Pour en finir avec McKinsey, il faut rengraisser le mammouth

“La faute n’est pas au cochon, mais à celui qui le nourrit” (proverbe espagnol)

Mes chers lecteurs, je vais évoquer aujourd’hui le fantôme d’un ministre de l’éducation nationale dont l’œuvre – néfaste, comme celle de la plupart de ceux qui ont occupé le siège de la rue de Grenelle ces dernières années – est oubliée, mais dont une phrase est restée dans la mémoire politique : « il faut dégraisser le mammouth ».

Le ministre en question n’avait rien inventé. Il n’avait fait qu’appliquer à son administration le principe du « flux tendu » cher au secteur privé dans la mondialisation triomphante. La logique de cette transformation était simple : les réserves – que ce soit en pièces ou en main d’œuvre – coûtent cher, il faut donc une organisation de la production qui puisse s’en passer. On réduit donc les stocks et la main d’œuvre au stricte minimum nécessaire à la production. Et que se passe-t-il si vous avez un surcroît d’activité, des commandes imprévues ? Eh bien, un marché efficient vous permet de vous procurer rapidement les pièces chez les sous-traitants ou de la main d’œuvre chez les agences d’intérim. Et au niveau de l’encadrement, même raisonnement : le « lean management » (1) se faisait un point d’honneur à réduire les structures d’encadrement au strict minimum.

Ces charmantes théories ont été aussi appliquées au mammouth qu’est l’Etat. Avec une logique d’amaigrissement particulière. Partout on a coupé les budgets, partout on a supprimé des postes (2). Et lorsque vous dirigez un service et qu’on vous coupe vos ressources, que faites-vous ? Et bien, vous supprimez toutes les activités qui ne sont pas immédiatement perceptibles. Entre l’équipe qui délivre les permis de conduire et celle qui réfléchit au permis de conduire de demain, entre le budget qui paye pour la réparation de l’ambulance dont vous avez besoin aujourd’hui et celui qui paye le stock de masques utile en cas de pandémie, lesquels des deux supportera les coupes les plus importantes ?

Trente ans de politiques d’austérité ont réduit à néant le « gras » de l’Etat. Or, à quoi sert la graisse chez un animal ? N’importe quel spécialiste vous le dira, c’est la seule manière qu’ont les animaux de stocker de l’énergie. Ce sont ces réserves qui permettent à un animal de faire face à un accident où un évènement imprévu. Comme le dit le proverbe africain, « quand la sécheresse frappe, le lion gras maigrit et le lion maigre meurt ». Quand le lion gras se brise une patte, il peut attendre qu’elle guérisse sans chasser en consommant sa réserve de gras. Le lion maigre, lui, n’y survivra pas.

Mais la métaphore animalière ne reflète pas toutes les facettes du problème. La formule « primum vivere, deinde philosophare », qu’on peut traduire par « survivre d’abord, philosopher ensuite », prend ici toute sa signification. Une société ne réfléchit, ne recherche, ne crée que dans la mesure où elle génère un surplus – du « gras » – par rapport à ses nécessités immédiates. On ne paye des philosophes pour philosopher, des chercheurs pour chercher qu’à partir du moment où les besoins critiques sont satisfaits. Le « gras », dans une société, c’est aussi ce qui permet de penser.

Les crises récentes ont montré combien les niveaux de gras de l’Etat en France étaient dangereusement faibles. Le Covid nous a fait découvrir que nos stocks de masques et autres équipements médicaux avaient fondu comme neige au soleil – et accessoirement, que le sacro-saint « marché » n’était pas, dans un contexte de crise, capable de fournir en flux tendu. Les dernières vagues de froid furent l’occasion de prendre conscience qu’après trente ans de désinvestissement, notre parc de production d’électricité n’est plus capable de faire face à nos besoins. Les sanctions contre la Russie ont rendu visible une triste réalité : la France n’a plus de réacteur nucléaire de recherche en fonctionnement – elle en avait une dizaine il y a vingt ans – et nos scientifiques sont maintenant tributaires des réacteurs étrangers pour faire leurs expériences ou produire des isotopes à usage médical.

Dans ce contexte, ce qu’on appelle « l’affaire McKinsey » – le recours massif de l’Etat aux cabinets privés pour des prestations intellectuelles y compris dans le domaine stratégique de la conception des politiques régaliennes – ne devrait surprendre personne. C’est la simple application du principe du « flux tendu » aux administrations de l’Etat. A quoi bon entretenir en permanence un « stock » de hauts-fonctionnaires capables de rédiger un projet de loi sur l’énergie ou d’organiser la réponse à une crise sanitaire, alors que cela arrive une fois tous les cinq ans ? Autant prendre des « intérimaires » pour faire ces travaux exceptionnels. Et c’est exactement ce qui arrive : McKinsey, BCG et les autres ne sont en fait que des agences d’intérim de haut niveau qui fournissent les cadres que l’Etat n’a pas pour faire face à des travaux exceptionnels.

On se trompe de cible lorsqu’on reproche aux ministres et autres directeurs d’avoir recours à des cabinets de conseil. Dans l’état ou se trouve aujourd’hui notre haute fonction publique, on ne peut faire autrement. Cela fait trente ans qu’on restreint les recrutements, qu’on supprime des postes au point qu’il est pratiquement impossible pour beaucoup de hauts fonctionnaires de faire une carrière complète au service de l’Etat. Cela fait trente ans qu’on laisse les rémunérations – au sens large du terme, c’est-à-dire en prenant autant en compte les éléments monétaires que symboliques – de la haute fonction publique se dégrader par rapport au secteur privé, avec la conséquente migration des plus talentueux vers les entreprises. Combien de hauts fonctionnaires, après avoir servi l’Etat vingt ou trente ans, s’aperçoivent en discutant avec des amis issus du même milieu, ayant fait les mêmes études mais ayant fait le choix du privé, qu’ils ont raté quelque chose du point de vue du portefeuille… Et ne parlons même pas de la suppression des « grands corps d’inspection », qui jouaient justement le rôle de conseil en interne. Alors, quand vous êtes un directeur ou un chef de service dans une administration, et qu’on vous demande de rédiger une loi, d’organiser une consultation publique, de faire un rapport, de préparer un exposé sur un sujet pointu ou de gérer une crise compliquée, où voulez-vous trouver les ressources pour le faire ? Les agents permanents – dont un tiers en moyenne sont déjà contractuels, ne l’oubliez pas – sont trop occupés à gérer le quotidien, le plafond d’emplois vous empêche d’en recruter plus, les « corps d’inspection » sont devenus des points de chute pour des protégés politiques ou des maisons de retraite pour ceux – les moins brillants – qui n’ont pas réussi à partir dans le privé. Comment vous reprocher de vous tourner vers la seule source de main d’œuvre et d’expertise disponible, à savoir, les cabinets de conseil ?

