« Toutes les civilisations ont eu recours à l’esclavage.
Une seule l’a formellement abolie »
Imaginons, cher lecteur, ce que sera la France dans 350 ans. Nous vivrons alors dans une société communiste, où chacun recevra selon ses besoins et contribuera au bien commun selon ses capacités. Le capital tout comme le salariat auront disparu. Et puis, un jour, un parlementaire proposera à l’Assemblée d’abroger le Code du Travail, ce document venu du passé, qui ne trouve plus à s’appliquer puisque le salariat a disparu, mais que les législateurs successifs ont oublié malencontreusement d’abroger. Ce texte, toujours en vigueur même s’il n’est guère appliqué, est une insulte aux descendants des prolétaires des années 2000. Scandale absolu, il proclame que le salarié est subordonné à son employeur, et qu’il peut être sanctionné s’il ne le fait pas, que le salarié peut être privé d’une partie de la valeur qu’il produit, et privé de son gagne-pain si son employeur décide de le licencier.
Proposition ubuesque, me direz-vous. A quoi peut-il bien servir d’abroger un texte qui n’a plus aucun effet juridique, puisque l’objet qu’il avait pour but de réglementer a disparu ? Bien sûr, une telle proposition pourrait avoir un contenu symbolique, celui d’effacer la trace d’un mode de production révolu et honni, celui qui reposait sur l’exploitation de l’homme par l’homme. Certains députés en 2376 pourront même déclarer qu’il s’agit de « rendre hommage à ceux qui ont été exploités dans les champs et les usines ».
Mais on peut espérer que cela n’arrivera pas. Que nos successeurs dans 350 ans auront suffisamment de culture historique pour réaliser qu’une telle posture revient à oublier que le Code du Travail, au XXème siècle, a été conçu non pour durcir cette l’exploitation des prolétaires, mais était au contraire un instrument pour limiter la toute puissance du capital face au travail. Que c’est pourquoi ce sont les patrons qui l’ont résisté pied à pied, et que ce sont les organisations ouvrières, soutenues par des gens fort estimables, qui se sont battues pour l’établir, l’enrichir et le faire appliquer.
A ceux qui suivent l’actualité, cette dystopie devrait rappeler quelque chose. On débat en effet ces jours-ci à l’Assemblée nationale, avec le plus grand sérieux, de la proposition de loi tendant à l’abrogation de la vénérable ordonnance royale « touchant à la police des isles de l’Amérique françoise » de 1685, mieux connue sous le nom de « code noir ». Bien sûr, on pourrait s’étonner que l’Assemblée nationale perde son temps à discuter une question qui non seulement fait un consensus unanime dans la société – on aurait du mal à trouver aujourd’hui une seule personne en France pour affirmer que le « code noir » a ou devrait avoir le moindre effet – alors que le traitement de tant de questions ayant effectivement un effet sur la vie des Français est différé du fait de la saturation du calendrier parlementaire. Mais le problème principal n’est pas là. Le problème, c’est que nos parlementaires commettent le péché d’anachronisme en faisant un contresens total sur ce que le « code noir » a représenté à son époque.
Car l’analogie avec le Code du travail n’a rien de scandaleuse. Le « Code noir » n’institue pas l’esclavage, pas plus que le Code du travail n’institue le salariat. Dans un cas comme dans l’autre, c’est une réaction du pouvoir de l’Etat qui, face aux abus qui mettent en danger la cohésion sociale, vise à mettre des limites à la toute-puissance du maître d’esclaves ou du patron. Avant l’édit de 1685 l’esclave est une chose, sur laquelle le maître exerce un pouvoir sans limites. Il peut mutiler son esclave, il peut le tuer, il n’est guère obligé à le nourrir ou à le vêtir dignement, pas plus qu’il ne lui doit protection lorsqu’il ne peut plus travailler. Avec l’édit de 1685, il ne le peut plus, du moins légalement. L’édit limite ce pouvoir, faisant du même coup de l’esclave un sujet de droits – de droits scandaleusement limités si l’on juge par nos standards, certes, mais des droits réels.
Vous voulez quelques exemples ? Voici par exemple le texte de l’article 6, qui instaure le repos dominical (1):
« Enjoignons tous nos sujets de quelque qualité et condition qu’ils soient d’observer les jours de dimanche et fêtes qui sont gardées par nos sujets de la religion catholique, apostolique et romaine. Leur défendons de travailler, de faire travailler leurs esclaves lesdits jours, depuis l’heure de minuit jusqu’à l’autre minuit, soit à la culture de la terre, à la manufacture des sucres, soit à tous autres ouvrages, à peine d’amende et de punition arbitraire contre les maîtres, et de confiscation tant des sucres que desdits esclaves qui seront surpris par nos officiers dans leur travail ».
Un autre ? Prenons les articles 22 et 25 qui établissent ce qu’on peut appeler un « salaire minimum » :
« Seront tenus les maîtres de fournir pour chaque semaine à leurs esclaves âgés de 10 ans et au-dessus pour leur nourriture, deux pots de mesure du pays de farine de Magnoe, ou trois cassaves pesant deux livres et demie chacune au moins, ou choses équivalentes, avec deux livres de bœuf salé ou trois livres de poisson ou autres choses à proportion, et aux enfants depuis qu’ils sont sevrés jusqu’à l’âge de dix ans la moitié des vivres ci-dessus »
« Seront les maitres tenus de fournir à chaque esclave par chaque an deux habits de toile ou quatre aulnes de toile, au gré desdits maîtres »
Le texte prévoit même une disposition pénale pour assurer l’application de ce « salaire minimum ». Voici l’article 26 :
« Les esclaves qui ne seront point nourris, vêtus et traités par leurs maîtres selon que nous l’avons ordonné par la présente, pourront en donner avis à notre procureur et mettre leurs mémoires entre ses mains, sur lesquels et même d’office si les avis lui en viennent d’ailleurs, les maîtres seront poursuivis à la requête et sans frais, ce que nous voulons être observé pour les traitements barbares et inhumains des maîtres envers leurs esclaves ».
L’Ordonnance prévoit même une forme d’assurance invalidité et vieillesse. Voici l’article 27 :
« Les esclaves infirmes par vieillesse, maladie ou autrement, soit que la maladie soit incurable ou non, seront nourris et entretenus par leurs maîtres. Et en cas qu’ils les eussent abandonnés, ces esclaves seront adjugés à l’Hôpital, auquel les maîtres seront condamnés de payer dix sols par jour pour la nourriture et l’entretien de chaque esclave »
Mais c’est dans le domaine disciplinaire qu’on voit une évolution considérable, avec l’interdiction de mutiler ou de tuer l’esclave. Voici ce que disent les articles 42 et 43 :
« Pourront pareillement les maîtres, lorsqu’ils croiront que leurs esclaves l’auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges et de cordes, leur défendant de leur donner la torture ni de leur faire aucune mutilation de membre, à peine de confiscation des esclaves et d’être procédé contre les maîtres extraordinairement »
« Enjoignons à nos officiers de poursuivre criminellement les maîtres et commandeurs qui auront tué un esclave sous leur puissance ou sous leur direction, et de punir le maître félon selon l’atrocité des circonstances (…) »
Ces dispositions sont importantes, parce qu’elles rendent le droit de propriété du maître d’esclaves incomplète, puisque des trois éléments du droit de propriété hérités du droit romain, usus (le droit d’utiliser la chose), fructus (le droit de toucher les fruits de la chose) et abusus (le droit de modifier ou de détruire la chose), seuls les deux premiers demeurent. L’esclave dans le « code noir » est un « bien », mais plus tout à fait une « chose ».
