fascination pour la violence et certains discours qu’on retrouve aussi à l’extrême droite, il ne faut pas y voir une identité idéologique, parce que cette fascination, ces discours ont un fondement historique différent.

      [En particulier, je doute fort que nos concitoyens juifs pensent qu’arrivés au pouvoir, JLM et Glucksmann fassent “à peu près les mêmes choses”… et je partage largement leurs doutes.]

      Votre commentaire est involontairement ironique, parce que je suis l’un de ces « compatriotes juifs » auxquels vous faites allusion, et je pense exactement cela. Mais j’aimerais que vous développiez : que pensez-vous donc que fera JLM qui pourrait changer la situation de nos concitoyens juifs par rapport à ce que pourrait faire Glucksmann ? Tous deux feront exactement la même chose : laisser importer le conflit israélo-palestinien chez nous, en opposant citoyens juifs et citoyens musulmans. Et tous deux envenimeront le conflit, l’un recevant Netanyahu, l’autre disculpant le Hamas. Du point de vue de la sécurité de nos concitoyens, cela ne changera pas grande chose.

      • P2R dit :

        @ Descartes
         
        (((allons, soyons sérieux. Glucksmann a probablement hérité des liens avec les néoconservateurs – et les services de renseignement – américains qu’entretenait son cher papa.)))
         
        Les liens du père avec les néocons et les services de renseignement sont documentés ? Ou ce sont des suppositions ?

        • Descartes dit :

          @ P2R

          [Les liens du père avec les néocons et les services de renseignement sont documentés ? Ou ce sont des suppositions ?]

          Les liens avec les néoconservateurs sont amplement documentés. Co-fondateur en 2001 du “Cercle de l’Oratoire”, organisme qui se donne pour objectif de défendre la politique de G. W. Bush et notamment l’intervention en Irak, et qui éditera plus tard la revue “Le Meilleur des Mondes”, dont Glucksmann présidera l’association des amis.

          Les liens avec les services américains sont, vous l’imaginez, beaucoup plus difficiles à certifier. On sait que dans les dernières années de la guerre froide, les services américains se sont beaucoup intéressés à ces personnalités soi-disant “antitotalitaires” – dont beaucoup étaient d’ailleurs issues des groupuscules gauchistes – dont ils ont soutenu la promotion médiatique, mais les liens formels sont difficiles à établir. La carrière rocambolesque de son fils, devenu en quelques jours conseiller du président d’un pays qu’il ne connaissait pas et où il n’avait aucune attache grâce à son appui – de l’aveu même de l’intéressé – fait irrésistiblement penser que ces liens ont survécu à la fin de la guerre froide, mais il est difficile de trouver de la documentation à ce sujet.

  4. Kranck dit :

    Bonsoir descartes 
    Vous remarquerez qu’avec ce billet ( comme d’autres avant lui) vous achevez de tracer le cercle de ce blog : les idées et l’argumentaire qui l’accompagnent auraient tout aussi bien pu être écrites il y a des années, pour le premier billet de ce blog…
    Non pas que vos idées tournent en rond ( et je vous ne remercierai jamais assez pour cet espace de réflexion actuellement sans pareil que vous mettez à notre disposition), mais bien que le pays et ses élites tournent en rond depuis plus de trente ans. 
    Ce qui me désole, c’est que la résolution très française des problèmes par la violence , la révolution , un des poncifs habituels à propos du pays, évoqué ces dernières décennies avec un petit sourire en coin par nos intellectuels, sans finalement y croire, ou en croyant au passé, risque bien de reprendre corps. 

    • Descartes dit :

      @ Kranck

      [Vous remarquerez qu’avec ce billet (comme d’autres avant lui) vous achevez de tracer le cercle de ce blog : les idées et l’argumentaire qui l’accompagnent auraient tout aussi bien pu être écrites il y a des années, pour le premier billet de ce blog…]

      Je ne crois pas, ou alors il m’aurait fallu une dose de clairvoyance qui dépasse de très loin mes capacités. Si vous relisez l’archive de ce blog – ce qui m’arrive de temps en temps – vous remarquerez que plusieurs fois j’ai pris le risque de faire des prédictions, et que j’ai très souvent eu tort. Je n’en ai pas honte : seuls ceux qui ne tentent rien ne se trompent jamais. Mais ces erreurs m’ont enseigné une forme de sagesse : je ne dirais pas aujourd’hui qu’au début de ce blog, il y a plus de quinze ans, j’avais tout prévu…

      [Non pas que vos idées tournent en rond ( et je vous ne remercierai jamais assez pour cet espace de réflexion actuellement sans pareil que vous mettez à notre disposition), mais bien que le pays et ses élites tournent en rond depuis plus de trente ans.]

      Rassurez-vous, je ne prends pas votre commentaire comme une critique. Mais il est vrai que notre pays est depuis presque vingt ans sorti de l’histoire. La génération des intellectuels formés avant 1968 s’est éteinte, celle qui a été formée par eux est en train de se retirer, et elle n’a pas de véritables successeurs. Oui, des idées superficielles apparaissent puis disparaissent au gré des modes – en général venues des Etats-Unis. Mais rien de bien nouveau n’est pensé. Et ce qui est vrai dans le champ de la pensée l’est encore plus dans celui de la politique. Depuis vingt ans, on ressasse les mêmes idées, les mêmes projets, on s’indigne des mêmes fautes et on promet les mêmes réformes, et tout ce qu’on voit c’est une gouvernance qui consiste à s’adapter en permanence aux transformations qu’on n’a pas anticipées, qu’on n’a pas désirées et qu’on ne cherche même pas à contrôler sérieusement. Bref, la politique du chien crevé au fil de l’eau. Dans ces conditions, je suis conscient, mes chroniques finissent par retourner aux mêmes sujets, aux mêmes thématiques… Nous sommes dans « un jour sans fin ».

      [Ce qui me désole, c’est que la résolution très française des problèmes par la violence , la révolution , un des poncifs habituels à propos du pays, évoqué ces dernières décennies avec un petit sourire en coin par nos intellectuels, sans finalement y croire, ou en croyant au passé, risque bien de reprendre corps.]

      Et pourquoi cela vous inquiète-t-il ?

  5. BOICHU dit :

    La gauche n’est plus une patrie, elle est devenue une secte et en même temps un ensemble flou. C’est commode pour les partis qui eux-mêmes ont cessé d’exister.
    Malheureusement avec les médias tout cela empêche, invalide les groupes réalistes , honnêtes qui cherchent à avoir une prise sur le réel: la guerre ( fabriquée) en Ukraine, le sens de “l”EUROPE” , les sécurités intérieures  et extérieures de la France. Des préconisations précises et des sanctions si ceux qui promettent de les mettre en oeuvre ne le font pas.
    On n’en sort pas ; on va le payer cher . Dites moi si je me  trompes.

    • Descartes dit :

      @ BOICHU

      [La gauche n’est plus une patrie, elle est devenue une secte et en même temps un ensemble flou.]

      Je crois que ce que Jean Daniel – qui, entre parenthèses, n’est pas saint de ma dévotion – voulait dire est que la question d’appartenance à « la gauche » n’est pas une question d’adhésion rationnelle, mais une question d’héritage, d’émotion, de culture. Il n’a pas tout à fait tort. J’ai depuis bien longtemps perdu toute illusion quant à la volonté et à la capacité de « la gauche » de changer quoi que ce soit, et pourtant je ne peux échapper à cette référence. Quand je vais dans une réunion de « la gauche », le langage, les rituels, le discours m’est familier quand bien même il me fait enrager. Quand je vais dans une réunion de droite, je me sens étranger, quand bien même je serais d’accord avec l’orateur…

      [C’est commode pour les partis qui eux-mêmes ont cessé d’exister.]

      Le parti socialiste ou les écologistes sont devenus des écuries électorales, avec une proportion non négligeable de militants professionnels – qu’ils soient élus, permanents, employés d’associations, ou qu’ils aspirent à l’être. Leur première finalité est la préservation des postes et des prébendes. Le PCF essaye, depuis l’élection de Roussel, fait des efforts méritoires pour redevenir un véritable parti politique, après les années de la « mutation ». Quant à LFI, c’est une secte construite pour servir les lubies de son gourou, et de plus en plus un cercle d’ambitieux qui cherchent à grapiller postes et bénéfices en attendant que la disparition de Mélenchon leur ouvre le chemin vers les plus hautes fonctions…

      [On n’en sort pas ; on va le payer cher. Dites-moi si je me trompe.]

      Je ne saurais pas vous le dire, ma boule de cristal est en panne et le marc de café n’est plus ce qu’il était. Oui, je pense qu’on « n’en sort pas », que la situation est bloquée. Elle est bloquée parce que tout le monde est conscient de la fragilité de la situation du pays, et que tout le monde a peur – et les classes intermédiaires plus que tout autre – de perdre ce qu’il a, même ceux qui n’ont pas grand-chose. Il fut un temps où la sécurité sociale, les services publics, l’Etat lui-même paraissaient solides comme des rocs. Ce n’est plus le cas. Trente ans de néolibéralisme et de « construction européenne » ont tellement dégradé la structure que l’effondrement paraît possible, sinon probable. Alors, comme lorsqu’on vit dans une maison attaquée par les termites, tout le monde a peur de bouger, et l’on marche par petits pas de peur de passer à travers le plancher.

      On est engagés dans une spirale de déclin, et la continuation de la politique du chien crevé au fil de l’eau ne peut que nous amener encore plus bas. Mais pour en sortir, il faut prendre des mesures qui représentent une rupture radicale – ne me demandez pas lesquelles, chacun à ses propositions. Or, dès qu’on parle d’une telle mesure, un vent de panique souffle sur la société. Sur un mur, j’avais vu écrit le slogan suivant : « plus effrayant que le bruit des bottes, le silence des pantoufles ». Je pense qu’elle résume bien la situation.

      Je crains, malheureusement, que pour sortir de cet état de tétanie il faille une crise politique grave. C’est pourquoi, pour moi, l’élection de Mélenchon ou de Marine Le Pen serait finalement un moindre mal par rapport à l’élection d’une personnalité du « bloc central » ou de la droite ou la gauche dites « modérées », qui n’aura aucune pression sur elle pour faire quelque chose de différent.

  6. Lhaa Francis dit :

         Ah tiens, vous aussi vous avez remarqué  ?  Je me disais bien aussi…Lhaa Francis

  7. Claustaire dit :

    [La réalité, c’est qu’aujourd’hui on peut défiler avec les islamistes tout en étant « de gauche » ]
     
    Pas en “étant de gauche”, en s’en prétendant. Certains estiment, à tort plus qu’à raison, que l’islam serait la religion des opprimés de l’Occident (alors qu’elle est aussi celle de puissantes théocraties) et que se montrer complaisant à l’égard de l’islam vous rangerait d’office du côté des opprimés, confondant ainsi la pratique d’une religion dans laquelle on serait né (mais avec laquelle on peut prendre ses distances) et le prosélytisme militant au service d’une idéologie meurtrière qu’il faut combattre.

    [Ce qui réunit « la gauche », c’est la revendication d’un passé – largement mythifié, d’ailleurs – et non une vision d’avenir qui pourrait se traduire en projet politique. ]
     
    Une politique soucieuse de prendre en charge le futur ou plutôt le présent immanent d’une planète où les conditions de (sur)vie physique sont en train d’être bouleversées ne peut plus se revendiquer d’un passé où une croissance indéfinie (dans un monde pourtant fini) était conçue et promue.
     
     
    Sans parler de “visions d’avenir”, on a déjà pu mettre (insuffisamment bien sûr) et on doit encore pouvoir mettre en oeuvre des politiques assurant à la fois plus de libertés (individuelles et collectives, dans le maximum de respect mutuel des unes et des autres), plus d’égalité (des revenus et des conditions de travail et de vie) et promouvant la conscience de notre fraternité, c-à-d la conscience de notre commune condition de vivants à la fragile surface de commune petite planète, humains qui ne pourront compter que sur la solidarité d’autres humains et non sur l’assistance d’une puissance extraterrestre ou surnaturelle pour s’occuper d’eux.
     
    De cette politique (faut-il obligatoirement la nommer “de gauche” ?) se distingue aisément une politique opposée (faut-il la nommer “de droite” ?)  promouvant, elle,  plus d’interdits, moins d’égalité et moins de solidarité (et les discours poussant dans ce sens ne manquent pas).
     

    • Descartes dit :

      @ Claustaire

      [« La réalité, c’est qu’aujourd’hui on peut défiler avec les islamistes tout en étant « de gauche » » Pas en “étant de gauche”, en s’en prétendant.]

      Pardon, mais ce n’est pas aussi simple. Ceux qui ont « défilé avec les islamistes » non seulement PRETENDENT être « de gauche », mais ils sont RECONNUS COMME TELS par l’ensemble des gens qui, eux aussi, se prétendent de gauche. Il ne vous aura pas échappé je pense que lors des élections de 2024, quand il s’est agi de choisir les candidats pour les législatives, ni le PS, ni le PCF, ni les écologistes n’ont jugé bon de négocier une telle alliance avec LR ou avec le RN. Non, quand il s’est agi de constituer le « nouveau front populaire », personne n’a songé à exclure LFI, malgré ses choix de défiler avec les Frères Musulmans.

      Ce n’est donc pas une question de « prétention », mais une question de reconnaissance. Vous êtes « de gauche » lorsque ceux qui se prétendent « de gauche » vous reconnaissent comme tel. Parce que, in fine, être « de gauche » ou pas, c’est une question de reconnaissance par les pairs. Il n’existe pas d’organisme indépendant qui accorde la certification.

      [Certains estiment, à tort plus qu’à raison, que l’islam serait la religion des opprimés de l’Occident (alors qu’elle est aussi celle de puissantes théocraties) et que se montrer complaisant à l’égard de l’islam vous rangerait d’office du côté des opprimés, (…).]

      Je crains que vous ne donniez un contenu idéologique à un mouvement purement tactique. Si Mélenchon va défiler avec des islamistes, ce n’est pas parce qu’il croit que l’Islam est « la religion des opprimés d’occident ». Il n’a rien à faire de se « ranger du côté des opprimés ». Sa motivation, c’est plutôt d’obtenir que les « opprimés » se rangent de son côté. Paraphrasant un politicien américain, si demain il cherchait à séduire l’électorat cannibale, Mélenchon commencerait à engraisser un missionnaire dans son jardin.

      Que Mélenchon exploite cyniquement le penchant du gauchisme français de penser que les « opprimés » ont toujours raison ne doit pas faire oublier que lorsqu’il cherchait à séduire un autre électorat, il passait pour un « laïcard » intransigeant, franc-maçon et tout le tralala. Alors, comme j’ai un très grand respect pour Jean-Luc, et je sais que c’est un homme de convictions fermes, j’ai du mal à penser qu’il en a changé en si peu de temps. En fait, ses convictions sont toujours les mêmes, et n’ont pas varié depuis qu’il a milité dans l’OCI : l’idéologie n’est qu’un outil pour la conquête du pouvoir.

      [« Ce qui réunit « la gauche », c’est la revendication d’un passé – largement mythifié, d’ailleurs – et non une vision d’avenir qui pourrait se traduire en projet politique. » Une politique soucieuse de prendre en charge le futur ou plutôt le présent immanent d’une planète où les conditions de (sur)vie physique sont en train d’être bouleversées ne peut plus se revendiquer d’un passé où une croissance indéfinie (dans un monde pourtant fini) était conçue et promue.]

      Et pourquoi pas ? Souvenez-vous de la formule de Bonaparte : « de Clovis au comité de salut public, j’assume tout ». On peut parfaitement reconnaître que cette idéologie de la croissance infinie (et non indéfinie) a permis à l’humanité de faire d’énormes progrès – il n’y a qu’à regarder l’évolution de l’espérance de vie pour s’en convaincre – tout en admettant qu’elle a atteint ses limites et qu’il faut inventer quelque chose de nouveau. L’attitude qui consiste à brûler aujourd’hui ce qu’on a adoré hier est une attitude infantile.

