« Du temps que les femmes ne votaient pas, on faisait la guerre pour elles.
Maintenant qu’elles votent, on la fait pour le pétrole. Est-ce un progrès ? »
(Boris Vian)
Le prix du pétrole flambe, et avec lui, celui de l’ensemble des hydrocarbures fossiles : essence, gasoil, gaz naturel. Et tout à coup, les politiques s’affolent. La dictature du court terme étant ce qu’elle est, l’élection présidentielle pourrait se jouer sur le prix à la pompe. Ceux qui exercent le pouvoir ont peur qu’on leur reproche, ceux qui aspirent à l’avoir font assaut de solutions pour démontrer aux Français que s’ils étaient aux commandes, cela ne se passera pas comme ça.
Commençons par les premiers. Et parmi eux, le méprisant de la République, qui n’hésite pas à déclarer que la crise n’est pas de son fait, qu’elle ne tient pas aux décisions prises par lui et ses gouvernements successifs. C’est là une demi-vérité, et donc un demi-mensonge. Car si le blocage du détroit d’Ormuz est pour moitié responsable de la situation, il y a un autre volet qu’on cherche à occulter, celui des sanctions contre la Russie, dont l’effet est de nous priver de la possibilité d’acheter gaz et pétrole russe. Il faut regarder l’histoire en face : les gouvernements européens ont fait le choix de pousser l’Ukraine – et autres pays de l’ancien pacte de Varsovie – à adhérer à l’OTAN, au risque de traverser la « ligne rouge » qui conduisait à la guerre. Ils ont ensuite fait le choix de sanctionner la Russie lorsque la guerre a éclaté. Il ne s’agit pas ici de discuter si ces décisions étaient ou non opportunes, mais de constater simplement qu’elles ont, comme toute décision politique, un coût. Un coût que notre président ne semble pas prêt à assumer devant les Français.
C’est là une perversion de la démocratie à laquelle on finit par s’habituer. Les princes qui nous gouvernent commandent les plats, mais ne nous parlent jamais du prix du menu. On le découvre plus tard, quand l’addition arrive. Et à ce moment-là, personne n’assume. Le calcul coût/avantage n’est jamais explicité et assumé devant les citoyens ex ante. On se contente de leur passer la facture ex post. Ceux-là même qui ont tenu les rênes de l’économie – n’est-ce pas, Bruno ? – nous expliquent que nous – j’insiste, nous, pas eux – avons été trop insouciants, trop dépensiers, et qu’il faut donc nous serrer la ceinture. Nous ne savons pas combien nous a coûté la décision de pousser l’Ukraine à adhérer à l’OTAN et l’ensemble de ses conséquences : aides directes, matériel militaire, concessions douanières, augmentation du prix de l’énergie, attaques hybrides russes, etc. Mais il nous faudra payer quand même. N’est-ce pas beau, la démocratie ?
Ceux qui n’ont pas exercé le pouvoir ont un problème différent. Pour eux, comme pour les deux explorateurs qui fuient le lion, il ne s’agit pas de courir plus vite que le lion, mais plus vite que leur camarade d’infortune. Il ne s’agit pas de résoudre le problème, mais de ne pas se faire dépasser par un concurrent à l’heure de séduire les électeurs. Et du coup, on assiste à une surenchère de propositions plus alléchantes les unes que les autres – la dernière en date, dans la bouche de l’ineffable Ségolène Royal, de ramener l’essence à 1,7 € le litre en supprimant taxes et certificats d’économie d’énergie. Mais qui ont toutes un point commun : elles distribuent de l’argent magique, ou pour le formuler d’une façon plus exacte, cherchent à donner l’illusion aux Français qu’ils peuvent consommer un carburant qui n’existe pas.
Parce qu’au fond, c’est là le problème. Le volume d’hydrocarbures disponibles du fait de la fermeture du détroit d’Ormuz et de la guerre d’Ukraine a diminué de quelque 30% en moyenne par rapport à la situation pré-conflits. Et comme – à la gestion des stocks près, stocks qui ne sont pas infinis – on ne peut consommer des hydrocarbures qui ne sont pas produits, la consommation doit fatalement baisser globalement d’un volume équivalent à la baisse de production. C’est purement mathématique.
La situation actuelle met en relief la problématique que j’appelle celle de l’illusion monétaire, avec laquelle les lecteurs réguliers de ce blog sont familiers. Le gouvernement peut distribuer de l’argent, c’est-à-dire, des petits papiers – ou des fichiers informatiques, peu importe – avec des chiffres dessus, en quantité quasi-illimitée quitte à s’endetter. Mais il ne peut distribuer des frigos, des appartements, des voitures, des côtes de veau ou de l’essence que dans la mesure où ces biens sont produits. Et si un incident quelconque réduit la production de 30%, alors la consommation – là encore, aux stocks près – doit suivre. Et distribuer de l’argent aux consommateurs ou bloquer les prix ne changera rien à l’affaire : si la taille du gâteau se réduit, il faudra en manger moins. La question n’est donc pas comment permettre aux Français de continuer à rouler comme si de rien n’était. Il faudra qu’ils roulent moins. La seule question est de savoir comment la réduction sera partagée.
C’est le mécanisme de marché qui, dans l’état actuel des choses, régule la répartition. La réduction massive de l’offre alors que la demande reste constante provoque logiquement la montée des prix, et cela aura deux effets : d’une part, la production augmente, puisque des champs pétroliers ou des raffineries qui n’étaient pas rentables avec un baril à 50 $ le sont lorsque celui-ci est à 100 $. La hausse de production rapportée à la hausse du prix est ce qu’on appelle en économie « l’élasticité-prix » de l’offre de carburants. Elle est, au moins à court terme, faible. On ne met pas en production un nouveau champ pétrolier, on ne construit pas une raffinerie en quelques mois.
Le deuxième effet, plus important et rapide, est la baisse de la consommation. Devant un prix qui monte, les consommateurs iront chercher des alternatives lorsqu’elles existent, et se priveront lorsqu’elles n’existent pas. Ceux qui prenaient leur voiture choisiront la marche à pied ou les transports en commun, ou resteront chez eux.
Ces deux mécanismes aboutiront à un équilibre, qui correspondra à un prix plus élevé et une quantité de carburant consommé inférieure à ceux de l’équilibre initial. ET IL NE PEUT PAS EN ETRE AUTREMENT, je le répète, puisqu’on ne peut pas consommer du pétrole qui n’existe pas. C’est là qu’on comprend l’inanité de toute mesure générale, que ce soit le blocage des prix, la réduction des taxes ou la subvention. Pour le comprendre, considérons ce qu’on appelle la « courbe de la demande », et qui associe à chaque prix la demande associée. Cette courbe est décroissante : Plus le prix monte, et plus la demande se réduit.
Imaginons que le point d’équilibre pour lequel l’offre et la demande s’équilibrent soit de 3 €. Autrement dit, lorsque le propriétaire de la station de service affiche 3 € à la pompe, les clients qui se présentent pour charger chaque jour équilibrent exactement ce qu’il reçoit de la raffinerie. Maintenant, imaginons que le gouvernement réduit les taxes, et que cela aboutit à afficher un prix de 2 € à la pompe. Il y aura alors plus de clients qui se présenteront, et on ne pourra pas tous les satisfaire… et le propriétaire de la station aura tout intérêt à remonter le prix, puisque cela lui permettra de gagner plus d’argent sans perdre de clients, et cela jusqu’à ce que le prix affiché atteigne le point où la demande équilibre l’offre, c’est-à-dire, revienne à 3 €. Autrement dit, le fait de baisser les taxes ne fera pas baisser le prix affiché. Le seul effet sera de transférer l’argent prélevé auparavant par l’Etat dans la poche du vendeur de carburants… amusant lorsqu’on constate que certains parmi ceux qui proposent cette solution se présentent en adversaires du Grand Kapital.
La conclusion de ce simple raisonnement est évidente : lorsque les quantités disponibles sont fixées (autrement dit, lorsque l’élasticité-prix de l’offre est nulle), dans une régulation de marché le prix facial vu par le consommateur correspond au point où la demande équilibre l’offre, et cela quel que soit l’impôt prélevé. Bien entendu, on pourrait imaginer de s’affranchir de la régulation de marché, et lui préférer une régulation administrative, par exemple, par blocage des prix. Mais cela ne permet pas de s’affranchir de la contrainte matérielle : dans tous les cas, on ne peut pas consommer plus de carburant que celui qui est disponible.
Le véritable objectif n’est donc pas de permettre aux Français de continuer à consommer comme d’habitude. Cela est tout bonnement impossible. Le seul objectif réaliste est donc de partager du mieux qu’on le peut la pénurie, de choisir qui continuera à accéder au carburant, et qui devra limiter sa consommation. Ce qui revient soit à imposer une régulation administrative – c’est-à-dire, le rationnement, et donc à réserver des quotas de carburant à chaque catégorie – soit à manipuler le marché en accordant des tarifs préférentiels – par le biais de subventions ou de réductions d’impôts, peu importe – à certaines catégories, et donc à pénaliser les autres puisqu’il faut qu’au final on arrive à l’équilibre entre l’offre et la demande.
Cette régulation ne peut se faire en fonction des intérêts de tel ou tel lobby. Car il ne faut pas oublier que l’énergie est le sang qui irrigue l’ensemble de l’économie, et que les hydrocarbures représentent – dans le cocorico écologiste on a tendance à l’oublier – un peu moins de deux tiers de la consommation finale d’énergie. La pénurie énergétique se transmet forcément à l’ensemble de l’économie, avec des effets potentiellement bien plus graves que la simple montée des prix à la pompe qui semble obséder nos politiciens. Et j’insiste lourdement sur ce point : le véritable problème est la pénurie d’énergie, et non le prix, qui n’est qu’un indicateur qui mesure cette pénurie. C’est cette question qui devrait être la préoccupation du gouvernement et de ceux qui prétendent demain y être, et non le prix à la pompe. Il est certainement très triste que les enfants de Mme. X soient privés d’excursion, que M. Y doive rallonger son trajet quotidien d’une demi heure en prenant le train, que Mme. Z perde des clients parce qu’elle ne peut plus aller faire les ongles à domicile. Mais beaucoup plus grave serait que les transporteurs ne puissent plus approvisionner les usines, que les ambulances ne puissent plus aller chercher les malades.
En 1973, quand le choc pétrolier est arrivé, on ne s’est pas contenté de débattre de la baisse des taxes sur les carburants, on n’a pas cherché à caresser l’électeur en lui expliquant qu’il n’y avait pas de problème. Le gouvernement a pris des mesures immédiates pour réduire la consommation : abaissement de la vitesse sur les routes, extinction de l’éclairage public et arrêt des émissions de télévision à 23h (1), réduction de l’offre du transport aérien, réduction de la température dans les bâtiments, et une grande campagne pour réduire le gaspillage dont le slogan a marqué les esprits : « en France, on n’a pas du pétrole mais on a des idées ». Le gouvernement a aussi accéléré des programmes structurels comme le programme nucléaire… il a expliqué et défendu sa politique en appelant les Français à consommer moins. Ecoutons Georges Pompidou s’exprimant à l’ORTF le 20 décembre 1973 :
« il est certain que si la pénurie de pétrole devait se prolonger pendant des mois et des années, tous les pays finiraient par en subir les conséquences, directes ou indirectes, et que, par conséquent, le devoir du gouvernement est de se préparer à prendre, le cas échéant, des mesures sérieuses, des mesures graves. Il s’y prépare. Il n’est pas dit qu’il les prendra et il n’a besoin, en tout cas, de personne pour l’inciter à les prendre. Néanmoins, nous avons nommé un Délégué général à l’Énergie. Nous avons pris un certain nombre de textes qui nous donnent les moyens d’intervenir. Mais avant d’en arriver à ce type de mesures, je fais appel, et nous faisons appel avant tout à cette vertu traditionnelle, paraît-il, du peuple français qui est l’esprit d’économie. Économisons l’essence. Économisons l’électricité. Économisons le chauffage. Et cela, seul, suffira à diminuer notre consommation et par là même à parer à quelques difficultés d’importation et aussi à atténuer les effets sur la hausse des prix et sur notre commerce extérieur. Que tous les Français veuillent bien, en pareille matière, aider l’action gouvernementale, et mon Dieu, nous arriverons bien, je l’espère, à surmonter les difficultés. »(2)
Les Français ne semblent pas en avoir voulu à Pompidou ou lui avoir fait reproche : moins d’un an plus tard, ils élisaient à la présidence son ministre des finances…
C’est ce discours-là que nos hommes politiques hésitent à tenir. Faire de la pédagogie pour expliquer à l’électeur qu’on n’a qu’à lui offrir du sang, de la sueur et des larmes, ce n’est pas dans l’air du temps. Mieux vaut lui cacher les problèmes et surtout ne pas lui demander d’efforts. Qui osera expliquer aux français que la seule réponse rationnelle à la crise est réduire la consommation, et qu’il faut répartir la pénurie en fonction des intérêts de la nation, et non de ceux de tel ou tel groupe ? Et pourtant, en choisissant la facilité, nos hommes politiques scient la branche sur laquelle ils sont assis. A force de mentir aux Français, à force de cacher les dérapages qu’on ne découvre que lorsqu’ils explosent, à force d’occulter le coût des guerres qu’on engage et celui des décisions qu’on prend – ou qu’on ne prend pas – on a non seulement dévalorisé la parole politique, on a fait douter de la compétence de nos gouvernants. Si l’on veut que notre peuple se comporte comme un peuple adulte, il faut le traiter en adulte. Le rassurer quant à ses capacités à faire face à la crise, oui. Lui cacher que la crise est là et qu’il faudra des efforts pour y faire face, non.
Descartes
(1) Pour mesurer la portée de ces campagnes, il faut se souvenir qu’à l’époque plus de la moitié de l’électricité était produite en France à partir d’hydrocarbures. Réduire la consommation d’électricité était donc une bonne manière de réduire la facture pétrolière. C’est précisément le programme électronucléaire qui a radicalement changé la donne, en découplant le coût de l’électricité de celui des hydrocarbures. L’ouverture à la concurrence du domaine de l’électricité et la création d’un marché européen a rétabli en partie ce couplage, puisque beaucoup de nos « partenaires » européens produisent l’électricité en pointe à partir d’hydrocarbures – essentiellement du gaz – et que ce sont ces installations qui en général établissent le prix marginal à la pointe.
(2) L’entretien complet, qu’il est intéressant de comparer aux entretiens donnés par les présidents de la République plus récents, est disponible ici: https://www.georges-pompidou.org/portail-archives/entretien-journaliste-lortf-20-decembre-1973
L”inflation des prix de l’énergie est amendable par une politique économique raisonnée à court terme. En effet plus ils sont élevés moins les Français en consomment ce qui fait baisser l’activité économique donc les recettes fiscales de l’état. Egalement la baisse ou stabilité des prix a un effet mécanique inverse. Il est possible de jouer sur les prélèvements fiscaux soit par une TIPP flottante soit par une suppression de la TVA sur la taxation de l’énergie ce qui est une double imposition pour un même produit en principe illégal au point de vue du droit.
La conséquence économique de cette situation est la baisse drastique de la croissance qui va peser, accroître l’endettement public au-delà des 5% si loin des 3% exigés par nos engagements européens.
Vous décrivez fort bien l’incompétence et l’amateurisme de gens qui nous gouvernent au jour le jour et sont incapables de la moindre anticipation. Je pense qu’ils sont incapables de se remettre en question pour résoudre les problèmes dont ils sont notamment les auteurs. Cf une fameuse phrase de Bossuet. Je ne puis m’empêcher de penser, même si comparaison n’est pas raison, à la situation de la France en 1956/1958 résolue par des hommes neufs parce que ne faisant pas vraiment partie du système politique en vigueur.
Cette crise économique pourrait engendrer une crise financière dont les effets cumulatifs potentiels auront un impact sur la campagne électorale qui ne fait que commencer aussi.
@ Cording1
[L”inflation des prix de l’énergie est amendable par une politique économique raisonnée à court terme.]
Rappelons le problème : vous avez une baisse de la quantité de combustible disponible de l’ordre de 30%. Il faut donc que la consommation baisse. Or, la courbe de demande (autrement dit, celle qui donne pour chaque prix la quantité de combustible consommé) n’a aucune raison d’avoir changé. Il est clair donc que les prix doivent augmenter jusqu’à ce que la baisse de la consommation compense la baisse de la production.
Maintenant, expliquez-moi comment par une « politique économique raisonnée à court terme » vous arrivez à accomplir le miracle de faire baisser la consommation sans faire augmenter les prix…
[Il est possible de jouer sur les prélèvements fiscaux soit par une TIPP flottante soit par une suppression de la TVA (…)]
Non, justement. La TIPP flottante ou la suppression de la TVA auraient un effet si l’élasticité de l’offre était importante : en effet, l’effet de la fiscalité est que le prix vu par le vendeur et celui vu par l’acheteur ne sont pas les mêmes. C’est ce qu’on appelle le « coin fiscal ». Autrement dit, imaginons que sans imposition l’acheteur soit prêt à payer 2 € pour un litre et le vendeur soit prêt à fournir un litre pour 2 €. On est donc au point d’équilibre : si le vendeur demande 2,1 €, l’acheteur achètera moins, si l’acheteur offre 1,9 €, le vendeur vendra moins. Autrement dit, 2 € est le prix qui maximise la consommation. Maintenant, imaginons qu’on met un impôt de 0,2 € par litre. Lorsque l’acheteur propose 2 €, le vendeur ne « voit » que 1,8 €. A ce prix, il sera prêt à vendre moins d’un litre. Supprimer ou réduire l’impôt, c’est donc tendre vers le point d’équilibre optimum.
Mais cela ne marche que parce que le vendeur à des marges, autrement dit, qu’il peut augmenter les quantités vendues si le prix est intéressant. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, puisque le vendeur ne réduit pas ses ventes parce que les prix ne sont pas intéressants, mais parce qu’il ne trouve plus de carburant à offrir… C’est pourquoi la réduction de taxes ne fonctionne pas : quand l’élasticité-prix de l’offre est nulle, le « coin fiscal » disparaît.
[(…) TVA sur la taxation de l’énergie ce qui est une double imposition pour un même produit en principe illégal au point de vue du droit.]
Ah bon ? Pourriez-vous me citer quel principe du droit, quel texte législatif ou réglementaire interdirait « la double imposition pour le même produit ». Là, vous inventez : la « double taxation » est non seulement parfaitement légale, mais couramment pratiquée. Prenez les cas des alcools, qui sont l’objet d’une taxe spécifique, ce qui ne les empêche pas d’être sujets à la TVA. C’est le cas aussi de l’électricité, qui fait l’objet de contributions diverses qui se cumulent là encore avec la TVA.
[La conséquence économique de cette situation est la baisse drastique de la croissance qui va peser, accroître l’endettement public au-delà des 5% si loin des 3% exigés par nos engagements européens.]
Moins d’énergie, c’est moins de croissance et moins de production. C’est mécanique. Et les prix ou les déficits ne sont que les symptômes de ce problème de fond. Imaginer qu’il existe une « politique économique à court terme » qui rendrait insensible aux citoyens une réduction de 20% dans l’approvisionnement d’énergie me semble pour le moins osé.
[Vous décrivez fort bien l’incompétence et l’amateurisme de gens qui nous gouvernent au jour le jour et sont incapables de la moindre anticipation. Je pense qu’ils sont incapables de se remettre en question pour résoudre les problèmes dont ils sont notamment les auteurs.]
Pardon, pardon. Ces gens-là ne sont pas arrivé aux manettes par opération du Saint Esprit. C’est un peu facile de dire « c’est la faute des gouvernants ». Les gouvernants ont, certes, leurs responsabilités. Mais les citoyens – et notamment les couches qui ont les instruments intellectuels pour comprendre le monde – ont leur part de responsabilité.
[Je ne puis m’empêcher de penser, même si comparaison n’est pas raison, à la situation de la France en 1956/1958 résolue par des hommes neufs parce que ne faisant pas vraiment partie du système politique en vigueur.]
Neufs ? Oui, en partie. Mais en partie seulement. 1958 amena aux manettes des hommes de très haute qualité qui avaient été écartés du pouvoir par la logique politique de la IVème République. Mais ces gens n’étaient pas « neufs », au contraire. Beaucoup avaient tenu des responsabilités importantes dans la fonction publique dans la période précédente, d’autres pendant l’Occupation, dans la Résistance ou la France Libre.