Au fond, est-ce grave, docteur ? Après tout, l’argument d’efficacité qu’on invoque à l’appui du « flux tendu » n’est-il pas pertinent ? Et le secteur privé a systématiquement recours aux cabinets de conseil sans dommage apparent. Pourquoi cela ne fonctionnerait pas pour l’Etat ? La réponse, à mon sens, est positive : oui, c’est très grave. Bien sûr, il y a l’argument de l’indépendance : contrairement aux corps de la haute fonction publique, les cabinets de conseil sont dépendants des commandes passés par des groupes d’intérêts, et il n’est pas irrationnel de penser qu’ils utilisent leur position de conseiller du prince pour faire avancer leurs propres affaires.

Mais à mon sens, il y a bien plus grave. Ces cabinets « vendent » leurs interventions à partir de théories et méthodes pseudo-scientifiques qui servent à légitimer leur discours. Développer ces outils coûte cher, et une fois développés il faut les rentabiliser. Autrement dit, les appliquer systématiquement, même à des situations où ils sont évidemment inadaptés. Le dicton « pour celui qui a un marteau, toutes les solutions ressemblent à des clous » s’applique parfaitement aux cabinets en question, dont le crédo pourrait être « j’ai une solution, amenez-moi votre problème ». Confier les taches de réflexion et de conception à des cabinets de conseil conduit inévitablement à un appauvrissement, puisque la solution proposée est toujours la même, et que l’Etat n’a pas les moyens d’en faire un examen critique. Là où la haute fonction publique pouvait produire des solutions adaptées à un problème concret, les cabinets plaquent une solution toute faite – et toujours la même – à tous les problèmes.

Et les cabinets de conseil jouent sur du velours, parce que leur prestation intellectuelle est impossible à évaluer. Car contrairement à la haute fonction publique, qui a la responsabilité de mettre en œuvre les solutions qu’elle propose et qui assume donc la responsabilité du résultat, le travail du cabinet de conseil s’arrête à la recommandation. Si celle-ci aboutit à un désastre, on pourra toujours dire qu’elle n’a pas été correctement mise en œuvre, ou bien qu’elle ne l’a pas été avec les moyens adéquats. Par construction, un cabinet de conseil n’a jamais tort.

Alors, que faire ? Pour commencer, ne pas se tromper d’analyse. Si les administrations ont aujourd’hui recours aux cabinets de conseil, ce n’est pas la faute à Macron, à tel ou tel ministre. C’est la faute à tous ceux qui, par action ou par omission, ont démantelé notre haute fonction publique et amaigri l’Etat au point qu’il est à peine capable de gérer le quotidien. Et réciproquement, si on veut pouvoir se passer des cabinets de conseil, il faut redonner du « gras » à l’Etat, rebâtir des « corps de réflexion » dont les membres seraient recrutés parmi les hauts fonctionnaires expérimentés sur une base strictement méritocratique – comme le furent en leur temps le Conseil d’Etat, le Conseil général des Ponts et Chaussées ou des Mines, l’Inspection des finances ou celle des Affaires sociales. Il faut aussi revaloriser les rémunération – et je pense autant à l’aspect symbolique que monétaire (3). Il faut aussi en finir avec les aller-retour entre public et privé, qui ne font que brouiller les frontières et favoriser un capitalisme de connivence. Ce qui suppose de pouvoir proposer aux hauts fonctionnaires, y compris les moins brillants, une carrière complète au sein de la fonction publique.

Mais le veut-on vraiment ? Pas nos élites, en tout cas, qui n’ont eu de cesse d’entraver l’Etat. A quoi bon avoir une haute fonction publique de qualité, capable non seulement de mettre en œuvre mais de concevoir les politiques publiques, pour administrer un Etat qui est partout « entravé », pour reprendre la formule de l’article d’Elsa Conesa publié par « Le Monde » daté du 14 avril. Les premiers paragraphes de cet article méritent d’être cités :

« Le haut fonctionnaire a eu un choc. La dernière fois que Thierry Aulagnon avait dirigé le cabinet d’un ministre de l’économie, c’était au début des années 1990. Revenu à Bercy en 2016, après presque trente ans dans le secteur privé, il a été sidéré de voir combien l’Etat avait changé. Comme si, en matière de politique économique, ce dernier avait organisé sa propre impuissance. « J’ai eu le sentiment que l’action de l’Etat était devenue beaucoup plus difficile », résume-t-il.

Dans son rapport d’étonnement : des contraintes européennes qui n’existaient pas trente ans plus tôt, ni sur le budget ni sur la dette ni sur la politique industrielle (à travers le régime bruxellois des aides d’Etat). « Il y avait d’autres difficultés, comme l’hyperinflation ou la fébrilité des taux de change, mais pas de contraintes européennes », note-t-il. Le Conseil constitutionnel ensuite, devenu « beaucoup plus présent qu’il y a trente ans », avec une centaine de décisions par an, dont une grande partie dans le domaine économique et financier à travers les questions prioritaires de constitutionnalité. Des décisions « imprévisibles et qui interviennent parfois très longtemps après que la règle de droit a été posée, en fiscalité par exemple », poursuit-il. La multiplication des autorités indépendantes, enfin (la Commission nationale de l’informatique et des libertés, par exemple). « Il y en a des centaines, parfois dans des domaines que je ne soupçonnais pas. On voit bien la logique sous-jacente. Mais le résultat, c’est que l’action de l’exécutif est entravée. »

Aulagnon résume en de termes fort diplomatiques une réalité, et n’importe quel observateur qui fréquente la haute fonction publique ne peut qu’être d’accord avec lui. Mais ce qu’il ne dit pas, parce qu’il est prudent et diplomate, c’est que ces entraves ne sont pas là par hasard. Elles ont été voulues, et voulues par tous les gouvernements, de gauche, de centre et de droite qui se sont succédés aux commandes depuis 1981. Pourquoi voulez-vous que des jeunes brillants engagent leur carrière dans un combat permanent contre toutes ces « entraves », où finalement il faut investir une énorme énergie, une énorme constance pour avancer d’un pas… et de voir éventuellement son œuvre défaite d’un coup de plume politique.

Le plus triste dans cette affaire, c’est que tout le monde s’en fout. La suppression de l’ENA, celle des « grands corps » est passé sans grand débat ou protestation, comme si l’organisation de l’Etat n’était pas une affaire éminemment politique. On se frotte les yeux en pensant qu’à la Libération l’affaire avait été considérée tellement prioritaire que la conduite du comité étudiant la réforme avait été confiée à Michel Debré, fidèle entre les fidèles de De Gaulle, et à Maurice Thorez, secrétaire général du premier parti de France à l’époque. Fruit de ces travaux, l’ENA sera créée par ordonnance le 9 octobre 1945, à peine cinq mois après la fin de la guerre, et après un travail considérable conduit de concert par gaullistes et communistes. « L’affaire McKinsey », en pleine campagne présidentielle, aurait pu être l’opportunité d’ouvrir un véritable débat sur cette question, un débat qui de toute évidence n’intéresse personne, puisqu’aucun candidat ne l’a repris à son compte, préférant réserver la place à des débats plus pressants : la question du genre où l’impôt sur l’héritage, pour ne donner que deux exemples…

Descartes

(1) Pour ceux qui ne dominent pas la langue de Shakespeare, « lean » veut dire « sans graisse ». « Lean management » peut être donc traduit par « encadrement sans gras ».