      Par ailleurs, j’avoue ne pas être sûr d’avoir bien compris votre commentaire. C’est quoi un « présent immanent » ? On voit mal comment une situation PRESENTE pourrait être « immanente » (autrement dit, avoir son principe en lui-même). Et puis, il y a la question de la « croissance infinie ». Comme cela a été montré plusieurs fois ici, rien ne s’oppose à une croissance « infinie » dans un monde « fini ». Pour ne donner qu’un exemple, prenez une série croissante et convergente : elle ne dépassera pas sa limite… et pourtant chaque terme sera supérieur au précédent. Par ailleurs, si le monde matériel est « fini », le monde immatériel ne l’est pas. Prenez la littérature : soutiendriez-vous que dans un monde « fini » il arrivera un jour où l’on ne pourra plus ajouter un livre de plus ? Bien sûr, cette limite existe, mais elle est si loin qu’à toutes fins utiles le nombre de livres à écrire reste « infini »…

      [Sans parler de “visions d’avenir”, on a déjà pu mettre (insuffisamment bien sûr) et on doit encore pouvoir mettre en œuvre des politiques assurant à la fois plus de libertés (individuelles et collectives, dans le maximum de respect mutuel des unes et des autres), plus d’égalité (des revenus et des conditions de travail et de vie) et promouvant la conscience de notre fraternité, c-à-d la conscience de notre commune condition de vivants à la fragile surface de commune petite planète, humains qui ne pourront compter que sur la solidarité d’autres humains et non sur l’assistance d’une puissance extraterrestre ou surnaturelle pour s’occuper d’eux.]

      L’ennui, c’est qu’ntre les trois principes que vous évoquez il y a des tensions irréductibles. Si la République a un contenu, c’est bien dans sa capacité à trouver un équilibre entre les trois piliers de la devise républicaine. Si au nom de la fraternité ma solidarité envers mes concitoyens est obligatoire, alors que reste-t-il de ma liberté de choisir qui aimer et qui haïr ? Comment concilier l’égalité et la liberté d’entreprendre ?

      [De cette politique (faut-il obligatoirement la nommer “de gauche” ?) se distingue aisément une politique opposée (faut-il la nommer “de droite” ?) promouvant, elle, plus d’interdits, moins d’égalité et moins de solidarité (et les discours poussant dans ce sens ne manquent pas).]

      Sur la liberté, je pense que vous cédez à une position manichéenne : d’un côté la liberté, de l’autre côté l’interdit. Mais abolir les interdits vous rend-il plus « libre » ? Vous sentiriez-vous plus « libre » demain si l’interdit sur la violence physique était levé, si chacun pouvait aller taper ou tuer son voisin sans qu’un « interdit » s’y oppose ? C’est ce que les gauchistes de tout poil n’ont jamais compris : c’est l’interdit qui nous sort de la loi de la jungle, qui nous permet même de définir la liberté : « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». Cette formule contient en elle-même un interdit, à savoir, de « faire ce qui nuit à autrui ».

      Sur l’égalité, oui, les discours abondent pour « moins d’égalité ». Mais ils se situent aujourd’hui largement « à gauche », notamment avec la logique de discrimination positive, de plus en plus présente dans nos institutions, ou le rejet de la méritocratie.

      Quant à la « solidarité »… elle est pratiquement absente dans les discours de « la gauche », largement remplacée par la « charité ». Car il faut rappeler que la « solidarité » est un rapport symétrique, alors que la charité est asymétrique. Or, quand on entend le discours de « la gauche » relatif par exemple aux migrants, on entend beaucoup parler des devoirs qu’aurait la France envers les migrants, mais guère des devoirs que ces derniers ont envers la France.

      Je ne sais si “la gauche” a eu un jour le monopole du cœur. Mais si elle l’a eu, ce n’est plus le cas depuis bien longtemps. Depuis la fin des années 1960, avec la prise de pouvoir des classes intermédiaires, la gauche “républicaine”, celle qui cherchait le bon équilibre entre liberté, égalité et fraternité, a laissé la place à la gauche “démocrate”, qui s’est joyeusement assis sur ces valeurs. Aujourd’hui, après avoir vu ce que les groupuscules gauchistes ont fait de l’université, et comment la “liberté” des enseignants qui ne sont pas dans le politiquement correct a été piétinée avec la bienveillance de l’ensemble de la communauté universitaire (cf Grenoble), je ne suis plus persuadé que la liberté, l’égalité et la fraternité soient mieux défendues par “la gauche” que par “la droite”.

  8. Claustaire dit :

    [Dans une réunion de « la gauche »… le discours m’est familier quand bien même il me fait enrager. Dans une réunion de droite, je me sens étranger, quand bien même je serais d’accord avec l’orateur… ]
     
    Donc, le discours de gauche vous fait enrager (indicatif) alors que vous pourriez (conditionnel) plutôt être d’accord avec un discours de droite (vous auriez juste à préciser vos conditions).
     
    Ce qui implique, en outre, que vous faites bien une différence entre la “gauche” (qui ne saurait se réduire à la trahison d’un héritage) et la “droite” (dont vous ne dites guère, c’est dommage, où se trouverait votre accord. Mais ce sera peut-être l’objet de votre prochaine publication et de votre coming out ). A force d’être déçu de la gauche actuelle (dont vous espérez la fin annoncée, avouez-vous), c’est bien à la droite actuelle que vous accorderiez votre préférence. Et dans, ce cas, rassurez-vous, vous seriez majoritaire dans le pays, dont vous partageriez le “bon sens” et le réalisme.
     

    • Descartes dit :

      @ Claustaire

      [« Dans une réunion de « la gauche »… le discours m’est familier quand bien même il me fait enrager. Dans une réunion de droite, je me sens étranger, quand bien même je serais d’accord avec l’orateur… » Donc, le discours de gauche vous fait enrager (indicatif) alors que vous pourriez (conditionnel) plutôt être d’accord avec un discours de droite (vous auriez juste à préciser vos conditions).]

      Ce n’est pas ce que j’ai écrit. J’ai écrit que « quand bien même » il me ferait enrager (« quand bien même » est une locution qui indique une possibilité, et non une certitude »), il me serait tout de même familier. Mon expression et donc équilibrée, et les deux branches de l’alternative indiquent une éventualité.

      En cherchant la petite bête, vous avez à mon avis manqué le sens de mon paragraphe. J’y vais souvent dans les réunions et les meetings politiques, de gauche et de droite, par curiosité, pour sentir l’ambiance, pour entendre ce qui se dit. Et il peut arriver que je sois, à un moment donné, en accord ou en désaccord avec l’orateur, qu’il soit « de gauche » ou « de droite ». Mais même lorsque je suis en désaccord avec un orateur « de gauche », j’ai avec lui une forme de familiarité, que je ne retrouve pas avec un orateur « de droite » même lorsque je suis d’accord avec lui. Mon point est qu’il existe un « à gauche » une culture, un langage, des références qui sont communes. Mais ces éléments ne présument nullement d’un accord idéologique. On peut dire des choses monstrueuses dans un langage qui vous est familier…

      [Ce qui implique, en outre, que vous faites bien une différence entre la “gauche” (qui ne saurait se réduire à la trahison d’un héritage) et la “droite” (dont vous ne dites guère, c’est dommage, où se trouverait votre accord.]

      Absolument pas. Je fais bien une différence entre « la gauche » et « la droite », mais c’est une différence uniquement fondée sur un héritage – ce langage, ces références, cette culture dont je vous ai parlé plus haut. Mais comme je vous l’ai dit plus haut, le fait d’utiliser un langage « de gauche » ne garantit nullement que les idées exprimées me conviennent mieux, et le fait d’utiliser un langage « de droite » ne disqualifie pas le message.

      Prenons un exemple : quand j’entends Henri Guaino parler de la nation et de la souveraineté, il exprime des idées avec lesquelles je suis fondamentalement d’accord. Mais il les exprime avec le langage et les références de la droite, et quelquefois ce langage, ces références peuvent me mettre mal à l’aise, alors que le fond de la pensée est très proche du mien. A l’inverse, le langage et les références d’un Mélenchon peuvent me séduire, mais lorsque je vais dans le fonds du discours, je suis en complet désaccord avec lui.

      Je rejette absolument l’idée que je serais « d’accord avec la droite » ou « en désaccord avec la gauche ». Et je la rejette non parce qu’elle est fausse, mais parce qu’elle n’a pas de sens. Ni « la droite » ni « la gauche » ne portent une idéologie avec laquelle on pourrait être d’accord ou en désaccord. Il y a dans « la droite » et dans « la gauche » une infinité de nuances, de visions et de pensées contradictoires. La seule chose qui fait l’unité des deux blocs, c’est la revendication d’un héritage. Et on ne peut être « d’accord » ou « en désaccord » avec un héritage. Vous noterez d’ailleurs que de plus en plus « la gauche » revendique l’héritage de « la droite », en la personne de De Gaulle…

      [Mais ce sera peut-être l’objet de votre prochaine publication et de votre coming out.]

      Il est fait depuis longtemps. Mais ce n’est pas le « coming-out » auquel vous pensez (ou espérez ?). Le contenu de mon « coming-out » est simple : si je reste culturellement un homme « de gauche » (car on ne guérit pas de sa jeunesse), je ne reconnais plus aux étiquettes « de gauche » comme « de droite » la moindre valeur en termes idéologiques. Autrement dit, je récuse l’idée qu’en sachant qu’untel est « de gauche » ou « de droite » on pourrait anticiper les valeurs qui l’animent, la politique qu’il mettrait en œuvre s’il était au pouvoir – et je ne vous parle pas seulement du pouvoir d’Etat, mais de la moindre parcelle de pouvoir dans quelque institution que ce soit.

      Prenons un exemple concret : pendant longtemps, « la gauche », c’était une vision rationaliste et cartésienne du monde. C’est au nom de la raison qu’elle a combattu l’obscurantisme religieux et couvert le pays d’écoles. C’est cela cet « héritage » qui fait de moi un homme « de gauche ». Mais que reste-t-il de cet héritage ? Quand une personne se revendique « de gauche » tout en menant le combat contre les vaccins et pour l’homéopathie, on peut se poser des questions. Alors vous m’excuserez, mais entre l’antivax « de gauche » et le cartésien « de droite », je n’ai pas honte à dire que je suis d’accord avec ce dernier. Et si cela est un « coming-out » pour vous, c’est que vous ne lisez pas attentivement ma prose…

      [A force d’être déçu de la gauche actuelle (dont vous espérez la fin annoncée, avouez-vous), c’est bien à la droite actuelle que vous accorderiez votre préférence.]

      Pourquoi ? Ce n’est pas parce qu’on est déçu par la peste qu’on doit « préférer » le choléra. Entre deux maux, je ne choisis pas. J’espère la « fin » de la gauche parce que sa disparition permettrait enfin d’ouvrir un débat politique qui ne soit pas structuré par l’opposition de deux fantasmes. Tant que le débat se réduit à la meilleure façon de « battre la droite », on n’ira nulle part.

      Après, en 2027, il faudra choisir non pas entre « la droite » et « la gauche », mais entre des candidats qui représenteront des électorats différents – et dont on peut supposer qu’une fois au pouvoir ils feront avancer les intérêts. A ce moment-là, je ferai mon choix et croyez-moi, je n’oublierai pas de le faire savoir…

      • Lhaa Francis dit :

             Semblerait qu’à l’Université d’été du PCF à Toulouse on ait  ”  causé  ”  de l’abandon de la dictature du prolétariat en …76  ?  De dangereux maniaques, je vous dis.

        • Descartes dit :

          @ Lhaa Francis

          [Semblerait qu’à l’Université d’été du PCF à Toulouse on ait ”causé” de l’abandon de la dictature du prolétariat en …76 ? De dangereux maniaques, je vous dis.]

          Je ne saurais vous dire, je n’y étais pas. Je ne suis plus militant communiste, et je ne vais donc à ce genre de réunions que si je suis invité. Mais si je crois ce que j’entends, il y a aujourd’hui au Parti une certaine volonté de rediscuter des questions qui ont été mises sous le tapis depuis les années 1970. Avec un peu de chance, un jour il y aura peut-être un retour critique sur la “mutation”… mais je doute que ce soit de mon vivant.

          • Lafleur dit :

            Ne désespérez pas ! L’espoir est dialectique.  Après le pessimisme de l’intelligence, n’oubliez jamais l’optimisme de la volonté ! L’idéal ! Nous devons discerner, dans les contradictions du présent, les possibilités réelles de transformation et contribuer consciemment à leur réalisation. Haut les cœurs !

        • Lafleur dit :

          @ Lhaa Francis 
          Je pense justement que le sujet mérite mieux que le sarcasme. Pour ma part, je serais favorable à ce que nous revenions sérieusement sur l’abandon de la dictature du prolétariat en 1976. Mais pas pour restaurer mécaniquement une formule : il faut reprendre le contexte de 1976 et surtout tirer le bilan de ce choix depuis cinquante ans. Nous vivons de plus en plus la dictature voire la tyrannie de la bourgeoisie qui peut compter sur l’idéologie pour perdurer. Jusqu’à quand est la question vu la régression et la paupérisation qui guette. 
          Il faut également faire le bilan critique de la « démocratie avancée » de Marchais : qu’a-t-elle permis, quelles limites a-t-elle révélées et que signifie aujourd’hui la question du pouvoir populaire dans une société beaucoup plus complexe, avec un salariat recomposé et des formes nouvelles de domination du capital ?
          La question n’est pas un mot d’ordre à restaurer, mais celle, très concrète, du pouvoir de classe, de l’État, de la démocratie et de la transformation des rapports de production. Alors oui, « causons-en » ! Mais sérieusement : ni nostalgie, ni renoncement. Après cinquante ans, il est peut-être temps de faire enfin le bilan.
           

      • Claustaire dit :

        Je vous remercie pour le temps que vous accordez à nos échanges. Surtout que je ne suis pas le seul à vous solliciter ou vous interpeller.
         
        [Ceux qui ont « défilé avec les islamistes » non seulement PRETENDENT être « de gauche », mais ils sont RECONNUS COMME TELS par l’ensemble des gens qui, eux aussi, se prétendent de gauche.]
         
        Vous pointez bien là un des mortels dilemmes (je dis mortels, parce qu’on en meurt, je le sais du fond de ma tombe) de gens qui se pensent “de gauche” : malgré les préventions voire les rejets qu’inspire un JLM (ou à guère moindre degré LFI), se forcer (se condamner ?) à voter NUPES (en 2022) ou NFP (en 2024) pour éviter au pays des LRN (j’additionne les LR de Retailleau & Co et le RN) était, alors, le seul vote possible (pour des gens qui se pensent “de gauche”).
         
        De la même manière, en 1936, des communistes et des socialistes ont appelé à voter pour un Front Populaire (d’union de la gauche) malgré les légitimes inquiétudes que s’inspiraient réciproquement socialistes et communistes. Pour ma part, cela a encore été le cas aux législatives de 2022 et 2024, où j’ai voté NUPES puis NFP tant la victoire du RN (un parti distinguant les “vrais Français” des “autres” Français) semblait dangereusement proche.
         
        Toute une importante partie de la jeunesse engagée de notre pays continue de soutenir LFI et JLM malgré les (à mes yeux mortels) dérapages antisémites (d’ailleurs, je ne sais s’il faut parler de dérapages, de provocations ou de “sifflet à chiens” / collusions tacites entre complices) de ce dernier. En tout cas, il est hors de question que je vote encore pour un mouvement ou un candidat se permettant de telles bassesses (fût-ce, comme vous le suggérez, en en jouant juste électoralement). 
         