L’un des problèmes que nous avons aujourd’hui, c’est que nous ne disposons plus d’un tel capital humain. Les grands corps de l’Etat, ceux d’où étaient sortis les hommes qui vont accompagner la remise en marche du pays après 1958 (Debré vient du Conseil d’Etat, Guillaumat, Besse ou Pecqueur du corps des mines…) ont été ravagés par les réformes successives de la fonction publique, par les privatisations, par la décentralisation. Quant aux politiques… mieux faut ne pas en parler. La brochette des candidats putatifs à la présidence de la République donne une idée du désastre.
[Cette crise économique pourrait engendrer une crise financière dont les effets cumulatifs potentiels auront un impact sur la campagne électorale qui ne fait que commencer aussi.]
Vous croyez ? Je crains que si la crise économique a un effet, ce sera du genre « sortez les sortants ». Mais de là à avoir un véritable débat sur l’ampleur des efforts et des sacrifices à faire pour sortir le pays de l’ornière et surtout de leur répartition…
“Sortez les sortants” c’est déjà la tendance que l’on observe dans le mesure où le bloc central peine à faire émerger un candidat crédible à Macron et que ce sont les extrêmes qui semblent le mieux placés.
La TVA selon son niveau a un impact sur la consommation donc la croissance et les revenus fiscaux. Une baisse de celle sur l’essence permettra une activité économique supérieure à celle actuelle, ou d’éviter une baisse de l’activité économique à venir. Ceci engendrera une compensation du manque à gagner. Je me réfère en cela à l’étude de Nicolas Meilhan reprise par Jacques Sapir. Par ailleurs la TIPP flottante a déjà été pratiquée par le passé. Nous risquons une pénurie d’énergie notamment de diésel alors il faudra la gérer, la répartir selon les intérêts économiques du pays en privilégiant telle ou telle catégorie sociale.
En ce qui concerne le personnel politique les apparences sont trompeuses tant le système est verrouillé par notamment les 500 parrainages exigés et rendus publics. Personne n’ose sortir du rang. Il est vrai que notre classe dirigeante actuelle est élue mais de plus en plus mal et par défaut. Quand on les sollicite sur ce sujet les Français aimeraient avoir un autre choix que celui qui leur est actuellement proposé toutes tendances confondues ne les satisfaisant pas.
Ce n’est pas parce que la double taxation est plus courante qu’elle est constitutionnelle. Comparaison n’est pas raison : on n’a pas besoin d’alcool pour conduire sa voiture pour aller travailler alors que l’essence est indispensable pour nombre de travailleurs de la France périphérique.
@ Cording1
[“Sortez les sortants” c’est déjà la tendance que l’on observe dans le mesure où le bloc central peine à faire émerger un candidat crédible à Macron et que ce sont les extrêmes qui semblent le mieux placés.]
Mais pourquoi, à votre avis, le « bloc central » peine autant à faire émerger un candidat crédible ? Peut-être parce qu’après dix ans de gouvernement du « bloc central », les Français peuvent constater le résultat, et que celui-ci n’est pas franchement fameux. Tout candidat du « bloc central » doit charger avec cet héritage. Ce n’est donc pas un problème d’hommes, mais de politiques. Ceux qui ont été les fidèles exécutants du macronisme sont coincés : soit ils promettent la rupture, et ils ne sont pas crédibles, soit ils promettent la continuité, ce que les Français rejettent.
[La TVA selon son niveau a un impact sur la consommation donc la croissance et les revenus fiscaux. Une baisse de celle sur l’essence permettra une activité économique supérieure à celle actuelle, ou d’éviter une baisse de l’activité économique à venir.]
Je crains que vous n’ayez pas bien compris le raisonnement. Dès lors que la quantité de pétrole disponible a baissé, la consommation doit elle aussi baisser. Et avec elle, l’activité économique. Baisser les taxes ne changera rien à cette réalité, parce qu’elle dérive d’une contrainte physique : on ne peut pas durablement consommer plus de pétrole qu’on ne produit. Le prix à la pompe, celui qui est vu par le consommateur, montera inéluctablement jusqu’à atteindre le niveau pour lequel la consommation aura baissé suffisamment pour équilibrer la production. Si vous réduisez la TVA, le seul effet sera de transférer l’argent qui allait auparavant aux caisses de l’Etat dans les poches des vendeurs de carburant.
[Ceci engendrera une compensation du manque à gagner. Je me réfère en cela à l’étude de Nicolas Meilhan reprise par Jacques Sapir.]
Je ne connais pas l’étude à laquelle vous faites référence, mais je connais le raisonnement général. Il est parfaitement valables dans un contexte où il y a une élasticité importante de l’offre au prix. Dans ce contexte, le fait de réduire la TVA (et donc du prix vu par le consommateur) provoque un rebond de la consommation, et donc de l’activité, qui est elle-même taxée. On peut discuter alors si la perte en TVA serait ou non compensée par les gains sur l’activité. Mais ici, ce n’est pas le problème : réduire la TVA ne produira pas de rebond de la consommation de carburants, tout simplement parce qu’il n’y a pas assez de carburant sur le marché.
[Par ailleurs la TIPP flottante a déjà été pratiquée par le passé.]
Oui, et les résultats n’ont pas été brillants… pourquoi croyez-vous que le dispositif a été abandonné ? Parce que, in fine, il s’est révélé très coûteux pour les finances publiques. Si en réduisant la TVA on obtenait une augmentation globale des ressources fiscales, les gouvernements se précipiteraient à baisser la TVA. Vous savez, ils ne sont pas plus idiots que nous…
[Nous risquons une pénurie d’énergie notamment de diésel alors il faudra la gérer, la répartir selon les intérêts économiques du pays en privilégiant telle ou telle catégorie sociale.]
Nous ne « risquons » pas, elle est déjà là. Elle n’apparaît pas nettement parce que le « signal prix » a bien joué son rôle et la consommation a diminué. Regardez d’ailleurs ce qui se passe dans les stations Total, qui ont plafonné le prix : elles sont très souvent en rupture de stock.
[En ce qui concerne le personnel politique les apparences sont trompeuses tant le système est verrouillé par notamment les 500 parrainages exigés et rendus publics. Personne n’ose sortir du rang.]
Le débat sur les 500 parrainages est un faux débat. Les organisations politiques ont largement la possibilité de proposer aux électeurs des choix alternatifs. Ils peuvent le faire dans le débat public, ils peuvent le faire à l’occasion des élections législatives, pour lesquelles il n’y a pas de « parrainage » à obtenir. Et puis, franchement, connaissez-vous un seul candidat qui, ayant proposé un choix pertinent et crédible, susceptible d’être soutenu par une majorité de Français – ou même une minorité importante – ait été empêché de se présenter du fait du manque de parrainages ?
[Il est vrai que notre classe dirigeante actuelle est élue mais de plus en plus mal et par défaut. Quand on les sollicite sur ce sujet les Français aimeraient avoir un autre choix que celui qui leur est actuellement proposé toutes tendances confondues ne les satisfaisant pas.]
De quels « Français » on parle ? Parce que les Français ne sont pas un tout homogène. Les classes intermédiaires, par exemple, s’accommodent fort bien du choix qui leur est proposé, tout comme la bourgeoisie financière. Quant aux couches populaires, une grosse partie se sent parfaitement représentée par Marine Le Pen, et une fraction par Mélenchon. Mais oui, il y a une frange – minoritaire – qui ne se considère pas représentée par aucun des candidats en lice. La question à se poser serait de savoir pourquoi, alors que cet électorat semble vacant, il n’apparait aucun candidat qui cherche à le récupérer.
La réponse à cette question est à mon avis simple : cet électorat sait ce qu’il ne veut pas, mais ne sait pas ce qu’il veut – ou pour être plus précis, veut des choses impossibles, et qu’il sait d’ailleurs être impossibles. Un électorat qui, certes, n’est pas content avec l’existant mais qui en même temps n’adhère à aucune alternative raisonnable. On l’a bien vu avec les gilets jaunes…
[Ce n’est pas parce que la double taxation est plus courante qu’elle est constitutionnelle.]
Oui, enfin, dans la mesure où elle est pratiquée depuis des décennies sur des domaines très variés, on aurait trouvé des juristes – dans le Conseil constitutionnel, le Conseil d’Etat ou même dans le milieu universitaire – pour s’en rendre compte, non ? Par ailleurs, je ne comprends pas très bien sur quelle disposition constitutionnelle précise vous vous fondez pour affirmer que la double taxation serait contraire à la constitution. A ma connaissance, le « bloc de constitutionnalité » ne contient que deux prescriptions de nature fiscale. Elles se trouvent dans la Déclaration de 1789 : « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. » (art 13) et « Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée » (article 14). Autrement dit, pour être conforme la contribution doit être « également repartie » (principe dit « d’égalité devant les charges publiques »), distribuée en raison de leurs facultés contributives (interdiction des « impôts confiscatoires »), et consenties par les citoyens (autrement dit, votée par le Parlement). Rien donc n’interdit la double imposition.
[Comparaison n’est pas raison : on n’a pas besoin d’alcool pour conduire sa voiture pour aller travailler alors que l’essence est indispensable pour nombre de travailleurs de la France périphérique.]
Certes, mais cela n’a aucun rapport avec la question de constitutionnalité de la double imposition dans un cas ou dans l’autre.
Excellentissime article !!!! Vite ! Une loi pour que sa lecture soit obligatoire par tous les citoyens qui exigent qu’on les considèrent en hommes et femmes politiquement responsables, et que tous les candidats à la Prez soient sommés de se positionner par rapport à tous votre argumentaire. Mais faut pas trop rêver…
Juste pour compléter, et ajouter un élément supplémentaire qui me semble important : l’aveuglement de presque tous les dirigeants Européens (dont Macron donc), devant la politique US qui a réussi avec un cynisme et une efficacité admirables, le grand chelem : couper toute possibilité de liens constructifs de l’UE avec la Russie, pour (entre autres bénéfices) devenir un fournisseur quasi monopolistique des énergies fossiles à l’UE, mettre la Chine dans un grand embarras (encore que la Chine, pas folle, peut se fournir chez les Russes…), etc etc etc.
On sait que Trump se tâte ces jours-ci pour couper ou non le robinet des exportations de Diesel vers l’UE (vu que sa propre politique a tout de même fini par provoquer une montée en flèche des prix aux USA mêmes, donc inflation, etc.). S’il stoppe les exportations du précieux gazole, ça sera tout bonnement une catastrophe brutale. D’une manière ou d’une autre, les USA encore et encore, ont de quoi tenir les Européens d’une main de fer, et cela à cause, infiniment bêtement, de l’aveuglement des dirigeants Européens principalement dans l’affaire Ukrainienne (De Gaule ! Au secours ! Ils sont devenus fous !).
PS : la France s’est peu à peu délestée des énergies fossiles du MO, mais s’est jetée dans le gueule du loup US sans parachute ! A suivre.
@ Sami
[Juste pour compléter, et ajouter un élément supplémentaire qui me semble important : l’aveuglement de presque tous les dirigeants Européens (dont Macron donc), devant la politique US qui a réussi avec un cynisme et une efficacité admirables, le grand chelem : couper toute possibilité de liens constructifs de l’UE avec la Russie, pour (entre autres bénéfices) devenir un fournisseur quasi monopolistique des énergies fossiles à l’UE, mettre la Chine dans un grand embarras (encore que la Chine, pas folle, peut se fournir chez les Russes…), etc etc etc.]
Comme disait un politicien anglais, il faut éviter de confondre léthargie et stratégie. On peut contempler les effets des politiques mises en œuvre par les Américains ou par les européens, mais croire que ces effets ont été planifiés, qu’ils ont été voulus et prévus par des cerveaux clairvoyants, c’est pousser le bouchon un peu trop loin.
L’objectif des Américains en Ukraine était d’affaiblir la Russie en poussant les Ukrainiens à piétiner la « ligne rouge » – que la Russie avait défini publiquement et sans aucune ambigüité – pour aboutir à une guerre d’usure. C’est pourquoi ils ont aidé les Ukrainiens juste assez pour qu’ils puissent résister, mais pas assez pour qu’ils puissent repousser l’attaque, ou jeter la Russie dans les bras de la Chine. Et le mouvement de balancier se poursuit : chaque fois que la Russie semble en passe de progresser, les Américains font mine de renforcer leur soutien à l’Ukraine… tout en ménageant la Russie. Mais ont-ils prévu l’effet de ce conflit sur l’économie européenne – et notamment allemande ? Je ne suis pas sûr. Ce ne sont pas les Américains d’ailleurs qui ont poussé l’UE à se tirer une balle dans le pied en prenant des sanctions. Zelenski d’ailleurs ne croyait pas que l’UE tiendrait cette ligne, sans quoi on se demande pourquoi prendre le risque de saboter le gazoduc North Stream. Vous noterez par ailleurs que lorsque Macron a fait mine de garder des canaux diplomatiques ouverts avec la Russie, ce n’est pas de Washington que la censure est venu, mais de nos « partenaires » européens – et du lobby eurolâtre.
[On sait que Trump se tâte ces jours-ci pour couper ou non le robinet des exportations de Diesel vers l’UE (vu que sa propre politique a tout de même fini par provoquer une montée en flèche des prix aux USA mêmes, donc inflation, etc.). S’il stoppe les exportations du précieux gazole, ça sera tout bonnement une catastrophe brutale.]
Oui. Mais là encore, je ne crois pas que ce soit quelque chose de voulu, de planifié. Nos hommes politiques n’ont plus vraiment de capacité à planifier, et d’ailleurs on peut se demander si cela les intéresse. Leur horizon dépasse rarement la prochaine échéance électorale. Ils avancent comme des aveugles, se cognant périodiquement sur les meubles. Et du coup, ils font ce que Napoléon considérait la pire des erreurs pour un politique : se laisser enfermer dans une situation à partir de laquelle il ne reste que des mauvaises solutions. Trump est l’exemple caricatural : il prend des décisions sans en peser les conséquences, puis pour réparer les conséquences de cette première décision il prend une autre décision toujours sans en peser les conséquences… et ainsi de suite. Et chez nous, ce n’est pas mieux : la plupart des politiques européennes ont abouti à l’effet contraire de celui proclamé. La zone Euro devait être une zone de croissance, elle est à la traine. L’ouverture des marchés de l’électricité et du gaz devait faire baisser les prix, c’est le contraire qui est arrivé.
[D’une manière ou d’une autre, les USA encore et encore, ont de quoi tenir les Européens d’une main de fer, et cela à cause, infiniment bêtement, de l’aveuglement des dirigeants Européens principalement dans l’affaire Ukrainienne (De Gaule ! Au secours ! Ils sont devenus fous !).]
Le problème est que la plupart des dirigeants européens regardent le monde sur une carte de randonnée, alors qu’il faudrait le regarder sur un planisphère. N’oubliez-pas que la plupart des pays européens sont très « provinciaux ». Pour les états de l’Europe centrale et orientale, ce qui se passe au Moyen orient, en Asie, en Afrique ou dans les Amériques n’a d’intérêt que dans la mesure où cela les touche directement. L’UE est devenu extrêmement « provinciale »…
Chic! Une leçon d’économie politique. Il me semble que cela faisait longtemps.
Je me permets un petit complément.
Si on ajoute à la réduction des quantités de carburant disponibles à la vente un blocage des prix qui affecterait trop la marge des distributeurs, il ne resterait à ces derniers que le choix entre la clé sous la porte ou le marché noir.
Cela rappellerait ce qui se faisait à une époque…
[Il faut regarder l’histoire en face : les gouvernements européens ont fait le choix de pousser l’Ukraine – et autres pays de l’ancien pacte de Varsovie – à adhérer à l’OTAN, au risque de traverser la « ligne rouge » qui conduisait à la guerre. Ils ont ensuite fait le choix de sanctionner la Russie lorsque la guerre a éclaté. Il ne s’agit pas ici de discuter si ces décisions étaient ou non opportunes…]
Je ne sais si vous la regardez de face ou de travers, l’histoire… Mais présenter comme un fait (évident, n’est-ce pas ?) la responsabilité des gouvernements européens dans la guerre que la pauvre Russie a été contrainte de mener contre l’agressive Ukraine relève au moins d’une lecture lourdement partiale de notre présent, en tout cas de votre obstiné tropisme europhobe. Désolant.
@ Claustaire
[« Il faut regarder l’histoire en face : les gouvernements européens ont fait le choix de pousser l’Ukraine – et autres pays de l’ancien pacte de Varsovie – à adhérer à l’OTAN, au risque de traverser la « ligne rouge » qui conduisait à la guerre. Ils ont ensuite fait le choix de sanctionner la Russie lorsque la guerre a éclaté. Il ne s’agit pas ici de discuter si ces décisions étaient ou non opportunes… » Je ne sais si vous la regardez de face ou de travers, l’histoire… Mais présenter comme un fait (évident, n’est-ce pas ?) la responsabilité des gouvernements européens dans la guerre (…)]
Je ne vois pas très bien où vous voyez dans mon commentaire le moindre élément de « responsabilité ». Regardons précisément ce que j’écris : contestez-vous la réalité du fait que « les gouvernements européens ont fait le choix de pousser l’Ukraine à adhérer à l’OTAN » ? Vous aurez du mal, tant les preuves de cet engagement sont nombreuses. Est-ce que vous contestez que la Russie avait fait de cette adhésion une « ligne rouge » ? Vous aurez du mal là encore, parce qu’il existe des dizaines de déclarations des autorités russes dans ce sens. Contesteriez-vous le fait que c’st l’Union européenne qui a fait le choix de sanctionner la Russie quand la guerre a éclaté ? Là encore, je vois mal quels seraient les arguments qui vous en feraient douter…
Voilà les trois affirmations que contenait mon commentaire. Voilà les trois choix qu’ont fait les européens. Je ne rentre pas dans le débat de savoir si ces choix étaient pertinents ou non, ou pour utiliser votre vocabulaire, s’ils étaient « justifiés ». Tout ce que je dis, c’est que ceux qui ont pris ces décisions doivent assumer les conséquences. On a le droit de penser que permettre à l’Ukraine d’adhérer à l’OTAN vaut qu’on paye le carburant plus cher. Mais dans ce cas, il faut l’assumer, et non dire « l’augmentation des prix n’est pas le résultat de nos décisions ».
[que la pauvre Russie a été contrainte de mener contre l’agressive Ukraine relève au moins d’une lecture lourdement partiale de notre présent,]
Ce qui m’amuse, c’est la manière dont vous faites dire à mon commentaire ce qu’il ne dit pas. J’ai détaillé plus haut les trois affirmations que contenait mon texte. Aucune ne va dans le sens de qualifier les uns de « victimes » ou les autres « d’agresseurs ». Le système OTAN/UE a fait en sorte que l’Ukraine adhère à l’OTAN. C’est là un fait. On peut considérer cette politique comme une « agression » contre la Russie, ou bien comme un signe de paix. Je vous laisse le soin de cette qualification, mais mon texte ne prend pas de position.
De même, je dis que la Russie avait fait de cette adhésion une « ligne rouge ». Vous pouvez considérer cela comme l’acte normal d’une puissance qui n’entend pas se laisser entourer par des gouvernements hostiles, ou bien comme une violation inacceptable de la souveraineté d’un pays. Là encore, je vous laisse le choix. Je ne prends pas parti.
Enfin, s’agissant des sanctions, vous avez le droit d’estimer que c’était une réponse logique et proportionnée à une agression inacceptable, ou au contraire la prolongation d’une série de bévues qui vont coûter très cher aux européens pour un résultat discutable. Mais une dernière fois, ce n’est pas moi qui fais un choix entre ces deux options.
Qu’est ce qui vous fait voir une prise de parti qui n’est pas là ? Je vais me risquer une interprétation. Je pense que cette réaction – dont vous n’avez pas le monopole, loin de là – vient d’une forme de panique intellectuelle. Le choix de pousser l’Ukraine à traverser la ligne rouge, puis de la soutenir en lui versant des tombereaux d’argent et en imposant des sanctions nous coûtent très cher, et l’addition monte chaque jour. Et tout cela pour des résultats fort peu probants. Au fur et à mesure que les Français découvrent la douloureuse, ceux qui ont soutenu ces politiques vont devoir prendre leurs responsabilités. Et ça risque de faire mal. Raison de plus pour chercher à disqualifier ceux qui auraient l’outrecuidance de lier la facture avec les décisions prises. C’est pourquoi Macron prétend que « ce n’est pas la conséquence de décisions prises par le gouvernement », et c’est pourquoi vous cherchez à disqualifier mon commentaire avec des phrases comme la suivante :
« dans la voie en tout cas de votre obstiné tropisme europhobe. Désolant. »
Désolant, c’est le mot exact.