(2) Sauf bien entendu dans les services de communication des différentes administrations, les seuls services à afficher une enviable croissance…

(3) Ce point mérite un développement séparé. Un des problèmes est qu’à partir d’un discours égalitaire – le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions –  les revalorisations des rémunérations dans la fonction publique ont été systématiquement réservées aux « bas salaires ». Cette politique a conduit au cours du temps à « applatir » la pyramide des rémunérations, alors que dans le privé on assiste au phénomène inverse. A l’arrivée, les décalages – surtout pour les postes de haute responsabilité – deviennent très importants. Mais il n’y a pas que l’argent dans la vie, et la fonction publique a d’autres atouts dans la compétition pour les talents. Il y a des compensations immatérielles qui comptent aussi : le prestige social, le respect des concitoyens, le fait de travailler sous les ors de la République, le salut que vous doivent les gendarmes ou les policiers, la carte barrée de tricolore… tous ces petits riens qui font beaucoup ont été systématiquement érodés par le discours de « l’Etat modeste » ressemblant de plus en plus à une entreprise.

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20 réponses à Pour en finir avec McKinsey, il faut rengraisser le mammouth

  1. luc dit :

    Les affaires type Mac Kinsey,effectivement,ainsi que tout le contenu de votre article sont  significatifs de notre époque.Vous posez des questions que les crise Covid ont fait émerger et que ceux qui gouvernent veulent rapidement mettre sous le tapis.L’affaire scandaleuse de l’enrichissement des USA sous prétexte de sanction européennes,l’affaiblissement civique de notre peuple ,rendent les marges de manoeuvres des progressistes,universalistes et productivistes  quasi impossibles.Toutes ces impuissances de l’état que vous évoquez ont pour conséquences de nous lier au système politico-économique des USA.Mais nous électeurs , comment nous positionner même symboliquement autrement qu’en sanctionnant les responsables de cela ?
    Or Macron lorsqu’il dialogue avec Poutine,lorsqu’il annonce qu’il sera souple sur l’âge de départ à la retraite,lorsqu’il tend la main aux libéraux Zemmouriens anti-MLP,montre qu’il présente une certaine plasticité,n’est ce pas?La prime au sortant pour lui,est très motivée avec ces 5 ans au plus haut niveau avec Hollande et son quinquenat qui prend fin.Beaucoup de gens même s’ils sont d’accord avec le contenu de votre article voteront pour lui à cause des bagages accumulés par ce  personnage de Quarante ans.Tous les électeurs ne sont pas de cette volaille qui fait l’opinion,en sussurant partout que les gauchistes de Mélenchon voteront MLP.Certains voteront peut être pour lui à cause de ses compétences,de son apparente ouverture d’esprit ou de sa jeunesse,augure de ‘félicités futures ‘,comme celles que DeGaulle prodiga après ces 60 ans. Or Mc Kinsey,est une averse fournie sur cette image sur accentuée de bon élève.
    D’autres sombres rumeurs ternissent aussi son image d’archange de la politique,même si je n’en crois pas un mot,celle sur son patrimoine par exemple ou sur l’influe,ce néfaste de Brigitte sur lui..En toute logique,le vote MLP permet de poser un hola persévérant et désapprobateur.C’est alors que d’autres questions surgissent,MLP élue avec peu d’avances selon les sondages,le tsunami me(r)diatique sera tel,que la majorité élue aux législatives qui suivront,sera opposée à MLP probablement.Les français ne voulant pas lui donner les pleins pouvoirs,selon ma compréhension ,(discutable),de la psychologie des masses en France.Bref,s’en suivra vraissemblablement un chaos tel,que le blocage conduira MLP a mener la politique de Macron.Ne vaut il pas mieux qu’une MLP perdante à 49,8% soit dans une opposition virulente pour obliger Macron à mener une politique plus éssentielle et positive au pays ?Après tout de Gaulle,catholique conservateur a mené une politique progressite ,moderne ,collectiviste qui était celle pronée par son opposition communiste ? Autrement dit ,Mac Kinsey et ses semblables constituent des tâches honteuse,que Macron réélu se sentira obligé d’effacer pour finir en beauté son 2ième mandat,non?
    Ne peut on pas imaginer son plan de carrière où il se représentera en 2029 pour essayer de faire deux nouveaux mandats,qu’il finira en 2039 seulement âgé de 58 ans,à peu près l’âge de Mitterand en 1981 ?

    • Descartes dit :

      @ Luc

      [Or Macron lorsqu’il dialogue avec Poutine, lorsqu’il annonce qu’il sera souple sur l’âge de départ à la retraite, lorsqu’il tend la main aux libéraux Zemmouriens anti-MLP, montre qu’il présente une certaine plasticité, n’est-ce pas ?]

      Certainement. Du moins dans le discours. On verra comment se traduira cette « plasticité » lorsqu’il aura été élu pour un deuxième mandat.

      [La prime au sortant pour lui, est très motivée avec ces 5 ans au plus haut niveau avec Hollande et son quinquennat qui prend fin. Beaucoup de gens même s’ils sont d’accord avec le contenu de votre article voteront pour lui à cause des bagages accumulés par ce personnage de quarante ans.]

      Beaucoup voteront pour lui parce qu’ils recherchent la sécurité, et qu’en la matière « mieux vaut mauvais connu que bon à connaître ». C’est là le fondement de la « prime au sortant ». Voter Macron, c’est voter ce qu’on connaît – la continuité des politiques faites ces quarante dernières années. Voter MLP, c’est sauter dans l’inconnu. Car si l’on arrive à imaginer ce qu’elle VOUDRAIT faire, il est très difficile d’imaginer ce que cela donnerait une fois que cette volonté se confrontera avec la réalité du pouvoir. On a vu ce que cela a donné en 1981-83…

      [Or Mc Kinsey, est une averse fournie sur cette image sur accentuée de bon élève.]

      Ne vous faites aucune illusion. L’affaire McKinsey est mise en exergue parce que nous sommes en campagne électorale, et que toutes les armes sont permises dans l’amour et la politique. Mais il faut une bonne dose de naïveté pour imaginer que ceux qui à droite comme à gauche on démantelé l’Etat et la haute fonction publique soient aujourd’hui surpris que l’Etat soit obligé à sous-traiter de plus en plus, y compris les tâches les plus nobles, les plus régaliennes, que leur indignation soit sincère.

