Souverainistes et antilibéraux, votez Darmanin

La déclaration de Darmanin est passée à peu près inaperçue. C’est dommage, parce qu’elle mérite au contraire une large publicité. Commentant le fiasco de la distribution de la propagande électorale confiée à la société Addexo, il a manifesté avoir recommandé au Premier ministre de faire modifier la loi pour permettre à l’Etat de reprendre en main la distribution des documents électoraux en contradiction avec la directive européenne sur la libéralisation des services postaux, qui rend obligatoire l’appel d’offres.

Autrement dit, notre ministre de l’intérieur découvre tout à coup que les agents publics, ces « derniers de cordée » qui ne foutent pas une rame et qui, contrairement aux vrais travailleurs, sont protégés par un statut de privilège, font finalement le travail mieux que ce secteur privé dont on vante la flexibilité, l’adaptabilité, la capacité à relever tous les défis, et tout cela pour moins cher. Curieux, non ? Où sont passés nos libéraux, nos partisans de la concurrence et du marché ?

Tous ceux qui ont eu à passer des marchés de sous-traitance connaissent parfaitement les limites du système. La réalité, c’est que dès lors qu’un marché fonctionne dans un contexte d’asymétrie d’information, il pousse à la fois les prix et la qualité vers le bas. C’est logique : pour gagner des marchés, il vous faut offrir un meilleur prix que vos concurrents. Et dans une activité qui repose sur des technologies connues et dominées par tous les acteurs, il est difficile d’avoir un avantage concurrentiel autrement qu’en dégradant la qualité du résultat, d’utiliser des matériaux au rabais, de prendre des travailleurs précaires et les rémunérer à minima. Et le client n’a pas l’information qui lui permettrait de prendre en compte la qualité du service dans le choix. Et tout ça n’est pas nouveau : c’était parfaitement connu depuis le XVIIème siècle. Voici ce que Vauban écrivait à Louvois, concernant les travaux des fortifications :

« Il y a quelques queues d’ouvrages des Années dernières qui ne sont point finies et qui ne finiront point, et tout cela Monseigneur, par la confusion que causent les fréquents Rabais qui se font dans vos Ouvrages car il est certain que toutes ces ruptures de Marchés, manquements de parole et renouvellements d’Adjudications ne servent qu’à vous attirer comme Entrepreneurs tous les misérables qui ne savent où donner de la tête, les fripons et les ignorants,et à faire fuir tous ceux qui ont de quoi et qui sont capables de conduire une Entreprise. Je dis plus qu’elles retardent et renchérissent considérablement les ouvrages qui n’en sont que plus mauvais, car ces Rabais et bons Marchés tant recherchés sont imaginaires, d’autant qu’il est d’un Entrepreneur qui se perd comme d’un homme qui se noie qui se prend à tout ce qu’il peut : or, se prendre à tout ce qu’on peut en matière d’entrepreneur, c’est ne pas payer les Marchands chez qui il prend les matériaux, mal payer les ouvriers qu’il emploie, friponner ceux qu’il peut, n’avoir que les plus mauvais parce qu’ils se donnent à meilleur marché que les autres, n’employer que les plus méchants matériaux, chicaner sur toutes choses et toujours crier miséricorde contre celui-ci et celui-là. »

Une entreprise qui veut avoir le contrat a un choix cornélien : soit elle propose une offre « à minima » et a une chance de gagner le contrat – et de mécontenter le client ensuite, soit elle donne un devis lui permettant de faire un travail de qualité, et elle n’aura pas le contrat. Que pensez-vous qu’il fera ? Avoir le contrat et le foirer est toujours moins pénalisant que ne pas l’avoir. Conséquence : tout le monde sous-évalue les prix, pour ensuite offrir un service de qualité inférieure, le client est mécontent et changera de fournisseur dès qu’il a l’occasion… pour se retrouver dans la même situation, puisque toutes les entreprises font de même.

Pourquoi les agents publics feraient-ils mieux à l’heure de distribuer les plis que les agents du privé ? Pour une raison que les néolibéraux oublient souvent : les incitations positives sont souvent bien plus efficaces pour obtenir un travail de qualité que les incitations négatives. Or, le public est bien plus capable de fournir des incitations positives. La stabilité liée au statut fait que la réputation devient un bien précieux et l’attachement à l’organisation une réalité. C’est pourquoi la logique de l’honneur opère pleinement. Les retraités d’EDF qui ont repris le collier pour rétablir en urgence le réseau électrique endommagé par la tempête de 1999 ne l’ont pas fait parce qu’ils attendaient une récompense matérielle, et encore moins par peur d’être virés. C’est la logique de l’honneur qui a joué à plein. 

Mais comment actionner la logique de l’honneur dans un environnement ou au contraire la stabilité n’est pas garantie ni même une valeur ? Comment un intérimaire qui sait qu’il est aujourd’hui ici et demain ailleurs pourrait se sentir identifié avec les objectifs de l’organisation qui l’emploie ? Pourquoi chercherait-il à se bâtir une réputation de bon travailleur, puisqu’à la fin de son contrat il sera mis sur le carreau quand même ? Le privé est donc réduit, pour motiver son personnel à faire un travail de qualité, aux incitations matérielles. Mais dans une logique d’appel d’offres, les marges de manœuvre dans ce sens sont très faibles, puisque la concurrence pousse impitoyablement les prix (et les marges) vers le bas. Et puis, contrairement à une légende bien établie, les incitations matérielles coutent bien plus cher que les incitations symboliques, comme le montre l’étude d’EDF sur l’évaluation du « tarif agent » (1).

Mais la sortie de Darmanin est amusante pour une raison différente. Sa proposition est de modifier la loi pour permettre de réserver la distribution à l’opérateur public, ce qui suppose de violer une directive européenne. Et pas n’importe laquelle : la directive sur la concurrence dans les services postaux. Quand on sait que la « concurrence libre et non faussée » est l’un des piliers de la construction européenne, on réalise le niveau du sacrilège commis par le ministre de l’Intérieur. Jean-Luc Mélenchon propose dans son programme de « désobéir » aux directives européennes qui ne nous conviennent pas. On remarque dans cette affaire que cette idée de « désobéissance » se retrouve même chez les ministres d’un gouvernement qui se positionne clairement du côté eurolâtre.

Darmanin-le-désobéissant ne semble pas réaliser que ce qu’il propose le conduit évidemment à une collision non seulement avec Bruxelles, mais aussi avec le juge français tenu d’appliquer le principe constitutionnel qui proclame la supériorité des traités par rapport aux lois même postérieure, et l’abondante jurisprudence qui inclut dans cette règle les actes dérivés des traités, tels que les règlements ou les directives européens. La modification législative que propose Darmanin ne pourrait qu’être annulée par le juge constitutionnel, et les actes pris pour son application par le juge administratif.

Si les déclarations de Darmanin sont intéressantes, c’est parce qu’elles montrent que le vernis libéral et européiste craque sérieusement. Que nos hommes politiques ont bien compris que l’adhésion inconditionnelle aux principes libéraux et européens nous conduit dans le mur, et surtout que l’opinion publique n’est plus prête à admettre les arguments de résignation du style « on ne peut rien faire, c’est écrit dans la directive »…

Descartes

(1) Les agents au statut des industries électriques et gazières (IEG) bénéficient d’une réduction de 90% de leurs factures d’électricité, réduction dite « tarif agent ». Il y a quelques années, EDF a conduit un sondage dans la perspective d’un « rachat » de ce tarif, qui serait remplacé par une simple prime. La question posée était « à combien évaluez vous l’avantage du tarif agent » (sous-entendu, « combien faudrait-il vous verser pour que vous acceptiez d’y renoncer »). Le résultat est surprenant : alors qu’en moyenne le « tarif agent » coute quelque 350 € par an et par agent, les agents l’évaluent a presque le double. Ce qui montre qu’il est plus intéressant pour l’entreprise en termes d’incitation de maintenir l’avantage que de verser une prime.

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70 réponses à Souverainistes et antilibéraux, votez Darmanin

  1. Luc dit :

    UNE FOIS DE PLUS CHER DESCARTES VOUS METTEZ EN EVIDENCE UNE CONTRADICTION;
    Celle entre le dire des politiques et le faire .
    ‘Les promesses n’engagent que ceux qui y croient’ pour Darmanin comme pour Sarkozy qui ne pourra pas se présenter en 2022. Rien n’est à attendre de la droite conservatrice et chrétienne(l’instituteur n’aura jamais la valeur d’un prètre(dixit sarkozy)or c’est Darmanin qui est en charge de jouer du pipo sarkozien aujourd’hui.
    Alors Souverainistes et antilibéraux,si vous voulez éviter l’élection de LePen,votez Zemmour pas Darmanin,non?

    • Descartes dit :

      @ Luc

      [UNE FOIS DE PLUS CHER DESCARTES VOUS METTEZ EN EVIDENCE UNE CONTRADICTION; Celle entre le dire des politiques et le faire.]

      Ce n’est pas ça qui m’intéresse. Pour moi, ce que disent les politiques est un bon thermomètre de ce que veut l’opinion. Peu importe que Darmanin pense vraiment ou pas ce qu’il dit. Dans tous les cas, il pense que c’est ce que les citoyens veulent entendre, et rien que ça, c’est intéressant.

  2. Richard dit :

    Il me semble que dans certains pays dans le cas d’un appel d’offres par l’état on prend toujours l’offre qui est le plus proche du prix moyen de l’ensemble des offres plutôt que le moins disant. Cela semble plus intelligent comme démarche.

    • Descartes dit :

      @ Richard

      [Il me semble que dans certains pays dans le cas d’un appel d’offres par l’état on prend toujours l’offre qui est le plus proche du prix moyen de l’ensemble des offres plutôt que le moins disant. Cela semble plus intelligent comme démarche.]

      Je ne connais aucun pays qui pratique une telle méthode. Dans tous les pays on élimine les offres jugées “anormalement basses” (c’est à dire, lorsqu’il est évident que le soumissionnaire ne peut faire le travail demandé à ce prix). Mais un système ou l’on prendrait l’offre la plus proche de la moyenne remet en cause la logique même de la concurrence. Un tel système n’incite pas les soumissionnaires à augmenter l’efficacité et réduire les coûts – puisque ce faisant ils s’éloignent nécessairement de la moyenne.

  3. Ian Brossage dit :

    @Descartes

    et surtout que l’opinion publique n’est plus prête à admettre les arguments de résignation du style « on ne peut rien faire, c’est écrit dans la directive »…

    Cela fait longtemps qu’elle ne l’est plus, non ? De temps en temps, un démagogue décide de surfer sur cette opposition au détour d’une déclaration, mais cela ne va guère plus loin.
     