Enfin, et cela répond à beaucoup de gens qui sans avoir lu le texte l’accusent de « raciste », il faut noter qu’il n’y a aucune mention de la race ou la couleur de peau dans le texte même du « code noir », et que cette appellation ne figure pas dans le texte original. Il y a plus : le texte prévoit que l’esclave affranchi est un sujet du roi comme les autres en vertu du droit du sol, avec les mêmes droits et privilèges, et cela quelle que soit sa couleur de peau ou son origine. Voici ce que dit l’article 57 :
« Déclarons les affranchissements faits dans nos îles tenir lieu de naissance dans nos îles, et les esclaves affranchis n’avoir besoin de nos lettres de naturalité pour jouir des avantages de nos sujets naturels dans notre royaume, terres et pays de notre obéissance, encore qu’ils soient nés dans des pays étrangers ».
Bien sûr, le texte contient beaucoup de dispositions contraires à la conception universaliste de l’être humain que nous avons hérité des Lumières. Dans le « code noir » l’esclave reste toujours soumis à un statut d’infériorité manifeste, et il ne s’agit pas de nier le caractère odieux de ce statut. Mais de la même manière, le Code du travail ne remet pas en cause la situation d’infériorité du salarié vis-à-vis de son employeur. Et on peut imaginer que nos arrière-arrière-arrière-petits-enfants – avec beaucoup de « arrière » rajoutés – de 2376 trouveront tout aussi odieuse l’idée qu’un homme, parce qu’il a un capital, puisse empocher une partie de la valeur produite par le travail d’un autre, le mettre au chômage, le priver de son salaire, le sanctionner, lui imposer un comportement même en dehors de son travail.
C’est pourquoi il faut replacer à chaque fois les personnages historiques dans leur contexte. Le « code noir » fut, au XVIIème siècle, un acte progressiste, de la même manière que le fut le Code du travail au XXème. Dans les deux cas, ces textes limitaient le pouvoir des dominants et accordaient des nouveaux droits aux dominés. Ceux qui ont combattu l’esclavage n’ont jamais réclamé l’abolition du « Code noir », tout comme ceux qui combattent l’exploitation capitaliste n’exigent pas l’abrogation du Code du travail. Dans les deux cas, la résistance contre leur application n’est pas venue des dominés, mais des dominants. Il est ironique de constater que les députés qui aujourd’hui proposent (2) et votent l’abrogation du « code noir » donnent satisfaction, 350 ans plus tard, aux maîtres d’esclaves farouchement opposés à l’ordonnance voulue par ce Colbert qu’on voue aux gémonies…
Descartes
(1) Les citations qui suivent sont extraites de l’ordonnance de 1685 telle qu’elle figure dans la version consolidée du « code noir » publiée en 1743, dont j’ai modernisé la syntaxe et la ponctuation. L’original peut être consulté à https://www.assemblee-nationale.fr/histoire/esclavage/code-noir.pdf
(2) Il faut d’ailleurs lire l’exposé des motifs du projet de loi (https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b1817_proposition-loi#) pour voir combien la culture historique manque à nos élus. Car le texte contient un certain nombre d’inexactitudes – c’est un euphémisme – qui auraient dû choquer des législateurs qui s’intéressent à ce sujet. Ainsi, par exemple, il est écrit que “contrairement à une idée reçue, le Code noir n’a jamais été abrogé, ni lors de la première abolition de l’esclavage du 4 février 1794, ni lors de la seconde du 27 avril 1848 : la pratique est tombée en désuétude mais pas les textes qui l’instituaient“. Mais de quelle “pratique” parle-t-on ? L’esclavage, comme “pratique”, n’est pas “tombé en désuétude”. Il a bien été aboli définitivement le 27 avril 1848. Et s’il a pu être aboli sans pour autant abolir le “code noir”, c’est précisément parce que le texte en question “n’institue” nullement la “pratique” de l’esclavage, qui lui préexistait largement, il se contente de le réglementer.
De même, les auteurs du projet écrivent que “À une époque où le servage était interdit dans le Royaume de France, le Code noir a institutionnalisé la déshumanisation et l’asservissement d’hommes, de femmes et d’enfants“. C’est faux: si le servage en France est en recul à partir du XIVème siècle, il ne s’éteint qu’à la fin du XVIIIème siècle, avec l’édit du 8 aout 1779 qui en supprime les dernières survivances. A cette date, plus d’un million de sujets français y étaient encore soumis (https://www.persee.fr/doc/hes_0752-5702_1996_num_15_4_1888.). A titre de comparaison, il y avait à la date d’édiction du “code noir” moins de 10.000 esclaves dans les Antilles. On notera d’ailleurs que s’il y a des lois mémorielles concernant l’esclavage, aucune loi n’a été votée à ma connaissance rendant hommage aux millions de serfs qui ont peuplé l’Europe pendant tout le moyen-âge…
Texte intéressant. Merci.
Par contre, de qui est la citation citée en exergue : « Toutes les civilisations ont eu recours à l’esclavage. Une seule l’a formellement abolie ».
Par ailleurs, elle ne me semble factuellement fausse.
@ Jean-Paul Krivine
[Par contre, de qui est la citation citée en exergue : « Toutes les civilisations ont eu recours à l’esclavage. Une seule l’a formellement abolie ».]
Je l’ignore. Je l’ai entendue de la bouche de Jean-Pierre Chevènement, mais une recherche montre qu’elle a été utilisée bien avant lui. Il me semble hasardeux d’attribuer une paternité.
[Par ailleurs, elle ne me semble factuellement fausse.]
Je ne le pense pas. Bien sûr, il y a des civilisations qui ont interdit de réduire en esclavage telle ou telle catégorie de sujets, tel ou tel peuple. On trouve ici ou là des rois ou des empereurs qui sont supposés – la documentation est généralement fragmentaire – avoir aboli l’esclavage dans leur domaine. Mais à ma connaissance, aucune civilisation n’a fait du rejet de l’esclavage un principe fondamental et aboli l’esclavage en tant qu’institution. Mais si vous avez un contre-exemple, je voudrais bien le connaître.
Je pensais à la constitution de Haïti (1805) avec son article 2 : “L’esclavage est à jamais aboli.”
Mais peut-être que l’on peut estimer que c’est dans la lignée des Lumières.
@ Jean-Paul Krivine
[Je pensais à la constitution de Haïti (1805) avec son article 2 : “L’esclavage est à jamais aboli.”]
Mais la révolution haïtienne s’inscrit clairement dans la culture occidentale. Lorsqu’on regarde la Constitution à laquelle vous faites référence, on voit bien que ses auteurs sont parfaitement alignés avec les jacobins français (pensez à l’invocation de l’Etre suprême dans son préambule) et l’héritage des lumières. On peut difficilement associer les révolutionnaires haïtiens à une autre “civilisation” que l’occidentale (Toussant l’Ouverture comme Dessalines étaient d’ailleurs franc-maçons).