        Pour ma part, un mouvement jouant sur l’antisémitisme (du moins supposé) de ses supporteurs est clairement un mouvement d’extrême-droite. Et du coup, le parti opposé, jouant la lutte contre l’antisémitisme (ce que le RN fait à fond) ne peut que gagner des points. Heureusement ( je dis heureusement pour qui peut démasquer Tartuffe), dans sa dénonciation de l’antisémitisme et sa lutte pour l’égalité républicaine, le RN  ne manque guère l’occasion de stigmatiser tout ce qui serait un peu trop visiblement musulman ou immigré (de faciès, de nom, voire de sans-papiers), ce qui permet encore de savoir où ne pas mettre ses pieds (ni son bulletin).
         
        Vous rappeliez récemment que même Hollande, un autre de ces “traîtres à la gauche” avait eu tort (au lendemain des sanglants attentats du  13 novembre 2015) de vouloir que des gens disposant du privilège de deux nationalités puissent être privés de celle du pays contre lequel ils pratiquaient le terrorisme. Proposition qui avait été applaudie debout par la quasi unanimité du Congrès (A.N. + Sénat). Pour ma part, c’est d’être revenu sur cette proposition, si légitimement, à mon avis, et uniment applaudie par les représentants de la nation, qui l’aura (entre autres) perdu, et de réputation et de possible réélection.
         
        Le “présent immanent”, c’est l’intrusion d’un présent qui empêche le futur qu’on pourrait encore espérer pallier. D’où la nécessité de s’adapter à cette monstrueuse immanence, alors que naguère on pouvait encore espérer l’éviter, la prévenir, etc.
         
        La croissance infinie impossible dans un monde fini, c’est bien sûr celle de produits issus d’énergies ou de matières non (ou peu) renouvelables, et pas celle de la part immatérielle (culturelle) de l’humanité.
         
        Quant aux tensions implicites à notre devise républicaine de Liberté, Égalité, Fraternité, vous prêchez un convaincu. Mais je les rappelais juste à qui aurait oublié les basiques de l’universalisme du rationalisme humaniste tous azimuts (et donc toujours révolutionnaire – et “de gauche”-  dans un monde où tant l’égoïsme que la superstition n’ont pas fini de nuire). Vous auriez d’ailleurs pu noter que, parlant de Liberté(s), je le précisais “dans le maximum de respect mutuel des unes et des autres”. 
         
        Sur le fond, ces basiques notions, valeurs ou juste devise républicaine (Liberté, Egalité, Fraternité) me semblent à la fois un bel horizon où tendre nos efforts et un crible pour rejeter du nocif au commun partageable.
         
        Bien à vous, camarade citoyen.
         
         
         
         

        • Descartes dit :

          @ Claustaire

          [Je vous remercie pour le temps que vous accordez à nos échanges. Surtout que je ne suis pas le seul à vous solliciter ou vous interpeller.]

          Ne me remerciez pas, je prends un grand plaisir à répondre, ca me permet d’alimenter ma réflexion et de remettre en cause mes raisonnements. C’est vous qui me faites honneur en commentant…

          [Vous pointez bien là un des mortels dilemmes (je dis mortels, parce qu’on en meurt, je le sais du fond de ma tombe) de gens qui se pensent “de gauche” : malgré les préventions voire les rejets qu’inspire un JLM (ou à guère moindre degré LFI), se forcer (se condamner ?) à voter NUPES (en 2022) ou NFP (en 2024) pour éviter au pays des LRN (j’additionne les LR de Retailleau & Co et le RN) était, alors, le seul vote possible (pour des gens qui se pensent “de gauche”).]

          Mais pensez aussi au raisonnement symétrique. Est-ce que pour les électeurs du PCF le PS ne suscite pas, lui aussi, des « préventions » ? Il est trompeur à mon avis de représenter la gauche comme divisée en deux ensembles, d’un côté l’ensemble PS+PCF+EELV qui seraient le « bien », de l’autre les hordes mélenchonistes qui seraient le « mal ». Pour ne prendre que mon cas, j’aurais plus de mal à voter pour Glucksmann qu’à le faire pour Mélenchon. Personnellement, en 2022 comme en 2024 je n’aurais pas voté pour un candidat LFI pas plus que je n’aurais pas voté pour un candidat PS ou EELV.

          Ce que je pense être le problème, c’est que « éviter au pays les LRN » est devenu le seul horizon de la gauche. On ne parle plus de projet, de vision, de la France qu’on veut dans vingt ans. Non, le moteur de l’activité intellectuelle de « la gauche » est lié non pas à ce qu’on veut, mais à ce qu’on ne veut pas. Et bien, moi, je ne me soumets pas à cette aberration. Je ne vote pas pour une aberration pour en éviter une autre.

          [De la même manière, en 1936, des communistes et des socialistes ont appelé à voter pour un Front Populaire (d’union de la gauche) malgré les légitimes inquiétudes que s’inspiraient réciproquement socialistes et communistes.]

          Oui. Mais en 1936 on a voté pour un projet, et non simplement pour « éviter au pays les LRN ». En 2022 avec la NUPES et encore plus en 2024 avec le NFP, rien de tel. Il était clair que les organisations qui faisaient partie de ces alliances n’avaient pas de projet commun, et encore moins l’intention de gouverner ensemble. Les palinodies sur le choix d’un candidat du NFP à la place de premier ministre l’ont bien montré : on n’est arrivé à se mettre d’accord qu’en proposant une non-personnalité – et je pèse mes mots – qui n’avait aucune chance d’aller nulle part.

          [Pour ma part, cela a encore été le cas aux législatives de 2022 et 2024, où j’ai voté NUPES puis NFP tant la victoire du RN (un parti distinguant les “vrais Français” des “autres” Français) semblait dangereusement proche.]

          Et bien, j’ai le regret de vous informer que vous avez voté pour des organisations qui, elles aussi, distinguent les « vrais Français » des « autres Français ». Pensez à la définition que donne Mélenchon de la « nouvelle France » : « Il s’agit aussi d’un ensemble de groupes sociaux émergents, en pleine dynamique et particulièrement visés par le système économique et politique ». Vous n’êtes pas membre d’un « groupe social émergent, en pleine dynamique » ? Vous n’êtes pas dans la « nouvelle France »…

          Le problème ici est qu’on continue à voter en fonction des « petits mots » des uns et des autres, et non en fonction de politiques substantielles. Les partis du « cercle de la raison » ont installé le communautarisme, désindustrialisé le pays, transféré le pouvoir de décision à Bruxelles, détruit l’école et l’université. Mais attention, ils ne distinguent pas les « vrais Français » des « autres Français ». Alors, il faut continuer à voter pour eux.

          [Toute une importante partie de la jeunesse engagée de notre pays continue de soutenir LFI et JLM malgré les (à mes yeux mortels) dérapages antisémites (d’ailleurs, je ne sais s’il faut parler de dérapages, de provocations ou de “sifflet à chiens” / collusions tacites entre complices) de ce dernier.]

          Et alors ? A supposer même qu’une « importante partie de la jeunesse » soutienne JLM, qu’est-ce que cela prouverait ? Vous savez, les démagogues ont toujours eu plus de succès avec ceux qui ont le moins d’expérience. Ceux qui ont nos âges peuvent se souvenir du Mélenchon qui défendait le traité de Maastricht ou le « tournant de la rigueur ». Pour ceux qui ont 18 ans aujourd’hui, tout ça, c’est le moyen âge.

          [En tout cas, il est hors de question que je vote encore pour un mouvement ou un candidat se permettant de telles bassesses (fût-ce, comme vous le suggérez, en en jouant juste électoralement).]

          C’est quand même drôle. Encore une fois, vous semblez plus sensible aux « petites phrases » qu’aux politiques substantielles. Vous avez voté pour Mélenchon malgré ses propositions communautaristes, malgré sa politique énergétique, malgré ses liens avec l’islamisme. Mais dès lors qu’il y a des « dérapages antisémites », vous ne voulez plus voter pour lui…

          [Pour ma part, un mouvement jouant sur l’antisémitisme (du moins supposé) de ses supporteurs est clairement un mouvement d’extrême-droite.]

          Vous vous rappelez des mots de Mitterrand sur le « lobby juif » ?

          [Vous rappeliez récemment que même Hollande, un autre de ces “traîtres à la gauche” avait eu tort (au lendemain des sanglants attentats du 13 novembre 2015) de vouloir que des gens disposant du privilège de deux nationalités puissent être privés de celle du pays contre lequel ils pratiquaient le terrorisme. Proposition qui avait été applaudie debout par la quasi-unanimité du Congrès (A.N. + Sénat). Pour ma part, c’est d’être revenu sur cette proposition, si légitimement, à mon avis, et uniment applaudie par les représentants de la nation, qui l’aura (entre autres) perdu, et de réputation et de possible réélection.]

          Chacun est maître de ses opinions. Le problème chez Hollande, ce n’est pas la substance de cette proposition, que les raisons qui l’ont poussé à la faire. Si Hollande était convaincu que les double-nationaux qui s’attaquent à la France doivent être déchus de leur nationalité, pourquoi a-t-il attendu le lendemain des attentats du 13 novembre 2015, plus de trois ans après sa prise de fonctions, pour le proposer ? Réponse évidente : parce qu’il s’agissait de surfer sur la vague au lendemain des attentats, et redorer son score de popularité particulièrement défaillant. Et s’il est revenu dessus, c’est exactement pour la même raison : le temps passant, il s’est aperçu que cette affaire était pour lui un boulet plutôt qu’un moyen pour gagner des voix.

          [La croissance infinie impossible dans un monde fini, c’est bien sûr celle de produits issus d’énergies ou de matières non (ou peu) renouvelables, et pas celle de la part immatérielle (culturelle) de l’humanité.]

          La croissance, telle qu’elle est mesurée aujourd’hui, est l’addition des deux.

          • Lhaa Francis dit :

                 Le lobby judéo-auvergnat, qui avait réussi à glisser trois au moins de ses stipendiés au plus haut niveau de l’Etat est autrement plus dangereux.

    • Lafleur dit :

      @Claustaire
      Je vous confirme pour ma part que Descartes est politiquement de gauche, et je ne le dis ni par complaisance ni par démagogie. Il l’est de manière sincère et cohérente avec sa trajectoire : ses papiers sont profondément marqués par cette filiation politique.
      D’ailleurs, peut-être pourriez-vous faire vous aussi votre « coming out » de gauche ? Ce qui l’irrite et le désespère, c’est précisément une certaine gauche contemporaine qu’il identifie, à raison à mon sens, au gauchisme, à l’opportunisme, au confusionnisme, à l’idéalisme, à l’anti-science, à l’anti-progrès ou à une forme d’individualisme libertaire. Sur beaucoup de ces questions, il se retrouve en opposition frontale avec elle. Et il le dit!Il faut aussi prendre au sérieux sa culture philosophique et politique, qui passe notamment par la tradition allemande et Hegel, mais aussi par Marx et toute une histoire de la pensée de l’État, de la République et du progrès. Il est donc plus à gauche que les Tondelier, Jadot, Glucksmann, Macron, Hollande, Mélenchon etc. Cela explique peut-être aussi pourquoi il peut avoir davantage de compréhension pour certains aspects du gaullisme : ce n’est pas nécessairement un déplacement « à droite », mais une sensibilité à la question de l’État, de la souveraineté, des institutions et de l’autorité politique. Sur la division gauche/droite, il me semble d’ailleurs qu’il reste attaché à une conception où le travail, les services publics, l’intérêt général et la souveraineté populaire occupent une place centrale. Il refuse simplement d’opposer ces exigences à la nécessité d’institutions, de règles et d’une autorité publique capable de les faire respecter.La difficulté est peut-être précisément là : à force de confondre gauche, gauchisme et individualisme libertaire, une partie de la gauche contemporaine a fini par perdre de vue ce qui faisait historiquement sa force : le travail, la production, l’organisation collective, le progrès, la raison, l’État républicain et la transformation sociale.
      Et je crois que c’est aussi pour cela que le dialogue avec Descartes est intéressant : on peut discuter certaines de ses analyses sans lui dénier sa place dans une tradition de gauche. À l’inverse, reconnaître cette filiation ne nous oblige évidemment pas à partager toutes ses conclusions. C’est justement cette discussion contradictoire qui est utile.. 

      • Descartes dit :

        @ Lafleur

        [Je vous confirme pour ma part que Descartes est politiquement de gauche, et je ne le dis ni par complaisance ni par démagogie. Il l’est de manière sincère et cohérente avec sa trajectoire : ses papiers sont profondément marqués par cette filiation politique.]

        « La gauche », c’est une filiation, et c’est ma filiation. Cela ne vous dit pas grande chose sur ce que je pourrais vouloir pour la France demain. On peut être néolibéral et « de gauche », on peut être étatiste « de gauche »…

        [Il faut aussi prendre au sérieux sa culture philosophique et politique, qui passe notamment par la tradition allemande et Hegel, mais aussi par Marx et toute une histoire de la pensée de l’État, de la République et du progrès. Il est donc plus à gauche que les Tondelier, Jadot, Glucksmann, Macron, Hollande, Mélenchon etc.]

        Non. Je me refuse justement à rentrer dans le débat de qui est « plus à gauche » et qui est « moins à gauche ». Aujourd’hui, « la gauche » n’est pas caractérisée par un corpus idéologique – ce qui permettrait de juger qui est plus ou moins proche à ce corpus – mais par le fait de se revendiquer d’un héritage. Tondelier, Jadot, Glucksmann, Hollande, Mélenchon et même Macron se revendiquent héritiers des grandes luttes du mouvement ouvrier, même s’ils les trahissent consciencieusement. Je partage avec tous ces personnages la même revendication de l’héritage. Ce qui nous différentie, c’est ce que nous en faisons.

        • Claustaire dit :

          @Lafleur @ Descartes
           
          Merci pour ces échanges, ces interpellations, ces réponses et parfois répliques. Merci pour les explications que cela permet.
           
          Le positionnement politique de Descartes le plus explicite qui me soit apparu de sa part, et dès le début de nos échanges, remonte à l’époque ou la GB venait de voter le Brexit et où notre hôte expliquait qu’il était logique que les plus grandes difficultés aient été faites ensuite à la GB pour organiser cette sortie de l’UE, car l’Eurocratie voulait, à propos de ce Brexit, faire passer urbi et orbi le message qu’il serait difficile voire impossible à quiconque de quitter, aisément, l’UE une fois qu’on se serait mis dans ses liens.
           
          Quoique ne partageant pas cette opinion, j’avais été épaté par sa logique et sa force démonstrative.
           
          Par d’autres lectures de son blog, j’avais eu l’impression que j’avais affaire à un souverainiste (de gauche), genre Chevènement, ce qui ne pouvait pas me déplaire.
           
          Depuis le début, nous nous opposons sur ce que nous pouvons attendre ou redouter de l’UE. Pour ma part, social-démocrate ‘écolo’, laïque et libéral, habitant en Alsace-Moselle, cette région frontalière qui en moins d’un siècle changea trois fois de nationalité, suite à des guerres, je suis peut-être pour cette raison plus que d’autres sensible à cette impérieuse nécessité de tenter de construire l’UE la plus puissante et cohérente possible, à la fois pour tenter de réduire les éventuelles hostilités ou rivalités (que je ne confonds pas avec concurrence libre et non faussée) entre les nations qui la composent par le maximum de coopération intraeuropéenne, avec, en outre, le souci de tenter de pouvoir par cette UE mieux résister aux impérialismes concurrents qui nous menacent.
           