      Cette affaire n’aura aucun poids électoral, parce qu’au fond tout le monde s’en fout. Le bon peuple est trop occupé à survivre et trop aliéné par la propagande anti-fonctionnaire et anti-taxes, et les classes intermédiaires sont, comme l’ensemble du bloc dominant, acquises pour des raisons d’intérêt à la destruction de l’Etat. Je suis prêt à parier qu’après une période de décence, les commandes aux cabinets de conseil reprendront de plus belle. L’alternative, c’est l’augmentation des effectifs de la haute fonction publique – je parle de la vraie, pas des planqués politiques qu’on recase.

      [Bref, s’en suivra vraisemblablement un chaos tel, que le blocage conduira MLP à mener la politique de Macron.]

      La réalité, c’est qu’on n’en sait rien. On ne sait pas quelle seraient les alliances que MLP pourrait conclure en vue des législatives si elle était élue. Personnellement, je ne crois pas à cette théorie du « chaos ». Je rigole d’ailleurs beaucoup en entendant ceux qui hier se plaignaient que « l’Etat profond » les empêchait de faire ce qu’ils voulaient nous expliquer que MLP, si elle était élue, aurait les mains libres pour instaurer une dictature fasciste en France. La France, il ne faudrait pas l’oublier, est ancrée dans des « masses de granit » qui limitent les possibilités d’action immédiate du pouvoir politique.

      [Ne vaut-il pas mieux qu’une MLP perdante à 49,8% soit dans une opposition virulente pour obliger Macron à mener une politique plus essentielle et positive au pays ? Après tout De Gaulle, catholique conservateur a mené une politique progressiste, moderne, collectiviste qui était celle prônée par son opposition communiste ?]

      La situation me paraît difficilement comparable. La véritable opposition à De Gaulle ne venait pas des communistes, mais de la droite. S’il est mis en difficulté en 1965, c’est moins parce que ses électeurs sont partis vers la gauche que parce que les centristes sont partis derrière Lecanuet. Pour De Gaulle, les communistes étaient une sorte de « soutien muet », qui lui permettait d’imposer à une partie de sa majorité des politiques auxquelles les communistes adhéraient de facto sinon de jure. Quand De Gaulle quitte le commandement intégré de l’OTAN, ce ne sont pas les communistes qui seront ses plus fervents critiques…

      Si Macron demain était élu – fut-ce avec 50,1% des voix – il cherchera a continuer la politique des quarante dernières années, celle des classes intermédiaires et de la bourgeoisie. Point à la ligne. Contrairement à De Gaulle, il ne partage aucun objectif avec l’opposition, et il n’a aucun besoin d’imposer sa politique à une majorité réticente…

      • Luc dit :

         JLM avait imprudemment prévu un évènement type Merah juste avant le 1er tour, peut être vous en souvenez vous. A la place nous avons eu la guerre en Ukraine. Que se passera t il d’ici la fin des législatives ?
        Il y a fort à parier que tous les partis se consacrent à l’élection législative puisque leur financement public dépend du nombre de députés.
        MLP aussi et je ne serai pas étonné qu’elle considère aussi qu’une cure d’opposition avec de nombreux députés RN soit  beaucoup plus confortable que son élection à la présidence en cohabitation suite à l’élection d’une majorité anti RN, élue pour s’opposer à sa politique,non ?
        D’ailleurs même Macron n’est pas à l’abri d’une cohabitation ?
         
         

        • Descartes dit :

          @ Luc

          [ JLM avait imprudemment prévu un évènement type Merah juste avant le 1er tour, peut être vous en souvenez vous. A la place nous avons eu la guerre en Ukraine. Que se passera t il d’ici la fin des législatives ?]

          Je ne vois pas très bien en quoi la guerre en Ukraine et “un évènement type Merah”. Si la remarque de Mélenchon doit s’interpréter comme “il se passera quelque chose quelque part dans le monde”, effectivement, il n’avait pas beaucoup de chances de se tromper.

          [Il y a fort à parier que tous les partis se consacrent à l’élection législative puisque leur financement public dépend du nombre de députés.]

          Bien évidement. La danse du ventre a commencé en fait avant le premier tour. Si vous ne me croyez pas, lisez les comptes rendus du Comité national du PCF – le PCF est l’un des très rares partis qui publie les comptes rendus de ses organes de direction – du 18-19 mars dernier. Vous découvrirez que déjà à l’époque LFI avait adressé un courrier – tellement confidentiel que même les membres du CN n’avaient pas copie – au PCF posant ses conditions pour un accord aux législatives, dont en particulier le désistement de Roussel en faveur de Mélenchon avant le premier tour. Le 15 avril, LFI a envoyé un deuxième courrier, avec le traditionnel “on ne demande pas un ralliement, mais il faudra un accord programmatique sur la base de notre programme, et un fonctionnement sur la base de notre parlement de campagne”. Classique… à la fin, j’imagine qu’on arrivera à l’arrangement traditionnel, c’est à dire, chacun garde ses sortants. La direction du PC a tellement peur de perdre son groupe qu’elle a même reconduit Sébastien Jumel comme candidat malgré sa trahison, c’est dire…

          [MLP aussi et je ne serai pas étonné qu’elle considère aussi qu’une cure d’opposition avec de nombreux députés RN soit beaucoup plus confortable que son élection à la présidence en cohabitation suite à l’élection d’une majorité anti RN, élue pour s’opposer à sa politique,non ?]

          Non. D’abord, parce que le terme “cure d’opposition” ne s’applique qu’à une majorité sortante, ce qui n’est pas le cas du RN. Après plus de quarante ans d’opposition, une “cure d’opposition” n’aurait aucun sens. Et ensuite, parce que malgré votre répétition constante de la même affirmation, il n’y a absolument aucun élément qui permette d’affirmer que MLP préfère être une obscure députée plutôt que présidente de la République.