Vous noterez d’ailleurs que la constitution haïtienne de 1805, si elle abolit l’esclavage, institue une discrimination raciale. En effet, l’article 12 précise que “Aucun blanc, quelle que soit sa nation, ne mettra le pied sur ce territoire, à titre de maître ou de propriétaire et ne pourra à l’avenir y acquérir aucune propriété”. Curieusement, aucun de nos gardiens de la vertu antiraciste n’a encore accusé Dessalines de racisme…
[Vous noterez d’ailleurs que la constitution haïtienne de 1805, si elle abolit l’esclavage, institue une discrimination raciale. En effet, l’article 12 précise que “Aucun blanc, quelle que soit sa nation, ne mettra le pied sur ce territoire, à titre de maître ou de propriétaire et ne pourra à l’avenir y acquérir aucune propriété”. Curieusement, aucun de nos gardiens de la vertu antiraciste n’a encore accusé Dessalines de racisme…]
J’ai peut-être mal compris le paragraphe, mais il me semble que ca n’exlcut pas qu’un blanc participe à la vie locale sous réserve qu’il ne soit ni maitre ni propriétaire [d’esclave].Non ?
@ Un Belge
[« “Aucun blanc, quelle que soit sa nation, ne mettra le pied sur ce territoire, à titre de maître ou de propriétaire et ne pourra à l’avenir y acquérir aucune propriété”. Curieusement, aucun de nos gardiens de la vertu antiraciste n’a encore accusé Dessalines de racisme… » J’ai peut-être mal compris le paragraphe, mais il me semble que ca n’exclut pas qu’un blanc participe à la vie locale sous réserve qu’il ne soit ni maitre ni propriétaire [d’esclave].Non ?]
Non. La constitution de 1805 abolit l’esclavage. Dans ce contexte, on voit très mal pourquoi faudrait-il interdire aux « blancs » d’être « maître et propriétaire » d’esclaves, puisqu’il n’y plus d’esclaves. J’irai même plus loin : si cet article avait pour but d’interdire aux « blancs » d’être « maîtres et propriétaires » d’esclaves, cela sous entendrait que cela est permis pour les « non-blancs », autrement dit, que l’esclavage persiste.
Notez bien la rédaction de l’article : « aucun blanc (…) ne pourra à l’avenir y acquérir AUCUNE propriété ». Il s’agit donc bien de réserver le droit de propriété EN GENERAL, et non seulement celui des esclaves, aux « non-blancs », et à eux seuls.
Bonjour,
Merci pour cette mise au point essentielle. Alors que nos chers députés préfèrent discuter du sexe des anges plutôt que des difficiles problèmes dans lesquels notre pays stagne.
Sauf erreur de ma part, il me semble qu’il en fut de même avec la loi du talion qui limitait la réaction à un crime ou délit.
Cordialement. Cyril
@ Cyril
[Merci pour cette mise au point essentielle. Alors que nos chers députés préfèrent discuter du sexe des anges plutôt que des difficiles problèmes dans lesquels notre pays stagne.]
Cela illustre d’ailleurs le fait que la politique n’est plus un moyen de changer la vie des gens, mais de satisfaire les obsessions de tel ou tel groupe de pression. D’où la multiplication de ce que le Conseil d’Etat appelle des « dispositions déclaratives » dans les lois et décrets, c’est-à-dire, des dispositions qui n’ont aucun effet réel mais qui ne servent qu’à faire plaisir à tel ou tel lobby. On a eu l’illustration avec la loi Taubira, avec la proposition de loi Yadan, et maintenant avec la proposition tendant à abolir le « code noir ». Et à chaque fois le projet en question est porté par un député dont les électeurs viennent essentiellement du groupe auquel la loi fait plaisir. Ce qui permet de douter du fait que ces projets aient pour seul objet l’intérêt général…
[Sauf erreur de ma part, il me semble qu’il en fut de même avec la loi du talion qui limitait la réaction à un crime ou délit.]
La comparaison est osée, parce que la loi du Talion n’a jamais été codifiée en droit positif. S’il est vrai qu’elle figure dans la Torah (« Mais si malheur arrive, tu paieras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. » Exode 21:23-25, voir aussi Lévitique 24:17-22) mais elle est rejetée par les textes chrétiens (« Vous avez appris qu’il a été dit : « œil pour œil et dent pour dent ». Et moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. » Mathieu 5:38-42) qui sont la matrice idéologique du droit positif du royaume de France.
Donc ne pas faire plus que ce que l’on a subit.
Je voulait dans mon propos souligner que là aussi, beaucoup n’ont qu’une idée assez fausse de cette loi du talion.
@ Cyril45
[Je voulait dans mon propos souligner que là aussi, beaucoup n’ont qu’une idée assez fausse de cette loi du talion.]
Effectivement. Beaucoup de gens croient que la loi du Talion autorisait tous les excès, alors qu’elle avait en fait pour but de les limiter, en proportionnant la vengeance au crime et en interdisant d’aller au delà. Sur ce genre de points, les contresens sont légion…
La loi du royaume descend au moins en partie de la loi dite salique des Francs, qui établit une amende monétaire pour les différentes blessures occasionnées : couper la main coûte plus cher que couper le pouce, qui coûte plus cher que l’index, etc.
Mais, êtes-vous bien sûr qu’ils ne l’ont pas lu ? Savez-vous qu’il se trouve des gens, qui, à la lecture du célèbre passage de l’Esprit des lois dans lequel Montesquieu condamne si brillamment l’esclavage, vous affirment sans mollir que Montesquieu cherchait en fait à en faire l’apologie ? https://une-autre-histoire.org/montesquieu-etait-il-raciste/
La volonté acharnée de faire dire à un texte ce que l’on veut qu’il dise, et non ce qu’il dit réellement, est un des pires maux de notre époque. Nous sommes bel et bien dans l’ère de la “post-vérité”, où les faits ne comptent plus, seulement les affects. Mais les faits sont têtus, la réalité également ; chassez cette dernière par la porte, condamnez vos fenêtres pour l’empêcher de revenir, Madame Réalité finira par rentrer, en faisant un trou dans le mur s’il le faut, votre maison dût-elle s’en effondrer sur vous… Est-il besoin de dire que plus vous la bannirez longtemps, et plus son retour sera brutal ?
P.S. Si l’on désire savoir ce qu’est une véritable explication de texte, on se référera au regretté René Pommier, dont TOUS les textes sont chaudement recommandés : http://rene.pommier.free.fr/Montesquieu.htm
@ MJJB
[« Beaucoup de gens, sans avoir lu le texte [du Code noir], l’accusent de « racisme » » Mais, êtes-vous bien sûr qu’ils ne l’ont pas lu ? Savez-vous qu’il se trouve des gens, qui, à la lecture du célèbre passage de l’Esprit des lois dans lequel Montesquieu condamne si brillamment l’esclavage, vous affirment sans mollir que Montesquieu cherchait en fait à en faire l’apologie ?]
C’est un point intéressant. Certains des signataires de la proposition de loi abrogeant le « Code noir » l’ont certainement lu, puisqu’ils en citent des passages soigneusement sélectionnés dans l’exposé des motifs. Mais beaucoup parmi les militants qui soutiennent ce projet n’ont jamais jeté un œil, même par curiosité, sur le texte. C’est ce que j’ai noté dans des échanges avec des militants LFI, mais aussi du PCF, du PS ou des écologistes. Et je dois dire que c’est pour moi symptomatique du manque de curiosité du monde militant, alors que cette possibilité de consulter n’importe quel texte historique et l’un des grands apports de la révolution digitale. Un simple « google », et vous y êtes…
Cela étant dit, vous avez raison : ce n’est pas parce qu’on lit un texte qu’on est capable de le replacer dans un contexte, et le manque de culture historique de nos élites permet aujourd’hui toutes sortes de contresens, comme celui que vous illustrez avec l’exemple de Montesquieu, surtout lorsque l’idéologie s’en mêle…
[La volonté acharnée de faire dire à un texte ce que l’on veut qu’il dise, et non ce qu’il dit réellement, est un des pires maux de notre époque. Nous sommes bel et bien dans l’ère de la “post-vérité”, où les faits ne comptent plus, seulement les affects.]