     

    • Descartes dit :

      @ Ian Brossage

      [Cela fait longtemps qu’elle ne l’est plus, non ?]

      Je ne suis pas si sûr. Après tout, il n’y a pas si longtemps on nous expliquait que tous les sacrifices étaient bons pour “bâtir l’Europe”. Il est vrai que la pandémie, en rendant nécessaire une politique du “quoi qu’il en coute” qu’on nous présentait comme impossible a mis à nu l’hypocrisie bruxelloise. On voit déjà les bonzes de la BCE se demander comment on fait pour remettre le dentifrice dans le tube.

      • Ian Brossage dit :

        @Descartes

        Après tout, il n’y a pas si longtemps on nous expliquait que tous les sacrifices étaient bons pour “bâtir l’Europe”

        Je vous avoue que ça fait longtemps que je n’ai pas entendu de tels discours de la bouche des grands partis. Au moins depuis 2005, je dirais. Mais peut-être qu’ils existent et que j’y suis devenu totalement indifférent.

        On voit déjà les bonzes de la BCE se demander comment on fait pour remettre le dentifrice dans le tube.

        Là non plus je n’ai pas suivi. Vous auriez une source ?

        • Descartes dit :

          @ Ian Brossage

          [Je vous avoue que ça fait longtemps que je n’ai pas entendu de tels discours de la bouche des grands partis. Au moins depuis 2005, je dirais. Mais peut-être qu’ils existent et que j’y suis devenu totalement indifférent.]

          Pensez par exemple au discours de Macron pendant la campagne électorale de 2017.

          [« On voit déjà les bonzes de la BCE se demander comment on fait pour remettre le dentifrice dans le tube. » Là non plus je n’ai pas suivi. Vous auriez une source ?]

          Je n’ai peut-être pas été assez clair. Je pense aux discours qu’on entend de plus en plus venant de Bruxelles et annonçant qu’il sera bientôt temps d’arrêter le « quoi qu’il en coûte » et de revenir à la discipline budgétaire imposée par les traités. Et chez nous, Bruno Le Maire commence lui aussi à tenir ce genre de discours.

          • cdg dit :

            “qu’il sera bientôt temps d’arrêter le « quoi qu’il en coûte » et de revenir à la discipline budgétaire imposée par les traités”
            Vous pensez qu il faut continuer a avoir des taux negatifs, une banque centrale injectant des milliards qui font monter le prix des actifs (immobilier, actions ou bitcoin) sans rapport avec leur valeur reelle ?
            Vous etes quand meme conscient qu a force de generer de l argent qui ne correspond a rien ca va mal se terminer ?
            Le pire est que cette creation d argent massive ne stimule pas franchement l economie reelle (en quoi le doublement du prix du bitcoin ou d un pavillon construit dans en 1960 cree quelque chose ?)

            • Descartes dit :

              @ cdg

              [“qu’il sera bientôt temps d’arrêter le « quoi qu’il en coûte » et de revenir à la discipline budgétaire imposée par les traités” Vous pensez qu il faut continuer a avoir des taux négatifs, une banque centrale injectant des milliards qui font monter le prix des actifs (immobilier, actions ou bitcoin) sans rapport avec leur valeur réelle ?]

              D’abord, je vous ferai noter que je citais le discours des « bonzes de Bruxelles » ou de notre ministre sans le moindre jugement de valeur. Avant de dire ce que « j’en pense », sommes nous d’accord qu’ils tiennent aujourd’hui ce discours ?

              Maintenant, je vais vous répondre sur le fond. Non, je ne pense pas qu’il faille continuer à injecter de la monnaie de manière indiscriminée. J’étais contre le « quoi qu’il en coute » dès le départ, et je pense qu’il aurait fallu faire de la dépense sélective, au lieu de faire tomber de l’argent partout. Pour ne donner qu’un exemple, maintenir le revenu des bas salaires dont le 90% est dépensé dans les magasins, cela a un sens. Maintenir le revenu des classes intermédiaires dont 40% est épargné, cela ne fait que provoquer l’inflation des actifs. Et j’aurais infiniment préféré que l’argent investi pour aider les entreprises se traduise en prises de participation plutôt qu’en dette.

              Mais il ne faut pas s’enfermer dans une fausse alternative. Le choix n’est pas entre le « quoi qu’il en coute » et le retour à la discipline malthusienne des traités européens. Il y a bien d’autres options…

  4. CVT dit :

    @Descartes,
    vous trouvez encore la force d’en rire, moi je trouve cet amateurisme et ces palinodies insupportables ! C’est fatigant d’être gouverné non seulement par des incapables, mais pire, par des inconséquents et des irresponsables politiques!
     
    De même que vous affirmez souvent qu’il faut plus qu’on vous dérange sur la politique d’immigration en France tant qu’on ne remettra pas en route l’assimilation, pour ma part, j’exige qu’on ne vienne plus m’emm… avec des programmes politiques tant que la France restera dans l’UE…

    • Descartes dit :

      @ CVT

      [vous trouvez encore la force d’en rire, moi je trouve cet amateurisme et ces palinodies insupportables ! C’est fatigant d’être gouverné non seulement par des incapables, mais pire, par des inconséquents et des irresponsables politiques!]

      Je ris pour ne pas pleurer. Je suis aussi inquiet que vous de la dégradation générale de la qualité de la main d’œuvre dans notre pays, non seulement au niveau de la formation – je n’insiste pas sur le naufrage éducatif – mais aussi en termes de rigueur, d’amour du travail bien fait, de fierté professionnelle. L’idée qu’on ne puisse plus faire confiance aux gens pour se présenter au travail et pour le faire correctement me semble le signe de la tiers-mondisation du pays. Et l’affaire de la propagande électorale n’est qu’un exemple de plus. Il semble que chez nous on soit incapable d’organiser correctement des tâches qu’il y a à peine quelques années allaient de soi.

      De même que vous affirmez souvent qu’il faut plus qu’on vous dérange sur la politique d’immigration en France tant qu’on ne remettra pas en route l’assimilation, pour ma part, j’exige qu’on ne vienne plus m’emm… avec des programmes politiques tant que la France restera dans l’UE…

      • Vincent dit :

        Je suis aussi inquiet que vous de la dégradation générale de la qualité de la main d’œuvre dans notre pays, non seulement au niveau de la formation – je n’insiste pas sur le naufrage éducatif

         
        Jusqu’à récemment, je n’étais pas excessivement inquiet par l’impact de cette dégradation sur la santé de l’économie française. Je me disais que, tant qu’une élite (chercheurs, grandes écoles d’ingénieurs, écoles normales, etc.) conservait un excellent niveau, notamment grâce aux classes préparatoires, l’essentiel était sauvé. Je me disais que l’essentiel de la créativité et de l’innovation dont avait besoin l’industrie pouvait être assurée par ces élites peu nombreuses.
         
        Mais j’ai eu le déplaisir de travailler avec un diplômé technique Bac+3 ou 4, faisant fonction d’assistant ingénieur, et qui devait mesurer des quantités sur le base de plans. Tous les chiffres étaient faux, ce qui a causé des mois de retard… En raison d’une confusion entre les notions de surface et de volume (surface d’une sphère VAV volume d’une sphère typiquement)…
        Le type d’erreurs qui était impossible dans les années 1950 chez quelqu’un ayant eu son certificat d’études.
        Malheureusement, les ordres de grandeurs des erreurs étaient de +/- 30% seulement, ce qui n’a pas immédiatement déclenché l’alerte. D’où les mois de retard…
        Les meilleurs ingénieurs du monde, entourés par ce type d’assistants, ne pourront pas aller bien loin 🙁
         

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [« Je suis aussi inquiet que vous de la dégradation générale de la qualité de la main d’œuvre dans notre pays, non seulement au niveau de la formation – je n’insiste pas sur le naufrage éducatif » Jusqu’à récemment, je n’étais pas excessivement inquiet par l’impact de cette dégradation sur la santé de l’économie française. Je me disais que, tant qu’une élite (chercheurs, grandes écoles d’ingénieurs, écoles normales, etc.) conservait un excellent niveau, notamment grâce aux classes préparatoires, l’essentiel était sauvé. Je me disais que l’essentiel de la créativité et de l’innovation dont avait besoin l’industrie pouvait être assurée par ces élites peu nombreuses.]

          Je n’ai jamais partagé cette insouciance. La méritocratie républicaine fonctionnait à tous les niveaux, et pas seulement pour ceux qui arrivaient au plus haut. Le fils de paysan qui, en passant le concours, devenait instituteur ou receveur des postes, avait réussi un pas vers l’élite. Ceux qui arrivaient à Normale ou à Polytechnique n’étaient que le sommet d’une pyramide où la sélection au mérite était la règle à chaque degré. Pour produire l’élite « peu nombreuse » mais de haut niveau dont vous avez besoin en haut il vous faut alimenter les réservoirs situés à chaque étage et à partir desquels on sélectionne ceux qui iront à l’étage au-dessus. Et quand le niveau baisse en bas, la baisse se propage lentement mais sûrement au reste de l’édifice. C’est d’ailleurs une question dialectique : si le bas alimente le haut, le haut « tire » le bas.

          Pour moi, tout cela illustre ce mécanisme par lequel le capitalisme dans son approfondissement tend à détruire les valeurs et les mécanismes sur lesquels il fonde son fonctionnement. Le capitalisme réduit tout à des rapports d’argent, et pour cela détruit toutes les barrières – statutaires, traditionnelles, culturelles – qui s’opposent à cette réduction. Or, ce sont les constructions statutaires, traditionnelles et culturelles qui poussent les gens à la qualité, à la discipline, à la rigueur dans leur travail comme dans leurs études.

          C’est le philosophe britannique Roger Scruton qui expliquait combien il est important pour une société que chaque individu puisse, à sa place, être valorisé dans ce qu’il fait et avoir une perspective de promotion. Dès lors que l’intérimaire d’Addrexo n’a aucun espoir de faire carrière – et donc de promotion dans son poste – et aucune fierté du travail qu’il fait, pourquoi s’efforcerait-il de distribuer son courrier contre vents et marées plutôt que de le mettre à la poubelle ?

      • Vincent dit :

        dégradation générale de la qualité de la main d’œuvre dans notre pays, non seulement au niveau de la formation – je n’insiste pas sur le naufrage éducatif

         
        Rassurez vous, ça semble s’améliorer : Le niveau des élèves qui passent leur bac général n’a jamais été aussi élevé : plus de 95% avant rattrapages !

        • Vincent dit :

          Si certains veulent comparer le niveau en mathématiques du BEPC actuel et du certificat d’études dantan, je vous invite, tout simplement, à regarder les sujets.
           