@ Descartes
[« les gouvernements européens ont fait le choix de pousser l’Ukraine à adhérer à l’OTAN »]
Vous sauriez étayer cette affirmation par des sources ? Il me semblait au contraire que Sarkozy et Merkel au contraire freinaient des 4 fers contre cette adhésion, peut être que ma mémoire me trompe. Sur quoi vous appuyez vous pour dire que la volonté de rejoindre l’OTAN procède d’une volonté des gouvernements Européens et pas d’une évolution de l’opinion publique Ukrainienne pour des raison internes à l’Ukraine ?
@ P2R
[Vous sauriez étayer cette affirmation par des sources ? Il me semblait au contraire que Sarkozy et Merkel au contraire freinaient des 4 fers contre cette adhésion, peut être que ma mémoire me trompe.]
Il ne faut pas confondre les déclarations de tel ou tel dirigeant, souvent destinées à l’opinion publique nationale, avec les politiques de long terme. Déjà en 1994 l’OTAN créait le dispositif des « partenariats pour la paix ». Celui-ci permettait de préparer l’adhésion à l’OTAN des états de l’Europe centrale et orientale après la fin de l’URSS et la dissolution du pacte de Varsovie. Et, oh ! surprise, l’Ukraine est le premier pays à signer un tel « pacte » le 8 février 1984.
En 2005, une nouvelle catégorie, celle du « dialogue intensifié » est créé par les dirigeants de l’OTAN lors du sommet de Vilnius, précisément pour arrimer l’Ukraine à l’OTAN.
En 2008, au sommet de Bucarest de 2008, les dirigeants de l’OTAN décident que l’Ukraine deviendra membre de l’Alliance avec le plan d’action pour l’adhésion (MAP) si elle le souhaite. L’affaire semble entendue, mais aux élections de 2010 les Ukrainiens élisent Viktor Ianoukovitch, dont la position est de maintenir l’Ukraine dans la neutralité. Le système UE/OTAN fomente le coup d’Etat qui le renverse en 2014 pour le remplacer par Vitor Ioutchenko qui, surprise surprise, reprend les négociations pour rentrer dans l’OTAN et l’UE. Il fera inscrire cet objectif dans la constitution en 2019 de manière à lier les mains de ses successeurs.
Tout le long de ce parcours, les dirigeants de l’OTAN ont approuvé les différentes étapes du « cliquet » qui ne pouvait conduire qu’à l’adhésion de l’Ukraine au système UE/OTAN. Quoique Sarkozy ou Merkel aient pu dire par ailleurs dans les médias…
[Sur quoi vous appuyez vous pour dire que la volonté de rejoindre l’OTAN procède d’une volonté des gouvernements Européens et pas d’une évolution de l’opinion publique Ukrainienne pour des raison internes à l’Ukraine ?]
Disons que le fait que le système UE/OTAN ait – de son propre aveu – joué un rôle essentiel dans le renversement du gouvernement élu de l’Ukraine lorsque celui-ci a manifesté sa volonté de ne pas adhérer est un bon indicateur…
@ Descartes
Merci beaucoup pour votre réponse.
[Disons que le fait que le système UE/OTAN ait – de son propre aveu – joué un rôle essentiel dans le renversement du gouvernement élu de l’Ukraine lorsque celui-ci a manifesté sa volonté de ne pas adhérer est un bon indicateur…]
Là encore, je n’ai pas connaissance des sources selon lesquelles l’OTAN ou l’UE auraient AVOUE avoir piloté Euromaïdan. Qu’ils l’aient fait, c’est une évidence. Mais l’aveu, ça, jamais entendu parler. Si vous pouvez m’éclairer… C’est que sur ce genre de sujet, vaut meiux être bien armé si on veut ne serait-ce que nuancer le récit dominant…
@ P2R
[Là encore, je n’ai pas connaissance des sources selon lesquelles l’OTAN ou l’UE auraient AVOUE avoir piloté Euromaïdan.]
“Piloté” certainement pas. Mais avoir joué un rôle essentiel, oui. Il y a par exemple les déclarations de Catherine Ashton, à l’époque haute représentante pour la politique étrangère. Il y a aussi les motions du Parlement européen. Il y a surtout les déclarations de la Commission et du Conseil affirmant que le refus de signer les accords d’association “ne reflétait pas la volonté du peuple ukrainien”, ce qui revenait à denier au gouvernement ukrainien la légitimité démocratique. L’Union européenne au aussi pris des sanctions contre le gouvernement du président Ianukovitch. Et finalement, l’Union européenne a répété qu’un gouvernement alternatif qui signerait les accords compterait avec le soutien économique de l’Union européenne. Ca vous suffit ?
@P2R : comme preuve de l’implication des USA, vous pouvez également rappeler aux sceptiques que Victoria Nuland, la secrétaire d’État US, avait fait le déplacement à Kiev pour distribuer des vivres aux émeutiers lors du coup d’état.
https://www.lexpress.fr/resizer/v2/JWVFIOMLWZEODGVMEGGCM4V44Y.jpg?auth=0481481187ef4d43d6999d926b7d24f57a6f5c5d82841c16397b94df93fde8c6
@P2R, @CZ
Victoria Nuland (à l’époque secrétaire d’état adjointe) n’est pas la seule à avoir fait le pélerinage à Kiev à l’époque de « l’EuroMaïdan » ; des sénateurs ont aussi fait le voyage (au moins feu John McCain, mais il me semble que ce n’est pas le seul…).
Pour les anglophones, je conseille la lecture de « Provoked » de Scott Horton, qui passe en revue plus de trente ans de relations étatsuniennes/russes.
@никто
Exact. L’épisode est même mentionné sur le site officiel du McCain Institute.
@ Descartes
(Ca vous suffit ?)
Pas vraiment. Tout ça c’est des faits concordants, qui prouvent la volonté de l’UE et de l’OTAN de voir le gouvernement Ianoukovitch tomber et être remplacé par un gouvernement “eurocompatible”. Ce que je ne conteste pas, au contraire. Par contre, parler d’un “aveu”, ça suppose une reconnaissance publique et retrospective des faits en question par l’UE ou l’OTAN. Or je ne crois pas que l’UE ait jamais avoué officiellement avoir joué un rôle essentiel dans Euromaïdan. A ma connaissance. Je pense au contraire que l’UE continue de faire comme si elle n’était pour rien dans les événements Ukrainiens, et n’avait fait que suivre le cour de l’histoire, qui, comme chacun sait, coule naturellement vers la démocratie libérale et l’adhésion aux valeurs de l’UE.
@ P2R
[Par contre, parler d’un “aveu”, ça suppose une reconnaissance publique et retrospective des faits en question par l’UE ou l’OTAN. Or je ne crois pas que l’UE ait jamais avoué officiellement avoir joué un rôle essentiel dans Euromaïdan.]
Je vois votre point. Oui, votre remarque est juste et utiliser le mot “aveu” est certainement excessif. Les leaders européens préfèrent effectivement maintenir la fiction d’une Ukraine qui aurait de sa propre initiative et sans influence extérieure cherché à rejoindre le système UE/OTAN.
Vous allez vous faire taper sur les mains par les néoféministes avec la citation de Boris Vian.
[Les Français ne semblent pas en avoir voulu à Pompidou ou lui avoir fait reproche : moins d’un an plus tard, ils élisaient à la présidence son ministre des finances…]
Pourquoi les politiques ne sont plus capables de tenir ce type de discours ?
@ Glarrious
[Pourquoi les politiques ne sont plus capables de tenir ce type de discours ?]
C’est une très bonne question. Je ne prétends avoir une réponse scientifique. Mon impression est que ce type de discours repose sur une logique du temps long qu’on pourrait résumer par « il faut se serrer la ceinture aujourd’hui pour en récolter les fruits demain ». C’était presque formulé dans ces termes dans le discours de mongénéral présentant le plan Rueff en 1958, et on le retrouve chez Pompidou en 1973. Or, la logique de notre civilisation aujourd’hui est le « tout, tout de suite ». Les désirs doivent être satisfaits immédiatement, et toute attente est une frustration intolérable. L’idée d’un effort ou d’un sacrifice au présent pour construire un futur radieux ne fait plus recette, et cela d’autant plus qu’à partir des années 1980 nos hommes politiques ont usé et abusé en demandant des sacrifices au nom de promesses d’avenir qui n’ont jamais été tenues – la construction européenne est peut-être l’exemple le plus éclatant : où est le « changer la vie » promis en 1981, « l’Europe sociale » qu’on nous avait raconté lors de la ratification du traité de Maastricht, la « zone de plus forte croissance du monde » qu’on nous avait fait miroiter lors de la création de l’Euro, « l’économie de la connaissance » du sommet de Barcelone ?
Regardez le discours politique : toutes les promesses que nos hommes politiques versent au débat sont toujours des mesures immédiates. Personne ne propose un programme à dix, vingt, trente ans. Et cela pour une raison simple : ça n’intéresse pas l’électeur, qui ne crois plus à la possibilité d’avoir une politique dans la continuité.
Je suppose que je ne serai pas le seul à critiquer votre raisonnement économique, du fait qu’il omet que nous sommes dans un marché mondial.
Baisser les taxes en France pour maintenir plus ou mois le prix à la consommation permettrait de compenser, en France, l’augmentation mondiale du prix qui permet d’équilibrer offre et demande.
Je prolonge donc votre raisonnement, en prenant en compte ce cadre mondial.
Une mesure de réduction des taxes ne serait finalement rien d’autre qu’une subvention publique, piochée dans le trou de la dette, et directement versée aux producteurs de pétrole non concernés pas les troubles géopolitiques. D’autant que, si la France ne prend pas sa part de l’effort mondial pour réduire la consommation, cela pèsera sur les prix mondiaux, qui augmenteront encore plus, et cela enrichira donc encore plus ceux qui font leur beurre sur cette crise.
Cette même mesure de réduction des taxes peut également être vue comme une subventions aux énergies fossiles, pour éviter aux français de faire les efforts nécessaires pour engager la transition écologique.
Comme souvent, les écolos, sur le sujet, sont les meilleurs. Entre Sandrine Rousseau, qui expliquait, en Septembre / Octobre 2021, qu’il fallait que le prix de l’essence augmente de 6 à 10 centimes le litre tous les ans, pendant au moins un quinquennat… Et Marine Tondelier qui réclame aujourd’hui une baisse du prix de l’essence financée par l’Etat !
On pourrait également argumenter sur le fait qu’il serait moralement scandaleux que la France s’approprie une plus grosse part du gâteau au détriment des autres pays…
@ Vincent
[Je suppose que je ne serai pas le seul à critiquer votre raisonnement économique, du fait qu’il omet que nous sommes dans un marché mondial.]
Ca fait plaisir de voir qu’il y en a qui suivent… oui, vous avez tout à fait raison. Je n’ai pas inclus le volet international dans mon raisonnement pour ne pas compliquer les choses, le but étant de faire comprendre pourquoi une quelconque manipulation des prix ne peut pas faire disparaître le problème de fond, à savoir, qu’il n’y a pas de pétrole pour tout le monde, du moins pour maintenir les niveaux de consommation d’avant crise. Le but était d’expliquer au lecteur qu’il faut toujours raisonner sur l’économie réelle, avant de chercher une traduction dans l’économie monétaire…
Mais vous avez raison : la question que j’ai posée de la répartition de la pénurie au niveau national est parfaitement transposable au niveau international. Sauf qu’au niveau international, il n’existe pas d’autorité centrale qui puisse organiser la répartition de la pénurie. L’international, c’est le règne du rapport de forces… même si un certain nombre d’accords internationaux permettent de mettre un peu d’ordre sous l’égide de l’agence internationale de l’énergie.
[Baisser les taxes en France pour maintenir plus ou moins le prix à la consommation permettrait de compenser, en France, l’augmentation mondiale du prix qui permet d’équilibrer offre et demande.]
Mais la question n’est pas le prix, mais la quantité. Si vous subventionnez, ce que vous faites en réalité c’est attirer au niveau international le pétrole vers la France, au détriment d’autres pays qui n’ont pas le même pouvoir d’achat – ou plutôt la même capacité d’emprunter pour le maintenir… bien entendu, pour attirer le pétrole vers la France vous êtes obligé de payer dans la poche des pétroliers des prix de plus en plus élevés, autrement dit, d’augmenter leurs profits.
[Je prolonge donc votre raisonnement, en prenant en compte ce cadre mondial. Une mesure de réduction des taxes ne serait finalement rien d’autre qu’une subvention publique, piochée dans le trou de la dette, et directement versée aux producteurs de pétrole non concernés pas les troubles géopolitiques. D’autant que, si la France ne prend pas sa part de l’effort mondial pour réduire la consommation, cela pèsera sur les prix mondiaux, qui augmenteront encore plus, et cela enrichira donc encore plus ceux qui font leur beurre sur cette crise.]
Exactement.
[Cette même mesure de réduction des taxes peut également être vue comme une subventions aux énergies fossiles, pour éviter aux français de faire les efforts nécessaires pour engager la transition écologique. Comme souvent, les écolos, sur le sujet, sont les meilleurs. Entre Sandrine Rousseau, qui expliquait, en Septembre / Octobre 2021, qu’il fallait que le prix de l’essence augmente de 6 à 10 centimes le litre tous les ans, pendant au moins un quinquennat… Et Marine Tondelier qui réclame aujourd’hui une baisse du prix de l’essence financée par l’Etat !]
Les écolos ne sont pas à une incohérence près. Il faut dire qu’ils ne sont pas les seuls qui, dans le dilemme entre défendre leurs idées et la basse démagogie, choisissent le deuxième terme de l’alternative. J’ai beaucoup admiré Georges Marchais lorsque durant la campagne de 1981 il est allé à Plogoff expliquer pourquoi il était favorable au projet de centrale nucléaire. Je doute qu’il y ait beaucoup de leaders politiques aujourd’hui qui auraient un tel courage.
[On pourrait également argumenter sur le fait qu’il serait moralement scandaleux que la France s’approprie une plus grosse part du gâteau au détriment des autres pays…]
Surtout qu’on n’a pas d’autre moyen de le faire que de s’endetter…
René,
la fulgurance de votre observation sur le retour au couplage électricité–fossiles dont le programme électronucléaire nous avait délivré, peut-être l’avez vous lue ailleurs mais moi pas et en tant que professionnel du secteur, je vous en remercie ; la tonalité jancovicienne de l’ensemble me ravit également et ne m’étonne pas, le Jean-Marc planificateur est assez communisant sur les bords…
Alors de grâce, votre double abrut… maléfique qui continue de célébrer la geste du dictateur judoka envoyant ses chars envahir un pays souverain en remake de la Grande Guerre Patriotique, essayant de faire glorieusement mourir de froid ses frères slaves (Grand Triomphe sur l’Occident décadent !), la main courageusement posée sur le révolver nucléaire des fois que ça tourne mal, sous des éléments de langages aussi minables que “la guerre a éclaté” (oh la belle forme impersonnelle !) à cause de “la ligne rouge” (oh la belle rouge), envoyez-le blogguer ailleurs : il y aura plein d’adeptes – peut-être davantage même que vous ici, mais ça permettra de vous lire sans schizophrénie ni sentiment d’être pris par l’autre pour le dernier des …
Affectueusement
@ Bertrand
[Alors de grâce, votre double abrut… maléfique qui continue de célébrer la geste du dictateur judoka envoyant ses chars envahir un pays souverain en remake de la Grande Guerre Patriotique, essayant de faire glorieusement mourir de froid ses frères slaves (Grand Triomphe sur l’Occident décadent !), la main courageusement posée sur le révolver nucléaire des fois que ça tourne mal, sous des éléments de langages aussi minables que “la guerre a éclaté” (oh la belle forme impersonnelle !) à cause de “la ligne rouge” (oh la belle rouge), envoyez-le blogguer ailleurs]
Si vous n’aviez pas terminé votre texte par un « affectueusement… », j’aurais moins de scrupules à vous répondre comme je vais le faire. Mais je vais essayer de ne pas me laisser influencer.
D’abord, épargnez moi les grandes envolées lyriques et autres recours de propagande. Est-ce qu’en qualifiant Poutine de « dictateur judoka » comme si son statut électoral ou sa pratique sportive avaient un rapport avec l’afaire, en parlant de « ses chars » comme si les armées appartenaient à un homme seul, vous faites avancer le débat ? Je ne le pense pas. Au contraire : c’est une manière de refuser d’ouvrir la discussion. Poutine est un être diabolique, et il est inutile de chercher à comprendre les raisons du diable, puisqu’il n’agit que par amour du mal.
Ma position est diamétralement opposée à la vôtre. Je reprends à mon compte l’excellente remarque du personnage joué par Jean Renoir dans « La règle du Jeu » : « ce qu’il y a de terrible dans ce monde, c’est que tout le monde a ses raisons ». Et si l’on veut faire de la politique, il est essentiel de chercher à comprendre les raisons de chacun. Maudire le « dictateur judoka » qui « envoie ses chars » ne nous avance à rien dans cette compréhension.
La réalité est qu’après la chute du mur, et malgré les assurances données verbalement par les puissances occidentales, le système UE/OTAN a cherché à entourer la Russie ex-soviétique d’états adhérant à une alliance clairement hostile à la Russie. Il n’est pas difficile à comprendre quelle a pu être la réaction des dirigeants russes devant cette volonté. A de multiples reprises ils ont indiqué quelles étaient pour eux les « lignes rouges » au-delà desquelles ils se considéreraient obligés d’intervenir. Et ils l’ont fait lorsque ces lignes ont été franchies, par exemple, en Georgie. L’attaque russe en Ukraine n’était donc pas la lubie d’un « dictateur » qui « envoie ses chars », mais la continuité d’une politique mûrement réfléchie et par ailleurs parfaitement rationnelle : aucun pays ne se laisse encercler sans réagir.
Après, on peut se poser toute une ribambelle de question pour savoir si les « raisons » en question sont légitimes, conformes au droit des gens ou à la morale. C’est un débat très intéressant, mais qu’on ne peut régler par l’appel à des principes, tout simplement parce que nous-mêmes nous asseyons sur ces principes quand cela nous arrange. Prenons quelques exemples si vous le voulez bien : l’Iran est une nation souveraine, et pourtant les gouvernements européens trouvent parfaitement normal de décider qu’elle n’aura pas le droit de développer l’arme nucléaire, et d’intervenir y compris militairement pour les empêcher de la développer. Autrement dit, lorsque nous estimons que notre propre sécurité – ou plus banalement nos intérêts – sont menacés, la souveraineté des états et le libre choix de leurs peuples passe par pertes et profits. Et la même chose peut être dite vis-à-vis de l’invasion de l’Irak par les américains : je ne me souviens pas que l’Union européenne ait envisagé des sanctions contre le « président golfeur » qui a « envoyé ses chars » écraser la souveraineté irakienne. Je me souviens même d’un premier ministre britannique qui s’est fait l’écho des mensonges servant à justifier cette atteinte aux grands principes qui sont aujourd’hui invoqués pour rejeter l’intervention russe en Ukraine.
C’est pourquoi personnellement je ne m’intéresse pas trop aux débats sur le fait de savoir qui a raison et qui a tort. Je m’attache plutôt à comprendre les raisons des uns et des autres. La paix ne viendra pas de l’application d’on ne sait quel principe abstrait, mais d’un équilibre dans lequel les « raisons » des uns et des autres auront été prises en compte. Faire la paix entre la Russie et l’Ukraine, c’est trouver un compromis dans lequel la sécurité de l’une comme de l’autre soient garanties. Une telle proposition avait été mise sur la table et fait l’objet d’un accord verbal : la neutralisation de l’Europe centrale, créant ainsi un ensemble d’Etats n’appartenant à aucune alliance militaire et dont la sécurité serait garantie. Les puissances occidentales ont préféré abandonner cette logique pour lui préférer celle du « containment ». La Russie a compris qu’elle n’avait le choix qu’entre accepter l’encerclement ou réagir militairement. Chacun a fait un choix, et la situation actuelle en est la conséquence. Ceux qui ont fait ces différents choix doivent en assumer leurs responsabilités.
Bien sur, il est beaucoup plus facile de rejeter la faute sur l’autre, de décider que nous avons toujours fait les bons choix, et que la situation est la seule et exclusive faute d’on ne sait quel « dictateur judoka ». Mais je vous prie de m’excuser, j’oubliais un moment que nous sommes le camp du Bien, et que nos actions ne sont motivées que par la volonté de faire triompher la paix et la dignité humaine… d’ailleurs, le système UE/OTAN le démontre chaque jour par son action soutenue pour la défense de nos principes à Gaza.