Tout à fait. Une dialectique perverse s’est mise en place entre le recul massif de la culture historique, chez les élites, et la toute puissance des affects qui pousse à réinterpréter les textes et réécrire les faits pour les ajuster à l’idéologie. Il en résulte un système où l’on apprécie le passé comme si c’était le présent.
[Mais les faits sont têtus, la réalité également ; chassez cette dernière par la porte, condamnez vos fenêtres pour l’empêcher de revenir, Madame Réalité finira par rentrer, en faisant un trou dans le mur s’il le faut, votre maison dût-elle s’en effondrer sur vous… Est-il besoin de dire que plus vous la bannirez longtemps, et plus son retour sera brutal ?]
La réalité s’impose toujours. Le problème n’est pas tant que les faits reviennent, mais que le fait de vivre dans une « post-vérité » sans rapport avec la réalité empêche de comprendre ce qui nous arrive et de lui donner un sens. L’homme antique était entouré d’un monde « magique », parce que ses connaissances ne lui permettaient pas de comprendre le comment et pourquoi des éclipses. L’homme post-moderne renoue avec cette « magie »…
[P.S. Si l’on désire savoir ce qu’est une véritable explication de texte, on se référera au regretté René Pommier, dont TOUS les textes sont chaudement recommandés : (…)]
Limpide, en effet…
Une petite pierre à verser au débat.
Mme Cyrielle Châtelain, présidente du groupe EELV à l’AN, est également rapporteur de la commission d’enquête sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique.
Très naturellement, elle a auditionné, avec sa commission, Arthur Mensch, président de Mistral AI.
Ce qu’il dit est très intéressant et pédagogique. C’est une contribution très constructive au sujet de la commission, dont les députés devraient pouvoir retirer beaucoup de choses sur les risques et opportunités de l’AI en matière de souveraineté, de dépendances, etc.
Et notre rapporteur se croit malin de faire un montage vidéo de quelques extraits dans lesquels il reconnait s’être trompé dans les chiffres, et se mélange manifestement les pinceaux entre les traductions anglaises et françaises entre trillion, trilliard, etc.
Nous sommes en plein dans “La volonté acharnée de faire dire à un texte ce que l’on veut qu’il dise”, sauf qu’ici, nous sommes certain qu’elle en a pris connaissance, puisque c’était une intervention orale, et qu’elle était présente !
Il y avait plein de choses intéressantes à dire, à commenter sur cette intervention. Mais elle n’en a rien à faire du fond du sujet, ce qui est le comble pour le rapporteur, et se concentre sur une attaque bassement politique pour délégitimer l’expertise en manipulant un cafouillage dans les chiffres du à une erreur de traduction…
J’essaye toujours de faire preuve de bienveillance, et de chercher des excuses, mais là, on ne peut pas dire qu’elle n’a pas fait exprès de refuser de parler du fond : elle est sciemment aller chercher dans une intervention de plus d’une heure les petits détails lui permettant de faire un montage pour servir son narratif.
https://x.com/GabLattanzio/status/2059695311631667393
@ Vincent
[Et notre rapporteur se croit malin de faire un montage vidéo de quelques extraits dans lesquels il reconnait s’être trompé dans les chiffres, et se mélange manifestement les pinceaux entre les traductions anglaises et françaises entre trillion, trilliard, etc. Nous sommes en plein dans “La volonté acharnée de faire dire à un texte ce que l’on veut qu’il dise”, sauf qu’ici, nous sommes certain qu’elle en a pris connaissance, puisque c’était une intervention orale, et qu’elle était présente !]
Je ne pense pas qu’il s’agisse du même mécanisme. Ici, ce que Châtelain cherche, ce n’est pas à « faire dire autre chose que ce qu’il dit » à Mensch, mais d’attaquer sa crédibilité. C’est un comportement sectaire classique. L’un des moyens que toute secte utilise pour établir un rapport de domination avec ses membres, c’est de les couper de toute source d’information extérieure. Et pour cela il est essentiel de convaincre les adeptes que tout l’extérieur leur ment, que toute information venue d’ailleurs doit être par principe rejetée, que seule l’information provenant des sources approuvées par la secte doit être prise en considération.
C’est là un comportement classique de la gauche groupusculaire. On ne lit que les journaux de la secte, on ne lit que les livres, on ne regarde que les vidéos approuvés par celle-ci. Tout le reste ne mérite même pas une lecture critique, et doit être jeté à la poubelle sans même l’examiner. Je me souviens, à une époque où je participais à des forums liés à LFI, qu’une participante avait demandé au modérateur que je sois banni au motif « que [je] pourrais pourrait ébranler nos certitudes ». J’avais répondu que si ses « certitudes » pouvaient être ébranlées aussi facilement, elle ferait mieux d’examiner si elles étaient sérieuses… et j’ai été banni quand même.
Si vous regardez bien le montage de Châtelain, vous verrez que c’est exactement cela qu’elle cherche à faire. Ce qu’elle dit, prenant prétexte de l’erreur que Mensch commet et qu’il admet lui-même, c’est qu’il ne faut surtout pas écouter Mensch, que lui – et les gens comme lui – cherchent à nous « enfumer ». Et qu’il ne faut donc écouter que les voix approuvés par la « secte ».
[J’essaye toujours de faire preuve de bienveillance, et de chercher des excuses, mais là, on ne peut pas dire qu’elle n’a pas fait exprès de refuser de parler du fond : elle est sciemment aller chercher dans une intervention de plus d’une heure les petits détails lui permettant de faire un montage pour servir son narratif.]
Bien entendu. Et c’est un grand classique. Souvenez-vous du « montage » dans lequel on attribue au Pr Pellerin la formule « le nuage [de Tchernobyl] s’est arrêté aux frontières » alors que la formule a été en fait prononcée par Noël Mamère. L’objectif est toujours le même : contrôler les informations auxquelles les « adeptes » ont accès, et s’assurer qu’ils n’entendent pas un discours qui pourrait « ébranler leurs certitudes ».
Nos Antillais, Guyanais, Réunionnais, peuvent enfin respirer, ils sont définitivement à l’abri de toute resucée de l’esclavage. C’est heureux, mais il est scandaleux qu’ils aient dû attendre 10 ans après que les animaux aient perdu le statut infamant de “meubles” pour devenir des “êtres vivants doués de sensibilité” (Art. 515-14 C.civ).
J’ironise, on l’aura compris.
Dès la première année d’études, un apprenti juriste est en mesure de dire que le Code noir est caduc, aboli implicitement, obsolète, ou autre qualificatif voulant signifier qu’il n’est plus qu’un souvenir historique depuis 1848. Et que ce n’était que pure perte de temps que de voter son abolition.