  2. Jacobin dit :

    Merci pour votre article. La réforme de l’ENA s’accompagne, avec un peu de retard et moins de visibilité, de celle des grands corps techniques, que vous mentionnez à juste titre ; celle-ci est engagée depuis plus de 20 ans avec les fusions de corps : les ingénieurs des ponts et chaussées ont absorbés ceux de l’aviation civile, de Météo-France et de l’IGN au début des années 2000 (avec une liquidation de la formation technique au profit d’une formation managériale), et ce nouveau corps a ensuite fusionné avec les eaux et forêts (qui lui-même, etc.) en 2009, en allant plus loin encore dans la liquidation de la formation technique ; en parallèle, les Mines ont absorbé les Télécoms (qui avaient la compétence informatique que l’on va désormais chercher où ça ?… dans les cabinets de conseil, CQFD). Pour en revenir aux suites de la réforme de l’ENA, il est vraisemblable que les derniers grands corps techniques fusionnent dans un grand corps des ingénieurs de l’Etat et achève le boulot. Le dernier rapport sur le sujet (https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2022/02/rapport_-_reforme_de_la_haute_fonction_publique_-_pour_une_gestion_des_ingenieurs_par_domaines_de_competences_-_2022.pdf ) évoque toutefois l’importance de filières thématiques mais c’est le cas avant chaque fusion, et à chaque fois, les compétences techniques passent à la trappe au profit du blougui-boulga managérial, dans un contexte de démantèlement et d’entrave de l’Etat par l’européanisation (l’Europe c’est la paix, les nations c’est la guerre), les privatisations (le privé c’est mieux et agile, l’Etat ça coûte cher et rigide), de décentralisations (le local permet de s’adapter aux spécificités du territoires et d’avoir des racines). Cela étant, l’utilisation du mot “gras” ne me paraît pas adapté, car si vous recrutez des fonctionnaires en masse avec leurs profils et compétences actuels (savoir faire faire au lieu de faire soi-même), ça n’aura pas grande utilité ; il vaut mieux remuscler l’Etat, c’est-à-dire lui réattribuer des prérogatives et l’équiper de fonctionnaires qui savent penser et faire : ce sera mieux fait, moins cher, plus légitime, et plus transparent, qu’avec le privé. 

    • Descartes dit :

      @ Jacobin

      [Pour en revenir aux suites de la réforme de l’ENA, il est vraisemblable que les derniers grands corps techniques fusionnent dans un grand corps des ingénieurs de l’Etat et achève le boulot.]

      Oui. La fusion des corps est une manière déguisée de préparer leur disparition. Si demain tous les hauts fonctionnaires sont dans le même corps, c’est comme si le corps n’existait plus, puisqu’il n’y a plus de gestion différentiée en fonction des différents métiers. En fait, la fin des corps est le versant pratique d’un choix idéologique : la fin des métiers, c’est à dire l’idée que l’expérience professionnelle est un capital et a une valeur. Aujourd’hui, on rentre au corps préfectoral pour gérer les problématiques locales, et on fait son « cursus honorum » commençant par une petite sous-préfecture et finissant par la préfecture de l’Ile de France. On rente au corps diplomatique pour mettre en œuvre la politique extérieure de la France, on commence comme 2ème conseiller à Ouagadougou et on finit ambassadeur à Moscou, Pékin ou Washington. Demain, on fera trois ans en préfecture, trois ans en ambassade, trois ans dans un poste technique… parce que l’essentiel n’est plus de connaître votre métier, mais le métier « universel » de « manager »…

      [Cela étant, l’utilisation du mot “gras” ne me paraît pas adapté, car si vous recrutez des fonctionnaires en masse avec leurs profils et compétences actuels (savoir faire faire au lieu de faire soi-même), ça n’aura pas grande utilité ;]

      Oui et non. Quand je parle de « gras », je fais référence à ce qui est superflu, à ce qui n’intervient pas directement dans le fonctionnement de l’organisme mais représente une « réserve », un « surplus » par rapport à la gestion du quotidien.

      [il vaut mieux remuscler l’Etat, c’est-à-dire lui réattribuer des prérogatives et l’équiper de fonctionnaires qui savent penser et faire : ce sera mieux fait, moins cher, plus légitime, et plus transparent, qu’avec le privé.]

      Dans l’article du « Monde » que je citais, on trouve cette phrase terrible : « Au sortir de la deuxième guerre mondiale, c’est le privé qui s’inspirait de l’Etat »…

  3. Jean Sairien dit :

    Excellente mise en perspective. Les sous-produits logiques du new public management, cher à Tony Blair et à ses épigones, dans le droit fil de la “révolution” de la Dame de fer et de son auteur favori: Milton Friedman..

  4. GENDRE DANIEL dit :

    On doit la paternité de l’ENA à jean ZAY qui voulait en faire une école populaire, mais on sait sur ce blog ce qui lui est arrivé. Debré n’a fait que reprendre cette idée et en a fait une école élitiste. Je recommande à ce propos la lecture de “L’affaire Jean ZAY, la République assassinée” de Gérard BOULANGER au édition Calmann-Lévy

    • Descartes dit :

      @ GENDRE DANIEL

      [On doit la paternité de l’ENA à jean ZAY qui voulait en faire une école populaire, mais on sait sur ce blog ce qui lui est arrivé. Debré n’a fait que reprendre cette idée et en a fait une école élitiste.]

      Quelle était la différence entre les projets de Zay et de Debré/Thorez, qui feraient que le premier était “populaire” et le second “élitiste” ? L’opposition que vous établissez est totalement artificielle. Dès lors qu’il s’agissait d’une école recrutant au mérite et formant la haute fonction publique, le projet ne pouvait qu’être “élitiste” au sens stricte du terme, puisqu’il s’agissait bien de former une “élite”…

      En fait, les objectifs de Zay et celui de Debré/Thorez étaient exactement les mêmes: fonder le recrutement des hauts fonctionnaires sur “le savoir et l’intelligence” et non plus sur les réseaux ou la fortune, comme c’était le cas dans les années 1930. L’ENA qui voit le jour en 1945 n’était pas moins “populaire” que celle qu’avait voulue Zay.

  5. cherrytree dit :