Macron en train de franchir la ligne rouge… : -)
https://www.franceinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/non-le-visage-d-emmanuel-macron-eclaire-de-rouge-n-est-pas-un-signe-de-satan_8192741.html
@ claustaire
[Macron en train de franchir la ligne rouge… : -)]
Il y a bien des gens pour croire que le type en blanc à côté de Macron est infaillible et qu’il est le représentant du Christ sur terre…
Par contre, on s’étonnera de la facilité avec laquelle vous acceptez qu’un dictateur en nostalgie impérialiste prétende pouvoir fixer aux démocraties de pays indépendants telle “ligne rouge” dont le franchissement entraînerait la guerre…
@ claustaire
[Par contre, on s’étonnera de la facilité avec laquelle vous acceptez dictateur en nostalgie impérialiste prétende pouvoir fixer aux démocraties de pays indépendants telle “ligne rouge” dont le franchissement entraînerait la guerre…]
Vous avez du mal à admettre le fait que nous ne nous situons pas sur le même plan. Pour vous, c’est une question morale : il s’agit de rechercher où se trouve le « bien » et où se trouve le « mal », de condamner les uns et louer les autres. Moi, je me situe sur un plan politique. Le fait est qu’il y a un homme qui gouverne la Russie, qui pose des « lignes rouges », et qui est prêt à aller à la guerre pour les défendre, et qu’il a le pouvoir de le faire. C’est là un fait, et cela restera un fait que je « l’accepte » ou pas. A partir de là, on peut réfléchir à la politique la plus adaptée pour défendre nos intérêts dans ce contexte. Et cette réflexion nécessite de bien comprendre quelles sont les « raisons » qui poussent Poutine à agir.
TOUS les gouvernements dans ce bas monde fixent des « lignes rouges », c’est-à-dire, les limites au-delà desquels ils feront usage de la force pour défendre leurs intérêts, même si cela suppose de piétiner le droit. Et ils continueront à le faire, que cela vous plaise ou non. Déjà dans la Rome antique on constatait que « salus populo suprema lex esto » (« le salut du peuple est la loi suprême »), cet cela n’est pas près de changer. Par ailleurs, il est notable comment certaines « lignes rouges » ne semblent pas poser de problème. Que pensez-vous par exemple de la « ligne rouge » fixée par le système UE/OTAN à l’Iran sur la possession de l’arme nucléaire ? En quoi cette « ligne rouge » est plus ou moins légitime que celle fixée par Poutine à l’Ukraine ? En quoi « l’indépendance » iranienne serait-elle d’une autre nature que celle de l’Ukraine ? Ou pensez-vous que l’occident a reçu d’une puissance supérieure le droit divin de fixer des « lignes rouges » aux autres, sans réciprocité ?
La question n’est donc pas de savoir si tel ou tel gouvernement a le droit de fixer des « lignes rouges ». La question est de savoir qu’est ce qu’on fait une fois qu’ils l’ont fixées. On peut s’abstenir de les franchir, ce qui suppose de renoncer à certaines choses. Ou bien on peut faire le choix de les franchir, et c’est la guerre. L’Ukraine avait le choix entre la neutralité et la paix avec son voisin, ou bien d’adhérer à l’OTAN et risquer la guerre. Encouragée dans ce sens par le système UE/OTAN, elle a fait le choix de la guerre. Dans mon papier, je n’approuve ni ne désapprouve ce choix, je me contente de le constater, et de dire que ceux qui l’ont fait – et ceux qui l’ont encouragé – doivent en assumer la responsabilité.
Vous préféreriez en fait que je m’engage dans la rhétorique condamnatoire. Je m’y refuse, tout simplement parce que je ne voie pas l’utilité. Au contraire, cela est néfaste parce que rentrer dans cette logique c’est refuser d’analyser la situation dans toute sa complexité. Prenez le terme « dictateur en nostalgie impérialiste », utilisé (à tort à mon avis) pour caractériser Poutine. En quoi cette formule, qui relève de la rhétorique condamnatoire, vous aide à analyser la situation ? Au contraire, elle l’obscurcit. D’abord, le fait que Poutine soit un « dictateur » ne change rien à l’affaire : un dirigeant démocratique aurait pu parfaitement prendre la décision de faire la guerre si les « lignes rouges » fixées par lui étaient franchies : Bush en Irak, Trump dans le Golfe, Netanyahu dans ses différentes interventions sont d’excellents exemples, sans compter le bombardement de la Serbie, auquel ont participé bon nombre de membres de l’OTAN dotés de gouvernements tout à fait “démocratiques”. Et ensuite, attribuer sa décision sans analyse à une caractéristique personnelle (« nostalgie impérialiste ») occulte le fait qu’il ne s’agit pas de la décision d’un homme seul, mais d’un système, et que celle-ci repose sur un ensemble très complexe d’intérêts.
@ Descartes
Cette réponse exprime à 100% comment je vois les choses, c’est articulé plus clairement que je n’aurais su l’organiser. Je me permettrai, si vous le voulez bien, de la reprendre telle quelle lors de “diners en ville”.
@ Bob
[Cette réponse exprime à 100% comment je vois les choses, c’est articulé plus clairement que je n’aurais su l’organiser. Je me permettrai, si vous le voulez bien, de la reprendre telle quelle lors de “diners en ville”.]
Mais… je vous en prie. Je ne prétend à aucun copyright, et rien ne me ferait plus plaisir que de voir mes idées diffusées!
@Descartes
[l’Iran est une nation souveraine, et pourtant les gouvernements européens trouvent parfaitement normal de décider qu’elle n’aura pas le droit de développer l’arme nucléaire, et d’intervenir y compris militairement pour les empêcher de la développer]
Pour l’arme nucléaire, je serais plus nuancé, l’Iran étant (encore) signataire du TNP, on peut trouver normal que les autres signataires s’inquiètent de ça. En revanche, les rodomontades sur le fait que l’Iran n’ait pas le « droit » d’enrichir pour du nucléaire civil (3,5% pour l’énergie et ±20% pour usages médicaux, si je ne dis pas de bêtises), ça ne devrait même pas porter à discussions.
Entièrement d’accord avec le reste de vos exemples, auxquels on pourrait en ajouter pas mal d’autres…
@ никто
[Pour l’arme nucléaire, je serais plus nuancé, l’Iran étant (encore) signataire du TNP, on peut trouver normal que les autres signataires s’inquiètent de ça.]
Autrement dit, pour vous, il suffirait que l’Iran sorte du TNP pour que « les autres signataires » cessent de s’inquiéter ? Bien sûr que non. Il y a certes un droit international, qui règle plus ou moins bien les conflits lorsqu’ils sont de faible intensité. Mais lorsqu’un intérêt vital est menacé, le principe énoncé déjà par les Romains – « salus populo suprema lex esto » (« le salut du peuple est la loi suprême ») – devient la seule loi, y compris lorsque cela amène à violer ouvertement le droit international. Lorsque les Américains ont envahi l’Irak au nom du danger que représentaient les armes de destruction massive attribuées à Saddam Hussein, personne n’a songé à mettre en place des sanctions contre l’envahisseur. Lorsqu’Israël bombarde l’Iran au nom du danger que représente son programme nucléaire, personne ne sanctionne. Mais lorsque la Russie, s’estimant menacée par l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, les sanctions s’abattent contre l’infâme agresseur au nom du « droit international ». Avouez que c’est étrange, cette vision du droit à géométrie variable…
Il y a dans ce discours une formidable hypocrisie. Alors que l’occident piétine allègrement du droit international lorsque son intérêt le commande, il devient sacré lorsqu’il est violé par ses adversaires…
@Descartes
[Autrement dit, pour vous, il suffirait que l’Iran sorte du TNP pour que « les autres signataires » cessent de s’inquiéter ? Bien sûr que non]
Je disais juste que le fait que l’Iran soit signataire du TNP fournissait un prétexte légitime (au regard du droit) pour demander des vérifications à ce sujet ; je suis tout à fait d’accord avec vous sur les rapports entre le droit et la force, et si j’ai pu donner une autre impression, je me suis mal exprimé…
J’irai même un peu plus loin, il ne me semble pas (ou je l’ai raté) qu’un seul des pays visés par les agressions « occidentales » n’ait demandé au conseil de sécurité de l’ONU de voter des sanctions contre l’agresseur. Ces sanctions n’auraient certes eu aucune chance d’être adoptées, mais ça me paraît être une réponse diplomatique intéressante…
@ никто
[Je disais juste que le fait que l’Iran soit signataire du TNP fournissait un prétexte légitime (au regard du droit) pour demander des vérifications à ce sujet ; je suis tout à fait d’accord avec vous sur les rapports entre le droit et la force, et si j’ai pu donner une autre impression, je me suis mal exprimé…]
Merci de la précision. Mais je pense qu’il ne faut pas confondre deux choses. Le TNP est un texte par lequel les pays « dotés » (autrement dit, disposant de l’arme nucléaire à la date de signature du traité) s’engagent à assister les pays « non-dotés » à développer les applications civiles du nucléaire, et en échange les états « non-dotés » s’engagent à ne pas rechercher à développer l’arme nucléaire. L’Agence internationale de l’énergie atomique est chargée de vérifier que les états non-dotés respectent leur engagement.
Mais en droit, le non-respect des engagements peut donner lieu à l’exclusion du pays en question des bénéfices du TNP, mais certainement pas à l’usage de la force. Le fait qu’un pays ne respecte les obligations d’un traité rend caduques les obligations de l’autre partie, les traités ayant force de loi « sous réserve de réciprocité ». Mais, la « politique de la canonnière » – autrement dit, l’utilisation de la force pour obliger un pays à respecter un traité – est passée de mode depuis la fin du XIXème siècle.
[J’irai même un peu plus loin, il ne me semble pas (ou je l’ai raté) qu’un seul des pays visés par les agressions « occidentales » n’ait demandé au conseil de sécurité de l’ONU de voter des sanctions contre l’agresseur. Ces sanctions n’auraient certes eu aucune chance d’être adoptées, mais ça me paraît être une réponse diplomatique intéressante…]
En général, placés devant le fait accompli les membres du Conseil de sécurité ont préféré négocier les conditions de la stabilisation de la situation plutôt que de chercher à déposer une motion pour des sanctions qui n’a guère de chance d’être votée.
@Descartes
Vous m’énervez (je plaisante) à poser par écrit beaucoup mieux que moi ce que j’en pense ;)Je rebondis sur ce point : « les pays « dotés » s’engagent à assister les pays « non-dotés » à développer les applications civiles du nucléaire, et en échange les états « non-dotés » s’engagent à ne pas rechercher à développer l’arme nucléaire ». J’avais déjà pensé à ça, mais est-ce qu’on pourrait dire que les pays dotés signataires n’ont pas respecté leurs obligations (sauf peut-être la Russie avec la présence de Rosatom) en n’aidant pas l’Iran à se doter de capacité nucléaire civile ?
[En général, placés devant le fait accompli les membres du Conseil de sécurité ont préféré négocier les conditions de la stabilisation de la situation plutôt que de chercher àdéposer une motion pour des sanctions qui n’a guère de chance d’être votée.]
Pour les membres (en particulier permanents) du Conseil de sécurité, oui (quoique, cf. https://news.un.org/fr/story/2022/02/1115192 proposé entre autres par les États-Unis). Mais je parlais du pays visé (en l’occurrence l’Iran, mais ça pourrait s’appliquer à d’autres) qui demanderait au Conseil d’examiner la question. En particulier, c’est quelque chose qui a été fait en 2022 contre la Russie (cf. lien précédent) qui a évidemment opposé son véto. J’ai l’impression que les adversaires des États-Unis n’essayent même pas, et je me demande quelle est la raison derrière (est-ce juste pour éviter de perdre du temps) ?
@ никто
[Vous m’énervez (je plaisante) à poser par écrit beaucoup mieux que moi ce que j’en pense ;)]
Vous me flattez… et pourtant je me risque à ouvrir mon bec !
[Je rebondis sur ce point : « les pays « dotés » s’engagent à assister les pays « non-dotés » à développer les applications civiles du nucléaire, et en échange les états « non-dotés » s’engagent à ne pas rechercher à développer l’arme nucléaire ». J’avais déjà pensé à ça, mais est-ce qu’on pourrait dire que les pays dotés signataires n’ont pas respecté leurs obligations (sauf peut-être la Russie avec la présence de Rosatom) en n’aidant pas l’Iran à se doter de capacité nucléaire civile ?]
En fait, le texte est assez intéressant :
« Toutes les Parties au Traité s’engagent à faciliter un échange aussi large que possible d’équipement, de matières et de renseignements scientifiques et technologiques en vue des utilisations de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, et ont le droit d’y participer. Les Parties au Traité en mesure de le faire devront aussi coopérer en contribuant, à titre individuel ou conjointement avec d’autres États ou des organisations internationales, au développement plus poussé des applications de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, en particulier sur les territoires des États non dotés d’armes nucléaires qui sont Parties au Traité, compte dûment tenu des besoins des régions du monde qui sont en voie de développement. »
On peut en effet considérer que l’interdiction par un état doté d’exportation de certaines technologies liées à l’usage pacifique de l’énergie nucléaire à destination de l’Iran viole les obligations souscrites sous le traité.
[« En général, placés devant le fait accompli les membres du Conseil de sécurité ont préféré négocier les conditions de la stabilisation de la situation plutôt que de chercher à déposer une motion pour des sanctions qui n’a guère de chance d’être votée. » Pour les membres (en particulier permanents) du Conseil de sécurité, oui (quoique, cf. https://news.un.org/fr/story/2022/02/1115192 proposé entre autres par les États-Unis).]
Je parlais des interventions américaines. Les motions demandant des sanctions contre l’URSS naguère ou contre la Russie – mais aussi contre la Chine – sont récurrentes.
Le problème de déposer une telle motion tient à la dynamique même des relations internationales. Une motion de ce type oblige chaque pays à se déterminer publiquement. Lorsqu’un projet de résolution demande des sanctions contre les Etats-Unis, cela met ses amis au conseil de sécurité de choisir entre se dédire ou encourir la rage des Américains (et on sait que ceux-ci n’hésitent pas à “punir” ceux qui leur tiennent tête, même lorsqu’il s’agit d’alliés de longue date). Autrement dit, en demandant le vote d’une telle motion le pays agressé met en difficulté ses propres amis pour un résultat très maigre, puisque du fait du véto le projet n’a aucune chance d’être voté.
Une petite question: comment fait l’Espagne pour garder des prix bas pour leurs carburants ? Démagogie ?
Votre analyse est pourtant tellement frappée du sceau de la logique !
@ Paul
[Une petite question: comment fait l’Espagne pour garder des prix bas pour leurs carburants ? Démagogie ?]
Lorsqu’on examine l’effet des prix du carburant sur la consommation, il ne suffit pas de comparer les prix faciaux. Ce qui importe, c’est le rapport entre le prix du carburant et le revenu. Si vous gagnez 2000 €/mois, passer le litre d’essence de 2 à 2,5 € aura un effet radical. Si vous gagnez 10.000 €/mois, l’effet sera bien moins dramatique.
Or, lorsque vous faites une comparaison “à parité de pouvoir d’achat”, vous vous apercevez que les prix en Espagne ne sont pas si “bas” que ça. Prenons l’essence (euro 95). En Espagne, le prix moyen est de 1,94 € le litre, contre 2,16 € en France. Soit 11% de moins. Maintenant considérons les pouvoirs d’achat. Le SMIC espagnol est de 1400 € brut par mois, contre 1800 € en France, soit un écart de quelque 20%. Ou bien prenons le salaire brut médian, plus représentatif: il est de 24.000 € en Espagne, contre 33.000 € en France, soit un écart de 37%. Autrement dit, si l’on rapporte le prix du litre de carburant que ce soit au salaire minimum ou médian, on trouve que le carburant en termes relatifs est plus cher en Espagne qu’en France. Un smicard espagnol ne pourrait acheter avec son salaire que 722 litres d’essence, un smicard français 842.
Cela vous explique peut-être pourquoi le gouvernement espagnol est obligé de subventionner le prix du carburant, bien plus que le gouvernement français…
@ Decartes
Dans ce contexte de pénurie d’essence et de cherté de celle-ci, comment considerez-vous globalement la voiture électrique (VE) ?
Quelle votre opinion, aussi, sur l’aspect “bon pour la planète” de la VE ?
@ Bob
[Dans ce contexte de pénurie d’essence et de cherté de celle-ci, comment considérez-vous globalement la voiture électrique (VE) ?]
Je pense que ceux qui croient que la voiture électrique va permettre d’une certaine manière de conserver le modèle de mobilité qui est celui de la voiture thermique se trompent lourdement. La voiture électrique sera, lorsqu’on internalise l’ensemble des coûts externalisés, plus chère au kilomètre parcouru que la voiture thermique ne l’a été ces cinquante dernières années.
Il faut en effet se souvenir que l’engouement sur la voiture électrique tient à un prix qui ne reflète pas le coût réel. D’abord, parce que l’achat des véhicules électriques est lourdement subventionné, et que ces véhicules bénéficient de toute une série d’avantages (places de stationnement réservées, possibilité de circuler dans certains périmètres…) qui ont un coût économique. Ensuite, parce que le développement des points de recharge impose aux réseaux électriques des coûts qui sont mutualisés. La consommation des voitures électriques vient aussi éponger un surplus dans la production d’électricité qui tient à la pluie de subventions sur les énergies renouvelables, qui en cache le vrai coût de cette électricité « gratuite ». Et enfin, avec la généralisation de la voiture électrique se posera la question du recyclage des batteries et la raréfaction des matières premières pour en construire de nouvelles.
La voiture électrique se développera sans doute. Mais son développement conduira probablement à un changement dans les habitudes de mobilité. La mobilité individuelle deviendra – comme elle l’était à une époque – un produit de luxe… dans une société où l’on bougera de moins en moins. Le télétravail nous dispense déjà souvent un déplacement quotidien, NETFLIX nous dispense d’aller au cinéma, la concentration dans les métropoles facilite l’usage des transports en commun…
[Quelle votre opinion, aussi, sur l’aspect “bon pour la planète” de la VE ?]
J’ai du mal à me faire une idée. Du point de vue des rejets de CO2 et de la pollution de l’air l’avantage est évident… à condition que les batteries soient rechargées avec de l’électricité « propre ». Ce qui nous ramène à deux problématiques de pollution : celle liée aux énergies renouvelables (fabrication et retraitement des panneaux solaires, des matériaux constituant les éoliennes, des déchets nucléaires, etc.) ; et celle des batteries elles-mêmes, bourrées de métaux lourds et de substantes toxiques. Là encore, ce sont des coûts qui sont en partie mutualisés, et n’apparaissent donc pas dans le coût apparent d’exploitation de la voiture…
Bonjour,Merci pour cet article clair et riche, comme d’habitude. Je ne commente plus vos papiers, car quand je n’ai rien à apporter au débat, je préfère me taire. Néanmoins je continue à vous lire, ainsi que tous les commentaires, n’en doutez pas. Vos articles sont une bouffée d’air et m’aident à réfléchir.Je souhaite réagir sur un point : ” Car il ne faut pas oublier que l’énergie est le sang qui irrigue l’ensemble de l’économie, et que les hydrocarbures représentent – dans le cocorico écologiste on a tendance à l’oublier – un peu moins de deux tiers de la consommation finale d’énergie. “La solution “miracle” à ce problème, à moyen/long terme ne pourrait-elle pas résider dans la fameuse électrification des usages, qu’on nous vend depuis quelques années, notamment avec la voiture électrique? Le “combo” : relance d’un nouveau programme nucléaire pour accroitre la part du nucléaire dans notre mix énergétique (hydraulique+nuke) + sortie du marché européen de l’énergie, ne serait-il pas la recette pour se dégager de l’ornière, permettre de réduire notre dépendance envers l’étranger, et donner un avantage considérable à notre pays dans une optique de réindustrialisation? Je n’entends pourtant pas grand monde le proposer, ni même expliquer les moyens pour y parvenir…
On peut dire les choses aux Français, encore faut-il le faire clairement et être crédible, c’est-à-dire ne pas avoir été aux manettes ces 40 dernières années…
@ bruno
[Bonjour,Merci pour cet article clair et riche, comme d’habitude. Je ne commente plus vos papiers, car quand je n’ai rien à apporter au débat, je préfère me taire.]
Mais vous avez certainement de quoi apporter au débat : des questions que je n’aurais pas traitées, des réflexions qui vous viennent à la lecture… ou même du hors sujet total. Ce blog n’est pas seulement un moyen de diffuser mes idées, c’est surtout un espace d’échange et de développement mutuel…
[Je souhaite réagir sur un point : ” Car il ne faut pas oublier que l’énergie est le sang qui irrigue l’ensemble de l’économie, et que les hydrocarbures représentent – dans le cocorico écologiste on a tendance à l’oublier – un peu moins de deux tiers de la consommation finale d’énergie. “La solution “miracle” à ce problème, à moyen/long terme ne pourrait-elle pas résider dans la fameuse électrification des usages, qu’on nous vend depuis quelques années, notamment avec la voiture électrique ?]