          Par exemple, le premier exercice du BEPC de cette année :
           
           

          Cette feuille de calcul présente les températures moyennes mensuelles à Tours en 2019.
          [Tableau de type Excel présentant une première ligne avec les mois, et une 2ème ligne avec les températures moyennes mensuelles en 2019]
          1) D’après le tableau ci-dessus, quelle a été la température moyenne à Tours en novembre 2019 ?
          2) Déterminer l’étendue de cette série.
          3) Quelle formule doit-on saisir en cellule N2 pour calculer la température moyenne annuelle ?
          4) Vérifier que la température moyenne annuelle est 13,1 °C.
          5) La température moyenne annuelle à Tours en 2009 était de 11,9 °C.
          Le pourcentage d’augmentation entre 2009 et 2019, arrondi à l’unité, est-il de : 7 % ; 10 % ou 13 % ? Justifier la réponse.

           
          1°) Il suffit de recopier le chiffre qui est en dessous de “Novembre”
          2°) Il faut réussir à trouver quelle est la plus grande et la plus petite valeur
          3°) Il faut écrire : =MOYENNE(xxx : yyy)
          4°) Il faut expliquer comment on calcule une moyenne (calculatrice autorisée). Au cas où l’élève ne serait pas certain, on lui donne le résultat pour qu’il puisse vérifier…
          5°) Il faut calculer un pourcentage. La difficulté est de savoir lequel doit être divisé par l’autre. Heureusement, la réponse est donnée, ce qui permet de trouver la formule par élimination.
           
          Ancien sujet de certificat d’études :

          Un marchant de fruits et légumes a acheté l’ensemble de sa marchandise à 2 francs le kilo.Il vend les tomates à 5 francs le kilo. Celles-ci représentent le tiers de la marchandise. Le quart de sa marchandise sont des pommes vendues à 4 francs le kilo. Le reste est vendu au prix coûtant.La totalité de sa marchandise lui permet de réaliser un bénéfice de 198 francs.Quelle quantité de fruits et légumes en kilo a-t-il acheté au départ ?

           

          • @ Vincent,
             
            [Si certains veulent comparer le niveau en mathématiques du BEPC actuel et du certificat d’études dantan, je vous invite, tout simplement, à regarder les sujets.]
            Le DNB, s’il vous plaît, le BEPC ça date un peu…
             
            [1°) Il suffit de recopier le chiffre qui est en dessous de “Novembre”2°) Il faut réussir à trouver quelle est la plus grande et la plus petite valeur3°) Il faut écrire : =MOYENNE(xxx : yyy)4°) Il faut expliquer comment on calcule une moyenne (calculatrice autorisée). Au cas où l’élève ne serait pas certain, on lui donne le résultat pour qu’il puisse vérifier…5°) Il faut calculer un pourcentage. La difficulté est de savoir lequel doit être divisé par l’autre. Heureusement, la réponse est donnée, ce qui permet de trouver la formule par élimination.]
            Ne vous moquez pas, mon cher. Un nombre non-négligeable d’élèves se trompe ou ne prend même pas la peine d’essayer de répondre…

            • Vincent dit :

              Ne vous moquez pas, mon cher. Un nombre non-négligeable d’élèves se trompe ou ne prend même pas la peine d’essayer de répondre…

              Probablement que vous avez raison. Sinon il n’y aurait pas de telles questions.
              Et c’est ça qui me semble dramatique…
              On a l’impression que ce qui devrait être les acquis de CE2 ne sont pas du tout acquis en fin de collège…
               

  5. Marcel Truffier dit :

    C’est du “petit politiquement incorrect”. Ce monsieur sait que ce qu’il propose ne passera pas. Donc il cherche à gagner sur les deux tableaux. Avoir derrière lui les anti-européens, satisfaits par ce discours, sans avoir contre lui les pro-européens. S’il avait le courage de quitter son poste de ministre, ainsi que son parti pour défendre un changement de constitution qui inclurait le souverainisme comme une valeur supérieure aux accords internationaux, quand elle est bénéfique pour les citoyens. 

  6. cdg dit :

    “C’est logique : pour gagner des marchés, il vous faut offrir un meilleur prix que vos concurrents. Et dans une activité qui repose sur des technologies connues et dominées par tous les acteurs, il est difficile d’avoir un avantage concurrentiel autrement qu’en dégradant la qualité du résultat, d’utiliser des matériaux au rabais, de prendre des travailleurs précaires et les rémunérer à minima.”
    Vous avez en effet la possibilité de bacler et de sous payer pour faire exactement pareil mais moins cher. Mais vous pouvez aussi vous creuser la tete voire investir pour diminuer vos couts. Toyota a par exemple inventé le juste a temps et des process qualité pour faire des voitures moins chere et meilleures que ses concurrents americains.
    Apres vous me direz qu une entreprise publique peut tres bien essayer d innover comme une entreprise privée. Mais elle n a pas la carrote du benefice mais aura le baton de l autorité publique (imaginez que la poste mette au point un drone-facteur, vous imaginez la bronca quand il va falloir supprimer des dizaines de milliers de postes ?)
    PS:
    – Dans le cas de Darmanin, c est juste un politicien qui ne pense pas un mot de ce qu il dit.
    – Est ce vraiment utile d envoyer tous ces prospectus electoraux ? Ne pourrait on pas les rendre dispo sur internet pour ceux que ca interesse ?
    ca handicape les petites listes sans moyens (car il faut payer l imprimeur) et  c est un gaspillage (qui les lit ? ca a autant d interet que le prospectus du supermarché (et je soupsonne fortement qu ils sont concus par les memes gens et de la meme facon) -> la quasi totalité passe a la poubelle sans etre lu)
    – Pour le tarif agent, etes vous sur de vos chiffres ? ca fait que les agents ont des factures de 39 €/an (et une facture reelle de 350+39=389) ca fait pas beaucoup pour des gens qui doivent majoritairement avoir un chauffage electrique.
    Pour expliquer la reaction des agents, vous avez le classique des couts cachés. Si vous avez une prime, vous aller payer plus d impot, la cantine des enfants va etre plus chere ou votre fils n aura pas de bourse … C est pour ca que j avais un collègue qui expliquait qu il ne voulait pas d augmentation : l augmentation de salaire lui aurait fait perdre le complément familial et la perte de celui ci lui aurait couté plus que l augmentation perçue
     

    • Descartes dit :

      @ cdg

      [Vous avez en effet la possibilité de bâcler et de sous payer pour faire exactement pareil mais moins cher. Mais vous pouvez aussi vous creuser la tète voire investir pour diminuer vos couts. Toyota a par exemple inventé le juste à temps et des process qualité pour faire des voitures moins chère et meilleures que ses concurrents américains.]

      Vous pouvez le faire aussi longtemps qu’il existe des « gisements de productivité » que certains de vos concurrents n’ont pas encore trouvé et que vous pouvez exploiter pour vous différentier. Mais une fois qu’une industrie est mature et que toutes les ficelles sont connues de tous, il est très difficile de maintenir cette différentiation. Quel est le « gisement de productivité » que vous pouvez exploiter pour distribuer des enveloppes porte à porte ?

      [Apres vous me direz qu une entreprise publique peut très bien essayer d’innover comme une entreprise privée. Mais elle n’a pas la carotte du bénéfice mais aura le bâton de l’autorité publique (imaginez que la poste mette au point un drone-facteur, vous imaginez la bronca quand il va falloir supprimer des dizaines de milliers de postes ?)]

      Pourtant, l’histoire a montré que les entreprises publiques, lorsque la volonté politique est là, sont capables d’innover au moins aussi bien que les entreprises privées. La RATP a incorporé le ticket informatisé – avec bande magnétique – alors qu’aucune entreprise privée n’avait encore eu l’idée. EDF a incorporé des technologies nouvelles – le nucléaire – alors que très peu de pays européens l’avaient encore fait. L’ingénieur « public » est bien mieux placé que l’ingénieur « privé » pour prendre des risques…

      [– Dans le cas de Darmanin, c est juste un politicien qui ne pense pas un mot de ce qu il dit.]

      Ce n’est pas ce qui m’intéresse. Admettons que Darmanin n’y pense pas un mot de ce qu’il dit. Mais alors, pourquoi il le dit ? Probablement, parce qu’il pense que c’est ce que ses électeurs veulent entendre. Et comme un politique connait souvent assez bien l’électorat, cela est signifiant en soi…

      [– Est ce vraiment utile d envoyer tous ces prospectus electoraux ? Ne pourrait on pas les rendre dispo sur internet pour ceux que ca interesse ?]

      Je le pensais aussi. Mais en discutant avec les gens, j’ai changé d’avis. Dans les classes populaires, les gens lisent les professions de foi et se décident souvent en fonction de celles-ci. Quoi qu’il en soit, la question ici n’est pas de savoir si le matériel électoral est utile ou inutile. Dès lors que la loi le rend obligatoire, l’Etat doit être en mesure d’organiser la distribution, point à la ligne.

      [– Pour le tarif agent, etes vous sur de vos chiffres ? ca fait que les agents ont des factures de 39 €/an (et une facture reelle de 350+39=389) ca fait pas beaucoup pour des gens qui doivent majoritairement avoir un chauffage electrique.]

      C’est l’estimation qu’avaient fait les impôts. Je ne sais pas comment elle avait été réalisée. Par ailleurs, il n’est pas évident que les agents EDF soient en majorité au chauffage électrique. Il y a déjà ceux qui sont dans des immeubles collectifs et qui ne peuvent pas choisir leur mode de chauffage. Il y a ceux qui se chauffent au gaz (car les agents au statut des IEG ont aussi le tarif agent sur le gaz). Et finalement, il y a le fait qu’EDF est une entreprise endogamique : beaucoup d’agents sont mariés ou vivent avec un conjoint qui est lui aussi agent EDF. Ce qui fait moitié moins de consommation par tête.

      [Pour expliquer la réaction des agents, vous avez le classique des couts cachés. Si vous avez une prime, vous aller payer plus d impôts,]

      Argument inopérant : le tarif agent est fiscalisé.

      [la cantine des enfants va être plus chère ou votre fils n’aura pas de bourse …]

      Même chose : dès lors qu’il est fiscalisé, le tarif agent rentre déjà dans le calcul.

      • xc dit :

        Par “le tarif agent est fiscalisé”, voulez-vous dire que la différence entre ce que paient les abonnés “non-IEG” et les agents IEG est considéré par le Fisc comme rémunération en nature ?
        Au passage, comme je suppose que tous ne consomment pas la même quantité d’énergie électrique, cela aboutit, toutes conditions égales par ailleurs, à des rémunérations différentes. Et par la volonté unilatérale du salarié, qui plus est. Je trouve curieux.