          Néanmoins, afin de dénoncer la dérive néolibérale de cette UE (j’étais alors un militant d’ATTAC et du PS, que j’ai quittés depuis), tout en étant conscient de la nécessité de lui assurer une Constitution, j’ai voté Non lors du référendum sur le TCE. En ignorant, hélas, à quel point ce Non servirait ensuite d’illustration de la faillite démocratique de cette UE qui, après un Non référendaire, vota néanmoins ensuite au peuple français (par ses représentants démocratiquement élus, faut-il le rappeler) une pseudo-constitution par le traité de Lisbonne (si je ne me trompe pas).
           
          La situation actuelle de la gauche, voire des gauches, me désespère profondément. J’en ai suffisamment parlé ici, surtout pour tenter d’exprimer mon angoisse à l’idée d’être coincé dans un dilemme qui me condamnerait à choisir entre un populisme internationaliste et un populisme nationaliste.
           
          Pour tenter d’échapper (fût- ce façon insignifiante, vu le rien que nous sommes les uns et les autres) à ce dilemme, je m’en vais, dès cet a-m, à défaut de plus enthousiasmant, verser une cotisation à “Place publique” et m’inscrirait dès que possible pour participer aux primaires de la social-démocratie.
           
          Avec mes respects, camarades citoyens. Vive la République, vive la France au sein d’une Union européenne démocratique, sociale et écologique !
           

          • Descartes dit :

            @ Claustaire

            [Depuis le début, nous nous opposons sur ce que nous pouvons attendre ou redouter de l’UE. Pour ma part, social-démocrate ‘écolo’, laïque et libéral, habitant en Alsace-Moselle, cette région frontalière qui en moins d’un siècle changea trois fois de nationalité, suite à des guerres, je suis peut-être pour cette raison plus que d’autres sensible à cette impérieuse nécessité de tenter de construire l’UE la plus puissante et cohérente possible, à la fois pour tenter de réduire les éventuelles hostilités ou rivalités (que je ne confonds pas avec concurrence libre et non faussée) entre les nations qui la composent par le maximum de coopération intraeuropéenne, avec, en outre, le souci de tenter de pouvoir par cette UE mieux résister aux impérialismes concurrents qui nous menacent.]

            Je comprends les raisons de votre positionnement sur le principe, mais j’ai du mal à voir comment vous pouvez rester sur cette idée alors que l’expérience de ces quarante dernières années à démenti radicalement ce discours.

            Prenons la question des « impérialismes concurrents ». L’UE a donné des dizaines, des centaines d’exemples de son incapacité à résister, même symboliquement, à l’empire américain. On l’a vu lors des guerres de Yougoslavie, on l’a vu avec l’invasion américaine en Irak, et plus récemment avec la capitulation en rase campagne de Von der Leyen devant Trump sur les droits de douane, ou bien avec la passivité devant le génocide à Gaza.

            Quant aux « hostilités et rivalités », l’UE n’a rien fait pour les atténuer. Il est vrai que les pays européens ne se font pas la guerre depuis 1945… alors que la CEE n’est née qu’en 1957. Prétendre que c’est la construction européenne qui a fait la paix est donc une absurdité. Ce qui a fait qu’on ne se bat plus sur le continent européen, c’est d’une part l’existence de l’URSS qui a coalisé les bourgeoisies européennes, et d’autre part que la guerre est devenue trop chère – que ce soit en termes d’armement ou de destructions subies – et rapporte de moins en moins. Les riches ne font plus la guerre, ils payent d’autres pour la faire à leur place. Et la construction européenne ne change rien à l’affaire.

            J’ajoute que je n’ai rien contre la « coopération », qu’elle soit intra ou extra européenne (pourquoi faire la différence ?). Mais la coopération ne nécessite nullement une structure supranationale, elle peut parfaitement être le fait d’un accord entre nations, ce qui garantit que la coopération en question est mutuellement avantageuse – ce qui n’a aucune raison d’être le cas lorsqu’elle est imposée par un organisme supranational. Les exemples abondent : ainsi, par exemple, la France a une longue histoire de coopération scientifique et industrielle avec l’URSS puis la Russie en matière nucléaire, coopération qui a résisté à tous les avatars politiques – guerre d’Ukraine incluse – sans pour autant qu’on se soit encombré d’une autorité supranationale.

            [Néanmoins, afin de dénoncer la dérive néolibérale de cette UE (j’étais alors un militant d’ATTAC et du PS, que j’ai quittés depuis),]

            Je ne vois pas pourquoi vous parlez de « dérive ». Utiliser ce mot, c’est imaginer que l’orientation néolibérale s’est insinuée comme un passager clandestin dans un projet qui n’était pas pensé dans cette direction. Or, ce n’est pas le cas : le néolibéralisme est au cœur du projet européen, et cela dès le départ, même s’il n’est avoué et assumée que depuis l’Acte unique, et avec le traité de Maastricht aucune ambigüité ne subsistait. Il ne s’agit donc nullement d’une « dérive ». Vous n’avez pas voulu voir, et vous n’avez donc pas vu. L’envie de croire, voyez-vous, est la force la plus puissante connue dans ce monde…

            [(…) tout en étant conscient de la nécessité de lui assurer une Constitution, j’ai voté Non lors du référendum sur le TCE. En ignorant, hélas, à quel point ce Non servirait ensuite d’illustration de la faillite démocratique de cette UE qui, après un Non référendaire, vota néanmoins ensuite au peuple français (par ses représentants démocratiquement élus, faut-il le rappeler) une pseudo-constitution par le traité de Lisbonne (si je ne me trompe pas).]

            Je pense que vous vous trompez. Le traité de Lisbonne reste un traité, il a le même niveau que les traités qui l’ont précédé, et n’a pas de hiérarchie constitutionnelle. En ce sens, le « non » de 2005 a eu un effet majeur : il a enterré – pour longtemps, on peut l’espérer – la possibilité de donner à la construction européenne un statut supra-constitutionnel.

            Quant à la « faillite démocratique » de la construction européenne, elle était évidente même avant le « non » de 2005. Simplement, on – et quand je dis « on » je pense aux classes intermédiaires, que leurs intérêts poussent résolument vers l’eurolâtrie, et à l’establishment politique et médiatique qui est leur porte-voix – n’a pas voulu le voir. Et cet aveuglement était tel qu’ils ont cru un moment que la ratification du TCE serait une partie de plaisir. Il faut d’ailleurs rendre hommage à Jacques Chirac, qui a appelé le peuple à se prononcer directement, alors qu’il aurait très bien pu passer par la voie du congrès, où le traité aurait probablement été voté sans difficulté, tant le décalage entre le peuple et les institutions est grand sur ces questions. Vous noterez d’ailleurs que la parenthèse s’est vite refermée : on a fait passer le traité de Lisbonne et tout est rentré dans l’ordre, sans grande préoccupation pour la « faillite démocratique »…

            [La situation actuelle de la gauche, voire des gauches, me désespère profondément. J’en ai suffisamment parlé ici, surtout pour tenter d’exprimer mon angoisse à l’idée d’être coincé dans un dilemme qui me condamnerait à choisir entre un populisme internationaliste et un populisme nationaliste.]

            Je trouve révélateur que l’éventualité de devoir choisir entre les deux populismes vous angoisse, mais que la possibilité, beaucoup plus probable, que vous ayez à choisir entre le populisme nationaliste et la continuité de la politique du chien crevé au fil de l’eau ne vous inquiète nullement. Je vous rassure, vous aurez bien le choix entre Marine Le Pen et Philippe/Attal/Hollande…

            [Pour tenter d’échapper (fût- ce façon insignifiante, vu le rien que nous sommes les uns et les autres) à ce dilemme, je m’en vais, dès cet a-m, à défaut de plus enthousiasmant, verser une cotisation à “Place publique” et m’inscrirait dès que possible pour participer aux primaires de la social-démocratie.]

            Autrement dit, vous parlez plus haut de la « faillite démocratique » de la construction européenne, mais vous aimeriez porter au pouvoir l’un de ses représentants les plus impénitents ? J’avoue que je ne vous comprends pas. Vous pensez vraiment que mettre Glucksmann a l’Elysée changerait quelque chose à la politique mise en œuvre depuis quarante ans par les différents représentants du « cercle de la raison » qui se sont succédés au gouvernement ? Vous rejetez les populismes, mais vous votez pour le genre de politique qui alimente puissamment ces populismes. Glucksmann est un homme de droite revenu vers la gauche par opportunisme, un agent d’influence américain, un homme qui parle le langage et défend les intérêts des classes intermédiaires germanopratines. Un homme qui déclarait il n’y a pas si longtemps se sentir plus chez lui à New York qu’à Paris. Vous pensez vraiment que c’est cet homme qui pourrait offrir aux couches populaires une réponse qui les éloigne du « populisme nationaliste » ?

            La logique, quand on est au fond d’un trou, c’est d’arrêter de creuser. Glucksmann (ou Philippe, ou Attal, ou Faure, ou…) c’est plus de la même chose. C’est continuer dans la voie qu’une majorité de Français, surtout dans les couches populaires, ont rejeté. Et même si des choix tactiques et les imperfections du système électoral permettaient demain de dégager une majorité de façade pour continuer dans cette voie, cela n’aboutirait qu’à une chose : creuser le déficit démocratique et saper encore plus la légitimité des institutions. Réfléchissez-y : si le RN doit arriver au pouvoir, mieux vaut qu’il arrive alors que les institutions sont encore solides, et permettent d’encadrer les pouvoirs, plutôt que dans un contexte d’une véritable crise institutionnelle qui ouvrirait la porte à toutes les aventures.

            [Avec mes respects, camarades citoyens. Vive la République, vive la France au sein d’une Union européenne démocratique, sociale et écologique !]

            L’union européenne « démocratique » n’existe pas et ne peut exister, parce que pour qu’il y ait « démocratie » il faut qu’il y ait un « demos ». Et le « demos » européen n’existe tout simplement pas, et n’existera pas dans un avenir prévisible. Comme disait mongénéral, on ne fait de la politique qu’avec des réalités. Oui, vive la République, une et indivisible. Et vive la France, grande et souveraine.

            • Claustaire dit :

              [Sur l’UE, l’expérience de ces quarante dernières années à démenti radicalement ce discours ]
               
              Convenons de nos désaccords. Sans que cela nous interdise d’en parler.
               
              Si on reproche à l’UE son incapacité à réagir efficacement face à aux impérialismes, peut-on en conclure qu’il faudrait encore moins d’UE ?
               
              Si je parle de “dérive” néolibérale, c’était, comme un grand nombre d’autres observateurs, pour évoquer l’aggravation du libéralisme préalable, aux dépens des classes populaires et au profit de plus en plus exorbitant du capitalisme mondialisé. Est-il si difficile de comprendre la différence entre une “économie de marché”(où le marché est au service de l’économie) et une “société de marché” (où la société est au service du marché) ?
               
              Comme europhile ou eurolâtre invétéré, n’est-il pas logique que je soutienne Glucksmann, malgré les casseroles qu’on peut lui trouver, à lui, comme à presque tous ceux qui ambitionnent de se mêler de politique et donc d’accepter toute sorte d’entregent ?
               
              Quant au “démos” européen, qui selon vous n’existerait pas, son “cratos”, le Parlement européen, existe bel et bien. Et il n’a pas été élu par d’autres que des européens.
               
              Bien à vous.
               
               

            • Descartes dit :

              @ Claustaire

              [Convenons de nos désaccords. Sans que cela nous interdise d’en parler.]

              Cela fait maintenant plusieurs années qu’on échange sur toutes ces questions. Cela devrait vous prouver ma bonne volonté pour continuer la conversation malgré les désaccords…

              [Si on reproche à l’UE son incapacité à réagir efficacement face à aux impérialismes, peut-on en conclure qu’il faudrait encore moins d’UE ?]

              Pas automatiquement. L’incapacité de l’UE a réagir efficacement face aux impérialistes montre en tout cas que « plus de UE » ou « moins de UE » ne change en rien la capacité de l’UE a réagir. Le problème, c’est que « plus d’UE » implique « moins de France », et c’est là que le bât blesse. Non seulement le « plus d’UE » de ces quarante dernières années n’a pas produit une entité capable de réagir, mais cela a radicalement réduit la portée de la voix de la France, qui ne peut plus se positionner sans qu’on lui reproche son manquement à la « solidarité européenne ».

              [Si je parle de “dérive” néolibérale, c’était, comme un grand nombre d’autres observateurs, pour évoquer l’aggravation du libéralisme préalable, aux dépens des classes populaires et au profit de plus en plus exorbitant du capitalisme mondialisé. Est-il si difficile de comprendre la différence entre une “économie de marché”(où le marché est au service de l’économie) et une “société de marché” (où la société est au service du marché) ?]

              Plus que difficile, c’est impossible. C’est comme si l’on pouvait imaginer qu’on peut avoir une société, qui aurait des règles, des valeurs, des représentations qui n’auraient aucun rapport avec celles qui prévalent dans le monde économique. Que les citoyens pourraient avoir un comportement lorsqu’ils agissent en tant qu’agents économiques, et un autre totalement différente lorsqu’ils agissent en tant qu’agents sociaux. Une telle schizophrénie est tout simplement impensable.

              [Comme europhile ou eurolâtre invétéré, n’est-il pas logique que je soutienne Glucksmann, malgré les casseroles qu’on peut lui trouver, à lui, comme à presque tous ceux qui ambitionnent de se mêler de politique et donc d’accepter toute sorte d’entregent ?]

              Ce qui n’est pas logique, c’est que vous restiez un « eurolâtre invétéré » alors que l’expérience montre tous les jours combien cette vision repose sur une illusion. Mais une fois qu’on accepte le dogme europhile, il est parfaitement normal de soutenir Glucksmann, qui est la quintessence de ce que représente la construction européenne : le discours social qui occulte la pratique néolibérale, la soumission aux américains en politique internationale…

              [Quant au “démos” européen, qui selon vous n’existerait pas, son “cratos”, le Parlement européen, existe bel et bien. Et il n’a pas été élu par d’autres que des européens.]

              Quel « kratos » ? Le Parlement européen est une usine à parlottes, qui vote des « motions » qui ne lui coûtent rien en guère plus. Il ne vote pas de budget, il n’a pas d’initiative législative ni de pouvoir d’amendement… seriez-vous capable de citer un vote du Parlement européen, un seul, qui ait changé quelque chose à la face du monde ?

            • Bob dit :

              @ Descartes
               
              Je devine que vous avez passé d’excellentes vacances et que vous êtes en pleine forme  – j’en suis content pour vous – car vos différents paragraphes de réponse à Claustaire sont d’une justesse percutante remarquable.
               
               
              [Et vive la France, grande et souveraine]
              Oui !

            • Descartes dit :

              @ Bobo

              [Je devine que vous avez passé d’excellentes vacances et que vous êtes en pleine forme – j’en suis content pour vous –]

              Excellentes… je ne sais pas. Avec les canicules a répétition, je ne peux pas dire qu’elles aient été très reposantes. Mais je ne me plains pas, d’autant plus que ce seront probablement les dernières, puisqu’on me poussera bientôt – à mon corps défendant – à prendre ma retraite.

              [“Et vive la France, grande et souveraine” Oui !]

              Si vous me permettez une remarque, je me demande combien sommes nous à partager cette ambition. Si quelque chose m’effraie dans cette campagne présidentielle qui s’ouvre, c’est le manque d’ambition, de ce qu’on pourrait appeler “volonté de grandeur” chez les candidats. Aucun ne nous parle de faire de grandes choses, on se retrouve avec une campagne municipale étendue à l’ensemble du pays. Le grand projet de Mélenchon pour la France ? Refaire le découpage régional… le grand projet pour l’Ecole d’Attal ou de Philippe ? Augmenter de 10% le salaire des enseignants. Franchement, ça fait peur.