J’ai envie de vous dire « c’est certainement la solution… mais quel est le problème » ?
La crise actuelle ne doit pas occulter un fait : en temps normal, lorsque Trump ne joue pas les shérifs, les hydrocarbures sont relativement bon marché. On peut penser que ce ne sera pas le cas dans le moyen/long terme, mais pour le moment toutes les prédictions sur le « peak oil » se sont révélées erronées. L’électrification pose donc la question de choisir une technologie plus chère alors qu’une technologie plus économique est disponible – et donc d’expliquer aux citoyens qu’on va restreindre leur niveau de vie (parce qu’il faut bien que la différence vienne de quelque part) pour financer une technologie qui se révélera payante dans quelques décennies. C’est un peu ce qu’on fait depuis quelques décennies, et le moins qu’on puisse dire est que le message passe de moins en moins bien. Parce qu’elle est, du moins dans le court terme, antiéconomique, on ne peut compter sur le marché « libre et non faussé » pour pousser l’électrification. Il faut donc, pour avancer dans cette voie, aux Etats intervenir en permanence – par le biais de subventions incitatives ou de réglementations restrictives. Des subventions qu’il faut bien financer par des coupes ailleurs – ou par l’endettement. Des restrictions qui finissent par énerver les citoyens, à qui on demande des sacrifices sans que les avantages correspondants soient visibles.
[Le “combo” : relance d’un nouveau programme nucléaire pour accroitre la part du nucléaire dans notre mix énergétique (hydraulique+nuke) + sortie du marché européen de l’énergie, ne serait-il pas la recette pour se dégager de l’ornière, permettre de réduire notre dépendance envers l’étranger, et donner un avantage considérable à notre pays dans une optique de réindustrialisation ? Je n’entends pourtant pas grand monde le proposer, ni même expliquer les moyens pour y parvenir…]
Parce que, comme je l’ai expliqué plus haut, un tel programme aurait un coût très important AUJOURD’HUI, et que ses résultats ne se verraient au mieux avant quelques décennies. Défendre un tel programme revient à parier sur la capacité des citoyens à se projeter dans un moyen/long terme. Et aujourd’hui, c’est devenu quasi impossible. Les individus sont incapables de supporter la moindre frustration. Si on fait un effort, il doit payer tout de suite, ou alors on abandonne. Je vous propose un exercice intéressant : prenez le programme de n’importe quel parti, et pointez les mesures qui produiront des effets dans le court, le moyen et le long terme. Je vous assure que c’est édifiant…
[On peut dire les choses aux Français, encore faut-il le faire clairement et être crédible, c’est-à-dire ne pas avoir été aux manettes ces 40 dernières années…]
Oui, il y a un problème de crédibilité. Ceux qui ont tenu les manettes ces 40 dernières années non seulement nous ont conduit à ce désastre, mais ils sont incapables de faire un retour critique sur cette période. Au contraire, vous allez aux meetings du PS et on fait applaudir l’œuvre de Mitterrand et de Jospin, vous allez aux meetings de LR et on célèbre les travaux de Chirac et Sarkozy. Comment croire un instant que ces gens-là ont analysé leur action, qu’ils ont compris les erreurs commises et qu’ils feraient différemment la prochaine fois ?
Mais il y a un deuxième problème, à mon avis bien plus grave. Les sociétés capitalistes avancées qui sont les nôtres ont une difficulté très importante à se projeter dans un avenir qui ne soit pas immédiat. Aujourd’hui, on ne conquiert le pouvoir et on ne le garde qu’en donnant satisfaction aux besoins immédiats. C’est l’idée même d’investissement qui est attaquée au niveau politique…
[Les individus sont incapables de supporter la moindre frustration.]
Je vous ai connu moins négatif ! Après je comprends votre agacement et je le partage.
[Comment croire un instant que ces gens-là ont analysé leur action, qu’ils ont compris les erreurs commises et qu’ils feraient différemment la prochaine fois ?]
Oui, donc rien que pour cette raison il faut aujourd’hui voter pour des gens qui n’ont pas encore gouverné. Je n’attends pas grand chose du “RN” mais force est de constater qu’il est la seule force politique populaire qui n’a pas encore été aux manettes. Je doute qu’ils aient un “grand plan” et je crains qu’ils soient aussi mauvais que leurs prédécesseurs, mais il faut bien essayer quelque chose d’autre. Rien ne serait pire que le statuquo avec un profil type E. Philippe. Par ailleurs, je dois bien vous avouer que je suis content que la justice n’entrave finalement pas Marine le Pen dans sa candidature. Bardella a un profil très proche d’un Attal, c’est une coquille vide, qui n’a jamais rien fait de sa vie et n’a aucune expérience. Je pense qu’il aurait été une catastrophe. Marine le Pen a du vécu et elle a pris énormément de baffes dans sa vie. A l’heure de gouverner c’est fort utile.
Autre point, pour revenir à l’électrification et comme c’est un domaine que vous connaissez bien : on en est où du soi-disant plan visant à relancer le nucléaire? On a annoncé beaucoup de choses en grande pompe il y a quelques temps déjà, et, l’inénarrable Attal se gargarisait tantôt d’avoir “relancé le nucléaire”, en toute modestie… Mais dans les faits, en pratique, on en est où? C’est financé ? Qu’en disent nos “amis”, particulièrement de l’autre côté du Rhin…?
@ bruno
[« Les individus sont incapables de supporter la moindre frustration. » Je vous ai connu moins négatif ! Après je comprends votre agacement et je le partage.]
Je ne peux malheureusement que constater ce fait, que beaucoup d’historiens et sociologues soulignent, et que je peux constater dans ma vie quotidienne. Des jeunes collègues tout frais recrutés qui veulent déjà être promus Grand Mamamouchi et qui n’ont pas idée du concept de « cursus honorum ». Des jeunes qui abandonnent rapidement la pratique du piano ou du violon parce qu’on ne peut jouer tout de suite comme Menuhin. J’ai même le cas du fils d’un ami qui a abandonné sa licence parce que le premier jour de cours il n’a pas réussi à trouver la salle !
[« Comment croire un instant que ces gens-là ont analysé leur action, qu’ils ont compris les erreurs commises et qu’ils feraient différemment la prochaine fois ? » Oui, donc rien que pour cette raison il faut aujourd’hui voter pour des gens qui n’ont pas encore gouverné. Je n’attends pas grand chose du “RN” mais force est de constater qu’il est la seule force politique populaire qui n’a pas encore été aux manettes.]
Roussel ou Arthaud ne sont pas assez « populaires » à votre goût ?
Je serais plus nuancé. Voter pour ceux qui ont déjà gouverné (ou qui se réclament de ceux qui ont déjà gouverné), c’est la garantie d’une politique qui sera dans la droite ligne de ce qui a déjà été fait, l’assurance de rien voir de nouveau : plus de compétences à l’UE, plus de marché, plus de dette, moins de services publics, moins de recherche, de culture et d’éducation populaire, moins d’industrie et en général de production. Est-ce que le RN ferait moins bien ? C’est toujours possible… il ne faudrait pas oublier que le RN n’est pas unitaire. On a bien vu qu’il y a deux lignes, l’une « sociale-souverainiste », l’autre plus libérale. D’autres divisions traversent ce parti, notamment sur la question de savoir si l’on donne la priorité aux questions sociales et économiques ou au contraire aux questions identitaires et sociétales. Difficile de deviner laquelle parmi toutes ces lignes s’imposera à la fin.
Je ne suis pas totalement rassuré de voir un Jean-Philippe Tanguy chargé des questions économiques. C’est un type intelligent, posé, qui connaît ses dossiers. Mais je n’oublie pas qu’il a été aussi l’artisan du ralliement de Dupont-Aignan à Marine Le Pen entre les deux tours en 2017, et que ce ralliement eut pour prix l’abandon de l’objectif de sortie de l’Euro, remplacé par une incompréhensible proposition d’une « monnaie commune ». C’était une grave erreur à mon sens.
[Je doute qu’ils aient un “grand plan” et je crains qu’ils soient aussi mauvais que leurs prédécesseurs, mais il faut bien essayer quelque chose d’autre.]
C’est un peu un saut dans l’inconnu. Je sais que depuis des années ils essayent de former des cadres et de se donner les moyens de gouverner, mais à supposer même qu’ils aient un « grand plan », il ne sera pas facile de le mettre en œuvre pour peu qu’il s’écarte du « business as usual ». Mais la pire erreur serait de vouloir naviguer à vue, ce qui les conduirait fatalement à la politique du chien crevé au fil de l’eau, et donc à désespérer leur électorat, qui se tournerait alors peut-être vers quelque chose d’encore plus extrême.
[Rien ne serait pire que le statuquo avec un profil type E. Philippe.]
Vous êtes un optimiste, je vois… sans vouloir vous offenser, je vois plusieurs options bien pires : Glucksmann, Attal, Mélenchon…
[Par ailleurs, je dois bien vous avouer que je suis content que la justice n’entrave finalement pas Marine le Pen dans sa candidature. Bardella a un profil très proche d’un Attal, c’est une coquille vide, qui n’a jamais rien fait de sa vie et n’a aucune expérience. Je pense qu’il aurait été une catastrophe. Marine le Pen a du vécu et elle a pris énormément de baffes dans sa vie. A l’heure de gouverner c’est fort utile.]
Je suis d’accord. Le cas Macron devrait nous instruire de l’intérêt de choisir des gens d’expérience, et s’ils se sont pris quelques baffes, tant mieux.
[Autre point, pour revenir à l’électrification et comme c’est un domaine que vous connaissez bien : on en est où du soi-disant plan visant à relancer le nucléaire? On a annoncé beaucoup de choses en grande pompe il y a quelques temps déjà, et, l’inénarrable Attal se gargarisait tantôt d’avoir “relancé le nucléaire”, en toute modestie… Mais dans les faits, en pratique, on en est où? C’est financé ? Qu’en disent nos “amis”, particulièrement de l’autre côté du Rhin…?]
Non, ce n’est toujours pas financé, et comme d’habitude lorsqu’on ne veut pas faire quelque chose on demande des rapports, et puis quand le rapport arrive on demande un autre rapport… Comme on ne sent pas une véritable volonté politique qui aille au-delà du discours, les différents acteurs restent sur un attentisme prudent, et rien n’est pire dans un grand projet que ce genre de fonctionnement qui finit par décourager les gens. Par ailleurs, on découvre un peu tard que nucléaire et marché sont difficilement compatibles… dès lors qu’on sait que l’électricité produite sera vendue sur un marché à un prix incertain, personne ne prêtera à EDF l’argent pour construire les installations sans une garantie de l’Etat, garantie qui s’apparente à une « aide d’Etat » interdite par la Commission européenne. Il faut alors monter une usine à gaz du type « contract for différence » qui revient en pratique à garantir au moins le prix d’achat de l’électricité, mais qui renchérit le coût du financement.
Par ailleurs, on a déversé des tombereaux d’argent pour développer les renouvelables, et du coup il faut réduire la production nucléaire pendant les périodes d’ensoleillement. Or, comme le coût du kWh nucléaire est formé pour plus de trois-quarts par l’amortissement de l’investissement, réduire la production augmente mécaniquement le coût du kWh produit (puisque vous distribuez l’amortissement sur moins de kWh).
Je persiste à croire que le développement du nucléaire ne peut se faire en dehors d’un engagement politique transpartisan qui garantisse la continuité du programme sur une longue période, et de confier celui-ci à une organisation forte ayant un mandat clair et ayant entre les mains tous les leviers d’action. C’est ce qui a fait le succès du programme nucléaire démarré sous Pompidou. Or, qu’avons nous aujourd’hui ? EDF est devenue une organisation affaiblie, endettée (car il est devenu commode de cacher une partie de la dette de l’Etat en la faisant porter par l’entreprise), dépouillée du contrôle des réseaux, placée en permanence sous le feu roulant de la Commission, dépendante du marché, et soumise en permanence aux coups de frein et d’accélérateur à chaque alternance. Et je ne vous parle même pas de la perte de capacités techniques qui va avec la désindustrialisation. Il devient difficile de trouver en France de bons ingénieurs industriels, des techniciens en robinetterie, en chaudronnerie, en soudure… Pour vous dire franchement, il y a des moments où je me demande si pour développer notre parc nucléaire on n’aurait pas intérêt à acheter chinois.
[Mais, la « politique de la canonnière » – autrement dit, l’utilisation de la force pour obliger un pays à respecter un traité – est passée de mode depuis la fin du XIXème siècle. ]
Vous trouvez ? Si on regarde l’histoire depuis 1900 ce n’est pas vraiment évident. J’ai même plutôt le sentiment qu’on (suivez mon regard) use de plus en plus de la canonnière (militaire ou autre).
[Mais il y a un deuxième problème, à mon avis bien plus grave. Les sociétés capitalistes avancées qui sont les nôtres ont une difficulté très importante à se projeter dans un avenir qui ne soit pas immédiat. Aujourd’hui, on ne conquiert le pouvoir et on ne le garde qu’en donnant satisfaction aux besoins immédiats. C’est l’idée même d’investissement qui est attaquée au niveau politique…]
A ce sujet cet article est intéressant : « https://lesakerfrancophone.fr/lhistoire-la-plus-importante-au-sujet-de-lia-se-passe-dans-un-endroit-dont-vous-navez-jamais-entendu-parler »
Mis à part le ton d’un optimisme quelque peu débridé, certaines dates sont éloquentes :
2016 : premiers grands data centers à Ulanqab (https://www.wired.com/story/the-unlikely-place-at-the-center-of-chinas-ai-boom/)
2022 : lancement de East Data, West Computing, avec une politique nationale explicite de déplacement du calcul vers les régions disposant d’énergie et d’espace ;
2023 : ChatGPT et explosion de l’IA générative ;
La planification serait elle préférable à l’orgie actuelle d’investissement à coup de centaine de milliards ? Sacrés chinois !
[Pour vous dire franchement, il y a des moments où je me demande si pour développer notre parc nucléaire on n’aurait pas intérêt à acheter chinois.]
En tout cas, pour les EPR, il n’y a pas photo
@ GDAT13
[« Mais, la « politique de la canonnière » – autrement dit, l’utilisation de la force pour obliger un pays à respecter un traité – est passée de mode depuis la fin du XIXème siècle. » Vous trouvez ? Si on regarde l’histoire depuis 1900 ce n’est pas vraiment évident. J’ai même plutôt le sentiment qu’on (suivez mon regard) use de plus en plus de la canonnière (militaire ou autre).]
On a continué à pratiquer la politique de la canonnière jusqu’aux années 1920-30. Mais cette logique qui consistait à signer des traités « inégaux », puis à imposer aux pays signataires le respect de ces traités par la force a progressivement disparu. Je ne me souviens pas d’un cas récent où une intervention militaire ait eu pour objectif déclaré de faire respecter un traité.
[A ce sujet cet article est intéressant : (…)]
Très intéressant, en effet. Je me méfie des articles du « Saker francophone », parce qu’on trouve beaucoup de discours complotistes. Mais dans le cas présent, je trouve que c’est un très bon article de vulgarisation. Et qui insiste lourdement sur un point important : lorsqu’on est le dominant, on a tout intérêt à laisser jouer le marché, qui tend naturellement à privilégier le plus fort. Mais lorsqu’on est en situation de faiblesse, la seule façon de rattraper son retard est la logique de planification, qui permet de consacrer les moyens disponibles aux questions prioritaires, quitte à en sacrifier d’autres. C’est exactement ce qu’a fait l’URSS dans la période 1930-60, et cela lui a permis de gagner une guerre mondiale et de devenir une puissance de premier rang, c’est ce que fait aujourd’hui la Chine. Et c’est ce que nous avions fait, à une échelle plus modeste, pendant les « trente glorieuses ».
[La planification serait-elle préférable à l’orgie actuelle d’investissement à coup de centaine de milliards ? Sacrés chinois !]
Quand on n’a pas des centaines de milliards, il faut bien réfléchir aux priorités, c’est tout. Le péché originel de la construction européenne maastrichienne est la croyance naïve qu’on pouvait se dispenser de fixer des priorités, que la « main invisible » du marché allait faire les bons choix spontanément. Et c’est comme ça que l’Europe a raté les différentes révolutions technologiques. Parce que le marché est myope, il ne voit que le court terme.
[« Pour vous dire franchement, il y a des moments où je me demande si pour développer notre parc nucléaire on n’aurait pas intérêt à acheter chinois. » En tout cas, pour les EPR, il n’y a pas photo]
Il n’y a pas de fausse honte à avoir. Le succès du plan Messmer tient en grande partie au fait que les ingénieurs français de l’époque ont su mettre la vanité de côté. Constatant que les Américains avaient pris de l’avance avec la filière eau pressurisée/uranium enrichi, et que celle-ci était plus efficiente que la filière développée en France, celle du graphite/gaz, ils ont proposé « d’importer » une paire de réacteurs Westinghouse (ce fut Fessenheim 1 et 2), puis de « franciser » la technologie en fabriquant les réacteurs en France suivant sur ce modèle. Nous avons aussi pas mal de choses à apprendre des deux EPR construits à Taishan…
@ Descartes
[la seule façon de rattraper son retard est la logique de planification]
Tout va bien dans ce cas puisque Macron a ressuscité le Haut Commissariat au plan présidé par notre éphémère ancien Premier ministre Bayrou.
@ Bob
[Tout va bien dans ce cas puisque Macron a ressuscité le Haut Commissariat au plan présidé par notre éphémère ancien Premier ministre Bayrou.]
Un bon exemple de la logique poursuivie depuis plus de trente ans: changer le mot pour déguiser la destruction de la chose, autrement dit, ripoliner la façade pour occulter le fait qu’on laisse le bâtiment tomber en ruine. Le logique de planification s’efface dès la fin des années 1970. Le 8ème plan préparé sous Giscard ne contient plus d’objectifs chiffrés (il ne sera pas présenté au Parlement du fait des élections de 1981). Après l’arrivée de Mitterrand, la décentralisation “régionalise” la planification, transformant l’instrument en une “contractualisation” entre l’Etat et les régions. Le 10ème plan (1989-1992) ne sera que très partiellement mis en œuvre, et sera le dernier (le 11ème, couvrant la période 1993-1997, restant au stade du projet).
Le commissariat général au plan devient, dans la tête du politique, un simple conseil en stratégie. Il sera d’ailleurs renommé (Ripolin, quand tu nous tiens) “Centre d’analyse stratégique” en 2006, puis “France stratégie” en 2013… lorsque Bayrou est nommé “commissaire général au plan”, c’est un commissaire sans commissariat…
[Des jeunes collègues tout frais recrutés qui veulent déjà être promus Grand Mamamouchi et qui n’ont pas idée du concept de « cursus honorum ».]
Je ne vois que trop bien ce que vous voulez dire. Je travaille depuis bientôt 15 ans et je me sens encore souvent peu légitime pour avoir des opinions tranchées ou définitives dans certains domaines pourtant liés à mon travail. La plupart des “jeunes” ont le sentiment d’être déjà arrivés, et avec l’IA ils pensent même qu’ils n’auront même plus besoin de réfléchir… C’est un problème dont on mesure encore mal les conséquences.
[Roussel ou Arthaud ne sont pas assez « populaires » à votre goût ?]
Le PCF a participé au gouvernement sous Jospin, avec tout le “succès” qu’on sait, mais vous vous en souvenez j’imagine. Après, Roussel appartient à une autre ligne, intéressante, et à gauche c’est un de mes préférés, avec les gars de République Souveraine. Aussi, vous le savez mieux que moi, la base sociologique des partis de gauche rend très difficile l’émergence d’une ligne patriote défendant les intérêts des classes populaires. Roussel lutte avec une petite cuillère. Pour Arthaud, je n’ai rien à dire, je ne trouve rien de populaire dans son groupuscule gauchiste…
[il ne faudrait pas oublier que le RN n’est pas unitaire. On a bien vu qu’il y a deux lignes, l’une « sociale-souverainiste », l’autre plus libérale. D’autres divisions traversent ce parti, notamment sur la question de savoir si l’on donne la priorité aux questions sociales et économiques ou au contraire aux questions identitaires et sociétales. Difficile de deviner laquelle parmi toutes ces lignes s’imposera à la fin.]