        • Descartes dit :

          @ xc

          [Par “le tarif agent est fiscalisé”, voulez-vous dire que la différence entre ce que paient les abonnés “non-IEG” et les agents IEG est considéré par le Fisc comme rémunération en nature ? Au passage, comme je suppose que tous ne consomment pas la même quantité d’énergie électrique, cela aboutit, toutes conditions égales par ailleurs, à des rémunérations différentes. Et par la volonté unilatérale du salarié, qui plus est. Je trouve curieux.]

          Curieux peut-être, mais c’est ainsi que cela fonctionne. Il faut dire que le tarif agent ne vous permet pas de consommer autant que vous voulez : l’abonnement « agent » est limité en puissance à 6 kVA.

          • Un Belge dit :

            @Descartes
            [Curieux peut-être, mais c’est ainsi que cela fonctionne. Il faut dire que le tarif agent ne vous permet pas de consommer autant que vous voulez : l’abonnement « agent » est limité en puissance à 6 kVA.]
            Petit aparté technique : y a-t-il une différence entre un kVA et un kW ?

            • Descartes dit :

              @ Un Belge

              [Petit aparté technique : y a-t-il une différence entre un kVA et un kW ?]

              Oui. Le kW est une mesure de puissance (ce qu’on appelle la “puissance active”), c’est à dire, ce qu’on peut transformer effectivement en travail ou en chaleur. En courant continu, c’est le produit du courant par la tension. Mais en courant alternatif, le produit courant x tension (ce qu’on appelle la “puissance apparente”, exprimée en kVA) n’est pas égale à la puissance parce que courant et tension ne sont pas nécessairement en phase. S’ils sont déphasés de 90° par exemple (le courant est nul quand la tension est maximale et vice-versa) la puissance transférée est nulle. Cependant, lorsque vous calculez une ligne électrique, ce qui dimensionne les fils et les isolateurs c’est le courant et la tension, indépendamment du déphasage. Et les disjoncteurs coupent sur un courant donné (la tension est constante). C’est pourquoi les abonnements ou les branchements se spécifient en puissance apparente, c’est à dire, en kVA (kilo volt-ampères). Si Phi est le déphasage entre la tension et le courant, la puissance transférée en kW est la puissance apparente en kVA multipliée par le cosinus (Phi) au carré. C’est ce qu’on appelle “puissance active”. La différence entre la puissance apparente et la puissance “active” s’appelle la puissance “réactive”. Elle ne peut être transformée en rien d’utile, mais elle charge les lignes électriques…

            • Un Belge dit :

              @Descartes :
              Merci ! Je crois me souvenir en regardant les notes de cours de mes camarades ingénieurs électriciens que la puissance réactive pouvait être interprétée comme la partie imaginaire du produit des tensions et courants complexes en espace des phaseurs, c’est bien de cela qu’il s’agit ?
              (La présence de cos² m’incite à penser que oui)

            • Descartes dit :

              @ Un Belge

              [Merci ! Je crois me souvenir en regardant les notes de cours de mes camarades ingénieurs électriciens que la puissance réactive pouvait être interprétée comme la partie imaginaire du produit des tensions et courants complexes en espace des phaseurs, c’est bien de cela qu’il s’agit ?]

              Oui, mais je vous mets en garde sur l’interprétation qu’on peut faire du terme “imaginaire” en mathématiques, qui n’a aucun rapport avec celui du langage courant…

            • Vincent dit :

              @Descartes, @Un Belge
               
              La réponse est techniquement parfaite, mais je doute que chacun ici puisse se représenter ce qu’est la puissance active et la puissance réactive.
              Voici quelques analogies qui ont été faites. La meilleure (la plus proche physiquement) me semble être celle du cheval :

               

            • Ian Brossage dit :

              @Vincent, @Descartes
              La question, pour moi, est comment est dissipée la puissance réactive ? A priori pas par effet Joule (puisqu’il y a déphasage). J’ai toujours cru qu’elle correspondait à un usage inductif ou capacitaire chez l’usager du réseau (a priori la plupart des équipements domestiques dissipent l’énergie électrique reçue sous forme de chaleur, mais il peut y avoir aussi une part d’émissions électromagnétiques, par exemple dans une bobine).

            • Descartes dit :

              @ Ian Brossage

              [La question, pour moi, est comment est dissipée la puissance réactive ?]

              Elle n’est pas « dissipée », justement. C’est de l’énergie qui, à chaque cycle du courant alternatif, est transférée du réseau vers la charge pendant la première partie du cycle, et qui est renvoyée par la charge vers le réseau pendant la deuxième partie. Autrement dit, c’est de la puissance qui fait des aller-retour.

            • Vincent dit :

              @Ian Brossage
               

              J’ai toujours cru qu’elle correspondait à un usage inductif ou capacitaire chez l’usager du réseau (a priori la plupart des équipements domestiques dissipent l’énergie électrique reçue sous forme de chaleur, mais il peut y avoir aussi une part d’émissions électromagnétiques, par exemple dans une bobine).

               
              Vous avez raison, cela correspond aux conséquences d’effets inductifs ou capacitifs. Pas nécessairement chez les consommateurs d’ailleurs. Il y en a dans les transformateurs de puissance du réseau électrique, dans les lignes de transport, et potentiellement aussi au niveau des groupes de production.
               
              Par ailleurs, effectivement, quand il y a des effets inductifs, c’est qu’il y a des champs magnétiques, qui sont nécessairement variables (à 50 Hz). Et donc effectivement générateurs d’ondes très basse fréquence. Mais il n’y a pas de lien entre la puissance de ces ondes et la puissance réactive.

               

            • Ian Brossage dit :

               
              @Descartes

              Elle n’est pas « dissipée », justement. C’est de l’énergie qui, à chaque cycle du courant alternatif, est transférée du réseau vers la charge pendant la première partie du cycle, et qui est renvoyée par la charge vers le réseau pendant la deuxième partie. Autrement dit, c’est de la puissance qui fait des aller-retour.

              Mais, dites-moi, ne voilà-t-il pas le moyen de stocker l’électricité produite par les énergies « renouvelables » jusqu’à la pointe de la consommation ? Alleluia !
              (je plaisante, bien sûr, mais cette idée de puissance inutilisée qui fait des aller / retour est tout de même intrigante)
               
               

            • Descartes dit :

              @ Ian Brossage

              [Mais, dites-moi, ne voilà-t-il pas le moyen de stocker l’électricité produite par les énergies « renouvelables » jusqu’à la pointe de la consommation ? Alleluia !]

              Le problème, c’est que ce stockage ne dure qu’un demi-cycle, soit un centième de seconde! Pour attendre la pointe, ca risque d’être court…

      • cdg dit :

        “Vous pouvez le faire aussi longtemps qu’il existe des « gisements de productivité » que certains de vos concurrents n’ont pas encore trouvé et que vous pouvez exploiter pour vous différentier. Mais une fois qu’une industrie est mature et que toutes les ficelles sont connues de tous, il est très difficile de maintenir cette différentiation. Quel est le « gisement de productivité » que vous pouvez exploiter pour distribuer des enveloppes porte à porte ?”
        Il faut quelque fois juste changer de point de vue
        Par ex les supermarché n ont pas essayé de faire plus productif que les epiciers de 1960. Ils ont simplement fait autrement (le client se sert)
        Pour la distribution de prospectus (que ca soit electoral ou celui d Auchan) je ne sais pas vu que c est pas mon domaine (amazon fait des essais de robots livreur) mais je pense sincerement que si ca disparait ca ne serait pas un mal. On pourrait les mettre sur un site web (pour ceux trop age qui n ont pas internet on pourrait continuer a l expedier par courrier, mais envoyer des lettres a tous les electuers de plus de 80 ans va diminuer drastiquement les volumes)
         
        PS: l automobile dans les annees 70 (epoque ou toyota a inventé le juste a temps) etait deja une industrie mature, donc meme sur quelque chose de mature on peut trouver des ameliorations. Autre ex E Musk et ses fusées reutilisables (on fabrique des fusees pour aller dans l espace depuis les annees 50)

        • Descartes dit :

          @ cdg

          [Il faut quelque fois juste changer de point de vue. Par ex les supermarché n’ont pas essayé de faire plus productif que les épiciers de 1960. Ils ont simplement fait autrement (le client se sert)]

          Ce n’est pas qu’un « changement de point de vue ». Si le modèle du supermarché qui s’est généralisé à la fin des années 1960 ne s’est pas développé avant, ce n’est pas parce que personne n’avait eu le bon « point de vue », mais parce que les conditions économiques qui ont permis à ce modèle de fonctionner n’existaient pas encore. Il s’agit bien entendu de la production de masse et de la baisse des coûts du transport qui a permis une baisse massive des prix de gros. Le modèle du supermarché fonctionne parce que les produits qu’on vend sont très bon marché – autrement dit, parce que la perte liée au vol/dégradation par le fait que le client « se sert » est relativement faible et peut être distribuée entre les clients sans que les prix soient trop élevés.

          Le « changement de point de vue » ne suffit généralement pas. Les « inventions géniales » tirent en général profit de conditions nouvelles, de nouvelles inventions. Il est rare qu’on ait aujourd’hui une idée géniale qu’on aurait pu mettre a profit il y a un siècle.

          [PS: l’automobile dans les années 70 (époque ou Toyota a inventé le juste à temps) était déjà une industrie mature, donc même sur quelque chose de mature on peut trouver des améliorations.]

          C’est une contradiction dans les termes. Une industrie « mature » est précisément une industrie dans laquelle les gisements de productivité ont tous été largement exploités. S’il restait un gisement à exploiter, on doit déduire que ce n’était pas une industrie « mature »… Au demeurant, c’est un changement de contexte qui a rendu le « juste à temps » possible, à savoir, l’amélioration constante des techniques du transport.

          [Autre ex E Musk et ses fusées réutilisables (on fabrique des fusées pour aller dans l’espace depuis les annees 50)]

          Oui, mais avait-on les techniques qui rendaient possible et économiquement rentable de les réutiliser ?

          • cdg dit :

            “Le modèle du supermarché fonctionne parce que les produits qu’on vend sont très bon marché – autrement dit, parce que la perte liée au vol/dégradation par le fait que le client « se sert » est relativement faible et peut être distribuée entre les clients sans que les prix soient trop élevés.”
            En fait le self service existait deja partiellement dans les grand magasins au XIX sciecle pour des produits chers (relisez au bonheur des dames). Et les supermarches ont pris leur envol aux USA au moment de la grande depression (comme quoi le vol ne devait pas le probleme bloquant, surtout que le civisme/pression sociale y etait plus developpé que de nos jours).
            “S’il restait un gisement à exploiter, on doit déduire que ce n’était pas une industrie « mature »” C est tout le probleme: vous avez des gens qui considere qu il n y a plus rien a inventer et s endorment sur leurs lauriers. C etait le cas de GM en 1970 ou de nos supermarchés en 2000 (en 2000 ils riaient d amazon maintenant ils se demandent s ils vont lui survivre)
            Pour le juste a temps, les transports n ont pas fait de bonds sensible entre 1960 et 1970 qui puisse justifier qu on n ait pas inventé le juste a temps 10 ans avant ou en France au lieu du japon (surtout qu a l epoque le gros des sous traitants n etaient pas loin: il n y avait pas de delocalisation)
             

            • Descartes dit :

              @ cdg

              [“Le modèle du supermarché fonctionne parce que les produits qu’on vend sont très bon marché – autrement dit, parce que la perte liée au vol/dégradation par le fait que le client « se sert » est relativement faible et peut être distribuée entre les clients sans que les prix soient trop élevés.”
              En fait le self-service existait deja partiellement dans les grand magasins au XIX sciecle pour des produits chers (relisez au bonheur des dames).]