    @Descartes
    “La suppression de l’ENA et des grands corps est passée sans trop de protestations”
    Oui. Mais grâce à la quasi détestation entretenue savamment auprès des citoyens, en présentant les énarques et hauts fonctionnaires comme des nantis, ce que d’ailleurs quelques uns, minoritaires certes, mais quelques uns, ont  illustré. Par exemple celui qui payait une somme indécente pour faire cirer ses souliers à son bureau de l’Elysée.  Et c’est cette minorité qui a caché la majorité des grands serviteurs de l’État.  Tout comme la caricature des énarques et la culture hors sol de quelques uns, et aussi le fait qu’on ne les a pas vraiment accoutumés à travailler avec des gens de terrain, a  induit l’idée communément partagée qu’ils forment une caste inutile, voire nuisible. Tout le monde a crié à l’élitisme, sans que personne ne voie qu’on se privait de hauts fonctionnaires formés. Sans parler de la scandaleuse pratique du pantouflage, qui a apporté de l’eau au moulin.
    À un niveau hiérarchiquement inférieur, n’a-t- pas depuis plusieurs années, parlé d’ “avantages”, et non d'”acquis sociaux”? N’a-t-on pas facilement stigmatisés ces nantis de fonctionnaires? Dans ma famille, mon pauvre chauffeur-routier de père comparait amèrement sa situation à celle de son beau-frère employé d’EDF, et ses vacances possibles grâce au C.E. Mon oncle, lui, répondait qu’il était d’astreinte pendant les pannes, et qu’il devait par n’importe quel temps, rétablir les lignes, en montagne, en cas de tempête. De la même manière, ce fut haro sur les cheminots, et qu’on ne me dise pas que le terme de”prise d’otages” en cas de grève, est arrivé tout seul parmi les passagers. D’ailleurs, on dit depuis longtemps”client”, et non plus “usager”, n’est ce pas?
    Et que dire du “mammouth” de l’Éducation Nationale”, avec les profs montrés du doigt pour les fameuses vacances scolaires, qui, au vu des salaires, constituait bien le seul “avantage” du métier.
    Résultat ? Des trains jamais à l’heure et un réseau réduit à quia dans les régions les plus rurales, et puisqu’on se moquait tant des profs, voici que le recrutement se fait difficile, le niveau d’exigence de recrutement de plus en plus bas, et le recours aux remplaçants peu ou pas formés, quasiment général. De donner plus de “responsabilités” aux chefs d’établissements ne résoudra pas le problème, car les laisser choisir les enseignants laissera sur le côté les établissements moins riches, ou moins prestigieux. Vous avez dit Égalité Républicaine ? Ah, ah, ah! 
    Alors les parents d’élèves inquiets, souvenez-vous que vous avez voulu contrôler les enseignants et imposer votre façon de voir jusqu’à dégoûter absolument ceux dont c’était le métier et qui étaient , après un concours exigeant, formés pour cela. Le confinement, dans un premier temps, a mis en évidence qu’enseigner, c’est un vrai métier. Et ça a cloué le bec, dans un premier temps toujours, à ceux qui prétendaient qu’un ordinateur pouvait remplacer un prof, et que donc, on pouvait se passer de celui-ci. Mais trop tard, le mal était fait. J’ai moi-même eu droit à ce mépris, ce qui a pourri la fin de ma carrière, et ma “vocation” républicaine, moi qui doit tout à l’école, en a pris un coup.
    Alors on a certes dégraissé le mammouth, mais avec l’assentiment, et même l’aide des bons citoyens, et le résultat est là… 
    Vous voulez que je vous dise? Personne n’a tiré la leçon de quoi que ce soit. Aujourd’hui j’ai pris une retraite bien méritée, et je regarde de loin ceux qui bavaient sur les profiteurs de la fonction publique. Et qui pleurent  aujourd’hui parce qu’on supprime des gares, parce que les soignants démissionnent bien avant la fin de leur carrière, et parce qu’on ne trouve pas de profs corvéables à merci, à bac+4, avec un salaire à pleurer en regard de la responsabilité. Les choses sont telles que vous les avez voulues, ou telles qu’on a voulu que vous les vouliez, ai-je envie de dire, et il n’était après tout interdit à personne d’être un peu intelligent, quand postiers, cheminots, infirmières et profs étaient en grève.
    Pardon pour ma mauvaise humeur, mais si je ne vote pas Le Pen, et encore moins Mélenchon, si au fond de mon cœur je reste communiste, ça fait un certain temps que je ne descends plus dans la rue pour défendre une société plus juste.

    • Descartes dit :

      @ cherrytree

      [Oui. Mais grâce à la quasi détestation entretenue savamment auprès des citoyens, en présentant les énarques et hauts fonctionnaires comme des nantis, ce que d’ailleurs quelques-uns, minoritaires certes, mais quelques-uns, ont illustré. Par exemple celui qui payait une somme indécente pour faire cirer ses souliers à son bureau de l’Elysée.]

      Le problème, c’est que dans le monde médiatique dans lequel nous vivons, être c’est paraître. Or, le « bon » haut fonctionnaire est par essence discret. On sait tout du politique qui prend la décision, on ne sait généralement pas grand-chose du haut fonctionnaire qui assure la mise en œuvre. Tout le monde sait que le programme électronucléaire a été décidé par Messmer et Pompidou, que le TGV fut le projet-phare de Giscard. Mais qui connaît les noms des conseillers d’Etat qui ont écrit les décrets, des préfets qui ont mis en œuvre les procédures pour permettre la construction, des ingénieurs des Mines et des Ponts qui ont conduit les projets ?

      Dans notre monde médiatique, les trains qui arrivent à l’heure ne font jamais parler d’eux. La haute fonction publique n’apparait donc que lorsqu’elle fait une bêtise. Tout le monde sait qui sont Morelle ou Saal, et leur réputation recouvre celle des milliers de hauts fonctionnaires qui font un excellent boulot tous les jours.

      [À un niveau hiérarchiquement inférieur, n’a-t- pas depuis plusieurs années, parlé d’ “avantages”, et non d’”acquis sociaux”? N’a-t-on pas facilement stigmatisés ces nantis de fonctionnaires? Dans ma famille, mon pauvre chauffeur-routier de père comparait amèrement sa situation à celle de son beau-frère employé d’EDF, et ses vacances possibles grâce au C.E. Mon oncle, lui, répondait qu’il était d’astreinte pendant les pannes, et qu’il devait par n’importe quel temps, rétablir les lignes, en montagne, en cas de tempête. De la même manière, ce fut haro sur les cheminots, et qu’on ne me dise pas que le terme de”prise d’otages” en cas de grève, est arrivé tout seul parmi les passagers.]

      Certains métiers ont toujours eu des avantages – on peut discuter le terme « acquis sociaux ». Mais ces avantages répondent en général au marché du travail : au vu des contraintes des métiers, sans ces avantages les employeurs n’arrivaient pas à recruter. C’est d’ailleurs pourquoi certains statuts sont antérieurs à la nationalisation : c’est le cas du statut du cheminot ou celui du mineur, qui datent des années 1920.

      [D’ailleurs, on dit depuis longtemps ”client”, et non plus “usager”, n’est-ce pas?]

      Depuis les années 1980. Merci Mitterrand !

      [Vous voulez que je vous dise ? Personne n’a tiré la leçon de quoi que ce soit. Aujourd’hui j’ai pris une retraite bien méritée, et je regarde de loin ceux qui bavaient sur les profiteurs de la fonction publique. Et qui pleurent aujourd’hui parce qu’on supprime des gares, parce que les soignants démissionnent bien avant la fin de leur carrière, et parce qu’on ne trouve pas de profs corvéables à merci, à bac+4, avec un salaire à pleurer en regard de la responsabilité. Les choses sont telles que vous les avez voulues,]

      Dieu se rit de ceux qui maudissent les conséquences dont ils chérissent les causes…

  6. @Descartes
    Bonsoir. Je souhaitais vous demander si vous comptez suivre Régis de Castelnau ( Présidentielle : voter avec les classes populaire et battre Macron – Vu du Droit ) s’agissant du second tour de l’élection présidentielle. Les électeurs de gauche semblent très divisés sur la conduite à tenir. 