Par contre, les animaux étant “des biens qui peuvent se transporter d’un lieu à un autre”, ce qui est la définition des biens meubles (Art 528 C.civ), restent nécessairement dans cette catégorie de biens. Et cela ne contredit pas la législation contre les mauvais traitements infligés aux animaux.
Comme quoi, la rigueur juridique n’est pas le point fort de nos Parlementaires.
@ xc
[Dès la première année d’études, un apprenti juriste est en mesure de dire que le Code noir est caduc, aboli implicitement, obsolète, ou autre qualificatif voulant signifier qu’il n’est plus qu’un souvenir historique depuis 1848. Et que ce n’était que pure perte de temps que de voter son abolition.]
Pour être précis, en termes juridiques le « code noir » est devenu « sans objet ». C’est le statut juridique d’un texte qui avait pour objet de règlement un objet ou une pratique qui a cessé d’exister. Prenez par exemple tous les textes qui régulaient la succession aux titres nobiliaires et à la couronne de France. Ces textes n’ont jamais été formellement abrogés. Sont-ils en vigueur pour autant ? Non, ils sont devenus « sans objet » depuis que la république a été établie. Il y a d’ailleurs une affaire célèbre ou les monarchistes légitimistes sont allés devant les tribunaux pour faire reconnaître leur candidat au trône comme l’héritier légitime. La Cour d’appel de Paris a refusé la requête estimant qu’elle n’avait pas de base légale pour juger, les textes régulant la succession étant devenus « sans objet ».
[Par contre, les animaux étant “des biens qui peuvent se transporter d’un lieu à un autre”, ce qui est la définition des biens meubles (Art 528 C.civ), restent nécessairement dans cette catégorie de biens.]
La question n’est pas tant de savoir si les animaux sont des biens « meubles » ou « immeubles », qui est une problématique plus complexe que vous ne le pensez (un bien « transportable » peut être considéré comme « immeuble » dès lors qu’il est « attaché au fonds », autrement dit, qu’il est inséparable d’un bien lui-même immeuble). C’est surtout de savoir si les animaux sont des « choses » ou des quasi-personnes. Autrement dit, s’ils ont des sujets de droit. Certains vont plus loin, et prétendent accorder une personnalité juridique aux êtres inanimés (un fleuve, une montagne…).
[Et cela ne contredit pas la législation contre les mauvais traitements infligés aux animaux.]
Jusqu’à un certain point. La justification classique de la législation contre les mauvais traitements infligés aux animaux repose sur l’intérêt des hommes, et non sur le droit de l’animal. Autrement dit, on interdit la cruauté envers les animaux parce qu’elle est censée abaisser l’homme – et la société – qui la pratiquent ou la tolèrent. L’idée que l’animal à des droits « personnels » est beaucoup plus récente.
[Comme quoi, la rigueur juridique n’est pas le point fort de nos Parlementaires.]
Et ce n’est pas ce qu’on leur demande. Pour cela, il y a les experts de l’administration et des juridictions. Ce qu’on demande aux parlementaires, c’est de représenter l’intérêt général et de faire des choix rationnels. Une fois ces choix faits, il y a des juristes pour mettre ça en forme.
Bonjour René,
Avez-vous eu vent de cette polémique avec l acteur Gilles Lellouche? La gauche est devenue un parti de petits procureurs. Autour de moi, ça se déchaîne…
@ Rogers
[Avez-vous eu vent de cette polémique avec l’acteur Gilles Lellouche? La gauche est devenue un parti de petits procureurs. Autour de moi, ça se déchaîne…]
« Un parti de petits procureurs », je pense que vous avez trouvé l’expression juste. La question qu’elle me pose est de savoir quel est le mécanisme sous-jacent. Pourquoi « la gauche » est devenue ce « parti de petits procureurs » ? D’où vient cette fièvre dénonciatrice ?
Je pense que cela tient à une transformation du monde politique. Les partis politiques de masse portant un projet idéologique ont pratiquement disparu. L’activité politique est portée par des groupuscules dont l’action n’est pas légitimée par un avenir radieux à construire, mais par une offense qui exige réparation, un ennemi qui doit être combattu. Une telle vision paranoïaque, une telle culture de l’offense conduit naturellement à la recherche obsédante de l’ennemi et surtout du traître – réel ou imaginaire – qu’il faut débusquer, poursuivre, éliminer. C’est pourquoi le discours et les actes de chacun sont en permanence scrutés, et que la meute se met en chasse dès qu’un écart est détecté – ou même suspecté. Et que tous les excès sont permis – souvenez-vous de Sophia Chikirou identifiant Roussel à Doriot, sans que les militants LFI réagissent à l’énormité d’une telle accusation.
Pour moi, cette logique signe de l’état de mort cérébrale dans lequel se trouve ce qu’on appelle « la gauche ». Le fait est qu’il est impossible à gauche d’ouvrir un véritable débat de fond sur quelque question que ce soit, puisque toute expression qui ne serait conforme à la doxa vaut à son auteur d’être expulsé sous les huées et les crachats des « petits procureurs ».
Bonjour, je suppose que vous faites allusion au moment où, à Cannes, l’acteur Gilles Lellouche s’étant vu demander s’il fallait « combattre résolument le Rassemblement national » et si La France insoumise constituait « le meilleur rempart à l’extrême droite » avait répondu : « Elle n’est pas un peu orientée votre question ? Je n’ai pas de réponse à ça, monsieur ».
Du coup, on aura pu l’accuser de ne pas savoir faire la différence entre LFI et le RN.
Il semble, hélas, que pour des millions de nos compatriotes un éventuel choix entre LFI et RN relève effectivement du plus tragique des dilemmes (situation dans laquelle il n’y a QUE de mauvaises solutions) auquel on ne pourrait échapper que par une alternative tout aussi tragique (l’abstention).
Pour ma part, ayant passé beaucoup du temps de ma vie à me mêler de politique, je constate que je me suis résigné à ne plus savoir comment échapper ni au dilemme LFI/RN ni à la résignation à l’abstention. Mais je constate qu’ici aussi, chez notre respectable hôte, dès qu’on voudrait rappeler qu’il existe une alternative euro-sociale-démocrate tant à l’international-ethno-populisme qu’au national-populisme, on me demande dans quel état j’erre…
Bien à vous, et malheur à nous…
@ Claustaire
[Bonjour, je suppose que vous faites allusion au moment où, à Cannes, l’acteur Gilles Lellouche s’étant vu demander s’il fallait « combattre résolument le Rassemblement national » et si La France insoumise constituait « le meilleur rempart à l’extrême droite » avait répondu : « Elle n’est pas un peu orientée votre question ? Je n’ai pas de réponse à ça, monsieur ». Du coup, on aura pu l’accuser de ne pas savoir faire la différence entre LFI et le RN.]
Je fais bien référence à cette affaire. Mais on a moins reproché à Lellouche de « ne pas savoir faire la différence » que d’être un crypto-RN, sur le mode « tous ceux qui ne sont pas avec moi sont dans le camp de l’Ennemi ».
[Il semble, hélas, que pour des millions de nos compatriotes un éventuel choix entre LFI et RN relève effectivement du plus tragique des dilemmes (situation dans laquelle il n’y a QUE de mauvaises solutions) auquel on ne pourrait échapper que par une alternative tout aussi tragique (l’abstention).]