              Très partiellement, et sous la surveillance permanente de vendeurs présents partout dans le magasin. Les grands magasins de la fin du XIXème permettaient aux clients de toucher les marchandises, mais sous un contrôle étroit des vendeurs. Les premiers « self service » au sens moderne du terme apparaissent à la fin des années 1940.

              [“S’il restait un gisement à exploiter, on doit déduire que ce n’était pas une industrie « mature »” C est tout le probleme: vous avez des gens qui considèrent qu’il n y a plus rien à inventer et s’endorment sur leurs lauriers. C’etait le cas de GM en 1970 ou de nos supermarchés en 2000 (en 2000 ils riaient d’Amazon maintenant ils se demandent s’ils vont lui survivre)]

              Il ne faut pas confondre les gisements de productivité d’une activité et le changement d’activité. Ce n’est pas en exploitant les gisements de productivité dans la fabrication des lampes à pétrole qu’on a inventé la l’ampoule électrique. Le supermarché et Amazon sont deux activités différentes, et Amazon ne s’est pas développée grâce à la recherche de productivité des supermarchés, mais du fait du développement de l’Internet.

              [Pour le juste a temps, les transports n’ont pas fait de bonds sensible entre 1960 et 1970 qui puisse justifier qu’on n’ait pas inventé le juste à temps 10 ans avant]

              Bien sur que si. L’invention du container a considérablement modifié les chaines logistiques. Et la main d’oeuvre japonaise était à l’époque particulièrement bon marché.

            • cdg dit :

              “Le supermarché et Amazon sont deux activités différentes, et Amazon ne s’est pas développée grâce à la recherche de productivité des supermarchés, mais du fait du développement de l’Internet”
              C est ce que je dis: il faut changer d angle de vue. Une activité qui etait vu comme mature et avec un potentiel d amelioration limité (les epiciers) va tout d un coup recevoi un boost de productivité epicier->supermarché->amazon
              Autrement dit c est pas parce que vous etes dans un secteur consideré comme mature que la seule solution c est de tirer prix et qualité vers le bas
               
              En ce qui concerne la decouverte du juste a temps dans l automobile, les containers ont eut un effet tres limité car ils ne concernent surtout le transport maritime (et dans les annees 60-70 quel composant auto passait en container ? le gros des sous traitants etaient a proximité). En plus le japonais qui a introduit cette methode (https://fr.wikipedia.org/wiki/Taiichi_%C5%8Cno#La_m%C3%A9thode_des_cinq_z%C3%A9ros) l a fait dans les annees 50 et toyota l a mis en oeuvre en 62 : bien avant la generalisation des containers qui date des annees 70

            • Descartes dit :

              @ cdg

              [“Le supermarché et Amazon sont deux activités différentes, et Amazon ne s’est pas développée grâce à la recherche de productivité des supermarchés, mais du fait du développement de l’Internet”
              C est ce que je dis: il faut changer d angle de vue. Une activité qui etait vu comme mature et avec un potentiel d amelioration limité (les epiciers) va tout d un coup recevoi un boost de productivité epicier->supermarché->amazon]

              Au risque de me répéter : il ne s’agit pas de « changer d’angle de vue », mais de voir une NOUVELLE activité qui apparaît du fait d’un changement de technologie. De la même manière que l’ampoule électrique n’est pas une lampe à pétrole améliorée, l’activité d’Amazon n’est pas une épicérie améliorée…

              « Changer d’angle de vue » ne sert ici a rien : un épicier de 1970 aurait pu « changer d’angle » autant qu’il voulait, il ne serait jamais dévenu Amazon. Il a fallu le développement de l’infrastructure Internet, l’équipement massif des foyers, etc. pour que le commerce électronique devienne possible.

              [Autrement dit c n’est pas parce que vous êtes dans un secteur considéré comme mature que la seule solution c’est de tirer prix et qualité vers le bas]

              Non, l’autre solution est de changer de secteur. Mais si je fabrique des lampes à pétrole, et je ne veux pas faire des ampoules électriques, la seule façon de continuer à vendre est de tirer les prix vers le bas.

              [En ce qui concerne la découverte du juste à temps dans l’automobile, les containers ont eu un effet très limité car ils ne concernent surtout le transport maritime (et dans les annees 60-70 quel composant auto passait en container ? le gros des sous-traitants étaient à proximité). En plus le japonais qui a introduit cette methode.]

              Le « juste à temps » n’aurait pas eu grand intérêt s’il ne s’était appliqué qu’à des sous-traitants proches et prévisibles. Si le « juste à temps » s’est autant étendu, c’est parce qu’il permettait de travailler avec des fournisseurs éloignés. Et ce n’est pas par hasard si cela se développe au Japon, pays qui, cela ne vous a pas échappé, est une île et qui ne peut donc délocaliser que par voie maritime.

              [Toyota l a fait dans les annees 50 et toyota l a mis en oeuvre en 62 : bien avant la generalisation des containers qui date des annees 70]

              L’article que vous citez dit le contraire : le « juste à temps » a été pensé dans les années 1950, mais si Toyota « l’adopte » en 1962 elle n’est pas immédiatement appliquée. Elle ne se généralise vraiment qu’après le choc pétrolier de 1973… c’est-à-dire, au moment ou l’industrie automobile commence à délocaliser grâce au transport par container.

              Vous noterez d’ailleurs que le “juste à temps” repose tout particulièrement sur le fait que la production est “tirée” par le client – autrement dit, votre voiture est fabriquée quand vous la commandez. Ce qui suppose une capacité de transport importante pour faire parvenir la voiture jusqu’au client, le concessionnaire ne pouvait compter sur un stock pour satisfaire la demande…

  7. Esclarmonde dit :

    J’ai travaillé dans une grande entreprise de télécoms inscrite au CAC40 . A cause, ou grâce, à la privatisation de l’opérateur entamée en 1998 le nombre de  fonctionnaires  a drastiquement diminué . Sauf que , malgré l’évolution des technologies, globalement la quantité de travail n’a que peu diminuée . 
    Mais le personnel n’étant plus suffisant en nombre  que firent les “crânes d’œuf” ? Faire appel à la sous-traitance . Le nombre d’entreprises sous traitantes est relativement peu élevé mais ses entreprises disons “mères” firent elles-mêmes appel a d’autres entreprises sous traitantes plus nombreuses et ainsi de suite jusqu’à aboutir à l’emploi d’auto-entrepreneurs . 
    Premier inconvénient : le donneur d’ordre -entreprise du cac40- ne sait plus du tout qui fait quoi ni avec quelles compétences. 
    Deuxième inconvénient ; chaque sous traitant donneur d’ordre demande à ses propres sous-traitants plus d’interventions, pour à chaque fois des marchés tirés vers le bas financièrement ce qui aboutit in fine à des intervenants sous payés qui doivent sans cesse augmenter le nombre d’interventions avec une qualité d’exécution douteuse. 
    Cet aspect n’apparait pas dans votre exposé.

    • Descartes dit :

      @ Esclarmonde

      [Cet aspect n’apparait pas dans votre exposé.]

      Il apparaît en pointillé. J’ai essayé de montrer le mécanisme par lequel la sous-traitance pousse vers le bas à la fois le prix et la qualité. Il est clair que lorsqu’il y a sous-traitance en chaine, le phénomène se reproduit à chaque niveau. Mais vous avez raison de souligner un autre point, qui est apparu assez fortement dans la panne géante des numéros de secours qu’Orange a mis très longtemps à résoudre: avec la sous-traitance en chaîne, il n’y a personne qui connaît techniquement l’ensemble de la chaîne.

      • Vincent dit :

        avec la sous-traitance en chaîne, il n’y a personne qui connaît techniquement l’ensemble de la chaîne.

         
        Dans le BTP, il y a une obligation de mettre les sous-traitants en “paiement direct” sur les marchés publics. Autrement dit les sous-traitants, sous-traitants de sous-traitants, etc. sont rémunérés directement par le maitre d’ouvrage. Et le maitre d’ouvrage doit préalablement approuver le choix du sous-traitant, qui doit présenter des références, des garanties financières, qui doivent être adaptées au montant de la prestation et à la nature des travaux réalisés.
        Pour ceux qui voudraient creuser, ça s’appelle les formulaires DC4.
         
        Peut-être que ça pourrait se généraliser ?

        • Descartes dit :

          @ Vincent

          [Peut-être que ça pourrait se généraliser ?]

          Peut-être, mais j’avoue que je ne vois pas très bien ce que cela changerait sur le sujet que nous évoquions. Le “paiement direct” permet au maître d’ouvrage de s’assurer que les sous-traitants sont payés (autrement dit, que le titulaire du contrat ne détourne pas les sommes qui leur sont destinées) et que les sous-traitants ont les garanties financières suffisantes. Mais cela ne change rien au fait que personne n’a une connaissance technique approfondie de l’ensemble de la chaine…

          • Vincent dit :

             Mais cela ne change rien au fait que personne n’a une connaissance technique approfondie de l’ensemble de la chaine…

             
            L’approbation du sous-traitant n’est pas qu’un acte administratif. La DC4 est envoyée au Maitre d’œuvre, avec les références techniques, les moyens humains et matériels dont dispose le sous-traitant, le détail des prestations qu’il est censé effectuer, et le montant de ces prestations (qui permet de vérifier la cohérence avec les prestations). Le Maitre d’ouvrage se base sur l’avis du maitre d’œuvre pour agréer -ou non- le sous-traitant.
            Ca n’est effectivement pas une panacée, puisque rien ne permet de s’assurer que le sous-traitant n’a pas eu les prix négociés très durement.
            Mais cela permet au minimum de s’assurer qu’il est solvable, et qu’il a techniquement la capacité de faire ce qu’on attend de lui…

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [« Mais cela ne change rien au fait que personne n’a une connaissance technique approfondie de l’ensemble de la chaine… » L’approbation du sous-traitant n’est pas qu’un acte administratif. La DC4 est envoyée au Maitre d’œuvre, avec les références techniques, les moyens humains et matériels dont dispose le sous-traitant, le détail des prestations qu’il est censé effectuer, et le montant de ces prestations (qui permet de vérifier la cohérence avec les prestations).]