  9. Lafleur dit :

     
    @Descartes
    [La gauche malade imaginaire]
    Le titre est bien trouvé, et la référence à Molière me semble ouvrir une première discussion intéressante. Le « malade imaginaire » souffre certes de maladies qu’il se représente, mais il existe aussi autour de lui tout un système médical qui entretient ses obsessions. Je me demande donc si la gauche n’est pas à la fois malade réellement et victime d’un mauvais diagnostic.
    Elle cherche peut-être des remèdes électoraux voire électoralistes (primaire, candidat unique, cartel) à une maladie historique beaucoup plus profonde et elle bien réelle. 
     
    [Ce qui est implicite dans ce discours, c’est la croyance suivante : puisque nous sommes tous « de gauche », nous sommes tous d’accord sur les fondamentaux et pouvons donc adhérer et soutenir une politique commune. Autrement dit, les divergences entre les différentes organisations sont personnelles, et non politiques.]
    Sur ce point, je vous rejoins pleinement. La recherche permanente du « bon candidat » peut masquer des contradictions bien plus fondamentales : rapport au travail et au capital, à la production, à la nation, à l’Europe, à l’État, à la propriété et à la transformation sociale. Une unité électorale ne produit pas par elle-même une unité de projet.
    Mais cela me conduit à une question complémentaire : pourquoi ces contradictions sont-elles devenues si profondes ? Autrement dit, quelle est la maladie historique qui a progressivement désarticulé la représentation politique du monde du travail ?
    [«La gauche » est donc réunie par un héritage revendiqué. Le problème est que cet héritage est de plus en plus décalé par rapport à la réalité de l’action politique des différentes organisations qui la composent.]
    C’est probablement l’un des points les plus intéressants de votre publication. Cet écart entre héritage et pratique ne me semble toutefois pas seulement idéologique. Il résulte aussi d’une transformation matérielle du capitalisme et de la structure de classe depuis les années 1970 : financiarisation, désindustrialisation, précarisation, affaiblissement des organisations collectives du travail, professionnalisation politique et institutionnalisation.
    L’Italie du PCI est ici l’exemple extraordinaire. La dissolution du parti n’a pas résolu la crise ; elle a désarticulé une totalité qui reliait travail, syndicalisme, territoire, coopératives, municipalités, culture et organisation politique. Mais la seule conservation du communisme par Rifondazione n’a pas davantage permis de reconstruire cette totalité.
    [«La gauche » est devenue le parti dominant des classes intermédiaires.]
    C’est ici que je serais plus prudent. Il y a incontestablement une évolution sociologique des appareils et d’une partie des électorats. Je dois le regretter comme vous mais je dois l’admettre ayant fait l’effort de soutenir la dynamique du 38eme Congrès du PCF apres que Hue, Vieu et consorts aient bien sévi et bien détruit ce qui faisait la particularité du léninisme français. Mais composition sociale d’un appareil, base électorale et classe historiquement représentée ne sont pas nécessairement synonymes. Beaucoup d’ouvrier du tertiaire s’ignorent. Ils pensent être dans la classe moyenne, cette identification des classes intermédiaires. Personnellement, je suis un ouvrier qualifié du tertiaire ayant un statut grâce aux luttes sociales et à l’influence du PCF. 
    La question marxiste me semble plutôt être celle de la constitution politique d’une classe : comment des intérêts matériels deviennent-ils organisation, conscience, alliance, hégémonie et finalement pouvoir ?
    C’est peut-être pourquoi Antonio Gramsci, Nicos Poulantzas, dont la pensée est inhérente au rapport de force politique, mais aussi les expériences politiques concrètes et récentes du CPI(M) en Inde ou du PTB en Belgique, peuvent compléter utilement cette analyse.
    [« L’union de la gauche continue à fonctionner, pourquoi on peut continuer à constituer des « fronts populaires », alors que la gauche aujourd’hui n’a rien de « populaire » »]
    Oui, à condition de distinguer clairement le cartel électoral permanent du front populaire effectif, soit le rassemblement populaire, et historique. Mais je ne voudrais pas non plus que la critique de l’unité artificielle, imposé par Mélenchon le populiste et ses serviteurs intéressés ou idiots utiles, conduise à abandonner la question des alliances pour l’hégémonie et donc des institutions répondant aux objectifs d’un pouvoir réel par ceux qui produisent, dont par voie représentative. Une classe ne construit pas son hégémonie en restant seule : elle doit construire un bloc historique. L’enjeu est donc de construire des alliances autour d’un programme de transformation, sous l’impulsion des classes laborieuses organisées, afin de modifier réellement le rapport de forces entre classes. L’unité n’a de sens que si elle s’inscrit dans cette dynamique er non dans la seule addition électorale.
     [«L’unité de la gauche » est une chose artificielle, un pur accord qui permet de gagner ou de conserver des sièges, des mairies, des postes. Le présenter comme une unité de projet est se moquer du monde.]
    Je partage largement cette critique lorsqu’elle vise une unité réduite à une mécanique électorale. Mais certaines expériences montrent qu’une autre articulation est possible : le PTB avec son travail de terrain, le CPI(M) au Kerala avec ses liens entre parti, mouvements sociaux et institutions, ou encore la KPÖ à Graz avec une pratique municipale populaire.
    [Arrivés au pouvoir, l’un et l’autre feraient à peu près les mêmes choses. Ne vous laissez pas tromper par la radicalité des discours.]
    C’est sans doute ici que je serais le plus réservé. Les convergences structurelles existent, mais une analyse dialectique doit aussi prendre au sérieux les contradictions réelles entre les forces politiques. Sinon, on risque de transformer une analyse des limites communes en indifférenciation politique.Le matérialisme dialectique ne consiste pas à nier les différences parce qu’elles ne débouchent pas immédiatement sur une rupture avec le capitalisme ; il consiste à déterminer leur nature, leur fonction et leur place dans le rapport de forces.
    [«La gauche » n’est pas morte. Et c’est bien malheureux, parce que par sa présence, elle empêche d’ouvrir un véritable débat politique.]
    C’est peut-être ici que je prolongerais le plus votre propos. Et si le véritable enjeu n’était justement plus de « sauver la gauche » ?
    La maladie pourrait être la rupture progressive de la chaîne qui permettait aux intérêts populaires de devenir une puissance politique. La question de la recomposition serait alors moins : « comment réunir la gauche ? » que : comment reconstruire par le bas une force populaire autonome capable de produire une nouvelle hégémonie?
    C’est là que le « communisme de conquête » me paraît devoir être éprouvé : non comme nostalgie d’un âge d’or du PCF ou du PCI, mais comme tentative de reconstruire cette chaîne dans les conditions matérielles de la France du XXIe siècle.
    Merci en tout cas pour ce nouveau papier. Même lorsque je discute certaines de vos conclusions, je trouve toujours vos textes utiles parce qu’ils obligent à déplacer le débat des querelles de personnes vers les contradictions historiques et sociales. Et c’est précisément dans ce dialogue critique et fraternel que nous pouvons, je crois, faire progresser collectivement l’analyse.
    PS: J’ai bien pris connaissance de vos réponses et j’y réfléchis en analysant l’université d’été. J’essayerai de vous répondre prochainement.

    • Descartes dit :

      @ Lafleur

      [Le « malade imaginaire » souffre certes de maladies qu’il se représente, mais il existe aussi autour de lui tout un système médical qui entretient ses obsessions. Je me demande donc si la gauche n’est pas à la fois malade réellement et victime d’un mauvais diagnostic.]

      Le « malade imaginaire » trouve aussi un intérêt à se prétendre malade. Cela aussi pose des questions intéressants quant au positionnement de la gauche…

      [Sur ce point, je vous rejoins pleinement. La recherche permanente du « bon candidat » peut masquer des contradictions bien plus fondamentales : rapport au travail et au capital, à la production, à la nation, à l’Europe, à l’État, à la propriété et à la transformation sociale. Une unité électorale ne produit pas par elle-même une unité de projet.]

      Tout à fait. Et c’est pourquoi la « candidature unique » ne pourrait se faire qu’à partir d’une négociation pour aboutir à un projet politique et à un candidat qui le porterait. Or, cette négociation est aujourd’hui impossible. D’une part, parce que le candidat qui représente aujourd’hui plus de la moitié du potentiel électoral de « la gauche » refuse – et c’est parfaitement son droit – tout accord qui ne serait un ralliement sans conditions. Le gourou a été clair sur ce point : on ne discutera ni sur le candidat (Mélenchon), ni sur le programme (« l’Avenir en commun »), ni sur les thèmes de campagne. Et d’autre part, parce que les expériences du passé ont montré que le candidat censé porter un projet discuté avec ses alliés s’affranchit le jour suivant l’élection de celui-ci pour revenir à celui de son propre clan.

      C’est pourquoi Roussel a raison de pousser une candidature communiste. Cette position part d’un double constat : d’un côté, la soumission à Mélenchon n’apportera rien d’autre qu’une marginalisation du PCF. Sans candidat, sans programme, sans thèmes de campagne, le Parti disparaîtrait du paysage politique. De l’autre côté, inutile de rechercher un accord de gouvernement avec des gens dont on sait qu’ils ne tiendront pas leurs engagements, et qui en plus n’ont aucune chance de gouverner.

      [Mais cela me conduit à une question complémentaire : pourquoi ces contradictions sont-elles devenues si profondes ? Autrement dit, quelle est la maladie historique qui a progressivement désarticulé la représentation politique du monde du travail ?]

      La question est essentielle. D’abord, on peut constater qu’il s’agit d’un phénomène mondial. Partout dans le monde « la gauche » a divorcé d’avec le monde du travail. Ce ne sont donc pas les choix stratégiques ou tactiques de tel ou tel parti – choix qui ont varié largement d’un pays à l’autre – qui sont en cause, mais un phénomène bien plus global.

      Je pense que la meilleure explication tient à un changement majeur de l’économie mondiale, qui a modifié radicalement le rapport de forces entre les groupes sociaux, au détriment des couches populaires. C’est cette transformation qui fait que les intérêts des classes intermédiaires convergent aujourd’hui avec ceux de la bourgeoisie, alors qu’hier elles étaient plutôt du côté des couches populaires. Or, les classes intermédiaires sont celles qui détiennent les instruments intellectuels pour dominer le champ des idées. C’est pourquoi elles ont pris largement le contrôle du système politique et de l’ensemble des partis politiques. On le remarque d’ailleurs : il est difficile aujourd’hui de trouver des bourgeois ou des ouvriers à l’Assemblée nationale…

      [Mais composition sociale d’un appareil, base électorale et classe historiquement représentée ne sont pas nécessairement synonymes.]

      Pour ce qui concerne le rapport entre l’appareil et la base électorale, leur composition sociale ne coïncide pas nécessairement, mais il y a une certaine perméabilité entre l’un et l’autre. Au PCF, les changements de l’appareil ont précédé celui de la base militante, qui lui-même a précédé celui de la base électorale. L’analyse de Julien Mischi (« Le communisme désarmé : Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970 ») est très pertinente à cet égard. Après 1968, dans l’appareil du PCF les cadres venus des classes intermédiaires – enseignants, fonctionnaires territoriaux – remplacent progressivement les cadres issus de l’industrie.

      [La question marxiste me semble plutôt être celle de la constitution politique d’une classe : comment des intérêts matériels deviennent-ils organisation, conscience, alliance, hégémonie et finalement pouvoir ?]

      C’est bien ce que je pense, notamment à l’égard des classes intermédiaires. Quand je prendrai ma retraite, j’essaierai de travailler à fond cette question.

      [Oui, à condition de distinguer clairement le cartel électoral permanent du front populaire effectif, soit le rassemblement populaire, et historique. Mais je ne voudrais pas non plus que la critique de l’unité artificielle, imposé par Mélenchon le populiste et ses serviteurs intéressés ou idiots utiles, conduise à abandonner la question des alliances pour l’hégémonie et donc des institutions répondant aux objectifs d’un pouvoir réel par ceux qui produisent, dont par voie représentative. Une classe ne construit pas son hégémonie en restant seule : elle doit construire un bloc historique. L’enjeu est donc de construire des alliances autour d’un programme de transformation, sous l’impulsion des classes laborieuses organisées, afin de modifier réellement le rapport de forces entre classes.]

      Tout à fait d’accord. Je n’ai jamais défendu le « splendide isolément » des gauchistes, qui n’aboutit qu’à une logique groupusculaire. Dans une société complexe, créer un rapport de forces favorable aux forces progressistes implique des alliances, des accords, et donc des compromis et des concessions temporaires. Mais pourquoi ces alliances, ces accords – explicites ou implicites d’ailleurs – devraient être limités aux forces « de gauche » ? Pourquoi est-il légitime de signer des accords de désistement avec les néolibéraux « de gauche », alors que la foudre frappe ceux qui signeraient ces mêmes accords avec des souverainistes « de droite » ?

      Le fossé gauche/droite est une réalité politique, historique, symbolique, et on ne peut donc qu’en tenir compte. Mais sa persistance constitue à mon sens un obstacle à une recomposition qui permettrait de modifier les rapports de forces dans un sens progressiste.

      [Je partage largement cette critique lorsqu’elle vise une unité réduite à une mécanique électorale. Mais certaines expériences montrent qu’une autre articulation est possible : le PTB avec son travail de terrain, le CPI(M) au Kerala avec ses liens entre parti, mouvements sociaux et institutions, ou encore la KPÖ à Graz avec une pratique municipale populaire.]

      Je ne connais ces expériences que superficiellement, alors j’aurais du mal à commenter en détail.

      [« Arrivés au pouvoir, l’un et l’autre feraient à peu près les mêmes choses. Ne vous laissez pas tromper par la radicalité des discours. » C’est sans doute ici que je serais le plus réservé. Les convergences structurelles existent, mais une analyse dialectique doit aussi prendre au sérieux les contradictions réelles entre les forces politiques. Sinon, on risque de transformer une analyse des limites communes en indifférenciation politique.]

      Encore une fois, je ne vois pas très bien où sont les « contradictions » entre Glucksmann et Mélenchon. Tous deux répondent aux mêmes groupes sociaux, protègent les mêmes intérêts. Bien entendu, l’habillage des politiques qui feraient l’un et l’autre arrivés à l’Elysée serait probablement différent, mais sur le plan structurel, je vois mal quelle pourrait être la différence. Tiens, pourriez-vous indiquer un sujet sur lequel la politique de l’un et de l’autre seraient substantiellement différentes ?

      [La question de la recomposition serait alors moins : « comment réunir la gauche ? » que : comment reconstruire par le bas une force populaire autonome capable de produire une nouvelle hégémonie?]

      Tout à fait. Mais pour qu’un tel processus soit possible, il faut auparavant que « la gauche » meure, autrement dit, que la division « gauche/droite » cesse d’être structurante dans la politique française.

      [Merci en tout cas pour ce nouveau papier. Même lorsque je discute certaines de vos conclusions, je trouve toujours vos textes utiles parce qu’ils obligent à déplacer le débat des querelles de personnes vers les contradictions historiques et sociales. Et c’est précisément dans ce dialogue critique et fraternel que nous pouvons, je crois, faire progresser collectivement l’analyse.]

      Tout à fait. Je vous remercie de votre participation. Ce blog a été fondé comme réaction à la disparition des lieux de débat au PCF en particulier et à gauche en général. Le but n’est pas que l’on tombe d’accord, mais que chacun puisse faire cheminer sa réflexion.