Certes, et j’entends souvent dire que c’est une faiblesse du RN. Mais c’est tout à fait logique, on ne peut pas avoir un parti avec plus de 10M d’électeurs qui serait fait d’un seul bloc. C’est plutôt normal et sain que des courants s’affrontent en interne, ce n’est pas vous qui direz le contraire.
[Je ne suis pas totalement rassuré de voir un Jean-Philippe Tanguy chargé des questions économiques. C’est un type intelligent, posé, qui connaît ses dossiers. Mais je n’oublie pas qu’il a été aussi l’artisan du ralliement de Dupont-Aignan à Marine Le Pen entre les deux tours en 2017, et que ce ralliement eut pour prix l’abandon de l’objectif de sortie de l’Euro, remplacé par une incompréhensible proposition d’une « monnaie commune ». C’était une grave erreur à mon sens.]
Il est clair que d’une certaine façon, en écartant Bardella, la cour d’appel a renforcé le courant “social-souverainiste” et mis un coup d’arrêt au “libéral-poujadisme”, poussé par Ciotti et les milieux d’affaire qui tentent d’influencer le RN (je pense à Stérin et Bolloré). Après, écarter tous les gens de ce cercle pour remettre au premier plan la soeur et le beau-frère et la nièce… Franchement le RN reste une indécrottable boutique familiale. Si Bardella est poussé vers la sortie, ça risque de renforcer encore cette tendance. Parenthèse : je suis fasciné de voir à quel point des journaux militants font encore la pluie et le beau temps dans ce pays… Je ne sais pas si Bardella va dégager pour ce qu’il a possiblement écrit à 17 ans, mais si c’est le cas ça montre une fois encore qu’on ne peut pas grand chose contre le pouvoir de certains et la “justice médiatique”. Une fois que j’ai dit ça, je trouve qu’il a mal joué dans sa réponse, quelque chose du genre “j’avais 17 ans, j’étais jeune & con, voire bourré…” ça aurait peut-être été mieux perçu.
[Je sais que depuis des années ils essayent de former des cadres et de se donner les moyens de gouverner, mais à supposer même qu’ils aient un « grand plan », il ne sera pas facile de le mettre en œuvre pour peu qu’il s’écarte du « business as usual ». Mais la pire erreur serait de vouloir naviguer à vue, ce qui les conduirait fatalement à la politique du chien crevé au fil de l’eau, et donc à désespérer leur électorat, qui se tournerait alors peut-être vers quelque chose d’encore plus extrême.]
Pour connaître un peu cette maison, je peux vous assurer qu’on forme très peu, qu’on réfléchit peu, qu’on lit peu et qu’on coopte surtout des gens avec un profil, disons, proche de celui de Tanguy sur un point bien précis. Le RN n’est pas encore au pouvoir qu’il tente déjà de laver plus blanc que blanc en gommant toutes ses aspérités programmatiques. D’ailleurs les gens commencent à le voir et ce n’est pas pour rien qu’à la rentrée ils en ont remis une couche sur le voile, juste histoire de rappeler les “fondamentaux”. Faut dire qu’à côté de Zemmour, le RN passe pour assez mou sur ces questions…
[Vous êtes un optimiste, je vois… sans vouloir vous offenser, je vois plusieurs options bien pires : Glucksmann, Attal, Mélenchon…]
Philippe est une sorte de sous-Juppé et il me semble qu’il a travaillé avec… Entre la peste et le choléra vous savez. Non en effet quand je lis votre liste c’est difficile de faire un classement, enfin, de désigner le “plus désirable”. Dans le bloc central élargi j’aime encore mieux Retailleau…
[Je persiste à croire que le développement du nucléaire ne peut se faire en dehors d’un engagement politique transpartisan qui garantisse la continuité du programme sur une longue période, et de confier celui-ci à une organisation forte ayant un mandat clair et ayant entre les mains tous les leviers d’action.]
Et ça pour vous dans l’UE développée depuis les années Maastricht c’est 100% impossible ? La difficulté c’est que tant que la France ne sera pas appauvrie comme le Gabon, tant que les classes moyennes vivront encore correctement par l’endettement, on ne risque pas d’aller au clash et de renverser la table… Je déprime quand je vois que les rares politiciens qui le proposent sont des complotistes, gourous, etc…
@ Bruno
[« Des jeunes collègues tout frais recrutés qui veulent déjà être promus Grand Mamamouchi et qui n’ont pas idée du concept de « cursus honorum ». » Je ne vois que trop bien ce que vous voulez dire. Je travaille depuis bientôt 15 ans et je me sens encore souvent peu légitime pour avoir des opinions tranchées ou définitives dans certains domaines pourtant liés à mon travail. La plupart des “jeunes” ont le sentiment d’être déjà arrivés, et avec l’IA ils pensent même qu’ils n’auront même plus besoin de réfléchir… C’est un problème dont on mesure encore mal les conséquences.]
Je pense qu’on commence à les mesurer. On est depuis dix ans dirigés par un président élu alors qu’il n’avait pas trente ans, pratiquement sans expérience politique ni même d’expérience vitale. Et qui s’est entouré de gens comme lui. On a ainsi vu des ministres trentenaires, des conseillers entrés en cabinet ministériel à la sortie de leurs études ou presque, persuadés soit de tout savoir, soit – et c’est pire – que leur dynamisme et leur fraîcheur pouvaient remplacer la connaissance et l’expérience. Nous avons vu les résultats.
La révolution néolibérale a fait de nos jeunes des consommateurs invétérés – paradoxal lorsqu’on pense que la « révolution » de 1968, qui d’une certaine manière marque la naissance du « nouveau monde » néolibéral, a été faite en partie contre la société de consommation. Or, le propre de la dictature du consommateur, c’est la passion de ce qui est nouveau, dans le vent, branché. C’est cette idéologie qui amène au mépris de l’expérience, forcément « dépassée ». C’est là une absurdité, bien entendu. Les anciens n’ont peut-être pas la même agilité à l’heure d’incorporer un nouvel outil, d’utiliser le dernier cri de la technique. Mais ils ont une connaissance des situations, et donc des réflexes. C’est pourquoi ils ne font pas ce qu’on appelle, à juste titre, des « erreurs de débutant ».
Encore une fois, je ne jette pas la pierre « aux jeunes », au contraire. Pour moi, ils ne sont ni pires ni meilleurs que ce que nous étions à leur âge. Mais nous avons eu la chance d’être encadrés par des parents, par des institutions et en dernière instance de vivre dans une société qui posait certaines limites, transmettait certaines valeurs et surtout certaines expectatives. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Au contraire, nous sommes immergés dans un discours qui flatte en permanence le jeune « consommateur », qui légitime ses revendications les plus absurdes, les plus antisociales.
Mon grand-père – qui était un sage – aimait à dire que « le diable sait parce qu’il est diable, mais il sait beaucoup plus parce qu’il est vieux ». Mais que vaut cette formule quand le fait de « savoir » n’est plus socialement valorisé ?
[« Roussel ou Arthaud ne sont pas assez « populaires » à votre goût ? » Le PCF a participé au gouvernement sous Jospin, avec tout le “succès” qu’on sait, mais vous vous en souvenez j’imagine. Après, Roussel appartient à une autre ligne, intéressante, et à gauche c’est un de mes préférés, avec les gars de République Souveraine. Aussi, vous le savez mieux que moi, la base sociologique des partis de gauche rend très difficile l’émergence d’une ligne patriote défendant les intérêts des classes populaires. Roussel lutte avec une petite cuillère. Pour Arthaud, je n’ai rien à dire, je ne trouve rien de populaire dans son groupuscule gauchiste…]
Mon observation était ironique… au moins pour ce qui concerne Arthaud. Roussel mérite pour moi une certaine indulgence, parce qu’il fait de véritables efforts pour rompre avec ce PCF qui a participé à la « gauche plurielle ». Il est vrai que sa démarche est désordonnée, parce que cette route là est un terrain miné… mais je lui reconnais au moins la volonté d’y parvenir. Si je devais voter pour une candidature de témoignage – et c’est le plus probable – je voterais sans hésiter pour lui.
[Certes, et j’entends souvent dire que c’est une faiblesse du RN. Mais c’est tout à fait logique, on ne peut pas avoir un parti avec plus de 10M d’électeurs qui serait fait d’un seul bloc. C’est plutôt normal et sain que des courants s’affrontent en interne, ce n’est pas vous qui direz le contraire.]
Bien entendu, aucun parti de masse ne peut être homogène. La recherche de l’homogénéité ne peut d’ailleurs se faire qu’en épurant périodiquement l’organisation pour éliminer les dissidents, ce qui conduit tout droit au fonctionnement groupusculaire. Mais l’efficacité politique requiert à minima un consensus sur un cadre de référence, un consensus que ce qui unit est plus profond que ce qui divise. Un parti ne peut fonctionner si la moitie de ses adhérents pense que l’Etat est le problème, et l’autre moitié que c’est la solution. Or, le RN a ce problème, parce qu’il a un électorat constitué de deux blocs bien distincts, d’un côté l’électorat traditionnel de l’extrême droite française, de l’autre l’électorat populaire laissé orphelin par la gauche et conquis par la ligne « social-souverainiste ».
A cela s’ajoute la mentalité groupusculaire d’une partie de ses membres, mentalité très ancrée chez les « anciens » du FN qui, il faut le rappeler, est né comme un rassemblement de groupuscules qui souvent se faisaient la guerre entre eux – et quand je dis « guerre », j’exagère à peine. L’opération médiapart contre Bardella est une affaire typique de ce fonctionnement. Parce qu’une telle opération est difficile de monter sans la complicité de gens qui, de l’intérieur du RN, sont capables de fournir des renseignements suffisamment précis et détaillés pour rendre une telle opération crédible.
Ce genre de choses arrive dans tous les partis : plus on s’approche du pouvoir, plus les appétits s’aiguisent. Souvenez-vous du conflit entre mitterrandiens et rocardiens à la fin des années 1970… ou de la guerre Balladur-Chirac.
[Il est clair que d’une certaine façon, en écartant Bardella, la cour d’appel a renforcé le courant “social-souverainiste” et mis un coup d’arrêt au “libéral-poujadisme”, poussé par Ciotti et les milieux d’affaire qui tentent d’influencer le RN (je pense à Stérin et Bolloré). Après, écarter tous les gens de ce cercle pour remettre au premier plan la soeur et le beau-frère et la nièce… Franchement le RN reste une indécrottable boutique familiale.]
Mais cela tient justement à l’histoire du RN, à son fonctionnement groupusculaire. Quand vous vivez dans un milieu où n’importe qui peut vous tirer dans le dos, vous avez tendance à vous replier sur les seuls gens dont la solidarité est inconditionnelle : la famille. C’est le fondement du système clanique ou féodal, fonctionnement dont on est sorti justement lorsque des institutions puissantes ont pu être établies pour assurer les participants que les armes restaient au vestiaire.
[Parenthèse : je suis fasciné de voir à quel point des journaux militants font encore la pluie et le beau temps dans ce pays… Je ne sais pas si Bardella va dégager pour ce qu’il a possiblement écrit à 17 ans, mais si c’est le cas ça montre une fois encore qu’on ne peut pas grand chose contre le pouvoir de certains et la “justice médiatique”.]
Moi, ce qui me paraît le plus comique dans cette affaire, c’est qu’il y a des précédents : souvenez-vous de Mitterrand parlant du « lobby juif dans les médias ». Et dans son cas, l’excuse était plutôt la sénilité que la jeunesse… Il est vrai que Mitterrand a attendu prudemment d’être fermement arrimé au pouvoir pour révéler ses penchants sur la question.
Il ne reste pas moins que cette affaire révèle une réalité avec laquelle il faut compter. Auparavant, les paroles s’envolaient, et seuls certains mémorieux se souvenaient de ce que l’homme qui briguait les suffrages avait pu dire dix, vingt, trente ans auparavant. Aujourd’hui, tout ce que vous avez écrit – et même dit, si vous êtes enregistré – est consigné dans la grande mémoire universelle, et peut être exhumé à tout moment. On recommandait auparavant aux apprentis politiciens de « traiter tout microphone comme s’il était ouvert ». Maintenant, il faut aller plus loin. Le conseil serait plutôt « ne dites rien, n’écrivez rien que vous puissiez regretter plus tard ». Pas étonnant que le discours politique soit de plus en plus vide de sens…
[Une fois que j’ai dit ça, je trouve qu’il a mal joué dans sa réponse, quelque chose du genre “j’avais 17 ans, j’étais jeune & con, voire bourré…” ça aurait peut-être été mieux perçu.]
Tout dépend s’il a effectivement dit/écrit ce qu’on lui attribue. Personnellement, je garde l’esprit ouvert. Il y a trop de barbouzes dans cette affaire pour faire confiance à un camp ou à l’autre.
[Pour connaître un peu cette maison, je peux vous assurer qu’on forme très peu, qu’on réfléchit peu, qu’on lit peu et qu’on coopte surtout des gens avec un profil, disons, proche de celui de Tanguy sur un point bien précis. Le RN n’est pas encore au pouvoir qu’il tente déjà de laver plus blanc que blanc en gommant toutes ses aspérités programmatiques. D’ailleurs les gens commencent à le voir et ce n’est pas pour rien qu’à la rentrée ils en ont remis une couche sur le voile, juste histoire de rappeler les “fondamentaux”. Faut dire qu’à côté de Zemmour, le RN passe pour assez mou sur ces questions…]
Malheureusement, c’est la règle du jeu de la politique moderne. On n’est pas élu parce qu’on plait à une majorité, mais parce qu’on ne déplait qu’à une minorité. Le RN a peut-être 35% d’électeurs qui voudraient le voir appliquer son programme, mais pour gagner il lui faut séduire un 15% que les « aspérités programmatiques » que vous évoquez indisposent. Alors, autant s’abstenir d’évoquer les sujets qui fâchent – ou pire, effrayent – cet électorat. Cela ne veut pas dire – ou pas nécessairement dire – qu’on renonce à les mettre en œuvre…
[« Vous êtes un optimiste, je vois… sans vouloir vous offenser, je vois plusieurs options bien pires : Glucksmann, Attal, Mélenchon… » Philippe est une sorte de sous-Juppé et il me semble qu’il a travaillé avec… Entre la peste et le choléra vous savez.]
Philippe a sur les autres un véritable avantage : il est conseiller d’Etat, il a dirigé une grosse collectivité, il a été premier ministre plus de deux ans, et géré plusieurs crises à Matignon. On peut penser ce qu’on veut de son projet, de sa vision, mais on ne peut nier son expérience et sa compétence. Les autres non seulement portent des projets et des visions néfastes, mais ils n’ont aucune compétence, aucune expérience à l’heure de diriger une institution. Glucksmann est un fils à papa, dont l’expérience se réduit à un passage par le cabinet de Saakachvili (sans qu’on sache très bien en quoi consistait sont travail). Attal est l’incarnation de ces jeunes socialistes « qui ont raté le concours de l’ENA », mais qui ont su monter dans le bateau macroniste et se faire propulser à différentes responsabilités ministérielles qu’il s’est empressé de quitter le plus rapidement possible sans laisser de véritable trace. Quant à Mélenchon, c’est un bateleur de foire, qui n’a pris la moindre responsabilité exécutive en plus de quarante ans de carrière politique.
[Non en effet quand je lis votre liste c’est difficile de faire un classement, enfin, de désigner le “plus désirable”. Dans le bloc central élargi j’aime encore mieux Retailleau…]
J’avais envers lui un préjugé très défavorable, mais l’ayant regardé sur plusieurs entretiens, je dois dire que j’ai du réviser mon jugement. C’est certes un conservateur de droite, représentant de cette France qui n’a jamais digéré la séparation des églises et de l’Etat. Mais il a une réflexion personnelle, une vision de la France qui est loin d’être caricaturale, et qui ne cache pas son patriotisme. Aujourd’hui, je le rangerais personnellement dans la catégorie des personnalités intéressantes. Je ne pense pas que je voterais pour lui, mais c’est quelqu’un avec qui j’aimerais discuter…
[« Je persiste à croire que le développement du nucléaire ne peut se faire en dehors d’un engagement politique transpartisan qui garantisse la continuité du programme sur une longue période, et de confier celui-ci à une organisation forte ayant un mandat clair et ayant entre les mains tous les leviers d’action. » Et ça pour vous dans l’UE développée depuis les années Maastricht c’est 100% impossible ?]
Je le crois, oui. Il n’y aura pas de nucléaire développé par le simple mécanisme de marché : la durée d’amortissement est trop longue, le prix de l’électricité trop volatile, la réglementation trop changeante pour qu’un investisseur privé engage des fonds, où alors il demandera une prime de risque tellement importante que le projet ne sera jamais rentable. Les programmes nucléaires qui ont réussi ont tous été développés grâce à l’action d’Etats qui pensaient le temps long, qui étaient maîtres de la réglementation et des prix de l’électricité. Dès que l’Etat a perdu l’un de ces leviers, les choses ont commencé à se dégrader.
Je suis personnellement très pessimiste sur l’avenir du nucléaire – et plus généralement, des infrastructures – en Europe. Ce genre d’investissement ne s’est historiquement fait que dans les domaines préservés de la dictature du marché, et ces domaines se réduisent en permanence sous la pression des instances européennes. Pensez au rail, qu’on est en train d’ouvrir à la concurrence. On sait par expérience quel est le résultat : l’exemple anglais est là pour montrer comment en quelques années une des meilleures infrastructures du monde, réputée par sa qualité et sa densité depuis le XIXème siècle, est devenu l’ombre d’elle-même. Le problème est toujours le même : la concurrence « pure et parfaite » fait que les marges tendent vers zéro. Or, ce sont les marges qui font les investissements de demain…
[La difficulté c’est que tant que la France ne sera pas appauvrie comme le Gabon, tant que les classes moyennes vivront encore correctement par l’endettement, on ne risque pas d’aller au clash et de renverser la table… Je déprime quand je vois que les rares politiciens qui le proposent sont des complotistes, gourous, etc…]
C’est tout le problème. La politique est un métier comme un autre. Prêcher autre chose que la vulgate européenne vous ferme l’accès à tous les postes intéressants et bien rémunérés, vous condamne à la marginalité. Combien de jeunes politiciens entrant dans la carrière et ayant une approche rationnelle à celle-ci accepteront de prendre ce chemin ? Pas la peine de faire des grandes études pour prédire qu’ils seront rares, et que parmi eux il y aura beaucoup de fous.
Il fut un temps où les choses étaient différentes. Vous pouviez soutenir des positions qui s’écartaient du « politiquement correct » sans pour autant être condamné à l’ostracisme. Etre militant au PCF vous fermait certes beaucoup de portes – voir l’affaire Barel, pour ceux qui en douteraient – mais vous aviez accès tout de même aux responsabilités dans des entreprises « amies », dans des organismes d’enseignement et de recherche, sans compter avec les nombreux postes de conseiller municipal, de maire, de député, de sénateur et même de ministre aux bonnes (?) époques. Et c’était vrai aussi à droite : un Charles Pasqua pouvait porter un discours devenu politiquement incorrect dans son parti sans pour autant être éliminé de la vie politique. On ne demandait pas à ces militants de mettre dans leur poche les idées « politiquement incorrectes » qu’ils portaient. Mais cette époque est passée. Aujourd’hui, tout écart vous vaut l’ostracisme immédiat. Osez insinuer que la victime n’a pas toujours raison, et vous devenez inéligible.
Et ce que je vous dis là n’est pas exclusif de la politique. Cette lourde chape de plomb se retrouve dans la haute fonction publique et – plus diluée – dans la direction des entreprises. Insinuez que vous n’adhérez pas au dogme des Khmers Verts, et vous voilà sur la touche… alors tout le monde se joint au chœur des louanges à l’Europe, à l’écologie, au féminisme. Ce n’est que dans un bureau aux portes bien fermées que vous pouvez apprendre ce que les gens pensent vraiment.
bonjour
pas de petrole , moins didées mais des manipulateurs de cerveaux ça on en a
@ bernard
[pas de pétrole , moins d’idées mais des manipulateurs de cerveaux ça on en a]
Même sur ce point, le niveau baisse. Montrez-moi un seul politicien qui arrive à la cheville de Mitterrand dans ce domaine…
Cher Descartes, bien qu’étant en accord avec l’ensemble de votre discours, j’aimerais pouvoir sortir du pessimisme qui en ressort. Je vous ai déjà évoqué mon engagement pour la candidature de Natacha Polony et vous m’avez déjà répondu que ce ne serait qu’une candidature de témoignage. Nous verrons… mais je n’écris pas ce commentaire pour en faire de la propagande.