              Cela ne fait rien à l’affaire. Ce n’est pas parce qu’on vérifie qu’un sous-traitant sait faire son travail qu’on a une connaissance technique détaillée de ses équipements ou de la manière dont il le fait. Et lorsqu’il y a défaillance globale, sans cette connaissance il est souvent difficile d’établir où elle se situe, si c’est chez le maître d’ouvrage ou chez le sous-traitant.

              Qui plus est, le contrôle exercé par le maître d’ouvrage n’est pas très approfondi : les sous-traitants peuvent être nombreux, la compétence technique du maître d’ouvrage limitée, et l’information fournie très incomplète…

            • Vincent dit :

              @Descartes

              Qui plus est, le contrôle exercé par le maître d’ouvrage n’est pas très approfondi : les sous-traitants peuvent être nombreux, la compétence technique du maître d’ouvrage limitée, et l’information fournie très incomplète…

               
              Une petite précision / correction tout de même. Que la compétence technique du maitre d’ouvrage soit limitée n’est pas un problème, puisque celui ci n’est habituellement pas réputé “sachant”.
              Le confusion peut vernir du fait que la procédure DC4 est simultanément une acceptation technique, et un acte administratif. Comme rappelé ici dans le Moniteur :
              https://www.lemoniteur.fr/article/l-agrement-du-sous-traitant-a-la-loupe.723964
              “L’acceptation du sous-traitant et l’agrément de ses conditions de paiement par le maître d’ouvrage constituent des obligations d’ordre public.
              La loi du 31 décembre 1975 distingue ces deux opérations mais, en pratique, elles font l’objet d’un document unique.”
               
              Ce document unique est tout d’abord envoyé au Maitre d’Oeuvre, qui, lui, est un sachant, et qui doit signer la demande d’acceptation de sous-traitance, en n’examinant uniquement les pièces techniques, relatives à la compétences du sous-traitant et à sa capacité à réaliser les taches définies. Puis il les transmet au Maitre d’Ouvrage, qui, lui, vérifie les pièces administratives, et enregistre le sous-traitant.
               
              Il y a donc bien une vérification de compétence par une personne réputée sachante.
               
              Là où le bas blesse, en pratique, c’est qu’il est très difficile de refuser un agrément de sous-traitant. Le Maitre d’Oeuvre peut demander des pièces complémentaires s’il en manque, etc. Mais il faut des arguments extrèmement solides pour pouvoir refuser un sous-traitant choisi par une entreprise.
              Faute de tels arguments “béton” juridiquement, si jamais ce point va au contentieux, l’entreprise peut démontrer que le refus d’agrément du sous-traitant lui a occasionné des surcouts directs (autre STT plus cher), des retards (choix d’un nouveau STT), et des surcouts indirects dus au retards et à l’immobilisation du chantier…
               
              Bref, le genre de chose qui chiffre très vite énormément. Autant de surcoûts et de retards qui seront imputés au Maitre d’Ouvrage, et potentiellement derrière répercutés au Maitre d’Oeuvre. Du coup, c’est relativement dissuasif.

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [« Qui plus est, le contrôle exercé par le maître d’ouvrage n’est pas très approfondi : les sous-traitants peuvent être nombreux, la compétence technique du maître d’ouvrage limitée, et l’information fournie très incomplète… » Une petite précision / correction tout de même. Que la compétence technique du maitre d’ouvrage soit limitée n’est pas un problème, puisque celui-ci n’est habituellement pas réputé “sachant”. Le confusion peut vernir du fait que la procédure DC4 est simultanément une acceptation technique, et un acte administratif.]

              Exactement. Demander au maître d’ouvrage une « acceptation technique » alors qu’il est réputé n’avoir aucune compétence technique vide la procédure d’une bonne partie de son intérêt. En pratique, il s’agit avant tout d’un contrôle de l’état des finances du sous-traitant. La procédure demande en fait au maître d’ouvrage d’assumer une responsabilité qu’il n’a en général pas les moyens d’exercer.

              [Ce document unique est tout d’abord envoyé au Maitre d’Oeuvre, qui, lui, est un sachant, et qui doit signer la demande d’acceptation de sous-traitance, en n’examinant uniquement les pièces techniques, relatives à la compétences du sous-traitant et à sa capacité à réaliser les taches définies. Puis il les transmet au Maitre d’Ouvrage, qui, lui, vérifie les pièces administratives, et enregistre le sous-traitant. Il y a donc bien une vérification de compétence par une personne réputée sachante.

              Sauf que le « réputé sachant » ne prend aucune responsabilité, puisque ce n’est pas lui qui signe.
              Mais encore une fois, le problème pour moi n’est pas le CONTROLE dans le choix du sous-traitant, mais la connaissance technique de la globalité du système. Chaque sous-traitant connaît bien d’habitude le sous-système qui lui est confié. Mais personne n’a plus une vision globale du fonctionnement du système.

  8. Le privé fonctionne mal pour les raisons que vous indiquez.Mais du côté du public, c’est presque pire, dans la sclérose et la cogestion entre une oligarchie prédatrice et des syndicats extrémistes :les dockers CGTle syndicat du livre CGTle fiasco total de l’EPR chez Edf/Arevala SNCF, un scandale financier.Le plus beau cas d’impunité : l’INA et le cas d’Agnés Saal

    • Descartes dit :

      @ le Rabouilleur

      [e privé fonctionne mal pour les raisons que vous indiquez.Mais du côté du public, c’est presque pire, dans la sclérose et la cogestion entre une oligarchie prédatrice et des syndicats extrémistes :les dockers CGTle syndicat du livre CGTle fiasco total de l’EPR chez Edf/Arevala SNCF, un scandale financier.Le plus beau cas d’impunité : l’INA et le cas d’Agnés Saal]

      Vous mélangez un peu tout. D’abord, je ne vois pas le rapport entre “le public” et le “syndicat du livre CGT”, dont les adhérents ne travaillent pratiquement que pour des employeurs privés. Même chose pour les dockers, qui travaillent essentiellement pour des entreprises privées concessionnaires. Pour ce qui concerne EDF/AREVA ou la SNCF, je vous rappelle qu’on demande à ces entreprises de se comporter comme des entreprises privées dans un environnement concurrentiel…

      • le Rabouilleur dit :

        Si vous ignorez que les ports autonomes(?) français ont été sabotés par les dockers, faisant ainsi la fortune d’Anvers, Rotterdam et Gênes, je ne peux rien pour vous.

        • Descartes dit :

          @ le Raboubilleur

          [Si vous ignorez que les ports autonomes(?) français ont été sabotés par les dockers, faisant ainsi la fortune d’Anvers, Rotterdam et Gênes, je ne peux rien pour vous.]

          C’est vrai. Si les dockers avaient accepté de travailler 16 heures par jour pour un salaire de misère, nos ports autonomes seraient certainement beaucoup plus compétitifs et nos les expéditeurs infiniment plus riches. Au lieu de quoi ils se sont mis en grève pour défendre leurs horaires de travail et leurs salaires. Salauds de pauvres !

          Si vous prenez la peine de visiter les ports d’Anvers, de Rotterdam ou de Gênes, vous noterez que ce qui a fait la fortune de ces ports, ce n’est pas seulement l’organisation du travail, mais surtout les énormes investissements. Investissements que les patrons français n’ont pas fait, préférant de loin les produits financiers. En cela, le domaine portuaire n’est pas le seul: que ce soit dans la machine outil, dans la sidérurgie, l’aluminium, l’électronique, la France a toujours pâti d’une bourgeoisie qui n’aime pas l’industrie. Et pourtant, il n’y a pas de syndicat de dockers dans l’aluminium, l’électronique ou la chimie…

          • Vincent dit :

            Si vous prenez la peine de visiter les ports d’Anvers, de Rotterdam ou de Gênes, vous noterez que ce qui a fait la fortune de ces ports, ce n’est pas seulement l’organisation du travail, mais surtout les énormes investissements. Investissements que les patrons français n’ont pas fait, préférant de loin les produits financiers. 

             
            Les patrons privés ne les font pas ; mais les autorités publiques peuvent s’y substituer. Les investissements faits depuis quelques décennies au Havre sont loins d’être négligeables…
             
            Et j’ai du mal à vous suivre sur les dockers.
            Autant pour les cheminots SNCF, certes, ils ont des avantages, mais ont en face des obligations qui sont du même ordre de grandeur. Le meilleur indicateur en est que la SNCF est obligée de faire régulièrement des campagnes de recrutement par affiches dans les gares (si le travail de cheminot était une telle sinécure, les candidats se bousculeraient !)
            Autant chez les dockers, pour éviter que les candidats se bousculent, le recrutement se fait par cooptation. C’est que le “package” global entre les conditions de travail et de rémunération ne doit pas être mauvais.
             
            Ce critère est pour moi un très bon indicateur.

            • Descartes dit :

              @ Vincent

              [Les patrons privés ne les font pas ; mais les autorités publiques peuvent s’y substituer.]

              Oui, mais avec quel argent ? La concurrence fiscale oblige les Etats à réduire les impôts sur ceux qui ont de quoi payer, les règles budgétaires européennes limitent leur marge de manœuvre… et ne parlons même plus du droit de la concurrence.

              [Autant chez les dockers, pour éviter que les candidats se bousculent, le recrutement se fait par cooptation.]

              La comparaison est osée. Alors que la SNCF a subi une réduction d’effectifs modérée, les effectifs des dockers ont fondu comme neige au soleil. Et qui plus est, la SNCF recrute des profils de plus en plus qualifiés. Le problème du métier de docker est que c’est un métier de force relativement peu qualifié. Et que même avec le progrès technique c’est plutôt un métier en extinction. Le travail de cheminot évolue avec les nouvelles technologies, alors que celui de docker laisse une très faible marge de progression.

              [C’est que le “package” global entre les conditions de travail et de rémunération ne doit pas être mauvais. Ce critère est pour moi un très bon indicateur.]