  10. Patrick Sechas dit :

     
    Tout l’objet du dernier congrès du PCF, quarantième du nom, est d’opérer un virage serré vers des retrouvailles avec selon beaucoup de communistes la seule chose qui importe : un ancrage dans la réalité palpable de la lutte des classes. C’est la tendance Roussel, durablement majoritaire.
    La base sociologique du PCF est un souci en ce sens que la sensibilité spontanée de la plupart des militants n’est pas le bleu de chauffe, dont nous sommes tout de même quelques uns à en être issus, mais plutôt le jean et maillot du col blanc, du fonctionnaire ou de l’intellectuel éveillé.
    Mais tout se soigne et l’intention est bien se se tourner davantage pour ne pas dire exclusivement vers le monde complexe et multiforme de l’entreprise et de ses salarié(e)s.
    Parce que c’est là et nul part ailleurs que tout se joue et pour reconstituer un tissu de cellules d’entreprise.
    Cette nouveauté devrait faire bouger quelques oreilles, car pour une fois que de la gauche nait à nouveau un petit bruit disant que le vrai noyau nucléaire du pouvoir capitaliste est dans cette appropriation du capital et pas ailleurs, qu’il n’est aucunement dans le fatra des combats sociétaux, même s’ils sont parfaitement recevables et respectables, mais que ceux-ci sont subordonnés à la résolution centrale qu’est le combat mère de l’expropriation des capitalistes du capital.
    Tout ce que les autres s’évertuent à évacuer.
    Cette petite musique est plutôt nouvelle et je m’étonne que vous n’en soyons pas plus émus.
    D’autant que le silence assourdissant de la machine mediatico machin chose à l’endroit de ce congrès en dit long sur l’aberration qu’il introduit dans le monde bien huilé des idées fades et concensuelles.
    Les ouvriers, les employés, les salariés, cela n’existe plus. Des infos au cinéma en passant par Michel Drucker ce sont des gens dont on parle pour s’en moquer, à la grande rigueur pour évoquer des faits divers.
    Mélenchon, ce Mitterrand bis, qui vendrait père et mère pour pouvoir errer dans les rues de Paris, entouré de sa cour de révolutionnaires en carton, sous les sunlights et les caméras du monde entier, auréolé de la couronne du monarque républicain, a bien dit, sur ce ton d’enervé supérieur qui le caractérise, que le Congrès d’Amien et son intention de renverser la table c’est terminé.
    Il entérine le fait que la politique n’est l’affaire que des gens civilisés, comprenez qui ont fait leurs classes ailleurs que dans une usine, un bureau miteux ou un chantier.
    Son objectif n’étant nullement d’abattre les fondations du capitalisme mais au contraire d’y remettre un peu de ciment tout en déclamant à l’intention des naifs qui le soutiennent des envolées chavistes à la mode de chez Mouffe.
    Alors, oui, le congrès communiste est comme un ECG d’effort qui montrerait une anomalie.
    Anomalie qui nous ferait dire qu’il n’y a peut-être pas des gauches, mais une gauche qui revient aux fondamentaux en visant le cœur et d’autres qui s’égarent dans l’intention que tout change pour que rien ne change.

    • Descartes dit :

      @ Patrick Sechas

      [Tout l’objet du dernier congrès du PCF, quarantième du nom, est d’opérer un virage serré vers des retrouvailles avec selon beaucoup de communistes la seule chose qui importe : un ancrage dans la réalité palpable de la lutte des classes. C’est la tendance Roussel, durablement majoritaire.]

      Espérons-le. Mais il reste beaucoup de travail à faire. Et à résoudre un problème capital : celui que pose la composition même du corps militant et de l’appareil du Parti, où les classes intermédiaires sont massivement sur-représentées. Dans les instances du PCF, combien d’enseignants pour chaque ouvrier, combien de journalistes pour chaque femme de ménage ? Cette quasi-absence des couches populaires dans l’appareil du parti et dans son effectif militant ne peut qu’avoir un effet sur le choix des priorités politiques. Vous en parlez, d’ailleurs :

      [La base sociologique du PCF est un souci en ce sens que la sensibilité spontanée de la plupart des militants n’est pas le bleu de chauffe, dont nous sommes tout de même quelques-uns à en être issus, mais plutôt le jean et maillot du col blanc, du fonctionnaire ou de l’intellectuel éveillé.]

      Plus qu’une question de « sensibilité », c’est une question d’intérêts. On ne peut pas demander à une classe de se suicider. Et si l’appartenance à une classe ne détermine pas mécaniquement les comportements individuels, elle pèse lourdement sur les comportements collectifs…

      [Mais tout se soigne et l’intention est bien de se tourner davantage pour ne pas dire exclusivement vers le monde complexe et multiforme de l’entreprise et de ses salarié(e)s. Parce que c’est là et nulle part ailleurs que tout se joue et pour reconstituer un tissu de cellules d’entreprise.]

      C’est un projet très louable dans son principe. Mais je crains que sa mise en œuvre sur le terrain ne reste marginale. Reconstituer des cellules d’entreprise, cela implique trouver des militants qui y travaillent et qui sont capables de tenir un langage et de soutenir des revendications qui aient un sens dans le contexte du travail. Je vais vous donner un exemple : sur mon lieu de travail, la porte du bureau de permanence syndicale de la CGT n’est décorée que d’affiches relatives à « l’égalité homme-femme » et aux « violences sexistes et sexuelles ». Rien sur les salaires, rien sur les conditions de travail, rien sur le métier ou sur la carrière.… Est-ce que ce choix est de nature à parler aux travailleurs qui passent devant cette porte ?

      [Cette petite musique est plutôt nouvelle et je m’étonne que vous n’en soyons pas plus émus.]

      Il faut dire que ceux qui s’intéressent aux débats de congrès du PCF forment un club très exclusif…

      [Les ouvriers, les employés, les salariés, cela n’existe plus. Des infos au cinéma en passant par Michel Drucker ce sont des gens dont on parle pour s’en moquer, à la grande rigueur pour évoquer des faits divers.]

      Ce mépris pour le monde ouvrier n’est pas cantonné aux infos et aux cinémas. Il n’y a pas si longtemps, c’était aussi le cas dans les débats internes du PCF. Souvenez-vous de ce que fut le langage de la « mutation ». Il fallait en finir avec « l’ouvriérisme », ouvrir les listes aux « nouvelles couches sociales » (i.e. les classes intermédiaires). Marie-Pierre Vieu expliquait qu’il fallait se débarrasser des « militants de l’ancien parti communiste » (entendez, les ouvriers) pour pouvoir construire le « nouveau ».

      [Mélenchon, ce Mitterrand bis, qui vendrait père et mère pour pouvoir errer dans les rues de Paris, entouré de sa cour de révolutionnaires en carton, sous les sunlights et les caméras du monde entier, auréolé de la couronne du monarque républicain, a bien dit, sur ce ton d’enervé supérieur qui le caractérise, que le Congrès d’Amiens et son intention de renverser la table c’est terminé.
      Il entérine le fait que la politique n’est l’affaire que des gens civilisés, comprenez qui ont fait leurs classes ailleurs que dans une usine, un bureau miteux ou un chantier.]

      Là, je pense que vous lui faites un mauvais procès. On peut difficilement voir en Mélenchon l’idée que la politique serait « l’affaire des gens civilisés ». Au contraire : Mélenchon comment l’excès inverse, en soutenant l’idée que le révolutionnaire est par essence un in-civilisé.

      • Lhaa Francis dit :

             Pas de panique, Méluche n’est pas un Jean-Sol Partre qui va s’installer sur un fût de 200 litres devant un portail d’usine sous les intempéries ou le cagnard pour haranguer les ouvriers. A contrario, on remarque que le pire peut produire le meilleur  :  la mé(na)gère qui dirige l’Etat, comme l’avait anticipé Lénine. Je pense à Thatcher, Baerbock, Truss, Sana Marin, Kamala Harris et quelques autres étoiles de moindre magnitude.

    • Lafleur dit :

      @Sechas
      [Tout l’objet du dernier congrès du PCF, quarantième du nom, est d’opérer un virage serré vers des retrouvailles avec selon beaucoup de communistes la seule chose qui importe : un ancrage dans la réalité palpable de la lutte des classes. C’est la tendance Roussel, durablement majoritaire.]
      Tout à fait.
      Le Parti a tenu bon sur l’objectif stratégique du socialisme, passé à la trappe en 2006. 
      Le texte a aussi été fortement amendé à partir de deux textes alternatifs. En cela le Congrès a été démocratique. Il n’y a pas eu de vision fermée. L’intelligence collective a amélioré le texte. 
      Je partage sinon votre optimisme de la volonté du tout se soigne et évidemment il est plus difficile de construire que de détruire. 
      Merci pour votre commentaire.

  11. Marc Malesherbes dit :

    Vous écrivez ( Descartes 26 août 2026 à 11 h 41 min )
    en 2027, il faudra choisir non pas entre « la droite » et « la gauche », mais entre des candidats qui représenteront des électorats différents – et dont on peut supposer qu’une fois au pouvoir ils feront avancer les intérêts.“Il me semble que c’est une idée que vous défendez généralement, en particulier au moment ou le RN défendait la sortie de l’euro, projet que vous considériez favorable à son électorat … et pourtant il a changé sur ce sujet.En fait, il me semble très difficile de savoir quel est l’intérêt d’un électorat, à ceci prés que tous les électorats se satisfont de moins d’impôts, plus de salaires, plus de redistribution. Certes ce n’est pas vrai pour les plus riches, mais ils sont peu nombreux en pourcentage, même à droite, Pour prendre un exemple concret, les avancées sociales du chancelier Bismarck ont été significatives, pour l’intérêt bien compris de l’unité allemande … Comme G d’Estaing a fait de nombreuses avancées sociétales … et à l’inverse les socialistes ont massivement privatisé (encore que les libéraux diront que c’était dans l’intérêt bien compris des couches populaires d’avoir des entreprises plus efficaces).En résumé pourriez vous préciser votre point de vue ?

    • Descartes dit :

      @ Marc Malesherbes

      [Il me semble que c’est une idée que vous défendez généralement, en particulier au moment où le RN défendait la sortie de l’euro, projet que vous considériez favorable à son électorat … et pourtant il a changé sur ce sujet.]

      Je ne sais pas. Vous savez, vous, ce que le RN fera sur ce sujet une fois arrivé au pouvoir ? Le seul fait qu’on peut constater est qu’il n’en parle plus. De là à supposer qu’il n’y pense plus, il y a un pas que je ne m’hasarderais pas à franchir. Vous savez, ce ne serait pas la première fois qu’un parti arrivé au pouvoir ferait quelque chose de différent de ce qu’il promettait dans l’opposition…

      [En fait, il me semble très difficile de savoir quel est l’intérêt d’un électorat, à ceci près que tous les électorats se satisfont de moins d’impôts, plus de salaires, plus de redistribution.]

      Pardon. Je vois mal Bolloré se satisfaire de « plus de redistribution », de « plus de salaires ». Quant à « moins d’impôts », encore faudrait-il savoir de quels « impôts » on parle. Je doute que l’électorat ouvrier se « satisfasse » d’une baisse de l’impôt sur les grandes fortunes…

      Je ne vois pas vraiment la « difficulté » dont vous parlez. Quand on fait des politiques qui déplacent le revenu du travail vers le capital, on voit bien quels sont les électorats qui en profitent et ceux qui sont lésés. Quand on désindustrialise le pays, même chose. Lorsqu’on détruit l’école, idem.

      [Pour prendre un exemple concret, les avancées sociales du chancelier Bismarck ont été significatives, pour l’intérêt bien compris de l’unité allemande …]

      Vous détruisez votre propre affirmation : vous parlez de la difficulté à savoir quels sont les intérêts de l’électorat… et vous donnez des exemples qui montrent le contraire. La politique sociale bismarckienne a favorisé l’unité parce qu’il profitait à la fois aux salariés, mieux protégés contre le risque maladie, et aux employeurs, qui pouvaient bénéficier d’une main d’œuvre plus productive et plus prévisible.

      [Comme G d’Estaing a fait de nombreuses avancées sociétales …]

      Et vous avez des difficultés pour déterminer quels sont les électorats qui ont le plus profité ?

      [et à l’inverse les socialistes ont massivement privatisé (encore que les libéraux diront que c’était dans l’intérêt bien compris des couches populaires d’avoir des entreprises plus efficaces).]

      Encore aurait-il fallu que les entreprises privatisées se révèlent « plus efficaces »… quand on voit leur trajectoire post-privatisation, on peut difficilement tirer cette conclusion. EDF me paraît un exemple particulièrement éloquent. En tout cas, je ne vois aucune difficulté à l’heure de dire à quels électorats les privatisations ont profité.

      [En résumé pourriez vous préciser votre point de vue ?]

      Sur quoi ? Je n’ai pas compris la question.

  12. Glarrious dit :

    [Si quelque chose m’effraie dans cette campagne présidentielle qui s’ouvre, c’est le manque d’ambition, de ce qu’on pourrait appeler “volonté de grandeur” chez les candidats. Aucun ne nous parle de faire de grandes choses, on se retrouve avec une campagne municipale étendue à l’ensemble du pays. Le grand projet de Mélenchon pour la France ? Refaire le découpage régional… le grand projet pour l’Ecole d’Attal ou de Philippe ? Augmenter de 10% le salaire des enseignants. Franchement, ça fait peur.]
     
    Est ce que vous avez regardé le débat des candidats devant le MEDEF ? Si oui vous en pensez quoi ? 

    • Descartes dit :

      @ Glarrious

      [Est ce que vous avez regardé le débat des candidats devant le MEDEF ? Si oui vous en pensez quoi ?]

      J’ai eu honte pour les participants. Toutes ces personnalités qui prétendent demain accéder à la plus haute magistrature de l’Etat et représenter le peuple français, et qui acceptent de passer une sorte d’examen en compagnie de vos petits camarades devant le patronat (mais ce serait la même chose devant tout autre rassemblement catégoriel) … c’est franchement pathétique. C’est réduire l’élection présidentielle à un concours de beauté. Henri Guaino a raison : imaginez-vous De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand ou même Chirac se prêter à un tel exercice ?

      Par ailleurs, je partage un deuxième point soulevé par Guaino : on est effaré de voir comment la proposition d’augmenter le SMIC a été accueillie par la salle. On aurait compris qu’elle soit accueillie par des sifflets, on aurait été étonné qu’elle soit accueillie par des applaudissement… mais que faire du fait qu’elle a été accueillie par des rires ? Pour les patrons, cette question qui apparaît en tête des préoccupations des Français, qui touche au cœur des problématiques économiques, serait un sujet risible. Ca donne à réfléchir.

      Après, je vous avoue que je n’ai pas vraiment retenu grand-chose de l’expression des différents candidats. Ceux qui représentent des partis qui gouvernent aujourd’hui ou qui ont été au pouvoir il n’y a pas si longtemps ont fait part de leurs merveilleuses propositions, sans expliquer pour quoi ils ne les ont pas mises en œuvre lorsqu’ils en avaient l’opportunité, ou bien s’ils l’ont fait, pourquoi elles n’ont pas donné les résultats escomptés. Coté LFI on rase gratis comme d’habitude, côté RN on a l’impression d’une recherche à cultiver les obsessions de la droite patronale avec un discours qui devient de moins en moins cohérent vis-à-vis des promesses faites aux couches populaires…

      • P2R dit :

        à Descartes
         
        Que des candidats proposent d’augmenter le SMIC et donc le cout du travail sans jamais se poser la question de savoir comment on va faire pour rendre ça compatible avec un systême économique basé sur le libre échange à tout crin, j’avoue, moi aussi je trouve ça un peu comique. si j’ai bien lu les comptes rendus, cette proposition émanait de Mélenchon. La réception qu’en a faite le Medef montre bien ce que vous dites ici depuis longtemps: au fond, les classes dominantes n’ont pas peur de LFI. Elles en rigolent, même..

        • Descartes dit :

          @ P2R

          [Que des candidats proposent d’augmenter le SMIC et donc le cout du travail sans jamais se poser la question de savoir comment on va faire pour rendre ça compatible avec un systême économique basé sur le libre échange à tout crin, j’avoue, moi aussi je trouve ça un peu comique.]