Franchement, je ne pense pas que ce soit le problème. Ce serait plutôt le contraire : un spectre politique très polarisé, avec une majorité relativement large de français – sur la base de la dernière élection présidentielle on peut l’estimer autour des deux tiers de l’électorat – pour qui le choix entre LFI et le RN est parfaitement clair et n’a aucun caractère « tragique ». Pensez-y : un peu moins 45% de nos compatriotes ont voté pour le RN en 2022, alors que le candidat en face était Macron, et un peu plus de 20% ont voté pour Mélenchon au premier tour alors que le choix était large… bien sûr, ce calcul néglige le fait qu’une partie des électeurs qui ont voté l’un et l’autre l’ont fait dans une logique protestataire, et ne l’auraient peut-être pas fait s’ils avaient pensé que le candidat qu’ils votaient pouvait accéder au pouvoir, mais l’approximation reste à mon avis valable.
Reste un tiers de l’électorat pour qui choisir entre LFI et le RN sera une « tragédie ». Je ne pense pas que cet électorat s’échappera dans l’abstention, qui est généralement le refuge de ceux qui pensent que le résultat est indifférent et ne changera en rien leurs vies. Je pense plutôt que ce tiers finira par voter pour ses intérêts de classe…
[Pour ma part, ayant passé beaucoup du temps de ma vie à me mêler de politique, je constate que je me suis résigné à ne plus savoir comment échapper ni au dilemme LFI/RN ni à la résignation à l’abstention.]
Personnellement, mon état d’esprit est celui d’un slogan que j’ai vu peint sur un mur quelque part : « pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles ». Je crains bien plus la paresse intellectuelle que l’activisme, la non décision plutôt que les décisions clivantes. Si le RN ou LFI accèdent au pouvoir, il se passera des choses, des initiatives seront prises, la société réagira, et nous aurons une véritable dynamique politique. Une telle situation n’a rien qui pousse à la résignation ou à l’abstention. Non, le véritable risque, c’est la poursuite de la politique du chien crevé au fil de l’eau, dans une société où la paix est celle des cimetières.
Beaucoup de gens propagent une conception unanimiste de la démocratie. J’adhère plutôt à la vision de Slama : la démocratie est un moyen de gérer les conflits politiques et non de les effacer. Une démocratie vivante est régime ou des idées tranchées s’affrontent dans un débat ouvert, et où à la fin du débat des choix sont faits et mis en œuvre. Une démocratie ou tout le monde communie dans les mêmes idées et tout ce qui s’en écarte est exclu au nom de l’unité est une démocratie morte.
Pour l’avenir de la France, Philippe ou Attal sont infiniment plus dangereux que Mélenchon ou Bardella. Parce qu’avec eux, ce sera « business as usual ». On continuera à dévaler « naturellement » et dans la plus grande unanimité la pente que nous avons suivi ces quarante dernières années, et qui nous conduit au précipice.
[Mais je constate qu’ici aussi, chez notre respectable hôte, dès qu’on voudrait rappeler qu’il existe une alternative euro-sociale-démocrate tant à l’international-ethno-populisme qu’au national-populisme, on me demande dans quel état j’erre…]
Votre « respectable hôte », vous l’aurez remarqué, n’a jamais empêché personne ici de « rappeler » ce qu’elle pense être la vérité, dès lors qu’elle respecte la loi et les règles de courtoisie. Et vous lui accorderez le fait qu’il existe peu de blogs sur la toile qui accordent une telle liberté aux intervenants. Mais de la même manière que vous avez ici la possibilité de rappeler vos idées, les autres intervenants – votre « respectable hôte compris » – ont le droit, en respectant les mêmes règles, de dire qu’ils n’y croient pas. Et il vous incombe d’apporter les arguments susceptibles de les convaincre…
Et maintenant, sur le fond. Vous rappelez régulièrement qu’il « existe une alternative euro-sociale-démocrate », mais pour le moment vous n’avez jamais expliqué en quoi elle consiste. S’agit-il de cette construction européenne que les « euro-social-démocrates » ont soutenu avec passion et constance, et dont la pierre fondamentale est le dogme de la « concurrence libre et non faussée » dans le vague espoir qu’il en sortira un jour peut-être une « Europe sociale » ? Difficile d’appeler cela une « alternative », puisque c’est exactement ce qui est fait depuis quarante ans. Alors, c’est quoi votre « alternative » ? Qui la porte aujourd’hui ?
Si « l’alternative euro-sociale-démocrate » dont vous parlez « existe » – et franchement, on voit mal en quoi elle pourrait consister – il faudrait vous demander si cette « existence » ne se limite au plan intellectuel. Parce qu’une alternative n’existe politiquement que si vous trouvez une force politique, un groupe social susceptible de la porter. Or, je ne vois franchement pas qui pourrait être cette force. Les partis qui se qualifient eux-mêmes de « social-démocrates » ne sont certainement pas près de remettre en cause le dogme de la « concurrence libre et non faussée », et leur action au pouvoir et au Parlement européen le montre à l’évidence…
Il y a à cela une raison : le dogme de la « concurrence libre et non faussée » n’est pas au cœur de la construction européenne par hasard. Sans ce principe fondamental, le principe de solidarité inconditionnelle qui existe à l’intérieur des nations mettrait rapidement par terre toute construction supranationale. Comment des Etats démocratiques pourraient résister à la pression des citoyens pour protéger leurs emplois, leurs traditions, leur cadre de vie ? La « concurrence libre et non faussée » est l’arme atomique qui a permis aux européistes de dynamiter les états nationaux, de les réduire à l’impuissance. Contestez ce principe, et la logique supranationale s’écroule. C’est pourquoi historiquement toutes les structures qui ont eu pour vocation d’agréger des Etats qui étaient au départ souverains ont commencé par des unions douanières, c’est-à-dire, par des dispositifs limitant le droit de l’Etat à réguler ce qui rentre et ce qui sort…
C’est pour cette raison que votre « alternative euro-social-démocrate » est une utopie. Il n’y a pas de construction européenne possible qui ne soit fondée sur le libre-échange. Que devient alors votre « euro-social-démocratie » ?
[ Reste un tiers de l’électorat pour qui choisir entre LFI et le RN sera une « tragédie ». … … Je pense plutôt que ce tiers finira par voter pour ses intérêts de classe…]
Selon vous, quels seraient les “intérêts de classe” de ce tiers ?
@ Claustaire
[Selon vous, quels seraient les “intérêts de classe” de ce tiers ?]
Ce tiers est certainement très hétérogène, mais la majorité serait alignée avec le bloc dominant, et finirait donc je pense par voter LFI. Car on sait bien qu’au delà des jérémiades de Mélenchon pour mobiliser ses troupes, une fois à l’Elysée, et après une première phase de désordre, on aurait un retour aux politiques européistes. Souvenez-vous qu’on a déjà vu le film, en 1983…
Merci pour ce pertinent rappel historique, législatif et contextuellement politique. Pour une fois, je me réjouis, volontiers, de pouvoir vous applaudir des deux mains.
Comme j’approuve totalement votre description (dans votre réponse ci-dessus à Rogers) de la situation politique actuelle de notre soi-disant gauche (celle dont “quiconque s’estimant de gauche ne peut plus être puisqu’elle n’est plus de gauche”, comme le dit Finkielkraut).
@ Claustaire
[celle dont “quiconque s’estimant de gauche ne peut plus être puisqu’elle n’est plus de gauche”, comme le dit Finkielkraut).]