Faudrait-il attendre (voire provoquer, comme semble le faire Mélenchon) d’être dans le mur ? D’ailleurs, n’y sommes-nous pas déjà ? Qu’est-ce qui peut amener une conscientisation des citoyens. L’éducation populaire ne touche qu’une minorité. J’ahère à République Souveraine, qui fonctionne pas mal quant à la formation. Mais qu’est-ce quelques centaines de membres ? Pas mal de jeunes quand même. Pas une seule femme…
Je constate autour de moi la transformation de tous en consommateurs. La citoyenneté ne se résumerait qu’au droit de vote, ou d’abstention. Surtout les jeunes. Quid des devoirs ?
J’ai du mal à penser que l’élection de Le Pen puisse provoquer autre chose que du chaos. Outre que je ne lui vois pas de programme bien clair. Et ce serait la main-mise définitive de LFI ou autres populistes sur d’une ppartt la gauche (les gauches), d’autre part la vie politique réelle (analyse, réflexion, projet à court mais surtout long terme).
Je suis donc désolé de ne pas savoir rajouter de l’optimisme.
@ Paul
[Cher Descartes, bien qu’étant en accord avec l’ensemble de votre discours, j’aimerais pouvoir sortir du pessimisme qui en ressort.]
Je prends pour moi la critique sous-jacente à votre commentaire, critique comme d’habitude chez vous extrêmement bienveillante. Oui, mes derniers papiers sont très pessimistes, et les prochains le seront, je le crains, tout autant. Je sais que c’est de mauvaise politique du point de vue du lectorat de ce blog, selon l’adage anglais « riez et le monde rit avec vous, pleurez et vous pleurerez tout seul ». Mais quelque soient mes efforts, il m’est difficile de produire aujourd’hui des papiers optimistes. Je fais, croyez-moi, d’énormes efforts lorsque j’écris pour éviter la posture du gémissement et du victimisme, qui est la marque de notre époque. Mais je n’arrive pas à proposer un remède moyennement motivant aux maux que je diagnostique. Je commence à me convaincre que nous – et ce « nous » peut se référer autant au « nous européens », « nous français », « nous la gauche », « nous les progressistes » – nous sommes collectivement mis dans une situation à partir de laquelle il n’existe que des solutions terribles. Faire de la politique aujourd’hui, ce n’est pas préparer des lendemains qui chantent, mais choisir entre des lendemains qui pleurent plus ou moins fort.
La réalité, c’est que nous avons un énorme déficit. Je ne parle pas des comptes publics, mais de quelque chose bien plus profond. Nous consommons comme des fous, alors que nous produisons de moins en moins. La différence se manifeste certes par un endettement financier, mais ce n’est pas là le plus grave : l’endettement financier, c’est une dette en petits papiers avec des chiffres dessus, qu’on peut (sous différentes formes) foutre au feu, comme dirait Mélenchon. Le véritable problème, c’est la dette que nous avons creusée en consommant sans les renouveler les énormes investissements consentis pendant les trente glorieuses. Nous avons laissé vieillir nos canalisations de gaz et d’eau potable, nos centrales et lignes électriques, nos hôpitaux, nos écoles. Nous avons consommé un énorme capital matériel et humain sans faire d’effort pour le renouveler. Dans les années qui viennent, ce problème se rappellera à nous : si nous voulons maintenir le niveau de nos services publics – et il faut être conscient que ce n’est pas seulement une question de confort, ce sont eux aussi qui permettent à la France d’être attractive pour les activités économiques malgré ses salaires élevés – il faudra massivement investir dans ceux-ci, et cela suppose de reprendre des moyens dans la consommation courante.
Or, on ne voit pas d’élément mobilisateur qui permette de faire accepter ce mouvement. En 1945, la jeunesse s’est retroussée les manches pour reconstruire le pays, et on ne l’a pas entendu pleurnicher sur « le monde que nous ont laissé » les générations précédentes. En 1945, on a imposé aux plus riches de payer leur écot, et personne n’a moufté ou menacé de partir avec son or ailleurs – même si certains ont essayé de le faire clandestinement. Il y a aujourd’hui un niveau d’inconscience du danger, peut-être parce que nous ne sommes plus une « communauté de destin », mais un ramassis d’individus et de groupes dont chacun s’imagine pouvoir tirer la couverture à lui et s’en sortir tout seul. Le mouvement lycéen en cours est une démonstration éclatante de cette idéologie… mais comme je veux écrire un papier sur la question, je n’en dirai pas plus.
[Je vous ai déjà évoqué mon engagement pour la candidature de Natacha Polony et vous m’avez déjà répondu que ce ne serait qu’une candidature de témoignage. Nous verrons…]
Nous verrons en effet. Mais lorsque j’utilise le terme « candidature de témoignage », n’y voyez surtout pas une critique. Toute ma vie militante, j’ai soutenu des « candidatures de témoignage ». Je n’ai jamais cru que Marchais en 1981, Lajoinie en 1988 ou Chèvenement en 2002 pouvaient être élus à la présidence de la République. Mais je ne regrette surtout pas d’avoir voté pour eux. Les candidatures de témoignage sont essentielles à la vie démocratique.
[Faudrait-il attendre (voire provoquer, comme semble le faire Mélenchon) d’être dans le mur ? D’ailleurs, n’y sommes-nous pas déjà ? Qu’est-ce qui peut amener une conscientisation des citoyens.]
Je pense que nous ne sommes pas loin – et dans certains domaines nous sommes déjà rentrés dans ce mur métaphorique – mais que les gens n’ont pas conscience. Ils peuvent observer par exemple que nos infrastructures fonctionnent de plus en plus mal, mais ne font pas le lien avec les politiques poursuivies de puis des années. Tout au plus on attribue la chose à l’incompétence du gouvernant du jour, et on imagine que sa défenestration suffirait à rétablir les choses. Tout le monde réclame des moyens, mais personne n’est prêt à payer plus, la solution magique étant de faire payer quelqu’un d’autre.
La métaphore de la grenouille, chère à François Mitterrand, est ici pleinement pertinente. Tant que la température augmente graduellement, la grenouille ne songe pas à sauter hors de la casserole, et finit ébouillantée. Une détérioration massive et rapide de notre situation économique aurait peut-être sorti les gens de leur léthargie. Mais la dégradation lente et continue, rendue possible par la structure européenne, les maintient dans une sorte d’aboulie.
[L’éducation populaire ne touche qu’une minorité. J’adhère à République Souveraine, qui fonctionne pas mal quant à la formation. Mais qu’est-ce quelques centaines de membres ? Pas mal de jeunes quand même. Pas une seule femme…]
Tant que cela sert à former et éduquer quelques militants, c’est toujours œuvre utile. Il faut modérer malheureusement nos ambitions, et se dire comme Malraux que dans le paysage de ruines qui nous entoure, chaque étincelle est un miracle.
[J’ai du mal à penser que l’élection de Le Pen puisse provoquer autre chose que du chaos.]
Je crains que ce soit vrai quelque soit le résultat de l’élection. Le mouvement lycéen (mais aussi les émeutes qui ont suivi la mort de Nahel) le montrent abondamment. On n’est pas loin du point de rupture, du moment où, pour reprendre la pensée d’un Bagayoko, dans les mentalités le monopole de la violence légitime n’appartient plus à l’Etat.
[Outre que je ne lui vois pas de programme bien clair.]
Ca, ce n’est pas grave. Les programmes sont des outils de séduction, et non des outils de gouvernement. La question n’est pas tant de savoir s’ils ont un programme clair, mais s’ils savent ce qu’ils vont faire…
[Et ce serait la main-mise définitive de LFI ou autres populistes sur d’une partie de la gauche (les gauches), d’autre part la vie politique réelle (analyse, réflexion, projet à court mais surtout long terme).]
Je pense que toute reconstruction passe par le deuil de « la gauche ». « La gauche », entendu comme l’identité entre une idéologie progressiste et des organisations politiques qui la portaient avec des nuances, est morte, disparue, évanouie. L’idéologie progressiste demeure, mais elle n’est plus portée politiquement par personne. Et de l’autre côté, la gauche politique n’est qu’un club d’ambitieux professionnels plus intéressés par la conquête des postes que par l’exercice du pouvoir. Qu’elle soit dominée par des tacticiens – dont Mélenchon est l’expression ultime – mais manque de penseurs (où sont les Bourdieu, les Foucault, les Sartre, les Lefebvre, les Clouscard d’aujourd’hui ?) en est le signe le plus marquant.
[Je suis donc désolé de ne pas savoir rajouter de l’optimisme.]
Je sais, c’est triste de vieillir ainsi. Je préfère mourir en regrettant de ne pas voir l’avenir, que de le faire avec la satisfaction de ne pas avoir à le vivre. Un homme politique est supposé avoir dit sur son lit de mort à un ami « si tu vois l’avenir, dis-lui de ne pas venir ». Je ne suis pas loin de dire la même chose.
Bonjour, juste au fil de la lecture de vos posts que je lis toujours attentivement, sans toujours les commenter :
[Mais quelque soient mes efforts, il m’est difficile de produire aujourd’hui des papiers optimistes] > quels que soient mes efforts…
[Je crains que ce soit vrai quelque soit le résultat de l’élection] > quel que soit le résultat…
« si tu vois l’avenir, dis-lui de ne pas venir ». Là, sur le fond et la forme, je trouve l’expression excellente. Et très pertinente, hélas…
De profundis…
@ Claustaire
Ma politique a été de prendre en compte les corrections que certains commentateurs me font parvenir – qu’ils en soient d’ailleurs remerciés de ce travail ingrat et anonyme – lorsqu’elles concernent mes papiers. J’essaye en effet de produire des textes de qualité, et même si j’essaye de me relire vous savez combien il est difficile, surtout lorsqu’on a une bonne mémoire, de corriger soi-même ses écrits lorsqu’on a beaucoup travaillé dessus. Mais lorsqu’il s’agit des commentaires, je suis beaucoup moins regardant – sans quoi je n’arriverais pas à tenir le rythme…
Bonjour,
Votre analyse pose qu’une contrainte matérielle ne disparaît pas par une mesure monétaire. On ne crée pas du pétrole en baissant les taxes, et une pénurie énergétique ne se résume pas au prix à la pompe. Mais vous me semblez aller trop vite lorsque vous transformez cette réalité en nécessité de laisser le marché organiser la réduction de la consommation ou en alternative entre prix et mesures administratives.
Il faudrait d’abord préciser le chiffre d’une baisse de 30 % des hydrocarbures disponibles. Les données de l’AIE distinguent les pertes de flux dans le détroit d’Ormuz, l’évolution de la production mondiale, les stocks et les tensions propres à certains produits raffinés. Ces grandeurs ne sont pas interchangeables. La contrainte est réelle, mais sa mesure exacte compte pour déterminer les réponses adaptées.
Vous montrez ensuite qu’une baisse des taxes ne garantit pas une diminution équivalente du prix payé par le consommateur. C’est juste dans l’hypothèse d’une offre très rigide et selon la manière dont la baisse fiscale est répercutée dans les prix et les marges. Mais cela ne rend pas toute intervention publique inutile : fiscalité, contrôle des marges, stocks, sécurisation des approvisionnements et protection ciblée des travailleurs répondent à des mécanismes différents.
Surtout, le marché ne répartit pas la pénurie selon les besoins sociaux, mais selon la solvabilité. Pour celui qui habite à la campagne et doit parcourir cinquante kilomètres pour travailler, emmener ses enfants à l’école ou accéder aux soins, réduire sa consommation de carburant peut signifier réduire une dépense contrainte. Le salarié en horaires décalés qui n’a pas de transport collectif disponible n’est pas dans la même situation que le ménage aisé qui peut absorber une hausse de prix, changer de véhicule, télétravailler ou simplement maintenir ses déplacements en consacrant une part plus importante de son revenu au carburant. Dans un cas, la hausse du prix peut conduire à une véritable privation ; dans l’autre, elle peut seulement modifier une dépense. La « baisse de la demande » n’a donc pas la même signification sociale pour tous.
Il faut donc distinguer les temporalités. À court terme, les mesures d’urgence sont nécessaires : protéger les ménages et les travailleurs les plus contraints, agir sur les prix et les marges, sécuriser les approvisionnements et, si nécessaire, organiser temporairement les priorités d’usage des carburants. Mais ces mesures sont précisément temporaires. Elles ne peuvent constituer une politique énergétique durable.
À moyen terme, il faut développer les transports collectifs et le fret ferroviaire, accélérer l’électrification des usages, rénover massivement les logements et réindustrialiser les filières nécessaires à cette transformation. À long terme, il faut surtout augmenter notre capacité à produire une énergie décarbonée et maîtriser les moyens industriels de cette production.
C’est là que le plan climat Empreinte 2050 du PCF prend tout son sens. Il ne devrait pas rester un horizon climatique à 2050 : il devrait devenir la matrice d’un véritable plan quinquennal de transformation productive dès la prochaine législature, avec des objectifs chiffrés de production, d’investissement, de formation, d’emploi et de capacités industrielles. Le PCF propose déjà un mix associant fortement nucléaire et renouvelables, une réindustrialisation et une électrification des transports, du bâtiment et de l’industrie. Il faut désormais en faire un calendrier de réalisation et donner au Parlement les moyens d’en contrôler l’exécution.
Cela signifie notamment reprendre le fil industriel de la filière nucléaire : prolongation et renouvellement du parc existant lorsque la sûreté le permet, construction des EPR2, développement des compétences et de la sous-traitance industrielle, recherche sur les petits réacteurs et relance des études sur les réacteurs à neutrons rapides, notamment au sodium. Le problème énergétique devient alors aussi un problème de politique industrielle : produire les machines, les matériaux, les équipements et les compétences nécessaires pour produire davantage d’électricité décarbonée en France.
C’est sur ce point que la différence avec LFI devient stratégique. LFI défend la planification écologique, mais avec pour objectif la sortie du nucléaire et un système électrique fondé à terme sur 100 % de renouvelables. Le PCF propose au contraire de développer simultanément nucléaire et renouvelables et de doubler la production d’électricité décarbonée à l’horizon 2050. Ce ne sont pas simplement deux rythmes différents de transition : ce sont deux conceptions différentes de la manière de répondre au besoin croissant d’électricité et de reconstruire une base industrielle française.
La différence entre une mesure d’urgence et une transformation structurelle apparaît donc aussi dans les propositions du PCF. Le blocage temporaire des prix, la taxation des profits pétroliers ou l’utilisation des réserves ne prétendent pas résoudre durablement la contrainte physique. Ils donnent du temps et protègent la population pendant que d’autres décisions sont prises. La nationalisation de TotalEnergies et la constitution d’un pôle public de l’énergie relèvent d’un autre niveau : il s’agit de conquérir des moyens collectifs d’agir sur les investissements, l’approvisionnement, les infrastructures et la transformation du système énergétique.
La question n’est donc pas de prétendre que l’argent abolit les limites matérielles. Elle est de savoir comment une société organise ces limites et transforme ses capacités productives. Qui décide des usages à préserver lorsque la ressource manque ? Que produit-on davantage pour rendre possibles les substitutions ? Où investit-on ? Quelles filières industrielles reconstruit-on ? Et qui détient le pouvoir de décider ?
Reconnaître la contrainte physique est nécessaire. Mais considérer le marché comme l’arbitre naturel de ses conséquences sociales ne l’est pas davantage que croire qu’un blocage administratif des prix suffirait à résoudre une pénurie. Le véritable dépassement consiste à articuler l’urgence, la transformation des usages et une planification industrielle de long terme. C’est précisément là que se pose la question de la transformation des rapports de production.
@ Lafleur
[Votre analyse pose qu’une contrainte matérielle ne disparaît pas par une mesure monétaire. On ne crée pas du pétrole en baissant les taxes, et une pénurie énergétique ne se résume pas au prix à la pompe. Mais vous me semblez aller trop vite lorsque vous transformez cette réalité en nécessité de laisser le marché organiser la réduction de la consommation ou en alternative entre prix et mesures administratives.]
Je n’ai jamais parlé d’une quelconque « nécessité » de laisser le marché organiser la réduction de la consommation. Mais on ne peut faire de la politique qu’avec les faits : au niveau international, c’est le marché qui régule l’allocation du pétrole. Autrement dit, s’il y a pénurie les prix montent, et si vous ne voulez pas payer ces prix vous devez réduire la consommation. Toute mesure de régulation administrative prise au niveau national doit se greffer sur ce marché. Si vous plafonnez les prix, vous aurez une pénurie. Si vous choisissez de subventionner, cette subvention doit sortir de quelque part.
[Il faudrait d’abord préciser le chiffre d’une baisse de 30 % des hydrocarbures disponibles. Les données de l’AIE distinguent les pertes de flux dans le détroit d’Ormuz, l’évolution de la production mondiale, les stocks et les tensions propres à certains produits raffinés. Ces grandeurs ne sont pas interchangeables. La contrainte est réelle, mais sa mesure exacte compte pour déterminer les réponses adaptées.]
Bien sûr, je suis allé vite en simplifiant certains éléments pour rendre compréhensible la démonstration. Le marché des hydrocarbures est segmenté, et le blocage du détroit n’a pas le même effet sur les différents segments. Ainsi le gaz ou le kérosène sont plus affectés en volume que l’essence, pour ne donner qu’un exemple. De même, les stocks permettent de maintenir la consommation à son niveau d’avant-crise pendant quelque temps. Mais je persiste à soutenir mon raisonnement : dès lors qu’on produit moins, à terme on doit consommer moins. La réalité physique s’impose quelque soit la logique financière, et imaginer qu’on peut maintenir la consommation au niveau antérieur simplement en subventionnant les prix est une absurdité.
En fait, mon raisonnement simplifie les choses peut-être un peu trop sur un point bien plus important, celui de la répartition de l’effort. Parce qu’il existe une manière de maintenir notre consommation inchangée, et c’est de transférer la diminution de consommation à d’autres pays, en acceptant de payer plus cher le carburant – par exemple, par des subventions massives permettant à nos consommateurs d’ignorer la montée des prix internationaux… dans ce cas, ce sont les consommateurs des pays qui ne sont pas en mesure de verser ce type de subventions qui devront se serrer la ceinture… et croyez-moi, c’est déjà le cas !
[Vous montrez ensuite qu’une baisse des taxes ne garantit pas une diminution équivalente du prix payé par le consommateur. C’est juste dans l’hypothèse d’une offre très rigide et selon la manière dont la baisse fiscale est répercutée dans les prix et les marges.]
Il est clair que cela tient à la rigidité de l’offre – ce qui est le cas aujourd’hui : avec la fermeture du détroit d’Ormuz, il vous faut payer des prix très élevés pour avoir un surplus de matière. Mais la manière de « répercuter la baisse fiscale dans les prix et les marges » n’a rien à voir. Si j’ai un million de tonnes d’essence à vendre, ou bien le prix s’établit au niveau auquel la demande est de un million de tonnes, ou bien, si je fais un prix inférieur, il y a des gens qui partiront sans essence.
Je crois que vous ne comprenez pas la manière dont prix et quantité sont liées, comme si on pouvait fixer les prix indépendamment des quantités échangées. Le problème est justement que sur un marché le prix et la quantité sont liés.
[Mais cela ne rend pas toute intervention publique inutile : fiscalité, contrôle des marges, stocks, sécurisation des approvisionnements et protection ciblée des travailleurs répondent à des mécanismes différents.]
Bien sur que non, et je ne pense pas qu’on puisse me suspecter de penser que l’intervention publique soit « inutile ». Mais l’intervention publique ne peut pas non plus accomplir des miracles, dans le cas d’espèce, conjurer du combustible qui n’est pas produit. Dès lors que la production baisse, la consommation doit baisser, c’est là une contrainte physique, qu’aucune intervention publique ne peut changer. A partir de là, l’intervention publique peut jouer sur la répartition de cette contrainte. Et c’est pourquoi il faut des mesures CIBLEES. Parce que toute mesure générale n’altère pas en fait la répartition.
[Surtout, le marché ne répartit pas la pénurie selon les besoins sociaux, mais selon la solvabilité.]
C’est bien mon point. Mon raisonnement ne vise pas à conclure que l’intervention publique est inutile, mais à soutenir l’idée qu’elle doit être CIBLEE. Et votre commentaire renforce cette idée : une mesure générale bénéficiera autant à celui qui « habite à la campagne et doit parcourir cinquante kilomètres pour travailler, emmener ses enfants à l’école ou accéder aux soins » qu’au « ménage aisé qui peut absorber une hausse de prix, changer de véhicule, télétravailler ou simplement maintenir ses déplacements en consacrant une part plus importante de son revenu au carburant ».