          Pour vous dire le fond de ma pensée, je ne vois rien de « comique » dans l’affaire. Le fait est que la question du pouvoir d’achat et du salaire – qui n’est que la partie visible d’un énorme iceberg, celui de la manière dont la valeur est produite et partagée dans la société – est une question très sérieuse, qui préoccupe massivement nos concitoyens et d’abord ceux dont les fins de mois sont plus difficiles. Alors, le fait que ce soit traité par-dessus la jambe, que ce soit par les candidats ou par les patrons – que l’un banalise le problème et que les autres en rigolent – est très significatif de l’état du débat politique dans notre société.

          Le fait est que personne aujourd’hui ne pose sérieusement la question du salaire, et du processus qui conduit lentement mais sûrement à la « smicardisation » de notre société. Côté « bloc dominant », le discours « on ne peut pas distribuer ce qu’on ne produit pas » n’est en fait qu’un prétexte pour faire baisser le coût du travail, et non pour augmenter la productivité. Du côté de la gauche, on répète comme un mantra « smic à X € » (X étant le plus grand possible) dans discuter jamais des conditions qui rendraient cette augmentation possible, et les effets sur la pyramide salariale. Et finalement, le RN veut plaire à tout le monde, gardant une approche productiviste adoptée du temps ou Philippot officiait comme conseiller, tout en tenant un discours de plus en plus libéral qui rend cette approche infaisable.

          Tout ça ne prête pas à rire.

  13. Spinoza dit :

    Bonjour Descartes,
     
    Merci pour ce billet. Je me permets de lancer le débat sur deux points qui m’interpellent :
     
    1. A propos de la distinction que vous faites entre le niveau des idées et le niveau des intérêts.  
     
    D’une part, au niveau des intérêts, vous dites que tous ces gens sont les représentants de la même classe sociale, « c’est à chaque fois le même produit avec un emballage différent. Et c’est pourquoi avoir peur de Mélenchon est aussi rationnel – ou aussi absurde – qu’avoir peur de Glucksmann. Arrivés au pouvoir, l’un et l’autre feraient à peu près les mêmes choses. ».
     
    D’autre part, au niveau des idées, vous dites « Les différences entre les orientations que portent Glucksmann, Tondelier, Mélenchon ou Roussel ne sont pas purement anecdotiques, elles sont fondamentales. Le fait que Mélenchon soit au deuxième tour ne fera pas avancer d’un iota les orientations défendues par Roussel ou par Glucksmann. Et vice-versa. Alors pourquoi donner une tribune, et ne parlons même pas du pouvoir, à quelqu’un qui ne vous représente pas ? ».  
     
    Je peine à faire tenir ensemble ces deux propositions : Si, comme vous le dites, l’arrivée au pouvoir de Mélenchon ou de Glucksmann conduit finalement à « à peu près les mêmes choses », alors pourquoi les électeurs de l’un auraient-ils de bonnes raisons de s’opposer aux orientations défendues par l’autre ? Pour le dire autrement, si Mélenchon vient effectivement à poursuivre une politique favorable aux classes intermédiaires, Glucksmann et ses électeurs auraient toutes les raisons de se réjouir non ?  
     
    Par ailleurs, si tous ces gens défendent les intérêts de la même classe sociale, ça ne devrait pas être très difficile d’accorder leurs discours pour s’unir, faciliter leur élection et ensuite partager les postes. Quel intérêt ont-ils selon vous à garder des « emballages différents » si au fond ils veulent la même chose ?
     
    2. Une question de définition
     
     A mon sens il n’est pas pertinent de définir qu’appartiennent à « la gauche » tous ceux qui revendiquent l’héritage du mouvement ouvrier peu importe leurs actes. Cela enlève au mot  « gauche » toute fonction critique, ce qui fait son principal intérêt lorsqu’il désigne le camp de la lutte contre l’exploitation et la domination.  
     
    Or il me semble qu’il est plus important de disposer d’un mot simple pour désigner « ceux qui sont effectivement dans le camp de la lutte contre l’exploitation et la domination » plutôt que d’un mot simple pour désigner « tous ceux qui revendiquent l’héritage du mouvement ouvrier peu importe leurs actes ». Cela ne signifie évidemment pas que la frontière soit toujours parfaitement nette, mais en pratique, peu importe de savoir si Faure ou Mélenchon se revendiquent du mouvement ouvrier, alors qu’il est primordial de savoir si leurs discours et actes contribuent à l’émancipation ou à la perpétuation/renforcement des mécanismes de domination/exploitation. Le binôme « gauche/droite » me parait idoine pour désigner cet antagonisme, et je trouve dommage de s’en priver.
     
    C’est d’ailleurs ce que votre propre texte donne à voir : la « gauche » comme vous l’entendez n’a plus aucune pertinence analytique tant elle peut regrouper des ensembles disparates, alors pourquoi démonétiser un mot qui serait utile par ailleurs ?

    • Descartes dit :

      @ Spinoza

      [Je peine à faire tenir ensemble ces deux propositions : Si, comme vous le dites, l’arrivée au pouvoir de Mélenchon ou de Glucksmann conduit finalement à « à peu près les mêmes choses », alors pourquoi les électeurs de l’un auraient-ils de bonnes raisons de s’opposer aux orientations défendues par l’autre ? Pour le dire autrement, si Mélenchon vient effectivement à poursuivre une politique favorable aux classes intermédiaires, Glucksmann et ses électeurs auraient toutes les raisons de se réjouir non ? Par ailleurs, si tous ces gens défendent les intérêts de la même classe sociale, ça ne devrait pas être très difficile d’accorder leurs discours pour s’unir, faciliter leur élection et ensuite partager les postes. Quel intérêt ont-ils selon vous à garder des « emballages différents » si au fond ils veulent la même chose ?]

      Oui et non. Il faut comprendre qu’une classe ne constitue pas un ensemble homogène en termes d’intérêt. Bien entendu, les membres d’une classe partagent un « intérêt de classe » qui leur est commun, mais en dehors de cet intérêt abstrait, une classe est traversée par des conflits d’intérêts entre ses membres. Pour ne donner qu’un exemple, vous pouvez observer que la période 1945-1975 est marquée par des conflits permanents entre la bourgeoisie financière, la bourgeoisie rentière, la bourgeoisie industrielle. On a même pu voir des alliances temporaires se former entre la bourgeoisie industrielle et des segments importants de la classe ouvrière – c’est ce qu’on a appelé le « gaullo-communisme ».

      Les différentes sections des classes intermédiaires n’ont pas forcément les mêmes intérêts, et ne fabriquent pas nécessairement la même idéologie pour les justifier. Alors que les enseignants ont systématiquement attaqué la légitimité de l’institution dont ils tirent leur légitimité, les médecins ont au contraire défendu bec et ongles leurs institutions. Pourtant, leurs intérêts de classe sont les mêmes…

      Les suppôts de Glucksmann ou ceux de Mélenchon ne veulent certainement pas la victoire de l’autre. Mais une telle victoire ne constitue pas pour eux une catastrophe, parce qu’ils savent que l’un ou l’autre sauvegarderaient leurs intérêts essentiels. Alors que la victoire d’un véritable parti « populaire » – hier le PCF, aujourd’hui le RN – est perçue par eux comme une tragédie. Souvenez vous de la formule de Pisani : « si les cocos passent, je prends le maquis ». Il ne lui serait pas venu à l’idée de faire de même si un parti servant les intérêts des classes intermédiaires, même de droite, était arrivé au pouvoir…

      [A mon sens il n’est pas pertinent de définir qu’appartiennent à « la gauche » tous ceux qui revendiquent l’héritage du mouvement ouvrier peu importe leurs actes. Cela enlève au mot « gauche » toute fonction critique, ce qui fait son principal intérêt lorsqu’il désigne le camp de la lutte contre l’exploitation et la domination. Or il me semble qu’il est plus important de disposer d’un mot simple pour désigner « ceux qui sont effectivement dans le camp de la lutte contre l’exploitation et la domination » plutôt que d’un mot simple pour désigner « tous ceux qui revendiquent l’héritage du mouvement ouvrier peu importe leurs actes ».]

      Mais comment faites vous pour déterminer qui sont ceux qui se situent dans « le camp de la lutte contre l’exploitation et la domination » ? C’est là un jugement purement subjectif et vous allez vous trouver avec des périmètres de « la gauche » qui seront très différents selon l’interlocuteur, ce qui enlève au concept toute son utilité. Sauf bien entendu si vous arrivez à définir des critères objectifs qui permettent de juger si quelqu’un « lutte contre l’exploitation et la domination », mais là je vous souhaite bien du plaisir. Où alors vous en êtes réduit à inclure dans « la gauche » tous ceux qui PRETENDENT « lutter contre l’exploitation et la domination », mais vous risquez d’avoir de grosses surprises, parce que je doute que vous trouviez beaucoup d’organisation qui prétendront lutter « pour l’exploitation et la domination ».

      [Cela ne signifie évidemment pas que la frontière soit toujours parfaitement nette, mais en pratique, peu importe de savoir si Faure ou Mélenchon se revendiquent du mouvement ouvrier, alors qu’il est primordial de savoir si leurs discours et actes contribuent à l’émancipation ou à la perpétuation/renforcement des mécanismes de domination/exploitation. Le binôme « gauche/droite » me parait idoine pour désigner cet antagonisme, et je trouve dommage de s’en priver.]

      Prenons l’exemple que vous proposez. Mélenchon, si mes souvenir sont exacts, a contribué puissamment à la ratification du traité de Maastricht. Diriez-vous que cet acte contribue à l’émancipation, ou plutôt au renforcement/perpétuation des mécanismes de domination/exploitation ? Et voilà, d’un simple geste vous l’avez expulsé de « la gauche », tout comme vous avez expulsé une bonne partie des socialistes, des écologistes, de l’extrême gauche… Finalement, dans « la gauche » telle que vous la définissez, vous allez vous trouver bien seul.

      [C’est d’ailleurs ce que votre propre texte donne à voir : la « gauche » comme vous l’entendez n’a plus aucune pertinence analytique tant elle peut regrouper des ensembles disparates, alors pourquoi démonétiser un mot qui serait utile par ailleurs ?]

      Ensemble disparate oui, mais qui élection après élection continue à s’agglutiner. Ce qui semble indiquer que tous ces gens ont quelque chose en commun. La question, c’est de savoir quoi.

  14. Glarrious dit :

    [ tous ceux qui revendiquent l’héritage du mouvement ouvrier peu importe leurs actes ».]
    [Et voilà, d’un simple geste vous l’avez expulsé de « la gauche », tout comme vous avez expulsé une bonne partie des socialistes, des écologistes, de l’extrême gauche… Finalement, dans « la gauche » telle que vous la définissez, vous allez vous trouver bien seul.]
    Est ce que les écologistes peuvent VRAIMENT se revendiquer du mouvement ouvrier ? Je veux dire par là que les écolos sont arrivés assez tard dans le temps (dans la seconde moitié du XXème siècle) a contrario des socialistes et des communistes. 
    Quels sont les palmarès dont ils peuvent se revendiquer ?
     
    Je trouve assez curieux qu’ils se revendiquent de ce mouvement de progrès alors qu’ils prêchent des idées réactionnaires. Pas besoin de faire une liste je ne veux pas faire de jaloux.

    • Descartes dit :

      @ Glarrious

      [Est ce que les écologistes peuvent VRAIMENT se revendiquer du mouvement ouvrier ?]

      Ils le peuvent puisqu’ils le font. Quand « la gauche » s’est unie en 2024 invoquant les mânes du Front Populaire de 1936, les écologistes n’ont rien trouvé à redire. Vous retrouvez dans le discours de EELV des références « gauchistes » – qui d’ailleurs énervaient passablement un connaisseur comme Cohn-Bendit, qui a depuis longtemps viré sa cuti « de gauche ».

      [Je veux dire par là que les écolos sont arrivés assez tard dans le temps (dans la seconde moitié du XXème siècle) a contrario des socialistes et des communistes. Quels sont les palmarès dont ils peuvent se revendiquer ?]

      Pour revendiquer un héritage, vous n’avez à montrer aucun « palmarès ». Les révolutionnaires de 1789 se revendiquaient héritiers de la République romaine…

      [Je trouve assez curieux qu’ils se revendiquent de ce mouvement de progrès alors qu’ils prêchent des idées réactionnaires. Pas besoin de faire une liste je ne veux pas faire de jaloux.]

      C’était bien mon point : le fait de revendiquer un héritage n’implique nullement qu’on y soit fidèle. On peut parfaitement prétendre faire vivre l’héritage de « la gauche » en se convertissant au néolibéralisme comme le fait le PS, en préférant « les sorcières qui lancent des sorts aux ingénieurs qui construisent des EPR » comme les écologistes, en caressant dans le sens du poil communautarismes et séparatismes comme le fait LFI.

      Ma position est que « la gauche » est une catégorie sociologique, et non idéologique. Ce sont des gens qui agissent socialement de la même manière, qui ont les mêmes intérêts, qui appartiennent à la même classe. Et non des gens qui pensent ou proposent les mêmes choses. Et qui trouvent leur unité dans un “récit” largement mythifié qui emprunte largement au mouvement ouvrier tout en changeant radicalement le sens.

  15. Bob dit :

    @ Descartes
    Hors-sujet.
    Les caisses sont vides… mais le gouvernement vient de trouver 1 milliard d’euros pour aider l’industrie agro-chimique, heu… l’agriculture. Dans le même temps, je lis que les budgets destinés à l’isolation thermique des bâtiments scolaires, déjà peu élevés, sont rabotés. 
    Les agriculteurs semblent soudain découvrir que le climat change.
    Quand les récoltes sont bonnes, je n’ai pas souvenir que la filière demande à payer plus d’impôts. Quand elles ne le sont pas, l’aide de l’Etat leur semble un dû. 
    Il faut croire que les aides de l’UE ne suffisent pas.
    Trouvez-vous cette demande d’aide de la part des agriculteurs légitime ? et que pensez-vous du fait que le gouvernement la leur a accordée d’une part, et aussi rapidement d’autre part (peur des blocages ?) ?
    Plus généralement concernant l’agriculture, je pense que notre modèle productiviste intensif datant de la seconde guerre mondiale est arrivé à bout de souffle. D’une, parce qu’on le voit, il ne s’est pas adapté aux changements climatiques ; de deux, parce qu’il continue d’appauvrir les sols (notamment du fait de la monoculture) et se tire ainsi une balle dans le pied.
    Quel est votre avis sur le sujet ?
     

    • Descartes dit :

      @ Bob

      [Les caisses sont vides… mais le gouvernement vient de trouver 1 milliard d’euros pour aider l’industrie agro-chimique, heu… l’agriculture. Dans le même temps, je lis que les budgets destinés à l’isolation thermique des bâtiments scolaires, déjà peu élevés, sont rabotés.]

      Ne vous laissez pas leurrer par les annonces de Genevard. Le milliard en question est largement fait de crédits déjà fléchés pour l’agriculture, et qu’on repeint pour en faire des aides d’urgence aux agriculteurs.

      [Les agriculteurs semblent soudain découvrir que le climat change. Quand les récoltes sont bonnes, je n’ai pas souvenir que la filière demande à payer plus d’impôts. Quand elles ne le sont pas, l’aide de l’Etat leur semble un dû.]

      Il ne faut pas se laisser berner par les beaux discours des néolibéraux, vous savez, ceux qui vous présentent le vaillant entrepreneur qui sans l’aide de personne se hisse au sommet. Derrière ce discours se cache le bon vieux mécanisme résumé par la formule « privatiser les bénéfices, socialiser les pertes ». Quand les récoltes sont bonnes, le paysan se plaint du poids des impôts et fait tout pour les éviter. Quand les récoltes sont mauvaises, il prétend être indemnisé à l’euro près de sa perte… avec l’argent des impôts des autres.

      [Trouvez-vous cette demande d’aide de la part des agriculteurs légitime ? et que pensez-vous du fait que le gouvernement la leur a accordée d’une part, et aussi rapidement d’autre part (peur des blocages ?) ?]