Ah… on reconnaît la culture de Finkielkraut à son goût du paradoxe…
Je reprends ici, avec un peu plus d’espace, l’échange que nous avons commencé plus haut :
Il n’était pas fatal que l’UE se laisse entraîner vers une “société de marché” (où l’on ne peut que finir par se vendre, qu’on soit pays, entreprise ou travailleur), là où une “économie de marché” (cf. Jospin) aurait suffi : une économie libérale (permettant à des entreprises privées de concourir chacune au mieux de leur intelligence, productivité, etc.) mais cadrée par des plans de développement (décidés par les représentants des peuples tant dans leurs assemblées nationales pour les questions et planifications relevant de compétences nationales qu’européens réunis au Parlement européen pour des décisions et planifications relevant de l’UE).
La mise en concurrence libre et non faussée d’entreprises devait justement interdire les distorsions de concurrence faussée par des SMIC trop différents, des ressources en énergie trop différentes, des développements antérieurs trop différents, et autres avantages climato-géographiques, etc. Bien sûr que cela supposait d’affronter moult défis et difficultés, mais auriez-vous préféré une UE qui se serait construite sur le slogan d’une “concurrence injuste et faussée” ? Laquelle fut, hélas, sa réalité, nous l’avons bien constaté. D’où les nombreux échecs et déceptions de cette UE.
Le Non au TCE ne fut d’ailleurs pas un Non (de Frexit) à l’UE mais un Non à la dérive trop néolibérale et trop injustement concurrentielle de cette Union. Ayant moi-même voté Non lors de ce référendum, je sais quelle protestation mais non quelle démission portait mon vote.
Le fait de se savoir la Finance (internationale) comme adversaire (cf. Hollande) n’implique pas qu’on puisse ipso facto triompher de cet adversaire. D’ailleurs, je vois mal comment un pays isolé saurait mieux qu’une Europe unie triompher de la finance internationale. Surtout un pays qui n’est plus des premières économies du monde, comme l’était la France de de Gaulle (et ne disposant plus des énergies et matières premières qui en faisait, entre autres, la force).
L’histoire du dernier siècle nous enseigne qu’un système non libéral (sans concurrence) monopolistique d’Etat n’est pas la panacée.
Reste le système libéral qui, tout en favorisant les initiatives, paris et investissements privés, ne s’interdit pas des nationalisations justifiées et efficaces mises en oeuvre dans certains domaines dans des pays libéraux comme le nôtre et partiellement maintenues malgré l’UE.
D’ailleurs, les sociales-démocraties à la fois politiquement et économiquement libérales (permettant, selon des règles convenues, la libre concurrence entre partis politiques comme entre entreprises ou pays) ne sont pas des enfers que l’on fuit… Le nombre de gens tentant d’un peu partout venir y vivre le confirmant largement.
Le vrai problème, c’est que pour avoir permis que jouent à leurs détriments des concurrences faussées (d’abord au sein de l’UE puis du reste du monde, cf. Chine et autres pays d’Asie notamment), nos démocraties sociales-libérales, par des politiques sociales surtout payées par de l’endettement, n’ont cessé de favoriser leurs importateurs et consommateurs aux dépens de leurs exportateurs et producteurs.
Je vois mal comment une politique de repli nationaliste identitaire genre RN ou au contraire de flatterie généreuse multiculti-internationaliste genre LFI favoriserait nos affaires ou pourrait ne pas aggraver les inégalités et tensions internes à notre presque inquiétant pays.
Bref, à mon avis, ce n’est pas de système qu’il faut changer, mais le système qu’il faut rendre plus juste et plus efficace, et pour cela des ajustements de curseurs suffiraient, je le maintiens. Cela n’empêche pas, bien sûr, que les oppositions ou conflits d’intérêt inhérents à toute société existent, se manifestent et doivent se résorber, se dépasser par des décisions démocratiques (toujours les plus consensuelles possibles) s’imposant à tous, dans le respect des minorités (provisoires).
@ Claustaire
[Il n’était pas fatal que l’UE se laisse entraîner vers une “société de marché” (où l’on ne peut que finir par se vendre, qu’on soit pays, entreprise ou travailleur), là où une “économie de marché” (cf. Jospin) aurait suffi : une économie libérale (permettant à des entreprises privées de concourir chacune au mieux de leur intelligence, productivité, etc.) mais cadrée par des plans de développement (décidés par les représentants des peuples tant dans leurs assemblées nationales pour les questions et planifications relevant de compétences nationales qu’européens réunis au Parlement européen pour des décisions et planifications relevant de l’UE).]
C’est une utopie d’imaginer qu’on peut avoir une « économie de marché » sans avoir une « société de marché ». Si vous « permettez aux entreprises de concourir chacune au mieux de leur intelligence, de leur productivité, etc. », cela suppose par exemple qu’elles puissent s’installer là où les coûts sont moindres, c’est-à-dire, où les salaires sont plus faibles, la protection sociale plus mince, la réglementation environnementale la plus coulante. Et donc, de mettre les travailleurs et les Etats en concurrence. Et alors, que deviennent vos « plans de développement » ?
[La mise en concurrence libre et non faussée d’entreprises devait justement interdire les distorsions de concurrence faussée par des SMIC trop différents, des ressources en énergie trop différentes, des développements antérieurs trop différents, et autres avantages climato-géographiques, etc.]
Votre commentaire contient une contradiction. Le SMIC est, EN LUI-MEME, une barrière à la concurrence. Il ne permet pas au marché du travail de fixer le « véritable » prix du travail. Si vous voulez une « concurrence libre et non faussée », il faut abolir le SMIC et laisser la confrontation entre l’offre et la demande fixer le salaire.
Mais supposons qu’on fixe un « SMIC européen ». Quel serait son niveau ? Ce SMIC, il faut le fixer de telle manière que toutes les entreprises européennes puissent le payer, y compris celles des pays où la productivité du travail est la plus faible, sans quoi on les pousserait à la faillite et on mettrait au chômage les travailleurs du pays en question. Il faut donc que le SMIC uniforme soit calculé pour correspondre au pays dont la productivité la plus faible. Vous aboutissez donc à un « SMIC européen » qui nivelle par le bas… et vous pouvez faire le même raisonnement sur la protection sociale, sur la protection environnementale…
La « concurrence libre et non faussée » tend à pousser le prix d’un bien – et cela inclut la force de travail – à son coût de production. Autrement dit, la libre concurrence entre les travailleurs tend à pousser le salaire au niveau du renouvellement de la force de travail…
[Bien sûr que cela supposait d’affronter moult défis et difficultés, mais auriez-vous préféré une UE qui se serait construite sur le slogan d’une “concurrence injuste et faussée” ?]
Tout à fait. Une concurrence « faussée » par une planification, par exemple, ou par des mesures protectionnistes, me va très bien. C’est ce type de fonctionnement qui a permis les « trente glorieuses », et qui encore aujourd’hui permet aux économies chinoise ou américaine de continuer à progresser, alors que nous stagnons.
[Laquelle fut, hélas, sa réalité, nous l’avons bien constaté. D’où les nombreux échecs et déceptions de cette UE.]
Argument classique : à chaque désastre, on nous explique que ce n’est jamais parce qu’il y a l’Europe, mais parce qu’il n’y a pas assez d’Europe. Ici, vous ne dites pas autre chose. Si la France s’est désindustrialisée, ce n’est pas à cause de la « concurrence libre et non faussée », mais parce que la concurrence est faussée et pas assez libre…
Et bien, c’est faux. La « concurrence libre et non faussée » existe bien en Europe dans beaucoup de domaines, et tout particulièrement dans le domaine des salaires…
[Le Non au TCE ne fut d’ailleurs pas un Non (de Frexit) à l’UE mais un Non à la dérive trop néolibérale et trop injustement concurrentielle de cette Union.]