    • Descartes dit :

      @ Jonathan R. Razorback

      [Bonsoir. Je souhaitais vous demander si vous comptez suivre Régis de Castelnau]

      Le “suivre”, non. Mais – peut-être parce que notre formation politique et notre expérience est similaire – j’arrive exactement à la même conclusion que lui. Je l’ai toujours dit: j’avais voté et appelé à votre contre Macron en 2017, et j’ai encore plus de raisons pour le faire aujourd’hui.

  7. marc.malesherbes dit :

    les grenouilles qui veulent un roi … toujours pour l’abstention

    chacun a ses arguments, la plupart tout à fait recevables, soit pour voter Macron, soit pour voter MlP.

    Mais ce faisant nous allons élire une fois de plus “un monarque républicain” dont nous ne savons pas vraiment ce qu’il fera, car il n’y a aucun mandat impératif, et combien de fois nous avons vu un président à peine élu revenir sur ses engagements électoraux les plus solennels et les plus publics.

    En matière de politique, je suis un “conséquencialiste”, c’est à dire que je prend position en fonction des conséquences les plus prévisibles, et non en fonction des discours, qui sont d’ailleurs tous “bien intentionnés”.

    Plus l’abstention et le vote blanc seront importants, moins sera grande la légitimité de l’élu, et plus les mouvements de contestation de telle ou telle mesure seront écoutés, car l’élu connaîtra sa faiblesse.

    Certes, comme le souligne Descartes, il faudrait un mouvement d’abstention et de vote blanc très important pour arriver à un tel résultat, et nous en sommes loin. Et tout est fait parmi les “discoureurs” publics pour persuader d’aller voter. Car c’est le plus important pour maintenir la domination et la légitimité actuelle des puissants.

    • Descartes dit :

      @ marc.malesherbes

      [les grenouilles qui veulent un roi … toujours pour l’abstention]

      J’ai pas très bien compris l’allusion. Le fait est que nous aurons un roi, que nous le voulions ou pas. Et c’est heureux, d’ailleurs. Vous préféreriez qu’on laisse l’Elysée vacant ?

      [chacun a ses arguments, la plupart tout à fait recevables, soit pour voter Macron, soit pour voter MlP.]

      Et surtout, chacun a ses intérêts. Car l’élection d’un président de la République n’est pas un débat intellectuel, qui devrait être gagné par celui qui a les meilleurs arguments. Les deux candidats non seulement ont des idéologies différentes, mais représentent des intérêts différents. Il y a des gens qui ont « raison » de voter Macron, d’autres ont « raison » de voter MLP.

      [Mais ce faisant nous allons élire une fois de plus “un monarque républicain” dont nous ne savons pas vraiment ce qu’il fera, car il n’y a aucun mandat impératif, et combien de fois nous avons vu un président à peine élu revenir sur ses engagements électoraux les plus solennels et les plus publics.]

      « A peine élu », cela reste tout de même relativement rare. Mais dois-je comprendre de cette remarque que vous êtes favorable au mandat impératif ? Pourquoi pensez-vous qu’aucun pays – je dis bien AUCUN – n’ait retenu cette idée durablement dans sa constitution ? Tout simplement, parce que le mandat impératif, c’est la fin du débat démocratique. Imaginez-vous à l’Assemblée nationale : le débat sur un amendement n’a plus aucun intérêt, puisque chaque parlementaire aura reçu un mandat impératif et n’a aucune liberté de vote. A quoi bon manifester pour faire changer le président de politique, puisque du fait du mandat impératif il ne peut changer d’avis ?

      [En matière de politique, je suis un “conséquencialiste”, c’est à dire que je prends position en fonction des conséquences les plus prévisibles, et non en fonction des discours, qui sont d’ailleurs tous “bien intentionnés”.]

      Très bien : quelles sont selon vous les « conséquences les plus prévisibles » des différents votes ?

      [Plus l’abstention et le vote blanc seront importants, moins sera grande la légitimité de l’élu, et plus les mouvements de contestation de telle ou telle mesure seront écoutés, car l’élu connaîtra sa faiblesse.]

      Vous répétez cette affirmation comme un disque rayé, mais vous n’avez toujours pas proposé le début de l’apparence d’un argument pouvant suggérer que ce soit le cas. L’expérience, en tout cas, démontre plutôt le contraire : De Gaulle fut élu avec une abstention de 15%, Hollande avec une abstention de 20%, Macron avec 25%. Lequel des trois a le plus « écouté les mouvements de contestation » ?

      Les comparaisons internationales suggèrent la même chose : l’abstention lors des élections présidentielles américaines est massive, et la participation tourne depuis des décennies autour de 50%, l’une des plus faibles des grands pays démocratiques. Peut-on conclure que le pouvoir américain est, parmi les gouvernements démocratiques, le plus faible et le plus à l’écoute des mouvements de contestation ?

      Le fait est que dès lors que les limitations dans les candidatures et dans le vote sont raisonnables, il n’y a pas de véritable corrélation entre l’abstention et la force ou la faiblesse des gouvernements. Si les gens sont libres de voter contre le gouvernement et ne le font pas, c’est que celui-ci ne leur déplaît pas trop, ou qu’ils pensent qu’aucun autre ne ferait mieux. Et ces raisonnements sont aussi une source de légitimité. D’ailleurs vous noterez qu’en France personne ne conteste la légitimité du gouvernement : lorsqu’une loi ou un décret est publié, l’immense majorité des Français obéit.

  8. marc.malesherbes dit :

     
    Plus l’abstention et le vote blanc seront importants, moins sera grande la légitimité de l’élu, et plus les mouvements de contestation de telle ou telle mesure seront écoutés, car l’élu connaîtra sa faiblesse.]
    Vous répétez cette affirmation comme un disque rayé, mais vous n’avez toujours pas proposé le début de l’apparence d’un argument pouvant suggérer que ce soit le cas.
     
    vous avez raison, mon argument est mauvais … mais comme je suis guidé par les sentiments, je vais simplement essayer d’en trouver un meilleur. Je n’ai aucune sympathie pour un président à la sauce actuelle, donc mes sentiments me conduisent à m’abstenir. Je sais bien que j’en aurai un … mais sans ma “servitude volontaire”.
     
    « A peine élu », cela reste tout de même relativement rare.
     
    Chacun a sa mémoire et ses centres d’intérêts, mais je me rappelle Chirac et la fracture sociale, l’europe, idem pour les Hollande et l’europe, la finance … et pour Sarkosy encore.
     
    Tout simplement, parce que le mandat impératif, c’est la fin du débat démocratique.
     
    pas du tout, le débat démocratique a eu lieu avant, et c’est aux députés de “mettre en musique” les orientations que j’aimerai impératives. C’est une des raisons pour laquelle je soutiendrai l’usage de référendum “à la Suisse”.