      Pour moi, l’idée d’une politique contre-cyclique paraît évidente. Pour une profession aussi cyclique que l’agriculture, le « laisser faire » cher aux libéraux est une catastrophe. Cela suppose que les paysans feront bombance cinq années sur dix, et crèveront de faim les cinq années suivantes. Le problème de ce système, c’est qu’il est très coûteux. Les agriculteurs qui feront faillite pendant les années difficiles ne reviendront pas forcément lorsque l’abondance reviendra, et cela se traduit par des pertes de compétences, de matériel… mieux vaut donc prévoir un fond qui se remplit pendant les années d’abondance par des prélèvements sur la production, et qui permet de verser des aides pendant les années de disette. Que cela se fasse par le biais d’une assurance privée, d’un fond géré par la profession ou de l’Etat, peu importe, même si l’expérience a montré que l’Etat est généralement plus efficace dans ce rôle.

      Je trouve donc normal que l’Etat leur accorde une aide. Mais cette aide ne peut, ne doit pas couvrir l’intégralité du préjudice, parce que cela constitue un « aléa moral », autrement dit, parce qu’une compensation intégrale n’encourage pas la recherche de solutions alternatives – recherche de cultures moins gourmandes en eau, par exemple.

      Ce qui par contre m’irrite, c’est d’entendre les mêmes organisations qui clament pour des compensations exiger la baisse des impôts. Parce que cela revient à reporter sur quelqu’un d’autre l’effort, tout en touchant les bénéfices. De ce point de vue, l’existence d’un fond dédié alimenté par des cotisations aurait une vertu pédagogique.

      [Plus généralement concernant l’agriculture, je pense que notre modèle productiviste intensif datant de la seconde guerre mondiale est arrivé à bout de souffle. D’une, parce qu’on le voit, il ne s’est pas adapté aux changements climatiques ; de deux, parce qu’il continue d’appauvrir les sols (notamment du fait de la monoculture) et se tire ainsi une balle dans le pied. Quel est votre avis sur le sujet ?]

      Je ne suis pas un expert en agriculture, alors je prends le risque de dire des bêtises. Que le « modèle productiviste datant de la seconde guerre mondiale » – à supposer que ce soit celui-là que nous avons aujourd’hui, ce qui me semble très contestable, compte tenu du poids de la PAC et du libre-échange, qui ne datent certainement pas de 1945 – soit à bout de souffle, c’est possible. Qu’il soit possible de le substituer par un modèle moins « productiviste », j’ai mes doutes. Il faut nourrir 65 millions d’habitants, et vous n’y arriverez pas avec une agriculture familiale qui reviendrait au moyen âge. Nous sommes une société industrielle, et cela est vrai autant pour la métallurgie que pour l’agriculture.

      Après, il est clair que l’agriculture doit tenir compte des changements climatiques, comme elle l’a fait tout au cours de l’histoire. Des cultures traditionnelles seront probablement repoussées vers le nord, et d’autres cultures autrefois impossibles sous nos latitudes deviendront possibles. Nous importons aujourd’hui des agrumes et des avocats. Demain, ce seront peut-être nos produits d’exportation…

      Et de la même manière, la question des sols se pose et il faudra trouver une réponse. Mais la réponse sera certainement apportée par la recherche scientifique, et non par un retour à des méthodes du passé.

  16. julien thomas dit :

    “Au risque de me répéter, LFI ne fait que recycler les vieilles lunes du gauchisme français. Les libertés prises avec la laïcité ou avec l’égalité républicaine, la détestation de la méritocratie, la revendication de la violence tant qu’elle s’exerce sur les « méchants », la dénonciation des « structures répressives de l’Etat », tout y est. Mélenchon a pu se faire passer pour « républicain » pendant quelques années, à l’époque où il cherchait à se trouver des appuis au PS, et notamment dans la franc-maçonnerie socialiste et au PCF. Mais dès lors qu’il vise d’autres soutiens, il a vite revenu à ses fondamentaux.”
    Je ne suis pas d’accord (pour une fois) avec vous. C’est beaucoup plus grave et dangereux pour certains de nos compatriotes (et tout le monde, à terme).
    Dans les années 70, la gauche “de rupture” soutenait les taulards, les marginaux et les travailleurs immigrés peu ou pas organisés, mais aujourd’hui elle vise une population en croissance démographique qu’elle assigne en permanence à ses origines (réelles ou supposées) ou à sa couleur de peau, et fait cause commune avec des organisations très riches et qui financent largement les “amis” de LFI.  Je ne pense pas que Moscou finançait la Bande à Baader ou Action Directe comme le Qatar et d’autres émirats financent Femyso ou autres CCIE. Et si des financements ont eu lieu dans les années 80, ce n’était pas comparable en impact, et en plus avec bienveillance dans les médias ou les institutions. On est 40 ans plus tard, 40 ans où la “gôche” a lavé le cerveau de beaucoup. On a eu Castaner place Beauvau (qui comprenait et excusait les manifs durant la pandémie), ce n’est pas Pasqua. Et Delogu, ce n’est pas JP Sartre.

    • Descartes dit :

      @ Julien Thomas

      [Dans les années 70, la gauche “de rupture” soutenait les taulards, les marginaux et les travailleurs immigrés peu ou pas organisés, mais aujourd’hui elle vise une population en croissance démographique qu’elle assigne en permanence à ses origines (réelles ou supposées) ou à sa couleur de peau, et fait cause commune avec des organisations très riches et qui financent largement les “amis” de LFI. Je ne pense pas que Moscou finançait la Bande à Baader ou Action Directe comme le Qatar et d’autres émirats financent Femyso ou autres CCIE.]

      La remarque est juste, mais je pense que vous faites erreur sur les causes du danger. Dans les années 1970 déjà l’extrême gauche avait singularisé les immigrés comme une masse de manœuvre potentielle, et si vous regardez l’iconographie de mai 1968, vous verrez des slogans comme « immigrés, travailleurs, même combat ». N’oubliez pas par ailleurs que dans les années 1970 les blessures héritées de la guerre d’Algérie étaient encore très présentes dans l’imaginaire gauchiste, qui avait joué à fond la carte du FLN.

      Ce qui a changé, ce n’est pas tant la tentation des gauchistes d’utiliser l’immigré comme prolétaire de substitution. Le changement fondamental, c’est que la machine à assimiler, encore très puissante dans les années 1970 n’est plus qu’un souvenir. Pour le dire autrement, les immigrés de 1970, devant la ferme position de la société d’accueil, n’avaient qu’un objectif, se fondre dans la masse. C’est pourquoi les hommes s’habillaient à l’occidentale et buvaient leur bière, les femmes laissaient tomber le voile et envoyaient leurs enfants à l’école laïque. Pour tous ces immigrés, il était clair que pour rester, il fallait s’assimiler. Et c’est pourquoi le discours gauchiste insistait plus sur les possibilités que la société leur offrait de s’assimiler que sur le versant communautaire.

      C’est la panne – voulue par nos classes intermédiaires, et que les gauchistes contribués à créer – de la machine à assimiler qui a rendu la situation critique. On est passé d’une collectivité immigrée qui était poussée à s’assimiler à une collectivité qu’on encourage au contraire à NE PAS s’assimiler, à se tenir séparée, garder ses spécificités et exprimer ses aigreurs – réels ou imaginaires – contre la société d’accueil. C’est de la que vient le danger, et non d’une question démographique ou des interventions extérieures, qui ont toujours existé.

      [On est 40 ans plus tard, 40 ans où la “gôche” a lavé le cerveau de beaucoup.]

      « La gauche », on ne le dira jamais assez, représente les intérêts des classes intermédiaires. Ce n’est pas que « la gauche » a lavé le cerveau de quiconque en 40 ans, c’est que ses intérêts ont changé au fur et à mesure que le capitalisme changeait. L’assimilation à la française est un processus cher et surtout dangereux pour les classes intermédiaires, parce qu’elle fait des enfants des immigrés de redoutables concurrents pour leurs propres enfants. C’est pourquoi on n’assimile plus : non parce qu’on ne PEUT pas mais parce qu’on – ce « on » ce sont les classes intermédiaires – ne VEUT pas. Et comme toute classe dominante, les classes intermédiaires ont élaboré une idéologie ad hoc, qui explique que chacun doit rester ce qu’il est. LFI ne fait qu’exprimer jusqu’à la caricature cette idéologie.

      [On a eu Castaner place Beauvau (qui comprenait et excusait les manifs durant la pandémie), ce n’est pas Pasqua. Et Delogu, ce n’est pas JP Sartre.]

      La baisse du niveau du personnel politique mais aussi du milieu intellectuel est en effet préoccupante. Le problème n’est pas tant que Delogu ne soit pas Sartre, c’est qu’il n’y a plus de Sartre à l’horizon.

  17. Alaric Fel dit :

    Bonjour,
    Merci pour ce billet.
    Je ne suis pas de gauche, et n’ai pas la prétention d’en être, même s’il a pu m’arriver (rarement) d’y porter mon bulletin. Je ne vois les débats sur l’unité de la gauche que d’un œil curieux mais extérieur.
    Par mes études et le fait de vivre dans une métropole, je suis amené à discuter avec des amis qui se rattachent à ces classes intermédiaires urbaines qui sont le cœur de cible de ces partis. Un certain nombre d’entre eux se revendique de gauche et je suis assez effaré de les voir voter pour tout et son contraire, passant de Mélenchon au PS avec pour seul argument de “faire gagner la gauche”, qui est sans doute l’un des slogans que j’ai le plus en horreur tant il est vide de sens. J’ai souvent du mal à leur exprimer l’absurdité qui m’apparaît à ce comportement.
    Si je les interroge sur ce qu’est la gauche selon eux, je n’ai que des réponses vagues et des mots-valises: “l’humanisme”, qui apparemment signifie surtout être gentil avec tout le monde, “le progrès”, “la justice”… Lorsqu’on pointe que c’est ce même discours qui a porté Hollande et autres politiques très anti-sociales au pouvoir, la réponse est soit le chantage au pire (c’était ça ou Sarkozy, le fascisme…) soit la déviation bien pratique sur le thème “mais il n’était pas de gauche”. Notez que cette dernière parade ne suscite aucune réflexion sur comment ne pas se faire avoir une nouvelle fois, et que qualifier le PS de “parti de droite” n’exclut apparemment pas de voter pour ses candidats au nom de “faire gagner la gauche”.
    Je me permettrais tout de même une nuance lorsque vous écrivez que la gauche d’aujourd’hui n’a “rien de populaire”. C’est très largement vrai, mais il y a tout de même l’électorat des classes populaires des grandes métropoles (les banlieues, en somme). L’abstention y est certes forte, mais ceux qui votent sont un socle électoral très fort pour la gauche. On peut les qualifier de lumpenprolétariat, mais ce sont tout de même des classes populaires.
    Symboliquement, c’est important, car pour les classes intermédiaires des métropoles, les classes populaires, ce sont les banlieues. Le vote à gauche de ces dernières leur permet donc de justifier qu’ils sont toujours “du côté du peuple”.
    La “France périphérique” des classes populaires de la campagne et des villes petites et moyennes est plutôt considérée avec une bonne dose de mépris social et moquée: ils n’y connaissent rien et sont “manipulés par CNews” (ce qui n’est malheureusement pas totalement faux), chômeurs, alcooliques, consanguins…

    • Descartes dit :

      @ Alaric Fel

      [Je ne suis pas de gauche, et n’ai pas la prétention d’en être, même s’il a pu m’arriver (rarement) d’y porter mon bulletin. Je ne vois les débats sur l’unité de la gauche que d’un œil curieux mais extérieur.
      Par mes études et le fait de vivre dans une métropole, je suis amené à discuter avec des amis qui se rattachent à ces classes intermédiaires urbaines qui sont le cœur de cible de ces partis. Un certain nombre d’entre eux se revendique de gauche et je suis assez effaré de les voir voter pour tout et son contraire, passant de Mélenchon au PS avec pour seul argument de “faire gagner la gauche”, qui est sans doute l’un des slogans que j’ai le plus en horreur tant il est vide de sens. J’ai souvent du mal à leur exprimer l’absurdité qui m’apparaît à ce comportement.]

      Je partage votre observation. Je dois dire qu’elle est en partie à l’origine de ma réflexion sur les « classes intermédiaires ». Il est quand même intéressant d’observer comment un ensemble de gens qui professent pourtant des idées très différentes et quelquefois opposées se regroupent régulièrement pour « faire gagner la gauche » en amenant au pouvoir régulièrement des personnages qui finissent par conduire les mêmes politiques marquées par un néolibéralisme honteux. Difficile de ne pas voir derrière ce comportement la défense d’un intérêt commun…

      [Si je les interroge sur ce qu’est la gauche selon eux, je n’ai que des réponses vagues et des mots-valises: “l’humanisme”, qui apparemment signifie surtout être gentil avec tout le monde, “le progrès”, “la justice”…]

      C’est bien ce que je dis : ce qui définit « la gauche », c’est d’abord des souvenirs, une filiation revendiquée. Oui, le mouvement ouvrier fut en son temps un mouvement humaniste, progressiste, qui recherchait la justice sociale. « La gauche » aujourd’hui revendique cet héritage toute en le trahissant régulièrement.

      [Je me permettrais tout de même une nuance lorsque vous écrivez que la gauche d’aujourd’hui n’a “rien de populaire”. C’est très largement vrai, mais il y a tout de même l’électorat des classes populaires des grandes métropoles (les banlieues, en somme). L’abstention y est certes forte, mais ceux qui votent sont un socle électoral très fort pour la gauche. On peut les qualifier de lumpenprolétariat, mais ce sont tout de même des classes populaires.]

      Quand j’écris que « la gauche aujourd’hui n’a rien de populaire », je fais moins référence à son électorat qu’aux intérêts qu’elle porte dans son discours, dans son action lorsqu’elle est au pouvoir mais aussi, et c’est important, dans la sélection de ses cadres et dirigeants. Bien entendu, il y a une fraction des « classes populaires » qui votent encore pour elle, mais elle est relativement maigre et vote souvent « faute de mieux ».

      Par ailleurs, il faudrait aller un peu plus en détail sur le caractère « populaire » des banlieues. Lorsque je parle de « classes populaires », j’élargis en fait la notion de « classe ouvrière » aux travailleurs du tertiaire. Mais il s’agit toujours de gens qui travaillent dans un rapport de dépendance par rapport au capital, qui prélève une partie de la valeur produite. Cela exclut bien entendu le lumpenprolétariat. Et puis, la « gentrification » progressive des métropoles fait que certaines banlieues sont de moins en moins « populaires ». Montreuil aujourd’hui, ce n’est pas le Montreuil d’il y a cinquante ans…

      [Symboliquement, c’est important, car pour les classes intermédiaires des métropoles, les classes populaires, ce sont les banlieues. Le vote à gauche de ces dernières leur permet donc de justifier qu’ils sont toujours “du côté du peuple”.]

      « La gauche », en grande majorité anticommuniste, ne s’est jamais vraiment remise de sa déception de 1968, quand elle a échoué à faire de la classe ouvrière sa masse de manœuvre politique. Depuis, elle se cherche un « prolétariat alternatif » qui soit moins organisé et plus maniable…

      [La “France périphérique” des classes populaires de la campagne et des villes petites et moyennes est plutôt considérée avec une bonne dose de mépris social et moquée: ils n’y connaissent rien et sont “manipulés par CNews” (ce qui n’est malheureusement pas totalement faux), chômeurs, alcooliques, consanguins…]

      Ce n’est pas nouveau. Souvenez-vous du « beauf » de Cabu, personnage né dans les années 1970. L’opposition entre le « beauf » et « duduche » est pour moi est la face symbolique du divorce entre les classes intermédiaires et la classe ouvrière après 1968.

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