Peut-être. Le problème est qu’il n’y a pas d’autre UE possible. Le projet supranational est PAR ESSENCE néolibéral, parce que dès lors que vous permettez aux Etats de limiter la concurrence et de privilégier l’intérêt de leurs citoyens, la construction supranationale s’effondre. Comme je vous l’ai dit, ce n’est pas par hasard si tous les projets supranationaux ont commencé par une union douanière.
[Le fait de se savoir la Finance (internationale) comme adversaire (cf. Hollande) n’implique pas qu’on puisse ipso facto triompher de cet adversaire. D’ailleurs, je vois mal comment un pays isolé saurait mieux qu’une Europe unie triompher de la finance internationale.]
Très simple. Votre « Europe unie » permet aux financiers de mettre en concurrence les différents pays, puisqu’il suffit de s’installer chez le mieux disant en matière fiscale, sociale, environnementale pour bénéficier d’un accès aux autres. Ce qui n’est pas possible dans une « nation isolée », puisque l’Etat central peut imposer un régime fiscal uniforme.
[Surtout un pays qui n’est plus des premières économies du monde, comme l’était la France de de Gaulle (et ne disposant plus des énergies et matières premières qui en faisait, entre autres, la force).]
Vous savez, il y a quelque 180 pays dans l’ONU, et l’immense majorité d’entre eux sont « isolés » et ne participent d’aucun projet supranational. Et il y en a beaucoup qui s’en sortent très bien. Pensez par exemple à la Corée, qui elle non plus ne dispose d’énergie ou de matières premières…
[L’histoire du dernier siècle nous enseigne qu’un système non libéral (sans concurrence) monopolistique d’Etat n’est pas la panacée.]
Je ne sais pas à qui ce discours s’adresse. Personnellement, je ne me souviens pas avoir défendu un système « sans concurrence » ou un monopole d’Etat intégral.
[Reste le système libéral qui, tout en favorisant les initiatives, paris et investissements privés, ne s’interdit pas des nationalisations justifiées et efficaces mises en œuvre dans certains domaines dans des pays libéraux comme le nôtre et partiellement maintenues malgré l’UE.]
Juste par curiosité, pourriez-vous indiquer quelles sont les « nationalisations justifiées et efficaces » qui peuvent être « maintenues malgré l’UE » ? Quelques exemples suffiront…
[D’ailleurs, les social-démocraties à la fois politiquement et économiquement libérales (permettant, selon des règles convenues, la libre concurrence entre partis politiques comme entre entreprises ou pays) ne sont pas des enfers que l’on fuit… Le nombre de gens tentant d’un peu partout venir y vivre le confirmant largement.]
Je n’ai pas très bien compris de quoi vous parlez. Pourriez-vous être plus explicite ? Quelles sont les « social-démocraties » auxquelles vous faites référence ?
Vous noterez que ce ne sont pas des gens « d’un peu partout » qui veulent venir vivre dans l’UE. Ce sont seulement les gens issus des pays les plus pauvres, les plus misérables de la planète. On ne voit pas les Américains, les Suisses, les Norvégiens venir en masse…
[Le vrai problème, c’est que pour avoir permis que jouent à leurs détriments des concurrences faussées]
Je ne vois pas en quoi ces concurrences sont « faussées ». Pourriez-vous être plus explicite ?
[Je vois mal comment une politique de repli nationaliste identitaire genre RN ou au contraire de flatterie généreuse multiculti-internationaliste genre LFI favoriserait nos affaires ou pourrait ne pas aggraver les inégalités et tensions internes à notre presque inquiétant pays.]
Je ne vois pas non plus en quoi une présidence euro-social-démocrate qui continuerait certainement sur le chemin emprunté il y a quarante ans « favoriserait nos affaires ou pourrait ne pas aggraver les inégalités et tensions internes à notre presque inquiétant pays ». Parce que le fait est là : si l’on arrive à ces inégalités et tensions internes aujourd’hui, ce n’est certainement pas la faute du RN ou de LFI, qui n’ont ni l’un ni l’autre jamais gouverné. Ce sont les politiques mises en œuvre par vos « euro-social-démocrates » la moitié du temps, et les euro-droite-libérale l’autre moitié, qui nous ont mis dans cette situation. Et vous me dites que si demain les euro-social-démocrates continuaient au pouvoir – et je dis bien « continuaient », parce que les Macron, Attal, Borne viennent de ce côté-là – ils feraient quelque chose de différent ?
[Bref, à mon avis, ce n’est pas de système qu’il faut changer, mais le système qu’il faut rendre plus juste et plus efficace, et pour cela des ajustements de curseurs suffiraient, je le maintiens.]
Pourriez-vous donner un exemple ? Quels seraient les trois « ajustements de curseur » qui permettraient de changer fondamentalement l’efficacité et la justice du système ?
Parfaitement exact. Les esclaves affranchis avaient les mêmes droits que les autres hommes libres, et en particulier celui de posséder des esclaves !
A Saint-Domingue à la fin du XVIIIᵉ siècle, il me semble que la majorité des propriétaires d’esclaves étaient noirs (et environ un quart des esclaves avaient un propriétaire noir, puisque ces derniers étaient généralement de petits propriétaires).
Pour eux, le code noir portait particulièrement mal son nom !
Pendant que les hordes islamiques se préparaient à déferler sur Constantinople, on y débattait doctement du sexe des anges. Et quelques jours avant la mise à sac de Paris par les levées qataries, on y signalait sa vertu en débattant courageusement de l’abrogation d’une loi sans objet depuis 200 ans.
L’abrogation du code noir est en partie une bonne chose, car pendant que la représentation nationale y consacre son précieux temps de réflexion et d’avancées législatives, elle n’est pas occupée à voter de nouvelles taxes, de nouvelles restrictions climatiques ou à transposer de nouvelles directives brillantes concernant le bouchonnage des bouteilles plastiques.
Je crains néanmoins que tout cela ne finisse dans les larmes et l’hyperinflation.
@ Jordi
[Et quelques jours avant la mise à sac de Paris par les levées qataries, on y signalait sa vertu en débattant courageusement de l’abrogation d’une loi sans objet depuis 200 ans.]
Le « sac de Paris » ? Ne trouvez-vous pas que vous exagérez un petit peu ?
[L’abrogation du code noir est en partie une bonne chose, car pendant que la représentation nationale y consacre son précieux temps de réflexion et d’avancées législatives, elle n’est pas occupée à voter de nouvelles taxes, de nouvelles restrictions climatiques ou à transposer de nouvelles directives brillantes concernant le bouchonnage des bouteilles plastiques.]
Vous avez raison : au vu les calamités que la représentation nationale est capable d’infliger aux citoyens, mieux vaut les occuper dans des activités inoffensives…
[Je crains néanmoins que tout cela ne finisse dans les larmes et l’hyperinflation.]
L’hyperinflation n’est pas une vraie menace, compte tenu d’une part du matelas que constitue l’épargne des Français, et d’autre part l’ancre monétaire qu’est la BCE. Mais il y a de grandes chances que cela finisse dans une récession, et beaucoup de larmes.