              C’est surtout un indicateur relatif aux options possibles. Quand vous êtes dans une région ou le chômage est très élevé, vous aurez des candidats même si le « package » est peu intéressant…

          • cdg dit :

            “Si les dockers avaient accepté de travailler 16 heures par jour pour un salaire de misère”
            Je pense pas que les dockers de Hambourg ou de Anvers travaillent 16h/j pour une misere
            Il faut evidement des investissements mais qui va investir en sachant que ses investissements seront a la merci d un syndicat ultra corporatiste et politisé ?
            C est un peu le serpent qui se mort la queue: un port bloqué par des greves -> les bateaux vont ailleurs -> les patrons ne voient pas l interet d investir -> la competitivité se degrade -> encore moins de traffic maritime ->moins de bateaux = moins de revenus pour les dockers -> regreve ->encore moins de traffic
            La mentalité des dockers CGT est juste l autre face de la mentalité rentiere d une partie du patronat
            On voit par ex maintenant des employeurs se lamenter qu ils ne trouve plus de personnel. Mais ca leur viendrait pas a l idee de se demander pourquoi, de les payer plus ou de former les gens …

            • Descartes dit :

              @ cdg

              [“Si les dockers avaient accepté de travailler 16 heures par jour pour un salaire de misère”. Je ne pense pas que les dockers de Hambourg ou de Anvers travaillent 16h/j pour une misère]

              Je ne sais pas. Je ne connais pas les salaires des dockers de Hambourg ou Anvers, et je suppose que vous non plus. Je n’ai pas fait une comparaison sur les salaires. Tout ce que j’ai fait est de dénoncer l’idée qui consiste à penser que la seule manière d’améliorer la compétitivité de nos ports serait de dégrader les conditions de travail de leur personnel.

              [Il faut évidemment des investissements mais qui va investir en sachant que ses investissements seront à la merci d’un syndicat ultra corporatiste et politisé ?]

              Vous noterez que dans d’autres domaines de l’économie (le textile, la sidérurgie, la chimie, la machine-outil, l’électricité, l’électronique) le patronat français a toujours sous-investi, et pourtant on ne peut dire que dans ces domaines on trouve des « syndicats ultra corporatistes et politisés ». Et à l’inverse, l’Etat a pu faire des investissements massifs – et rentables – dans des domaines comme l’électricité ou les chemins de fer (pensez au programme nucléaire ou au TGV) ou les syndicats sont puissants, corporatistes et politisés.

              La complainte anti-syndicale, ça va un moment. Mais un regard sur notre histoire montre bien que ce n’est pas l’activité syndicale qui est le frein principal au développement. En France le capitalisme est essentiellement rentier et peu intéressé par l’investissement productif, et cela depuis l’époque de Colbert au moins. Ce n’est pas par hasard si en France l’Etat joue un rôle capital dans le développement économique, si l’essentiel des grandes aventures industrielles ont eu l’Etat comme investisseur ou comme principal maître d’ouvrage. L’Etat ne fait que remplir un vide, celui d’un capitalisme frileux et plus attiré par la rente que par la production.

              J’ajoute que le syndicat puissant, corporatiste et « politisé » est plutôt un avantage qu’un inconvénient pou le capitalisme industriel. En effet, autant c’est un partenaire âpre dans la négociation du partage de la valeur ajoutée, autant un tel syndicat est conscient de l’importance de défendre la « corporation » et donc sa réputation et son outil de travail. Lorsqu’un syndicat « corporatiste » joue contre son camp, c’est en général parce qu’il est dans une situation ou le patronat a décidé de liquider l’outil de travail. Dans ce contexte, le combat n’est plus pour le partage de la valeur ajoutée, mais celui des dépouilles.

              [On voit par ex maintenant des employeurs se lamenter qu ils ne trouve plus de personnel. Mais ca leur viendrait pas a l idee de se demander pourquoi, de les payer plus ou de former les gens]

              Précisément. Quand le patronat est malthusien, les syndicats ont du mal à porter tout seuls l’intérêt général.

            • Ian Brossage dit :

              @cdg

              Il faut evidement des investissements mais qui va investir en sachant que ses investissements seront a la merci d un syndicat ultra corporatiste et politisé ?

              Si les investissements sont prometteurs, n’importe quel investisseur digne de ce nom. Regardez les grands aéroports parisiens : on nous a longtemps seriné avec les grèves de de contrôleurs aériens, et de leurs soi-disant intolérables privilèges. Cela n’a pas empêché Roissy-CDG de devenir un des principaux aéroports mondiaux, et le plus grand aéroport européen.
               
              Certes, les contrôleurs aériens ont peut-être un fort pouvoir de blocage. Mais il est également aisé de les satisfaire, à un coût finalement très réduit par rapport au coût de fonctionnement total d’un aéroport (il n’y a que 200 contrôleurs aériens à Roissy).
               
              De même que les aéroports, l’exploitation des ports de commerce est de plus en plus lourde en investissements techniques (systèmes de levage, de transport interne, de communication et de supervision informatique…) et de plus en plus légère en main d’oeuvre. Regardez par exemple cette vidéo sur l’automatisation d’un port chinois avec la 5G. Qu’est-ce qui y coûte cher à votre avis, le matériel technique ou la main d’oeuvre qui pilote derrière les écrans ? Même avec des salaires français, il n’est pas dit que les coûts soient significativement plus élevés…

              Si les patrons français refusent de faire des investissements fructueux parce qu’ils sont ulcérés à l’idée que des salariés puissent réussir à récupérer une fraction de la plus-value, alors ces patrons mériteront leur « grand remplacement », au pire par des patrons chinois, et au mieux par une technocratie d’État.
               

          • Patrick dit :

            Ayant eu l’occasion de fréquenter cette honorable profession dans les années 80, j’en ai gardé de très vifs souvenirs. Peut-être la situation a t’elle changée depuis, mais j’en doute.
            Deux anecdotes entre des dizaines toutes plus ubuesques les unes que les autres :
            Je rencontre un jour le directeur de l’usine Lesieur de Martigues dans son bureau situé au sommet d’un immeuble et éclairé par une immense baie vitrée donnant sur l’usine et la cour. Au cours de notre entretien, je vois en quelques minutes un, puis deux gros camions citernes belges évoluer dans la cour de réception, puis un hollandais. Le directeur s’excuse, décroche son téléphone et indique les silos où doivent être stockés les arrivages. Devant mon étonnement, il sourit : “Eh oui, nos arachides viennent de Rotterdam et Anvers. Prix du transport routier compris, la tonne nous est livrée moins cher que débarquée à Marseille”… Je rappelle que Marseille est à 50 km de Martigues, avec des liaisons ferroviaires, autoroutières et même fluviales… Il ajoute : “la différence de prix n’est pas énorme et nous l’accepterions volontiers, ne serait-ce que pour éviter les difficultés ‘sociales’ que cette décision a provoqué. Mais ce choix a été validé par ma direction essentiellement parce que, quand nous étions livrés par Marseille, on ne savait jamais quand on serait approvisionnés : grèves répétées sans préavis des dockers surtout, mais aussi de la réparation navale. Avec les belges et les néerlandais, jamais de problèmes”. Conclusion ? L’usine Lesieur (150 salariés), en butte à d’incessantes difficultés a fermé quelques années après et la réparation navale aussi : Terrin (plus de 2000 salariés) et CMR (600).
            Par ailleurs, pour financer un peu mes longues études, j’ai travaillé deux ans à la caisse de compensation des dockers qui gérait, entre autres, les accidents du travail des dockers. J’étais jeune, mais après cette expérience plus grand chose n’était susceptible de me surprendre. Entre autres, j’ai eu à plusieurs reprises en main une feuille de papier rédigée (et signé) par la CGT docker expliquant comment se plaindre d’un lumbago aigu, avec description de ce qu’il fallait dire et de l’examen avec les pièges (bien misérables) de l’examen. Document très bien fait d’ailleurs, surement rédigé par un spécialiste.
            Je m’arrête là, mais j’en ai gardé depuis un solide mépris pour la CGT qui connaissait parfaitement ces dérives et les entérinait sans problème.

            • Descartes dit :

              @ Patrick

              [Ayant eu l’occasion de fréquenter cette honorable profession dans les années 80, j’en ai gardé de très vifs souvenirs. Peut-être la situation a t’elle changée depuis, mais j’en doute.]

              Pourtant, beaucoup de choses ont changé. Il ne vous aura pas échappé, par exemple, que le statut des dockers, qui datait de 1947, a été aboli – par un gouvernement « de gauche », notez-le bien – en 1992. Depuis lors, les dockers relèvent du droit commun du travail et leur métier est soumis à la concurrence. On a vu d’ailleurs se multiplier les entreprises manutentionnaires employant des personnes précaires, avec des conséquences désastreuses sur la sécurité et la qualité des prestations, mais ça c’est une autre affaire.

              [Deux anecdotes entre des dizaines toutes plus ubuesques les unes que les autres :
              Je rencontre un jour le directeur de l’usine Lesieur de Martigues dans son bureau situé au sommet d’un immeuble et éclairé par une immense baie vitrée donnant sur l’usine et la cour. Au cours de notre entretien, je vois en quelques minutes un, puis deux gros camions citernes belges évoluer dans la cour de réception, puis un hollandais. Le directeur s’excuse, décroche son téléphone et indique les silos où doivent être stockés les arrivages. Devant mon étonnement, il sourit : “Eh oui, nos arachides viennent de Rotterdam et Anvers. Prix du transport routier compris, la tonne nous est livrée moins cher que débarquée à Marseille”… Je rappelle que Marseille est à 50 km de Martigues, avec des liaisons ferroviaires, autoroutières et même fluviales… Il ajoute : “la différence de prix n’est pas énorme et nous l’accepterions volontiers, ne serait-ce que pour éviter les difficultés ‘sociales’ que cette décision a provoqué. Mais ce choix a été validé par ma direction essentiellement parce que, quand nous étions livrés par Marseille, on ne savait jamais quand on serait approvisionnés : grèves répétées sans préavis des dockers surtout, mais aussi de la réparation navale. Avec les belges et les néerlandais, jamais de problèmes”. Conclusion ? L’usine Lesieur (150 salariés), en butte à d’incessantes difficultés a fermé quelques années après et la réparation navale aussi : Terrin (plus de 2000 salariés) et CMR (600).]

              Si je comprends bien, sur cette affaire vous n’avez que la version du patron. Il aurait été intéressant d’entendre l’autre son de cloche. Parce que, si ça se trouve, les raisons pour lesquelles la direction a validé ce mode d’approvisionnement pourraient être très différentes… vous savez, les patrons ne disent pas toujours la vérité. Il leur arrive de justifier délocalisations et fermetures en rejetant toute la faute sur ces « salauds de pauvres ». Les exemples ne manquent pas…

              [Par ailleurs, pour financer un peu mes longues études, j’ai travaillé deux ans à la caisse de compensation des dockers qui gérait, entre autres, les accidents du travail des dockers. J’étais jeune, mais après cette expérience plus grand chose n’était susceptible de me surprendre. Entre autres, j’ai eu à plusieurs reprises en main une feuille de papier rédigée (et signé) par la CGT docker expliquant comment se plaindre d’un lumbago aigu, avec description de ce qu’il fallait dire et de l’examen avec les pièges (bien misérables) de l’examen. Document très bien fait d’ailleurs, surement rédigé par un spécialiste.]