    • Descartes dit :

      @ marc.malesherbes

      [Chacun a sa mémoire et ses centres d’intérêts, mais je me rappelle Chirac et la fracture sociale, l’europe, idem pour les Hollande et l’europe, la finance … et pour Sarkosy encore.]

      Oh, ils ont tous trahi leurs promesses, mais ils ont pris leur temps ! Il est rare qu’un président “à peine élu” renonce à ses engagements.

      [“Tout simplement, parce que le mandat impératif, c’est la fin du débat démocratique” pas du tout, le débat démocratique a eu lieu avant, et c’est aux députés de “mettre en musique” les orientations que j’aimerai impératives. C’est une des raisons pour laquelle je soutiendrai l’usage de référendum “à la Suisse”.]

      Donc, si je comprends bien, dans votre système on débat avant l’élection, on élit ses représentants… et puis plus de discussion jusqu’à la prochaine élection, pendant que les élus mettent en œuvre le mandat impératif qui leur a été donné. Franchement, ce n’est pas ma conception de la démocratie. Je prefère le système ou l’on délègue le pouvoir dans des élus, qui font leur choix en leur âme et conscience sous la pression constante du débat public et de la participation populaire. j’ajoute que dans votre système on ne voit pas très bien à quoi sert l’élu. Si sa seule fonction est de mettre en œuvre un mandat impératif, un fonctionnaire est largement suffisant. J’irai même plus loin: la logique du mandat impératif nécessitait un représentant à l’époque où il était impossible de faire voter directement les citoyens à chaque décision. Aujourd’hui, grâce au numérique, ce serait possible. Quel intérêt d’avoir un représentant corseté par un mandat impératif alors que le citoyen peut voter directement la décision ?

      Je ne saisi pas non plus le rapport avec le référendum “à la Suisse”. Le référendum en Suisse ne porte pas sur un mandat, mais sur un texte normatif.

  9. Geo dit :

    @Descartes
    [D’ailleurs vous noterez qu’en France personne ne conteste la légitimité du gouvernement : lorsqu’une loi ou un décret est publié, l’immense majorité des Français obéit.]
    Pensez vous vraiment que dans un pays où ont été possible les gilets jaunes, ou aux USA où ce sont de formidables désordres qui ont pris place durant tout le mandat Trump, la légitimité du gouvernement est la même que s’il y avait 90 pour 100 de participation aux élections ?
    Nous savons tous que ce sont les pauvres qui en masse ne votent plus, que nos démocraties sont devenues censitaires de fait, et c’est clairement un élément de délégitimation. Si vous voulez, le niveau de l’abstention peut être élevé tant que son sens est socialement neutre; quand l’abstention est socialement qualifiée, elle devient un élément plus sensible. Dans notre cas, elle dénonce une démocratie de classe. (Ceci n’est pas un appel à l’abstention.)

    • Descartes dit :

      @ Geo

      [Pensez-vous vraiment que dans un pays où ont été possible les gilets jaunes, ou aux USA où ce sont de formidables désordres qui ont pris place durant tout le mandat Trump, la légitimité du gouvernement est la même que s’il y avait 90 pour 100 de participation aux élections ?]

      Oui. Je pense qu’il y a sur ce sujet une grande confusion. Ce qui rend « légitime » une décision démocratique est la POSSIBILITE pour tout citoyen de participer à son élaboration. Le fait qu’il participe EFFECTIVEMENT ou qu’il choisisse plutôt de laisser la décision à d’autres n’a aucun effet. Pour illustrer, je vous donnerais un exemple : en France, l’accès aux tribunaux est libre – sauf les cas relativement rares ou le huis-clos est requis, par exemple lorsque l’accusé est mineur – pour permettre aux citoyens de contrôler la manière dont la justice est rendue. Maintenant, le verdict de la cour est moins « légitime » s’il est prononcé dans une salle vide ou dans une salle où le public est venu en masse ? La réponse est « non » : dès lors que le citoyen PEUT venir, le verdict est légitime qu’il vienne ou qu’il ne vienne pas.

      Prenez le cas de ma copropriété. Nous avons un voisin qui, président du conseil syndical, passe un temps considérable à gérer les affaires de la copropriété. Il tanne le syndic, fait faire les travaux, tout est toujours au cordeau et tous les voisins lui font confiance. Conséquence : aux assemblées de copropriétaires on est deux pelés et trois tondus. Comme tout le monde lui fait confiance, les gens préfèrent lui envoyer une procuration plutôt que se déplacer en personne et perdre une soirée à regarder les comptes – dont tout le monde est convaincu qu’elles sont parfaitement tenues. Maintenant, diriez-vous que cette abstention rendent le conseil syndical moins « légitime » ?

      Dans certaines circonstances, on peut se demander si une abstention élevée est due simplement au désintérêt de l’électeur – désintérêt qui, rappelons-le, est son droit – ou bien d’une barrière effective à sa participation dans les affaires publiques. Si la deuxième hypothèse est vraie, alors on pourrait dire que la « légitimité » du résultat se trouve affecté. Mais rien n’indique qu’en France en 2022 ce soit le cas.

      [Nous savons tous que ce sont les pauvres qui en masse ne votent plus, que nos démocraties sont devenues censitaires de fait, et c’est clairement un élément de délégitimation.]

      Non. Ce n’est pas parce que les pauvres ne votent pas que la démocratie deviendrait « censitaire de fait ». Elle ne serait censitaire que si les pauvres étaient EMPECHES de voter. Pensez-vous que ce soit le cas ? Personnellement, je ne le crois pas. Les pauvres ne votent pas parce que l’expérience leur a montré que quelque soit leur vote, quelque soit le parti qu’on porte au pouvoir, les politiques menées donnent les mêmes résultats en ce qui les concerne. Autrement dit, ils ne votent pas non pas parce qu’on les en empêche, mais parce qu’ils pensent que le vote est inutile. Cela pose la question de l’utilité de la démocratie, mais pas celle de la « légitimité ».

      [Si vous voulez, le niveau de l’abstention peut être élevé tant que son sens est socialement neutre; quand l’abstention est socialement qualifiée, elle devient un élément plus sensible. Dans notre cas, elle dénonce une démocratie de classe. (Ceci n’est pas un appel à l’abstention.)]

      Sensible, oui. Mais il ne faut pas se tromper en faisant une question de « légitimité ». La question est bien plus vaste et plus complexe. On peut la résumer à la suivante : « dans une société de classes, le vote peut-il aboutir à des politiques contraires à l’intérêt des classes dominantes » ? La réponse, clairement, est « non ». C’est le rapport de forces structurel, et non le résultat du vote, qui détermine les grandes politiques économiques et sociales. Quand le rapport de forces était favorable aux couches populaires, même les gouvernements de droite prenaient des mesures sociales. Quand le rapport de forces s’est inversé, même les gouvernements de gauche prennent des mesures anti-sociales. Une fois qu’on a compris cela, on relativise le sens du vote…

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