Or, il ne vous aura pas échappé qu’une bonne partie de la gauche – et le PCF en particulier – demande des mesures générales…
[À moyen terme, il faut développer les transports collectifs et le fret ferroviaire, accélérer l’électrification des usages, rénover massivement les logements et réindustrialiser les filières nécessaires à cette transformation. À long terme, il faut surtout augmenter notre capacité à produire une énergie décarbonée et maîtriser les moyens industriels de cette production.]
On est d’accord. Cependant, on voit mal comment on pourrait mettre en œuvre ce plan ambitieux en restant dans la logique de la libre circulation des biens et des capitaux, consubstantielle à l’Union européenne. En effet, les solutions alternatives aux combustibles fossiles sont plus onéreuses que ceux-ci (sans quoi, le marché les aurait déjà développées par lui-même). Y avoir recours, c’est réduire la compétitivité de notre économie, et donc risquer de voir les activités économiques migrer vers d’autres cieux…
[C’est là que le plan climat Empreinte 2050 du PCF prend tout son sens. Il ne devrait pas rester un horizon climatique à 2050 : il devrait devenir la matrice d’un véritable plan quinquennal de transformation productive dès la prochaine législature, avec des objectifs chiffrés de production, d’investissement, de formation, d’emploi et de capacités industrielles.]
J’ai parcouru un peu superficiellement ce plan, je l’avoue, mais je ne me souviens pas qu’il analyse les effets des mesures qu’il propose sur la compétitivité de notre économie. Or, dans la mesure où le PCF ne propose pas une sortie de l’UE ou la mise en œuvre de politiques protectionnistes, on voit mal comment on arrive à équilibrer l’économie du plan.
[Le PCF propose déjà un mix associant fortement nucléaire et renouvelables, une réindustrialisation et une électrification des transports, du bâtiment et de l’industrie. Il faut désormais en faire un calendrier de réalisation et donner au Parlement les moyens d’en contrôler l’exécution.]
Pourquoi ? Je suis toujours fasciné par votre croyance dans la vertu magique du contrôle parlementaire. Je ne connais pas un seul cas où le contrôle parlementaire ait permis à un programme industriel de se dérouler dans des bonnes conditions, et quelques cas où les parlementaires ont profité de leur contrôle pour fusiller des projets. Faisons une analyse matérialiste : quel est l’intérêt de chaque acteur ? Quand le corps des mines a piloté le programme électronucléaire, son intérêt était que le programme réussisse, puisque le succès ne pouvait que rehausser le prestige du corps. Même chose pour un ministre. Mais quel serait l’intérêt d’un parlementaire ? Le succès d’un tel programme n’a aucun effet sur le prestige des membres du parlement. On ne se souvient même pas du nom des rapporteurs des projets de loi qui ont installé le plan Messmer…
Je trouve révélateur que dans votre commentaire vous évoquiez la question du CONTROLE du programme mais pas du PILOTAGE. Comme si la question essentielle n’était pas là. On a fait en France des grandes choses parce qu’on disposait de structures capables de les PILOTER. Le plan hydraulique, le programme électronucléaire, le TGV ont été des succès non pas parce qu’ils ont été bien « contrôlés » mais parce qu’ils ont été bien « pilotés ».
[Cela signifie notamment reprendre le fil industriel de la filière nucléaire : prolongation et renouvellement du parc existant lorsque la sûreté le permet, construction des EPR2, développement des compétences et de la sous-traitance industrielle, recherche sur les petits réacteurs et relance des études sur les réacteurs à neutrons rapides, notamment au sodium. Le problème énergétique devient alors aussi un problème de politique industrielle : produire les machines, les matériaux, les équipements et les compétences nécessaires pour produire davantage d’électricité décarbonée en France.]
Oui. Qui paye ?
[La différence entre une mesure d’urgence et une transformation structurelle apparaît donc aussi dans les propositions du PCF. Le blocage temporaire des prix, la taxation des profits pétroliers ou l’utilisation des réserves ne prétendent pas résoudre durablement la contrainte physique. Ils donnent du temps et protègent la population pendant que d’autres décisions sont prises.]
Encore faut-il que ces mesures soient rationnellement pensés. Je pense avoir expliqué pourquoi le blocage des prix est une absurdité. La taxation des profits pétroliers est peut-être une bonne idée, mais n’a aucun effet sur les prix du carburant. L’utilisation des réserves ne peut durer longtemps.
[La nationalisation de TotalEnergies et la constitution d’un pôle public de l’énergie relèvent d’un autre niveau : il s’agit de conquérir des moyens collectifs d’agir sur les investissements, l’approvisionnement, les infrastructures et la transformation du système énergétique.]
Mais en quoi la nationalisation de TotalEnergies changera quoi que ce soit à la problématique des prix de l’essence ? Vous continuez à faire comme si le problème de l’équilibre physique entre consommation et production n’existait pas.
[Reconnaître la contrainte physique est nécessaire.]
A la bonne heure !
[Mais considérer le marché comme l’arbitre naturel de ses conséquences sociales ne l’est pas davantage que croire qu’un blocage administratif des prix suffirait à résoudre une pénurie.]
D’accord. Mais je ne vois pas dans votre réflexion la moindre proposition pour gérer autrement que par le marché la contrainte physique. Proposez-vous un rationnement ?
Que voulez-vous. Nos gouvernants ne veulent pas et ne voudront jamais démordre de la “construction européenne”, et de ce que cette dernière entraîne inexorablement, à savoir : l’effacement inéluctable de la nation française.
Je suis convaincu que notre classe gouvernante, dans son ensemble, est convaincue (et ce depuis longtemps) que la France, en tant que communauté politique nationale et distincte est finie, terminée, condamnée par le “sens de l’histoire” (tant pis si cette expression quasi théologique n’a aucun sens…), et que le mieux que l’on puisse faire pour en préserver ce qui peut l’être est de la dissoudre dans le grand bain européen-occidental du complexe UE-OTAN.
Une autre métaphore pour comprendre l’état d’esprit de ceux qui nous gouvernent : ils voient et considèrent la France un peu comme un vieux chien que l’on sait condamné, que l’on voit souffrir, et que l’on emmène un beau jour être piqué afin d’abréger, non seulement ses souffrances physiques, mais également (et peut-être surtout) l’inconfort moral de son maître.
Bien entendu, chez nos classes dirigeantes (je n’ose utiliser le mot “élites”), il y a, également, des arrière-pensées inavouables, dont les protagonistes ne sont (peut-être) pas pleinement conscients (que Dieu, s’il existe, nous préserve d’être qualifié de “complotiste” !) : on sent sourdre de partout désormais l’insatisfaction, voire l’impatience d’une classe dirigeante excédée envers une population décidément trop revendicatrice, trop remuante, trop éprise d’égalité, de justice, et de sens politique ; ne pouvant à elle toute seule “dissoudre le peuple et en élire un autre”, cette caste rassasiée de trahisons a accepté de mettre le pays de facto sous tutelle étrangère afin de calmer les ardeurs d’une population jugée pas suffisamment docile, etc.
Réfléchissez à ceci : mettons que soit élu, l’année prochaine, quelqu’un qui souhaite réellement renverser la table, et restaurer la souveraineté et l’indépendance de la France. Comment s’y prendra-t-il ? Toutes les voies constitutionnelles et juridiques sont bouchées ; notre droit, en particulier, a été entièrement remodelé depuis de nombreuses décennies pour que le “droit” “européen” l’emporte toujours en dernier lieu sur le droit national, ou plutôt le peu qu’il en reste désormais. Utilisera-t-il la force, alors ? Mais qui attaquer ? Mais on voit bien là qu’il s’agit d’une expérience de pensée frivole : ceux qui, en France, ne veulent à aucun prix d’un tel scénario, sont tellement puissants qu’une seule chose est sûre : un tel président ne sera, hélas, jamais élu…
@ MJJB
[Que voulez-vous. Nos gouvernants ne veulent pas et ne voudront jamais démordre de la “construction européenne”, et de ce que cette dernière entraîne inexorablement, à savoir : l’effacement inéluctable de la nation française.]
Ce n’est pas aussi évident que vous ne le dites. On est certes passés par une phase de globalisation galopante, mais depuis quelques années il semble que le pendule revient plutôt du côté des nations. Les « mondialistes » – et tout particulièrement les eurolâtres, qui en sont la succursale locale – ont beaucoup promis, mais finalement peu tenu. Le monde qu’ils ont construit est finalement bien plus instable, plus angoissant, plus déstructuré. Et devant le chaos qu’ils ont créé on remarque un retour vers la nation, seule collectivité capable de vous protéger dans un monde dangereux.
[Je suis convaincu que notre classe gouvernante, dans son ensemble, est convaincue (et ce depuis longtemps) que la France, en tant que communauté politique nationale et distincte est finie, terminée, condamnée par le “sens de l’histoire” (tant pis si cette expression quasi théologique n’a aucun sens…), et que le mieux que l’on puisse faire pour en préserver ce qui peut l’être est de la dissoudre dans le grand bain européen-occidental du complexe UE-OTAN.]
Sans doute. Mais comme disait l’autre, si les hommes font l’histoire ils ne savent pas l’histoire qu’ils font. Ce ne sont pas les convictions des classes gouvernantes qui font l’histoire : dans les années de l’entre-deux guerres, l’immense majorité des gouvernants européens étaient acquis au pacifisme du « plus jamais ça ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que cela n’a pas marché.
[Une autre métaphore pour comprendre l’état d’esprit de ceux qui nous gouvernent : ils voient et considèrent la France un peu comme un vieux chien que l’on sait condamné, que l’on voit souffrir, et que l’on emmène un beau jour être piqué afin d’abréger, non seulement ses souffrances physiques, mais également (et peut-être surtout) l’inconfort moral de son maître.]
Ne soyons pas caricaturaux. Oui, il y a dans la mauvaise conscience de nos élites quelque chose du processus que vous décrivez, mais le processus est différent. Faute d’être capables de l’effort de construire, nos élites se sont lancées à partir des années 1970 dans une entreprise de « déconstruction ». Il fallait déconstruire toutes les institutions : l’école, l’Etat, la famille, la nation, la République… Nous vivons aujourd’hui dans les ruines que cette déconstruction a laissé derrière elle. Il n’est pas étonnant que les déconstructeurs aient mauvaise conscience, qu’ils cherchent à tourner symboliquement leur entreprise de démolition derrière une forme de « projet » qui la valorise. La « créolisation » sauce Mélenchon ou l’éuropéisation poursuivie par le « bloc central » jouent ce rôle : offrir une vision « constructive » de ce que fut une entreprise de destruction.
[Bien entendu, chez nos classes dirigeantes (je n’ose utiliser le mot “élites”), il y a, également, des arrière-pensées inavouables, dont les protagonistes ne sont (peut-être) pas pleinement conscients (que Dieu, s’il existe, nous préserve d’être qualifié de “complotiste” !) : on sent sourdre de partout désormais l’insatisfaction, voire l’impatience d’une classe dirigeante excédée envers une population décidément trop revendicatrice, trop remuante, trop éprise d’égalité, de justice, et de sens politique ; ne pouvant à elle toute seule “dissoudre le peuple et en élire un autre”, cette caste rassasiée de trahisons a accepté de mettre le pays de facto sous tutelle étrangère afin de calmer les ardeurs d’une population jugée pas suffisamment docile, etc.]
Il n’y a dans ce raisonnement rien de « complotiste ». Les « arrières pensées » dont vous parlez ne sont en rien « inavouables », elles ont même été « avouées » et écrites noir et blanc. La volonté de confier des décisions éminemment politiques à des organismes administratifs affranchis de la pression démocratique a été parfaitement assumée par le « cercle de la raison », et cela dès les années 1950. Jean Monnet ne se cache pas pour le dire dans ses mémoires, expliquant comment le fait de soustraire la production de l’acier au bon vouloir des gouvernements démocratiques rendrait impossible la guerre. Et ce n’était pas tout à fait nouveau : le mythe qu’un état dirigé purement par une élite « rationnelle » éviterait que les « mauvaises passions » de la populace pèsent sur les choix politiques est aussi vieux que le suffrage universel. C’était le rêve des « planistes » des années 1930, qui seront la matrice des « technocrates » de Vichy, qui ont vu dans l’Occupation la possibilité de réaliser le rêve d’un état technocratique.
Il est vrai que le peuple français n’est pas commode, qu’il ne reconnaît le mérite de ses dirigeants – qu’ils soient politiques ou administratifs – que bien après leur mort, si tant est que la reconnaissance arrive un jour. Mais contrairement au mythe, il n’a rien d’un peuple ingouvernable. De Gaulle l’avait compris : les Français ont beau râler à propos de tout, mais ils laissent l’Etat faire tant qu’ils ont confiance dans la capacité de leur gouvernement à gérer le pays. C’est cette confiance qui a rendu le pays gouvernable jusqu’aux années 2000, et c’est le délitement de cette confiance qui le rend de plus en plus ingouvernable aujourd’hui. Les gens pouvaient être très critiques envers De Gaulle, Pompidou, Mitterrand ou Chirac, mais personne n’a jamais douté de la capacité de l’Etat qu’ils incarnaient – que ce soit au niveau politique ou celui des hauts fonctionnaires – à gérer rationnellement le pays. Alors, quand l’Etat prenait une décision, les gens pouvaient râler, mais finalement acceptaient de faire ce qu’on leur demandait. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas : une minorité bien organisée peut jeter par terre une politique publique. On l’a vu avec NDDL, et encore pire avec la vaccination pendant la période du COVID.
Alors, au lieu de chercher à rebâtir cette confiance pour gouverner avec le peuple, nos classes dirigeantes se laissent porter par l’illusion qu’elles peuvent gouverner sans lui. Et quand la crise devient grave, on leur demande de remplir des « cahiers de doléances » (Macron nous a fait le coup avec les « gilets jaunes » et Geffray essaye de faire la même chose avec les lycéens) que personne ne lira et on organise des « grands débats » qui sont en fait des pérorations censées permettre aux dirigeants « d’expliquer » leurs politiques – car il va de soi que si celles-ci sont rejetés, c’est que le peuple ne les a pas comprises.
[Réfléchissez à ceci : mettons que soit élu, l’année prochaine, quelqu’un qui souhaite réellement renverser la table, et restaurer la souveraineté et l’indépendance de la France. Comment s’y prendra-t-il ? Toutes les voies constitutionnelles et juridiques sont bouchées ; notre droit, en particulier, a été entièrement remodelé depuis de nombreuses décennies pour que le “droit” “européen” l’emporte toujours en dernier lieu sur le droit national, ou plutôt le peu qu’il en reste désormais.]
Je pense qu’ici vous tombez dans le panneau des eurolâtres en sacralisant le droit. Il faut regarder le droit comme un instrument qui organise le politique, et non comme une prison qui empêche le politique d’agir. Si la constitution devient un obstacle à la réalisation de la volonté du souverain, on la change. Ce ne serait pas la première fois qu’on le ferait dans notre histoire. Il n’y a rien de fatal au fait que le droit européen l’emporte sur le droit national : il suffit d’ajouter une phrase dans la Constitution, et c’en est fini de cette prédominance.
L’Etat de droit ne s’oppose à la souveraineté du peuple que lorsqu’on sacralise le droit, qu’on fait de lui une entité extérieure au processus démocratique. Mais dès lors qu’on admet que le droit n’est que l’expression d’un certain équilibre social, et que dès lors que cet équilibre change il peut parfaitement être remis en cause, le droit redevient ce qu’il n’aurait jamais du cesser d’être : un instrument politique d’organisation de la société.
@Descartes.Tout d’abord un grand merci pour ce blog.
Vous évoquez une pénurie mondiale de 30 % frappant les hydrocarbures.La plupart de nos activités tout comme la très grande majorité des objets que nous utilisons sont peu ou prou liés à l’utilisation massive des hydrocarbures faite par notre système productif. Si les 2 crises majeures en cours (conflits russo-ukrainien et américano-iranien) devaient se prolonger au delà du délai que nous permet de gagner le déstockage des réserves, nous aurions me semble t il à faire face à un choc de très grande ampleur dont les conséquences ne se limiteraient pas aux déboires des familles X, Y et Z. Nos concitoyens de A à W seraient également concernés, et pas de façon marginale.La pénurie physique, son délai d’acheminement jusqu’au consommateur, ses conséquences. Vous n’avez que peu développé votre analyse sur ces 3 points.Peut être préparez vous un texte dédié ?
Hors commentaire:OK pour l’@ mail mais à quoi doit correspondre le nom, au nom, au pseudo ? Et qu’est ce que le “site web” ?
Merci.
@ Porquet JF
[Vous évoquez une pénurie mondiale de 30 % frappant les hydrocarbures. La plupart de nos activités tout comme la très grande majorité des objets que nous utilisons sont peu ou prou liés à l’utilisation massive des hydrocarbures faite par notre système productif. Si les 2 crises majeures en cours (conflits russo-ukrainien et américano-iranien) devaient se prolonger au-delà du délai que nous permet de gagner le déstockage des réserves, nous aurions me semble-t-il à faire face à un choc de très grande ampleur dont les conséquences ne se limiteraient pas aux déboires des familles X, Y et Z. Nos concitoyens de A à W seraient également concernés, et pas de façon marginale.]
Tout à fait. Je l’ai un peu écrit dans mon article lorsque je dis que l’énergie est le sang qui irrigue l’économie. Une crise sur l’approvisionnement énergétique ne peut qu’affecter tous les secteurs en plus ou moindre mesure. Sans compter que les hydrocarbures ne sont pas seulement utilisés pour leur valeur énergétique, mais aussi dans l’industrie chimique qui fabrique médicaments, emballages et autres matériaux de construction. Il faut relire ce qui a été écrit sur les deux chocs pétroliers des années 1970. Certes, nous sommes aujourd’hui moins dépendants des hydrocarbures – pensez qu’à l’époque notre système électrique était aux deux tiers dépendant de cette ressource. Mais le risque d’une crise économique majeure est là dès lors que la pénurie se prolongerait au-delà de ce que les stocks peuvent absorber…
[La pénurie physique, son délai d’acheminement jusqu’au consommateur, ses conséquences. Vous n’avez que peu développé votre analyse sur ces 3 points. Peut-être préparez-vous un texte dédié ?]
Non, je ne prépare rien de particulier. J’ai un peu abordé cette question : la guerre a affecté la production présente mais aussi future au moins dans le moyen terme (des installations d’extraction et de raffinage ont été endommagés, et les réparations risquent de prendre quelques années, l’exploitation de certains puits a été arrêtée, et un puits ne se redémarre pas d’un claquement de doigts). La guerre a aussi affecté les routes d’acheminement, tant sur les délais que sur les quantités. Cela provoque non seulement la baisse des volumes disponibles, mais aussi la configuration du réseau : des volumes de gaz et de pétrole russe ou iranien qui autrefois étaient contractualisées avec l’Europe le sont maintenant avec la Chine, et la réouverture des routes ne rétablira donc pas le statu quo ante. L’histoire montre que les crises dans le domaine de l’énergie aboutissent à modifier durablement la configuration du système. La libre navigation du détroit d’Ormuz, qui était hier considérée comme allant de soi, devient une variable aléatoire. Et les compagnies de transport en tiendront compte.
Les conséquences de la crise sont assez prévisibles – on a eu l’expérience des années 1970 pour s’en faire une idée. Les hydrocarbures deviendront plus rares et donc plus chers, et cela rendra compétitive la substitution des produits pétroliers ou gaziers par d’autres solutions. Le chauffage électrique, qui était il n’y a pas si longtemps attaqué par tout le monde, écologistes en tête, reviendra probablement en grâce. Mais si ces alternatives deviennent compétitives, cela n’effacera pas l’effet de l’augmentation de prix. La voiture électrique deviendra peut-être compétitive par rapport à la voiture à essence au pris d’aujourd’hui, mais elle restera plus chère que la voiture à essence aux prix d’hier. On bougera donc moins…
[Hors commentaire:OK pour l’@ mail mais à quoi doit correspondre le nom, au nom, au pseudo ? Et qu’est ce que le “site web” ?]
J’imagine que vous faites référence aux cases à remplir lorsque vous envoyez un commentaire. Le « nom » correspond à votre nom ou au pseudonyme que vous vous aurez choisi – et je vous encourage à utiliser un pseudonyme, parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver. Le mail permet de me transmettre une adresse de contact au cas où j’en aurais besoin, et si vous vous abonnez, à vous transmettre des alertes quand un nouvel article est publié. Il ne sera jamais publié. Quant au « site web », si vous tenez un blog ou un site personnel, cela vous permet d’en donner l’adresse, et les lecteurs de ce blog pourront aller voir ce qui s’y trouve…