              Sans vouloir vous offenser, vous trouverez ce genre de document dans la plupart des professions sous une forme plus ou moins déguisée. Sous l’apparence de « vous faire connaître vos droits », on expliquera entre lignes aux enseignants comment se mettre en arrêt-dépression, aux caissières de supermarché comment tirer le plus grand avantage possible d’une douleur à la cuisse. Et pourquoi pas, après tout ? Si le patron utilise n’importe quelle astuce pour augmenter ses profits, en quoi serait-il scandaleux pour les travailleurs d’utiliser toutes les ficelles pour gagner plus en travaillant moins ?

              Votre commentaire est très intéressant parce qu’il évoque de manière implicite des rapports de travail idéalisés, dans lequel travailleurs et employeurs travaillent honnêtement et loyalement pour l’intérêt de tous. Mais est-ce vraiment le cas ? Quand bien même les dockers marseillais seraient des petits saints tous consacrés à bien faire leur travail, pensez-vous qu’on puisse compter sur les employeurs de la manutention portuaire pour garder leurs activités à Marseille s’il est plus rentable de les délocaliser ailleurs ? Bien sur que non. Alors, pourquoi vous étonnez-vous que les travailleurs cherchent eux aussi à tirer autant que faire se peu sur la bête aussi longtemps qu’elle est là ?

              [Je m’arrête là, mais j’en ai gardé depuis un solide mépris pour la CGT qui connaissait parfaitement ces dérives et les entérinait sans problème.]

              Quelle « dérive » ? Vous êtes un idéaliste, mon ami. Mais dans le privé, la règle est celle de l’intérêt de chacun. Si le travailleur peut gagner plus en travaillant moins, pourquoi s’abstiendrait-il ? Et pourquoi le syndicat devrait-il le décourager ? Imaginez-vous un syndicat patronal décourageant ses membres de licencier abusivement ou d’empocher indument les aides publiques si de telles décisions étaient rentables ? Mépriseriez-vous un tel syndicat ?

              Paradoxalement, le fonctionnement que vous semblez souhaiter n’est possible que dans le secteur public, là où les travailleurs ne sont pas seulement des employés dans un rapport purement matériel, mais où il y a une logique de statut et de service public.

  9. xc dit :

    Les responsables d’Adrexo ont été incompétents ou malhonnêtes en acceptant un contrat hors des capacités de leur entreprise. Le ministre également: selon un article sur lemonde.fr dont je n’ai lu que les première lignes, n’étant pas abonné, Adrexo serait au bord de la faillite, et Darmanin aurait voulu la soutenir par ce contrat, sans s’assurer au préalable qu’elle serait en mesure de l’exécuter.
    Le ministre peut encore tenter se racheter un peu en faisant payer des pénalités à l’entreprise pour l’inexécution de ses obligations contractuelles. Attendons…

    • Descartes dit :

      @ xc

      [Les responsables d’Adrexo ont été incompétents ou malhonnêtes en acceptant un contrat hors des capacités de leur entreprise.]

      Pourquoi « incompétents » ? Ce qu’on demande au responsable d’une entreprise privée, c’est de gagner de l’argent. Si en acceptant ce contrat ils font une bonne affaire, alors ils auront fait preuve d’une parfaite compétence dans leurs domaines. Parce que la « compétence » se mesure à la satisfaction des actionnaires, et non des clients. Malhonnêtes ? Oui, peut-être. Mais depuis quand la malhonnêteté est un défaut dans le monde des affaires ?

      [Le ministre peut encore tenter se racheter un peu en faisant payer des pénalités à l’entreprise pour l’inexécution de ses obligations contractuelles. Attendons…]

      Si Adrexo est, comme vous le dites, en faillite, lui imposer des pénalités ne servira à rien sinon à provoquer sa faillite, avec des licenciements à la clé. C’est pourquoi, si l’on se fonde sur la pratique la plus habituelle, il est fort peu probable que les pénalités soient appliquées. Par ailleurs, les pénalités sont souvent très limitées dans les contrats – parce qu’imposer des pénalités importantes renchérit considérablement les prestations, les prestataires cherchant bien évidement à se couvrir.

      Mais vous noterez que même les pénalités les plus élevées ne changeront le fait que les documents en question ne seront pas distribués ! C’est un peu comme avec les médecins. C’est un piètre consolation une fois que vous êtes mort de faire un procès au médecin qui n’a pas fait son travail…

  10. Jopari dit :

    Les appels d’offre n’ont-ils pas de critères de qualité afin d’éviter les fournisseurs rognant sur la qualité pour s’assurer des couts bas?

    • Descartes dit :

      @ Jopari

      [Les appels d’offre n’ont-ils pas de critères de qualité afin d’éviter les fournisseurs rognant sur la qualité pour s’assurer des couts bas?]

      Quelquefois, oui. Mais ils sont très difficiles à faire appliquer pour une prestation qui ne soit pas standardisée. Lorsque la prestation consiste à vous fournir un ordinateur, par exemple, vous pouvez facilement constater s’il répond ou non à la spécification. Mais lorsque la prestation est par exemple l’assistance informatique, il est très difficile d’établir si la prestation est ou non de qualité. Et encore plus d’appliquer des pénalités contractuelles qui soient dissuasives.

  11. Claustaire dit :

    Merci une fois de plus pour cet intéressant espace de réflexions, puis d’échanges et de témoignages que vous nous ouvrez.
     
    Sur le fond : comme on n’a pas su offrir aux travailleurs du privé les mêmes garanties que celles offertes aux fonctionnaires, il était fatal que le “marché” attaque nos solidarités sociales par ses points les plus faibles et du coup affaiblisse l’ensemble de notre société.
     
    D’autre part, comme le statut de fonctionnaire semble trop protecteur pour le système néolibéral concurrentiel devenu hégémonique sur terre (sauf en Chine ?) et donc en UE (devenue une “société de marché” – où hélas le marché impose ses lois à l’intérêt de la société- alors qu’en toute logique social-démocrate elle aurait dû rester une “économie de marché” -où la société imposait ses lois et l’intérêt général au marché), il était fatal que l’Etat lui-même préfère renoncer à ses fonctionnaires pour les remplacer de plus en plus souvent par des contractuels et autres sous-traitants…
     
    Au moins, même Darmanin est conscient que les gens (et plus généralement la société) ne supportent plus les conséquences trop visiblement catastrophiques du néolibéralisme devenu hégémonique. C’est un peu l’hommage du vice à la vertu…

    • Descartes dit :

      @ Claustaire

      [Sur le fond : comme on n’a pas su offrir aux travailleurs du privé les mêmes garanties que celles offertes aux fonctionnaires, il était fatal que le “marché” attaque nos solidarités sociales par ses points les plus faibles et du coup affaiblisse l’ensemble de notre société.]

      Ca veut dire quoi « on n’a pas su offrir aux travailleurs du privé les mêmes garanties que celles offertes aux fonctionnaires » ? Ce n’est pas une question de « savoir » ou de pas « savoir ». Le capitalisme fonctionne précisément sur le fait que la force de travail se négocie comme un bien quelconque sur les marchés. Toute autre option implique une rupture avec le capitalisme. Une rupture que les sociaux-démocrates n’ont jamais voulu. Ce n’est donc pas parce qu’ils n’ont pas “su”, mais parce qu’ils n’ont pas “voulu” que les garanties offertes aux travailleurs sont minimes. C’est très différent.

  12. Vos écrits prouvent que vous appartenez à la classe de haut-fonctionnaires.Mais vous n’avez pas encore reçu la révélation ultime.Toute administration aboutit à un système bloqué :Coalition d’une hiérarchie incompétente, née de l’impunité, de la consanguinité et du népotisme, hiérarchie alliée à une base radicalisée.

    • Descartes dit :

      @ Le Rabouilleur

      [Vos écrits prouvent que vous appartenez à la classe de haut-fonctionnaires.]

      J’ignorais que les “hauts fonctionnaires” constituaient une classe…

      [Mais vous n’avez pas encore reçu la révélation ultime.]

      En effet, je suis trop mécréant pour faire confiance aux vérités révélées. Et je ne peux que vous inviter à faire de même…

      [Toute administration aboutit à un système bloqué : Coalition d’une hiérarchie incompétente, née de l’impunité, de la consanguinité et du népotisme, hiérarchie alliée à une base radicalisée.]

      Ecoutons la parole du Seigneur…
      Toute administration aboutit à un système bloqué :Coalition d’une hiérarchie incompétente, née de l’impunité, de la consanguinité et du népotisme, hiérarchie alliée à une base radicalisée.

  13. Ce n’est pas une vérité révélée, mais une vérité expérimentale, prouvée par de multiples instances, en France, et à l’étranger.
    <br>Vous ne parlez jamais du dindon de ces mauvaises farces : le contribuable.

    • Descartes dit :

      @ le Rabouilleur

      [Ce n’est pas une vérité révélée, mais une vérité expérimentale,]

      Je vous cite: “vous n’avez pas encore reçu la révélation ultime.Toute administration aboutit à un système bloqué”. C’est donc pour vous non seulement une “révélation”, mais la “révélation ultime”. J’ajoute qu’aucune expérience ne vous permet de conclure que “TOUTE administration aboutit à un système bloqué”. Une expérience peut à la rigueur conclure que dans une situation donnée c’est le cas. Mais pour conclure que c’est le cas en TOUTE circonstance, il vous faut une théorie qui permette la généralisation…

      [Vous ne parlez jamais du dindon de ces mauvaises farces : le contribuable.]

      Parce que je ne sais pas qui c’est “le contribuable”. Je ne connais pas “le contribuable” comme catégorie. C’est comme si vous me disez que les gens qui ont deux yeux sont les “dindons de la farce”…

  14. La décadence d’une structure pyramidale n’est pas spécifique à l’administration.Elle se retrouve aussi dans le complexe privé et militaro-industriel des USA.Un inspecteur de l’aviation civile des USA écrivait à propos d’un nouvel avion qui vole comme un fer à repasser :Cet avion a été conçu par des singes dirigés par des bouffons.

    • Descartes dit :

      @ Le Rabouilleur

      [La décadence d’une structure pyramidale n’est pas spécifique à l’administration. Elle se retrouve aussi dans le complexe privé et militaro-industriel des USA.]

      Mais est-ce mieux pour les « structures non pyramidales » ? J’aurais tendance à penser que TOUTE structure – pyramidale ou pas – naît, se développe, s’atrophie puis meurt pour laisser la place à d’autres structures. Je ne connais pas de structure « éternelle », qui ne serait pas soumise à l’usure du temps et au changement des circonstances. Autrement dit, la décadence est aux organisations ce que la mort pour n’importe quel organisme vivant.

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